‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.22Chapitre 46 sur 52 · CRAPAUD · texte numérisé non relu

CRAPAUD

Gratiolct, en collaboration avec M, Cloëz, et, chacun de son côté, MM. Rainey et Zalesky, ont expérimenté à plusieurs reprises la sécrétion cutanée de nature lactescente que produisent les Crapauds, et ils ont démontré qu'elle renferme un |)rincipe particulier ayant une action virulente dont il est facile de reconnaître les effets si l'on concentre ce principe en le séparant des matériaux inertes qui lui servent de véhicule; c'est ainsi que l'on fait mourir en quelques minutes avec du venin concentré de crapaud des oiseaux de petite taille en leur introduisant ce venin sous la peau. De cette manière, on peut faire périr en moins d'une heure des mammifères d'assez forte dimension, soit des chiens, soit des boucs. Les cochons d'Inde meurent bien plus vite et les Batraciens eux-mêmes, par exemple les Grenouilles et les Crapauds, ne sont pas à l'abri des effets produits par cette sécrétion.

M. Vulpian, à qui revient l'honneur d'une partie de ces observations, s'est surtout appliqué à rechercher le mécanisme de la mort dans les cas où elle est due à cet alcaloïde et il a constaté qu'elle a lieu par suite de l'arrêt des mouvements du cœur. Le venin du Crapaud agua, grosse espèce propre aux régions les plus chaudes de rAméri(|ue, agita la manière de celui du Crapaud commun de nos pays, en ce sens qu'il a une action assez énergique sur le cœur et sous ce rapport il est également comparable à la digitaline; il diffère jusqu'à un certain point du venin de nos Crapauds d'Europe par sa propriété convulsivanle, et, d'une façon générale, par son iniluence sur les centres nerveux; cette observation est aussi due à M. Vulpian.

C'est surtout le venin du Crapaud commun (Bufo vidgaris, Laurenti) qui a été employé dans les expériences que nous venons de rappeler. Deux autres espèces du même genre qui vivent aussi dans nos contrées, le Crapaud calamité {B. calamita, Laurenti), et le Crapaud vert (B. viridis, ici.), que Duméril et Bibion ne distinguaient pas, manière de voir que les naturalistes ont dû abandonner, représentent ce genre en Europe. On trouvera la description détaillée de ces animaux dans l'ouvrage de M. V. Fatio intitulé : Faune des Vertébrés de la Suisse et dans d'autres publications.

Ces Batraciens sont crépusculaires; ils passent la journée blottis sous des abris obscurs pour n'en sortir que le soir. On en connaît des congénères dans les différentes régions du globe, mais ce groupe est étranger aux pays froids, et comme il est facile de le partager en un certain nombre de genres, on en fait une famille à part sous le nom de Bufoniformes.

Les Batraciens bufoniformes ne sont pas seulement caractérisés par la nature charnue de leur langue, laquelle n'est pas échancrée, et par leurs pattes de moindre longueur que celles des Grenouilles ou des Rainettes ; on les reconnaît aussi à ce qu'ils manquent de dents à la mâchoire supérieure, tandis que les Grenouilles et les Rainettes en possèdent constamment. Ce sont des animaux lents dans leurs mouvements, qui marchent plutôt qu'ils ne sautent et qui n'ont pas l'aptitude à la nage qui distingue les autres Anoures : aussi ne vont-ils guère à l'eau qu'à l'époque de la ponte, et leurs pattes ne sont qu'incomplètement palmées. Ajoutons qu'ils ont le plus souvent la membrane du tympan cachée sous la peau.

Ils se nourrissent de substances animales et la dimension des proies qu'ils recherchent varie comme leur propre taille ; les uns mangent des vers, des insectes ou de petits mollusques, tandis qu'il en est qui peuvent avaler d'autres Batraciens, des oiseaux ou même des mammifères de faibles dimensions.

On connaît une vingtaine de genres de Bufonilbrmes; Duméril et Bibron, qui ne distinguaient que douze de ces genres, les ont inscrits dans leur Histoire naturelle des Reptiles sous les noms de Dendrobates, Rhinodermes, Atelopes, iJj//b ou Crapauds proprement dits, Phnjniscus, Rraclujcephalus, Hylœdacttjlus, Plectropus, Enyystoma, Uperodon, Breviceps, Rhinophrynus . D'autres genres de la même famille ont reçu les noms de Peltophryne, Pseiidobufo, Anaxyrus, Ihjlœmorphus, Hemisus, Cranopsis, Crepidius, Ollotis, etc.

Le genre Brachycéphale se fait i-emarquer par la présence sur le milieu du dos d'un bouclier formé par l'ossification de la partie correspondante de la peau. L'espèce type de ce genre vit au Brésil.

On connaît aussi plusieurs genres de Crapauds fossiles ; ils ont vécu postél'ieurement à la période crétacée.

Différents Batraciens anoures, auxquels on donne vulgairement la dénomination de Crapauds à cause de leur forme plus semblable à celle de ces animaux qu'à celle des Grenouilles, doivent être rapportés à la même famille que ces dernières, parce qu'ils ont comme elles la mâchoire supérieure garnie de dents.

P. Geuv.

CRAQUEMEi^TS. Souscc titre, uous décrivons non-seulement certains bruils secs qui siègent généralement au sommet des poumons et qui ont reçu plus spécialement le nom de craquements, mais aussi des bruits du même caractère perceptibles dans la plèvre, le péricarde, les os, les articulations, le tissu cellulaire, etc.

Seuls les craquements du poumon se révcleut à l'oreille exclusivement, tandis que les craquements des autres organes sont tous susceptibles d'être perçus à la lois par l'oreille et par la main.

a) Craquements ptdmonaires , pleuraux et péricardiques . Le craquement pulmonaire consiste dans nue sorte de râle sous-crépitant fin et sec, dans une succession de petits craquements habituellement peu nombreux et donnant à l'oreillle un bruit qu'on a comparé à celui d'une fibre de bois que l'on casse. Ce craquement s'entend surtout pendant l'inspiration, et avec d'aulant plus de netteté que l'mspiration est plus prolongée et plus intense

Rarement appréciables pendant les deux temps de la respiration, les craquements pulmonaires n'éclatent souvent que pendant les fortes secousses de toux. Bruits de transition entre les râles secs et les râles humides, ils se rapprochent du frottement pleural par leur sécheresse et par leur siège dans les parties superficielles du poumon et du râle sous-crépitant par ré;^alité et parfois par l'humidité des bulles. En d'autres termes, secs tout d'abord, les craquements deviennent plus tard humilies avec le progrès de la lésion dont ils sont le signe, et tendent alors à prendre les caractères du râle sous-crépitant ou du râle muqueux. A l'état sec, ils se rapprochent parfois du bruit de froissement pulmonaire de Fournet, bruit qui donne la sensation tantôt du froissement d'un tissu comprimé par un corps dur, tantôt d'un bruit de cuir neuf à timbre aigu, tantôt enfin d'un bruit léger, rapide et sec, comparable à celui qu'on obtient en soufflant sur du papier végétal (Fournet). Du reste, le bruit de froissement pulmonaire est aussi rare que difficile à saisir et lorsqu'on le constate, sa signification séméiotique est en général celle du craquement pulmonaire sec.

