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L. IIaun

CRÈCHES. Lieux où sont recueillis, dans un but charitable, de très-jeunes enfants, et ainsi nommés par allusion à la crèche dans laquelle fut mis Jésus- Christ lorsqu'il vint au monde.

Au seizième siècle, on appelait la crèche un grabat installé à la porte de la cathédrale de Paris ; des religieuses y exposaient quelques enfants trouvés pour obtenir des aumônes destinées à les nourrir.

Dans les hôpitaux et dans les hospices d'enfants assistés, on entend par crèche la salle affectée aux nourrissons.

De nos jours, l'appellation de crèches appartient plus spécialement à des établissements de charité, où. les enfants qui n'ont pas accompli leur troisième année reçoivent pendant le jour les soins hygiéniques et moraux qu'exige le premier âge.

Les fermes-crèches, sorte de colonies de nourrissons, sont restées à l'état de projet, et elles nous occuperont d'autant moins, que les établissements analogues n'ont jusqu'à ce jour jamais réussi.

Historique. De tout temps des mères de famille, appartenant à la classe 1» moins aisée de la société, furent obligées, pour subvenir à leur existence, detravailler hors de leur domicile et de se séparer de leurs nourrissons ; ceux-ci étaient déposés dans des garderies, placés dans des maisons de sevrage ou envoyés en nourrice. Les gardeuses recevaient les enfants le matin et les rendaient le soir; les sevreuses les conservaient la nuit et le jour; les nom-rices les emportaient au loin.

Garderies et maisons de sevrage répondaient à un besoin si général, qu'en 1855 leur nombre dans le département de la Seine fut évalué à plus de 600, et qu'en 1869, malgré la concurrence des crèches, un document officiel en comptait de 350 à 400 pour la seule ville de Paris. Ces maisons recevaient d500 à 2000 enfants par an, et chaque enfant payait une rétribution de 12 à 20 francs par mois.

Beaucoup de garderies consistaient en des locaux exigus, impénétrables aux rayons du soleil ; des exhalaisons malsaines, se dégageant de vieilles bardes, de restes d'aliments et de couches souillées, viciaient une atmosphère déjà parcimonieusement mesurée. La nourriture grossière et donnée sans régularité se trouvait, la plupart du temps, peu appropriée à l'âge de l'enfant, et la propreté du corps, si essentielle à la santé des jeunes êtres, n'obtenait que des soins rares et toujours douteux. Un pareil état d'insalubrité s'explique par ce fait que bon nombre de gardeuses étaient des indigentes. En 1853, il fut constaté que parmi les femmes gardant les enfants moyennant salaire 224 se trouvaient inscrites aux bureaux de bienfaisance de la ville de Paris.

Pourtant le préfet de police M. de Belleyme avait, en 1828, rendu une ordonnance par laquelle l'inspecteur des maisons de santé était chargé de la surveillance générale des maisons de sevrage; une commission composée de membres du Conseil de salubrité devait visiter toutes ces maisons au moins quatre fois par an. Nul n'était autorisé à tenir des garderies autorisées, sans en avoir fait la déclaration à l'autorité, et qu'après enquête sur les ressources et la moralité du demandeur.

L'arrêté préfectoral améliora peu la situation. Des femmes se chargeaient de la garde des enfants de leurs voisines sans faire de déclaration, et restaient en dehors de tout contrôle ; les inspections auxquelles se trouvaient soumises les

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gardeuses ([ui remplissaient les formalités voulues étaient en réalité illusoires, faute d'un nombre suffisant d'inspecteurs.

Toutes les femmes pauvres occupées en dehors de leur domicile ne confiaient pas leurs enfants à des étrangères ; un grand nombre d'entre elles conservaient leur nourrisson au logis de la famille, sous la garde d'une vieille mère incapable de travailler ou de l'aîné des enfants. Association douce et sainte, dit un rapport administratif; mais dommageable parfois au petit être, et souvent au jeune gardien, aurait-il dû ajouter. Une vieille femme infirme, presque toujours imbue de quelques préjugés sur l'éducation du premier âge, et ne possédant plus qu'une activité physique et intellectuelle très-affaiblie, est rarement capable de donner à un nourrisson ces soins méticuleux qui lui sont nécessaires.

Quant aux aniés de la jeune famille, chargés de veiller sur elle, il leur incombait une forte part de responsabilité dans ces catastrophes si fréquentes dont sont victimes les jeunes enfants. De plus, eux-mêmes, tandis qu'ils étaient retenus au logis, ils restaient sans aucune instruction. En Angleterre la présence des babies a été l'un des obstacles rencontrés par les school-boards, lorsqu'ils ont voulu contraindre à aller à l'école les enfants en âge de s'instruire. Pendant que les parents étaient au travail, il fallait que les aînés gardassent les plus petits, et c'est surtout dans le but de les libérer de ce soin que l'on forme les day nurseries.

La mise en nourrice constituait, à cause de l'éloignement, une séparation complète entre la mère et l'enfimt; elle relâchait les liens de la famille et rendait impossible la surveillance des parents sur la nature des soins que recevait leur enfant. On ne connaissait pas encore les déplorables conséquences de l'industrie nourricière, tels qu'elles ont été révélées dans toute leur étendue par les statistiques de Bertillon, Brochard et Monot. Pourtant on n'ignorait pas que nombre d'enfants appartenant aux familles malaisées, et désignés sous le nom de nourrissons au rabais, mouraient en nourrice. On savait aussi que beaucoup parmi les survivants étaient rendus scrofuleux ou rachitiques à leurs mères, qui, pour arriver à de si tristes résultats, s'imposaient des sacrifices pécuniaires considérables, eu égard à leurs faibles ressources.

Des personnes charitables s'étaient déjà préoccupées des conditions fâcheuses dans lesquelles s'élevaient une multitude de petits enfants; elles avaient eu l'idée, à diverses époques, d'établir des salles d'asile de berceaux; aucune d'elles ne parvint à réaliser ses conceptions. La marquise de Pastoret avait créé, il est vrai, en 1801, dans le faubourg Saint-Ilonoré, un asile pour les enfants indigents depuis la naissance jusqu'à six ans, mais cette œuvre n'eut qu'une durée éphémère.

Ce fut seulement en 1844 qu'un adjoint au maire du I" arrondissement de Paris, F. Marbeau, ouvrit, avec le concours d'autres philanthropes et de dames charitables, le premier établissement destiné à recevoir les enfants au-dessous de deux ans, dont les mères étaient pauvres, travaillaient hors de leur domicile'et se conduisaient bien. Deux ans après, 12 crèches étaient fondées dans le département de la Seine. La province ne resta pas en arrière de Paris. Dès 1846, Melun, Strasbourg, Nantes, Lyon, Brest, Reiras, Tours, Rennes, Saint-Quentin, Beauvais, possédaient des crèches. Ces asiles furent bientôt imités en Belgique, ainsi que chez la plupart des nations de l'Europe.

La même année, F. Marbeau fonda une société pour la multiplication et la bonne direction des crèches dans Paris. Cette Société des crèches créa un

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recueil périodique sous le nom àe Bulletin des crèches, youïut obtenir des ressources et soumit à l'autorité une requête à l'effet d'être reconnue comme établissement d'utilité publique.

