‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.22Chapitre 48 sur 52 · LIEBIG. GREGORY · texte numérisé non relu

LIEBIG. GREGORY

Poulet 3,2 5,21 — 2,9

Cheval 0,72 »

Bœuf 0,697 »

Cœurdebœuf >, 1,575— 1.418

Morue „ 0,955

Raie „ 0,607

Pigeon „ 0,825

La chair des oiseaux paraît être surtout riche en créatine; il en est proba blement de même de celle des reptiles.

Le régime Carnivore semble iavorable à la production de créatine dans l'orga-

, CRÉATINE. 759

nisme. Les chairs maigres, celle des animaux soumis à une grande fatigue*, contiennent une forte proportion de ce principe. Nous citerons à l'appui les observations faites sur la chair de la martre et du renard parmi les carnivores, sur celle du chevreuil, du cerf et du lièvre, tous animaux dont la chair est plus riche en créatine que celle du bœuf, du mouton, du porc et du veau. Du reste, quand il s'agit d'extraire la créatine, il y a toujours avantage à se servir de chairs maigres, car, abstraction faite des considérations qui précèdent, la graisse entrave mécaniquement les manipulations assez longues que nécessite cette opération, et ainsi se trouve justifiée la préférence accordée à la chair du gibier sur la viande de boucherie.

La créatine est, ainsi que l'urée, au nombre des substances dérivées par oxydation et dédoublement des matières albuminoïdes au sein de l'organisme. Les relations de la créatine avec la créalinine et l'urée sont établies par les réactions citées plus haut et qui permettent de se rendre compte jusqu'à un certain point de ce qui se passe dans l'organisme. De même origine que toutes les matières azotées, elle présente, comme la plupart d'entre elles , la constitution des amides. Mais c'est avec la créatinine qu'elle offre les rapports les plus étroits ; capable de se transformer en créatinine sous l'influence de causes diverses, elle peut en revanche se former aux dépens de celle-ci, dans des conditions données, entre autres quand on laisse séjourner une solution alcaline de créatinine. Liebig, en analysant l'urine d'un chien soumis à un régime exclusivement animal, n'y trouva que de la créatinine, mais, après l'avoir traitée par un lait de chaux et abandonnée à elle-même pendant six semaines, il n'y trouva plus que de la créatine; c'est évidemment la chaux qui a déterminé ici la transformation.

Certains auteurs prétendent avoir trouvé la créatinine à côté de la créatine dans les muscles; mais, dit Neubauer, c'est uniquement parce qu'elle a pris naissance aux dépens de la créatine sous l'influence de la chaleur nécessaire à l'opération. La même objection peut s'adresser aux expériences de Verdeil et Marcet, relatées dans le Journ. de pharm. et de cliim., 3^ série, tome XX, page 89, 1851, d'après lesquelles des traces de créatinine auraient été découvertes dans le sang ; du reste, comme le fait remarquer Voit, l'alcalinité de ce liquide est un obstacle à la transformation de la créatine en créatinine. Quant à l'urine, elle paraît renfermer à la fois de la créatine et de la créatinine, mais la dernière en quantité plus considérable. Ici se présente une question fort controversée : la créatine existe-t-elle dans l'urine fraîche?

Dans un grand nombre de traités on peut lire que la créatine et la créatinine apparaissent simultanément dans l'urine récente, mais que la première ne tarde pas à se transformer en créatinine. Ce n'est pas l'avis de Heintz {Poggendorff's Annal., Bd. LXXIV, p. 125, 1848); d'après lui, la créatine ne se trouve jamais dans l'urine fraîche et ne s'y forme que consécutivement aux dépens de la créatinine, sous l'influence des agents chimiques employés pour l'extraction de ce corps (action de l'oxyde de jtlomb hydraté sur le chlorure double de zinc et de créatinine). Cette opinion se trouve corroborée par les expériences de Hofmann sur la créalinine [Virchow's Arcliiv, Bd. XLVIII, p. 558, 1869); cet auteur dosait la créalinine avant et après le traitement de l'urine fraîche par de l'acide chloi^

' D'après Liebig la chair d'un renard apprivoisé contenait dix lois moins de créatine que celle d'un renard qui avait été forcé.

740 CREATINE. .

hydrique ; il ne constata point d'augmentation de ce corps par l'action de l'acide chlorhydrique et en conclut à son tour que l'urine récente ne contient pas de créatine.

