‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.22Chapitre 1 sur 52 · UES · texte numérisé non relu

UES

COUPEROSE BLEL'E. VoiJ. ("uiVRE. COUPEROSE VERTE. VoiJ. TER.

COUPEROSE {gutta rosacea, goutte rose, acné rosea ou rosacea). Cette affection est essentiellement constituée par une inflammation chronique des glandes sébacées, sur les régions les plus vasculaircs de l'enveloppe cutanée. Son siège ordinaire est la face. Je l'ai exceplionnellemcnt rencontrée sur les régions pubienne, thoracique antérieure, inguino-crurale. Elle appartient au genre acné, auquel nous l'avons rattachée sous le nom A'acne rosea. Dans l'article Acné de ce Dictionnaire, où nous avions à faire l'histoire de toutes les variétés du genre acné , nous n'avons pu donner qu'une courte description de \acne rosea ; mais par sa fréquence et par les questions importantes de thérapeutique qu'elle soulève, la couperose mérite une mention spéciale, et nous allons essayer de la décrire ici avec tous les développements que comporte son étude.

Étymologie. y a-t-il quelque relation, au point de vue étymologique, entre la couperose médicale et ce que l'on désigne en chimie sous le nom de couperoses verte et bleue? L'analogie d'aspect, de coloration, la seule qui se puisse concevoir entre des objets aussi dissemblables, fait ici complètement défaut. Nous n'admettons pas davantage que le mot couperose vienne de coprose, un des noms vulgaires du coquelicot, ou du terme latin cuprum, qui veut dire cuivre. Nous rattacherions plus volontiers le mot en question aux expressions depuis longtemps employées dans le langage médical de gutta rosacea, goutte rose, d'où serait venu par corruption le mot couperose, que l'on écrivit d'abord coupe-rose. Mais pour quelle raison les anciens auteurs ont-ils appelé l'acné rosée goutte rose? Sur ce point on trouve dans les livres différentes explications. Les uns disent que c'est à cause de la fréquence de l'acné rosée chez les goutteux, les autres que le mot goutte rose ou coupe-rose vient de Cypris, rose de Vénus, en raison de la plus grande fréquence de cette affection chez les

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femmes et les sujets qui se livrent avec excès aux plaisirs de Vénus. Tout celar du reste, nous importe peu, et nous passons outre.

Historique. Les anciens auteurs grecs et latins ont-ils connu la couperose? C'est en vain qu'on cherche dans leurs ouvrages une description de cette affection. On ne saurait douter pourtant qu'elle existât de leur temps, ni supposer qu'un mal aussi apparent ait pu échapper à leur observation. La raison du silence qu'ils gardent sur ce sujet nous est peut-être donnée par Celse lui-même, lorsqu'il dit au livre V, section v, de Remedica : Pêne ineptice sunt curare varos, et lenticulas et ephelidas ; sederipi tamen feminis cura cultus suînonpotest. D'où il résulterait que les anciens regardaient la couperose (évidemment comprise sous le titre vari) comme une affection sans importance et indigne d'occuper l'attention du thérapeutiste.

Le mot gutta rosea ne se trouve que dans les écrivains de la basse latinité, mais il est difficile de préciser la date de son apparition. 11 a été employé par Gordon, Ferncl, Nicolas Florentin, Ambroise Paré, etc.

Gordon, qui vivait au treizième siècle, comprend sous le nom de lentigines faciei les taches de rousseur et autres macules avec les guttœ roseœ.

Fernel sépare le varus, affection pustuleuse, de la goutte rose, affection à la fois érythémateuse et pustuleuse.

Nicolas Florentin divise l'évolution de la gutta rosea en trois phases : la première caractérisée par la l'ougeur de la face ; la deuxième par l'apparition de pustules ; la troisième par la formation d'ulcères.

Ambroise Paré n'a consacré que quelques lignes à la goutte rose : « Maintenant, dit-il, nous parlerons d'une rougeur étrange, qui se fait au nez et aux joues, et quelquefois par tout le visage, avec tumeur et quelquefois sans tumeur; aucunes fois avec pustules et croûtes, qui se fait par certaines humeurs salées ' et adustes.... Cette maladie est difficile, et souvent impossible à curer. »

Astruc lui reconnaît trois formes : 1° érythémateuse; S^ variqueuse; o° squameuse. 11 ne parle point de la forme pustuleuse.

François Boissier de Sauvages place la couperose dans la classe des vices, et se sert pour la désigner des noms de goutte-rose, coupe-rose, rougeurs, riibai^ faciei, gutta rosea; il admet :

1" Une goutte-rose constituée par des taches inégales, rouges, ramassées, répandues le plus souvent sur le visage, quelquefois sur les bras, le cou, la poitrine, taches non écailleuses et sans démangeaison considérable. Les gens adonnés au vin en ont souvent le nez tout couvert et entièrement bourgeonné. C'est la gutta rosea simplex.

2" La coupe-rose dartreuse {gutta rosea herpetica de Sennert). On la reconnaît à la démangeaison et aux pustules écailleuses qui couvrent le nez et le visage.

3" La couronne de Vénus, gutta rosea syphilitica.

¥ La gutta rosea febrilis de Meyserey, espèce de couperose qui survient dans les fièvres malignes. Le nez devient pourpre, noirâtre, enflé, pustuleux, tous phénomènes avant-coureurs de la gangrène de cet organe, et qui annoncent une mort prochaine. 11 est par trop évident que cette affection aiguë n'a rien de commun que le nom avec la couperose, qui est une rougeur essentiellement chronique.

Poupart, contemporain de Lorry, dit qu'il ne faut pas confondre la couperose avec les dartres , mais qu'il y a cependant une couperose engendrée pai' le vice dartreux, et qui se reconnaît à sa nature écailleuse et aux démangeaisons qu'elle occasionne.

Turner, t. P"", chap. iv, Des maladies de la peau, dit en parlant des maladies qui atteignent la peau du visage : « Nous commencerons par le visage rouge et boutonné, par où nous entendons la même chose que l'incommodité dont les auteurs traitent sous le nom de goutte-rose, ainsi nommée à cause, pour ainsi dire, des petites gouttes roses ou des tubercules couleur de feu répandus çà et là sur le visage, et principalement sur le nez. Ouel((ues-uns nomment cet accident rubido maculosa, ou plutôt rubor cum macidis. »

Turner semble adopter la division de Nicolas Florentin : 1» rougeur simple; 2° rougeur pustuleuse; 3» rougeur ulcéreuse.

Les petits tubercules rouges sont produits par les dilatations partielles des veines. Ils peuvent suppurer, et alors il faut ouvrir l'abcès. Dans tout cela, comme on voit, il n'est nullement question des glandes sébacées. La couperose est essentiellement variqueuse, et quand elle s'accompagne de saillies purulentes, c'est par suite de l'inllammalion de la dilatation veineuse. Nous allons voir Lorrv reproduire exactement les mêmes idées théoriques et les mêmes explications.

Si l'on en croit Lorry, dit Gibert, les Grecs et les Latins d'un âge antérieur n'ont pas connu cette maladie (la couperose) que les progrès du luxe et de la débauche ont seuls rendue si commune et si intense. Mais, ajoute Gibert, il est plus vraisemblable qu'elle a été, comme l'espèce précédente, indi(iuée par les anciens auteurs sous les noms de à/pv) et vari. L'opinion que Gibert prête ici à Lorry résulte évidemment d'ime interprétation inexacte; voici les paroles mêmes de cet auteur (p. 641, Tractatus de inorbis ciUaneis) : Affcclus ille nomen barbarum ab œvi inftmi medicis accepit, cum a Grœcis atque Latinis aucloribus nullo modo fuerit descripliis, nec observatus ; sive vitiiim illud senescenits el adeo intensœ luxvriœ fœtus sit, atque desidùe priscis temporibus incognitœ. sive vitium nec dolens, nec pruriens neglexerint, sive demum alio s^epuSpov scilicet nomine parum notabile malum cognoverint. On voit que Lorry, dans ce passage, ne se prononce pas sur la question de savoir si les anciens ont ou non connu la couperose , mais qu'il cherche seulement à s'expliquer, au moyen d'hypothèses plus ou moins plausibles, pourquoi ils ne nous ont transmis aucune description de cette affection.

De même que Turner, Lorry regarde la couperose comme une affection de nature variqueuse ou anévrysmale. Les petites saillies boutonneuses que l'on observe à la surface des parties couperosées sont constituées, selon lui, par un entrelacement de vaisseaux variqueux. L'inflammation peut s'emparer de ces saillies et se terminer par suppuration : de là les pustules. D'où l'on voit que Lorry n'a pas même soupçonné le véritable siège anatomique de la couperose. Cet auteur se trouve ainsi conduit à admettre que les causes de la couperose agissent toutes sur le système capillaire de la face, qui en est le siège unique : afflux trop considérable du sang dans les maladies du cœur; obstacle au retour du sang dans cet organe, ou dans les veines jugulaires; obstructions des viscères du bas-ventre, de la veine porte, du foie, etc.

Lorry rejette avec juste raison la division de Nicolas Florentin en couperose érythémateuse, tuberculeuse et ulcéreuse : quand la couperose s'accompagne d'ulcères ou de cancroïdes, ce sont là des complications qui, sous le rapport de la pathogénie, n'ont rien de commun avec Vacne rosea. Mais Lorry s'égare luimême quand il veut faire de la gutta rosea une affection essentiellement variqueuse , car la dilatation des vaisseaux capillaires n'est qu'un accident ou un symptôme, et non point l'essence de la couperose.

La division d'Aslriic vaut mieux, selon Lorry, que celle de Nicolas Florentin, Astruc admet trois formes de gutta rosea : i" érythémato-papuleuse ; 2» variqueuse ; 3° squameuse.

Cette dernière division est pourtant incomplète, car elle ne fait aucune place à la couperose pustuleuse, et la couperose sébacée s'y trouve confondue avec le pityriasis sous le nom de couperose squameuse.

Plenk a placé la couperose dans sa classe des macules, sous le nom de gutta rosacea, et en distingue neuf espèces : 1° gutta rosacea simplex ; 2" œnopotatorum; o" Jiijdropotatorum; 4"' febrilis; 5" pernionalis; Q" herpetica ; 1° sijphilitica; 8° lactantiiim ; 9" variolosa. Cette énumération nous montre que le mot gutta rosacea, tel que l'entendait Plenk, s'appliquait à des affections de nature très-différente et dont le seul caractère commun consistait en une rougeur particulière de la face et du nez.

Tel était l'état de la question lorsque parurent les travaux de Willan et de Bateman. C'est à ces dermatologistes que l'on doit la première notion positive du siège anatomique de la couperose qu'ils désignèrent sous le nom, désormais consacré par l'usage, d'acne rosea , et dès lors l'histoire de cette affection prit un caractère véritablement scientifique.

Alibert avait d'abord décrit la couperose dans sa classe des « Iierpetes », sous le nom de dartre pustuleuse couperose. C'est à ce point de vue qu'il la considère dans l'article ipi'il écrivit pour le Grand Dictionnaire des sciences médicales. Mais plus tard, éclairé par les travaux de Willan sur le siège anatomique de cette affection, il la place parmi les variétés de son genre varus, sous le nom de varus gutta rosea [Monographie des dermatoses).

Alibert fait de la couperose une affection exclusivement pi'opre à la face. Il en décrit avec soin les caractères et les phases d'évolution : rougeur plus ou moins intense, pustules coniques, à pourtour rosacé, plus ou moins proéminentes sur la peau, suppuration de ces pustules à leur sommet, que vient ensuite recouvrir une croûte légère. On voit de ces pustules, dit Alibert, qui sont pour ainsi dire cachées sous la cuticule, et qui se manifestent par une élévation à peine sensible; quelquefois même la rougeur intense de la peau est le seul phénomène par lequel débute cette affection, et les recherches les plus scrupuleuses ne laissent apercevoir aucune pustule sur a peau de la face qui est, pour ainsi dire, injectée de sang.

Cette remarque d'Alibert est fort juste. Oui, il est bien vrai que les pustules de la couperose ne sont pas toujours apparentes, surtout au début de l'affection ; qu'elles peuvent même se dérober pendant un certain temps à l'observation la plus attentive. Mais ce fait s'explique suffisamment par les deux circonstances suivantes : en premier lieu, la faible saillie des pustules; secon ement, l'état d'injection et de turgescence vasculaire des tissus qui les recouvrent.

Le fait en question a été expliqué d'une manière beaucoup plus explicite encore par Samuel Plumbe, dans le passage suivant, que j'extrais du Practical Treatise on Diseases of tlie Sken (London, 1824, p. 53) :

From the opération of thèse causes collections ofmatter, equal in extent to the space occupied bij three or four follicles, are frequently concealed under a smeath red tubercle for iveeks, its existence under such tubercle not being suspect éd.

Passage dont voici la traduction : Il résulte de là que des collections de matière égales en étendue à l'espace occupé par trois ou quatre follicules sont

fréquemment cachées pendant des semaines sous un tubercule rouge et poli, sans qu'on puisse en soupçonner l'exisicnce.

Yoilà ce qui a induit en erreur les auteurs qui ont admis la nature essentiellement variqueuse de la couperose et Tout considérée comme une maladie des capillaires sanguins de la face.

Biett, qui s'était chargé de la partie dermatologique dans le Dictionnaire en 50 volumes, n'a point consacré à la couperose d'article spécial ; mais il renvoie pour sa description au mot Acné, où il la désigne sous le nom d'acne rosacea. Du reste, dans tous les dictionnaires et compendiums de médecine, sans en excepter le Dictionnaire actuellement en cours de publication, sous la direction de M. le docteur Jaccoud, le mot couperose se trouve invai'iablement suivi de cette mention : « Voij. Acné. » J'ai dit plus haut pourquoi il ne m'avait pas paru que cet exemple dût èlre suivi.