L'administration, tout en encourageant l'œuvre naissante par des circulaires ministérielles et par des subventions, ne pensa pas qu'il y eût lieu de procéder à la reconnaissance sollicitée, avant que l'expérience eût été plus décisive. Des critiques sévères s'élevaient contre cette nouvelle création de la charité, et des hommes compétents affirmaient qu'elle était tout au moins inutile, sinon nuisible. Les promoteurs de l'œuvre finirent par obtenir gain de cause auprès de l'autorité, et un décret impérial plaça en 1862 l'Œuvre des crèches sous la protection de l'Impératrice.

Ce décret distingua les crèches en crèches approuvées, lesquelles participaient aux encouragements de l'Etat, et en crèches privées, et il soumit les unes et les autres à un règlement, reproduction à peu près textuelle de celui qui avait été adopté par la Société des crèches.

Les adversaires de l'institution n'avaient pas eu leurs convictions ébranlées, et ils persistèrent à formuler contre les crèches des objections qui furent reproduites avec éclat à la tribune de l'Académie de médecine, en 1869. Ils reprochaient à l'œuvre de jouir d'une médiocre faveur dans le public, de séparer la mère de son enfant, de la dégager du premier de ses devoirs, de favoriser son oisiveté et de lui occasionner, matin et soir, une perte de temps notable par suite de l'éloignement de la crèche. Peu favorable à la mère, l'institution, suivant ces détracteurs, ne l'était pas davantage au nourrisson. Celui-ci avait son sommeil interrompu à chaque départ, ce qui n'était pas salutaire à sa santé, et il était exposé pendant les deux trajets quotidiens à toutes les intempéries de l'air, au milieu de la saison la plus rigoureuse. Arrivé dans l'asile, il était entouré de soins différents de ceux qu'il recevait dans le pauvre logis de ses parents, alternance de bien et de mal qui ne pouvait tourner à sou profit. D'autres critiques accusaient encore les crèches d'être mal installées, mal aérées, mal ventilées; de laisser les enfants étendus dans leurs berceaux durant de longues heures, faute d'un personnel assez nombreux ; d'encourager l'allaitement artificiel et le sevrage prématuré ; de favoriser le développement, la contagion et l'aggravation des maladies par l'agglomération des enfants ; d'avoir un service médical irrégulier ; de violer sans cesse leurs règlements ; d'occasionner une dépense trop considérable.

Toutes les personnes hostiles à la crèche s'accordaient pour lui préférer les secours à domicile, qui, donnés avec discernement, étaient, à leur avis, ce qu'il y avait de mieux dans l'exercice de la charité.

Ces attaques furent réfutées avec beaucoup de talent par M. Delpech, dans son remarquable rapport sur l'hygiène des crèches, et dans la discussion à laquelle ce rapport donna lieu au sein de l'Académie de médecine. L'Académie se montra plus réservée dans son approbation que ne l'avait été le rapporteur. Son sentiment parut être que la crèche présentait, à côté d'avantages incontestahles, des inconvénients non moins réels, et qu'il fallait maintenir et encourager l'institution, tout en reconnaissant qu'elle réclamait des améliorations et une surveillance indispensable. Elle vota les conclusions suivantes, qui donnent à peu près satisfaction à deux buts jusqu'à un certain point contradictoires, l'encouragement de l'allaitement maternel et la possibilité pour les mères de ne pas abandonner leur travail :

1° Les crèches ne recevront que les enfants âgés de plus de deux mois et exempts de maladies transmissibles.

2° Tout enfant devenu malade cessera d'y être admis durant sa maladie.

5" Destinée surtout à favoriser l'allaitement maternel, la crèche n'admettra pas d'enfants sevrés avant l'âge de neuf mois, si ce n'est sur un avis motivé du médecin inspecteur.

4° Le médecin inspectera la crèche une fois chaque jour; il fixera seul les conditions de l'alimentation supplémentaire et l'époque du sevrage.

5" Les locaux destinés aux crèches seront scrupuleusement examinés au point de vue de la salubrité, de l'aération, du chauffage. Il est désirable que chaque crèche ne réunisse qu'un nombre d'enfants peu considérable, ou que ceux-ci soient divisés par groupes peu nombreux dans des salles séparées.

6° La crèche, particulièrement utile pour les populations ouvi-ières, devra être aussi rapprochée que possible des grands centres de travail.

Ces vœux n'ont pas reçu jusqu'à ce jour la sanction d'un règlement administratif, et il est à regretter que les crèches n'en aient pas spontanément tenu compte.

Les crèches, après leur première expansion du début, ont peu progressé. Leur nombre, en dehors de la France, est des plus minimes ; on en compte plusieurs en Belgique et en Allemagne, quelques-unes en Angleterre et en Italie; et, si l'on prend les capitales les plus favorisées, on voit qu'il existe 7 de ces asiles à Vienne, 9 à Bruxelles et 7 à Londres. Dans notre pays, berceau des crèches, voici quelle était, d'après un état dressé par le ministère de l'intérieur, la situation de l'œuvre en 1872 : 63 crèches, étabhes dans 29 départements, avaient recueilli 2366 enfants; leurs recettes s'étaient élevées à 198 550 francs, et leurs dépenses à 169 8 H francs. Le département de la Seine, qui n'est pas compris dans l'état précédent, possédait 24 crèches, lesquelles avaient admis 1359 enfants, l'eçu 106 057 francs et dépensé 100 984 francs. Dans la France entière, 87 crèches ont donc, pendant l'année 1872, admis 3725 enfants, reçu 304 607 francs et dépensé 270 795 francs. C'était une situation à peu près semblable à celle qui fut constatée en 1853, c'est-à-dire vingt ans plus tôt. Aujourd'hui on connaît en France l'existence de 130 crèches, 90 en province et 40 dans le département de la Seine. Particularité digne de remarque, le chiffre des enfants présents chaque jour n'a jamais cessé d'être inférieur à celui des places disponibles.

Cet état l'elativement peu prospère de l'institution des crèches tient à plusieurs causes.

Une crèche est d'une utilité moins générale qu'une salle d'asile, et elle exige pour se fonder infiniment plus de soins et d'argent. Il lui est difficile, dans les localités pauvres, de se soutenir sans l'aide de l'administration ou tout au moins d'une société d'assistance.

La Société des crèches ne disposait, il y a encore peu d'années, que de 6 à 8000 francs par an. Ses recettes ont presque doublé depuis 1872. Cependant une situation financière aussi modeste ne permet pas de produire de grands résultats, lorsqu'il s'agit d'entreprises onéreuses comme le sont les fondations des crèches.

Les mères qui ne peuvent garder leur enfant pendant la nuit, parce qu'elles n'ont pas de domicile à elles, comme les domestiques, ou par crainte de la fatigue qui résulte d'un sommeil troublé, après une journée laborieusement remplie, comme les ouvrières de fabrique, n'ont naturellement pas recours à la

crèche; elles s'adressent aux nourrices de la campagne et aux sevreuses. D'autres Ibmmes préfèrent la garderie à la crèche pour des motifs d'un ordre différent, (.'elle-ci n'est pas toujours sur le chemin de l'atelier; elle a des exigences inconnues chez les herceuscs ; elle ferme certains jours et à certaines heures qui ne concordent pas toujours avec les occupations maternelles ; elle rend l'enfant indisposé à sa mère, et cette dernière est obligée de perdre son travail.

