‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.22Chapitre 29 sur 52 · CRANE · texte numérisé non relu

CRANE

ASATOMIE .

Quand il existe au milieu du frontal des traces de sa division primitive {suture mélopique), le bregma devient le point de départ des quatre branches d'une croix.

Le point le plus élevé de la région occipito-frontale se nomme le sinciput, qu'il ne faut pas confondre avec le vertex, lequel est l'extrémité supérieure du diamètre vertical du crâne.

Fig. 59. — Face anlcrieure du crâne. — Sutures et points singuliers.

Sutures extérieures : a, parlie inférieure de la sulure coronale; 6, suture ptéro-frontale; c, suture ccailleuse ou temporo-iiariétale; d, suture ptéro-temporale; e, suture ptéro-pariétale; ff, suture interorliitaire, formée en dedans pur la suture nasale, en dehors par la suture irçoto-maxillaire; g, suture nasale; h, suture nasO-ma\illaire; i, sulure fronto-malaire; /i, suture malo-maxillaire; Z, suture inciïive.

Sutures de lorbile: m, fente sphénoïlale; n, fente ptéro-maxillaire; o, partie orbilaire de la suture j.téro-frontale; p, suture ptéro-malaire; q, suture fronto-ellimoïdale; r, suture etlimoïdo-maxillaire.

Points singuliers. A, médians : i, 1, ligne sus-orbitaire donnant le diamètre frontal minimum et étal)li^sant ia sépjration du crâne et de la face; 2-i-, lophryon; 3-t-, glabelle; -i, point nasal ou racine du nez ; 5-1-, point spinal ou épine nasale ; 6, point alvéolaire. B, points latéraux : 7-+-, stéphanion ; 8, ptérion; 9, dacryon; iO+, point malaire; 11, point jugal.

B. Région latérale ou temporale. Elle s'étend sur quatre os : le frontal et le pariétal en haut, la grande aile du sphénoïde et le temporal en bas. Elle est bornée en arrière par la suture lambdoïde ; en avant, par l'apophyse orbitaire externe ; en haut, son contour est limité par une grande ligue courbe à concavité inférieure qui s'étend de l'apophyse orbitaire externe à l'astérion en passant sur les côtés du frontal et du pariétal. Cette ligne, que nous nommerons avec M. Broca ligne latérale du crâne, se compose de deux parties : l'une frontale, l'autre pariétale. Sa parlie frontale est saillante quelquefois, même rugueuse, et porte le nom de crête frontale. Elle commence sur le côté de la base du front où elle fait suite au bord externe de l'apophyse orbitaire externe; de là elle se porte en haut et en arrière, et va aboutir à la suture coronale sur le point appelé stéphanion.

CRANE (anatomie). -iH

La partie pariétale de la ligne latérale du crâne constitue la ligne temporale supérieure du pariétal. Elle donne insertion à l'aponévrose du muscle temporal et est, par conséquent, toujours facile à déterminer sur le cadavre ; mais sur le crâne sec elle est souvent effacée, surtout dans sa partie postérieurs, qui ne s'aperçoit que chez les individus fortement musclés. Même lorsqu'elle est apparente, elle ne forme ordinairement aucune saillie, et ce qui peimet de la reconnaître,

Fig. 30. — Face postr'rieure du ciâne.

AA, pariétaux; B, écaille de l'occipilal; (î, portion mastoïdienne du temporal.

«a, suture sagittale; bb', sulure lambdoïde ; ce', suture occipito-ma'-toïdionne ; dd', «uture pariétomastoïdienne ; ee', irous pariétaux; ff+, bo-'^se» pariétales; gg', ]ij;ne occipitale (ou li{riie courbe occipitale supérLeure) ; lih', ligne occipitale inl'érieure ; i, crête occipitale supeilicielle; k, la bosse cérébrale de l'occipital; //', les bosses cérébelleii-es; m, apophyse mastoide; n, apophyse slyloïde.

1, le lambda ; 2-i-, l'iiiion; 3, 3, les astérions; i, l'obélion.

c'est seulement le changement d'aspect à la surface de l'os. Elle commence sur le stéphanion, où ahoutit d'autre part la crête temporale du frontal, se relève assez brusquement derrière la suture coronale, dont elle se détache bientôt pour se porter en haut et en arrière, parcourt à une hauteur très-vaiiable la face externe du pariétal, va passer immédiatement au-dessous de la bosse pariétale et se recourbe enfin en bas et en dehors pour aller se terminer sur Vastérion.

A l'extérieur de cette grande ligne courbe existe une seconde ligne courbée dans le même sens ; c'est la ligne temporale inférieure du pariétal. Elle marque la Fimite de l'insertion du muscle temporal, dont l'aponévrose, comme on vient de le voir, va s'insérer sur la ligne temporale supérieure; elle commence comme la première sur le stéphanion , et comme elle fait suite à la crête frontale, dont elle continue la direction; en d'autres termes, la crêle frontale, parvenue sur le stéphanion, se dédouble pour former sur le pariétal les deux lignes temporales.

La ligne temporale inférieure décrit au-dessus de l'écaillé temporale une courbe assez régulière, contourne toute cette écaille, et va aboutir en arrière à l'angle l'entrant qui existe à l'union de la portion écailleuse avec la portion mastoïdienne du temporal ; là, elle coupe la suture pariélo-temporale et se

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continue sur la face externe du temporal avec la ligne ou crête sus-mastoïdienne. Celle-ci, séparant la portion écailleuse de la portion mastoïdienne, se dirige en avant et un peu en bas pour aller rejoindre, au-dessus du conduit auditif, la racine postérieure de l'arcade zygomalique.

Entre les deux lignes temporales existe une zone d'une largeur variable recouverte seulement par l'aponévrose temporale.

Fig. 31. — Face supérieure du crâne {Sunna verticalis).

A, écaille du frontal; BB, pariétaux; C, écaille de l'occipital ; D, écaille du temporal; E, arcade zygomalique', F, os nas;iux; G, portion alvéolaire des maxillaires.

aa, suture sai'ittalo; hb', suture coronale; ce', suture lambdoïde; d, suture écailleuse ou temporo-pariétale; ee' -h, bosses Irontales; f('-¥, bosses pariétales; gg', trous pariétaux; /ift', contour antérieur formé sur la li"ne médiane par la saillie de la glabelle, sur les côtés par celle des bosses sourci- Hères; i, partie externe de l'arcade sourcilière; fc, apophyse orbilaire externe; II, crête temporale du frontal; mm, ligne courbe temporale supérieure du pariétal; nii, ligne courbe temporale inférieure du pariétal.

1, le bregma; 2, le lambda; 3, l'obélion ; 4, le stépbanion ; 5, le ptérion; 6 +, l'opliryon.

Les deux lignes temporales sont quelquefois toutes les deux très-apparentes ; souvent on n'en aperçoit qu'une, tantôt la supérieure, tantôt l'inférieure, et il en est résulté que les anatomistes n'en ont décrit qu'une, tandis qu'il y en a réellement deux. Souvent enfin elles paraissent manquer l'une et l'autre. Toutefois, avec un peu d'habitude, on les retrouve presque toujours, au moins dans leur partie antérieure. Celle de ces deux lignes qui intéresse le plus les anatomistes est la supérieure ; c'est elle qui sépare la face latérale du crâne de sa face supérieure; c'est elle qui, chez certains singes et chez beaucoup d'autres animaux,

CRANE (anatomieI

s'élevant de plus en plus sur le pariétal et se rapprochant de plus en plus de sa congénère, ne laisse plus sur sa ligne médiane, le long de la suture sagittale, qu'un intervalle étroit, soulevé en forme de crête (crête sagittale). Chez l'homme, les ligues temporales ne se rapprochent jamais autant l'une de l'autre, mais dans certaines races inférieures, comme les Tasmaniens, elles s'élèvent assez

Fig. 52. — Face latérale du ciâne. — Indication des os et de leurs diverses parties.

A, e frontal : aa, écaille frontale; a', face latérale de l'écaillé; a", portion oibitaire du frontal; a'", apophyse orbitaire externe. — B, le pariétal : b, bosse pariétale; b' , angle antérieur et inférieur du pariétal ; b", angle postérieur et inférieur de cet os. — G, l'occipital. On n'aperçoit que Técaille de cet 03. c, bosse cérébrale de l'occipital; c', bosse cérébelleuse; c", angle externe de l'occipital. — D, le temporal : d, portion écailleuse; cl', apophyse zygomatique ; d" , portion mastoïdienne; d'" , apophyse raastoïde; div, apophyse styloïde du temporal. — 0, conduit auditif. — E, le sphénoïde : e, la ptère, ou portion ascendante de la grande aile du sphénoïde ; c' , apophyse ptéroïde du sphénoïde. — F, le maxillaire; f, portion alvéolaire du maxillaire; f portion nasale ou apophyse montante; f", portion orbito-buccale ; f", face orbitaire de cette portion. — G, l'os malaire ou jugal. — H, l'os nasal. — I, l'os unguis ou lacrymal. — J, l'ethmoïde : face orbitaire de la niasse latérale de cet os. — Dents ; L, les deux incisives; M, la canine; H, les deux prémolaires ; P, les trois molaires.

pour rattacher aux faces latérales du crâne la plus grande partie des pariétaux et pour constituer un caractère simien. C'est ce qui fait l'importance de l'étude de la ligne temporale supérieure du pariétal (Broca).

La surface comprise dans la concavité de cette grande ligne courbe se divise en deux parties : l'une, inférieure, où l'on voit eu avant et en dehors l'arcade zygomatique, plus en arrière le méat auditif, et plus en arrière encore la surface mastoïdienne; l'autre, supérieure, beaucoup plus grande, appelée surface temporale. La crête sus-mastoïdienne, située sur le prolongement du bord supérieur de l'arcade zygomatique, indique, lorsqu'elle existe (ce qui est le cas le plus ordinaire), la séparation de ces deux surfaces.

On aperçoit sur la surface temporale, en arrière, la suture pariéto-mastoïdienne, qui aboutit à Vastérion; à la partie moyenne, la suture écailleuse, et en avant les diverses branches de sutures qui aboutissent au -ptérion. En ce

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lieu existent plusieurs sutures formées par la rencoutrede quatre os, le frontal, le pariétal, l'écaillé du temporal et la ptère. Deux de ces sutures sont constantes : l'une, ptéro-temporale, entre le bord postérieur de la ptère et le bord antérieur de l'écaillé temijorale; l'autre, ptéro-frontale, entre le bord antérieur de la grande aile et la partie inférieure de l'écaillé du frontal. La première

Fig. 33. — Face l;itciale du crâne. — Indication des sutuves, des lignes et des points singuliers.

S»<«re.s; AA, coronale (fronto-pariétale) ; H, ptéro-frontale; CC, lanibJoïde (pariéto-occipitale); D, occipilo-inaslo'idienne ; E, parii'to mastoïdienne ; F, éciilleuse ( squamo-paritHal ) ; G, ptéro-temporale; H, inler-orliilaire (fronto-naso-maxiUaiie) ; I , l'ronto-inalaire ; J, malo-niaxillaire; K, zygonialique (inaio-leinporale).

Lignes anatontiqiies : aa, crête temporale du frontal; 66, ligne temporale supérieure du pariétal; ce, l'v^TiL' tein|iorale inf rieuie du pariétal ; d, crête sus-mastoïdienne du temporal; e, ligne occipitale; f, crête snus-maiaire ilu maxillaire.

Points singuliers : A, points niédiaux; 1, point alvéolaire; 2, point spinal ou épine nasale; 3, point nasal ou raci' e du nez; 4, glabelle; 3, ophryon; 6, bregma; 7, lambda; 8, onion. — B, points latéraux; 9, btéplianion; 10, ptérion; 11, astérion; 12, dacryon; 13, point malaire; li, point jugal.

fait suite à la suture écailleuse et descend à peu près verticalement vers la base du crâne; la seconde fait suite à la suture coronale et se dirige obliquement en avant et en bas, vers la paroi externe de l'orbite. Mais il y a, en outre, en ce même lieu, une suture variable qui existe tantôt entre le pariétal et la ptère, tantôt entre le frontal et le temporal. Dans le premier cas, qui est le plus ordinaire, le frontal et le temporal ne se touchent pas ; l'angle du pariétal s'unit à l'extrémité de la ptère par une suture horizontale dont la longueur varie de 1 à '20 millimèlres; cette branche transversale, aboutissant en avant et en arrière aux deux lignes de suture qui logent le frontal et le temporal, donne au ptérion la forme d'un H (ptérion en H). Dans le second cas, le pariétal et la ptère ne se touchent pas ; le frontal s'unit au temporal suivant une suture qui se confond avec la suture coronale ; on dit alors que le ptérion est retourné. Quelquefois entin, le temporal et le frontal ne se touchent qu'en un seul point, auquel viennent aboutir, en outre, le pariétal et la ptère, tous deux terminés en pointe ; [e ptérion a alors la forme d'un K {ptérion en K). Le ptérion retourné et le

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ptérion en K reproduisent un type simien ; ils s'observent plus souvent dans les races inférieures que dans les races supérieures (Broca).

La surface temporale, convexe, ou au moins plane dans la plus grande partie de son étendue, ne mérite pas le nom de fosse temporale que lui donnent souvent les anatomistes. Ce nom ne doit donc s'appliquer qu'à la partie eoncave de la

Fig. 34. — Ptérion retourné (d'après un crâne du Musée d'anthropologie).

surface temporale, comprise entre le bord antérieur de l'écaillc temporale et la crête temporale du frontal.

La fosse temporale descend jusqu'à la base du crâne, où la crête sous-temporale la sépare de la fosse zygomatique. Elle est limitée en dehors par l'arcade zygomatique, en avant par l'apophyse orbitaire externe, l'os malaire et la paroi externe de l'orbite.

Fig. 33. — Ptérion en K (d'après un crâne du Musée d'anthropologie).

C. Re'gion inférieure ou 6a.se du crâne. Elle s'étend d'arrière en avant de la ligne demi-circulaire supérieure de l'occipital à la racine du nez et se trouve bornée de chaque côté par une ligne qui passerait sur l'apophyse mastoïde, sur la cavité glénoïde, sur la crête qui divise la région temporale du sphénoïde et onfin sur l'articulation de l'os malaire avec le frontal. Tandis que sa portion postérieure est libre, l'antérieure est confondue avec la face ; la limite entre ces deux portions est au niveau de l'ouverture postérieure des fosses nasales.

Je vais les décrire successivement :

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Dans la région postérieure on observe : J" sur la ligne médiane, et d'arrière en avant, le trou occipital; M. Broca a donné le nom d'opisthion {zo imuBwj, le point postérieur) au milieu du bord postérieur de cet orifice, et le nom de hasion de (/Sâo-t;, base) au milieu de son bord antérieur^ En avant du trou occipital est la surface basilaire, et une rainure transversale, indice de l'union

Fig. 56. — Face inférieure du crâne. — Indication des os et de leurs diverses parties.

Os du crâne : A, écaille de l'occipital; B, portion condylienne de l'occipital; C, portion basilaire ou apophyse basilaire de l'occipital; D, angle postérieur et inférieur du pariétal; E, portion mastoïdienne du temporal ; F, portion ccaijleuse du temporal ; G, le rocher ou portion pétrée du temporal ; H, l'ace inférieure du corps du sphénoïde; I, portion basilaire ou disque de la grande aile du si)liénoïde; J, la ptére ou portion ascendante de la grande aile du sphénoïde ; K, apophyse ptérygolde du sphénoïde.

Os de la face : L, arcade alvéolaire; M, portion palatine ou lame palatine du maxillaire; N, portion orbito-buccale du maxillaire; 0, portion palatine ou lame palatine du palatin; P, bord postérieur du vomer ; (J, bord inférieur ou massétérin de l'os malaire.

