‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.25Chapitre 73 sur 108 · L. Hn · texte numérisé non relu

L. Hn

DANIELLI (Stefano). Médecin ilalien, né à Butrio, dans les États de Bologne, le !«' juin 1656, Il fit ses premières études chez les jésuites, les termina chez les dominicains, puis étudia la médecine à l'Université de Bologne et y fut reçu docteur. Peu après, il obtint la chaire d'anatomie et devint même recteur de l'Université. Disciple et ami de Sbaraglia, il le défendit avec passion et fanatisme contre Malpighi, sans s'inquiéter s'il avait tort ou raison. ^ Danielli fut praticien et professeur distingué. De son vivant, il fut honoré d'un monument qu'on plaça dans les écoles avec cette inscription : « D. 0. M. S. V.D.Stephano Danielli, aetalis ann. sexaginta quatuor, philosophiae et medicinae doctori, civi Bononiensi, musis amicissimo, Inslituti scientiarum academico honorario reclori meritissimo ; oh cadaveris hiimani sectionem pluries exhibilam, multos discipidos hic et domi edoctos; in anatomicam cathedram semel iternmque ascensum, frequentiorum in theatro anatomico argumentaiionem ; in praeceptorem suum Sbaraleam gratum animim , editaque opéra, etc. ». En 1726, on frappa une médaille en l'honneur de Danielli; on voyait d'un côté son portrait et son nom, et au revers cette légende: Provirtute Sbaraleae fortis.

On ne connaît pas l'époque de la mort de Danielli. Il laissa une fille unique, nommée Laurc, qui parlait les langues anciennes et avait acquis une connaissance si profonde de la philosophie et de la géométrie, qu'elle en soutint publiquement des thèses et mérita d'être placée au nombre des femmes célèbres. Danielli a publié :

\. Animadversio hodierni status medicinœ pracdcœ. Venetiis, 1709, in-8°. Suppl., ibid., 1710, in-S". — II. Animadversioni hodiernœ medicinœ status addiiio. Bononiœ, 1719, in-4°. — III. Epistola responsiva ad D. Gotli. Bononiœ, 1710, in-4°. — IV. Vita prceceptoris sut Joan. Hieron. Sharaleœ. Bononise, 1710, in-4°. ^ — V. Raccolta di quesiioni intorno a cose di botanica, nofomia, filosofia e medicina, agitate già tra gli célébrât i ssimi publici prof essor i nella univcrsità di Bologna, Marcello Malpighi et Giangirolamo Sbaraglia ; fatta pcr uso degli studiosi. Bologna, 1723, in-8°. L. Hs.

DAXIELSSOX' (C.vRL-NicLAs). Médecin suédois, né à Aasheda, près de Wexiô, dans Kronsberg-Lân, le 9 février 1794. Il étudia la médecine à Upsal, à partir de 1816, puis en 1818 se rendit à Stockholm, en 1820 à Lund, prit son degré de candidat la même année, celui de licencié en 1821. Dans l'intervalle, il avait servi dans l'armée et dans la flotte, et avait pris part à l'expédition de Norvège. Beçu maître en chirurgie en 1822, docteur en médecine à Lund en 1825, membre de la Société de médecine de Suède en 1828, Danielsson mourut le 12 juillet 1832, laissant entre autres :

I. Diss. inatig. Disq. in cephalalgiam (Pnes. J. Sonnerberg). Lundae, 1821, in-8'. — II. En hëndelse af retentio mensium till fôlje af hymen imperforatus. In Sv. Lâk. Sàllsk. Aarsberâtt., 1825, p. 95. L. Hs.

DANHALIS (Les). Une des races occupant l'Abyssinie {voy. Abyssinie, p. 250). D.

DATi'IV (Edduard-Otto). Médecin allemand, né à Kônigsberg vers 1795, étudia la médecine à Halle et y prit le bonnet de docteur en 1820. En 1831 il fut envoyé en Russie pour étudier le choléra, puis dirigea à Dantzig une ambu-

DANSE DE SAINT-GUY. i^^

lance de cholériques, qui renfermait plus de 200 malades. Il fut nommé chevalier de l'aigle rouge de 4" classe en 1833. Le reste de sa carrière ne nous est pas connu. On a de lui :

I. Dissert, inaug. de ophthalmia arthritica et rheumatica. Ilalœ, 1821, in-8°. — II. Die Cholera-Epidemie in Danzig, wâkrend des Sommers 1831. Danzig, 1831, gr. in-S". — III. Topographie von Danzig, besonders in physischer iind medicinischer Hinsichl. Berlin, 1855, gr. in-8°. — IV. Bericht ûber die im Anlrage eines hohen K. Preuss. Ministerii, behufs der Untersuchung der Choiera, nach Russland unternommenen Reise. In Horn':^ Archiv f. med. Erfahr., Bd. I, p. 302, «32. L- "n.

Dann (Edmund). Confondu avec le précédent par GaUisen, cet auteur naquit à Danlzig au commencement du siècle, fit ses études médicales à Berlin, y prit le degré de docteur en 1828 et deux ans après devint privat-docent à l'Université. Il continua à exercer la médecine à Berlin. Nous connaissons de lui :

I. Devenem botulini viribus et natura. Diss. inaug. Berolini, 1828, in-S". — IF. Comment, de pavacusi sive de audilus hallucinationibus. Bfirolini, 1830, gr. in^". — III. SIeizze einer Geschichle der Ohrenheilkunde (extr. de Horn's Arch. f. med. Erfahr., 1834). Berlin, 1835, in-8°. — IV. Articles dans les journaux médicaux. L. Hî».

DAIVSE (Hygiène). Voxj. Exekcice.

DAIVSE DE SAll«T-GU"ï. CuoRÉE. La chorée est une névrose constituée essentiellement par des troubles psychiques, sensitifs et moteurs. Ces derniers, les plus importants de tous, consistent en mouvements désordonnés, incohérents et involontaires.

I. Historique. Avant d'arriver jusqu'à nous, le nom populaire de la maladie dont le terme scientifique n'est que la traduction gréco-latine a subi de singulières vicissitudes, parce qu'il a été donné, suivant les époques, à une série de maladies ayant comme caractérique essentiel des (roubles moteurs choréiformes, maladie probablement polymorphes et dans tous les cas mal conuues. Appliqué d'abord aux affections épidémiques de la fui du moyen âge, il prit de l'impoitance lorsque les pathologistes l'adoptèrent sans cependant gagner en clarté. On l'appliqua indistinctement à toutes les affections dans le cours desquelles on trouvait des mouvements involontaires ou désordonnés, lors même qu'aucun d'eux ne rappelait les gestes des danseurs. Plus tard Sydenham, qui, comme le dit Trousseau, ne se piquait point d'érudition, décrivit très-bien la névrose que nous étudions et lui réserva le nom de chorea sancti Viti. L'exactitude clinique de son travail rallia bientôt les médecins à ses idées. On alla même trop loin : les ouvrages antérieurs furent interprétés, les épidémies du quatorzième et du quinzième siècle furent étudiées rétrospectivement ; des déductions rigoureuses furent tirées de documents incomplets et d'une véracité suspecte. On arriva ainsi à conclure que la danse de Saint-Guy de 1374 et de 1414 décrite par Brunfels, Paracelse, de Horst, etc., n'était pas la vraie danse de Saint -Guy. Il eût autant valu dire que les premiers écrivains avaient eu le tort d'appliquer aux calamités dont ils étaient les témoins un nom dont un médecin anglais devait changer le sens plusieurs centaines d'années après eux.