Nous accorderons volontiers aux auteurs pre'cédents que la créatine ne se transforme pas en créatinine dans le liquide urinaire; on a en effet constaté que, lors de la fermentation de l'urine, les deux éléments en question diminuent peu à peu et finissent par disparaître totalement (Halenke). Quant à l'absence totale de créatine dans l'urine récemment émise, nous ne saurions ê(re aussi affirmatifs qu'eux. Meissner {Zeitschr. f. rat. Medicin, 5"^ Reilio, Bd. XXIV, p. 100, 1865) et Voit {Zeitschr. /'. Biol, Bd. IV, p. 77, 1868) ont en effet souvent trouvé de la créatine, à côté de la créatinine, dans l'urine du chien. Du reste, on a constaté qua la créatine provenant de la chair, qui fait partie du régime tant omnivore que Carnivore, passe presque immédiatement dans les urines, après une transforuiation partielle ou totale en créatinine; la quantité de créatine non transformée est en rapport direct avec le degré de carnivorité du régime. De même, quand ou introduit artificiellement de la créatine libre dans l'organisme d'un animal, une plus ou moins grande partie de ce corps passe inaltérée dans les urines. 11 est donc naturel d'admettre que l'urine fraîchement émise, dans les conditions habituelles d'alimentation, renferme des quantités plus ou moins appiéciables de créatine chez l'homme aussi bien que chez les animaux. 11 est bon néanmoins de tenir compte de l'observation de Heintz mentionnée ci-dessus.

Reste à savoir dans quelle partie de l'organisme a lieu la transformation de la créatine en créatinine ; nous voulons parler ici aussi bien de la créatine musculaire propre à l'organisme que de la créatine introduite avec les aliments, cainous devons admettre avec Beneke [Pathologie des Stoffwechsels, Berlin, 1874, p. 165) et Lôbisch {Anleitung zur Earnanahjse, Wien, 1870, p. 59) que la créatinine excrétée avec le liquide urinaire reconnaît cette double origine. Or ni les muscles, ni le sang, d'après les observations que nous avons présentées plus haut, ne semblent être le siège de cette transformation ; d'autre part, la créatinine arrivant toute formée dans l'urine, il ne reste plus que le rein, c'est-à-dire l'organe qui opère la formation de l'urine acide aux dépens du sang alcalin. Kùlmc [Lehrh. der phys. Chemie, p. 465) a en effet découvert de la créatinine dans le tissu du rein. Il n'y a donc aucune témérité, vu l'acidité du parenchyme rénal, à admettre avec Voit que c'est 1b rein, et, ajoute-t-il, le rein seul, qui préside à la transformation de la créatine en créatinine. D'après le même auteur, une nouvelle preuve de ce fait, c'est que toute maladie ou tout régime qui a pour conséquence l'alcaliuité de l'urine donne lieu à une diminution de la créatinine dans ce liquide et à l'apparition de la créatine non transformée.

Les relations de la créatine avec Vurée, démontrées chimiquement, sont beaucoup plus incertaines, quand il s'agit de les retrouver dans l'organisme vivant. On a bien pu, comme nous l'avons vu plus haut, transformer la créatine en sarcosine et en urée, mais on n'a pu établir que des phénomènes semblables se passent dans le corps des animaux. Du reste, la sarcosine est une substance artificielle dont on n'a jamais trouvé de traces dans les tissus, et la réaction à laquelle nous venons de faire allusion ne se produit qu'à chaud et dans un liquide très-alcalin. Le tissu du rein offrant une réaction acide, cet organe ne peut être le siège d'une transformation de créatine en urée. Quant aux expériences de Munk, qui prétend avoir constaté une augmentation de l'urée en

CREATININE. 741

même temps que de la créatuiine dans l'urine, apivs l'ingestion de la créatine avec les aliments ou l'injection de ce corps dans le sang. Voit les considère comme n'étant pas concluantes et démontre expéi'imentalement que la créatine ne peut dans ces conditions se transformer en urée; il a repris également les expériences de néphrotomie et de ligature des uretères et a pu constater, contrairement aux résultats obtenus par Munk, Zalesky, Max flermann et d'autres auteurs, qu'à la suite de ces opérations la proportion de créatine n'est pas plus grande dans l'organisme qu'à l'état normal. 11 semblerait donc que la créatine ne peut se transformer en urée dans aucune partie du corps : tel est actuellement l'état de la question {voy. Uuée).

Quant aux variations patliologiqucs de la créatine et de la créalinine, vojj. UniiNE. L. IIahn.

CRÉATIIVIIWE C^IPAz^O. La créatinine a été découverte par Liebig dans le précipité cristallin obtenu par Pettenkofer {Annal, der Chem. u. Phnrm., Bd. LU, p. 97, 1844) et Ileintz {Poggendorff's Annal., Bd. LXll, p. 602, 1844), en traitant l'urine concentrée par évaporation par une solution de chlorure de zinc. Elle se trouve normalement dans l'urine de l'homme et du chien (Liebig), dans celle des chevaux et des veaux à la mamelle (Socoloff) et dans celle des vaches (Dessaignes)'.

