‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.25Chapitre 94 sur 108 · et nièmi · texte numérisé non relu

et nièmi

Le front est fuyant ; les yeux sont parfois par trop écartés, et cela se remaniue surtout sur les femmes et les enfants; les ouvertures des paupières obliques eu bas et en dedans; le nez, le plus souvent retroussé de manière que son dos présente une concavité, une échancrure bien prononcée; d'autres fois, le nez gros, empâté, absence de sillon entre le lobule et les ailes ; lèvre supérieure longue et épaisse à cause du prognathisme alvéolaire ; menton non arrondi ; les pavillons des oreilles épais, plats et souvent s'écarlant de la tète par leur partie supérieure; les cheveux bruns ou nuits, roides, gros; le cou est court, les épaules larges ; la taille plutôt au-dessous de la moyenne ; les incurvations de la colonne vertébrale peu prononcées ; doigts courts et gros ; ongles très-étroits dans le sens de l'axe des doigts; hommes fortement musclés, rarement gras ; aspect rude et rébarbatif. Dans cette variété, la femme est rarement jolie (Lejean).

Les Culgares-Tatars ont peu de goût pour le travail, et cherchent à gagner leur vie dans les métiers qui exigent une grande énergie développée de temps à autre plutôt qu'uu travail régulier et persévérant. Ils exercent leur activité, pour ainsi dire, par des coups de collier, ou bien ils se démènent beaucoup pour faire des trafics, mais il leur répugne de produire. Ils n'ont pas d'aptitude pour les métiers manuels et pour l'industrie, ce qui contribue encore plus à les faire distinguer des Bulgares de la troisième variété.

Dans les villes, les Bulgares-Tatars sont portefaix, charretiers, rouliers, marchands devin, épiciers, usuriers, changeurs, trafiquants; souvent ils travaillent comme journaliers pour creuser des fossés et des canaux, ou ils font le transbordement des grains dans les ports.

Ceux qui habitent les villages s'occupent de l'élève du bétail. Ils ne sont pas cultivateurs à proprement parler ; lorsqu'ils passent pour tels ils savent asservir et faire travailler pour eux comme des fellahs les dociles Bulgares de la deuxième variété dont nous parlerons tout à l'heure.

Les Bulgares-Tatars sont, en somme, des oppresseurs, de petits tyrans ; âpres au gain, lésineurs, rapaces, rudes, grossiers, violents, se portant facilement aux Toies de fait.

Après la conquête de la Bulgarie par les Turcs, un grand nombre de ces Bulgares-Tatars, pour pouvoir continuer à opprimer les autres races au milieu desquelles ils vivaient, ont embrassé la religion musulmane et ont été ainsi assimilés à la race conquérante pour ce qui est des privilèges et des prérogatives. Par la suite, ils se sont mêlés et croisés avec les Turcs. On les trouve dans la partie orientale de la Bulgarie ; nous en avons dit un mot en parlant des populations de la Dobrodja.

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2" La seconde varie'té de Bulgares, ou le second groupe ethnique parlant bulgare est constitué par ce que nous appelons les Bulgares à tête allongée. Le caractère le plus frappant de cette race est précisément la forme allongée et cylindroïde du crâne. M. Kopernicki, le crâniologiste distingué qui nous a donné une bonne description de celte forme particulière de crânes, voit dans ce type la race bulgare pure.

Les principaux caractères du crâne de ces Bulgares sont : la forme d'un ovoïde allongé, le prognathisme facial, maxillaire et alvéolaire, très-prononcé, le peu de développement du front et la dolichocéphalie occipitale.

Comme par sa forme ce crâne s'éloigne beaucoup des crânes des r-aces européennes, qu'on nous permette d'entrer dans quelques détails.

Vu d'en haut, le crâne présente les contours d'une ellipse, car les bosses pariétales sont presque complètement effacées, et les parois latérales sont à peine convexes et plutôt aplaties dans le sens antéro-postérieur ; ces mêmes parois sont bien arrondies et bombées dans le sens transversal, d'où l'apparence de crâne cylindroïde. La portion postauriculaire du crâne a presque autant de largeur transversalement que la portion préauriculaire.