Cette conclusion avait-elle d'ailleurs le mérite d'une grande probabilité? Estil exact que les névroses motrices appelées toutes chorea sancti Viti par des

médecins du seizième siècle, que les manies dansantes elle-mêmes fussent absolument différentes de la chorée moderne ? Tel est le problème que nous allons essayer de résoudre.

Ceux qui admettent la distinction se fondent : 1° Sur les symptômes des deux maladies ; 2° Sur les circonstances qai ont précédé l'apparition des danses épidémiques.

Ce que nous savons là-dessus se réduit à bien peu de chose : au mois de juillet de l'année 1574 des maniaques se montrèrent en grand nombre dans plusieurs villes des bords de la Meuse ou du Rhin. Ils arrivaient on ne sait d'oîi, se livraient à des contorsions de toute sorte, à une danse frénétique devant les églises et les monuments publics ; quelques-uns poussaient des exclamations mal articulées que l'on prenait pour les noms d'esprits infei'naux. La vue de certaines couleurs, comme le rouge ; d'objets particuliers, comme les souliers à la poulaine, alors à la mode, poussait leur délire jusqu'à la furie. Après une longue période d'excitation, ils tombaient sur le sol le ventre ballonné, les membres dans la résolution. Ceux qui avaient conservé une lueur de raison suppliaient les assistants de leur comprimer énergiquement l'abdomen, au moyen d'une ceinture qu'ils portaient dans ce but. Pendant deux ans des bandes semblables se succédèrent : on en vit à Tongres, à Liège, à Aix-la-Cliapelle. Elles se recrutaient surtout parmi les individus jeunes des deux sexes et appartenant aux classes pauvres. La simulation eut ensuite son tour : on vit des danseurs mendiants; des ribaudes les accompagnaient, et l'épidémie devint un prétexte d'excitation à la débauche ; un témoin oculaire, assez sceptique, croit même que l'indispensable ceinture était une invention des filles devenues grosses dans le cours de ces pérégrinations.

L'autorité intervint et tout cessa; en 1380, on pouvait croire les épidémies terminées pour toujours.

Plus de trente ans après elle sévirent de nouveau. L'été de \Mi fut signalé par l'apparition d'une bande nombreuse à Strasbourg ; la manie s'étendit dans la Haute-Alsace, dans la Bavière et jusqu'en Bohême. Elle semblait avoir changé de caractère et diminué d'intensité pendant la longue accalmie qui séparait la seconde explosion de la première. On trouvait bien encore les mouvements désordonnés, les visions extatiques ou terrifiantes, mais les accès de fureur qui avaient plus d'une fois rendu les premiers danseurs redoutables ne semblent point s'être reproduits.

En 1374 on avait eu recours aux exorcismes, aux aspersions d'eau bénite, sans grand résultat ; l'épidémie décrut graduellement ; les bandes subirent une désagrégation lente à mesure que ceux qui les composaient recouvraient la raison ; au bout d'un ou deux mois la plupart étaient renti'és chez eux. En 1414 on réclama l'intervention d'un saint très populaire à cette époque. Ce bienheureux, dont la tradition faisait un martyr de la persécution de Dioclétien, était appelé Guy en France, Yeit en Allemagne, Vitu dans les pays tchèques. Ce dernier nom avait été emprunté peut-être par les hagiographes chrétiens à la mythologie slave dans laquelle le dieu Vid occupait le premier rang.

Les chapelles de Zabern et de Rottesfein devinrent un but de pèlerinage ; messes, cierges, vœux, offrandes, rien ne manqua ; saint Guy ne pouvait rester sourd à de si ferventes prières. Grâce à son intercession, ceux qui étaient venus à lui en se livrant à une pyrrhique extravagante s'en retournèrent de pied ferme et sains d'esprit. Les épidémies ne reparurent plus, mais le culte resta; du

temps de Horst, les paysannes de Souabe allaient chaque année à l'oratoire de Drefelhausen pour se préserver du Veitstanz. Les croyantes de nos jours eussent été à LaSalette, peut-être jusqu'à Lourdes!

Ce que nous venons de voir ressemble plus à la légende qu'à l'histoire ; c est pourtant là-dessus que des auteurs consciencieux ont étayé des théories d'après lesquelles la chorea magna aurait été une névrose réelle, aujourd'hui disparue ; que d'autres ont tenté de la rapporter à l'hystérie ou à la manie.

Il est impossible de nier la fragilité d'une telle base ; ce ne sont même pas des médecins qui nous ont décrit la première épidémie. Les grandes chroniques belges, celles de Limbourg, de Cologne ou d'Aix, les récits naïfs de Pierre de Herentals, sont à peu près les seules sources dans lesquelles nous trouvions des renseignements. Reflet très-fidèle des croyances populaires, elles peuvent servir à tracer un tableau pittoresque de l'époque, mais elles n'ont pas de valeur scientifique. Rien ne nous permet de reconnaître jusqu'à quel point la frayeur des chroniqueurs a exagéré les scènes ; les uns parlent de bonne foi des ruisseaux de sang que traversaient les maniaques, ils citent les noms des démons qu'ils évoquaient; les autres tâchent de trouver une cause à la maladie, mais c'est toujours l'intervention des mêmes puissances; le diable entre en pleine possession de certains individus parce qu'ils ont reçu un baptême sacrilège, conféré par des prêtres vivant dans l'intimité de filles perdues.

Les premières descriptions médicales présentent également des exagérations et des contradictions; cependant le merveilleux y occupe déjà moins déplace. Aucun de leurs auteurs n'a vu des épidémies comparables aux premières. Schenck de Graffenberg (1550) n'en parle que d'après les récits de son grandpère. Il a observé lui-même plusieurs fois des accidents nerveux qu'il met sur le compte de la chorea sancti Viti, mais les symptômes qui avaient surtout frappé les chroniqueurs n'existaient déjà plus. Il n'a jamais trouvé ni le météorisme, ni la résolution après l'attaque.

Paracelse combat avec énergie le mysticisme contemporain ; il divise la maladie en trois variétés : la chorée Imaginative, dans laquelle rentre la simulation même involontaire, la chorée lascive (ch. meretricum), probablement l'hystérie, enfin, la chorée naturelle, qui correspond à plusieurs névroses actuellement connues. Comme on le voit, l'obscurité diminue, et si l'on n'en est point encore à la définition deSydenham, on est déjà loin des aberrations passées.

Pourtant la confusion des doctrines ne permet guère de tirer parti de ces premiers travaux. Otto Brunfels, Paracelse, Schenck de Graffenberg et, plus tard, Plater et Horst, appellent, dit-on, danse de Saint-Guy des maladies qui ne ressemblent en rien à celle que nous connaissons, et comme ils étaient assez rappi'ochés de l'époque des grandes manies, il y a tout lieu de croire que les affections qu'ils observaient présentaient avec celles-ci une ressemblance plus ou moins frappante.