Biett, dans l'article précité, considère les formes diverses que peut revêtir Vacne rosacea comme de simples modifications en rapport avec l'évolution du mal ou son degré d'intensité. Des points rouges d'abord, puis de petites pustules qui vont se multipliant et se succédant; le système capillaire cutané s'affaiblit, l'esté liabiluellemeut injecté; la peau se gonfle, se tuméhe par place, se couvre de veinules dilatées, etc. L'éliologic de cette affection repose, pour Biett, sur des considérations d'âge, d'hérédité; elle serait en rolalion liéquente, soit avec les fonctions de la matrice, soit avec des désordres survenus du côté des viscères abdominaux.

M. Cazenave se borne à reproduire, dans son ouvrage, les idées que Biett avait lui-même empruntées de Willan et de Bateman.

Rayer sépare la couperose de l'acné, mais il en donne la singulière raison que voici : « Je n'ai, dit-il, séparé ces deux variétés (acné et couperose) que parce (jue la dénomination de couperose s'applique en France à une maladie de la face fort rebelle, tandis que l'acné est souvent une éruption de l'adolescence beaucoup moins grave. » Ce qui n'empêche pas Rayer de déclarer que ces deux affections ont pour siège principal les glandes sébacées, et qu'elles sont de même nature.

M. Devergie définit la couperose une maladie des vaisseaux capillaires de la face. Il ne fait apparaître les pustules d'acné que d'une manière accidentelle, à une époque tardive, et seulement dans la variété de couperose avec épaississement de la peau. C'est à peu de chose près l'opinion de Lorry, que M. Devergie reproduit sans la rapporter à son auteur [Traité des maladies de la peau, 3^ édition).

Sous le nom d'acné rosée, M. Devergie veut qu'on désigne l'acné pustuleuse simplex ; mais depuis un siècle et plus le mot acné rosea est synonyme de couperose; l'usage a consacré ce mot, qui n'aura jamais d'autre signification, malgré l'opposition de M. Devergie. Bien que ce dermatologiste admette la nature essentiellement variqueuse de la couperose, il n'a pas osé la placer dans le groupe des angiomes, avec les tumeurs érectiles, les naevi, les varices, etc., etc.; il a reculé, avec raison, devant un pareil classement, et a préféré la rattacher à son groupe pustuleux, composé de l'impétigo, de l'ecthyma, du sycosis et de l'acné.

M. Hardy a placé la couperose dans la classe des maladies cutanées accidentelles, sous le nom d'acné rosacée. Mais ce mode de classement ne semble pas répondre exactement à la pensée de l'auteur, car il évite de se prononcer sur la question du siège anatomique, et il incline visiblement vers l'opinion qui tend à faire de la couperose une maladie des capillaires sanguins. M. Hardy se sépare donc ici doublement de son maître Alibert : d'abord, en retirant la couperose de

iî CUUPEROSE.

la famille des dartres, pour en faire une maladie cutanée locale ; ensuite, en foisant des réserves sur la question du siège anatomique, considérée par Alibert comme résolue d'une manière définitive.

M. Gintrac divise les maladies de la peau, à l'exemple de Joseph Frank, en maladies aiguës et chroniques. Ces dernières sont considérées au point de vue analomique et au point de vue étiologique, et c'est sur cette distinction qu'il fonde les bases de sa classification des maladies cutanées chroniques, oubliant ainsi cette règle de logique qui veut qu'une classification repose sur un seul et même principe. La couperose, qu'il appelle acné rosacea, est placée dans la première classe, avec les autres maladies des glandes sébacées : il ne lui reconnaît pas un caractère diathésique.

J'ai donné plus haut l'opinion de Sanmel Plumbe sur le siège anatomique de la couperose. Erasmusj Wilson pense également {Lectm^es on Derinatology, p. 35) que la gutta rosacea ou tache rosée est une forme de folliculite faisant son apparition sur la face, fréquemment sur le nez, survenant communément ta la période adulte de la vie, plus fréquente chez les femmes. Elle est érythémateuse, papuleuse, pustuleuse, tuberculeuse.

Tilbury Fox en f;iit aussi une folliculite chronique avec production de tissu ooDJonctif, et la place à côté des autres variétés d'acné.

M. llebra place la couperose dans sa classe des exsudations cutanées, parmi les dermatoses exsudatives chroniques, entre le sycosis et le pemphigus chronique. Il est persuadé que d l'inflammation des glandes sébacées et d'autres tissus cutanés ne constitue pas un caractère essentiel de l'acne rosacea, mais que, quand cette inflammation existe, ce qui arrive fréquemment, c'est simplement une complication accidentelle. » La couperose consisterait en réalité, selon l'auteur dont je viens de citer les paroles, dans la formation de nouveaux tissus conjonctifset vasculaires, et l'on devrait, à proprement parler, la ranger parmi les excroissances de nouvelle formation. Cette manière de voir n'est, en définitive, qu'une reproduction, quelque peu modifiée et accommodée à l'état actuel de la science, des idées soutenues sur le sujet par Turner, Lorry et M. Dcvergie, et se trouve par conséquent sous le coup des mêmes objections. II est donc bien inutile de lui consacrer une discussion spéciale, pour en montrer le peu de solidité.

Moi-même, en 1860, dans mes Leçons sur les affections cutanées de nature arthritique et dartreuse, j'avais émis sur la couperose une opinion qui se rapprochait à certains égards de celle des auteurs précités. Considérant alors cette affection comme produite par une dilatation des vaisseaux capillaires delà peau, je l'avais complètement séparée de l'acné rosacée, et comme les mêmes erreurs ramènent presque fatalement les mêmes explications, la coexistence si fréquente de ces deux affections n'était à mes yeux que le résultat d'un accident ou d'une complication. Mais je ne tardai pas à m'apercevoir que ce phénomène prétendu accidentel avait toutes les apparences d'un fait habituel et nécessaire ; qu'il était la règle et non pas l'exception ; que les deux formes morbides n'allaient jamais l'une sans l'autre, pas plus la forme érythémateuse sans l'acné rosée que l'acné rosée sans la forme érythémateuse; qu'au début même, alors que l'affection ne semblait consister qu'en une rougeur plus ou moins intense, il était toujours possible de constater un soulèvement des glandes sébacées, premier rudiment des pustules. Aussi, lorsque en 1868 je repris dans mon cours de l'hôpital Saint-Louis l'histoire des affections cutanées de nature arthritique et dartreuse, je n'hésitai point à revenir sur l'opinion professée par moi quelques années auparavant, et

je décrivis la couperose orylliémateuse et l'acné rosée, non plus comme deux genres distincts, mais comme deux variétés de forme d'un même genre, la couperose ou acné rosée.

En résumé, l'histoire de la couperose peut être divisée en deux époques. La première, dont le commencement ne saurait être fixé avec précision, se termine à AYillan et Bateman. Pendant le cours de celte époijue, la couperose est généralement regardée comme une affection essentiellement variqueuse, et les pustules dont elle s'accompagne comme une inflammation suppurative des dilatations veineuses. Les principales espèces ou variétés admises par les auteurs sont basées sur des considérations tirées de la forme ou du mode d'évolution : eoutte rose érythémateuse, pustuleuse, ulcéreuse, variqueuse, squameuse, etc. Quelquefois pourtant, la question de nature est agitée, on s'efforce de remonter aux causes (Sauvages, Plenk), mais ces tentatives n'aboutissent qu'à la plus étrange confusion.

La deuxième époque s "étend de V/illan jusqu'à nos jours. Elle est marquée à son début par la proclamation de ce fait important : la localisation anatomique de l'acne rosacea dans la glande séjjacée. Accepté d'abord sans conteste par tous les dermatologistes, et par Aliberl hii-mèmc, ce fait devait rencontrer [ilus lard, au sein même de l'école de Willan, un adversaire irréconciliable dans la personne de M. Devergie. Néanmoins, on peut dire qu'aujourd'hui encore, à l'étranger comme en France, à de très-rares exceptions près, le fait on question est admis par tous les médecins qui font autorité en dermatologie.

Après avoir constaté la réalisation de ce progrès, nous devons nous demander ce que devint, pendant cette seconde époque, le problème de la couperose envisagée sous le rapport de sa nature ; et nous sommes forcés d'ajouter que, jusqu'à ces derniers temps, il était resté exactement au point où les anciens l'avaient laissé. Reconnaissons d'ailleurs que cette question, telle que nous la comprenons du moins, n'avait rien à attendre des partisans de l'école willanique ; pour eux, en effet, la nature d'une maladie de la peau se trouve naturellement déterminée par la connaissance de son siège anatomique, de sa forme élémentaire et de son mode pathogénique ; et comme ces données leur étaient acquises sur l'acne rosacea, toute recherche ultérieure devenait sans objet.

Mais les partisans de la méthode d'Alibert ne pouvaient s'arrêter là. Qn'ontils fait de la couperose? Quelle place lui ont-ils assignée parmi les maladies de la peau, en conséquence des affinités ou des dissemblances qu'ils ont reconnues en elle? Les uns en ont fait une maladie dartreuse, avec Alibert, MM. Dauvergne de Yalensole, Félix Rochard, etc.; les autres, une affection accidentelle, une maladie locale, avec MM. Hardy et Gintrac.

' Il me reste à donner mon opinion sur la nature de la couperose, à indiquer les espèces et variétés qu'elle comprend; et c'est par là que je termine ces considérations historiques.

Comme affection générique, ainsi que je l'ai dit plus haut, la couperose se place parmi les affections pustuleuses, dans le genre acné. C'est une sorte de sous-genre composé, dans lequel il entre à la fois de l'érythèrae et de l'acné.

Comme affection spéciale, la couperose est tantôt de cause externe et tantôt de cause interne.

La couperose de cause externe peut être pi^oduite directement par une action toute locale (exposition habituelle au feu, topiques irritants, fards, etc., etc.), ou indirectement par l'absorption d'un agent pathogénétique (alcooliques).

La couperose de cause interne est la traduction sur la peau de deux maladies constitutionnelles : la scrofule et l'arthritis.

Je vais commencer par la description du genre ; puis je ferai l'histoire des espèces. — Un chapitre spécial sera consacré au traitement.

g 1" De la couperose considérée comme affection générique. A. DÉFINITION.

La couperose est une affection acnéique caractérisée plus spécialement par la rougeur et l'état de vascularisation qu'elle détermine à la peau, et, d'autre part, par la localisation presque exclusive à la face.

B. Symptômes. La couperose se montre primitivement avec les caractères qui lui sont propres, ou est précédée plus ou moins longtemps à l'avance d'une autre affection cutanée, soit d'une autre forme d'acné, comme l'aené sébacée ou l'acné pustuleuse simplex, soit d'une affection générique toute différente, comme l'érythème, l'eczéma, le lichen ou le pityriasis. Dès qu'apparaît la couperose, les autres affections disparaissent le plus souvent ; mais quelquefois elles persistent et donnent lieu à des erreurs de diagnostic; et alors la couperose est méconnue et confondue avec le pityriasis, l'eczéma ou le lichen; ou bien elle est au contraire reconnue, et l'on se figure que c'est à elle qu'il faut rapporter le prurit et les démangeaisons vives dont se plaignent les malades.

Le plus ordinairement le début de la couperose est marqué par l'apparition de petits points rouges ou de petites taches rosées disséminées sur la figure ; le malade ne ressent aucune démangeaison. Ces légers symptômes paraissent et disparaissent, sans laisser de traces apparentes. Mais bientôt la rougeur devient persistante, et se remarque plus particulièrement sur le nez et les joues, pour de là s'étendre aux autres parties du visage. Avec un peu d'attention, il est facile de voir que cette rougeur n'est pas partout uniforme, et qu'elle est surtout constituée par les capillaires sanguins, flexueux, entre-croisés, dilatés, gorgés de sang, visibles à l'œil nu; elle disparaît sous la pression du doigt, pour reparaître immédiatement dès que la pression cesse ; elle est sujette à des alternatives en plus ou en moins, tantôt s'alfaiblissant par degrés au point de disparaître presque complètement, et tantôt se ranimant avec une vivacité étrange. Sa nuance n'est pas la même le matin et le soir , avant et après le repas, dans l'état de repos ou après un exercice violent, avant ou après les époques mensuelles ; elle se modifie sous l'influence du froid ou du chaud, des boissons stimulantes, des émotions vives, des contentions d'esprit, du séjour dans les salles de spectacle, de concert, et en général de toutes les causes qui ont pour effet, soit de ralentir la circulation capillaire, soit, au contraire, de l'accélérer outre mesure. C'est ainsi que la rougeur peut offrir tous les tons et tous les degrés, depuis le rose clair jusqu'au rouge obscur et violacé.

Bientôt l'évolution de la coupeiose provoque d'autres phénomènes sur les parties atteintes ; l'épiderme se soulève; la peau devient inégale, rugueuse, aride et sèche, ou se couvre d'un enduit huileux, sébacé. Parfois, çà et là, les vaisseaux dilatés sont entremêlés de points noirs [acné punctata) ou de petits tubercules rougeàtres, qui ne sont autres que les glandes sébacées enflammées et recouvertes de leur plexus vasculaire dilaté. La peau paraît épaisse; le nez, les joues, semblent tuméfiés. A cet état succèdent bientôt les poussées pustuleuses ; de véritables pustules, jaunâtres à leur sommet, s'élèvent sur les surfaces érythémateuses, et autour d'elles la rougeur devient plus vive encore. Ces papulo-pustules, au bout d'un temps assez long, deviennent purulentes à leur sommet, qui se recou\Te d'une croûte légère ; la rougeur de la base diminue et se trouve parfois remplacée

par une teinte jaunâtre ou cuivrée; la peau est comme flétrie dans les intervalles des boutons; puis d'autres saillies, jusque-là restées latentes, font éruption à leur tour, et suivent exactement les mêmes phases d'évolution ; et cette succession n'a pas d'autre terme que celui de l'affeclion elle-même.

Bien que la couperose soit en général une affccliou indolente à cette période, il est rare que les malades n'éprouvent pas quelques sensations incommodes, comme un sentiment de cuisson, des bouffées de chaleur, et môme quelques douleurs lancinantes, des picotements insupportables, dit Alibert.