Dans les races européennes, lorsqu'on regarde un individu bien en face, on voit plus ou moins les faces latéi-ales de la tête en raccourci, parce que les temporaux et les pariétaux s'écartent un peu en arrière. Nous avons vu que chez les Bulgares-Tatars les os qui forment les parois latérales du crâne s'écartent considérablement en arrière. Chez les Bulgares à tète allongée, au contraire, ces os ne s'écartent presque pas en arrière. Le front est bas et fuyant ; la courbe frontale monte très-obliquement en arrière ; les bosses frontales nulles ou peu apparentes. Le prognathisme facial, maxillaire et alvéolaii'e, est si prononcé qu'il n'a pas son pareil dans les races blanches. La portion alvéolaire du maxillaire est quelquefois énorme ; les incisives plus souvent obliques. Le menton tronqué verticalement, nullement saillant en avant. Arcades sourcilières très-développées ; orbites obliques ; l'ouverture nasale longue et étroite ; les os nasaux, longs et soudés à angle bien aigu. Les arcades zygomatiques paraissent bien saillantes à cause de l'étroitesse du front et à cause aussi de l'étroitesse de l'espace compris entre les deux temporaux et les deux ailes du sphénoïde. Les fosses temporales sont profondes, la face externe des ailes du sphénoïde est plutôt concave. La région occipitale est en revanche bien développée, ample, allongée. La portion cérébelleuse de l'os occipital est longue.

Comme tous les diamètres de largeur du crâne sont considérablement réduits, le crâne est dolichocéphale, indice 76; mais c'est une dolichocéphalie occipitale. Ainsi, la projection antérieure des crânes européens étant de 47/100 et la projection postérieure de 52/100 (Broca), M. Kopernicki a trouvé que pour les crânes dont nous parlons la projection antérieure est de 44/100 et la postérieure de 55/100.

La projection faciale par rapport à la projection totale de la tête se trouve être : de 0,07 chez l'Européen (Broca) ; de 0,10 chez le Tsigane (Kopernicki) ; de 0,12 chez le Bulgare (Kopernicki); de 0,13 chez le Nègre. On voit que les Bulgares ont un prognathisme plus prononcé que les Européens.

Après une description si détaillée du crâne, on se figure bien quelle forme doit avoir la tête sur le vivant. Front très-étroit dans le sens transversal, fuyant, sans bosses frontales ; arcades zygomatiques saillantes et faisant contraste avec les tempes aplaties; figure allongée; sourcils réunis ; nez allongé ; lobule du nez

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OAns Je sens transvei-sal, se terminant presque en pointe; dos du nez en O'/ne de dos d'âne, presque tranchant; lèvre supérieure longue et épaisse ; nienton tronqué. L'iris d'un bleu gris, d'autres fois tout à fait jaune ; cheveux niatain clair, plus souvent d'un gris cendré. Taille moyenne ou au-dessus de la moyenne. Les doigts courts et gros ; les articulations de la main ne permettent l';« des mouvements aussi étendus que chez les races européennes. Pour couper 'e blé, on donne à son bras la forme d'un arc ou d'un demi-cercle, et l'on embrasse les chaumes que l'on veut couper. Les Bulgares, pour suppléer à l'insuffisance de leurs doigts, se servent, lors de la moisson, d'un gantelet en bois à face palmaire concave dans lequel ils enfoncent les quatre doigts; de la sorte, l'arc décrit par le bras, la main et le gantelet, dont les doigts sont beaucoup plus longs que les doigts de l'ouvrier, se trouve être plus long que le bras non armé de cet outil.

Des missionnaires protestants américains ont fondé une école gratuite en Bulgarie, à l'effet d'attirer les indigènes. Les élèves ont été assez nombreux. On y a constaté une incapacité rare des jeunes Bulgares pour le dessin. Cela tenait à la conformation de leurs doigts. Les quelques élèves arméniens qui s'y trouvaient apprenaient à dessiner très-bien. Les Arméniens ont les doigts longs, minces et effilés.

Le Bulgare à tête allongée est doux, nullement querelleur ni emporté, docile, laborieux, patient, persévérant, pacifique, malléable, très-facile à asservir et à tenir ensuite dans la servitude.

On a vu la conformation de son crâne ; les lobes frontaux de son cerveau sont relativement moins développés que les lobes occipitaux. Son intelligence laisse supposer que son cerveau n'est pas arrivé au même degré d'évolution que le cerveau des races européennes.

