CORYZA (rATiioLOGiE
Marche, durée, terminaison, pronostic. Au point de vue de sa marche le coryza chronique présente quelques particularités intéressantes. Sa marche n'est heureusement ni rigoureusement continue, ni nécessairement croissante, ce qui, d'une part, rend relativement tolérable la situation des malades qui en sont affectés, et de l'autre atténue notablement le pronostic. Le coryza chronique est une affection qui procède par exacerbations et qui présente dans sa marche de fréquentes rémissions. Bien que jamais complètement exempts de toute gène et de tout symptôme de la phlegmasie chronique dont ils sont atteints, les malades ont des l'épits plus ou moins longs, n'ayant leurs exacerbations, les uns que pendant une partie de l'année, pendant la saison d'hiver, par exemple, ou pendant le printemps, d'autres ayant leur accès indifféremment en toutes saisons, mais ne les ayant ni tous les jours, ni pendant toutes les heures de la journée.
11 en est qui ne sont tourmentés de leur coryza que pendant la nuit, d'autres qui ont leur accès le matin en se levant, pendant une heure ou deux, et en sont exempts tout le reste de la journée; d'autres enfin, en proie à un enchifrènement continuel et à d'incessants éternuments tant qu'ils sont dans l'atmosphère confinée de leur appartement ou de leur chambre, n'éprouvent du soulagement qu'au grand air, tandis qu'il en est qui ne peuvent mettre le pied hors de chez eux, sans être pris aussitôt de tout le cortège obligé de leur fluxion nasale. Mais il ne faut pas toujours compter sur le bénéfice de ces rémissions; la susceptibilité étant permanente, il arrive souvent, même pendant -les rémissions habituelles, que la cause la plus légère, l'impression la plus fugitive, pour peu qu'elle agisse dans le sens de la disposition congestive toujours imminente de la membrane pituitaire, vient brusquement abréger ou interrompre cette rémission.
La durée du coryza chronique est illimitée ; si un traitement efficace ne parvient pas à le guérir ou à en atténuer au moins les effets, il persiste le plus souvent pendant toute la vie. Il n'y a pas d'exemple, du reste, qu'il ait jamais entraîné la mort, du moins chez un adulte ; mais il n'est pas certain que par la gène presque incessante qu'il apporte à la plénitude des fonctions l'espiratoires il ne contribue à abréger un peu l'existence. Enfin, le coryza chronique, bien qu'il ne soit pas grave par lui-même, entrauie très-souvent après lui des troubles fonctionnels plus ou moins sérieux, qui neiaissent pas que d'aggraver très-notablement la situation des malades, d'empoisonner une grande partie de leur existence et de les entraver souvent dans l'exercice de leur profession ou dans l'accomplissement de leurs devoirs sociaux. Tels sont, par exemple, la perte à peu près constante de l'odorat, souvent celle du goût, quelquefois de l'ouïe, des céphalalgies fréquentes et intenses, particulièrement des douleurs sus-orbitaires qui paralysent l'aclivilé cérébrale et diminuent l'aptitude aux travaux intellectuels.
Le pronostic devient plus grave chez les enfants à cause des dangers beaucoup plus grands qu'entraîne chez eux la gêne de la respiration, surtout pendant la période de l'allaitement. L'étroitesse congénitale des fosses nasales paraît être chez eux une des conditions prédisposantes du coryza chronique, en même temps qu'elle est une des causes de l'aggravation de la maladie. Ce qui contribue aussi chez eux à celte aggravation, c'est la facilité avec laquelle se produit chez les jeunes enfants l'altération de la pituitaire,
Le coryza chronique d'origine scrofnleuse donne lieu, notamment chez les enfants, à une lésion qui n'avait encore été l'objet d'aucune description spéciale chez l'homme, lorsqu'il a été signalé dans le Traité de pathologie externe de
CORYZA (pathologie). H
Follin et Duplay (t. III), sous le nom d'épaississemenl de la pituitaire, dont les caractères anatomi(iues sont l'aspect rougeàtre, tomcntcux, villeiix et trèsvasculaiisé de la membrane muqueuse des l'osses nasales et plus particulièrement de la portion qui est située en arrière et au-dessous du cornet inférieur. Les symptômes sont ceux du coryza chronique en général : enchifrcnement, nasonnement de la voix, épistaxis IVéïpientcs, ohlusion de l'odorat et quelquefois un peu de dureté de l'ouïe. Cette lésion donne lieu à une gène de la respiration assez grande pour obliger les malades à maintenir presque toujours la bouche entr'ouverte. C'est surtout dans le décubilus (pie cette gène se fait sentir.
Cette forme du coryza chroni(pie pourrait, au |)reuiier abord, èlrc facilement confondue avec un polype muqueux ou libreux. Mais l'examen rlnnoscopi(jue ne permettra pas longtemps l'erreur.
2" Coryza caséeux. Sous ce nom M. Duplay a décrit une forme de coryza qui se rapporte au coryza chronicjiie et à l'ozène, et qui, méconnue jusque-là, paraît avoir donné lieu quelquefois à des erreurs graves de diagnostic. Le coryza caséeux, d'après M. Duplay, est caractérisé par l'accumulation, dans l'intérieur des cavités nasales, d'une matière caséeuse analogue au contenu de certains kystes sébacés et qui peut former des dépôts assez considérables pour déformer le visage et amener la perle de l'odorat.
Cette affection, dont les symptômes sont assez obscurs, débute généralement par les signes d'une inflammation franche, aboutissant, au bout d'un certain temps, à la formation d'un abcès. Les malades sont tourmentés par une sécré- •tion séro-purulente, abondante et fétide, mêlée souvent à des grumeaux caséeux (ce qui a sans doute déterminé la dénomination de cette variété). L'expulsion de ces grumeaux calme parfois momentanément les symptômes. Telle est la première phase de la maladie.
A une seconde phase, les signes. d'obstruction des fosses nasales augmentent ; l'odorat se perd plus ou moins complètement ; la joue commence à se déformer du côté de l'aile du nez et surtout au voisinage du grand angle de l'œil. Plus tard cette déformation des traits devient de plus en plus considérable ; l'œil est projeté en dehors et en haut ; il y a de la diplopie, du strabisme ; la joue est refoulée en avant, le nez dévié du côté sain, sa cloison déjelée. La peau participant à l'inflammation des parties profondes devient rouge, luisante, épaisse et fluctuante sur certains points. A un certain momeut, il se fait de véritables poussées phlegmoneuses aiguës, pendant lesquelles la tumeur grossit très-rapidement, devient le siège de douleurs intolérables, d'élancements et de battements profonds dans la région orbitaire, et souvent se perfore en plusieurs points qui deviennent fistuleux. Il existe presque toujours en même temps des signes généraux graves, de la fièvre, de l'anémie, de l'amaigrissement.
Le diagnostic de ce coryza caséeux, foit difficile au début, ne peut guère être établi que sur l'existence de l'ozène, de la perte de l'odorat et de l'obstruction du nez, coïncidant avec le gonflement et la déformation. A une période avancée de la maladie l'issue par l'orifice des fistules de la matière caséeuse, en même temps que la sensation d'écrasement qu'elle donne au doigt qui la comprime, achève de donner une entièi'e certitude au diagnostic.
La formation et l'accumulation de ces matières caséeuses dans les fosses nasales paraît liée le plus souvent à l'existence antécédente d'un érysipèle qui s'est propagé jusqu'aux fosses nasales, ou à une cause quelconque d'irritation prolongée, telle que la présence d'un corps étranger, par exemple.
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Ou comprend l'importance qu'il y a à ne pas confondre cette affection avec diverses autres lésions avec lesquelles elle a quelques ressemblances, telles que des tumeurs malignes, et à ne pas lui appliquer le traitement chirurgical qui conviendrait à ces dernières.
5" Coryza ulcéreux. Ordinairement suite ou complication du coryza clironique, rarement d'une inflammation aiguë, quoiqu'on en ait cité un petit nombre d'exemples, l'ulcération de la membrane muqueuse nasale a été considérée pendant longtemps comme constituant, par le seul fait de sa présence, une espèce particulière de coryza auquel on a donné le nom de coryza ulcéreux. Mais nous ne croyons pas qu'il y ait lieu de le maintenir comme espèce. De deux choses l'une : ou il ne s'agit que de simples exulcérations, comme nous avons vu que l'on en constatait quelquefois l'existence dans le coryza chronique conmiun, et alors rien n'autoriserait à en faire une espèce à part; ou il s'agit d'ulcérations spécili(jues ou dépendantes d'un état général, alors elles rentrent dans le groupe des coryzas diatliésiques. C'est à ceux-là seulement qu'il nous paraît opportun d'afïeçlcr le nom de coryza ulcéreux.
