‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.26Chapitre 16 sur 75 · L. Hn · texte numérisé non relu

L. Hn

DÊBOiSEMiEi^'T. La géographie générale nous démontre que la surface terrestre est divisible en certains départements ou domaines distincts les uns des autres, mais similaires sous le rapport de la configuration physique et même des productions naturelles. Tels sont : les déserts, les grands bassins flu. viaux, les montagnes, les forêts, etc. (voy. Géographie médicale). La question que nous traitons se rattache intimement au district de la dernière catégorie. Nous examinerons d'abord la nature, l'étendue et la variété des forêts qui couvrent la terre ; le rôle climatologique, économique et hygiénique qu'elles remplissent ; leur fonction dans l'harmonie de la planète, leur influence salutaire ou nuisible sur les habitants de leur voisinage, puis les nombreuses questions qui s'y rattachent, le déboisement, le reboisement, les inondations, etc.

I. Si, en général, la plante est un appareil, un laboratoire naturel chargé de

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faire passer le régime minéral à l'état d'organisme doué de la vie, cela s'applique principalement aux arbres ou végétaux arborescents. L'arbre isolé ou en fort"it étant le produit d'un milieu déterminé a besoin d'un certain contingent de conditions qui sont les suivantes.

La présence des glaces dans le sol des toundras et des régions arctiques, en créant un obstacle à l'extension des racines de l'arbre, la brièveté de la période végétative, et la difficile résistance aux sévices du froid, voilà des éléments contraires aux conditions requises pour la croissance et qui s'opposent à l'extension de la végétation arborescente vers le nord. La croissance des arbres est, effectivement, soumise à certaines conditions climatologiques. L'arbre est un édifice grandiose : le tronc est la colonne qui doit soutenir la couronne des branches et des feuilles, et par conséquent il doit s'accroître chaque année au moyen d'un travail qui nécessite un certain laps de temps pour s'accomplir. En deçà de cette période minimum il ne saurait exister d'arbres. Les conifères se contentent d'un temps assez court pour la réabsation de la période végétale et, parmi elles, c'est le Mélèze (Larix) qui s'avance le plus au noi'd jusqu'aux parages de Taïmyr.

L'arbre a besoin aussi d'un certain degré de température et celle-ci doit être plus élevée que celle des flores arctique et alpine qui peuvent se développer et prospérer là oii l'arbre ne peut croître. Chaque espèce arborescente se renferme également d'ordinaire dans un cercle de chaleur assez uniforme, et cependant l'on voit le Pinus sylvestris croître et prospérer depuis les Pyrénées jusqu'à l'Amour, à travers des climats et des degrés de température fort divers.

Une troisième condition, c'est le besoin d'une grande quantité d'eau pour l'existence et le développement des arbres. Des expériences (Haies) ont porté à la moitié du poids de la plante entière la quantité d'eau nécessaire par jour au développement de cette plante. L'arbre est donc une puissante machine hydraulique; V Eucalyptus cjlobulus absorberait dix fois son poids d'eau par jour : sa fonction nutritive fait monter une grande quantité d'eau dont il ne retient qu'une partie minime fixée dans ses tissus. C'est seulement au milieu de cet immense courant, véritable rivière ascendante, que l'arbre choisit les sels et les substances salines du sol dont il a besoin pour les incorporer à sa propre substance. Il lui faut donc d'abord une grande provision de ces substances minérales ou autres provenant des terrains où il se trouve, il lui faut avant tout d'abondantes précipitations atmosphériques susceptibles d'irriguer et de pénétrer profondément le sol qui loge ses nombreuses racines. Le sol, dans l'intervalle des pluies, doit être assez humide pour subvenir aux besoins journaliers de l'arbre.

Au nord ce n'est pas l'humidité qui manque à l'arbre, mais c'est le défaut de chaleur qui limite son extension. Au midi, c'est le contraire, la sécheresse le lue ou bien ne lui permet pas de se développer, comme dans les steppes et les déserts. Bref, le défaut de calorique fait la toundra Sibérienne, le manque d'humidité, la steppe du centre asiatique; deux solitudes frappées d'une même désolation.

L'arbre, pour vivre, et surtout pour croître, a besoin d'un quatrième élément, la protection contre les orages, les ouragans ou les grands vents d'hiver régnants; c'est ce qui explique le déboisement actuel et le difficile reboisement de certaines côtes humides de la mer, des landes, des ériceta des pays du nord et des steppes.