Les craquements pulmonaires ont pour caractères dominants de siéger le plus souvent sous les clavicules et dans les fosses scapulaires, de persister plus ou moins longtemps et de coïncjder presque toujours avec le premier temps de la

respiration. Dans lu tuberculose miliaire au début, les craquements, s'ils existent, (ce qui est rare), n'occupent pas exclusivement le sommet des poumons, mais sont disséminés dans différents points du thorax.

M. Jaccoud attribue les craquements pulniouaires aux progrès du catarrhe des petites bronches parvenu à la période d'Iiypersécrétion. Pour lui, ils indiquent que l'exsudation catarrhale est encore très-peu abondante, qu'elle n'a pas gagné les grosses bronches et que les cloisons inlra-alvéolaires sont encore intactes. Le craquement même humide n'impliquerait pas la liquéfaction du tubercule, et ne dénoterait que l'existence d'une hypersécrétion bronchique au voisinage du néoplasme. Gomme cette hypersécrétion coïncide avec la fonte des tubercules jaunes, on en fait à tort le signe de ce dernier processus, car une infiltration simple et non tuberculeuse du sommet donne lieu aux mêmes signes sthétoscopiques, lorsqu'elle passe à la période de ramollissement.

Guttmann ( Ti^iité, du diagnostic) fait procéder lui aussi les craquements pulmonaires d'un catarrhe des bronches, mais un catarrhe accompagné d'une tuméfaction notable de la muqueuse avec sécrétion encore peu abondante et visqueuse. Le craquement, selon cet auteur, peut se montrer aussi bien dans les catarrhes primitifs que dans les cas d'induration chronique des poumons, et il disparaît dès que l'hypersécrétion catarrhale devient abondante.

Nous croyons avec ces auteurs que le craquement pulmonaire est le plus souvent le résultat d'une sécrétion catarrhale encore peu abondante des petites bronches dans le voisinage d'un point pulmonaire induré ou tuberculeux et qu'il est loin, dès lors, d'être le signe caractéristique d'un ramollissement qui débute. Ce qui le prouve, c'est que les craquements peuvent disparaître pendant un certain temps, lorsque l'irritation de voisinage déterminée par le tubercule a pris fin, et reparaître si ce même tubercule on un autre de formation nouvelle vient à donner lieu à un nouveau catarrhe des petites bronches. La liquéfaction du tubercule a pour interprète non pas le craquement, mais le râle souscrépitant humide et toujours persistant décrit par Ilirtz sous le nom de râle cavernuleux.

L'iriùtation de voisinage déterminée par le tubercule ou par l'induration simple ne se traduit pas toujours par un catarrhe bronchique: au lieu de s'étendre vers les bronches, cette irritation peut gagner la plèvre et donner naissance à une pleurite sèche du sommet, très-circonscrite, qui se révèle par un bruit de frottement léger, un craquement sec, superficiel, facile à confondre avec le craquement catarrhal, mais dont il peut être distingué, à la rigueur, par son inégalité, par sa disparition ou son augmentation avec le changement de position du malade, par son siège plus fréquent aux deux temps de la respiration. Du reste, la pleurésie sèche du sommet peut être indépendante de la tuberculose, et si alors elle est peu aiguë et qu'elle atteigne un sujet malingre, elle est susceptible de faire croire à tort à l'existence d'une induration tuberculeuse. Mais comme les pleui'ites primitives et uniquement bornées au sommet sont extrêmement rares, il est permis de dire que le craquement pleural circonscrit est le plus souvent, comme le craquement catarrhal, le symptôme d'une tuberculose qui débute. Donc, les craquements du sommet, quelle que soit leur origine, doivent toujours tenir le praticien en éveil.

Mais faut-il admettre avec M. J. Aruould que les craquements sont constamment extra-pulmonaires et d'origine pleurale? Nous ne le pensons pas. D'après M. Arnould, tous les craquements seraient le résultat d'une pleurite de voisi-

na^e et ne se rapporteraient à aucun degré de la tuberculose, mais plutôt aux phases de calme de la maladie, masqués qu'ils seraient par d'autres bruits pendant les périodes d'acuité et de ramollissement.

A cela on peut répondre que le plus souvent, sinon toujours, les craquements marquent le début de la tuberculose, sans avoir été précédés d'une période de fonte tuberculeuse, comme ils peuvent disparaître sans en être suivis ; que si les craquements sont parfois plus sensibles pendant les périodes de calme, cela peut tenir aussi bien à un nouveau processus tuberculeux qui commence qu'à un frottement pleurétique qui aurait survécu à un processus éteint; que les autopsies sont loin de démontrer l'existence constante de la pleurite de voisinage (et pour notre part, il nous est arrivé maintes fois de ne pas la constater) ; c|u'enfin le craquement n'a pas toujours le earactèi-e saccadé, sec et inégal du frottement pleural, mais éclate souvent par bouffées à bulles égales et quelque peu humides, indices d'une hypersécrétion bronchique et non d'un exsudât pleural.

Nous admettons sans difticulté que le bruit de froissement de Fournet, le bruit granuleux de Woillez, la respiration saccadée, sont le résultat constant d'un frottement pleural et qu'un certain nombre de craquements à éclats plus égaux et secs n'ont pas d'autre origine ; mais vouloir pkcer tous ces bruits de craquement dans la plèvre, c'est leur assigner une genèse par trop exclusive et que l'observation clinique ne confirme pas.

En résumé, le craquement qui siège au sommet du poumon peut faire soupçonner l'existence de tubercules crus. Isolé, il n'a pas de valeur séméiologique bien déterminée. Persistant et accompagné d'une expiration prolongée et un peu rude et d'une altération légère de la sonorité pectorale, il doit faire lever tous les doutes, alors même que les symptômes rationnels de la tuberculose font défaut.

Le frottement pleurétique, particulièrement celui qui s'observe après la résorption des épancliements, se traduit parfois par un véritable craquement sec, un hruit de cuir neuf composé de plusieurs bruits successifs, inégaux, variables en intensité et perçus tantôt à la tin de l'inspiration et au début de l'expiration, tantôt aux deux temps de l'acte respiratoire. Ces craquements déterminés par la collision de fausses membranes dures et rugueuses peuvent siéger en un point quelconque du thorax. On les perçoit au toucher pour peu qu'ils soient intenses, et cette vibration qu'ils communiquent à la main les distingue des râles qui jamais ou presque jamais ne la produisent. Du reste, contrairement aux râles, ils ne sont modifiés d'aucune manière par les secousses de la toux.