Détails ostéologiques : a, ligne occipitale; b, ligne demi-circulaire inférieure de l'occipital ; c, la bosse cérébrale de l'occipital; dd', les bosaes cérébelleuses; e, angle externe de l'occipital ; ff, condy'.es de l'occipital; g, fossette condylienne et trou condylien supérieur (ce trou peut manquer); h, apophyse mastoïde; i, rainure mastoïdienne ou digastrique; k, apophyse styloïde du temporal, et, à sa base, le trou stylo-mastoïJien; l, méat auditif ou ouverture du conduit auditif externe; m, racine postérieure de l'arcade zygomatique; n, racine transverse de l'arcade zygomatique ; o, cavité glénoïde du temporal; j), crête sous-temporale de la grande aile du sphénoïde, séparant le disque de la ptère; q, fosse ptérygoïde, limitée par les deux ailes interne et externe de l'apophyse ptérygoide; r, épine du sphénoïde; s, épine palatine; t, partie postérieure de la voûte des fosses nasales.

du sphénoïde avec l'occipital ; 2° sur chaque côté et dans le même sens, la fin de la face externe de l'occipital dont nous avons vu la plus grande partie sur la région supérieure ; une rainure profonde, obliquement dirigée en dedans et en avant, résultant de l'articulation du rocher avec le bord latéral de l'occipital. Cette rainure est terminée en arrière par la fosse jugulaire, cavité assez profonde communément, plus ample à droite, quelquefois égale des deux côtés,

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rarement plus élargie à gauche, formée aussi par le rocher et par l'occipital : elle loge le golfe de la jugulaire, et communif[uo, dans le crâne par le trou déchiré postérieur, qni est très-inégal, et qu'une petite lame naissante du rocher ou de l'occipital divise en deux parties : l'antérieure, plus petite, est traversée parlahuitième paire et par son accessoire; la postérieure, plus grande,

Fig. 57. — Face inférieure du cr;.ne. — Sulurcs, trous et points singuliers.

Sutures : a, suture lamhdoïde; b, future pariéto-mastoïdicnne; c, suture occipito-mastoiMieune; d(l, suture pétro-occipitale; e, scissure de Glaser; f, suture pétro-spiiéuoïdale; 5, suture liasiliïire ou spliéno-occipitale ; e, f, g, f, e', scissure bi-auriculaire séparant le crâne antérieur du crâne postérieur; h, suture sous-lemporale entre le temporal et le disque de la grande aile du sphénoïde; i, suture ptéro-lemporale; k, suture zygomatique ; i, suture malo-maxillaire ; >nni, suture médio-palatine formée en avant par les deux maxillaires, en arrière par les deux palatins ; n, suture maxillo-palaliue, formant avec, la précédente la suture cruciale.

Trous: o, le grand trou occipital; p, trou stylo-mastoïdien; g, trou déchiré postérieur, renfermant la fossette de la veine jugulaire; r, trou carotidien ; s, trou déchiré antérieur; t, trou petit rond ou sphéno-épiiieux; u, trou ovale; v, fente et fosse ptérigo-maxillaire ; x, trou palatin postérieur; y, trou palatin antérieur ou incisif.

Points singuliers. Médians : \, inion ; 2, apisthion ; 3, basion ; 4, point palatin ou épine palatine; 5, point alvéolaire. Latéraux: 6, astérion ; 7, ptérion.

transmet la veine jugulaire. Un autre trou, appelé déchiré antérieur, termine en devant cette rainure : il est formé par la réunion du sphénoïde, de l'occipital et du sommet du rocher ; une substance cartilagineuse le bouche entièrement. La face inférieure du rocher s'observe ensuite, puis une autre rainure qui résulte de l'articulation de son bord antérieur avec le sphénoïde et qui se continue avec la scissure glénoïdale. Enfin, cette moitié de la région inférieure se termine sur les côtés par la portion inférieure de la face zygoiuato-tempo-

DIGT. ENC. XXII. "'

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raie du sphénoïde, et par une suture qui, tombant à angle sur la ramure précédente, unit cette portion au temporal. La moitié antérieure de la région inférieure est, comme je l'ai dit, confondue avec la face ; en sorte qu'en la décrivant il faut indiquer des objets qui appartiennent aussi à cette dernière. On y distingue : 1" sur la ligne médiane, et d'arrière en avant, la suture transversale qui unit l'occipital au sphénoïde; la jonction de ce dernier vers le vomcr; son union avec la lame elhmoïdale; la partie supérieure de cette lame, qui se confond avec la lame criblée; enfin cette articulation avec l'épine nasale; 2» sur chaque côté se trouvent divers objets. Eu les examinant de dedans en dehors :

a. On voit toute la paroi supérieure des fosses nasales, formée en arrière, oîi elle est déprimée par le sphénoïde ; en devant, où elle s'élève, par la lame criblée, et offrant une suture qui résulte de la réunion des deux os. — b. Plus en dehors, on aperçoit sur une même ligne et d'arrière en avant la base des apophyses ptérygoïdes, l'union de Tos palatin au sphénoïde, le trou sphénopalatin qui en résulte, la jonction du sphénoïde et du palatin avec l'ethmoïde, l'articulation des masses latérales de ce dernier avec le coronal, enfin la réunion de celui-ci avec l'unguis et l'os du nez. — c. Tout à fait en dehors, cette partie antérieure de la région inférieure du crâne présente une surface concave qui forme la voûte de l'orbite, et se termine par une ligne où se joigneni le coronal, le maldire et le sphénoïde. A l'extrémité de cette ligne, la surface externe du crâne communique avec l'interne par la fente sphénoïdale. Pour bien voir toute cette portion de la région inférieure, il faut l'examiner principalement sur une coupe verticale de la tète.

Surface iîntérieure ou endocram;. Celte surface est concave, un peu moins étendue que l'externe, et comprend deux parties : la voûte et la base, séparées l'une de l'autre par une coupe horizontale allant de la protubérance occipitale à la base frontale moyenne.

A. Voûte de Vendocrâne. Elle est revêtue par la dure-mère, ainsi que la base. On y aperçoit les mêmes sutures qu'à la surface externe, mais elles y sont beaucoup moins dentelées. Voici les principaux détails qu'on y observe : 1° sur la ligne médiane, et d'avant en arrière, la crête coronale; \vi gouttière sagittale, étendue de cette crête à la protubérance occipitale interne, logeant le sinus longitudinal supérieur, et offrant l'union des deux pièces du coronal; le côté interne de la suture sagittale, qui est moins prononcé que l'externe ; la partie supérieure du milieu de l'occipital ; 2° sur chaque côté, et dans le même ordre, la région cérébrale du frontal, les fosses orbitaires exceptées; la suture coronale, la région cérébrale du pariétal, une partie de la suture lambdoïdc, les fosses occipitales supérieures.

La surface interne de la voûte du crâne est sillonnée par des canaux vasculaires souvent très-profonds qui logent les différentes branches de la méningée. Parfois l'os, à leur niveau, offre une minceur transparente, ce qui a fait croire à bien des auteurs qu'il y avait là un véritable phénomène d'usure par le choc de l'ondée sanguine. Il est bien plus vraisemblable d'admettre avec Sabatier {Traité complet d'anatomie, t. I, p. 50, 1798) que ces canaux sont formés par la gène que les vaisseaux apportent à l'accroissement des os dans les points où ils les touchent. C'est ainsi, dit-il, que l'on remarque des enfoncements et des creux dans les arbres qui se trouvent gênés en quelques points de leur surface par

des corps durs. Ce n'est pas la pression que les corps exercent sur les arbres qui les creuse; cette pression n'a d'autre effet que de les empêcher de croître, pendant que les parties voisines, qui ne sont pas gênées dans leur accroissement, prennent peu à peu le développement dont elles sont susceptibles.

C'est encore à la face interne de rendocràue, mais plus spécialement vers sa partie médiane, au niveau du sinus longitudinal supérieur, que l'on trouve les dépressions produites par les corps ou granulations de Pacchioni. Ces corpusmûes avaient été mentionnés pour la première fois par Méry en 1701 {Histoire de l'Académie royale des sciences, 1701 ; Diverses observations anatomiqiies, n" \). Mais elles ne furent bien décrites que par Pacchioni, dans sa lettre adressée à Schrok, le 10 des Kalendes de Mai {op. cit., p. 126, pi. I). Pacchioni ne connaissait, du reste, pas l'observation faite par Méry, ainsi que cela résulte de la lettre qu'il écrivit à cet anatomiste (30 juin 1705), et que l'on trouvera également dans ses œuvres. Pacchioni émit l'opinion que les corpuscules qu'il venait d'observer étaient des glandes d'oii partiraient en grand nombre de très-fins tubes, traversant la pie-mère pour aller finir dans le cerveau ; la duremère serait un muscle destiné à « presser les glandes corticales du cerveau, pour en exprimer ensuite la liqueur dans les racines des nerfs » [deux lettres à M. Mértj, 20 mars 1706). Pour Malpighi, les corpitscules ne seraient que des organes destinés à lubrifier ce muscle « de la même manière que la lymplie de la membrane qui enveloppe le cœur lui sert à un usage semblable «. La théorie des esprits animaux régna alors dans la science : aussi Méry ne manquait-il pas de faire jouer un rôle immense aux petits corps qu'il venait de découvrir, en concluant que « les esprits animaux ne seraient rien autre chose que la lymphe même que séparent du sang les petites glandes de la dure-mère » {Réponse de Méry à la première lettre de M. Pacchioni, 18 novembre 1705), On sait aujourd'hui que les corpuscules de Pacchioni ne sont formés que d'une substance dense, fibroïde, ressemblant au tissu conjonctif, et de quelques fibres élastiques incomplètement développées, de corpuscules amyloïdes et de concrétions calcaires (Kôlliker). L'usage de ces corps est jusqu'à présent inconnu ; ce que nous savons, c'est qu'ils sont en relation intime avec les vaisseaux, fait déjà observé par Pacchioni.

i\ous n'avons ici qu'à nous occuper des impressions que les corpuscules laissent à la surface interne du crâne. Faisons d'abord remarquer que toujours ces dépressions, qui se trouvent le long du tissu longitudinal supérieur, sont à l'extrémité d'un rameau ou d'un ramuscule méningien ; il y a, de plus, coïncidence presque constante entre la profondeur du sillon de cette artère et la présence d'amincissement du crâne, dus aux corps de Pacciiioni. Le plus souvent aussi les dépressions sont situées vers l'angle bregmatique formé par la réunion des sutures sagittale et coronale à une distance moyenne de 25 millimètres de cette dernière suture et de 15 millimètres de la bi-pariétale. Ces foveœ glandulares, comme les nomme Meckel, existent presque toujours des deux côtés et sont symétriquement placés; lorsqu'elles ne sont marquées que d'un seul côté, c'est ordmairement à gauche, où, d'ailleurs, elles sont en général plus profondes ; plus rarement elles n'existent que du côté droit seul. Quand ces corpuscules ont laissé leur empreinte sur le frontal, c'est presque toujours sur la ligne médiane, dans la continuation du sinus longitudinal supérieur.

Luschka, qui a nommé les corpuscules de Pacchioni franges arachnoïdiennes , les considère comme normales, lorsqu'ils sont peu développés. Quoique pouvan-

i'OQ CRANE (anatojiie).

exister chez des individus jeunes encore, les de'pressions de la voûte du crâne occasionnées par ces franges sont cependant rarement aussi fréquentes et aussi marquées que dans un âge avancé, alors que les corpuscules augmentent beaucoup de volume. C'est ce que Pacchioni, Meckel, Cruveilliier, pour ne citer que ces auteurs, ont parfaitement remarqué.

Au niveau d'un corps de Pacchioni développé, la dure-mère perforée laisse passer le corpuscule qui détruit la table interne et la déplace, de manière à n'être souvent recouverte que par une faible lamelle de la table externe. Aussi l'os est-il très-transparent en ce point. Assez souvent encore voit-on la lamelle qui recouvre la glande céder légèrement, de manièi'e qu'il y ait une faible dépression à la surface interne du crâne; d'autres fois on voit l'inverse: l'os est repoussé et on a une petite élévation au-dessus du reste de la surface. Assez souvent aussi, au milieu d'un espace pouvant avoir jusqu'à 20 millimètres de large, et même plus, déprimé circulairement, on voit une série d'autres dépressions irrégulières n'atteignant le plus souvent que le volume d'une tète d'épingle, mais pouvant être beaucoup plus considérables, creusées au milieu du diploé ; ces perforations sont tout à fait semblables à celles que l'on observe sur le trajet des voies méningiennes qui se sont enfoncées jusqu'au diploé. On les remarque surtout lorsque les cellules du diploé sont grandes, communiquant librement entre elles ; les canaux de Brescbet vont alors librement s'ouvrir dans le sinus longitudinal en entourant la frange arachnoïdienne. Semblable disposition a été figurée par Sandifort, et par Weber Hibes, qui s'est beaucoup occupé des altérations qu'éprouvent les os, a « observé deux espèces d'altérations du crâne, par suite de la dissolution du diploé. Dans l'une (et celle-ci a été également observée par plusieurs anatomistes), la table externe, dans quelques points du crâne, se rapproche de l'interne; le crâne présente alors des enfoncements externes, et il est très-mince dans ces mêmes points. D'autres fois c'est la table interne qui se rapproche de l'externe, et alors on trouve à l'intérieur du crâne une fosse ou cavité que j'ai crue produite par la présence des corps connus sous le nom de glandes de Pacchioni. L'os s'amincit considérablement dans ce point et se perfore. Je n'ai (dit-il) qu'un exemple de cette dissolution, mais l'ouverture était entièrement différente de celles qui sont produites par les fongus de la dure-mère. La face interne et le trou de l'ouverture étaient minces et formés d'une lame osseuse, compacte et lisse. Une portion ligamenteuse ou membraneuse était alvachée autour et la bouchait complètement » {Bulletin de la Faculté de médecine de Paris, p. 303, 1819).

31. le docteur Trolard a donné récemment une bonne description de cette disposition anatomique. Il a assigné le nom de lacs sanguins aux espaces correspondant aux cavités qui logent les glandes de Pacchioni, espaces limités d'une part par ces glandes, et d'autre part par les surfaces osseuses; le sang veineux y circule librement [Archiv . génér . deméd., mars -1870).

Il n'est pas ordinaire d'observer à la surface interne de la voûte du crâne des empreintes mamillaires analogues à celles qu'on observe sur l'endocrâne au niveau de la base et qui sont produites, comme on le sait, par l'empreinte des circonvolutions. Dans certains cas cependant on rencontre des empreintes visibles et multipliées. On peut toujours en conclure que les circonvolutions cérébrales offraient dans ces cas une grande simplicité. En effet, plus elles sont riches, plus elles se tassent les une? contre les autres, sans offrir de

CRANE (anatomie). 421

relief distinct; en sorte que l'os, en se développant, n'a aucune tendance à se déprimer dans les sillons qui les séparent.

Fig. 38. — Base de l'endoci'ârie. — Indicalion des os et de Icuis diverses parlies.

A, le frontal. La coupe est pratiquée sur la base de l'écaillé de cet os. a, coupe dos sinus frontaux:;

b, bosses orbitalrcs, convexes, formées de chaque côlé par la lame oibitaire du frontal; c, écbancniie

ethmoïdale du frontal, lî, le paiiotal. La cou|ie est pratiquée un peu au-dessus de la suture écailleu^e. d, angle plérique, ou

anjle antérieur et inférieur du pai'iétal; e, angle aîtérique, ou angle posléiiour et inléneur du pariétal.

C, l'occipital. La coupe est pratiquée un peu au-dessus de l'inion. f, le grand trou occipital; g, gouttière basilaire ou face jupérieure de l'apophyse basilaire de l'occipital; hh', gouttières latérales de l'occipital; /, crête occipitale profonde; j, terminaison de la gouttière sagi(tale; k, proluliérance occipitale profonde ou cnJinion ; hh'ijk,\a croix de l'endocrâne; l, fosses cérébrales de l'occipital ; m, fosses cérébelleuses.

