‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.24Chapitre 21 sur 56 · COLLYRE AVEC LA PIERRE DIVINE · texte numérisé non relu

COLLYRE AVEC LA PIERRE DIVINE

Il Pierre divine 1 gramme.

Eau de roses 200 —

On fait usage quelquefois de crayons de sulfate de cuivre mitigés, que l'on prépare en coulant dans une lingotière un mélange à parties égales de sulfate de cuivre et d'azotate de potasse ; on leur préfère pourtant le crayon de sulfate de cuivre pur, taillé, comme nous l'avons indiqué plus haut, dans un cristal que l'on a soin de choisir bien homogène.

Sulfate de cuivre ammoniacal. On emploie en pharmacie le sel dont la composition répond à la formule CuO,SO^,4AzH*0. On le prépare au moyen du sulfate de cuivre pur que l'on pulvérise, que l'on place dans un vase de verre un peu profond, et qu'on arrose avec de l'ammoniaque liquide aussi concentrée que possible, jusqu'à dissolution complète de tout le sel. On verse alors sur cette solution, en ayant soin que les liquides ne se mélangent pas, de l'alcool à 90° en volume égal à peu près au volume de la solution ammoniacale ; en abandonnant le tout dans un endroit tranquille, il se forme au bout de vingtquati'e heures une grande quantité de très-beaux cristaux de sulfate de cuivre ammoniacal ; on les recueille, on les lave avec de l'alcool à 90» et on les fait sécher rapidement entre des feuilles de papier non collé ; puis on les renferme dans des flacons bien bouchés, de façon à les soustraire au contact de l'air (Codex). On peut encore préparer ce sel en faisant passer jusqu'à refus un

310 CUIVRE (pHAliJlACOLOGlKj.

courant d'ammoniaque à travers une solution saturée et chaude de sullale de cuivre; par refroidissement, on obtient de beaux cristaux bleus qui sont, comme ceux obtenus par le procédé précédent, des prismes appartenant au système orthorbombique ; ils sont solubles dans l'eau aiguisée d'acide chlorhydrique, d'acide nitrique ou d'acide sulfurique; ils se décomposent au contact de l'air en donnant naissance à une poudre verte formée de sulfate d'ammoniaque et de sulfate de cuivre basique; en même temps, il se dégage de l'ammoniaque; la même décomposition a lieu au contact de l'eau. Le sulfate de cuivre ammoniacal est employé à l'intérieur, à la dose de 1 centigramme que l'on peut amener progressivement à 25 centigrammes par jour ; on l'administre sous forme de pilules ou mieux, suivant Trousseau, en potion. A l'extérieur, sa dissolution, qui porte le nom d'eau céleste, est employée pour le pansement des ulcères et pour le traitement des taches de la cornée.

Les deux chlorures de cuivre, \q, y r otochlorure Cu-Gl et \e deutochloriire CuCl, ne sont guère usités en médecine. Le dernier, associé au chlorhydrate d'ammoniaque, entre dans la composition de la teinture de Kocchlin essayée en Allemagne contre l'épilepsie.

?i Deutoclilorure de cuivre 3 grammes,

Clilorliydiale d'ammoniaque 9 —

Eau 88 —

Cette solution est administrée par gouttes.

Acétates de cuivre. Deux seulement sont employés en pharmacie : l'acétate neutre et l'acétate bibasique.

Vacétate neutre, verdet ou cristaux de Vénus, C*H'CuO*H-HO, cristallise eu prismes rhomboïdaux obliques d'un vert bleuâtre foncé; pour l'usage médical, on purifie le sel du commerce par une ou plusieurs cristallisations ; il sert à la préparation du vinaigre radical, que l'on obtient en chauffant l'acétate entre 240 et 260 degrés.

L'acétate bibasique, vert-de-gris, G*H*GuO\CuO,HO,-h5HO, entre dans un certain nombre de composés pharmaceutiques destinés à l'usage externe. On le prépare industriellement aux environs de Montpellier, en abandonnant à l'air <les lames de cuivre plongées dans du marc de raisin. 11 cristallise en aiguilles bleues prismatiques; le commerce le fournit en masses amorphes, qui sont en partie solubles dans l'eau, et en partie décomposées par ce liquide ; à 00 degrés, le sel se déshydrate et se convertit en acétate neutre et en acétate tribasique.

On trouve souvent dans le vert-de-gris des parcelles de cuivre non attaqué ; il peut contenir aussi des matières terreuses ou renfermer trop d'eau ; le vert- •de-gris pur, traité par l'acide chlorhydrique, ne doit pas^laisser de résidu.

ONGUENT ^GYPTIAC. MIEL ESCHAROTIQUE. MELLITE d' ACÉTATE DE CUIVRE

^ Acétate bibasique de cuivre pulvérisé 100 "rammes.

Vinaigre 140

Miel blanc 280

On chauffe le tout dans une grande bassine de cuivre, en remuant continuellement jusqu'à ce que le mélange ait acquis une couleur rouge et une cousistance de miel ; la masse se boursoufle beaucoup pendant la préparation, par «uite du dégagement de gaz ; au bout de peu de temps, le produit se sépare en deux couches ; on agite pour les mélanger au moment de l'emploi.

CUIVRE (THÉUAPEUiiQi:!.:). 511

Ce médicament est un mélange de miel altéré par la chaleur, c'est-à-dire caramélisé, d'acide acétique, d'acétate neutre de cuivre provenant de l'action du vinaigre sur l'acétate basique, et d'oxyde cuivreux qui résulte de la réduction de l'acétate cuivriqne par le miel ; c'est cet oxyde cuivreux qui donne au produit sa couleur rouge.

EMPLATRE d'aCKTATE DE CUIVRE. CIRE VERTE

2£ Cire jaune 100 grammes.

Poix blanche 50 —

Térébenthine du mélèze 2o —

Acétale hicuivriiiue [lorpliyrisé 23 —

On fait fondre la cire et la poix, et on y ajoute le mélange de térébenthine et d'acétate de cuivre ; on agite la masse jusqu'à refroidissement et l'on divise en magdaléons.

COLLYRE DE LANFRANC. COLLUTOIRE DE LANFRANC. SOLUTION CUPRO-ARSÉNIÉE

'if, Aloès 5 grammes.

Myrrhe 5 —

Acétate bicuivrique 10 —

Sulfure jaune d'arsenic 15 —

Kau de roses 580 —

Vin blanc 1000

On réduit en poudre fine, et l'on mélange le sulfure d'arsenic et l'acétate de cuivre; on ajoute les gommes -résines et Ton triture de nouveau; on verse ensuite sur la gomme-résine, et par petites portions, le vin que l'on décante chaque fois après une nouvelle trituration ; on ajoute l'eau de roses et l'on conserve dans un flacon, que l'on agite au moment d'en faire usage.

Cette mixture est très-vénéneuse; en cas d'ingestion accidentelle dans le tube digestif, il faut se hâter de faire vomir et d'administrer le peroxyde de fer hydraté. E. Burcker.

§ m. Thérapeutique. Les préparations cupriques , bannies en quelque sorte de l'usage médical par une toxicophobie irréfléchie (pour être conséquente avec elle-même elle devrait faire à tous les poisons la guerre que l'antimoine a jadis supportée), reprennent, de nos jours, une sorte de crédit, et cet article aura pour but de favoriser cette restauration en soumettant à une critique attentive les faits cliniques qui ont été invoqués jusqu'ici pour établir l'utilité pharmacologique du cuivre.

Le moment est du reste opportun pour essayer cette réhabilitation, l'opinion médicale envisageant aujourd'hui le cuivre avec une double émotion provoquée, d'un côté, par les promesses que l'inventeur de la métallothérapie, M. Burq, naguère persécuté, aujourd'hui presque triomphant, a faites au nom de ce mé dicament ; d'un autre côté, par la hardiesse paradoxale, mais courageuse, avec laquelle un autre initiateur, M. Galippe, s'est mis en travers d'une tradition acceptée universellement avant lui sur la toxicité du cuivre, et a plaidé avec persévérance, en faveur de son client, le no-guilty de la procédure anglaise. L'intérêt, et c'est un honneur pour l'humanité, ne fait jamais défaut à la persévérance et au courage, et je suis heureux, en commençant cet article, où je poserai cependant des réserves prudentes à l'endroit des conclusions également absolues qu'ils ont tirées de leurs essais, de rendre hommage au rare et fortifiant exemple qu'ont donné ces deux expérimentateurs en s'attachant avec une généreuse téna-

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cité à une idée et en remontant courageusement le courant, toujours dur à refouler, d'une opinion qui ne leur était guère favorable.

Les divisions de cet article, dans lequel on a pensé avec justesse que les questions de thérapeutique et de toxicologie offraient une intrication trop étroite pour qu'on dût les séparer, sont toutes naturelles. Je traiterai d'abord de l'emploi thérapeutique du cuivre et, dans un autre paragraphe, de sa toxicologie médicale et juridique.

l. Action physiologique. Les préparations de cuivre exercent sur l'économie vivante deux actions qu'il importe de distinguer l'une de l'autre : une action topique ou de contact et une action pharmaco-dynamique ou générale, consécutive à leur absorption. La première est variable suivant la préparation; la seconde, autant que l'induction permet de le supposer, est, à dose égale pénolnint dans la circulation, une et identique.

Celte action topique, nulle et réduite à ses effets mécaniques pour le cuivre métallique (sous la réserve des modifications que les plaques de cuivre exercent sur la sensibilité locale), est déjà plus accentuée pour les oxydes et les acétates, et devient d'une énergie réelle pour le sulfate et le chlorure de cuivre. L'emploi (lu premier de ces sels, à litre de phloyogénétique, pour éveiller dans les tissus enflammés chroniquement une vitalité qui les fait monter au rhylhme d'activité vitale nécessaire pour l'accomplissement des actes physiologiques susceptibles d'aboulir à une résolution ou à une cicatrice, n'est pas le terme le plus élevé de son action lopiquc; il peut, quand il est plus concentré, produire une destruction locale plus ou moins proibnde en réprimant des bourgeons charnus exubérants, ou même en détiuisant les tissus par une action anérésique, à laquelle s'ajoute la modification qu'il exerce, J^à titre de médicament cuprique, sur la nutrition locale.

Quand le sulfate de cuivre a été ingéré, il se produit sur la muqueuse gastro-intestinale, comme cela a été constaté dans un grand nombre d'autopsies pratiquées à la suite d'expériences sur les animaux ou d'empoisonnements accidentels, des lésions caractérisées par de l'injection, des suffusions ecchymotiques, de Lépaississement, quelquefois même des érosions plus ou moins profondes. Portai et d'auties auteurs ont cité des cas de perforation gastrique ou intestinale dans les empoisonnements de ce genre, et ces faits ne paraissent guère improbables quand on les rapproche des lésions du tissu cellulaire observées récemment chez les animaux, à la suite d'injections hypodermiques de sulfate de cuivre et, à plus forte raison, d'introducliou de sulfate de cuivre en substance par une plaie.

L'empoisonnement par les sels de cuivre, nous le dirons plus loin, revêt deux formes, suivant le mode d'introduction de la substance toxique et aussi suivant la nature de la préparation qui est employée : la forme gastro-entérilique, et ce que j'appellerai la forme nerveuse, dans laquelle les effets de la substance se concentrent, après absorption, sur le système nerveux tant de la vie de relation que de la vie végétative, effets qui sont marqués au coin d'une asthénie profonde, d'une dépression cardiaco-vasculaire et respiratoire, et de troubles cérébro-rachidiens tantôt convulsifs, tantôt paralytiques.

Les préparations de cuivre sont toutes émétiques, au degré près d'intensité de cette action. Réalisent-elles le vomissement par une action d'irritation sécrétoire et musculaire qu'elles exercent sur l'estomac? Gomme on voit le vomissement

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survenir après l'injection rectale ou hypodermique , il faut considérer cette interprétation comme trop étroite, à moins de se réfugier dans l'explication hypothétique de ce fait que l'élimination du cuivre par la muqueuse gastro-intestinale produirait ce que j'ai propose d'appeler une action topique de retour, s'excrçant au moment de l'élimination {Principes de thérapeutique générale. Paris, 1876, p. 102). Je crois plus volontiers (]ue le vomissement qui se produit quand le cuivre a pénétré par une voie autre que l'estomac est dû à un acte instiiiclif tendant à l'élimination d'une substance à laquelle répugne l'économie; l'estomac s'associe à cet acte éjecteur en se contractant à vide et en se livrant à d'inutiles efforts d'expulsion. Il ne faut pas oublier non plus que les préparations de cuivre sollicitent vivement les hypersécrétions mucipares et salivaires, comme le montrent la diarrhée et le crachottement continuel qui sont des traits habituels de leur action. Nous ferons intervenir bientôt ce fait physiologique pour expliquer le mécanisme de l'action ûivorable du sulfate de cuivre dans le traitement du croup. Les troubles intestinaux produits par le cuivre s'accusent par des coliques, des selles glaireuses et sanguinolentes, et ont une physionomie dysentérique.