Le Bulgare est lourd d'esprit ; il n'a ni la souplesse du Grec ni la vivacité et l'intelligence du Roumain. Il est surtout dépourvu d'initiative ; il ne sait pas se diriger lui-même, et il a grand besoin d'être dirigé par un autre dans un cas imprévu. Il faut qu'un autre pense pour lui et lui transmette le résultat du travail intellectuel. On dirait que son cerveau se refuse à une longue réflexion. Le Bulgare de cette variété a une très-faible aptitude pour les idées abstraites. L'étude de l'algèbre est pour sa pauvre tête le travail le plus pénible. Mais pour ce qui est du travail musculaire, le Bulgare à tête allongée est infatigable; il est très-robuste. Il laboure, il pioche, il sarcle avec une persévérance rare et avec un amour du travail remarquable. Il est sobre et il endure les fatigues musculaires par les grandes chaleurs comme par les froids excessifs. Comme ouvrier journalier dans les campagnes, il n'a pas son pareil. Excellent cultivateur... à condition toutefois qu'il soit dirigé par un autre, dès que les choses s'écarlent tant soit peu de la voie habituelle. En Roumanie, le métayer bulgare s'en rapporte ou au propriétaire ou à son voisin roumain sur l'époque où il faut sarcler, chausser le maïs, etc. Il réussit mieux comme maraîcher, parce qu'il est plus facile de diriger un petit jardin potager qu'une ferme.

A Conslantinople, à Adrianople, à Belgrade, à Bucarest et dans la plupart des villes de cette région, les légumes que l'on consomme sortent des innombrables jardins potagers des Bulgares .

Dans les villes, ces Bulgares se font encore crémiers, laitiers, tanneurs et méo^issiers. Us n'ont point d'aptitude pour l'état militaire. En 1875, ils remettaient aux pachas les fusils que les Serbes leur envoyaient en cachette. On se

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rappelle que, lors de la délivrance de leur pays, les Bulgares ne se sont pas battus.

Dans leurs chants populaires, ils ne célèbrent pas les prouesses de leurs ancêtres comme le font les Serbes.

On a vu plus haut quelle résignation stupide Kanitz a trouvée aux Bulgares qui habitent la Serbie.

Le Bulgare a la religiosité très-développée. De temps en temps on annonce un miracle en Bulgarie : une image qui pleure, une soui^ce miraculeuse dans une cave, le feu qui brûle sous la nappe d'eau d'un puits. Les braves gens accourent de tous les côte's pour voir le miracle.

Les Bulgares qui font fortune vont en pèlerinage à Jérusalem ou tout au moins au mont Athos. Après leur l'etour, ils ne se font plus appeler que par leur nom précédé du mot hadji (pèlerin). C'est le titre que les Bulgares fixés en Boumanie ambitionnent le plus. Sur ce point, il y a un grand contraste entre lo Roumain et le Bulgare à tête allongée.

S'* Le troisième groupe ethnique parlant bulgare est constitué par de véritables Gaulois-Celtes de l'Orient parlant une langue slave.

Ce sont les descendants de ces autochthones qui furent trouvés parles envahisseurs bulgares dans les Balcans, et qui furent cernés et séparés de leurs congénères du nord et du sud (des Roumains de la Vallachie et des Roumains de la Macédoine), au point que la langue slave amenée par les Bulgares-Tatars et les Bulgares à tête allongée remplaça dans les Balcans la langue romane. Le changement d'idiome fut facilité avec le temps par le fait aussi que les Vallaques de la Roumélie, province que les Byzantins appelaient Valachie (P. Ramusio de bello Consta7itinopolitano,Yenetns, 1634, p. 98-100), firent partie du même État que les Bulgares. La langue lithurgique, la seule langue écrite de cet État bulgaro-roumain, c'était la langue bulgare. Dans ces conditions, on conçoit qu'une partie des Boumains ou Gaulois-Celtes latinisés de la R.oumélie aient été bulgarisés de langue, de même que plus tard des Roumains du sud et des Bulgares ont été hellénisés de langue, grâce à l'Église et aux écoles grecques.

Il nous faut dire sur quoi nous nous appuyons pour considérer les Bulgares de la troisième variété comme des Gaulois-Celtes de l'Orient.

Les Bulgares des hauts plateaux et des vallées duRhodope, du sud et du nord des Balcans, présentent d'une manière frappante toits les caractères morphologiques et ■physiologiques des Roumains du sud {brachycéphales orthognathes industriels). Du reste, les montagnes habitées par ces Roumains se continuent avec les contrées montagneuses habitées par les Bulgares du Rhodope et des Balcans.

