U POUR
1870—1873 'il, 89,26, 86 15,03 10,24
Pour les I2années..4i, 01 26,03 17,97.10,75
DISTRICT DE CRNA-REKA.
ROUMAINS
457 poiR 1000.
Eh
bQ
DISTRICT DE KRAJNA.
ROUMAINS
606 l'OUB 1000.
es
MOUVEMENT DE LA POPULATION EN SERBIE (d'aPRÈS M. JAKSIC)
Natalité.
Mortalité.
Excédant.
Matrimonialilé.
Gomme on le voit, tandis que la natalité pour la Serbie entière et pour le district de Pozarevac — où l'élément roumain représente moins d'un tiers (314 pour 1000) — oscille entre 43,09 et 44,01, dans le district de Crna-Reka — où la population roumaine représente la moitié environ de la population totale — la natalité est de 58,63, et dans le district de Krajna — où la population roumaine représente 60 pour 100 de la population totale — la natalité est seulement de 53,12.
L'excédant des naissances sur les décès est de 17,97 dans le district où les Roumains constituent à peu près le tiers de la population; ce chiffre est de 13,72 dans le district où les Roumains forment presque la moitié de la population, et enfin l'excédant est seulement de 6,65 dans le district où les Roumains constituent environ les deux tiers de la population.
Ce fait dénote, comme tant d'autres, que les colonies ne se trouvent pas toujours dans d'aussi bonnes conditions que la population autochthone.
Lejean trouvait, en 1857, les Roumains de la Serbie « laborieux, actifs et plus prolifiques que les Serbes » . Nous venons de voir que les chiffres que nous offre le service statistique de la principauté sont loin de confirmer l'allégation de Lejean pour ce qui est de la qualité prolifique des Roumains relativement aux Serbes.
Tandis que dans la Serbie entière il y a 1060 naissances masculines pour 1000 féminines, dans les districts de Krajna et de Crna-Reka, la proportion est de 1070 garçons contre 1000 filles.
On trouve donc cette prédominance des naissances masculines sur les féminines plus prononcée chez les Roumains de la Serbie que chez les Serbes.
On a vu que la pseudo-vie moyenne est en Serbie de 27'^ ans ; ce chiffre est de 29'" dans le district de Pozarevac, et de 32*^ dans le district de Crna-Reka. Il ressort donc que la pseudo-vie moyenne est plus forte chez les Roumains de la Serbie que chez les Serbes.
606 DANUBIENNE (Région).
Population selon les cultes. Lors du recensement de 1874, il y avait en Serbie 6176 musulmans (dont 6140 Tsiganes et 36 non Tsiganes), 4161 catholiques et 224 protestants.
Les autres habitants suivent le culte chrétien d'Orient ou culte grec.
L'Église de la Serbie est aiitocéphale. Elle maintient l'unité de dogme avec l'Église grecque de la Turquie et les autres Églises d'Orient; mais, pour ce qui regarde l'administration et la discipline, l'Eglise serbe est complètement séparée des autres.
§ m. Ethnographie. Les Serbes, venus dans le monde romain à la suite des Gols, occupèrent la Dacie orientale au cinquième siècle.
Ainsi que nous l'avons exposé plus haut {voij. Roumanie), les Gots, comme les Serbes, ont occupé les plaines de la partie orientale de la Dacie, c'est-à-dire environ la moitié méridionale de la Moldavie et la moitié orientale de la Vallacliie.
Les Serbes passaient fréquemment le Danube pour dévaster la Mœsie. Peu à peu, quelques-unes de leurs tribus se fixèrent au sud du Danube, dans la Dobrodja actuelle.
Poussés par des populations tatares ou scythiques comme les Cumans et les Petchénègues, qui arrivaient d'au delà du Dniester, et entraînés par les Bulgares, les Serbes abandonnèrent la Ddcie vers le septième siècle, passèrent le Danube, et allèrent se fixer dans la Mœsie occidentale et dans une partie de l'Illyrie.
Au neuvième siècle, ils s'étendaient plus au sud encore dans l'Illyrie (Albanie), mais par la suite ils turent refoulés vers le nord par des tribus albanaises. A leur arrivée dans la Mœsie occidentale, les Serbes trouvèrent le pays habité par des Gaulois-Celtes et par des lUyriens. Les Gaulois-Celtes de l'Orient (qu'on a appelés souvent du nom de Thraces, dénomination assez vague), au milieu desquels s'étaient fondus des colons romains dans une proportion probablement faible {voy. plus haut Roumanie), occupaient les contrées montagneuses de la Serbie actuelle.
Les vestiges des monuments romains abondent dans cette province. C'est de la partie orientale de la Serbie que partait le pont romain qui reliait les deux rives du Danube, et dont on voit encore aujourd'hui les restes.
Plus au sud se trouvaient les tribus d'illyriens ou Albanais,
Les Gaulois-Celtes, formant très-probablement des groupes parsemés et peu nombreux, disséminés dans les montagnes, furent cernés et absorbés par les Serbes.
Les ethnographes admettent que les Albanais furent refoulés au sud par les nouveaux arrivants serbes. Mais, à juger d'après les caractères et les mœurs des Serbes du sud, il nous semble plus admissible que bon nombre d'Albanais furent englobés dans les tribus serbes, et qu'ils se fondirent dans la masse de la population de langue slave. Nous y reviendrons plus loin.
Après la conquête de la Serbie par les Turcs, quelques groupes d'Albanais du nord se sont infiltrés parmi les Serbes du sud et se sont, eux aussi, fondus parmi les Serbes. Ce qui fait que pour bon nombre d'observateurs « les mœurs des Guègues (Albanais du nord) se rapprochent de celles de leurs voisins slaves par tant de traits, qu'on y voit un témoignage évident d'un mélange assez intime entre les deux races » (É. Reclus, Géogr., l, 183).
D'ailleurs, les Albanais ont toujours eu pour habitude d'aller s'infiltrer par
DANUBIENNE (Région). >07
petits groupes au milieu des peuples voisins, pour servir le plus souvent en qualité de gardiens ou gendarmes. Leurs descendants adoptent avec lu plus grande facilité la langue du pays oii ils se trouvent.
De nos jours, nous voyons une population de 70 000 Albanais dans les Fouilles (Italie) et 20 000 environ dans la Sicile. S'ils ont passé l'Adriatique pour émigrer, encore plus facilement se sont-ils infiltrés parmi les Serbes.
La nationalité serbe nous semble donc être résultée du croisement des Serbes avec des Gaulois-Celtes d'Orient et avec des Albanais.