Le cuivre n'est pas aisément absorbé, mais il se dialyse avec une facilité extrême au contact des tissus, comme l'ont prouvé les expériences de Bochefontaine sur les effets de l'immersion partielle des grenouilles dans des solutions de sulfate de cuivre. Arrivé dans la circulation, il chemine avec le sang et va aboutir, après imprégnation des éléments organiques qui répondent à ce contact suivant leur sensibilité et leur physiologie propres, à l'éhmination par les diverses surfaces ou organes de rejet ; mais une partie du médicament se cantonne dans le foie où il est facile de le retrouver par les réactifs ordinaires dece métal et après des opérations préalables que nous aurons bientôt l'occasion de décrire.

Nous n'essaierons pas de retirer de ce tableau des effets physiologiques du cuivre la formule d'une caractérisation pharmaco-dynamique de ce métal et la base de son classement dans un groupe déterminé de médicaments. Les lecteurs des articles de thérapeutique que nous avons écrits pour ce Dictionnaire, et en particulier de l'article JIédicament (2^ série, 1875, t. VI, p. 240), savent le cas que nous faisons de ces systématisations artificielles, si propres à fausser les idées. Ici encore, il faut, à notre avis, dénouer le faisceau et voir successivement dans le cuivre une série de médicaments à répartir dans les médications les plus diverses et les plus opposées : à savoir, les médications rubéfiante (ou érythémogène), cathérétique, caustique, phlogogénétique, altérante (au sens de moyen de modifier les diathèses), hypocinélique, etc. Qu'on place le cuivre dans un groupe thérapeutique exclusif : ici celui des altérants, ailleurs celui des irritants, on ne prend arbitrairement pour cette double caractérisation qu'un seul de ses aspects thérapeutiques et, négligeant des affinités formelles, on crée les rapprochements les plus choquants.

L'examen, dans lequel nous allons entrer maintenant, des applications thérapeutiques auxquelles se prêtent les préparations de cuivre, sera, je l'espère, la justification de cette manière d'envisager les médicaments comme autant de faisceaux cliniques que l'analyse a mission de dénouer.

Nous examinerons séparément les applications internes des préparations de cuivre et leur emploi extérieur.

H. Emploi médical. A. Usage IiNterne. 1° Cancer. On peut dire que de

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toutes les dia thèses celle qui a pour production locale le carcinome sous la diversité de ses l'oimes histologiques et cliniques est la plus pauvre en ressources thérapeutiques, et, si l'on soigne le cancer-tumeur, le cancer-diathèse est abandonné à lui-même, c'est-à-dire à la fatalité de son évolution destructive. Je ne crois pas cette inaction justifiée en raison, quoique l'insuccès l'explique, et la thérapeutique n'a pas le droit de se résigner à cette sorte de fatalisme inerte. 11 lui faut, en matière de cancer, remettre à l'étude les médicaments qui ont joui jadis d'un crédit sérieux et qui, parce qu'ils ont pu être opposés souvent à de faux cancers à une époque où le diagnostic était imparfait, auraient trèscertainement démontré leur inanité clinique aux observateurs éclairés qui les ont employés, s'ils avaient été aussi absolument insignifiants qu'on veut bien le dire. Pour moi qui considère le cancer comme une maladie primitivement générale, une affection, une diathèse, je ne vois véritablement pas qu'il y ait de raison d'abandonner toute tentative nouvelle et de se dire avec découragement : « Rien n'a réussi, rien ne réussira. » Et à ce propos, le savant auteur de l'article Carcinome de ce Dictionnaire me permettra de ne pas partager son sentiment quand il interdit à tout médecin sérieux de rechercher le spécifique du cancer, et place cette poursuite à côté de celle du mouvement perpétuel. Ce ne sont pas choses assimilables. Les lois de la physique enseignent, à n'en pas douter, que le mouvement perpétuel est et restera une chimère ; une induction très-rationnelle permet de supposer au contraire que, d'autres diathèses ayant leur spécifique, celle-ci peut et doit légitimement aspirer à conquérir le sien. Uénocque croit à la diathèse cancéreuse et n'est pas fondé logiquement à dire que, si elle est ingnérie aujourd'hui, elle soit à jamais inguérissable. Le « cherchez et vous trouverez » est le programme de la loi scientifique comme de la foi religieuse.

Entre les médicaments qui ont suscité les plus grandes espérances pour le traitement général du cancer, le cuivre occupe certainement, à côté de la ciguë, l'un des premiers rangs ; et j'estime qu'au lieu de ne rien faire que de chirurgical, il conviendrait d'expérimenter de nouveau cette substance et de savoir au juste ce qu'on en peut attendre. C'est la conclusion à laquelle ont été invariablement conduits tous les auteurs qui ont rappelé les essais de Gerbier, Desbois de Rochefort, Mittagmidi, etc., et cependant le cuivre n'est aujourd'hui employé par personne.

Gerbier se servait du verdet, et ses pilules étaient prescrites de façon à donner chaque jour de 50 centigrammes à 1 gramme 50 centigrammes de ce sel. Il continuait ainsi pendant plusieurs mois et n'interrompait que si la tolérance gastro-intestinale, qu'il déclarait facile à obtenir, venait à fléchir. Gerbier employait surtout ses pilules de cuivre contre le cancer du sein et de la matrice, et, admît-on qu'il ait confondu bon nombre de tumeurs bénignes avec de véritables cancers, on ne saurait soutenir que ses essais heureux n'ont pas rencontré un certain nombre de ceux-ci.

Les essais contradictoires et officiels institués par Solier de la Romillais ont abouti à ce résultat que sur sept observations une guérison d'un cancer de la face a été obtenue et qu'on a constaté deux améliorations sensibles. C'est quelque chose dans une maladie marquée au coin d'une sorte de léthalité absolue, et il y a lieu de s'étonner que les résultats obtenus par Solier de la Romillais, rapprochés de ceux de Mittagmidi, aient engourdi l'expérimentation au lieu de la stimuler.

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Cayol, qui a résumé d'une manière assez complète l'état de cette question de thérapeutique, estime qu'elle doit être reprise. 11 conseille d'associer deux scrupules et demi (3 gr. 17) d'acétate de cuivre et de limaille de fer à un gros (4 grammes) d'extrait de ciguë, et de diviser cette masse en pilules de 5 centigrammes; on donne une pilule d'abord, puis on en élève progressivement la dose jusqu'à douze et quinze grains par jour; avec ce traitement intérieur on fait coïncider l'emploi topique des préparations de cuivre (Cayol. Clinique médicale, suivie d'un traité des maladies cancéreuses. Paris, 1833, p. 533).

La crainte de la toxicité du cuivre a été évidemment un obstacle à son emploi contre le cancer. Elle perce dans les écrits de tous les médecins qui se sont occupés de ce point de thérapeutique, et Cayol lui-même, favorable, au fond, à cette médication, voulait que l'on ne l'employât que dans les cas où « l'on ne pourrait avoir recours à l'opération ni à l'application de la pâte arsenicale. » 11 est évident que la toxicité d'une substance ne peut plus être admise aujourd'hui comme une raison de s'abstenir de son emploi, tous nos médicaments énergiques n'étant que des poisons disciplinés, et beaucoup, des plus utiles, étant bien autrement dangereux à manier que le cuivre. Les expériences de Galippe sur l'innocuité (à laquelle je ne crois pas, je le dirai bientôt) des préparations cupriques auront eu du moins ce bon résultat de diminuer la frayeur qu'inspire leur maniement et de préparer sans doute leur prochaine restauration dans le traitement des maladies cancéreuses. Peut-être les eaux ferro-cuivreuses de Saint-Ghristau (Basses-Pyrénées), employées jusqu'ici à peu près exclusivement contre les dermatoses chroniques et en particulier contre l'eczéma, trouveraientelles leur utilité dans le cancer? J'appelle sur ce point l'attention des médecins qui exercent auprès de ces sources. Je ne dois pas omettre de signaler l'action remarquable que paraissent exercer les préparations de cuivre sur la diminution de la suppuration et de la douleur dans le cas de cancers ulcérés. A ce dernier effet on reconnaît cette action très-curieuse que le cuivre absorbé exerce sur la sensibilité qu'il engourdit d'une manière marquée, et que l'on vient d'utiliser récemment en traitant les névralgies invétérées par le sulfate de cuivre ammoniacal.

2" Scrofules. La diathèse cancéreuse n'est pas la seule diathèse à laquelle on ait opposé le cuivre. Ce médicament a été considéré comme pouvant jouer également un rôle utile dans le traitement du scrofulisme et de l'iierpétisme.

Bayle employait jadis dans le traitement de la scrofule l'ens Veneris ou (leurs cuivreuses de sel ammoniac, préparé en sublimant ensemble parties égales de chlorhydrate d'ammoniaque et d'oxyde de cuivre, et Guersant, qui a essayé ce mélange assez mal défini, tout en pensant que son action est due moins au cuivre qu'au sel ammoniac (ce qui paraît douteux), lui attribue une certaine efficacité.

3° Herpétisme. Quant aux manifestations chroniques de l'herpétisme, elles ont aussi été traitées par le cuivre avec des résultats controversés. Les succès que l'on obtient aux eaux de Saint-Christau ne sont sans doute pas complètement imputables au cuivre, ces eaux salines étant d'une composition extrêmement complexe, mais on ne saurait considérer le cuivre qui figure au nombre des éléments de cette eau comme y étant complètement étranger. Le psoriasis, l'impétigo, l'acné, le lupus, l'ecthyma chronique, le rupia, sont les dermatoses contre lesquelles les eaux de Saint-Christau déploient le plus d'efficacité, et ces formes ont ce double

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caractère qu'elles sont tenaces et qu'elles se rattachent manifestement à une racine dialhésique.

Nul n'a plus élargi le cadre des applications du cuivre au traitement des manifestations diverses de l'herpétisme que Kiinckel, qui n'a pas hésité à considérer ce métal comme dominant, et de très-haut, toute la thérapeutique des dermatoses {Journ. des Conn. médico-chirurg., 1841, p. 165). C'est beaucoup dire, sans doute, mais on peut ne pas accepter cette affirmation enthousiaste sans dénier au cuivre toute utilité contre l'herpétisme.

4» Syphilis. Que faut -il penser de l'ulilité du cuivre dans la syphilis? Des auteurs graves ont admis que les syphilis rebelles au mercure s'accommodaient quelquefois très-bien des préparations cupriques. Cullerier croyait à celle action du cuivre, et Chevalier, au dire d'Al. Cazenave, aurait vu administrer avec succès, à la dose de un huitième de grain, l'azotate de cuivre dans des syphilis que le mercure n'impressionnait pas. Ëst-il plus difficile d'admettre à priori la possibilité du fait que de reconnaître que l'or et le platine sont, dans certains cas, des substitutifs avantageux du mercure? Non, sans doute, et l'expérimentation seule peut trancher cette question thérapeutique.

5" Tuberculose. Swediaur, Scutcr, Margat, Adair, mais surtout Simmons, ont vanté les préparations de cuivre contre la phthisie, et ce dernier a attaché son nom à une méthode qui a joui d'un très-grand crédit parmi les médecins anglais et américains, et dont la vogue n'est pas encore complètement éteinte. Les pilules que Swediaur, père de cette méthode, conseillait aux phtliisiques, réunissaient le sulfate de cuivre à l'ipéca. Chaque pilule contenait un peu plus de deux grains (13 centigrammes) de ces deux substances, et on en donnait deux à trois deux fois par semaine. J'ai expliqué l'utilité de celte pratique par l'action hyposthénisante du sulfate de cuivre et de l'ipéca, qui diminue ou éteint l'érélhisme circulatoire si habituel chez les phtliisiques. Quelques médecins ont employé le sulfate de cuivre dans la piithisie comme agent de cette médication vomitive à laquelle Ettmuller, Baglivi, Reid, S. Ilobinson et tant d'autres, attribuaient une réelle efficacité, mais ils ne lui accordaient aucune supériorité sur les autres vomitils, en particulier sur l'émétique, et semblaient réduire à néant, ou du moins à peu de chose, le rôle, dans cette maladie, du cuivre absorbé (Fonssagri\es. Thérapeutique de la phthisie pulmonaire basée sur les médications, 2-^ édition. Paris, 1880, p. 112 et 147).

6" Maladies du système nerveux. L'action remarquable que le cuivre exerce sur les fonctions nerveuses a été le point de départ d'applications nombreuses et importantes de ce médicament. C'est ainsi qu'on lui a reconnu la propriété de combattre l'hyperesthésie sous ses deux formes principales : la douleur et le prurit.

