‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.23Chapitre 24 sur 52 · DE LA FEMME · texte numérisé non relu

DE LA FEMME

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,^ Odier, dans ses rechtrches sur la loi d'accroissement des nouveau-nés (tlièses de Paris, 1868), a donné le tableau suivant du poids moyen :

MOIS

N.iISSAjiCE. 1" 2' 3' 4° &• 6" T 8' 9" 10° 11° 12*

En divisant par 30 l'augmentation mensuelle on a pour l'augmentation quotidienne :

MOIS

Cette régularité dans la moyenne de l'augmentation en poids est des plus remarquables. Les écarts individuels dans la croissance du poids sont sans doute moins considérables que les écarts de la croissance en taille.

Quetelet exprime dans les termes suivants les relations de la croissance de la hauteur et du poids : « Le poids d'un enfant vers sa naissance croît comme le cube de sa hauteur ; après la première année, cette croissance devient moins lapide et diminue successivement. Vers quatre à cinq ans, ^ellen'a plus qu'une

valeur entre la seconde et la troisième puissance de sa hauteur. Vers douze à treize ans ou bien vers le temps qui précède l'adolescence, le poids relatif du jeune homme a le moins de développement ; puis sa croissance devient plus rapide. Vers l'âge de trente ans, et l'on peut dire depuis l'instant où il est formé comme homme, son poids est un peu au-dessous de la valeur qu'il aurait entre deux hommes ayant eu une croissance : l'un comme les carrés, l'autre comme les cubes de sa hauteur. » [Anthropomélrie, p. 345.)

A l'égard des sexes le tableau montre que c'est vers l'âge de seize ans que le poids de l'homme prend un accroi<sement relatif considérable et tout à fait en désaccord avec une loi que Bowditch a exprimée dans les termes suivants : la relation entre le poids et la stature des jeunes gens en voie de croissance est telle que jusqu'à la hiiuteur de 1479, les hommes sont plus pesants que les femmes de taille égale ; au delà de ce chiffre, on vérifie l'inverse.

M. Bowditch, professeur de physiologie à Boston, a publié sous le titre De la croissance des enfants (Boston, 1877) un travail important fondé sur près de 25 000 observations. Quelques-unes des conclusions de Pagliani se trouvent ici singulièrement conlîrmées. Ainsi il l'econnaît avec l'auteur italien l'irrégularité apparente des périodes de croissance pour un même temps, et la coïncidence de la rapidité plus grande de la croissance avec la puberté, avec cette seule dilférence que, pour Pagliani, cet accroissement maximum se trouve dans les années qui précèdent ou qui amènent la puberté, tandis que pour Bowditch la puberté est le résultat de la cessation de l'accroissement intense, surtout chez les femmes. Cette opinion s'accorde d'ailleurs avec les vues de Garpenter et de Herbert Spencer, qui veulent que l'accroissement et la i-eproductiou soient deux actes antagonistes, ce qui nous conduirait à rechercher si la précocité du développement sexuel n'est pas une cause de petitesse de la taille, et, réciproquement si les hautes tailles ne coïncident pas avec une aptitude reproductrice tardive.

La conclusion de Pagliani, relative à l'influence ethnique, se ti'ouve d'ailleurs fortement corroborée par la statistique de Bowditch, qui montre que c'est dès l'enfance que dans des conditions identiques se révèle cette influence. Ainsi, sur les enfants âgés de cinq ans et offrant une stature de 41 pouces, on comptait 224 Américano-Irlandais, 229 Américains purs et 210 Irlandais, ce qui est en rapport avec ce que nous savons de la haute taille des Yankees et de la petite taille des Irlandais.

En résumé nous pouvons conclure avec (Juetelet, Pagliani et Bowditch, et en agrandissant quelque peu leurs vues ;

i° Que toutes les circonstances de milieu, l'alimentation, l'exercice, le climat, l'altitude, les professions, peuvent modifier la marche de la croissance avec d'autant plus d'intensité que les individus sont plus éloignés de leur développement final;

2" Que pour ce qui est de la taille finale, c'est presque exclusivement du sexe et de la race qu'elle dépend.

Cette dernière conclusion est absolument conforme à celle de Broca, qui a écrit dans son second mémoire sur l'anthropologie de la France [Mém. de la Soc. d'ant.yt. II):

« J'ai reconnu que la taille des Français, considérée d'une manière générale, ne dépendait ni de l'altitude, ni de la latitude, ni de la pauvreté, ni de la richesse, ni de la nature du sol, ni de l'alimentation, ni d'aucune des conditions de milieu

qui ont pu être invoquées. Après toutes ces éliminations successives, j'ai été conduit à ne considérer qu'une seule influence générale, celle de l'hérédité ethnique. »

Je me suis assez étendu sur ce sujet pour que l'on ne confonde pas la croissance et la taille, et pour que l'on n'applique pas aux modifications de celle-ci ce qui n'a droit qu'aux modifications de celle-là.