On ne saurait dire dans quelle proportion se trouvèrent les autochtliones Gaulois- Celtes latinisés qui furent englobés dans les masses serbes, mais, vu leur complèlc absorption, on est porté à admettre qu'ils devaient être dans une faible proportion relativement au nombre des envahisseurs serbes.
Comme nous le verrons tout à l'heure, en étudiant les caractères des Serbes, c'est plutôt dans la partie méridionale de la principauté que se trouvent les Albanais serbisés de langue.
Virchow aussi admet qu'une partie des descendants des anciens Illyriens sont les Albanais d'aujourd'hui, et qu'une autre partie s'est slavisée... — de langue, ajouterons-nous, — et passe par conséquent pour slave (communication faite à l'Académie des sciences de Berlin, le 17 déc. 1877).
La population serbe homogène se trouve entre la Morava, le Drin et l'ibar, c'est-à-dire dans les deux tiers occidentaux de la principauté. Dans le tiers oriental, la partie du pays comprise entre la Morava et le Timok, un peu plus du tiers de la population, est composée de Roumains et de Bulgares.
En général les Serbes ont plutôt une taille au-dessus de la moyenne, et de larges épaules; ils sont fortement musclés, mais rarement gras; tète plutôt globuleuse ; traits de la figure nettement accusés ; profil aigu ; les pommettes saillantes ; le nez rarement aquilin, assez souvent droit, mais le plus souvent légèrement retroussé; la lèvre supérieure longue; l'œil perçant et dur; iris le plus souvent d'un bleu gris ou châtain clair; cheveux abondants, blonds ou châtains; moustache bien fournie et à poils roides; la peau du visage et du cou injectée de sang dénote un tempérament sanguin. Hommes robustes, supportant aisément les fatigues et les intempéries des saisons. Ils sont francs, courageux, probes.
Kanitz, qui trouve que les femmes roumaines de la Serbie ont un beau type italien ou romain, et les mouvements gracieux, nous dit que les femmes serbes n'ont pas les traits fins; néanmoins, il trouve ces dernières plus belles que les femmes slaves du Nord. En un mot, cet ethnographe distingué place les femmes serbes entre les slaves du Nord d'un côté, et entre les femmes roumaines et italiennes de l'autre.
On est tellement dans l'idée, en Serbie, que la femme doit avoir une chevelure abondante, que les femmes cherchent à passer pour avoir beaucoup de cheveux. L'usage des faux cheveux est ainsi général, même parmi les paysannes des villages les plus reculés. On reproche encore aux femmes serbes de se servir du fard outre mesure.
Le laible chiffre des naissances illégitimes et la grande proportion des mariages indiquent suffisamment que la population serbe a les vertus domestiques d'un peuple qui n'est pas atteint de la corruption que nous voyons s'étaler dans les grandes villes de l'Europe. L'honnêteté dans les rapports sociaux, l'austérité des moeurs et la noblesse du caractère des Serbes frappent le voyao^eur
608 DANUBIENNE (Région).
dès qu'il met le pied sur le sol de la Serbie. Les assassinats y sont rares; l'ivrognerie n'est pas répandue. Les Serbes ne sont pas serviles ; ils sont tolérants, hospitaliers, fins ; ils ne se laissent pas tromper, mais ils ne trompent pas non plus ; ils tiennent avec un rare entêtement à leurs vieilles coutumes et à leurs traditions.
M. Kanitz trouve que les Serbes sont très-poilés vers les idées mystiques; qu'ils croient aux sortilèges et au mauvais œil, et qu'ils se fient bien plus aux bonnes femmes et aux rebouteux qu'aux médecins. Mais on sait que ces coutumes s'observent dans tous les pays où l'instruction n'est pas répandue.
Les Serbes sont pasteurs et agriculteurs. On a nié leur aptitude pour l'industrie {voy. art. Serbes dans la Revue scientifique du 29 juillet 1876). Nous croyons qu'on est dans l'impossibilité de se prononcer sur ce sujet, attendu que les conditions politiques où se trouvait la principauté' jusqu'à présent étaient telles, que les grandes puissances inondaient la Serbie de leurs produits, et imposaient au petit pays de tels régimes douaniers que l'industrie ne pouvait guère se développer.
Pour ce qui est des arts, l'ethnographe autrichien auquel nous faisons de fréquents emprunts trouve que le Serbe, tout en méprisant les métiers, ne manque pas d'aptitude ni de conception rapide, mais il manque de persévérance et d'application continue.
Il s'ingénie à fabriquer un escabeau pour son propre usage, un jour où cette liuitaisic lui est venue ; mais il dédaigne de se livrer à un travail pareil, si quelqu'un lui propose de lui acheter le petit meuble. De sorte que la plupart des métiers sont exercés par des Allemands, des Hongrois, des Tsintsares (Roumains du sud) et des Bulgares.
Le même auteur reproche aux Serbes d'avoir par trop de penchant pour le commerce. Nous avons vu que les Roumains pèchent par l'excès contraire, car, tandis que dans les villes roumaines de la rive gauche du Danube les marchands de vin, les épiciers, les quincailliers et autres commerçants sont Bulgares et quelquefois même Serbes, les villages échelonnés tout du long de la rive droite du fleuve, en Serbie comme en Bulgarie, sont peuplés de cultivateurs roumains.
En Serbie, selon Kanitz, il y a tant d'individus qui ouvrent des boutiques et qui, sans rien faire ou en jasant avec leurs voisins, attendent les acheteurs, que fréquemment on assiste à des faillites annoncées au son du tambour. Il y aurait trop de boutiques et relativement pas assez de producteurs.
Dans bon nombre de familles, les femmes travaillent plus que les hommes. Dans les familles aisées, la maîtresse de la maison travaille autant qu'une servante laborieuse, même lorsqu'il y a dans la maison trois ou quatre domestiques.
Bien que l'instruction soit peu répandue en Serbie, — 67 habitants sur 1000 savaient lire et écrire en 1874, — elle y est toujours de beaucoup plus répandue qu'en Bulgarie et en Bosnie. Dans la capitale et dans d'autres villes, de nombreux jeunes gens se livrent avec avidité aux études sérieuses de toutes les branches de l'instruction supérieure. D'autres fils de famille en grand nombre font leurs études en Autriche, en Allemagne, en France, ou en Russie. Voilà autant d'éléments propres à activer l'évolution progressive de la nationalité serbe.
