DE PARIS
(gdimet).
Silice
Alumine
Potasse
Soude
Chau^
Fer
Acide sulfuiiciuo ....
87, si
L'outremer existe tout formé dans le lapis-lazidi qui lui doit sa belle couleur, et qui, pulvérisé et convenablement lévigé, forme l'oulremer naturel dont le
prix était élevé (en 1828, il valait jusqu'à 200 francs les 50 grammes). C'est à M. Guimet, ingénieur des ponts et chaussées, que revient l'honneur d'avoir trouvé, en 1827, le moyen de fabriquer l'outremer artificiel, par un procédé tenu secret jusqu'à ce jour. Gmelin arriva au même résultat, et publia son procédé. L'outremer artificiel vaut de deux à cinquante francs le kilogramme. Il est insoluble dans l'eau, et décomposable par les acides. Pendant longtemps, cette couleur nous arrivait d'Allemagne, mais aujourd'hui on en fabrique en grande quantité en France. 11 ne faut pas la confondre avec Voulremer de cobalt, décrit plus haut.
26° Platl indigo ou bleu d'Angleterre, bleu de Hollande. Mélange de bleu de Prusse, d'indigo, de smalt, de craie et d'amidon. Toutes ces substances sont reliées entre elles avec de la colle de riz. Le smalt est un peu vénéneux.
27" Rouge d'Anvers ou l'ouge de Venise, terra i^osa. Ce sont des variétés d'ocre rouge ou sesquioxyde de fer.
28" SéiJia. Couleur extraite de la sèche, mollusque céphalopode.
29° Stil de grain. Laque obtenue avec la graine d'Avignon (Nerprun des teinturiei's, Wtamnus infecter ius). C'est une belle couleur jaune, virant au brun par les alcalis. On l'additionne presque toujours de gaude, de cartharae, de curcuma, de bois jaune, etc., etc.
50° Stdfate de baryte. Couleur blanche, très-pesante, inoffensive en raison de son insolubilité. Sert à falsifier les autres couleurs blanches. On l'incorpore en raison de son poids au papier pour la vente au détail.
51° Sulfate de chaux ou [Autre commun. S'emploie à la colle, sert à falsifier le blanc de zinc.
32° Terre de Cologne ou terre d'ombre de Cologne, terre de Casse/. Belle couleur brune qu'on extrait de lignites en décomposition. A Bruhl et à Liblar, les bancs de lignite ont jusqu'à 7 et 8 mètres d'épaisseur.
35° Terre d'Italie. Voy. Ocre de' rue.
34,0 ferre d'Ombre. Tirée autrefois de l'Ombrie (États Romains). Elle vient aujourd'hui de Chypre. C'est une couleur brune, rougissant à l'air. Elle contient, d'après Klaprolh :
Oxytic lie fer hydraté 48
— de manganèse 20
Silice 13
Alumine ô
Eau il
On l'emploie soit à l'état naturel, soit après calcination ; cette dernière opération lui donne une teinte rougeàtre.
55° Terre de Sienne. Tirée des environs de Sienne (grand-duché de Toscane). Composition chimique inconnue. La base de cette couleur. est l'oxyde de fer hydraté.
56° Terre verte de Vérone. C'est une espèce de talc chlorité qu'on trouve aux environs de Vérone et dans un grand nombre d'autres localités. Celle de Vérone est la meilleure. Elle contient de la silice, du protoxyde de fer, de l'alumine, de là soude, de la magnésie, de l'eau et des traces de manganèse. C'est une belle couleur, très-solide et non vénéneuse.
37° Vert de vessie. C'est une laque qui contient la matière colorante des baies de Nerprun (Pdiamnus catharticus) avec de la chaux ou de l'alumine.
La nomenclature qui précède n'est certainement pas à l'abri de critiques. La
délimitation entre les couleurs plus ou moins vénéneuses est d'autant plus vague que la question de quantité reste indéterminée. Elle n'a pas la précision , de laits mesurés directement; enfin elle ne comprend que les couleurs les plus usuelles. Elle suffit cependant dans la plupart des cas qui peuvent se présenter, mais il faut se rappeler que souvent les couleurs qui y sont dénommées peuvent dans le commerce être falsifiées et devenir dangereuses. C'est ainsi que du blanc de plomb peut être ajouté en petite quantité au blanc de zinc, pour donner à ce dernier la propriété de mieux couvrir et de former une couleur plus, siccative. « Cette addition, dit M. LefortS ne constitue, à proprement parler, pas une fraude, ces deux substances ne sont pas à des prix tellement différents, qu'il puisse y avoir un avantage pécuniaire à faire ce mélange. » Celte assertion est admissible au point de vue commercial, où l'auteur cité s'est placé. A notre point de vue, qui est l'action sur l'économie, il en est tout autrement .
Les noms donnés dans le commerce aux différentes couleurs varient continuellement selon le caprice de la mode ou du i'abricant, selon la provenance, etc. Une nonjenclature complète eût été presque impossible et inutile. Il suffit d'avoir indiqué ceux qui sont babituellement employés.
Un grand nombre de couleurs inoffensives d'origine végétale ne figurent pas dans la liste que nous avons donnée. Leur origine et leur dénomination suffisent le plus souvent pour fixer sur leur innocuité ; tels sont le brun de chicorée, le caramel, l'oignon brûlé, la fleur de souci, etc.
Enfin, grâce aux progrès de la chimie, on a découvert dans ces derniers temps une série de matières colorantes dont quelques-unes présentent des tons entièrement nouveaux et de la plus grande richesse. Telles sont toutes les belles couleurs dérivées de l'aniline, de l'acide phéniquc, de l'antliracène, de la naphthaline, etc.
L'emploi de ces couleurs s'est assez vulgarisé dans ces derniers temps, pour que nous devions en dire quelques mots.
Couleurs d'aniline. Ces couleurs sont les plus célèbres de toute la série de matières colorantes découvertes dans ces dernières années. Les noms qui leur ont été donnés indiquent de la part de leurs auteurs une préoccupation plus commerciale que scientifique. Ces noms varient avec les nuances qui dépendent elles-mêmes quelquefois d'un simple tour de main. Les plus répandues sont pour le rouge la fuchsine, la roséine, le rouye Magenta, le rouge Solferino, le rouge de Lyon. Les couleurs violettes comprennent la violine, la purpurine, le violet de Parme; et pour les bleues, la cyanine, le hleu de Mulhouse, celui de Lijon. On a également retiré de l'aniline une couleur jaune, la chrysaniiine, un orangé, un brun et un noir dit d'aniline, très-employé pour l'impression des tissus.
L'aniline n'a pas seule fourni des matières tinctoriales ; l'acide phénique, la quinoléine, l'acide urique, l'antliracène, ont également servi de point de départ pour la fabrication de couleurs telles que les corallines (jaune et rouge ou pœonine), l'acide rosalique, l'azuline, le bleu de quinoléine, la murexidc, et enfin l'alizarine. Toutes ces couleurs sont bien moins employées que les couleurs d'aniline.
En rè"\e générale, on peut affirmer que ces couleurs ne sont pas vénéneuses,
» Chimie des couleurs, par J. Lefort, Paris, 1853. Victor Masson, éditeur. Nous avons puisé d'excellents renseignements dans cet ouvrage
DICT. EKC. XXI. *'
lorsqu'elles sont pures. Les exceptions à cette règle sont peu nombreuses. C'est ainsi que le rouge d'aniline paraît être de Varséniate de rosaniline. D'après M. Giiyot {Comptes rendus de V Académie des sciences, t. LXIX, p. 829), la lydine, matière colorante violette, obtenue à l'aide de l'aniline et du prussiate rouge, est vénéneuse quand elle est introduite dans l'économie ou mise en contact avec le sang. Elle agit comme un prussiate faible ; mais les étoffes imprégnées de cette substance sont sans action sur la peau.
A part ces exceptions, la règle générale énoncée plus haut peut être admise en faisant les réserves suivantes :
I» L'aniline et l'acide phénique, qui servent à la préparation de ces couleurs, sont vénéneux {voy. Akiline et P/iénique [acide]). Or, les couleurs en question en contiennent souvent parce qu'elles ont été mal purifiées, ou parce qu'une purification absolue n'est pas possible au point de vue commercial.
2" Un grand nombre de ces couleurs sont préparées avec des agents Irèstoxiques, tels que l'acide arsénique, les azotates de mercure, le sublimé corrosif, les chlorures d'étain, de zinc, d'antimoine. Ces poisons ne sont le plus souvent pas complètement éliminés de la matière colorante, surtout quand cdle-ci est en pâte, et non en poudre cristallisée. C'est ainsi que des empoisonnements, soit accidentels, soit provoqués sur des animaux, se sont produits à l'aide de rosaniline, d'azaléine, de rouge Magenta et de fuchsine [voy. Eulenbcrg et Volil, Des ])roprietés nuisibles et toxiques des couleurs retirées du goudron, in Annales d'hygiène et de médecine légale, 2^ série, t. XXXIX, p. 431).
0" On a employé, pour fixer ces couleurs sur des étoffes des mordants vénéneux, tels qu'un bain de sublimé pour le rouge à la murexide ; l'arséniate d'alumine pour la teinture à la coralline a été employée par certains fabricants. Ce fait a été consigné par M. Bouchardat. On se sert également comme mordant d'arséniatc de soude, qui non-seulement fixe, mais encore avive les couleurs (Eulenberg et Vohl, loc. cit.).
4° Les matières colorantes sont quelquefois combinées à des acides toxiques, tels que l'acide picrique {voy. Picrique, acide). Ce dernier se trouve surtout dans le vert d'aniline et dans les couleurs rouge-orange, composées de picrates de rosalinine et de mauvalinine.
D'après l'ensemble de ces remarques, on comprendra pourquoi nous n'avons pas classé les couleurs dérivées du goudron de houille dans la nomenclature qui se trouve ci-dessus, leur plus ou moins grand degré de nocuité dépendant de la préparation et de la purification variable de ces substances.
En résumé, toutes les fois que l'expert ou l'hygiéniste se trouvera en présence de ces matières, il devra chercher à résoudi'e les questions suivantes ;
1° La couleur a-t-elle été obtenue au moyen de corps eux-mêmes nuisibles?
2" Sa purification a-t-elle été complète, ou bien ne contient-elle pas actuellement une partie des corps nuisibles qui ont servi à la préparer?
3° Le principe colorant chimiquement pur a-t-il une action sur l'économie animale ?
4" Son application sur les tissus se fait-elle au moyen de mordants toxiques restant fixés même partiellement sur les fibres des tissus ? Tout ce qui touche à l'hygiène et à la médecine légale sera résolu par l'étude préalable de ce questionnaire.
Procédés pour reconnaître les coideurs nuisibles. Le procédé méthodique est sans contredit l'analyse chimique, faite suivant les règles exposées dans les
traités. Malheureusement cette analyse est longue, et nécessite des connaissances spéciales. On peut chercher à résoudre le problème à l'aide de méthodes plus rapides qui vont être exposées.
Un assez grand nombre de couleurs ont un aspect tel, cpi'il permet de les reconnaître de suite. C'est ainsi que tout le monde connaît la coloration de Varsénite de cuivre, qui sert à teindre en vert les abat-jour de nos lampes. Pour s'exercer à reconnaître ainsi à première vue les couleurs, l'expert devra fixer sur un album des échantillons de celles-ci, d'origine connue, et les étudier de manière à les graver dans sa mémoire. Ce travail doit être fait, au moins pour les couleurs toxiques.
L'emploi de certains réactifs, permet de déceler facilement un grand nombre de couleurs toxiques. Parmi ces réactifs, il n'en est pas de plus précieux que l'acide sullhydrique et le sulfhydrate d'aumioniaque. Tous les métaux, sauf les métaux alcalins et alcalino-terreux, sont précipités par l'un ou l'autre de ces réactifs, et le précipité est presque toujours noir, ou coloré d'une manière caractéristique. L'essai se fait sans préparation, on verse une goutte ou doux du réactif sur la matière colorante, même lorsqu'elle est incorporée à de l'huile. La réaction est tellement sûre qu'elle se produit toujours, quoique avec un peu plus de lenteur dans ce dernier cas. La présence de matière organique n'entrave pas la réaction. La seule précaution à prendre est de veiller à ce que la solution d'acide sulfhydrique soit récente, car elle s'altère assez promptement. On peut pour plus de sécurité l'essayer sur un sel de plomb ou de mercure un peu dilué. Quant au sulfhydrate d'ammoniaque, il se conserve indéfiniment. Toute coloration par ces réactifs devra paraître suspecte, et il sera procédé à une analyse complète. L'absence de coloration ne serait pas une preuve absolue que la substance examinée n'est pas toxique. Dans la liste donnée plus haut des couleurs très-vénéneuses, toutes, sauf l'orpiment et le réalgar, seraient décelces par ces réactifs.
Parmi les méthodes d'analyse chimique, il n'en est pas de plus l'apide et souvent de plus sûre que l'essai par la voie sèche au chalumeau. Nous ne pouvons décrire ici le mode d'emploi de cet instrument ; nous rappellerons seulement qu'il permet de distinguer facilement les matières colorantes d'origine or'^anique qui ne laissent jamais de résidu à la calcination, de la plupart des couleurs minérales qui en laissent presque toujours un plus ou moins abondant. Enfin il met rapidement en évidence l'arsenic, )e cobalt, le plomb, le cuivre, le fer, le zinc, l'antimoine, le mercure, le chrome, etc. Or si l'on veut se reporter à la nomenclature des couleurs vénéneuses indiquées plus haut, on veri'a que ces métaux forment la base de la plupart d'entre elles.
Fabrication des couleurs vénéneuses. Les ouvriers qui fabriquent les couleurs vénéneuses sont exposés, comme tous ceux qui travaillent dans les fabriques de produits chimiques, aux inconvénients qui résultent du mélange dans l'atmosphère qu'ils respirent de gaz ou vapeurs nuisibles. Ils ont en outre à redouter les effets des émanations des corps toxiques qu'ils manipulent. 11 ne faut pas se méprendre sur le sens à attacher au mot émanation consacré par l'usage. Ce mot dans le langage ordinaire s'applique à un gaz ou à une vapeur plus ou moins odorante. Pour le sujet qui nous occupe, le mot émanation signifie le plus souvent poudre très-fine, voltigeant sous forme de poussière dans l'atmosphère. Cette poussière dans une fabrique de céruse ou de blanc de zinc, par exemple, couvre tout ce qui se trouve dans l'usine. On la trouve sur
Jes vêtements des ouvriers, dans leurs cheveux, sur leur peau, elle est incessamment respirée par eux, elle se rencontre jusque sur la toiture ou le pavé des cours, et va quelquefois faire périr les végétaux environnants. Le mot émanation n'est juste que lorsqu'il s'applique à un corps volatil comme le mercure, qui, même à la température ordinaire, émet des vapeurs qui se niélangenl à l'air. Cette distinction est importante : elle permet d'expliquer par exemple pourquoi le broyage de la céruse mélangée d'huile est infiniment plus salubre que le broyage de la même substance sèche. Enfin elle trouvera plus loin son application quand il s'agira de l'emploi de ces mêmes couleurs.
Certaines fabriques de couleurs sont rangées par les ordonnances de police parmi les établissements insalubres, incommodes ou dangereux. Bien que cette classification vise plutôt les inconvénients qui peuvent résulter de la présence de ces fabriques pour le voisinage, que ceux que la fabrication entraîne pour les ouvriers eux-mêmes, elle mérite d'être reproduite, car ces derniers sont évidemment exposés en première ligne aux causes d'insalubrité qui ont motivé la classification.
Sont rangés dans la première classe des établissements dangereux insalubres ou incommodes, les fabriques de :
1" Bleu de Prusse, (lorsqu'on n'y brùle pas la fumée et l'hydrogène sulfuré). C'est surtout la fabrication du cyanure jaune de potassium, qui laisse dégager des odeurs fétides ammoniacales ;
2" Litharge, massicot, minium : vapeurs qui se dégagent du fourneau. — Danger du blutoir à cause des poussières. — Mise en baril et tassement ;
5" Noir d'ivoire et noir d'os (quand on ne brùle pas la fumée qui se dégage des cornues) ;
4° Orseille (préparée par l'urine). A cause de l'odeur fétide de l'urine décomposée dont on utilise l'ammoniaque ;
5° Rouge de Prusse ou d'Angleterre (préparé à vases ouverts). A cause des vapeurs sulfureuses qui s'échappent pendant la calcination des sulfates. Ces vapeurs, qui sont formées par de l'acide sulfui'eux, détruisent au loin la végétation. 11 y a en outre dégagement de vapeurs nitreuses.
La deuxième classe des établissements insalubres comprend les fabriques de :
1" Bleu de Prusse, à la condition de brûler la fumée et l'hydrogène sulfuré;
2° Céruse ;
5" Noir de fumée ;
40 Noir d'ivoire et d'os, à la condition de brûler les fumées ;
5" Orseille, à vases clos en n'employant que l'ammoniaque ou les sels alcalins, et à l'exclusion formelle de l'urine ;
&" Oxyde de zinc ;
7" Rouge de Prusse, préparé à vases clos.
.Les médecins et chimistes qui s'occupent d'hygiène s'efTorcent depuis longtemps de trouver les moyens d'atténuer les effets fâcheuy qui résultent de la manipulation des substances toxiques ou nuisibles. Ils sont puissamment aidés dans cette œuvre bienfaisante par les autorités qui ont l'initiative des règlements à créer, et surtout à faire observer. Les obstacles les plus grands qu'on rencontre dans cette voie proviennent quelquefois des patrons, qui le plus souvent pèchent par ignorance, et sont naturellement à l'affût de la moindre économie ; ils proviennent surtout de l'indifférence de l'ouvrier qui, insouciant par nature, familiarisé avec le danger quotidien, recule devant le moindre effort pour éviter
un mal qui n'est pas actuel. On peut affirmer que les mesures les moins efficaces sont forcément celles qui nécessitent un effort de sa volonté. 11 faut qu'il soit soustrait au danger malgré lui. Nous ne pouvons indiquer ces mesures d'hygiène en détail, sans sortir du cadre qui nous est tracé. Ces mesures varient suivant l'espèce. Celle dont l'emploi est le plus général est la ventilation bien ménagée. Nous renvoyons le lecteur à ce mot ; pour les détails spéciaux, on pourra consulter le Traité pratique (V luj(/iène industrielle et administrative, par le docteur Vernois (Paris, Baillière, 1800), et les mémoires spéciaux insérés dans les Annales dliygiène.
Emploi des coîdeurs vénéneuses. Les matières colorantes reçoivent de nombreuses applications qui, au point de vue de l'hygiène, peuvent être divisées en applications à la peinture proprement dite, à la décoration des locaux habités, à la coloration des vêtements, et à celle des aliments.
Peinture proprement dite. Il n'y a que peu de choses à dire siu" ce sujet relativement à l'hygiène. Dans la peinture à l'huile, les matières colorantes sont englobées dans un mélange d'huile siccative et d'essence, qui se résinifie, et fixe à tout jamais la couleur. Celle-ci peut être très-vénéneuse sans aucune espèce d'inconvénient, tant pour le public que pour le peintre lui-même. Aucune espèce d'émanation dangereuse ne saurait s'en échapper. Le seul inconvénient est le dégagement des vapeurs de térébenthine, qui peuvent, lorsque les couleurs sont fraîchement appliquées sur le tableau, être assez abondantes pour causer des céphalalgies, perte d'appétit, et autres accidents légers. On les évite en aérant bien les ateliers, et surtout en ne couchant pas dans une pièce où sont des tableaux frais.
Dans la peinture à l'aquarelle et l'enluminage, le danger est plus grand, à cause de l'habitude que prennent les artistes de passer les pinceaux dans la bouche pour leiir faire faire la pointe. Comme toutes ces couleurs sont dissoutes dans l'eau, si le pinceau n'est pas parfaitement propre, une petite quantité de matière colorante est introduite dans l'économie à chacune de ces opérations, qui, répétées mcessammcnt, finissent par produire un véritable empoisonnement. C'est pour cette raison qu'il est si fréquent d'observer des accidents saturnins chez les enlumineuses. Pour les artistes proprement dits, le mol n'est pas grand, car il suffit de les prévenir du danger. Il n'en est pas de même pour les pauvres ouvrières, qui, avant tout, veulent aller vite, car elles sont à la tâche, et ne comprennent pas le danger. Le remède est dans la surveillance des patrons, et plus encore dans la substitution des couleurs innocentes aux couleurs vénéneuses, autant que cela se peut. Il serait peut-être possible de donner ù ces dernières une saveur très-amère ou désagréable, qui éloignerait le danger.