Croissance des diverses parties du corps. La têle, d'après Quetelct, est d'abord à peu près la moitié de ce qu'elle sera après le complet développement de l'individu. De 111 millimètres, elle passe après la première année à 154, puis à 175 et à 182. A 5 ans, sa taille est de 192; à 10 ans, de 205; à 15 ans, 215 ; à 20 ans, 227 ; à 30 ans, 228. La tète se développe plus en hauteur que transversalement ; toutes les mesures verticales se doublent A peu près et c'est surtout par les parties inférieures que cet accroissement s'opère. Ainsi la longueur du nez, qui est de 20 millimètres à la naissance, est de 49 millimètres après 18 au?. De l'ouverture de la bouche au bas du menton, on compte 19 millimètres à la naissance et 42 millimètres de 20 à 25 ans. Les mesures transversales ne croissent guère que dans la proportion de 2 à 5.

La circonférence moyenne de la tète aux orbites est à la naissance pour les deux sexes de 335 ; elle atteint à 19 ans 564 (hommes) et 535 (femmes), et eu parcourant des stades assez irréguliers d'année en année, 440 pour la deuxième et successivement 471, 486, 496, 503, 508, 513, 519, 523, 527, 531, 535, 539, 545, 547, 551, 555, 561, 563, 564.... De 20 à 30 ans, celte circonférence ne parait pas varier.

Le cou, dont la hauteur est de 28 ou 29 millimètres à l'époque de la naissance, se dégage à 6 ou 7 ans et commence à prendre des accroissemenls sensibles ; après l'adolescence, sa hauteur est de 5 centimètres; l'accroissement, du menton aux clavicules, est de 2.07 pour les hommes et de 1,79 pour les femmes, par rapport à l'unité initiale.

Le tronc triple sa hauieur initiale ; il se développe plus rapidement chez les hommes que chez les femmes. Le diamètre transverse du thorax augmente dans les mêmes proportions que le menton ; le diamètre antéro-postérieur ne s'augmente que de 1 à 2,56.

La longueur du membre supérieur, moins la main, se trouve doublée entre 4 et 5 ans, triplée entre 15 et 14 et quadruplée au moment du complet développement. D'un autre côté la main n'est que doublée entre 5 et 7 ans ; sa longueur est triplée à Làge adulte. A partir de l'âge de 5 ans la main constitue sensiblement la cinquième partie de la taille totale de l'individu.

Des os du membre supérieur, c'est le cubitus et le radius qui croissent avec le plus d'intensité, le rapport à l'unité native est de 1 à 4,26.

Au moment de la naissance, la longueur des bras étendus horizontalement est un peu inoindre que la taille ; cette dif:érence, qui est d'environ un centième, devient nulle entre 3 et 5 ans et se trouve être d'un centième en plus vers l'époque de l'adolescence. Chez l'homme, la différence absolue est de 6 à 7 centimètres; chez la femme, elle est Seulement de 2,0 à 2,5, ce qui tient au développement des épaules et du thorax.

Le membre inférieur est doublé dans les deux sexes avant la troisième année, triplé à 7 ans, quadruplé à 12 ans et quintuplé à 20 ans. C'est la cuisse qui de tous les membres s'accroît le plus; elle acquiert sept fois sa longueur primitive. Lu jambe ne s'accroit que de 87 millimètres à 390, nombre dont le rapport

DTCT. EKC. XXIIT. 25

est de 1 à 48. Le rapport de la croissance totale du pied avec la longueur initiale est de 1 à 3,52.

D'après le savant belge, les hommes occupés de travaux pénibles et surtout du transport de fardeaux ne prennent pas leur développement complet ; mais cette opinion est fort contestée. L'excès de taille se manifesterait plutôt pour les parties. inférieures que pour les supérieures, et c'est aussi par les cuisses et les jambes que pèchent les gens de petite taille.

Au point de vue des sexes la hauteur à laquelle arrive la femme n'est que de de 0,947 pour 1000. Les jambes sont relativement plus courtes. La ligne qui divise lu hauteur verticale en deux parties égales est chez les hommes un peu audessus du pubis; elle est chez la femme un peu au-dessous.

La plupart des chiffres que nous avons donnés sur la croissance partielle méritent d'être vérifiés : car Quetelet est à peu près le seul qui les ait établis et nous manquons de renseignements précis sur ses procédés et sur les éléments de ses moyennes. Ce n'est pas seulement l'artiste, c'est le physiologiste et le médecin qui profiteront de ces recherches. On en trouvera la pieuve dans l'examen des travaux faits au point de vue trop restreint du recrutement des armées, par un grand nombre de médecins français et étrangers, mais surtout par MM. Arnould, Vallin, Alix et plusieurs de leurs collègues de l'armée. On sait que l'instruction ministérielle du 15 mars 1876 exige des conscrits, sous peine d'être ajournés ou classés dans les services auxiliaires, 2 centimètres au-dessus de la demi-taille chez les sujets dont la taille est au-dessus de 1"',60, et 3 centimètres chez ceux qui sont au-dessous de cette limite. Selon M. Vallin, cette exigence ne doit pas être maintenue. Cependant, d'après la table de Quetelet, la taille moyenne d'un Belge est de 1670. La circoniérence prise par les aisselles est au même âge de 865 et « par le sternum » de 815. En supposant vraie une mesure moyenne un peu au-dessous du mamelon, c'est-à-dire conforme à V Instruction, on trouve 854, et comme la demi-taille est de 830, il s'ensuit que la circonférence thoracique est réellement de 4 centimètres au-dessus de la demi-taille. Sans aucun doute la mensuration thoracique que j'ai prise, la moyenne, repose peut-être sur un faux raisonnement et je ne donne ce résultat que comme hypothétique ; mais il montre qu'avec un peu de précision on peut arriver à savoir numériquement quelle est la valeur hygiénique du rapport de la circonférence thoracique à la taille; c'est ce que j'ai discuté dans un récent mémoire sur V Anthropométrie médicale. Or il importe de savoir, au point de vue delà santé présente et future des jeunes gens, quelle mesure il convient de prendre médicalement, si le rapport normal qui doit exister entre ces deux clùffres est notablement inférieur dans un cas donné. Nous connaissons les agents qui peuvent modifier, sinon la taille, au moins la marche de la croissance. La détermination de proportion normale à un âge donné est préalablement indispensable. Il en est de même aussi dans un grand nombre de déformations.