La plupart des ulcères des fosses nasales, en effet, sont les manifestations d'un état général. Tantôt ils surviennent à la suite de maladies graves, infectieuses, tantôt ils sont produits par des maladies constitutionnelles à déterminations cutanées ou ossseuses.
Dans la première catégorie se rangent les ulcérations que l'on observe après la morve, la lièvre typhoïde, la rougeole, la variole et plus rarement la scarlatine.
La scrofule et la syphilis sont les deux grandes causes des ulcères chroniques des fosses nasales. La syphilis paraît agir le plus souvent privativcment sur les os du nez dont elle détermine la carie ou la nécrose. D'autres fois la muqueuse est d'abord malade. Chez les enfants. Trousseau insiste sur l'existence constante du coryza, qui préexiste à l'ulcération et semble l'amener par l'envahissement du tissu sous-muqueux. L'altération de la sécrétion nasale, l'existence de véritables syphilidcs, de plaques muqueuses, amènent des ulcérations.
Certaines professions, en outre, donnent lieu au développement d'ulcères de la pituitaire, telles entre autres celles où l'on emploie le vert de Schweinfurt. Les ouvriers qui préparent le bichromate de potasse en traitant le chromate par l'acide sulfurique paraissent également exposés à avoir des ulcères dans les fosses nasales.
Le siège des ulcérations varie suivant la nature de l'affection dont elles dépendent. Ainsi les ulcérations scrofuleuses siègent de préférence à l'entrée des narines, les ulcérations syphilitiques, au contraire, ont leur siège plus habituellement à la région postérieure des fosses nasales, ce qui les fait souvent méconnaître. Indépendamment des différences symptomatiques relatives à leur nature même, ces ulcérations donnent lieu, à raison même de leur localisation, à desphénomènes différents. Ainsi les ulcérations scrofuleuses déterminent un gonflement et un boursouilement du pourtour des narines et des lèvres, qui impriment un cachet particulier à la physionomie. Les ganglions sous-maxillaires et parotidiens auxquels aboutissent les vaisseaux lymphatiques de cette région setuméfient et s'enflamment. Ces mêmes ganglions sont atteints également lorsque l'inflammation siège sur la portion de la pituitaire qui tapisse lintèricur des narines. Mais, si l'ulcère siège sur la pituitaire des fosses nasales et des sinus et provoque l'inflammation des vaisseaax lymphatiques de cette mcm-
CORYZA (pathologie). 15
brano, celle-ci peut se ])ropagcr aux ganjj;lions situés sur les parties latérales ou postérieures des arrière-uariues, eu deliors du pliaryn.v, et être le point de départ d'adénites. On se rend parfaitement compte de cette progression en jetant les yeux sur le dessin d'une pièce préparée par M. Péan pour le musée Orfila et qui figure dans la 2« édition des Élémeiils de pathologie chirurgicale, de Nélatou (t. lll).
Les ulcérations syphilitiques donnent lieu à l'écoulement d'un liquide sanieux, noirâtre, d'une fétidité repoussante; elles entraînent souvent la destruction de l'os ou du cartilage sous-jaccnt. Les parties environnantes sont rouges, tuméfiées, fongueuses.
Nous avons parlé aussi d'un coryza morveux ou farcineux. La morve et le farcin donnent lieu, eu effet, à des ulcérations de la pituitaire qui révèlent leur présence par les symptômes connus du coryza. Mais l'eiisemble des autres symptômes de la maladie ne tarde pas à en faiie reconnaître la nature.
Nous n'avons pas à nous arrêter plus longtemps sur ces lésions des fosses nasales qui se rattachent à des affections spécitiqucs dans lesquelles elles s'absorbent et dont on ne peut eu séparer la description sans préjudice pour l'hisloire d'ensemble de la maladie, dont elles ne sont qu'un symptôme ou un épiphénomène.
Nous devons renvoyer aussi pour uu grand nombre de lésions d'origine traumatique ou d'ordre cliiruigical, qui doiméut lieu à des pliénomèucs d'iulbunmatiou aiguë ou chroni(jue de la pituitaire, présentant toutes les apparences du coryza, aux divers mois où il sera question des lésions chirurgicales des fosses nasales.
11 nous faudrait parler maintenant d'un symptôme, l'uu des plus graves de quelques-unes des variétés ou espèces de coryza chronique, l'ozène. Mais ce mot doit avoir sa place dans le Dietiouuaiie {voy. OzÈiNe).
Nous ne pouvons pas terminer l'histoire du coryza sans dire quebpies mots de l'une de ses formes dlathésiques les moins étudiées jusque dans ces derniers temps et qui lient à la fois du coryza chronique par sa durée indéfinie, sa permanence à l'état de disposition, et du coryza aigu par le caractère d'acuité qu'il prend dans chacun de ses accès ou chacune de ses recrudescences; nous voulons parler du coryza nerveux ou névropathiqué, auquel il nous a paru indispensable de faire sa [)lace dans cette monographie.
Coryza, nerveux ou névropathiqué. Bien qu'on puisse considérer que dans tout coryza il y a un élément nerveux, spasmodique^ inséparable de l'irritation ou de l'inflammation même de la membrane pituitaire si riche en épanouissements nerveux et qui se traduit par l'éternument, il y a lieu de faire une place distincte à certaines espèces de coryza où cet élément domine d'une manière plus spéciale ou qui se rattachent à une affection névrosique, et que nous désignons à cause de cela sous le nom de coryza nerveux ou névropathiqué. Dans cette catégorie nous trouvons d'abord les faits signalés par Trousseau, dans lesquels le coryza semble être l'une des formes sous lesquelles se manifeste l'asthme, soit à son début, soit dans une certaine période de son cours. En quelques cas, dit Trousseau {Clinique médicale de l' Hôtel-Dieu, t. II. Leçons sur l'asthme), au lieu de se manifester d'emblée par des accès d'oppression, l'asthme débute par le coryza. Subitement, et souvent sans s'être exposé à aucune des causes qui produisent d'habitude les rhumes de cerveau, dit Trousseau, le malade est pris d'éternumeuts d'une extrême violence et d'une étrange opi-
14 LuillZjil^fAlIIUl-uulE.y.
niâtreté. Son nez coule abondamment, ses ^eux se gonflent et sont remplis de larmes; puis, après quelques heures, ces acciilents cessent aussi rapidement qu'ils étaient survenus, et dans la soirée, le plus ordinairement dans la nuit, l'asthme se déclare franchement avec ses caractères habituels. Quatre, cinq, six jours de suite, davantage encore, et presque toujours à la même heure, la même scène se répète pour se terminer de la même façon.
Dîins d'autres cas, tout l'accès est exclusivement constitué par ce coryza revenant par paroxysmes, indépendamment de toute espèce de cause appréciable ou sous l'influence de certaines causes aussi variées, aussi bizarres que celles qui provoquent parfois le retour des accès d'asthme franc.
Trousseau raconte qu'une dame alla le consulter pour un asthme qui se manifestait chez elle, non plus par des accès de suffocation, mais par de violents rhumes de cerveau dont elle était prise dès que soufflait le vent de mer, et qui duraient de vingt-quatre à quarante-huit heures. Cette dame ajoutait qu'un de ses enfants, âgé de cinq ans, avait également, pendant huit à neuf mois de l'année, des coryzas qui commençaient par d'interminables éternuments et qui lui survenaient alors qu'il s'exposait à recevoir en plein visage soit les premiers rayons du soleil, soit le contact d'un air frais. Le même clinicien l'apporte aussi l'histoire d'un graveur, qui, depuis cinq ans, à partir du mois de mars, époque à laquelle il allait tous les dimanches à la campagne, était pris d'accès d'éternuments accompagnés de larmoiements, se répétant deux, trois, quatre fois par jour. Ces accidents duraient ainsi pendant deux et trois mois, et dans leur intervalle la sauté n'était en rien troublée. Cependant ce malade avait eu, dix ans auparavant, des accès d'asthme; il en était repris encore tous les ans au mois de février. Très-hémorrhoïdaire jusque-là, c'était à partir du moment où ses flux sanguins avaient cessé de paraître que ses éternuments avaient commencé à avoir lieu.
« Combien de fois, ajoute Trousseau, à des individus affectés de ces étranges coryzas, et qui jamais n'avaient éprouvé du côté de l'appareil respiratoire aucun accident qui parût légitimer mon diagnostic, ne m'est-il pas arrivé de prédire que tôt ou tard ils auraient de l'asthme, et de voir à quelque temps de là ces mêmes individus revenir me dire que mes prévisions s'étaient réalisées!