La couperose entrauie à la longue des médications remarquables dans la texture et dans les propriétés physiques de la peau. Cette membrane augmente sensiblement d'épaisseur et s'indure, ce qui est dû à une sorte d'hypertrophie des éléments (lu derme et à l'accroissement de volume des capillaires. Une autre cause pouvant concourir à ce résultat est la persistance des traces cicatricielles que laissent les boutons acnéiques à la chute de leur croûte. Dans quelques cas, le mouvement hypertrophique semble se concentrer plus particulièrement sur certains points, et il en résulte de véritables productions tuberculeuses, d'apparence charnue, à surface rugueuse, et qui peuvent atteindre parfois des dimensions relativement considérables. C'est au nez que se développent pres(|ue toujours ces sortes d'excroissances.

Tels sont les caractères les plus essentiels de la couperose envisagée comme genre. Mais le rapport qui existe entre les phénomènes que je viens de décrire n'est pas le mêmi'dans tous les cas, et surtout aux difl'ércnles périodes de l'évolution couperosique. Tantôt c'est l'érythème qui domine, et tantôt l'éruption pustuleuse; ailleurs, au contraire, on sera surtout frappé, soit de l'aspect variqueux des capillaires, soit de l'abondance du flux sébacé, soit du développement hypertrophique de la peau. De là autant de variétés de forme de la couperose.

Les variétés de couperose que nous distinguerons sous le rapport de la forme sont au nombre de huit : 1" couperose érythémateuse; 2" pustuleuse ; 3° sébacée; 4° variqueuse ; 5" indurée ; 6° mamelonnée et tubeiculeuse; 7° végétante; 8° hypertrophique.

1" Couperose érythémateuse. C'est sous cette forme que débute l'acné rosée dans la grande majorité des cas. La coloration anormale ne se montre d'abord qu'à certaines heures de la journée, après les repas surtout; puis elle devient permanente. Dans les premiers temps, le travail morbide des follicules ne se révèle par aucun phénomène bien apparent, voilé qu'il est par la rougeur de la peau et l'état de réplélion et de turgescence des réseaux capillaires superficiels. Puis un moment arrive où la pustule acnéique se manifeste à la peau avec les caractères qui lui sont propres.

La variété éiythémateuse se remarque fréquemment au nez, aux joues. On a dit qu'elle était plus fréquente chez la femme que chez l'homme ; cela tient sans doute à ce que l'on voit plus de femmes que d'hommes consulter le médecin dès la première apparition de la couperose.

2» La variété pustuleuse franche est rarement primitive, si ce n'est dans la couperose scrofuleuse. Delà est venue l'erreur qui consiste à regarder la couperose comme une affection essentiellement et primitivement vasculaire. Les pustules sont plus ou moins nombreuses, éparses ou l'éunies en groupes ; elles sont coniques, papuleuses à leur base, qu'entoure un cercle rosacé, telles, en un mot, que nous les avons précédemment décrites. Elles laissent à leur suite

une sorte d'induration cicatricielle, et la peau reste sur ce point plus ou moins altérée dans sa texture.

Cette variété se montre à peu près indifféremment sur le nez, les joues, le front, le menton, la région thoracique, etc., c'est-à-dire sur toutes les parties que peut atteindre Vacne rosacea. C'est dans cette forme surtout que l'on observe la propagation de la tuméfaction cl de l'injection vasculaire aux conjonctives et aux gencives.

0° La couperose sébacée a pour caractère spécial l'abondance excessive de la sécrétion sébacée. Elle peut affecter la forme fluente ou concrète. Elle est constamment associée à la variété érythémateuse, mais les pustules ne s'y montrent que d'une manière exceptionnelle et à de longs intervalles. Très-souvent précédée d'acné ponctuée ou d'acné sébacée fluente, elle ne devient de la couperose que quand apparaissent la phlébectasie capillaire et la rougeur de la face. 4° La couperose variqueuse ne mérite véritablement ce nom que dans les cas où l'état plilébectasique des capillaires est porté s. un baut degré. Les veinules dilatées sont alors parfaitement visibles à l'œil nu, et peuvent même former un certain relief à la surface de la peau. C'est dans le sillon naso-labial et sur le nez lui-même que ce phénomène se rencontre avec le plus d'évidence. On voit parfois les veines dorsales du nez former des lignes saillantes, bleuâtres et parallèles sur les ailes et le dos du nez, avant de se jeter dans la veine angulaire. 5" Couperose indurée. Rarement primitive et débutant par de l'acné indurée, elle survient consécutivement aux formes érythémateuse et pustuleuse, et à une époque souvent fort éloignée du début de l'affection. Elle est caractérisée par l'induration et l'épaississement de la peau. La rougeur est ordinairement trèsvive, parfois livide et violacée.

6" Couperose mamelonnée et tuberculeuse. Que l'on répande sur les surfaces indurées de la forme précédente des saillies nombreuses, plus ou moins proéminentes, et l'on aura la couperose mamelonnée et tuberculeuse. Il semble que les pustules profondes ou tubercules naissent les uns sur les autres, ce qui fait qu'Alibert a appelé cette forme surcomposée.

7° Couperose végétante. Les productions tuberculeuses tendent à s'isoler et à se pédiculiser; elles ont un aspect bourgeonnant; leur coloration est rougeâtre, violacée, leur volume peut atteindre les dimensions d'une noisette. Le nez est le siège de prédilection de cette variété ; mais on l'observe quelquefois sur les joues, plus rarement sur le front.

8" Couperose hijpertrophique. C'est encore le nez qui est le siège ordinaire de cette variété. L'hypertrophie est générale ou partielle : générale, lorsqu'elle s'étend à la totalité de l'éminence nasale, dont les dimensions augmentent à peu près uniformément dans tous les sens ; partiidle, lorsqu'elle se limite soit à l'extrémité de l'organe, soit à l'une ou l'autre de ses ailes. Dans les deux cas, la forme du nez est habituellement conservée sans trop d'altération; mais il peut arriver aussi que le développement soit tel qu'il ne reste rien des contours naturels de l'organe.

La couperose hypertrophique ne doit pas être confondue avec ce que Bérard et Denonvilliers ont appelé tumeurs éléphantiasiques du nez; celles-ci sont de véritables difformités et doivent, en conséquence, être distinguées de l'acné rosée liée à des maladies constitutionnelles, et que l'on voit ordinairement disparaître dans les dernières périodes de ces maladies, tandis que les affections toutes locales dont il est question persistent sans modification jusqu'à la mort. 11 ne

faut pas non plus confondre la couperose hypcrtrophiquc avec les kystes et les loupes du nez : leur histoire appartient à la chirurgie ; il n'y a point couperose dès qu'il n'existe ni rougeur ni dilatation des capillaires de la face.

Indépendamment des variétés sous le rapport de la forme, on peut distinguer des variétés selon le siège topographique : la couperose faciale est incomparablement la plus commune : aussi est-elle la seule que les auteurs aient admise. Vient ensuite la couperose cervicale, puis la couperose thoracique, et en dernier lieu la couperose inguinale.

La couperose ceruica/e est presque toujours précédée de la couperose faciale, et n'en est que l'extension comme celle des régions frontale et temporale. Quant aux couT^evoses thoracique et inguinale, elles sont indépendantes de la variété faciale.

Parmi les régions delà face, le nez est la partie le plus souvent atteinte; après lui viennent les joues, puis le front, le menton, les oreilles. La couperose peut aussi se montrer sur le cuir chevelu, dans les parties qui avoisincnt la face, consécutivement à la couperose du visage. 11 ne faut pas croire, comme le dit Hebra, qu'une condition nécessaire de cette propagation soit la dénudalion préalable du cuir chevelu ; les cheveux ne sont nullement un obstacle à cette extension de la couperose ; mais leur présence peut servir à la masquer, et l'affection devient ainsi beaucoup moins apparente ou même écluippe à l'observation.

Ordinairement symétrique, la couperose est (pu'hjuefois bornée à un seul côté de la face, et l'on a dit que le côté droit eu était plus fréquemment atteint que le côté gauche ; ce qui s'expliquerait, disait-on, par la coïncidence si fréquente des affections du foie avec la couperose ; mais c'est là une de ces hypothèses toutes gratuites dont l'étiologie des affections cutanées, pour ne parler que de celles-ci, nous offre tant d'exemples.

C. Marche de la cooperose. Durée. Terminaisons. La couperose est une affection essentiellement chronique. Le début est souvent très-insidieux ; quelques traînées rougeâtres sur les côtés du nez, sur les joues, les tempes, (pielques vascularisations espacées et diffuses, çà et là et de loin en loin quelques pustules d'acné rosacée, tels en sont presque toujours les premiers phénomèues. Puis les rougeurs se prononcent, deviennent des taches persistantes, les poussées pustuleux se succèdent à intervalles de plus en plus rapprochés, les arborisations vasculaires s'étendent, se réunissent; la peau s'épaissit, s'indure, etc.

11 ne faudrait pas croire cependant que toute couperose dût nécessairement revêtir les différentes formes précédemment décrites, à la seule condition d'une durée suffisamment prolongée. L'acné rosée peut conserver très-longlemps, et même presque indéfiniment, dans certains cas, l'apparence qu'elle avait à l'origine, et nous ne craignons pas d'avancer qu'il existe le plus souvent, entre les degrés extrêmes de la couperose, une distance infranchissable. C'est qu'il faut tenir compte ici d'une cause modificatrice bien autrement puissante que la durée, je veux parler delà nature de l'acné rosée. Aussi le tableau que j'ai tracé plus haut reste-t-il presque toujours incomplet.

La marche de la couperose offre quelquefois une sorte d'intermittence. Rougeurs et pustules disparaissent plus ou moins complètement, et le malade peut se croire délivré de son mal ; mais ce n'est là qu'un temps d'arrêt, bientôt suivi de poussées nouvelles ; car rien n'est plus rare que la guérison spontanée de cette affection. Sa marche est cependant subordonnée à celle de la maladie constitutionnelle dont elle fait partie.

La durée de l'acné rosée est indéterminée. 11 est des cas oîi elle commence

dans l'enfance et ne se termine qu'avec la vie, du moins lorsque la vie est retranchée par une maladie aiguë survenue accidentellement ; car la couperose qui s'arrête dans son développement n'est plus une affection pathologique ; c'est une simple difformité. Un autre mode de terminaison qui n'a pas été indiqué parles auteurs est la conversion ou la transformation in silu de la couperose en lupus ou en cancroïde. La transformation en lupus est propre à la couperose scrofuleuse, celle en cancroïde à la couperose arthritique.

D. A>'AT0MiE PATHOLOGIQUE. La scieucc est encore presque toute à faire à cet égard, pour ce qui a trait à Vacnerosea. La seule observation de quelque importance est celle que nous a laissée M. Dauvergne de Valensole, élève d'Alibert, lequel eut l'occasion d'examiner un varus gutta rosea chez un individu mort d'apoplexie. A^oici le fait tel que nous l'a transmis Alibert dans sa Monographie des dermatoses, t. II, p. 85 : « En divisant complètement une pustule nerveuse à l'époque où la peau n'était encore que tuméfiée et rouge, on remarquait qu'il y avait hyperémie vers ce point de la peau ; que le centre de ces engorgements était consistant, dur et comparable à un noyau. A partir de ce point central gorgé de sang, la rougeur diminuait successivement et cessait ; mais lorsque la pustule était iiarvenue à suppui-ation, les phénomènes changeaient : le noyau central se convertissait en foyer purulent de forme conique ; ce foyer se trouvait placé de telle sorte que sa base touchait la face interne de l'épiderme, au travers duquel la blancheur du pus pouvait s'observer, même sur le vivant ; ses parois étaient formées par un tissu rouge et enflammé, qui diminuait peu à peu de rougeur, à mesure qu'il s'éloignait de l'axe de la pustule, et disparaissait ensuite en se confondant peu à peu iivec la teinte propre de la peau. Cependant on rencontrait aussi d'autres pustules. Celles-ci différaient entre elles suivant qu'elles se trouvaient dans la période inflammatoire, ou qu'elles étaient en suppuration. Dans le premier cas, le noyau était représenté par le cj'ste distendu, et l'inflammation de ce cyste était disposée comme dans les cas précédents ; mais lorsque la pustule était en suppuration, voici ce qu'on observait : le foyer purulent avait encore une forme conique ; sa base regardait aussi l'épiderme ; mais il était traversé par le col du cyste sébacé ; en sorte qu'il avait double paroi, une formée par la circonférence externe du cyste, et l'autre par la partie de la peau enflammée qui avait sécrété le pus. »

M. Hebra ajoute au fait précédent une observation analogue de Gustave Simon : « Cet auteur, dit-il, eut une fois l'occasion d'examiner le nez d'un ivrogne qui était recouvert de tubercules assez volumineux d'acne rosea. Durant la vie de cet individu, ces tubercules avaient présenté une teinte rouge sombre, et étaient très-proéminents ; mais sur le cadavre, on trouva la rougeur très-légère, bien que la tuméfaction cutanée fût encore parfaitement visible. L'épaississement était dii à la présence d'un tissu conjonctif fort développé, en proportion plus considérable qu'à l'état normal. »

Ce deuxième fait est beaucoup trop incomplet à tous égards pour qu'il soit possible d'en rien conclure; mais l'observation de M. Dauvergne de Yalensole vient manifestement en confirmation de cette idée, d'ailleurs démontrée par l'étude clinique : 1" que Vacne rosea est essentiellement constituée par une altération des glandes sébacées; 2" que la rougeur et l'état de vascularisation des parties affectées ne surviennent qu'en conséquence de cette lésion fondamentale. C'est ce qu'a parfaitement expliqué le docteur Rochard dans son Traité des dartres (article Acxé rosacée, Paris, 1860).