Enfin, il est une autre classe d'artistes qu'il faut protéger en dépit d'euxmêmes, ce sont les enfants pour lesquels la boîte de couleur est un joujou ou un instrument d'études. La plus vulgaire prudence impose de proscrire dans ce cas toutes les couleurs très-vénéneuses, ou vénéneuses. Pour les boîtes de couleurs qui servent tout à fait de joujou, et qui sont destinées aux très-jeunes enfants, BIM. Bourgeois et Duret ont eu l'idée de n'employer que des matières colorantes absolument inoffensives. C'est là sans contredit une initiative des plus heureuses, et à encourager. Aussi, cette fabrication a-t-elle été l'objet en 4857 d'un rapport très-favorable de M. Chevallier. Voici, à titre de renseignements pour ceux qui voudraient imiter cette manière de laire ou donner des conseils à cet égard, les couleurs employées :
Jaunes. Laques végétales, jaune indien, ocres jaunes.
Rouges. Laques de cochenille du Brésil. Ocre rouge.
Verts. Mélange de jaune et d'indigo ou bleu de Prusse.
Blancs. Terre de pipe azurée.
Bleus. Outremer, bleu de Prusse, laque d'indigo.
Bruns. Terre de Sienne.
Noirs. Charbon.
Boses. Cochenille,
Lilas. Cochenille et outremer.
Décoration des locaux habités. Ces locaux sont recouverts directement de peinture ou de papiers colorés.
Pour que la peinture dont on enduit les papiers de nos habitations soit convenablement appliquée, il est nécessaire qu'elle soit mélangée à un excipient susceptible de la faire adhérer avec assez de force pour que les mouvements de l'air et les frottements légers ne puissent la détacher. Si par exemple on peint un panneau avec du blanc d'Espagne délayé dans de l'eau, la peinture s'étendra parfaitement, mais dès qu'elle sera sèche, le moindre frottement l'enlèvera. Si, au contraire, on mélange cette couleur à une certaine quantité de colle de pâte, de gomme, ou de tout autre corps adhésif, la couleur résistera mieux à un frottement assez foi't. La })résence de ce corps adhésif est surtout nécessaire quand la couleur est vénéneuse : elle est encore utile dans le cas contraire, parce que les poussières, mêmes lorsqu'elles sont inertes, vicient l'air que nous respirons. 11 y a toujours avantage pour ces peintures à préférer les corps inertes, qui fort heureusement sont nombreux et à ba^ prix, car, même lorsque l'enduit est bien fixé au mur, les ouvriers, pendant l'opération du grattage, respirent la poussière détachée du mur. Dans la peinture à l'huile, cette dernière joue le rôle adhésif, et remplit parfaitement ce but : les couleurs vénéneuses présentent dans ce cas moins de danger, et la peinture en outre ne peut ,se délayer dans l'eau. Les seuls inconvénients sont l'odeur de térébenthine lorsque la peinture est fraîche, et pendant l'opération du raclage, la fumée désagréable, lorsqu'on est obligé de chauffer la couche de couleur pour la ramollir et pouvoir l'enlever. Les raclures détachées ainsi sont cohérentes et ne forment pas de poussières. La peinture à l'huile peut en outre être recouverte d'un vernis qui lui donne du brillant, la protège, et éloigne et encore le danger, lorsqu'elle renferme des agents toxiques.
Les papiers décoratifs dits papiers peints sont ornés de couleurs à la colle : tout ce que nous avons dit à propos du badigeonnage leur est applicable. Lorsqu'ils sont peints à l'aide de couleurs vénéneuses, toute circonstance qui tendra à détacher la couleur et à la répandre sous forme de poussière dans l'atmosphère deviendra une cause de danger. Il est indispensable que la couleur tienne ; on devra rejeter ceux qui ne peuvent supporter par exemple le frottement d'un morceau de drap noir.
Ces papiers sont ordinairement fixés avec de la colle de pâte sur des murs hourdés de plâtre et unis. Il arrive quelquefois que les murs ne sont pas hourdés par économie. On tend alors sur eux une toile à larges mailles et on fixe le papier sur cette dernière. C'est là une disposition tout à fait mauvaise. Ces papiers sont incessamment agités par diverses causes, et leurs mouvements permettent à la matière colorante de se détacher. Ou trouvera dans les Annales d'hygiène et de médecine légale, 2^ série, tome XLIf, page 166, une observation
dans laquelle un papier de tenture peint avec de la coralline mélangée à un arséniate, et tendu sur toile, a produit des démangeaisons avec sentiment de brûlure aux paupières, et oplithalmie légère. Le patient était un médecin, qui était pris de ces accidents toutes les fois qu'il venait habiter la chambre en question, et fut ainsi mis sur la voie pour trouver la cause du mal.
Il est une sorte de papier qui se prête très-bien à la dissémination de la couleur dans l'atmosphère, c'est le papier dit velouté, tontisse ou soufflé.
Les tontisses sont des fil)res textiles, résidus d'ateliers de tissage, qu'on réduit en poudre assez fine, et qu'on tamise sur le papier préalablement enduit d'un mordant formé d'huile de lin et de blanc de céruse. Tous les fibres qui touchent ce mordant, qui est visqueux, y restent adhérentes et sont définitivement fixées par la dessiccation. Les autres sont détachées par des chocs et par l'action de brosses douces. On conçoit qu'un grand nombre de ces fibres ne tiennent pas bien et se détachent petit à petit. On les retrouve dans les poussières des appartements qui en sont tapissés. Si elles sont enduites de substances vénéneuses, elles constituent un danger tant pour l'ouvrier qui les manipule que pour le public.
Teintures des vêtements. Plus les objets qui doivent être teints ont un contact intime avec nous, plus l'on doit se montrer exigeant sur le choix des couleurs. Cette règle s'applique directement aux étoffes dont nous nous revêtons. Sans aucun doute, il est préférable de ne pas teindre les vêtements qui sont en contact immédiat avec la peau. La couleur blanche est ici doublement utile, car outre qu'elle préserve d'un danger, elle témoigne de la propreté, sans laquelle il n'y a pas d'hygiène possible. Les vêtements extérieurs sont ordinairement teints : on est en droit d'exiger que les matières colorantes soient fixées trèssolidement sur la fibre textile, et qu'elles ne soient pas vénéneuses.
Le procédé employé pour fixer les couleurs sur les papiers ne saurait être employé dans ce cas, le teinturier a recours à d'autres artifices qui ne peuvent être décrits ici. Le seul qu'il nous importe en ce moment de connaître consiste dans l'emploi des mordants. Ceux-ci sont des corps solubles, incolores, dans la solution desquels on plonge d'abord le tissu qu'on veut teindre. Les fibres textiles ainsi imprégnées du mordant deviennent aptes à fixer la matière colorante d'un bain de teinture qui les eût à peine colorées avant l'opération du mordançage. Le mordant le plus précieux et de beaucoup le plus employé est l'alun, ou un sel d'alumine. Dans d'autres cas plus rares, on se sert de solutions d'étain, d'arsenic ou de mercure. L'alumine et l'étain sont sans action sur l'économie, et les étoffes teintes à l'aide de ces mordants peuvent être mises impunément en contact avec la peau. Il n'en est pas de même des deux derniers corps que nous venons de citer, et qui peuvent chacun déterminer des accidents chez les couturières qui façonnent les étoffes, ou qui portent à la bouche les fils dont elles se servent pour coudre, et chez les personnes qui se servent des vêtements ainsi préparés. Lorsqu'il s'agit d'une étoffe de longue durée, comme un drap, une flanelle, le teinturier est obligé de teindre très-solidement, mais quand il doit colorer des étoffes légères, dont l'usage est éphémère, comme par exemple, la gaze ou la tarlatane qui sert à faire une robe de bal destinée à ne durer qu'une soirée, la solidité est inutile. Il faut, avant tout, du brillant et du chatoiement qui flatte l'œil. Les couleurs peuvent alors être fixées avec de la colle, de l'albumine, etc. , et grâce aux mouvements imprimés à l'étoffe pendant le bal, elles se répandent sous forme de poussière dans l'atmosphère. J'ai eu l'occa-
m COULEURS NUISIBLES.
sion de voir une étoffe de ce genre qui était recouverte de verre soufflé, Irèsmince, et qui faisait un fort joli effet. Mallieureusement, les fragments anguleux de ce verre occasionnèrent mécaniquement des accidents qui obligèrent à renoncer à son emploi.
A côté de la teintnre des étoffes, vient naturellement se placer la teinture des fleurs artificielles. C'est ici surtout que les couleurs doivent être vives et belles ; la mode l'exige, et se préoccupe peu, comme on sait, des préceptes de l'hygiène. Les feuillages, qui doivent rester verts à la lumière artificielle, sont souvent imprégnés d'arséiiile de cuivre, et, pour peu qu'ils viennent à toucher la peau, ils provoquent un érythème douloureux dont il importe de connaître la cause. 11 y a parmi les couleurs d'aniline un vert lumière magnifique, qui restreindra sans doute l'emploi pour les feuillages du vert de Scheele.
Coloration des aliments. Il semble que le plus simple bon sens prescrive, lorsqu'on veut colorer un aliment avec une couleur quelconque, de s'enquérir d'abord si cette couleur n'est pas vénéneuse ; il n'en est absolument rien. Les fabricants, sauf d'iionorables exceptions, et le public, ont sous ce rapport une égale insouciance. Il est tel savant qui a passé une partie notable de son existence, à rechercher les couleurs vénéneuses mélangées aux aliments, à les signaler à l'autorité, et à obtenir dos règlements qui les prohibent. Bien que les notions de la science aient été répandues par toutes les voies possibles, l'état de choses persiste, et nécessite une surveillance de tous les jours, sous peine de voir reparaître des accidents plus ou moins graves. Celte utile mission est dévolue, à Paris, au Conseil de salubrité établi près la Préfecture de police : l'article 9 du décret du 18 décembre 1848 comprend, parmi d'autres attributions, l'examen de la qualité des aliments, boisssons, condiments, médicaments livrés au commerce. Les efforts philanthropiques des savants qui composent ce Conseil ont été suivis d'un succès aussi complet que possible, au moins en ce qui regarde le déparlede la Seine, oîi les accidents sont devenus relativement très-rares.
Quelques aliments usuels sont colorés pour satisfaire le goût du consommateur : tels sont le bouillon auquel ou ajoute du caramel, ou de l'oignon brûlé, le vin (pour lequel on a déjà utilisé les couleurs d'aniline), les liqueurs telles que rhum, eau-de-vie, absinthe, qui sortent parfaitement incolores de l'alambic, les cornichons dont on rehausse la teinte à l'aide de pièces de cuivre infusées dans le vinaigre. Il suffit de dénommer ces matières colorantes pour qu'on sache à quoi s'en tenir sur l'opportunité de leur emploi.
Ce sont surtout les produits préparés par le pâtissier, le confiseur et le hquorisfe, qui sont colorés artificiellement.
La question des matières cdlorantes qui peuvent être employées par ces artistes sans danger pour le consommateur a été l'objet de travaux et d'expérimentations de la part de savants médecins et pharmaciens. Nous ne pouvons mieux faire que de rappeler les principales dispositions prises par Vautonte compétente à cet égard. Voici les principaux articles de l'ordonnance du préfet de police^ en date du i5 juin 1802. (Rapporteur de la commission, M. Poggiale.)
« Considérant que de graves accidents sont résultés soit de l'emploi de substances vénéneuses pour colorer les bonbons, dragées, pastillages et liqueurs, etc., etc.
' N" 101, 2= division, 4= bureau.
« Que des accidents ont été également causés par des papiers colorés avec des substances toxiques et dans lesquels on enveloppe des bonbons ou des aliments pour les livrer au public, etc., etc. « Ordonnons ce qui suit :
« Art. I. Il est expressément défendu de se servir d'aucune substance minérale, excepté le bleu de Prusse, l'outremer, la craie (carbonate de chaux), et les ocres pour colorer les bonbons, dragées, pastillages, les liqueurs et toute espèce de sucreries et pâtisseries.
« Il est également défendu d'employer pour colorer les bonbons, liqueurs, etc., des substances végétales nuisibles à la santé, notamment la gomme-gutte et l'aconit napel, etc., etc.
« Art. 11. Il est défendu d'envelopper ou de couler des sucreries dans des papiers blancs lissés ou colorés avec des substances minérales, excepté le bleu de Prusse, l'outremer, les ocres et la craie.
« 11 est défendu de placer des bonbons et fruits confits dans des boîtes garnies à l'intérieur ou à l'extérieur de papiers colorés avec des substances prohibées par la préscnle ordonnance, et de les recouvrir avec des découpures de ces papiers.
« Il en sera de même des fleurs ou autres objets artificiels servant à la décoration des bonbons.
« Art. V(I. Il sera fait annuellement, et plus souvent, s'il y a lieu, des visites chez les fabricants et les détaillants, à l'effet de constater si les dispositions prescrites par la présente ordonnance sont observées.
« Art. XUI. Il est défendu d'orner et d'étiqueter aucune substance alimentaire avec les papiers peints, et ceux qui sont prohibés par l'article 2 de la présente ordonnance.
« L'emploi de ces papiers est donc formellement interdit pour faire des sacs, des enveloppes, des manchettes, des boîtes ou des étiquettes à tous les marchands ou débitants de denrées ou substances alimentaires, comme les bouchers, les confiseurs,, les chocolatiers, les marchands de comestibles, de beurre et de fromage, les pâtissiers, les épiciers, les fruitiers, etc., etc. »
Ces sages dispositions sont applicables seulement au département de la Seine; il serait à désirer que leur action s'étendît au pays entier.
Le Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine a rédigé une instruction qvii se trouve jointe à l'ordonnance citée plus haut, et qui fournit des renseignements précieux sur la question qui nous occupe. Voici, d'après cette instruction, la liste des couleur^ qui peuvent être employées à colorer les aliments :
Couleurs bleues : L'indigo. — Le bleu de Prusse ou de Berlin. — L'outremer pur. — Ces couleurs se mêlent facilement à toutes les autres, et peuvent donner toutes les teintes composées dont le bleu est l'un des éléments.
Couleurs rouges : La cochenille. — Le carmin. — La laque carminée. — La laque du Brésil. — L'orseille.
Couleurs jaunes : Le safran. — La graine d'Avignon. — La graine de Perse. — Le quercitron. — Le curcuma. — Le pastel. — Les laques alumineuses de ces substances. — Les jaunes que l'on obtient avec plusieurs des matières désignées et surtout avec les graines d'Avignon et de Perse, sont plus brillants et moins mats que ceux que donne le jaune de chrome dont l'usage est dangereux et prohibé.
Vert : On peut produire cette couleur avec le mélange du bleu et de diverses couleurs jaunes ; mais l'un des plus beaux est celui qu"on obtient avec le bleu de Prusse ou de Berlin, et la graine de Perse ; il ne le cède en rien pour le brillant au vert de Sclivi^einfurt qui est un violent poison.
Violet : Le bois d'Inde et le bleu de Berlin ou de Prusse. Par des mélanges convenables de ces deux couleurs, on obtient toutes les teintes violettes désirables.
Pensée : Mélange de carmin et de bleu de Prusse ou de Berlin.
Pour la préparation des liqueurs, on peut faire usage des couleurs susdénommées. On peut employer, en outre, pour le curaçao de Hollande, le bois de Campêche ; pour les liqueurs bleues, l'indigo soluble (carmin d'indigo) ; et enfin pour l'absinthe, le safran mêlé au bleu d'indigo soluble.
Peut-on sans inconvénient, dans l'état actuel des choses, employer les couleurs d'aniline et autres analogues pour colorer les aliments ? Nous n'hésitons pas à répondre négativement. Lorsque les procédés de fabrication seront perfectionnés, et que le commerce fournira ces couleurs absolument exemptes d'arsenic, de mercure et autres poisons, sans doute il conviendra de revenir sur cette décision, mais jusque-là il est sage de s'y conformer. — C'est en vain qu'on objecterait que ces poisons ne s'y trouvent ordinairement qu'en minime proportion, et que la puissance colorante de ces produits est telle que si finalement on fait le calcul de la quantité de poison qui peut être ingérée ainsi, on arrive à une dose notoirement trop faible pour causer des accidents. L'hygiène demande plus que la prohibition de ce qui peut causer un accident immédiat. Elle sait que la moindre dose de semblables substances peut avoir à la longue un effet difficilement saisissable, mais qui n'en existe pas moins, et dont le plus simple bon sens dit qu'il faut se méfier. Si l'autorité permettait, ou simplement venait à tolérer l'introduction même minime de substances aussi toxiques dans les aliments, comment pourrait-elle définir la limite à laquelle il ftiudrait s'arrêter? Au surplus, il est bon d'attendre sur ce point l'avis des personnes compétentes, et en particulier du Conseil de salubrité, qui ne manquera pas de permettre l'emploi de ces couleurs dès que cela sera possible. Dans d'autres pays voisins, elles ont été l'objet de prohibitions spéciales. Je dois à l'obligeance de M. Chevallier la communication d'un arrêté du Conseil d'État de la République suisse, canton de Genève, pris à la dale du 1" décembre 1874, et dans lequel la question qui nous occupe se trouve nettement tranchée. En voici un extrait :
« Art. I. — Il est expressément défendu de se servir de couleurs minérales {Voutremer excepté) pour colorier les bonbons, dragées, confitures, marmelades et liqueurs.
« Toutes couleurs provenant du goudron, et désignées sous les noms trèsdivers de rose d'aniline, carmin, rouge groseille, nacarat, café, bleu, jaune, vert d'aniUne, etc., sont également prohibées pour les mêmes usages.... Ces couleurs d'aniline contenant fréquemment des sels de mercure et d'arsenic qui les rendent très-vénéneuses.
« On ne devra employer, pour colorier les sucreries, etc., etc., que la cochenille, ou des substances végétales, à l'exception de la gomme-gutte et des baies de fruits vénéneux.
« L'emploi du chlorure d'étain ou sel d'étain est interdit pour fixer ces couleurs végétales.
« Art. II. — Il est défendu d'envelopper directement ou de couler des sucreries dans des papiers blancs lissés, ou dans des papiers coloriés avec des substances minérales {Voutremer excepte), ou avec des couleurs d'aniline.
(( Toute sucrerie qui conserve l'humidité, ou qui contient un liquide, ne doit être enveloppée que dans du papier blanc sans apprêt.
« Il est également défendu de placer des sucreries dans des boîtes garnies à l'intérieur de papier colorié par des substances minérales ou par des couleurs d'aniline, et de les recouvrir de découpures faites de môme papier. »
Une prohibition aussi explicite est d'autant plus sage que les agents qui cherchent à placer les couleurs d'aniline, et peut-ètz^e même quelques fabricants, ignorent les propriétés vénéneuses que peuvent acquérir ces produits. M. Chevallier rapporte que dans une grande fabrique de confitures à Paris on colore ces conserves avec du carmin n" 40, qui leur donne la couleur qu'exige le public, et qui est tout à fait inoffensif. On vint proposer au directeur de la fabrique du rouge d'aniline garanti pur, que M. Chevallier, consulté, démontra être arsenical. Ce fait s'est produit plusieurs fois.
II est à peine nécessaire d'ajouter que les mêmes précautions doivent être prises pour le coloriage des joujoux destinés aux jeunes enfants. Les couleurs doivent être inoffensives, et englobées dans un vernis qui les rende insolubles et les fixe solidement sur l'objet peint. P. Coulier.