« Un fait qui, quelque singulier qu'il puisse sembler, quelque inexplicable qu'il soit, n'en est pas moins d'observation, c'est que, tandis que les attaques d'asthme surviennent plus particulièrement la nuit, ce coryza, que je considère comme une des manières d'être de la même maladie, survient le jour, et le plus souvent dans la première moitié du jour.... »
On ne contestera pas, sans doute, la propriété du qualificatif nerveux que nous donnons à cette forme assez étrange du coryza, mais il paraîtra bien plus justifiable encore en présence de certains faits qui se rattachent manifestement à la névropatliie. Le docteur D.... (de M.), ce névrosé type dont l'histoire est rapportée dans une autre partie de ce Dictionnaire {voy. Maladies nerveuses), mettait aussi au nombre de ses misères pathologiques le coryza, que dans son style imagé et pittoresque il appelle « ce moustique de la patience, cet achoppement delà dignité extérieure d'un homme, » et que le docteur Hare, l'un des médecins de l'hôpital de l'université de Londres, qui paraît aussi l'avoir étudié autre part que chez ses malades, définit: « une peine purgatorienne «. Enclin par un sentiment de sympathie bien naturelle à étudier avec une attention spéciale chez ses malades ce qui faisait l'objet de ses propres souffrances, M. le
CUllYZA (pathologie). 15
docteur D.... a peint à sa manière, c est-à-diie avec de cliaudcs couleurs, un de ces malheureux en proie à ces perpétuelles et agaçantes irritations nasides. Nous nous bornerons à esquisser les traits principaux de ce tableau.
M. X..., d'un tempérament extra-nerveux, souvent affecte d'angines gutturales pendant son enfance et une partie de sa jeunesse, vit, vers l'îige de trente ans, cette disposition inflammatoire se porter sur la muqueuse nasale, toujours sous forme intense, mais de très-courte durée. Vingt ans plus tard, elle se répéta plus fréquemment et clic finit par passer à l'état chronique, entée par l'état aigu dès que le malade ressent, sur un point isolé de sa personne, une sensation de froid ou de chaleur en opposition avec sa température propre. Sa susceptibilité est si grande, en effet, si en dehors de ce qui a lieu chez les autres, ([u'il ne peut toucher un corps froid, s'exposer aux plus faibles l'ayonnemenls du foyer, sans qu'il soit pris d'éternumenl avec difficulté de respirer et de parler, et, par exemple, est-il tenu d'accepter à dhier, si on le place loin du feu, ses pieds se refroidissent, sa tète s'échauffe, et voilà la congestion nasale portée à son comble. Une clumfferette le remet : mais le soleil vient-il à se réfléchir sur lui, il retombe aussitôt dans une anxiété inexprimable. Vient-on à le placer auprès de la cheminée, les mêmes phénomènes ont lieu. 11 suffit même, pour qu'ils se manifestent, de saisir son verre, sa fourchette, ou de déployer sa serviette, en un mot, de tout contact avec un corps froid. Dès l'approche de l'iiivcr, force lui est de bassiner son lit. Son lit est-il trop chaud, les effets en sont les mêmes. Mais c'est surtout dans ses insomnies que se multipliait encore son martyre. Voici comment il le racontait lui-même à son médecin : « Ce tvran pathologique, dit-il, est de deux espèces bien opposées, il est sec ou humide. (iueje«sois sous le joug de celui-ci ou sous la dépendance de celui-là, il n'y a pas de choix; l'enfer est le môme; si mon nez ne coule pas comme une fontaine, et qu'il n'existe dans la fosse nasale qu'un mucus épais, peu abondant, cette substance se subdivise en petites lamelles où l'air frappe en produisant de légers sons qui donnent lieu à une cacojdjonie des plus agaçantes. De là un besoin continuel de me moucher : mais tous mes efforts ne servent qu'à amener quelques nappes argentées, semblables, par leur consistance, au tissu aérien qui forme les bulles de savon — Mon gosier est sec, mes yeux gonflés, ma tête chiiude, meurtrie; des alternatives de froid et de chaud me portent, tantôt à augmenter, tantôt à diminuer mes couvertures : c'est en vain que je cherche une place à ma guise. Si je viens à m'endormir, je ne tarde pas à me réveiller tout suffoqué, avec la gorge plus aride qu'auparavant, comme parcheminée, et une douleur au cœur se fait sentir à chaque inspiration. Toujours porté à rétablir le passage de l'air dans sa première voie, je me ventile le visage; j'y passe une éponge imbibée d'eau fraîche, je m'insuffle les narines, j'y injecte différents liquides avec une petite seringue; une autre fois j'y introduis des mèches enduites de cérat ou de pommade de concondjre, le tout en vain. » M. le docteur D.... a vainement essayé aussi, chez ce malade, le sous-nitrate de bismuth, seul ou associé à l'iodure de soufre. Le malheureux continue, « à ma honte de médecin », dit-il, à osciller entre la résignation et l'impatience.
Le même médecin rapporte l'histoire d'un vieillard qui a souflert d'un coryza pendant soixante ans. Pris vers l'âge de vingt à vingt-deux ans de coryzas qui duraient environ quarante-huit heures et se reproduisaient chaque mois, cet homme vit les accès apparaître tous les quinze jours, enfin toutes les semaines, et avec une telle violence qu'il était tenu de passer une ou deux nuits
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assis sur son fauteuil, les coudes sur ses genoux et la tête appuyée sur les deux mains. C'est dans cette posture qu'il voyait couler de ses fosses nasales, de ses yeux, de sa bouche, un liquide si abondant qu'il y avait de quoi en remplir une cuvette. Sa fluxion disparaissait complètement par la présence d'une maladie nouvelle; tant que celle-ci durait il n'y avait pas de coryza. Il eût été impossible d'éniimérer les movens que cet homme avait essayés pour se débarrasser de son affection. Rien n'y a fait que la mort seule.
§ II. Thcrapeiitique. Le corijza aifju guérit de lui-même, sans remède, après qu'il a fait son évolution naturelle, et la plujiart des personnes qui en sont atteintes ne réclament ni soins ni avis. A peine prennent-elles quelques-unes de ces précautions banales, traditionnelles dans les familles, qui consistent à se tenir chaudement couvert, à entretenir autour de soi une température uniforme, à diminuer l'alimentation et à s'oindre la racine et les côtés du nez avec un corps gras chaud. Cependant, si le plus souvent le coryza n'en demande effectivement pas davantage, il ne faut pas oublier que lorsqu'il se répète souvent il indique une susceptibilité spéciale qu'il peut être utile de surveiller, et que c'est la répétition héqucnte de ces coryzas négligés et abandonnés cà euxmêmes qui est l'origine la plus habituelle de ces coryzas chroniques invétérés qu'on aura plus tard toutes les peines du monde à combattre. D'un autre côté, si dans la plupart des cas le coryza est assez bénin pour n'exiger en réalité rien de plus que les précautions et les soins élémentaires que nous venons de rappeler, il atteint quelquefois un degré d'intensité qui réclame quelque chose de plus.
Les moyens à opposer au coryza aigu sont de deux ordres : abortifs et^ curatifs ou tout au moins calmants.