Le costume des paysans se compose, en été, d'une chemise, d'un pantalon
D\NUBIE?}NE (Région). 609
en toile et d'une ceinture de laine ; pour chaussures des sandales, pour coiffure un fez rouge. Les Roumains de cette contrée gardent leur bonnet en peau de mouton. Presque toujours on porte sur la ceinture de laine une ceinture en cuir où l'on tient des pistolets et un coutelas. En voyage, le plus souvent, on a un long fusil albanais Même dans les villes, on se promène avec des pistolets à la ceinture. En hiver, les paysans portent une fourrure en peau de mouton ou une large cape de bure. Dans le sud, le costume est frairhement albanais.
Les Serbes aiment les belles armes, les beaux costumes militaires ; parmi ceux qui sont dans l'aisance, on-en voit dont la veste de drap rouge est tellement couverte de gros boutons d'argent sur la poitrine, que cela fait comme une cotte d'armes. Les Roumains, et surtout les Tsintsares (Roumains du sud), tout au contraire, ont un goîit très-marqué pour les vêtements simples, et ils ne portent des armes qu'en cas de grande nécessité. Ce goîit pour les armes et pour les vêtements chargés d'ornements éclatants est, comme ou le sait, dans la nature de l'Albanais. Cela encore dénote qu'une partie de la population serbe se compose d'Albanais slavisés de langue.
La jeune génération et la plupart des habitants de la capitale, et à plus forte raison les Serbes qui ont vécu quelque peu à l'étranger, portent le costume européen.
Ce qui rappelle encore chez les Serbes de quelques provinces les mœurs albanaises, c'est l'institution appelée pobratimie ou fraternité d'adoption. Deux jeunes gens étrangers l'un à l'autre se prennent pour frères. Ils se jurent un mutuel appui et une fraternité à toute épreuve. Le prêtre intervient pour bénir cette union. Il y a le repas obligatoire, suivi de réjouissances et de nombreuses détonations d'armes à feu. Les frères d'adoption marchent ensemble au combat, se défendent mutuellement, et, en cas de mort, le survivant doit venger son frère d'armes.
En Roumanie, on voyait autrefois de ces unions entre hommes, parmi les Albanais venus de la Tui-quie pour servir comme mercenaires les potentats et les riches particuliers du pays.
Lors de la célébration de leur union, les Albanais se faisaient chacun une incision au doigt et ils se suçaient mutuellement le sang. Ils se disaient frères (le croix.
En Serbie, le prolétariat est inconnu. Les paysans sont propriétaires. Aujourd'hui encore, mais moins qu'autrefois, il existe des groupes de familles apparentées, alliées, ou même associées, qui possèdent la propriété en commun. Chacun travaille sous la direction du chef et selon son aptitude et son activité ; mais les bénéfices sont partagés en commun, le plus souvent sans mettre en pratique la maxime : « à chacun suivant ses œuvres ». Le nombre de ces associations diminue à vue d'œil.
Le luxe et le confort ont à peine pénétré en Serbie. De ce que les hommes sont d'une constitution robuste et peuvent fort bien se passer des voitures fermées, des sommiers élastiques, des étoffes fines, des gants et de tontes les commodités de la vie après lesquelles nous soupirons tous en Occident, le Serbe qui a douze mille francs de revenu est un homme fort riche. Un revenu dépassant de beaucoup cette moyenne n'amènerait aucun changement dans la manière de vivre.
Nous allons maintenant parler des populations non serbes qui habitent la Serbie. Faute d'un recensement statistique qui tienne compte des populations
PICT. ENC. XXV. 2;i
GIO DANUBIENNE (Région).
roumaine et bulgare de la Serbie, on s'accorde à admettre qu'il y a dans la principauté : 135 300 Roumains; 20 000 Tsintsares ou Roumains du sud; 50 000 Bulgares; 5000 Allemands et Hongrois; 24 556 Tsiganes, 3000 Juifs.
On signale aussi dans le sud la présence de nombreux Albanais non encore serbisés de langue, mais personne n'en donne le cbiffre.
Il y avait encore des Turcs en Serbie avant 1864, dans un village à côté de Mali-Zvornik ; ils ont émigré. Lors du recensement de 1874, on a trouvé seulement de 30 à 40 Turcs à Belgrade.
On n'a pas encore fait le recensement de la population du territoire récemment annexé, et où il y a des Turcs et des Albanais.
Les Bulgares sont venus s'établir en Serbie en 1850 et 1836. Ils habitent dans la partie orientale de ^ la principauté les districts de Negotin, Zajcar, Knczevac et Aleksinac.
Jusqu'à l'époque de la délivrance de la Bulgarie, il en arrivait d'autres tous les ans pour se fixer en Serbie. D'autres Bulgares, au nombre de 20 000 environ, viennent annuellement de la Boumélie pour travailler en Serbie comme journaliers. Ils arrivent au printemps et s'en retournent chez eux en automne. Ceux qui sont fixés en Serbie font de l'agriculture pour la plupart; d'autres cidtivent les légumes, et ils sont d'excellents maraîchers.
Grâce à la ressemblance qu'il y a entreles deux idiomes, les Bulgares adoptent facilement la langue serbe, et leurs fils passent pour des Serbes.
Maintenant que la Bulgarie a son administration propre, nous pensons que le courant d'émigration qui allait de la Bulgarie en Serbie va s'arrêter.
Elisée Reclus donne ^pour la population roumaine de la Serbie le chiffre (le 160 000. Il nous a semblé que ce chiffre était quelque peu exagéré. En tenant compte des renseignements fournis par Lejean en 1857, comme nous l'avons dit, et de l'accroissement de la population de la Serbie, nous avons admis comme plus probable le chiffre de 133300 Roumains.
C'est en 1830 que de nombreux Roumains sont venus renforcer la population qui s'y trouvait de temps immémcrial.[Ces colons roumains ont mieux réussi en Serbie que les Serbes qu'on avait fait venir du Banat (province autrichienne dont la population est formée de Serbes, d'Allemands et surtout de Roumains).
M. Kanitz nous raconte que les colons serbes venus du Banat n'ont pas cultivé les champs qu'on leur avait cédés gratuitement, mais qu'ils se sont livrés à l'ivrognerie et n'ont travaillé que comme rouliers.
D'après le même auteur, les Roumains de la Serbie sont laborieux et d'une humeur enjouée. Leurs champs sont souvent mieux cultivés que ceux des Serbes. Dans les villages, les'Roumains ont des maisons bien construites, propres, ornées extérieurement de toutes sortes de peintures et de sculptures primitives, mais faites avec goût.