Qu'on lise le chapitre consacré par Kanitz aux Tsintsares {Serbien,Tp. 552-338) et ensuite ce que le même auteur nous dit des Bulgares de Gabrovo et de Travna {Donau-Bulgarien, 2«édit., p. 217-220 et 259-263).

De l'aveu de tous les bons observateurs qui ont visité la péninsule, les Bulgares de ces dernières contrées ne ressemblent point du tout aux Bulgares des plaines qui s'étendent entre le Danube et les Balcans.

Dans les montagnes, le Bulgare a un beau visage régulier, un beau type; il est gai, il a l'esprit ouvert, l'intelligence vive, la parole facile, la répartie heureuse. Il a une grande aptitude pour les arts et l'industrie.

Les femmes appartenant à cette variété de Bulgares sont belles.

Des voyageurs comme Lejean ont trouvé que les habitants du Rhodope parlent

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slave, mais qu'ils ressemblent beaucoup aux Bretons et non pas aux Bulgares proprement dits.

Ils sont grands, bruns ; ils ont une belle poésie populaire ; ils ont les mêmex industries et ils font absolument les mêmes métiers que les Roumains du sud. Ainsi, ils fabriquent avec beaucoup d'habileté du gros drap, des tapis, des couvertures, de la passementerie, de la toile, des couteaux, depuis le modeste eustache à un sou jusqu'au plus bel yatagan, de la belle poterie, etc. On y trouve des lourneurs, des sculpteurs en bois très-habiles, des peintres, des fondeurs en cuivre, des cordonniers, des pelletiers, des mégissiers.

Leurs produits sont expédiés eu Roumanie, en Serbie, dans toute la Turquie d'Europe et même en Asie.

A Tirnovo, à Samakov, à Travna, à Gabrovo surtout, dans les villes environnantes, tout village est un groupe de nombreux petits ateliers, où hommes, Femmes et enfants, tout le monde est occupé. Chaque maison a sa spe'cialité. Le père enseigne le métier à son fils. On ne voit pas travailler à ces manufactures les Bulgares « tête allongée ou Bulgares de la plaine.

Il est intéressant de connaître le témoignage de quelques voyageurs qui pendant la guerre de 1877 ont visité les Balcans.

Le correspondant de la RépuhUque française raconte qu'après le départ de la population turque de la Bulgarie (des villes de la plaine) les Bulgares ont saccagé et détruit avec rage les maisons des Turcs; et lorsque les Russes sont arrivés, ces mêmes Bulgares ressemblaient à des bêtes de somme qui attendent que le nouveau maître les fasse marcher à coups de fouet.

Le correspondant ajoute qu'en partant de la plaine du Danube, plus on approche de la montagne, plus le paysan prend un aspect indépendant et viril. Dans la plaine, le Bulgare est humble, triste, soumis; la dignité personnelle, la conscience de son abjection, sont éteintes en lui; il ne conserve qu'un amour profond pour la terre où il est né et qu'il cultive avec passion.

D'autres correspondants racontent qu'après le départ des Turcs les Bulgares des montagnes organisaient de suite une administration municipale; ils élisaient un maire qui prenait toutes les mesures que dictaient les circonstances.

Lorsque le Russe libérateur arrivait, il trouvait une autorité à qui l'on pou- ■«ait demander quelles étaient les ressources du pays, de quoi on pouvait disposer, etc.

On avait de la peine à admettre que cette population intelligente, dégourdie, sachant s'organiser et mettre tout en ordre, appartînt à la même souche que les Bulgares de la plaine.

Un correspondant italien {Fanfulla) dit: « Il y a une très-grande différence entre la basse et la haute Bulgarie ; là-bas, le peuple végète de la vie rudimentaire d'une monocotylédone ; ici, dans les montagnes, nous trouvons plus de développement, nous sommes au milieu des dicotylédones. Cette différence s'observe en toute chose ; les routes sont en meilleur état de conservation, les champs mieux cultivés, les moissons serrées avec plus de soin, le pain plus blanc, le vin plus buvable, etc. Les villages sont plus rapprochés et plus peuplés. »

Dans les villages on trouvait des cabinets de lecture !

Maintenant que nous avons esquissé les traits de chacun des trois groupes ethniques, nous pouvons demander laquelle des trois races est la race slave.