En résumé, comme point de départ, une irritation des glandes sébacées, et comme conséquences immédiates, appel du sang vers le follicule, slasc de ce fluide dans les plexus vasculaires périphériques, rougeur et vascularisation de la peau dans le point correspondant ; puis l'embarras de la circulation locale persistant, apparition de quelques veinules dilatées et distendues par le sang. Deux choses alors peuvent arriver : ou bien le processus irritatit décroit momentanément, et la teinte rouge de la peau s'al'laiblit et s'éteint ; ou bien l'irritation augmente, elle monte au ton de l'inllammation, et alors les tissus hyperémiés deviennent d'un rouge intense, violacé, ils se soulèvent sur un ou plusieurs points, et la pustule d'acné rosée se produit au dehors. Maiulenant, que l'on étende à un certain nombre de follicules le travail morbide dout je viens d'esquisser les phases, qu'on le suppose se reproduisant presque sans interruption pendant de longues années, et tous les phénomènes de la couperose s'expliquent aussitôt sans aucune difiiculté. C'est sous rinlluence de celle inflammation chronique des follicules et de l'engorgement des capillaires que se produit la prolifération des cellules du tissu conjonctif.

E. Diagnostic. La couperose se dislingue de toutes les autres affections de la peau par des caractères ordinairement faciles à saisir.

Le premier de ces caractères est relatif au siège topographique. La couperose est avant tout une affection de la face; non qu'elle ne puisse se manifester ailleurs, comme le pensait Aliberl, car on la rencontre également sur les régions pubienne, Ihoracique antérieure, inguino-crurale ; mais elle est exceptionnelle sur ces parties, et ne s'y montre guère sans que la face ait d'abord subi son atteinte. Le caractère tiré du siège topograpliique n'offre donc rien d'absolu, et le docteur Hcbra, de Vienne, lui a certainement attribué une importance tout à fait exagérée lorsqu'il a émis la singulière proposition (pie voici : « Le})lus important, dit-il, de tous les caractères diagnostiques de Vacne rosea, est qu'elle occupe une région spéciale : la face. Personne ne songerait à donner ce nom à une affection dont le siège se trouverait sur la cuisse ou sur le tronc, lors même quelle présenterait exactement les mêmes caractères. » On se demande alors quel serait le nom donné par M. Hebra à une éruption survenant dans les conditions supposées. Quoi qu'il en soit, et ces réserves faites, le caractère dont il s'agit n'en est pas moins un signe d'une réelle valeur dans le diagnostic de Vacne rosea. Nous verrons même la question du siège se préciser davantage lorsqu'il s'agira de distinguer les espèces entre elles, car sur la face elle-même chaque forme, chaque variété de couperose a, pour ainsi dire, un lieu de prédilection.

Le second caractère de la couperose nous est fourni par la rougeur toute spéciale dont elle est constamment accompagnée. Cette rougeur est complètement indépendante du travail inflammatoire qui préside à l'évolution des pustules. Elle se présente, comme nous l'avons dit, sous la forme d'arborisations vasculaires, ce qui la sépare de toutes les autres variétés hyperémiques de la tache cutanée.

Mais le caractère tiré du siège, la rougeur et la vascularisation de la peau ne •constituent que des signes de présomption dans le diagnostic de la couperose ; un troisième élément reste à connaître, je veux parler de la lésion de la glande sébacée. Or, cet élément essentiel de toute acné rosée peut rester pendant un certain temps masqué par l'injection et la dilatation des plexus vasculaires qui enveloppent et recouvrent les follicules malades. Toutefois, à ce moment même,

il est ordinairement possible de constater, au travers des tissus vascularisés, la présence de soulèvements papuleux évidemment formés par les glandes sébacées. Puis la lésion se prononce davantage, de véritables pustules se montrent, et le diagnostic n'offre plus dès lors aucune difficulté.

La couperose faciale peut être confondue principalement, soit avec d'autres formes du genre acné, soit avec l'érythème pernio du nez, soit avec des affections dartreuses, scrofuleuses ou syphilitiques de cet organe.

Elle se distingue des autres formes de l'acné par sa teinte rouge spéciale, congestive bien plutôt qu'inflammatoire, par l'état phlébectasique des vaisseaux capillaires, par sa localisation habituelle sur quelques points très-circonscrits, etc.

L'érytlième pernio du nez est une affection relativement rare. 11 se montre sous l'influence d'une cause facile à saisir, le froid. Les parties affectées sont d'un rouge bleuâtre, livide, avec gonflement, chaleur et sentiment de tension douloureuse ; puis surviennent des démangeaisons parfois très-vives. Or, l'acné rosée est indolente ; elle ne produit pas de tuméfaction apparente ; ses taches sont d'un rouge brillant, parsemées de pustules à divers degrés d'évolution, etc. Elle se dislingue des dartres par les caractères qui lui sont propres et l'absence de démangeaisons vives et permanentes.

J'ai dit plus haut que la couperose était quelquefois précédée d'affections cutanées génériques toutes différentes, telles que l'érythème, l'eczéma, le lichen, le pityriasis, et que ces affections pouvaient donner lieu par leur présence à des erreurs de diagnostic. On comprend, en effet, qu'il ne soit pas toujours facile de démêler, au milieu de lésions déjà anciennes et plus ou moins dégénérées, les premiers linéaments d'une couperose à son début. Mais la confusion, d'abord à peu près inévitable, ne saurait se prolonger longtemps : on remarquera sur certains points une rougeur insolite, inexplicable par le seul fait des affections précitées, érythème, eczéma, lichen ou pityriasis, et cette rougeur sera sujette à de grandes et brusques variations ; puis à ce phénomène déjà bien significatif viendront se joindre d'autres phénomènes : apparition de veinules dilatées, de saillies pustuleuses acnéiques, et dès lors aucun doute ne saurait être conservé sur l'existence de la couperose.

La couperose pustuleuse, lorsqu'elle se limite à l'extrémité du nez, pourrait faire naître l'idée d'un lupus acnéique (herpès crétacé de M. Devcrgie), mais la lésion du follicule sébacé se traduit bien différemment dans les deux cas. D'un côté, dans le lupus acnéique. nous voyons une tache rougeàtre sur laquelle s'est déposée une couche mince, d'aspect crayeux, teintée de jaune et de gris sale ; cette tache est nettement arrêtée à son pourtour, et ne présente aucune trace d'arborisations vasculaires ; les modifications qu'elle éprouve sont lentes et successives. Dans l'acné rosacée, au contraire, la tache est d'un rouge plus ou moins vif, dépourvue de limites précises, évidemment formée par l'entrelacement de capillaires dilatés par le sang ; son aspect varie incessamment, soit que sa nuance pâlisse ou se colore, soit que de nouvelles pustules apparaissent à sa surface.

Une erreur analogue consisterait à prendre pour de la couperose pustuleuse une scrofulide maligne tuberculeuse non ulcéreuse. Mais un peu d'attention ferait aussitôt reconnaître la différence des éléments anatomiques primitifs dans l'un et l'autre cas : en effet, la pustule d'acné rosée ne ressemble que de loin au tubercule demi-transparent, rougeàtre, couleur sucre d'orge, qui caractérise la

scrofulide maligne tuberculeuse fibro-plastiquc. 11 est pourtant une circonstance où ce point de diagnostic peut devenir fort difficile : je veux parler de la transformation in situ de la couperose en lupus ; or, signaler la possibilité d'un tel fait, c'est donner en même temps le moyen de le reconnaître lorsqu'il vient à se rencontrer.

Les pustules et tubercules syphilitiques se distinguent de l'acné rosée par leur forme, par la teinte cuivrée de leur aréole, par leur disposition, par l'absence d'arborisations vasculaires. On serait éclairé d'ailleurs par la marche antérieure des phénomènes, par la coexistence à peu près constante d'autres manifestations de même nature, soit sur d'autres régions de la peau, soit sur les muqueuses pituitaire, buccale et pharyngée. Le diagnostic est plus difficile quand il existe à la fois des groupes d'acné rosée et d'autres groupes de syphilide tuberculeuse circonscrite ; il se base alors sur l'étude comparée des caractères objectifs présentés par les deux ordres de lésions, et un œil exercé ne saurait s'y laisser tromper.

Lorsque la couperose se place sur les régions thoracique, pubienne, inguinocrurale, on peut la confondre avec le pityriasis acnéique ou avec le sycosis de nature arthritique.

Le pityriasis acnéique résulte, comme la couperose, de la réunion de deux formes élémentaires, l'une pityriasique, qui n'est pas sans quelque rapport avec l'érytiième, l'autre acnéique que l'on peut, jusqu'à un certain point, comparer à la pustule de l'acné rosée. Mais la plaque du pityriasis n'offre pas la coloration franche de l'érythème couperosique, ni rien qui ressemble à la phlébectasie des vaisseaux capillaires; elle en diffère en outre et surtout par la saillie qu'elle forme au-dessus du niveau tégumentairc, et par les scjuames blancliâtres qui se produisent incessamment à sa surface. Quant aux pustules, elles oflVent ceci de spécial, qu'elles se développent principalement à la circonférence des plaques, disposition qu'on ne rencontre pas dans l'acné rosée. Ajoutons que le pityriasis acnéique s'accompagne généralement d'un prurit assez vif, et parfois de picotements et d'élancements, et qu'enfin, s'il reste quelquefois limité à une partie bien circonscrite, il peut aussi s'étendre à des régions où l'acnée rosée ne se montre jamais.

Reste le sycosis arthritique ; mais ici les signes différentiels abondent. Et d'abord, le sycosis est une affection essentiellement pustuleuse : rien qui rappelle soit l'érythème de la couperose, soit la dilatation des vaisseaux capillaires. Les pustules sycosiques sont acuminées, plus franchement purulentes, et se convertissent rapidement en croûtes jaunâtres ou brunâtres, sèches et fragmentées. La sécrétion peut même donner lieu parfois à une croule unique reposant sur une surface indurée : or, jamais rien de semblable ne se produit dans la couperose, quels que soient le nombre et la confluence de ses éléments pustuleux. Dans le sycosis, chaque pustule est traversée par un poil ; il existe fréquemment des tubercules cutanés, voire même de véritables furoncles ; la partie affectée est le siège de sensations douloureuses souvent très-accusées. Ce tableau est, comme on voit, en complète opposition avec celui que nous avons tracé de la couperose ou acné rosée.

F. Pronostic. La couperose est une affection de durée longue et souvent Ibrt difficile à guérir. Elle ne s'accompagne, il est vrai, d'aucune souffrance réelle, d'aucun désordre fonctionnel notable, et ne menace en aucune façon l'existence ; mais elle a le grave inconvénient d'avoir presque toujours

Ja face pour siège, c'est-à-dire d'altérer et de déformer ce qu'il y a de plus apparent, et tout à la fois de plus noble et de plus personnel dans l'homme, la physionomie. Je sais bien que tout le monde n'est pas également sensible à cet ordre de considérations, et qu'il ne manque pas d'individus qui portent gaiement, qu'on me passe l'expression, le masque enluminé de la couperose : aussi bien n'est-ce pas pour ceux-là que j'écris ; mais il en est d'autres pour lesquels cette affection défigurante devient un sujet continuel de souci et de préoccupation. On conçoit, d'ailleurs, sans qu'il soit nécessaire d'insister, toutes les différences qui peuvent résulter, à ce point de vue purement psychologique, de l'âge, du sexe, de l'éducation, du caractère, de la condition, etc., etc. La couperose est généralement pour l'homme une affection pénible, incommode sans doute, mais dont il prend, à la rigueur, son parti; elle n'est rien moins, dans bien des cas, pour la femme, qu'un véritable désastre. « Sed eripi feminis cura cultus sul non potest » , dit Celse. Or, la beauté de la femme, objet de tant de soins, n'a pas de plus redoutable ennemi que la couperose ; elle se trouve successivement atteinte et compromise dans ses attributs les plus essentiels, la couleur ou le teint, la finesse de la peau, l'harmonie et la juste proportion des formes. Et puis à la question d'esthétique vient se joindre une question d'un autre ordre : la couperose a mauvaise renommée, et comme elle brille volontiers sur le visage des amis de Bacchus, comme son éclat se ranime principalement après les repas, comme on croit facilement au mal, elle devient une arme dangereuse entre les mains de la médisance. Rien de plus commun que de rencontrer chez les personnes atteintes de couperose l'appréhension d'être soupçonnées d'intempérance : « On pourrait croire que je bois, » disent-elles comme pour aller au-devant d'une question qu'elles semblent prévoir et redouter.

Le pronostic de l'acné rosée varie selon son siège topographique, sa forme, sa nature.

Sous le rapport du siège topographique, aucune comparaison ne saurait évidemment être établie entre la couperose faciale et celle qui se localise sur des parties habituellement cachées par les vêtements, comme la partie antérieure de la poitrine, la région inguino-crurale, etc.

Sous le rapport de la forme, la variété la plus fâcheuse est celle qui s'accompagne d'hypertrophie de la peau ; puis viennent les variétés tuberculeuses et végétantes. La forme variqueuse est rebelle entre toutes, et comporte, par conséquent, un pronostic sérieux.

Enfin, le jugement porté ne sera pas le même, selon qu'il s'agira d'une couperose de cause externe ou d'une couperose de cause interne ; on cherchera, dans le premier cas, s'il est possible d'écarter ou de neutraliser la cause, ou s'il faut, au contraire, renoncer à tout espoir de ce genre ; et la question consistera, dans le deuxième cas, à comparer, au point de vue de la durée et des conséquences, les deux espèces constitutionnelles.

§ 2° De la couperose considérée comine espèce. Certaines couperoses héréditaires ne subissent aucun développement, ne s'accroissent nullement par les progrès de l'âge, et doivent être considérées comme de simples difformités ; mais, en général, la couperose est une affection pathologique, et sa cause efficiente est la maladie dont elle n'est qu'une manifestation sur la peau.

Ainsi, pour la couperose, de même que pour les autres affections cutanées, nous aurons :

1" Des couperoses de cause externe, ou couperoses|artificielles ;

2" bes couperoses de cause interne, ou cou))eroses constiUUionnelles.