Comme pour le rhume proprement dit, dont le coryza n'est d'ailleurs le plus souvent que le début ou un des éléments, il est généralement*plus facile de le faire avorter, si on le prend tout à fait à son début, que d'en arrêter le cours une fois développé. Si une personne qui a subi un coup de froid, qui a été mouillée ou qui, à la suite d'un coup de soleil, ou après quelques instants passés dans un lieu confiné à température excessive, dès qu'elle éprouve les premiers symptômes qu'elle sait déjà, par expérience, être ceux d'un coryza débutant, enchifrènement, céphalalgie ou embarras de la tète avec légers frissonnements, etc., s'astreignait immédiatement à s'appliquer des dérivatifs énergiques aux extrémités ou derrière la nuque ou même entre les épaules, ou à prendre un bain de pieds fortement sinapisé, à boire une infusion chaude quelconque, choisie de préférence parmi celles qui passent plus ou moins légitimement pour diaphorétiques, infusion de violette ou de bourrache ou de thé léger, et à se coucher aussitôt en se couvrant juste assez pour entretenir une douce moiteur sur la peau, elle aurait certainement de grandes chances de faire avorter le coryza débutant. Bien des gens, sans doute, en ont dû faire l'épreuve, et c'est pour l'avoir faite moi-même plus d'une fois avec succès que je préconise ce traitement abortif avec confiance. Mais combien peu de personnes s'astreignent à l'usage de ces moyens, cependant bien simples, mais qui leur paraissent encore bien assujettissants ou bien pénibles pour une affection peu grave ! Combien de motifs n'invoque-t-on pas pour s'y soustraire ! Quoi qu'il en soit, par inexpérience ou par négligence, on ne l'a pas fait, et le coryza va désormais suivre son cours. S'il est peu intense et de peu de durée, on ne regret-
CORYZA (thérapeutique). 17
lera que médiocrement de l'avoir laissé aller son train. Mais s'il est intense
au point d'obliger à suspendre ou tout au moins à modérer ses occupations lia-
Lituelles, et s'il persiste au delà de sa durée moyenne ordinaire, on est encore
heureux de trouver un moyen d'en atténuer l'intensité, sinon d'en abréger la
durée. Ce seront encore les mêmes procédés auxquels on aura dédaigné 'de
recourir comme abortifs et qui ne sauraient plus désormais être employés à ce
titre, qui rempliront, au moins en partie, cette seconde indication. Iniiisions
chaudes auxquelles on pourra ajouter utilement l'usage de quelques fumigations
émollientes et des onctions sur le nez et sur les lèvres avec des substances
grasses ou huileuses, douces, telles que de la pommade de concombre ou de
limaçoh, de l'huile d'amandes douces chaude, seule ou additionnée de (juolques
gouttes de laudanum, pédiluves chauds au sel, à la cendre, ou mieux sinapisés,
matin et soir ; lavements émollicnts ou légèrement laxatifs pour entretenir le
ventre libre; diminution de l'alimentation et abstinence de toutes liqueurs
fortes, tel est à peu près l'ensemble des moyens qui diminueront le mouvement
iluxionnaire vers les fosses nasales et atténueront l'irritation des points phlo-
gosés.
On a préconisé aussi, soit concurremment, soit à la suite des moyens ci-dessus, l'aspiialion de poudres absorbantes, inertes, comme la poudre de guimauve ou de gomme, médicamenteuses et plus ou moins actives, comme le bisunilh seul ou associé avec d'autres substances, soit la formule suivante de lléveil :
Hydrale J'oxyde bismulliique .... 2 grammes.
Poudre de benjoin 1 —
Clilorliydrate de inor|iliiiie 0,02 —
Pour faire de 2 à 6 prises à respirer dans les vingt-qualre heures.
Comme moyen abortif ou traitement du début, un médecin de Niort, M. le docteur Saint-Martin, dans une note insérée dans le Bulletin général de thérapeutique de 1850, dit avoir prescrit avec avantage l'aspiration des vapeurs acétiques. Enfin, dans le mèiqe but et à la même période initiale, M. Bouchul propose des lotions froides et astringentes, fréquemment répétées, dans l'intérieur des narines, soit avec de l'eau froide, purement et simplement, soit avec de l'eau tenant en dissolution de l'alcool camphré, du sulfate de zinc, ou du sublimé, à très-faible dose. Voici les formules qu'il donne :
1" Sulfate de zinc 50 centigrammes.
dissous dans eau ordinaire .... 100 grammes.
2» Alcool camphré 13 à 20 gouttes.
dans eau 100 grammes.
3° Sublimé 10 centigrammes.
dans eau distillée 300 grammes.
M. Teissier (de Lyon) a proposé comme moyen curatif du coryza aigu intense la cautérisation au moyen de la solution suivante :
Nitrate d'argent cristallisé. ... de 25 à 50 centigrammes. Faire dissoudre dans eau distillée. . 20 grammes.
Avec un petit bourdonnet de charpie imbibé de cette solution, on cautérise rapidement la pituitaire.
J. Pretty a conseillé dans le même but des injections dans les narines avec une solution de sulfate de zinc, dans la proportion de 15 gt^ammes pour 50 grammes d'eau distillée.
Pour le traitement du corijza des nouveau-nés, voy. NouvEA^-^És.
DICT. ENC. XXI. , 2
18 CORYZA (thérapeutique).
Coryza chronique. Le tiaitenient du coryza chronique est subordonné au degré d'intensité et d'ancienneté de la maladie, à ses conditions de simplicité ou de complication, et enfin à la nature des états diathésiques d'où il procède. On a vu dans l'iiistoire du coryza chronique que cette affection était sujette à des intervalles de rémissions et d'accès ou d'exacerbations. Il y aura donc à considérer les moyens qui devront être employés d'ordinaire et ceux que pourront réclame;* les accès.
Dans le coryza chronique idiopathique, simple, la médication se compose surtout de modificateurs locaux, les moyens géuéraux n'occupent que le second rang dans l'ordre des indications.
On peut placer au premier rang des moyens destinés à agir localement, de manière à modifier l'état morbide de la pituitaire et de ses annexes, les insufflations de poudres médicamenteuses et les iujections, douches ou irrigations.
Parmi les matières pulvérulentes qui ont été mises en usage, il faut citer d'abord le bismuth. Debout avait proposé un mélange pulvérulent composé de sous-nitrate de bismuth et de chlorate de potasse (10 grammes de bismuth et 1 gramme de chlorate), puis le poivre cubèbe. J. Black a cité un exemple remarquable de guérison de coryza chronique par le poivre cubèbe uni au carbonate de fer (poivre, 6 grammes ; carbonate de fer, 1 gramme ; divisés en trois paquets, à prendre dans les vingt-quatre heures, à des distances égales). Le poivre cubèbe seul, entre les mains du même médecin, a donné des résultats tout aussi heureux.
Le docteur David Ferrier, médecin à l'hôpital de King's Collège, de Londres, a publié, dans the Lancet du 8 avril 1876, un article sur le coryza, dont le Journal des connaissances médicales ol donné une traduction.... « Étant moimême sujet à cette affection, dit le docteur David Ferrier, j'ai du chercher un mode de traitement plus efficace que ceux dont ou fait usage. La veille d'un jour oii je devais parler en public, je ressentis les symptômes de la maladie. Ayant sous la main du nitrate de bismuth, je me mis à en priser, et le lendemain le coryza avait disparu. » Voici la formule qu'a adoptée depuis le docteur FeiTier :
Chlorhydrate (le morphine 2 grains (10 centigr.).
Poudre lie gomme acacia 2 drachmes.
Sous-nitrate de bi,mulh 6 —
A priser dans les vingt-quatre heures le quart et jusqu'à la moitié de ce mélange.
L'alun, le borax, le tannin, le calomel, ont été aussi alternativement préconisés. Trousseau faisait usage des poudres suivantes :
Sous-nitr.ite de bismuth 1 ^ ,«
Talc de Venise i '^'^ ^^ grammes.
Chlorate de potasse 2 grammes.
Sucre porphyrisé 19 —
Précipité blanc 2o ceuligeammes.
Sucre porphyrisé 13 grammes.
Précipité rouge 25 centigrammes.
Sucre 15 grammes.
L'usage de ces poudres doit être précédé d'un lavage des fosses nasales, à l'aide de reniflement d'eau tiède.
Atteint d'un coryza très-intense, avec fièvre, céphalalgie violente, hypersécrétion très-abondante, M. Luc a eu l'idée d'aspirer des vapeurs d'iode. Le coryza avait débuté à neuf heures du matin ; M. Luc commença les aspirations à trois
CORYZA (tiiéhapeutique). 11)
heures de l'après-midi et les conlimia pendant une heure, de trois en trois minutes, chacune d'elles durant environ une minute. Le mal de tète s'affaiblit d'abord et céda; les étcrnuments devinrent plus rares, la sécrétion moins abondante, et, malgré un sentiment de brûlure éprouvé à la gorge, le coryza avait complètement disparu à six heures du soir.
Les inhalations par le nez de li(|uides pulvérisés, tels que des solutions astringentes, de l'eau de goudron, des eaux sulfureuses ou arsenicales, donnent souvent de bons résultats. 11 en est de même des injections ou douches faites avec de l'eau additionnée de sel marin, d'alun, de tannin, de sulfate de zinc, d'acétate de plomb, de permanganate de potasse, etc. Lcsdouclies naso-])liaryn giennes, d'après le procédé de Wcbcr, paraissent surtout destinées à rendre de grands services dans le traitement de cette alfection. Ce procédé repose, comme on le sait, sur ce fait que, dès que l'une des cavités nasales est entièrement remplie par un licpiide introduit par la narine au moyen d'une pression hydrostatique, le malade respirant par la bouche, le voile du palais ferme l'arrièrecavité des fosses nasales assez hermétiquement pour que le liquide, au lieu de pénétrer dans le pharynx, passe dans l'autre cavité nasale et sorle \)nv Tautre narine. Les deux fosses nasales sont ainsi soumises à une sorte de courant continu qui les lave énergiqucment, cntrahie tous les dépôts morbides (juclles peuvent contenir, et modifient enfin la vilalilé de la membrane muqueuse selon la composition du liquide employé. Un appareil de ce genre, inslallé depuis quelques années dans le bâtiment des vapeurs de l'établissement thermal du Mont-Dore, d'après les conseils de M. le docteur Alvin, rend de très-grands services pour le traitement du coryza chronique et de l'ozène. Lorsque le coryza chronique réside dans les fosses nasales postérieures, les substances pulvérulentes, gazeuses ou liquides, peuvent èlre portées sur place, en s'éclairant au besoin avec le rhinoscope, à l'aide de tubes, de caïuiles ou de baleines ayant une courbure convenable.