Certains craquements péricardiques dus au frottement les unes sur les autres de fausses membranes indurées et raboteuses, ressemblent tantôt au bruit qu'on produit en marchant sur de la neige durcie, tantôt à celui du cuir neuf ou du parchemin froissé entre les mains, etc. Ces craquements qui se distinguent des bruits râpeux des orifices par leur siège superficiel, leur variation ou même leur disparition avec certaines attitudes du malade, leur irrégularité et leur augmentation sous la pression du stéthoscope, indiquent l'existence d'une péricardite sèche et plus ou moins ancienne. Ils sont perceptibles à la fois à l'oreille et à la main, et à ce point de vue ils se rapprochent comme ceux de la plèvre des craquements dont il va être question maintenant.

b) Craquements des os fracturés on crépitation. Ces craquements donnent

deux sensations bien distinctes : 1" un bruit, un choc, transmis à l'oreille par In collision des fragments et perçu lorsque le blessé ou le chirurgien fait mouvoir le membre tracturé ; 2° la crépitation [troprement dite, espèce de craquement particulier donnant la sensation du frottement de deux surfaces rugueuses et se transmettant à la main du chirurgien s'il vient à faire glisser les fragments l'un sur l'autre.

Le bruit dû à la collision des fragments s'entend rarement, et s'observe plu> spécialement dans les fractures comminutives et cela aux moindres mouvements qu'on imprime au membre (Nélaton). Le craquement perçu par la main du chi rurgien constitue, lorsqu'il est franc, le signe pathognomonique des fractures. Suivant Follin, si la crépitation apparaît au moment où l'on porte le fragment inférieur d'un os long dans un sens, elle indique une fracture oblique en sens inverse. Ainsi, lorsque sur un fémur ou un humérus fracturé l'on ne perçoit aucun bruit en portant le fragment inférieur en dehors, et qu'au contraire la crépitation éclate si on porte le fragment en sens inverse, cela veut dire que la fracture est oblique de haut en bas et de dehors en dedans. Lorsque la crépitation se fait sentir quelle que soit la direction qu'on imprime au fragment, on peut conclure à l'existence d'une fracture transversale.

La crépitation est plus sensible dans les os longs et superficiels que dans ceux qui sont placés sous d'épaisses couches musculaires; elle est aussi plus fréquente dans les fractures de la partie moyenne des os longs que dans celles qui avoisinent les épiphyses.

Le craquement des fractures est sec, âpre, saccadé, moins sourd, et moins doux que celui qui s'observe dans les articulations. Pour distinguer la crépitation des fractures de celle des gaines tendineuses et des articulations, Lisfranc avait imaginé de recourir à l'emploi du stéthosope ; mais comme la crépitation est bien plus sensible aux doigts qu'à l'oreille, ce procédé n'est pas d'une grande utilité pratique {Voy. Fractures).

c) Craquements des articulations et des gaines tendineuses. Lorsque la synovie fait défaut dans une articulation, lorsque les surfaces articidaires sont privées de leurs cartilages ou qu'elles sont en parties nécrosées, ou entourées d'ostéophytes, alors les extrémités osseuses frottent durement les unes sur les autres chaque fois qu'on vient à imprimer un mouvement à l'articulation malade. En même temps il se produit une crépitation sèche caractéristique, un ■craquement particulier sensible à la main et au stéthoscope.

Ce craquement forme le caractère dominant de l'arthrite sèche ou déformante. Au début de cette affection, les bruits sont doux et rappellent ceux que produisent deux morceaux de velours d'Utrechl frottant l'un sur l'autre. Avec les progrès de l'arthrite, ils deviennent plus rudes et plus râpeux et donnent lieu alors à une véritable crépitation, à un craquement qui quelquefois rappelle celui que produit l'agitation d'un sac de noix. Ces bruits perçus par le malade aussi bien que par le chirurgien tantôt ne sont sensibles qu'à la main, et tantôt s'entendent avec le stéthoscope ou même à distance.

Tant qu'il n'existe qu'un simple frottement, on est en droit de supposer qu'il est le résultat d'une destruction pai'tielle de la synoviale ou d'une altération commençante des surfaces cartilagineuses. S'il y a crépitation, craquement intense, cela indique destruction complète des surfaces articulaires ou encore développement de productions osseuses autour des épiphyses (Follin).

Bouillaud a signalé dans le rhumatisme articulaire aigu un ràclement semblable

à un frottement pleural ou péricardique ; mais c'est là un phénomène rare qui s'observe plus spécialement dans l'arthrite rhumatismale chronique et dans l'arthrite goutteuse, après Ja résorption de l'épanchement articulaire.

Les craquements qu'on perçoit parfois dans les articulations luxées résultent du frottement de l'os déplacé contre la surface rugueuse de l'os opposé. Ces craquements sont ordinairement sourds et moins secs que ceux des fractures.

Une crépitation plus ou moins douloureuse caractérise aussi la synovite tendineuse a.u début. Moins rude et moins sèche que la crépitation osseuse, elle ressemble tantôt à un bruit de cuir neuf ou à celui que donne la pression de la neige indurée. Cette crépitation, due à la sécheresse de la membrane synoviale, seperçoit toujours dans le mémo point et uniquement pendant les mouvements ((ui font glisser les tendons dans leurs gaines. On l'observe le plus souvent au poignet, moins fréquemment dans les tendons de la région tibio-tarsienne. Les craquements perçus dans ces gaines sont le résultat évident du frottement des surfaces synoviales devenues dures et rugueuses ou recouvertes d'un liquide demiconcret.

d) Cmqueme.nfs des tumeurs sanguines et séreuses. Les tumeurs et les bosses sanguines dont le contenu est en voie de résorption, donnent naissance, lorsqu'on les malaxe, à une crépitation particulière due à l'écrasement et à la collision des masses granuleuses formées par les caillots sanguins. Cette crépitation rappelle le craquement produit par des grains d'amidon qu'on écrase entre les doigts.

Un bruit du même genre, souvent très-inlen?e, est déterminé par la pression des tumeurs des gaines tendineuses (ganglions) et des bourses séreuses renfermant ces débris fibrineux qui ont reçu le nom de grains rizifornies.