Mais, iiulépendaniment de la cause enicienle, il existe des causes prédisposantes, aggravantes et délerminanles, communes à toutes les espèces, et sur lesquelles nous devons tout d'abord appeler l'atleiilion du lecteur. Etudier toutes ces causes, c'est indiquer la ])art d'inlhience qu'exercent sur le dévcIop|)ement delà coiqjerose les niodilicalions physiologiques et liygiéni(jues : l'àgc, le sexe, le tempérament, l'héi'édilé, le genre de vie, etc.

a. Age. C'est dans l'âge adulte que se montre de préférence cette affection; maisdepuis la plus tendre enfancejuscpi'à l'extrême vieillesse on peut dire qu'aucun âge n'en est exempt. Nous avons vu plusieurs fois la coupeiose sur des enfants à la mamelle, et toujours, dans ces cas, le père ou la mère en sont également atteints. Chez la femme, répo(pie de la vie où l'on trouve le plus de couperoses est sans contredit l'âge ciitiipie ; dans les deux sexes, il semble aussi que la puberté et l'adolescence prédisposent à cette afiéction.

b. Sexe. Tous les auteurs s'accordent à dire que la couperose est plus fréquente chez la femme que chez l'homme, mais aucun ne s'est appuyé sur la statistique pour donner la preuve de cette assertion. Des notes (pie nous avons prises sur les pei'sonnes atteintes de couperose qui se sont [uéseulées à notre consultation de la ville' en 1.561 et 181)^ il résulte que sur un total de 231 couoeroses on compte 05 honuncs et 100 femmes. Dans ce rapport, exprimé en i tiiffres, le nombre des couperoses chez la Icuune, qui est plus du double de (ôlui des lionmies, est peut-être trop élevé; ce qui tient, sans nul doute, à ce que la femme, plus préoccupée que l'homme de tout ce qui peut altérer les traits du visage, consulte plus souvent le médecin, et le consulte dès le début de la loujierose

c. Tempe romenl. Les personnes d'un tempérament bilioso-sanguin et les sujets lymphatiques y sont plus exposés que les sujets nerveux.

d. Hérédité. La couperose est liérédit.iire, non d'une manière fatale, mais dans un très-grand nombre de cas. Nous venons de dire déjà que presipie toutes les coiqieroses du jeune âge sont hérédilaiies. Coudiien de l'ois n"avons-uous pas vu le père atteint de couperose venir nous consulter pour sa fille, portant sur la ligure les stigmates non équivoques d'une couperose commençante! Quelquefois cette affection saute une génération ; c'est le grand-père qui en est atteint ; le Jils a la figure indemne, tandis que la petite-fille a le visage couperosé. Si le père et la mère sont toys deux couperosés, il est rare que les enfants ne le soient pas : nous avons vu le père, la mère et les enfants tous atteints de coupei'ose.

e. Profet^sions. Les professions qui exigent un grand dévelop|)emont des l'orces musculaires, celles qui obligent à tenir conslamment la tcte et le corps penchés en avant (tailleurs, cordonniers, etc.), toutes celles, en un mol, qui ibnt affluer le sang vers la tète, sont autant de causes prédisposantes de l'acné rosée. Il en est de même de celles qui exposent la figure à l'action de la chaleur (chauffeurs, forgerons, repasseuses, etc.-), ou bien au contact de substances irrilaules (acteurs et actrices, fabricants de produits chimiques, ciseleurs, fondeurs, etc.).

J'ai souvent été consulté par des députés, des procureurs et substituts, des

' C'est surtout à sa consultation particulière de la ville que le médecin spécial peut étu 'lier touies les formes de celte alTeciion, qui se montre lelaiivement rare à la consultation de riià|Utal, paroe (lu'elle p.is^e trénéraleinent pour une simple dillormilé, et n'apporte aucun obstacle ii la continuation du travail journulier.

DICT. ENC. XXIL 2

professeurs, des médecins, des avocats atteints de couperose ; mais je pense que dans ces cas la profession n'est pour rien dans la production de l'acné rosée. L'ennui qu'on éprouve de paraître en public avec la ligure couperosée, la crainte de passer pour une victime de Bacclms ou de Vénus, expliquent suffisamment, selon moi, pourquoi les personnes exerçant ces professions viennenl plus souvent que d'autres invoquer les secours de l'art.

f. Climats et saisons. Dans les pays froids et humides, en Angleterre, en Hollande, en Belgique, dans le nord de la France, la couperose est plus commune que dans les pays chauds et dans le midi de la Fi'ance. Rayer s'est demandé si cette plus graude fréquence de la couperose dans les pays froids devait être attribuée à linflueuce du climat, ou bien à ce que les gens du Nord font un plus grand abus des liqueurs alcooliques ; mais, dans les pays chauds, on boit peut-être plus de vin et d'alcool que dans les pays froids, et par conséquent c'est bien l'influence du climat qu'il faudrait ici plus particulièrement incriminer. 11 est aussi d'observation que la couperose est plus accentuée pendant les saisons froides et humides que dans les temps secs et doux.

g. Aliments, boissons. Le régime chaud, les boissons chaudes et stimulantes, favorisent la tendance à la couperose. L'abus du vin et des alcooliques peut engendrer la couperose; mais il faut bien avouer que, dans la plupart des cas, les aliments excitauts, le café et le thé, la bière, le vin, les alcooliques, n'agissent efficacement dans la production de la couperose que quand les sujets y sont prédisposés.

h. Causes morales. Les travaux de cabinet, les veilles trop prolongées, les contentions d'esprit, les émotions, les chagrins, ont été mis au nombre des causes prédisposantes.

i. Causes pathologiques. Les causes dites pathologiques ne sont pas des causes; et notre intention n'est pas, à propos d'une question spéciale, l'étiologie de la couperose, de soulever un problème de pathologie générale. Remarquons toutefois que les causes pathologiques ont varié suivant les théories régnantes, selon les systèmes en vogue. Les anciens, qui regardaient la couperose comme une affection de nature variqueuse, faisaient jouer à l'action des causes mécaniques le rôle le plus important dans sa production : les maladies du cœur, les obstacles au cours du sang, les obstructions des viscères abdominaux, telles étaient, pour eux, les causes les plus ordinaires de la couperose. Les médecins qui ont placé le siège anatomique de la couperose dans les glandes sébacées l'attribuent à une irritation directe ou indirecte oe ces petits or^ranes sécrétoires. Les plus sages, aujourd'hui, voyant la couperose si souvent coexister avei la dyspepsie, avec des catarrhes uléiins, des inélrites granuleuses, ou des affections du foie, se bornent à invoquer, pour exj liquer le développement de Vacne rosea, l'argument post hoc, ergo propter hoc : c'est la dyspepsie qui amène la couperose ; mais si la couperose précède la dyspepsie, retournera-t-on l'argument, et dira-t-on que la couperose entraîne la dyspepsie?

Pour nous, toutes les complications habituelles de la couperose sont des affections qui se rattachent à la maladie constitutionnelle ; elles éclairent le diagnostic en révélant la nature de l'acné rosée.

Abordons l'étude des couperoses spéciales. En voici le tableau :

1» Cauperoses de cause externe. ("'fÇan'que;

( putliogcnetique.

•2» Couperoses de cause interne. [ ^"'f"^''"^e;

( artliriliqne.

COUPEROSE. lit

A. Couperoses db cause bxtrrne. Les couperoses de cause externe sont trèsrares : nous les divisons en couperoses de cause directe ou mécaniques, et en couperoses de cause indirecte ou patliogéuL'liqucs.

a. Couperoses mécaniques. Elles sont produites par les agents irritants, tels que le calorique, les poussières métalll({ues, les produits chimiques, les fards, etc. Nous en avons observé un exemple des plus remar((uables sur un fondeur en cuivre : divers traitements avaient été employés sans succès, quand cel. homme, sur noire conseil, se rendit à Saint-Christau pour y prendre une saison sous la direction du docteur Tillot; la couperose disparut vers la fax de la cure thermale, et, pendant six semaines, aucune trace de couperose ne reparut sur la figure. Mais, dès (pie le fondeur voulut repretulre ses travaux et (|uc sa face fut exposée de nouveau au contact de la poussière métallique, la couperose revint telle qu'elle était à son départ pour Saint-Christau.

b. Couperose pathorjénétique. L'abus des boissons alcooli({ues est la cause la plus ordinaire de la couperose palhogéiiétique. Certains agents pharmaceutiques, comme l'iode longtemps administré, peuvent aussi donner naissance à cette espèce de couperose.

Tous les tempéraments, toutes les constitutions, sont indistinctement expost's à la couperose de cause exleine.

Symptômes et signes de la couperose de cause externe. La couperose de cause externe est surtout constituée par l'érythème et les poussées pustuleuses et tuberculeuses. La rougeur est très-prononcée; elle augmente après les libations; puis elle diminue jusqu'à ce que le malade se livre de nouveau aux excès de boisson. L'acné sébacée concrète ou fluenle fait ordinairement défaut. C'est à la couperose pathogénétif|uc que se rattachent surtout les formes mamelonnée, végétante et liypcrtrophicpie.

Hebra dit avoir remuniué une différence, sous le rapport des symptômes, entre la couperose alcoolique et la couperose vineuse. La première serait caractérisée par une dilatation considérable des veines dorsales du nez, sans érythème bien prononcé; la seconde, par une rougeur uniforme et violacée.

La couperose de cause externe est bien moins souvent héréditaire que la couperose de cause interne ; elle n'est point accompagnée de ces accidents si nombreux et si variés que l'on rencontre habituellement dans les couperoses constitutionnelles.

La marche de cette couperose est entièrement subordonnée à la cause qui la déterminée ; elle cesse dès que le malade est soustrait à l'empire de cette cause. Malheureusement, l'ivrognerie, qui en est la cause la plus ordinaire, est un défaut bien diflicde à corriger. Tout le monde connaît le proverbe : « Oui a bu boira » : c'est ce qui rend la couperose alcoolique si diflicile à guérir.

Le diagnostic de la couperose artificielle s'établit : 1° d'après la connaissance des causes sous l'inlluence desquelles elle s'est produite ; 2° d'après la marche, qui offre des rémissions et des exacerbations coïncidant avec léloignement ou le retour de ces causes; 5" d'après l'absence des atfections de nature soit scrofuleuse, soit arthritique, qui caractérisent les couperoses constitutionnelles.

B. Couperoses de cause interne. Nous admettons deux espèces de coupe roses de cause interne ou constitutionnelles, la couperose scrofuleuse et la couperose arthritique.

a. Couperose scrofuleuse. Beaucoup plus rare que la couperose arthritique, elle attaque de préférence les sujets lymphatiques, se montre dans le jeune âge.

et surtout vers l'époque de la puberté ; elle est ordinairement précédée, plus ou moins longtemps à l'avance, d'acné sébacée ou pustuleuse sur la face et dans le dos, d'opbtbalmies ou d'otites, d'écrouelies et même de scrofule osseuse. Dans cette espèce, les poussées pustuleuses sont plus mullipliées; les pustules sont plus grosses, ont une marche très-lente dans leur évolution, des croules plus épaisses; l'érUbème est moins prononcé, la dilatation des capillaires de la face moins apparente que dans la couperose artbrilique, bien que cependant le sujet soit parfois atteint d'écrouelies cervicales comprimant les vaisseaux du cou.

Les pustules sont entremêlées de points noirs plus ou moins saillants {acné punctata). Les lèvres, le menton, les régions auriculaires sont assez souvent le siège de ces poussées pustuleuses abondantes que l'on voit bien plus rarement survenir dans la couperose arthritique.

La couperose scrofuleuse, toutes choses égales d'ailleurs, a une durée moins longue et guérit plus facilement que la couperose arthritique. Nous l'avons vue se transformer en lupus de la face.

Diagnostic. Il repose : 1" sur les commémoratifs et les affections concomitantes; 2" sur les caractères objectifs, prédominance relative de l'acné sébacée, de la pustulation, etc. ; 5° sur la prédilection de l'éruption pour certaines parties de la face.

b. Couperose aiihritique. Beaucoup plus fréquente que la couperose scrofuleuse, elle survient à toutes les époques de la vie, mais plus particulièrement dans l'âge mûr, quand elle n'est pas héréditaire, et se montre de préférence chez les sujets d'un tempérament bilioso-sangum et doués d'une assez forte constitution. Toutefois, les sujets lymphatiques et anémiques n'en sont pas exempts. Je l'ai plusieurs fois observée sur des personnes qui avaient eu dans le jeune âge des accidents de scrofule, tels que scrofulides eczémateuses, impéti^ineuses, sébacées, des écrouelles, des abcès scrofuleux' dont on voyait encore les cicatrices.

La couperose arthritique est souvent précédée d'eczéma ou de lichen de la face, de plaques d'érytlième périodique. La première période est parfois trèslongue ; il semble que l'affection reste slationnaire. La dilatation des capillaires saute aux yeux, presque dès le début de l'affection. Les malades se plaignent assez habituellement d'un sentiment de cuisson, de chaleur à la face, et même assez fréquemment de douleurs piquantes ou lancinantes.

L'érupliou pustuleuse est fort lente dans son évolution : la ligure reste couverte, pendant un temps quelquefois fort long, de petites granulations rouges qui ne sont autres que les sai,lies commençantes des glandes enllammées, recouvertes d'un entre-cioisement de capillaires dilatés ; la suppuration des pustules n'arrive que tardivement; elle avorte parfois, et l'on voit les granulations rouges prendie un accroissement considérable, et devenir de véritables tubercules du volume et de la couleur de baies de groseilles, de grains de cassis ou même de petites cerises (couperose tuberculeuse).

Les formes érythémateuse, variqueuse, gi'anuleuse, tuberculeuse, et même la forme hypertrophique, appartiennent plus spécialement à la couperose arthritique. C'est à tort qu'Alibert dit : « L'intumescence est surtout remarquable chez les femmes, » car cette intumescence ne se voit guère que dans la couperose arthritique et dans la couperose alcoolique, et l'on sait que la couperose liypertrophique d'origine arthritique est, ainsi que la couperose alcoolique, bien plus fréquente chez l'homme que chez la femme.

cutanées.