Le coryza caséeux ne peut être convenablement traité qu'au moyen d'irrigations ou de douches nasales. M. Ch. Fauvel a proposé pour les cas de ce genre le curage des fosses nasales avec la pince à polypes.
Pour la forme de coryza chronique désignée sous le nom d'épaississement de la muqueuse nasale, on a proposé l'usage des astringents, soit en injections, soit en poudres; la dilatation mécanique; les scarifications à l'aide d'un instrument approprié ; la cautérisation faite soit avec le nitrate d'argent, au moyen d'un porte-caustique, ou à l'état de solution introduite à l'aide d'un bourdonnet. Voltolini a employé avec succès la cautérisation avec le galvano-caustique. Le gal- \ano-cautère de M. Pàquclin serait probablement d'une application très-utile et nous paraîtrait devoir être préféré pour cette opération. Enfin M. Péan a proposé l'excision à l'aide de ciseaux droits portés le long de la paroi externe de la muqueuse.
Dans la forme ulcéreuse du coryza, soit qu'il s'agisse d'ulcères simples ou d'ulcères spécifiques, on aura recours aux lavages fréquents avec l'eau de goudron, le phénate de soude ou le permanganate de potasse ; aux insufflations pulvérulentes avec l'alun, le calomel ou le nitrate d'argent ; aux cautérisations. Ici la plupart des moyens préconisés contre l'ozène conviennent également, puisqu'ils s'attaquent à l'ulcération : ainsi on pourra recourir aux injections avec l'eau phagédénique, avec le sublimé, ou le sulfate de cuivre, ou le sulfate de zinc. Voici les formules de Trousseau, qui seront sans doute données à l'article Ozè>e,
-0 CORYZA (thérapeutique).
mais que nous indiquerons néanmoins ici, parce qu'elles peuvent être utiles même dans le coryza chronique simple :
Eau phagédénique 300 grammes.
Agiter le flacon avant d'en faire usage, afin de bien mêler le précipite'.
Sulilimé 1 gramme.
Alcool 100 —
Sulfate de cuivre ou bien sulfate de
zinc 5 centigrammes.
Eau distillée 100 grammes.
Enfin, il est une dernière médication dont il nous reste à dire un mot, parce qu'elle a le double avantage de réunir l'action générale à l'action topique et de suffire en quelque sorte à elle seule à remplir toutes les indications; nous voulons parler de la médication minéro-lhermale. Les eaux sulftireuses et les eaux alcalo-arsenicales nous paraissent également appelées à rendre de grands services dans le traitement du coryza chronique. Dans un travail publié en 1862 dans la Gazelle hebdomadaire de médecine et de chirurgie, M.Mascaiel a publié trois observations qui montrent les bons effets de la médication par les eaux minérales du Mont-Dore, employées en bains, en douches et en inhalations ou injections à l'aide des appareils pulvérisateurs. Ces faits ont dû se midliplier beaucoup depuis, soit entre les mains de M. 3Iascarel, soit entre les mains de SCS collègues de la station du Mont-Dore. J'ai eu trop souvent moi-même l'occasion de constater les bons effets de cette médication thermale dans les cas de ce genre, surtout depuis qu'aux nombreux moyens d'application de l'eau minérale dont dispose l'établissement on a ajouté l'appareil de Weber, pour ne pas devoir joindre ici mon témoignage à celui de mon confrère. Brochin.
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CO.SCHWITZ (Gkorges-D.vnikl), né à Koiiilz (Pnissc) eu JC79, fut reçu docteur en médecine à Halle et devint prores.seur d'aualomie cl de botanique à la même Université. Klève et disei|)le de Slalil, il fut partisan de la doctrine de l'animisme de ce médecin philosophe, tout en essayant, paraît-il, de la concilier avec les idées des organiciens de son temps. C'est à Cosclnvitz que l'Université de Halle serait redevable d'un amphithéâtre d'anatomie, qu'il lit construire à ses frais. 11 est célèbre par quelques découvertes anatoniiques, dont la plupart lurent contestées, celles du conduit salivaire, par exemple, allant des glandes suitlinguale et sous-maxillaire à la partie |)oslérienrc et latérale de la langue, llalier, parait-il, comballit celle découverlc, eu démuulraul, sur la préparation même de l'auteur, que ce dernier avait pris une veine pour un conduit salivaire. Il s'est aussi préoccupé de l'existence d'un fluide nerveux et a publié plusieurs mémoires d'obstétrique. Il est mort à Halle en 1729. Nous citerons parmi les ouvrages dont il est l'auteur :
I. /Eger hœmoplisi laborans. Dissertation inaugurale. Halle, 1C99, in-4'' ; Ibid., 1705; Ibid , 1715. — II. Theatri anatomici nalalitia. Halle, 1718, in-i». — III. Iniroductio in ehirurgiam rutionalem. Halle, 1724, in-8''. — IV. Diis. de valoulis in iircteribus rcpcrtis. Halle, 1723, in-4''. — V. Ductus salivalis novus per glandulas maxillares sublinguales Imguamque excurrens. Halle, 1724, in-4''. — VI. Dissertât io de parturientium declinalione supinâ pro faeililando parla inulili. Halle, 1725, in-i". — VU. De sphaeelo senum. Halle, 1725, in-i». — VIII. Organismus et mechanismus in homine r/ro obrius et stabilitus, seu hominis vici considérai io physiologiea. Leipzig, 1725, in-i»; Ihid., 1745, in-4°. — IX. Uralio de studii anatomici prœslanlia et ulilitate. Halle, 1727, in-4''. — X. Dissertatio de trepanalionc. Halle, 1727, in-4°. - XI. Dissertatio de hypopyo. Halle, 1728, in-.4"'. — XII. Continualio observai ionum de ductu salivali novo. Halle, 1729, in-4''. — XIII. Collegium de gravidamm et puerperarum, necnon de infant ium reecns-nalorum rcgimine et affectibus,Lei\)ï., 1132, in-i». A. D.
tOSCIxoMAXtiE (de ■/.ou/.bio-j , crible). Divination par le crible {Voi/. Dimnation). D,
COSMÉTIQUES (de v.onu-ii'j, parer). Les cosmétiques sont des préparations destinées, comme leur nom l'indique, à entretenir la beauté du corps. Ils s'appliquent siu'tout au visage, à la chevelure, à la partie supérieure de la poitrine
et aux mains, c'est-à-dire à toutes les parties du corps qui ne sont pas recouvertes par les vêtements. L'art de préparer et d'employer les cosmétiques est probablement aussi ancien que le dé.-ir de plaire et de conserver le plus possible les apparences de la jeunesse, c'est dire qu'il est aussi vieux que le monde. On en retrouve les traces dans les plus antiques documents colligés par l'histoire, et il obéit à la loi commune du perfectionnement progressif des œuvres humaines. D'abord grossier, il se raffine peu à peu, et c'est chez le peuple civilisé qu'il atteint seulement la perfection. Cette perfection, il faut bien le dire, cesse d'être un progrès réel quand elle dépasse une certaine limite. Sans aucun doute il est permis et nécessaire, au point de vue de l'hygiène, de prendre soin de sa personne. Mais l'exagération de ce soin rend efféminé, il est l'accompagnement obligé de la dépravation des mœurs ; c'est un signe non douteux de décadence. L'hygiène à cet égard, dit Cazenave, peut se résumer en un mot : propreté.
On trouve dans les anciens auteurs de nombreuses formules de cosmétiques, llippocrate, Celse, Galien, Paul d'Êgine, Pline, en ont donné un grand nombre; Martial, Juvénal, Suétone, en parlent dans leurs livres. Nous n'entreprendrons pas de les reproduire, car cette étude serait peu intéressante au point de vue médical proprement dit. Nous nous contenterons de donner un spécimen de ce qu'était cet art chez les Romains du temps d'Auguste. Ovide a composé un poëme sur ce sujet [de Medicamine faciei). Le poëte, s'adressant aux jeunes filles de son temps, leur rappelle la nécessité de la parure. Sous le règne de Tatius, dit-il, les antiques Sabines pouvaient négliger le soin de leur personne. La matrone au teint coloré [rubiciinda) ne s'occupait que des soins du ménage. Mais vos mères, dit-il, ont engendré des filles délicates :
At vestrœ teneras inatres pepcrere piiellas.