Préparation. Pom^ obtenir la créalinine, on foit bouillir de l'acide chlorhydrique avec de la créatine; on obtient ainsi un chlorhydrate de créatinine qui cristallise par le refroidissement. On dissout ce sel dans l'eau et on le fait bouillir avec trois fois son poids d'oxyde de plomb hydraté qu'on ajoute par petites quantités; il se forme un oxyclilorure de plomb insoluble et la créatinine reste dans la liqueur; il suffit ensuite de la faire cristalliser par évaporation.

Un autre procédé consiste à traiter la créatine par un excès d'acide sulfurique, étendu de deux ou trois fois son poids d'eau. On évapoi'e le mélange au bain-marie jusqu'à siccité ; le dépôt de sulfate de créatinine est repris par l'eau et on le fait bouillir avec du carbonate de baryte. La créatinine cristallise par évaporation du liquide filtré.

Pour extraire la créatinine toute formée de l'urine, on traite ce liquide par UQ lait de chaux, puis par du chlorure de calcium ; on filtre et on évapore jusqu'à cristallisation; on sépare les eaux-mères auxquelles on ajoute le trentième de leur poids d'une dissolution concentrée de chlorure de zinc. Après trois ou quatre jours, il se dépose des masses jaunâtres mamelonnées qui renferment la créatinine; on lave ces mamelons à l'eau froide, on les redissout dans l'eau bouillante en ajoutant de l'oxyde de plomb hydraté. Il se forme un dépôt de chlorure de plomb, d'oxyde de zinc, et il reste une liqueur alcaline contenant de la créatine et de la créatinine. On sépare ces deux corps en profitant de leur inégale solubilité dans l'alcool.

Il y a grand avantage à modifier ce procédé par l'emploi de l'alcool. Lœbe {Journ. f. prakt. Cheniie, Bd. LXXXII, p. 170, et Répert. de chimie pure, p. 25, 1862), après avoir traité par l'eau de chaux et le chlorure de calcium, évapore à sec le liquide séparé des dépôts formés (phosphates, sels de chaux, etc.). On reprend le résidu de l'évaporation par l'alcool chaud ; il se sépare par le

» Schultze {Joiirn. f. prakt. Chem., Bd. LXXXII, p. 1) prétend avoir trouvé de la créatinine dans roi'ga:ie électrique de la torpille.

742 CRÉATINLNE.

refroidissement un abondant déjiôt. d'urée. On ajoute à la liqueur décantée du chlorure de zinc en solution alcoolique, qui précipite des cristaux de créatinine combinée au chlorure de zinc. On décompose com.me toujours par l'oxyde de plomb hydraté. L'opération s'achève comme précédemment.

Quand on se sert d'urine de chien, on précipite préalablement l'acide cyanurique par l'acide chlorhydrique avant d'ajouter le lait de chaux.

Neubauer purifie la créatinine, extraite des urines, en la faisant digérer à froid dans de l'alcool concentré.

Quant au dosage de cette base, il s'effectue à l'état de combinaison avec le chlorure de zinc (Neubauer).

Propriétés. La créatinine cristallise en prismes clino-rhombiques brillants et incolores. Elle est soluble dans 11,49 parties d'eau à iQ", beaucoup plus soluble dans l'eau bouillante; sa solution aqueuse bleuit le papier de tournesol rougi par un acide et offre une saveur caustique analogue à celle de l'ammoniaque étendue: c'est donc une base très-énergique. 1000 parties d'alcool à la température de 16° dissolvent 9,8 parties de créatinine. Elle est très-peu soluble dans l'éther. Chauffée sur une lame de platine, la créatinine se décompose et se volatilise totalement.

La solution aqueuse de créatinine précipite les solutions de nitrate d'argent, de sublimé corrosif, de protochlorure d'étain. Elle s'unit au chlorure de zinc et au chlorure de cadmium et donne des composés bien définis, cristallisables. Elle déplace l'ammoniaque des sels ammoniacaux et forme avec les sels de cuivre des sels doubles cristallisables d'un beau bleu.

La créatinine est décomposée par le permanganate de potasse et par l'oxyde puce de plomb, en présence de l'acide sulfurique, en oxalate àeméthjluramine, acide oxalique et eau (Neubauer, in Ann. der Chem. u. Pharm., Bd. CXIX, p. 17, et Répert. de chim. pure, p. 25, 1862). De même, elle réduit l'oxyde mercurique et donne à l'ébullition de l'oxalate de méthyluramine (Dessaignes).