Les Tatars-Bulgares ? Les Bulgares à tête allongée et à front insulTisamment

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développé? Ceux qui ressemblent en tout point aux Bretons et aux Roumains? Mais cette dernière variété de Bulgares n'a rien de commun avec les Polonais, les Tchèques et les Serbes.

Quelques auteurs ont considéré comme Slaves les Bulgax'es des plaines, ces cultivateurs si dociles et si soumis, ceux que nous appelons à têle allongée. Mais à ne considérer que le squelette de la tête, chez quelle autre population de langue slave a-t-on trouvé la forme de crâne si bien décrite par M. Kopernicki ?

Nous pouvons nous expliquer maintenant cette énorme différence que nous avons constatée entre les jugements portés par divers écrivains sur les caractères des Bulgares. On a eu en vue tantôt une variété, tantôt une autre.

Nous nous hâtons d'ajouter que ces trois races se conservent distinctes, car les croisements ne sont pas fréquents. Les Bulgares à tète allongée habitent surtout les villages des plaines, dans les régions propres à la culture ; les Bulgares- Tatars se trouvent surtout dans les villes, ou bien ils habitent les villages des régions oiî l'on se livre non pas tant à l'agriculture qu'à l'état pastoral. Les Gaulois-Celtes habitent, comme nous l'avons vu, les Balcans et la Roumélie. Chez ces populations primitives, les alliances se font entre familles de même métier ou de même catégorie de métiers, partant, entre familles de même race.

Les mariages entre Bulgares de race différente se font fréquem ment dans les villes, il est vrai ; mais la population urbaine est dans une proportion bien minime relativement à la population rurale.

Lors de leur arrivée dans la vallée du Bas-Danube, les Bulgares-Tatars étaient les dominateurs, les guerriers ; ils traînaient à leur suite leurs ilotes, les humbles et dociles Bulgares à tète allongée, comme on traîne avec soi les animaux domestiques, comme les fourmis sanguines traînent à leur suite les fourmis grises asservies. La race domptée nourrit par son labeur la race guerrière.

Les Bulgares-Tatars, les farouches et cruels pillards d'autrefois, devaient être, au sixième siècle, bien plus nombreux qu'aujourd'hui relativement au nombre de leurs dociles ilotes : car on se rappelle combien ces guerriers ont dévasté de pays ; ils sont venus jusque dans la Provence. Les invasions successives, les combats fréquents ne permettent pas un accroissement notable de la population.

D'autre part, comme nous l'avons exposé, après la conquête turque, une bonne partie des boyards ou hobereaux (Bulgares-Tatars) passa à l'islamisme ; de sorte que de nombreux descendants de la race tatare comptent aujourd'hui non plus comme Bulgares, mais comme Turcs.

Dans les Balcans, il y a même des Bulgares de hi troisième variété qui ont embrassé l'islamisme. On les appelle Pomaks. Il semblerait qu'ils ne sont musulmans qu'à la surface, pour ainsi dire. Même les plus riches d'entre eux sont monogames, et ils ont les mêmes mœurs que les Bulgares de la montagne restés chrétiens.

Nous ne décririons pas suffisamment les Bulgares, si nous omettions de parler d'une secte religieuse qui a pris naissance chez eux.

Lorsque les dociles Bulgares eurent à souffrir de lu double oppression de leurs hobereaux tatars et du rapace clergé byzantin, et qu'ils cherchèrent à mettre un terme à leurs souffrances, ils ne trouvèrent rien de mieux que de tout détruire.

Ils modifièrent, selon leurs moyens, la Joiilriae du manichéisme, et ils en tirèrent une doctrine à eux, le hogomilhms. Plus de baptême, plus de prêtres,

DICT. ENC. XXY. 40

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plus d'images, plus de croix, plus de temples, plus de service militaire. Guerre aux riches et aux oppresseurs. On devait détruire toutes les institutions existantes, tout ce qui était matériel, tout ce qui venait de Satan. Une étroite fraternité reliait les sectaires.

Une autre population se serait insurgée contre les oppresseurs, pour mettre d'autres institutions à la place de celles dont ils avaient à souffrir. Les Bulgares à tête allongée, dont le cerveau ne semble pas être arrivé au même degré d'évolution que celui des races européennes, se trouvèrent dans l'impossibilité de concevoir un état social et politique meilleur que celui oii ils se trouvaient. Donc, destruction sur toute la ligne.