Mais la disparate entre les livres anciens et les livres modernes n'existe point qu'au chapitre des névroses. Depuis combien d'années avons-nous donc fait une classe à part de la paralysie agitante ? Dira-t-on qu'il n'y avait rien de commun entre la chorée décrite par Bouteille et celle dont nous allons énumérer les symptômes, parce que certaines observations du premier se rapportent à n'en pas douter à la maladie de Parkinson? D'un autre côté, l'assimilation établie par les premiers médecins entre des affections spasmodiques, sur la nature desquelles ils n'étaient pas fixés, et la manie des siècles précédents, n'indique pas

grand'chose. Brunfels écrivait en 1534, plus de cent ans après la première épidémie; il ne pouvait la connaître, comme Graffenberg, que par la tradition, car il n'en avait pas d'autres documents écrits que ceux que nous possédons. 11 est facile de concevoir combien un récit propagé au quinzième siècle de bouche en bouche, de génération en génération, a dû subir de variantes avant d'arriver à ceux qui nous l'ont transmis.

Des écrivains modernes ont tenté de rattacher la grande chorée aux malheurs publics, aux circonstances politiques et sociales au milieu desquelles elle était apparue : la peste noire avait ravagé l'Europe en 1348, on avait eu à la même époque le spectacle peu édifiant de ces longues processions de flagellants qui avaient été les agents inconscients de la diffusion du contagium ; des débordements du Rhin et de ses affluents avaient causé plusieurs années de suite de grands malheurs ; il n'y avait dans l'empire aucune sécurité pour les villes ou pour les particuliers ; la misère et la terreur étaient partout. Hecker croit qiie les premiers maniaques étaient atteints d'une simple folie religieuse. La fête de saint Jean-Baptiste était solennisée tous les ans par des danses autour de feux de joie ; on espérait se préserver ainsi des maladies pendant une année. De cette croyance à la manie il n'y avait qu'un pas; les imaginations surexcitées l'eurent vite franchi : l'épidémie de 1374 serait née autour des brasiers de la Saint-Jean.

Cette théorie ingénieuse est malheureusement peu conforme aux faits. Longtemps avant la peste noire, on avait vu des bandes de choréomanes. Dès 1027 18 paysans de Bernburg s'étaient livrés à des contorsions durant la sainte messe ; on ajoute que le prêtre les maudit et qu'ils moururent tous dans l'année ; en 1237 une centaine d'enfants parcoururent un assez long espace sur la route d'Erfurt à Arnstadt, en faisant des grimaces, des mouvements convulsifs des bras et des jambes. Si donc les manies dansantes étaient antérieures à 1 374, il n'y avait aucun rapport de causalité entre elles et les malheurs du temps.

Rappelons-nous maintenant : 1" que tous les écrivains ont fait remarquer la prédisposition créée par la jeunesse ; 2" que d'après Konigshoven, le chroniqueur strasbourgeois, beaucoup conservèrent des mouvements involontaires longtemps après leur pèlerinage aux chapelles de saint Guy; 3° qu'une bande au moins, d'Erfurt, était composée exclusivement d'enfants, et nous arriverons à une opinion plus nette et plus plausible sur les épidémies du moyen âge.

S'il y avait parmi les danseurs des hystériques, des démonomanes et des épileptiques, rien ne dit qu'il n'y eîit point des choréiques vrais. Il est probable, presque certain même, que plus d'une fois un cas isolé et réel a été le noyau de formation d'une bande. Tout le monde sait que dans les écoles, comme dans les services d'hôpital, c'est ainsi que les choses se passent. Au moyen âge la même cause devait produire des effets bien plus marqués, car l'ignorance et la superstition étaient d'excellents facteurs pour donnera un fait qui aujourd'hui passerait inaperçu l'importance d'un malheur public.

Résumons cette discussion : L'expression chorea sancti Viti a changé de sens, dit-on, depuis Sydenham ; les manies dansantes épidémiques du moyen âge, les chorées décrites par les premiers auteurs n'avaient rien de commun avec la nôtre. Une de ces propositions est en partie inexacte, l'autre l'est complètement. La chorée de Sydenham, la véritable névrose que nous étudierons dans cet article, en établissant ses points de similitude, et surtout ses points de dissemblance d'avec les états choréiformes, est une maladie spéciale, confondue

longtemps avec une foule d'auti'es caraclérise'es également par des mouvements désordonnés, inhérents, involontaires, et c'est précisément à cause de la confusion établie par les auteurs qui, comme Trousseau, décrivent sous le nom de chorée toutes les affections choréiformes, que la nature réelle de la maladie était en partie perdue, jusqu'aux travaux modernes. Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, Sydenliam a diminué la confusion; il a limité et régularisé le cadre d'une affection décrite avant lui, voilà tout.

Pour affirmer qu'une maladie diffère entièrement d'une autre, il est indispensable d'avoir une connaissance parfaite de chacune d'elles ; or nous n'avons sur celle du moyen âge que des données incomplètes, que des récits sans valeur. Ceux donc qui ont voulu en fixer après coup l'étiologie et la nature ont fait une simple hypothèse historique à laquelle nous en substituons une autre tirée de l'analogie et de l'expérience courante.

Les travaux de l'école anglaise du dix-septième siècle marquent cependant ime nouvelle phase dans l'histoire de la chorée. Il ne faudrait pas croire qu'après eux les ténèbres disparurent, que la discussion et l'élude critique remplacèrent brusquement les théories nuageuses ; que tous les médecins s'entendant désormais sur le nom s'efforcèrent de mieux étudier la chose.

L'état de la question pendant la plus grande partie des dix-septième et dixhuitième siècles est facile à indiquer: en Angleterre, tout resta dans l'état où l'avait laissé Sydenham ; en France on ne s'occupa point delà chorée, Lieutaud alla même jusqu'à la nier; en Allemagne, on se garda de sortir de la confusion traditionnelle. Sydenham s'était peu inquiété de définir la maladie, il l'avait décrite. « La chorea sancti Yiti, dit-il, est cette espèce de convulsion que l'on rencontre le plus souvent chez les enfants des deux sexes depuis la dixième année jusqu'à l'époque de la puberté », puis vient l'énumération des symptômes. Willis, dont on associe parfois le nom au sien, à tort selon nous, avait été beaucoup moins précis. « Il arrive certainement, car je l'ai souvent observé moi-même, que les hommes ou les femmes éprouvent dans les membres une espèce d'inquiétude qui les oblige à marcher, parfois à sauter ou à courir à droite et à gauche, jusqu'à ce qu'ils soient fatigués. » Ces lignes montrent assez qu'il ne connaissait guère la maladie.

Les médecins anglais du siècle suivant ont fait leur profit des connaissances acquises, cependant tous n'échappent point aux deux écueils anciens : la confusion et le mysticisme. Mead met sur le compte de la danse de Saint-Guy les accidents névropathiques que l'on trouve au moment des époques, chez les femmes ayant de la dysménorrhée ; il attribue la maladie à un relâchement des muscles qui font des efforts impuissants pour obéir à la volonté ; les immersions froides et les toniques forment la base de son traitement ; voilà le côté raisonnable. La fantaisie commence lorsque l'auteur arrive à l'étiologie ; il ne parle plus de démons sans doute, mais il croit que les phases de la lune exercent une influence Gullen, Heberden, etc., citent presque textuellement la définition de Sydenham qu'ils se dispensent de nommer.