Le craquement des tumeurs sanguines comme aussi celui de l'emphysème sous-cutané dont il va être question, offre cela de particulier qu'on peut le produire par la simple pression des doigts, et sans imprimer de mouvement aux parties malades, tandis que la crépitation des gaines tendineuses n'est perceptible (pie dans certains mouvements déterminés et dans une direction rectiligne et toujours la même. La crépitation des fractures d'ailleurs plus rude, plus sèche et plus brusque que celle des synovites tendineuses, ne se perçoit que dans un point unique, tandis que la dernière suit le trajet des tendons glissant dans leurs gaines.

e) Craquement ou crépitation de V emphysème sous-cutané. Jusqu'ici nous avons vu la crépitation résulter soit du passage de l'air à travers un liquide peu abondant et visqueux (craquement pulmonaire) , soit du frottement l'une sur l'autre des deux surfaces dépolies ou rugueuses (craquement de la fracture de l'arthrite, de la pleurésie, etc.), soit de la collision des débris fibrineux renfermés dans uu liquide (craquement des tumeurs sanguines et des bourses séreuses). La crépitation de l'emphysème sous-cutané relève d'un mécanisme différent et provient du passage successif et forcé de bulles d'air ou d'un gaz quelconque à travers le tissu cellulaire dont elles font vibrer les fibres. En pressant du bout des doigts les parties de la peau tuméfiées par l'inlîltration gazeuse, la main éprouve la sensation d'une petite résistance vaincue et d'un déplacement de bulles d'air, en même temps que l'oreille entend un bruit sec et lin. Ce bruit qu'on n'oublie plus une fois qu'on l'a perçu ne ressemble à aucun autre, bien qu'il rappelle la crépitation pneumonique ou celle de l'amidon écrasé entre les doigts ou encore celle d'un morceau de poumon qu'on comprime. V. Widal.

CRASSO. '^'■^^

CRASE (lie xpàaiç, niixlioii). La crasc, dans le langage liii.pocralique cl ^alénique, signifie le mélange des humeurs de l'économie : à savoir, du sang, de la pituite, de la bile noiic (alrabile) cl de la bile jaune (vilelline). Quand ces humeurs sont entre elles dans une juste proportion de quantilé, que leur mélange est parfait, et qu'elles sont d'ailleurs de bonne (|ualilé, c'est l'élal de santé, et c'est aussi le bon lempéranient. ha prédominance d'une ou de plusieurs de ces humeurs donne lieu à la maladie et crée un tempérament particulier ; maladie et tempérament dont la nature est en rîipport avec celle de rinimeuv en excès ou séparée des autres. Celle-ci devient cause de mal de deux manières : premièrement en plaçant dans des conditions morbides la partie où elle n'est plus convenablement mélangée avec les autres humeurs ; secondement en affectant les parties sur lesquelles elle s'est portée. Les saisons exercent une grande influence sur les humeurs. Le sang prédomine au printemps; de là les licmorrhagies. Eu été, c'est le tour de la bile jaune, qui provotpic les vomissements et la diarrhée. La bile noire, plus pernicieuse que la bile jaune et engendrant plus souvent des maladies mortelles, surabonde en automne. La pituite surabonde en hiver. Ces quatre humeurs ont les qualités des quatre éléments de la nature. Le sang est humide et chaud; la pituite, humide et froide; la bile j;iune, sèche et chaude ; la bile noire, sèche et froide. De là, comme on le pense hien, nombre de combinaisons dans la crasc, qui doivent être attentivement observées par le médecin et servir de base à la thcrapcutii|ue. La doctrine n'a pas varié quand le nombre et la nature des éléments ont changé ; et, pour l'autour du livre des Semaines, c'est également le juste mélange des sept éléments (chaud, froid, humeurs du corps, sang, bile noire, choses douces et choses salées) qui est la condition essentielle de la santé.

Par abréviation, le mot crase a souvent servi de synonyme au mot tempérament, pour désigner soit le tempéi-ament natif, soit le tenqiérament acquis ou la constitution.

Toutes ces v\ies anciennes sur la crase des humeurs s'appuyaient, du reste, sur des observations exactes, surtout en ce qui concerne le sang et la bile : il est même curieux de citer la part que prennent encore aujourd'hui les liumeun^ dans la classification des tempéraments. Nous avons le tempérament par excès d'humeur sanguine, le tempérament par excès d'humeur bilieuse. Le tempérament nerveux seul ne rentre pas dans le cadre hippocratiquc. D.

CRASSO (GniLm-PAOLo), dit de Padoue, oiî il était né à la fin du quinzième ou au commencement du seizième siècle. Il professa longtemps la médecine à l'Université de cette même ville et mourut en 1574. Crasso était profondément versé dans la connaissance des langues grecque et latine, et il en profita utilement pour enrichir la littéi\iture médicale de diverses traductions très-importantes. Ainsi il donna une traduction d'Arétée d'ajjrès un mamiscrit en assez mauvais état (Venise, 1552); une de Rufus (Paris, 1554); d'autres de divers opuscules de Galien: 1» De optima secta ad Tlirasibuliim ; 2" De aijusqiie animi peculiari cognitione ; o° Comment, in Hipp. VIEpidem.; de l'auatomie de Théophile le Protospathaire ; de quelques fragments de Palladius.

On a en outre de lui :

I. Meditationes in theriacam et mUhridaticum antidotiim, confirmatœ, etc. (avec Beriiardo TuRuisANO et Marco Oddo). Venet., 1570, in-4». — II. De piirgatima medicamentis qiiœstlones, etc. Basileœ, 1581, in-fol. — III. De Lolio traclatus. Bononiœ, IGOO, in-4°.

E. Bgd.

73(1 CRxVTyEGUS.

ckaT/EGLS (T). Genre de plantes, delà famille des Rosacées, série des Pyrées ou Poraacées, dont les fleurs sont construites à peu près comme celles de?; Poiriers et sont hermaphrodites, régulières et généralement printanières. Leur réceptacle a la forme d'un sac creux, à ouverture étroite, sur les bords duquel s'insèrent le périanlhe et l'androcée, et dont la cavité renferme la portion ovarienne du gynécée. Le calice est formé de cinq sépales, libres ou unis inférieurement, persistants ou caducs. Les pétales alternes forment une petite corolle rosacée et sont imbriqués dans le bouton, arrondis, concaves en dedans, généralement blancs ou roses. Les étamines sont nombreuses, disposées comme celles des Poiriers, formées chacune d'un fdet et d'une anthère courte, biloculaire, déhiscente par deux fentes longitudinales. Le gynécée est formé de cinq carpelles. plus rarement de un à quatre. Leurs styles sont libres, à extrémité stigmatifère tronquée ou dilatée. Dans l'angle interne de chaque ovaire s'insèrent, ordinairement vers la base, deux ovules ascendants, anatropes, à micropyle dirigé en bas et en deliors. Le fruit, formé des carpelles et du réceptacle qui les enveloppe, est drupacé; il renferme de un à cinq noyaux épais, durs, osseux, uniloculaires, ou plus rarement un seul noyau uni ou pluriloculaire. Chaque loge contient une ou deux graines. Celles-ci sont ascendantes, souvent comprimées, et renferment sous de minces téguments un embryon charnu, à cotylédons épais, plans convexes et à radicule supère.