La couperose artliritique est rarement une affection isolée ; le plus souvent elle coexiste avec d'autres affections cutanées de même origine, ou bien avec des affections de même origine, mais d'un autre système anatoniique.

Les affections cutanées qui coexistent avec la couperose ont pour siège, soit la figure, soit bien plus souvent encore d'autres régions du corps.

L'eczéma est une des complications les plus ordinaires de la couperose, connue on peut le voir en jetant les yeux sur le tableau ci-dessous, qui est un relevé statistique établi d'après les documents recueillis à notre consullalion, dans le cours des années 186i et 18G5; vient ensuite le pityriasis, puis l'urticaire et les autres formes du genre acné, et enfin l'ectbyma et le furoncle.

Parmi les affections des autres systèmes, nous tiouvons en première ligne le rhumatisme et la goutte, la dyspepsie, les migi'aines, les affections utérines, cardiaques, liépatiijues, la gravelle, etc., etc.

Ainsi, sur 150 personnes atteintes de couperose, nous trouvons indiqués comme complications :

21 eczémas.

12 piiyi-iasis.

i uiiicaires.

VCferlions ) '' «^'lliy"'»^ et furoncles.

14 acni's pilaris, pustuleuse, oiubiliquée.

2 lichen.

5 éiy^i|ièles.

i eryi Ile, lies pcrnio.

1 psoriisis lier|)éti(|ue.

32 iliumaiisnies el goutte.

24 dyspepsies.

10 iiiinraiiies.

Affections 1 10 gravelles uriques. des < 4 liéinorriloïdes.

autres .systèmes, j 5 angines glan.luleuses. 7 arfeciion> utérines.

6 afl'eclion> cai iliaques.

7 coliques liéjialiques.

On peut affirmer, sans crainte d'erreur, que presque toutes ces affections font partie du cortège de la maladie constitutionnelle que nous avons désignée sous le nom d'arlhritis. La couperose, qui coexiste avec la cirrhose, ne peut pas toutefois être legardée comme une couperose constitutionnelle : elle est, en général, patliogcnétiqvie et proiluite par l'abus des alcooliques, ainsi que l'hépatite interstitielle dé.signée sous le nom de cirrhose.

La couperose arihr'ique est plus difficile à guérir que la couperose scrofuleuse. Parfois elle guérit spontanément, au bout d'un temps plus ou moins long, par suite d'un arrêt dans la marche de la maladie constitutionnelle, et plus .souvent encore par suite de l'évolution d'une période plus avancée de cotte maladie. Nous avons vu la couperose arthritique se convertir in situ en cancroïde. mais plus souvent le cancer se produit sur un autre organe, comme l'utérus ou l'estomac.

Le diagnostic de la couperose arthritique ne présente jamais de sérieuses difficultés. La lenteur de sa marche, les formes particulières sous lesquelles die s'offre à l'observation, son siège plus spécial sur le nez et les joues, la distinguent facilement de la couperose scrofuleuse.

Son pronostic est, toutes choses égales d'ailleurs, plus grave que celui des couperoses de cause externe ou d'origine strumeuse.

§ 3° Traîtement de la couperose. Si de tout temps on a déployé contre la couperose toutes les ressources de la thérapeutique, c'est moins en raison du

danger qu'elle enti'aîne qu'à cause rlu dégoût qu'elle inspii'C et du soupçon iiijurieux: qu'elle fait naître dans l'esprit du public sur les personnes qui en sont affectées.

La résistance de la couperose aux traitements irrationnels ou mal dirigés, le lomps toujours fort long qu'exige la cure radicale de cette affection, même quand elle est traitée selon toutes les règles de l'art, ont fait de tout temps la fortune des empiriques et des charlatans. Aussi, que de drogues et d'arcanes n'a-t-on I as prônés, comme des remèdes souverains de la couperose, depuis la terre cimolée jusqu'à la pommade sicilienne !

Parmi les médecins de notre époque, il en est qui, considérant la couperose comme une simple difformité, rejettent toute espèce de traitement. D'autres, ne voyant dans la couperose qu'une infraction aux règles de l'iiygièno, se contentent de prescrire un régime sévère et l'éloignement des causes instrumentales. Enfin,, ie plus grand nombre aujourd'hui, regardant celte affection comme une maladie essentiellement locale, fait consister son traitement dans l'emploi exclusif des topiques. C'est là, selon nous, une très-grande faute.

Le traitement rationnel de la couperose est, comme celui de toute affection cutanée, relatif: \° à la modidité pathogénique, c'est-à-dire au genre ; 2" aux modifications que fait subir à l'affection sou origine morbide, c'csi-à-dire à l'espèce. Examinons donc successivement les indications fournies par le genre, et celles fournies par l'espèce.

I" Ikdicatioins fournies par le genre couperose. Le mode congestif et inflammatoire, étant le caractère principal et dominant de la couperose, commande l'emploi des anlipblogistiques et des topiques adoucissants : on a recommandé les évacuations sanguines par la saignée de la veine frontale, de la basilique, de la pédieuse, par les applications de sangsues derrière les oreilles,, sur les ouvertures nasales, les ventQuses scarifiées derrière les épaules ; mais il làut dire que les émissions sanguines, recommandées par les anciens auteurs, sont aujourd'Imi très-rarement mises en usage, même dans les couperoses les^ plus intenses. Toutefois, lorsque la couperose survient chez les femmes à l'époque critique, ou se pioduit par suite de diminution ou de suppression du flux meusliuel, ou bien encore à la suite de diminution ou de suppression du flux héluorrboïdal, quelques applications de sangsues à la vulve ou à l'anus peuvent trouver leur utilité. C'est aussi dans ces cas que l'on peut avec avantage recourir aux demi-bains chauds, secondés par l'emploi de douches froides sur la figure, moyen qui favorise le retour des évacuations.

Les émollients ont été employés sous toutes les formes, en cataplasmes, fomentations, lotions, pommades, à l'état solide, liquide ou gazeux, bains d'eau, bains à l'Iiydrofère, douches en pluie, douches pulvérisées, etc., etc.

Les diurétiques, les purgatifs ont été donnés soit pour satisfaite à des idées théoriques sur la nature de la couperose (théories humorales,) soit pour combattre les troubles eastriques ou intestinaux qui coexistent si fréquemment avec cette affection. « Dans plusieurs circonstances, dit Alibert, des laxatifs modérés |)roduisent les effets les plus avantageux, et le teint ne tarde pas à s'éclaircir, si les évacuations alvines sont fréquentes. » Cette remarque est fort juste, et nous croyons également que les purgatifs peuvent trouver leur application dans un certain nombre de cas.

L'élément congestif et inflammatoire de la couperose peut encore être combattu par la médication révulsive ou transpositive (applications irritantes sur

uneréjfion plus ou moins cloigm'e, vésicatoires, etc.). Mais la couperose n'est point une de ces alïeclions mobiles, superficielles, fjui se laissent facilement déplacer: aussi a-t-on à peu près complètement renoncé à l'emploi des révulsifs dans le traitement de l'acné rosée. Nous rappellerons à ce propos que l'application d'un vésicatoire sur la ligure avait élé préconisé par Guy de Cliauliac et Anibroise Paré.

Cette méthode antiplilogislique ne convient que dans les cas légers, tout à fait au début de la couperose; le plus souvent elle est inefficace.

A une période plus avancée, on a recours aux agents substitutifs, qui ont varié depuis les plus simples modificateurs jusqu'aux caustiques les plus énergiques : le soufre, le mercure, l'iode, l'arsenic et les alcalis, la soude, l'ammoniaque et le savon noir ont été tour à tour préconisés. — Alibert dit, en parlant (lu soufre : « C'est le seul remède qui puisse triompber de la couperose ; je conseille donc aux malades de préférer les eaux sulfureuses à celte multitude de topiques et de cosmétiques secrets que les cliailatans distribuent dans nos villes en les qualifiant des titres les plus pompeux, pour mieux abuser de la crédulité publique. Ces applications extérieures, qui émanent de l'ignorance a\ide, n'opèrent que trop souvent dos répercussions fatales. La plupart ne réussissent point et ne tout qu'irriter les téguments. » Malheureusement, l'engouement d'Alibcrt pour les eaux sulfureuses ne se trouve pas confirmé par les faits. J'ai adressé aux eaux sulfureuses de Ludion, de Cauterets, d'Engliien, de Scliinznacb, etc., un très-grand nombre de personnes atteintes de couperose : le mal s'est plutôt aggravé qu'amélioré sous riniluence de ces eaux. Si les eaux sulfureuses faibles, comme celles de Saint-Gervais, de Molitg, de Bagnolles-de-l'Orne, de Baden en Suisse, administrées avec toutes les précautions convenables, ont allégé la couperose, cette amélioration n'a été que momentanée, et bientôt remplacée par une aggravation sensible.

Le mercure a été aussi préconisé dans le traitement de la couperose, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Nous croyons qu'à l'intérieur, contrairement à l'opinion du docteur Rocbard, qui administrait à ses malades l'iodoclilorure de mercure en pilules, cet agent n'a jamais été utile, si ce n'est dans la couperose syphilitique de Sauvages. A l'extérieur, au contraire, il est d'un emploi journalier. Le deuloclilorure de mercure est l'agent actif de la solution de Donoran et de l'eau rouge de l'bnpital Saint-Louis. Nous l'employons tous lesjours en lotions, à la dose de 10 à 20 centigrammes pour 250 grammes d'eau distillée. A des doses plus fortes, il est à craindre qu'il ne surexcite l'érytlième couperosique.

La pommade au précipité blanc est fréquemment employée contre l'acné rosée; mais les pommades en général, quoi qu'en dise M. Pioriy dans sa Médecine du bon sens, ne conviennent pas dans le traitement externe de la couperose. Il faut en excepter toutefois les pommades très-douces dont nous parlerons plus loin, à l'occasion du traitement des couperoses spéciales.

Quant aux pommades de proto et de bi-iodure ou d'iodoclilorure de mercure, elles ne sont emplovées que comme agents de substitution :

En voici les formules :

Axnnge 50 prammes.

Proloiodure hydraigyreux 1 à 2 grammes.

Axonge 50 grammes.

Biiotiure hydrargyreux 50 cent, à 1 gramme.

POMMADE ROCIIARD.

Axonge 50 grammes.

loiloclilorure mercureux (sel de Boutigny) . . 15 à 75 centigrammes.

Ou frictionne les parties malades trois jours de suite avec l'une ou l'autre de ces pommades, et l'on ne recommence la friction que quand l'inflammation substitutive a disparu et que les croules sont tombées.

Nous reprorbons à celte mélbode thérapeutique : 1° les souffrances qu'elle occasionne; 1" l'absorption possible des sels mercuriels; o° l'obstacle qu'elle apporte aux occupations journalières. Aussi trouve-t-on peu de malades, surtout en ville, qui consentent à s'y soumettre.

]Siode peut être donné à l'intérieur et employé comme topique. Ceux qui pensent qu'un agent médicameuleux est d'autant mieux indique eu tbérapeutiquc que, donné, dans l'état pliysiologique, il fait naître des affections analogues celles contre lesquelles on l'emploie, avaient fonde de grandes espérances sur l'iode (|ui produit de l'acné et même des couperoses artificielles ; mallieureusement, les i'aits ne confirment pas toujours les idées à priori, et nous verrons plus loin que l'iode et les préparations iodées ne conviennent guère que dans une seule espèce de couperose. A l'extérieur, on a recours à l'iode en solution très-étendue pour lotions, ou en teintures plus ou moins concentrées pour applications locales sur des groupes de tubercules. Cet agent en vaut un autre, mais il a l'inconvénient de colorer les surfaces affectées, et, pour cette raison, de ne pas être toujours accepté par les malades.

\j arsenic. Beaucoup de médecins conseillent l'arsenic dans le traitement de la cou|)erose, en se plaçant à des points de vue théoriques fort différents. Les uns, et c'est le plus grand nombre aujourd'hui, donnent l'arsenic comme antidarlreux. L'arsenic a de nos jours détrôné le soufre : c'est pour la génération actuelle le remède spécifique de la dartre, et comme la couperose est une dartre, rien de plus simple que de recourir à l'arsenic.

D'autres se fondent sur la palhogénie de l'arsenic : cet agent décongestionne les ca|)illaires, et la couperose élaut une maladie des capillaires de la face qui sont dilatés et engorgés, l'arsenic leur parait ici particulièrement indiqué.

niais l'observation nous appreud que l'arsenic est en général d'un mauvais effet dans le traitement de la couperose. J'ai vu un très-grand nombre de couperoses aggravées par l'usage plus ou moins longlemps continué des préparations arsenicales. Je condamne donc d'une manière à peu près absolue l'emploi de l'arsenic dans la cure de la couperose. A l'extérieur, on peut employer l'arséniale de soude en lotions sur la figure avec quelque avantage.

Produits pyrogénes. Souvent employés comme modificateurs de la couperose, presque exclusivement comme remèdes externes. Les principaux sont la créosote. le coaltar saponiné et l'acide pliénique.

La créosote a été employée comme remède interne et comme topique; je ne l'ai jamais expérimentée, mais j'ai souvent employé le coaltar saponiné et l'acide pbcni(pie, qui l'un et l'autre peuvent rendre de très-grands services dans le traitement externe de la couperose.

Caustiques. A cette liste déjà fort longue il faut encore ajouter celle des caustiques pioprement dits, et celle des agents tirés du règne végétal.

Les caustiques les plus employés sont les acides chlorhydrique, nitrique et chromique, les nitrates d'argent et de mercure. Gibert a vu des accidents mortels survenir à la suite de l'emploi des caustiques dans le traitement de la couperose. Ils doivent être rejetés comme inutiles et dangereux.

Aijents modificateurs tir es du règne véçiétal. Les principaux sont l'huile de cade, l'huile de noix d'acajou et l'huile de Cajeput.