En Allemagne, une autre circonstance vint compliquer les choses. En 1770 année de disette, s'il en fut, il y eut dans plusieurs contrées du nord et du centre des épidémies d'ergotisme convulsif. Les médecins avaient jusque-là appliqué indistinctement le nom de Veitstanz ou Kriebelkrankheit aux manies dansantes Marcard, Rôde, Heru)ann, Traube, se servirent du second nom ; un peu plus tard, ceux qui navaient point vu l'épidémie oublièrent sa cause et confondirent

les convulsions produites par le seigle ergoté avec la danse de Saint-Guy : c'est ce qui arriva à Brendel dans ses leçons acade'miques de 1790. Wiclimann releva vivement cette erreur, il s'efforça de montrer les différences en se servant des observations personnelles qu'il avait consignées dans une monographie sur la maladie convulsive de 1770, publiée vers cette époque à Leipzig.

L'auteur était au courant des idées anglaises ; il avait observé la chorée à Londres : il fait remarquer que les auteurs allemands appliquent ce nom à une maladie toute différente; que la variété décrite par Sydenham existe néanmoins dans son pays, mais qu'elle y est peu fréquente. Les exemples qu'il en donne laissent supposer que ses idées n'étaient ni bien arrêtées, ni bien correctes : « J'ai vu l'année dernière, dit-il, une jeune fille juive de vingt ans qui étendait souvent malgré elle le bras droit ou le mettait en supination : il y avait en même temps une telle contracture, qu'il lui était impossible de manger ».

En France et en Allemagne, l'histoire moderne, on pourrait dire contemporaine, de la chorée, commence en 1810. La première monographie que possède notre littérature fut l'œuvre d'un modeste praticien de province. Le docteur Bouteille de Manosque adressa à la Société de médecine de la Faculté de Paris un mémoire sur lequel Bayle fit un rapport justement élogieux dans la séance du 9 juillet 1809. L'historique laissait à désirer peut-être, mais la description était excellente. L'auteur semblait prévoir que dans la suite de nouvelles difficultés pourraient surgir, il établissait un cadre assez large pour placer toutes les variétés sans les confondre. Pour lui il existe des chorées essentielles, des chorées secondaires et des chorées fausses. Son ouvrage fut répandu en peu de temps, on lui a beaucoup emprunté et l'on n'y a ajouté que fort peu de chose. La monographie de Berndt est intéressante au même point de vue ; cependant elle n'a ni la précision ni la valeur clinique de la première. Bouteille n'avait point hasardé un aperçu général à priori. « La vraie définition d'une maladie, disait-il, ne doit pas consister en quelques mots qui eu renferment les symptômes caractéristiques, il faut, pour en acquérir une connaissance vraiment clinique, tracer une description exacte et historique qui en présente l'ordre, la succession et l'enchauiement... » Berndt procède tout autrement : « Si l'on conçoit bien les phénomènes de la maladie, on la rangera dans celte classe d'affections que les pathologistes appellent cloniques... » Puis il en décrit des espèces nombreuses.

Nous aurons l'occasion de voir dans les chapitres qui vont suivre les travaux ultérieurs : Bouteille, en ouvrant une nouvelle voie, avait eu le tort de substituer à une dénomination mauvaise, mais historique, un terme nouveau encore moins déterminé. C'est précisément parce que l'on a appliqué le nom de chorée tantôt à un symptôme, tantôt à une maladie, que l'on a cessé de s'entendre. Des névroses que Jaccoud a appelées avec justesse impulsions locomotrices systématisées, des dyskinésies professionnelles comme la crampe des écrivains, ont été décrites par Trousseau sous le nom générique de chorées. Wicke avait déjà tenté de réunir le tout sous un titre commun, celui des mouvements musculaires involontaires {Unwillkûrliche Muskelbeivegung) , qui ne signifie pas grand'chose. Dans un mémoire présenté à l'Académie de médecine en même temps que celui de Sée, Roth le traduisit par musculation irrésistible. Trente ans se sont écoulés depuis lors, le terme a vieilli, l'ouvrage lui-même n'est plus connu que de rares cliercheurs ; il ne méritait point de tomber si vite dans l'oubli. Roth connaissait son sujet ; il avait une érudition sérieuse ; il a réuni des documents

nombreux; l'Académie ne plaça cependant son travail qu'en seconde ligne. Notre génération a ratifié ce jugement : la monographie de Sée, qui fut couronnée dans ce concours, a été souvent discutée, on a critiqué avec énergie, parfois avec passion, les idées qu'elle renferme; malgré tout, elle est restée classique : c'est qu'elle avait été composée d'après une méthode qui ne subit point les effets du temps, qui ne ressent que faiblement le contre-coup des idées dominantes, méthode appuyée sur l'observation, la statistique et l'examen critique des faits.

II. ÉtiologJe. Quelques-unes des causes de la chorée sont connues ; on cherche simplement la manière dont elles agissent. En revanche, les discussions qui se sont engagées sur ce thème n'ont pas abouti à une solution unique capable de rallier tout le monde, et il est extrêmement difficile d'établir une limite entre les causes prédisposantes et les causes déterminantes. Nous préférons les diviser en intrinsèques et extrinsèques.

A. Causes intrinsèques ou individuelles. L'hérédité, l'âge, le sexe, la race, la constitution et les maladies antérieures, ont été indiqués.

1" Hérédité. Elle n'agit que d'une manière indirecte. On a si rarement constaté la transmission de la chorée à plusieurs générations qu'il serait téméraire d'accorder une place importante à cette cause. Une observation des Ilutington souvent rapportée ne prouve rien ; [médecins de père en fils à Long-Island, ils eurent l'occasion d'observer chez des générations successives d'une même famille des accidents choréiques. La description de chaque cas est plus que sommaire. On est autorisé à croire que la maladie patrimoniale dont il est question était essentiellement polymorphe : elle atteignait les individus des deux sexes vers l'âge de vingt-cinq à trente ans ; les uns avaient des troubles moteurs, les autres des désordres intellectuels, tels que la manie du suicide. Si le fait peut fournir un bon argument, en faveur de l'hérédité psychologique, il démontre peu de chose relativement à la chorée. La même réserve doit être faite au sujet d'une observation de Stephan Mackensie qui a pour sujet une petite fille dont la mère était morte peu auparavant d'un ramollissement embolique du cerveau.

La question est, du reste, plus compliquée qu'elle ne le semble à première vue. Les dialhèses se transmettent, et parmi elles on doit compter les rhumatismes, c'est-à-dire une des causes les plus certaines de la chorée. On peut donc admettre que les enfants de parents prédisposés le sont eux-mêmes, mais il est impossible d'aller plus loin. Le fils ou la fille d'un rhumatisant choréique sontils plus menacés que ceux d'un rhumatisant qui ne l'a pas été? Le problème est aujourd'hui insoluble.

2° Age. La danse de Saint-Guy se développe de préférence pendant l'enfance, depuis la seconde dentition jusqu'à la puberté. Rare avant un an, exceptionnelle pendant les premiers jours de la vie; commune chez les enfants de sept à dix ans, elle est de moins en moins fréquente à partir de cet âge et redevient rare après la dix-huitième année.

Fox croit avoir eu affaire à une chorée congénitale : un nouveau-né présenta dès les premières heures des spasmes généralisés. Il s'agissait probablement d'accidents symptomatiques d'une malformation, ou d'une autre affection cérébrale, car le même enfant eut à trois ans des attaques épileptiformes; à treize, la marche était irrégulière, et, bien que son intelligence fût intacte, il parlait avec peine et articulait mal. Un autre fait rapporté par Richter n'est guère plus concluant:

ce médecin observa des contractions cloniques de plusieurs muscles chez deux petites filles jumelles, dont la mère avait eu pendant les derniers mois de la grossesse des douleurs intermittentes qu'elle attribuait à des mouvements désordonnés du fœtus.