Liharzik, dans son ouvrage sur les lois de la croissance (Vienne, 1862), a divisé le corps en six dimensions égales à la longueur du vertex au menton, et il a cherché à établir que ces six dimensions étant connues ainsi que la longueur de la clavicule, on connaît par le menu tous les détails des proportions humaines; mais il commet une singulière erreur en supposant que les proportions restent les mêmes. 11 admet encore que l'accroissement total est terminé à vingt-cinq ans et comprend 24 époques. Ces 24 époques sont subdivisées en 5 périodes : la première, de la naissance à la fin du 21"= mois; la deuxième, du 21" au 171';

la troisième, du 171® au 500". La croissance serait très-intense dans la première période, ralentie dans la seconde et de nouveau plus active dans la troisième. Cette troisième pe'riode commence à 14 ans environ, ce qui paraît coïncider avec les chiffres de Pagliani. Mais de 14 à 25 ans les phénomènes de croissance sont loin d'être uniformes.

Physiologie de la croissance. Nous avons déjà dit que la croissance était un phénomène essentiellement lié à l'accroissement des os en longueur. Broca, en 1852, a, dans un mémoire qui fait époque, clairement décrit les procédés de l'ostéogénie épiphysaire.

Il a reconnu, décrit le tissu chondroïde normal qui existe partout où une diaphyse osseuse s'accroît aux dépens d'une masse cartilagineuse adjacente, et dont l'épaisseur est proportionnelle à l'activité de l'accroissement local. C'est précisément en mesurant cette couche, qu'il est arrivé à déterminer expérimentalement le procédé d'acci^oissement des os. « Tout le monde sait, dit-il, que les divers os n'offrent pas les mêmes proportions relatives chez le nouveau-né et chez l'adulte et que, par conséquent, dans un timps donné, certains os s'accroissent plus rapidement que certains autres. Tout le monde sait encore que les diverses parties du même os ne croissent pas d'une manière uniforme, et que la configuialion de certains os n'est pas la même à tous les âges. L'os iliaque, les maxillaires, la clavicule, l'extrémité supérieure du fémur subissent dans leur forme, par le progrès de la croissance, de profondes modifications. Les ingénieuses expériences de Duhamel, bien autrement sérieuses que celles de Ilunter, ont établi que l'accroissement en longueur s'effectue dans toute l'étendue de l'os, mais qu'il est beaucoup plus rapide aux extrémités de la diaphyse qu'à sa partie centrale. Ainsi, pendant le développement du corps, l'accroissement ne se répartit pas régulièrement sur le squelette; il n'est jamais uniforme ni sur les divers os du même individu, ni sur les différentes parties de chacun de ces os. Ce sont là des laits acquis à la science. Quels sont les points sur lesquels se concentre, à un moment donné, la force qui préside à l'ossification ? Dans quel ordre les diverses régions deviennent-elles tour à tour le siège de ce travail qui préside à la croissance du corps? Questions bien importantes pour la physiologie, bien importantes aussi pour la pathologie du système osseux. Il est très-probable que les maladies des os, si communes chez les enfants, et pourtant si peu étudiées, sont influencées dans leur marche, peutêtre aussi dans leur étiologie, par les conditions de l'accroissement local. » {Recherches sur le rachitisme. Paris, 1852, p. 59.) Étudiant sur le fémur la position du trou nourricier de la diaphyse, le même auteur a reconnu que la distance de ce trou à l'extrémité inférieure de la diaphyse était, en représentant le fémur par 100, de 55 au moment de la naissance, 57 à sept mois, 41 à un an, 55 à deux ans, 56 à cinq ans. Par conséquent, « l'extrémité inférieure de cette diaphyse croît beaucoup plus rapidement que son extrémité supérieure pendant les premières années de la vie. »

Ces vues ont été reprises, discutées, adoptées ou combattues par divers auteurs (voy. Os, Rachitisme), et notamment par MM. Ollier, Ranvier et Tripier. Mais, quels que soient les procédés intimes de la croissance, on ne met plus en doute son mode apparent, c'est-à-dire l'accroissement en longueur, et spécialement par certaines extrémités. Il nous importe cependant de retenir ici, des études histologiques, que pour la plupart des anatomiites le corpuscul • osseux provient d'une cellule cartilagineuse, laquelle est infiltrée de sels calcaires.