COLXEUVRE (Coluber). On désigne vulgairement ainsi un nombre assez considérable d'Ophidiens, les uns indigènes, les autres exotiques, à corps sveltc, à queue assez allongée, ayant les plaques du dessus de la tête plus grandes que celles du dos, et dont la pupille est arrondie, ce qui permet de les distinguer aisément des Vipères, autres serpents dont la tête, beaucoup plus large, est recouverte d'écaillés de petite dimension, et qui ont la pupille verticale, le corps plus robuste et la queue moins longue. Les Vipères offrent aussi la particularité d'être venimeuses, tandis que la morsure des Couleuvres ne produit aucun effet toxique, les dents de ces dernières n'étant pas en rapport avec des glandes spéciales comme cela a lieu pour celles que les Vipères portent à la partie antérieure de leurs maxillaires supérieurs. Toutefois, il s'en faut de beaucoup que cette diagnose différentielle, si facile à appliquer lorsqu'il s'agit des Ophidiens de nos pays, conserve sa valeur relativement aux espèces exotiques, dont le nombre est bien plus grand, et parmi lesquelles il s'en trouve qui sont trèsdifférentes des nôtres, ou qui établissent le passage entre celles qui appartiennent à la même famille que les Vipères et celles dont nos couleuvres européennes reproduisent le type. Eu effet, il est certains Ophidiens, comme les Élaps et les Najas, réunis par Duméril et Bibron, sous le nom de Protéroglyphes, dont les crochets sont fendus dans toute leur longueur au lieu d'être en tubes comme chez les Vipéridés, qui prennent alors le nom de Solénoglyphes, et il y a beaucoup d'espèces qui, au lieu d'avoir toutes les dents pleines et sans tubes ni sillons, ont les dernières dents des maxillaires supérieurs cannelées ; ce sont les Opistoglyphes des auteurs que nous venons de citer ; la plupart d'entre elles produisent du venin. Quant aux Ophidiens à dents pleines, et qui ne sont pas à craindre sous le même rapport, ils rentrent dans la division dite des Aglyphes ; c'est parmi eux que se placent les couleuvres proprement dites.
Nous avons en France des Ophidiens appartenant aux trois groupes des Solénoglyphes, des Opistoglyphes et des Aglyphes. Au premier groupe se rapportent
les Vipères ; le second ne possède qu'une seule espèce, souvent appelée couleuvre de Montpellier, et que l'on nomme en latin Cœlopeltis insignitus. Les couleuvres proprement dites, dont il y a sept ou huit espèces, sont nos Ophidiens Aglyphes. Elles rentrent dans différents genres de cette division.
Voici quelques détails à leur égard :
Dans le genre Tropidonote, dont le caractère principal est d'avoir les écailles du dos, souvent aussi celles des flancs, carénées et la queue de longueur médiocre, se classent la Couleuvre à collier [Tropidonotus natrix) et la Couleuvre vipérine {Tr. viperinus) qui sont nos deux espèces les plus répandues; l'une et l'autre aiment et fréquentent de préférence les endroits où il y a de l'eau.
La Couleuvre d'Esculape, dite aussi C. verte et jaune, est une espèce du genre Zamenis, qui se reconnaît à ses dernières dents maxillaires un peu séparées des autres et plus grandes qu'elles ainsi qu'à ses écailles lisses; elle répond au Z. viridiftavus des erpétologistes ; on la trouve dans les parties centrales et méridionales de la France.
La couleuvre à quatre raies appartient au genre des Elaphis dont les caractères principaux sont d'avoir les dents semblahles pour la longueur, et à intervalles égaux, et les écailles carénées; elle est particulière au midi ; c'est V Elaphis quadri-radiatus.
On ajjpelle Rhinechis scalaris et quelquefois Couleuvre d'Hermann ou Couleuvre d'Agassiz une autre espèce de nos départements méridionaux dont on a également feit l'objet d'un genre à part à cause de son museau pointu et de ses écailles lisses ; on la prend assez souvent en Provence et en Languedoc.
Les provinces méridionales de la France possèdent encore deux espèces de la division des Coronclles, la Lisse [Coronella austriaca) et la Bordelaise [Coronellagirundica), l'une et l'autre de petite taille et que l'on reconnaît a ce qu'elles ont les dernières dents maxillaires plus longues que les autres, le museau court et les écailles sans carènes. La Lisse est d'un brun jaunâtre avec des marbrures noires ; la Bordelaise est gris cendré, avec des bandes et des taches
noires.
Des Ophidiens analogues à nos Couleuvres existent dans toutes les régions du globe, soit chaudes, soit tempérées ; cependant il n'y en a qu'un petit nombre en Australie. Dans l'Inde et dans les îles de l'Archipel indien, en Afrique et dans les deux Amériques se rencontrent au contraire des formes très-variées, et l'on a établi à leur occasion un grand nombre de genres. Certains de ces animaux vivent principalement sur les arbres; ils ont le plus souvent le corps allongé et grêle; d'autres aiment, au contraire, à se cacher sous les herbes ou même dans le sol. Les uns sont de petite taille, d'autres sont grands, ce qui est le cas des Boas et des Pythons; mais comme ils sont faciles à distinguer de nos Couleuvres européennes, on leur donne des noms particuliers ; toutefois leur organisation n'est pas très-différente de celle de ces dernières, et leurs dents présentent aussi le caractère d'êtres Aglyphes. Ce n'est donc que par leurs morsures qu'ils sont à craindre, aucun d'eux n'ayant de véritables crochets venimeux à la manière des Vipères et des Najas ; mais la force de quelques-uns d'entre eux les rend redoutables, et d'ailleurs il n'est pas toujours facile de reconnaître à l'aide des caractères extérieurs quels sont les Ophidiens qui ont réellement les dents dépourvues de cannelures, comme nos couleuvres, et ceux qui ont, au contraire, celles de la partie postérieure des maxillaires pourvues d'un sillon; et, comme il y en a parmi ces derniers qui sécrètent du venin, il est de toute nécessité de
COULSON. 749
prendre des précautions et de se renseigner à leur égard avant de les saisir. La Couleuvre de Montpellier {Ccelopellis insiçjnitus) , notre seul Opistoglyphe , paraît être, sous ce rapport, aussi inoffensive que les Couleuvres véritables, c'est-à-dire Aglyphes, que l'on trouve en France. Sa nourriture consiste, comme la leur, en œufs, en petits oiseaux, en jeunes reptiles ou batraciens et en insectes et mollusques.
Si inoffensives qu'elles soient pour notre espèce, les Couleuvres inspirent de la crainte à beaucoup de personnes, et des préjuges absolument dénués de fondement se sont répandus à leur égard. Un des plus accrédités consiste dans l'opinion qu'elles aiment le lait et qu'elles savent le tirer du pis même de la vache; mais le manque de lèvres mojles, et la disposition en carde de leurs dents, s'opposent absolument à ce qu'il en soit ainsi. Sauf pendant l'époque de la reproduction ces reptiles vivent isolés ; ils fuient l'homme, n'ont pour se défendre que leurs dents ou la mauvaise odeur répandue par l'urine concrétée que laissent échapper leur cloaque lorsqu'on les touche. Ces animaux n'atteignent qu'une faible taille ou médiocre dans nos pays, et ce que l'on rapporte quelquefois de Couleuvres atteignant un mètre et demi ou plus, et dont le corps aurait la grosseur du bras, est complètement exagéré; en Afrique, en Asie, en Amérique, il y en a de beaucoup plus grandes que les nôtres.
Les Couleuvres sont ovipares ; cependant Florent Prévost disait qu'en les tenant pendant longtemps dans des endroits secs on peut les rendre ovo-vivipares à la manière des Vipères; mais il n'y a aucune preuve de l'exactitude de cette assertion. Leurs œufs assez nombreux et qui sortent des oviductes sous la forme d'un chapelet sont ellipsoïdes ; ils ont une enveloppe coriace. On les trouve dans le sable, sous les feuilles sèches, dans l'herbe des prairies ; le développement en est assez long.
Quelques personnes mangent des Couleuvres ; elles les appellent alors des anguilles de haies. P. Gerv.
COtLEUVRÉE. Nom donné à la Bryone [Brijonia dioïca Lacq.) {voij. Bryoîne) ; on donne aussi cette dénomination à une espèce d'agaric à pédicule marqué de taches, VAgaricus procerus Schœffer. Pl.
COULSOX (William). Célèbre chirurgien anglais, naquit à Penzance, dans la Cornouaille, en 1802. Il fit ses premières études dans sa ville natale et à Brittany et s'appliqua surtout à l'étude des langues vivantes. De retour à Penzance, il fut confié, selon les habitudes de l'époque, à la direction d'un chirurgien ; il fit des progrès extrêmement rapides et ne tarda pas à être envoyé à Londres où il fréquenta l'école d'anatomie de Grainger et l'hôpital Saint-Thomas. Élève de Tyrrell, il publia ses leçons dans The Lancet et bientôt fut attaché à la rédaction de ce journal. En 1824, après avoir terminé ses études anatomiques, Coulson se rendit à Berlin où il séjourna deux ans et se lia d'amitié avec Piudolphi et Rust. De retour à Londres en 1826, il fat agréé comme membre au Royal Collège of Surgeons et peu après fonda, de concert avec Tyrrell, Jones Quain, Lawrence et Wardrop, l'école de médecine d'Aldersgate. C'est à la même époque qu'il entra activement dans la rédaction de The Lancet et trouva ainsi le moyen d'utiliser sa connaissance profonde des liitératures^ médicales française et allemande ; en même temps il commença la publication des nombreux travaux d'anatomie et de chirurgie qui ont établi sa réputations
750 COULTERIA.
et dont on trouvera les principaux énumérés plus Las. Nommé en 1828 chirurgien au General Dispensnnj, puis en 1850 chirurgien consultant au City of London Lying-in Ilospital, il devint en 18i9, à la mort d'Aston Key, chirurgien consultant au German IlospitcU et eu 1851 Senior Surgeon à Saint-Mary' s Hospital. En 1843, Coulson avait été élu fellow du collège royal des chirurgiens; il devint en 1851 membre du Conseil de cette société et en 1861 fut chargé de la Hunterian Oration.
Coulson s'était créé une belle clientèle, et à la mort d'Aston Key il la vit s'accroître considérablement ; il dut une grande partie de sa réputation à son habileté dans la lithotomic et la lithotritie, dont il se fit une spécialité comme son prédécesseur Key. L'ouvrage qu'il publia sur ce sujet est capital et longtemps encore servira de modèle.
Mais outre ses traités systématiques et ses ouvrages de longue haleine, Coulson publia un grand nombre de mémoires et collabora à la Cyclopedia of Surgery de Costello et au Siirgical Dictionary de Cooper; dans ce dernier on cite principalement son article sur la section périnéale. En outre Coulson prit part aux travaux de la Société l'oyale médico-chirurgicale dont il était fellow et à ceux de la Société pathologique dont il était membre ; il était également membre correspondant de la Société médico-chirurgicale de Berlin.
Cet éminent chirurgien, après une carrière si bien remplie, est mort le 5 mai 1877, à Londres.
Comme fonctionnaire, il fut d'une exactitude ponctuelle toute sa vie durant, comme auteur, il fut méthodique et consciencieux à l'excès, enfin comme homme, il aimait la société et se faisait aimer de tous ceux qui l'approchaient; aussi sa perte est-elle vivement ressentie par ses amis et ses compatriotes.
Nous citerons de lui :
I. Deuxième édition de Blumenbach. Comparative Anatomy, etc. London, 1827, in-S". — II. Une traduction : Milne Edwards. Maniial of Surgical Anatomij. With Notes. London, 1828, in-12. — III. Diseuses of the Hip-joint. London, 1837, in-4°. — IV. On Deformities ofthe C/iest. London, 1856, pet. in-8»; 2° édit. 18"'7, in-8°. — V. Diseases of tlie Bladder and Prostate Gland. London, 1838; 2d edit., ibid., 1840; 5th edit., ibid. — YI. On Litkotomy and Litliolrilij. London, 1855, in-8°. — YII. Nombreux articles dans London Med. a. Phys. Journ. et Tlie Lancel. L. IIx.
C'OULTERBA. (II. B. K., Nov. gen. et spec. pi. œqiiin., VI, 528, t. 568, 369). Genre de plantes, de la famille des Légumineuses, qu'on a distingué des Brésillets {Cœsalpbna], parce que leur sépale antérieur ou inférieur est frangé, chargé de poils glanduleux. Les Coiilteria ne constituent qu'une section dans le genre Cœsalpinia. 11 y en a deux espèces, l'une du Chili, l'autre du Mexique. Cette dernière est le C coriaria'S^. [Spec., II, 552), ou C. ThomœaSmEHG., ou Poinciana coriaria Jacq. {Amer., 125, t. 175, fig. 36). Kunth l'a nommée Coulteria tinctoria. Ses fruits sont les Gousses de Dividivi ou Libidibi du commerce, encore nommées Nacascol, Ouatta-pana, Muata-pana. C'est un arbre commun aussi sur les côtes des Antilles, de la Colombie, etc. Ses gousses sont comprimées, longues de 6 à 10 centimètres, souvent recourbées en arc ou en S, glabres, brunes, lisses, avec une pulpe intérieure jaunâtre, très-astringente, amère, en dedans de laquelle est un endocarpe lamineux formant des logettes aux graines. Riches en tannin, ces fruits n'ont .guère été jusqu'ici employés que dans l'industrie, principalement pour le tannage des peaux. C'est un puissant astringent; on les a préconisés déjà comme succédanés du Ratanhia,
COUMARINE (chimie). 751
contre les diarrhées, les hémorrhagics, surtout contre les blennorrhagics. M. F. Amblard, dans une thèse de pharmacie sur les Dividivi, soutenue en 1870, dit que ces fruits renferment envii'on 15 pour 100 de tannin. H. Bn.
WiLLD., Spec. pi., II, 532. — DC, Proclr., II. 483, n. 16. — Kuxtii, Minios., t. 45. — Spach, Suit, à Buffbn,l,%d. — Endl., Gen., n. G764. — Méu. et Del., Dict. Mat. méd., II, 454.— GuiB., Drog. simpl., éd. 0, IH, 398, fig. 091. — 11. Bn, Hist. des pi.. Il' 79!
COUMARAMIXE, C^U'AzO^ Substance basique qui prend naissance par l'action de l'acétate ferreux sur la nitro-coumarine. Pour la préparer, ou chauffe la nitro-coumarine pendant vingt-quatre heures au bain-marie, avec de la limaille de fer et de l'acide acétique dihié. On fdtre, on concentre par évaporation et l'on obtient par le refroidissement des cristaux jaunes de coumaramine.
La coumaramine cristallise en belles aiguilles jaune-rougeàtre, pouvant atteindre une longueur de plusieurs centimètres. Elle fond entre 168" et 170". A une température plus élevée, elle se décompose. Si on la chauffe avec précaution, elle se sublime en paillettes jaunâtres. Elle se dissout à peine dans l'eau froide et l'éther, mais est très-soluble dans l'eau bouillante et dans l'alcool bouillant. La potasse la détruit. L. IL\.
COU.TIARIIME , CWO^ §. 1 Chimie. La coumarine, principe volatil assez répandu dans le règne végétal, a été découverte en 1820 par Vogel dans la fève dcTonka; mais il la confondit, ainsi que beaucoup de chimistes après lui, avec l'acide benzoïque. Guibourt le premier reconnut en elle une substance distincte. Boutron-Charlard et BouUay {Journ. de pJiarm., 2'= série, t. XI, p. 480), confirmèrent son opinion ; mais la première analyse de la coumarine est due à Delalande (Ami. de chim. el de pliijs., 0^ série, t. VI, p. 545).
La coumarine se trouve le plus abondamment dans la fève de Tonka [Coumaroiina ou Dipteiix odorala); mais on l'a rencontrée encore dans diverses plantes : dans les fleurs du Melilotus officinalis (Guillaumette, Fontana, etc.); dans les feuilles du Melilotus vulgaris (Reinsch); dans les fruits du Myroxylon toluiferum (Leroy, in Journ. de pharm., 5'' série, t. 11, p. 57); dans les feuilles de VAsperula odorata (Kossraan, in Journ. pharm., 5^ série, t. V, p. 595) ; dans la Ruta graveolens (Zwenger et Bodenbender) ; dans les fleurs de V Anthoxanthum odoratum (Bleibtreu, in Ann. Chem. u. Pharm., t. CXXVI, p. 257); dans le rhizome à'IIierochlora èo/'ea/is (Wittstein, in Vierlelj. pract. Pharm., t. Yll, p. 12); dans V Orchis fusca (Bley); dans les feuilles de Faham, Angrcecum fragrans, de Saint-Maurice (Gobley, in Journ. de pharm., 5^ série, t. XVll, p. 548); dans la Nigrilellaalpina, fam. des Orchidées (Wittstein); dans ÏHerniaria glabra (Wittstein); dans les feuilles et à la surface des feuilles du Liatris odoratissima (Procter); en petite quantité dans les dattes, fruits du Phœnlx daclylifera (Kletzinsky, in Jahresb. der Chem., 1858, p. 544), et enfin probablement dans l'écorce du Prunus Mahaleb (Kittel).
La coumarine n'existe pas à l'état libre dans toutes ces plantes ; ainsi Zwenger et Bodenbender ont montré que le principe odorant du mélilot est une combinaison de la coumarine avec l'acide mélilotique ou hydrocoumarique, C^H'"0' ; il est probable que la même combinaison existe dans les feuilles de Faham et dans la rue. Du reste, suivant Zwenger et Bodenbender, la coumarine n'existerait à l'état libre que dans la fève de Tonka et peut-être dans l'aspérule. Elle forme à la longue un dépôt granuleux à la surface des fèves de Tonka, et au contraire
752 COUMARliNE (chimie).
de beaux cristaux à leur intérieur, entre les deux cotylédons, comme on peut le vérifier aisément en fendant la graine.
Préparation. Pour extraire la coumarine des fèves de Tonka, il suffit de couper celles-ci en petites tranches et de les traiter à froid par de l'alcool à 90". On se débarrasse de l'alcool par distillation et on obtient une masse sirupeuse qui cristallise ensuite. Le produit est purifié par de nouvelles cristallisations et par le charbon animal.
L'aspérule odorante, cueillie à l'époque de sa floraison et sécliée, fournit la coumarine par un procédé analogue; seulement le résidu de la distillation doit être traité par de l'eau bouillante; on filtre ensuite et on reprend la coumarine par l'éther, qui, parévaporaliou, l'abandonne sous forme d'une masse jaune semblable à du miel ; ou la redissout dans l'eau bouillante, et par le refroidissement on obtient d'abord un trouble laiteux, puis un dépôt de cristaux volumineux. On prépare de même la coumarine au moyen de V Anthoxanthum odoratum.
Les cristaux obtenus du mélilot, après qu'on a traité l'extrait aijueux de la plante par l'éther, donnent de la coumarine par l'action de l'ammoniaque à froid.
Perkin {Cliem. Soc. Journ., 2'' ser., t. VI, p. 55, et Chem. Centralhl., 1868, p. 296) a réussi récemment à faire la synthèse de la coumarine en traitant l'hydrure de salicyle sodé par l'anhydride acétique; d'après ce chimiste, il se formerait dans une première phase de la réaction de l'hydrure d'acéto-salicvle, qui, perdant ensuite les éléments d'une molécule d'eau, se transformerait en coumarine :
C'ipos c'^ip
llydi'ure Anhydride
llydrure
de salicyle so^lé acélique
d'acélo-salicyle
c'fpos c^ir'O — ipo =
C'H^O, CHPO
Hydruie
Acétjl-diptyle
d'acéto-salicyle
ou cjumariiie
CJ\?0
Na .
Acélate fOdiquc
cm'OK
Dans l'hypothèse de Perkin, la coumarine serait donc lerésullat de la comninaisonde l'acétyle C^PÛ avec le radical salicyle déshydratiC'H"'0, qu'il appelle diptt/le.
La coumarine a ses homologues, la coumarine butyrique et la coumarine valérique, qui s'obtiennent par l'action des anhydrides butyrique et valérique sur l'hydrure de sodium-salicyle ; leur conqjosition est analogue à celle de la coumarine et est exprimée par les formules suivantes :
Coumarine butyrique =: C'^H^oO' ou C^H'O, C"ir>0
Butyi'yl-diptyle
Coumarine valérique = G^m'-O- ou G^H^O, C^H=0
Valéryl-diptyle
Nous ne ferons pas l'histoire de ces composés, dont les propriétés sont, du reste, analogues à celles de la coumarine.