D, l'elhnioïde. n, apophyse crista-galli; o, lame criblée.

E, le sphénoïde, p, surface olfactive du sphénoïde; q, apophyse ensiforme de la petite aile; r, apophyse clinoïde antérieure; s, selle turcique ou fosse pituitaire; t, lame carrée du sphénoïde, supportant le? deux apophyses clinoiJes poslérieures; u, lace eiidocrânienne de la grande aile ilu ^phénoide.

F, le temporal, v, face interne de l'écaillé temporale; w, face supérieure du rocher; x, face postérieure du rocher; y, portion maîloïdienne du temporal, creusée en arrière d'une gouttière qui fait suite à la gouttière latérale de l'occipital et qui aboutit au trou déchiré postérieur.

Sutures de la base de l'endocrâne. 1, suture fronto-sphénoidale ; 2, suture ptéro-frontale; 3, suture ptéro-pariétale; i, suture ptéro-temporale; 5, suture écailleuse ; 6, suture pariélo-mastoïJienne ; 7, suture lambdoide ; 8, suture occipito-mastoïdienne ; 9, suture ptéro-occipitale; 10, suture ptcrosphénoïdalc; 11, suture basilaire ou spbéuo-occipitale.

Trous de la base de l'endocrâne. 12, trou borgne du frontul; 13, trou optique, à l'extrémité de la gouttière transversale des nerfs optiques; 14, l'ente sophénoidale, entre la grande aile et la petite aile du sphénoïde; 15, trou grand rond ; 16, trou ovale; 17, trou sphéno-épineux ou petit rond ; 18, trou décliiré antérieur, entre le bord antérieur du rocher et la grande aile du sphénoïde; 19, trou déchiré postérieur, entre le bord postérieur du rocher et la portion condyljenne de l'occipital; 20, conduit auditif interne, sur la face postérieure du rocher; 21, trou condylien antérieur, aboutissant d'autre part au trou ilcehirc postérieur.

Chez les singes, ce caractère s'accentue progressivement à mesure qu'on s'abaisse dans la série. Il est souvent assez prononcé pour qu'un moule ondocrànien permette de se rendre un compte très-suffisant de la morphologie cérébrale. .

422 CRANE (anatomie).

B. Base de l'emlucrâne. La base de l'endocràne, très-ëlevée en avant, devient de plus en plus profonde en arrière, et forme ainsi une espèce de plan incliné extrêmement inégal. 1° Sur la ligne médiane, les objets qui se remarquent sont : d'avant en arrière, le trou borgne ou épineux; l'apophyse crista-galli, et les^ gouttières ethmoïdales, criblées de trous, que bornent deux lignes, indices de l'union du coronal avec l'ethmoïde, et sur lesquelles on voit l'orifice des trous^ orbitaires internes; une suture transversale formée par l'ethmoïde et le sphénoïde; la surface plane de ce dernier os, sur laquelle reposent les nerfs olfactifs; la gouttière transversale destinée aux nerfs optiques; la fosse piluitaire, la lame carrée du sphénoïde, une ligne transverse répondant à l'articulation de l'occipital avec le sphénoïde, la gouttière basilaire, le grand trou occipital, la crête occipitale interne et la protubérance du même nom ; 2" sur chaque côté, et en avant, se remarque une surflice convexe, servant d'appui aux lobes antérieurs, formée et par les bosses orbitaires et par la partie supérieure des apophyses d'higrassias, bornée en arrière par un bord mousse que reçoit la scissure de Sylvius. Une suture transversale sépare les deux parties qui forment cette surface.

On voit au milieu une fosse large en dehors, très-rétrécie en dedans, formée par le sphénoïde qui est en avant, et par le temporal qui est en arrière ; bornée dans le premier sens par la fente sphénoïdale, dans le second par le bord supérieur du rocher. Cette fosse, traversée par deux sillons artériels naissant du trou sphéno-épineux, offre la trace : 1° de la grande suture que nous avons vue traverser la fosse temporale; 2" de celle qui, naissant inférieurcment de celle-ci, unit le sphénoïde au temporal; 5° d'une troisième, formée par l'union du bord antérieur du rocher avec le sphénoïde ; le trou déchiré antérieur termine en, avant cette dernière. On voit de plus, dans cette fosse, l'orifice des trous maxillaire supérieur, maxillaire inférieur et sphéno-épineux, et celui de l'hiatus de Fallope. En arrière s'observe une autre fosse plus profonde que la précédente, résultant de l'assemblage delà face postérieure du rocher, d'une très-petite portion du pariétal, et d'une grande partie de la face cérébrale de l'occipital ; bornée en avant par le bord supérieur du rocher, en arrière par la gouttière latérale. Au fond sont deux sutures qui unissent l'occipital, l'une avec la circonférence du temporal, l'autre avec le bord postérieur du rocher : elles sont continues et dans la même direction ; elles se trouvent interrompues par le trou déchiré postérieur; l'antérieure est dans un petit enfoncement qui reçoit le sinus pétreux inférieur,

La gouttière latérale, dont une partie borne en arrière cette fosse, est communément plus grande du côté droit ; quelquefois c'est du côté gauche, variété qui tient à la manière différente dont se divise le sinus longitudinal. L'occipital en haut, le pariétal et le temporal au milieu, l'occipital de nouveau en bas, concourent à la former. Elle se dirige d'abord horizontalement depuis la protubérance interne jusqu'au rocher, derrière la base duquel elle descend ensuite, pour remonter légèrement, et se terminer à la fosse jugulaire, près de laquelle le Irou condyloïdien postérieur vient ordinairement s'y ouvrir. Elle loge le simis latéral. Le trou auditif interne et l'orifice de l'aqueduc du limaçon en avant, les fosses occipitales inférieures et le trou condyloïdien antérieur en aiiière, sont les autres détails que nous présente cette face.

En résumé, les points les plus frappants que présente à sa sv\rface interne la base du crâne sont, d'une part, la multiplicité des orifices qui permettent aux

vaisseaux et aux nerfs d'y pénétrer et d'en sortir; d'aulre part, la présence des diverses fosses qui logent certaines parties de l'encéphale. La plus antérieure de ces dépressions, la fossette olfactive, est à peine accusée sur le crâne humain, et on ne pourrait d'après elle se faire une idée de son importance chez la plupart des animaux. La fosse profonde qui est située en arrière des petites ailes du sphénoïde reçoit la partie antérieure du lohe temporo-sphénoïdal. Celle qui est en arrière du bord saillant formé par le bord supérieur du rocher est occupée par le cervelet. Quant à la petite dépression médiane profondément encaissée entre les quatre apophyses clinoïdes, elle loge la glande pituitaire. Sur le crâne sec, les saillies qui les limitent forment un relief tellement aigu et tranchant qu'il est difficile de se rendre compte comment la substance cérébrale n'est pas blessée. Mais sur un crâne frais on peut voir que la dure-mère, en s'étendant entre les apophyses clinoïdes et s'insérant sur le bord du roclier pour former la tente du cervelet, vient émousser complètement ces parties et les transformer en organe de soutien. Quant aux apophyses d'ingrassias, elles conservent à la vérité leur tranchant, mais celui-ci vient se loger dans une grande échancrurc du cerveau, la scissure de Sylvius, et en outre dans ce point une notable accumulation du liquide sous-arachnoïdien forme un coussinet élastique qui protège la pulpe nerveuse.

Différences sexuelles. Un crâne étant donné, peul-on déterminer le sexe du sujet? Cette question n'est pas,semble-t-il, indigne des recherches desanatomistes qui se sont si longuement appesantis sur des points d'un intérêt pratique tout aussi peu immédiat. Et cependant on cbercherait en vain dans les traités classiques des notions de quelque étendue. 11 a fallu que l'étude du squelette fiit faite à un point de vue moins exclusif pour que cette question fût abordée. Exemple instructif du concours que doivent se prêter les diverses branches de la biologie, et du danger de les enfermer dans les cadres étroits du dogmatisme ' traditionnel !

J'emprunterai donc encore à peu près textuellement au professeur Broca le paragraphe qui suit : il est encore tiré des remarquables « Instructions craniologique et craniométrique » insérées dans le tome 11 des Mémoires de la Société (V Anthropologie ('i^ série).

La distinction du crâne masculin et féminin ne repose pas, dit ce savant éminent, sur des caractères absolus. Il y a dans toute race un type masculin et un type féminin qu'un observateur quelque peu expérimenté sait distinguer au premier coup d'œil, et qui marque son empreinte sur la plupart des crânes ; mais il y a toujours aussi un certain nombre d'individus dont les crânes participent à la fois des deux types. Si l'on excepte les divers organes génitaux proprement dits, tous les caractères sexuels en sont là, ceux des parties molles aussi bien que ceux du squelette, le système pileux aussi bien que le système musculaire. Ces divers caractères ne présentent de l'homme à la fenmie que des différences de degrés; et telle virago peut revêtir dans quelques-uns de ses organes des formes masculines, tandis que des formes féminines s'observent chez des hommes plus ou moins efféminés.

On doit donc s'attendre à trouver dans la plupart des séries un certain nombre de crânes dont le sexe reste incertain. Lorsque tous les caractères masculin ou seulement les plus importants sont réunis, le diagnostic est des plus faciles; il ne l'est pas moins dans le cas opposé ; mais bien souvent la conformation d'une

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région crânienne dépose dans un sens, et celle d'une autre région dépose dans un sens inverse; il faut choisir alors, en se basant sur l'importance relative et sur le nombre des caractères de chaque catégorie, et ce choix est quelquefois douteux. D'autres fois, aucun caractère n'est décidément masculin, ni décidément iéminin; tous sont à un degré intermédiaire, et tout diagnostic serait trompeur. Enfin, parmi les crânes jeunes, dont la suture basilaire est encore ouverte, il en est un certain nombre où les caractères sexuels ne sont pas encore accusés.

Le crâne masculin est en général plus volumineux, plus capace, plus lourd que le crâne féminin ; les saillies, les dépressions qui correspondent à l'insertion des muscles, y sont plus prononcées; les sinus et autres cavités aériennes y sont plus développi'cs, l'appareil masticateur y est plus puissant. L'ensemble de ces dispositions permet souvent de distinguer les deux sexes au premier coup d'œil, mais plus souvent encore il est nécessaire de recourir à l'analyse des caractères. Passons donc rapidement en revue les principaux avec le professeur Broca :

1° La glabelle. La glabelle ou bosse nasale est la saillie médiane qui existe à la base du front, au-dessus de la racine du nez. Elle est toujours nulle chez les enfants ; elle apparaît au plus tôt vers la quinzième année, souvent vers la vingtième année seulement, ou même plus lard. Elle est ordinairement plus développée chez l'homme que chez la femme.

Une forte glabelle, nctlement détachée sur le profil, indique sûrement le sexe masculin. L'absence totale de cette saillie caractérise aussi sûrement le sexe féminin ; toutefois, dans les premières années de la jeunesse, vers l'âge de quinze à vingt ans, un assez grand nombre de crânes masculins sont encore privés de glabelle.

Lorsqu'il existe une glabelle de petit volume, le diagnostic, de ce chef, reste douteux ; car la glabelle de certaines femmes peut être aussi grosse et même plus grosse que celle de certains hommes.

On ne confondra pas avec la glabelle la saillie des deux petites bosxes soiirci-' Hères, qui sont situées à peu près sur le même niveau, mais qui sont latérales. Loi-squ'on se borne à examiner le crâne par le profil, ou sur un dessin de profil, le contour de la bosse sourcilière correspondante peut simuler celui de la glabelle et donner le change sur le sexe du sujet.

2" La combe frontale et les bosses frontales. On étudie la courbe frontale sur le profil du crâne. Cette courbe, étendue de la glabelle du bregma, se compose de deux parties, l'une, inférieure, qui remonte suivant une direction peu éloignée de la verticale, l'autre, supérieure, qui continue à remonter, mais suivant une direction beaucoup plus oblique. Ce changement de direction s'effectue au niveau d'une ligne transversale qui, de chaque côté, passe par les bosses frontales, à 5 ou 4 centimètres au-dessus du bord inférieur des arcades sourcilières.

Chez la femme, comme chez l'enfant, les bosses frontales sont plus saillantes et le changement de direction est plus brusque et • plus accusé que chez l'homme, fa partie inférieure de la courbe frontale est plus droite, plus rapprochée de la verticale ; la partie supérieure, au contraire, est plus fuyante, et la saillie du front se présente sur le profil sous la Ibime d'une sorte d'angle obtus très-émoussé. Les bosses frontales de l'homme sont en "énéral un peu plus élevées au-dessus des arcades orbitaires, plus écartées l'une de l'autre, et enfin moins saillantes, à tel point qu'elles sont quelquefois tout à fait effacées. La

CRANE (anatomik). 425

courbe frontale alors est presque régulière, presque uniforme, depuis la partie supérieure de la glabelle jusqu'au bregma.

Les bosses frontales sont quelquefois très-saillantes sur les crânes masculins qui présentent la suture métopique, mais elles se distinguent alors de celles de la femme par un grand écartement.

3" Arcades sourciller es. Les arcades sourcilières de l'homme sont plus volumineuses, plus épaisses, et aboutissent à une apophyse orbitaire externe plus épaisse et plus saillante. La voûte orbitaire est plus concave, et la fossette lacrymale qui existe derrière la partie externe de l'arcade est plus profonde. Chez la femme, cette partie externe de l'arcade sourcilière est mince, et quelquefois semblable à un tranchant émoussé. L'étude du degré de minceur ou d'épaisseur de ce bord fournit un caractère important pour la distinction des sexes,

4» Ulnlon (protubérance occipitale externe) et la ligne occipUnle. Ces parties sont au nombre de celles qui présentent, suivant les individus et suivant les races, le plus de variétés. L'inion peut former une grosse saillie rugueuse, recourbée en bec, longue de beaucoup plus de 1 centimètre ; il peut se réduire à un tout petit tubercule, il peut manquer complètement, il peut même être remplacé par une petite dépression.

La ligne occipitale, ou lujne demi-circulaire supérieure de l'occipital, qui s'en détache horizontalement pour se diriger de chaque côté vers l'astérion, n'est pas moins variable : quelquefois c'est une véritable crête, épaisse et saillante, limitée par deux contours concentriques et espacés de plusieurs millimètres; d'autres fois, ce n'est qu'une ligne simple et presque sans saillie, ou seulement une empreinte à peine visible ; et souvent enfin il n'en existe absolument aucune trace.

L'inion et la ligne occipitale ne sont nullement solidaires. La ligne peut être très-prononcée et l'inion presque nul ; l'inion peut être très-volumineux et la ligne presque effacée, au moins dans sa partie externe. Néanmoins ces deux caractères marchent ordinairement de front, et ce que nous allons dire de l'inion est presque toujours applicable à la ligne occipitale.

D'une manière générale, l'inion est plus fort chez l'homme que chez la femme, mais cette différence varie notablement suivant les races, et, par exemple, elle •est beaucoup plus grande en moyenne chez les Européens que chez les Nègres. Dans toute race, un inion très-volumineux, accompagné d'une ligne occipitale développée en forme de crête, indique toujours le sexe masculin ; et l'absence totale de l'inion et de la ligne occipitale chez un sujet tout à fait adulte établit une très-grande probabilité en faveur du sexe féminin. Mais, dans toute race aussi, l'inion de certaines femmes est plus développé que celui de certains hommes. Les différences sexuelles de l'inion ne sont donc pas absolues; elles tournissent néanmoins des indications très-précises, et ces indications sojit quelquefois tout à fliit certaines.

5° Les condijles occipitaux sont ordinairement plus larges et plus massifs chez l'homme que chez la femme. Il ne faut accorder à ce caractère qu'une valeur secondaire.

