DICT
450 CPvANE (développement).
client à la rencontre les unes des autres et s'unissent en une seule à la fin du troisième mois. L'écaillé est alors complétée.
Fig. 4o. — Occipital d'un jeune enfant de 10 ans. — On voit en 6,6 les fentes latérales, vestige de l'espace qui existait entre la lamelle latérale complémentaire et le bord inférieur de la moitié supérieure de l'écaillé. — Même légende que la ligure 43.
Base. Le premier vestige de son ossification se manifeste à la fin du second mois. On voit apparaître sur la ligne médiane deux points placés l'un au devant de l'autre. L'antérieur est le plus volumineux, il forme la plus grande partie de l'apophyse basilaire ; le postérieur, placé immédiatement en arrière au voisinage du trou occipital, s'allonge bientôt en forme d'Y pour former le pourtour de cet orifice. Chez l'adulte, on en retrouve des vestiges dans la présence du tubercule pharyngien.
La corde dorsale, axe provisoire autour duquel se forment toutes les vertèbres, se prolonge dans toute l'étendue de l'apophyse basilaire; il en résulte une grande analogie entre cette apophyse et un corps de vertèbre ; l'existence des
CRANE (développement). 'iS'l
deux points d'ossification que nous venons de décrire complète celle ressemblance. MM. Ranibaud et Renault ont, eji effet, démoutn'' l'existence de deux points d'ossification placés l'un au devant de l'autre dans chaque corps vertébral.
Condyles. Ils ne commencent à s'ossifier qu'à la huitième semaine, quelquefois dans le courant du troisième mois. Les points qui les constituent servent en outre à la formation des apophyses jugulaires et des parties latérales du trou occipital .
D'après ce qui précède, ou voit que cet orifice est formé par la convergence des points d'ossification principaux. Cependant il subsiste jusqu'à la fin du troisième mois une partie non ossifiée due à l'écartement postérieur des deux centres coudyliens. Cette lacune est comblée par un petit point accessoire qui naît à ce moment. Bien que découvert depuis longtemps, il a été oublié par la plupart des anatoniistes. Voici en quels termes Kerckring l'a décrit poiu' la première fois : « Le troisième mois passé, toutes ces pièces (points d'ossification de l'écaillej s'unissent en une seule. Cette union s'élant accomplie, il se joint à cette pièce pour la perfectionner un nouvel osselet triangulaire. Il touche par une de ses pointes l'écaillé, par les deux autres il s'étend vers les condylus qu'il atteint vers le huitième mois; au neuvième, à moins d'anomalie, il se confond avec l'écaille. » L'osseletde Kerckring, d'abord simple granule osseux, s'allonge peu à peu en manière de stylet qui formera la partie inlérieiu'e de la crête occipilale interne.
Deux petits points comnlémentaires se montrent à la même époque sur la face externe de l'occipital da.is le point oii sera plus tard l'extrémité de la gouttière latérale. Ces points servent à la formation de lamelles qui se soudent bientôt avec la moitié inférieure de l'écaillé; mais elles restent séparées de la moitié supérieure par une fente qui persiste longtemps après la naissance, et qu'on peut voir près de l'angle de l'os au fond de la gouttière.
Voici l'ordre dans lequel se soudent, d'après Sappey, ces diverses parties : La partie supérieure de l'écaillé s'unit très-rapidement à la partie inférieure, sauf dans les parties latérales ; cette dernière se soude avec les points latéraux des condyles dans le cours de la deuxième année ; leur soudure se fait de dehors en dedans, contrairement à celle des deux premiers, qui a lieu de dedans en dehors ; les deux points latéraux ou condyliens s'unissent à l'antérieur ou basilaire à sept ou huit ans ; cette union a lieu de haut en bas ; longtemps après qu'elle s'est complétée du côté du crâne on aperçoit encore sur la face inférieure des condyles une fissure transversale qui disparait à son tour. ,
L'ossification de l'occipital est de tous les os du crâne celle qui est sujette au plus grand nombre de variétés. Kerckring, Luschka, Rambaud et Renault affiiment avoir rencontré des occipitaux dont l'écaillé était restée composée de quatre pièces longtemps après l'époque oii elles ont coutume de se souder. On observe parfois chez l'adulte, et jusque dans la vieillesse, une fente horizontale longue de 1 à o centimètres, qui part de l'extrémité inférieure de la suture lambdoïde et se dirige en dedans vers l'inion. Il ne faut peut-être pas confondre cette scissure occipilale, ou mieux interpariétale, avec la suture interpariélaîe qui limite plus ou moins complètement un os épactal. La scissure pourrait correspondre à l'ossification défectueuse des lamelles latérales complémentaires signalées plus haut : la suture se rapporte certainement à la soudure incomplète de la pièce cérébrale de l'écaillé, qui rappelle chez l'homme l'os inlerpariétal.
452 CRANE (développejient) .
Une véritable anomalie d'ossification aujourd'hui bien étudiée est l'existence de l'os épaclal. Ou le rencontre assez fréquemment à la partie supérieure de l'occipital, qu'il sépare des pariétaux. Sa forme arrêtée, son étendue, la constance de ses connexions, son mode do développement, sont autant de caractères qui le
rig. 40. Fig. 47.
Os épactal. Variétés (d'après Jacquarl).
Fi". 48.
rapprochent de l'os bit er pariétal des animaux et en font une véritable anomalie réversi^'C.
Son existence serait très-fréquente, d'après Rambaud et Renault, qui l'ont
Fig. 49. — Os interpariétal double clioz un embryon de taureau {Ibid.).
1.2, Os inlerpariétaux triès-dislincts et qui formeraient par leur réunion un os épaclal unique et triangulaire tout à fait semblable à celui lie Vhomme dans son état de simplicité. — 3.4, Pièces déjà soudées entre elles, si ce n'est postérieurement où l'on trouve encore une petite échancrure; elles complètent l'os sus-condylial dans ce sens. — 5.6, Os condyliaux. — 7, Os basilial.
Fi?. 50. — Os interpariétal chez un embryon de chèvre (Ibid.).
1 "', Os interpariétaux déjà réunis en arrière, mais encore séparés en avant par la fissure 1. — 2, Pièce qui complète en arrière l'os sus-condylial. — 5.3', Les deux pariétaux. — 4 4', Les condyliaux. — 5.6', Les temporaux. On voit que la pièce 7, demeurée distincte, représentera exactement un os épactal humain lorsque la fissure 1 aura disparu par les progrès de l'ossification .
rencontré, disent-ils, 16 fois sur 85 tètes d'adultes. Tout autre est le résultat des recherches de H. Jacquart (De la valeur de Vos épactal, etc. In Journal de Brown-Séquard, t. II, p. 244 et 265, 1862). « Depuis dix ans, écrit-il, aue j'ai concentré toute mon attention sur la recherche de l'os épactal dans la col-
CRANE (développemknt). 455
leclion du Muséum dont le nombre de crânes dépasse le cliiffre de deux mille, je n'ai trouvé cet os ou une partie de cet os que seize fois. »
Il paraît plus que probable, d'après cette divergence, que les auteurs précités auront donne à tort le nom d'os épactal à un simple os wormien. Ce qui permettra de ne pas faire cette confusion, c'est l'étude attentive des connexions de cette pièce.
Pans son complet développement, et à son état do simplicité, il a la forme d'un triangle qui a pour base la suture qui le sépare du reste de l'os et pour côtés les brancbes de la suture lambdoïde. Celle base sinueuse se continue avec les sutures pariéto-mastoïdiennes, passe à 2 centimètres à peine audessus de la protubérance occipitale externe et se rapproche latéralement de la ligne courbe supérieure pour aboulir à la partie inférieure de la suture lambdoïde.
On peut trouver l'os épactal double, ce que l'évolution de l'occipital permet de comprendre sans peine, ou même triple. En pareil cas, il faut admettre un trouble dans l'évolution normale, et le dédoublement d'un des centres latéraux d'ossification de la portion supérieure de l'écaillé.
Ou a donné différents noms à cet intéressant osselet qui, du reste, a souvent été confondu avec un os wormien; l'erreur inverse a éoalcment été commise, et il faut avouer que, s'il est toujours facile de l'éviter quand l'os est composé d'une seule pièce, il est parfois presque impossible, quand l'écaillé de l'occipital est composée de pièces multiples, de déterminer exactement quelles sont celles qui sont dues à un arrêt de soudure avec ou sans dédoublement des foyers d'ossification normaux, et quelles proviennent de noyaux supplémentaires nés dans la membrane fontanellaire ou la suture. Ces deux modes d'évolution peuvent en définitive aboutir à un résultat à peu près semblable, bien qu'ils diffèrent radicalement au point de vue pliilosopbique, puisque l'un constitue une anomalie par défaut , et l'autre une anomalie par excès.
Quoi qu'il en soit, voici les différents noms qu'on trouve dans les auteurs pour désigner le noyau ou les nodules osseux situés au sommet de l'écaillé de l'occipital : Os triquetra (Olaus Wormius, Epistolœ, Copenhague, 1671), os épactal ou de Goethe (Fischer, Observata quœdam de osse epactali seii Gœthiano. Mosquae, 1811). 11 n'est pas douteux que cet osselet ne soit l'analogue de l'os appelé chez les animaux os transversum (Meyer. Prodrome de l'anatomie des rais, 1800), ou os interpariétal (E. Geoffroy-Saint-Hilaire. Mémoire sur le crâne des oiseaux, 1807).
Tiedemann a, l'un des premiers, bien distingué et figuré l'os épactal {Zeitschriftfùr Plnjsiologie, t. III, 1829, tab. XIV et XV).
Sans empiéter sur le domaine de l'analomie comparée, j'ai cru devoir placer ici , immédiatement après la figure d'os épactaux de l'espèce humaine, celle des os interpariétaux dont ils rappellent si exactement le souvenir.
Fis
SI. — Os inlcrpariétal unique chez un fœlus de chai de Sjours (Ibid.).
1.1, Les deux pariétaux. — 2, Os inlerpariétal, triangulaire comme l'os épactal de Thommc. — 2', Partie postérieure du sus-condylial, dont 2 est l'antérieure. — 3.5', Les condyliaux.
454 CRA^'E (dé veloi'pemem) .
11 y a quelques années, l'anthropologie fut émue d'une proposition singulière. Ses auteurs, MM. Tchudy et Rivero, soutenaient que l'existenee de l'os épactal était la règle, au moins chez les enfants, dans les trois races primitives du Pérou, les Chincas, les Agmaras et les lluancas [Antiquités péruviennes, par Mariano Edward, Rivero et J.-J. von Tchudy, ch. 11, p. 25, 1853). L'os épaclal prenait par suite le titre ambitieux d'os de VIncas, os Incœ. « A quatre ou cinq mois, disaient-ils, cette pièce est régulièrement unie à l'occipital, et l'union commence au milieu de la suture : même après une année, on ne trouve pas celte union complètement effectuée, si ce n'est dans le milieu ; un sillon indique la place de la suture. Il n'est pas effacé même dans un âge plus avancé et peut être facilement reconnu d;ms tous les crânes de toutes ces races. » 11 est pi-ouvé aujourd'hui que cette affirmation était absolument gratuite [Sur une momie de fœtus péruvien, par P. Broca, Bull, de la Soc. d'Anthrop., 2« série, t. X, p. 155).
Sphénoïde. Pendant la période de son développement, on peut distinguer deux phases : dans la première, qui va du troisième au septième mois, les points d'ossification apparaissent successivement et se rassemblent en deux groupes principaux, de manière à donner à l'os une apparence double : sphénoïde antérieur, sphénoïde postérieur. Dans la seconde phase, qui commence à la fin du septième mois et n'est pas complète au moment de la naissance, les deux sphénoïdes se fusionnent en un seul et différents détails de structure se montrent qui donnent à l'ensemble de l'os sa constitution définitive. Enfin on pourrait établir une troisième phase dans l'évolution de l'os, marquée par sa soudure avec l'apophyse basilaire de l'occiijital vers l'âge de quinze à seize ans.
Après cette vue d'ensemble et pour tout ce qui a trait aux détails d'ossification, je me bornerai à reproduire la description très-nette que le professeur Sappey en a donnée.
Le sphénoïde, dit-il, se développe par quatorze points d'ossification : deux pour la partie antérieure et quatre pour la partie postérieure du corps ; deux pour les petites ailes, deux pour les grandes ailes et l'aile externe des apophyses ptérygoïdes, deux pour l'aile interne de ces apophyses et deux pour les sinus spliénoïdaux.
Les deux points qui produisent les grandes ailes sont les premiers qui se montrent. Ils apparaissent à deux mois et demi. Les autres ne tardent pas à les suivre, en sorte que veis la fin du troisième mois de la vie fœtale ou au commencement du quatrième on peut en général les distinguer tous, à l'exception cependant de ceux qui formeront les sinus du sphénoïde.
Les deux points internes de la partie postérieure du corps, très-rapprochés de la ligne médiane, sont toujours les premiers qui se soudent. Au début du quatrième mois on les trouve déjà en partie réunis. Tantôt ils commencent à se souder par leur partie antérieure, et, comme leur forme est arrondie, ils restent distincts encore en arrière. Tantôt ils s'unissent d'abord par leur partie postérieure et forment alors un petit arc à concavité antérieure. Tantôt enfin ils se confondent primitivement par leur partie moyenne ; dans ce cas, ils se présentent sous l'aspect d'un petit rectangle transversalement dirigé.
Les deux points externes de la partie postérieure du corps répondent aux gouttières caverneuses. Ils sont allongés dans le sens transversal et se soudent aux points iïiternes vers la fin du quatrième mois de la vie intra-utéiine.
Les deux points de la partie antérieure du corps restent longtemps séparés
CRANE (DÉVELnprEMENT). 455
l'un de l'autre. Ils s'unisseut d'abord avec ceux des petites ailes qui décrivent une arcade pour se porter à leur rencontre, laquelle se transforme en trou pour le passage des nerfs optiques. Après cette soudure, qui a lieu vers la fin du cinquième mois, ou les voit se rapprocher et se continuer en avant, mais rester très-écartés en arrière : ainsi soudés entre eux et aux apophyses d'Ingrassias, ils constituent le sphénoïde antérieur.
Les quatre points de la partie postérieure du corps, en se réunissant aux grandes ailes et à l'aile interne des apophyses ptérygoïdes, forment le sphénoïde postérieur.
Les deux sphénoïdes commencent à se fusionner vers la fin du septième mois. Leur union déhute constamment par les parties latérales des deux corps. Au huitième mois, on les trouve presque toujours soudés l'un à l'autre au niveau des gouttières caverneuses, et séparés sur la ligne médiane par un espace triangulaire à base postérieure. Cet espace correspond en haut au bord postérieur de la gouttière optique et en bas à la partie postérieure du bec du sphénoïde. Il se comble peu à peu de haut en bas, en sorte qu'à la naissance les deux sphénoïdes sont complètement soudés supérieurement, mais encore distincts inférieurement. A cette époque aussi ou dans les premiers mois qui la suivent, les grandes ailes se soudent au corps du sphénoïde postérieur. Leur soudure répond au bord externe des gouttières caverneuses ; elle a lieu également de haut en bas. Plusieurs années après la naissance, on peut en retrouver des vestiges sur la face inférieure de l'os, principalement au-dessous du trou optique.