Telle est au moins l'opinion de Kolliker, de Rouget et de Virchow. Robin dit aussi : « Un dépôt de sel terreux remplit la substance transparente du cartilage et donne naissance à la substance fondamentale de l'os, qui est d'abord granuleuse, et peu à peu de plus en plus homogène. Les cavités du cartilage donnent naissance aux ostéoplastes, ou mieux, les ostéoplastes dérivent des cavités cartilagineuses, dont les corpuscules ou les cellules, suivant le cas, se résorbent, disparaissent, pour n'être remplacés cpie par un liquide plus clair, qui remplit l'ostéopiaste. » H. Muller diffère peu de Robin ; il dit que les ostéoplastes proviennent bien des cellules du cartilage, mais après avoir subi des modifications qui changent leurs propriétés vitales et qui sont caractérisées par un retour à l'état embryonnaire; Selon Tripier, la queslion est maintenant jugée : « au lieu d'une transformation directe des éléments du tissu conjonctif, comme le voulait Virchow, on admet que, pour devenir cellules osseuses, les éléments doivent tout d'abord repasser par l'état embryonnaire. » [Voy. Rachitisme.)

Ainsi, pendant la période de croissance, ce travail considérable s'opère surtout à l'extrémité de la diaphysc ou des diaphyses aux couches périphériques des os plats et dans la profondeur même du tissu osseux. C'est autour de ce fait capital que viennent se grouper tous les actes intimes spéciaux pour chaque organe et pour chaque tissu. Il serait donc très-intéressant de présenter ici le tableau des croissances partielles du crâne, du cerveau, des os et des viscères. Mais pour entreprendre ce travail beaucoup de documents manquent encore, d'une part; d'autre part, on trouvera, à propos de chaque organe, dans les différents articles de ce Dictionnaire, l'état de la science sur l'évolution et Je développement.

Pathologie de la croissance. Le tableau que nous venons de tracer des phénomènes normaux de la ci'oissance, nous conrluit à cette délinition des maladies de croissance : celles qui résultent directement d'une irrégularité manifeste d e l'accroissement normal . C'est ainsi qu'une croissance inégale de deux membres liée à une affection des centres nerveux, telle que la paralysie infantile, est une maladie survenue pendantloi croissance, tandis que cette même inégalité sans cause contingente manifeste est proprement une maladie de la croissance. La scrofule, la syphilis, les fièvres éruptives et leurs suites relèvent de la pathologie générale; mais les accidents de la dentition, les retards dans l'ossification et dans l'évolution des divers tissus, la persistance des états embryonnaires, le rachitisme, etc., sont essentiellement des maladies ou, plutôt, des affections de la croissance. J'ai hâte d'ajouter que toutes les conditions de milieu qui peuvent influencer la marche de la croissance, la nourriture, l'habitat, le genre de vie, l'exercice, peuvent déterminer des affections qui, en raison de l'époque de la vie oii elles se produisent, ressortissent à notre sujet. Toutefois, comme il importe que les limites de notre cadre soient nettement tracées, on conçoit qu'il ne saurait être ici question des formes pathologiques dont l'importance ou la fréquence demandent une étude spéciale, telles que les monstruosités, le

RACHITISME, la DENTITION, CtC. {Voy. CCS mots.)

De la croissance non symétrique. Il ne saurait être ici question des croissances asymétriques qui sont la conséquence d'affections des centres nerveux dont l'intégrité paraît nécessaire à la nutrition, puisque ces asymétries ne résultent pas directement de la croissance. Mais les conséquences de ces développements asymétriques provoquent nécessairement un équilibre artificiel ou des suppléances articulaires; là oi'iune articulation est atteinte et incapable de

CROISSANCE, 58d

mouvements propres, les mouvements se passent dans la joinlure saine la plus voisine. De là des anomalies qui seront examinées plus loin.

La symétrie, c'est-à-dire l'égalilé absolue des deux moitiés du corps, exprime la loi de couCormalion la plus importante de la forme humaine ; elle n'existe dans la nature que très-approximativement, même chez les sujets les plus parfaits. Ni les deux moitiés de la face et du crâne, ni les deux arcs du tronc, ni les extrémités ne sont rigoureusement symétriques, à quelque âge que l'on examine les sujets. Tantôt, c'est à l'Iiypertrophic d'une moitié de corps ou de l'un des membres, tantôt c'est à l'hypotrophie que la chose est imputable. MM. Trélat et L. Moncod, dans leur beau mémoire sur l'hypertrophie unilatérale {Arch. ge'nér. de méd., 1869), ont l'apporté en douze observations minutieusement recueillies la plupart des faits connus d'hypertrophie congénitale portant tantôt sur l'un des membres, tantôt sur tout le corps, toujours sur tous les systèmes. D'après ces faits, on est autorisé à croire que la malformation était primitivement minime, et qu'elle n'a pris les proportions énormes constatées dans quelques-unes des observations que par la continuité de l'excès de croissance de l'un des côtés. Le cas dû à Friedberg permet de constater que, de dix à douze ans, toutes les parties du côté droit s'étaient accrues de plus du double de celles du côté gauche. Les différences de longueur variaient de 2 à 9 centimètres, les différences de circonférence varient au tronc de 1 à 2 centimètres, aux membres de 3 à 7 centimètres. Ce cas paraît être le plus grave que l'on connaisse; mais il n'est pas rare de rencontrer des différences réelles de 10 à 15 millimètres dans la longueur des membres dues manifestement à l'hypertrophie.