Propriétés. La coumarine cristallise en petites lames rectangulaires ou en gros prismes, dont les pans sont légèrement arrondis; ces cristaux sont incolores et offrent un éclat soyeux ; ils sont durs et craquent sous la dent. La coumarine est douée d'une odeur très-agréable, sa saveur est brûlante; elle fond à 64" (Zwenger et Bodenbender) , la coumarine obtenue par synthèse à 67°, 5 (Perkin); elle fond à 270° (Delalande) et distille sans altération vers 290";
COUMARIJNE (action phïsiologique). 753
chauffée avec précaulion, elle se volatilise à une température inférieure avec dégagement d'une odeur d'amandes amères, et se sublime en belles aiguilles blanches.
A peine soluble dans l'eau froide, elle se dissout aisément dans l'eau bouillante ; par le refroidissement, elle donne de petites aiguilles très-lines et d'une blancheur éclatante ; elle est aussi très-soluble dans l'éther et dans les huiles grasses et volatiles. Les acides étendus, même bouillants, la dissolvent sans altération ; l'acide sulfurique concentré la charbonne, tandis que l'acide chlorhydrique concentré ne l'attaque pas.
L'acide nitrique à froid transforme la coumarine en nitro-coumarine , et par une action prolongée, à l'ébullition, enacide picrique. La nitro-coumarine a pour formule C4P (AzO^)O^ (Delalande, in Ami. chini. et phijs. , 5" série, t. VI, p. o45) ; c'est un composé cristallin, sublimable, qui fond à 170". Elle se dissout dans l'alcool et l'éther bouillants, et dans la potasse et l'ammoniaque, en développant une coloration rouge-orange. L'acétate de plomb et le nitrate d'argent la précipitent de sa solution ammoniacale sous forme d'une combinaison de nitro-coumarine avec les oxydes métalliques, ou, d'après Gerhardt, d'un acide nitro-coumarique instable avec ces mêmes oxydes. L'acétate ferreux transforme la nitrocoumarine en coumaramine (voy. ce mot.)
La coumarine se dissout dans une solution concentrée de potasse caustique en doimaut naissance à de l'acide coumarique [voy. Coujiarique [Acide)]. La potasse caustique en fusion décompose la coumarine avec dégagement d'hydrogène et formation de carbonate et de salicylate de potassium.
Le chlore, le brome, l'iode, attaquent la coumarine en donnant des déi'i vés blancs cristallisés, dont la composition a été déterminée par Perkin ; ainsi on connaît une coumarine monobromée CfPBrOS une coumarine dihromée, C''^*Br^O^ ane coumarine monochlorée CH^CIOS une coumarine tétrachlorée G'H-C1*0-, etc.; on a même obtenu des isomèies de la plupart de ces composés, et par décomposition de la coumarine dihromée un acide , Y acide bromo-coumarilique C'H'BrO^, correspondant à un acide coumarilique C'IPO', que Perkin a obtenu par la décomposition de la coumarine monochlorée ou monobromée.
Le perchlorure d'antimoine transforme la coumarine en une substance jauneserin, le chloro-antimoniure de coumarine (C^H^O^, SbCl^?).
La coumarine traitée par l'amalgame de sodium, en présence de l'eau, donne de l'acide salicylique (Swartz, in Bull, de la Soc. chim., t. VI, p. o53, 1866); en pi'ésence d'un excès d'eau alcoolisée, elle donne de l'acide hydrocoumai'ique ou mélilotique, CTP*'0^, à la condition qu'on n'ajoute l'amalgame de sodium que par petites portions (Zwenger, in Bull, de la Soc. chim., t. IX, p. 132, 1868) ; (juand la solution de coumarine est concentrée, il se forme de l'acide hydrocoumarinique C^H'O^ (Zwenger).
Quand on mélange une solution de coumarine dans l'alcool faible avec une solution d'oxyde de cuivre ammoniacal, il se développe, après un séjour de plusieurs heures, une coloration bleue intense, très-foncée, qui, par l'addition d'acide chlorhydrique étendu, passe au rouge. Celte coloration bleu foncé se produit immédiatement par l'ébullition. Le mélange, abandonné à lui-même pendant quatre ou cinq jours, devient opaque et presque noir (Heppe, in Chem. React.,^. 118, 1876). '
§ II. Action physiologique. La coumariue, ingérée à haute dose, présente
DICT. ENC. XXI, 48
754 COUMARINE (action physiologique).
des propriétés toxiques, signalées pour la première fois par Bleibtreu et constatées de nouveau par Buchheim et A. Malewski d'une part, par Weismann et Ilallwachs de l'autre. A la dose de 2 grammes, elle est sans action appréciable sur l'organisme humain; 4 grammes de coumarine provoquèrent, chez Malewski, une heure après leur ingestion, une sensation fort désagréable et de fortes nausées, suivies de vomissements une demi-heure après : l'affaiblissement général, les sueurs, les vertiges, la somnolence et les nausées persistèrent pendant plusieurs heures. La même dose détermina également chez Buchheim des vertiges, puis des nausées et des vomissements répétés, et un malaise général qui ne disparut qu'après plusieurs heures. Une dose de 25 décigrammes suffit chez Berg.pour provoquer une violente céphalalgie qui persista durant quatre heures, avec des éructations présentant une odeur de coumarine.
Weismann a vu une dose de 7 décigrammes entraîner la mort d'un chien de moyenne taille, au milieu de phénomènes de narcotisme. Dans les expériences de Hallwachs, 3 décigrammes de coumarine administrés à un chien restèrent sans résultat; une dose de 6 décigrammes détermina du tremblement, une soif violente et un abattement qui dura plusieurs jours. Enfin, d'après le professeur Kôhler, de Halle, il faut 26 centimètres cubes d'une dissolution de coumarine à g^ en injection veineuse et 39 à 40 centimètres cubes de la même solution ingérée par la bouche pour tuer un lapin pesant un kilogramme et demi.
Kôhler a du reste tenté des expériences variées sur des grenouilles, des chiens, des chats et des lapins ; il se servait en général d'une solution d'une partie de coumarine chimiquement pure dans 500 parties d'eau. II est arrivé à cette conclusion que la coumarine exerce sur l'oi'ganisme animal une action stupéfiante, narcotique et anesthésique, avec abolition complète des réflexes, mais différant de l'action de la morphine par l'absence de périodes d'excitation et de convulsions ; elle n'agit pas sur le système nerveux périphérique, mais sur les centres nerveux. La coumarine, d'après Kôhler, serait de plus et surtout un poison cardiaque, amenant, après l'introduction de plusieurs doses successives dans l'organisme, la paralysie définitive des centres d'arrêt intra-cardiaques ; elle paralyserait en même temps les centres nerveux vaso-moteurs, le centre respiratoire, etc. Nous croyons que de nouvelles expériences seront nécessaires pour assigner une place définitive à la coumarine dans la série des poisons d'origine végétale.
La coumarine se retrouve dans l'urine sans avoir subi d'altération ; elle ne se transforme pas, comme l'acide benzoïque, en acide hippurique, dans son passage à travers l'organisme (Ilallwachs).
Ajoutons enfin que c'est à la coumarine que sont dus le goût et l'arôme agréable que l'aspérule odorante communique aux liqueurs alcooliques. Cette propriété est bien connue et utilisée dans quelques parties de la France, mais surtout en Alsace et en Allemagne, où l'on fait infuser les feuilles de la plante fraîche, cueillie à l'époque de sa floraison, pendant une heure ou deux, dans du vin blanc, avec addition de sucre; on obtient ainsi une liqueur aromatique, appelée Maitrank ou Maiwein par les Allemands, et qui a la réputation de provoquer, outre une diurèse abondante, fait bien constaté du reste (Cazin), une ivresse gaie; mais ce dernier effet peut bien être dû à l'alcool plutôt qu'à la coumarine.
Jusqu'à présent la coumarine n'a pas été, que nous sachions, l'objet de tentatives d'application à la thérapeutique. L. Hahk.
COUMAROUNA. 755
BiBLiOGHAPHiE. — BucHHEiM ct A. Malewski. De camphora, carboneo sesquicfUoralo, cumarino, vanillaque melelemala. Dorpati, 1855. — Ueiio;. De nonnullanim materiarum in urinam transitu. Disc. Dorpati, 1858. — Husemann. Die P/lanzensto/fc. Berlin, 1870, p. 645. — KiJHLER (H.), Die Beeinflussung dcr grossen liurperfuuclionen darch Cumarin. In Centr. f. med. Wiss., Bd. XIII, p. 8G7, 881, 1875. L. Un.
COlJlIit.RlQLIE (Acide), C4P0^. Ou le prépare eu faisaut bouillir de la coumarine avec une solution concentrée de potasse ; la coumarine absorbe une molécule d'eau et se transforme en acide coumarique C4P0^ + IFO = C'I1*0^.
Le mélange contient en réalité du coumarate de potassium ; pour obtenir l'acide coumarique, on étend d'eau ce mélange et on précipite par l'acide chlorhydrique.
L'acide coumarique ainsi préparé se présente sous forme de lamelles transparentes de saveur amère, très-solubles dans l'eau bouillante, l'alcool et l'éther. Il fond à 195"; à nue température plus élevée, il se sublime et se décompose en partie avec formation de pbénol. Les sels ferriques ne le colorent pas, s'il est pur. Fondu avec de la potasse, il se transfoi'me en salicylate et en acétate de potassium, avec dégagement d'hydrogène :
ç?wç>'^ + 2K0ÎI = mi^mi + cnr-o'K +ip.
L'acide coumarique est mono-atomique; d'après Perkiu, ce serait un phénol, qui dériverait de l'hydrure de salicyle par substitution de l'acétyle à un atome d'hydrogène.
En traitant par la potasse concentrée la coumarine butyrique et la coumarine valérique, on obtient des acides dont la composition n'a pas encore été déterminée, mais qui probablement sont les homologues de l'acide coumarique.
Acide paracoumarique, G4P0'. Il est isomère de l'acide coumarique. On l'obtient en traitant l'aloès par deux fois son poids d'eau chaude et ajoutant un peu d'acide sulfurique, 20 grammes pour 500 grammes d'aloès. On fait bouillir pendant deux heures, on sépare par filtration une résine poisseuse et on secoue le liquide filti'é avec de l'éther; celui-ci laisse par distillation des cristaux d'acide paracoumarique que l'on purifie par plusieurs cristallisations dans l'alcool faible, puis dans l'eau bouillante (HIasiwetz, Ballet, de la Soc. chiin., t. V, p. 283, 1866).
L'acide paracoumarique se présente sous forme de petites aiguilles brillantes, friables, peu solubles dans l'eau froide, plus solubles dans l'eau bouillante, trèssolubles dans l'alcool ct l'éther. Le perchlorure de fer le brunit en solution alcoolique. 11 fond entre 179" et 180».
L'acide nitrique le transforme en acide picrique ; la potasse le décompose comme l'acide coumarique, avec cette différence qu'avec ce dernier on obtient de l'acide salicylique et avec l'acide paracoumarique de l'acide paroxybenzoïque, isomère de l'acide salicylique. En présence de l'amalgame de sodium, il donne de ï acide hydroparacoumarique, isomère de l'acide mélilotique. L. Hahn.
COL'MAROUIVA. Genre de plantes, de la famille des Légumineuses, établi en 1775, dans son Histoire des plantes de la Guyane française (p. 740, t. 296), pour l'arbre qui donne la Fève de Tonka, et qui, depuis lors a été appelé Coumaruna par Lamarck, Eenizia par Scopoli, Bolducia par Necker, Baryosma par Gaertner et Dipteryx par Schreber, en 1789-91. C'est le plus souvent sous ce dernier nom générique qu'il est désigné, et cependant le nom de Coiunarouna doit êti'e préféré, ayant pour lui l'antériorité, et Schreber n'ayant fait, comme
756 COUMAROUNA.
de coutume, que dépouiller Aublet, d'un trait de plume, du fruit de ses travaux. Les Coumarouna appartiennent à la sous-famille des Papilionacées et à la tribu ou série des Dalliergiées. Ce sont des arbres, à feuilles alternes ou opposées, presque paripennées, à folioles alternes ou opposées, avec le rachis souvent dilaté en ailes marginales étroites et avec des stipules peu développées ou nulles. Les fleurs sont disposées en grappes terminales, composées et très-ramifiées ; elles portent des bractées peu développées et caduques, et deux bractéoles latérales beaucoup plus grandes, qui se regardent par leur concavité et qui se touchent par les bords, formant autour des fleurs une sorte d'enveloppe complète qui, avant l'anthèse, simule une sorte de calice vulvaire. Le réceptacle floral est cupuliforme et porte un calice à cinq divisions très-inégales, les deux supérieures grandes et alifoi-mes, une corolle papilionacée, dix étamines monadelphes et un gynécée dont l'ovaire ne renferme qu'un ovule descendant. Le fruit est drupacé, à noyau très-épais et monosperme, avec une graine descendante dont l'embryon charnu, sans albumen, est pourvu d'une courte radicule droite et de deux cotylédons allongés, plan-convexes.
Le Coumarouna odorata Aubl. est l'arbre à la Fève Tonka et au Gayac de la Guyane. Willdenow {Spec, 111, 910) le nojume Dipteryx odorata et Gœrtuer [Friict., II, 93) Baryosma Tongo. C'est la graine qui porte le nom de Fève Tonka {voy. Fève). Elle est noirâtre, plus ou moins ridée en réseau quand elle est sèche, longue de -4 à 5 centimètres et large de i centimètre à 1 centimètre et demi, insymétriquement allongée, plus droite du côté oii elle s'insère et où se voit, vers l'extrémité supérieure, un bile linéaire et un rudiment de funicule. Son embryon occupe toute la cavité des enveloppes, et il est d'une apparence grasse et onctueuse. Ses deux cotylédons sont, vers leur base, reliés par un corps phalloïde représentant l'ensemble de la radicule, de la tigelle et de la gemmule. Le fruit qui enveloppe cette graine est une drupe allongée, glabre à la surface, à mésocarpe peu épais, à épicarpe de couleur jaune-brunâtre sur le fruit sec, qui est long de 8 à 10 centimètres sur 4 de large. Réduit à son noyau, comme on le voit assez souvent en Europe , il a la forme et l'apparence d'une grosse amande, et il s'ouvre finalement suivant ses bords en deux panneaux insymétriques, ligneux, d'une épaisseur de près de 1 centimètre, à surface intérieure glabre et lisse. Toutes ces parties, notamment la graine, ont une forte odeur de Mélilot et de Tohdfera {Myroxylon). Guibourt a nommé Coumarine le principe volatil concret auquel est due cette odeur et qui vient souvent cristalliser à la surface de l'embryon et dans l'intervalle des cotylédons {voy. CoumariiVe). La Fève de Tonka est souvent employée chez nous à parfumer le tabac à priser. A la Guyane, les indigènes en saupoudrent leurs vêtements pour les préserver des attaques des teignes et autres insectes. Ils en font aussi des colliers pour se parfumer. Le bois, dit encore B. de Coumarou, est si pesant et si dur qu'il ébrèche les instruments de travail. Il est d'un jaune rosé, parcouru de fibres fines. Il est malheureusement creusé de trous qu'on suppose pratiqués par un insecte quand il est encore vert ; « car sa dureté est si grande quand il est sec, qu'on ne concevrait pas qu'un insecte pût l'entamer » ; sinon il serait trèsprécieux pour l'ébéniste rie.
Le Taralea oppositifoUa Aubl., nommé par Willdenow Dipterijx oppositifolia, est aussi un Coumarouna. 11 donne les Fèves Tonka dites anglaises, plus petites que celles de l'espèce précédente, mais ayant à peu près les mêmes propriétés. Le Combani des Brésiliens est le C. pteropus [Dipteryx pteropus Mart.), et les
COUP DE CUiLEUR. 757
semences dites Eboer Nuls, dont l'iiuile sert aussi en parfumerie, sont celles du C. oleifera {Dipteryx oleiferaBEîiTH.}. H. Bn.
Juss., Gen., 364. — DC, Prodrom., II, 477. — Endl., Gen., n. C728. — Miîr. et Del, Dict. Mal. médic, II, 454. — Guib., Drofj. simpl., éd. 0, III, 356, 376, fig. 674-677. — RosENTH., Sijnops. plant, diaphor., 1027. — H. Uaillon, IJist. des plantes, III, 225, 324, 382, fig. 190.
COUMIER, Couma Aublct. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la famille des Apocynées. Une seule espèce, le Couma ginanensis Aublet constitue ce groupe. C'est un arbre dont le tronc s'élève à plus de trente pieds et dont l'écorce donne, par incision, une grande quantité de suc laiteux qui, en se desséchant, durcit et présente beaucoup de rapports avec l'ambre gris. Les rameaux triangulaires, glabres, portent des feuilles verticillées par trois, largement ovales, acuminées, glabres. Les fleurs ont un calice campanule, quinquefide ; une corolle de couleur rose quinquefide, à tube cylindracé, renflé en son milieu, à cinq lobes étalés, lancéolés : cinq étamines. Le fruit est une baie globuleuse, un peu aplatie à son sommet, de la grosseur d'une noix, de couleur roussâtrc, contenant dans une pulpe d'un brun ocrcux trois à cinq semences arrondies et comprimées.
La chair des fruits est remplie d'un suc d'un blanc laiteux, acre avant la maturité ; mais elle devient ensuite agréable au goût. Aussi mange-t-on ces fruits dans le pays, et les trouve-t-on sur les marchés de Cayenne.
ÂUBLET. Plante» de la Guyane. Supplément 59, tab. 392. — Lamarck. dictionnaire encyclopédie. II, 146. — Endlichek. Gênera Plantarum. — .\lph. de Gandolle. Prodromus. VIII, 522. Pl.
COUP DE cnALEUR. Heat-stroke. — Hitzschlag. — Heat apoplexy. — Heat-e.rkatistion. — Ileat-affection (llandficld Jones). — Apoplexy of the liât wind (Lindsay). — Mort subite par la chaleur.
Coup de soleil. — Ictus sotis. — ■ Insolation. — Sim-stroke, — Sonnenschlag . — Sonnenstich. — Side'ration. — Asphyxie solaire. — Siriasis. — Carus ab insolatione (Sauvages).
Heat fever. — Thermie fever. — Sun-fever. — Fièvre de chaleitr. — Calenture.
Ces dénominations, coup de soleil, insolation, coup de chaleur et leurs analogues dans les langues étrangères, ne sont pas synonymes ; elles servent à exprimer une partie ou l'ensemble des accidents très-variés, suivant le degré d'intensité de la cause, que la chaleur produit sur l'économie animale. L'expression de coup de chaleur, connue, depuis longtemps, en pathologie vétérinaire, doit être particulièrement réservée pour désigner ces accidents, sous leur forme la plus grave, sans distinction de la source de chaleur, qu'elle soit naturelle ou artificielle. En tout cas, elle est exclusivement usitée quand il s'agit des conséquences d'une atmosphère surchauffée autrement que par les rayons du soleil. Beaucoup d'auteurs modernes veulent, il est vrai, faire du groupe symptomatique qu'ils appellent coup de chaleur, non-seulement une maladie des régions tropicales, mais encore un état pathologi([ue spécial, qui n'aurait de commun qu'un seul élément, celui de sa genèse (la haute température), avec le groupe symptomatique, désigné sous le nom de coup de soleil, insolation, etc. Nous ne pouvons nous ranger à celte opinion. Sous la dénomination de coup de chaleur, nous traiterons, dans cet article, de tous les accidents produits par la chaleur
naturelle ou artificielle, depuis les plus légers jusqu'aux plus graves; nous nous attacherons à démontrer que dans un même lieu, par une température thermométriquement semblable, on peut observer, suivant une foule de circonstances, dans un groupe d'hommes donne, depuis le simple coup de soleil jusqu'à l'asphyxie foudroyante par la clialeu)-. La même série, en gravité progressive, peut être également observée sous l'influence de l'abaissement de la température, depuis la simple congélation partielle, à divers degrés, jusqu'à l'asphyxie rapide et mortelle. Cependant on n'a jamais songé à faire du coitp de froid une maladie spéciale, propre aux zones glaciales.