Des femmes affirment que les enfants contractent des maladies contagieuses à la crèche, et tiennent, malgré leur extrême indigence, à gardei' leur nourrisson auprès d'elles. Elles ont parfois, en agissant ainsi, un autre mobile : l'enfant est un prétexte pour se dispenser de tout travail et pour solliciter les secours des personnes charitables.

La crèche n'est pas entrée dans les mœurs; les petits commerçants envoient leurs enfants à la salle d'asile, et ils ne les portent pas à la crèche qu'ils considèrent comme un établissement de charité. Ce serait donc s'exposer à un échec certain que de créer, ainsi que cela a été proposé, des crèches destinées aux classes moyennes.

Nous venons d'énumérer les motifs du lent progrès de l'Œuvre des crèches. Certaines de ces causes tiennent à la nature des choses et subsisteront toujours. D'autres peuvent être combattues avec l'aide de l'État, des municipalités, des associations charitables et des grands manufacturiers.

Organisation et fonctionnement de crèches. Plan et construction. La place naturelle d'une crèche est près d'une salle d'asile, d'une école ou d'une fabrique occupant beaucoup de femmes, afin d'éviter aux mères des courses fatigantes et improductives. Certaines personnes n'admettent que la crèche située dans l'intérieur des manufactures, parce que c'est la seule qui donne la latitude aux mères de venir allaiter leurs nourrissons quatre fois par jour.

Son aspect varie à l'infini. La petite crèche de la paroisse Saint-Honoré, bâtie en briques et pierres de taille, ressemble à un chalet ; celle de Grenelle, construite en moellons, présente l'apparence d'une école. On reproche aux crèches publiques d'avoir une grande partie de leurs ressources absorbées par leurs frais généraux. Il convient, en conséquence, d'établir ces asiles de la manière la moins dispendieuse. Une baraque à doubles parois en bois, revêtues d'une couche de peinture blanche à l'extérieur et vernies à l'intérieur, ou en briques recouvertes de plâtre sur les deux faces, avec toit en tuiles et plancher élevé de 1 mètre au-dessus d'un sol bitumé ou bétonné, serait préférable à des bâtiments d'une apparence luxueuse. Cette règle n'est pas applicable aux cas où la dépense n'incombe pas tout entière à la crèche. Si l'immeuble doit contenir des locaux affectés à d'autres œuvres, il y a lieu de recourir à la solidité et au confort des constructions modernes de nos villes. C'est ce qui existe à la belle crèche de Saint-Augustin, où un seul toit abrite une crèche, une retraite pour les vieillards des deux sexes, un patronage pour les jeunes filles et un fourneau économique.

Les meilleures expositions sont celles du nord-est et du sud-est. 11 est difficile de tenir compte de cette règle dans Paris, où il faut subir l'orientation des rues. On se contente de ne pas s'établir dans le périmètre de bâtiments qui, par leur élévation, s'opposent au libre accès de l'air et du soleil dans l'intérieur de la crèche.

Presque toutes les crèches sont logées au rez-de-chaussée ou au premier étage; quelques-unes occupent le second, ce qui rend le service des berceuses plus

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pénible, et expose les mères à des chutes, lorsqu'elles arrivent ou partent, chargées de leurs enfants.

En général, les crèches, pour éviter les dépenses, utilisent dans l'état où ils se trouvent des locaux dont la destination était tout autre. Une chambre contient les enfants, une autre sert de cuisine et dans la troisième on fait sécher les paillassons et les couches; c'est la disposition la plus simple. Le plan d'une crèche dont le budget n'est pas resserré entre d'étroites limites consiste en une ou deux grandes salles dans lesquelles les enfants dorment, jouent et prennent leurs repas, et eu quelques petites pièces accessoires qui sont le vestiaire, la salle des lavabos, celle d'allaitement, la lingerie, le séchoir, la cuisine, les cabinets d'aisance, un bûcher, la chambre de la surveillante ou d'une berceuse, un préau.

Dans le vestiaire sont accrochés les vêtements et les manteaux avec lesquels les enfants arrivent à la crèche, et qu'on remplace chez ceux qui ne sont plus au maillot par un costume uniforme appartenant à l'établissement. Plusieurs crèches possèdent encore des pelisses qu'elles prêtent aux mères paiivres pour envelopper leurs enfants pendant le trajet de leur domicile à la crèclie, et les protéger contre les transitions de température dans la saison rigoureuse.

Le cabinet de toilette contient les cuvettes; il est largement approvisionné d'eau, ce qui est facile à Paris, oîi la municipalité accorde des concessions gratuites aux crèches. Chaque enfant doit posséder, pour son usage exclusif, deux éponges ou, ce qui est préférable, une serviette et une éponge. Afin d'éviter que de fréquentes infractions à cet article si essentiel du règlement ne se produisent, il importe que les objets de toilette ne se confondent pas dans un petit espace, et que le nombre des cuvettes soit proportionné au chilfre moyen des enfants présents; une cuvette pour deux enfants est une bonne proportion. Chaque enfant doit être lavé deux fois par jour.

La salle d'allaitement, qui peut en même temps tenir lieu de vestiaire, est la pièce où restent les mères pendant qu'elles donnent le sein à leurs nourrissons.

A la lingerie, on serre les draps, couches, langes, blouses, tabliers, bavettes et bonnets, etc., qui servent aux enfants pendant leur séjour dans l'établissement. Le linge doit être assez abondant pour que les enfants soient tenus dans un état de propreté parfait ; les armoires où il est enfermé ne se trouvent pas toujours dans une pièce particulière, et sont placés sans inconvénient dans la salle des berceaux.

Le séchoir est un endroit spécial, hangar, cabinet à claire-voie, etc., oîi sèchent les langes et les paillassons mouillés. 11 est indispensable, car rien de ce qui vicie l'air ne doit séjourner un instant dans les salles des enfants.

Une crèche bien aménagée possède dans le voisinage de son cabinet d'aisance une pièce le long de laquelle on fixe un coffre en bois ayant la forme d'un petit banc percé d'autant d'orifices que l'on compte de vasesdans son intérieur : un vase suffit pour six enfants. D'autres fois, au-dessous du banc, court une rigole en pierre ou en ardoise; cette rigole communique avec le tuyau de chute des cabinets, et est irrigué à volonté par un robinet placé à son autre extrémité. La force de l'eau chasse les matières déposées par les enfants, et cette combinaison évite aux berceuses la perle de temps qu'entraîne le nettoyage des pots.

Le préau découvert ou promenoir, exigé par le règlement de 1862, consiste en une cour sablée ou bitumée, un balcon ou une terrasse recouverts en été d'une tente mobile.

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Une seule grande salle, en dehors de ces pièces secondaires, est ordinairement destinée à recevoir les enfants. Elle est divisée par une cloison percée de larges baies ou par une balustrade plus ou moins haute, en deux parties. La première sert de salle à manger et de salle de jeux, la seconde de dortoir : c'est ce qui a lieu à Saint- Augustin. Ou bien d'un côté sont les nourrissons et de l'autre les enfants qui marchent : cette dernière disposition se voit à la ci'èche de Plaisance. Au lieu d'une balustrade, ornement inutile au point de vue de l'hygiène, il est préférable d'avoir une cloison pleine ou vitrée dont les portes restent closes. Cette séparation permet d'isoler les maillots des poupons.