Nous reviendrons dans la partie pratique de notre travail sur les faits de MM. Trélat et Moncod. Disons ici que ces judicieux et savants observateurs, tout en rattachant cette anomalie à une altéi'ation embryonnaire du feuillet moyen du blastoderme, ajoutent : « Nous avons ainsi précisé le point de départ sans être beaucoup plus avancé sur la nature de l'anomalie, i A s'en tenir au l'ait, on peut cependant reconnaître, et la chose n'est pas sans importance au point de vue thérapeutique, que ces hypertrophies impliquent la suractivité des conditions physiologiques de la nutrition. Or, ces conditions, nous les connaissons assez pour admettre que les excès de croissance unilatérale pourraient être prévenus.

Quant à la diminution de la nutrition unilatérale, elle est très-commune. A un faible degré, il est souvent difficile de savoir de quel côté est l'excès, de quel côté l'insuffisance; mais, en général, il est manifeste que c'est l'hypertrophie qu'il faut accuser. Delpech, dans son Orthomorphie (t. I, p. 116), a beaucoup insisté sur l'inégalité des membres inférieurs qu'il suppose congénitale, et il a rattaché à cette anomalie la plupart des torsions de la colonne vertébrale. Mais il n'a pas su distinguer les inégalités dues aux attitudes du membre, et spécialement à celles de la cuisse sur le bassin, de celles qui sont réellement congénitales ; le moindre déplacement dans la direction de la cavité cotyloide entraîne une inégalité apparente des membres dont l'effet mécanique consécutif reste le même que si cette inégalité était primitive et réelle. Or, nombre de causes peuvent produire cette inégalité apparente : la torsion et l'inclinaison du bassin, les flexions du genou, l'aplatissement de la voûte tarsienne notamment. Quand la diminution de croissance atteint l'un des membres, les surfaces articulaires sont mal formées, et leurs moyens d'union sont impar-

faits. Parfois le membre en retard diffère de 10 centimètres de son conge'nère; mais souvent la différence est très-minime et se réparerait spontanément si la marche prématurée ne venait favoriser notamment certaines luxations qui passent trop fréquemment pour congénitales {voy. son mémoire sur les Luxations dites congénitales. Paris, 1875).

Le défaut de croissance symétrique associé à la fonction précoce est donc l'une des causes les plus fréquentes des déformations graves. Si l'on a en vue que la fonction nécessairement imparfaite d'une articulation relativement trop faible confirmera cette malformation en l'aggravant, on pourra prévenir de nombreuses difformités. C'est en effet par suite d'une même action produite sur deux surfaces articulaires diversement déformées que se produisent de segments en segments des irrégularités habituelles d'action et d'attitudes.

L'asymétrie primitive du rachis, et par suite la croissance inégale a souvent été invoquée comme cause des difformités de cet appareil. Glisson a supposé plutôt qu'il n'a vu une inégale distribution des matériaux nutritifs aux deux côtés de la vertèbre. Bouvier parle vaguement de cas oîi l'on est tenté de croire que, par suite d'une disposition originelle, les forces qui présidente l'accroissement, primitivement inégales à droite et à gauche dans un point du rachis, le font croître irrégulièrement (scoliose héréditaire); mais il n'insiste pas sur cette vue hypothétique et il se rattache à une autre hypothèse : l'action déformante de l'aorte sur un rachis doué d'une force plastique médiocre. Cependant dans leur travail sur le rachis (1874) MM. Bouvier et BouUaud déclarent que toute scoliose est constituée même à son plus léger degré par l'inégalité des deux moitiés latérales des éléments de la colonne vertébrale au niveau de chacune des courbures. La question d'origine reste entière. Malgaigne admet la prédominance originelle du développement de toute la partie droite; cette prédominance, favorisée d'ailleurs par l'action plus habituelle du côté droit, s'observerait nonseulement au membre supérieur, mais à la face. Si l'on admet, dit-il, la moindre différence de développement dans une des moitiés d'une tige composée de vingt-quatre os, on comprendra qu'il puisse se traduire par une concavité légère du côté le moins développé, qui pourra s'exagérer sous l'influence d'une cause donnée [Leçons d'orthopédie, p. 326). Mais il y a un point qui domine toutes les théories et qui ne permet de maintenir qu'à titre de rareté l'asymétrie primitive des vertèbres. C'est que les déviations congénitales du rachis n'existent que chez les monstres et chez les rachitiques. On sait que Chaussier a lait examiner à la Maternité 23 293 enfants sur lesquels un seul cas de déformation vertébrale s'est présenté. Dopp, dans un relevé qui comprend 155 enfants atteints de difformités congénitales, n'a pas trouvé un seul cas. (Cités par Malgaigne, Leçons d'orth., p. 313.) Il ne reste donc à l'appui des partisans de l'asymétrie vertébrale primitive d'autre argument que d'invoquer, non plus un arrêt de développement, mais une cause occulte de déformation. Or les causes réelles et vérifiables sont à nos yeux suffisantes et ne laissent guère de place aux fictions. Le rachis subit les effets de conditions vicieuses plutôt qu'il ne les crée. Or ces conditions vicieuses sont d'abord mécaniques. La croissance est entravée par la compression, et pour peu que le poids du corps mal réparti, en raison d'attitudes vicieuses et de faiblesse relative, se porte habituellement sur la moitié du support vertébral, cette partie subira une forte diminution d'accroissement d'abord, une usure ensuite, tandis que la partie homologue s'ac-

croîtra avec excès. C'est ce qu'on remarque aux côtes, sur le crâne et sur la face, ainsi que l'ont montré MM. Guéniot, Parrot, Broca.