A l'article Roumains on peut -voir que deux ethnographes autrichiens nous apprennent que les Roumains du Banat roumanisent de langue les Serbes leurs voisins, et que ce phénomène ethnologique se passe assez rapidement, sous nos yeux, pour ainsi dire.
M. Kanitz nous dit.-que pareille chose se passe en Serbie, bien que dans les écoles de la principauté on ne fasse apprendre aux enfants que la langue serbe. Il explique ce phénomène de la manière suivante :
Le Serbe, dit-il, est supérieur au Roumain à beaucoup d'égards, mais d'autre part le Roumain a des qualités propres à lui permettre d'absorber le Serbe.
DANUBIENNE (Région). CH
Ainsi, le Roumain garde sa langue avec une ténacité rare; il n'apprend pas la langue de ses voisins, mais il l'iiit en sorte que ses voisins soient forcés d'apprendre le roumain.
L'auteur rapporte que dans le Banat, où il y a des Roumains, des Serbes et des Allemands, c'est en roumain que communiquent entre eux les Serbes et les Allemands. On peut dire que sur ce point le Roumain se comporte en Orient comme le Français en Occident.
En parlant toujours de la Serbie, Kanitz ajoute que les Roumains sont d'excellents vignerons, d'excellents pâtres, modérés dans leurs prétentions ; ce qui fait que les Serbes riches les prennent à leur service, mais à condition que le patron apprenne la langue du domestique.
Les Roumains qui travaillent à gages sont économes ; ils épargnent l'argent qu'ils gagnent, et au bout de quelque temps ils s'achètent de petites propriétés. Leurs familles prospèrent.
En Serbie, le jeune homme qui se marie doit payer une somme relativement forte au père de la jeune fdle. Les Roumains n'ont pas chez eux cette coutume, et, s'ils l'adoptent aussi pour se conformer aux usages du pays qu'ils habitent, ils exigent moins que les Serbes ; il s'ensuit que les jeunes Serbes trouvent à se marier à meilleur marclié en épousant des Roumaines. Une fois une Roumaine entrée dans une famille serbe, elle finit par faire adopter son idiome latin par les frères et les sœurs de son époux, et peu à peu par toute la famille. Les jeunes Serbes, pour ne pas paraître lourdauds, font de leur mieux pour s'exprimer en roumain.
Dans les districts où il y a des Roumains, l'instruction est plus répandue. Ainsi, le nombre de ceux qui savent lire et écrire étant de 67 pour 1000 pour toute la Serbie, dans le district de Pozarevac, où les Roumains constituent environ le tiers de la population, le nombre de ceux qui savent lire et écrire est de 68 pour 1000 ; dans le district de Grna-Reka, où les Roumains constituent à peu près la moitié de la population, le chiffre de ceux qui lisent et écrivent est de 71 pour 1000; et enfin dans le district de Krajna, où les Roumains représentent les deux tiers de la population, la proportion de ceux qui ont reçu de l'instruction est de 74 pour 1000.
Il faut que nous rappelions que les Roumains parient la langue roumaine, et que dans les écoles ils n'apprennent que le serbe, en sorte qu'ils sont hors d'état d'écrire leur langue maternelle.
On a vu que l'on s'accorde à estimer à 20 000 le nombre des Tsintsares ou Roumains du sud (Roumains de la Macédoine et de l'Épire), qui sont établis en Serbie.
L'ethnographe autorisé de la Serbie trouve que les Roumains du sud constituent l'un des éléments ethniques de la Turquie les plus aptes à la culture intellectuelle.
Ils sont commerçants, aubergistes, armuriers, orfèvres, graveurs, ciseleurs tailleurs, menuisiers, tailleurs de pierre, sculpteurs, et surtout maîtres micons et architectes.
M. Kanitz fait les plus grands éloges de ces derniers. Ce sont les Roumains qui ont construit la plupart des églises serbes, — même des églises à cinq coupoles d'une construction hardie, — et la plupart des vieilles maisons de Belo^rade.
En fait d'art le Roumain ne connaît que ce qu'il a appris de son pare et pourtant il surpasse par son habileté les architectes serbes d'Autriche for'm's
G12 DAT^UBIENNE (Région).
dans les écoles spéciales d'architecture. M. Kanitz ne se lasse pas d'admirer les élégants bijoux en fdigrane qui sortent des mains du Roumain. On fabrique ces objets surtout à Nis (Serbie), à Yidin (Bulgarie) et dans le Balkan, du côté de Gabrovo.
Quelques voyageurs n'ont pas su faire la différence entre les Roumains du sud et les autres habitants de ces provinces, et l'on a pu lire dans certaines correspondances envoyées aux journaux à l'époque de la guerre de 1877 que les Bulgares ont un rare talent pour la fabrication des bijoux en filigrane.
Ainsi, l'orfèvrerie et l'architecture de la Serbie sont des spécimens de l'art roumain.
Ces Tsintsarcs ou Roumains ne se laissent nullement absorber par les Serbes; néanmoins ils ont plus d'une fois mis leur courage et leur dévouement au service de la cause serbe. C'est ainsi que lors de la délivrance de la Serbie un Tsintsarc fut l'un des chefs les plus vaillants. Lors de l'insurrection de 4862, les Tsintsares se battirent encore pour la Serbie.
Les Allemands et quelques Hongrois sont tailleurs, bottiers, brasseurs, chapeliers; d'autres font le commerce.
Sur 24 556 Tsiganes, en 1874 il y en avait 48416 chrétiens et 6140 musulmans. Ils sont, comme partout, ménétriers, forgerons, maréchaux-ferrants, serruriers, hommes de peine pour porter les briques et le mortier, etc.
En 1874, on avait inscrit '2049 Juifs (1000 hommes pour 1054 femmes). Depuis, leur nombre s'est quelque peu accru.
Autrefois les Juifs espagnols, venus de la Turquie, étaient plus nombreux que les Juifs polonais venus de l'Autriche. Aujourd'hui c'est l'inverse.
Pour la langue serbe, voir l'arlicle Slaves.
g IV. CondiUcns hygiéniques- Pathologie. C'est le tempérament sanguin qui prédomine de beaucoup chez les Serbes. Toutefois il y a de nombreuses contrées où l'impaludisme imprime son cachet à toute la population. Dans certaines vallées étroites sévit le goitre. L'obésité est rare.
La constipation est fréquente, même chez les habitants de la campagne (Gjor-
gjevic).