Le point qui occupe l'aile interne des apophyses ptérygoïdes s'unit très-
Fig, 52.
Fi g. 55.
Développement du splicnoiile (d'après Sappey).
Fig. 52. — Sphénoïde d'i/n fœtus de trois mois et demi à quatre mois, sur lequel les douze points primitifs sont très-manifestes. — 1, points d'ossification qui produiront le corps du sphénoïde antérieur ; 2,2, petites ailes ; 5, points d'ossification moyens du corps du sphénoïde postérieur ; 4,4, points latéraux de ce corps ; 5,5, ailes internes des apophyses ptérygoïdes; 6,6, ailes externes et grandes ailes.
Fig. 53. — Sphénoïde appartenant à un fœtus un peu moins âgé et sur leguel cependant les deux points moyens du corps du sphénoïde postérieur sont déjà réunis. — En s'unissant, ils ont formé un noyau allongé transversalement, qui décrit une courjjure à concavité antérieure. Les autres points d'ossification sont encore complètement indépendants. Les mômes chiffres indiquent les mêmes points d'ossification.
Fig. 54. — Sphénoïde d'un fœtus de huit mois. — 1,1, les'deux points du corps du sphénoïde antérieur encore très-écartés l'un de l'autre, mais déjà conligus aux petites ailes ; 2,2, petites ailes contribuant avec les points précédents à circonscrire le trou optique; 5, les quatre points du corps du sphénoïde postérieur réunis en avant; 4, ces mêmes points présentant en arrière des traces de leur indépendance primitive ; 5,5, ailes internes des apophyses ptérygoïdes non encore soudées; 6,6, ailes externes de ces apophyses et grandes ailes.
promptement avec les points latéraux externes du corps du sphénoïde et avec la partie correspondante des grandes ailes. Le conduit vidien ou ptérygoïdien résulte de la conjugaison de ces trois points d'ossification, de même que le trou optique résulte de la conjugaison des deux points latéraux du sphénoïde antérieur.
4j0 CRANE (développement).
Dans le cours de la première ou de la deuxième année apparaît le crocliet de l'aile interne des apophyses ptérygoïdes ; il se soude immédiatement.
On ne trouve pas de traces des sinus sphénoïdaux avant la troisième année ; à cette époque on voit sur la face inférieure de l'os, des deux côtés du bec, deux pièces osseuses de forme pyramidale creusées d'une petite dépression. Ces petits corpuscules osseux mesurent à peu près 0,007 millimètres et la dépression qu'on y rencontre a 0,001 millimètie de prolondeur. Telle est l'origine des sinus sphénoïdaux (Rambaud et Renault). Ce n'est guère que vers la quinzième année qu'ils ont acquis leur développement complet.
Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'origine et les véritables connexions des cornets de Berlin. Pour certains d'entre eux, ces minces lamelles sont une véritable dépendance de l'ethmoïde, avec lequel ils restent unis fréquemment lorsqu'on désarticule les os. Il est certain que des déterminations de cet ordre sont toujours plus ou moins artificielles. Sans m'y arrêter davantage, je rapporterai la description qu'en donne M. le professeur Sappey, non sans faire remarquer qu'elle contredit quelques points que je viens de signaler d'après Rambaud
et Renault.
D'après cet éminent anatomiste, que je cite ici textuellement, les deux points (pii donnent naissance aux sinus sphénoïdaux se montrent six ou huit mois après la naissance. Us sont situés à droite à gauche du bec du sphénoïde, sous le corps de l'os déjà très-épais et presque uniquement composé de tissu spongieux. Chacun d'eux revêt la figure d'une petite lamelle triangulaire à base anlérieure s'enroulant sur elle-même, de telle sorte qu'elle est convexe en bas ot concave en haut. A dix-huit mois ou à deux ans, cette lamelle représente un demi-cône. A trois ou quatre ans, elle forme un cône à peu près complet dont la base regarde les gouttières ethmoïdales et semble en faire partie : de là le nom de cornet sous lequel elle a été décrite par Bertin, en 1774 ; de là aussi celui de cornet de Bertin qu'elle a conservé depuis cette époque.
Le cornet continue à se développer dans les années suivantes, soit dans le sens transversal, soit dans le sens antéro-postéricur. En même temps, la partie correspondante du corps de l'os se creuse de chaque côté, et finit par se réduire à une simple cloison. Les cornets sphénoïdaux ont subi alors leur dernière transformation. C'est sous cet aspect qu'ils se présentent à huit ou dix ans. A cet âge, ils constituent une lame irrégulièrement triangulaire qui forme la paroi antéroinférieure du sinus. Leur bord externe répond au sillon dans lequel sont reçus les bords du vomer. Leur bord interne s'applique : en arrière, à la partie médiane de la face inférieure du corps du sphénoïde; en avant, au bec très-aminci de l'os et à la crête qui le surmonte. Le bord antérieur présente une échancrure qui contribue à former l'oriiîce par lequel chaque sinus communique avec les fosses nasales. L'époque à laquelle les cornets de Bertin se soudent au reste de l'os est extrêmement variable ; en général, cette soudure s'opère de douze à quinze ans ; rarement plus tard, souvent plus tôt.
Ethmoïde. Cet os présente trois centres d'ossification dans chacun desquels on compte des points multipliés. Le centre médian (apophyse crisla-galli et lame perpendiculaire) offre seul quelque régularité dans le nombre des points osseux primitifs. Quant aux centres latéraux (lame criblée, cornets, os planum) , ils se forment par des points très-nombreux qui n'offrent rien d'absolument fixe. Kerckring, le premier, a bien décrit l'ossification de cet os au moment de la
GRAINE (di':v ei.oitemewt)
naissance; le complcmcnt de ce travail a été nettement établi par liambaud et Renault.
Au quatrième mois de la vie intra-utérine, on voit dans l'ethmoïde, jusque-là entièrement cartilagineux et fibreux, apparaître en certains points de petites trabécules osseuses, verticales ou obliques, au niveau dçs masses latérales. Ces trabécules se réunissent bientôt pour constituer d'aboi'd les cellules ethmoïdalcs, puis les cornets ; l'ossification de ces diverses pièces est complète à la naissance. À ce moment, elles sont unies entre elles par une lame fibreuse très-dense, qui passe comme un capuchon sur l'apophyse crista-galli, encore cartilagineuse, ainsi que le petit plancher horizontal qui constituera plus tard la lame criblée.
Fig. 55 et fig. 50. — Elhmoïde à la naissance (d'af rès K. et It.).
1, cloison médiane cnlièrement cartilagineuse; 2, apophyse crista-galli cartilagineuse; 3, cellules etiimoïdales, cornets et os plunum enveloppés d'une lame liljreuse très-épais-^e qui leur sert de protection et de moyen d'union; 4,4, masses latérales (cartilagineuses); 5, capuchon liljrcu\ iiiacé à cheval sur l'apophyse crista-galli et se continuant latéralement avec la lame fihreuse dans laq\ieUe se sont développés les cornets; 6,6, lames cartilagineuses horizontales (lame crihlée) et s'unissant ultérieurement avec les parties correspondantes 4,4, des masses latérales.
A la fin de la première année, on aperçoit à la base de l'apophyse crista-galli, de chaque côté, suivant la direction que prendra la lame criblée, une série de granules osseux ayant chacun un demi-millimètre environ. Ils sont au nombre de cinq de chaque côté et par leur coalescence foriuent les deux tiers postérieurs de l'apophyse crista-galli et la moitié interne de la lame criblée.
La moitié externe de cette lame ne s'ossifie que dans le cours de la deuxième année; en même temps l'ossification de la crête se complète d'arrière en avant, et un petit point complémentaire apparaît à son sommet. La lame verticale est peu à peu envahie.
Au commencement ou dans le cours de la quatrième année, le petit point complémentaire que je viens de signaler au sommet de la crête envahit tout ce sommet et se prolongeant en arrière se soude à sa partie postérieure; en avant il n'a pas encore envahi le cartilage jusqu'à la laïue criblée, de sorte qu'il semble coifl'er le sommet de la crête comme un bonnet phrygien. La soudure des deux moitiés externe et interne par lesquelles se développe la lame crihlée est dès lors achevée. Un petit point complémentaire nettement distinct est apparu pour circonscrire le bord externe de la fente par ovi passe le filet ethmoïdal du nerl' nasal interne. A vingt-cinq ans, il y a articulation, mais non soudure, de la lame verticale de l'ethmoïde avec le vomer. Cette soudure, constante dans la vieillesse, peut apparaître dès quarante ans. Une autre conséquence du progrès de l'âge est î'écartement de plus en plus grand de l'os planum et de la lame criblée. Cette modification est due au développement croissant des sinus frontaux auxquels
i58 CRANE (dévelûppejiext).
répondent les demi-cellules osseuses qu'on observe en ce point sur l'cthmoïde
des gens avancés en âge.
Frontal. Cet os a deux centres principaux d'ossification, que Fallope
d'abord, Kerckring ensuite, ont nettement indiqués ; des points accessoires, au nombre de six granules complémentaires, peuvent en outre y être distingués.
Dans le deuxième mois selon Ruyscb, au commencement du troisième d'après Kerckring, vers le soixante-cinquième ou soixante- ^ dixième jour d'après Rambaud et Renault, on
Fig. 57. — Frontal au troisième mois y^^ apparaître sur cbaciue arcade orbitaire
(eVaiirès U. et R.). ,.^^ • 'o j
une ligne osseuse opaque qui s étend par un
1, large intervalle qui sépare le. deux prin- ^^ l^ .-OÛte orbltairc ct SUr la facC
eipales pièces (frontal moyen); 2, point ^«=^^"^1 ^^•^ '" iv^i^iv.
osseux conip:émentaire externe (corres- antérieure du froutal. Les maillcs de cc réscau
poudant au frontal postérieur do Cuyier); rétrécissent de pluS OU pluS et, dans le
o,ô, point osseux complémentaire interne '^^ ivl-•^.^JlJ.Jv.l•.. >- ^ t ^
(frontal antérieur). couraut du troisième' mois, atteignent la cir-
conférence de l'os ; les bosses frontales sont les parties où l'ossification est le plus en retard. Vers le soixante-quinzième jour, suivant M. Serres, apparaissent de cbaque côté sur le frontal deux points osseux complémentaires, l'un en arrière et en dedans de l'apophyse orl)itaire interne au-dessous du lieu que doit occuper la poulie de réflexion du grand oblique, l'autre vers l'apophyse orbitaire externe. Le premier point forme une pièce qui correspond au frontal antérieur de Cuvier, le second au frontal postérieur. Suivant M. Serres, les six pièces du frontal que nous venons d'indiquer sont séparées jusqu'au quatrième mois ; toutefois le sillon qui les sépare est sauvent très-peu profond, et, quoique la trace de leur séparation persiste bien souvent jusqu'à la naissance ct au delà, les points cartilagineux ont ordinairement disparu dès le septième mois.
Les rudiments de la fosse lacrymale n'apparaissent qu'au sixième mois. Elle est d'abord largement ouverte sur le côté et percée d'un trou qui est l'orifice d'une gouttière résultant du rapprochement des deux lames qui servent à former cette fosse : l'une de ces lames provient de la partie externe de la voûte orbitaire ; l'autre de la face postérieure de l'apophyse orbitaire externe. Une année après la naissance, toute trace de la suture de ces lames a disparu.
A la naissance, le frontal est encore largement divisé en deux moitiés; toutes les pièces accessoires sont soudées ou à peu près, l'épine nasale est cartilagineuse ; les bords du iVontal qui correspondent à ceux de l'ethmoïde sont minces et tranchants ; on ne trouve aucune trace des cellules qui compléteront plus tard les cellules ethmoïdales non plus que des sinus frontaux.
La soudure des deux moitiés du frontal débute ordinairement dans la deuxième année au niveau de leur tiers moyen. Les cellules ethmoïdales commencent alors à se développer. Quant aux sinus frontaux, ils n'apparaissent que vers la huitième année. Mais ce n'est que plus tard qu'ils acquièrent toute leur étendue par le refoulement de la lame antérieure de l'os. Ils prennent parfois des proportions considérables. Ruyscb les a vus se prolonger jusque dans les pariétaux, disposition qui, comme je l'ai déjà dit, est normale chez certains animaux.
CRANE (DÉVELCirPEMENT . 459
La suture niédio-frontale ou métopique, trace de la division primitive de l'os, peut persister anormalement dans l'âge adulte, bien que, comme règle, elle doive être à peine apparente vers ses extrémités à la dixième année.
Fig. 58. — Frontal d'un enfant de huit ans (d'après K. et R.). Le tiers moyen de la suture médio-frontale est soudé. Au-dessus et au-dessous elle persiste.
Je reviendrai plus loin sur ce sujet.
Temporal. Comme je l'ai déjà indiqué en eu faisant la description, cet os est composé d'éléments complexes parmi lesquels les uns servent à compléter l'enceinte crânienne, les autres forment le revêtement osseux des parties molles de l'oreille interne. Je m'arrêtai fort peu sur ces dernières, renvoyant pour plus de développements à un article ultérieur {voy. Oheille).
Si l'on fait abstraction de l'apophyse styloïde qui appartient, en somme, bien plutôt à l'os hyoïde {voy. Hyoïde), on peut dire que le temporal se développe par trois centres principaux d'ossification : 1° l'écaillé, 2" le cercle tympanal, 5" le rocher. Chacun d'eux est à son tour formé par plusieurs points^
L'écaillé, comme toutes les autres portions de la voûte du crâne, n'est pas précédée d'un cartilage préexistant, et le tissu osseux s'y développe au sein de la trame embryonnaire. Les autres portions du temporal se développent par la substitution progressive de l'os au cartilage qui le précède. Cette ostéogénie est commune à tous les os de la base.
Vecaille se développe par trois points d'ossification qui occupent le pourtour supérieur du cercle tympanique. Le premier correspond au zygoma, il se montre
4(50 CRANE (DÉvELorpEMENi).
au commencement du troisième mois de la vie fœtale sous la l'orme d'un réseau dans le point qui sera plus tard la racine de cette apophyse. L'indépendance de ce point d'ossification a été mise hors de doute par Béclard {Archives de Meckel, Yl, 427).
Fig. 60.
Fig. 59. — Teiiifiorul tlu .10° au & jour (d'après tV. et R.).
1,1,1, les Irois points d'ossificatiou du cercle du tympan; l'un, médian inférieui-, le plus long; deux latéraux supérieurs; 2, lamelle osseuse de l'écaillé i-éparce à sa hase du zyyoma et de l'épitympanique par un intervalle cartilagineux d'un demi-milliméive ; 3, point osseux en forme de stylet occupant l'apophyse zygomatique; 4, point os>eux épilynipanique.
Fig. 60. — Temporal pendant la première année (d'après II. et B.). i, cercle du tympan qui reste fixé à l'écaillé, bien qu'il n'y ait pas encore soudure osseuse; 2, écaille.
Le second centre de l'écaillé correspond à sa partie scjuauieuse proprement dite, et se soude très-rapidement avec le point précédent.