Chez un enfant né au huitième mois les mouvements étaient généralisés et avaient le caractère choréique ; ils disparurent avec un traitement approprié. Les faits analogues sont en trop petit nombre pour qu'en s'appuyant sur eux ort soit autorisé à admettre une chorée congénitale.

Tout le monde est d'accord sur l'âge où la maladie est surtout commune : c'est entre la sixième et la onzième année. Sée donne la répartition suivante : Des 191 individus observés à partir du début, 94 (49,22 pour 100) avaient de 6àllans;57de 11 à 15 ans (29,86pour 100); 17del5à21 ans(8,4pour 100); le reste des cas appartient à l'âge adulte et à la première enfance (12 adultes de 21 à 60 ans; 11 enfants de moins de 6 ans).

Malgré des différences de détail, les statistiques sont unanimes pour placer le maximum de fréquence dans la période de six à onze ans. Sur 146 cas traités à Guy's llospital, Pyes Smith donne une proportion de 42,5 pour 100 d'enfants de 6 à 15; de 50,1 pour 100 de 11 à 15 ; enfin de 13 pour 100 d'adolescents de 15 à 21 ans; dans les faits de Steiner, les enfants de 6 à 15 représentent 82,5 pour 100 du nombre total. Les deux auteurs que nous venons de citer noient, comme G. Sée, des chiffres sensiblement égaux avant six ans et après vingt et un ans.

Si l'on voulait tracer une courbe de fréquence d'après ces données, on aurait une élévation légère pour la première enfance, une ascension brusque correspondant à l'époque de la seconde dentition, puis deux périodes d'étendue variable, l'une s(alionnaire et l'autre graduellement décroissante ; enfin on arriverait au degré que l'on avait en partant.

Il est impossible de fixer une limite extrême pour l'apparition de la maladie. Andral, Reeves, Bouillaud, l'ont trouvée après cinquante ans ; Jeffreys, Bouteille, Powells, Roger, de soixante à soixante-dix ; on a même cité un cas observé chez une femme de quatre-vingt-deux ans. Tous ce!', faits sont anciens et ne doivent être acceptés que sous bénéfice d'inventaire . Nous reviendrons d'ailleurs sur la chorée des vieillards,

3" Sexe féminin. Constitue par lui-même une prédisposition.

Rufz a trouvé que de 189 choréiques 158 étaient du sexe féminin. Hughes donne 75/100, G. Sée 393/551, Steiner 40/52, Smith 106/148,. La plupart de ces observations ont été prises dans des hôpitaux d'enfants : par conséquent, la chorée gravidique n'a pu exercer aucune infiuence sur le calcul. On peut dire, chiffres en main, que les filles sont deux fois plus exposées que les garçons; un coup d'œil jeté sur les tableaux que nous donnons plus loin montrera que la distribution des cas mortels entre les deux sexes présente les mêmes différences.

4» Grossesse. Dès le dix-huitième siècle, on avait observé assez souvent la coïncidence de la chorée et de la grossesse pour se préoccuper de la thérapeutique à instituer dans ces cas; Borsieri recommande le quinquina.

Dreyssig et Schneider croient que la danse de Saint-Guy est fréquente surtout chez les primipares. Les monographies postérieures se taisent sur ce point, et jusqu'aux travaux des gynécologistes contemporains nous n'avons plus que des aperçus ou des observations sans commentaires.

Eu 1859, Bezold publie l'histoire d'une chorée survenue chez une primipare de

DàNSE de SAINT-GUY. 465

dix-neuf ans ; Wicke met la grossesse au nombre des causes qui agissent isolément ou s'ajoutent à d'autres; Barnes a trouvé cinquante-six fois la chorée chez des femmes enceintes, deux fois chez des nouvelles accouchées. Les observations de Bodo, Wenzel, de Sieckel, Weber, Russell, etc., viennent à l'appui des siennes. Il paraît, d'après ces auteurs, que la maladie se développe surtout pendant les cinq premiers mois, et frappe de préférence les primipares qui, pendant l'enfance, ont eu une ou plusieurs attaques.

Cette règle -n'a rien d'absolu; une malade de Senhouse Kirkes ayant été atteinte de chorée à quatorze ans put avorter deux fois et accoucher régulièrement une sans accident; quatre jours avant la fin d'une grossesse ultérieure elle fut prise de la même affection que pendant l'enfance et en mourut après la délivrance. Dans le cas d'Elischer il y eut attaque de chorée infantile et plus tard dans deux grossesses les mêmes accidents se reproduisirent. Quand la névrose arrive au quatrième ou au cinquième mois, il est rare qu'elle persiste jusqu'au neuvième; dans ce cas, Taccouchement y met un terme; l'avortement peut avoir le même résultat. P. Franck a vu une chorée compliquée de délire maniaque guérie dans ces conditions; d'autres fois, la mort arrive par épuisement ou par toute autre cause, sans que le contenu de l'utérus soit expulsé.

5° Rhumatisme. Signalés au commencement du siècle, les rapports du rhumatisme et de la chorée furent depuis passés sous silence. Ou remarqua que le cœur était souvent intéressé, la chorée devint pour beaucoup la conséquence de ses affections ; aujourd'hui encore on trouve des essentialistes pour lesquels le rhumatisme est tout] et des anatomo-pathologistes qui ne voient que les lésions cardiaques.

Bouteille parle de chorées rhumatiqiies {sic), et rapporte même plusieurs observations : « Un enfant de huit ans, de bonne constitution..., fut atteint d'une douleur rhumatismale au bras gauche, qui se faisait ressentir sur l'épaule et se prolongeait jusqu'aux parties correspondantes et externes de la poitrine du même côté. Plus tard, elle devint si vive et la fièvre si considérable qu'on se crut oblif^é de saigner le jeune malade ; mais ce à quoi on est rarement obligé à cet âge, c'est que la saignée fut répétée cinq fois dans la semaine. La douleur et la fièvre furent calmées par l'emploi de moyens aussi énergiques, mais il leur succéda des accidents d'un autre genre... Il n'était pas difficile dereconnaître dans la réunion de ces symptômes ceux de la chorée : aussi basai-jele traitement que j'ordonnai sur ce diagnostic. » D'autres faits empruntés à StoU sont mentionnés à la suite du premier et démontrent la même chose.

Berndt, Begbie, Watson, ont émis cette opinion défendue plus tard avec un véritable talent par M. Pioger : que la chorée était une manifestation rhumatismale comparable en tout point aux localisations viscérales ou articulaires.

En 1840 Hughes trouvait que sur 104 enfants atteints de la danse de Saint- Guy 14 avaient eu un rhumatisme aigu ou subaigu. En 1850, Sée donnait une proportion plus considérable encore; cependant il faisait jouer à l'anémie le rôle capital. Roger insista d'abord sur la fréquence et les caractères du rhumatisme de l'enfance : tantôt il a la forme d'une polyarthrite ai^uë mais le plus souvent il est uniarticulaire et subaigu ; la scarlatine et les refroidissements brusques en sont les causes ordinaires. La chorée peut se développer en même temps que lui ; d'autres fois elle le précède ; chez certains sujets i'I y a une véritable alternance entre les accidents. Les uns et les autres ont une prédilection marquée pour les mêmes périodes de l'enfance. Le rhumatisme est

D.'CT. ENC. XXV. 3Q

rare pendant les cinq premières années; commun de six à treize ans; sa fréquence diminue à mesure qu'on approche de la puberté. Le froid exagère ses manifestations, il les appelle parfois; c'est ce qui arrive pour la névrose que nous éludions.