Les Cratœgus sont des arlires ou des arbustes à rameaux souvent atténués en épines, à feuilles alternes, accompagnées de stipules foliacées, ou y\ns ordinairement petites et caduques, à limbe denté, lobé ou pennatifide. Leurs fleurs sont disposées en cymes corymbiformes, terminales, pourvues de bractées caduques. On en a décrit plus de cent espèces, qui habitent l'Europe, l'Orient, la Chine et le Japon, l'Amérique du Nord et les Andes de Colombie. Leur nombre doit être considérablement réduit, et parmi les espèces qui intéressent la médecine, nous devons citer les suiv;aites :

L'Aubépine est le Cratœgus Oxyacantlia L. C'est aussi le C. oxyacanthoides de Thuillier {FI. par., 245) et le Mespiliis oxyacanthoides DC [FI. franc, IV, 455). On la nomme aussi, suivant les localités : Aubépin et Auhressin, Épine Manche, Éhaupin, Épinière, Épine fleurie. Noble Épine, Mai, Bois de mai, Senellier, Acinier et Anotes. C'est un arbrisseau épineux, très-souvent cultivé en haies, qui a des feuilles obovales, pinnatilobées ou pinnatipartites à 5-5 lobes incisés, dentés, atténués en coin à la base, avec des stipules ioliacées, subfalciformes, linéaires, entières sur les rameaux florifères, en croissant et dentées-glanduleuses sur les branches feuillées. Les jeunes rameaux sont glabres, et les fleurs, disposées en cymes corymbiformes rameuses, sont pédicellées, ordinairement munies de petites bractées caduques. Le pédoncule est glabre. Les sépales sont glabres, ovales-acuminés, très-étalés, recourbés au sommet. Les pétales, fortement concaves et arrondis, sont blancs, carnés ou d'un rose plus ou moins vif. On cultive beaucoup de variétés à fleurs doubles et à pétales nombreux, imbriqués. 11 y a générale, iient deux ou trois loges à l'ovaire, autant de styles et de noyaux très-durs. La drupe est ovoïde ou presque globuleuse, à chair molle ou farineuse, fade. Sa surface est d'un rouge vif; elle est couroimée du calice étalé et entourant une fossette ou œil circulaire dont le fond porte souvent encore le style desséché. Ce fruit, nommé Senelle ou Sennelle, est mangé par les enfants ; il est légèrement astringent. On en a retiré, par la fermentation, une liqueur alcoolique. On l'employait chez les anciens apothicaires sous le nom

CRAT^GUS. 731

de Baccœ Spinœ albœ. Les fleurs non épanouies sont parfois confites au vinaigre. Quand elles sont bien épanouies, leur parfum rappelle celui des amandes amères, avec une arrière-odeur de marée. On dit qu'on y a trouvé de la propylamine. Autrefois, on pensait que leur udour gâtait le poisson. C'est Parmentier {Obs. de phys., IX, 113) qui a combattu cette idée et attribué l'altération du poisson à l'électricité atmosphérique. D'après Ducrest {Abeille médic. [1863], 179), ces fleurs constitueraient un spécifique contre les angines simples et feraient avorter la maladie si on les prend au début. Cazin {PI. méd. indig. [éd. 3], 112) dit que les fruits ont souvent amené, cbez les enfouis qui les mangent, des constipations opiniâtres, et qu'on pourrait les employer dans les dysenteries et les diarrhées. L'écorce de l'Aubépine a été employée au tannage des peaux. Sa décoction rougeâtre teint en jaune avec l'alun, et en gris peu solide avec la couperose verte. La racine et les feuilles teignent en jaune. Cette écorce est, dit-on, fébrifuge, et l'on a même avancé qu'elle peut remplacer le quinquina. On en a retiré une matière amère et cristallisée, la Cratégine ou Oxyacantliine , non azotée, insoluble dans l'étber et ne se combinant ni aux bases, ni aux acides, d'après Leroy {Joiirn. de Chim., XVII, 3). Nous ne parlons pas des qualités du bois de l'Aubépine qui sert à beaucoup d'usages et notamment au chauffage.

Le Cratégusi monogijna Jacq., qui di Itère du précédent par ses pédoncules velus, ses sépales lancéolés-acuminés, souvent pubescents et appliqués sur un fruit qui n'a généralement qu'un noyau, a toutes les propriétés du C. Oxyacantha et a souvent été confondu avec lui dans la pratique.

Le C. Pyracantha, dont Linné a fait son Mespilus Pyracantha, et qui a été aussi considéré comme un Cotoneaster, puis comme un Pyracantlia, est le Buismn-ardent, encore appelé Corail, Petit Corail, à cause de l'apparence de ses l'ruits à l'arrière-saison. Arbre de Mohe, Épine aiguë et Épine ardente. Ses fruits sont globuleux, gros comme un pois, finalement glabres et d'un rouge écarlate. Cultivé clans les jardins, ce joli arbrisseau croît spontanément (?) dans le Dauphiné, la Provence, dans les Pyrénées-Orientales où il sert à faire des haies épineuses. Ses fruits sont quelquefois employés comme astringents.

Le C. Azarolus L. est VAzerolier ou Azarolier, dont les fruits astringents, puis aigrelets, se mangent dans le midi, et ont été, surtout avant leur maturité, employés dans la médecine des campagnes {voy. Azerole, Azeîiolier).

Le C. parvifolia Ait., espèce abondante en Virginie, sert dans ce pays à préparer un sirop rafraîchissant.

Le C. mexicana Sess. et Moç., espèce du Mexique oià elle porte le nom de Tejacote, sert dans ce pays d'astringent et de toxique; on a préconisé sa racine contre les flux et les hydropisies.

Les C. pentagyna Waldst. et Kitaib. et yiigra Waldst. et Kitaib., espèces hongroises; les C. sanquinea Pall. et melanocarpa Bieb., espèces russes; les C. coccinea L., cordata kiT., Crus galli L., flava Ait,, gtandulosa W., turhinala Puhsh, espèces de l'Améiique septentrionale; les C. orientalis Bieb., tanacetifolia^Eïis. eitrilobata Labill., espèces d'Orient, cultivées pour la plupart dans nos jardins et nos parcs, et dont le bois peut être utile, ont des fruits qui, avec quelques dilférences dans la couleur et le volume, ont les mêmes propriétés que ceux du C. Oxyacantha et servent généralement aux mêmes usages.

C'est encore à ce genre que nous pensons pouvoir rapporter comme simple section, le Néflier commun ou Cratœgus germanica, plus fréquemment désigné sous le nom de Mespilus germanica L. {Spec, 684) et dont l'organisation

752 CRATEVAS.

florale se rapproche iiifiuinient de celle des autres Cratœgiis que nous venons de passer en revue. Pour nous, les Mespilus ne se distinguent des Cratcegus qu'à titre de section, et principalement par les caractères de leur fruit {voi/. Néflier, sér. 2, XII, 59). H.'Bn.