Des croissances sijmétriques irre'guUères. Nous avons vu que, d'après les tables de Quetelet, la croissance masculine moyenne était de près d'un mèti'e de 0à6anset allait en décroissant régulièrement d'intensité jusqu'à l'âge de 50 ans; les autres statisticiens ont trouvé des chiffres différents et une allure fort inégale [voy. les tableaux comparés entre eux) ; d'ailleurs, les chiffres de ces derniers sont aussi disparates que possible, de sorte que nous sommes bien forcé 4e conclure qu'il n'existe là jusqu'à présent aucune concordance réelle et générale entre l'âge et la croissance normale. Cependant il serait à désirer que nous connussions exactement les écarts des tailles des enfants à un âge donné et le nombre des enfants de chaque taille à chaque âge sur un très-grand nombre de «ujets (1000?).

Ce grand travail pourrait être accompli avec profit dans nos écoles publiques» maintenant surtout que la ville de Paris vient de créer une centaine de places de médecins inspecteurs des écoles. Il sera facile de dresser un registre, de faire la comptabilité de l'existence humaine comme on fait celle des denrées et du matériel, peut-être moins précieux. Ce registre contiendrait par colonnes tous les renseignements concernant l'état civil, et de six mois en six mois le poids, la taille, la circonférence thoracique, l'hérédité, les prédispositions actuelles, etc. On voit tout de suite le parti que l'administration et les familles pourraient tirer d'un tel travail, facile à accomplir avec l'aide des instituteurs; le choix d'une profession, le climat à préférer, les aptitudes individuelles en seraient singulièrement éclairés. Que d'enfants fatalement voués à la mort, après avoir coûté à l'Assistance publique des sommes considérables, pourraient être sauvés et restituer par leur travail ce qu'ils ont coûté à la société par une direction mieux entendue du premier pas de leur existence !

On voit aussi ce que la science gagnerait à cette connaissance plus intime des lois de la croissance, tant au point de vue de la physiologie collective qu'au point de vue de l'hygiène individuelle, la première de toutes les sciences appliquées, si peu connue encore et si peu enseignée, puisque dans une école de médecine qui compte trente-deux professeurs et cinq mille élèves un seul maître est chargé de son enseignement !

Mais en attendant que cette grande œuvre sociale soit accomplie et en présence ■du désaccord des démographes, c'est à l'observation clinique qu'il convient de s'adresser.

La plupart des cliniciens divisent la durée de la croissance en trois époques ; la première est contemporaine de l'évolution des premières dents; elle s'étend jusqu'à l'âge de sept ans. La deuxième part de cet âge et s'étend jusqu'à la puberté, c'est-à-dire jusqu'à quatorze ans, et la troisième a pour limite la croissance elle-même, accomplie dès la 21° année dans ses traits principaux. Cette division est simplement naturelle ; cependant quelques auteurs, Hufeland et Barrier notamment, divisent la première époque en première et seconde dentition; M. Raoul Régnier, dans sa remarquable thèse sur les Maladies de croissance (Paris, 1860), accepte les divisions de Stahl: « Infantia primes seplem annos aetatis habet; pueritia, secundos ad decimum quaitum. Adolescentia tertium septenarium cum dimidio, quod pertingit ad vigesimi quinti anni médium. Hoc vero a3tatis tempore, sensibiliter adolescere seusuccrescere in longum et latum, homo fere remittit. » [De morhorum œlatis fundamentis, cap. i.)

Première période : De la naissance à sept ans. Ici se placent un grand nombre de malformations dont nous n'aurons pas à nous occuper, non plus que des accidents de dentition {voy. ce mol). R. Régnier explique par la prédominance du système de la vie végétative et l'énorme volume relatif du foie, la localisation delà syphilis tertiaire dans 'cet organe chez les jeunes enfants. Il signale aussi le développemenl du système lymphatique et la fréquence du catarrhe infantile, enfin, et très-justement, il note avec Velpeau etGubler la vascularisation excessive des centres nerveux, fait à l'aide duquel Gubler expliquait la susceptibilité exquise des enfants à l'action de certains agents, tels que l'opium, et leur résistance à l'influence des agents contraires, tels que la belladone et le quinine.

Pour ce qui est de la vie de relation, nous signalerons ici l'extrême fréquence dans cette période du retard dans le développement de certains systèmes histologiques et notamment des muscles. Lapins grande partie des luxations coxo-fémorales dites congénitales est due à l'insulfisance des muscles et des ligaments de cette articulaiion, sous l'influence du poids du corps dans la marche relativement prématurée.