Le troisième, situé en arrière et au-dessous de ces derniers, au-dessus du cercle tympaniqne, d'où le nom de épitympanique qui lui a été donné, a été découvert chez les mammilères par M. Serres. Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, (pii l'a étudié sur les poissons, l'a pour cette raison appelé serrial.
Le rocher s'ossifie par divers points d'ossification qui apparaissent vers le troisième mois de la vie intra-utérine. Voici, d'après Rambaud et Renault, rénumération des nombreux points qu'on y i-encontre : deux points principaux: pour le limaçon; six pour les canaux demi-circulaires; neuf pour les osselets. Les mêmes auteurs y reconnaissent en outre des points complémentaires qui servent au revêtement de ces diverses parties, savoir : trois pour le limaçon, trois pour les canaux demi-circulaires, un pour le toit de la caisse, un pour le plancher de la caisse, un pour l'éminence raamillaire.
Il n'y a pas de centre d'ossification spécial poiu- l'apopliyse mastoïde, ainsi que le croyait Kerckring. On sait depuis Béclard que c'est une simple dépendance du rocher et qu'il est exceptionnel d'y rencontrer un ou deux noyaux osseux distincts.
Le troisième centre d'ossification du temporal ou cercle du tympan commence à s'ossifier dans le cinquième mois par trois points, un médian, un inférieur, et deux latéraux supérieurs. L'orifice ainsi limité offre dès son apparition un volume considérable qui égale presque celui qu'il aura chez l'adulte.
Au moment de la naissance, l'union des différentes pièces est presque complète et ne tarde pas à s'achever. On peut noter à cette époque différentes particularités qui impriment au temporal de l'enfant une physionomie spéciale : la cavité glénoïde est remarquablement petite et le relief de la racine transversc de l'apophyse zygomatique se voit à peine en avant de la surface articulaire. La région mastoïdienne est plate : l'apparition d'une apophyse en ce point est un phénomène de développement ultérieur, en rapport avec la formation des cellules mastoïdiennes. L'ossification du rocher présente encore deux lacunes : la pre-
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aiicre sur sa face inférieure à sou union avec l'écaillé, où existe une mince couche de cartilage; la seconde à sa face postérieure entre l'orifice interne du conduit auditif et le point qui correspond au canal semi-circulaire supérieur ; il y a là un véritable trou comblé par du cartilage. Le cercle tympanique est incomplet dans une petite portion de sa circonférence supérieure , mais deux extrémités sont unies à l'écaillé ; le reste du cercle demeure libre assez longtemps après la naissance. Il est dirigé obliquement de haut en bas et de dehors en dedans, en sorte que sa partie supérieure est située immédiatement au-dessous du zygoma, tandis que son extrémité inférieure confine au canal carotidien. Le conduit auditif osseux ne se complète qu'après la naissance. C'est la lèvre externe du cercle du tympan qui, en se développant de plus en plus, forme la paroi inférieure du conduit. Ce travail d'ossification reste longtemps incomplet, et la partie inférieure du conduit auditif osseux présente parfois chez l'adulte une minceur particulière et même une perte de substance qui est l'indice de cet arrêt de développement. La fissure de Glaser, vestige de la séparation originelle entre ■les portions tympanique et squameuse du temporal, est notablement plus large à la naissance que chez l'adulte.
Dans les premiers mois de la vie extra-utérine se développe dans le cartilage situé entre l'occipital et la portion nijistoïdienne du temporal un point d'ossification lamellaire analogue à celui que j'ai signalé au fond dos gouttières latérales de l'occipital. Cette lamelle se soude rapidement à la portion mastoïdienne , oii elle prend part à la constitution de la gouttière latérale. Ce point offre nu certain intérêt au point de vue philosophique : on peut le considérer comme l'analogue du paroccipital de R. Owen.
L'apophyse vaginale ne se forme pas un point spécial ; cette saillie est constituée par l'extension du plancher de la caisse et du cadre du tympan.
L'apophyse styloïde est représentée à la naissance par une petite tige cartilagineuse entourée d'une épaisse gaine de tissu fibreux. Elle s'ossifie de huit à douze ans par deux ou trois points distincts.
Les cellules mastoïdiennes apparaissent dès la fin de la première année, d'après Sappey, par résorption du diploé ; à mesure qu'elles se développent, on voit s'accuser la saillie de l'apophyse mastoïdc.
La réunion rapide de l'os tympanique et de l'écaillé est un des caractères les plus frappants de l'ossification du crâne humain. Chez beaucoup d'animaux, cette pièce unie au rocher et à la poetion mastoïdienne ainsi qu'à l'apophyse styloïde constitue un os entièrement distinct de celui que forme la portion squameuse.
Lobstein a figuré sur cet os une fente congénitale qui commençait au voisinage du rocher et s'étendait jusqu'auprès de la bosse pariétale {Traité d'anat. path., pi. V, fig. 2). Meckel a, de son côté, décrit des fentes analogues {Handbuch der path. Anat., l. 359). C'est aussi sans doute à une malformation congénitale plutôt qu'à un travail pathologique qu'il faut rapporter l'étroitesse extrême allant même jusqu'à l'oblitération du canal carotidien, telle que l'a observée Otto.
Pariétal. Depuis Albinus, qui le premier en avait donné une étude assez complète, la formation du pariétal n'avait que peu attiré l'attention des anatomistes. Tout l'écemment M. Broca a présenté des remarques très-intéressantes sur ce sujet. J'aurai à le citer longuement. Je ferai aussi à la thèse d'un de ses
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élèves, M. A. G. Augier,des emprunts considérables. La nouveauté de ce sujet fera, je l'espère, pardonner la longueur de ces développements.
C'est vers le quarante-cinquième jour de la vie intra-ulérine, dans le point où sera plus tard la bosse pariétale, qu'apparaît le point unique d'ossification. Il forme un petit réseau de plus en plus foncé dans la membrane demi-transparente de tissu embryonnaire qui constitue en ce point la voùle du crâne. De ce centre d'ossilicalion parlent des fdjres osseuses rayonnantes qui se prolongent en tous sens et forment deux couches : l'une profonde, qui deviendrait la table interne de l'os ; l'autre superficielle, qui deviendra la table externe. Par suite de leur disposition radiée, ces fibres sont très-serrées du côté de leur extrémité centrale, tandis qu'à l'extrémité opposée elles sont séparées par des espaces linéaires, comme le seraient les dents d'un peigne très-fin. Les fibres de la couche profonde cioisscnt plus rapidement que celles de la couche s\iperficielle, et atteignent les premièi'cs les limites sur les(juelles s'établiront définitivement les bords du pariétal. 11 y a donc une période oi^i ces bords sont formés exclusivement par les fibres profondes ; mais les fibres de la couche superficielle s'y prolongent bientôt à leur tour, et comme elles ne sont pas exactement superposées, une à une, sur celles de la couche profonde, les espaces interfibrillaires de chaque couche sont pour la plupart recouverts par ceux de l'autre couche ; il en résulte que l'apparence pectinée des bords de l'os disparaît peu à peu.
Or, cette superposition complète des deux couclies de fibres ne s'effectue l)as simultanément dans toutes les parties de la circonférence du pariétal. Dans la partie (|ui correspondra plus tard à la région de Vobélion, le travail d'accroissement de la couche superficielle est beaucoup plus lent que partout ailleurs. Sur les fœtus de cincj à six mois, les fibres qui aboutissent à cette région, et celles qui, plus en arrière, se portent vers l'angle postérieur et supérieur de l'os, c'est-à-dire vers la fontanelle lambdoïdienne, sont encore fines, souples, profondément séparées par des intervalles linéaires, et appartiennent encore toutes à la couche profonde, tandis que la disposition pectinée commence
déjà à s'effiicer dans le reste de la circonférence de 1 os.
Ce groupe de fibres plus lâches et plus minces est séparé en avant des fibres plus serrées et plus fortes qui forment le reste du bord sagittal de l'os, par une sorte il'incisure ou de scissure de profondeur et de largeur variables, qui n'est qu'un espace interfibrillaire plus large et plus profond que les autres. Pendant les mois qui suivent, cette disposition s'atténue, mais lentement, et elle est encore trèsmanifeste au moment de la naissance.
Albinus l'a décrite et figurée sur le fœtus à terme, en signalant la faiblesse de la raréfaction du tissu osseux dans la région dont il s'agit.
Dans l'explication de la même planche, Albinus a signalé une autre particularité qui s'observe vers la circonférence du pariétal et tout près de ses bords : c'est un léger épaississement marginal qui augmente la solidité du bord qui existe sur toute la circonférence, mais qui est toutefois au maximum sur le bord sagittal de l'os. Du reste, il ne s'est pas occupé de chercher sur des fœtus plus
^^^^^^OT'tnifr^
Fig bl — ParicUl ■>« troisième mcis (d après R. et R.).
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jeunes l'origine et le mode Je eetle disposition anatomique. Cette lacune a e'té comblée par les recherclies de Broca.
Les bords du pariétal restent fibrillaires et disposés en forme de peigne jusque vers le sixième mois de la vie intra-utérine ; ils sont alors formés seulement par les fibres osseuses de la couche profonde. Lorsque les fibres de la couche superficielle, jusque-là en retard, parviennent à leur tour jusqu'au bord,, elles s'unissent dans le voisinage de ce bord avec celles de la couche profonde, et de cette union résulte un épaississement que Broca appelle le bourrelet marginal du pariétal.
Ce bourrelet apparaît d'abord vers l'angle antérieur et inférieur de l'os; de là il s'étend peu à peu sur le boni antérieur et sur le bord inférieur ; puis, continuant à faire le tour de l'os, il se prolonge d'avant en arrière sur le bord supérieur ou sagittal et de bas en haut sur le bord postérieur ou lambdoïdicn. 11 forme alors sur là circonférence du pariétal un cadie ])resque complet, mais il n'existe pas encore dans la partie postérieure du bord sagittal.
Sur une série de fœtus échelonnés de mois en mois depuis le quatrième mois jusqu'à la naissance, on observe nettement la gradation suivante : à (piatre mois, à cinq mois, il n'y a pas encore de bourrelet; vers six mois, le bourrelet apparaît sur l'angle antérieur et inférieur; vers sept mois, il occupe déjà tout le bord antérieur et tout le bord sagittal. Enfin, sur les fœtus à terme, il est encore loin d'être complet, car la moitié postérieure du bord sagittal en est encore dépourvue ; c'est seulement dans les deux ou trois mois qui suivent la naissance, quelquefois plus tard, que cette région est envahie à ion tour par le bourrelet.
Le point où se referme le boun^clet est donc celui où le développement du bord pariétal est le plus tardif. Ace moment, l'accroissement des os du crâne, ([uoique encore très-actif, est déjà ralenti; les poussées réciproques, qui donnent lieu à la formation des dentelures et à l'engrènement des sutures, sont moins fortes, et il en résulte que la partie de la suture sagittale qui se ferme dans ces conditions est plus sim[)le que les parties adjacentes de la même nature. Ainsi s'explique ce fait : la simplicité constante et très-manifeste de la suture dans la région de Vobélion, phénomène dont la conséquence tardive est une tendance plus grande à la soudure dite sénile; car il est tout naturel que cette soiuhire débute de préférence sur le point de la circonférence du pariétal où l'activité nutritive est la plus faible.
11 existe donc un point où la suture sagittale est toujours beaucoup plus simple qu'elle ne l'est en avant et en arrière, où elle se réduit à une ligne parfois presque droite. Cette partie de la suture présente une longueur d'environ trois centimètres et de chaque côté sur les pariétaux on observe souvent un trou plus ou moins grand dont le siège, ainsi que nous le verrons plus tard, est constant.
Or, si l'on unit ces deux trous pariétaux par une ligne transvei'sale, on voit que cette ligne, qui, quand elle est prolongée au dehors, passe par les bosses pariétales, va couper Yobélioti ou partie très-simple de la suture sagittale environ sur le milieu de sa longueur. C'est ce point où la ligne menée d'un trou pariétal à l'autre coupe la suture sagittale que M. le professeur Broca a appelé le point sagittal.
On sait que vers quarante-cinq ans la soudure des sutures de la voûte crânienne commence par la portion de la suture bi-pariétale où, comme je l'iii déjà dit, la suture est la moins compliquée et où son trajet est presque l'ecti-
464 CRANE (développement).
ligne (obelion). En ce point débute aussi le plus souvent une certaine dépression de la suture; à mesure qu'elle se ferme par points isolés, il se produit une série de petites fossetles qui, réunies, concourent à former un sillon, une dépression unique, particularité à laquelle Barkow dans son atlas a consacré plusieurs planches et qu'il a désignée sous le nom de sulciis sagittalis externus.
Étudions maintenant un autre détail anatomique très-intéressant, bien que très-négligé des auteurs avant Broca et ses élèves ; je veux parler de cet espace interfibrillaire, plus large et plus profond que les autres, qui sépare vers le cinquième mois et souvent beaucoup plus tard le groupe des fibres osseuses lâches qui aboutissent à la partie postérieure du bord sagittal des fibres plus serrées et plus fortes qui ferment le reste de ce rebord.
Cet espace, que M. Broca appelle Vincisure pariétale, est dans beaucoup de cas encore ouvert an moment de la naissance dans une étendue variable, soit sous la forme triangulaire, soit sous les formes losangique, quadrangulaire, étoilée plus ou moins irrégulièrement. C'est cette ouverture qui constitue la fontanelle sagittale, et que M. le docteur llamy a nommée ]si fontanelle de Gerily.
Eysson {Biblioth. anat. de Manget, t. II, p. 487) avait bien déjà observé diverses anomalies à la surface du crâne, sur le sinciput en particulier, fissui^es, sillons et sutures fauses. Albinus [loc. cit.) avait bien remarqué que dans to\ite la partie de ces os qui forment le tiers postérieur de leur bord supérieur le tissu est moins serré, que les rayons osseux y sont étroits, presque fdifoi'mes et laissant entre eux \\n grand nombre de hiatus très-apparents, mais c'est effectivement à Gerdy qu'appartient l'honneur d'avoir donné de la fente et de la fontanelle sagittale une description presque complète.