En Serbie aussi les affections utérines sont fréquentes parmi les femmes des villages, parce que celles-ci se mettent à travailler trop tôt après l'accouchement. Les avortements sont plus fréquents chez les Roumains de la Serbie que chez les Serbes. La menstruation s'établit entre 14 et 15 ans; même à 16 ans; rarement à 12 ou 15. Les hémorrhoïdes ne s'observent pas souvent.
Les habitations des paysans étaient jusqu'en ces dernières années des huttes en bois crépies d'argile, et couvertes de chaume ou d'écorce de tilleul. Pas d'autres meubles iju'un lit en planches, quelques escabeaux et un coffre primitif.
Dans la partie sud-est du pays, entre le Timok et la Morava, du côté de Cuprija, Zajcar et Aleksinac, dans les districts oii il y a des Roumains et des Serbes, les maisons des paysans sont l'ecouvertes de tuiles, et entourées de vergers bien soignés. L'intérieur est propre et garni de quelques meubles. Les paysans serbes et roumains de ces contrées sont mieux logés que les villageois des plaines de la Roumanie.
Dans les villes, les habitations sont à peu près dans les mêmes conditions que celles de la petite bourgeoisie des villes roumaines {voy. plus haut).
Li nourriture des habitants de la campagne est, en Serbie, à peu près comme
DANUBIENNE (Région). 615
en Uoumanie. Même carême rigoureux, et la population serbe, bien qu'elle soit généralement de forte constitution, paraît souffrir par suile de ce mauvais régime presque autant que la population de la Uoumanie.
En Serbie aussi, c'est le maïs qui est la base de l'alimentation, et cela dans la proportion de 80 pour 100.
Ce n'est que la population roumaine de la Serbie qui mange de la memeliga. Les Serbes préparent autrement la galetle de maïs. Us divisent la pâle en morceaux comme des pains, qu'ils placent sous des couvercles presque hémisphériques, en tôle ou en terre cuite. Tar-dessus ces couvercles ils entassent des cendres et de la braise. Les galettes ainsi obtenues, appelées proja, ont plus de consistance que la memeliga roumaine.
Les Serbes n'ont pas la soupe au horsu. Us préparent leur soupe acide au vinaigre ou au lait aigri. Ainsi, on fait cuire le poulet ou la viande d'agneau ou de mouton dans l'eau vinaigrée avec addition de piment.
La tête de mouton rôtie au four paraît être le plat le plus estimé.
On ne tue pas de veaux ; on trouve rarement de la viande de bœuf, et elle est de mauvaise qualité. Les bœufs sont exportés maigres en Autriche.
Les antres plats plus usités sont la viande de porc à la choucroute, les gâteaux à la viande liachée ou au fromage. Le piment est employé à profusion.
Dans les régions des montagnes, le vin est moins abondant qu'en Uoumanie ; on y supplée par l'usage de l'eau-de-vie de prunes, qui est excellente.
Depuis quelques années on fait sécher les prunes et on les envoie en grande quantité en Amérique. L'usage de l'eau-de-vie de grains commence ainsi à se généraliser. Dans quelques localités on fait usage du cidre et du poiré. Le goût de la bière commence à se répandre dans les villes. Les brasseurs sont le plus souvent Allemands, mais en province on rencontre aussi des gens du pays qui exercent ce métier.
Les populations sont généralement bien pourvues d'eau potable. Comme le terrain est accidenté, dans la plupart des villes, et même dans les villa'i^es, on a des sources captées et pourvues de conduites. Toutes ces fontaines ont été construites du temps de la domination turque. On dit qu'il y en a même dont les petits aqueducs ont été consiruils avant l'arrivée des Serbes, du temps de la domination romaine.
En 1879, il a été pratiqué 29172 vaccinations par les soins de l'administration. On ne possède pas de chiffres pour les autres années ; d'ailleurs il y a des arrondissements où les vaccinateurs font totalement défaut.
La prostitution n'est pas réglée, et on exerce même des poursuites très-sé- ,'ères contre les femmes qui s'y livrent. Dès qu'une femme a infecté un militaire, au lieu de la faire admettre dans un hôpital, on l'expulse de la capitale. Naturellement elle va répandre le mal d'une manière clandestine dans la province.
Pour la pathologie collective de la Serbie il n'y a pas d'autre source que l'intéressant travail que publie en ce moment, en langue serbe, M. le docteur Gjorgjevic, le chef du service sanitaire de la principauté.
L'auteur a bien voulu nous donner les renseignements qui suivent.
Les causes de mort les plus fréquentes sont : 1" les inflammations aimes franches de l'appareil respiratoire; 2° la fièvre typhoïde; 5° la cachexie paludéenne et l'entéro-colite.
La tuberculisation serait rare dans la population civile, mais dans l'armée cette affection est assez fréquente, et elle frappe notamment les jeunes conscrits
.{iU DÂISUBIENNE (Région).
«lui arrivent des contrées montagneuses, et surtout des provinces de l'est de la principauté.
Les Serbes des plaines et surtout les Roumains supportent mieux le changement dans la manière de vivre qui est imposé aux recrues.
L'intoxication paludéenne est très-fréquente dans les plaines situées le long du Danube, de la Morava, et encore plus dans les plaines de la Save.
Le long de la Kolubura, dont le cours est ralenti par les barrages artificiels des moulins, il y a tant de marécages, qu'en été on ne trouve pas une famille dans ces contrées qui soit exempte des fièvres.
On a observé presque toutes les manifestations de rintoxication paludéenne décrites ailleurs : les fièvres d'accès simples et pernicieuses, les congestions cérébrales, congestions pulmonaires, pneumonies, diarrhée, névralgies, etc.
Dans le district de Vranja, pays de fièvres, on a signalé, en 1879, de trèsnombreux cas de lièvre typhoïde (typhus abdominalis des médecins allemands) ; mais le médecin de la localité a été frappé du fait que fous les malades avaient eu, avant la fièvre typhoïde, les fièvres d'accès pendant des semaines ou des mois. C'est à se demander si l'on n'a pas eu affaire ici à la maladie que nous avons décrite plus haut [l'oy. Roumanie) sous le nom de périsplénite.
Le rhumatisme articulaire est fréquent dans l'armée. Les hernies seraient très-fréquentes d'après l'impression qu'en a eue M. le docteur Gjorgjevic lors de l'examen des recrues; mais notre confrère n'a pas pu nous donner des chiffres. La myopie n'est presque pas connue. Le goitre et le crétiuisme séviraient peu, d'après l'auteur que nous venons de citer. On observe cette dégénérescence dans ([uelqucs vallées du Rudnik, dans la partie occidentale du pays (Uzica), à Cacak, le long du Drin, à Krusova (dans le sud), dans la Krajna(dans le nord-est), et dans la Yranja (territoire annexé en 1878).