ô" Les apophyses styloides tirent leur importance de leurs connexions étroites avec l'appareil laryngien. Leur volume est, en général, en rapport avec celui du larynx, et on sait que l'appareil vocal de l'homme est plus ample que celui de la femme. Ce qu'il y a à considérer dans les apophyses styloides, ce n'est pas

426 CRANE (awatomie).

tant leur longueur que leur grosseur. Leur longueur est en moyenne plus considérable chez l'homme , mais elle est très-variahle dans les deux sexes ; en outre, elle s'accroît beaucoup dans la vieillesse, ou même dès l'âge mur, par suite de l'ossification de la partie supérieure du ligament stylo-hyoïdien, de sorte qu'une vieille femme d'un certain âge peut avoir des apophyses styloïdes plus longues qu'un homme simplement adulte. On ne peut donc tirer de la longueur de ces apophyses que des indications assez vagues. Le plus souvent, d'ailleurs, elles sont brisées à leur base et leur longueur reste inconnue. Mais 1» largeur de cette base peut toujours être constatée, et fournit un caractère sexuel d'une valeur sérieuse, car elle est généralement beaucoup plus petite chez la femme que chez l'homme.

7" Les apophyses masloïdes, très-petites chez l'enfant, sont peu volumineuses chez les jeunes gens des deux sexes, et chez la plupart des femmes. Elles croissent au moins jusqu'à trente ans, et probablement plus tard encore. Elles peuvent devenir assez grandes pour descendre au-dessous du reste de la base du crâne, et alors, lorsqu'on place le crâne sur une table, il y repose par le sommet de ses apophyses mastoïdes. Ce cas ne se présente guère que chez les hommes.

La longueur des apophyses mastoïdes varie notablement suivant les races. Ainsi, certains Nègres d'un âge mùr ont ces apophyses aussi petites que certaines jeunes femmes d'Europe. La grandeur absolue des apophyses mastoïdes ne fournirait donc le plus souvent que des données peu certaines ; mais lorsqu'on étudie comparativement ces caractères sur les crânes d'une même série, ou d'une même race, on en tire pour le diagnostic du sexe des probabilités assez grandes. Il faut savoir toutefois que, dans toutes les races, quelques hommes ont des apophyses mastoïdes très-petites.

La rainure digastrique, située sur la base de l'apophyse mastoïde, est en général plus longue, plus laige, plus profonde chez l'homme que chez la femme. La crête sus-mastoïdienne, qui prolonge en arrière du conduit auditif la racine antéro-poslérieure de l'arcade zygomatique, et qui sépare la région mastoïdienne de la région de l'écaillé temporale, se réduit chez la plupart des femmes à une simple ligne, souvent presque invisible ; lorsqu'elle est bien saillante, en forme de crête, c'est un indice Irès-probable du sexe masculin.

8° Aux caractères précédents nous en joindrons d'autres qui, bien qu'ils ne soient pas tirés de l'étude du crâne proprement dit, ne seront pas déplacés ici. La région faciale présente habituellement chez l'homme des contours plus rudes, des surfaces plus inégales. La fosse canine est plus profonde, le bord inférieur ou massétérin de l'os malaire est plus épais. Les arcades alvéolaires sont plus fortes, la voûte palatine plus large, les dents plus volumineuses, l'ouverture des narines postérieures plus haute. La mandibule est plus massive, ses branches plus larges, son apophyse coronoïde plus longue.

Ces divers caractères ne valent que par leur ensemble; chacun d'eux, même plusieurs d'entre eux, peuvent présenter chez certaines femmes plus de développement que chez certains hommes. Du reste, ils sont loin d'avoir tous la même valeur. Ceux qui ont le plus d'importance dans le diagnostic du sexe sont les suivants : Le volume de la glabelle; La forme de la courbe frontale et de la saillie du front ; Le degré de minceur ou d'épaisseur de la partie externe de l'arcade sourcilière ; Le volume de l'inion et l'état de la ligne occipitale.

CKANE (anatomie). 427

Lorsque ces quatre cai'actères déposent dans le même sens, le diagnostic ne laisse presque aucun doute, quand même les autres caractères ne seraient pas^ d'accord avec eux.

Capacité du craîse. L'étude de ce caractère offre surtout de l'intérêt lorsqu'on l'envisage sur une série de crânes pour déterminer les moyennes servant à établir une comparaison entre les sexes et les races. 11 n'est donc pas étonnant que les anatoniistes purs l'aient à peu près complètement négligée pour laisser celte tâche aux anlhropologistcs. Il serait injuste cependant de ne pas mentionner les recherches de M. Sappey {Mémoires de la Société de Biologie, t. III de la 5' série, 1802, p. 109). Malheureusement ce savant, usant de procédés défectueux (multiplication l'un par l'autre de trois diamètres internes antéro-postérieur, transversal et vertical), n'est pas arrivé à des résultats satisfaisants.

Une autre méthode, tout autrement rationnelle, consiste dans l'emploi combiné de deux procédés: \e jeaugeage, dans lequel on remplit le crâne d"nne substance convenablement choisie, et le cubage, dans lequel on en détermine le volume. Celte opération a été pratiquée avec de l'eau par Sœmmering, Virey, Tredwell ; avec du mercure par M. Broca, sur un crâne étalon destiné à contrôler l'exactitude de chaque procédé; avec du sable par llamilton et M. B. Davis; avec du millet par M. Tiedemann et M. Mantegazza; avec des grains de moutarde blanche par Philipps ; avec de l'orge perlée par M. Welcker , et enfin avec du plomb de chasse par Morton et M. Broca. J'indiquerai, pour mémoire, l'eau dans un ballon de caoutchouc, les moules intra-cràniens, etc.... En somme, cette méthode, quelque ingénieuse qu'elle fût, en l'absence de règles fixes qui la missent à l'abri des nombreuses causes d'erreur qu'elle comporte, ne pouvait donner que des résultats très-approximatifs, jusqu'au moment où M. Broca lui a donné une précision mathématique {Mémoires de la Société d'Anthropologie, t. II, 2" série, 1875). Je ne saurais entrer ici dans les détails minutieux que l'on trouvera consignés dans le savant travail de cet auteur. Pour donner une idée de la précision que l'on peut obtenir, je dirai seulement que les résultats obtenus ne varient pas sur un même crâne de plus de 5 centimètres entre les mains de la même personne ou d'une personne différente.

La moyenne paraît être d'environ 1500 centimètres cubes.

Les races inléiieures ont une capacité moindre que les supérieures. Sous ce rapport, les Ausiraliens sont les plus mal partagés : ISiii centimètres en moyenne, d'après les mensurations de M. Topinard. Les Américains ont également la cavité crânienne petite, aussi bien leurs crânes normaux que leurs crânes déformés. Elle grandit dans les races jaunes, et atteint son maximum dans les races blanches. Les Auvergnats ont 1525 centimètres cubes. Les trois cent quatre-vingt-quatre Parisiens de M. Broca, 1427. D'un sexe à l'autre, la différence est si grande qu'il est de toute nécessité de les mettre à part. Dans les races actuelles, cette différence varie au moins de 145 centimètres cubes à 220 ; chose curieuse, elle n'est plus que de 99,5 dans la seule des séries considérables que nous possédions des temps préhistoriques (Troglodytes de la Lozère). La capacité cérébrale la plus forte que nous connaissions est de 1900 centimètres cubes, chez un Parisien, et la plus faible, de 1094, chez nn Andaman.

as CRAiVE (anatomie).

La capacité ci-rmienne paraît varier avec J'état intellectuel {voy. sur ce sujet Craniologie).

KcAissEUR. On observe de très-grandes différences dans l'épaisseur de la boite crânienne en ses diverses régions. D'une façon générale, c'est la voûte qui à ce point de vue offre le plus de régularité. Quant à la base, elle présente les contrastes les plus frappants : comparez la minceur des voûtes orbitaires, des fosses ethmoïdale et piluilaire, avec la solidité massive de l'apophyse basilaire et de la pyramide du temporal.

Ouant à l'épaisseur des os de la voûte, elle intéresse à un très-haut degré le chirurgien qui est appelé à pratiquer l'opération du trépan. Elle est très-variable suivant les sujets.

Blaudin la porlait, terme moyeu, à 9 millimètres, ce qui est évidemment exagéré; sur 4 crânes de suppliciés, la moyenne épaisseur des pariétaux, prise dans le point où elle était la plus grande, a été trouvée de 5 millimètres par Parchappe ; les extrêmes étaient de 4 à 5 millinièlres.

L'épaisseur du frontal et de l'occipital s'en rapproche en général ; mais il est remarquable que les bosses occipitales inférieures et la portion écailleuse du temporal, qui sont recouveites de muscles, sont beaucoup plus minces; enfin, et des trois points surtout où l'épaisseur augmente singulièrement, savoir : à la protubérance de l'occipital, à la base du frontal, et à la région mastoïdienne.

La moyenne de l'épaisseur de l'occipital, de la protubérance interne à l'externe, a varié, sur 18 individus dont Parchappe a donné le tableau, de 6 à 15 millimètres; moyenne 10 millimètres. Toute cette épaisseur est remplie par du diploé. La partie inférieure et antérieure du frontal est plus épaisse ; les deux lames de cet os sont là écartées, comme on sait, par les sinus frontaux, qui répondent en général à l'arcade sourcilière et ne dépassent pas sa limite externe, mais qui quelquefois aussi s'étendent jusqu'à l'apophyse orbitaire externe du l'rontal. Ils sont plus développés chez l'homme que chez la femme, et chez le vieillard que chez l'adulte. Sur 15 hommes de trente et un à soixante-dix-huit ans, Parchappe a trouvé pour moyenne IC millimètres; pour extrêmes, 11 et 25 millimètres. Pour 7 individus au-dessous de cinquante ans, M. Malgaigne a trouvé en moyenne 17 millimètres, et 15 seulement pour les 6 sujets plus âgés. Sur 5 femmes, l'épaisseur variait de 10 à 16; moyenne, 15 millimètres {Traité iVanat. cJiir., 2'' édit., t. 1, p. 591).

Enfin, dans la région mastoïdienne, l'épaisseur est plus grande encore ; entre les deux tables se trouvent les cellules mastoïdiennes, qui communiquent avec l'oreille interne.

On voit par là combien l'épaisseur de la voûte crânienne diffère suivant les sujets, suivant les régions et dans divers points d'un même os. La meilleure preuve, remarque justement Malgaigne, de la difficulté d'établir ici des données précises, c'est que Gerdy professait qu'au niveau des sutures l'épaisseur augmente, tandis que Velpeau soutient qu'elle diminue. Chez certains sujets, en effet, le sinus longitudinal supérieur marque son passage par une gouttière qui suit la sutm'e sagittale, et les os sont amincis d'autant ; chez d'autres, la gouttière s'écarte en dehors ou n'existe pas, et réellement les os sont plus épais. Enfin, certains sujets ont les os du crâne très-minces, et sont par là même trèsexposés aux fractures, comme Bennati en a offert un déplorable exemple (Malgaigne) ; d'autres les ont très-épais.

Cr.ANE (anatomieI

iW

■ Ces différences d'é[i;iisseui' du crâne tiendraient ils quelquefois à l'influence du régime alimentaire? Le docteur Hodgkin, d'après Foville, a constaté le peu d'épaisseur et l'extrême légèreté d'un assez grand nombre de crânes provenant de peuplades qui se nourrissent presque exclusivement de poisson. Mais d'autres peuples, ojoulent-ils, présentent une épaisseur considérable du crâne, sans qu'on trouve dans la nature des aliments dont ils usent des particularités suffisantes pour expliquer ces différences.

On sait parfaitement aussi qu'un grand nombre de crânes qui ont appartenu à des individus atteints de folies chroniques offrent un épaississement et une au"mentation de consistance et de poids très-considérable. Dans d'autres cas, sans qu'on ait noté rien de particulier pendant la vie des sujets, on a trouvé les os du crâne d'une épaisseur considérable, tantôt avec augmentation, tantôt avec diminution de la consistance des os qui le composent. On voit dans tous les musées des échantillons de ce genre.

Foville rapporte, à ce sujet, un exemple des plus remarquables :

c'est celui d'un crâne dont les riches proportions avaient fixé l'attention des observateurs pendant la vie du sujet, qui vint à mourir d'une fluxion de poitrine.

Voulant briser circulairement ce crâne pour en extraire le cerveau, Foville vil avec surprise mon marteau pénétrer dans la substance comme il eût pu faire dans celle des condyles du fémur d'un vieillard. Ce crâne avait au front plus d'un pouce d'épaisseur, et au lieu d'être brisé par éclats sous les coups de marteau, il se laissait crever par le bout de cet instrument, qui produisait une cavité parfiiitement moulée sur sa forme : sa consistance avait donc perdu en raônie temps que son épaisseur était augmentée.

De cette incertitude sur l'épaisseur des os résulte, pour le chirurgien qui pratique le trépan, la nécessité d'aller à tâtons, en retirant la scie de temps à autre et sondant les divers points de la rainure circulaire qu'elle creuse sur l'os, pour savoir s'il est traversé de quelque côté plutôt que des autres, et à quelle distance probable on est de la dure-mère. On avait défendu d'appliquer cette opération au niveau des sinus frontaux, surtout à cause de l'écartement inégal des deux tables osseuses, qui laisserait pénétrer la scie beaucoup plus tôt dans le point où il serait moindre. Mais on saurait au besoin éluder cette difficulté en sciant la table externe avec une couronne plus large, et l'interne avec une couronne plus petite (Malgaigne) .

Vascularité, nutrition et réparation. Les os du crâne reçoivent du sang artériel par l'intermédiaire des vaisseaux venus du péricrâne et de la dure-mère, grâce à de nombreux orifices que l'on peut voir à la loupe sur les deux tables.

Fig. 39. — Hyperostose de la voûie du crâne.

450 CRANE (anatomie).

Tous ces vaisseaux sont de petit calibre et leur teriiloire est très-limité. Il n'y A point là d'artères nourricières comme on eu voit dans d'autres os plats, les iliaques, par exemple. C'est surtout la dure-mère qui fournit ces ramuscules : aussi le péricràne peut-il être assez largement décollé sans qu'il se produise de nécrose. Tout se borne ordinairement à une exfoliation très-superficielle. Dans certains cas pathologiques ces artérioles peuvent acquérir un développement remarquable. J'ai vu, dans une opération de tumeur cirsoïde artério-veineuse de la région frontale faite par le professeur Verneuil à la Pitié en d874, le •sang pleuvoir par une multitude de petits jets qui semblaient sortir de l'intérieur de l'os; cette hémorrliagie ne put être arrêtée que difficilement.

La circulation veineuse offre une disposition assez compliquée. Eu certains points, il existe dans le diploé des cavités ramifiées, tapissées par la membrane interne du système vasculaire à sang noir, et qui communiquent d'une part avec les sinus de la dure-mère, d'autre part, avec le système veineux €xtra-crânien. Ces canaux du diploé ont été pour la première fois bien représentés par Breschet, et depuis lors sa description a été plus ou moins copiée par tous les auteurs. Du reste, leur importance et leurs connexions offrent assez <le variété pour qu'on ne puisse les indiquer d'une façon rigoureuse. C'est sur les crânes de vieillards qu'ils offrent le plus de développement et qu'on les voit constituer un système continu qui aboutit en définitive à quatre ou cinq confluents principaux. Les canaux qui occupent les parties antérieure et moyenne du ciâne convergent vers l'échancrure sus-orbitaire et s'ouvrent dans les veines de ce nom. De là le sang passe dans la veine ophtlialmique, qui le porte au sinus caverneux. Il existe parfois un second groupe de canaux sur les <:ôtés du frontal, qui aboutit à un pertnis situé au dedans de l'apophyse orbitaire externe, et se jette à ce niveau dans la veine ophthalmique. Un troisième groupe se porte des parties latérales du crâne à l'angle antéro-inférieur des pariétaux où leur tronc commun s'abouche dans la méningée moyenne. Un quatrième, dont le confluent est à l'angle postéro-inférieur du pariétal, va se jeter dans le sinus latéral en passant par le trou mastoïdien. Un cinquième groupe, enfin, dont les origines sillonnent l'occipital, se termine au niveau du trou condylien postérieur et passe dans le sinus latéral, soit directement, soit par l'intermédiaire de la veine condylienne postérieure.