Voici en quels termes cet auteur s'exprime dans sa thèse inaugurale [Recherches et propositions à'anatomie, de pathologie et de tocologie, Paris, 1837):
« La suture sagittale, vers sa partie postérieure, peut aussi présenter, mais bien plus rarement, une disposition semblable à celle dont je viens de parler. (La suture frontale, avait-il écrit, est ordinairement étroite et i^égulière, mais il n'est pas rare de la trouver assez large.) Plus souvent on trouve vers son milieu ou à peu de distance de la fontanelle occipitale une solution de continuité dans le bord des pariétaux ou de tous les deux ; et tantôt cette solution de continuité est une simple fissure prolongée en dehors jusqu'à un demi-pouce, un pouce ou un peu plus entre les fibres du pariétal ; tantôt c'est ime fente avec écartement à son origine, de sorte qu'il en résulte un petit triangle dont l'angle externe est continué plus ou moins loin par une fente. Et si l'os opposé présente une disposition semblable, un petit espace triangulaire qui se réunisse au premier, base à base, les deux ensemble produisent, sur le trajet de la suture, un élargissement membraneux qui peut être pris pour une des fontanelles et causer une erreur dans la détermination de la position au moment du travail de l'accouchement, comme cela m'est arrivé. — L'existence de cette anomalie sur un seul pariétal pourrait même parfois induire en erreur. Cette erreur ne serait pas commise, si le doigt était libre d'explorer une assez grande étendue du crâne ; mais alors même on se trouverait dans certains cas embarrassé, si l'on n'était pas prévenu de la possibilité d'une pareille disposition. Or, je l'ai rencontrée sur un enfant vivant où les deux pariétaux offraient ainsi en regard une fente à base triangulaire, et où ils se touchaient au delà dans le reste de leur étendue en arrière, de telle sorte que cet espace membraneux triangulaire paraissant se continuer
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avec trois sutures ressemblait assez bien à la fontanelle postérieure et fut pris pour cette dernière. Jo l'ai trouve en outre plusieurs fois sur des tètes desséchées, mais deux ou trois fois seulement à un degré assez prononcé pour qu'elle eût pu être sentie à travers les téguments et devenir une cause d'erreur de dia- «nostic, dans les cas où d'autres circonstances auraient favorisé cette erreur. D'autres fois il n'y a qu une simple échancrure triangulaire sur le bord de l'axe des pariétaux, comme j'en ai vu un exemple sur un enfant vivant; mais dans ce cas il serait beaucoup plus difficile de s'y tromper, pour peu que l'on apportât de soin et d'attention dans le toucher; du reste, je n'ai jamais observé ces anomalies dans la moitié antérieure des bords des pariétaux. Mais il est un autre vice d'ossification qui se rencontre assez fréquemment le long de la suture sagittale, ordinairement d'un seul côté. Tantôt le bord supérieur de l'un des pariétaux est très-mince, très-llexible, laisse môme en plusieurs points des vides entre ses fibres et n'offre au doigt pas plus de résistance qu'une lame fibreuse ou une membrane cartilagineuse peu tendue; tantôt et souvent en môme temps on remarque de larges perforations par défaut de substance osseuse, qui sont situées à une ou deux lignes environ de ce bord.
« Ainsi, dès le principe, dit plus loin le même autour en manière de conclusion, les pièces du crâne se forment avec la ligure et les rapports qu'elles présentent à la naissance. Dans les mois qui suivent, l'accroissement du foetus marchant très-vite, l'ossification ne fait guère (pie suivre ce mouvement général, sans presque sortir de ses limites primitives. Puis, quand l'enfant est détaché de la mère et vit d'une vie propre, le mouvement de croissance générale se ralentit, l'ossification se trouve avoir pour ainsi dire des forces et de la matière de reste et comble les vides qu'elle avait laissés jusque-là. Cependant, durant les trois premiers quarts de la vie fœtale, il y a encore ordinairement sur la circonférence des os du crâne un faible progrès d'excentricité ou de rapprochement entre eux, et c'est de ce travail surtout que résultent, suivant qu'il est régulier ou irrégulier, les formes normales de la tète du fœtus parfait ou les anomalies que j'ai signalées. »
Après Vulfranc Gerdy, M. Barkow, dans sa Comparative Morphology , a observé en 1862 des cas de fontanelles sagittales. Il en a figuré plusieurs exemples (PI. Vf, Yllf, LXYII, LXVIII, LXIX).
Humphry a vu cette troisième fontanelle offrir de telles dimensions sur un enfant né avec une syndactylie et un front très-proéminent, qu'il eut été impossible par le toucher de la distinguer de la fontanelle antérieure (/oc. cit.).
M. Hamy, dans un mémoire]très-iutéressant sur les fontanelles anomales du crâne humain [Journal de Robin, nov. 1870-71), a étudié ce sujet avec un soin particulier. Je vais faire quelques emprunts à ce travail marqué au coin de l'originalité et de l'érudition qui distinguent toutes les productions de son auteur.
« Nous avons, dit-il, recueilli sept observations de fontanelle sagittale. Le siège en était toujours le même, à deux centimètres en moyenne au-dessus du lambda, sur la suture sagittale. Une fois seulement, l'anomalie latérale décrite par M. J. V. Gerdy a été soumise à notre étude. La fontanelle, exclusivement ouverte aux dépens du pariétal gauche, avait presque exactement la forme d'un petit triangle rectangle d'un centimètre de côté. Dans nos six autres observations, l'anomalie avait symétriquement frappé les deux côtés, il en était résulté une fontanelle transversalement losangique, aux bords découpés en petites écailles, comme ceux des fontar-clles normales, et dont les angles latéraux s'en-
DICT. ENC. XXIL ^^
4,66 CRA^E (développement).
fonçaient plus ou moins profondément à droite et à gauche dans les pariétaux et s'y continuaient sous forme de fissures transversales ou un peu obliques d'arrière en avant.
« Cette fontanelle sagittale mesure en moyenne 1 centimètre de long et 12 à 13 millimètres de large. Nous avons vu ces dimensions réduites à 1 ou 2 millimètres ; parfois aussi elle a dépassé 2 centimètres dans sa plus grande largeur. Aucun des auteurs cités plus haut (Harkow, Gerdy et Le Courtois) n'a donné l'attention iju'ils méritent aux phénomènes d'ossification consécutive des fontanelles anomales qu'il décrivait. Barkow avait publié en 1862, sans commentaire explicatif, divers dessins montrant au lieu d'élection de la fontanelle sagittale deux petites fissures divergentes, simples, et quelquefois doubles, situées sur un même plan transversal ou placées en avant l'une de l'autre. Ces lissures, de 4 à 8 millimètres de longueur, pouvaient être le dernier vestige de la petite lacune membraneuse dont nous nous efforçons de suivre pas à pas l'évolution. Pourtant nos recherches nous avaient d'abord porté à considérer les fissures comme analogues à celles que l'on observe dans les lacunes membraneuses en d'autres points de la voûte crânienne, dans les bords postérieurs des pariélaux, par exemple, à quelque distance au-dessous de leur angle lambdatique. Cependant, sur les diverses pièces que nous avons étudiées et dessinées, nous voyons se restreindre peu à peu avec l'âge l'espace lacunaire sagittal, et les fissures latérales persister alors que la fontanelle était presque complètement fermée. Notre conviction fut faite et le mode d'oblitération nous fut absolument démontré quand, à la suite de longues reciierches, les divers termes d'une série graduellement décroissante eurent passé sous nos yeux. Le premier terme de cette série était le crâne d'un fœtus mort-né, dont la fontanelle sagittale atteignait 12 à 15 millimètres de long et de large ; le dernier fut un crâne d'enfant mort dans le milieu de son vingt-neuvième mois. Il présentait dans sa suture pariétale, à 32 millimètres au-dessus de l'angle lambdatique et à 5 millimètres d'un trou pariétal unique ouvert à droite, deux lignes légèrement sinueuses mesurant, celle de gauche 8, celle de droite 10 millimètres. Le travail d'ossification tendant à combler peu à peu la lacune par ses bords et la fontanelle sagittale étant toujours, ainsi que nous l'avons dit, plus considérable en largeur qu'en longueur, on voit qu'il ne doit plus rester à la fin du travail d'ossification trace de l'anomalie que ces deux petites fissuresf perpendiculaires à la suture ».
M. le professeur Broca, dans la séance du 20 mai 1875, a présenté à la Société d'Anthropologie sept cas de fontanelle sagittale. Cette anomalie , dit-il à ce propos, est très-fréquente, et il y a lieu de croire qu'elle s'observe environ une fois sur quatre chez les enfants nouveau nés. Elle s'eftace d'ailleurs presque toujours dans les deux ou trois mois qui suivent la naissance. Les observations de M. Augier lui permettent d'affirmer que la fontanelle sagittale est encore plus commune qu'on ne l'avait cru. Il a recueilli une quarantaine de cas où soit la fontanelle sagittale, soit la fente vestige de cette fontanelle, est nettement déterminée. Or, ses recherches ont porté sur une collection malheureusement incomplète, mais qui renferme pourtant quarante-six calottes crâniennes appartenant toutes à de trèsjeunes enfants. En admettant même que le hasard ait réuni un grand nombre de fontanelles anomales, on voit néanmoins que l'existence de cette fontanelle ou de ses vestiges est encore assez fréquente; bien plus, cet auteur a remarqué
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que dans la plupart des cas, quand la fontanelle sagittale était encore manifestement ouverte, la fontanelle postérieure avait disparu ou était en voie avancée de disparition.
Nous avons dit que presque toujours, par les progrès de l'ossification des deux pariétaux, les fontanelles sagittales et les fentes qui en étaient les vestiges disparaissaient ; il est pourtant des cas, très-rares, il est vrai, où cette fente persiste à l'état adulte. Barkow en a cité deux cas [Comparative Morphologij (ô^ partie), planclie X, ligure 2, et planche X, figure 1). M. le professeur Broca en a présenté un exemple très-intéressant à la Société d'Anthropologie sur un crâne d'adulte grand et massif qui provient de la grande collection Esquirol, récemment donnée au Musée du Laboratoire par MM. Baillarger et Moreau de Toius. Sur celte pièce, la région du point sagittal est comme toujours caractérisée par une grande simplicité de la suture, qui est presque linéaire à ce niveau. Sur le milieu de cette région, c'est-à-dire sur le point sagittal même, existe une grande suture transversale et bilatérale qui coupe perpendiculairement la suture sagittale et dont les deux branches latérales, parfaitement symétriques et longues de cinq à six centimètres, se dirigent horizontalement vers les bosses pariétales. Les bords de cette scissure ou incisure pariétale sont serrés comme ceux de la suture sagittale elle-même. 11 n'y a pas de trous pariétaux, ce qui permet de croire que ces trous sont confondus avec la scissure et que, lorsqu'ils existent, ils sont le vestige d'une scissure horizontale presque entièrement, mais incomplètement refermée.
Ce ne sont pas là, comme l'avance M. Âugier, les trois seuls cas de scissures pariétales qui aient été signalés sur des crânes d'adultes ; on en trouvera d'autres exemples dansTie(ieniani\ {Zeitschrift fur Physiologie, 11, p. 1) et. dans Otto [Palli. Anat. by Soulli, p. 169). Ce dernier rapporte un cas où l'incisure était en partie verticale et en partie oblique. Enfin, le musée de Berlin renferme deux exemples de cette anomalie, et M. Hamy, dans le travail cité plus haut, mentionne un cas de scissure sur un crâ huit mois et demi.
scissure sur un crâne d'enfant de vingt
L'existence d'une fontanelle sagittale pjg gS. - lucisure pariétale (crâne de la collec-
et la persistance d'une incisure pariétale tion Esquiroi au Musée d'anthropologie),
sont des faits du même ordre ; ils dépendent l'un et l'autre d'un arrêt dans le développement du pariétal.
Entre ces deux vestiges d'un travail incomplet d'ossification, qui constituent comme les deux termes extrêmes d'une série se place une particularité anatomique bien autrement fréquente que les précédentes et qui, pour cette cause, a été généralement regardée comme formant un des traits constants du pariétal adulte. Je veux parler des trous pariétaux. Ils sont généralement au nombre de deux, et l'on a vu plus haut leur situation précise. Il peut y en avoir trois : deux d'un côté, un seul de l'autre, ou quatre : deux de chaque côté. Or toujours, suivant la remarque de M. Broca, deux trous d'un même côté sont situés sur une
CRANE (développemknt) ,
ligne horizontale qui est perpendiculaire à la direction de la suture sagittale et qui, si on la prolonge, va passer sur la bosse pariétale. D"après cette disposition il est permis de considérer comme très-probable qu'une scissure horizontale de l'os pariétal s'est refermée incomplètement en laissant persister un ou deux trous sur son trajet; en d'autres termes, ce sont des vesliges d'une scissure horizoïilale presque entièrement refermée.
Cette opinion, défendue et démontrée devant la Société d'Anthropologie par M. Broca, dans deux mémorables présent liions, vient à l'encontre de l'opinion classique d'après laquelle les trous pariétaux seraient des trous vasculaires dus au dépôt de la substance osseuse autour d'une veine émissaire préexistante. A la vérité, ils remplissent le plus souvent cette fonction , mais elle est la conséquence et non la cause de leur existence. On s'explique ainsi en outre comment ces trous qui, s'ils sont normaux, devraient èlre constants, manquent souvent (environ une fois sur deux), et cela aussi bien chez les jeunes enl'ants que chez les adultes. Enfin, ce mode de formation vend compte de la grande diversité des trous pariétaux sous le rappoit de leurs dimensions. Celles-ci, étudiées chez l'adulte, varient ordinairement entre un tiers de millimètre et un millimètre; mais lorsqu'un trouble d'ossification entrave d'une manière plus grave la réunion des
Fig. 69. — Crâne sur lequel les irous pariétaux, en particulier le droit, présenteut des dimensions notablement au-dessus de la moyenne (Musée d'anthropologie. Crâne 15 de la série des nègies donnés par M. Gannal).
Fig. 70. — Crâne iur lequel les trous pariétaux présentent des dimensions énormes (Musée du Val-de-Grâce . Cas de M. le baron Larrey).
bords de Vincisure ■pariétale, les dimensions des trous peuvent atteindre quatre à six millimètres (exemple : crâne n° 15 de la série des nègres, donnée par M. Gannal au Musée d'anthropologie); ou vingt millimètres (crâne canarien du même musée), ou enfin trois centimètres (crâne déposé par M. Larrey au Val-de- Grâce). Ilumphry parle d'un crâne déposé au musée de Cambridge oîi le trou pariétal est assez large pour admettre le bout du doigt.
« Dans ces cas rares, ainsi que le dit M. Broca, l'anomalie est évidente parce qu'elle est excessive, et ce serait aller trop loin peut-être de ranger parmi les anomalies les trous pariétaux de dimensions ordinaires que leur très-grande fréquence a fait décrire comme normaux ; on peut dire toutefois qu'ils ne sont
pas réellement normaux et qu'ils ne se forment pas lorsque l'ossification du pariétal est parfaitement correcte ».
Dans certains cas très-rares les deux pariétaux, d'après Butmphry {loc. cit.), paraissent se développer aux dépens d'un seul point d'ossification situé sur la ligne médiane. C'est ce qu'on pourrait du moins supposer d'après ce fait qu'on ne trouve parfois entre eux aucune trace de division, même dans la première enfance. Une déformation crânienne consécutive est immanquablement la conséquence d'une pareille disposition qui rappelle celle qui est normale chez certains animaux, le crocodile, par exemple. Une pareille interprétation est peut-être an peu téméraire, et une soudure prématurée pourrait produire le même résultat.