Dans les familles affligées de goitre, on ne voit plus survenir cette affection chez les jeunes individus, si la famille quitte le fond des vallées pour habiter sur les hauteurs environnantes. La pellagre est très-rare.
Depuis 1870, l'angine diphthéritique fait d'assez grands ravages parmi les enfants, autant dans les plaines que dans les montagnes.
La peste bovine a sévi après la guerre de 1877 surtout. On a perdu environ 60000 tètes de gros bétail. La maladie contagieuse avait été introduite par les transports russes.
Les deux ouvrages principaux que l'on doit consulter sur la Serbie sont le volume souvent cité de M. Kanitz : Serhien. Historisch-etnographische Reisestudien aus den Jahren 1859-1868 (Leipzig, 1868, gr. in-8), et celui de JIM. ■Gj. Milicevic : Knezevina Srbija[{la Principauté de Serbie u Beogradu, 1876, in-8)]. Ce dernier ouvrage, difficilement accessible aux étrangers, puisqu'il n'en existe pas de traduction dans une langue plus répandue que le serbe, est un des répertoires les plus complets qui existent sur aucun pays. M. Milicevic a réuni sur les moindres localités de la Serbie tous les documents imaginables ; il les décrit au point de vue topographique et historique, fait connaître les mœurs et les usages des habitants, leurs traditions, leurs chants, leurs costumes, raconte la vie des hommes qui se sont illustrés dans le pays. Le tout est complété par des cartes statistiques et par un copieux index, qui manque totalement au livre de M. Kanitz.
D. BULGARIE. § I. Géographie physique. La Bulgarie a la forme d'un qua-
DANUBIENNE (Région). <>15
drilatère irrégulier dont l'extrémité occidentale présente un prolongement vers le sud, de telle sorte que la principauté a plus de largeur à l'ouest qu'à l'est.
La Bulgarie s'étend depuis le 42« jusqu'au U' degré de latitude septentrionale, et depuis le 20« jusqu'au 26^ degré 20' de longitude orientale (méridien de Paris). Sa superficie est de 64 000 kilomètres carrés.
Elle est limitée au nord par le Danube, qui la sépare de la Roumanie ; au nord-est par une ligne artificielle qui va de Silistrie au port de Mangalia, ligne qui la sépare de la Dobrodja roumaine ; à l'est, elle est limitée par la mer Noire ; au sud, par les Balcans, qui la séparent de la Roumélie. A l'ouest, la Bulgarie est séparée de la Serbie par une limite formée tantôt par des montagnes, tantôt par des lignes artificielles, et tout à fait au nord par le Timok.
Pour ce qui est de la configuration du sol, cette province a la plus grande analogie avec la Vallachie.
Ces pays constituent à eux deux la vallée du Bas-Danube, sauf que par son extrémité orientale la Bulgarie ne s'étend pas jusqu'à remboucliure du grand fleuve.
Comme dans la Vallachie , nous trouvons ici une plaine plus longue que large, qui s'étend depuis le Danube jusqu'aux contreforts des Balcans.
La disposition des régions géologiques de la Vallachie se répète ici du nord au sud. Nous ignorons seulement si en Bulgarie on a trouve la couche de terre noire.
On n'a pas trouvé dans les Balcans le sel gemme, le pétrole, l'ambre noir et l'ozocérite, dont nous avons signalé la présence dans les Carpates. Il est vrai qu'on n'a pas fait de nombreuses recherches dans les Balcans.
Un géologue anglais, M. Arthur Lennox, qui a fait des recherches sur le versant méridional des Balcans en 1866, a trouvé des dépôts d'anthracite.
A Samakov (dans le sud-ouest), on extrait le fer par le procédé catalan primitif ; on exploite des gisements qui ont la plus grande analogie avec les gisements d'hématite] brune des montagnes de la Roumanie (de 55 à 50 pour 100 de fer métallique) .
Pour ce qui est du climat, de la flore et de la faune, il n'y a pas de différences appréciables, dans l'état actuel de nos connaissances, entre la^Bulgarie et la Vallachie.
Le sol de la province qui nous occupe est fertile, mais la production est relativement bien inférieure à celle de la Roumanie, parce qu'en Bulgarie la population n'a qu'une densité de 29 habitants par kilomètre carré, et parce que ce pays a souvent été le théâtre de guerres, révoltes et dévastations de toutes sortes.
Les renseignements démographiques manquent totalement. Ce n'est qu'à partir de 1881 que l'on aura un service de statistique.
g II. Ethnograhie. Quelques traités de géographie et certaine presse périodique nous présentent les Bulgares comme faisant partie de la grande famille slave. Nous laisserons de côté les assertions des publicistes qui écrivent dans le but de venir en aide à des combinaisons et à des agitations politiques. Nous ne devons nous occuper que des opinions exprimées par les hommes de science. Toutefois il se trouve même des ethnographes distingués, comme MM. É. Reclus et Ubicini, qui tiennent les Bulgares « pour Slaves », ou tout au moins pour « assimilés aux Slaves, malgré leur origine ougrie^ine » ou ouralo-altaïque.
GIG DANUBIENNE (Région).
Examinons donc jusqu'à quel point on peut décrire comme Slaves ou assimilée par les Slaves les populations finnoises et tatares qui parlent un idiome slave.
Et d'abord, quel est ïensemble de caractères morphologiques et physiologiques qui caractérise la race slave? Car, si l'on avait commencé par donner ce tableau, cet ensemble , nous pourrions faire une enquête ethnographique, nous pourrions voir si les Bulgares ont cet ensemble de caractères ou non, et la quesùon serait résolue.
Nous savons quels sont les traits qui caractérisent certaines races connues, par exemple, les Arabes, les Juifs, les Kabyles, les Tatars, les Tsiganes, les Juifs, etc., mais nous ne savons pas quels sont les caractères de la race slave.