Il les engage d'autant plus à prendre ces soins, que nous y trouvons notre profit, puisqu'on définitive c'est pour nous plaire. « La première de vos préoccupations, dit-il, doit être de veiller sur vos mœurs. « VoiLà certes, à propos de cosmétiques, un conseil excellent à suivre, mais auquel on ne s'attendait pas de la part d'Ovide.
Quant aux cosmétiques proprement dits, ils ne paraissent pas constituer un art bien avancé. Voici par exemple comment on peut, au sortir du sommeil, donner de l'éclat et de la blanclieur au teint.
Prenez deux livres d'orge mondée de Libye, autant d'ers [ervuvx, probablement une sorte de lentille). Détrempez le tout dans une dizaine d'œufs, deséchez et broyez.
■ D'autre part pilez de la corne de cerf, et passez au tamis. Prenez de cette poudre un sixième de livre, ajoutez douze oignons de narcisse, broyez le tout dans un mortier de marbre, puis deux onces de blé de Toscane et dix-huit onces de miel. Toute femme qui appliquera ce mélange sur sa figure la rendra plus brillante que son propre miroir.
Voici une autre formule :
Faites griller ensemble six livres de pâles lupins, et autant de fèves, et broyez. Ajoutez de la cériise, de la fleur de nitre-rouge et de l'iris d'IUyrie. Joignez-y du ciment extrait du nid des alcyons plaintifs. Cette préparation fait disparaître les taches du visage. On peut lier cette poudre avec du miel, et se frictionner le corps avec le mélange.
Ces deux citations suffisent pour donner une idée de l'art du parfumeur chez les Romains de cette époque. La première formule trahit la préoccupation polypharmaque d'un auteur inexpérimenté. La deuxième témoigne de l'ignorance complète des propriétés toxiques du plomb. On ne possède qu'une centaine de \ers de ce poëme, le reste est perdu, et on peut juger que cette perte regrettable au point de vue littéraire ne l'est pas sous le rapport technique.
La composition des cosmétiques est extrêmement variable. Fabriqués le plus souvent avec des substances inertes, ils peuvent dans d'autres cas, heureusement plus rares, renfermer des poisons, et exercer une influence fâcheuse sur l'économie. C'est là surtout le point de vue qui nous intéresse, et le seul qu'il convienne de traiter ici.
Le Manuel du Parfumeur de V Enci/clopédie Roret contient d'après Réveil [Annales d'iujgiène, '■2" série, t. XVllI, p. 315) 05 formules renfermant des substances vénéneuses à un haut degré.
En voici la nomenclature ; on y a omis l'oxyde de zinc, l'éther, le chlorolorme et l'alun, ([ui, bien que pouvant produire des accidents graves, sont moins dangereux.
NOMBDE DI£MOMlNAT[OK. DE FORMULES.
Préparations arsenicales 5
— (le plorjib 6
— de nitrate d'argent 4
— mercurielles 5
Sulfate de zinc , 5
Cliaui vive 5
llypoclilorite de chaux -i
Acide sulfurique iilne, ii dose élevée 1
Acide oxalique lil>re 1
Émétiquo 1
Sel ammoniac à forte dose 5
Camplire en grande quantité 5
Essence d'amandes ainéres, en proportion considérable i
Coloquinte 1
Tabac 1
Opium ou laudanum 6
Scille 1
Colchique 2
Ciguë 1
Sulfate de quinine 2
Canttiarides 2
Total G5
Voici quelques-unes de ces formules :
Vinaigre résolutif et fondant pour guérir les cors et les verrues.
Mêlez par parties égales du nitrate acide de mercure et du vinaigre rouge coloré par l'orcanette; « cette addition a pour but de déguiser le nitrate acide de mercure aux acheteurs. » (Observation de l'auteur du manuel.)
Autre :
Squames de scille sèche 1 partie.
Bon vinaigre rouge 12
Alcool 1/2
5 à 6 gouttes dans un verre d'eau pour se gargariser lorsqu'on a besoin de parler ou chanter en public. Le vinaigre de colchique employé au même usage est préparé avec parties égales de vinaigre rouge et de racines de colchique. On fait digérer à une douce chaleur pendant deux jours.
La formule suivante montre le degré de confiance qu'on peut accorder à ces faiseurs de recettes.
Pâte antiminérale, antiextractive pour les dents :
Potasse caustique 27
Acide siilfurique 12
Ammoniaque liquiile 5
Ces quelques citations suffisent pour montrer l'intérêt qui s'attache à l'étude que nous allons faire (voy. aussi Fard).
Cosmétiques des cheveux. Cette question ayant été traitée au mot Cheveux (Hygiène), nous nous bornons à q'ielques remarques ou additions qui ne sont pas tout à fait à négliger.
Parmi les pratiques qui peuvent détériorer les cheveux, se trouve celle qui consiste à les chauffer à l'aide de fers dont on apprécie la température par leur action sur un morceau de papier, ou plus simplement par la fumée et l'odeur que les cheveux chauffés dégagent. Il est évident qu^uu pareil traitement, renouvelé souvent, doit rendre les cheveux fragiles et les altérer. L'emploi des papillotes pendant la nuit est plus rationnel ; toutefois, lorsque les cheveux sont ainsi rassemblés en petits paquets, ils ne protègent plus la tète contre le froid, et il est bon d'obvier à cet inconvénient à l'aide d'un vêtement approprié. L'habitude de se tenir la tête couveitc paraît également exercer une influence fâcheuse sur les cheveux, et prédisposer à la calvitie. Précy (thèse sur les coiffures) fait remarquer que les domestiques qui restent la tète découverte devant leurs maîtres ont de plus beaux cheveux que ces derniers. Il est certain que l'habitude de rester la tète couverte est un signe de décadence, et ne doit être tolérée qu'au déclin de la vie.
Quelques personnes pensent que le seul cosmétique qui convienne pour la chevelure est l'eau, et mouillent tous les soirs leurs cheveux. C'est là une pratique nuisible. Il est bien démontré aujourd'hui qu'elle l'end les cheveux cassants, et tend à les faire fendre dans leur longueur, surtout à l'extrémité. Cette remarque s'applique encore mieux à l'eau de mer qu'à l'eau commune : aussi doit-on conseiller, au moins aux baigneuses, l'emploi de bonnets imperméables qui préservent leur chevelure lorsqu'elles prennent des bains froids. Le principal avantage des pommades est précisément de mettre les cheveux à l'abri des variations hygrométriques.
La blancheur du poil n'est pas im signe de faiblesse chez les animaux. Il n'en est pas de même chez l'homme, aussi le désir de teindre les cheveux blancs de manière à conserver les apparences de la jeunesse a-t-il fait appel, probablement de tout temps, à la science des parfumeurs. Nos aïeules du siècle dernier avaient spirituellement tourné la difficulté en mettant la poudre en honneur. Cette poudre, qui n'est autre chose que de l'amidon ou du riz pilé et tamisé, est fort inoffensive, mais nécessite des soins de propreté.
Il en est de même de la pommade il/e/oïrtoco»ie (les parfumeurs, coiffeurs, etc., ont un faible pour les noms tirés du grec), dont le nom indique assez la propriété. Elle consiste en un mélange de graisse et de bouchon brûlé. L'inconvéuient de cette préparation est de déteindre surtout ce qu'elle touche.
Pour obtenir une coloration bon teint, il est nécessaire de rappeler en peu de mots comment le teinturier réalise le problème. Supposons qu'il s'agisse de teindre une étoffe de laine en noir. Comme les fibres de cette étoffe sont recouvertes de matières crasses qui empêcheraient les réactifs de pénétrer, on com-
mence par les traiter à chaud par une soliilion de savon, ou de carbonalc de soude. Puis on les plonge dans une solution de sul l'aie de J'cr qui pénètre dans la substance du poil. On lave rapidement de manière à enlever le sel de 1er qui est à la surface, mais non celui qui a pénéiré, et on plonge dans une solution d'acide gallique. Celui-ci pénétrant à son tour rencontre le sel de fer et forme du "allale de fer insoluble, dans la substance même de la fibre. La matière noire étant ainsi emprisonnée ne peut être enlevée ni par les frottements ni par les lavao'es. Dans toutes ces opérations, le teinturier est aidé par l'action de la chaleur et a toute facilité pour immerger complètement et pendant longtemps les tissus sur lesquels il opère.