Cette distinction que nous combattons dans ce qu'elle a, suivant nous, de trop absolu, est de date assez récente. La relation de cause à effet est si facile à saisir, que, de tout temps, la notion des dangers de la radiation solaire a dû exister. Dans la Bible, on rencontre des passages caractéristiques sur ce sujet. Les médecins grecs attachaient une grande importance étiologique aux jours caniculaires. Déjà, du temps des Romains, on prenait des précautions fort judicieuses pour préserver les troupes en marche de l'excès de la chaleur. On trouve dans les chroniqueurs des récits relatifs aux accidents nombreux survenus parmi les croisés, sur l'influence des hautes températures, en Syrie et en Palestine. Depuis que les armées existent on a eu à lutter contre l'action de la chaleur et l'impression des rayons solaires. Boerhaave, Van Swieten, Pringle, Stoll, Sauvages, sous le nom de Phrenitis, de Carus ab insolatione, etc., traitent des frénésies, des fièvres chaudes, des cas de calenture, déterminés par une chaleur ardente. Tissot, dans son Avis au peuple sur sa santé (1770), a écrit des pages pleines de sagacité sur les effets du coup de soleil. Celle, Moreau de Jonnès, consacrent aussi un chapitre à l'insolation, dans leurs livres sur l'hygiène des pays chauds.
A partir de la conquête de l'Algérie, les médecins de l'armée française n'eurent que trop souvent à constater, sur de nombreuses victimes parmi les troupes, les effets terribles de la chaleur. Guyon, Boudin, Dutroulau, M. Lévy, en faisant mention de ces accidents, se servent toujours des dénominations de coup de soleil, insolation. Ce n'est que depuis une quinzaine d'années au plus, à la suite de la publication du Traité de pathologie géographique de Hirsch et du Manuel d" hygiène pratique de Parkes, que la dénomination de coup de chaleur et la distinction établie, sous ce nom, par les auteurs anglais et allemands, ont été également adoptées en France. Ce sont, en effet, d'abord les médecins de l'armée anglaise dans l'Inde qui ont entrepris les recherches les plus intéressantes au sujet des manifestations graves de l'action d'une température excessive sur l'économie animale. Nous citerons particulièrement Taylor (1845), Gides (184G), Morehead (1858), Pirrie, Longmore (1859), Barclay (1858, 1860), Crawfort (1860), Bonnyman (1864), Staples (1868). Les médecins de l'armée des Etats-Unis et les médecins allemands adoptèrent les doctrines anglaises et apportèrent leur contingent à cette étude.
Dans ces dernières années, d'assez nombreuses observations ont été recueillies par les médecins de la marine française, aux colonies, mais surtout à bord des grands paquebots et des bâtiments-transports, pendant la traversée de la mer Rouge. L'école expérimentale est venue porter ses investigations sur les modifications éprouvées par l'organisme sous l'influence du calorique et sur le mécanisme de la mort par la chaleur extérieure. Nous signalerons, au milieu des nombreux travaux publiés 'sur ce sujet, ceux de Bruke, Kûlme, Schiff, Wood,
Eulenberg, Cl. Bernard et de E. Vallin. Aujourd'hui on admet généralement que le coup de chaleur forme une entité pathologique nettemient définie, entièrement distincte du complexus de symptômes désignés sous le nom de coup de soleil, insolation. Lors du coup de chaleur, qui serait caractérisé anatomiquement par la lésion pulmonaire (Ilirsch), cliniquement par la chaleur excessive du corps (41" à 45"), persistant longtemps encore après la cessation de la vie, l'influence pernicieuse d'une chaleur intense soit naturelle, soit artificielle, porterait sur l'organisme entier. Dans le coup de soleil, ce serait le cerveau seul et ses enveloppes qui seraient frappés par l'action directe des rayons du soleil. A l'occasion des divisions de cet article, nous opposerons successivement les arguments que nous croyons propres à la réfutation de celte doctrine.
Symptomatolocjie. Nous ne ferons qu'indiquer l'action locale des rayons du soleil, dans les pays chauds et pendant l'été des climats tempérés, sur les parties découvertes de la surface du corps, c'est ce que l'on désigne vulgairement sous le nom decowp de so/ei/. Elle détermine un érythème, le plus souvent simple, sans réaction générale, suivi d'une légère desquamation. Dans les cas où l'action solaire a été plus vive, plus prolongée, lorsque la peau est fine et très-impressionnable, il y a production de bulles, de phlyctènes qui peuvent laisser à leur suite des ulcérations douloureuses. Ce sont de véritables brûlures au deuxième et au troisième degré. Ordinairement alors, si le visage et le cou ont été le siège de cette lésion, il y a des accidents généraux immédiats ou consécutifs d'une intensité variable dont nous allons donner la description et qui constituent les nombreux et divers degrés de l'insolation proprement dite. Toutefois, hâtonsnous de le dire, les accidents généraux peuvent se manifester sans qu'aucun point de l'enveloppe tégumentaire porte l'empreinte de l'action directe du soleil. Nous montrerons d'ailleurs, par des observations, que la chaleur artificielle donne lieu à des accidents identiquement semblables, et aussi variables dans leurs degrés d'intensité.
Dans un ti'avail récent, M. le docteur Lacassagne, agrégé très-distingué de l'École de santé militaire du Yal-de-Grâce, adopte entièrement les doctrines émises par les médecins anglais, américains et allemands. « Dans la saison chaude de nos pays, dit-il, presque toujours l'action du soleil porte sur les centres nerveux, et les accidents consécutifs à cette impression dénotent des troubles de la circulation cérébrale. »
Suivant cette doctrine le coup de chaleur serait une maladie des pays chauds, d'autant plus fréquemment observée que l'on s'approche plus de l'équateur ; l'insolation, qui peut s'observer partout, serait peut-être plus fréquente dans les climats tempérés. M. Lacassagne reconnaît que le consensus symptomatique appelé coup de chaleur peut non-seulement se présenter chez des hommes qui n'ont point été exposés à l'action directe des rayons solaires, mais encore chez ceux qui sont soumis à une source puissante de calorique, ainsi qu'il arrive aux ouvriers des professions à haute température. Pour nous, dans toutes ces conditions différentes, dans les climats tempérés, comme dans la zone tropicale, sous l'influence et en l'absence de l'action directe des rayons du soleil, aussi bien dans un milieu surchauffé par le calorique naturel que par une source de chaleur artificielle, il est donné d'observer la même progression d'accidents. Dans l'Inde, comme à Paris, au milieu des sables de l'Afrique, comme dans la chambre de chauffe d'un steamer traversant la mer Rouge, certains individus offriront des troubles se rattachant spécialement à une lésion des centres nerveux, d'au-
très tomberont foudroyés en offrant celte hyperthermie générale de l'organisme et ces lésions cardiaques et pulmonaires qui sont regardées comme caractéristiques du coup de chaleur. Des obseiTations, identiques entre elles, de ces divers degrés recueillies dans les différentes conditions que nous venons d'examiner démontrent, selon nous, d'une manière péremptoire, qu'il n'y a pas deux entités morbides, mais des accidents variables suivant le degré d'intensité de la cause toujours la même, suivant les prédispositions des sujets et les conditions dans lesquelles ils se trouvent. Nous emprunterons à M. Lacassagne lui-même, pour nous servir de terme de comparaison, l'exposé des symptômes des divers degrés d'accidents produits par la cbaleur tels qu'il les classe dans l'étude qu'il a publiée à l'occasion de la revue du 1" juillet 1877, au bois de Boulogne.
La physionomie des accidents est tellement variable, suivant l'intensité d'action de la cause, mais surtout en raison des prédispositions des sujets et d'un grand nombre de circonstances accessoires, que M. Lacassagne, comme la plupart des auteurs, a été obligé d'admettre non-seulement plusieurs degrés, mais encore plusieurs formes dans chaque groupe et même des formes mixtes. Dans le premier degré du coup de soleil, on peut observer :
1" Une forme asphijxique. Les sujets éprouvent d'abord de la lassitude, de la faiblesse dans les membres inférieurs ; puis des douleurs à la poitrine ; la respiration devient difficile, il y a dyspnée, tendance à la syncope, état syncopal même ; l'écume se montre à la bouche, la face est congestionnée, les vaisseaux cutanés sont turgescents; il y a comme un commencement d'asphyxie;
2" Une forme syncopale qui se manifeste plus fréquemment. L'individu atteint tombe à terre, tout à coup, parfois au milieu d'une conversation. 11 y a douleur à la poitrine, un peu de dyspnée; ni toux, ni expectoration, la face est pâle, la physionomie abattue.
30 Porme mixte. Lassitude, douleur à la tête; besoin d'air frais, bouche sèche, sensation de ^défaillance, dyspnée; besoin vif d'uriner, aussi bien d'ailleurs dans cette forme que dans les autres, à ce premier degré, comme à un degré plus prononcé. Ces accidents n'ont pas de suite sérieuse, un sommeil répateur, du repos, quelques soins suffisent, et tout désordre disparaît.
Le deuxième degré n'offre guère que l'exagération des phénomènes accusés cidessus ; le rétablissement complet tarde un peu plus.
Le troisième degré admis par M. Lacassagne ne s'est présenté, à la suite de cette revue, que chez deux militaires; les symptômes ont pris une très-grande gravité, et la mort a eu lieu très-promptement, dans les deux cas.
Comme nous l'avons dit, il n'y a, suivant nous, aucune différence entre l'insolation portée à ce point et le coup de chaleur; nous empruntons les descriptions suivantes aux relations anglaises et américaines. Nous les ferons suivre de l'exposé des accidents observés chez les deux sous-officiers qui, suivant M. Lacassagne, ont été atteints d'insolation au troisième degré.
D'après la croyance populaire, et plusieurs médecins la partagent, quand il y a coup de chaleur, l'attaque est presque soudaine, sans symptômes prémonitoires. Ce n'est pas le cas général, c'est l'exception. L'attaque, au contraire, est presque toujours précédée de prodromes précurseurs.
La description des nombreux cas de coup de chaleur qui ont été observés, offre, sans doute, bien des lacunes, mais quelque incomplète qu'elle soit, elle nous apprend que, le plus souvent, l'attaque est précédée de violentes douleurs à la tête et de sensation de lassitude générale.
Ces symptômes prodromiques peuvent ne pas être très-accentués et passer inaperçus, mais, en général, ils sont très-marqués.
Le docteur Morehead, dans son ouvrage sur les affections qui sévissent dans l'Inde, reconnaît clairement leur existence.
Le malade éprouve d'abord, dit-il, de violentes douleurs de tête avec intolérance de la lumière, contraction des pupilles, larmoiement des yeux, tendance à l'assoupissement ou au délire, confusion des idées, et ce n'est que plus tard que survient le coma avec dilatation de la pupille. D'après le docteur Longmore, il y aurait aussi une excessive irritabilité de la vessie pendant la période prodromique.
Le docteur Bonnyman dit avoir observé, comme symptômes prémonitoires, un état de lassitude générale, avec tendance à éviter tout effort musculaire, assoupissement, envie de dormir, vertiges, douleurs de tête, troubles légers dans les idées. Alors le malade se sent abattu, courbaturé, il se plaint et laisse échapper de fréquents gémissements. Il y a, en outre, perte d'appétit, soif ardente, trouble plus ou moins profond des fonctions digestives, constipation opiniâtre.
A partir de ce moment, la maladie prend un caractère de gravité tout spécial, et alors commence la première période. Le malade tombe dans le coma le plus profond, ou bien les symptômes du début s'accentuent. La douleur de tête augmente, le malade éprouve une sensation de pesanteur à l'occiput, une sensation de battements avec tension et distension alternatives aux tempes et à la région occipitale, de l'anxiété précordiale avec nausées et tendance aux vomissements; en même temps, il accuse au creux de l'estomac un sentiment de gêne, de pesanteur, il semble effrayé comme si un grand malheur le menaçait et les larmes coulent lentement le long des joues. Quant à la respiration, elle est souvent normale, d'autre fois plus lente et snspirieuse.
La face est parfois tuméfiée, les yeux sont brillants, les pupilles le plus souvent contractées. La peau est chaude et sèche, la température étant en général à -42° ou 43", le pouls plein, accéléré, la langue blanche, très-sale, recouverte d'un enduit épais d'un blanc jaunâtre. La constipation persiste et, de plus, il y a suppression d'urine. Si ces symptômes ne s'amendent pas, l'on voit bientôt survenir les convulsions tétaniques et la maladie passe à la seconde période qui, suivant le cas, peut affecter la forme comateuse ou la forme convulsive ou agitante.
Le docteur Taylor, dans un article intitulé Erethismus tropicus, donne une description identique de la phase prodromique et de la première période de la maladie, ajoutant, pour se servir des expressions propres du malade, que l'on éprouve une douleur brûlante, à l'intérieur, et, à la tête, une douleur d'une violence excessive qui est la première cause des gémissements du malade.
D'après Swift, les symptômes prémonitoires manquent souvent ; cependant il les a observés quelquefois, mais en même temps il y avait des troubles de la vision. Tous les objets environnants avaient, pour le malade, une couleur uniforme, tantôt bleue ou pourpre, parfois rouge, verte ou même blanche.
Le docteur Staples, dans son rapport sur l'état sanitaire de l'armée anglaise dans l'Inde, assure que cette phase prodromique existe toujours, mais que dans beaucoup de cas elle n'est pas très-distincte. Pour lui, l'affection ai'rive par degrés à ses diverses périodes, bien qu'il n'y ait peut-être pas toujours de ligne de démarcation sensible entre les deux périodes de la maladie.
Wood, dans les cas qu'il a traités à l'hôpital, a toujours observé ces sym-
ptômes. Chez presque tous les malatles, il a constaté une sorte de paralysie générale delà sensibilité, rarement compliquée de délire bruyant.
La respiration était toujours affectée ; il l'a trouvée parfois rapide, précipitée, parfois profonde et laborieuse, souvent stertoreuse, avec râle muqueux dans la trachée.
La face et le corps étaient très-cyanosés dans certains cas, la conjonctive injectée, les pupilles tantôt dilatées, tantôt contractées, d'autres fois normales. La peau était très-chaude généralement, mais non toujours, sèche, parfois moite et même baignée d'une transpiration abondante. La chaleur du corps était sensible à la main et donnait au thermomètre jusqu'à 42° et 42», 5.
Le pouls était toujours rapide, plein et ample, mais devenait, par la suite, irrégulier, intermittent, liliforme.
Le système nerveux moteur était très-affecté. En général, le malade était pris de soubresauts des tendons, de mouvements cloniques, avec une insomnie trèsrebelle et parfois des spasmes partiels ou même des convulsions générales. Peu d'instants avant la mori, l'on voyait aussi survenir brusquement des accès épileptiformes, ou bien l'on constatait une irritation tétanoïde très-violente que la cause la plus insignifiante pouvait mettre en jeu ; enfin, il y avait, parfois, une sorte de paralysie du système nerveux, et le malade restait inerte, privé de toute sensibilité.
Le docteur Barclay a aussi observé ces symptômes. Dans la plupart des cas, dit-il, dès le début de l'attaque jusqu'à la terminaison par la mort, le malade est inerte, ne remue ni les membres, ni les paupières. Rarement il y a des convulsions dès le début. Elles commencent, en général, par les extrémités supérieures, et, dans quelques cas, ne s'étendent pas au delà, parce que le malade tombe rapidement dans l'insensibilité la plus complète, ou, ce qui est plus rare,, entre en convalescence. D'autres fois, ces convulsions se généralisent et affectent tous les muscles de la vie de relation; elles sont alors très-violentes et ne cessent que pour reparaître de nouveau, après un intervalle de répit variant de 2, 3, 15 à 20 minutes, avec une violence de plus en plus grande.
Si l'on examine l'état de la peau, l'on peut observer quelquefois des pétéchies, des ecchymoses, preuves de rupture de quelques vaisseaux capillaires, parfois même il se produit, par les fosses nasales, une exsudation hémorrhagique fétide. De plus, le malade exhale une odeur particuhère, sui generis, qui a attiré l'atlenlion des médecins qui ont observé des cas de coup de chaleur et que l'on constate aussi bien chez les chauffeurs tombés devant les feux, que chez les victimes de l'insolation.
Cette odeur s'exhale de la peau, de l'air expiré et surtout des selles liquides et involontaires. Elle est même quelquefois assez forte pour faire, à elle seule, reconnaître un cas de heat-stroke.
Les yeux du malade sont fixes, légèrement tournés en haut, et deviennent de plus en plus vitreux, comme si la cornée se recouvrait d'un voile. Les pupilles sont violemment contractées, la conjonctive est d'une couleur rose foncée, devenant graduellement plus sombre. La face est toujours pâle, jamais congestionnée, comme l'ont avancé certains auteurs.
Les battements de cœur sont très-rapides, précipités, et les mouvements de dilatation et de contraction de la carotide ont assez d'amplitude pour devenir perceptibles à l'œil nu, même à une distance assez considérable.
\oici maintenant un extrait du récit emprunté à M. le docteur Roques :
« A partir du moment où la légion de la gendarmerie mobile a été engagée dans le parc de Saint-Cloud, à l'ombre par conséquent, les accidents les plus graves se sont produits. La colonne marchait sans précipitation et les gendarmes les plus vigoureux commençaient à s'égrener sur les rebords des fossés.... Enfin, arrivés sur le plateau ensoleillé, M. Roques trouva couchés, par groupes, des gendarmes et des sous-officiers. L'un d'eux, le brigadier R..., était livide, froid, sans pouls. Sous l'influence de quelques soins, la respiration se rétablit bientôt, R.... put parler et essaya de se lever, mais il bégayait et son œil hagard fit soupçonner que le poumon n'était pas seul pris par la congestion. Des frictions, le massage, des applications de glace sur le front, quelques gouttes d'éther et d'eau des Cai'mes parurent le ranimer un instant.
« Réclamé auprès de plusieurs groupes d'autres malades, M. Roques fut amené auprès de quatre sous-officiers gravement atteints. Un maréchal des logis, L..., avait des convulsions épileptiformes. Un gendarme était couché sans connaissance dans un massif ombreux. Pendant qu'il lui donnait des soins, qui le ranimèrent assez promptement, on vint informer M. Roques que le brigadier R.... était encore retombé. En revenant en arrière, pour aller à sa recherche, notre confrère rassembla, en groupe, six hommes incapables de mouvement et les fit mettre en voiture. Là, il trouva un autre maréchal des logis, S..., qu'il avait déjà vu, quelques instants auparavant, sans connaissance, mais qui s'était relevé presque aussitôt, dans un état des plus alarmants : la face blême, le regard fixe, anxieux, sans pouls, la peau froide et visqueuse, balbutiant, ayant le regard d'un aliéné dans la période qui précède l'agitation. Quant au brigadier R..., il n'avait pas repris connaissance, il était sans pouls et presque sans vie lorsqu'on le plaça sur la voiture, il rendit le dernier soupir entre Ville-d'Avray et Viroflay. Les six autres malades étaient accablés, mais hors de danger, sauf le maréchal des logis L.... et un gendarme, qui s'assoupissait ou criait alternativement. A leur arrivée à l'hôpital de Versailles, vers huit heures et demie, le maréchal des logis S..., au moment où les infirmiers montaient dans la voiture pour le transporter, fut pris d'un état convulsif violent. Une heure après, il succombait malgré les soins les plus empressés. »
Nous ne croyons pas qu'il soit possible de citer beaucoup de cas de coup de chaleur plus rapidement mortels que ces deux accidents caractérisés par le docteur Lacassagne du nom d'iiisolation au troisième degré.