L'existence de ces réservoirs veineux explique, suivant la remarque de Malgaigne, comment à travers une fissure ou une fi'acture du crâne il peut s'écouler du sang à l'extérieur, sans qu'il y ait décollement de la dure-mère et hémorrhagie à rintériour. Mais c'est surtout au point de vue physiologique qu'il? offrent une grande importance, sur laquelle on n'a peut-être pas assez insisté.

Nous avons vu qu'ils communiquent facilement, d'une part, avec les sinus de la dure-mère (qui reçoivent les veines du cerveau), d'autre part, avec les veines de la surface du crâne et de la face. Tous ces canaux veineux sont dépourvus de valvules, ainsi que la veine ophthalmique, dont le rôle physiologique est tout à fait analogue. Par suite, le cours du sang peut s'y faire dans un sens ou dans un autre, suivant que la pression est plus ibrte à l'extérieur ou à l'intérieur du crâne. A l'état ordinaire, nul doute que le sang veineux aille des parties superficielles vers les parties profondes, et se jette dans les sinus. Mais qu'il survienne une stase dans ces réservoirs, et aussitôt le cours du sana; veineux est renversé et toutes les veines superficielles du crâne et de la face subissent une distension manifeste. Ce n'est donc pas au seul liquide céphalo-

CRANE (anaïomik). 4.31

racliidien qu'est dévolue une IbncLion régulatrice de la pression intra-crànienne. II trouve un efficace auxiliaire dans les véritables canaux de dérivation qui sillonnent et traversent le diploë. Ce rôle devient particulièrement manifeste dans les états pathologiques où, par suite d'une lésion cardiaque ou pulmonaire, un obstacle durable est apporté à la déplétion de l'oreillette droite. Qu'on se rappelle la face vuUueuse, les yeux injectés et saillants des asystoliiiues.

Je n'ai pas à m'étendrc ici sur le liquide céphalo-rachidien {voi/. Ekcéphale); il me suffit d'en avoir rappelé les usages bien connus.

L'encéphale se tiouve donc doublement assuré contre les variations de pression, et en présence de ce mécanisme ingénieux on ne peut s'empêcher de trouver que les chirurgiens ont admis bien facilement l'existence d'une compression cérébrale. Comment pourrait-elle être produite par un léger enfoncement de la voûte, alors qu'il suffit du déplacement d'une petite quantité du liquide, soit séreux, soit sanguin, contenu dans la boîte crânienne, pour rétablir ainsi l'équilibre? Certes, on ne saurait nier l'existence de la compression cérébrale, mais il faut, me semble-t-il, limiter considérablement le nombre de cas où elle peut être invoquée, et remplacer dans la grande majorité des cas celte notion par celle d'irritation cérébrale.

Les os du crâne sont, à l'état frais, compris entre deux plans fibreux: l'un externe, le périoste ou péricrâne, l'autre interne, la dure-mcrc. Ces deux membranes représentent, bien qu'avec de profondes modifications, les restes du tissu embryonnaire, duquel les os ont pris naissance. Ainsi s'explique leur forte adhérence au niveau des sutures.

Il est aisé de décoller la dure-mère au niveau de la voûte, et dans les autopsies, lorsqu'on enlève la calotte du crâne, on peut, par suite, la laisser intacte; il n'en est pas de même au niveau de la base où elle offre une très-intime adhérence aux os. Aussi, tandis que les fractures de la voûte ouvrent trèsrarement la cavité araclmoidienne, celle ouverture est presque immanquable dans les fractures de la base. La délicatesse de l'arachnoïde est telle que dans un pareil traumatisme il se produit bien facilement une déchirure, soit de cette membrane elle-même, soit des gaines qu'elle fournit aux vaisseaux et aux nerfs ; en un mot, l'ouverture de la cavité sous-araclmoïdienne coïncide presque toujours avec l'ouverture de la cavité arachnoïdienne causée par les fractures de la base. Ainsi s'explique l'écoulement du liquide céphalo-rachidien.

L'adhérence de la dure-mère aux os augmente avec l'âge, et il est assez fréquent, en enlevant la calotte crânienne sur des vieillards, de laisser des lamelles osseuses adhérentes à cette membrane.

La dure-mère paraît jouer, comme nous l'avons dit, le principal rôle dans la nutrition des os du crâne : il était donc naturel de supposer qu'elle devait avoir la plus grande part dans les phénomènes de réparation. Les expériences de M. OUier ont prouvé que le pouvoir ostéogénique de cette membrane fibreuse est très-médiocre et ne peut être comparé à celui du périoste des os longs.

La clinique a, du reste, depuis longtemps, montré la difficulté extrême de la reproduction osseuse dans les pertes de substance de la voûte, à la suite soit du trépan, soit de l'extraction d'esquilles. L'ouverture semble alors se rétrécir, surtout grâce au bourgeonnement des bords mêmes de la plaie osseuse, ce qui amène le rétrécissement concentrique de la perforation. Mais il reste presque toujours une partie qui est obturée par du tissu fibreux. Cette absence de répa-

4L2 CRAA'E (asatomie).

ration osseuse complète serait cohstante, suivant Larrey, quand l'ouverture dépasse 2 ou 3 centimètres {Clinique chirurgicale, t. Y, p. 5). Sur plusieurs crânes présentés, au siècle dernier, à l'Académie de chirurgie par Faget et Morand, crânes qui provenaient d'individus trépanes longtemps avant leur mort, les trous n'étaient bouchés qu'en partie par une substance osseuse, et au centre restait un orifice bouché par une substance plus tendre {Mémoires de VAcad. de chirurg., t. 1, p. 267)» On ne peut cependant dénier entièrement toute intervention ostéogénique à la dure-mère, mais les cas où elle se montre sont exceptionnels. Ilumphry {loc. cit., p. 198), dans plusieurs cas de larges pertes de substance de la vciite, dit avoir observé dans le cal fibreux plusieurs noyaux osseux disséminés dont il est vraisemblable d'attribuer la formation à la duremère. Un exemple du môme genre existe au Musée d'anthropologie.

Les réparations osseuses se faisant si difficilement à la voûte crânienne où le sang abonde, Malgaigne avait pensé qu'à la base et surtout dans les parties les plus compactes comme au rocher elles ne devaient pas être possibles. A l'appui de cette idée, l'éminent chirurgien citait deux observations remarquables : l'une appartient à Duverney ; le malade étant mort trois mois après l'accident, on trouva une fracture qui, commençant au devant de l'apophvse mastoïde, traversait les deux rochers et la selle du sphénoïde. L'écartement était d'environ 2 millimètres; la nature paraissait n avoir fait aucun effort pour en procurer la réunion. L'autre fait est dû à Mauran : la fracture avait séparé une portion du rocher; un abcès s'était développé cà l'entour, et le malade succomba au bout de trois ans {Mémoires de VAcad. de chirurg., t. I, p. 190, et Supplément aux institutions de Heister, p. 84).

M. Richet s'est justement élevé contre l'opinion trop exclusive de Malgaigne. 11 a cité des observations de consolidation osseuse tant à la base qu'à la voûte. Il reconnaît, du reste, qu'il est des cas où le cal est très-peu apparent, d'autres où il manque tout à fait. 11 attribue ce fait à deux causes principales : la nonparticipation du péricràne et de la dure-mère au travail réparateur, et la vitalité inférieure des os crâniens. C'est, en somme, bien moins une explication qu'une constatation pure et simple. Toutefois un certain nombre de points restent bien établis à la suite de cette discussion où s'est complu l'éminent auteur du Traité d'anatomie médico-chirurgicale {o" édit., p. 26(3) : 1" Les solutions de continuité du crâne, alors même qu'elles sont accompagnées d'enfoncement des fragments, peuvent se cicatriser, si les os restent en contact ; 2" les pertes de substance, à moins d'être très-légères, ne se réparent qu'au moyen d'une membrane plus ou moins épaisse s'insérant solidement au pourtour de la perforation ; 5° les fractures linéaires, les fissures, les fêlures sans écartement, se cicatrisent en général d'une manière tellement parfaite qu'il est souvent difficile d'en retrouver la trace; mais elles semblent mettre un long temps à arriver à une consolidation parfaite, surtout dans les os dans la structure desquels la substance compacte entre pour la majeure partie; 4° enfin, dans les cas où les fragments restent écartés, la cicatrisation des surfaces fracturées se fait isolément, et les fentes qui restent entre elles persistent indélinimcnt fermées seulement par une meni- Lrane. — Quant a la réparation des plaies des os du crâne exposées à l'air, elle ne diflère pas de celle que l'on observe partout ailleurs.

Rapports du crâne avec le cerveau. La surface interne du crâne n'est séparée des cii'convolutions que par des membranes très-peu épaisses et une

CRANE (anatomie). 435

quantité toujours minime de liquide céphalo-rachidien. Il est donc évident à priori que la forme de l'endocrâne reproduit exactement celle du cerveau.

Mais, il faut bien le dire, l'idée qu'on peut ainsi se faire de la morphologie de l'encéphale est dépourvue de détails et de précision. Le plus souvent dans la race blanche, suivant la remarque de Gratiolet, les plis cérébraux ne laissent sur la table interne aucune empreinte distincte. Dans les cas exceptionnels où elles sont profondément dessinées, c'est, comme je l'ai déjà dit, que les circonvolutions offrent une simplicité particulière ; on se rend aisément compte de ce fait; plus la surface du cerveau offre de plis, plus ils sont pressés les uns contre les autres et tendent à constituer un relief uniforme. C'est donc chez les individus ayant subi un certain arrêt de développement cérébral (imbéciles, idiots, microcéphales) ou chez les races inférieures que l'étude des moules intra-crâniens peut donner une juste idée de la topographie cérébrale. 11 est intéressant de l'emarquer que les crânes préhistoriques présentent ordinairement ce caractère d'infériorité. Ainsi sur le crâne célèbre de Néanderthal on dislingue manifestement la place de la scissure de Rolando.

Si l'endocrâne se moule imparfaitement sur les circonvolutions, on conçoit que la surface externe ou exocrâne traduise leur relief d'une façon encore plus imparfaite. Les prétendues bosses des phrénologistes ne correspondent donc qu'exceptionnellement à un développement corrélatif de la circonvolution sousjacente. Ajoutons qu'en certains points leur relief est uniquement dû à l'écartement des deux tables de l'os par des cavités remplies d'air (sinus frontaux, cellules mastoïdiennes). Toutefois, bien que la phrénologie ne base ses excessives prétentions sur aucun fait sérieux, il n'en est pas moins vrai que d'une manière générale la forme et les proportions du cerveau peuvent être appréciées par celles du crâne, et qu'on peut juger ainsi des dimensions relatives des grands lobes de l'encéphale. Malheureusement l'étude des fonctions de ces divers lobes est encore trop obscure pour qu'on soit autorisé à rien déduire de précis d'après des observations de ce genre.

L'étude des rapports du crâne et du cerveau a été l'objet dans ces derniers temps de recherches sérieuses dans un but vraiment scientifique. Mais, au lieu de se baser sur un élément d'appréciation aussi décevant que les reliefs de la surface du crâne, on s'est efforcé de trouver des points de repère plus précis en déterminant avec exactitude les rapports des sutures principales avec les grandes scissures et les circonvolutions du cerveau.

La première idée paraît en être venue à Gratiolet (1857). Cet éminent anatomiste rechercha d'une part les rapports de la suture coronale avec le sillon, ou pour mieux dire la scissure de Rolando, et, d'autre part, ceux de la suture lambdoïde avec la scissure occipitale. Préoccupé des résultats qu'il avait obtenus chez les singes, il crut reconnaître que les premières étaient placées l'une audessus de l'autre et dans le même plan, et, contre son attente, que la scissure occipitale était toujours située très en arrière de la suture lambdoïde. Cette double erreur doit être mise plutôt sur le compte du procédé défectueux dont il s'était servi que sur celui de la méthode qu'il avait adoptée.

En 1861, M. Broca reprit cette question; il inventa, à cet effet, le procédé des fiches, procédé d'autant plus remarquable, qu'il joint à une extrême simplicité la plus rigoureuse exactitude. A l'aide des fiches il démontra : 1° que la scissure de Rolando est de beaucoup postérieure à la suture coronale ; 2» que la DICT. EMC. XXII. 28

434 CRAISE (anatojiie).

suture lambdoïde coïncide presque toujours à quelques millimètres près avec la scissure occipitale. Il eut l'occasion de rendre Gratiolet témoin de ses expériences et de lui faire voir l'erreur qu'il avait commise. La même année, il donna pour la première fois une description sommaire de son procédé dans son mémoire Sur le siège de la faculté du langage. On ne saurait trop préciser les dates.

Bischoff publia en 1868 un ouvrage important sur les circonvolutions cérébrales de riiomme, dans lequel nous trouvons quelques rapports crânio-cérébraux. L'auteur n'a pas eu sans doute connaissance du procédé de M. Broca, puisqu'il ne cite pas le mémoire de 1861, mais, par un beureux liasard, il se trouve que son procédé est identique à celui du savant français, à cette particuliarité près que les fiches qu'il em]Uoie, au lieu d'être en bois, sont en fer.

Trois ans plus tard, M. Broca eut l'idée d'appliquer son procédé des fiches à l'étude de la tète d'une vieille femme qui avait subi, dans son enfance, la déformation toulousaine, et put calculer mathématiquement la déformation cérébrale consécutive à celle du crâne.

Ainsi que cela se produit aux débuts d'une étude nouvelle, les recherches avaient porté sur un nombre de sujets restreint et sur quelques points seulement de la question. C'est en Russie que devait paraître le premier travail complet. M. lleftler, élève du professeur Landzert, entreprit, à l'instigation de son maître, et avec l'aide d'un procédé qu'il lui devait également, des recherches longues et pénibles qu'il a eu le mérite de mener à bonne fin. Le procédé de M. Landzert ne laisse rien à désirer sous le rapport de l'exactitude, mais il est très-compliqué. M. lleftler a eu la patience de s'en servir pour un grand nombre d'observations très-consciencieuses qu'il a consignées dans une thèse remarquable (5 mai 1875). Ce travail a été analjsé dans la Revue d'A7ith7-opo]ogie, t. Y, et sa traduction du russe en allemand vient de paraître tout récemment.

Ces recherches n'étaient pas encore connues, lorsqu'à son tour M. le professeur Turner (d'Edimbourg) publia dans le Journal of Anatomy and Physiology (novembre 1873 et mai 1874) un mémoire sur le même sujet. Le procédé nouveau dont il s'est servi offre quelques points de ressemblance avec celui de M. Landzert. L'auteur ne paraît pas l'avoir appliqué à un grand nombre d'observations. Bien qu'il n'ait choisi que des sujets adultes et du sexe masculin, il a pu néanmoins se rendre compte de la fixité de certains rapports et des variations étendues que présentent certains autres.

Ce dernier mémoire n'était pas imprimé et le travail de M. Heftler n'avait pas encore franchi les limites de la Russie, quand M. Broca mit au courant de la question M. Ch. Féré, élève distingué des hôpitaux. Celui-ci reprit en 1875, avec le procédé des fiches, la topographie crânio- cérébrale sur une vaste échelle. Il recueillit cinquante-quatre observations (Salpêtrière, service de M. Charcot) sur des femmes dont le plus grand nombre avait dépassé soixante ans, et sur huit hommes du même âge (Bicêtre). La moyenne qu'il a dressée pour la femme peut passer pour définitive, si l'on ne tient pas compte des conditions spéciales dans lesquelles se trouvaient les sujets qu'il a examinés. Les résultats de ces recherches ont été le sujet d'une note adressée à la Société anatomique et à la Société de biologie au commencement de janvier 1876, et d'une analyse dans la Revue d'Anthropologie (juin 1876).