Une solution alcaline de créatinine abandonnée à elle-même pendant quelque temps donne de la créatine par hydratation; la chaleur favorise la réaction. Chauffée pendant douze heures à 100° dans des tubes fermés avec une fois et demie son poids de baryte et une quantité suffisante d'eau pour tout dissoudre, la créatinine donne, outre un acide incristallisable non encore étudié, de la méthylhydantoïne ou méthylylycolylurée :

C'Wkz'O H- H^O = C^H^Az^O^ + AzH^

Créatinine. Méthylhydantoïne

(Neubauer, in Annal, der Chem. u. Pharm., Bd. CXXXVII, p. 288, et Bull, de la Soc. chim., t. Yll, p. 457, 1867).

Un courant d'acide azoteux dirigé à travers une solution aqueuse de créatinine détermine la formation d'une base nouvelle, à laquelle Dessaignes a donné pour formule C*H^*'Az''0^ et Marcker C*IPAz^O^; ce dernier obtint en même temps, dans les mêmes conditions, une autre base, isomère de la première. Toutes deux forment des sels bien définis. D'après Dessaignes, la base qu'il a décrite se décompose par l'acide chlorhydrique en sel ammoniac, en acide oxalique et en un corps qui a la composition C^H^Âz^O^; pour Strecker, ce corps nouveau n'est autre chose que l'acide méthylparabanique C'H(CH5)AzO^ ou méthyloxalylurée.

GRÉATININE. 745

Sels de créatinine. La créalinine forme avec les acides des sels bien cristallisés. Mais les composés les plus remarquables de ce genre sont les chlorures doubles tels que :

Le chlorure double de zinc et de créatinine {G^ïï' Xz'^OyinÇA^ , très-peu soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool absolu et dans l'éther, et qui, dissous dans l'acide chlorhydrique et traité par l'acétate de soude, donne un nouveau sel de zinc (C*H'Az^O,HCl)ZnCP, qu'on peut considérer connue une combinaison de chlorure <le zinc et de chlorhydrate de créatinine ;

Le chlorure double de cadmium et de créatinine (G*irAz''0)'CdGP, un peu plus soluble dans l'eau que le précédent;

Le chloroplatinate de créatinine (G*H"'Az50)'PtClS assez soluble dans l'eau, moins soluble dans l'alcool.

Citons encore :

Le chlorhydrate de créatinine C*H''Az^O,riCl,

L'iodhydrate de créatinine CHPAz^OjHl,

Tous deux très-solubles dans l'eau et dans l'alcool ;

Le sulfate de créalinine (C''irAz^O)«SO*II*,

L'azotate de créalinine et d'argent. . (C*irAz'0)^(AzO'*)^Ag*, L'azotate de créatinine et de mercure. (G''irAz'Û)^(AzO')^ng.

iihylcréatinine . Une solution alcoolique de créatinine chauffée à lOO" pendant plusieurs heures, en tube fermé, avec de l'iodure d'éthyle, se prend par le refroidissement en une bouillie cristalline d'iodure d'étbylcréatinine G^H'^Az'OI qu'on fait cristalliser à plusieurs reprises dans l'alcool absolu. On peut mettre la base en liberté en traitant l'iodure en solution aqueuse par l'oxyde d'argent.

L'éthylcréatinine hydratée ainsi obtenue a pour formule :

Cnr2Az^0,0IH-IP0.

Outre l'iodure, on connaît le chlorure d'étbylcréatinine G^FP^Az'OCl, et le chloroplatinate de la même base (C''fP^Az50Cl)^PtCP, tous deux bien cristallisés.

Pour la constitution de la créatinine et son état naturel, voy. Créatine.

Quanta Vaction physiologique de la créatinine, on comprend aisément, étant donné la forte basicité de ce corps , qu'elle soit assez importante. D'après J. Ranke (Tetanus. Leipzig, 1865, p. 364), la créatinine abaisse l'énergie fonctionnelle des muscles, mais exalte l'irritabilité des nerfs périphériques, c'est-àdire se comporte comme un excitant musculaire, à la manière de l'acide lactique. De la créatinine injectée dans la circulation provoque des contractions musculaires spasmodiques. En outre, d'après Bogoszlawsky {Archiv fur Anat. u. Phys. V. Du Bois-Reymond, 1872), l'action excitante du bouillon doit être attribuée autant à la créatine qu'aux sels de potasse qu'il renferme.

On conçoit, d'après ce qui précède, que l'accumulation pathologique de créatinine dans l'organisme doive jouer un certain rôle dans les phénomènes spasmodiques, les soubresauts de tendons, l'épuisement musculaire, etc., que l'on observe dans un grand nombre de maladies; et ces phénomènes offrent leur plus grande intensité dans certaines formes d'urémie, celle particulièrement que M. Jaccoud désigne sous le nom de créatinémie. Yoy. Urémie.

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