Le tableau des phéuoinènes morbides produits par la chaleur provenant de foyers, tels que ceux des bâtiments à vapeur, est exactement le même. Le docteur Leconiat, médecin de la marine, qui a été longtemps détaché au service des paquebots transatlantiques, les a groupés de la manière suivante. A un degré moyen : vertiges, faiblesse générale, hébétude de la face, injection des yeux, stupeur légère, bourdonnement d'oreilles. A un degré grave : stupeur plus grande, yeux brillants, fortement injectés, souvent convulsions, puis résolution complète, parfois déjections involontaires. Le pouls d'abord rapide, dur au début, devient dépressible. Au degré le plus élevé : aggravation des accidents ci-dessus, injection intense des yeux; la sclérotique devient d'une couleur vineuse ou violacée; congestion cérébrale et pulmonaire, parfois expuition de sang en quantité variable. Respiration anxieuse, comme tronquée, convulsions, résolution complète. La mort peut survenir en quelques heures.
En dehors de tout calorique rayonnant, dans des espaces confinés, par de hautes températures, le coup de chaleur peut offrir les mêmes symptômes et
devenir aussi rapidement fatal. Nous extrayons le passage suivant du rapport de M. le docteur Mathis, médecin-major de la Creuse pendant la traversée que fit ce transport de Toulon à Saigon, au mois de juillet 1877 : « Faisant route dans la mer Rouge, quatre cas d'insolation ont été observés du 3 au 5 août (température, à l'ombre, de 53°,25 à 34°, 50). D'abord, le maître calfat B..., le 5 août, étant sur le pont à surveiller l'arrosage des tentes, tombe, tout à coup, sans connaissance. Transporté à l'hôpital, il présenta les symptômes suivants : résolution complète, face congestionnée, perle complète de connaissance, pouls dur et lent, respiration incomplète, peau brûlante, il meurt une demi-heure après. Dans la nuit du 5 au 6, à deux heures du matin, le nommé D.... est trouvé dans le coqueron (logement étroit situé dans les profondeurs de l'arrière du bâtiment) sans connaissance. Porté à l'hôpital, il offre les mêmes symptômes que B.... La mort survint un quart d'heure après — »
Dans quelques cas de coup de chaleur que nous avons eu à traiter, nous avons constaté la présence d'une partie des symptômes énumérés ci-dessus, mais l'un de nous ne les a jamais observés avec autant de netteté que chez deux chauffeurs qui, dans le courant de l'année 1873, sur l'un des steamers faisant le service de la ligne du Ilavi-e à New-York, sont tomoés devant les feux et ont été portés à l'hôpital du bord dans un état d'insensibilité complète.
La peau était chaude et sèche, le pouls très-fréquent, les battements du cœur précipités, la respiration anxieuse, les pupilles contractées. Il y avait, en outre, incontinence d'urine et selles involontaires fétides.
Tous les deux succombèrent, l'un, trois heures après être tondre devant les feux, l'autre, au bout de vingt-quatre heures.
De ce qui précède, nous pouvons conclure qu'il existe pour le coup de chaleur : 1" une ])hase prémonitoire, sorte d'érélhisme nerveux, avec vertiges, courbature, fatigue générale, nausées, vomissements, constipation, sensation de gêne et de pesanteur à l'estomac, douleur de tête plus ou moins violente à laquelle peut succéder un état plus grave, se terminant par la mort, soit que ces symptômes augmentent de violence, soit que le malade tombe dans le coma.
2° A la phase prémonitoire succède une seconde période, période aiguë, caractérisée par les mêmes symptômes que la période prodromique, mais avec un degré de violence beaucoup plus accusé. Dans un grand nombre de cas, cette période d'acuité ne s'observe pas, et à peine les premiers phénomènes prodromiques se sont-ils manifestés, que le malade tombe dans le coma.
3" Quand au bout de 50 à 60 heures l'état du malade ne s'est pas amendé, à cette seconde période en succède une troisième qui peut affecter deux formes différentes, l'une que nous appellerons agitante ou convulsive, l'autre que nous dirons comateuse. Quand la maladie affecte la forme agitante ou convulsive, le malade épi-ouve des vertiges, de violentes douleurs de tête, avec troubles de la vision, intolérance de la lumière, la face est pâle, les yeux fixes, brillants, larmoyants, le pouls fréquent, plein, ferme, les battements du cœur sont précipités, la respiration est anxieuse, il y a sensation d'oppression, de pesanteur à l'épigastre, avec nausées, vomissements fréquents de matières bilieuses, consti^ pation ou plus souvent selles liquides, presque toujours involontaires et exhalant une odeur fétide. La langue est blanche, rouge sur les bords, les urines sont peu copieuses, hautes en couleur et parfois supprimées; en même temps l'on observe un délire plus ou moins bruyant avec impulsion au suicide (c'est en raison de ce genre de délire qu'on a voulu faire une entité morbide sous le
nom (le calenture); des soubresauts des tendons, avec convulsions partielles et parfois généralisées, et le malade succombe dans un accès épileptiforme ou tombe dans un état de profonde prostration à la suite duquel la mort arrive rapidement.
Dans la forme comateuse, le malade est insensible à tout ce qui l'entoure ; il y a une sorte de paralysie générale de la sensibilité, les membres pendent inertes le long du corps, la face est pâle, les traits sont tirés, les yeux à demi ouverts sont fixes et vitreux, la respiration est stertoreuse, le pouls petit, irrégulier, intermittent, filiforme. De la commissure des lèvres s'écoule parfois une écume sanguinolente, enfin l'on constate de la diarrhée avec selles involontaires fétides.
Cet état peut se prolonger pendant quatre, huit ou douze heures, mais, en général, le malade ne tarde pas à succombei' par asphyxie lente.
Dans certains cas, cette forme comateuse succède à la phase prémonitoire, à la fièvre épliémère prodromique, sans passer par la période aiguë; d'autres fois, dans les cas foudroyants, il n'y a même pas, pour ainsi dire, de symptômes prémonitoires, le malade tombe comme une masse soit dans la rue, soit sous la tente, et quand on le relève, il est dans un état d'insensibilité générale qui se termine le plus souvent pai' la mort.
L'un des faits les plus intéressants qui aient attiré l'attention des médecins pendant le cours de cette affection, c'est l'élévation de la température du corps qui persiste même encore quelques temps après la mort.
C'est ainsi que Dowler, de la Nouvelle-Orléans, a constaté comme température du corps dans trois cas de sun-stroke, pendant la vie, les chiffres suivants : 45", 43", 40" ; et dans un cas, après la mort, 45°, 5.
Levvick, dans cinq cas, pendant la vie : 41°, 5, 43", 43", 41°, 5, 41"; et une fois, après la mort, 44",5. H. -G. Wood : 42", 5, 45", 40", 41",5, 45", pendant la vie ; 45°, 5, après la mort.
Formes, durée, terminaison. Le docteur Moreliead admet trois formes de coup de chaleur : la forme cardiaque, la forme cérébro-spinale et une troisième mixte qui tient des deux premières.
Cette division nous paraît spécieuse ; il n'existe pas entre elles de ligne de démarcation assez sensibles, aussi préférons-nous distinguer simplement deux variétés dans le coup de chaleur, l'une légère, l'autre grave qui, suivant le cas, affecte la forme convulsive ou agitante, ou la forme comateuse.
La durée de l'affection est très-variable ; dans les cas légers, au bout de deux ou trois jours, le malade est parfaitement rétabli, mais dans les cas graves, la mort peut survenir en (pielques heures et même plus rapidement. Si la maladie doit se terminer par la guérison, elle peut avoir une durée de huit à quinze jours, si l'on tient compte, surtout, des complications qui peuvent survenir.
Dans les pays à endémie palustre et chez les individus qui, antérieurement, ont été atteints de fièvre intermittente, le coup de chaleur, à divers degrés, devient la cause déterminante d'accès pernicieux. Dutroulau a particulièrement insisté sur ce point. Il a signalé aussi, en temps d'épidémie de fièvre jaune, l'insolation comme étant souvent la cause déterminante de l'invasion de ce terrible accident.
Beaucoup de sujets bien que complètement guéris, en apparence, de l'accident sérieux qu'ils ont subi, voient survenir des manifestations morbides variées. Tantôt c'est une faiblesse persistante, une inaptitude au travail, à tout effort
de contention d'esprit ; tantôt c'est une céphalée opiniâtre qui s'accroît rapidement par l'élévation de la températui'e et surtout par l'action des rayons solaires. Le caractère est modifié, il est devenu irritable ; le pouls demeure vif, rapide, dépressible ; l'acuité de la vision ou de l'audition est diminuée.
Pronostic. Mortalité. Dans les cas graves, la mort est la règle générale. Les signes les plus alarmants sont : l'insensibilité complète et prolongée; laperjmanence de l'hyperthermie, malgré les soins les mieux appropriés : la rapidité et la faiblesse du pouls. La manifestation d'accès convulsifs est généralement un signe de mort. Au contraire, l'abaissement graduel de la température, l'apparition d'une sueur abondante, la régularité et l'ampleur du pouls, l'absence de délire, de coma, et surtout de convulsions, sont des indices qui permettent d'espérer un prompt rétablissement.
11 est impossible de donner des chiffres indiquant, d'une manière même approximative, les degrés de mortalité par suite de coup de chaleur, attendu que les cas n'ont pas été classés par catégories de gravité. Ainsi, d'après les rapports sur la maladie et la mortalité, de 1840 à 1850, du département de la guerre aux Étals-Unis, la proportion des morts serait de 5,04 sur 100 cas, d'après Barclay et Buttler, elle serait de 45 p. 100.
Les relations des médecins militaires de l'armée anglaise montrent que, souvent, pendant les expéditions, la chaleur a déterminé une mortahté plus forte que celle due au leu de l'ennemi. Nous citeions, comme exemple. Je combat de Judespore, en avril 1857; d'après Taylor, pendant cette journée, dix-neuf hommes furent tués et cent neuf furent victimes de la température brûlante. Des faits analogues se sont présentés en Algérie, ainsi que pendant la campagne d'Italie, en 1859. Morehead a rassemblé un certain nombre de chiffres qui prouvent combien la proportion de mortalité peut varier suivant une foule de circonstances particulières que nous apprécierons en traitant de l'étiologie et aussi suivant le mode de traitement adopté. Voici les chiffres réunis par le docteur Morehead :
NOMBRE OBSERVATliHRS. DE CAS. DÉCÈS.
Marcus Ilill 584 259
Gordon 2S 27
Taylor 28 8
Taylor 114 60
Taylor 20 19
Hentlerbon 81 18
Rocli 7 7
Longmore |g 7
LewicU 12 7
Loftiiouse; 14' dragons 80 10
Simpson; 71' légimenl 80 24
Ward; 5° rtgiinenl de Bombay 25 6
Ewing ; 8b' régiment 60 17
Hughe Rose et Stuart; 23' régiment . . , 200 47
Hansi; Field-Hospital 27 10
Anatomie pathologique. Tous les observateurs s'accordent à signaler comme indice caractéristique de la mort par la chaleur, d'une part, la persistance d'une haute température, pendant huit et dix heures après la mort (Wood dit avoir constaté, deux heures après la mort, 42«,2 dans la cavité thoracique et 43°6 dans la cavité abdominale), d'autre part la promptitude et le degré très-marqué de la rigidité cadavérique. On a noté, fort souvent aussi, de larges ecchymoses, des taches livides disséminées sur le tronc et les membres. Les orifices des narines et la bouche laissent ordinairement écouler un liquide sanouinolent
spumeux, semblable à celui qui a été rejeté, assez fréquemment, au moment de l'agonie.
Les divergences des auteurs sont très-accusées quand il s'agit de lésions offertes par le cerveau et ses enveloppes. Généralement, nous trouvons notée une forte hyperémie des sinus et des veines, parfois un épaucbement sanguin entre la dure-mère et le crâne, une certaine quantité de sérosité à la base du cerveau. La substance grise est plus ou moins injectée. Pour plusieurs médecins anglais, Ranald Martin, entre autres, les altérations du cerveau ne seraient que les conséquences de l'asphyxie. Mortimer Shanks, Green, Baxter, Russell, prétendent qu'ils n'ont jamais rencontré, non-seulement de foyers apoplectiques , mais pas même les caractères d'une lésion- cérébrale. Dans trois autopsies, connnuniquées par Arndt (1875), le cerveau était œdémateux, il remplissait complètement la dure-mère ; les circonvolutions étaient aplaties et fortement tassées les unes contre les autres ; les ventricules contenaient beaucoup de sérum ; la substance cérébrale était comme vide de sang. Les gros vaisseaux, les sinus étaient distendus par un sang noir et fluide. Dans deux autopsies faites par Siedamgrotzky, quinze heures après la mort (1876), le cerveau était mou, diflluent, les ventricules étaient vides ; à la coupe, les surfaces ne tardaient pas à montrer un piqueté sanguin très-accusé. Les sinus étaient remplis d'un sang noir et fluide. L'autopsie des deux sous-officiers qui succombèrent à la suite de la revue de Longchamps, le l^' juillet 1877, fit constater une congestion étendue des méninges avec foyers apoplectiques disséminés dans le tissu cérébral.
Nous ne trouvons que des renseignements vagues sur l'état de la moelle épinière et de ses enveloppes. On a noté, plusieurs fois, un état dilïluent, mais il eût fallu tenir compte du temps écoulé entre la mort et l'autopsie, surtout dans les climats chauds et pendant les jours brûlants de l'été des pays tempérés. C'est généralement dans la cavité thoracique que l'on trouve les lésions les plus accusées. On a noté des ecchymoses sous-pleurales et même la présence de sang épanché dans la cavité de la plèvre. Piesque tous les observateurs signalent l'état de congestion énorme des poumons qui ont une coloration rouge sombre, lie de vin ; ils ressemblent parfois à deux vastes caillots qui ont l'apparence du tissu splénique, etc.; ils ne sont plus crépitants ; les bronches sont obstruées par un liquide sanguinolent spumeux, parfois par du sang noir visqueux. L'intensité de la congestion pulmonaire qui peut aller jusqu'à la déchirure du parenchyme serait toujours en rapport direct avec la violence des symptômes. L'autopsie a révélé, chez les deux sous-officiers observés par M. Roques, une congestion pulmonaire portée aux dernières limites.
Hirsch n'hésite pas, d'après la relation des observateurs qu'il a compulsés, à donner comme caractéristique constante de la mort par coup de chaleur l'état de congestion du poumon. Pirrie prétend, au contraire, n'avoir pas rencontré cette lésion à un degré aussi notable.
Il n'en est pas moins vrai que tout le système veineux est gorgé de sang et que ce liquide paraît accumulé dans les gros troncs veineux, aux dépens du système artériel que l'on trouve à peu près vide.
Le cœur et spécialement le ventricule gauche sont trouvés dans un état de contraction et de rigidité remarquables.
Le ventricule droit contient toujours une certaine quantité de sang liquide et noirâtre, le ventricule gauche, au contraire, est toujours vide, dépourvu de sang, fortement contracté et d'une dureté ligneuse. Il y a de nombreuses ecchymoses
sous-péricardiques et sous-eiidocardiques sur le ventricule gauche. Bâumler a constaté la granulation fine des fibres musculaires cardiaques.
D'après quelques observateurs, et entre autres les docteurs Pepper et Lewick, il y aurait ramollissement et llaccidité du tissu musculaire du cœur. "Wood, ([ui a pratiqué l'autopsie deux heures après la mort, au contraire, l'a toujours trouvé dans un état de rigidité très-grande. Cette apparente contradiction s'explique facilement.
La température du corps restant, pendant quelques heures après la mort, audessus de 38" centigrades, la désorganisation des tissus ne se produit que plus rapidement, et, au bout de trois ou quatre heures, ce travail de décomposition orcranique est plus que suffisant pour déterminer ce relâchement du tissu musculaire qui succède à l'état de rigidité qu'il présentait au moment de la mort ; aussi ne doit-on pas attendre vingt-quatre ou trente heures pour rechercher les lésions pathologiques comme l'a fait le docteur Lewick, mais faut-il faire l'autopsie le plus tôt possible.
Les expériences qui ont été pratiquées sur les animaux ont, du reste, démontré ce fait que, dans la mort causée par l'action de la chaleur, le cœur est dans un état de rigidité très-marquée aussitôt après que l'animal a cessé de vivre, mais que cette rigidité disparaît au bout de quelques heures.
Cet élat pathologique n'est pas toutefois spécial au cœur, on l'observe aussi dans tous les autres muscles de la vie organique et de la vie de relation.
Le foie et la rate sont toujours plus ou moins congestionnés. Le degré d'hyperémie de la muqueuse gastrique et intestinale est très-variable ; l'époque de la dernière digestion et du dernier repas, au moment où le sujet a été frappé des accidents du coup de chaleur, doit avoir une influence marquée sur l'état de cette membrane. Le plus souvent, les reins sont gorgés de sang. Dans les deux autopsies faites par Arndt, ces organes étaient gros, la capsule s'en séparait facilement, la substance corticale pâle était comme épanouie; la partie centrale, surtout autour du bassinet, était fortement ecchymosée, çà et là. D'après ce professeur, si la plupart des auteurs ont admis l'hyperémie des organes comme caractéristique du coup de chaleur, c'est qu'ils se sont laissé induire en erreur. Pour lui, le sang est expulsé des petits vaisseaux et se concentre dans les veines plus faciles à distendre. Il admet une tuméfaction trouble, dont le degré varie suivant les manifestations du coup de chaleur pendant la vie.
Le sang a toujours été trouve plus ou moins altéré. Sa coagulabililé est notablement diminuée. Lewick prétend avoir remarqué que les globules rouges étaient aplatis, ridés, échancrés. D'après Siedamgrotzky (de Dantzig), les globales blancs sont follement granuleux et en partie rompus ; les globules rouges, décolorés complètement, sont très-déformés, festonnés sur leurs bords.
Diagnostic. Dans le coup de chaleur, le thermomètre peut donner des indices très-précieux; la température du corps, dans la plupart des cas, peut atteindre 43" à 45" centigrades, élévation que l'on n'observe pas dans d'autres maladies.
La sécheresse de la peau, les violentes douleurs de tête ayant pour siège les régions occipitale et frontale, l'intolérance de la lumière avec perception d'une couleur uniforme pour tous les objets environnants, la petitesse et la fréquence du pouls, les battements précipités du cœur, les mouvements de dilatation et de contraction des carotides, la sensation de gêne, de pesanteur au creux épigastrique, l'odeur spéciale qu'exhalent souvent le malade et ses déjections invo-
COUP DE CIlALEliK. 763
lontaires sont autant de symptômes qui permettent de reconnaître lu nature de l'affection et de la diagnostiquer.
On pourrait la confondre avec l'hémorrhagic cérébrale, la méningite céphalorachidienne et la fièvre pernicieuse à forme cérébrale.
Dans riiémorrhagie cérébrale, la perte, de connaissance est parfois incomplète; quand l'attaque n'est pas foudroyante et n'entraîne pas la mort immédiate, le malade peut ressentir, au moment de l'attaque, une douleur très-vive de déchirement dans le cerveau, il peut même, parfois, avant de tomber comme une masse inerte, avoir le temps d'appeler au secours ; de plus, il y a ordinairement hémiplégie et, quand la paralysie est générale, elle est même pins prononcée d'un côté que de l'autre, tandis que dans le coup de chaleur, il y a insensibilité complète, le plus souvent perte de mouvement.
On ne constate pas les troubles de la vision que l'on observe dans le coup de chaleur, ni cette élévation de température si caractéristique, ni cette fréquence extrême du pouls et de la respiration, enfin, les selles n'exhalent pas cotte odeur particulière que l'on constate parfois dans les déjections des individus atteints de coup de chaleur.
Dans la méningite cérébro-spinale, on observe une céphalalgie des plus violentes avec vertiges, nausées, vomissements, la douleur se propage à la nuque, au rachis, et ne se limite pas aux régions frontale et occipitale, le malade est en proie à une agitation convulsivc, il a la tête renversée en arrière, la face est le plus souvent rouge, au lieu d'être pâle comme dans le sun-stroke, il n'y a ni perte absolue de mouvement, ni abolition de la sensibilité, la température de la peau est peu élevée, le pouls ne dépasse guère 100 à 120, la respiration est suspirieuse.