Steiser paraît être le premier à avoir indiqué le sulfate de cuivre ammoniacal contre les maladies douloureuses. Weismann le conseilla contre les céphalées. Son utilité contre les névralgies, et en particulier contre la prosopalgie signalée déjà par Hutchinson, mais un peu oubliée de notre temps, vient d'être remise en évidence tout récemment par Féréol, qui entretint la Société de thérapeutique, daus sa séance du 24 juillet 1878, des bons lésultats qu'il avait obtenus du sulfate de cuivre ammoniacal dans un cas de névralgie trifaciale épileptiforme. Son travail sur cette médication, sinon nouvelle, au moins renouvelée, a été communiijué à l'Académie de médecine en mars 1879 et inséré in extenso dans le Bulletin de thérapeutique (Féréol. Bons effets du sulfate de cuivra

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ammoniacal contre la névralgie de la cinquième paire , in Bnllel. de Lhe'rap., 1879, t. XCVI, p. 537). Le sulfate de cuivre ammoniacal agirait, suivant lui, d'une manière élective sur le tic douloureux de la face ; et la sciatique, la névi'algie delloïdienne, la céphalée hystérique, lui ont paru rebelles à son action. 11 a échoué dans un cas de névralgie sus-orbitaire avec photophobie, chez une hystérique. Jusqu'à présent, par conséquent, on ne peut pas dire que le sulfate de cuivre ammoniacal soit un médicament antinévralgique , mais seulement, ce qui est beaucoup, qu'il réussit contre la prosopalgie dans les cas où les moyens classiques (quinine, teinture de gelsemium , nitrate d'aconitine, etc.) ont échoué, Féréol a publié deux observations qui montrent la sûreté et la promptitude d'action du médicament ; si la guérison a été incomplète, la sédation a été si prompte qu'il faut bien la rapporter au sulfate de cuivre ammoniacal. Calvo, en employant cette substance, d'après la méthode de Féréol, a guéri radicalement, de son côté, une névralgie du trifacial qui avait usé toutes les ressources ordinaires. Ce qui se dégage de ces faits, c'est la notion d'une action très-réelle, et comme élective, de ce médicament sur l'innervation du trijumeau.

La formule employée par Féréol associe dans une potion 10 à 15 centigrammes de sulfate de cuivre ammoniacal à 100 grammes d'eau distillée, édulcorce avec 30 grammes de sirop de menthe. Cette potion est prise dans les vingt-quatre heures, au moment des repas, à la dose de trois à quatre cuillerées à la fois. Il a pu donner, dans un cas, 60 centigrammes dans une journée, sans produire autre chose que quelques crampes d'estomac et de la diarrhée. Il estime (jue la dose de 30 à 50 centigrammes est parfaitement possible, mais qu'il faut débuter par 10 centigrammes et élever la dose progressivement. Le malade de Calvo a pris 10 centigrammes pendant quinze jours. Cette potion est un peu nauséeuse, elle charge la langue et produit une saveur métallique désagréable, mais les malades s'y habituent. Peut-être l'opium, qui est le correctif de tant de médicaments, serait-il avec avantage associé au sulfate de cuivre ammoniacal.

En résumé, la prosopalgie est une maladie si douloureuse, si tenace, à tendances si peu accusées vers la guérison, que la ressource indiquée par Féréol n'est pas à dédaigner, tant s'en faut. Plus on agira vite, c'est-à-dire plus on se rapprochera du début du tic douloureux de la face, plus, cela se conçoit, on aura des chances de réussir.

Lafargue de Saint-Émilion, entrant dans les idées de Rademacher et de Lobach, a essayé le deuto-acétate de cuivre dans un cas de prurit essentiel, de prurigo sans papules, cette terrible affection décrite parAlibert et parDevergie, qui consiste dans une hyperesthésie tactile des papilles nerveuses de la peau et qui peut, en privant les malades de sommeil, les faire tomber dans un état de cachexie dont une insomnie opiniâtre et l'amaigrissement sont les deux traits principaux. Lafargue a employé le deuto-acétate de cuivre à très-petites doses. Il s'est servi d'une solution contenant 10 centigrammes de ce sel cuprique pour 300 grammes, ou 20 cuillerées d'eau : chaque cuillerée contenait par conséquent 5 milligrammes d'acétate de cuivre ; on en donnait de 2 à 3 cuillerées à bouche par jour. L'amélioration fut prompte et la guérison la suivit bientôt. L'action du sel de cuivre ne fut pas moins marquée dans un autre cas analogue. Le prurit vulvaire des femmes grosses et le prurigo podicis pourraient rationnellement s'approprier celte ressource.

Les névroses convulsives ont été très-anciennement traitées par les sels de

dis CUIVRE (thérapeutique).

cuivre. L'épilepsie a été longtemps considérée comme n'ayant pas de meilleur médicament que le sulfate de cuivre ammoniacal. Winter, Chaussier, Duncan, Cullen, Odier, etc., ont considéré le cuivre comme un antiépileptique éprouvé, Cullen, qui employait dans cette maladie le cuprum ammoniacum, combinaison du cuivre avec le sel ammoniac, se félicitait d'avoir le premier introduit en Ecosse l'usage de ce médicament qu'il trouvait plus facile à supporter que le vitriol bleu ; il l'administrait à la dose initiale d'un demi-grain (5 centigrammes) et il élevait progressivement cette dose tant que durait la tolérance de l'estomac; il allait jusqu'à 50 centigrammes et au delà. Il dit avoir guéri ainsi quelques épilepsies,mais, ajoute-t-il,(( il en est beaucoup dans lesquelles le cuivre ammoniacal n'a produit aucun effet. » Sa méthode consistait à le donner d'une façon continue pendant un mois ; puis seulement quelques jours avant la réapparition de l'accès, et il assurait avoir réussi de cette manière (Cullen. Traité de matière médicale, trad. Bosquillon. Paris, 1790, t. II, p. 25). Le docteur Urban (de Darmstadt) a guéri au moyen du cuivre ammoniacal deux épileptiques dont la maladie avait résisté à tous les autres moyens. Weisraann, Stisser, mais surtout Winter, ont vanté les vertus antiépileptiques du cuivre. Biett, au dire d'Al. Cazenave, a essayé plusieurs fois, à Saint-Louis, le sulfate de cuivre ammoniacal dans le tmitement de l'épilepsie ; il en a obtenu des guérisons et n'a pu lui imputer aucun inconvénient. Al, Cazenave, lui-même, y a eu recours; il lui a du des améliorations et il a retiré de ces essais la certitude d'une complète innocuité de ce médicament {Dict. de méd. ou Répertoire général dea sciences médicales, 1855, t. IX, art. Cuivre, p. i77). Barallier (de Toulon) a constaté également l'efficacité du sulfate de cuivre ammoniacal dans les névroses épileptiformes des enfants {Nouveau Dict. de méd. et de cliir. pratiques, 1872, t. X, p. 544). L'impression qui se dégage de ces faits est qu'il y a place pour les préparations de cuivre dans la thérapeutique, à la fois si encombrée et si pauvre, que l'on oppose à l'épilepsie. Les lactates et bromures de cuivre jouiraient-ils contre cette névrose de propriétés spéciales ? Je pose cette question sans avoir les moyens de répondre.

On a utilisé cette action amyosthénique des préparations de cuivre dans le traitement des spasmes musculaires, en particulier des crampes. Lafarguea cru que les spasmes douloureux des crampes d'estomac pouvaient s'apaiser sous l'influence du deuto-acétatc de cuivre, mais je ne fais que signaler cette application à laquelle je n'ajoute pas à priori grande importance, à raison des troubles gastriques que produisent si habituellement les médicaments de ce groupe. Lobach a employé avec succès la teinture d'acétate de cuivre contre les crampes si douloureuses et si tenaces qui se montrent souvent pendant la grossesse.

Nous ne saurions passer sous silence, à propos de l'emploi du cuivre dans les maladies du système nerveux, les idées de Burq, relativement à la métallothérapie, idées considérées pendant près de vingt ans, que ce médecin ingénieux et persévérant a mis à les faire accepter, commodes vues mystiques émanant d'une sorte d'illuminisme thérapeutique dont une science sérieuse et se piquant d'être positive ne se souciait guère de s'occuper ; néanmoins la métallothérapie a fini par s'implanter sur le terrain clinique, sinon comme doctrine, au moins comme fait, et il faut presque autant louer l'indépendance d'esprit qui a porté des cliniciens du premier ordre à prendre en main la cause de cette idée qu'admirer la persévérance de Burb auquel les académies et la presse avaient fait jusqu'en ces derniers temps un accueil assurément propre à le décourager; mais il

CUIVRE (thérapeutique). 519

croyait parce qu'il avait vu et il a fini par convertir les incrédules de parti-pris. Je serais bien tenté de me ranger dans ce camp, et je m'allège d'une sorte de remords en avouant que je me suis obstiné (en bonne et nombreuse compagnie pai ailleurs) à mettre un veto d'à priori clinique là où il eut bien mieux valu expérimenter. Les lecteurs de ce Dictionnaire n'ont sans doute pas oublié l'article que Dechambre a consacré à la métallothérapie et ils ont conservé certainement, comme moi, l'impression de l'esprit de saine critique et d'excellente philosophie associée à un grain de sensibilité qui ne messied pas, dont cette remarquable page de littérature médicale porte l'empreinte. Mais la question de la métallothérapie a progressé en clinique depuis l'époque où cet article a été écrit, et je dois indiquer le point où elle en est arrivée.

Sans doute, il ne s'agit pas du cuivre seul en métallothérapie, mais il a été uniquement en cause pendant longtemps, et, comme la plupart des essais qui ont été faits se rapportent en lui, il est encore le pivot des faits dits métallothérapiques.

On peut les ramener aux propositions suivantes, dont le plus grand nombre avaient été formulées par Burq lui-même. Des plaques métalliques appliquées sur la peau en état d'anesthésie, de nature hystérique ou organique, sont susceptibles de ramener la sensibilité et provoquent en même temps sur le point où on les applique des actions vaso-motrices. Tous les métaux ne produisent pas les mêmes effets chez le même individu, il y a une aptitude métallique spéciale, qui fait que telle anesthésie s'accommodera du cuivre, telle autre de l'or, et le tâtonnement peut seul mettre sur la voie de ces idiosyncrasies. L'administration à l'intérieur de sels métalliques dont la base est congénère au métal employé efficacement à l'intérieur semble agir, mais avec moins de sûreté, sur l'anesthésie, que ne le font les plaques métalliques. Celles-ci appliquées sur des points qui ont recouvré leur sensibilité par l'emploi intérieur du cuivre ou de l'or ramènent une anesthésie que Gharcot a appelée anesthésie post-métallique. Le retour de la sensibilité par l'action des métaux produit un curieux phénomène de transfert, mis en évidence par les expériences de Charcot, phénomène en vertu duquel l'anesthésie se transporte en quelque sorte sur un point où la sensibilité était primitivement intacte. Ce phénomène de transfert n'est pas spécial à la métallothérapie, l'application d'un sinapisme (Westphall), l'excitation faradique, peuvent le produire également. 11 semble y avoir une liaison entre l'action métallothérapique et les phénomènes électriques. Les métaux chimiquement purs produisent les mêmes eiïets que les alliages (Charcot), ce qui exclut l'idée d'une action voltaïque produite par le contact des plaques avec l'humidité salée et acide que produit la sueur. 11 me semble, du reste, plus probable que le cuivre, comme les autres métaux, agit en métallothérapie moins par l'électricité qu'il fournit que par l'action qu'il exerce sur les courants qui traversent normalement les nerfs.

Les arguments invoqués par Beard, Sigerson, Bennett, etc., contre la réalité des faits métallothérapiques qu'ils rapportent entièrement à la réaction de la volonté sur les organes, à ce que les médecins anglais ont appelé ïexpectant attention, recevables à la rigueur pour quelques cas d'anesthésie hystérique, ne sauraient l'être pour la masse considérable des faits observés aujourd'hui par des cliniciens exercés et attentifs; enfir;, la guérison de l'anesthésie a été constatée dans des cas où elle relevait d'une lésion matérielle des centres nerveux (hémianesthésie hémiplégique à la suite d'une apoplexie cérébrale), d'intoxications

320 CUIVRE (thérapeutique).

par le plomb ou l'alcool, et la seule différence entre ces diverses aiieslliésies est que le phénomène du transfert ne s'observe que chez les hystériques. On sait enfin que Scliilï, produisant expérimentalement, chez des chiens, des lésions cérébrales qui avaient pour conséquence l'abolition du sentiment dans les membres, a constaté la récupération, au moins partielle et temporaire, de la sensibilité par l'action d'un solénoïde.

En résumé, et quelque incomplète que soit encore, surtout au point de vue de l'explication théorique, l'étude de la métallolhérapie appliquée au traitement des anesthésics, les résultats acquis n'en donnent pas moins gai» de cause à quelques-unes des assertions de Burq, et le traitement des aneslhésies par les plaques métalliques est entré désormais, pour n'en plus sortir, dans les procédés réguliers de la thérapeutique.

7° Emploi comme vomitif. La propriété vomitive appartient à des degrés divers à tous les médicaments cupriques, mais elle est surtout accusée dans le sulfate de cuivi^e, qui doit sans doute à l'énergie de son acide l'action toute spéciale qui lui fait une place un peu à part dans ce groupe pharmacologique. C'est un des meilleurs vomitifs, et il est à regretter que son usage soit limité chez nous à peu près exclusivement à la provocation du vomissement dans le croup, tandis que dans d'autres pays, en Allemagne notamment, c'est un émétique courant, au même titre que l'ipécacuanha et le tartre stibié.

L'action toxique, exercée souvent par ce dernier chez les enfants, réduit la médecine de cet âge à l'emploi à peu près exclusif de l'ipéca; ce n'est pas assez, car l'ipéca n'est pas un vomitif très-énergique, et puis aussi parce que l'assuétude à ce médicament s'établit vite et que, si l'on est réduit à ce moyen, il fait bientôt défaut alors qu'il y a lieu d'insister sur la médication vomitive. Son emploi dans la thérapeutique infantile, à titre de vomitif usuel, ne constitue donc pas une superfluitc à côté de l'ipécacuanha.