B. Développement du crâne kn général. « Contemplare, mi caput illud, fuUirnm cerehri domicilium; nilul est, nisi membrana quœdam vento seu spiritu inflata... »
Ainsi s'exprimait Kerckring en parlant du crâne de l'embryon. Dans une première période, en effet, ce qui sera plus tard l'os crànio-facial n'est qu'une simple vésicule hyaline : il y a donc dans l'évolution du crâne une première période qu'on pourrait appeler membraneuse. Bientôt après, des points osseux viennent par places renforcer cette poche délicate : période ostéo-membraneuse. Plus tard encore, le fœtus qui approche du terme présente un crâne presque totalement osseux, sauf en certains points oii la membrane primitive plus ou moins modifiée subsiste et forme les fontanelles, période fontanellaire. Enfin ce dernier vestige de l'état primitif s'efface avec les progrès de l'âge, les os dont les bords se sont mis partout en contact ne sont plus séparés que par des sutures, qui s'oblitèrent elles-mêmes graduellement : c'est la période osseuse, ou, pour mieux dire, ostéo-suturale, dont le dernier stade, observé quelquefois chez les vieillards, est l'ankylose complète.
Période membranexise. Je prendrai souvent pour guide dans cette description du crâne membraneux la thèse consciencieuse de Le Courtois. Indépendamment de détails histologiques sur lesquels je serai bref, puisqu'ils seront exposés ailleurs [voy. Ossification), elle renferme un bon résumé des recherches les plus récentes.
Le tube crânien primitif, à peu près rectiligne à l'origine, présente de trèsbonne heure des renllements ampuUaires qui ont reçu des noms divers : cellules cérébrales (de Baër) ; vésicules encéphaliques ou encore cellules crâniennes (Dursy) ; vésicules crâniennes (Le Courtois). Ces vésicules sont d'abord au nombre de trois : une antérieure, une moyenne et une postérieure. La première de ces vésicules est située en avant et occupe la région que plus tard on désignera sous le nom de région frontale ; la troisième est placée vers la future région sphéno-occipitale, en arrière; la deuxième enfin occupe la partie culminante de la voûte membraneuse. Elles sont séparées les unes des autres par un étranglement ou plutôt un sillon transversal ; celui qui sépare les vésicules antérieure et moyenne est plus marqué que celui qui sépare les vésicules moyenne et postérieure.
L'ordre d'apparition ou de formation des vésicules crâniennes n'est point rigoureusement établi. On admet généralement qu'elles se constituent dans l'ordre de leur situation ; que la plus antérieure se forme la première, et ainsi de suite les unes après les autres. Bientôt dles éprouvent dans leur aspect une
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importante modification. Deux nouveaux sillons se dessinent, l'un vers le tiers postérieur de la vésicule antérieure, lequel semble se séparer ou au moins devenir bien distinct de la portion antérieure de la même vésicule; l'autre sillon se développe vers la portion moyenne de la vésicule crânienne postérieure et la partage en deux vésicules, comme on le voit déjà sur le très-jeune embryon humain. Par suite de cette subdivision, le nombre dos vésicules crâniennes priviitives que Le Courtois appelle j)rimaireii se trouve augmenté. De trois il est porté à cinq. On peut appeler les deux vésicules nouvelles vésicules crâniennes secondaires.
En résumé, il existe à cette époque cinq vésicules crâniennes qui sont :
1» V ésictde crânienne antérieure ou frontale primaire {Vorderhirn) ;
2" Vésicule antérieure secondaire, généralement conuue sous le nom de vésicule intermédiaire {Zivischenhirn) ;
3" Vésicule crânienne moyenne (Mittelhirn) placée à la suite de la précédente et qui ne subit aucune modification ;
4" Vésicule crânienne postérieure primaire (Hinterhirn); qui fait suite à la vésicule moyenne;
5" Vésicide crânienne postérieure secondaire {Nachhirn) .
A chacune de ces cinq vésicules correspond l'une des cinq vésicules ou celhiles cérébrales ou encéphaliques auxquelles on attribue un nom analogue. 11 en résulte qu'aux cinq vésicules crâniennes que nous venons d'étudier correspondent les cinq régions suivantes, d'abord très-rudimentaires, du futur encéphale: 1° Hémisphères cérébraux ; 2» Couches optiques et infundihulum ; 7)" Tubercules quadrijumeaux, pédoncules du cerveau et aqueduc de Sylvius; -4° Cervelet ; 5° Moelle allongée ou bulbe et quatrième ventricule.
Ces cinq régions encéphaliques, alors à l'état d'ébauche, sont quelquefois encore désignées sous les noms de : 1° Cerveau antérieur; 2" Cerveau intermédiaire; 3" Cerveau moyen; 4" Cerveau postérieur; 5° Arrière-cerveau. Ainsi est établie la concordance des vésicules crâniennes et des vésicules encéphaliques.
A mesure qu'elle se développe, la voiite crânienne membraneuse ne subit pas seulement une modification dans sa forme, elle en éprouve en même temps une autre dans sa direction. Cette seconde modification, qui coïncide avec la première, entraîne un changement semblable dans la direction du crâne tout entier. Le tube crânien, jusque-là à peu près rectiligne, s'infléchit en plusieurs endroits, de sorte que son axe est représenté par une ligne brisée. Le nombre de ces inflexions s'élève à deux ; elles se font à peu près à angle droit : l'une, antérieure, se produit au niveau de la vésicule crânienne moyenne ; l'autre, postérieure, s'effectue au niveau du point de jonction du tube médullaire et de la vésicule crânienne secondaire postérieure. Par suite, il se forme en ce point une saillie connue sous le nom de tuhérosité cervicale. Une troisième petite inflexion, moins importante, se produit entre les vésicules crâniennes postérieures, primaire et secondaire ; elle se dirige en arrière au lieu d'être tournée en avant, comme les deux précédentes ; de plus, au lieu de se faire à angle droit, comme celles-ci, elle figure un angle aigu.
Les inflexions qui viennent de nous occuper sont en rapport avec la direction et la forme future de l'encéphale et du crâne. Quant au mécanisme qui préside à leur développement, il a fort exercé la sagacité des embryogénistes. Voici l'explication proposée par M. Dursy pour faire comprendre la formation de la courbure crânienne : Celte courbure ou inflexion serait due, suivant cet airteur,
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à une Inégalité d'accroissement en longueur plus rapide dans la partie dorsale de a voûte crânienne, plus lent dans la région de la base. Les choses se passeraient de la manière suivante : La membrane qui forme la paroi antérieure de la première vésicule crânienne vient se terminer au bouton de la corde dorsale, à l'endroit où plus tard se formera la selle turcique; le crâne membraneux ne se développe point suivant sa direction primitive, mais suivant un axe dont le centre serait représenté par le bouton de la corde. Or l'accroissement en longueur de la voûte crânienne l'emporte de beaucoup sur le développement de la même région dans les autres sens ; il y a ainsi prédominance de l'accroissement dans un sens seulement, et cette prédominance, qui ne se produit pas dans la région de la base, a pour conséquence un changement dans la direction de la voûte crânienne. Ce changement n'est point l'effet d'une simple courbure de la vésicule crânienne antérieure : c'est la conséquence d'une déplacement réel de la voûte par rapport à la base. En effet, dans le principe, la paroi supérieure de la vésicule crânienne frontale ou antérieure se replie à la fois d'abord en avant, puis en bas, et enfin en arrière, de manière qu'elle devient la base de la même vésicule. Mais, si elle vient ainsi rejoindre la base crânienne primitive, ce n'est pas dans la même direction, c'est en faisant avec cette base un angle aigu. La paroi dorsale des autres vésicules crâniennes s'effectue avec la même rapidité. Il en résulte que ces vésicules se portent en avant. De cette manière, on comprend facilement comment la vésicule moyenne, d'abord postéro-supérieui'e, vient bientôt occuper le sommet du crâne et forme la partie culminante de celui-ci (E. Dursy, Zui- Entivicklimgsgeschichte des Kopfes des Menschenund derhœheren Wirbelthiere, p. 55-60. Tubingen, 1869).
Si l'on compare à cette époque le crâne membraneux avec le crâne primitif dépourvu de courbure, on trouve que celui-ci a éprouvé un développement considérable en longueur et tout [laiticulièrement dans la région de la voûte. On verra de plus que celle-ci s'est recourbée autour de l'extrémité antérieure de la base crânienne ])rimitive. Quant à la courbure ou inflexion de la nuque, qui forme la limite du crâne et de la colonne vertébrale, elle résulte également d'un développement rapide de la partie dorsale du crâne, développement exagéré relativement â celui de la partie dorsale de la colonne vertébrale.
A l'origine, les inflexions qui viennent d'être étudiées en détail ont l'aspect de «ourbures brusques et subites ; mais bientôt leur forme anguleuse s'adoucit, s'arrondit et même diminue par suite de l'accroissement en longueur de la face ventrale de l'embryon, et aussi par suite du développement de la région faciale. Si, chez l'embryon humain, cet angle persiste dans son développement primitif, il n'en est plus de même pour les autres vertébrés, chez lesquels il disparaît presque entièrement.
En résumé, les courbures qui se reproduisent dans le crâne membraneux •tiennent à un accroissement en tout sens de la voûte du crâne primitivement rectiligne, accroissement plus rapide et plus considérable que celui de la base. Ainsi s'expliquent deux faits intéressants, en premier lieu pourquoi le diamètre transversal de la base, d'abord supérieur à celui de la voûte, ne tarde pas à lui devenir inférieur, et, en second lieu, comment il se fait que des pai-ties d'abord placées dans une direction verticale, par exemple, les fosses nasales et les cavités ocidaires, deviennent plus tard horizontales. La même explication s'applique au déplacement des yeux, qui, placés à l'origine à la partie antérieure de la face, descendent peu à peu pour venir se fixer à la région faciale.
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io Si la voûte du crâne, par son accroissement tout à fait disproportionné avec celui de la base, donne la clef des modifications préce'dentes, il ne faut pas oublier cependant que la base contribue pour une part moindre, il est vrai, mais réelle, à ces modifications, par son développement plus lent sans doute, mais graduel et régulier. Cette base du crâne primitif est de bonne heure devenue cartilagineuse, ce qui lui a donné une consistance plus grande et une moindre plasticité. Considérée isolément, elle a la forme d'un bac, d'une baignoire (Spring) qui correspond aux futurs os etbmoïdc, spiiénoïde, temporal (l'éciille exceptée) et occipital (à l'exception de la portion supérieure de l'écaillé).
Il est difficile de préciser exactement les époques qui correspondent à l'apparition et aux modifications des vésicules crâniennes chez l'embryon humain. Cela lient à la rareté des pièces et à l'imiiossibilité de déterminer rigoureusement leur âge, comme il est si facile de le faire en expérimentant sur les animaux. La vésicule intermédiaire (ou antérienre secondaire) ne paraît pas être distincte avant le trentième jour qui suit la conception d'après l'atlas de Coste et les Icônes pliysiologicœ de Wagner. Son existence doit être courte, car elle n'est plus visible chez deux embryons âgés, l'un de quarante, l'autre de quarante-cinq jours, figurés par E. T. Uamy {l'Os intermaxillaire chez l'homme, Paris, 18G8, pi. I, fig.5,4,5). L'apparition de la vésicule postérieure seco7idaire n'csi pas moins difticile à déterminer. Elle est douteuse chez les embryons de vingt à vingtcinq jours, figurés par Coste et Wagner, mais très-nelte chez les embryons plus âgés qu'ils sont représentés.
La structure du crâne à la période membraneuse est la suivante : La base est composée de cartilage fœtal. Quant à la voûte, clic présente, suivant Le Courtois, trois couches distinctes : 1" Couche extérieure peu vasculaire, composée de cellules embryonnaires arrondies ou polygonales; 2° Couche intérieure formée de cellules embryonnaires et offrant quelques capillaires fins peu nombreux, à mailles très-larges; o" Couche moyenne plus épaisse, plus importante que les autres, composée de cellules embryonnaires formant une membrane continue. Les capillaires y sont nombreux et très-fins et forment un réseau à mailles de forme variable. Cette couche est celle qui donnera naissance à la substance osseuse.
2° Période ostéo-memhraneuse du crâne. Son élude est considérablement abrégée parles détails dans lesquels je suis entré à propos du développement des os en particulier, et l'indication exacte qui y a été faite de tous les points d'ossification. En effet, je neveux pas répéter ici sous forme synthétique l'analyse faite dans le chapitre précédent. Je me borne donc à y renvoyer le lecteur.
A quelle époque cette seconde période succède-t-elle à la première? En d'autres termes, à quel moment apparaît dans l'embryon le premier point osseux de la boîte crânienne? Les auteurs ne sont pas entièrement d'accord à ce sujet ; c'est après le deuxième mois environ de la vie intra-utérine, d'après Ch. Robin, du deuxième au troisième mois, d'après Kôlliker, du quarantième au quarante-cinquième jour, d'après Cruveilhicr et Sappey.
Quelle est la pièce osseuse qui se développe la première ? Les divergences sont plus grandes encore. Ce serait la grande aile du sphénoïde, d'après Cruveilhicr, l'arcade orbitaire du frontal, d'après Sappey, tandis que, d'après MM. Rambaud et Renault, l'ossification débuterait en même temps par là grande aile du sphénoïde et par l'écaillé du temporal.
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3" Période fontanellaire. Assez longtemps déjà avant la naissance et 'particulièrement à ce moment, les progrès de l'ossification ont fait passer le crâne de la période ostéo-membraneuse à la période fontanellaire. Chaque os y forme alors une pièce distincte, mais les points oiî concourent les angles de certains d'entre eux n'ayant pas été encore envahis par l'ossification forment des espaces membraneux appelés fontanelles. Celles-ci, normalement, sont au nombre de six : deux supérieures sur la ligne médiane et deux latérales de chaque côté.
Des deux fontanelles supérieures, Vantérieure est de beaucoup la plus grande ; elle se trouve à la réunion des pariétaux et du frontal, on l'appelle encore (jrande fontanelle ou bregmatique; elle est de forme à peu près quadrilatère. Les pariétaux, qui en constituent les bords postérieurs, après une réunion trèscourte s'écartent de nouveau en arrière pour former la fontanelle pofitérieiire dite encore petite ou lambda tique ; elle constitue une très-petite lacune triangulaire à la rencontre de la suture lambdoïde et de la suture sagittale.
La fontanelle latérale antérieure, que je proposerai d'appeler j^^eV/rywe, correspond au point de concours du frontal, du pariétal, du temporal et de la grande aile du sphénoïde, au niveau du point appelé chez l'adulte ptérion (Broca). Elle est souvent nulle à la naissance. Elle a été découverte, figurée et décrite par 11. Eysson [Tractatus de ossibus infantis, cap. IL Groninguc, 1659).
La fontanelle latérale postérieure, qu'il serait plus bref d'appeler astérique (elle correspond à Yastérion de M. Broca), est entre le pariétal, l'occipital et la portion mastoïdienne du temporal, qui est très-rudimentairechez le fœtus. Elle a été découverte par Casserius [De vocis auditnsque organo, tab. X, p. ^04. Ferrare, 1600).
On pourrait mentionner une nouvelle fontanelle ou orbitaire enti'c le frontal, l'os planum et la petite aile du sphénoïde; elle disparaît vers le huitième mois et n'a, vu sa situation, aucune importance obstétricale.
Les progrès de l'ossification rétrécissent peu à peu les fontanelles, d'abord les latérales, puis les supérieures, qui ne disparaissent complètement que vers deux ans. Cependant on a vu l'antérieure persister plus longtemps. Bauhin et Dimerbroecke en ont cité des exemples chez les adultes. Pacchioni a observé une des fontanelles latérales postérieures sur un jeune homme de dix-neuf ans.