L'huile décade, oleum àjunipero, est, selon moi, le modificateur par excellence de la coii|»crose, mais il i'aut savoir la manier couvenablenienl, : tantôt la rendre moins excitante par l'addition d'iiiiile d'amandes douces en proportion plus on moins forte, et lantôt remployer pure, quand, an bout d'un ceiiain temps, son action s'épuise et que le mal reste stationnaire. Pour l'iiuile de cade aussi bien que pour tous les autres agents de substitution, il est bon de prévenir à l'avance les malades de l'excitation momentanée qiii doit suivre les applications de ce topique.

L'Iniile de noix d'acajou, plus irritante que l'imilc de cade, est d'une indication beaucoup plus restreinte.

L'huile de Cajepiit, pure on étendue d'buile d'amandes douces, a été proposée contre la couperose, le psoriasis et d'autres afl'eclions cutanées. Les quelques cas où j'ai cru devoir employer cet agent ne me permettent pas d'en tirer uniconclusion quelconque.

Les modalités patbogéniques qui distinguent les variétés de couperoses sous le rapport de la forme donnent lieu à des indications spéciales : ce sont les modes variqueux, secréloire et bypertropliique.

1" Mode vari(iueur. Dès que l'inllanmiation des glandes sébacées a disparu, les capillaires de la face se dégorgent et l'état variqueux n'est plus apparent ; mais, quelquefois, les vaisseaux dilatés persistent après la résolution des pustules et des tubercules. Dans quelques cas aussi, les varices de la face et du nez sont tellement prononcées qu'elles tourmentent extraordinairemcnt les jeunes femmes qui en sont affectées. Les cathérétiques, les sfyptiqucs, les astringents, leshénioslatitpies, ont été de tout temps employés contre la couperose variqueuse : les anciens en faisaient un fréquent usage. Ils recommandaient les onguents avec le vinaigre et le miel, la terre cimolée, l'alun, les préparations saturnines, etc.. mais tous ces remèdes ne font souvent qu'aggraver la couperose. J'ai employé avec quelque avantage, dans certains cas, rares, il est vrai, le percblornre de fer en lotions et en pommade, l'eau de Brocchieri, l'eau distillée de bourgeons de sapin, mais, il faut bien le dire, ces moyens échouent dans le plus grand nombre des cas. Les médecins anglais et allemands n'hésitent pas à conseiller, dans ces cas, la section des petits vaisseaux, dilatés, soit avec le bistouri à lame étroite, soit avec la pointe d'une lancette à grain d'avoine, puis d'arrêter le sang avec de l'eau froide et de recouvrir les petites plaies d'une couche de collodion élastique pour en favoriser la cicatrisation. Quant à moi, je me borne à \ onctionner les veinules, et à faire immédiatement après ces piqûres une application de perchlorure de fer, à l'aide d'un petit pinceau de blaireau.

2° Mode sécrétoire. La sécrétion sébacée est, comme la dilatation anévrysmatique des capillaires, un effet de l'irritation des glandes sébacées. On doit employer des lotions dissolvantes, telles que l'eau ammoniacale :

Ammoniaque liquide 1 gramme à 1",50.

Eau ilistillée 2S0 grammes.

ou bien les solutions de carbonate de soude ou de sous-carbonate de potasse, l'eau détersive de saponine pure de Lebeuf de Bayonne, qui sont, selon moi, les meilleurs dissolvants des matières grasses.

La production exagérée d'épidcrme sur les surfaces couperosées commande l'emploi des solutions de chlorate de soude ou de potasse, de i à 2 grammes de chlorate pour 500 grammes d'eau distillée.

3» Mode hypertrophique. L'iode et ses préparations sont ici particulièrement

t*0 COUPEROSE.

indiqués ; mais nous donnons la préférence aux lotions et aux pommades avec l'acide phénique. Dans les couperoses mamelonnées, végétantes, on a conseillé l'extirpation des parties exubérantes, et l'amputation partielle dans ces couperoses monstrueuses qui cachent en partie la bouche et les yeux.

Les variétés de siège ne donnent lieu à aucune indication spéciale.

II. Indications FOURNIES PAR l'espèce. \° Couperose de cause externe. C'est ici que s'applique l'aphorisme : Suhiatà causa, toUitur effectus. Si le contact de la poussière de cuivre ou de zinc chez les i'ondeurs et les ciseleurs, si le fard chez les acteurs et les actrices, si le calorique chez les forgerons et les repasseuses, sont l'unique cause de la couperose, on recommande le changement de profession ou tout au moins des soins particuliers de propreté pour empêcher le contact longtemps prolongé de ces irritants sur la face. On peut quelquefois préserver la peau de la figure de leur contact direct par l'emploi de masques ou de corps gras très-doux, tels que le cold-cream, l'onguent de Frank, le beurre de cacao, etc. Dans la couperose pathogénique, produite par l'abus du vin et des alcooliques, le remède est des plus simples et son exécution des plus difficiles. L'ivrogne ne renonce jamais à boire : Qui a bu boira. Il n'en est plus de même quand la couperose paraît se développer sous l'inlJuence de l'iode. On cesse la médication iodique, et tout disparaît. Le brome aussi donne lieu à des éruptions d'acné, mais sans érylhème, et qui disparaissent tout en continuant la médication bromurée.

11 semblerait que le traitement hygiénique de la couperose dût surtout faire partie du traitement des couperoses de cause externe ; nous aimons mieux cependant le rattacher à la cure de la couperose arthriliijue, et en voici la raison : la couperose est très-rarement artificielle; les causes instrumentales n'en sont que des causes prédisposantes, aggravantes ou déterminantes ; presque jamais elles n'en sont la cause efficiente, et comme dans les couperoses de cause interne l'espèce arthritique l'emporte de beaucoup en fréquence sur l'espèce scrofuleuse, c'est surtout à la première que doit être rattaché le traitement préventif.

2" Couperoses de cause interne. A. Couperose scrofuleuse. C'est dans cette espèce que nous employons les préparations ferrugineuses, les eaux chlorurées sodiques et bromo-iodurées, comme l'eau de Sierck, celles de Salins et de Salies deBéarn,ou les eaux chlorurées sodiques et sulfureuses, comme celles d'Uriage, ou enfin les eaux sulfureuses faibles. Les eaux de la Bourboule sont utiles en bains et en douches pulvérisées, dans la forme la plus essentiellement pustuleuse. L'huile de foie de morue, les vins de quinquina et de gentiane, le sirop de Portai, trouvent encore lem- indication dans cette espèce de couperose.

Comme topiques nous avons recours aux modificateurs de l'éruption, à l'huile de cade, qui est généralement bien supportée à l'état de pureté, c'est-à-dire sans mélange d'huile d'amandes douces.

A chacune des formes qui appartiennent plus spécialement à la couperose scrofuleuse conviennent certains topiques spéciaux.

Dans la couperose pustuleuse, si les pustules sont petites, elles disparaissent en général assez promptement sous l'infiuence des applications d'huile de cade ou de coaltar saponiné, réitérées tous les deux ou truis jours. Dans l'intervalle de ces applications, nous faisons laver la figure avec une solution de borax et de carbonate de soude, dans les proportions de 5U centigrammes à \ gramme de borax et de 50 centigrammes à 2 grammes de sousTcarbonate de soude ou de

COUPEROSE. ti7

potasse poui' 300 grammes d'ea\i distillée. On peut ajouter de 10 à 15 grammes de glycérine à ce solutum Les solutions de sublimé et d'arséniate de soude, l'eau de la Hourboule, sont aussi parfois très-utiles. Si les pustules sont grosses et résistantes, nous recommandons d'appliquer sur leur sommet, tous les trois ou quatre jours, ime gouttelette de vinaigre ou d'alcool phéniqué au 9% que l'on y dépose à l'aide d'un pinceau de blaireau.

Dans la couperose sébacée, on lotionne la figure avec l'eavi ammoniacale, ou bien avec l'eau détersive de saponine pure de Lebeuf de Bayonne, étendue d'un tiers ou de moitié de son poids d'eau de sou tiède.

B. Couijerose arlhrilique. GibL>rt n'admettait pas les arlhritidos, mais il reconnaît que le traitement alcalin est celui qui donne les résultats les plus avantageux dans le traitement de la couperose. Après avoir énuméré les moyens conseillés par les auteurs anciens et modernes, il ajoute : « Pour ma part, pour (teuque le sujet offre de résistance et de vigueiu", je combats la turg'^scence du visage par les douclies l'roides en arrosoir, un régime froid, les boissons laxatives et alcalines, et à l'aide de ces seuls moyens, employés avec persévérance, j'ai i^uéri plusieurs individus des deux sexes affectés de couperose déjà fori ancienne. »

Je partage complètement l'opinion de Gibert; c'est au traitement alcaliu et laxatif que je donne la préférence dans le traitement de la coupc.ose arlhrilique. La plupart de mes malades sont soumis au traitement ci-dessous :

1° Malin et soir, cuillerée à soupe de sirop alcaliu dans une tasse de tisane de pensée sauvage :

Sirnp (le saponaire 500 grammes.

Bicarbonate de soude 10 —

ou encore :

Sirop d'orme 500 grammes.

Bicarbonale, benzoate ou laciale de soude. . 12 —

2° Aux repas, le vin sera par tiers ou par moitié mélangé avec l'eau de Cha- Icldon, de Vais ou de Vichy ;

5" Tous les trois ou quatre jours, le matin à jeun, un verre ordinaire d'eau (le Birmenstorf, de Pullna ou de Friedrichsliall, quelquefois remplacé par une cuillerée à soupe d'huile de ricin ou d'hydrate de magnésie.

Ce traitement convient non-seulement à la couperose, mais encore à la plupart des complications qui existent si souvent avec elle. Ainsi l'eczéma qui complique la couperose présente toujours les caractères de l'eczéma arthritique, nuinmulaire, sec, occupant les parties découvertes, la marge de l'anus, les organes sexuels, etc. La dyspepsie est de même nature, et se trouve généralement bien du traitement alcalin. 11 en est de même de toutes les autres complications.

L'arsenic et les préparations arsenicales ne m'ont paru utiles que dans les cas de complication de la couperose artlnilique avec une alfection manifestement herpétique, comme il arrive pour le psoriasis.

Le fer, qui est si bien supporté dans la couperose scrofuleuse, produit en général de mauvais effets dans la couperose arlhrilique.

Il est souvent utile d'associer les alcalins à la digitale quand la couperose est compliquée d'affection organique du cœur.

J'associe les alcalins aux préparations de colchique, au sulfate de quinine, dans les complications de goutte ou de rhumatisme.

Dans les couperoses compliquées de dyspepsie flatulente, on se trouve par-

fois obligé de suspendre l'adminislration des alcalins et de les remplace)' provisoirement parla pepsine, la diaslase ou l'extrait de malt.

Les eaux minérales ne guérissent pas la couperose, qui exige un temps fort long pour disparaître entièrement et sans retour. Celles qui m'ont para modifier d'une manière sensible, bien que peu durable, la couperose artbrilique, sont les eaux de Vichy, de Royat, de Louescbe, de Saint-Christau.

Comme topi(|ucs modificateurs, j'ai employé pendant longtemps le coaltar saponiné et l'acide pbénique ; je donne aujourd'hui la préférence à l'huile de cade pure ou mélangée d'huile d'amandes douces, selon le degré de stimulation que j'ai l'inlrntion de produire. On peut débutei' par l'huile de cade saponmée, qui est beaucoup moins ii'ritante, et qui a l'avantage d'être moins odorante, de ne pas tacher le linge et de s'enlever plus facilement par les lavages. Les applications d'huile de cade sont renouvelées tous les quatre jours au déhut du traitement, puis tous les trois jours et même tous les deux jours, au fur et à mesure que la peau de la face s'habitue à son contact. Dans les intervalles de ces applications, les parties affectées seront lotionnées, deux ou trois fois par jour, avec le solutum ci-dessous :

Bora\ 2?) à 50 centigrammes.

Glycérine , 10 grammes.

Euu distillée 50(» —

On saupoudre d'amidon après la lotion.

Si la couperose est à un degré plus élevé, les lotions seront faites avec :

Borax 1 gramme.

Sous-carlionate de soude ou de potasse. . . 50 cent, à 1 gramme. Eau distillée 500 graiiinies.

Nous employons très-souvent aussi le solutum de sublimé à la dose de 10 à 20 centigrammes pour 250 grammes d'eau distilléeou de lait d'amandes. A des doses plus élevées, le sublimé ne fait qu'irriter les surfaces érythémateuses. L'addition de bromure ou de chlorure d'ammonium ne rend le solutum ni plus actif ni plus efiicace.

Enfin, nous nous sommes parfois bien trouvé de l'emploi de douches pulvérisée< sur la figure, soit avec l'eau de Saint-Christau, soit avec une eau légèrement alcaline, telle que l'eau de Royat ou celle de Vichy.

Les pommades produisent, en général, un mauvais effet. Toutefois, au début, et si l'on a affaire à une couperose squameuse ou pityriasique, on peut essayer l'emploi de la pommade rosat du Codex, de l'onguent de Frank, dont voici la formule qui est des plus simples :

Parties égales de blanc de baleine et d'huile d'amandes douces, faire fondre à un feu doux, et laisser refroidir ; ou bien encore :

Gérât simple 30 grammes.

Soulre précipiié 15 à 25 centigrammes.

OU enfin la pommade au précipité blanc :

Prcci|iiic blanc -15 à 25 centigr.

Axonge ïiO fiiammes.

Essence de roses 2 gouttes.

Quel que soit le mode de traitement que l'on adopte dans la cure de la couperose, il faut; le prolonger longtemps, pendant des mois et même pendant des années, si l'on veut arriver à une cure radicale et exempte de récidive.

COUUAINÏ ÉLECTIUQUE. 2'J

Traitement hijç/iénique. Combattre les causes instrumentales dans les couperoses de cause externe, la scrol'ule et l'artliritis dans les couperoses de cause interne, c'est agir contre la cause erficienle; mais no.us avons dit (ju'iadépendamuient de la cause efficiente il y avait encore des causes prédisposantes et aggravantes, communes à toutes les espèces, et iiKlit|uer les moyens d'éloigner ces dernières, de les diminuer ou de les faire disparaître, c'est établir le traitement liygiéuique de la couperose.