Trois qualités distinguent l'action vomitive de la couperose bleue : la sûreté de son action ; le caractère laborieux du vomissement ; l'absence habituelle de dépression cardio-vasculaire. Chez l'adulte, c'est le vomitif des empoisonnements qui, par la nature chimique des substances ingérées, ne s'accomoderaient pas du tartre stibié, susceptible d'être décomposé par elles. Par contre, il résulterait des expériences de Gallard et Mayet que le sulfate de cuivre et le sulfate de zinc redissolvent une plus grande quantité du précipité formé dans une solution de strychnine au moyen de la liqueur iodo-tannique que ne le fait l'émétique, de sorte que les deux premiers vomitifs métalliques contrarieraient l'action antidotique de l'iode et du tannin et devraient, dans un empoisonnement par la strychnine, céder le pas à l'émétique et à l'ipéca (Gallard. De rempoisomiement par la strychnine. In Ann. d'Iiyg., 1865, t. XXUI et XIV, p. 146). Au reste, cette incompatibilité entre les vomitifs et les antidotes dans le traitement des empoisonnements a perdu de son importance clinique depuis que l'acquisition de l'apomorphine nous a permis de l'éluder {voy. Morphiive et AponoRrHi^E).

S" Croup. Le sulfate de cuivre est très-fréquemment encore employé dans le croup : par les uns à titre d'agent susceptible de modifier l'altération inconnue du sang qui se traduit par la production de la diphthérie à la surface de la muqueuse aérienne ; par le plus grand nombre à titre d'agent vomitif susceptible, par les secousses qu'il provoque,^ de favoriser ou de provoquer le détachement des fausses membranes avulsibles. Pour mon compte, et tout en faisant à l'action mécanique du sulfate de cuivre la part la plus large, je fais intervenir

CUIVRE (thérapeutique). 521

en même temps dans l'explication de ses effets curatifs une action générale altérante et une hypercrinie de la muqueuse sur laquelle s'étalent les fausses membranes, hypercrinie qui les soulève et dissocie ces deux enveloppes concentriques, comme les procédés Jujdrolomiques de Lacauchie dissocient les tissus dans les dissections. Le tartre stibié qui, dans la période nauséeuse de sou action, produit une hypersécrétion mucipare si abond.mte, semble primé, sous ce rapport, par le sulfate de cuivre, lequel produit une sécrétion abondante de mucus en même temps que de la sialorrhée. Un médecin anglais a cité le fait d'un enfant qui, ayant avalé un cent, pièce de cuivre, eut pendant tout le temps qu'elle séjourna dans l'estomac, et à la faveur de l'absorption de la partie qu'en solubilisaient les liquides gastriques, une véritable siuiorrbéc. Quoi qu'il en soit de l'explicalion, l'utilité du sulfate de cuivre dans le croup est un l'ait clinique suffisamment établi. Gb. West le préfère à l'émétique dans le cas où il y a un état marqué de dépression, et cette préférence est justifiée, le tartre stibié impressionnant vivement les enfants, comme on sait, et pouvant produire, par lui-même et inopinément, un état d'iiyposthénie qui a ses dangers.

Il est d'observation que les phénomènes prémonitoires de l'action vomitive de ce sel sont moins longs et moins pénibles que ceux de l'émétique ; mais, tandis que celui-ci produit d'ordinaire plusieurs vomissements successifs, le sulfate de cuivre n'en amène généralement qu'un par dose ; toutefois il semble plus laborieux et plus complet. On constate pour ce sel ce que l'on constate pour l'émétique employé dans le croup : l'estomac répond d'autant plus facilement à la sollicitation de ces vomitifs que la respiration est moins compromise, c'est-àdirè qu'on les administre plus près du début. A un moment rapproché de la période asphyxique, l'estomac, dont les nerfs ont une origine commune avec ceux du poumon, ne ressent plus leur action, parce que les filets pulmonaires du nerf vague baignés d'un sang noir et ayant perdu leur activité physiologique réfléchissent cette inertie sur les filets gastriques. J'avais signalé depuis longtemps cette apithie de l'estomac dans l'orthopnée en général; Germain Sée l'a indiquée depuis, particulièrement pour l'asthme.

Les recherches de Godefroy, Bérenguier, Marel, Missaux, etc., ont consacré, chez nous, l'utilité du sulfate de cuivre dans le croup. Ce dernier, traitant trente cas d'affections diphthéritiques, dont huit angines couenneuses et vingt-deux croups, et ne faisant entrer dans sa statistique que des cas où il avait eu le corps du délit, la fausse membrane, sous les yeux, n'a perdu que deux malades. Sa méthode a consisté à donner par cuillerée à café, une toutes les dix minutes, une solution de 25 centigrammes de sulfate de cuivre dans 125 grammes d'eau distillée, jusqu'à production du vomissement, en répétant celui-ci aussi souvent qu'on le juge nécessaire [BuUet. de thérap., 1858, t. XV, p. 555).

La méthode de Ch. West est différente : il donne le sulfate de cuivre à la dose de 1 centigramme à 25 milligrammes tous les quarts d'heure, jusqu'à ce qu'il survienne un vomissement ; il dénie du reste à ce sel toute action générale, et ne voit en lui qu'an vomitif ayant ses avantages spéciaux (Ch. West. Leçons sur les maladies des enfants, trad. Archambault. Paris, 1875, p. 498).

Un médecin allemand, Hônerkopf, a préconisé les doses très élevées. 11 fait dissoudre 30 à 40 centigrammes de sulfate de cuivre dans 50 grammes d'eau distillée, et fait prendre à l'enfant de 1 à 4 cuillerées à café de cette solution concentrée. On revient à ce moyen de demi-heure en demi-heure. La moyenne quotidienne de sulfate de cuivre a été, pour quatre-vingt-dix malades, de

DICT. ENC. XXIV. 21

322 CUIVRE (tiiékai'EUTique).

31 grains par jour (près de 2 grammes). Dans quinze cas, elle a atteint A grammes. Un enfant a consommé en huit jours plus de dix grammes, et un autre une dose quotidienne de 40 grains par jour pendant trois jours (2 grammes 40 centigrammes). Il n'aurait observé aucun accident et la guérison aurait été obtenue 77 fois sur 90 cas. Alors même qu'on admettrait que beaucoup de cas de faux croup se sont glissés dans cette statistique, il faudrait cependant lui conserver sa signification thérapeutique et en tirer la conclusion que le sulfate de cuivre peut, dans le croup, être manié sans danger avec une grande énergie. Il est bien certain que le tartre stibié, employé d'une façon relativement aussi active, aurait sidéré un grand nombre de ces petits malades. Ilonerkopf, tout en faisant au vomissement, qu'il a pu, dit-il, provoquer jusqu'à cent fois pendant la durée des accidents, la part principale, admet que l'action altérante du sulfate de cuivre n'a pas été étrangère au résultat. Missaux pense que l'action locale du liquide cuprique sur les fausses membranes de l'arrière-gorge et de l'orifice supérieur du larynx peut modifier ces surfaces et prévenir la repullulation des fausses membranes diphthéritiques.

L'impression qui reste des essais nombreux qui ont été faits du sulfate de cuivre dans le croup est, à mon avis, que cet agent est très-supérieur au tartre stibié et qu'il y a lieu de le prélérer à celui-ci comme instrument de la médication vomitive.

Une analogie heureuse a conduit le docteur Sauer (de Pesth) à étendre l'emploi du sulfate de enivre, du traitement de la diphthérie laryngienne, à celui de la pneumonie, dite fibrineuse ou croupale, et sur cinquante-six cas de cette forme grorye de la pneumonie, traités par le sulfate de cuivre, qu'il administrait suivant les errements de la méthode rasorienne, il n'aurait eu que trois insuccès, La dose de sulfate de cuivre, consommée dans la durée du traitement, a été 1 gramme 25 centigrammes à 5 grammes. Le médicament était prescrit sous forme d'une potion contenant 30 centigrammes de sulfate de cuivre, 3 centigrammes d'opium et 180 grammes d'eau distillée ; on en donnait une cuillerée à bouche toutes les heures.

9" Aménorrhée. Que faut-il penser de l'action reconstituante, antichlorotique et par conséquent emménagogue, du cuivre ? Elle a été admise par quelques auteurs qui se refusent à penser que le fer seul ait le privilège de ces propriétés. Un médecin italien, Mendini, qui avait constaté l'utilité réelle des pilules dites de Grezzano, qui jouissent, dans le Véronais, d'une grande faveur populaire pour combattre l'aménorrhée, eut l'idée de les faire analyser, et il constata qu'elles contenaient du fer et du cuivre ; voulant faire la part de ce dernier métal dans les résultats obtenus, il l'employa seul sous forme d'amraoniure de cuivre associé à de l'extrait de rhubarbe et prescrivit, matin et soir, une pilule contenant 8 centigr^ammes d'ammoniure de cuivre et 20 centigrammes d'extrait de rhubarbe; dans quelques cas, il put porter la dose à quatre pilules, et il lui sembla, ce qui n'a rien d'étonnant, que l'opium, ajouté à ces substances, agissait à titre de correctif et facilitait la tolérance. Des chloroses et des aménorrhées, réfractaires aux ferrugineux, guérirent sous l'influence de cette médication. Malgré la puissance du fer pour combattre la chlorose, ce médicament, tous les cliniciens le savent, est loin de réussir toujours, et il est bon d'élargir, par le cuivre, une série à laquelle le manganèse a déjà fourni un appoint utile. Mais ici il faut tenir grand compte de l'action gastro-enténtique du cuivre et employer, dans son administration, les artifices qui sont propres à

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l'atténuer ou même à la prévenir : l'association, par exemple, du cuivre aux apéritifs; l'extrait de rhubarbe intervient à ce titre dans les pilules de Mendini prescrites pour exciter l'appétit.

10° Flux intestinaux. Le sulfate de cuivre, qui a, dans la série des médicaments cupriques, une physionomie un peu à part , jouit de propriétés hypocriniques qui s'accusent surtout dans les flux intestinaux. Le médecin bavarois Eiseiimann a utilisé celte action du sulfate de cuivre dans la diarrhée incoercible de la dentition et, dans quatre cas, il a constaté l'extrême utilité de ce moyen. Sa formule est la suivante : sulfate de cuivre, 15 milligrammes ; opium, 5 milligrammes; sucre en poudre, q. s. On fait prendre trois de ces paquets par jour. Sous l'influence de ce traitement, les selles perdent leur caractère séreux et leur fréquence, le teint se colore, l'appétit et les forces se relèvent. Les quatre observations que cite cet auteur ne peuvent manquer d'impressionner l'esprit (Eisenmann. DeVemploi du sulfate de cuivre opiacé dans le traitement de la diarrhée occasionnée par la dentition) . Je ferai remarquer que l'opium , qui entre dans cette formule à doses assez élevées pour l'âge des malades, joue un rôle important dans la médication, mais on ne saurait certainement lui rapporter tout l'honneur du résultat. Le sulfate de cuivre, dans les diarrhées de dentition et de sevrage, agit à la façon du sesquinitrate de fer, conseillé par Graves et par Trousseau [Clinique médicale, t. III), et de l'azotate d'argent. Peut-être vaudrait-il mieux, pour éviter une action offensive sur l'estomac, substituer à la formule d' Eisenmann une potion contenant du sulfate de cuivre en solution additionnée de laudanum, en tenant compte, pour les doses de ce dernier médicament, de l'extrême susceptibilité des petits enfants pour l'opium.

Trousseau a conseillé dans la dysenterie des lavements au sulfate de cuivre qu'il emploie au même titre dans cette maladie que les lavements d'azotate d'argent et de sulfate de zinc. Pour les petits enfants il prescrivait sous cette forme le sulfate de cuivre à la dose de 5 centigrammes, dose portée plus loin suivant l'âge, et pour les adultes 1 gramme. Il associait cette médication topique à l'emploi de l'ipéca et des purgatifs salins et en obtenait de très-bons résultats. Il répétait ces lavements astringents et modificateurs deux fois par jour, et recommandait de les faire précéder d'un lavement simple et de pousser l'injection médicamenteuse avec lenteur, afin de la faire tolérer par l'intestin [Clinique méd. de VHôlel-Dieu de Paris, ¥ édit., 1875, t. III, p. 188).

B, Usages topiques. Les préparations de cuivre ont été et sont encore trèsfréquemment usitées à l'extérieur à des titres divers, et, si beaucoup des formules qu'employaient les anciens sont tombées en désuétude, la notion de l'utilité des topiques cuivreux en chirurgie a persisté néanmoins.