Les fontanelles anomales ont été l'objet de recherches intéressantes pour divers auteurs dont M. Hamy a résumé et complété les travaux [loc. cit.) , On peut donner ce nom à des espaces membraneux, de forme et de dimensions très-variables, qui se rencontrent dans les sutures encore imparfaites du crâne du nonveau-né. J'ai déjà décrit à propos du développement du pariétal la fontanelle sagittale (ou pour mieux dire obélique), qui est de toutes la plus importante. Je n'y reviendrai donc pas. Voici quelques indications sommaires sur les fontanelles naso- frontale, médio-frontale et cérébelleuse.
La première est, d'après M. Hamy, qui en a observé deux cas, un espace membraneux généralement fort petit, puisqu'il ne dépasse guère ordinairement trois millimètres de côté, irrégulièrement triangulaire, limité en haut par les angles internes et inférieures des os frontaux, en bas par les os propres du nez.
Celte fontanelle naso-frontale ou glabellaire paraît avoir été signalée pour la première fois par F. V. H. Kœhler (Beschreihung der physiologischen und pathologischen Prœparate, etc., 1794). Le Courtois l'a rencontrée chez un nouveau-né hydrocéphale. Elle paraît ne pas être rare chez les hydrocéphales, si l'on en juge par la fréquence des petits os wormiens fontanellaires qui plus tard
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viennent la combler, comme on peut en voir plusieurs exemples au musée Du-
puytren.
Velpeau a rapporté un exemple de cet espace accidentel, comme il l'appelle, dont les dimensions étaient dix lignes de long (23 millimètres) sur huit lignes de large (18 millimètres) (Velpeau, Traité complet de l'art des accouchements. Paris, 1845, 2'^ édition, tome 1, 326). Elle a été aussi observée et décrite par V. Gerdy {Thèse de doctorat. Paris, 1857) et iMalgaignc {Anatomie chirurgicale, 2^ éd., t. i, p. 628), d'où le nom inexact de fontanelle de Makjaigne sous lequel •elle est parfois désignée. Le Courtois l'a observée six fois sur 175 crânes, ce qui donne une proportion d'environ 5 pour 100. M. Ilamy donne i^ue proportion un peu moiudic, 2 pour 100. Les dimensions maximum observées par Le Courtois ont été : diamètre antéio-postéricur 20 millimètres; diamètre transversal 7 millimètres. On a vu qu'elles étaient plus grandes dans l'exemple observé par Yelpenu. ^
Y a-t-il lieu de distinguer, avec M. Hamy (et à sa suite M. Le Courtois), une fontanelle médio-frontale? Je ne le crois pas. 11 me semble, d'après les descriptions de ces auteurs, qu'ils ont simplement imposé ce nom à de grandes fontanelles naso-frontales ([ui, vu leurs dimensions exceptionnelles, se prolongeaient assez haut vers l'espace intersourcilier, mais dont, en délinitive, les connexions n'étaient pas différentes. Pour qu'une fontanelle piit mériter ce nouveau nom, il faudrait qu'elle siégeât uniquement dans la suture métopique, et n'eût aucun rapport soit avec les os nasaux, soit avec le bregma. Or un pareil espace reste encore à décrire. M. le professeur Parrol, qui possède une si riche collection de crânes d'enfants il en observe un si gi-and nombre, m'a aftirmé n'avoir jamais rien vu de semblable.
La fontanelle cérébelleuse a été indiquée pour la première fois par Hamy dans sa Description d'un fœtus microcépliale avec déformation intra-crânienne {Bull, de la Société d'Anthropologie, 2" série 1867, tome II, p. 5H). Dans le cas oii il l'a observée elle occupait la partie moyenne de la base de l'écaille occipitale, immédiatement au-dessus du trou occipital. Si l'on se reporte à la description que j'ai faite du développement de cet os, on verra que c'est en ce'point qu'existe un point d'ossification complémentaire, l'osselet de Kerckring; il comble l'espace relativement assez large qu'interceptent en ce point les petits os qui concourent à former la moitié de l'écaille occipitale. Que ce granule osseux fasse défaut ou se développe incomplètement, et il en résultera une lacune, à la base de la suture médio-cérébcUeuse du fœtus. L'observation de M. Hamy est jusqu'à présent unique. On pourrait, cependant, voir un autre cas de fontanelle cérébelleuse dans le fait suivant, rapporté par Le Courtois {loc. cit., p. 129), bien que cet auteur n'ait pas donné cette importance à l'orifice accidentel décrit. H s'agit d'un uouveau-né microcéphale sur lequel il observa « entre la protubérance occipitale externe et le grand trou occipital et séparé de celui-ci une hernie cérébelleuse; elle était située exactement sur la ligne médiane et est résultée de l'absence d'un petit centre d'ossification, l'osselet de Kerckring. Aucune trace -d'altération soit des niembranes, soit de l'os. » — L'encéphalocèle me parait bien évidemment s'être faite dans ce cas à travers une fontanelle cérébelleuse anormale, et j'incline à penser que c'est un véritable lieu d'élection; j'en ai, pour ma part, observé un exemple remarquable. Il ne faut pas croire en effet que ce mécanisme de la hernie soit de l'encéphale, soit des méninges, à travers une fontanelle ou une suture restée ouverte, mérite la proscription complète dont il a
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été frappé depuis les travaux de Spring [Mém. Acad. de Belg., t. III, 1854). Le Courtois s'est justement élevé contre cet exclusivisme. Il cite à l'appui de son dire diverses observations; l'une, due à M. Revcrdiu, est relative à une encé- [)balocèle occupant la ligne médiane h la région fronto-nasalc et qui me paraît faite par la fontanelle glabellaire. Une autre observation plus probante encore a pour auteur M. Cliantreiiil,(jui a présenté ù la Société anatomique un cas d'bydroencéplialocèle occii|iant la fontanelle antérieure ou la partie antérieure de la suture sagittale. Ces faits suffisent seuls à établir que la hernie du cerveau et de ses enveloppes pent se faire par un point faible; il n'en est pas moins vrai que la prédisposition locale, si l'on peut ainsi-dire, n'entre probablement pas dans son mécanisme comme cause déterminante; ce qui le prouve bien, c'est que dans la majorité des cas ia liernie se fait à travers un orilice diî à la résorption de la substance osseuse. En somme, elle se fait exactement dans le point oià se fait la poussée, et ce qu'il faut bien savoir, vu la gravité des erreurs de diagnostic, c'est que celle-ci peut se faire partout.
Je ne veux pas quitter ce sujet de l'encéphalocèle sans mentionner ici le rôle que MM. Hamy et Giraldès ont fait jouer à celte lésion dans la production des perforations pariétales que M. Broca attribue à un double arrêt d'ossification. Pour ces auteurs au contraire cis orifices seraient produits par une simple méningoencéplialocèle (Bw//. de la Soc. d' Anthrop., li^ série, t. X, p. 198, mars 1875). La symétrie même de eus orifices ne serait pas d'après M. Ilamy un obstacle à cette interprétation ; il rap|!elie à ce propos qu'il a recueilli une observation de méningocèle bilatérale des fosses nasales presque symétrique. Retzius en avait depuis longtemps publié une autre, et il s'en trouve encore plusieurs dans divers recueils. Malgré ces observations, je me rattache complètement à l'opinion de M. Broca. Certes, il n'est pas im[)ossible qu'une hernie de l'encéphale se fasse par les trous pariétaux demeurés largement béants, comme il peut s'en produire par tous les [)oints forts ou faibles de 1 enceinte crânienne. Peut-être même doit-on voir l'indice de cas semblables sur des crânes qui ])résentent au niveau de ces orifices un biseau taillé de dehors en dedans comme si la pression d'une tumeur assise sur eux les avaient amincis. Je tiens de M. Hamy que le Muséum -possède un spécimen remarquable d'une pareille lésion. Quoi qu'il en soit, je n'accejite l'encéphalocèle que comme une coïncidence et non comme une cause des perforations syméti iques des paiiétaux.
Avant d'aller plus loin, jetons un coup d'œil rapide sur le crâne du fœtus à terme considéré dans son ensemble.
A bien des égards, on peut dire ([ii'il se rapproche de celui des animaux ou tout au moins qu'il ne s'en éloigne pas autant que celui de l'adulte. A l'appui de «ette proprosition, je citerai: l'existence de la suture médio-frontale; les dimensions singulières du rocher ; la petitesse des condyles occipitaux ; l'absence des apophyses mastoïde et styloïde ; l'exiguïté des sinus frontaux sphénoïdaux et des cellules mastoïdiennes; la brièveté et l'obliquité des apophyses ptérigoïdes, etc. A ces caractères \iennent s'en jomdre d'autres analogues pour les os delà face, tels que l'absence de sinus maxdlaires et la grande ouverture de l'angle delà mâchoire inférieure.
Je me borne à signaler ce fait, qui est loin d'être isolé en anatomie. Mais ce n'est pas ici le lieu d'en discuter la valeur.
Je vais énumérer rapidementles principaux caractères du crâne à la naissance.
/Î70 CllAÎNii (développement).
Et tout d'abord la forme présente-t-elle quelque partlculaiùlé digue d'être noiée? Suivant Graliolel {Anat. comp. du Système nerveux, lome II, p. 501. Paris, 1857), et après lui suivant Schaafhauscu et Welcker (Archiv f. Anthro- ■poloqie. Braunschweig, 1866, p. 151), le crâne présenterait à ce moment une prédominance singulière du diamètre occipilo-frontal sur le bi-pariétal, caractère connu des antlu-opologistes sous le nom àcdoUchocéphalie. Les recherches de Le Courtois infirment complètement cette opinion {loc. cit., p. 125).
On remarque ordinairement sur les côtés, immédiatement au-dessus des oreilles, une protubérance qui répond à la portion squameuse du temporal. Sa signification d'après Gratioletne serait pas douteuse. Au-dessus d'elle, en effet, est une dépression oblique qui s'étend de la grande aile du sphénoïde au centre d'ossification du p.iriétal ; or cette dépression répond à la fosse de Sylvius. Ainsi h saillie temporale exprime la prédominance des parties qui sont situées au-dessous delà scissuiede Sylvius (lobe pariétal) sur celles qui sont situées au-dessus (lobes frontal et pariétal). Cette prédominance qui s'efiacera bientôt est un reste des formes fœtales.
Les bords de différents os sont seulement contigus, car les sutures ont à peine commence à se former. Les seuls points où l'engrènement ait débuté se voient entre les deux moitiés du frontiil. Au niveau de la fosse temporale, l'écaillé no recouvre pas encore le pariétal : les bords de ces deux os sont simplement en contact. Les bosses frontales et pariétales sont très-accusées. La face inférieure du crâne est presque plate. La cavité glénoide présente une surface à peu près plane, et cette particularité, jointe à l'absence des apophyses styloïde et vaginale, semble devoir rendre très-facile la luxation en arrière de la mâchoire. Les apophyses plérygoïdes sont courtes et inclinées en dehors et en avant. On distingue à peine les condyles occipitaux; leur surface articulaire est presque plate, très-petite, et ne l'ait aucune saillie. Par suite du peu de développement de la face, ces condyles sont placés en avant du cenlre de gravité : delà une certaine difficulté chez l'enfant pour tenir sa tète en équilibre. Les saillies et les crêtes sont partout rudimentaires. Les orbites sont relativement très-grandes, leurs bords inférieurs sont plus proéminents qu'ils ne le seront plus tard ; c'est le contraire pour leurs bords supérieurs. La voûte orbitaire est relativement plate et le plancher concave ; les sinus ne sont pas encore appiu-us.
M. le docteur Budin a communiqué à la Société d'Anthropologie (décembre 1876) le résultat de nouvelles recherches sur la forme du crâne au moment de la naissance et pendant la première semaine qui suit l'accouchement. De tous temps les accoucheurs ont remarqué que bien souvent pendant les accouchements normaux, mais un peu longs, alors qu'il n'existait cependant aucun rétrécissement du bassin, l'enfant offrait au moment de la naissance des déformations du crâne qui du reste, au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, avaient complètement disparu. A l'aide de mensurations faites avec un compas d'épaisseur et de tracés obtenus avec des lames de plomb très-souples, M. Budin a étudié la variation des diamètres antéro-postérieurs et transverses, savoir : le diamètre occipito-mentonnier. allant de la pointe de l'occiput au menton ; le diamètre occipito-froutal, de la pointe de l'occiput à la racine du nez; le diamètre sous-occipito-hregmatique, allant du point de rencontre de l'occipital et de la nuque au milieu de la grande fontanelle, au niveau du point où se croiseraient la suture sagittale et la suture pariéto-frontale. Ces mensurations précises ont d'abord démontré que le diamètre maximum n'était pas l'occipito-men-
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tonnier, mais bien le sus-occipito-menlonnier , allant du menton à la suture sagittale et se terminant en un point qui varie entre la pointe de l'occiput et la fontanelle antérieure. En outre, la mensuration comparée des diamètres antcropostérieurs, d'abord au moment de l'accoucliemcnt, puis vingt-quatre ou quarante-huit heures après, montre que ces diamètres augmentent tous, à l'exception du diamètre maximum qui, lui, diminue. Or, on doit admettre qu'à ce moment la tête reprend sa forme noi'malc momentanément perdue au moment de l'accouchement. Ces déformations sont constamment les mêmes dans les présentations du sommet. Il y a là un véritable type, tel qu'il est permis de se demander s'il n'existe pas des conditions anatomiques qui favorisent leur retour et expliquent celte constance. Il est facile de se convaincre qu'il en est ainsi : pour cela, en faisant rauto])sie d'une crâne d'enfant nouveau-né, on commence par détacher complètement les deux pariétaux ; on constate alors du côté de la pointe de l'occipital une mobilité très-grande, l'extrémité de l'index la repousse avec la plus grande facilité, soit en avant, soit en arrière. La [jointe de l'os décrit un arc de cercle dont le centre existerait en bas, à l'union de la portion écailleuse et de la portion basilaire. Ces deux portions de l'occipital sont réunies à cette époque par une bande de tissu alternativement libreux et cartilagineux, et cette bande constitue une véritable charnière autour de laquelle tournerait la portion écailleuse de l'os. Pendant l'accouchement, la pointe de l'occiput, repousséc en avant, s'avance sous les pariétaux : ainsi s'explique la diminution des diamètres occipito-mentonnier et occipito-frontal. Le bord posérieur des frontaux est souple et mince ; il se laisse déprimer de haut en bas, d'où la diminution du diamètre sous-occipito-bregmatique. Quand aux pariétaux, ils sont comprimés d'arrière en avant et leur bord sagittal également souple devient plus convexe , d'où l'augmentation au contraire du diamètre maximum.
Ces données anatomiques sont du reste confirmées cliniquemcnt, car pendant l'accouchement et aussitôt après la sortie de l'enfant on sent avec les doigts l'occipital et les frontaux qui chevauchent sous les pariétaux. Si la déformation est considérable, ceux-ci finissent par se rapprocher et même par chevaucher l'un sur l'autre. On comprend dès lors pourquoi la diminution des diamètres transverses du crâne est, quoiqu'on en ait dit, moins considérable pendant l'accouchement que la diminution des diamètres antéro-postérieurs.