Ce simple aperçu permet de juger quelles difficultés on rencontre lorsqu'il s'agit de teindre les cheveux. La plupart des recettes proposées reposent sur ces principes qui sont rationnels. Voici les résultats de l'analyse de quelques-unes de ces drogues; nous renvoyons pour le complément à l'article Cheveux.
Eau d'Afrique pour teindre les cheveux. Cette eau est contenue dans trois flacons. Le premier et le dernier contiennent de l'azotate d'argent. Le deuxième, bouché à l'émeri, renferme du sulfure de sodium. On conçoit qu'en trempant successivement les cheveux préalablement dégraissés dans ces trois li(]uein"s il se forme du sulfure noir d'argent.
Eau de la Floride. Celte eau, d'après le prospectus, n'est pas une teinture, elle est composée de sucs de plantes exotiques et bieid'aisantes. Comme toutes ses congénères, elle rend à la chevelure sa couleur primitive, et n'a rien de commun avec les teintures vulgaires, dont les résultats sont si limestes, etc. A l'analyse on trouve :
Acélalc ncutic de plomli , . . 2, S
Kleurs (le ^ou^^c '2,7
Eau de ro^e 91,5
(0. névcil.)
J'ai eu l'occasion d'analyser aussi cette eau, dont la composition est bien celle que Réveil a indirfuéc. 11 est certain que cette préparation colore les cheveux blancs, probablement par suite de la formation de sulfure de plomb. Réveil rapporte que son usage a déterminé des accidents, .l'ai été témoin d'un fait du même genre : la personne qui se teignait ainsi les cheveux fut atteinte d'une ophthahnie qui disparut et reparut à plusieurs lepiises, suivant qu'on cessait ou qu'on reprenait l'usage de cette eau. Prix du llacoii 10 fr., valeur réelle au maximum 0 fr. 80.
Eau de B.... chimiste. Trois flacons. Le flacon n° 1 est le li({uide transmutatif. C'est une solution ammoniacale de nitrate d'argent et de sultalc de cuivre.
Le n° 2 est également transmutatif ; c'est une solution de sulfure de sodium. — Jusque-là cette eau ressemble assez à l'eau d'Afrique, avec cette diflérence que la solution pénètre mieux, malgré les corps gras qui enduisent les cheveux a cause de l'ammoniaque, et qu'elle est moins chère en raison du cuivie qu'elle renferme ; mais elle en diffère par le flacon n" 5 intitulé Eriu à détacher. On sait combien sont tenaces les taches de nitrate d'argent sur la peau ; elles ne disparaissent qu'avec l'épiderme. L'eau a détacher les enlève de suite ; elle consiste en une solution de cyanure de potassium, ([ui est peut-être le poison le plus redoutable que l'on connaisse, et dont la j)résence en quantité toxique ne devrait pas être tolérée dans une liqueur de parfumerie. La teinture américaine se compose d'acide gallique d'une part, et de nitrate
26 COSMETIQUES.
d'argent ammoniacal, mélangé à une matière visqueuse de l'autre. Cette matière organique a pour effet d'épaissii^ la liqueur et de la faire adhérer.
Le Melanogène de D.... se compose de nitrate d'argent ammoniacal, et probablement d'acide pyrogallique. Lorsqu'on mélange ces deux corps, il se produit <le l'argent l'éduit conmie dans les expériences photographiques. La teinte obtenue est très-intense.
La Sélénite procure la teinte que l'on désire. Il y en a sept espèces désignées par les lettres de A à G. Elle contient du carbonate de plomb, mélangé à du carbonate et du nitrate de soude.
Le Chromachrome , importé de la Chine par W.... est (d'après le prospectus) un suc végétal inoffensif, ce qui le distingue d'une foule de préparations aussi nuisibles qu'inefficaces. 11 consiste également en sel d'argent ammoniacal, et acide pyrogallique.
On a conseillé l'emploi d'un peigne de plomb, pour noircir les cheveux, mais cette instrument ne produit aucun effet.
On sait que la litharge est soluble dans l'eau de chaux. Lorsqu'on fait bouillir des cheveux blancs ou de la laine dans une semblable solution, ils se colorent en noir très-solide. 11 est possible d'arriver à un résultat semblable en dégraissant les cheveux, et en les laissant macérer pendant la nuit dans cette préparation, en recouvrant la tète d'un bonnet imperméable pour éviter l'évaporation. Cette opération doit être renouvelée plusieurs fois ; je pense qu'il est inutile d'en faire ressortir les inconvénients au point de vue de l'hygiène ; elle peut déterminer tous les accidents de l'empoisonnement lent par le plomb. — Les Persans ont l'habitude de teindre leurs cheveux en noir foncé, et passent pour très-habiles dans cet art. Un échantillon des drogues dont ils se servent ayant été donné par Férouck-Kiian, ambassadeur de Perse, à Trousseau, celui-ci en confia l'analyse à Réveil. Deux paquets furent remis à ce chimiste. Le premier contenait une poudre végétale, jaune-brunâtre, teignant les cheveux blancs en jaune-rougeàtre rouillé, provenant certainement du Lawsonia inermis, ou henné, dont les Mauresques se servent pour coloier en rouge les cheveux, les ongles et le visage. Le second paquet contenait une poudre qui, appliquée (après avoir été humectée) sur les cheveux, les teignait en bleu. Cette poudre appelée Rang en persan provient d'un végétal dont on n'a pu découvrir la nature. Lorsqu'on emploie successivement ces deux poudres, les cheveux prennent une teinte noire magniliqne. Il serait à désirer qu'on introduisit cette préparation en Europe, car elle est très-probablement inoffensive, et mettrait à l'abri des accidents qui peuvent accompagner l'emploi des solutions métalliques les personnes qui ont la faiblesse de vouloir cacher cette première atteinte des ans.
Après la canitie, l'affection la plus redoutée du cuir chevelu est la calvitie. Celle-ci peut être provoquée par différentes causes que nous n'avons pas à examiner {voij. Alopécie et Calvitie), mais il importe de savoir qu'elle peut résulter de l'abus des cosmétiques, et en particulier, d'après Cazenave, de ceux qu'on vend contre la chute des cheveux, et qui sont tous plus ou moins dangereux. Cette remarque s'applique surtout aux calvities accidentelles qui guériraient toutes seules ou sous l'influence d'un traitement bien dirigé. — Dans le cas de calvitie déclarée et ancienne, ils sont pour la plupart inoflensifs, et ne se font remarquer que par leur prix élevé, et la bizarrerie des drogues qui servent à leur préparation. Telles sont la graisse d'ours (préconisée par Cléopâtre dans un manuel de cosmétiques malheureusement perdu), celle de taupe, de vipère ; les
COSMETIQUES. :il
cendres de guêpes, de grenouilles, de le'zards, et enfin la fameuse pommade du lion, dont le nom, en raison de son abondante crinière, sonne agréablement aux oreilles de ceux qui ont perdu leurs cbeveux.
A côté de ces préparations inertes se trouvent quelques drogues phis actives, telles que le goudron, l'huile de ricin, l'huile de croton, les cantharides; mais l'emploi de ces corps n'est pas sans dangers, et peut même entraîner des accidents "raves. II convient d'en confier la prescription et la préparation au médecin et au pharmacien. Il devrait en être de même des préparations nondjreuses où figure la quinine, qui, à tort ou à raison, passe pour fortifier les cheveux, et est souvent employée en lotion ou en pommade. Du reste, la miilliplicité des remèdes préconisés tour à tour, et que le client préfère ou rejette suivant le caprice de la mode, indique assez que le problème est encore à résoudre. Lorsque la "lande pilifère est détruite par suite de l'oblitération des vaisseaux et de l'atrophie des filets nerveux qu'elle reçoit, on conçoit que toutes les pommades échouent, puisqu'il faudrait qu'elles eussent la propriété de créer des organes nouveaux. Tout au plus peut-on espérer réussir quand une cause accidenlelle a fait tomber le poil, en respectant l'organe qui le produit. Rien de plus lare, dit Lorry, qu'un homme chauve recouvrant ses cheveux. Cazenave déclare n'en avoir jamais vu.
Dépilatoires. Nous ne mentionnerons que pour mémoire l'emploi de l'cuiplàtre delà calotte de poix. Ce mode d'épilation barbare est aujourd'hui abandonné. Les cosmétiques qui méritent le nom d'épilaloires sont des agents cliimi(jues qui ramollissent assez le poil pour qu'on puisse l'enlever avec un corps mousse, comme le dos d'un couteau. Ces cosmétiques étaient peu employés chez les anciens, et les auteurs nous ont laissé de nombreuses traces de l'usage généralement répandu d'épiler mécaniquement les différentes parties du corps.