Dans la fièvre pernicieuse à forme cérébrale, la température, au début, peut s'élever à 40" ou 41" centigrades, sans jamais dépasser ce degré d'élévation, pour tomber rapidement au moment oîi le déclin de l'accès s'accentue, tandis que dans la fièvre de chaleur elle reste stationnaire, il y a une anxiété et une agitation extrêmes, et jamais cette insensibilité, cette inertie que l'on observe chez les malades qui ont été frappés par le coup de chaleur.
Mais ce sont encore les conditions de température au milieu desquelles se trouvent les individus qui présentent soit les phénomènes prémonitoires, soit les accidents graves précédemment décrits, qui fournissent les indications les plus promptes sur la nature de l'état morbide.
Étiologie. L'action plus ou moins prolongée du calorique solaire ou artificiel sur l'organisme animal est la cause nécessaire et suffisante du consensus symptomatique désigné, suivant le degré de gravité, parla dénomination de coup de soleil, insolation, coup de chaleur etc. « Lorsque exceptionnellement, dit le professeur Gavarret [voy. Chaleur), le thermomètre s'élève aux environs de 45°, ou dépasse ce point de l'échelle, les animaux résistent à réchauffement et se maintiennent au-dessous de la température extérieure, pourvu toutefois que l'inlluence ne soit ni assez intense, ni assez prolongée pour compromettre définitivement leur existence. » Mais, d'une part, des troubles plus ou moins sérieux se produisent dans les fonctions de l'économie humaine bien avant que le thermomètre marque 45"; d'autre part, la température accusée par le thermomètre seul, observé à l'ombre ordinairement, ne suffit pas pour rendre compte de l'influence préjudiciable que peut subir l'organisme à partir de 32° à 34°. Il est évident, en ce qui concerne les accidents qui résultent uniquement de la chaleur solaire, qu'ils se
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rencontrent plus fréquemment dans les contrées de la zone tropicale. Parmi ces contrées, aucune ne fournit aussi souvent des cas de coup de chaleur, de la plus haute gravité, que l'Inde. D'après les relations des médecins de l'armée anglaise, certaines portions de ce vaste territoire, certaines localités même offriraient, sous ce rapport, un dangereux privilège. Cette plus grande fréquence des accidents, dans tel ou tel point de ce pays torride, doit tenir, soit à des dispositions locales du terrain, soit plutôt à ce que les circonstances politiques ont amené des troupes européennes à faire de longues marches et des expéditions de o-uerre dans les parages indiqués. Sans doute, toutes les conditions météorologiques propres à rendre, au point de vue qui nous occupe, un climat dangereux, se trouvent réunies dans les présidences del'lnde, mais on les retrouve ailleurs a<jissant avec une intensité au moins égale. Si donc cette contrée paraît jouir, sous le rapport de la fréipience et de la gravité du coup de chaleur, d'une redoutable notoriété, nous croyons qu'elle la doit, non-seulement à ce que c'est la portion de la zone tropicale qui, à notre époque, compte le plus d'Européens, mais encore à ce que, depuis un siècle, elle a été le théâtre de grandes expéditions militaires, exécutées par des troupes vêtues et équipées, jusque dans ces dernières années, comme en Europe.
Ainsi, il est peu question de cas de mort par suite de heat-stroke, à Ceylan, dans l'archipel Indien, à Madagascar, Mauiice, à l'île de la Réunion ; il en était de même pour la partie chaude de la Cliine et pour la Cochinchine, jusqu'au moment où des opérations militaires ont été entreprises par des troupes françaises et anglaises. Les mêmes raisons expliquent la plus grande fréquence des accidents d'insolation au Sénégal et en Algérie. Le coup de chaleur, même dans l'acception restreinte que donnent à cette dénomination Ilirsch et grand nombre de pathologistes aujourd'hui, est loin d'être rare en Europe, d'abord, bien entendu, dans les parties méridionales, mais également par des latitudes aussi élevées que celles de Paris, de Bruxelles et de Londres. Là, ce sont non-seulement les soldats, mais souvent les travailleurs des champs, les ouvriers de chemins de fer qui sont frappés. En Amérique, certaines localités sont aussi désignées comme offrant plus souvent à l'observation des cas graves de heat-stroke, telles que Philadelphie et New-York pendant la saison chaude. Parmi ces localités nous ferons remarquer qu'il faut tenir compte d'une condition prédisposante, nous voulons parler de l'alcoolisme et de l'abus des boissons glacées, le corps étant en sueur. Ilirsch fait remarquer qu'aux Antilles françaises et anglaises, de 1817 à 1836, il est rarement question de cas de mort par insolation. Dans cette période de temps, sur un effectif de 52,000 hommes qui ont tenu garnison à • la Jamaïque, il ne s'est présenté que 6 cas de coup de chaleur. Cette immunité s'explique facilement; d'abord, le climat insulaire est relativement moins brûlant, à latitude et altitude égales que celui des continents ; tout le littoral est rafraîchi par les brises alternatives de terre et de mer; enfin, de 1817 à 1836 les troupes, aux Antilles, n'ont eu à exécuter aucune expédition sérieuse.
Il nous est impossible, même pour les pays de la zone torride, d'admettre que le coup de chaleur se présente sous forme d'épidémie. Il est certain que, dans l'Inde, comme en France, c'est aux époques de l'année les plus chaudes, et pendant la saison chaude de certaines années exceptionnellement torrides, que les cas de mort par la chaleur se multiplient, mais il n'y a pas lieu, pour cela, de considérer cette fréquence des effets directs d'un agent physique extérieur comme une épidémie. Il suffit de passer une revue aune heure inopportune d'une journée
caniculaire, à Paris, à Londres ou à Bruxelles, pour être à peu près certain devoir un assez grand nombre de militaires tomber plus ou moins gravement atteints. Cette sorte d'épidémie pourrait donc être produite à volonté. Certaines conditions, que nous allons énumérer, viennent immédiatement aggraver l'action de la chaleur atmosphérique et contribuent à la l'cndre dangereuse pour le maintien de la santé et même rapidement mortelle. Nous trouvons, en première ligne, toutes les circonstances qui peuvent mettre plus ou moins obstacle à l'évaporation rapide et facile de la transpiration. En effet, le refroidissement produit par l'évaporation cutanée, qui peut i'aire perdre jusqu'à 26 unités de chaleur par heure (Gavarret), est la ressource la plus puissante que possède l'homme de lutter, avec avantage, contre les hautes températures. La saturation de l'air par l'humidité fait que l'on supporte bien plus difficilement une môme élévation thermométrique. Lindsay a remarque que le coup de chaleur se montre, de préférence, pendant les jours très-chauds qui précèdent la pluie.
Tous les modes de vêtements qui, par la nature des étoffes employées, par l'application trop directe sur la surface du corps, forment une enveloppe qui concentre la chaleur, empècbe la circulation de l'air et, jiar suite, l'évaporation facile de la sueur, deviennent une puissante cause prédisposante et aggravante. Le costume militaire européen, en y comprenant le mode de coiffure et d'équipement, rend compte, en grande partie, de bien des catastrophes observées parmi les troupes, aussi bien en Europe que dans les pays chauds. Nous ne pouvons trouver de meilleure démonstration à ce sujet que la série d'accidents survenue pendant la revue du il juillet 1877, au bois de Boulogne. Au milieu de 150 000 spectateurs réunis dans la plaine de Longchamps, habillés de vêtements légers, il n'a pas été signalé un seul accident sérieux du à l'élévation de la température. Des soldats seuls, en assez grand nombre, tombèrent dans les rangs ; à peine est-il question d'une indisposition légère chez deux officiers. Les troupes de ligne qui sont débarrassées du col-cravate n'ont fourni que quelques cas de moyenne gravité et un certain nombre d'indispositions de peu de durée.
Un corps d'élite, la gendarmerie mobile, composé d'hommes sobres et habitués à la vie militaire, mais à qui on a conservé cette partie du vêlement si antihygiénique, le col-cravate, a fourni, à lui seul, à partir du moment où, retournant à Versailles, il s'est engagé sous des ombrages, presque autant de cas que l'ensemble des troupes réunies à la revue ; lui seul a eu à déplorer deux décès. Deux maréchaux des logis ont succombé rapidement, offrant tous les signes incontestables àncoup de chaleur. Le médecin-major de ce corps n'a signalé, parmi les hommes plus ou moins gravement atteints, aucun maréchal des logis chef (on sait que les sous-officiers de ce grade sont actuellement débarrassés du sac et du fusil), aucun officier n'est entré à rambulance. Le docteur Mac-Clean cite l'observation suivante, qui est également d'une grande valeur : « Le 98^ régiment rejoignit le corps expéditionnaire, sous les ordres de lord Cough, on Cliine (1848). Le 21 juillet, le régiment prit part à l'attaque contre Chin-Kiang-Eoo ; les hommes étaient entièrement vêtus à l'européenne et la chaleur était excessive. Un grand nombre d'entre eux s'affaissèrent sur eux-mêmes, la face contre terre ; quinze environ moururent à l'instant même, tandis que les soldats du 18^ régiment irlandais, ainsi que du 49'' et du 55% qui prirent part aussi à l'affaire, et furent tout aussi exposés aux rayons du soleil que le 98^ régiment, ne perdirent aucun homme de la même manière. La seule raison de ce fait, c'est
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qu'ils avaient marché à l'ennemi et combattu sans leur fourniment de cuir et jjortaient leurs tuniques entièrement déboutonnées. » Ces deux épisodes sont d'une grande importance, ils donnent l'explication de bien des drames douloureux; ils sont d'un haut enseignement au point de vue prophylactique. Nous sommes persuadé que l'armée des Indes, depuis que de profondes et judicieuses modifications ont été apportées dans son mode de vêtement et d'équipement, n'aura plus à enregistrer d'aussi nombreuses victimes du coup de chaleur que précédement, même lorsqu'elle sera appelée à faire campagne de guerre.
D'autres éléments viennent encore modifier en plus ou en moins la puissance nocive de la radiation solaire, ce sont la tension électrique, la présence ou l'absence de nuages orageux, la direction et l'intensité de la brise, la nature du sol, l'aljsence ou la présence de végétation, la poussière soulevée par les troupes en marche.
Les médecins militaires savent parûiitement combien il est dangereux, pendant les grandes chaleurs, de ùnre des marches en colonnes serrées ; ils savent également que le fantassin, par suite de la charge qu'il porte, de la dépense de force qu'il fait par la marche, est bien })lus exposé que le cavalier qui, monté, se trouve respirer au-dessus des couches les plus échauffées qui sont plus près du sol.
Une des causes prédisposantes les ])lus puissantes du coup de chaleur, ce sont les violents efforts de toute nature qui, d'une part, affaiblissent l'organisme, et qui, (le l'autre, tendent, par la transformai ion du mouvement en calorique, à surélever la température de l'organisme. Nous avons tout lieu de croire que les animaux surmenés par la course offrent les mêmes symptômes et les mêmes lésions après la mort que les hommes qui succombent au coup de chaleur. Nous basons cette assertion sur les travaux de deux médecins-vétérinaires, M. Henri Bouley, qui décrit les accidents offerts par les chevaux pris de chaleur, et M. Mercier qui, en étudiant le même sujet, a proposé de donner à l'ensemble des accidents le nom d'anhématosie.
Il suffit de signaler les conditions fâcheuses que présentent les alcooliques et particulièrement les hommes qui sont actuellement en état d'ivresse au moment où ils ont à supporter une chaleur excessive.
Pendant longtemps, on a cru qu'une des conditions nécessaires à la production des accidents d'insolation proprement dite était l'action directe des rayons du soleil spécialement sur le crâne ; on est revenu de cette erreur. L'échauffement excessit de la boîte crânienne et, par suite, de l'encéphale, est évidemment une des causes efficientes les plus actives de troubles graves du système nerveux et consécutivement des grandes fonctions. On a constaté ce fait de tout temps et partout quand la tète est exposée nue à un soleil ardent, quand elle est incomplètement abritée ou lorsqu'elle est surchargée d'une coiffure lourde, de couleur sombre, ou formée de métal, ou bien encore n'offrant pas une capacité suffisante pour permettre, entre le crâne et l'enveloppe qui le recouvre, une évaporation facile de la transpiration. On voit survenir alors, non-seulement les symptômes du coup de soleil, à divers degrés, mais aussi, suivant les prédispositions individuelles, la méningite aiguë ou l'apoplexie cérébrale. A moins de supposer l'individu immergé, la tête seule exposée aux rayons solaires, il est impossible d'isoler la part de l'influence exercée sur le crâne seul de celle qui résulte, sur l'organisme entie^r, du rayonnement du sol, des objets voisins, du calorique ambiant, en un mot. Il est également admis de tous, aujourd'hui, qu'en l'absence de
l'action directe du soleil et même. pendant son absence au-dessus de l'horizon, les accidents du coup de chaleur sont Irès-fréqucuts et très-graves, soit à l'air libre, soit dans des espaces clos, étroits, mal ventilés, dont l'atmosphère est confinée, sous les tentes de soldat, comme cela a lieu, dans les baraquements, dans les salles d'hôpital mal ventilées pendant les nuits étouffantes et orageuses dès pays chauds, dans les entreponts méphitiques des bâtiments occupés par un grand nombre d'hommes. Le plus souvent alors, il faut le reconnaître, il s'agit de malades ou d'hommes débilités par des fatigues excessives, l'extrême chaleur est compliquée d'autres éléments, la puissance de résistance des individus est très-amoindrie.
Nous aurions naturellement à signaler le rôle de la chaleur artificielle, qui est exactement le même. Ce sont les travailleurs des professions à haute tempe'rature qui sont le plus souvent victimes d'accidents rapides et graves, quand les ateliers, les chambres de chauffe, sont mal ventilés ou offrent un cubage trop restreint. Les plus exposés de ces travailleurs sont les chauffeurs de bâtiments à vapeur, particulièrement de ceux qui font le service des paquebots d'Europe en extrême Orient. La traversée de la mer Houge, en été, est certainement celle qui a donné lieu aux accidents les plus fréquents et les plus graves. On est obligé de remplacer les chauffeurs curoj)éens par des hommes de races colorées qui jouissent, jusqu'à un certain point, d'une phis grande force de résistance aux températures excessives de 50 à 70 degrés que l'on constate dans les chambres de chauffe de ces bâtiments, la température extérieure, à l'ombre, étant de 34 à 35 degrés. Ce n'est qu'à l'aide de boissons abondantes qui fournissent à la production d'une transpiration profuse que les travailleurs des professions à haute température. Européens ou individus de races colorées, peuvent continuer leurs travaux dans de pareilles fournaises.
Les races colorées des zones tropicales jouissent incontestablement d'une plus grande résistance à la chaleur, mais cette résistance a des liniitesqui ne dépassent pas de beaucoup celles des Européens acclimatés et même non acclimatés. Nous pourrions citer de nombreux exemples de décès, par suite d'extrême chaleur, chez des Arabes, des Chinois, des Indiens. 11 snflit, dans les corps de natifs de l'armée des Indes, de vêtir et d'équiper les Cipayes à l'européenne pour observer, pendant des marches, des accidents presque aussi nombreux que chez les soldats anglais. Mais partout et toujours ce sont les nouveaux arrivés dans les pays torridcs qui payent le plus lourd tribut à l'insolation.
Pathogénie. Quelle que soit l'énergie de la résistance de l'homme à réchauffement dans les milieux à température élevée, son économie est profondément troublée par cette lutte, ses fonctions sont altérées (Gavarret). Trop souvent le choc qu'il reçoit de cet excès de calorique lui est fatal, il succombe soit comme sidéré, soit après une lutte qui, par ses phénomènes, rappelle jusqu'à un certain point une sorte d'autotiphysation. Comment se produit la mort dans les cas foudroyants? C'est la question que les physiologistes se sont efforcés de résoudre, non-seulement à l'aide du raisonnement, de l'interprétation des lésions anatomiques, mais encore par des expériences sur les animaux. Les solutions sont tellement nombreuses que cette richesse même d'explications indique, trop clairement, qu'aucune des solutions données jusqu'à présent n'est réellement satisfaisante et suffisante. Ce serait donner à cet article déjà long des dimensions exagérées que d'entrer dans l'exposé et surtout la discussion de toutes ces théories. Il faudrait d'ailleurs pour faire cette revue critique une
compétence spéciale en physiologie expérimentale que nous ne nous reconnaissons pas.
Nous ne saurions mieux faire que d'emprunter à M. Labadie-Lagrave le groupement très-méthodique, sous trois titres, des hypothèses les plus accréditées jusqu'à présent :
« i" Le coup de chaleur est le résultat d'une altération du sang. Cette altération varie suivant les observateurs : défaut d'oxygénation du sang et par suite accumulation d'acide carbonique dans ce fluide (Bonnyman) ; intoxication par rétention des matériaux de déchet (Finie, Mac Clean, Riecke, Ranald Martin) ; état acide du sang (Wood) ; intoxication urcmique (Obernier) ; dilatation du gaz du sang (Eulenberg et Vohl) ; dilatation de la masse sanguine totale (Edouard Smith); augmentation de la coagulahilité et formation de caillots (Herm. Wcikard) ; déshydi-atation des tissus, épaississement des humeurs et en particulier du sang (Chossat fils).
« 2*^ Le coup de chaleur a son point de départ dans les lésions des centres nerveux, absorption énergique~de la clialeur par le sang, accumulation du calorique qui circulant avec le fluide sanguin va paralyser le cerveau et la moelle (Baxter) ; paralysie, le plus souvent du plexus pulmonaire, quelquefois du plexus cardiaque (llandfield Jones); épuisement nerveux; compression de la masse encéphaliiiue, y compris le bulbe, par l'action combinée de l'afflux sanguin d'une part, déterminée par les mouvements \iolents du cœur et, en second heu, par l'augmentation de volume, l'expansion du liquide céphalo-rachidien (R. Little) . »
Paralysie ou interruption de l'action des nerfs vaso-moteurs dans le cerveau; dans les cas rapidement mortels, stagnation de la circulation capillaire du cerveau avec paralysie consécutive du pneumogastrique (Georges Thin).
Le sang expulsé des petits vaisseaux se réunit dans les veines. Etat œdémateux du cerveau et par suite compression de l'encéphale ; état de tuméfaction double (Arndt).
« 3° Les accidents dépendent des lésions du système musculaire. Sorte de tétanos spontané sous l'influence des modifications thermiques sur l'excitabilité des nerfs moteurs (Cotton ; coagulation des muscles par la chaleur (à 45° toute contractilité musculaire est abolie] (Kùhne, Schultze, Hermann, Gl. Bernard, Vallin).
Anesthésie des filets sensitifs et des papilles nerveuses delà peau, suppression de la transpiration par défout d'excitation des centres nerveux, lusulïisance du poumon pour le travail de réfrigération, hyperthermie de l'organisme d'où surexcitation des centres nerveux, d'où convulsions variées, puis dilatation de l'encéphale et de la moelle, par suite dépression et coma. Rigidité du cœur et du diaphragme qui amène le ralentissement du pouls et l'asphyxie (Hestrès). Comme on peut le reconnaître facilement cette dernière théorie est éclectique, elle a surtout pour base les savantes recherches de M. Vallin.
Prophylaxie. Les préceptes de l'hygiène privée, dans les pays chauds, indiquent d'une manière générale les précautions à prendre pour diminuer, autant que possible, l'influence pernicieuse des températures excessives quand on est obligé de les subir. Nous avons dit quel rôle important jouent les vêtements et la coiffure en ce qui concerne la libre évaporation de la sueur à la surface du corps. On comprend la nécessité de boissons aqueuses assez abondantes, pour fournir à cette dépense excessive de la peau II faut qu'elles soient assez tpni-
ques, sans être excitantes, pour ne pas débiliter et troubler les fonctions digestives. Par suite de l'énorme ingestion d'eau pure, tiède, que font les ouvriers des professions à haute température devant les fourneaux, ils ne tardent pas à être atteints de dyspepsie, de vomituritions glaireuses, le matin, et à tomber dans un profond état de chloro-anémie.
Pour ce qui est relatif à la préservation spéciale suivant les professions, nous renvoyons aux articles Militaire (hygiène). Navale (hygiène), Rurale (hygiène), et à ceux qui sont consacrés aux industries qui exposent à une chaleur excessive.