Les premiers ne sont plus troublés dans leur sommeil par les jeux des seconds, et ceux-ci ne respirent pas l'air vicié par les excrétions fréquentes des plus jeunes. Ce système permet encore d'aérer, au milieu du jour, l'une des pièces pendant que les enfants habitent l'autre. Or, au dire du général Morin luimême, la meilleui-e ventilation est celle que l'on obtient en ouvrant largement les fenêtres plusieurs fois par jour.

Le sol est tantôt carrelé, tantôt planchéié. Le carrelage, trop froid, surtout dans les rez-de-chaussée, n'est toléiable qu'à la condition d'être recouvert d'un tapis ou d'une sparterie, objets dont le nettoyage à grande eau, tons les mois, est de rigueur, si on ne veut pas qu'ils deviennent des réceptacles d'émanations fétides. Les planches exigent des lavages fréquents et s'emprègnent d'humidité. Ce qu'il y a de mieux est un carrelage ou un planchéiage revêtu de ce tissu particulier dans la composition duquel il entre du liège et du caoutchouc et qui porte le nom de linoléum, ou bien un parquet ciré et frotté, et comme ce dernier serait trop glissant pour les enfants qui marchent, il faut le recouvrir d'une toile cirée dans la salle des jeux.

Les murs sont revêtus d'une peinture à l'huile d'un ton vert clair ; on devrait les lessiver chaque année et renouveler les peintures à la colle au minimum tous les trois ans, afin de détruire les matières organiques qui s'accumulent à leur surface.

Ventilation. Les crèches, d'après l'article Jl du z'èglement spécial ordonné par le décret de 1862, sont tenues d'avoir des fenêtres qui se correspondent, à châssis mobiles en tout ou en partie, ou offrir des renouvellements d'air artificiels. La salle ou les salles doivent contenir au moins 8 mètres d'air par enfant. Ces prescriptions sont loin d'êti'e trop exigeantes.

Plus que tout autre établissement, une crèche doit être bien aérée. La respiration si active des petits êtres auxquels elle donne asile les rend très-impressionnables à la qualité de l'air qui les entoure et qu'eux-mêmes contribuent à altérer rapidement avec leurs déjections qui salissent les linges et pénètrent les paillassons. 11 faut qu'il existe toujours un rapport régulier entre le nombre des enfants, la capacité du lieu qui les renferme, et ses moyens de ventilation.

Pour se conformer aux lois admises sur la mesure d'air nécessaire à chaque individu, une salle de berceaux devrait fournir à chaque enfant un espace de 10 mètres cubes et un renouvellement d'air de 12 mètres par heure. Il n'est pas une crèche qui ne puisse se mettre dans ces excellentes conditions de salubrité, par l'ouverture des croisées à heures régulières, par l'établissement d'un ventilateur, et en limitant le nombre des enfants reçus de telle sorte qu'il ne se produise jamais d'encombrement. Telle n'est pourtant pas la situation; le manque de proportion entre le nombre des enfants reçus dans certaines crèches et l'étendue des locaux avait été signalé par nous dès l'année 1866, dans un

lapport dont ou ne tint aucun compte. En 187o, \\n médecin alors étranger à l'institution des crèches, le docteur Duchenne, fit paraître dans les bulletins de la Société protectrice de l'enfance de Paris un tableau indiquant le cubage des crèches du département de la Seine. La Société des crèches, émue par la publicité donnée à ce travail, se décida à reconnaître que toutes les crèches ne représentaient pas l'idéal de la perfection, et qu'elles avaient besoin d'un contrôle dont la Société s'était jusque-là désintéressée.

Il serait, peut-être trop sévère d'exiger dans les crèches déjà établies l'exécution rigoureuse du règlement. Cette insuffisance des locaux n'est pas particulière aux crèches ; on la retrouve dans des salles d'asile, des écoles, des collèges, qui dépendent de l'administration, laquelle n'a pasles mêmes excuses à faire valoir que les œuvres privées. D'ailleurs, les grandes dimensions des salles, tout en ayant leur importance, ne font que reculer le moment où l'atmosphère viciée par la présence des matières organiques devient nuisible. Le plus urgent est de veiller avec soin au renouvellement de l'air, et sur ce dernier point on devrait être inllexible.

L'appareil de ventilation, lorsqu'il existe, se combine avec celui de chauffage. Le général Morin propose comme modèle les dispositions exécutées dans la crèche Saint-Ambroise. De l'air [)ur puisé dans un jardin est chauffé dans les tuyaux verticaux de fonte d'un calorifère à air chaud ; il pénètre ensuite dans un conduit de mélange d'air froid, qui permet de régler sa température et de le déverser, par des ouvertures ménagées au plafond, dans l'axe de la crèche. L'air vicié sort par des orifices d'appel ouverts dans les parois verticales des murs, se rend dans des collecteurs ménagés sous le sol, et s'échappe au dehors par les cheminées d'évacuation. L'air de la salle se renouvelle près de trois fois par heure. Très-peu de crèches sont pourvues de ces appareils, assez dispendieux par leurs frais d'établissement et par la quantité de combustible (ju'ils consomment.

Un calorifère posé au milieu d'une salle qu'il chauffe et ventile en y versant de l'air pur pris à l'extérieur, et dont il a élevé la température, tandis que l'air vicié s'échappe par une cheminée d'évacuation, constitue un système plus simple; mais ce calorifèi'e ne chauffe et ne ventile qu'une pièce, il ne convient donc pas aux crèches pourvues de plusieurs salles. "

Les moyens de chauffage indépendants des ventilateurs consistent dans des poêles de faïence ou de fonte, appareils essentiellement économiijues et qui utilisent une grande quantité de calorique. Les poêles de fonte possèdent surtout cette qualité ; de plus, ils s'échauffent rapidement et se refroidissent de même, propriété favorable dans les crèches, dont les locaux restent inhabités pendant la nuit, et ne sont pas chauffés, par conséquent, d'une manière continue. Le plus grand défaut des poêles est de changer l'état hygrométrique de l'air ; c'est pourquoi ils devraient être surmontés d'une bassine de cuivre remplie d'eau. Un grillage préserve toujours les enfants des brûlures et des effets d'une chaleur trop forte.

La température varie entre 13 et 16 degrés, d'après les règlements. Un thermomètre est indispensable à chaque crèche, pour vérifier avec exactitude le degré de chaleur.

Mobilier. Les berceaux, en fer, sont garnis de deux paillassons en balle d'avoine, paille de maïs ou varech. Cette dernière matière est préférable; elle est d'un prix peu élevé, n'absorbe pas l'urine qui coule dans ses interstices; elle

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peut se laver et elle sèche rapidement. Un oreiller, un carré de tissu de caoutchouc ou de toile cirée qui protège le couchage contre la pénétration de l'urine, des draps, des couvertures, un fond de berceau et des rideaux, complètent la literie. Ces berceaux sont séparés les uns des autres par un intervalle de 50 cenlimètres, disposés de manière à permettre le bercement, et mobiles, afin de n'opposer aucun obstacle au balayage et à l'époussetage quotidiens de la crèche.

Des couchoirs, sortes de lits de camp recouverts d'une paillasse, servent de lieu de repos aux plus grands des entants.