Bibliographie. — Todbnefort, Inslit. Rei herb.. 033. — L., Gen., n. G2'2. — Joss., Gen., 535. — Lamk, Blet, cnc, I, 82 ; Suppl., I, 291 ; Illiislr., t. 453. — DC, Prodrom.. II, 626.— LiNDL., in Tians. Linn. Soc. XIII, 105. — Mér. et Del., Dict. Mal. mécL. II, 400. — Spacu, Suites à Buffon. II, 98. — Glib., Drog. simpL, éd. 6, III, 293. — Grex. et Godr., FI. de Fr., I, 566, 567. — ExDL., Gen., n. 6353. — Bexth. et Hook., Gen.. I, 626, n. 64. — Rose.nth., Sijnops. plant, diaphor., 950. — II. Baillox, Hist. des plant., I, 408, 450 (note 16), 475.

CRATÉGIXE. Principe amer du Cratcegus oxijacantlia. A'e se combine ni aux bases, ni aux acides; soluble dans l'eau, insoluble dans l'éther. D.

CR.1.TERELLE, Craterellus. Genre de Champignons de la famille des Thélépliorés ( Thelephorei Fr.), autrefois confondus avec les Mérules ou les Chanterelles, dont ils sont très-voisins. L'espèce la plus commune, la Craterelle corne d'abondance, C. cornucopioides Pers., vient à terre en été et en automne dans les bois ; elle a la forme d'un eiitoinioir allong»' ou d'une trompe à bords ondulés, sinueux, réfléchis en certains points ; l;i portion rétrécie qui (orme le pied ou stipe est de couleur noirâtre ou brun fuligineux ainsi que la cavité inté- )ieure; la surface externe de la portion élargie est unie, céracée; elle se plisse en vieilliss:uit; c'est là que se trouve l'hyméniura, les spores blanches produites par les basides contribuent à donner une teinte cendrée à cette iiartie du Champignon.

Malgré le nom de Trompette des morts, que lui a donné Paulet, ce Champignon n'a rien de malfaisant, il est d'une odeur et d'une saveur agréables; sa consistance semi-membraneuse ppu charnue le rapproche des Helvelles et des .Alorilles. Pioques attribue à la Craterelle corne d'abondance une légère saveur de Truffes et note qu'elle n"a pas incomrhodé des animaux ; il ne signale pas ses ([ualités comestibles très-réelles qui ne paraissent avoir été connues que des auteurs récents, Cordier, Quélet, etc. Le C. cornucopioides croît en groupe et en grande abondance; d'autres espèces également comestibles sont plus rares, et ne pourraient être aussi facilement utilisées ; telles sont le C clavatus Fr. qui vient dans les bois de sapins et dont la chair est plus épaisse, les C sinuosus Fr. et pusillus Fr.

Bibliographie. — Fries. Epicrisis. — Cordier. Champ, de la France, 1870. — Qdelet, Champ du Jura et des Vosges, 1872. J. de S.

CR.%TEVAS, dit le Pdiizotome, vivait, suivant toutes probabilités, dans la première moitié du siècle qui a précédé notre ère (80 avant J. C), sous le célèbre Mithridate Eupator, auquel il dédia une plante. Ce nom de Rhizotome (coupeur de racines) était donné dans ces temps reculés à ceux qui récoltaient des plantes pour l'usage des médecins et faisaient le métier de nos herboristes. Cratevas se distingua de ses confrères par un savoir réel. Il est honorablement cité par Dioscoride, Pline et Galien. Dioscoride reconnaît qu'il avait donné de différentes plantes une description plus exacte qu'on ne l'avait fait avant lui ; et Pline, bien qu'il reconnaisse à cette méthode quelques inconvénients [Hist. nat., XXY, 4). nous fait connaître qu'avec Denys et Métrodore il avait eu l'heureuse idée de joindre à ses descriptions des images coloriées. Son Traité des simples se trouve

GRAWFOKD. - 755

eu manuscrit dans quelques bibliotlicques et M. Hœfer a trouvé dans la bibliothèque de la rue [Uchelieu un lexique de botanique, rédigé par Cratevas et qui pourrait bien être le même que le traité des simples [Biographie univer.).

E. Bgd.

CRATO DE KRAFFTHEIM (Jeax). Il était fils de Christophe Krafft, sénateur de Breslau, et naquit dans cette dernière ville en 1519. Après avoir passé six ans à Wittemberg, étudiant les belles-lettres sous Melanchton et la théologie sous l'illustre réforniiteur Luther, il se rendit à Leipzick, où Camerarius lui donna les premières leçons de médecine. Il voyagea ensuite en Italie, où les sciences étaient plus cultivées qu'en aucun autre endroit de l'Europe, et eut là pour maîtres les professeurs célèbres de celte contrée, notamment ,I.B. Montanus (de Vérone), dont il acquit l'amitié, et qu'il se proposa d'imiter. De retour en Allemagne, Crato exerça quelque temps la médecine à Augsbourg; puis il alla se fixer à Vienne, ou Ferdinand l"'' l'avait appelé pour remplir la place de son premier médecin, charge qu'il occupa également auprès de Maximilieu 11 et de Rodolphe II. Il mourut le 9 novembre 1585, comblé d'honneurs et de richesses, créé comte palatin, et laissant la réputation d'avoir, plus que tout autre savant de son siècle, l'avorisé les doctrines hippocratiques. Ses ouvrages sont, d'après Mercklin :

I. hagoge iiicdiciiue. Venetiis, 1500. in-S". — IT. Periocha mcili-odica in Gahni lil/ros de démentis, naluvâ kuninaiiû, elc. Basiiete, 15(iô, in-8°. — III. IMt'porî'xv/;, seu Parva ars medicinalis. Francol'. lô'J2, in-S". — IV. Mcthodns t/iernpenlica ex Galeni et Montant sentenlia. Fraiicol. 1C08, iii-b". — V. Consiliornni et epislolanim medicinaliuni liber. Fraiicof. 1591-1595, in-8°. — VI. /. B. Montant consullationum opits. Basiliie, 1583, in-l'ol. — VU. De morbo Gallico. Francol'. 1544, in-S". — VllI. De verû prœcavendi et curandi febieni pestilentem ratione. Francof. 1598, iri-fol. A. C.