Traitement. Lorsqu'on se trouve en présence des phénomènes prodromiques de l'insolation ou du coup de chaleur, il faut s'clforcer d'empêcher les accidents de progresser. Pendant longtemps, la doctrine (jui rattachait les phénomènes produits sur l'éconozuie par la radiation solaire à une forme d'apoplexie conduisait à faire usage pi'omptement des émissions sanguines et particulièrement de la saignée. Les médecins de l'Inde ont été les premiers à réagir contre l'emploi banal et systématique de celle arme à deux tranchants. Peut-être, de nos jours, la réaction a-t-elle dépassé le but ; en tout cas, il ne faudra recourir aux émissions sanguines que lorsque la température tendra à baisser et que le pouls perdra de sa fréquence excessive et gagnera de l'ampleur. Un des premiers soins est de placer le malade en position à peu près horizontale, dans un milieu relativement frais et convenablement aéré. On se hâtera d'enlever toutes les pièces de vêtement, d'équipement, qui entretiennent la chaleur et gênent la circulation. On fera des lotions avec de l'eau fraîche sur le visage, le cou, la poitrine, pendant qu'on fera pratiquer des ûictions énergiques sur la surface des membres; si le malade peut boiie, on lui administrera une légère infusion de thé, ou décoction de café ou simplement de l'eau additionnée d'eau-de-vie ou d'une liqueur aromatique. Dans les cas légers , ces soins suffisent généralement pour écarter tout danger, il ne reste plus qu'à laisser le malade en repos, hi température s'abaisse graduellement, la transpiration s'établit largement pendant un sommeil réparateur. Le lendemain, un purgatif achève le rétablissement de la santé. Quand il y a perte de connaissance, affaissement, résolution des membres, aux moyens précédents il faudra ajouter de larges affusions froides sur la surface du corps, on cherchera par tous les moyens à sa disposition à abaisser la température du malade, tout en réveillant les centres nerveux. En Amérique, Darrach et après lui Lewick ont fait usage de la glace sur la tête et de frictions prolongées sur tout le corps avec de la glace pilée. Ils auraient obtenu, disent-ils, des résultats inespérés. Toutefois, nous ne conseillerions pas, en se laissant uniquement guider par des théories, de recourir aux lavements d'eau glacée et encore moins de faire ingérer des fragments de glace. Nous regardons comme beaucoup plus utiles et au moins entièrement inoffensifs les lavements purgatifs à peine tièdes. On pourrait aussi employer concurremment la respiration artificielle pratiquée suivant les procédés usités pour les asphyxiés par submersion. Si le coma tend à s'établir ou se manifeste déjà, on aura recours aux plus puissants révulsifs sur les membres inférieurs, l'application, par exemple, de feuilles de papier-sinapisme assez nombreuses pour couvrir les deux membres inférieurs et produire une vaste mais légère rubéfaction. Après, on appliquera les vésicaloires ordinaires ; si le temps presse trop, on pourrait appliquer le marteau de Mayor. Si le pouls se relève, en même temps que la température s'abaisse, on pratiquera, avec modération, une première émission sanguine ; si à la suite la respiration devient plus ample, plus régulière, on la renouvellera.
77C <^OUP DE CHALliUR.
Nous avouons, pour noire part, n'avoir qu'une véritable répugnance pour l'administration, en pareil cas, et surtout pendant la période convulsive, de tout médicament actif, pour ne pas dire plus ou moins toxique, tel que le chlorolonne, le chloral, les opiacés, le cyanure de potassium et même la quinine. Nous craindrions trop de venir ajouter une nouvelle complication à l'état de perturbation déjà si profond de l'économie entière. Ilutcliinson a préconisé les injections hypodermiques de morphine, dans le but de combattre les convulsions. Nous comprenons l'emploi liàtif du sulfate de quinine, s'il y a présomption d'accidents pernicieux dus à l'impaludisme, mais nous craignons que l'administration de ce médicament ne soit ici que la conséquence d'idées théoriques sur la nature du consensus morbide et l'action présumée de la quinine à haute dose. Les médecins militaires de l'Inde n'hésitent pas, paraît-il, à injecter, en plusieurs fois , à peu d'intervalle, jusqu'à 3 grammes de sulfate de quinine. Hall expliquerait l'effet prompt de ce remède par une action sur le système nerveux, et une action préventive de l'altération du sang (??).
Nous n'entrerons pas dans les dclails du traitement des accidents consécutifs, c'est-à-dire des suites du coup de chaleur, ni des conséquences encore plus éloignées qu'on peut observer pendant la convalescence; ce serait faire inutilement, ici, incursion dans le domaine de la thérapeutique d'une foule d'états morbides très-divers. A. Le Roy de Méricourt et Ûbet.
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COUP DE FOUET. Le nom pittoresque de coup de fouet a été donné à une lésion traumatique du mollet , qui consiste en une rupture sous-cutanée de fibres musculaires ou tendineuses, se manifestant par des symptômes de douleur brusque et localisée, et l'impotence relative du membre blessé.
L'histoire des ruptures des muscles et des tendons n'est pas bien ancienne, comme on le sait. J.-L. Petit en a parlé, mais n'en a pas fait une étude complète et approfondie. Avant lui, Plater, Lieutaud, Van Swieten, Ruysch, avaient cité des observations de ruptures musculaires, en particulier du triceps fémoral. Le premier travail important que nous connaissions sur ce sujet est dû à Jean Sédillot. En 1817 il publia un mémoire sur la rupture musculaire [Mém. de la Soc. de méd., Paris); mais bien avant cette époque il s'était occupé de ce genre de lésions, qui fait le sujet de sa thèse inaugurale : De ruptura musculari. J. Sédillot cite de nombreux extraits d'un travail inédit de Roussille Chamseru, auquel reviendrait l'honneur d'avoir fait les premières recherches sérieuses sur les ruptures musculaires, et d'en avoir rapporté et réuni les premières observations
probantes. Depuis lors, de nombreuses observations et plusieurs travaux ont été publiés sur ce sujet.
Quant à la rupture particulière que nous étudions ici, les auteurs classiques se contentent de la mentionner en quelques ligues explicatives, sans lui consacrer un article spécial.
Ces mots de coup de fouet, par lesquels on la désigne, s'appliquaient d'abord à un symptôme, ou prétendu symptôme, des ruptures tendineuses : un bruit de claquement sec, analogue à celui d'un coup de Ibuet ; je ne sais pas si jamais personne l'a entendu. Le nom d'un symptôme est devenu celui d'une lésion et lui est resté.
Cette lésion est toujours produite par un effort; effort plus ou moins violent, plus ou moins brusque, généralement l'un et l'autre, et quelquefois cependant effort très-minime. C'est dans l'action de sauter, de danser, de franchir un fossé, de gravir une marche élevée. Dans quelques cas, la cause déterminante a été à peine appréciable; on a vu cet accident arriver par le seul fait du mouvement de la marche, à des gens qui suivaient leur chemin de leur pas ordinaire ; on l'a vu arriver par le seul fait de se croiser les jambes.
Existe-t-il des causes prédisposantes à la rupture des tendons et des muscles? Peut-on accuser certaines maladies constitutionnelles, certains états particuliers de l'organisme de rendre ces organes moins résistants, de mémo que quelquesuns rendent les os plus facilement friables? L'étude et l'observation des malades n'a rien appris de précis sur ce sujet. Tout au plus pourrait-on, avec Ruysch, signaler la vieillesse comme une de ces causes probables.
L'anatomie pathologique d'une lésion aussi peu grave n'a jamais été faite, que je sache; aussi ne peut-on pas dire exactement à quelles lésions anatomiques correspondent les symptômes observés. Dans la plupart des traités d'anatomie la description du plantaire grêle est suivie de ces mots : « La rupture de son mince tendon produit les légers accidents connus sous le nom de coup de fouet ; » telle était, du reste, l'opinion de Sabatier ; d'autre part, on trouve dans les traités de chirurgie que le coup de fouet serait plutôt la rupture de quelques fibres ■musculaires et aponévrotiques des jumeaux ou du soléaire, surtout du jumeau interne; peut-être aussi de quelques fibres du tendon d'Achille.
Le siège précis de la lésion qui produit le coup de fouet n'a donc pas pu être déterminé; les autopsies manquent, et les phénomènes physiques sont assez peu marqués pour que la vue ni le toucher ne puissent les constater ; il est infiniment probable que ce siège n'est pas unique, n'est pas toujours le même. D'abord nous admettons que la lésion elle-même est une rupture musculaire ou tendineuse, puis nous sommes autorisés à croire que ce sont tantôt quelques fibres des jumeaux, tantôt quelques fibres du plantaire grêle ou de son tendon, qui sont déchirées. Malgaigne, après Bichat, pense que c'est à tort qu'on a accusé, dans ces cas, la ruptui'e des fibres musculaires : a Cette dernièi^e opinion me paraît tout à fait invraisemblable, dit-il ; les fibres musculaires ne se déchirent point durant la contraction. » En parlant ainsi, Malgaigne a suivi le mode de raisonnement qu'il condamne toujours, avec la forme qu'on lui connaît : il a été cartésien. C'est en se guidant sur une idée préconçue que Bichat avait dit déjà que les fibres musculaires ne peuvent pas se rompre pendant qu'elles sont contractées; l'observation a prouvé qu'il se trompait. Plusieurs chirurgiens ont cité des cas de rupture de muscles manifestement contractés ; Pétrequin, entre autres, a vu deux fois, et chez deux médecins, le docteur Bou-
chet, de Lyon, et le docteur Turk, de Plombières, le droit antérieur se rompre à sa partie moyenne, au moment où une contraction brusque et violente de ses libres tendait à retenir le corps menacé d'une chute. Il a observé aussi une rupture du splénius contracté.
En analysant les rares observations de coup de fouet qu'on trouve dans les auteurs et la littérature médicale, en nie rappelant les cas plus nombreux que j'ai observés moi-même, j'ai cru pouvoir me laire cette opinion que la lésion anatomique du coup de fouet est souvent la même, et qu'elle pourrait bien siéger précisément au point vulgairement indiqué, à la naissance du tendon du plantaire grêle. Ce qui me fait croire cela, c'est la similitude parfaite des symptômes et accidents observés, similitude qui porte l'esprit à les attribuer à une cause toujours semblable. Je parle pour un grand nombre de cas, mais non pour tous. La forme de la douleur est la même, le point où elle se fait sentir est le même, la gêne apportée aux fonctions du membre est la même aussi. Je remarque en même temps que dans beaucoup de cas il n'y a ni œdème, ni ecchymose; d'où je conclus à une rupture teudineuse plutôt que musculaire, car les libres tendineuses sont peu vascularisées, tandis que les fibres musculaires, riches en petits vaisseaux, ne peuvent guère se rompre sans que ceux-ci ne soient déchirés, et ne laissent s'épancher les liquides qu'ils charrient. On a fuit cette objection : les tendons sont peu sensibles, cela est prouvé par la ténotomie; or, le coup de fouet s'accompagne d'une vive douleur, donc il n'est pas dil à la rupture d'un tendon. A quoi on peut réjiondre ([uc, si les tendons restent à peu près insensibles à certaines injures mécaniques, telles que les incisions et les piqûres, ils ne le sont pas à certaines autres, ainsi les écrasements et les déchirures.
Cela dil à propos de la rupture du tendon du plantaire grêle, j'ajoute bien vite, pour qu'on ne se méprenne pas sur mon opinion, que dans un bon nombre de cas de coup de fouet on constate de l'œdème et des ecchymoses, une douleur persistant assez longtemps, une impuissance prolongée du membre, accidents qui doivent se rapporter à une lésion plus étendue et plus profonde que la rupture de quelques libres tendineuses. Tout porte à croire que ces accidents ont pour cause la déchirure d'une petite portion de muscle, et de vaisseaux capillaires voisins, lymphatiques et sanguins.
Je crois inutile de donner plus de développement à cette discussion. Je la résume en disant que les faits observés autorisent à penser que l'accident auquel on a donné le nom de coup de fouet est produit par différentes lésions anatomiques, soit par la rupture de quelques libres des muscles du mollet, soit par la rupture du tendon du plantaire grêle. La forme et le siège de la douleur, la présence ou l'absence d'œdème et d'ecchymose, permettraient, jusqu'à un certain point, d'établir un diagnostic différentiel probable entre ces deux genres de lésions.
Les symptômes du coup de fouet sont assez tranchés. Voici ce qu'on observe : le blessé, au moment où il fait un effort de sa jambe, sent tout à coup dans le mollet une douleur vive, aiguë, subite, tout à fait analogue à celle que produirait le choc d'un corps dur, le choc d'une pierre lancée avec force, un coup de bâton ; il s'arrête, et la sensation perçue ressemble tellement à celle d'une contusion qu'il en recherche la cause autour de lui ; s'il est entouré, il accuse les personnes présentes de l'avoir frappé ; s'il est isolé, il cherche du regard qui a bien pu lui lancer une pierre. J'ai été témoin d'un accident de ce genre, sur-
venu chez un homme pour lequel je dois avoir beaucoup de bienveillance ; il franchissait un degré élevé, portant sur ses épaules un fardeau assez lourd ; il s'arrêta subitement, et se retournant vers déjeunes garçons qui étaient à quelques pas de lui, il leur demanda pourquoi ils lui avaient jeté une pierre.
Le blessé cependant reste debout ; il peut s'appuyer sur sa jambe, qui ne manque pas sous lui comme dans les cas de fracture ou de luxation. La sensation douloureuse ne se prolonge pas, mais le moindre mouvement la réveille. Cependant il peut fiure quelques pas, à la condition de maintenir la jambe et le pied roides, comme si les articulations du genou et du pied étaient ankylosées, de ne faire aucun mouvement de ilexion ou d'extension. S'il garde un repos complet, la douleur s'émousse ; mais, je le répète, elle se réveille, avec plus ou moins d'acuité, à la moindre contraction des muscles du mollet.
Au moment de l'accident l'examen physique ne découvre aucune lésion apparente sur le membre malade ; on n'y remarque aucune altération de forme ou de texture. Le doigt promené sur la surface du mollet ne sent ni inégalités, ni dépressions, ni saillies anormales; mais la pression provoque une douleur localisée sur un point, le point où siège la lésion. Dans certains cas, et ce sont, je crois, les plus nombreux, les choses demeurent dans cet état, et l'on ne voit survenir ni gonflement, ni œdème du membre, ni aucune trace d'ecchymose. Dans d'autres cas, le membre s'œdématie jilus ou moins, rarement beaucoup, à moins de complications, et des ecchymoses apparaissent, non pas au moment même de l'accident, mais trois ou quatre jours après.
Pendant les jours qui suivent l'accident, de huit à quinze généralement, la marche est très-dil'ticile, et ne peut s'exécuter que si le membre est maintenu dans une raideur complète. Ce n'est pas l'appui que peut i)rendre le corps sur le membre blessé qui provoque des douleurs, mais c'est la contraction de ses muscles. Le malade peut donc marcher, à la condition de tenir sa jambe roide ; mais s'il s'oublie, s'il veut plier la jambe ou la lancer en avant, s'il fait un elfort, par exemple, pour gravir une pente, les marches d'un escalier, il est bien vite rappelé au sentiment de la lésion qu'il porte par le réveil d'une brusque souffrance. Peu à peu les mouvements deviennent plus faciles, les faibles contractions musculaires ne provoquent plus de douleur, et enfin, au bout d'une période de vingt à trente jours, les choses sont revenues à leur état normal.
Cependant le membre blessé conserve pendant longtemps, trois ou quatre mois, une certaine susceptibilité ; il a perdu de sa souplesse et de sa vigueur ; il ne peut plus exécuter de mouvements un peu vifs ou violents sans être arrêté par la sensation d'une douleur profonde. Il se passe dans ces cas des faits analogues à ceux observés après les entorses : la réparation des dégâts physiques est faite, sans doute, mais elle n'est pas encore bien solide ; la cicatrisation des déchirures sous-cutanées est opérée, mais les cicatrices, faibles encore, doivent être ménagées pendant un certain temps.
C'est le plus souvent ainsi, c'est-à-dire très-simplement, que les choses se passent. Mais dans quelques cas, fort rares, à la vérité, le coup de fouet s'accompagne de complications sérieuses, même graves. M. Verneuil a présenté une note sur ce sujet au congrès scientifique de l'Association française pour l'avancement des sciences, dans la session du mois d'août 1876, tenue à Clermont- Ferrand. 11 a apporté quatre observations de coups de fouet survenus chez des variqueux, ayant provoqué des accidents très-inquiétants dans deux cas, mortels dans deux autres.
11 ressort de l'étude de ces observations que le coup de louet, chez les malades présentant un état variqueux des membres inférieurs, peut déterminer des ruptures veineuses, et tous les accidents qui leur sont consécutifs, les phlébites, les thromboses, et quelquefois les embolies.
Remarquons toutefois, en conservant aux mots leur véritable signification, et aux faits qu'ils désignent leur véritable nature, que, dans ces cas, ce n'est pas le coup de fouet proprement dit, c'est-à-dire la rupture musculaire ou tendineuse, qui doit être responsable des accidents survenus, mais bien la rupture veineuse qui s'est produite en même temps que celle-ci.
Le diagnostic du coup de fouet est, en général, très-facile. Les symptômes de douleur et d'impuissance relative du membre, que nous avons assez longuement indiijués, sont particuliers à cette lésion, et ne se retrouvent dans aucune autre avec la forme que nous avons décrite. Remarquons qu'elle peut être facilement simulée, attendu que le plus souvent elle ne se révèle par aucun signe physique apparent ; cependant il n'est pas rare, avons-nous dit, de constater de l'œdème ou des ecchymoses quelques heures ou quelques jours après la blessure. L'absence de ces symptômes ne serait pas une preuve, mais serait, jusqu'à un certain point, une présomption de simulation ; leur manifestation serait un indice précieux en faveur de la sincérité du blessé.
Le coup de fouet peut aussi appeler l'intervention du médecin légiste, et voici dans quelles conditions : la douleur qui se manifeste au moment où la lésion se produit ressemble tellement à celle provoquée par un coup, que l'on a vu des gens surpris par ce petit accident accuser de les avoir frappés quel(|u'une des personnes qui se trouvaient auprès d'eux, et ne pas vouloir démordre de l'accusation qu'ils portaient ainsi. En pareil cas, il sera facile au médecin de convaincre l'accusateur, ou d'éclairer la justice, car, si la douleur est bien» celle d'un coup, les accidents consécutifs, la gène apportée aux mouvements de la jambe, la forme de souflrance que développent la flexion et l'extension du pied, ne ressemblent plus à ce qu'on observe dans les cas de contusion.
Le pronostic de cette lésion n'offre généralement aucune gravité, ni au point de vue de la vie du malade, qu'elle ne menace en aucune façon, ni au point de vue des fonctions du membre, qui se rétablissent dans toute leur intégrité. La guérison, qui est la règle, s'effectue avec la rapidité moyenne que nous avons dite, et au bout d'un temps variable elle est tout à fait complète. Il ne faut pas oublier, cependant, les accidents que nous avons signalés dans certains cas où elle atteint des membres variqueux. La leçon que nous devons retirer de ces observations, c'est qu'il faut porter son attention sur l'état des membres blessés, et s'ils présentent des varices, de l'œdème, des traces d'une phlébite ancienne, il conviendra de réserver le pronostic.
Le traitement du coup de fouet consiste presque uniquement dans le repos du membre lésé, repos conservé pendant un temps plus ou moins long. Les indications sont celles-ci : mettre le membre, et le maintenir dans une position telle que la déchirure des tissus ne soit pas tourmentée, et laisser à la nature le temps qui lui est nécessaire pour opérer la restauration des parties atteintes.
Dans les cas simples, il conviendra de placer un bandage roulé autour de la jambe, en le faisant remonter un peu au-dessus du genou. L'application de ce bandage aura pour but de soutenir et protéger les parties molles, en leur conservant solidement leurs rapports ; de s'opposer, dans une certaine mesure, à la production, à l'extension de l'œdème ; d'empêcher les mouvements articulaires