La thérapeutique de nos devanciers admettait toute une classe de médicaments propres à modifier les plaies et les ulcères dans le sens d'une bonne direction à donner au travail de suppuration, de granulation, et par suite à la réparation cicatricielle. Les sarcotiques (de j«jo^, chair), les incarnatifs (de caro, chair) ou épulotiques, admis par eux et constituant, il faut le reconnaître, des groupes pharmacologiques assez hétérogènes, avaient dans leur idée cette propriété de hâter la cicatrisation. Ces termes ont vieilli, et l'on peut leur appliquer !e mot de la comédie : « ils puent étrangement leur ancienneté », mais ils n'en gardent pas moins en petite chirurgie un sens clinique assez précis. Sans doute le travail de régénération cicatricielle est modifié par les influences les plus diverses et quelquefois les plus opposées : phlogogénétiques et émollients peu-

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vent le favoriser ou le contrarier suivant le cas ; il ne relève pas seulement de moyens topiques, des modificateurs généraux d'un état diathésique ou constitutionnel peuvent le surexciter ou le ralentir, mais il n'en est pas moins vraique toutes les substances avec lesquelles on met en contact les bourgeons d'une plaie suppurante n'ont pas la même valeur, tant s'en faut, pour produire Vincarnation, c'est-à-dire le passage de la sécrétion du pus à celle de la lymphe inodulaire, dernier terme de ce processus local qui transforme un ulcère en une cicatrice. Or, les préparations de cuivre sont, à ce point de vue, d'une utilité qui ne semble pas contestable et dont la médecine vétérinaire, mieux avisée eu cela que la médecine humaine, continue à proliter.

Les topiques cuivreux et les topiques mercuriels jouaient jadis un très-grand rôle dans le pansement des ulcères, et je me rappelle que V eau phagédénique et Veau d'Alibour figuraient en permanence dans la boîte d'objets de pansements que je transportais d'un lit à l'autre quand j'étais étudiant ; je me souviens aussi que je voyais se modifier heureusement sous leur influence des ulcères blafards, atoniques, n'accusant aucune tendance vers la réparation. Que de choses utiles nous avons abandonnées en thérapeutique au milieu d'un fatras pharmacologie ne auquel je ne donne certainement aucun regret!

Je rappellerai parmi ces cicatrisants aujourd'hui oubliés : Vonguent cegyptiac ou mcllite de cuivre, formé de miel blanc, de vinaigre fort et de verdet, dont les vélérinaircs continuèrent à se servir ; Veau verte de Hartmann, dans laquelle l'alun était associé au cuivre; Veau d'Alibour^ dans la composition de laquelle entraient le sulfate de zinc, le sulfate de cuivre, le camphre, le safran, etc.

La liqueur de Villate est un emprunt heureux fait à la thérapeutique vétérinaire et qui restera sans doute dans la pharmacologie. On sait la difficulté avec laquelle guérissent les trajets fistuleux en général et notamment ceux qui sont entretenus- par des caries osseuses. Leur surface interne s'organise en membrane pyogénique, et l'on est obligé, pour en venir à bout, de les inciser et d'en modifier la vitalité d'une manière énergique. Notta (de Lisieux) a fait connaître en 1863 le parti utile que l'on pouvait tirer en chirurgie de l'emploi de la liqueur de Yillate dans le traitement des fistules de caries ou d'abcès froids. Les résultats annoncés par Notta ont été vérifiés peu après dans les services de chirurgie de Velpeau, Nélalon, Broca, où l'emploi de ces injections est devenu usuel. Un travail intéressant inséré par le chirurgien de Lisieux dans V Union médicale de Paris en janvier et février 1866 a enregistré les succès nombreux qu'il avait obtenus de cette pratique dans le traitement des trajets fistuleux se rattachant à des caries, à des tumeurs blanches, à des abcès froids, à des décollements traumatiques de la peau. La chirurgie se croyait donc en possession d'un moyen aussi efficace qu'inoffensif, lorsque deux observations de mort subite survenues après des injections de liqueur de Villate sont venues effrayer les praticiens. L'une a été recueillie et publiée par Herrgott (de Strasbourg), l'autre par Heine. Dans les deux cas il s'agissait d'enfants de dix à douze ans chez lesquels des accidents formidables promptement terminés par la mort et imputables à ces injections se sont déclarés d'une manière foudroyante et ont pu s'expliquer par l'entrée fortuite de l'injection dans une veine, supposition d'autant plus vraisemblable que, dans le cas publié par Heine, l'autopsie aurait permis de constater la présence dans le cœur droit d'un petit cristal de sulfate de cuivre. Notta, analysant ces deux faits malheureux, a imputé les accidents non

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pas au médicament en lui-même, mais à la façon dont il a été procédé aux injections, et il leur oppose les eus innombrables dans lesquels la liqueur de Yillate s'est montrée efficace et inoffeiisive. Il a constaté que l'injection de cette liqueur sous la peau des lapins ne détermine aucun accident et qu'il a pu en pousser de 50 centigrammes à 1 gramme dans les veines d'un de ces animaux sans que l'animal en parut incommodé {Société de chirurgie., 1868).

Quoi qu'il en soit, les faits sont des faits, et ceux de Ilergott et de Heine, sans discréditer absolument l'emploi de la liqueur de Villate, commandent au moins une certaine prudence dans son emploi. Notta pose à ce propos les règles suivantes dont il convient de ne pas s'écarter : réserver ces injections pour les trajets anciens et organisés; dilater au préalable les trajets iistuleux pour que l'injection les traverse sans les distendre; les faire précéder d'une injection d'eau pour reconnaître la contenance des clapiers et la facilité plus ou moins grande avec laquelle le liquide trouve une issue; débuter par de la liqueur de Villate étendue de moitié son poids d'eau; laisser reposer le malade après une, deux ou trois injections, en se réglant sur l'intensité de la réaction inflammatoire; renoncer aux injections forcées.

Je crois volontiers à l'innocuité des injections pratiquées dans ces conditions. Elles semblent agir à la façon des agents phlogogénétiques, qui substituent une inflammation subaiguë, et tendant à guérir, à une inflammation cbronique et stationnaire. Sous l'influence de ces injections, il se produit une vive douleur, plus ou moins durable, une poussée inflammatoire locale, puis la suppuration diminue; si le trajet provient d'un abcès ossifluent, des parcelles osseuses sont éliminées, et le trajet se recolle. Quelquefois des abcès aigus ont montré que l'inflammation substitutive dépassait la limite qu'on voulait lui assigner ; dans un cas, il y a eu un spbacèle limité de la peau.

La liqueur de Villate se prépare avec 30 grammes de sous-acétate de plomb liquide, 15 grammes de sulfate de cuivre cristallisé, 15 grammes de sulfate de zinc cristallisé et 200 grammes de vinaigre blanc. La substitution de l'acide pyroligneux au vinaigre, doit être évitée. Heine, attribuant l'action irritante de cette liqueur au vinaigre a proposé la formule mitigée qui suit : sulfate de cuivre et de zinc, de chaque 12 grammes, eau, 250 grammes.

Le sulfate de cuivre domine aujourd'bui et résume (au point de vue de ses applications) tout l'intérêt qu'offre l'emploi topique du cuivre. Cependant, on prescrit encore quelquefois l'oxyde noir et le carbonate de cuivre, surtout en Allemagne. La première de ces opérations a été considérée par Poudman comme nn fondant ou résolutif excellent dans les engorgements glandulaires. Un engorgement des glandes sublinguale et sous-maxillaire, qui avait résisté à tous les topiques et contre lequel l'iodure de potassium à l'intérieur avait échoué, disparut en six semaines, sous la seule action de la pommade d'oxyde noir de cuivre de Iloppe (de Bâle) ainsi formulée : oxyde noir de cuivre, 4 grammes, axonge, 50 grammes. Le moyen est inoffensif et mérite d'être essayé. Huet a appliqué le carbonate de cuivre au cinquantième (axonge purifiée, 500 grammes, carbonate de cuivre, 10 grammes) au traitement du prurigo des enfants, en faisant alterner les applications de cette pommade avec l'emploi de cataplasmes êmollients, et il assure qu'aucun topique ne lui a paru avoir autant d'avantages que celui-là {Répertoire de pharmacie, 1861).

Le sulfate de cuivre est le plus usuel des cathérétiques et des astringents minéraux, et son usage à ce double titre est journalier. On l'emploie quelque-

52Ô CUIVRE (tiiérapeutiql'e).

fois en substance pour modifier des bourgeons cliarnus ou toucber des muqueuses en état de blennorrbée. On se sert alors soit d'un cristal que l'on promène sur la surfiice, avec ou sans lavage ultérieur, suivant qu'on veut obtenir une action plus ou moins énergique, soit de crayons dans lesquels le sulfate de cuivre en poudre est associé à des substances inertes en proportions diverses, suivant l'activité que l'on veut donner à ces crayons. Les crayons de sulfate de cuivre de Bouilhon sont formés avec parties égales de sulfate de cuivre et de gutta-percha; on mélange après fusion. J'ai fait jadis préparer des crayons de sulfate de cuivre et de gomme adragante, et cette sorte de collyre calhérétique sec m'a semblé très-utile dans le traitement de la conjonctivite clironique.

Mais c'est surtout sous forme liquide que le sulfate de cuivre est employé en oj)labalmologie. La formule des collyres au sulfate de cuivre est d'ordinaire de 10 à 20 centigrammes pour 30 grammes d'eau. La pierre divine, mélange de 1 partie de campbre, de 20 parties de sulfate de cuivre cristallisé, d'autant d'azotate de potasse ou d'alun, est souvent substituée au sulfate de cuivre. On pourrait aussi facilement en faire des crayons cathérétiques. La dose est de 5 à 10 à 15 centigranuues de pierre divine pour 50 grammes d'eau distillée, suivant la susceptibilité de la conjonctive.

Je dois signaler à propos de l'emploi du sulfate de cuivre en collyre l'inconvénient qu'il y a à lui associer, comme on le fait très-souvent, du laudanum ou de l'opium. Ces collyres, comme ceux de sulfate de zinc, d'azotate d'argent, d'acétate de plomb, sont susceptibles, par suite de la formation d'un méconate insoluble, de tatouer la cornée, pour peu qu'elle soit érodée, d'y produire ces incrustations métalliques presque indélébiles à propos desquelles E. Ileckel a publié un intéressant mémoire (E. Ileckel. Étude sur les taches métalliques de la cornée. Traitement de cette affection par les dissolvants chimiques, in Journ. de thérap. de Gubler, t. l, p. 281, 521).

Payan (d'Aix) a signalé les propriétés escliarotiques très-remarquables du sulfate de cuivre et. a conseillé de l'employer dans certaines maladies. Si, suivant ses indications, on prépare avec le sulfate de cuivre en poudre et un jaune d'œuf une pâte molle et qu'on l'applique sur la peau à la surface d'un morceau de linge ou de sparadrap, il se produit, au point d'application, une douleur assez vive avec rougeur périphérique; au bout de trois ou quatre heures, la douleur cesse et l'effet caustique est produit. Le point sur lequel a porté la pâte de sulfate de cuivre est grisâtre et légèrement escbarifiée ; il y a une suppuration consécutive, mais le grand avantage de ce caustique est de ne pas laisser de cicatrice à sa suite. Payan a employé la pâte de sulfate de cuivre dans le cas de pustule maligne du visage, de lupus, d'épithélioma ulcéré, et il en a constaté les avantages. Il est bien probable que ce caustique des ulcérations ou des tumeurs de mauvaise nature n'agit pas seulement en détruisant les tissus, mais aussi en modifiant, à titre de cuivre, la nutrition locale, et en la ramenant au type de ses formations régulières (Payan d'Aix. Un mot sur la nouvelle poudre caustique avec le sulfate de cuivre et sur son emploi dans quelques affections chirurgicales, in Bull, de thérap., 1842, t. XXUI, p. 434).

Le docteur Tisseire, médecin militaire, a conseillé dans le cas de blennorrbée uréthrale rebelle de cautériser la fosse naviculaire avec un ci-ayon de sulfate de cuivre ; on répète cette cautérisation plusieurs fois, si l'écoulement persiste, et dans quatre cas il est arrivé à le tarir par ce moyen si simple {Gaz. méd. de r Algérie, 18G1). Mais c'est surtout en injections qu'on se sert du sulfate de

CUIVRE (toxicologie;. Ô27

cuivre dans la blennoniiagie. On l'emploie, en se conformant aux règles habituelles, sous forme de solution au 200*, soit 1 gramme pour 200 grammes d'eau ; mais le sulfate de zinc, sans qu'il y ait peut-èlre de raison pour cela, est presque exclusivement employé dans ce cas. Les injections de sulfate de cuivre dans le vagin sont aussi employées pour remédier aux leucorrhées chroniijues, après lavage et abstersion des parois du canal vaginal. Gourty conseille la dose de 2 à 5 grammes de sulfate de cuivre pour 1 litre d'eau ( Traité des maladies de l'utérus etde ses annexes. Paris, 4866, p. 615).

Je dois enfin signaler l'emploi qui a élé fait de lotions avec une solution dans laquelle entre le sulfate de cuivre, pratiquées soit sur le pénis, soit dans le vagin, après un coït suspect, pour diminuer les chances de contamination syphilitique. Jeannel a publié la formule d'une solution de ce genre en usage dans les maisons de tolérance de Bordeaux et qui se compose d'alun cristallisé, 15; de sulfate de fer, 1 ; de sulfate de cuivre, d; d'eau de Cologne, 10, et d'eau commune, 1000. Ce liquide revient à 10 centimes le litre et ne tache pas le linge. Son efficacité ne fût-elle que relative, il serait encore utile d'en répandre l'emploi (Jeannel, Formulaire officinal etmagistral international, 1870, p. 68).