L'observation qui a fourni les matériaux nécessaires pour édifier la théorie en a donné d'autres qu'ont pu aisément utiliser ceux qui ont voulu la détruire. Des médecins ayant une longue expérience de la pathologie infantile, comme Bouchut, placent dans l'étiologie le rhumatisme sur le même rang que les autres maladies aiguës : il n'agirait pas plus souvent que la pneumonie ou les fièvres éruptives; il ne prédisposerait à la chorée qu'en amenant comme elle l'hypoglobulie.

Ernest Labbée, Bordier, Kohn, H. Bendu, ont vu beaucoup de faits négatifs. Empis a interrogé tous les rhumatisants de son service ou de sa clientèle et il n'en a trouvé aucun qui eût eu la chorée. Le docteur Loumaigne de Uiscle est arrivé au même résultat par la même mélliode. «|Gausantily a quelque temps avec des confrères, dit-il, des singularités qui ont cours dans la science, sans que des voix autorisées s'élèvent contre elles, la parenté de deux choses aussi dissemblables que la chorée et le rhumatisme vint sur le tapis, et quoique, à nous tous, nous eussions vu pas mal de rhumatisants jeunes et vieux, pas un de nous n'avait eu la chance de mettre la main sur le phénomène de la métamorphose de la chorée en rhumatisme et vice versa. » Le même auteur fait obsciver que la première maladie est extrêmement rare à la campagne, tandis que ia seconde est aussi fréquente qu'à la ville; il attribue la différence à l'absence de l'anémie et de l'onanisme dans le milieu où il a observé.

Sur les 252 cas que renferme la statistique de Steiner, celui-ci n'a noté que 4 fois la préexistence du rhumatisme articulaire aigu. Il est même probable que souvent on a donné comme rhumatisants des individus qui n'avaient eu d'autres accidents que des douleurs de croissance articulaires ou périarticulaires.

Ces objections sont sérieuses sans doute, cependant il ne faudrait point les prendre trop à la lettre et tomber dans l'exclusivisme que ceux qui les ont formulées reprochent aux partisans du rhumatisme. 3Iurchison a noté l'alternance des manifestations; il a vu chez le même malade une hémichorée gauche, puis du rhumatisme subaigu du genou et du coude; une nouvelle attaque de chorée s'accompagna presque immédiatement d'endocardite aiguë : tout se termina par une apoplexie. Le 15 janvier 1879, White examine un jeune homme de dix-neuf ans atteint de rhumatisme articulaire aigu; dès le 16 il note un nyslagmus unilatéral ; le 26 tous les muscles du même côté sont agités de secousses choréiques. Nous pourrions trouver bien d'autres exemples : nous avons choisi ceux-là parce qu'ils sont caractéristiques.

Plus on avance, plus on s'éloigne de la solution. Aux faits on oppose des faits, aux autorités des autorités. Une affection suit si souvent l'autre, a-t-on dit, qu'il est impossible que celte succession soit fortuite. « Le domaine de la coïncidence est bien vaste, répond Jaccoud, à ce point que, même pour les chorées qui se développent chez un individu bien et dûment rhumatisant, la relation de causalité peut être dite probable, mais non certaine. »

En présence de ces thèses soutenues avec la même bonne foi, la même conviction et le même talent, il est difficile de ne point renvoyer à l'avenir le jugement délinitif. Ce que nous savons, et nous sommes ici d'accord avec la plupart des praticiens, nous pei'met cependant de ne point tomber dans celle espèce de

DANSE DE bAliM-GUV. 4(i7

sceplicisme. Ceux qui voient dans la chorce une conséquence nécossaii'o du rluimatisme ou dans le rhumatisme le précurseur intlispcusable de la cliorée, commetlent une erreur; mais ceux qui ne trouvent dans les statistiques que des coïncidences, dans les analogies que des accidents, en commettent une autre. La ve'rité est entre les opinions extrêmes, et Brouardel, en adoptant un moyeu terme, en a selon nous trouvé la meilleure expression actuelle.

« La chorée et le rhumatisme ont dans leur pathogéuie des liens étroits, tous deux surviennent quand des désordres graves dans les sécrétions ou une activité nutritive exagérée pendant la croissance ou la convalescence d'une maladie modifient profondément la nutrition générale. »

6" Maladies du cœur. Les médecins qui croient à leur influence s'appuient sur des laits convaincants. Copland, Scudamore, Abercrombie, ont trouvé des lésions cardiaques à la suite de la chorée ; Broussais, qui la croyait consécutive à une irritation organique, recommande de ne point négliger l'examen du cœur. « Lorsque vous rencontrerez un jeune garçon ou une jeune fille atteints de chorée, ne manquez pas... de vous assurer s'ils n'ont pas une hypertrophie. » « Bright ne parle plus comme ses devanciers d'une liaison éventuelle et fortuite, il affirme un principe de subordination pathogénique. Ce n'est pas tout; pour lui, ce n'est point avec les manifestations arliiulaires du rhumatisme que la relation doit être établie, c'est avec les inflammations des séreuses cardiaques, notamment avec celle du péricarde; en iiiit, la péricardile rhumatismale est selon lui la cause la plus fréquente de la chorée » (Jaccoud).

Celte opinion, discutée de nouveau après les recherches de Sée, fut adoptée l)ar Senhouse Kirkes; sur 36 cas de chorée, il en a trouvé 53 dans lesquels le rhumatisme et les affections du cœur existaient en même temps; dans les 3 autres il n'y avait que des lésions cardiaques. Depuis lors, les statistiques de Ogle, de Sleiner, de Jackson, deTuckwcll, ont mis en évidence la même relation. Nous nous trouvons donc en présence des mêmes incommes que les premiers auteurs : deux doctrines sont plausibles, mais elles présentent des points indéterminés. On a trouvé la chorée chez des rhumatisants non cardiaques, mais on l'a rencontrée également chez des cardiaques qui n'avaient jamais eu de rhumatismes,

Howship Dickinson a essayé de trancher le différend en rassemblant tous les faits de sa pratique. On ne peut pas dire qu'il ait réussi, puisque Iluglings Jackson en a tiré des déductions abolument opposées aux siennes. Dans tous les cas il a signalé les desiderata, et la solution qu'il donne a pour avantage de réserver l'avenir.

« Les observations qui' précèdent, dit-il, montrent que le cœur est souvent affecté et l'est presque toujours de la même manière : lorsque la maladie avait succédé au rhumatisme, il y avait des souffles valvulaires pendant la vie (22 fois sur 38 cas) ; le phénomène était encore fréquent lorsque la chorée avait été produite par la frayeur sans rhumatisme.

« Dans 20 cas dont la cause avait été purement psychique on trouva 1 1 fois des souffles et 2 fois des irrégularités. 16 fois l'origine était si manifeste qu'il était impossible de conserver aucun doute sur le rôle de la frayeur. Il serait difîicile d'admettre une lésion préexistante ; tout fait croire au contraire que celles que l'on a trouvées étaient le résultat de la chorée. Il est tout aussi certain que l'endocardite la précède fréquemment. 11 y aurait donc entre ces affections un double rapport dont nous ne pouvons nous expliquer actuellement la nature.]