Parmi toutes les causes prédisposantes, il en est une (jue nous ne pouvons atteindre, c'est l'hérédité. Aussi la couperose héi'éditaire est-elle, sinon tout à fait incurable, au moins très-difficile à curer, comme disait Ambroisc l'arc. Toutes les autres ressort issent à l'iiygiène, et le médecin peut avoir de l'action sur elles.

On conseille, quand cela est possible, l'habitation dans un climat sec et tempéré, un régime dou.v ; il faut proscrire l'usage de certains mets qui ont une action évidente sur la peau, le poisson de mer, les crustacés, les viandes faisandées, les salaisons ; défcndie les vins spiritueux, les alcooliques, le thé, le café.

Les personnes atteintes de couperose doivent éviter tout ce (|ui favorise l'afflux du sang vers la tète, comme la iiéquenlation des spectacles et desconceits, l'exposition aux grands froids, à la chaleur, à la llannue des foyers, à l'ardeur du soleil.

On leur iecoumiandei-a d'éviter également, si faire se peut, les discussions animées, les emportements, les querelles, les contrariétés, la colère, enfin toutes les émotions vives.

Ajoutons enfin que ic traitement hygiénique subit encore quelques modifications selon l'espèce de couperose à la(juellc on a affaire. Un régime substantiel, les lonii[ues, le vin de Bordeaux, sont utiles dans la couperose serofuleuse; au contraire, si la couperose est d'origme arthritique, on conseillera plutôt un régime froid, des viandes blanches, des légumes herbacés, de l'eau laiblement rougie aux repas; les exercices actifs sont recommandés dans la couperose serofuleuse et défendus dans la couperose arf 'u'itique. Bazin.

COi^R.tDl. Nom indien, donné ai' Malabar au Greivia orientalis L. {voy. Grewia).

Rheede. Ilorlits Malabaricus. V, 4tj. Pl.

COURAXT ÉLEITR9QUE. Lorsque l'on réunit par un conducteur deux corps chargés d'électricité de noms contraires, ces électricités se recombinent à travers le conducteur pour former de l'électricité neutre; cette combinaison qui se fait dans un temps très-court est susceptible de produire divers effets qui sont surtout appréciables, si la recomposition a eu lieu à travers l'air ou à travers un corps modérément conducteur ; mais en tout cas il n'y a qu'une action inslantanée.

L'action est tout autre, si l'on considère deux électrodes mis en communication avec une source de force électro-motrice susceptible de produire et de maintenir entre ces électrodes une différence déterminée de tension électrique. Là encore la combinaison des électricités se produira, mais, à chaque instant, elle se reproduira et les effets, au lieu d'étie instantanés, dureront aussi longtemps qu'agira la source de force électro-motrice. C'est en somme cette recombinaison

50 ' COURAiNTS MARLNS.

dfis électricités de noms contraires qui constitue ce que l'on appelle le courant électrique [Voy. Electricité).

Conunejit, en réalité, les choses se passent-elles? C'est ce que l'on ne sait et ce que l'on ne pourra savoir tant que l'on ignorera ce qu'esl en somme l'élec- Iricilé. Même en adaieltant l'inpothèse, peu acceptable, de deux fluides, ou n'est pas d'accord sur la signilîcalion de ces mots : courant électrique. Certains auteurs admettent que les électricités de noms contraires réunies aux deux pôles s'avancent l'une au-devant de l'autre pour se recombiner à mi-distance de ces pôles. D'autres pensent qu'il se produit une polarisation moléculaire eu vertu de laquelle toutes les molécules intra-polaires sont chargées d'électricités di' noms contraires à leurs deux extrémités et qu'il se t'ait ensuite et presque en même temps que cette polarisation une recomposition de molécule à molécule. L'elfel serait du même genre, en somme, que ce qui se passe dans l'expérienci' du tube étincelant, si ce n'est que les parties conductrices seraient les molécules mêmes.

Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, il faut remarquer que lorsqu'un fil réunil les deux pôles d'une pile, qu'il est traversé par un courant, suivant l'expression consacrée, il agit soit chimiquement (électrolyse), soit mécaniquement (aimantation du fer doux), de manière que l'effet soit dépendant de la position des pôles. Pour caractériser ces effets, on a attribué un sens au courant (bien que dans l'hypothèse des deux fluides su|3posés, comparés à des fluides matériels, on doive admettre l'écoulement de chacun d'eux vers l'autre, c'est-à-dire : courant de fluide positif, allant dans le fil inlerpolaire du pôle positif au négatif ; courant de fluide négatif, allant du pôle négatif au positil); ce sens est celui d'un mobile qui, dans le conducteur inlerpolaire, irait du pôle positif au pôle négatif (c'està-dire que l'on considère seulement l'écoulement du fluide supposé).

Dans certains cas (expériences d'Œrsted, règle d'Ampère) on personnifie ce courant ; c'est alors un personnage qui nagerait dans le conducteur de manière que le courant lui entrât par les pieds et lui sortit par la tête, ou, suivant les expressions mêmes d'Ampère, qu'il eût les Pieds du côté du pôle Positif et le Nez du côté du pôle Négatif.

Disons encore que, pour comprendre les effets des piles, il faut concevoir que le courant n'existe pas seulement dans le conducteur interpolaire, mais qu'il existe aussi dans la pile; que dans tous les points il a même sens (disons sans insister qu'il a même intensité); mais, pour qu'il en puisse être ainsi, il faut de toute nécessité que dans la pile le courant soit considéré comme se dirigeani du pôle négatif au pôle positif; en tenant compte de cette remarque, le courani se comporte dans la pile absolument comme dans le conducteur interpolairc (pour les détails voij. Elfctkicité).

11 importe de remarquer que cette manière de considérer le sens d'un courani revient au fond à l'hypothèse d'un seul fluide; de telle sorte que, l'étude classique de l'électricité statique reposant sur l'hypothèse de deux fluides, il n'y a aucunr homogénéité dans cette question prise en général. C.-M. G.

COL'RAIVTS MARIXS. Les eaux marines sont soumises à un grand nombre de mouvements, parmi lesquels on distingue les courants proprement dits, dont les uns sont constants, les autres périodiques. Nous parlerons d'abord des courants constants chauds, et ensuite des courants constants froids ou polaires.

Les courants chauds constants appartiennent à l'Océan Atlantique, à l'Océan

COURAINTS MARINS. 5t

Pacifique et à la mei- des Indes ; nous les indiquerons d'ivbord tels qu'ils sont décrits isolément dans les livres classiques de géographie, mode de descri|ition un peu artidciel, il est vrai, mais qui se prèle aux études locales de climatologie, comme en comporte ce Dictionnaire; a|)rès quoi nous verrons comment ou peut les relier ensemble d'après les données acluelles de la science.

1» On compte dans l'Atlantique trois grands courants conslanls. Le principal est le courant d'eau chaude appelé Gulf-Stream (courant du goUè). On le lait naître du cap Saint-ltoque, à l'extrémité est de la côte septentrionale de l'Amérique du sud, le long de hKjuelle il se dirige pour pénétrer dans la mer des Antilles; puis, par le canal du Yucatan, dans le goU'e du Mexi(jue, d'où il sort en fleuve rapide par le canal de la Floride. Sa vitesse après la sortie du canal est de 5 à 8 kilomètres par heure, suivant diverses circonstances, dont la principale est la direction et la force du vent. Il met environ six mois à faire le tour de la mer des Antilles et du golfe mexicain. De la passe de la Floride il court vers le nord-est, le long de la côte des Etats-Unis, entre deux courants froids descendus du ])ôle arctique, glisse par-dessus une des nappes de ces courants froids, puis traverse de l'ouest à l'est, au-dessous de Terre-Neuve, l'Océan Atlantique, où il se partage en deux branches. L'une de ces blanches, (jui est la principale et comme la continuation du grand courant, décrit une courbe dont la concavité regarde l'équateur en mêlant ses flots à ceux du courant é(piatorial, dont nous jiarleions bientôt, et retourne à l'ouest vers les Antilles, en formant ainsi un circuit fermé, d'une température élevée (environ 50" centigrades à l'entrée dans l'Océan), qui embrasse une vaste étendue d'eau presque stagnante, recouverte de varechs. D'après les recherches faites jiar Lcps en 1857, ces varechs naissent sur place, au lieu de provenir, comme on le croyait, d'écueils plus ou moins lointains. C'est la mer de Sargasse (en espagnol Sargaiu, varech). L'autre branche poursuit sa route vers le nord-est et va baigner les côtes d'Europe, principalement celles de France, celles des îles Britanniques, et se prolonge jus(|u'à la Laponie, jusqu'au Spilzberg, et même beaucoup plus à l'est, jusqu'à la Nouvelle-Zemble. Dans ce trajet, la nappe d'eau chaude perd de sa chaleur, surtout à sa surface, et ces couches supeiflcielles en se refroidissant s'enfoncent dans l'Océan, remplacées par des couches profondes qui ont conservé une température plus élevée. Certains auteurs pensent que le Gnlf-Slream envoie un rameau le long de la côte ouest du Groenland dans la mer de Ballîu, se fondant sur ce fait qu'on rencontre dans ces parages des glaces poussées vers le nord en sens mverse des courants polaires indiqués plus haut.

Un autre courant, qu'on fait partir du voisinage des côtes de France, mais qui est, en réalité, un prolongement de la branche inférieure du Gulf-Stream à laquelle se sont jointes des eaux froides descendues des côtes ouest de la Norvège, se dirige du nord au sud le long des côtes d'Espagne, alimente en partie la Méditerranée par le détroit de Gibraltar, se continue le long du continent Africain jusque vers la côte des graines, en décrit les contours, allant de l'ouest à l'est dans le golfe de Guinée, puis du nord au sud [courant de Giiine'e) jusqu'à la pointe australe de l'Afrique, où il croise un courant froid venant du pôle antarctique ; dans cette dernière partie de son trajet, il coule entre le courant froid et la côte africaine, à l'inverse de ce qui se passait tout à l'heure sur la côte de l'Amérique du Nord, où c'était un courant froid qui s'interposait entre les terres et le courant chaud du Gulf-Stream.

Le troisième courant constant de l'Atlantique se dirige des environs du cap

o2 COURANTS MARINS.

Saint-Roque {courant de Saint-Roque) vers le détroit de Magellan en suivant la côte orientale de l'Amérique du Sud, et plonge, à peu près à la hauteur des Malouines, sous la nappe froide des eaux polaires venues à sa rencontre.

L'Atlantique Austral renferme une mer de varech à l'est de la Patagonie, sur la rive est du courant de Saint-Roque, et une autre beaucoup plus à l'est et au nord.

2" Dans l'Océan Pacifique, un grand courant d'eau chaude venu de la mer des Indes par le détroit de llalacca se dirige vers le nord-est entie Malacca et Bornéo, et longe successsivement les côtes orientales de l'Indo-Gliine, de la Chine, du Japon, des îles Aléoutiennes ; puis, s'infléchissant du côté de la côte américaine, va se perdre dans les eaux des tropiques eu formant un vaste circuit ; c'est le Kiiro Siwo ou courant noir du Jajion, dont la température moyenne dépasse de 6 à 7 degrés celle des eaux du littoral. Ce courant se croise avec un courant polaire venu de la mer d'Ochotsk et qui le rejoint à la hauteur de Formose.

Un autre courant, le ()lus large et le plus long de tous, travei'se le Pacilique de l'est à l'ouest en suivant la région équatoriale, mais en répandant chemin faisant une partie de ses eaux vers les pôles et surtout vers le sud. Parvenu à l'extrémité orientale de l'Océan, le courant se divise; d'un côté, il passe, par la mer de Timor, dans l'Océan Indien, et jette autour de l'Australie et de la Nouvelle-Guinée des anses qui se mêlent au courant polaire antai'cliqiie ; de l'autre, il remonte vers les Philippines et la mer de Chine, tourne à l'est et rejoint le courant du Japon. C'est ce double courant qui constitue le Gulf- Slream du Pacifique. Une mer de sargasse se rencontre dans le grand courant du Pacilique entre 28 et 58° latitude nord et lÔD à 175" longitude ouest.

5° La mer des Indes enfin est traversée par un grand coujant d'eau chaude qui, partant de l'extrémité orientale de cette mer, vers l'Australie et les îles de la Sonde, traverse la mer dos Indes de l'est à l'ouest en décrivant une courbe à convexité septentrionale, atteint Madagascar, s'engage entre celte île et la côte orientale d'Afrique, suit le canal de Mozambique et se tei'mine au Cap, là oîi l'on vient de voir aboutir également le courant de Guinée. 11 rencontre alors, comme celui-ci, les eaux polaires, et se mêle aux courants atlanti(jues. Le courant de Mozambique entre Madagascar et la côte africaine est très-rapide; il fournit près de deux lieues à l'heure, llans cet Océan aussi existe vers le sud une mer de sargasse.

Nous avons dit que les courants constants dont il vient d'être question ne pai'courent pas seuls l'immense étendue des mers, et qu'il existe aussi des courants d'eau froide, dits courants polaires. On verra bientôt la part qui revient à ceux-ci dans la grande circulation pélagique. Pour le moment, il ne s'agit que de les décru'e en peu de mois, comme il a été fait pour les précédents.

Il faut savoir tout d'abord que la masse enlièie des eaux polaires, du moins jusqu'à une certaine profondeur, au sud comme au nord, tend à se diri^ï^r vers l'équateur; et elle le fait partout où elle ne rencontre pas un obstacle, tel que les terres ou les banquises. Les courants définis s'établissent partout où la dispositiiiu des lieux permet à la masse liquide de trouver issue et de se fornu'r un lit à la manière desileuves. On doit présumer que, dans les eaux du pôle nord, qui est serré de si près par de vastes continents, une exploration poussée plus loin qu'on n'a pu le faire jusqu'à présent amènerait la découverte d'un ceilain nombre de courants transversaux, c'est-à-dire dirigés dans le sens de la latitude, jusqu'à ce qu'ils trouvent à prendre la route de la zone équatoriale. Il en est

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