A M. Féré revient aussi le mérite d'avoir trouvé une application nouvelle du procédé des fiches. Il s'est attaché à déterminer la situation des parties pro-

CRANK (anatomie). 435

fondes du cerveau, des noyaux gris centraux, par rapport aux parois crâniennes. 11 a adopté dans ses recherclies le procédé de M. Broca, auquel il a ajouté, pour les besoins de sa cause, une modification ingénieuse, la congélation du

cerveau.

Une des dernières publications parues sur les rapports crânio-cérébraux appartient à M. Ecker (avril 1876). Dans son mémoire, l'auteur étudie les rapports normaux du crâne et du cerveau, pour arriver à reconnaître « l'influence des déformations artificielles du crâne sur le volume, la forme et la situation du cerveau et de ses diverses parties. » Il examine ensuite, à ce point de vue, six crânes américains, qui présentaient la déformation connue sous le nom ano-lais de flat heads, en français têtes-plates. Il s'est servi dans ses recberches du procédé de Gratiolet et de celui de M. Broca qu'il a fondus ensemble en attribuant oracieusement le dernier à son compatriote Bischoff.

Plus récemment, M. Broca a publié, dans la Revue (V Anthropologie, un long mémoire sur la topographie crànio-cérébrale où il étudie comparativement tous les procédés qui ont été mis en usage et les applications nombreuses qu'on peut leur donner.

Enfin M. de la Foulhouze, dans une thèse très-consciencieuse, a étudié un point spécial de cette vaste question en prenant j)Our sujet de ses recherches les rapports du cerveau avec la voûte du crâne chez les enfants (Th. de Paris, juillet 1876).

A peine ces nouvelles données avaient-elles attiré l'attention du monde savant, que des chirurgiens eurent la louable pensée de les faire servir à la pratique ; en les associant avec les notions nouvellement acquises sur les localisations cérébrales, ils conçurent le projet de donner à l'opération du trépan une précision toute nouvelle. Le plus impatient de ces novateurs crut même pouvoir déterminer sur le crâne une région motrice « au centre de hujuelle, dans le doute, l'opérateur peut frapper presque à coup sûr », et, s'il n'obtient pas de résultat, il propose de multiplier les couronnes de trépan; « on pourrait, dit-il, couvrir au besoin toute la région et faire encore une bonne opération » {Bullet. de la Soc. de chirurg., 14 février 1877, p. 125). Certes, il est pénible déporter atteinte â d'aussi belles illusions. Toutefois on ne peut guère les conserver, si l'on considère que la 7'égion motrice â laquelle Fauteur que je cite assigne 8 centim. de haut sur 3 centim. de large offre réellement, en précisant les limites mêmes qu'il lui assigne, environ 65 centim. carrés. Il y a plus : pour que la chirurgie pût retirer un très-grand bénéfice des connaissances des rapports exacts du crâne et du cerveau, il faudrait tout d'abord que les fonctions des divers départements de l'écorce cérébrale fussent établies d'une façon certaine : or, malgré de louables efforts qui nous font prévoir une solulion plus ou moins prochaine, cela n'est point encore fait, à une seule exception près (la circonvolution de Broca). Jusqu'à ce que cette étude à peine ébauchée ait donné des résultats définitifs la connaissance des rapports anatomiques de la voûte crânienne et de l'encéphale ne sera pourtant pas dénuée d'intérêt pour le clinicien. Elle lui permettra souvent, à la suite d'une plaie de tète, de déterminer d'une manière exacte les points de la surface du cerveau qui ont pu être blessés , de même qu'il peut iu^er des lésions probables des viscères d'après la situation d'une plaie de la poitrine ou de l'abdomen. En un mot, grâce à ce chapitre nouveau de nos connaissances, ce que l'on pourrait appeler Vanatomie chirurgicale des circonvolutions a été constitué.

436 CRANE (anatovie).

Avant d'aller plus loin, je dois décrire le proce'dé qui a servi à faire celte détermination avec le peu de commodité et d'exactitude à la fois : je veux parler du procédé des fiches de M. Broca.

11 consiste à enfoncer de petites chevilles de bois dans le cerveau à travers des trous percés à la drille dans les parois crâniennes. Leur nombre et leur siège ont été soigneusement déterminés par le savant professeur. On ouvre en suite le crâne à la scie et par la comparaison qui résulte des trous de la calotte avec les fiches implantées dans -les hémisphères on arrive, en prenant des précautions dans le détail desquelles je ne puis entrer, à dessiner exactement sur la surface du crâne les principales scissures. On obtient, du même coup, la situation précise des circonvolutions qu'elles limitent. On peut ensuite reporter le dessin sur un moule intra-crânien en plâtre; on peint chaque lobe d'une couleur particulière et chaque circonvolution d'une nuance spéciale, et l'on marque en blanc le trajet des sutures. Le musée d'Anthropologie fondé par M. Broca possède déjà un certain nombre de pièces analogues. Mon excellent maître a bien voulu m'autoriser à donner ici le dessin de l'une d'elles (fig. 40) ; on apprendra plus en y jetant un instant les yeux que par une longue description. Je dois faire observer que le dessin est un peu au-dessous de la grandeur naturelle; du reste, les proportions et les distances relatives ont été autant que possible conservées.

Je vais donner le résumé des résultats obtenus à l'aide de ce procédé par MM. Broca, Féré et de la Foulhouzc; ceux auxquels sont arrivés MM. Turner et Hefller, par des procédés beaucoup plus compliqués et n'offrant pas une précision supérieure, concordent à peu près complètement avec les recherches des observateurs français.

Scissure de Rolando. Elle est placée notablement en arrière de la suture coronale. L'extrémité supérieure en est distante de 47 à 48 millimètres, et même exceptionnellement (Broca) de 70 millimètres, chez l'homme; chez la femme de 45 à 47 millimètres (Féré). L'extrémité inférieure est éloignée de la coronale de 28 millimètres (Heftler).

Connaissant le trajet de la scissure de Rolando relativement au crâne, on sait du même coup la situation exacte des circonvolutions frontale ascendante et pariétale ascendante, qui forment en avant et en arrière les lèvres de cette scissure. Quant au lobule ovalaire (improprement appelé paracentral), on se souvient qu'il est placé immédiatement en dedans de l'extrémité supérieure de la scissure, sur la face interne de l'hémisphère.

Scissure de Sylvius. Son origine antérieure sur la face externe du cerveau est située à 5 millimètres en arrière du point précis de l'angle antéro-inférieur du pariétal, où cet os s'articule à la fois avec le fi'ontal et la grande aile du sphénoïde; c'est \e point singulier du crâne désigné par les anthropologistes sous le nom de ptérion.

Le trajet moyen de la scissure coïncide avec la suture temporo-pariétale (Heftler) ; il m'a paru qu'elle le dépassait presque toujours plus ou moins, surtout en arrière.

La troisième circonvolution frontale est à cheval sur la branche antérieure de bifurcation de la scissure sylvienne, c'est-à-dire qu'elle est immédiatement recouverte par l'angle antéro-inférieur du pariétal. Le cenh-e du langage occupant la partie postérieure de la circonvolution, on tombera exactement sur lui en se portant à partir du ptérion un centimètre et demi en arrière de la suture

CRANE (anatomie)

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438 CRANE (anatojiie).

coronale, et restant deux centimètres au-dessus de l'écailleuse, qui coïncide à peu près avec la scissure de Sylvius, ainsi que je viens de l'énoncer.

Scissiire pariéto-occipitale. Elle est le plus souvent parallèle et sous-jacente à la suture lambdoïdc. On peut la trouver de 1 à 4 millimètres, soit en avant, soit en arrière de la suture, ou croisant obliquement sa direction (Broca). Suivant Turner, elle serait toujours un peu au-dessous de la suture. Mais cela tient à ce que, dans le procédé de détermination employé par cet anatomiste, le cerveau se déforme et s'affaisse, en changeant un peu les rapports.

D'après l'examen des pièces déposées au laboratoire d'Anthropologie, j'ai pu m'assurer que le point culminant de la bosse frontale correspond assez constamment à la partie antérieure de la première circonvolution frontale ; le milieu de la bosse pariétale correspond à la partie supérieure du lobule du pli courbe (ou pariétal inférieur). Le sommet de ce pli, à cheval sur la scissure temporale parallèle, est à 3 centimètres en arrière en moyenne.

Je me borne à mentionner l'influence que peuvent exercer sur la topographie crânio-cérébrale certains états particuliers du squelette. Ainsi M. Broca a signalé dans un cas de déformation toulousaine du crâne un recul de 1 centimètre de l'extrémité postérieure de la scissure de Rolando. M. Féré l'a trouvée avancée de 1 centimètre sur un aliéné de 66 ans, présentant une suture métopique trèsapparente. Ce sont là des exceptions trop rares pour qu'on doive en tenir grand compte en clinique.

Tout autre est l'influence de l'âge. Là nous nous trouvons en présence de modifications constantes qui méritent d'être signalées.

Chez les enfants de six mois à trois ans on peut constater des rapports trèsdifférents de ceux de l'adulte. Au-dessus et au-dessous de cet âge, les différences existent à un degré moins élevé. Plus tard elles tendent à disparaître.

1" Le lobe frontal dépasse en arrière la suture coronale d'une quantité énorme relativement au diamètre antéro-postérieur de la tête, soit 42 millimètres environ. Cela tient à l'obliquité beaucoup plus grande de la scissure de Sylvius chez l'enfant que chez l'adulte.

2" Le lobe temporo-sphénoïdal s'élève de 12 millimètres en moyenne au-dessus du point culminant de la suture temporo-pariétale (vu le plus grand développement relatif de ce lobe chez l'enfant).

5" Le lobe occipital s'avance de 15 millimci:n.s environ en avant delà suture lambdoïde.

Ces différences sont assez notables et ont été établies d'après l'observation d'un assez grand nombre de faits pour que le chirurgien doive en tenir compte aussi bien que l'anatomiste. 11 n'en est pas de même des particularités signalées chez les vieillards. D'après quatre observations, M. de la Foulhouze {loc. cit., p. 70-73) signale pourtant une certaine exagération des distances Rolando-coronales, un léger avancement delà scissure pariéto-occipitale, une faible saillie de la scissure sylvienne au-dessus de l'écaillé du temporal et un certain abaissement de la première circonvolution frontale relativement à la bosse frontale qui la recouvre ordinairement.

Toutes les notions sur lesquelles je viens de m'arrêter suffisent entièrement à l'anatomiste et à l'anthropologiste. Mais le chirurgien s'adresse à des malades, non à des cadavres ou à des squelettes. 11 a donc besoin d'un complément d'étude qui lui donne des points de i-epère siirs , d'après lesquels il pourra

CRANE (anatomie). 459

utiliser sur le vivant des connaissances qui, sans cela, demeureraient stériles pour lui.

En se plaçant à ce point de vue particulier, la question de la topographie crânio-cérébrale est, heureusement, très-réduite. 11 s'agit uniquement de déterminer sur la tète, munie de ses parties molles, l'emplacement qui correspond aux divers centres moteurs.

M. Broca a très-exactement indiqué le procédé à suivre pour arriver sur la troisième circonvolution frontale {Revue d' Anthropologie, \81Q , t. V, p. 242).

« On trouve très-bien, dit-il, sur le vivant, le point oii la base de l'apophyse orbitaire externe se recourbe et se relève pour se continuer avec la crête temporale de l'os frontal. Menons par ce point, à travers la fosse temporale, une ligne horizontale sur laquelle nous prenons une longueur de 5 centimètres, nous obtenons ainsi un second point qui correspond à peu près à la pointe du lobe temporal. Par ce second point, élevons sur la ligne précédente une perpendiculaire sur laquelle nous mesurons 2 centimètres, et nous aboutissons à un troisième point qui correspond à peu près au centre de la région du langage qui, en d'autres (ermcs, est situé dans le sens horizontal, à égale distance de la scissure de Rolando et de la branche montante de la scissure de Sylvius, et dans le sens vertical, à égale distance du second sillon frontal et de la branche horizonlale de la scissure de Sylvius. Les variations individuelles, qui sont très-grandes dans la partie supérieure des hémisphères, sont au contraire assez limitées dans leur partie inférieure où elles n'excèdent pas 1 centimètre, oii elles sont par conséquent inférieures au diamètre d'une couronne de trépan. Un procédé opératoire basé sur les indications précédentes permet donc de tomber sûrement sur V organe du langage. >)

Pour trouver le centre moteur (mouvements des oreilles, audition) situé sur la première circonvolution temporale, on n'aurait qu'à appliquer le trépan 2 centimètres au-dessous du point qui vient d'être déterminé, c'est-à-dire, en somme, à 5 centimètres de l'apophyse orbitaire externe, suivant une ligne horizontale ; on tomberait précisément sur le sommet de cette circonvolution.

Quant au pli courbe, centre supposé de certains mouvements des yeux, j'ai dit plus haut que l'observation des pièces du laboratoire d'Anthropologie m'avait permis de m'assurer qu'il était à environ 3 centimèties en arrière du point culminant de la bosse pariétale. Avec un peu d'habitude on reconnaît facilement cette bosse; dans le doute, on en déterminerait aisément le sommet en prenant, par tâtonnements, avec un compas d'épaisseur, le diamètre bi-pariétal maximum^ et marquant le point où s'arrêterait la pointe du compas.

Restent à déterminer les positions de trois autres centres moteurs, savoir ceux des membres supérieurs et inférieurs et des muscles de la face. Commençons par le principal, celui qui siège au niveau de la terminaison supérieure de la scissure de Rolando, et qui de là s'étend sur le lobule pariétal supérieur, le tiers de la quatrième circonvolution frontale et les deux tiers de la circonvolution pariétale ascendante.

Le point de repère capital sera ici le bregma, lieu d'intersection des sutures coro^iale et bi-pariétale. Nous avons appris, en effet, que le sommet de la scissure se trouve de 47 à 48 millimètres de ce point chez l'homme adulte.

Sur certains sujets, il est possible de sentir le bregma à travers l'épaisseur du cuir chevelu. Mais, cette circonstance étant exceptionnelle, il faut être muni d'un procédé sûr et expéditif d'en déterminer la position. M. Broca nous l'a donné en inventant Véquerre flexible auricrdaire en vue de recherches céphalométriques

Fig. 41.

440 CRANE (anatomie).

qui trouvent ici leur application immédiate. Cet instrument, d'une simplicité excessive, et qu'on pourrait presque construire séance tenante, si besoin en était, se compose de deux minces lames AB et CD, en ressort d'acier souple et flexible, fixées à angles droits et rectilignes à l'état de repos. Un petit tourillon en buis fixé en D est introduit dans l'oreille et la branche horizontale AB est

amenée au-dessous de la sous-cloison du nez. La branche verticale CD est encore rectiligne ; on la fléchit à son tour, pour l'amener sur l'autre oreille en la faisant passer sur le sommet de la tète. Le point où elle coupe la ligne médiane donne le bregma. Or une distance de 47 millimètres en arrière est le sommet de la scissure de Bolando.

L'extrémité inférieure ou pied de cette scissure peut être trouvée en se servant d'un procédé inspiré par celui qu'emploie M. Broca pour arriver sur la troisième circonvolution frontale. M. Lucas Championnière l'a proposé et j'ai vérifié sur plusieurs pièces l'exactitude très-suffisante de cette donnée : on prend derrière l'apophyse orbitaire externe une ligne horizontale longue de 7 centimètres; à lextrémité postérieure de celle-ci on élève une perpendiculaire de 3 centimètres, et l'extrémité supérieure de cette dernière ligne se trouve vers l'extrémité inférieure ou externe de la scissure de Bolando. Une fois en possession des deux points extrêmes de cette ligne, on peut la dessiner à son aise sur la tète rasée.