Lorsqu'au lieu d'être fléchie et de présenter le sommet la tête est défléchie et présente la face, le crâne est encore déformé durant l'accouchement, mais cette déformation est totalement différente de celle observée à la suite des présentations du sommet. La tête se trouve aplatie verticalement de haut en bas. Si on mesure alors les différents diamètres, on trouve que les diamètres occipitomentonnier et occipito-frontal ont diminué après l'accouchement ; la tête ayant repris sa forme normale, il est légitime, en conséquence, de penser qu'ils avaient augmenté pendant le travail. La tête en effet étant comprimée de haut en bas, du bregma et du vertex à la région basilaire, la pointe de l'occiput s'est trouvée repoussée fortement en arrière, d'ovi l'augmentation de ces deux diamètres occipito-mentonnier et occipito-frontal. Une même disposition anatomique du côté de l'occipital explique donc les déformations tout à fait opposées que l'on constate à la suite des présentations du sommet et de la face.
Lorsque la tête a repris sa forme primitive, les changements survenus dans ses diamètres ne s'arrêtent pas. Ceux-ci continuent à augmenter, si l'eniant est
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bien portant. On voit alors les sutures et les fontanelles s'élargir à Ici point que dans certains cas on pourrait croire au développement d'une hydrocéphalie. M. Budin a vu les sutures Ironto-pariétales mesurer jusqu'à 7 millimètres et la suture sagittale jusqu'à 14 millimètres de largeur. La voûte du crâne subit un véritable mouvement d'expansion dans sa totalité.
On voit, en résumé, qu'il survient deux espèces de modifications du côté du crâne chez le nouveau-né : 1" les unes au moment de l'accouchement; 2<* les autres alors que la tète a repris sa forme normale, pendant la première semaine qui suit la naissance.
5° Période osseuse ou ostéo-suturale . A partir de la naissance, la voûte crânienne offre quatre sutures principales dont deux paires et deux impaires. On les trouve dans l'ordre suivant, d'avant en arrière :
1" Suture médio-frontale, qui sépare les deux frontaux;
2° Suture coronale, demi-circulaire, située entre les frontaux et les pariétaux;
5" Suture sagittale, qui sépare les deux pariétaux ;
4" Suture lambdoide, située entre l'écaillé et le bord postérieur des deux pariétaux.
Les sutures squameuse et fronto-spbénoido- pariétale sont moins intéressantes; je n'ajouterai rien à ce que j'en ai dit à propos du mécanisme de la résistance.
Larges et étroites, remplies par une membrane fibreuse, limitées par des bords osseux festonnés on pectine.-;, recourbés ou non, sinueux ou rectilignes, les sutures offrent des aspects très-variés. Leur rôle et leur im|iortance sont immenses. Leur occlusion précoce a pour conséquence l'arrêt de développement de l'encéphale. Le retard de leur soudure jusqu'à un âge assez avancé e^t, sauf pour la suture médio-frontale, une condition nécessaire au développement des facultés intellectuelles. Si l'on en doute, que l'on compare, d'une part, les crânes de foetus humains avec les crânes de nouveau-nés des autres vertébrés, d'autre part la capacité crânienne de l'adulte chez l'homme et chez les autres vertébrés avec la capacité crânienne des nouveau-nés cori'espondant à chaque classe, puis on verra que, dans l'espèce humaine, la capacité crânienne se développe beaucoup avec l'âge, et très-peu chez les autres vertébrés. C'est que, dans le premier cas, le nouveau-né a des sutures ouvertes et des fontanelles, tandis que dans le second cas, presque toujours chez le nouveau-né, les sutures sont fermées, ainsi que les fontanelles (Le Courtois).
D'après les tableaux de Sims, et d'après ceux de Wagner disposés et interprétés à la manière de M. Broca [Sur le volume et la forme du cerveau, in Bull. de la Soc. d'Atithropoloç/ie, 1861, p. 156), !e poids du cerveau, chez les races supérieures, augmente jusqu'à l'âge de 40 ans, et commence à diminuer entre 40 et 50. Cette diminution de poids, qui accuse en même temps une diminution de volume, est d'autant plus considérable une le sujet est d'un âge plus avancé, à tel point que, dans la vieillesse, le cerveau va jusqu'à perdre 84 grammes chez l'homme, et 59 chez la femme. Or on sait que dans ces mêmes races l'oblitération des sutures commence aussi entre quarante et cinquante ans, et se prononce d'autant plus que l'individu est plus âgé. Ce résultat ne peut pas être considéré comme une simple coïncidence; il y a là, bien certainement, une relation intime de cause à effet qu'on peut énoncer ainsi : Si les sutures encore ouvertes du crâne annoncent une croissance inachevée du cerveau, de même les
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sutures en voie d'ossification annoncent que la décroissance de cet organe a commencé. Ces rapports se trouvent coiilirmés par les recherches de Parchappe {Recherches sur l'Encéphale, !<>'■ mémoire, Paris, 185(3, p. 22,23), qui a démontré que les dimensions intérieures du crâne diminuaient sensiblement dans la vieillesse. Gomme conséquence de la proposition précédente, on peut établir que, pour l'individu et pour la race, l'âge où apparaîtront les premières manifestations de la synostose normale sera aussi celui où commencera la décroissance cérébrale, de même que l'ordre d'oblitération indiquera pour chaque région du cerveau l'ordre suivant lequel se fera cette décroissance.
Les faits pathologiques viennent appuyer cette manière de voir. Chez les microcéphales, dont le cerveau proprement dit se développe d'une façon insuffisante uour écarter les os du crâne, on observe souvent l'ossification des sutures de la voûte. Chez les idiots, les aliénés, là où il y a des atrophies, des retraits de certaines régions cérébrales, il n'est pas rare de trouver les sutures correspondantes complètement elfacées.
11 existe cependant certaines sutures, comme les temporales, qui semblent échapper aux phénomènes de décroissance ; car ce n'est que très-rarement et trèstard qu'on en peut constater l'oblitération.
La syuostose normale, considérée comme un phénomène de décroissance, annonce que déjà une désassimilation générale s'est emparée de l'organisme. Phénomène précurseur d'autres modifications séniles très-accentuées, comme l'ossification des disques vertébraux, des cartilages, des côtes et du larynx, elle doit être rangée à coté de ces dernières, formant un groupe physiologique naturel, bien défini (Poramerol).
Comment se fait l'oblitération des sutures? 11 est facile de s'en rendre compte en examinant la voûte du crâne d'un enfant. On voit ipie les os sont formés d'aiguilles osseuses presque parallèles entre elles, mais allant en divergeant du centre de l'os vers ses bords : au milieu de l'os, elles sont tellement serrées qu'elles forment une lame comme éburnée, tandis qu'à mesure qu'on se rapproche des bords ces sortes d'aiguilles sont toutes séparées et constituent une vraie lame pectinée. Quand deux os voisins arrivent à la rencontre l'un de l'autre, ces aiguilles se réunissent en faisceaux laissant entre eux des intervalles. Par les^ progrès de l'ossification les faisceaux d'un os s'insinuent dans les angles rentrants qui séparent ceux de l'os voisin, et vice versa. Au point de vue du développement, le crâne peut être considéré comme un seul os composé de points d'ossification multiples, avec cette différence fondamentale que, à l'époque où les autres os sont entièrement développés par la réunion intime de toutes leurs pièces, le crâne n'est encore qu'eu voie de développement et que la soudure de ses pièces, quand elle a lieu, ne se fait en général qu'à la période la plus avancée de la vie (Rambaud et Renaut) .
Quelques faits généraux dominent l'histoire de la syuostose normale du crâne. L'oblitération se fait d'abord sur la face interne. Toutes les sutures transverses et latérales s'ossifient d'une manière sensiblement symétriques ; cette règle subit pourtant d'assez nombreuses exceptions.
Une suture étant donnée, l'ossification est généralement plus tôt terminée auï endroits les plus simples.
La syuostose normale a des tendances spéciales à se généraliser assez rapidement, c'est-à-dire à se manifester en plusieurs points à la fois. De plus, les .parties entièrement effacées se confondent graduellement par des parties moins
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effacées avec celles qui sont encore ouvertes. Aussi, toutes les fois que sur un crâne adulte ou trouvera une ossification locale nette, tranchée, bien limitée, aussi étendue à la table externe qu'à la table interne sans traces visibles de dentelures avec fusion complète des os, on pourra presque à coup svir diagnostiquer une syiiostose précoce, remontant à une époque assez éloignée. Welcker est anivé à signaler les mêmes différences : « L'oblitération des sutures a, dit-il, des caractères tout à fait dissemblables, selon qu'elle frappe un crâne jeune ou un crâne d'homme âgé. D'habitude les deux formes de l'oblitération frappent d'abord, pour chaque suture, les mêmes places. L'oblitération infantile soude ordinairement les os suivant toute leur épaisseur: l'ossification a des limites bien définies et ne fait pas de sauts. L'oblitération sénile commence par souder çà et là quelques dents de la suture, de sorte qu'il reste des lacunes ou intervalles ; fréquenunent aussi la soudure des tables vitrées est déjà achevée, tandis qu'extérieurement on voit encore des endroits intacts. »
D'après M. Pommcrol, quia fait de ce sujet une étude approfondie, la synostose normale commence à se manifester entre 40 et 50 ans. Mais à quel âge cette oblitération est-elle complète, en d'autres ternies, quand les divers os du crâne sont-ils réunis en un seul? M. Sappey fixe cet âge entre 80 et 95 ans; cela explique sulfisaunnent pourquoi, dans les collections de crânes, il en existe si peu qui soient tout d'une pièce. 11 n'est donc pas étonnant que du temps d'Hérodote on considérât de pareils crânes conmie un véritable prodige. Cette limite extrême peut-être encore reculée, et nous citerons à ce propos le fait remarquable d'un crâne qui porte le n° 171 de la Collection de Gall. que possède le Musée d'anthropologie. Il porte l'inscription suivante : « Vieillard mort à 102 ans, qui a conservé toutes ses facultés jusqu'au dernier moment de sa vie. t Malgré son âge si avancé, il s'en i'aut de beaucoup que toutes les sutures de ce crâne soient oblitérées. La moitié postérieure de la sagittale, une étendue peu considérable de lu lambdoide au niveau du lambda, la portion temporale droite de la corouale et la sphéno-frontale du même côté sont les seules qui soient plus ou moins effocées ; toutes les autres sont très-nettes et très-distinctes. Ce crâne est parfaitement conformé et son volume paraît être considérable. C'est bien là, sans contredit, celui d'un de ces hommes dont le cerveau, suivant l'expression de Gratiolet , conservait malgré les ans une éternelle jeunesse (Ponimerol).
Ce que nous venons de dire sur l'époque d'apparition de la synostose ne se rapporte pas aux sutures médio-frontale et sphéno-occipitale, car ces deux sutures se soudent longtemps avant les autres, malgré l'opinion de Bichat sur la dernière. La suture médio-lrontale ou métopique est une de celles qui ont le plus attiré l'attention des anciens observateurs; et c'est probablement sa persistance ou son absence sur des crânes adultes qui faisait dire à Aristote que le crâne de la femme n'a qu'une seule suture circulaire, tandis que celui de l'homme en possède trois qui, se réunissant au sommet de la tète, forment une figure triangulaire. Aussi, plus tard, grandes furent les discussions parmi les anatomistes, les uns affirmant que cette suture était spéciale à la femme, les autres à l'homme. Vésale prétendait que, très-rare chez l'homme, elle se trouvait plus rarement encore, pour ne pas dire jamais, chez la femme, qu'elle était surtout 4e propre des fronts larges et anguleux {lata angidosaque frons) et que, sur vingt crânes qu'on rencontre dans un cimetière, il y en a à peine deux dont l'os du front soit divisé. Au contraire Riolan, puis Momo {Traité d'ostéologie, trad.
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Sue, Paris, 1759, t. f, p. 47), soutiennent qu'elle est plus commune chez l'homme, tandis que Sœmmeninj^- affirme qu'elle se trouve indistinctement chez l'un ou l'autre sexe, que le front soit droit ou fuyant, large ou étroit (Sœmmerring, De corporis hnmani fabricâ, p. 96). Mais Fallope est le premier qui ait découvert la constance de la suture médio-fi'ontale ou, pour mieux dire, bi-frontale chez l'homme; et c'est parce que son oblitération est trés-précoce que ce phénomène était passé jusqu'alors inaperçu. « Chez tous les enfants, dit-il, que j'ai disséqués âgés d'un an environ, j'ai observé que la suture sagittale s'étendait toujours jusqu'aux os du nez ; de sorte que chez tous les très-jeunes sujets l'os du front est composé de deux parties; j'ai même constaté cette disposition chez quelques enfants âgés de sept ans, au-dessous de cet âge chez quelques autres, rarement chez de plus âgé?, mais toujours chez tous ceux qui n'avaient pas dépassé un an [Observaliones anaiomicœ. Coloniœ, 1547, p. 30). » Suivant Meckel « la soudure des deux frontaux, qui commence presque toujours pendant le cours de la première année, est tout à fait achevée vers la fin delà seconde; » j'ajouterai, avec M. Sappey, «en laissant en bas une fissure verticale de 10 à 12 millimètres de hauteur qui ne disparaît qu'à la sixième ou septième année, quelquefois même plus tard ; chez certains individus, eHe pei'siste toute la vie » {op. cit., p. 124).
Cette suture n'est pas rare dans les races européennes. Au Muséum of the Army Médical Department, à Netley, M. John Thurnam, sur 169 crânes de soldats anglais, nés en Angleterre ou en Irlande, en a trouvé 16 sur lesquels elle était persistante, ce qui fait presque 1 sur 10 {On Synostosis of the Cranial Bones, London, 1865, p. 6). Chez les Allemands, Welcker l'a rencontrée 1 fois sur 9 {Wachslhum und Bau , p. 99-100). Le docteur Leach, en examinant les crânes des catacombes de Paris, l'a constatée 1 fois sur 11 environ. Sur 510 crânes parisiens qui sont au musée de la Société d'anthropologie 37 sont pourvus de cette suture (1 sur 14).
D'après les recherches de M. Topinard {L'anthropologie, Paris, 1877, deuxième édition, p. 135) et de M. Calmettes {De la suture médio- frontale. Thèse de Paris, 1878, p. 38), ce chiffre est trop faible et l'on doit ad-mettre pour les crânes parisiens le rapport approximatif de 1/10.