Un meuble spécial aux crèches est la pouponnière Delbruck ; elle consiste en deux galeries de bois de 50 centimètres de hauteur, disposées en deux circonférences concentriques, et séparées l'une de l'autre par un intervalle de 57 centimètres. En dedans de la balustrade interne sont adaptés un banc et une table. La pouponnière permet aux enfants, posés debout dans l'intervalle qui sépare les deux galeries, de s'exercer à la marche en s'appuyant avec une main sur chacune d'elles ; à l'heure des repas, elle facilite la distribution des aliments à ces mêmes enfants, assis sur le banc intérieur.

De petits fauteuils, quelques jouets, deux ou trois bouteilles de grès pour réchauffer les pieds des enfants, des chaises basses pour les berceuses, une table où sont les registres d'admission, de présence et d'inspection, complètent le mobilier.

Alimentation. La population des crèches se divise en trois groupes : les sevrés, les enfants au biberon et les nourrissons.

Les sevrés prennent de trois à quatre repas par jour : à dix heures, potage ; à deux heures, tartines et pain avec des confitures, du chocolat ou des figues, goûter qui est fourni par les parents dans certaines crèches, ailleurs par l'œuvre ; à quatre heures, soupe; à six heures, ce qui reste des tartines. Ces aliments sont de bonne qualité et bien préparés. Dans quelques établissements, on distribue aux plus grands la viande du pot-au-feu.

Les enfants au biberon sont peu nombreux ; ils ne devraient pas être acceptés, en vertu de l'article suivant du règlement ministériel : « Les mères qui s'engagent à venir allaiter leurs nourrissons sont seules admises à profiter de l'institution des crèches. » L'obligation est foi'melle. L'Académie, il est vrai, tolère l'admission, sur avis motivé du médecin inspecteur, d'enfants sevrés prématurément. Cette tolérance sans limite d'â2;e inférieur est fâcheuse. Le médecin d'une crèche, auquel une mère apporte son enfant sevré, se trouve en présence d'un fait accompli, qui, s'il n'est pas considéré comme un obstacle à l'admission de l'enfant, rendra illusoire l'obligation imposée aux mères d'allaiter. 11 est préférable de fixer une limite d'âge peu élevée, quatre mois, par exemple, et de ne recevoir, sous aucun pi-étexte, avant cette époque, tout enfant qui n'est pas nourri par sa mère.

Les enfants au sein sont allaités deux ou trois fois par jour, et ils prennent dans l'intervalle des tétées le biberon, des semoules au lait, du bouillon ou des panades, suivant les habitudes de l'établissement.

Nous touchons ici au point le plus important de l'hygiène des crèches. Les documents parvenus à la Commission académique de l'hygiène de l'enfance ont permis de constater que le mode de nourriture auquel les enfants sont soumis constitue la plus grande partie du secret de l'abaissement et de l'élévation de leur mortalité. Les crèches ne procurent-elles à leurs nourrissons qu'un allaitement

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à peu près nul? Favorisent-elles la pratique de l'alimentation prématurée d'une manière générale, ainsi que cela a été dit ù la tribune de l'Académie? C'est ce que nous allons examiner.

D'après les recherches faites par le docteur Dal Piaz en 1873, sur 181 nourrissons, 10 prenaient le sein trois fois, 117 deux fois et 54 une seule fois, depuis leur entrée jusqu'à leur sortie de la crèche. Nous ajouterons que dans un autre de ces asiles 10 nourrissons de dilférents âges sur 12 n'étaient pas allaités une seule fois pendant les sept ou huit heures qu'ils y séjournaient. La conséquence à peu près inévitable d'intervalles aussi grands entre les tétées est l'alimentation prématurée, et M. Boudet a vu, dans les crèches de Paris, donner de la soupe à des enfants âgés d'un mois à peine.

C'est un lait indiscutable que beaucoup de nourrissons des crèches ont un allaitement insuffisant. L'impossibilité où se trouvent les mères de se rendre plus souvent auprès d'eux explique le fait sans le justifier complètement, car rien n'oblige les crèches de prêter leur concours à des modes d'élevage reconnus mauvais pour la généralité des très-jeunes enfants. Certaines pratiques, qu'il n'est pas surprenant de rencontrer dans des garderies privées, sont très-regrettables dans des établissements où rien ne devrait se passer qui fût contraire aux règles essentielles de l'hygiène. Ces pratiques n'intéressent, hâtons-nous de le dire, (Qu'une petite fraction des habitués des crèches.

Les nourrissons, qui seuls sont en cause, constituent une faible minorité. Parmi 750 enfants se rendant dans 22 crèches, le docteur Dal Piaz a compté seulement 181 enfants au sein. De notre côté, nous avons constaté que sur 1047 enfants inscrits dans H crèches, 119 avaient de 0 à 3 mois, 85 de 4 à 6 mois, 70 de 7 à 9 mois, 152 de 1 0 à 12 mois, et 645 plus d'un an. Les enfants âgés de moins de 10 mois, au nombre de 272, constituaient à peu près le quart de la population totale, et ne se trouvaient pas loin d'être égaux en nombre aux nourrissons, puisque ceux-ci, d'après les renseignements l'ecueillis par le docteur Dal-Piaz, ne formaient également que le quart des enfants reçus. Les sevrages anticipéa ne pouvaient donc pas atteindre une proportion bien forte.

Rien n'est plus nalurel d'ailleurs que de voir un certain nombre d'enfonts sevrés prématurément se présenter pour être reçus dans les crèches, car le sevrage avant l'âge est fréquent dans la classe pauvre, où se recrute la clientèle de ces établissements. On en peut dire autant au sujet des enfants alimentés prématurément. « C'est une exception des plus rares, écrit Duclos, de trouver dans la classe malaisée un enfant élevé entièrement au sein pendant les six ou dix premiers mois de la vie. En 21 mois, sur 180 enfants âgés de moins de 1 an, reçus aux crèches de Saint-Vivier et de Saint-Maclou, il en est mort 101, soit 56 sur 100. Cette mortalité est due à la mauvaise nourriture donnée par les parents, et ne peut être imputée aux crèches, dont le seul tort consiste à être quelquefois la très-humble servante des pi-éjugés des pauvres. »

Les enfants alimentés ou sevrés prématurément ne sont pas en plus forte proportion à la crèche que dans les familles ouvrières qui n'ont pas recours à ces asiles. On ne peut, en conséquence, accuser cette institution que d'une tolérance excessive, et elle éviterait facilement des responsabilités compromettantes, en refusant tout enfant à qui la mère ne voudrait ou ne pourrait donner une éducation convenable à son âge.

Population infantile. L'Académie a jugé qu'on ne devrait accepter dans les crèches que les enfants âgés de plus de deux mois, parce qu'avant cet âge ils

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ont besoin des soins assidus de leur mère. Actuellement on admet dans les crèches les enfants au-dessus de quinze jours et au-dessous de trois ans, en état de santé, qui ont été vaccinés et dont les mères consentent à payer 15 ou 20 centimes par journée de présence. Cette rétribution maternelle se recou\Te avec diiticultc dans bon nombre de crèches, et n'est pas demandée dans quelquesunes. Lorsque la gratuité existe, elle prive l'établissement d'une recette importante, mais elle ne produit pas de plus mauvais effets moraux que dans les salles d'asile, où elle est établie depuis longtemps.