Nous venons de passer en revue sans en surfaire la valeur, nous le pensons du moins, les applications séi'ieuses qui ont été faites du cuivre et de ses prcjtarations à la thérapeutique. Quelques-uns trouveront cet article trop long; les Ihérapeutistes qui sont convaincus que le progrès pharmacologique consiste autant à regarder en arrière qu'en avant verront dans ce travail une tentative de restauration d'un groupe de médicaments dont l'importance clinique m'a toujours beaucoup frappé. Les articles consacrés au cuivre dans la série des Dictionnaires qui se sont remplacés depuis le commencement de ce siècle ont, sauf celui de Uatier, esprit distingué, mais d'un radicalisme sceptique en pharmacologie, reflété, les uns après les autres, cette tendance, depuis celui de Guersent père dans le Dictionnaire des sciences médicales (1820) jusqu'au plus récent, celui de Barallier, 1872, conçu et rédigé dans un sage esprit de critique. Je viens le dernier dans cette série et j'ai tenu à montrer qu'il y a dans le cuivre autre chose qu'un médicament insignifiant et surfait. Les diverses préparations de ce métal exercent sur l'économie vivante une action énergique et originale; c'en est assez pour conclure logiquement à l'importance de leurs applications thérapeutiques, découvertes ou à découvrir. Tout poison enveloppe une série de médicaments. Voilà ce qui ne peut tromper, et je me range dans la catégorie de ces médecins dont parle Murray à propos du cuivre : « Persuasi alrocissimam veneni virulentiam, cauto et tempestivo iisu, aut idoneis additamentis cicuratam, converti in salutarem efficaciam passe (Murray. Apparatusmedicaminum, etc. Gœttingce, 1795, vol. 1, part. Il, p. 542). Le moment est d'ailleurs favorable pour tenter cette restauration pharmacologique, entre la curiosité provoquée par les recherches d'hygiène et de thérapeutique de Burq à propos du cuivre et le plaidoyer de Galippe en faveur de son innocuité. Ce dernier, en le relevant en partie du mauvais renom dont il jouissait comme substance tonique et qui a éloigné instinctivement les médecins de son emploi, aura, sans le vouloir, travaillé activement à sa réhabilitation thérapeutique.

§ IV. Toxicologie. 1. TOXICOLOGIE MÉDICALE. Les sources de l'empoisonnement alimentaire par le cuivre sont nombreuses ; on peut les rattacher à deux

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groupes : empoisonnements par les aliments eux-iuênies, empoisonnements par les récipients qui oui servi à les préparer ou à les contenir.

1° Le plus usuel des aliments, le pain, a été quelquefois adultéré intentionnellement ou accidentellement par le cuivre. Le cuivre peut provenir du chaulage du blé par le sulfate de cuivre, du blutage de la farine à l'aide de blutoirs à axes et à toiles de cuivre, enfin d'un artifice de fabrication qui fait intervenir le sulfate de cuivre ou couperose bleue comme moyen de faciliter la panification. C.ette question devant être traitée au chapitre de ÏHijgiène, je dirai seulement un mot du chaulage du blé.

Le chaulage qui a pour but d'imprégner cette semence de substances propres à prévenir le développement de la carie vise un intérêt agricole de premier ordre, et il n'y a pas lieu de s'étonner de la multiplicité des essais qui ont été faits pour atteindre ce résultat. Malheureusement quelques-uns des procédés qui ont été conseillés, et il faut reconnaître que ce sont les plus efficaces, avaient pour base des substances toxiques, et des accidents nombreux sont venus en démonti-er les dangers. C'est ainsi qu'à la lixiviation conseillée en 1756 par Tillet, au sulfate de soude indiqué par Mathieu de Dombasle, on a substitué des substances absolument toxiques, comme l'arsenic et le cuivre. Le chaulage au sulfate de cuivre ou sulfatage, qui emploie près de 5 grammes de sulfate de cuivre i)ar hectolitre de blé, est sans doute bien moins dangereux que le chaulage à l'arsenic; mais encore doit-on considérer comme justifiée l'interdiction légale formulée en 1786 de recourir au chaulage par le cuivre. La dose de 100 grammes de sulfate de cuivre indiquée pour le chaulage à l'article Blé de ce Dictionnaire semble exagérée pour le résultat à atteindre et augmenterait encore singulièrement les inconvénients, si ce n'est les dangers de cette pratique. Le procédé de Dombasle, qui associe l'arrosage au sulfate de soude au poudroyage avec la chaux éteinte, procédé dont l'expérience a reconnu l'utilité, devrait être substitué partout à l'usage des sels de cuivre, lequel mérite certainement d'être formellement interdit. A. Tardieu fait remarquer du reste avec raison que le chaulage au sulfate de cuivre n'a pas seulement d'inconvénients directs par lui-même, mais qu'il met à la disposition de gens ignorants ou parfois disposés à en faire un mauvais usage une substance que des faits nombreux autorisent à considérer comme nuisible.

2° Les animaux alimentaires appartenant aux classes des poissons et des mollusques peuvent revêtir accidentellement une toxicité attestée par des accidents sans nombre. C'est ainsi que la moule {MytUus edulis), l'huître {Ostrea edulis), l'escargot {Hélix pomatia), elheducoup d'autres mollusques sans doute, peuvent, à leur heure, devenir toxicophores. S'agit-il, en ce qui concerne les . moules, d'un poison organique engendré par des conditions inconnues de la santé de ces animaux, ou d'un poison minéral, du cuivre, par exemple, qui a été particulièrement incriminé? Cette question a été savamment traitée par Dechambre, à l'article Moules de ce Dictionnaire ; elle revient, en outre, dans l'article consacré à l'hygiène. Il en est de même pour ce qui concerne les huîtres. On sait que l'huître peut, à certains moments, devenir très-toxique et produire des empoisonnements dont la physionomie ressemble beaucoup plus, on ne saurait le contester, à ceux produits par le cuivre, que n'y ressemble l'intoxication par les moules. Or, je ne renonce pas à l'opinion que j'ai exprimée à propos des moules et que Dechambre a bien voulu invoquer ; je crois, comme je l'ai écrit ailleurs {Traité d'hygiène navale, 2« édition, 1879, p. 622), à la

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spontanéité toxique des huîtres, mais je crois aussi qu'elles peuvent, dans certains cas, devenir dangereuses en servant de véhicule au cuivre dont elles se sont imprégnées, et des faits nombreux et bien observés ne permettent pas d'en douter.

Nous n'avons pas non plus à entrer ici dans la question du reverdissage des Iriiits et des légumes, ni dans celle des mesures k prendre ou des ordonnances de police contre l'emploi des ustensiles de cuivre. Mais, sur ce dernier sujet, l'auteur de l'article relatif à Vhygiène laissant le point de doctiine à peu près intact, nous demandons la permission de nous y arrêter et d'en dire notre avis.

L'article de Murray sur le cuivre montre que le dossier de ce métal, comme matière des vases et ustensiles culinaires, est assez chargé. Des médicaments imprégnés de cuivre par le fait de leur préparation ou de leur mode de conservation ont parfois produit des accidents. Westrumb a vu du sirop de grenade et du sirop de nerprun devenir toxiques dans ces conditions; Schulze, l'auteur du réquisitoire convaincu publié sous le titre dramatique et original de Mors in olla, a vu des émulsions devenir vénéneuses par l'action du cuivre ; Hochstetter a signalé l'altération des eaux distillées; Tachemin celle de l'éther et de l'huile de cnjeput ; Fothergill a dénoncé le danger de la crème de tartre contenant du cuivre, et a signalé la même altération de l'eau potable quand elle a séjourné dans des vases de ce métal ; Willich a incriminé le beurre altéré de cette façon ; Falconet les huiles, etc. (voy. Murray, i/jyj. medicam., t.l,pars secunda, p.o35 et suiv.). Des faits plus rapprochés de nous portent le même témoignage contre les vases de cuivre. Parmentier a signalé la vénénosité des médicaments et des préparations alimentaires pour lesquels on s'était servi d'ustensiles de cuivre ; Percival a observé des accidents par l'usage, comme condiment, de la crithme marilime ou perce-pierre, de poissons conservés, de lait, de vin, etc. Devergie et Gobley ont vu de l'eau contenant du cuivre produire des accidents d'une certaine gravité (A. Devergie et Gobley, Accidents causés par de Veau contenant un composé de cuivre . Ann. d'hyg. publique, 2^ série, 1861, t. XV, p. 168). Des faits sans nombre ont été publiés qui démontrent que les vases en cuivre ont pu communiquer des propriétés nuisibles aux substances qu'ils contenaient, et ce serait en forcer singulièrement la signification que d'admettre que la toxicité dans le plus grand nombre de cas était le fait de l'altération spontanée des aliments et ne venait pas des mauvaises qualités qu'ils tenaient des vases dans lesquels on les avait préparés. J'admets bien volontiers que pour quelques-uns des aliments : charcuterie, fromage d'Italie, boudins, saucisses, la première interprétation est recevable ; mais elle ne saurait s'appliquer au plus grand nombre de ces accidents. Les partisans de l'innocuité relative du cuivre reconnaissent qu'un récurage exact des ustensiles met seul à l'abri de tout accident, et Baruel, qui se refusait à faire étamer les objets de cuivre en usage dans sa cuisine, y mettait aussi cette condition. Mais qui ne sait que faire intervenir comme élément de sécurité la vigilance des domestiques, c'est lui donner une base bien précaire ? Aussi ne faut-il pas trop s'y fier.

Les affinités chimiques du cuivre et la nature des substances avec lesquelles l'art culinaire le met le plus ordinairement en contact expliquent assez ses dangers. Le cuivre se dissout surtout facilement en présence des acides, des matières grasses, des matières salées ; mais la chaleur, et peut-être aussi le contact de certaines substances, le met dans un état relatif d'inertie : d'oii l'observation que les aliments cuits dans des vases de cuivre deviennent surtout dangereux, si on les

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laisse refroidir dans ces ustensiles. 11 est constant que la plus acide des confitures, celle de groseilles, peut utiliser sans inconvénient pour sa préparation des bassins de cuivre; elle est journellement préparée dans ces conditions dans nos ménages et avec une parfaite innocuité. Ne s'expliquerait-elle pas par l'action de la pectine, ou mieux encore par celle du sucre, qui empêclieraient l'oxydation du cuivre et l'action dissolvante des acides végétaux ?

Les corps gras sont des dissolvants énergiques du cuivre, comme on s'en assure tous les jours envoyant des gouttes d'acide stéarique fondu revêtir une couleurverte quand elles se sont figées et refroidies le long d'un bougeoir en cuivre. L'analyse démontre que le cuivre des ustensiles culinaires est attaqué et dissous par ua bon nombre des principes de nos aliments, et, si l'on n'admet l'innocuité absolue du cuivre, il faut bien en conclure que c'est là une condition à éviter.

Galippe ne l'a pas pensé ainsi ; il a plaidé énergiquement la cause du cuivre considéré comme matière des ustensiles de cuisine, et a rompu nettement avec le fer battu et le cuivre étamé. Je lui emprunterai le récit textuel des expériences, eu tout cas fort courageuses, auxquelles l'a conduit sa conviction de l'innocuité du cuivre : « Pour résoudre la question dans les termes oîi je l'avais posée, il n'y avait, dit-il, qu'un seul moyen, l'expérimentation. C'est à ce moyen que j'ai recouru : depuis plus de quatorze mois je fais usage d'aliments préparés dans des vases de cuivre. Mon alimentation est aussi variée que le permettent les ressources d'une ville comme Paris. Les viandes, les poissons, les légumes les plus divers, ont été préparés dans des vases de cuivre, absolument par les mêmes méthodes culinaires que celles employées habituellement. Des fruits acides ont été cuits et conservés dans le cuivre. Les aliments ont séjourné dans le métal pendant un temps variable et y ont refroidi. Jamais nous n'avons constaté sur nous, ni sur les personnes qui nous entourent, femmes, enfants, pas plus que sur nos amis qui viennent, à des intervalles vai'iables, s'asseoir à notre table, l'accident même le plus léger. Cependant chaque jour une certaine quantité de cuivre est introduite dans l'économie, et à défaut de dosage que je me propose de faire il suffit de voir la couleur des matières fécales pour s'assurer qu'elles contiennent une quantité de cuivre suffisante pour les colorer en noir. Nous ne pensons pas être accusé de précipitation en concluant, après plus de quatorze mois d'expériences, que l'usage journalier de vases de cuivre pour la préparation et la conservation temporaire des aliments ne présente aucun danger, contrairement à ce qui a été dit et écrit jusqu'ici. Si une telle pratique est exempte de dangers, elle n'est pas cependant à l'abri de certains inconvénients que je vais signaler. Lorsqu'un aliment cuit dans un vase de cuivre est riche en matières grasses et s'y refroidit, les corps gras se colorent en vert avec la plus grande facilité. On sait quelle est la sensibilité de cette réaction qui a été utilisée en an.ilyse, et je comprends que des esprits timides reculent devant un mets recouvert, d'une couche verte plus ou moins intense. C'est là même ce qui a le plus contribué à inspirer la crainte du cuivre, car le vulgaire comprend sous le nom de vert -de-gris les composés complexes qui se forment au contact du cuivre et qui offrent une coloration vert intense. Cet inconvénient est d'un ordie purement optique, et j'aflirme que les corps gras colorés en vert par le cuivre sont inoffensifs. Dernièrement, sur l'invitation de M. le docteur Thomas E. Jenkins, commissaire des Étals-Unis à l'Exposition universelle, j'ai réalisé l'expérience suivante qui, d'après mon honorable contradicteur, avait causé la mort de plusieurs personnes. Après avoir fait bouillir dans un récipient de

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cuivre du lait et des œufs, en agitant constamment jusqu'à consistance de crème, j'ai laissé refroidir ce mélange pendant vingt-cinq heures dans le vase. Au bout de ce temps, les bords de celui-ci étaient recouverts de crème rendue verte par la présence de composés cupriques qui s'étaient formés gnlce à l'action de l'air et aussi sous l'influence du lait aigre. L'aspect de ce mets n'était nullement engageant ; sa saveur, surtout dans les parties qui avoisinaient les bords du vase, était cuprique, c'est-à-dire fort désagréable. 11 aurait été difficile de faire avaler un semblable aliment à une personne non prévenue. Nous avons absorbé dans un but expérimental (surmontant, nous l'avouons, la répugnance que nous inspirait la saveur cuprique très-prononcée dans ce cas) environ une assiette à dessert de cette crème. Nous n'avons éprouvé aucun accident. Un semblable aliment, préparé dans les conditions ci-dessus énoncées, ne saurait être absorbé sans que la saveur des composés cupriques se fasse sentir; il pourrait produire des nausées, des vomissements riiême, mais son absorption n'est pas dangereuse. Le docteur Jenkins pensait que l'acide pbosphoglycéiique contenu dans le jaune d'oeuf pouvait former avec le cuivre des composés trèstoxiques. L'expérience que nous venons de rapporter n'a pas corroboré l'hypothèse de notre savant confrère » (Galippe. De rasage des vases culinaires en cuivre, in Ann. d'hyg. pitbl., 2* série, 1878, t. L, p. 428).