« Quelle est la cause immédiate de la chorée qui suit l'endocardite rhumatismale? Est-ce la diathèse? Est-ce la maladie du cœur? Parfois la névrose se développe chez des individus ayant eu antérieurement des accidents rhumatoïdes du côté des articulations sans complications cardiaques. Pour mon compte je n'ai jamais eu l'occasion de suivre régulièrement un malade commençant -par le rhumatisme et finissant par la chorée de manière à pouvoir affu'mer qu'il n'y a eu de souffle à aucun moment. Mais les murmui'es valvulaires d'ori^^ine rhumatismale sont en général assez persistants pour que, si l'on n'en trouve point après une attaque, on soit en droit de supposer qu'il n'y en a jamais eu ; ce qui ferait croire que le rhumatisme peut aboutir à la chorée sans passer par Vendocardite. »

Après avoir montré combien il est difficile de rattacher à l'embolie, comme le veulent Tuckewell et Jackson, les altérations les plus fréquentes de l'encéphale, l'auteur ajoute : « De cette absence de relation entre les doux processus nous pouvons conclure que les maladies du cœur non rhumatismales ne produisent point la chorée, que celle-ci résulte de l'affection générale et non de sa complication. Le rhumatisme amène directement un état congestif ou subinflammatoire de certaines parties du cerveau ou de la moelle; en d'autres termes, la chorée d'origine rhumatismale est une inflammation des centres nerveux.

« Dans un autre sens nous voyons cette maladie déterminer à elle seule l'inflammation de la séreuse intra-cardiaijue. Sur 16 cas produits par la frayeur on a entendu 9 fois des soufOes définis et simples résultant probablement d'une endocardite mitrale.

« Reste à savoir comment une affection des centres nerveux peut retentir sur le cœur. Pour l'expliquer on se rappellera l'irrégularité des mouvements qui précède l'endocardite choréique. Sur 28 cas dans lesquels on n'a point entendu de souffles, on l'a trouvée 1 1 fois ; 16 fois, sur 42 en ayant présenté ; de sorte que le second phénomène semble appartenir à un stade initial, la combinaison des deux, à une période plus avancée. On pourrait penser que le souffle résulte d'un simple désordre dans le mouvement des muscles qui fout agir la mitrale : Its lésultats des autopsies contredisent directement cette opinion, puisqu'on a trouvé à peu près toujours de l'endocardite.

« Peut-être la régurgitation produit-elle des dépôts valvulaires donnant lieu pendant la vie aux mômes signes que l'endocardite. Les granulations sont habifuellement limitées à la face interne de la mitrale près de son bord libre; elles forment une ligne de petites proéminences à pic, suivant le cours normal du sang, par conséquent cette lésion est la cause et non le résultat du trouble de la circulation intra-cardiaque... »

7" Excitations génésiques. Des auteurs ont fait jouer aux irritations sexuelles manu propriâ, les seules que l'âge des choréiques ordinaires leur permette, un rôle important dans l'étiologie; Louniaigne voit dans l'immunité relative des enfants de la campagne une conséquence de leur chasteté. La plu part des choréiques interrogés par Fautrie étaient des fervents masturbateurs ; llildenbrandt a trouvé la même cause chez une fille de seize ans, Terreux chez un adolescent de quatorze. Révillout accuse les excitations génitales de toute nature : « ... Les dépenses nerveuses exagérées, les sensations sexuelles prématurées, l'onanisme et l'abus des plaisirs vénériens, occasionnent souvent des chorées opiniâtres. » Il est fâcheux que l'auteur n'ait appuyé cette manière de voir que sur un exemple peu probant. « Il s'agissait d'une jeune fille de vin"t-

trois ans, entrée dans le service de Delpech, chez laquelle les excès vénériens succédèrent à des chagrins profonds et prolongés. » Une analyse un peu soigneuse réduirait aux mêmes proportions la plupart des autres cas. Nous ne voulons pas nier d'une manière absolue l'influence de cette cause, mais « l'impossibilité d'établir des statistiques empêchera toujours que l'on sache au juste à quoi s'en tenir » (Ziemssen).

8° hnpressions morales vives. La frayeur a été longtemps placée en première ligne ; si l'on s'en rapportait aux détails donnés par les parents, on trouverait bien peu de cas dans lesquels on ne pourrait constater son influence. Tantôt c'est une scène insolite, tantôt un cri, qui ont mis les malades en émoi. Au bout de quelques jours arrivent des mouvements involontaires, et l'on est fixé sur leur origine : une fille de dix-huit ans éprouve à la suite d'une peur une suppression de ses règles, ce dérangement fut bientôt accompagné de tous les symptômes qui caractérisent la chorée » (Bouteille). Sur dix-huit malades, Rufz en a trouvé onze qui avaient eu un peu auparavant une vive frayeur ; Dupuytren en rapporte un cas. Roniberg a vu la chorée se développer chez une petite fille de 10 ans peu d'heures après qu'un chien s'était précipité sur elle en aboyant.

On doit formuler les mêmes réserves qu'à propos du rhumatisme. Guersant fait observer avec raison qu'au début de la maladie les enfants s'effrayent pour un rien; nous rangerons même parmi les symptômes initiaux cette sorte de dépression morale, qui n'est en réalité qu'un effet. Sturges s'est donc beaucoup trop avancé en mettant tout sur le compte de la crainte ou de l'effroi.

Les impressions morales agissent certainement. Trousseau, Jaccoud, Dickinson, Romberg et beaucoup d'autres, ont admis leur influence. Est-ce la cause la plus fréquente? Les faits publiés jusqu'ici permettent de répondre par la négative.

B. Causes extrinsèques ou étrangères a l'individu. 1" Climat. Latitude. Rufz de Lavison, se fondant sur le silence des médecins grecs de l'antiquité, sur celui des Arabes et des Italiens, conclut que, s'ils n'avaient pas décrit la chorée, c'est qu'ils n'avaient guère eu l'occasion de l'observer. Plus rares dans les pays du Midi que dans ceux du Nord, elle serait absolument inconnue dans les climats tropicaux. Les opinions de plusieurs médecins pratiquant aux Antilles sont d'accord avec la sienne. Darcote avait exercé pendant trente ans sa profession à la Martinique sans en rencontrer un seul cas ; Gherviu et Garnot n'en avaient pas vu davantage dans la même île ; 1 «ochoux signale son absence à la Guadeloupe. Joseph Franck, qui habita successivement Milan, Vienne et Wilna, croit la chorée plus fréquente en Lithuanie qu'en Autriche et en Lombardie ; il est vrai que sa statistique ne repose que sur des faits peu nombreux. Après quatorze ans de séjour à Wilna, il n'avait trouvé que neuf fois la chorée.

Cette immunité des climats chauds n'est nullement certaine. Berlherand et Pruner-Bey ont observé la chorée à Alger et en Egypte ; Faure dit qu'elle est fréquente dans le sud de l'Espagne; Riglerl'a vue plusieurs fois à Constantinople ; Clarke l'a trouvée dans la Côte-d'Or; Otto la regarde comme très-rare à Copenhague. 11 est donc difficile de dire si le climat exerce une influence; à priori on pourrait incriminer de préférence les pays froids, mais l'absence de statistiques, les indications contradictoires des rares ntédecins qui ont dit accidentellement un mot du sujet, ne permettent de rien préjuger.

2" Imitation. Ziemssen croit à son influence ; d'après lui une chorée réelle peut parfaitement se développer par la contagion de l'exemple.