Dans les quartiers riches où les unions irrégulières sont moins nombreuses que dans les faubourgs, un certain nombre de crèches refusent de recevoir les enfants des femmes dont le mariage religieux n'a pas été célébré. Beaucoup de bons esprits blâment ce rigorisme et jugent qu'une charité bieu entendue se bornerait à exiger des mères qu'elles vivent d'un travail honnête, tout en accordant, lorsque le nombre de places est très -limité, la préférence aux enfants légitimes. De pareilles restrictions n'existent pas à l'entrée des salles d'asile, et nul ne s'en scandalise. L'admission d'un enfant ne doit être prononcée par la directrice que lorsqu'il a été visité par le médecin de la crèche et sm- le vu du bulletin de santé délivré par lui. Quand un enfant a cessé de paraître à la crèche pendant huit jours, il faut que la surveillante prenne ou fasse prendre au domicile de l'enfant des renseignements sur le motif de son absence. En ciis de maladie, elle informe de la nature de l'affection le médecin de la crèche, qui peut ainsi autoriser ou non la rentrée de l'enfant, en connaissance de cause.

Chaque enfant est inscrit, le jour de sou entrée, sur un registre matricule; l'inscription énonce les noms de l'enfimt , l'adresse et la profession de ses parents, la date de sa naissance. On inscrit sm- un second registre ses jomnées de présence.

La movenne des enfants réunis dans une crèchs oscille habituellement entre 25 et 55; elle atteint 50 dans les crèches de Dunkerque et de Toulon, et s'abaisse à 6 dans la crèche de Pontoise. Avec cette dernière proportion , les frais généraux sont trop considérables et les ressources de la crèche peuvent être mieux utilisées en secours à domicile.

Lorsque au contraire les enfants présents atteignent le chiffre de 70 ou 80, maximum qui se présente rarement, la journée de l'enfant devient moius onéreuse, mais les conditions sanitaires sont plus défavorables. Pour cette raison, et afin de rapprocher autant que possible les crèches du domicile des mères qui y déposent leurs enfants, ce qui ne peut avoir Heu qu'en multiphant le nombre de ces établissements, il est plus rationnel de fonder deux crèches de 40 places chacune que d'en élever une seule destinée à recevoir une population double.

Le nombre des enfants présents chaque jour dans une crèche est toujours Dien Ultérieur à celui des inscrits ; ce qui tient à ce qu'ils s'y rendent avec une grande irrégulai'ité.

Toutes les ibis qu'une mère, pour une raison quelconque, fête, manque d'ouvrage, maladie d'un membre de la famille, etc., reste dans sa demeure, elle garde son nourrisson avec elle ; il en résulte que dans mi mois un enfant ne passe en moyenne que quinze à seize jours à la crèche. L'inscription d'enfants qui viennent deux ou trois fois à la crèche, que l'on n'y voit plus reparaître et dont les noms ne continuent pas moius à figurer sur les registres, est un autre motif de la différence qui existe entre le chiffre des inscrits et celui des présents. Ces nomades sont cause que la population des crèches se renouvelle en appa-

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rence tous les deux mois, tandis que la durée moyenne du séjour d'un enfant dans ces asiles est supérieure à quatre mois.

Personnel intérieur. Les crèches sont exclusivement tenues par des femmes présentant les garanties de moralité et d'aptitude exigées par le décret de 1862. A chacun de ces établissements se trouvent attachées une ou plusieurs bonnes d'enfants, dites berceuses, et une surveillante. Celle-ci, religieuse ou laïque, commande aux berceuses, reçoit chaque jour les enfants, tient en état les registres d'admission et de jirésence, touciie la rétribution maternelle, veille à la conservation du mobilier cl de la lingerie, met la directrice au courant de tout ce qui se passe dans la crèche, exécute ses ordres, ainsi que ceux du médecin inspecteur.

Les berceuses, dont le règlement fixe le nombre à 1 par 6 nourrissons, ou par 10 enfants sevrés, sont douces, propres, exactes et dévouées; il leur est interdit de recevoir des mères aucun cadeau. Ces femmes nettoient la crèche, lavent le linge, préparent les aliments, lèvent et couchent les enfants, les habillent et les déshabillent, les débai bouillent, leur donnent leurs repas, les tiennent de temps à autre sur le bras, afin de leur éviter les inconvénients qui résultent d'une immobilité prolongée dans la même attitude. Pour remplir ces occupations multipliées, le nombre actuel des berceuses, qui n'est en réalité que de 1 par 10 enfants de tout âge, suffit, à la condition toutefois que ces femmes supportent bien la fatigue, que la surveillante ne s'absente jamais pour des motifs étrangers au service de la crèche et qu'elle s'occupe elle-même des enfants. Dans une œuvre oij le personnel salarié est, par des l'aisons impérieuses d'économie, très-restrcint, il importe de choisir des surveillantes disposées à ne se considérer que comme de simples premières berceuses ; elles n'en sont d'ailleurs que plus dociles à suivre les recommandations qui leur sont faites.

Les couchers, les repas, les jeux, les lavages, ont lieu à heures très-régulières, ce qui forme les nourrissons et leurs mères à de bonnes habitudes. S'agit-il d'enfants plus âgés, leur éducation morale commence, ils n'entendent que des paroles honnêtes, suivent une règle douce à laquelle ils s'aperçoivent bientôt qu'ils ne peuvent se soustraire ; ils sont égayés sans cesse par la société de leurs compagnons, et éprouvent moins d'accidents dans ces asiles que partout ailleurs, grâce à la prévoyante sollicitude avec laquelle on les surveille.

Personnel administratif. L'administration d'une crèche est entre les mains d'un Conseil composé du curé de la paroisse, du maire de la commune, de la présidente de la crèche, de la trésorière-directrice, d'un des médecins et de quelques autres membres désignés par le Conseil. Il s'occupe des intérêts généraux de l'œuvre et pourvoit aux recettes et aux dépenses. Un second Conseil composé exclusivement de dames a quelquefois pour mission d'inspecter l'établissement et de recueillir des souscriptions.

Plusieurs crèches n'ont pas de Conseil et prospèrent, administrées uniquement par leur fondateur et par une directrice.

Les pi'incipales ressources des crèches sont : la rétribution maternelle, qui s'élève en moyenne dans Paris à 15 centimes par journée de présence à la crèche ; les souscriptions, dont le chiffre minimum est de 6 francs par an et par souscripteur; les produits d'un sermon, d'une loterie ou d'un concert ; les subventions de l'autorité.

Les plus fortes dépenses résident dans les Irais -de garde, le loyer et l'alimea tation. Les frais de garde absorbent près de la moitié de la dépense totale.

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Le loyer s'élève au cinquième et l'alimentatioii au septième de cette même dépense, qui est en moyenne de 80 centimes à Paris et de 54 centimes en province, par jour et par enH^nt.

Personnel médical. Plus l'enfant est rapproché du moment de sa naissance, plus son organisme subit avec vivacité l'impression des divers modificateurs. Ceux-ci sont-ils défavorables aux jeunes êtres isolés les uns des autres, ils deviennent pernicieux au plus liant point à ces mêmes êtres réunis en certain nombre dans un seul local ; fait qu'ont démontré de trop nombreuses expériences.