Welcker a classé les crânes de différentes races qu'il a étudiées d'après l'écartement des bosses frontales, d'une part, et, d'autre part, d'après la largeur de leur paroi interoculaire, et il a vu que le nombre de crânes métopiques augmentait proportionnellement à ces distances. Il en a conclu que le métopisme était une conséquence de la brachycéphalie. M. Calmettes {loc. cit., p. 40) s'est livré à des investigations patientes pour vérifier directement cette opinion, soit d'après les crânes des collections du Muséum et de la Société d'anthropologie, soit d'après les renseignements fournis à ce sujet par divers auteurs. Sans être parvenu à une certitude absolue, il est arrivé à la conclusion que l'opinion de Welcker est très-probable. Quoique les races dolichocéphales offrent une proportion très-faible de crânes métopiques, il n'est cependant pas sans exemple de trouver cette anomalie, même chez celles de ces races qui sont les plus inférieures. Ainsi, B. Davis dit qu'il existe au Derby Muséum une tête d'Australien ayant servi de vase qui présente la suture médio-frontale. Quant aux nègres brachycéphales, ils paraissent offrir des exemples très-fréquents de métopisme: MM. de Quatrefages et Hamy {Crania ethnica, p. 187) donnent la description d'un crâne de jeune femme Mincopie à suture métopique , et, après avoir rap- DICT. ESC. XXII. 31.
482 CRANE (développement).
pelé deux observations semblables de B. Davis, ils ajoutenl : « 11 est remarquable de voir que sur quatre crânes féminins provenant des îles Andaman trois présentent cette anomalie qui, en réunissant les mincopies des deux sexes, atteindrait la proportion inattendue de 3/8. C'est là une observation qui est de nature à diminuer singulièrement la signification de ce caractère que beaucoup d'auteurs, se fondant sur des considérations empruntées à la physiologie cérébrale, considèrent comme un signe de supériorité absolue. Elle viendrait au contraire à l'appui d'une manière de voir tout opposée qui s'est récemment produite en Italie, et qui regarde cette persistance d'un état infantile comme un caractère inférieur. »
On ne saurait attribuer à une cause unique la présence de la suture métopique chez l'adulte ; les facteurs peuvent être multiples. Le développement rapide des lobes antérieurs du cerveau est souvent la cause du métopisme, celte anomalie devient alors un apanage de l'intelligence (Hyrtl, Welcker). Mais la poussée qui gène la soudure bi-hontale peut avoir une origine bien différente et résider dans une lésion des méninges : — de là vient la fréquence du métopisme chez les hydrocéphales et même les aliénés (Pommerol, Simon). Les os ayant une grande tendance à se souder lorsqu'ils sont rapprochés mécaniquement, le métopisme sera plus rare dans les races où la déformation artificielle du crâne est en usage (Péruviens). Enfin, si les races inférieures, en général, offrent rarement cette anomalie, cela lient à une cause mixte : d'abord à la dolichocéphalie, puis au faible volume des lobes antérieurs du cerveau relativement à celui des races supérieures, ce qu'indique la loi de Gratiolet sur l'ordre d'oblitération des sutures. Le métopisme ne saurait donc constituer un indice absolu de supériorité, soit individuelle, soit ethnique; mais la proposition inverse esl-elle plus acceptable, et, parce que cette anomalie est causée par la persistance d'un état fœtal permanent chez un certain nombre de mammifères, s'ensuit-il qu'elle accuse une infériorité des crânes où elle se montre? 11 suffit pour ruiner cette opinion de rappeler qu'on rencontre le plus fréquemment ce caractère dans les races supérieures et chez les individus d'une intelligence remarquable.
Enfin, on a avancé q4.ie le métopisme était particulier aux races primitives, et l'on a rattaché cette opinion à une théorie d'ensemble sur l'évolution de l'espèce humaine. Calori {Délia stirpe che ha popolatn Vantica necropoli alla Certosa di Bologna e délie genti afftni. Bologna, 1875, p. 75) s'est justement élevé contre cette proposition que démentent à la fois le raisonnement et les fails.
Dans les crânes métopiques, la lambdoïde et la sagittale s'oblitèrent avant la suture médio-frontale.
D'après Welcker on pourrait, à certains signes, dias;nostiquer sur le vivant l'existence de la suture médio-frontale : Front large et peu élevé, yeux écartés,. nez court, sans courbure caractéristique, etc.
La suture sphéno-occipitale s'oblitère beaucoup plus tard que la bi-frontale^ mais cependant bien avant les autres sutures du crâne : aussi celte particularité a-t-elle décidé Sœmmerring à décrire l'occipital et le sphénoïde comme un seul os appelé basai, basilaire on sphéno-occipital {op. cit., p. 101). Cette ossification se fait de très-bonne heure chez tous les mammifères ; chez l'homme, elle a presque toujours lieu entre quinze et seize ans, longtemps après la soudure des deux sphénoïdes, tandis que chez la plupart des autres mammilères les sphénoïdes antérieur et poslérieur restent continuellement distincts (Meckel, Traité
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(jénéral cVanat. comparée, tr.ul. franc, de Reister et Samson, tome III, 2'' partie, p. 251). Dans certains cas de microcéphalie, cette soudure serait-elle retardée? C'est ce qui semblerait ressortir d'une observation de Gratiolet. Voici ce qu'il a trouvé sur trois crânes microcéphales, dont un de race nègre et les deux autres français : « Le crâne était fort petit chez ces trois nains, un peu plus petit que dans le Chimpanzé ou l'Orang. Cette excessive réduction ne portait que sur la partie supérieure du crâne. Sa base était fort peu ossifiée. Chez ces trois sujets le basilaire occipital était séparé par un disque cartdagineux du basilaire sphénoïdal, quoique l'un de ces enfants eût environ quatorze ans. Ces os étaient euxmêmes presque entièrement cartilagineux, ds étaient d'ailleurs assez volumineux. Le rocher et i'ethmoïde, loin d'avoir subi une réduction, semblaient avoir acquis un plus grand développement que dans l'état normal » {Mémoires de la Soc. anthrop., p. 62, 66). Notons cependant que Yogt écrit à ce même propos : « La suture sphéiio-basilaire est ouverte chez tous k)s enfants (microcéphales), fermée chez tous les adultes sans exception. Elle se comporte absolument comme chez l'homme normal, où elle est aussi fermée lorsque le développement dentaire est accompli » {Mémoire sur les microcéphales. \a Mém. de Vlnslitut (jéiievois, p. 89).
Quel est l'ordre suivi par l'oblitération des autres sutures sous l'influence de l'âge ? Les recherches les plus complètes que nous possédions sur ce sujet ont été faites par M. Sauvage à l'aide d'un tableau que lui a communiqué M. Hamy. Les éléments en avaient été l'ecueillis à Bicêtre et à la Sal- 2 pêtrière dans le service de M. Broca; il comprenait cent vingt-six crânes appartenant à des sujets dont l'âge avait été déterminé. On avait pris soin en outre d'y indiquer le degré de soudure et de complication des ■^'" sutures. On peut puiser dans ce tableau des renseignements précieux : Chez 5 sujets, âgés de plus de 90 ans, 4 fois la suture coronale est encore visible aux parties
latérales, et 2 fois au milieu; la pig. 63. — Complications des sutures.
sagittale est 3 fois visible à la partie postérieure, et 1 fois à la partie antérieure ; la lambdoïde sur 4 crânes pré'sente encore quelques vestiges.
Voici quelques autres remarques, tirées par M. Sauvage de l'examen de ce ta>bleau : L'oblitération commence par la suture bi-pariétale ; la lambdoïde et la coronale restent ouvertes plus longtemps. La synostose gagne ensuite la suture sagittale et y débute en un point qui correspond à l'intervalle des trous pariétaux {obélion). La dernière portion de cette suture qui reste ouverte est sa partie antérieure. Les sutures coronale et lambdoïde s'oblitèrent ensuite ; les parties latérales de la coronale restent plus longtemps ouvertes que les parties de la médiane. Sur les 126 crânes, M. Hamy a représenté sur 53 cas l'état de ces sutures par les n"' 0 et 1/2 d'après la notation proposée par M. Broca pour
484 CRANE ^développemem).
exprimer l'état des sutures. Ce tableau, que je reproduis, ainsi que celui qui indique la complication des sutures, est fort commode dans les descriptions pour abréger le discours ; le n° 0 désigne une soudure absolue, un eff;icement des
sutures ; le n" 1 une soudure com- N° 0 plète, mais sur laquelle ou aper-
Soiidiire complète. Suture effacée. . , , i „ ci
çoit encore des traces ; le n" z une
' . , ^ „ -s. -. soudure commençante ; le n" 3
n, j 1 ./■■ t<.^„,u^ une soudure très-ouverte et le 4
Plus de la moitié est soudée.
une suture entièrement libre.
/^ 'v, ' r, ^ /^"^ La partie latérale droite de la
coronale s'oblitère avant la gaucbe
La moitié est sondée. ^^ ^^j^^ ^^^ ^g„g^j ^^^^^ j^ ^.^^pp^^.^
r^ ^ A 'f A de 14 à 9. La lanibdoïde reste un
V ^ ,\j \, ^ v^ pg^ moms longtemps ouverte que
Moins de la moitié est soudée. la corouale. A l'iuverse de la co-
ronale, la lambdoïde commence à Ko 4 — v>jV N-,y.jH/v^j^'^~'^----^\j''\— s'oblitérer par sa partie latérale , „ , ,., droite, puis par la partie médiane;
Aucune soudure, future libre. , , !
c'est la partie latérale gaucbe qui Fig. 66. — Soudure des sutures. se ferme la dernière; ces résultats
peuvent être exprimés par des nombres qui sont entre eux comme 96 : 58 : 49. La soudure, quoique commençant à droite, est cependant moins active de ce côté qu'à la partie médiane, où la suture s'efface plus souvent complètement. La suture spbénoïdale s'oblitère avant la suture écailleuse ; ces sutures sont les deux dernières à se souder. Ces deux sutures sont rarement largement ouvertes, puisque sur les 126 crânes M. Ilamy n'a noté qu'une fois le n° 2 pour la spliénoïdale et trois fois pour la suture écailleuse. La suture écailleuse se ferme plutôt à gaucbe qu'à droite. Il est très-rare que cette suture soit complètement oblitérée: 1,5 pour 100.
11 ne paraît y avoir aucune relation entre le degré de complication de la suture et le degré de soudure de cette même suture. C'est ainsi, par exemple, qu'une suture compliquée, comme 4 et comme 3, pourra n'avoir sur le même crâne comme numéro de soudure que 1 et 1/2, tandis qu'une suture compliquée comme 0 pourra être ouverte comme 1 et même comme 2.
Gratiolcta établi, relativement à la synostose des os du crâne cliez les diverses races humaines, une loi remarquable qui mérite d'être rappelée ici. 11 a observé que, tandis que les races élevées ont leurs sutures plus longtemps et plus largement ouvertes en avant qu'en arrière, dans les groupes qui occupent les derniers degrés de l'échelle humaine ces phénomènes syuostiqucs se produisent en sens inverse. Si, par exemple, les articulations fronto-pariétales sont plus longtemps libres et moins étroitement serrées chez le blanc, le nè^re présente, au contraire, une laxité plus grande et plus marquée dans ses sutures lambdoïdes. Cette remarquable inversion constatée sur des pièces nombreuses paraît être en rapport avec des différences dans l'évolution des hémisphères cérébraux, favorisée ici par un développement plus aisé et plus longtemps suivi des lobes occipitaux, là, par l'accroissement de volume plus facile°et plus prolongé des lobes frontaux. A la vérité, cette loi souffre d'assez nombreuses exceptions , mais elle n'en subsiste pas moins dans sa généralité.
Quelques auteurs ont attribué la microcépbalie à l'oblitération prématurée des
CRAISE (développement^ 485
sutures, et on peut adnietlre eu effet que, si les sutures venaient à se souder toutes à la fois chez un jeune enfant , le crâne resterait microcéphale. Mais, d'après M. Broca, celte éiiologie, si elle est réelle, est à coup sûr très-exceptionnelle, car sur la plupart des microcéphales les sutures resîent ouvertes non-seulement pendant toute l'enfance, mais encore quelquefois jusqu'à l'âge adulte. Sur sept autres crânes microcéphales que possède le Musée du laboratoire d'anthropologie, six ont les sutures libres, quoique deux d'entre eux soient pourvus de leurs dents de sagesse. Le septième (cas de M. Baillarger) présente une soudure de la suture sagittale, soudure évidemment prématurée, puisque le sujet n'avait que 16 ans ; mais toutes les autres sutures sont ouvertes, et, comme le crâne n'est nullement scaphocéphale, ou peut en conclure que la soudure sagittale s'est produite après que le cerveau a eu cessé de s'accroître. Elle n'a donc pas été la cause, mais l'effet de l'arrêt de développement du cerveau. Dans un cas de M. Guéniot, qui a fourni à M. Broca l'occasion de faire les remarques précédentes {Bull, de la Soc. d'antlirop., 15 avril 1875, tome X, 2" série, page 276), la soudure est très-[irécoce, et elle est en même temps générale : ce cas est donc le seul qui pourrait être invoqué à l'appui de l'opinion que la microcéphalie est l'effet de l'arrêt de développement du crâne. Mais précisément dans ce cas l'autopsie a prouvé que l'arrêt de développement du cerveau était le fait primitif. L'énorme différence de poids qui existait entre les deux hémisphères ne s'explique pas autrement.
La synostose prématurée des os du crâne est quelquefois observée. Pommerol a même vu un cas oii la synostose s'était faite pendant la vie intra-utérine ; la suture médio-frontale y était complètement fermée; la coronale partiellement. Suivant Virchow, la soudure des sutures, quand elle est prématurée, a une grande induence sur la forme du crâne et détermine des déformations diverses. Sans entrer ici dans l'étude détaillée de ces anomalies {voy. Déformations du crake), je dois m'arrêter quelque peu sur le mécanisme spécial auquel on les a attribuées et en discuter la valeur.
C'est en 1851, dans son célèbre mémoire sur le crétinisme {Ueber Cretinismus, und ûber pathologische Schàdelformen, in Phys.-med. Gesellschaft zu Wûrtzburg, 1851, Bd. Il, s. 230), que Virchow ouvrit cette voie nouvelle où s'engagèrent à sa suite Lucœ, Welcker, de Baër, Thurnam et Barnard Davis. La base de la théorie de Virchow repose évidemment, sur cette proposition généralement admise que le crâne croît par ses sutures comme les os longs par leurs cartilages épiphysaires. Dès lors, s'il vient à se produire une soudure anormale de cette zone d'accroissement, tandis que les autres continuent à se prêter au développement du crâne, celui-ci se trouve arrêté en ce point comme par l'application d'un lien inextensible. Cependant la poussée cérébrale, gênée dans cette région, exagère ses effets au niveau de celle oii n'existe pas une pareille résistance. Les déformations qui en résultent sont soumises aux deux lois suivantes, formulées par Virchow : 1° La croissance des os crâniens soudes entre eux par une ossification précoce s'arrête dans une direction perpendiculaire à la suture ossifiée ; 2» La compensation, preuve nécessaire de la régulation physiologique, se fait en sens inverse de l'axe de rétrécissement. Sans entrer dans des détails descriptifs qui m'entraîneraient trop loin et qu'on pourra trouver ailleurs, je transcris ici, à titre de renseignement, la classification de Virchow et celle de LucEe, qui en diffère sur plusieurs points. Elles sont placées en regard pour faciliter la comparaison.
CRANE ( D É V E L 0 p p E Ji i; ?. T ) .
CLASSIFICATION DE VIRCIIOW.