Ces expériences in anima nobili sont à coup sur fort intéressantes, surtout la dernière ; mais peut-être perd-elle un peu de sa valeur démonstrative par le fait du mithridalisme cuprique que ce médecin a conquis laborieusement par une action prolongée du cuivre, et je doute que IM. Jenkins se fût tiré à aussi bon marché de cette épreuve. Quant à l'emploi prolongé de vases de cuivre pour la préparation des aliments consommés par lui et par sa famille, il est probable que leur état de piopreté irréprochable a contribué à en neutraliser les inconvénients. Des cuisines mal tenues où il serait fait une semblable expérience ne jouiraient vnfisemblablement pas de la même immunité. Et, comme il faut toujours en hygiène compter sur l'incurie et la négligence, il me paraît plus sur de poursuivre le problème pratique d'un étamagc inoffensif. Galippe uiïirme qu'on a porté souvent au dossier du cuivre les méfaits du plomb. C'est aller trop loin dans la justification du premier de ces métaux, ces deux empoisonnements n'ayant entre eux aucune ressemblance chimique. Le cuivre est moins vénéneux qu'on ne l'avait cru ; le plomb est indéfendable ; il faut se défier de l'un et de l'autre et les renvoyer dos à dos, comme deux complices d'inégale culpabilité, mais au fond peu dignes de considération. Tel me paraît être le verdict de l'hygiène. Nous reviendrons du reste bientôt sur cette question de l'innocuité ou de la toxicité du cuivre.

L'étamage qui recouvre le cuivre d'une couche mince d'un métal inoxydable, ou d'une oxydation t elativement difficile, s'est proposé utilement ce but de préservation. Cette pratique est très-ancienne, puisqu'il paraît que les Gaulois, nos ancêtres, connaissaient et pratiquaient l'étamage, ce qui implique au moins l'idée qu'ils se défiaient du cuivre, et elle est encore aujourd'hui d'un usage à peu près général. Le mot d'étamage est impropre : il est étymologiquement mal formé, il faudrait dire stannage, mais l'usage l'a consacré et il exprime l'application industrielle d'une couche d'étain, pur ou allié à d'autres métaux, à la surface du cuivre ou du fer. Le cuivre est soigneusement décapé et l'étain en fusion est étalé à sa surface avec de l'éloupe ; ce procédé ne donne pas une couche d'étain d'une épaisseur uniforme, et, là oii l'étain est enlevé, les hquides

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dissolvants attaquent avec énergie, par le fait d'une action voltaïque, le cuivre mis à nu. Mais l'étamage ordinaire est incriminable à un autre point de vue qui est plus grave. L'étain employé à cette opération n'est presque jamais pur, et Vétain fin lui-même contient des proportions notables de plomb. Que dire dès lors de l'étain ordinaire? Bobierre a constaté que les étameurs de Nantes emploient de l'étain contenant de 25 à 42 pour 100 de plomb. D'après Jeannel ils se serviraient à Bordeaux d'un étain contenant 25 et même 50 de plomb.

Toutes les villes en sont là et, à plus forte raison, les petites localités qui confient à des étameurs ambulants, affranchis de tout contrôle et de toute surveillance, le soin d'étamer leurs ustensiles culinaires. La tolérance de 16 à 18 pour 100 édictée par la circulaire de 1839 ne saurait certainement être approuvée, aujourd'hui que les hygiénistes sont mieux fixés qu'ils ne l'étaient à cette époque sur l'extrême toxicité du plomb, même à petites doses. La circulaire du 28 février 1855, mieux avisée, prescrivait l'étamage à l'étain fia; Girardin, Rivière et Glouet, ont considéré avec raison la tolérance de doses minimes de plomb pour l'étamage (Bobierre 10 pour 100, Gobley 5 à 6 pour 100, Z. Roussin 5 pour 100) comme ne donnant pas de garanties suffisantes. Préparant avec du plomb et de l'étain, chimiquement purs, des alliages contenants, 10, 15, 20 et 25 pour 100 de plomb, et exposant des bandes de métal, ainsi étamées, à l'action de l'eau salée et de l'eau vinaigrée, ils ont constaté que l'étain le plus pur (celui à 5 pour 100) cédait encore à ces liquides des proportions notables de plomb : aussi ont-ils conclu à la nécessité de rendre obligatoire l'étamage à l'étain (in. Leur conclusion que « le plomb est toujours nuisible et qu'il ne doit jamais entrer dans la composition de l'étamage » paraîtra à coup sûr très-légitime. On sait la campagne ardente et convaincue que mon vénéré maîtie, feu Am. Lefèvre, a menée à bonne fin pour faire proscrire l'étain plombifère de l'étamage des appareils distillatoires et des ustensiles employés à bord des navires. Ce progrès du à ses efforts a été réalisé par voie administrative ;*il se'fera attendre longtemps dans l'hygiène domestique, qui est au reste peu soucieuse de cet intérêt, si grave cependant, et qui ne semble pas désirer beaucoup qu'on la protège.

Quant à nous, très-convaincu de l'utilité d'un bon étamage, nous considérons un étamage à l'étain impur comme plus dangereux que le cuivre lui-même, et nous serions en cela de l'avis de Barruel, parce qu'à nos yeux le plomb est bien autrement à craindre que le cuivre. L'étain étant presque toujours plombifère, il y a donc lieu de poursuivre la substitution d'un autre alliage à celui-ci pour l'opération de l'étamage.

L'introduction du plomb dans l'étain destiné à cet usage a pour but de durcir l'étain et d'en faciliter la mise en œuvre. On a proposé de remplacer le plomb par d'autres métaux. Ualliage polychrone de Biberel, ainsi nommé à raison de sa durée, est formé de 6 parties d'étain et 1 de fer ; on le prépare en jetant dans l'étain en fusion des rognures de fer et en portant au rouge. Cet étamage, déjà proposé en 1832 par Estiemal et Vuillemot, a de précieuses qualités d'innocuité ; mais on lui reproche d'être d'une application plus laborieuse, d'exiger une couche plus épaisse, d'avoir moins de brillant, etc. Ces inconvénients ne pourront-ils pas être éludés par une diminution dans les proportions du fer? Richardson et Motte ont proposé un alhage formé de 16 parties d'étain, 1,6 de rognures de fer et 1,-4 de nickel ; on fait fondre ces métaux dans un flux composé de borax et de verre pilé. Il importe de poursuivre ces essais et de tirer la

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santé publique de l'alternative où elle est maintenant d'être empoisonnée par le cuivre ou par le plomb de l'étamage. Nulle question d'hygiène privée et publique n'est plus grave que celle-ci et ne demande une solution plus urgente.

Nous venons d'exposer les opinions traditionnelles qui jusqu'ici avaient été acceptées de tout le monde en matière de toxicologie du cuivre. Cette phrase de Murray les résume : Cuprum, qiiacunque forma deglutilum, miUenas excitât turhas, in digestionis negotio potissimum , et liaud raro mortem. Le cuivre était ainsi mis, dans l'échelle des poisons, au-dessous de l'arsenic et au-dessus du plomb ; l'émotion populaire lui avait conservé ce classement, et cette réputation toxique avait pesé lourdement sur l'emploi thérapeutique du cuivre. Des faits innombrables d'intoxications accidentelles, de suicides, d'empoisonnements criminels, avaient solidement établi la notion des dangers attribués à l'ingestion des préparations cupriques, et c'est à peine si de temps en temps, sans contester la vénénosité du cuivre, on plaidait timidement l'exagération des sévices qu'on lui rapporte. Les choses en étaient là, lorsque Galippe est venu récemment se poser en champion de ce métal calomnié et s'est efforcé, un peu paradoxalement, de montrer qu'il ne méritait en rien sa mauvaise réputation, que c'était une substance quasi-inoffensive et que, si elle est aussi mal famée, il faut se Vexpliquer par l'exagération, la persistance routinière d'une idée fausse et une interprétation erronée des faits allégués contre elle. Rien ne pouvait passionner à un plus haut degré la curiosité scientifique que cette allégation qui battait en brèche une opinion généralement acceptée et alarmait singulièrement la conscience des médecins juristes au lendemain d'un procès criminel, celui de l'herboriste Moreau, de Saint-Denis, procès terminé par une condamnation à mort pour des faits d'empoisonnement par le sulfate de cuivre. La question a été d'abord posée sur le terrain médico-légal, et d'expériences sur les chiens soumis à des doses considérables de sulfate de cuivre Galippe a tiré celte conclusion formelle que, chez ces animaux, la coupei'ose bleue, susceptible de produire des vomissements et des troubles intestinaux, ne pouvait, dans aucun cas, déterminer la mort. Puis, de ce terrain, elle a été transportée sur le domaine de l'hygiène privée, et là encore l'innocuité du cuivre, et partant l'usage parfaitement inoffensif des vases et ustensiles de ce métal pour la préparation et la conservation des aliments, ont été absolument affirmés. Examinons au point de vue ci^tique la valeur des faits allégués par Galippe et par la petite École cuprophile qui s'est groupée autour de lui.

Une note lue à ï Association française pour V avancement des sciences, en 1875, par ce médecin distingué et convaincu, résume les essais auxquels il se livrait depuis plusieurs années pour démontrer que le cuivre n'est pas toxique. Ses expériences ont eu pour objet les divers sels de cuivre, mais notamment l'acétate neutre de cuii^re et la couperose bleue, les deux préparations considérées comme les plus dangereuses, et celles qui ont fourni le plus grand nombre des cas d'empoisonnements accidentels ou criminels. Un chien de 8 kilogrammes a pris pendant cent vingt jours une moyenne de 50 centigrammes d'acétate neutre de cuivre par jour, soit en tout 72 grammes de ce sel, ce qui équivaudrait, en prenant pour base de comparaison l'étalon peu acceptable du kilogramme de poids, 560 grammes d'acétate de cuivre, o\i une moyenne journalière de 4 grammes pour un homme du poids moyen de 60 kilogrammes. L'animal a vomi de temps en temps et a en de la diarrhée, mais l'appétit s'est

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conservé. A l'autopsie, on a trouvé 51 centigrammes de cuivre dans le foie. Un autre chien mis en expérience prend à plusieurs reprises 5 grammes de ce sel en une fois, il n'est pas empoisonné et cependant il ne vomit pas ; avec le vert-degris ou acétate basique de cuivre, des résultats analogues sont observés. Un chien prend pendant vingt-deux jours 65 centigrammes de vert-de-gris, soit 15 grammes en tout de ce sel, et il en réchappe. Des chiens ont pris 45 grammes de sulfate de cuivre en cent vingt-deux jours, 65 grammes en cent cinquante et un jours, 47 grammes en cent sept jours, et n'ont pas été empoisonnés. Dans d'autres cas, le sulfate de cuivre a été donné à la dose de 5 grammes par jour, il y a eu des vomissements, mais les animaux n'ont pas succombé. « Dans tous les cas, dit GaJippe, les résultats ont été identiques. Que le cuivre ait été donné comme aliment, à faible dose prolongée ou à forte dose, ou bien encore en lavement, je n'ai jamais» observé d'empoisonnement mortel. Je me crois donc autorisé à considérer comme vraie la proposition que le cuivre ne peut pas produire d'empoisonnement mortel, et l'on conçoit l'importance de cette démonstration au point de vue de la médecine légale. Je conclus donc en niant la possibilité de l'empoisonnement lent par les sels cupriques, en disant que l'empoisonnement aigu, sauf peut-être les cas de suicide, n'est pas réalisable, tant à cause de la saveur horrible des composés de cuivre qu'à cause de leurs propriétés émétiques énergiques. »

Ajoutons que Galippe ne s'en est pas tenu dans ces diverses expériences à l'emploi des acétate et sulfate de cuivre, qu'il s'est servi tour à tour du lactate, du tarlrate, du citrate, du malate, de l'oxalate, de l'oléate, du carbonate de cuivre, du bioxyde de cuivre, et enfin du protochlorure de cuivre, qui lui a paru avoir des propriétés toxiques énergiques. Avec toutes ces substances, sauf la dernière, les résultats ont été les mêmes, et cependant le cuivre était absorbé et s'accumulait dans le foie en quantités qui excédaient celles retrouvées dans cet organe dans les expertises médico-légales, puisque sur un chien qui avait pris 98 grammes de sulflite de cuivre en cent cinquante jours le foie, du poids de 300 grammes, a fourni à l'analyse 22 centigrammes de cuivre.