La question des crèches est donc essentiellement médicale ; telle est la raison pour laquelle le gouvernement en a saisi l'Académie de médecine; et il est de la plus élémentaire prudence de faire intervenir les médecins hygiénistes dans l'établissement et la direction de ces asiles.

« Le fondateur des crèches avait lui-même reconnu cette nécessité, lorsqu'il écrivait dans son manuel ; « Les prescriptions des médecins font loi pour tout « ce qui regarde l'hygiène de la crèche et la santé des enfants. » Mais cette disposition du règlement de la Société des crèches est trop souvent lettre morte.

Que de fois choisit-on des locaux ; règle-t-on leur distribution, leur système de chauffage, le nombre des berceaux, sans nous consulter ! Dans combien de crèches est-il prononcé sur l'élat physique des enfants au moment de leur inscription, et sur leur nourriture dans l'établissement, sans que l'avis du médecin ait été pris !

Nombre de dames de l'œuvre et même de simples surveillantes semblent croire que les berceaux et les langes sont de leur domaine exclusif et en dehors de la compétence des médecins, dont l'unique mission consiste à i-envoyer les malades et à faire des ordonnances aux indisposés.

Ces idées erronées sur les véritables attributions d'un médecin des crèches sont la cause principale du défectueux fonctionnement de ces asiles du premier âge.

Quelques crèches n'ont pas de médecins : négligence grave, mais facile à réparer. La plupart se sont attaché jdusieurs docteurs, qui tous visitent l'établissement, taudis qu'un seul d'entre eux est membre du conseil d'administration.

Le système inverse se comprendrait mieux. Des praticiens qui apportent à une œuvre leur concours désintéressé ne devraient-ils pas faire tous partie d'un Conseil où leurs avis seraient d'une utilité incontestable? ils auraient la latitude de lui communiquer leurs observations, sans avoir à se servir de l'intermédiaire illusoire du registre déposé entre les mains de la surveillante. D'une autre part, lorsque ces mêmes médecins visitent successivement l'asile, ils s'exposent à faire des prescriptions qui, en apparence du moins, ne concorderont pas toujours entre elles, et ces divergences compromettent leur autorité.

Il ne devrait y avoir dans chaque établissement qu'un médecin visiteur possédant, eu tout ce qui concerne l'hygiène, un pouvoir analogue à celui qui est dévolu à la directrice pour les recettes, les dépenses et la discipline.

Un seul médecin serait sans doute insuffisant, si une visite était faite chaque jour, ainsi que le prescrit le décret de 1862 ; mais cette visite quotidienne constitue une formalité inutile. Les enfants arrivent successivement, et non au même moment, chaque matin; c'est à la surveillante de reconnaître ceux qui présentent quelques symptômes de maladie, alors que leurs mères sont encore là pour les remporter. Le médecin ne peut que vérifier si la surveillante s'ac-

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quitte bien de ses fonctions ; il n'est pas d'ailleurs difficile à une femme qui vit dans un asile destiné au premier âge de diagnostiquer une quinte de coqueluche, un oreillon ou une oplitlialmie. Au lieu de demander à des médecins une perte gratuite de temps, le règlement aurait dû veiller à ce que leur intervention dans les^choses importantes fût obligatoire et efficace. Ces infractions aux règles de l'hygiène que l'on observe dans des crèches visitées régulièrement par des médecins ne prouvent-elles pas, à la fois, le peu d'utilité des visites médicales quotidiennes et le manque d'autorité de ceux qui les font ? Ou ils ont donné des ordres qui n'ont pas été exécutés, ou bien ils n'ont pas voulu faire des observations qu'ils prévoyaient devoir être mal accueillies.

Dans quelques crèches, les médecins font chaque année, aux dames de l'œuvre, un rapport contenant une statistique des enfants tombés malades ou décédés. Ces renseignements, fournis en général par les surveillantes, ont une valeur scientifique des plus contestables, et ne peuvent servira élucider la question des crèches.

En effet, certaines crèches possèdent beaucoup de nourrissons ; ailleurs les enfants de deux ans sont en grande majorité. Les unes refusent les enfants illégitimes ; d'autres n'excluent personne. Celles-ci, situées dans des localités misérables, possèdent un grand nombre de serofnleux; celles-là, jdus favorisées, voient leurs élèves ne quitter le seuil de la crèche que pour retrouver sous le toit maternel une nourriture et des soins convenables. Autant de conditions différentes qui ont leur valeur, et dont il n'est pas tenu compte dans les rapports publiés jusqu'ici par l'institution. Ce n'est pas tout, et d'autres raisons plus réelles nous permettent de tenir en suspicion l'exactitude de ces statistiques. Aucun décès n'a lieu à la crèche même. Dans telle crèche, par conséquent, où l'on ne s'informera pas de ce que sont devenus les enfants lorsqu'on ne les voit plus reparaître, le chiffre des décès sera 0. Dans une autre, oîi l'on voudra savoir à la fin de l'année le sort de tous ceux dont le nom figure sur le registre des inscriptions, recherche laborieuse et forcément incomplète à cause des changements de domicile si fréquents dans. la classe pauvre, on obtiendra un nombre dans lequel seront compris des décès d'enfants qui ne parurent que quelques jours à la crèche et succombèrent peut-être huit ou dix mois après en être sortis. Enfin, les rapports favorables sont seuls livrés à l'impression, et l'on passe sous silence les statistiques malheureuses.

Les documents qui ont été publiés par des statisticiens n'appartenant pas à l'Œuvre des crèches ne supportent pas davantage l'examen. M. Davenne, dans son livre sur l'organisation des secours en France, a reproduit la statistique suivante : « 222 décès ont été notés parmi 512 enfants se rendant dans 14 crèches : la mortalité est donc de plus des 2/5 dans ces établissements. » L'auteur de cette statistique a raisonné comme si les crèclies étaient fréquentées par les mêmes enfants depuis le commencement jusqu'à la fin de l'année ; et cependant il affirme plus loin que la population de ces établissements se renouvelle six fois par an. Pour être conséquent avec lui-même, dès que M. Davenne prenait les décès acquis dans l'année entière, il aurait dû établir leur rapport, non pas avec la seule population actuelle, mais avec la population totale de l'année, laquelle était égale à six fois la première ; ce qui aurait singulièrement modifié ses conclusions.

Ce n'est donc pas dans les statistiques de maladies et de décès qu'il faut chercher actuellement les preuves de l'influence des crèches sur la santé des enfants.

Crèches à domicile. Mode de secours que son nom rapproche do l'institution dont nous nous occupons, mais qui est une simple forme de l'assistance à domicile. Elle existe au Havre, à Rouen, à Lyon et dans une paroisse de Paris. La crèche à domicile de Paris, fonde'e en J847, consiste : 1" à prêter, à la mère qui allaite son enfant, un berceau et sa literie ; 2" à lui fournir une layette ; 5° à lui donner des secours en nature pouvant s'élever à 8 ou 9 francs par mois.

Les dames de l'œuvre veillent au bon état de tout ce qui sert à l'enfant, procurent à la mère des travaux qu'elle puisse faire au pied de son berceau, et ] mur voient à ce que l'enfant soit gardé par une voisine pendant les absences de la mère.