Il sera facile, une fois cette détermination faite, d'aborder les centres moteurs des membres supérieur et inférieur. S'agit-il d'atteindre le centre moteur du bras , on placera la couronne en avant de cette ligne, en haut, si l'on en croit Ferrier, vers la partie moyenne, si l'on tient pour Hitzig. Est-ce le centre du membre inférieur que l'on veut découvrir, on trépanera en arrière de la ligne rolandiqueet en haut, d'après Ferrier, en avant et en haut, d'après Hitzig.

Le centre moteur des muscles de la face serait encore immédiatement au devant de cette ligne, vers son milieu, suivant le même auteur. Mais, si l'on se rapporte aux expériences de Ferrier sur le singe, il est placé plus antérieurement sur la seconde circonvolution frontale, et pour l'atteindre, d'après la moyenne de mes mesures, il faudrait se porter à 2 centimètres du milieu de la ligne rolandique. C'est encore à 2 centimètres en avant du sommet de cette ligne qu'on devra chercher le centre des mouvements de rotation de la tête et du cou^ si l'on accepte les déterminations du physiologiste anglais.

Le chirurgien aura-t-il à utiliser les notions que je viens de m'efforcer d'élucider pour la pratique? — Je l'ai déjà dit, et je le répète en terminant cet exposé : une seule localisation cérébrale paraît aujourd'hui assez définitivement établie pour qu'on puisse baser sur elle une intervention chirurgicale : la fonction du langage siégeant dans la troisième circonvolution frontale gauche. Voilà l'unique région de l'écorce cérébrale dont la lésion puisse être diagnostiquée avec assez de sûreté pour qu'on soit en droit d'aller à sa recherche guidé seulement par les signes rationnels (aphasie") . Dans une mémorable occasion. M. Broca

CRANE (anatomie). 441

put ainsi ouvrir une collection purulente qui s'e'tait formée tardivement en ce point. L'observation détaillée de ce fait a été publiée dans les Archives d'Anthropologie (1876, t. V, p. 224). Elle a été résumée dans la thèsedu doctcurCh. Paris [Indications de la trépanation des os du crâne au point de vue de la localisation cérébrale. Th. de Paris, juillet 1976). C'est jusqu'ici la seule application pratique faite à la thérapeutique chirurgicale de nos connaissances sur les localisations et sur la topographie cràuio-cérébrales. En effet, ainsi que je l'ai établi ailleurs [Des localisations cérébrales et des rapports du crâne, ou le cerveau au point de vue des indications du trépan, Archives génér. de méd., avril 1877), on est forcé, après mûr examen, de refuser une pareille portée aux deux observations d'ailleurs si dignes d'intérêt qui out récemment été à diverses reprises offertes à l'attention de l'Académie de médecine et de la Société de chirurgie (Académie de médecine, séance du 28 novembre 1876 et du ^janvier 1877. — Société de chirurgie du 14 février 1878, etc.). Au point de vue du bénéfice tiré des notions théoriques pour l'intervention opératoire, ces observations sont absolument similaires. Certains détails séparent, à la vérité : c'est ainsi que chez le blessé de M. Lucas Clianipionnière (Cf. Thèse de Ch. Paris déjà citée, oii l'observation est rapportée dans tous ses détails) , la trépanation fut faite en vue de remédier à des accidents primitifs, tandis que pour celui de MM. Proust et Terrillon [Acad. de méd., 28 novembre 76) il s'agissait d'accidents consécutifs. En outre, ces derniers avaient reconnu un enfoncement évident, tandis que le premier chirurgien se trouvait en face d'une déformation inappréciable sous le cuir chevelu. 11 j avait seulement sur celui-ci une petite plaie sèche : l'incision montra bientôt une fente de l'os et la rugination du périoste un enfoncement du crâne, tout près duquel la couronne est appliquée. — Mais ces détails sont tout à fait accessoires , et à ces deux exceptions près, les observations sont comparables : dans l'un et l'autre cas, il y avait indication évidente de trépaner d'après les idées habituellement reçues -, dans l'un et l'autre , l'opérateur fût guidé par une plaie, bien plus, par une fracture; dans l'un et l'autre enfin, les notions relatives aux localisations et à la topographie crànio-cérébrales, qui devinrent le complément instructif de l'observation, ne furent d'aucun secours réel pour l'indication thérapeutique. Si elles s'offrirent à l'esprit de l'opérateur au moment où il allait appliquer la couronne, elles ne purent que corroborer des éléments d'appréciation déjà suffisants par eux-mêmes pour guider sa main.

Il faut donc savoir en convenir humblement : dans l'état précaire de nos connaissances actuelles, ce n'est pas la physiologie qui éclaire la clinique, mais bien la clinique qui éclaire la physiologie. Ne devançons pas cette marche naturelle de nos connaissances : tenons-nous en garde également et contre une confiance hâtive qui prépare de cruelles déceptions, et contre une indifférence coupable en face des progrès en voie d'accomplissement. Rien de ce qui fait avancer la science ne peut et ne doit être indifférent à un véritable clinicien. Alors même que l'application immédiate de notions encore mal assises ne serait pas possible, il ne faut pas les négliger. Longtemps encore peut-être elles ne serviront qu'à enrichir les observations de détails nouveaux et curieux ; mais un jour viendra, sans doute, l'histoire de tous les progrès scientifiques nous en est un sûr garant, où elles prendront une place plus élevée dans l'art de guérir. Alors, aussi, mais seulement alors, le chirurgien, au lieu de présenter simplement la relation de ses succès ou de ses revers comme des « Contributions à l étude

442 CRANE (anatomie).

des localisations cérébrales », pourra y inscrire ce titre légitimement ambitieux : (( La trépanation (jiiidée par les localisations du cerveau. »

Conditions anatomiqdes de la résistance. Une pareille étude offre un trèsgrand intérêt par les déductions importantes qu'on peut en tirer au point de vue des fractures du crâne. Il n'est donc pas étonnant que ce sujet ait surtout été traité par les chirurgiens. En exposant le résumé des recherches des divers auteurs, il me paraît utile d'établir une grande division et de résoudre successivement les deux questions suivantes :

i" Comment les os du crâne sont-ils agencés de manière à constituer une boîte dont les diverses parties sont parfaitement solidaires?

2° Comment la boîte crânienne envisagée dans son ensemble est-elle consolidée tant extérieurement qu'intérieurement et, en définitive, quels sont ses points forts et ses points faibles ?

Je ne m'occuperai ici que du crâne à l'état adulte ; chez le fœtus et le jeune enfant, les conditions de résistance sont entièrement différentes; la laxîté des sutures, la présence des fontanelles, permettent un véritable jeu des diverses pièces osseuses l'une sur l'autre ; cette laxité est éminemment propre à favoriser l'accouchement. Longtemps encore après la naissance, le mécanisme de la résistance aux chocs extérieurs doit être influencé par les vestiges de cet état fœtal et aussi ])ar une particularité remarquable que je ne mentionne que pour ne plus y revenir : l'épaisseur de la partie culminante des différentes bosses. Qu'il me suffise d'avoir indiqué brièvement ces points auxquels on pourrait joindre la flexibilité de la base encore partiellement cartilagineuse. Sans tarder davantage, j'aborde la première question que je viens de poser en tète de ce chapitre.

1° Agencement et solidarité des divers os de la boîte crânienne. Commençons par énoncer ce fait consacré par l'expérience : un traumatisme peut briser les os du crâne, il ne peut pas les disjoindre, à moins d'être assez violent pour avoir amené une fracture préalable qui a brisé la résistance commune de l'édifice. On peut citer quelques cas exceptionnels à l'encontre de cette proposition ; elle n'en constitue pas moins la règle.

C'est llunauld qui le premier, dans ses recherches anatomiques sur les os du crâne de l'homme {Histoire de l'Acad.Roy. des Sciences, année 1730, p. 545), a bien fait ressortir l'ingénieux artifice qui permet aux sutures d'assurer à ce point la solidarité des pièces qu'elles rejoignent.

Est-il besoin de faire remarquer combien les dents qui forment les sutures de la voûte contribuent à assurer l'union des os? Supposons qu'ils fussent simplement juxtaposés par un bord lisse, il y aurait la même différence de solidité entre ce mode d'union et le premier qu'il y en a entre l'adhérence de deux pièces de bois simplement accolées ou de celles que l'ouvrier a réunies par un assemblage.

L'écaillc du frontal, celle de l'occipital et les deux pariétaux, forment ainsi un même tout, véritable casque qui protège la convexité cérébrale ; ce casque repose latéralement sur les grandes ailes du sphénoïde, l'écaillé du temporal, et la portion mastoïdienne. A ces différents niveaux les dentelures sont remplacées presque entièrement par des surfaces lisses taillées en biseau. C'est particulièrement sur l'utilité de cette disposition que le mémoire de Hunauld présente des aperçus originaux, qui ont été plus ou moins copiés depuis par tous les anatomistes. Je crois préférable de citer textuellement ce passage :

« L'examen des sutures vraies ou dentelées m'a conduit naturellement à

CRANE (ANAfOMlE).

l'examen des sutures fausses ou écailleuses. La différence qui se trouve entre ces deux sortes de sutures montre assez que leurs usages doivent être différents. Dans l'une les os s'unissent par le moyen des avances et des enfoncements qui sont à leurs bords ; dans l'autre le bord d'un os est appliqué sur le bord d'un autre os, et pour s'ajuster ainsi ils sont tous les deux taille's en biseau. Presque tous les anatomistes ou ont proposé des raisons de cette différence, ou ont adopté quelques-unes des raisons qu'on avait proposées avant eux ; cependant, en les examinant toutes, on sent bien qu'on n'en a point encore trouvé de suffisantes. Celle que je vais proposer me paraît mieux fondée.

« Un fardeau appuyé sur une voûte où le poids seul de la voûte tend à déjeter en debors les murs ou les piliers qui les soutiennent : c'est par une résistance placée en debors de la voûte qu'on s'oppose à cet effort. Voici à quoi servent les murs-boutants et les arcs-boutants.

« Un fardeau considérable A placé sur le sommet de la tête tend à enfoncer en dedans la suture sagittale B, ou, ce qui est la même cliose, le bord supé-

Fis. 42.

rieur CG de cbaque pariétal CD, CD ; cela ne se peut faire que le bord inférieur D, D, des pariétaux, ne soit écarté et dcjeté en debors. Un coup donné sur le haut de la tête fait la même cliose. Or, c'est à cet écartement en debors des bords inférieurs des pariétaux que s'opposent les temporaux EE. Etant appliqués fortement comme ils le sont contre la partie inférieure de cbaque pariétal, ils font la fonction de véritables murs-boutants qui retiennent et assujettissent les pariétaux.

« Un effet de la suture dentelée est de contribuer à empêcher que les pièces qui la forment ne s'enfoncent en dedans, comme je l'ai fait voir plus haut ; mais elle ne s'oppose point à leur écartement en debors; il n'y a que la partie de quelques dents engagée dans le diploé qui y pourrait faire un obstacle, mais bien faible. Une suture dentelée qui unirait les pariétaux avec les temporaux résisterait à une compression faite sur la partie latérale de la tète, ou à un coup porté sur le même endroit, mais elle ne s'opposerait pas à l'écartement en dehors causé par un fardeau ou un coup sur le sommet de la tête, — et c'est là ce que font merveilleusement bien les temporaux par la portion écailleuse, ou le biseau

444 CRANE (anatomie).

qui est à leur bord supérieur et qui s'applique si parfaitement à l'ecaille ou biseau du bord inléricur des pariétaux. Ce que je viens de dire de la portion écailleuse de l'os des tempes se doit également entendre des deux portions écailleuses de l'os sphénoïde, qui s'appliquent de la même manière sur l'angle antérieur et inférieur de chaque pariétal.

« Pendant que la suture écailleuse s'oppose à l'écartement du bord inférieur des pariétaux, la suture sagittale qui est dentelée s'oppose à l'enfoncement de leur bord supérieur. C'est par ce double moyen que les pariétaux sont en état de soutenir des fardeaux aussi considérables que ceux qu'on voit sur la tète de quantité de gens ; la suture sagittale a même d'autant moins à souffrir de l'action d'un fardeau que les temporaux arc-boutent plus fortement. Si l'on fait attention que dans la suture sagittale, ainsi que dans les autres sutures dentelées, les dents d'un os sont appuvées seulement sur la table interne de l'os opposé, laquelle est fort mince, et que les dents ont beaucoup moins d'épaisseur que le reste de l'os, on verra combien il importe que la partie inférieure des pariétaux soit solidement assujettie ; ainsi les temporaux arcs-boulant avec force soutiennent une partie du fardeau appuyée sur la suture sagittale et la soulagent de cette façon.

« A présent on peut bien facilement répondre à une question que se sont faite la plupart des anatomistcs, et qui leur a paru si embarrassante. Ils demandent pourquoi la portion écailleuse des temporaux recouvre en dehors la portion écailleuse des pariétaux et pourquoi au contraire le bord des pariétaux n'est pas à l'extérieur.

« Pour que les temporaux puissent faire la fonction de murs -boutant, il faut qu'ils soient, pour ainsi dire, inébranlables dans leur situation. C'est aussi ce qu'on reconnaît en démontrant les pièces d'un crâne, lorsqu'après avoir été les pariétaux on tire eu dehors le bord supéi-ieur des temporaux encore unis avec l'occipital et l'os sphénoïde. On ne sera point étonné de leur fermeté, en considérant de quelle façon chaque os des tempes est engagé et assujetti par le moyen de l'occipital et du sphénoïde.

« Un coup porté sur le bas des pariétaux foit tout le contraire d'un coup donné sur la suture sagittale, ou d'un fardeau appuyé sur la même suture : il tend à enfoncer en dedans la partie inférieure des pariétaux, et à déjeter en dehors leur partie supérieure. Tout l'artifice dont j'ai parlé et qui est si propre à empêcher l'effet d'un fardeau ou d'un coup sur le sommet de la tête ne s'oppose nullement à l'eifet d'un coup donné sur le bas d'un pariétal. Voici ce qui résiste à un pareil coup : Le bord supérieur du coronal est soutenu pour l'ordinaire par les pariétaux ; mais aux parties latérales du coronal on voit la table interne, qui, beaucoup plus longue que l'externe, fait une avance assez considérable qui soutient un pareil prolongement de la table externe des pariétaux : ainsi un pariétal poussé vers le dedans par un coup donné à la partie inférieure est retenu par cette avance de la table interne du coronal. Il y a de plus au bord supérieur des tempes, entre la portion écailleuse et la portion pierreuse, une échancrurc d'une figure particulière où s'engage le pariétal. C'est ce qui assujettit encore fortement la partie inférieure de ce dernier os.