Rapprochons de ces résultats quasi-négatifs obtenus par Galippe sur les chiens ceux qui ont été notés par les observateurs qui, avant lui, avaient fait des essais analogues sur les animaux de cette espèce, et pour donner plus de rigueur à cette comparaison faisons-la porter sur des préparations identiques.

Les chiens ne se sont pas toujours montrés aussi réfractaires à l'acélale de cuivre que dans les expériences de Galippe. Le travail, devenu classique, de Drouard {Expériences et observations sur V empoisonnement par Voxyde de cuivre [vert-de-gris] et par quelques sels cuivreux. Diss. inaug., in-S". Paris, 5 fructidor an X), relate des expériences dont les résultats sont en contradiction flagrante avec ceux observés par Galippe. Elles nous montrent bien qu'un chien de forte taille, auquel on avait administré à plusieurs reprises 30 centigrammes d'acétate de cuivre basique, n'en a été que médiocrement incommodé quand il a vomi, mais qu'il a présenté, quand le rejet de la substance par les vomissements a été incomplet, des accidents gastro-entéritiques d'une réelle gravité. A côté de ce fait, on en trouve un autre où la mort est survenue vingt-deux heures après l'ingestion d'une même dose de vert-de-gris, qui, le vomissement faisant défaut, avait été intégralement conservée. Et ce résultat paraissait à l'expérimentateur avoir un caractère si peu exceptionnel, qu'il donne la mort des animaux mis en expérience comme un des traits habituels de

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l'empoisonnement par le vert-de-gris. Un grain de cette substance injecté dans la veine jugulaire a produit un vomissement un quart d'heure après, mais l'animal n'en a pas moins succombé le quatrième jour, après être resté, pendant cette période, dans un état de langueur, et avoir présenté une paralysie du train de deirière. Chez deux autres chiens la mort a été très-prompte, et la pensée qui se présente naturellement à l'esprit, que de l'air a pu être injecté dans la jugulaire et déterminer mécaniquement la mort, est écartée par le soin qu'a eu l'expérimentateur de distraire de ces faits un cas dans lequel la mort est survenue réellement sous cette influence. Le verdet ou acétate neutre de cuivre a produit les mêmes effets, mais avec plus d'intensité, ce qu'explique sa solubilité plus grande. Avec ce sel, Drouard a vu la mort survenir au bout de deux heures. 11 attribuait au sulfate de cuivre une action plus toxique (assertion qui a lieu de surprendre quand on songe aux doses de ce compose qui ont été employées dans les expériences de Galippe). Le sulfate de cuivre ammoniacal lui a paru aussi actif que l'acétate basique.

Les expériences de Smith et d'Ortila les ont conduits à des résultats trèsanalogues à ceux de Drouard, tant en ce qui concerne les acétates que le sulfate de cuivre. Comment expliquer ce désaccord? La physiologie du chien n'a pas changé, les substances mises en essai sont de même nature, et ce serait porter la question sur un terrain que Galippe n'accepterait certainement pas, en toute équité et toute raison, que d'invoquer entre les expérimentateurs des deux époques une différence de bonne foi ou de rigueur d'observation. D'ailleurs, il ne s'agit pas ici d'une interprétation, mais d'un fait de constatation matérielle. Des chiens auxquels on a administré du verdet ou du sulfate de cuivre s'en tirent ou succombent. Drouard et Orfila n'ont pas pu s'y tromper plus que Galippe. 11 y a donc là un indéterminisme dont il faut poursuivre la solution. Serai l-ce que les préparations cupriques ont été données par Drouard et Orlîla à des doses relativement minimis, qui ont facilité l'absorption du poison et le développement de ses effets toxiques généraux, tandis que les doses massives dont se sont servis Galippe et ses collaborateurs ont habituellement éliminé la substance par les vomissements ? J'avoue que mon esprit, tiraillé ainsi entre des assertions aussi opposées et qui émanent d'hommes dont la véracité est également évidente, se réfugie volontiers dans cette interprétation. Le chien n'est pas d'ailleurs un sujet d'expériences à choisir pour les poisons qui, à leurs effets généraux, joignent une action émétique ; on sait en effet que cet animal vomit avec une extrême faciUté, sans nausées apparentes, presque à volonté et par un simple mouvement de contraction des flancs. Et ce qui prouve bien que l'éjection du poison peut s'opposer chez lui à ses effets, c'est que d'autres animaux mis en expérience se sont montrés beaucoup moins réfractaires au cuivre. Une poule nourrie avec du blé arrosé d'une solution de sulfate de cuivre a succombé au bout de trois jours. D'un autre côté, Moreau a vu chez des grenouilles l'introduction de cristaux de sulfate de cuivre dans le péritoine amener la mort par parésie cardiaque. Rabuteau, injectant chez les mêmes animaux de 1 centigramme 1/2 à 3 centigrammes de sulfate de cuivre, a constaté que ce poison abolissait l'activité musculaire, et qu'une ligature des vaisseaux d'un des membres avant cette injection conservait aux muscles de ce côté l'intégrité de leurs propriétés physiologiques. Donc la proposition de Galippe, que les sels cupriques ne peuvent jamais déterminer la mort, ne saurait en rien être considérée comme inattaquable. D'ailleurs la mort, qu'il invoque comme

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seul critérium de la toxicité, ne saurait, au cas où elle serait déterminée plus rarement qu'on ne l'a cru jusqu'ici par les préparations de cuivre, infirmer, quand elle manque, la qualité vénéneuse que la tradition scientifique et vulgaire leur attribue. A côté de la mort toxique, il y a la maladie toxique, et à côté de la mort expérimentale, tragique, à courte échéance, la mort clinique amenée directement ou indirectement par les troubles dynamiques ou les lésions gastro-intestinales, que (personne ne le nie, pas même Galippe) produisent les empoisonnements par le cuivre. Nous tenons à établir cette distinction fondamentale, parce qu'elle soustrait la question à l'autocratie inacceptable du laboratoire pour la restituer en partie à la clinique.

Ceci nous conduit de l'expérimentation chez les animaux, qui n'a qu'une valeur relative, à l'étude des effets toxiques du cuivre chez l'homme, dans les cas d'empoisonnements accidentels ou criminels. Le chien est le chien, l'homme est l'homme, et, sans nier les lumières que la toxicologie expérimentale observée sur les animaux peut apporter dans l'étude des poisons appliqués à l'organisme humain, on doit prudemment, ce me semble, considérer les faits qu'elle recueille comme n'ayant qu'une valeur inductive, tant que la clinique ne les a pas confirmés.

Or, les livres et les journaux sont remplis de faits qui démontrent que le cuivre est vénéneux pour l'homme, et il n'est jamais administré à doses suffisantes sans développer un appareil de symptômes très-nettement caractérisés. une véritable maladie cuprique, que la thérapeutique maintient intentionnellement dans des limites inoffensives, mais auxquels des accidents fortuits ou provoqués dans un but criminel doiuient son accentuation la plus expressive. Tous ces faits montrent, comme nous l'avons vu, que le cuivre exerce sur l'économie une action des plus énergiques, action gastro-entéritique d'un côté, intoxication du système nerveux de l'autre. Le lait observé à l'Ilôlel-Dieu en 1851, celui publié par le Journal de médecine de Bordeaux en 1844, celui relaté eu 1847 par le Journal des connaissances médico-chirurgicales, etc., déroulent lo tableau d'une action toxique très-profonde, et qui se fût vraisemblablement terminée par la mort, si elle n'avait été combattue méthodiquement. Des vomissements opiniâtres, des coliques, des selles sanguinolentes, de l'anxiété précordiale, un enchaînement de la respiration, de la petitesse et de l'irrégularité du pouls, des sueurs froides, une tendance syncopale, des convulsions, etc., ne suffisent-ils pas pour démontrer la toxicité d'une substance, et faut-il que ces accidents aillent très-loin dans la persistance ou dans l'intensité pour amener la mort? D'ailleurs celle-ci a été souvent observée, et le fait de Portai relatif à deux individus qui succombèrent à une intoxication cuprique pour avoir mangé un ragoût cuit dans un vase de cuivre mal récuré n'est qu'un exemple de la léthalité possible de cet empoisonnement.

Nous reconnaissons toutefois, sans peine aucune, que la toxicité du cuivre a été exagérée, surtout en ce qui concerne les doses, et l'englobement de toutes les préparations de cuivre sous un même coefficient de véiénosité. Le cuivre métallique, comme Prouard l'a reconnu dans ses expériences, paraît, sinon inoffensif, du moins inapte à produire des accidents mortels; les pièces de cuivre ou d'argent cuivreux introduites accidentellement dans l'estomac peuvent, en se dissolvant en partie dans les liquides alimentaires ou dans les produits des sécrétions gastriques, produire quelques-uns des symptômes gastro-intestinaux de l'empoisonnement cuprique , mais cette limite n'est pas dépassée. L'acétate de cuivre lui-même exige ordinairement des doses plus considérables

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qu'on ne le croyait jadis poui' amener la mort, et une malade qui avait pris pour se suicider 20 grammes de sulfate de cuivre dans un verre d'eau a traversé sans doute des accidents formidables, mais un traitement énergique en a triomphé. L'eùt-on sauvée, si elle n'avait eu des vomissements très-abondants et très-prompts qui ont sans doute évacué la plus grande partie du poison? 11 est permis d'en douter. Enfin Galippe, accomplissant un acte de robuste conviction et en même temps de très-honorable courage scientifique, a prétendu démontrer par son exemple que les aliments préparés dans des vases en cuivre mal récurés, et même ayant pris en se refroidissant dans ces ustensiles une saveur et une couleur cuivreuses, étaient sans doute répulsifs pour le goût et la vue, mais n'offraient aucun danger. Nous avons relaté plus haut les détails de l'une de ces expériences.

Quelle est donc la conclusion pratique à tirer de ces essais et de ces observations contradictoires ? Faut-il considérer le cuivre comme inoffensif et se départir des précautions qui sont propres à empêcher toute adultération des aliments par cette substance? Nous ne pensons pas que cette sécurité soit justifiée, et la surveillance en cette matière, sans être aussi émue, doit demeurer tout aussi vigilante que par le passé. Les travaux remarquables de Galippe auront eu ce résultat de démontrer *que les préparations du cuivre considéré comme le prototype des poisons ne sont nullement aussi intangibles qu'on le supposait, que leur ingestion n'amène que rarement la mort, mais que, dans les cas les plus favorables, elles produisent, moitié par les lésions gastro-intestinales, moitié par une action spéciale et énergique sur le système nerveux, une maladie toxique dont le caractère est parfois une ténacité très-grande , un empoisonnement dont les suites éloignées ne sont pas calculables. Je lui sais gré, comme thérapeutiste, d'avoir affranchi l'esprit des médecins d'une frayeur exagérée qui pesait sur l'usage médical du cuivre et d'avoir ainsi préparé la restauration de ce médicament énergique, mais comme hygiéniste je ne saurais entériner les lettres de grâce complètes qu'il a octroyées aux préparations de cuivre.

L'empoisonnement par le cuivre étant admis, sous les réserves d'atténuation que je viens d'exprimer, il me reste à décrire rapidement cette maladie toxique et à indiquer les moyens qui sont propres à la conjurer.

Laborde a nié que le sulfate de cuivre, introduit par une voie autre que l'estomac, produisît le vomissement. Cette assertion est contredite par celle de Drouard, qui a vu le vomissement survenir à la suite de l'injection veineuse d'une solution d'acétate de cuivre, et par Galippe lui-même, qui a constaté ce symptôme chez les chiens lorsque le sulfate de cuivre leur était injecté dans le rectum. Deux obstacles s'opposent à la production des effets généraux du cuivre : le vomissement et l'action caustique exercée sur le tissu cellulaire par quelques-unes des préparations cupriques, notamment le sulfate de cuivre, qui suscite des lésions locales peu favorables à une absorption physiologique ; mais, quand la préparation cuprique a pénétré dans la circulation, elle développe, si les doses sont toxiques, une série de symptômes dont les plus saillants sont des vomissements, des déjections avec coliques, de la cardialgie, une altération marquée des traits, de la pâleur, du refroidissement des extrémités, une sensation extrême de faiblesse avec petitesse et irrégularité du pouls ; l'anxiété respiratoire est toujours très-marquée; on a signalé de la céphalalgie, des crampes, dans quelques cas des convulsions, plus rarement.du délire ; si l'on n'arrive à se

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