Les populations se dépeignent elles-mêmes dans leurs légendes.

Les bogomiles imaginèrent une théodicée qui allait de pair avec leur caractère. Dieu était un être dur, inflexible, exigeant, comme le boyard bulgare; Jésus-Clu'ist était un brave laboureur, doux, humble, docile, patient et très soumis au dieu-boyard.

On attribuait à Dieu les caractères des hobereaux, des farouches Tatars, et l'on se plaisait à imaginer un Jésus-Christ ayant tous les traits du Bulgare asservi, de l'homme à tête allongée. Toutes les sympathies étaient pour Jésus-Christ.

Naturellement, le clergé byzantin chercha à combattre de toutes ses forces l'extension de l'hérésie. Il y allait des revenus de l'Eglise.

Il est à remarquer que le logomilisme n'eut pas de prise sur les Roumains, bien qu'ils eussent habité côte à côte avec les Bulgares.

Ce qui frappe dans cette forme du manichéisme, c'est la rage delà destruction. On dirait une autre forme plus primitive du moderne nihilisme.

Nous ignorons si cette dernière doctrine est l'œuvre de cerveaux pareils à ceux des Bulgares à tète allongée ; mais il est permis de se demander si la race qui en Russie se laisse fasciner et attirer par le nihilisme n'a pas un crâne analogue à celui des Bulgares de la seconde variété.

Même désir de mettre un terme à un état d'oppression intolérable et même incapacité à trouver un meilleur système, si ce n'est la destruction de toutes les institutions existantes.

Les Bulgares sont venus des bords de la Volga. Savons-nous si toutes les populations de même race ont quitté la partie orientale de la Russie d'Europe ?

On sait qu'en Russie nul ne peut semer, moissonner ou faucher avant que l'assemblée communale ait décidé que le moment est venu. On dirait que la majorité des habitants se compose d'individus dépourvus d'initiative, de paysans oui ont besoin d'être dirigés par d 'autres dans les grandes occasions. Cet effacement du moi, cette tutelle à laquelle on se soumet, rappelle ce que nous avons dit des Bulgares de la seconde variété.

Aujourd'hui, dans la Bulgarie proprement dite, entre le Danube et les Balkans, les Bulgares à tête allongée sont les plus nombreux.

Dans les Balkans et en Roumélie, ce sont les Gaulois-Celtes bulgarisés qui prédominent.

On a déjà vu à quoi est due la diminution du nombre des Bulgares-Tatars.

Nous pouvons supposer à peu près ce qu'il en adviendra des populations bulgares. Les Bulgares-Tatars, les guerriers farouches et cruels que l'on sait, n'ont jamais rien pu fonder de durable. L'esprit d'organisation leur manque. La Bulgarie sera infailliblement placée sous la domination d'une race du dehors.

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Les malléables et dociles Bulgares à tète allongée pourraient être facilement russifiés de langue, et façonnés d'après le modèle des Finnois déjà russifiés dans le vaste empire du Nord. Il en résulterait autant d'ilotes placés sous la domination de la colonie russe établie en Bulgarie.

Les Bulgares-Tatars — qui sous le joug des Byzantins et des Turcs ont opprimé et pressuré à leur tour les Bulgares de la seconde variété — continueraient à jouer le même rôle, et viendraient ainsi en aide aux nouveaux dominateurs.

Lorsque les dociles cultivateurs bulgares seront accablés par les impôts et les corvées de toutes sortes, — car déjà on leur a imposé un armement général très-coûteux et au-dessus de leurs moyens, — au point qu'ils en arrivent au bout de leur longue patience, il se peut que de nouveau ils veuillent chercber quelque remède à leurs maux.

Si alors quelques déclassés, fruits secs des universités russes, venaient à jeter çà et là en Bulgarie quelques germes de nihilisme, il n'est pas improbable que cette maladie mentale collective ne vienne à se développer dans de vastes proportions, car les germes tomberaient sur un terrain des plus propices.

Un autre élément viendra prendre part à la lutte pour la domination. Nous avons dit comment les Serbes seront fatalement poussés à s'infiltrer lentement parmi les populations des plaines bulgares.