Il importe de rappeler qu'un grand nombre de ces cosmétiques sont des poisons très-énergiques, et ne doivent cire maniés qu'avec connaissance de cause et prudence. Le célèbre Rusma des Turcs employé aussi chez les Arabes et les Persans est composé, d'après Félix Plater, avec 8 parties de chaux vive et 1 à 2 parties d'orpiment ou sulfure d'arsenic. On délaye cette poudre dans du blanc d'œuf et de la lessive des savonniers. La poudre de Laforest contient :
Mercure 60
Orpiment 50
Litharge 50
Amidon 50
Pour l'appliquer, on en fait une pâte avec de l'eau de savon. C'est afin d'éviter les accidents auxquels ces préparations peuvent donner lieu que Félix Boudet a proposé la formule suivante :
Sulfure de sodium cri.-lallisé 5
Chaux vive en poudre 10
Amidon ... 10
On délaye cette poudre dans un peu d'eau, et la pâte est appliquée sur la peau pendant une ou deux minutes. Si l'application est mal faite et trop prolongée, il peut en résulter une inflammation vive, avec pustules dont la cicatrisation laisse des marques indélébiles ; mais les accidents ne peuvent jamais avoir la même gravité que ceux qui résultent de l'emploi de l'orpiment.
Cosmétiques du visage. Ils sont destinés à conserver la fraîcheur de la peau, prévenir les rides, lui donner la blancheur et la teinte rosée qui sont l'apanage
de la joiinosso, etc. La nomenclature des recettes proposées pour résoudre l'éternel problème de paraître jeune quand ou est vieux exigerait des volumes. Nous dirons un mot seulement des préparations les plus usitées, et surtout de celles qui sont toxiques.
Le lait virginal n'est autre chose que de l'alcoolé de benjoin, dont on verse quelques gouttes dans l'eau destinée à la toilette. Le benjoin au moment du mélange se précipite sous forme de poudre blanche, ce qui donne au liquide une grossière apparence du lait. Ce cosmétique est sans inconvénient, ainsi que l'eau de Cologne, les vinaigres aromatiques, etc., qui produisent le même effet.
11 arrive assez souvent que le visage devient le siège d'éruptions plus ou moins discrètes ; telles sont les pustules d'acné, la couperose, etc. On a proposé un grand nombre de préparations pour combattre ces accidents, lorsque l'enqjloi des eaux aromatiques que nous venons de citer ne sultit pas. Telles sont la liqueur de Gowland, Vémidsion mercurielle de Diincan, et le cosmétique de Saemerling. Toutes ces liqueurs contiennent du bichlorure de mercure associé aux amandes amères, et qui par conséquent se transforme partiellement en cyanure de mercure. De semblables drogues peuvent, on le conçoit, causer entre des mains inexpérimentées et ignorantes de graves accidents. J'ai eu l'occasion d'analyser une eau semblable, qui était une solution au millième de sulfate de cuivre. Une autre était une simple solution de sublimé. Toutes deux se vendaient à un prix élevé, et réussissaient le plus souvent à produire l'effet voulu.
Le lad antëphélique date de 1849. « 11 détruit ou prévient toute atteinte accidentelle à la pureté ou à l'éclat du teint, éphélides (taches de rousseur, son, lentilles, marque de grossesse), bâle, rougeurs, efflorescences, boutons, rugosités, etc., préserve des piqûres d'insectes, ou en neutralise le venin, donne et conserve à la peau du visage pureté, fraîcheur et clarté. Prix : 5 fr. le flacon. ))
D'après Réveil, un flacon de 128 grammes contenait :
Sublimé corrosif 1 gr. 073
Oxyde de ploinli liydralé i 010
Eau .' 122
Camphre et acide suU'urique traces.
Il y a quelques années, les prospectus étaient ornés du portrait d'une jeune personne qui avait soumis la moitié de son visage à l'action du précieux cosmétique ; on pouvait juger facilement de l'efficacité du remède, car cette moitié du visage était d'une pureté parfaite, tandis que l'autre était couverte de taches de rousseur. Cette personne était chargée de la vente dans un des principaux débits. On conçoit que lelfet signalé plus haut soit facile à obtenir en exposant le visage d'une personne un peu lymphatique et à peau fine à l'action du soleil, en ayant la précaution d'en recouvrir la moitié d'un masque opaque.
Réveil fait observer avec raison, je crois, que, si un pharmacien délivrait sans ordonnance une pareille drogue, il serait passible d'une amende pouvant s'élever à oOOO fr. et d'un emprisonnement de 2 à 6 mois. Il est certain que ce sont là de véritables médicaments, que le pharmacien seul devrait pouvoir vendre, et dont le médecin devrait surveiller l'action.
Les fards sont des poudres blanches qu'on dépose à la surface de la peau à l'aide d'une plume de cygne. Le plus employé de tous, la poudre de riz, est
sans inconvonients au point de vue de l'hygiène. Cette poudre est souvent falsifiée, d'après Réveil, par du talc qu'on y introduit dans la proportion de i à -. On sait que ce talc pulvérisé constitue la pondre de gants ou de bottes. Il est sans adion nuisible sur la peau qu'il rend plus douce ; les marchands en introduisent d'autant plus, que son prix est luinimc. On se sert dans le même but de poudre d'albâtre, et de plâtre. Toutes ces préparations ont l'inconvénient d'être peu efficaces. Pour nous servir d'un terme de peinture, elles couvrent peu. C'est pour obtenir un meilleur effet qu'on a recours aux fards proprement dits. Chez les anciens, ils étaient très-employés, et les poêles satiriques en parlent continuellement. Aujourd'hui, on s'en sert non-seulement pour le visage, mais encore pour les bras et les épaules; ce qui augmente leur action nocive. Les exemples d'accidents saturnins déterminés par ces préparations sont si nombreux, qu'il est inutile d'insister sur la ni'cessiti' de proscrire absolument la céruse des poudres à farder. Leur usage est tellement répandu, que souvent les tabricants de ces drogues ignorent complètement le danger qui en accompagne l'emploi , et ne cherchent pas à cacher leur j)rocédé de préparation. Les règlements de police sont insuffisants à cet égard'. Les fards plombifères noircissent par l'hydrogène sulfur(', et se colorent en jaune par l'iodure de potassium. Le fard au l)ismutli brunit également par l'hydrogène sulfuré [voy. pour plus de détails l'article Faud).
Les fards rouges sont ordinairement colorés par des substances organiques, carmin, carlhanie, bois du Brésil, etc. On les emploie sous forme de poudre, de pommade, de crépons ou de solution : ils sont inoffensifs. Il n'en est pas de même lorsqu'on y ajoute du cinabre, qui doit être sévèrement proscrit^. Le bleu (pour imiter les veines) est inoffensif; il est formé de bleu de Prusse, ou d'indigo et de talc.
Cosmétiques pour la houche. Les cosmétiques pour la bouche consistent en solutions alcooliques de résines et d'essence, et en poudres dentifrices. Les premières sont inoifensives. On a cependant noté des eaux dentifrices à l'acétate de plomb (ajouté pour produire un précipité blanc par le mélange avec l'eau). Quant aux poudres, elles sont souvent acides et formées par des substances trop dures, ce qui constitue une double cause de détérioration pour les dents. Les poudres doivent être neutres ou alcalines et formées par des substances peu dures, comme le charbon peu calciné, la magnésie, le sucre de lait, etc. Cette dernière substance a l'avantage de ne pas être noire, et en outre les parcelles de poudre qui restent dans les interstices dentaires se dissolvent après un certain temps dans la salive.
Cosmétiques pour les mains. Les savons de toilette doivent être exempts d'un excès d'alcali, qui faciliterait, il est vrai, leur action détersive, mais altérerait l'épiderme et le rendrait rugueux. Un mélange de savon et de calomel ne noircit que lorsque l'alcali est en excès. On doit éviter de les colorer avec
' Voyez à ce sujet le mémoire de Chevallier (Annales d'hygiène, t. XIIT, p. 97 ; 1860). — La cour impériale a infirmé le jugement du triliunal conectioimel qui avait condamné F. et D. chacun à trois mois de prison et 500 francs d'amende, pour avoir vendu des fards plombilères ayant déterminé des accidents graves chez des artistes. Le jugement de la cour est basé sur ce que le blanc de plomb n'est pas placé au rang des substances vénéneuses.
^ On a imaginé de préparer un fard avec de l'alloxane. Ce corps est blanc, et cependant il donne à la peau après un certain temps une colora lion rosée fort belle, probablement en se transformant en murexide sous l'influence de l'ammoniaque contenue dans l'atmosphère confinée des lieux de réunion. Celte préparation est sans dangers.