Telle race donne des marins ou non ; elle vit dans les montagnes ou dans les steppes ; elle est nomade ou fixée ; elle cultive la terre, elle est industrieuse ou non ; elle a de l'aptitude pour la sculpture et l'architecture, et elle nous a laissé des monuments cinquante fois séculaires ou elle n'a pas laissé derrière l'Ile une brique grattée; elle a de l'aptitude ou de l'iiorreur pour le commerce; elle travaille les métaux ou non ; elle a une passion pour les controverses religieuses ou bien elle n'a ni culte ni livres sacrés propres ; elle a toujours été asservie ou elle a asservi d'autres races; elle a du goût pour le brigandage ou non ; elle possède ou elle ne possède pas l'esprit d'organisation ; son crâne a telle forme et telles proportions ; elle est plus ou moins exposée au daltonisme, au pied plat, aux hernies ; elle a les incurvations de la colonne vertébrale plus ou moins prononcées ; elle a les doigts et la main conformés de telle ou telle façon, etc. Voilà autant de traits qui peuvent caractériser une race. C'est en groupant des traits de ce genre, — caractères morphologiques et physiologiques, — que les auteurs qui admettent une grande race slave devraient nous donner un tableau de tous les caractères de la race slave. Si dans ce portrait, — que nous attendons encore, — nous reconnaissons les marins dalmates, nous les appellerons Slaves, nous aussi ; mais alors nous ne pourrons pas mettre dans le même groupe ethnique les pâtres serbes, les brillants cavaliers polonais ni les braves cultivateurs bulgares. Et vice versa, si l'ensemble des caractères attribués au groupe appelé Slaves s'applique d'une manière parfaite aux Polonais, nous ne pourrons appeler Slaves les Dalmates, les Bulgares et autres ])opulations.
Mais les populations qui parlent des idiomes slaves sont tellement dissemblables entre elles, et par les caractères morphologiques et par les caractères physiologiques (aptitudes aux arts et métiers, à la marine, à la guerre, à la vie civilisée, etc., idéal de l'organisation sociale, etc.), que l'on ne parviendra jamais à dresser un tableau des caractères de la race telle qu'on nous la présente, formée par tant de groupes ethniques divers.
Un de ces groupes diffère des autres comme le Tatar diffère du Grec {voy. article Slaves).
Chaque groupe ethnique — race ou mélange m^ime, inextricable, de plusieurs i-aces — doit être décrit à part, ayant son appellation parlic-ulièr^, comme on décrit séparément les crucifères et les ombellifères, ou tout au moins, — qu'on nous permette la comparaison, — le cheval arabe, le cheval tatar, le percheron, le poney, etc., ou encore le chien lévrier, le chien de berger, le chien de chasse, etc.
£t la chose est faisable. On n'a qu'à ne pas tenir compte en ethnogiaphie des
DAiNUBIE>>'E (RÉGioji). Olî
différences de langue et des différences de religion ; nous entendons de la religion officielle. Qu'on observe bien les caractères morphologiques et les aptitudes; ce que les races ont produit dans le cours des siècles, et à quels travaux elles se livrent aujourd'hui.
On trouvera que les Tsiganes n'ont jamais été bergers, ni commerçants, ui soldats mercenaires, ni brigands, ni marins, etc. ; que les Tatars et les Hongrois n'ont jamais été marins non plus, ni architectes, ni sculpteurs, etc. Ou'om n'inveque pas l'influence des milieux. Les peuples, lors de leurs migrations, s'arrêtent dans les régions qui conviennent le mieux à leurs aptitudes. Les Grecs habitent les ports de mer, à Liverpool, à Marseille, à Livourne, à Odessa comme dans l'Asie Mineure. Nous parlons des Grecs et non pas des populations de la Turquie qui ont été hellénisées de langue dans le cours des deux derniers siècles.
11 est inutile d'insister sur l'utilité d'une classification des races telle que nous la demandons. Étant donné un État récemment créé, comme la Bulgarie dont nous nous occupons, et connaissant les races dont se compose la population du pays, on peut savoir à peu de chose près ce qui ad viendra du nouvel État.
En parlant de la Bulgarie, il ne nous suffisait donc pas de dire « les Bulgares sont des Slaves », car c'eut été dire simplement au lecteur qu'ils parlent un idiome qui se rapproche du russe et du serbe.
On sait que les Russes, tanlôt par l'invasion lente et insensible qui réussit si bien aux Allemands d'aujourd'hui, tantôt par la conquête violente, sont arrivés à dominer des tribus de Lithuaniens, de Turcs, de Tatars, de Finnois et de Mériens, et à imposer leur langue à ces tribus asservies, tribus que l'on prend aujourd'hui pour des populations slaves (i;0!/. article Russie).
Ces Tatars, ces Finnois slavisés de langue, ont gardé tous leurs caractères; ils ne sont pas devenus semblables aux Russes proprement dits. C'est donc à tort que l'on se sert du terme assimilation pour désigner le remplacement d'uu idiome par un autre. Le mot absorption, dont on abuse tant, ne convient pas non plus en pareil cas. Le métissage se pratique dans les villes. La masse de la population rurale ne se croise pas ; elle garde ses caractères.
Puisqu'on appelle Slaves les Talars parlant un idiome ressemblant au russe^ qu'il nous soit permis de demander si la science peut considérer comme Slaves les individus muets de naissance appartenant à des familles tatares qui ont adopté une langue slave.
Que de fois, lorsqu'il y a eu un changement d'idiome, ou seulement la modification de tel idiome ancien, les historiens ont cru que tel groupe ethnique a remplacé tel autre!
Si nous insistons sur ce point, c'est parce que les ethnographes et les historien» ont commis de ces erreurs, — erreurs volontaires lorsqu'un motif politique, poussait les écrivains dans cette voie, — surtout en traitant des populations de la péninsule balcanique.
On a admis ainsi la colonisation de la Morée par les Slaves!
C'est aux anthropologistes à prendre pour tâche de jeter un peu de lumière sur l'ethnographie des races de la péninsule balcanique. Si l'on étudie bien le* populations bulgares, on y distingue trois groupes ethniques très-difféi'eiît$ entre eux, n'ayant de commun que l'idiome, et n'ayant même pas des intérêts identiques, attendu que l'une des trois races a toujours tyrannisé les deux autres.
618 DANUBIEjNiNE (Région).
Ces populations paraissent avoir vécu en bonne intelligence tant qu'elles ont eu un dominateur commun, l'Ottoman.
Jetons un coup d'œil sur le passé des Bulgares. Yers l'an 485, ils quittent les bords de la Volga et se dirigent vers l'embouchure du Danube. Les richesses de l'empire d'Orient les attirent. Us traversent lentement la Russie et s'établissent dans les plaines de la Moldavie méridionale et de la Vallachie orientale. Ils se trouvent côte à côte avec les Serbes. Ces derniers ne paraissent pas s'être croisés av43c les populations bulgares. ÎN^ous rappelons qu'aujourd'hui même les Bulgares établis dans les villages roumains ne se croisent pas d'une manière ostensible avec la population rurale indigène.