Nous avons fourni à cette thèse, après Verneuil, un certain nombre d'observations et nous en possédons une vingtaine qui sont inédites {Mémoire sur les luxations dites congénitales, m Bulletin de thérapeutique, avril et mai \%l'o). Il importe donc que ni la station verticale ni la marche ne soient permises aux enfants débiles qui n'ont d'ailleurs aucune tendance à marcher spontanément. II y a lieu même, en tout cas, de surveiller cette marche prématurée: car un grand nombre de déformations du bassin, du genou et du pied n'ont pas d'autre origine. Il sutfit, on le comprend, qu'un gronpe musculaire soit en retard sur son antagoniste, qu'une légère arthrite inaperçue ait modifié les rapports des surfaces articulaires, pour qu'immédiatement des habitudes d'adaptation soient contractées par les muscles et déterminent peu à peu des déformations articulaires. Nous aurons à reproduire des remarques du même ordre pour la seconde période de la croissance, période scolaire par excellence.

R. Régnier considère l'hydrocéphale aiguë comme une anomalie de l'accroissement, dans laquelle il y a transport de ses phénomènes actifs sur la tête au détriment du reste du corps. Cette opinion ne paraît pas être suffisamment étayée, car l'hydrocéphale aiguë a souvent des causes pathologiques spéciales bien déterminées. Mais il existe nombre de cas où le volume de la tête s'accroît démesurément sans qu'on en puisse accuser ni le rachitisme ni l'hydrocéphalie. Le poids du cerveau est excessif pour les ligaments et les muscles, et la tète ne peut être maintenue en équilibre sur l'atlas.

Il est rare qu'en deçà des cas d'hémitérie (Isid. Geoffroy), on observe un arrêt symétrique de développement du tissu osseux aboutissant à une ossificatiDU prématurée. On constate très-souvent cependant cjue les cuisses, qui doivent croître plus que les bras dans la proportion de 4 à I, ne prennent pas leur entier développement et restent relativement plus courtes ; à ces retards dans la croissance partielle, le grand remède est le repos et le changement d'air. A sept ans la taille ne doit pas être en France au-dessous de 1"',05 et ne doit pas dépasser J",i5. Cet écart de 10 centimètres suppose que l'enfant est en retard ou en avance sur la croissance normale d'une quantité qui varie de 5 centimètres, c'està-dire environ une année. Si cette quantité est en plus, il importe de recommander aux enfants l'exercice de la marche. Si, au contraire, elle est en moins, le repos

est nécessaire, repos diurne de deux ou trois heures par jour dans la position horizontale. Il est en effet d'expérience, notamment chez les gymnastes, que les exercices généraux actifs à cet âge favorisent l'accroissement des muscles et des os en largeur, tandis qu'ils diminuent l'accroissement en hauteur.

Il est rare que les phénomènes que Ducamp a appelés secousses de croissance se produisent avant la septième année. Cependant cet auteur en a rapporté une observation que nous reproduisons ici, parce qu'elle donne lieu, comme la plupart, à des interprétations diverses.

Observation V. Enfant de sept ans, fluet, pâle et issu cependant de parents robustes... Depuis un an et surtout dans les derniers temps sa taille s'est élevée de trois pouces. II se trouve encore dans l'acuité d'une secousse de croissance ; chaque jour, le soir et la nuit surtout, il éprouve six ou huit accès de douleurs violentes dans un genou, torsion douloureuse des poignets et parfois léger délire; leur durée est souvent instantanée, d'un quart d'heure ou d'une demi-heure. Dans les intervalles il joue dans l'appartement; il court ou il s'endort sur-lechamp, s'il se trouve au lit. 11 est des accès qui ne sont qu'une douleur instantanée aux poignets, aux malléoles, aux genoux surto\it que le fléchissement paraît soulager; point de fièvre, si ce n'est un peu de chaleur au lit et sans sueur; de l'accélération du pouls et des battements de cœur plus vifs pendant les accès : cette scène a déjà eu lieu il y a trois ans et ne dura que huit jours.

Ducamp note une éruption sur les doigts « qui disparut à l'arrivée des douleurs articulaires ». Il note aussi que le père de l'enfant fut sujet aux mêmes douleurs dans ses croissances, « et il lui est resté des rhumatismes aux genoux. ))

11 y a lieu de faire remarquer ici que la croissance de trois pouces (huit cent.) de six à sept ans n'est que de très-peu excessive, et il pourrait bien se faire qu'il s'agisse ici de rhumatisme articulaire aigu dont les douleurs se jugent souvent par un érythème. L'insuffisance des éléments de l'observation lui enlève tout caractère démonstratif quant aux « secousses de la croissance » . Cependant nous sommes loin de nier absolument ces secousses, mais nous croyons qu'elles surviennent plus tardivement; nous sommes loin aussi de contester qu'à ces accélérations succède souvent une poussée cutanée, mais la relation causale que l'on voudrait établir ne semble pas fondée.

On observe souvent, tout au contraire, à la suite des fièvres éruptives, une croissance considérable ; est-ce 5 dire que cette croissance suraclive soit la conséquence de l'éruption ? J'ai récemment observé une jeune fille de neuf ans affectée d'une pseudo-luxation hypotrophique de la hanche, qui fut prise de scarlatine régulière suivie d'une desquamation intense; quinze jours après sa convalescence, j'eus l'occasion de constater une amélioration considérable danstoute l'étendue des mouvements et la force des muscles pelvi-trochantériens. Faut-il en rendre grâce à la scarlatine ou au repos si difficile à obtenir de ce jeune sujet, à la bonne alimentation et aux meilleures conditions où elle s'est trouvée? Je penche vers cette dernière opinion.