CRjtUSE DE MELLIXGEX (Rodolphe-Guillaume). Botaniste et chimiste allemand, né à Naucnburg en 1642 ; professa la philosophie, la médecine et la chimie à l'université d'Iéna, et mourut le 26 décembre 1718. L'Académie des Curieux de la nature l'avait admis dans son sein en 1676. Jourdan, dans la bibliographie médicale qui fait suite au grand Dictionnaire des sciences médicales, publie la liste de 158 Dissertations écrites par ce laborieux écrivain. Elles roulent sur toute espèce de sujets : philosophie, médecine, botanique, chimie, matière médicale, chirurgie, et ont toutes été imprimées à léna, sous format in-4. Voici les principales :

De rosâ. léiia, 1074. — De spasmo cynico, 1077. — De medicinâ imiversali, 1079. — De studio botanico et chinilco, 1081. — De incuba, 1685. — De influxu astrorum, 1687. — Deefftcaci inluitu panni rubvi sive kenncsini in niorbili.f et variolis, 1087. — De contagio, 1687. —De morbis spirituuni in génère, 16S8. — De ngmphomania, 1091. — De diabète, 1692. — De principata cordis, 1694. — De fulmine tactis, 1095. — ^Eger bulimicus, 1695.

— De hirudinibus, 1095. — De tnemoria ejusquc reniediorum natura, usu et abusu, 1696.

— De opistlwtona, 1090. — De potu frigide, 1697. — De efficaci influxu astrorum in corpus liumanum, 1097. — De signatura vcgetabiliuni, 1697. — An et qiiando aurora vel musis ita quoque sanitati arnica sit? 1097. — De fatis niedicinœ, 1700. — De incantatis, 1701. — De œrumnosa srxiis muUebris conditione, 1702. — De necessariis medici practici requisitis, 1709. — De curïosltate m medicinâ laudanda, 1709. k. C.

CRA'WFORD (Adair), né à Lymington en 1749, fit ses études médicales à Londres, et devint médecin de l'hôpital Saint-Thomas, puis professeur de chimie à Woolwich, et membre de la Société royale de Londres. Après avoir admis avec

754 CREATINE.

Lavoisier que le changement du sang veineux en sang artériel est la source de la chaleur animale, il avait imaginé une théorie ingénieuse de laquelle il résultait que le sang artériel s'empare du calorique au moyeu de l'hématose et qu'il le cède aux diverses parties où il circide, à mesure qu'il se charge de carbone et se transforme en sang veineux. Il est inutile d'insister ici sur le sort des idées de Grawford, les lecteurs du Dictionnaire encyclopédique sachant depuis longtemps à quoi s'en tenir sur les diverses théories de la chaleur. Celle dont nous venons de parler eut les honneurs d'une discussion fort vive. Son auteur mourut le 29 juillet 1795. Ses ouvrages sont :

I. Experiments and Observations on Animal Hcat and the Inflammation of Combustible liodies, beinfj an Atteinpt to résolve the Phenomcna into a (jeneral Law of Nature. Londres, 1779, 111-8°; 1788, iii-S". — 11. On Expérimental Inqiiiry into thcEffects of Tontes, andother Médicinal Substances on the Cohésion of the Animal Fibre. Londres, 1817, in-S». — III. Divers articles dans les journaux de médecine du temps. A. D.

CRÉATIKE C*n''Az^O^-l-ll'0. La créatine est l'un des principes immédiats contenus dans la chair musculaire, d'où sou nom (de xjoia;, chair). En effet, elle a été obtenue pour la première fois, en petite quantité, par M. Ghevreul, en traitant par l'alcool le résidu de l'évaporation dans le vide du bouillon de viande {Joitrn. de pharm., t. XXI, p. Soi, 1855). Plus tard d'autres chimistes, Berzélius, Schlossbcrgcr, Simon firent de vaines tentatives pour la préparer. Liebig {Annal, der Chem. u. Pharm., Bd. LXH, p. 278, 1847 et Annal, de chim. et de phys., S'user., t. XXIII, p. d29), après avoir éprouvé quelques difficultés, qu'il attribua à l'acidité de la chair, obtint la créatine par un procédé pratique que nous allons donner textuellement.

Préparation. « Supposons qu'on opère sur 5 kilogrammes de substance. On en prend la moitié qu'on plonge dans 2 1/2 kilogrammes d'eau, on pétrit le mélange et on l'exprime dans un sac de toile. Le résidu est mêlé avec la même quantité d'eau et exprimé de nouveau. Le liquide de la première expression est entièrement destiné au travail ; celui de la seconde sert à épuiser la portion de la chair musculaire sur laquelle on n'a pas encore opéré. Enfin, on traite la première portion de chair une troisième fois par 2 1/2 kilogrammes d'eau pure; on exprime; le liquide qui en résulte sert à épuiser pour la seconde fois l'autre moitié de la chair, que l'on traite enfin pour la troisième fois par l'eau pure, après quoi l'on exprime. On réunit toutes les liqueurs qu'on fait passer à travers un linge, on les introduit dans un grand ballon en verre, placé dans un bainmarie qu'on maintient à l'ébullition jusqu'à ce que le liquide ait perdu sa couleur, et que l'albumine et la matière colorante soient coagulées. L'opération est terminée quand le liquide conserve sa limpidité , après avoir été chauffé à l'ébullition dans vm tube de verre, n

Les liquides retiennent quelquefois une certaine quantité de matière colorante et même d'albumine ; comme alors il n'y a plus à craindre que la matière ne s'attache au fond et ne roussisse, on achève la séparation par l'ébullition à feu nu dans une capsule. Le liquide filtré est sensiblement acide ; on le neutralise par la baryte caustique concentrée et en excès, qui forme un précipité contenant du phosphate de baryte et du phosphate de magnésie ; après quoi on se débarrasse de la baryte par un courant d'acide carbonique. Ensuite on concentre dans des vases très-larges, chauffés au-dessous de 100" au bain-marie ou au bain de sable ; réduit au vingtième de son volume, le liquide est enfin abandonné à l'évaporation spontanée à une douce chaleur. La créatine ne tarde pas

CRÉÂTINE. 755

à se déposer sous forme de petits cristaux nacrés, incolores. — Il faut prendre la précaution d'opérer sur des chairs maigres ou dégraissées.

Si l'on se sert de chair de poisson, on recommande de la broyer avec deux fois son volume d'eau et de soumettre à la filti^alion; on coagule à chaud l'albumine, on traite par l'eau de baryte qui précipite l'acide phosphorique; le liquide sépare et concentré abandonne des cristaux de créatine après vingt-quatre heures. Ou achève de purifier la créaline en la lavant à l'eau, puisa l'alcoiil. Si cependant elle retient encore de l'acide phosphorique, on la fait bouillir avec uns solution d'hydrate de plomb qui précipite cet acide à l'état de phosphate de magnésie. Avant de faire cristalliser la créatine, on la traite, si elle est colorée, par le charbon animal.