*70 DAASE DK SAINT-GUY.

« Outre les troubles psychiques, dit-il, on doit compter l'imitalion comme un des agents de transmission. 11 existe des faits authentiques qui démontrent la propagation de la maladie à un entourage prédisposé. La chose n'est pas rare chez les enfants d'une même famille, chez les élèves d'un même pensionnat. A côté d'anciennes observations deMullin.de Crampton, d'Eckstein, etc., nous en trouvons de plus modernes de Bricheteau et de Leube. Ce dernier vit deux jeunes iilles de seize à dix-sept ans qui prirent la chorée après être restées pendant quelque temps avec une petite fiile de douze ans qui en était atteinte. La maladie disparut rapidement par la galvanisation cl une médication purement psychique.

« L'observation de Bricheteau est concluante : il reçut dans la salle des femmes de son service, à l'hôpital Necker, une personne atteinte de chorée, et en peu de temps six à huit malades présentèrent des accidents analogues; on se mit à 1 abri d'une diffusion phis étendue en les isolant. L'intensité des phénomènes clioréiques présenta de nombreuses variations individuelles; chez quelques malades, leur durée fut de un mois. On ne peut douter que dans tous ces cas la contagion psyclii(jue ait été la cause immédiate. Lorsqu'il existe une tendance à i imitation, c'est de celte manière que se transmet le plus souvent la maladie. »

11 est ini] ossible d'accepter sans réserve de telles idées. Les faits rapportés ne prouvent qu'une seule chose : que l'arrivée d'un choréique dans un certain milieu détermine une épidémie des troubles moteurs : mais la contagion imitatrice peutelle donner une maladie qui reproduirait trait pour trait la physionomie clinique de la chorée? C'est toute la question. Que l'on prenne dix individus atteints dans les conditions ordinaires; qu'on en laisse cinq en commun et cinq isolés, et l'on verra que les variantes sont peu nombreuses. Le spasme ne choisit point ses muscles, il atteint ceux de l'œil comme ceux du bras ceux du bras comme ceux de la jambe ; il peut être énergique, violent dans un groupe, presque insignifiant dans un autre. La plupart de ces caractères manquent dans les chorées par imitation. Les contractions sont toujours la reproduction plus ou moins fidèle des mouvements volontaires, l'isolement amène la guérison, il vaudrait mieux dire qu'il fait cesser la simulation.

Dans le cas de Leube l'électrothérapie et un traitement moral ont été suffisants ; il est permis de douter que, s'il se fiit agi d'une chorée vraie, les choses se fussent passées de la sorte. La contagion mentale ne saurait donc être rangée parmi les causes de la maladie. L'arrivée d'un clioréique dans certains milieux aura des conséquences sans doute ; les imaginations éprouveront des troubles variés qui se traduiront souvent par des phénomènes psycho-moteurs, mais jamais il n'y aura de contagion vraie. Un varioleux ne transmet point la scarlatine; une rougeole ne devient point un érysipèle en passant d'un individu à un autre. On n'est donc nullement autorisé à parler de contagion lorsqu'il s'agit de désordres qui n'ont qu'une ressemblance de surface et dont la nature est essentiellement différente. 11 n'y a point de chorée imitative, l'expression contagion psychique ne signifie rien. (Voy. les tableaux, p. 472 et suiv.)

ni. Anatomie pathologique. Interprétation des lésions {\oj. Tableaux, p. 472 ft suivantes). La définition que nous avons donnée de la chorée semble exclure 1 idée d'un chapitre consacré à l'étude des lésions anatomiques. Mais l'explication dos phénomènes observés pendant la vie, la détermination de leur mécanisme et de leur point de départ organique, ne peuvent être tentées qu'après une étude nanutieuse des faits connus. Arriver à la palhogénie sans avoir utilisé tous les

matériaux que nous fournit la science, ce serait nous condamner volontau-ement à des conceptions qu'une heure passée dans une salle d'autopsie suftirait pour renverser. Il est vrai que la tâche est ardue ; ce ne sont pas les descriptions nécroscopiques qui font défaut; les tableaux qui suivent montrent qu'elles sont nombreuses. Toute la difficulté consiste à savoir si dans ces lésions, contradictoires en apparence, les unes appartiennent en propre à la chorée, tandis que les autres sont de simples accidents, autrement dit, à faire la part de la maladie, de ses causes génératrices et de leurs complications. Nous n'osons point affirmer que le problème soit susceptible d'une seule solution. Si nous réussissons à bien montrer les inconnues qu'il est impossible aujourd'hui d'éliminer, nous aurons tout au moins exposé l'état actuel de la question.

Pour ne rien négliger, non-seulement nous donnerons le résultat des autopsies des choréiques vrais, mais encore nous passerons en revue des affections multiples des centres nerveux dont les mouvements choréiformes ont été le symptôme prédominant. Nous verrons au diagnostic qu'il n'existe aucune différence entre le spasme musculaire de ces étals secondaires et celui de la chorée vraie. L'enseignement du professeur Charcot, que j'ai résumé dans ma thèse inaugurale, a parfaitement établi ce point ; peut-être trouverons-nous là des renseignements qui nous permettront d'interpréter phis vite et plus sûrement les lésions des individus morts dans le cours d'une chorée simple, non pas que les faits consignés par les auteurs soient parfaitement semblables les uns aux autres, tant s'en faut ; ils ont cependant, comme nous allons le voir, une certaine valeur. Ce chapitre sera donc divisé en deux parties : dans la première nous verrons quelles affections du cerveau, de la moelle ou de leurs enveloppes, ont ■donné lieu à des mouvements choréiques partiels ou généraux; dans la seconde, nous analyserons les observations rapportées dans nos tableaux et nous tâcherons d'en tirer des conclusions.

I. Maladies des centres nerveux accompagnées de mouvements choréiques. 1° Méninges. On a rarement vu des lésions limitées aux enveloppes de l'encéphale. De Beauvais rapporte qu'il a trouvé chez un choréique mort dans le service de Rostan une méningite aiguë de la convexité ; mais il y avait en même temps un ramollissement de la face inférieure du cervelet ; Frerichs a donné l'observation d'une femme enceinte chez laquelle la danse de Saint-Guy s'était compliquée de délire maniaque. A l'autopsie, on constata une hyperémie étendue de la pie-mère et du tissu nerveux sous-jacent, une pachyméningite vasculaire et hémorrhaglque, en même temps que des dépôts osseux sur la dure-mère. Golgi mentionne des lésions tout aussi complexes; comme la précédente, son observation est relative à un individu atteint en même temps de chorée et de manie. Il y avait chez lui une pachyméningite de toute la face convexe de l'hémisphère cérébral droit; les circonvolutions correspondantes étaient en partie atrophiées, leur structure était profondément altérée ; les noyaux encéphaliques avaient subi eux-mêmes la dégénérescence grise.

2« Cerveau. Nous avons trouvé deux fois des mouvements choréiques chez des individus ayant une atrophie cérébrale datant de l'enfance.

Mais la lésion qui s'accompagne le plus souvent de ce symptôme, c'est l'hémorrhagie limitée. Aux faits de Weir [Mitchell connus depuis longtemps nous devons en ajouter un certain nombre d'autres appartenant à l'école de la Salpètrière ; l'hémichorée a été rencontrée en même temps que des lésions de la .capsule interne. Un individu qui avait d'anciens foyers d'hémorrhagie dans tout

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