Les Bulgares de la troisième variété, les Gaulois-Celtes bulgarisés de langue, qui constituent la majorité dans les Balcans et dans la Boumélie, se livrent à l'industrie, ils ont l'esprit d'organisation, et, comme ils sont séparés de la Bul- > garie par les montagnes, ils pourraient se développer et évoluer à part. Mais s'ils se sont montrés autrefois capables de lutter contre les oppresseurs byzantins, il est d'autre part dans leur nature de se laisser facilement dominer par une oligarchie composée d'hommes d'autres races qui s'infiltrent parmi eux et qui se font passer pour indigènes.

Pareil phénomène a été observé en Boumanie, on se le rappelle, oii la race indigène a été opprimée et exploitée longtemps par quelques groupes de familles étrangères. C'est, du reste, l'histoire des Gaulois-Celtes de France dominés pendant des siècles par les Francs.

Lorsque l'instruction sera suffisamment répandue, il est probable qu'à l'instar de ce qui s'est passé en France et de ce qui se passe de nos jours en Boumanie, les Gaulois-Celtes bulgarisés de la Boumélie arriveront à acquérir leur affranchissement politique, social et économique. Une population industrieuse et pourvue d'initiative en arrive toujours là.

Arrivés à ce stade, ils seront attirés par l'ensemble de leurs intérêts, non plus vers la Bulgarie d'au delà des Balcans, pays peuplé d'ilotes bulgares et do dominateurs étrangers, mais vers les industrieuses et intelligentes populations grecques et roumaines de la Macédoine.

Voilà ce que l'étude rationnelle de ces populations nous fait prévoir.

Les vêtements des Bulgares sont à peu de chose près comme ceux de la population rurale de la Boumanie et de la Serbie.

Les Bulgares suivent la religion chrétienne d'Orient. Ils ont comme primat un archevêque métropolitain appelé exarque. 5000 Bulgares environ sont catholiques. Depuis une vingtaine d'années, 25 000 Bulgares environ ont reconnu la suprématie du pape; ils ont ce que l'on appelle le rite uniate, c'est-à-dire qu'ils suivent le rite oriental ; ils ont des pasteurs mariés, ils entendent la liturgie en langue slave, mais ils relèvent du pape.

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Les uniales se trouvent dans la Macédoine surtout (20000) et dans la Thrace (5000).

Des missionnaires protestants américains cherchent vainement à s'attirer quelques centaines de Bulgares.

La population de la principauté de Bulgarie est d'environ \ 930 000 habitants dont 1 700 000 Bulgares, 130 000 Turcs et Tatars musulmans, 90 000 Boumains du nord, et 10 000 d'autres nationalités, comme Roumains du sud, Grecs, Albanais, Tsiganes, Arméniens, Juifs.

(Test surtout dans le tiers oriental de la principauté que se trouvent les Turcs et les Tatars musulmans. Ces populations quittent peu à peu cette province depuis la guerre de 1877.

Les Roumains occupent les villages de toute la rive bulgare du Daimbe sur une zone de 15 kilomètres de largeur. Entre Vidin et la frontière serbe, la population roumaine est de beaucoup plus nombreuse que la population bulgare; il en est de même dans la ville de Silistrie. Un autre îlot de villages roumains se trouve au sud-ouest de Plevna.

Kanitz nous dit qu'en Bulgarie l'élite des commerçants est composée de Tsintsares ou Boumains du sud {Serbien, p. 333).

Près de Tirnova il y a un village {Arnaiit-Kôi) habité presque exclusivement par des Albanais (Lejean). D'autres Albanais sont disséminés dans la principauté. Le gouvernement turc leur a concédé autrefois des terres en récompense des services rendus dans l'armée irrégulière.

Pour la langue bulgare actuelle, voy. l'article Slaves.

Pour ce qui est des habitations, de l'alimentation et des habitudes hygiéniques, la Bulgarie est dans un état de beaucoup plus primitif et plus arriéré que la Roumanie. Obédénare.

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DAî^'ïAU (Antoine-Constant). Si nous ne nous trompons, ce médecin était fils d'Alex. Constant Danyau, qui fut docteur de la Faculté de Paris (sa thèse sur la coqueluche porte cette date : 14 Floréal, an XI), lauréat de l'École pratique, interne de l'Hôtel-Dieu (1827 à 1830), membre de l'Académie de médecine (16 juillet 1823), et qui mourut entre les années 1838 et 1840.

Antoine-Constant Danyau naquit à Paris en 1803. Il fut : docteur en médecine (28 août 1829), chef de clinique àlaCliarité, chirvu'gien du bureau central,

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