De la Vallachie orientale les Bulgares faisaient de fréquentes incursions sur la rive droite du Danube, sur les territoires occupés par les Ostrogots jusqu'en i89. Après le départ de ces derniers, les Bulgares portèrent leurs dévastations dans la Thrace. En 559, ils menacèrent Conslantinople.
Aux sixième et septième siècles ils se répandirent en iMoesie, en Macédoine et en Épire.
Les siècles suivants, ils eurent des guerres continuelles avec les empereurs d'Orient. Ils firent plus d'une fois cause commune avec les Serbes qui occupaient la partie occidentale de la Mœsie.
Au onzième siècle, les Bulgares furent conquis par les Byzantins. Au douzième siècle (H 86), unis aux Roumains du sud (de la Macédoine et de la chaîne du Pinde), ils constituent un royaume, lequel tombe sous les Turcs au quatorzième siècle.
Lors de leur séjour dans la région de la Volga, les Bulgares paraissent avoir eu des idiomes se rapprochant de ceux que parlent encore de nos jours les Samoyèdes et les Tongouses.
On ne sait pas au juste vers quelle époque les Bulgares adoptèrent une langue slave. D'après quelques ethnograplies, c'est en Russie même que l'échange d'idiome eut lieu ; d'après d'autres auteurs, ce serait à l'époque où les Bulgares vécurent côte à côte avec les Serbes dans les plaines de la rive gauche du Bas- Danube. Nous penchons pour la première hypothèse. Il se peut que les Bulgares aient été soumis et facilement slavisés de langue par un petit groupe de
Russes.
D'ailleurs, on a vu plus haut (Roumanie) avec quelle facilité les Bulgares abandonnent une langue pour une autre. Dans leur propre pays (à Turtucaia, Sistov, Silistrie, etc.), les Bulgares, s'ils n'abandonnent pas leur idiome, apprennent la langue novo-latine, même lorsqu'au milieu d'eux les Roumains sont en minorité.
L'arrivée des Serbes et des Bulgares dans la Mœsie coïncidait avec le départ des Ostrogots, comme nous l'avons vu. Le pays pourtant n'était pas dépourvu d'habitants autochthones autres que les tribus gotiques.
Comme nous l'avons dit à propos de la Roumanie, sur la rive droite du Bas- Danube aussi, les contrées montagneuses étaient habitées, pendant la période dont nous nous occupons, par des Gaulois-Celtes latinisés (Roumains du sud).
Nous devons admettre que les régions montagneuses de la Mœsie devaient être occupées par une telle population ; car nous trouvons à partir du onzième siècle les contrées montagneuses, qui au sud font suite aux Balcans, occupées encore par des Gaulois-Celtes latinisés (Roumains du sud).
On sait d'autre part que, lors de l'arrivée des Gots dans la Dacie, la Mœsie (ou
DANUBIENNE (Région). 6^-'
Dacle aurélienne) avait une population analogue à celle de la Dacie proprement
dite. ^ .
Celte population autochlhone des Balcans, ces Gaulois-Celtes de l'Orient (appelés encore du nom vague de Thraces), ont été nécessairement englobés par les tribus bulgares. Avec le temps, ils ont adopté la langue bulgare. Comme nous allons le dire tout à l'iieure, on reconnaît aujourd'hui leurs descendants, qui n'ont de commun avec les deux autres variétés de Bulgares que la langue.
Des publicistes induits en erreur ont admis que le chiffre de toute la population bulgare montait à six millions. Nous croyons que le chiffre delà population qui parle bulgare n'arrive pas à quatre millions et demi.
Dans la principauté récemment créée, les Bulgares sont au nombre d'environ 1700 000. On les trouve en majorité dans la Rournélie orientale; en minorité dans la Macédoine et dans la Thrace. 11 y a aussi des groupes peu nombreux disséminés en Roumanie, dans la Dobrodja, en Serbie, en Bessarabie et jusqu'en Hongrie.
En Ma cédoine, loin de constituer la majorité de la population, ils n'y sont que par petits groupes éparpillés et comme noyés au milieu des Turcs, des Roumains du sud, des Grecs et des Albanais.
Rien de plus opposé que les différents jugements portés sur les Bulgares. Quelques ethnographes les décrivent comme étant violents, batailleurs, turbulents, méchants, féroces et pleins de vices. D'autres nous les représentent comme «onstituant un peuple doux, tranquille, laborieux, ayant une aptitude pour les arts et l'industrie. D'autres auteurs nous disent que le caractère des Bulgares a changé avec le temps, et que les guerriers indomptables et cruels, les terribles Boulgres de jadis, accusés de tant de crimes, sont devenus laborieux, dociles et inoffensifs. Les caractères des races ne changent pas de la sorte.
Kanitz, en parlant des Bulgares qu'il a rencontrés en Serbie, dit qu'il les trouve dégénérés, tombés dans une résignation stupide {Serbien, p. 45). L'auteur attribue cette décadence à l'oppression exercée par les Turcs. Mais l'éminent ethnographe a vu que dans d'autres contrées les Bulgares sont intelligents, dégourdis et très-habiles ouvriers. Le joug turc a également pesé sur les uns €omme sur les autres. Tous ces jugements contradictoires viennent de ce que lorsqu'il s'est agi de décrire les Bulgares on a eu en vue tantôt l'un des groupes ethniques parlant bulgare, tantôt un autre.
Nous arrivons à la description des trois races ou groupes ethniques, ou, si l'on veut mieux, des trois variétés de Bulgares.
Nous y trouvons : 1» les Bulgares-Tatars ; 2" les Bulgares à tête allongée; 3" les Gaulois-Celtes bulgarisés de langue.
1° Les Bulgares-Tatars ont le type mongoloïde. La tête est globuleuse; le crâne est brachycéphale (83-86), mais différant des crânes brachycéphales orthogna thés des Gaulois-Celtes.
Le crâne des Bulgares-Tatars a un prognathisme maxillaire bien prononcé, un front mojns développé (courbe frontale moindre et indice frontal moindre) que celui des Gaulois-Celtes, et les pommettes et les arcades zygomatiques fortes. Le front paraît d'autant plus étroit que ces arcades sont très-prononcées, et que les temporaux et les pariétaux s'écartent considérablement en arrière. Arcs sourciliers très-marqués; faible distance orbito-auriculaire (Hovelacque) .
Voici quelques rapports cràniométriques :
DANUBIENNE (Région).