La crèche à domicile vient en aide à 40 ou 50 mères tous les ans ; elle ne pouvait évidemment prendre une grande extension sans faillir à son programme.

11 serait impossible, en effet, de donner à toutes les mères des occupations sédentaires ou de pourvoir à leur remplacement auprès de leurs enfants par des personnes sûres ; puis les visites des médecins et des dames de charité deviendraient d'autiuit plus l'ares dans chaque ménage que le nombre des familles se- \ait plus élevé, et la surveillance des soins donnés aux enfants finirait par tievenir illusoire. J'ajouterai que les conditions imposées par l'Œuvre de la crèche à domicile ; que cette intervention d'étrangers d;ms tous les actes d'une famille : habitudes hygiéniques, devoirs religieux, etc., ne seraient pas acceptées avec beaucoup de reconnaissance par la grande majorité des ouvrières nécessiteuses.

L'œuvre du curé de Saint-Séverin n'en rend pas moins des services réels, analogues à ceux dont on est redevable à l'assistance publique et aux sociétés de charité maternelle. L'administration de l'assistance publique de Paris a dépL-nsé, dans le cours de l'année 1872, pour prévenir les abandons d'enfants, la somme de 280 000 francs, en secours de 10 fraucs au moins et de 50 francs au plus, par mois d'abord, puis par trimestre. La Société de charité maternelle de Paris donne aux mères nourrices, qui remplissent les conditions exigées pai* le règlement de l'œuvre, 18 francs à l'accouchement, un secours mensuel de 6 francs pendant 10 mois, une layette du prix de 20 francs, et un habillement de la valeur de 10 francs au quatrième mois. Elle a dépensé, en 1876, 165 1-44 francs, à l'aide desquels elle a secouru 5252 mères ayant eu 5285 enfants ; ce qui fait un secours moyen de 49 trancs 62 par enfant. La société protectrice de l'enfance de Paris a pendant le cours de l'année 1877 distribué

12 000 francs et 2 600 pièces de layette à des mères nourrices.

Ces secours temporaires aux mères nécessiteuses qui allaitent leurs enfants ont toujours produit les meilleurs résultats. Dans le département du Calvados, à Bar-* !e-Duc, à Verdun, ils ont fait descendre la mortalité de 51 pour 100 à 21 pomiOO.

Malheureusement, les ressources réunies de la charité publique et privée sont incapables de donner au plus grand nombre des mères nécessiteuses le moyen de vivre en conservant leur enfant auprès d'elles pendant plusieurs mois. Un grand industriel de l'Alsace a fait descendre de 40 à 25 pour 100 la mortalité des enfants de ses ouvrières en payant le salaire des femmes en couches. Après avoir éprouvé l'utilité de cette mesure pendant quatre ans, M.Dolfussa créé une association dont font partie huit des maisons les plus considérables de Mulhouse. Toutes les femmes, mariées ou non, travaillant dans lesdites fabriques, payent

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J 5 centimes par quinzaine, et les fabricants versent une somme égale pour chacune des femmes employées par eux. Ces fonds servent à donner aux femmes en couches un secours équivalent à leur salaire moyen, à la condition de ne se livrer à aucun travail et de s'occuper exclusivement de leur enfant pendant six semaines.

Mais après ce laps de temps la mère est obligée de quitter son nourrisson pour retourner à la manufacture. Tant qu'il en sera ainsi, la mise en nourrice, le gardiennage, la crèche, qui n'est elle-même qu'une bonne garderie, resteront les auxiliaires indispensables de la maternité chez les pauvres. On est forcé de choisir, entre ces différents système*; d'élevage, celui qui présente le moins d'inconvénients. 11 n'y a vraiment pas à hésiter. La crèche ne sépare pas l'enfant de sa mère, comme font la maison de sevrage et la mise en nourrice : elle est donc plus apte que ces autres modes d'éducation à développer et à maintenir les sentiments affectueux des parents pour leiu: enfant, et elle rend possible l'allaitement maternel mixte, qui, sans représenter l'idéal d'une bonne hygiène, est sans conteste préférable au biberon et à la nourrice à la campagne. La crèche substitue le travail à l'aumône, en permettant à la mère de gagner sa vie au lieu de vivre de secours. Elle popularise, par l'exemple, de sages notions de l'hygiène; elle préserve, par une surveillance assidue, les jeunes enfants de ces accidents dont ils ne sont pas toujours à l'abri dans leur propre famille ; elle donne aux sœurs et aux frères aînés la faculté de se rendre à l'école ; et elle ne peut être un foyer de contagion plus que les autres lieux oii des enfants se trouvent en contact les uns avec les autres, puisqu'elle refuse les malades. La crèche nuit-elle à la santé des enfants? La preuve n'en a pas été faite, et la chose est invraisemblable en présence des conditions sanitaires exigées par les règlements ; conditions bien supérieures à celles que les mêmes entants trouveraient dans les garderies, dans la désastreuse mise en nourrice, et, si l'enfant a plus d'un an, dans beaucoup de maisons paternelles. Je suppose, bien entendu, que les règlements sont exécutés ; s'il n'en est pas ainsi, s'il existe des abus, ils doivent faire désapprouver tels ou tels établissements qui en sont le siège, et il appartient à l'autorité d'y pourvoir lorsque des sociétés particulières n'en prennent pas l'initiative. Néanmoins ces irrégularités ne prouvent rien contre la valeur de l'institution en elle-même, parce qu'elles n'eu sont pas la conséquence forcée, et qu'il est très-facile de les faire disparaître.

En principe, les crèches constituent un progrès manifeste. Celles qui sont situées dans l'intérieur des manufactures ou qui n'admettent que des enfants âgés de plus de dix mois sont, de l'aveu de tous les hygiénistes, très-utiles aux mères de famille et très-favorables aux enfants. Seules, les crèches destinées à recevoir de jeunes nourrissons soulèvent des critiques qui méritent d'être prises en sérieuse considération par des médecins. On redoute les dangers de refroidissement auxquels est exposé l'enfant que l'on transporte, dès l'aube, du domicile maternel à la crèche; l'incapacité où se trouve le personnel si restreint des crèches de suppléer à la sollicitude maternelle dans ces soins assidus que réclament les premiers temps de la vie ; enfin, l'insuffisance de l'allaitement.

En réalité, ces craintes ne concernent que les nourrissons âgés de moins de quatre mois. Il suffirait, pour faire tomber ces objections, d'apporter les modifications suivantes au régime actuel.

Les crèches, à l'exception de celles de fabrique qui ne présentent pas d'inconvénients pour les jeunes nourrissons, seraient réservées aux enfants, allaités

ou non, de plus de quatre mois, et, en dehors des deux mois les plus froids de l'année, aux enfants au sein, àge's de plus de soixante jours, à la condition pour les mères de venir allaiter ceux-ci au moins toutes les trois heures.

Pendant les premières semaines après la naissance de leur enfant, les mères seraient assiste'es à domicile par les bureaux de bienfaisance et par les diverses sociétés charitables ou de prévoyance, sociétés de secours mutuels, sociétés de charité maternelle, sociétés prolectrices de l'enfance, crèches à domicile. Les secours étant supprimés dès (pie l'enfant remplirait les conditions requises pour être admis à la crèche seraient plus importants ou s'étendraient à un plus grand nombre de mères. Siry.

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