« Ce n'est pas seulement au bord du coronal et des pariétaux qu'il se trouve des espèces d'avances et d'enfoncements, ou de la table interne ou de l'externe: la coupe de la plupart des os n'eit pas perpendiculaire à l'os. Le bord d'un os a souvent deux coupes, de sorte qu'il s'unit avec son voisin en deux différents

CRANE (anatomie). 445

sens ; il le soutient pour ainsi cliie, et il en est soutenu. Ces coupes sont plus ou moins obliques, par rapport au corps de l'os. La coupe de la partie supérieure du bord antérieur de chaque pariétal qui regarde en haut n'est pas aussi apparente que la coupe de la partie intérieure des mêmes pariétaux qui regarde intérieurement. Il en est ainsi de la double coupe du coronal qui s'ajuste avec celle de chaque pariétal. La partie supérieure du bord de l'os des tempes qui s'articule avec l'os sphénoïde regarde en dedans et la partie inférieure du même bord regarde en bas. La partie du bord de l'os sphénoïde qui s'articule avec l'os des tempes a par conséquent une double coupe, mais en sens contraire. On n'a fait jusqu'à présent, ce me semble, aucune mention de celte double coupe de la plupart des os du crâne, ni de ses effets, qui sont de rendre l'union des os entre eux plus ferme et plus solide. »

2° Appareils de soutènement extérieur et intérieur. — Points forts et faibles de la boite crânienne. Il ne faut pas perdre de vue que le crâne à l'état frais et non dépouillé des parties molles offre une solidité supérieure à celle qu'il présente à l'état sec. Il est d'abord beaucoup moins cassant, plus élastique, vu l'imbibition de sa substance par la moelle diploïque et la ténacité spéciale du cartilage suturai. La boîte crânienne est en outre fortement consolidée par le double revêtement que constitue le péricrâne et la duremère. Encore ne parlons-nous pas ici des grands replis de cette membrane dont nous aurons bientôt à définir le rôle important. Ce n'est pas tout; précisément dans les points les plus minces et les plus exposés, fosse temporale, fosse cérébelleuse, d'épaisses masses musculaires viennent former un coussinet protecteur. On le voit donc, les conditions de résistance du crâne renferment des facteurs multiples et variés, et c'est simplifier singulièrement la question que de vouloir comparer les vibrations de cette boîte à celles d'un solide géométrique.

Envisageons maintenant le crâne dans son ensemble. Un double appareil de soutènement vient lui prêter son appui ; le premier forme un sj'stème extérieur qu'on a comparé, depuis Hunauld, aux arcs et aux murs-boutants d'un édifice. Ce système est composé de pièces par lesquelles la moitié antérieure du crâne s'appuie sur la face ou pour mieux dire sur le puissant massif formé au centre de cette région par l'union des deux maxillaires supérieurs. Le second consolide surtout la moitié postérieure. Il n'a été qu'incomplètement entrevu par les auteurs. Il est, en effet, moins apparent que l'autre, car il est composé de pièces invisibles à l'extérieur qui forment une sorte de charpente interne.

Décrivons successivement ces deux systèmes :

a) Appareil de soutènement extérieur ou antéro-latéral. II est essentiellement composé par cinq piliers et par deux arcs-boutants qui prennent leur point d'appui sur les maxillaires supérieurs.

Le pilier médian, très-large est trifurqué, est composé à son centre d'une grande lamelle compacte, le voraer, sur laquelle s'appuient en haut et en arrière les becs de l'ethmoïde et du sphénoïde et qui repose inférieurement sur le plan résistant de la voûte palatine. Ce pilier médian présente, en outre, deux pièces latérales, les apophyses montantes des maxillaires qui soutiennent les apophyses orbitaires internes. Le rôle des os du nez est ici tout à fait effacé, il ne convient donc pas de les faire entrer dans la dénomination de ce pilier qu'on pourrait appeler, d'après ses pièces principales, voméro-maxillaire. 11 soutient efficacement le centre de l'ethmoïde et du sphénoïde ainsi que la bosse frontale et la voûte orbitaire.

CRANE (anatomie).

Des deux paires de piliers latéraux, la première soutient encore la voûte orbitaire à sa partie externe ainsi que la partie antérieure de l'étage moyen de la base du crâne. On peut appeler ces piliers ptéro-ju go-maxillaires, ou plus simplement piliers latéraux antérieurs. Chacun d'eux est formé par le bord saillant de la grande aile (ou ptère) du sphénoïde qui s'articule avec l'os malaire, par toute la portion verticale de cet os et par la tubérosité du maxillaire supérieur sur laquelle elle s'appuie. Outre le soutien que ce pilier prête à la base, il contribue jusqu'à un certain point à protéger l'une des parties les plus fragiles de la voûte, la fosse temporale. En effet, la grande courbe latérale du crâne qui limite cette fosse vient aboutir à ce pilier et lui transmettre le principal effort des chocs portés au-dessus d'elle ; les vibrations sont de la sorte pour ainsi dire interceptées à leur passage vers une zone fragile et dangei:euse et vont se réunir et s'épuiser sur un point d'appui solide.

La seconde paire de piliers latéraux, piliers latéraux postérieurs, est située en arrière des précédents. Elle soutient cette partie de la base du crâne que rendent éminemment fragile et les sinus qui la creusent et les trous qui la perforent, c'est-à-dire la partie médiane de l'étage moyen de la base du crâne; là se trouvent la fosse pituitaire et les trous grand, rond, ovale, sphéno-épineux et déchiré antérieur. Chacun de ces piliers est essentiellement formé par l'apophyse ptérygoïde accolée à la tubérosité maxillaire et à la partie verticale du palatin. 11 l'ésuite de ces connexions que ce pilier ptéry go-palato-maxillaire ]iossède une double assise : une première, principale, antérieure, sur la tubérosité maxillaire, une seconde, accessoire, sur la partie la plus reculée de la voûte palatine. Il se trouve ainsi parfaitement disposé pour résister à la fois aux chocs portés de bas en haut et d'arrière en avant.

L'arcade zygomatique, qui forme un double arc-boutant, complète le système de soutènement extérieur en reliant d'une manière indirecte les deux piliers latéraux, en même temps qu'elle donne un appui immédiat à l'écaillé du temporal. On doit remarquer que cette apophyse, par sa racine transverse, va à la rencontre du pilier latéral postérieur, tandis que par son sommet articulé avec l'os malaire elle se soude sur le milieu du pilier latéral antérieur. Elle associe de la sorte, dans une certaine mesure, l'action résistante de ces deux colonnes d'appui.

b) Appareil de soutènement intérieur. Pour prendre une connaissance complète du système de soutènement intérieur qu'on pourrait appeler la charpente interne ostéo- fibreuse, il est bon de procéder à cette étude simultanément sur le squelette et sur un crâne pourvu de sa dure-mère.

Sur le crâne sec, soit par l'examen direct, soit en recherchant à la lumière transmise le degré plus ou moins grand de transparence qui permet d'apprécier l'épaisseur des diverses parties, on voit très-bien que, suivant certaines lignes, les os présentent une épaisseur plus grande. Ce relief dessine deux grandes courbes qui s'entre-croisentau niveau de la protubérance occipitale interne. La première, située dans un plan vertical, commence en avant à l'apophyse crista-galli et se continue par la crête frontale, la gouttière sagittale et la crête occipitale interne; au pourtour occipital elle se divise, augmente l'épaisseur des bords de cet orifice et vient en définitive s'appuyer solidement sur les condyles. La seconde ligne est située dans un plan horizontal ; elle est formée tout entière par la gouttière latérale et le bord postérieur du rocher. Son point d'appui est donc la partie antérieure de l'apophyse basilaire.

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Si maintenant on passe à l'examen du crâne encore pourvu de sa dure-mère, on est immédiatement frappé de ce fait que les grands replis de cette membrane s'attachent prcciscmeut aux lignes précédentes ; la forte adhérence de ces cloisons fibreuses à leurs points d'insertion, leur tension parfaite assurée par l'intersection de la faux du cerveau et de la tente du cervelet, leur inextensibilité, qui est un des apanages du tissu fibreux dont elles sont formées, les rendent parfaitement solidaires des os dont elles partent et leur assurent un rôle considérable dans le mécanisme de la résistance. Les vibrations qui tendraient à allonger l'un ou l'autre des diamètres du crâne sont nécessairement contrariées par la résistance passive de ces deux cintres puissants. Une partie notable de ces vibrations s'épuise à augmenter la tension de la faux du cerveau et de la tente du cervelet. Cela est si vrai, qu'un choc violent peut amener par ce mécanisme l'arrachement des apophyses clinoïdes postérieures qui servent, comme on le sait, d'insertion à la grande circonférence de ce grand repli. C'est ce que Aran avait appelé des fractures indépendantes, sans s'expliquer du reste sur leur mécanisme. Tout en leur conservant cette désignation anatomique qui est très-exacte, on doit remarquer que ce sont de véritables fractures par arrachement. Ce mécanisme a été bien vu par M. Félizet {Recherches anatomiqiies expérimentales sur les fractures du crâne. Thèse de Paris, 1875, p. 152).

Quels sont en définitive les points forts et les points faibles de la boîte crânienne ?

Cette question n'est pas aussi simple qu'elle le paraît au premier abord. La force plus ou moins grande des divers points du crâne peut être en effet envisagée à deux points de vue ; d'une part, la résistance de chaque point à l'enfoncement, par un choc qui lui est appliqué directement ; d'autre part, la résistance de chaque région à un choc éloigné ayant frappé une assez large surface pour répartir son action sur toute la boîte crânienne et cheminer dans telle on telle direction plus accessible sous la forme d'une fissure : pour tout résumer en deux mots, d'une part, la résistance aux chocs immédiats, et, d'autre part, la résistance aux chocs médiats.

La voûte du crâne, qui est à peu près seule exposée au premier genre de traumatisme, est admirablement disposée pour résister aux chocs immédiats. Grâce à sa forme aiTondie, les corps vulnéraiits ont une tendance à glisser sur elle, pour peu qu'ils agissent obliquement. En outre, l'épaisseur des os y est relativement considérable et sensiblement uniforme. La fosse temporale, où cette épaisseur est un peu plus faible, est protégée par la présence du crotaphyte. Ce point n'en reste pas moins le plus fragile, circonstance d'autant plus fâcheuse qu'il correspond aux grosses divisions de l'artère méningée moyenne et que sa fracture par cause directe amène presque immanquablement la blessure de ces vaisseaux et une hémorrhagie intra-crânienne des plus redoutables.

L'accolement des os est si parfait au niveau des 'sutures que ces points n'offrent rien de particulier au point de vue de la fragilité ; tout au contraire une des parties les plus solides de la voûte est au niveau de l'épaississement du bord de la suture sagittale et de; vestiges de la suture métopique. On voit du reste habituellement dans les fractures des fissures croiser la ligne d'union des os sans être nullement déviée .

Il existe toutefois une circonstance défavorable à la solidité de la voûte du

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crâne qui doit être mentionnée ici. C'est, en effet, à la voûte crânienne que s'accuse surtout la différence entre la densité de la table externe et celle de la table interne. Elle a pour conséquence de rendre cette dernière beaucoup plus cassante, d'où le nom de lame vitrée qui lui a été donnée. Aussi dans les fractures par enfoncement de la voûte les dégâts intérieui-s sont toujours beaucoup plus considérables que ceux qui sont visibles à l'extérieur : à une très-faible dépression externe peut correspondre une sorte d'éclatement de la table interne, dont les fragments font une saillie anguleuse ou sont détachées en forme d'esquilles. Cette particularité est un des plus forts arguments que puissent invoquer les partisans du trépan appliqué comme une règle à tous les enfoncements petits ou grands de la voûte du crâne. Même en l'absence d'accidents primitifs, l'ablation de ces fragments a paru indiquée à certains chirurgiens par la crainte d'accidents inflammatoires consécutifs.

La différence de densité entre les deux tables rachète du reste largement les inconvénients que nous venons de signaler par les avantages considérables qu'elle présente à un autre point de vue. Les chocs que reçoit la table externe transmettent à la table interne des vibrations qui, par suite de sa structure compacte et vitrée, se répandent facilement sur toute la surface interne du crâne et s'y perdent en une multitude de directions, au lieu de transmettre directement leur impulsion intégrale à la portion sous-jacente du cerveau. — Est-il besoin d'ajouter que l'interposition du diploé favorise également ce rôle protecteur en éteignant dans les trabécules une partie des vibrations?

Passons maintenant de la voûte à la base. Ici nous avons, comme je l'ai dit, à nous occuper beaucoup moins de la résistance immédiate ou résistance aux chocs directs. Cette région leur est en effet très-peu accessible. Je ne dois cependant m'arrèter sur ce point que pour mentionner la grande fragilité de la voûte arbitraire de la lame criblée du corps du sphénoïde, contrastant avec la grande solidité de l'apophyse basilaire. Toutes ces parties ont, dans des cas rares, pu être abordées directement par les cavités orbitaire, nasale et buccale. Ce n'est pas tout. On peut dire qu'il est d'autres régions encore de la base du crâne qui présentent des points faibles vis-à-vis des chocs immédiats ; à la vérité, ici le^ agents des chocs sont d'une variété particulière; ce n'est pas un corps vulnérant venu de l'extérieur, c'est une pièce de squelette qui peut frapper la boite crânienne. Ainsi, dans une chute sur le menton, les condyles du maxillaire inférieur peuvent fracturer la cavité glénoïde. Dans une chute sur les ischions ou sur le vertex, la colonne vertébral e frappe à la manière d'un bélier le pourtour du trou occipital. Or, les points d'application de ces chocs véritablement directs au point de vue d'un mécanisme rationnel sont précisément des points faibles. 11 suffit pour le constater d'observer la transparence du fond de la cavité glénoïde et des parties des fosses cérébelleuses situées en dehors de l'épaississement marginal du trou occipital.

Je bornerai ici les considérations générales que j'ai cru devoir présenter sur le mécanisme de la résistance du crâne. Ce serait empiéter sur la pathologie que d'aborder ici l'étude des chocs indirects ou contre-coups {voy. Fractures).

g n. Développement et évolution.— A. Développement des os du crâne EN particulier. Occipital. Au point de vue de son développement, l'occipital offre deux parties distinctes : tout ce qui est situé au-dessous de l'écaillé est précédé d'un cartilage de même forme comme le sont tous les os de la base {os-

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sification par substitution, Ch. Robin) ; la portion squameuse, au contraire, se développe par la formation d'aiguilles osseuses au sein du tissu embryonnaire qui forme la voûte membraneuse du cràue primordial. Celte ossification par envahissement (Ch. Robin) est commune à toutes les parties qui protègent la convexité cérébrale {voy. Ossification).

s^.3à ^"'^T^ÂU^^U.J^.

Fig. 43. — Occipilal d'un fœtus de 4 mois. Osselet de Keickring.

1, Pièce hasilaire séparée des condjles 5,3 par des lignes cartilagineuses 9,9. — 2, Pièce inlèrieure de l'écaillé. — 4 4, pièces supérieures de l'écaillé : elles laissent encure entre elles unelignecartiliigineuse7, mais vers le centre elles sont réunies avec la pièce inféiùeure. — 5, Granule ou osselet de Kerckring encore séparé de la portion inférieure de l'écaillé par du cartilage. — 11, 11, Lamelles triangulaires, minces, apparues d'aborJ sur la face externe, formant des points osseux complémentaires pour l'écaille occipitale. — 6, fente qui sépare celte lamelle

y du bord inférieur de la moitié supérieure de l'écaillo. 8,8, Cartilage qui sépare l'écaillé des coudyles.

Fig. a. — Occipilal fin du 5" mois : l'osselet de Kerckring, soudé supérieur, a jiris la forme d'un stylet osseux.

(Ces figures sont fnitan d'après les planches de l'ouvrage de A. Rambaud et Ck. IlenaiiU, Origine et développement des os. Paris, lb64.)

Même légende que la figure voisine.

L'occipital présente quatre centres principaux d'ossification : 1" l'ccaille, 2" la bosse, 5" et 4° les coudyles. Ce ne sont là que les points fondamentaux ; il en existe de complémentaires, ce qui rend compte des contradictions apparentes des anatomistes.

Écaille. Le point d'ossification principal paraît à sa partie inférieure. Dans la sixième semaine, il est déjà assez étendu, tandis que la partie supérieure de l'écaillé n'est encore qu'une membrane très-mince et transparente. Lorsqu'on regarde ce point d'ossification à la lumière transmise, il paraît plus clair sur la ligne médiane et parfois mèiue il est nettement double. Deux points d'ossification complémentaires se montrent vers la fin du second mois ou au commencement du troisième dans la moitié supérieure de l'écaillé. Ces différentes pièces mar- ENC. XXII. 29

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