M. Magitot a exprimé une opinion qui tout d'abord paraît assez paradoxale^ mais à laquelle sa grande expérience donne cependant un poids considérable : c'est que les accidents de la dentition sont beaucoup plus rares qu'on ne le croit, si tant est qu'ils existent. De même les secousses de la fièvre et un grand nombre d'accidents de même genre, rattachés à la croissance, sont moins conmiuns qu'on

ne le pense. M. Gombault, dans son article Croissance du Nouveau Dictionnaire (1869), s'appuie sur l'opinion de Richard (de Nancy) et n'admet la fièvre de croissance que « théoriquement » . Régnier n'en fait pas mention dans sa thèse. Mon attention a été, depuis plusieurs années, attirée sur ce point et j'ai soigneusement observé un grand nombre d'enAmts en vue de déterminer les ■caractères de cette fièvre ; je dois dire que je n'ai trouvé aucun cas où les accidents de la première enfance puissent être clairement rattachés à la croissance. J'ai cependant constaté des poussées très-actives qui atteignaient parfois 6 et 8 centimètres en un an, sans qu'en ces années exceptionnelles la santé des enfants fût particulièrement éprouvée.

La période de la croissance dont nous nous occupons est celle du rachitisme, qui a été l'objet d'une étude très-complète dans ce Dictionnaire. Nous n'en parlerons donc ici que dans ses rapports avec la croissance. M. Bouchut dit dans son Traité des maladies de r enfance (5^ édit., p. 956): « L'arrêt de la croissance est le résultat d'une seule maladie qui a le sang pour siège et pour nom le rachitisme. » Nous ne pensons pas, surtout après les travaux de M. L. Tripier, ■que cette double opinion soit fondée. Le rachitisme est une affection spéciale des os, héréditaiie, qui ne produit pas nécessairement un arrêt de croissance et qui se montre le plus souvent en dehors des conditions de mauvaise alimentation, d'humidité, de froid, etc., que les auteurs et spécialement M. Jules Guérin lui ont assignées. C'est se payer de mots que de parler du sang comme siège du rachitisme : car on pourrait adapter cette phrase, en ce qu'elle peut avoir de clair, à toutes les maladies, sans éclairer en rien leur histoire. En tout cas, ce serait se faire du rachitisme une bien fausse idée que de l'attribuer aux mauvaises conditions alimentaires. On sait, en effet, que Tripier a vainement cherché à reproduire le rachitisme sur les animaux et, d'autre part, on voit souvent cette affection se montrer sur des enfants soumis aux meilleures conditions de milieu et notamment à l'alimentation lactée. L'hérédité, en ces cas, fait rarement défaut.

Cependant on peut dire qu'en général une bonne alimentation, le grand air, le repos aident à la guérison du rachitisme, surtout quand ces conditions ont fait défaut; et si les épiphyses ne se sont pas soudées par une ossification prématurée, la croissance reprend son mouvement ascensionnel, parfois même avec une intensité compensatrice. On voit souvent, chez des sujets de taille moyenne, d'incontestables traces de ce trouble passager dans l'évolution du tissu osseux, des nouures et des courbures au niveau des cartilages ou sur les diaphyses. Le rachitisme, d'après les l'echerches modernes, se rattache donc, dans l'une de ses phases, à la persistance d'états embryonnaires dans les épiphyses et dans une seconde phase, qui manque souvent parce que les sujets guérissent ou succombent à une ossification prématurée.

Mais d'autres causes que le rachitisme, quoi qu'en pense M. Bouchut, peuvent amener l'arrêt ou le ralentissement de la croissance ; bien plus, on a souvent à constater, dans la pratique médicale, des cas de ce geni'e auxquels on ne peut assigner aucune cause; quelquefois un Atavisme {voij. ce mot) reculé, c'est-àdire l'introduction dans une famille d'un individu de fort petite taille, vient rendre compte des limitations prématurées de l'accroissement. En dehors des causes inconnues du rachitisme, l'un des plus puissants facteurs de l'arrêt de croissance c'est l'exercice excessif prématuré, dont les effets seront étudiés dans la seconde enfance ; nous le signalons ici parce qu'il arrive souvent que,

s DUS prétexte de fortifier les enfants ou de les faire grandir, on les excite dès ia cinquième année à des efforts mécaniques dont les suites sont désastreuses. Période de sept à quatorze ans. Pendant cette période qui prépare la puberté, la croissance paraît en moyenne décroître, d'après Quetelet, de 1 à 5 millimètres par an, c'est-à-dire que de 5,6, de 6 à 7 ans, elle tombe à 4,6 : toutefois dans les observations individuelles on remarque de nombreux écarts. Nous produisons ici un tableau que l'on pourra comparer à ceux que nous avons cités plus haut ; il semble indiquer une plus grande régularité que ceux de Pagliani, et cependant les onze sujets qui le composent étaient ou avaient été en traitement pour des affections plus ou moins sérieuses (attitudes vicieuses, scolioses, etc., huit filles et quatre garçons). En outre, nous devons dire que chaque année plusieurs observations individuelles ont manqué.

T.\BLEAU G. — ACCROISSEMENT ANNUEL DE 7 A 14 ANS (MOYENNE DE 11 OBSERVATIONS)

AGE

De 7 à 8 ans

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