Stàdeler (Journ. f. prald. Chenue, Bd. LXXU, p. 256) emploie un procédé très-différent des précédents : la chair hachée très-fin est broyée avec du verre pilé, additionnée d'environ une fois et demie son volume d'alcool et chauffée au bain-marie. Le liquide fortement exprimé est soumis à la distillation pour chasser l'alcool, puis traité par le sous-acétate de plomb et filtré. On fait passer un courant d'hydrogène sulfuré qui précipite l'excès de plomb et on évapore de nouveau et avec précaution le liquide au bain-marie dans un vase aussi plat que possible. Le liquide devenu sirupeux est ensuite abandonné à la cristallisation. Il ne reste plus qu'à purifier comme toujours la créaline par une nouvelle crisluUisation dans l'eau et dans l'alcool. Ce procédé convient surtout à l'extraction de la créatine de la chair de poulet ou de gibier.

Enfin, Neubauer [Zeilschr. f. anahjt. Chemie, Bd. Il, p. 22) traite directement l'extrait de viande par l'acétate de plomb, tiltrc, précipite l'excès de plomb du liquide filtré par l'hydrogène sulfuré. On filtre de nouveau et la solution est évaporée au bain-marie jusqu'à consistance sirupeuse et finit par déposer la créatine incolore. Pour obtenir toute la créatine, on fait égoutter l'eauraère des cristaux déjà obtenus, on l'étend de deux ou trois fois son volume d'alcool à 90*^ qui précipite la créaline encore dissoute, on jette le tout avec les cristaux précédents sur un filtre humecté d'alcool, el on achève de laver à l'alcool, puis on sèche à 100°. — Ce procédé est employé pour le dosage de la créatine.

La créatine peut encore être extraite de l'urine en même temps que la créatinine {voy. Créatinine).

Propriétés. La créatine est incolore, inodore, d'une saveur un peu amèie, neutre aux papiers réactifs. Insoluble dans l'éther, elle est soluble dans 94,10 parties d'alcool absolu, dans 74,4 parties d'eau froide et très-soluble dans l'eau bouillante, qui la laisse déposer, par le relroidissement, en une masse d'aiguilles cristallines, nacrées, appartenant au type clino-rhombique. Maintenue pendant quelque temps à 100«, elle perd 12,7 pour 100 (soit une molécule) d'eau de cristallisation. A une tempéi-ature plus élevée, elle est détruite et donne naissance à des produits ammoniacaux. L'action prolongée de l'eau bouillante la transforme partiellement en créatinine (Nawrocki, Neubauer).

La créaline se dissout sans altération dans les liqueurs faiblement acides ou alcalines, en donnant des combinaisons cristallisées; mais les acides concentrés lui enlèvent, outre son eau de cristallisation, une nouvelle molécule d'eau et la transforment en créatinine (Liebig) :

C^H^Az^'O^ — IPO = C^r.Az^O

Uréatine. Créatinine.

75G CREATINE.

Traitée par l'eau sodée, la créatine dégage de la méthylamiiie (Dessaigaes). A chaud, avec l'acide nitrique, elle donne de la méthylamine et de l'ammoniaque.

Traitée à l'ébullition par l'eau de baryte, elle se dédouble en urée et en une Ijase organique à laquelle ou a donné le nom de sarcosine (Liebig) :

Cli^Âz-^O^ + IFO = C'IFAzO' + CIPAz^O

Crcaline. Sarcosine. Urée.

D'après Neubaucr, il se forme en même temps de la mélhylhydantoïne ou métJnjlijUjcolijlurée :

CO

CIP (Az"-

Le permanganate de potasse et l'oxyde puce de plomb, agissant isolément, ne paraissent pas altérer la créatine ; mais ce dernier, en présence de l'acide sull'urique libre, la trausibrme en mélhijlur aminé, C^U'Az^, qui peut être considérée comme de la méthylguanidine :

CIp(Az\ 11* )

L'oxyde de mercure agit de même sur la créatine. Dans cette réaction, il se forme, en même temps que de la métliyluramine, de l'acide carbonique et de l'acide oxalique, qui se trouve toujours imi à la métliyluramine. La métbyluraniine elle-même renferme les cléments de l'urée et de la méthylamine moins les éléments de l'eau :

cnrAz-^ ^ cii^Az^o -^ cipaz — ipo

Métliyluramine. Urée. Jlt'thylamine.

(Dessaignes, in Compt. rend, de i'Acad. des se, t. XXXVIII, p. 859, et t. XLl, p. 258.)

Enfm, d'après Dessaignes, la créatine soumise à l'action de l'acide azoteux se transforme en une substance qui aurait pour composition C^H'^Az'O', mais à laquelle Marcker, qui a repris l'expérience, assigne la formnle C*H''Az*0-. L'acide azoteux agit de même sur la créatinine {voy. Créatikine).

De même que l'urée, la créatine se combine avec les acides et donne naissance à des sels cristallisables, rougissant la teinture bleue de tournesol. On les obtient directement eu dissolvant la créatine dans les acides. Les principaux d'entre eux sont :

Le chlorhydrate de créatine. C^H^4z'0'-,HCl ; Le sulfate de créatine. . . . (C^H'•Az'œ)^H'-SO^ ; L'azotate de créatine. . . . G*H'Âz50^1IAzO^

L'ammoniaque précipite la créatine de la solution de ses sels. Le chlorhydrate de créatine forme avec le chlorure de zinc un sel double peu soluble et bien cristallisé. Du reste la créatine s'unit directement aux chlorures métalliques (Neubauer, in Annal, der Chem. u. Phann., Bd. GXXXYIl, p. 288). Ainsi, une

GRÉATINE. 757

solution saturée de créatine, traitée par une solution concentrée et neutre de chlorure de cadmium, laisse déposer d'abord de la créatine non altérée, puis par l'évaporation sur l'acide sulfuriciue donne de gros cristaux, inaltérables à l'air, ayant la composition suivante :

CWAz^0%CdCl^H-21P0.

De même avec le chlorure de zinc on obtient des cristaux plus petits d'une combinaison :

(C*IPAz"^0*)^ZnCl^

(^es coips se décomposent quand on les dissout dans l'eau chaude.

ConstiluLion de la créatine. Parlant de celte considération que la créatine se dédouble par l'action de la baryte en sarcosine ou méthyJ (jhjcocoUe et on urée, en absorbant les éléments de l'eau, et que d'autre pari la cyanamide peul se transformer en urée en s'adjoignanl une molécule d'eau, Slrecker [Annal. der Chemie u. Pharm., Bd. CXVlll, p. 151, et Annal, de chim. et de plnjs., 3* sér., t. LXII, p. 355) a pensé que la créatine pourrait être regardée comme un composé de cyanamide cl de mélliyiglycocollc, c'est-à-dire comme de la méthijlyhjcoeijdniine :

jp Az4-

(G-^1PG,011)' CIP

CAz'\ = (C^1P0,0I1)' Az^.

Cyanamide.

cir>

Méthylglycocollc.

Page 1