L'ancien monde agit diversement sur le domaine forestier par son climat

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maritime et par son climat dit continental : de là une diversité dans les zones climatologiques des arbres constituant les éle'ments ordinaires de la forêt Europe'o- Asiatique. La zone du Hêtre ne supporte pas une période de végétation au-dessous de cinq mois, elle est essentiellement maritime et ne pénètre pas loin dans l'intérieur des terres. Celle du Chêne forestier {Qiiercus pedonciilata) est comprise entre le golfe de Finlande et la steppe de Russie. Aux forêts de chênes et de hêtres succèdent dans le nord et dans l'est les forêts d'arbres à feuilles aciculaires, composées surtout par la Pesse (Pinus abies), qui va jusqu'à l'Amour et la mer d'Okhotsk. Le Bouleau et le Mélèze s'élèvent encore plus vers le nord. Le Bouleau du Kamtchatka {Belulus Ermani) est caractéristique de cette contrée. Wlex Europœus (l'Ajonc) et l'/Ze^; aquifolium (le Houx))ont;également caractéristiques des buissons ou petits bois de l'ouest de l'Europe. Plantes essentiellement maritimes, elles périssent quand on les transporte vers l'intérieur; elles n'ont pu dépasser 144 kilomètres dans les terres à la hauteur de l'Allemagne. Le châtaignier ne fait défaut qu'aux régions septentrionales dans la zone de l'ouest. La zone du Sapin argenté [Pinus picea) a sa limite nord-ouest dans les Pyrénées- Occidentales, mais il s'avance à l'est et au nord, dans les terres, jusqu'à l'Allemagne et la Pologne.

On a dit que la grosseur et le volume des arbres vont en décroissant de l'équateur aux pôles. Cette assertion est inexacte par ce fait même que c'est entre le 50^ et le 50^ degré de latitude nord et sud que l'on rencontre les colosses de la végétation. Ce qui est vrai, c'est que la diversité et la multiplicité des arbres diminuent en allant de l'équateur aux pôles.

Dans le même parcours de la terre, de la ligne équatoriale aux pôles il existe plusieurs catégories d'arbres : les arbres à feuilles aciculaires et les arbres à feuillage périodique, qui sont répandus un peu partout. Parmi ceux qui sont plus particuliers aux pays chauds, on distingue les Dicotylédones ou arbres à couronne ramifiée, et les Monocotjlédoues tropicaux chez lesquels des rosettes de teuilles étalées et la grandeur des organes foliaires remplacent la richesse des feuilles des arbres dicotylédones. Ordinairement les forêts des montagnes se composent à la base d'arbres à feuillage péiiodique, puis d'arbres à feuilles aciculaires dont les sombres masses couronnent le tout. 11 est constant que les arbres à feuilles aciculaires ont sur les arbres à feuillage l'avantage de se plier à une plus courte végétation.

Le domaine général des forêts peut se diviser, au point de vue géographique, en trois zones ou domaines spéciaux : 1" la zone forestière des régions froides et tempérées de l'hémisphère nord; 2" la zone des pays intertropicaux ; o" celle des régions tempérées et froides de l'hémisphère sud. Tout en tenant compte de ces divisions nous serons obligé de suivre la distribution des domaines forestiers d'après la répartition des grands continents de la terre.

Les régions froides et tempérées de l'hémisphère septentrional constituent le domaine forestier vraiment classique (Grisebach) ; c'est par là que nous commencerons. Son étendue est considérable. Sa limite inférieure dans l'ancien monde est précisément celle des Saharas, des steppes et des déserts salés. Dans le nouveau continent il est bordé au sud par le domaine des prairies et par les mers du Mexique et des Antilles. Quant aux limites septentrionales, nous allons les esquisser, car elles tendent à corroborer les faits de géographie végétale dont nous venons de parler.

La limite des arbres du côté du pôle nord passerait au sud de la pointe méri-

dionalc du Groenland, vers le 60" ; elle descend au sud au niveau du Labrador par 58"; elle continue à s'abaisser dans les parages de la baie d'IIudson, remonte un peu aux embouchures du Nelson et du Churchill, passe au nord du grand lac des Esclaves, au delà du 66", et atteint près du 68" vers l'embouchure du Mackensie. De la pointe de la presqu'île d'Alaska où elle s'avance, la ligne des arbres redescend un peu le long de la côte maritime au-dessous des îles Aléoutiennes. De l'autre côté du détroit, sur la côte sibérienne, elle commence à l'embouclmre de l'Anadyr, vers le 64", remonte à l'estuaire de la Kolynia par 68", passe peu au-dessous des bouches de l'indigirka, de la Lena, âur les côtes de la baie delà Borschaia, par le 72", redescend versl'Iénisséi, davantage vers l'Obi à 64" ; elle remonte de nouveau à 66", à l'embouchure de la Petchora, traverse les deux rives de la mer Blanche, s'élève beaucoup au nord de la Laponie pour gagner le nord de l'Islande et le Groenland d'où nous l'avons l'ait partir.

DO , . n

Dans ce trajet on remarque deux principales dépressions de la ligne des formes arborescentes : l'une, très-prononcée, aux environs de la mer d'Hudson et du Labrador ; l'autre en Sibérie près du golfe de l'Obi. Par contre, elle atteint le 71" au cap Nord et presque le 72" près de la Lena. En moyenne elle oscille autour du 66" (le cercle polaire), mais en se maintenant presque toujours en deçà en Amérique et au delà en Europe et en Asie. La limite des formes arborescentes vers le pôle a donc un trajet qui se rapproche de celle de l'habitat permanent de l'homme, bien qu'elle soit généralement inférieure à celui-ci.

Les formes arborescentes des forêts de l'ancien monde dans les zones tempérées et froides se rapportent principalement aux formes des hêtres, des chênes, des frênes et des bouleaux pour les arbres à feuillage. Les espèces nombreuses de pins et de sapins constituent la forme d'arbres à feuilles aciculaires. S'il fallait s'en rapporter aux documents de l'histoire, les formes à feuilles aciculaires auraient empiété sur les arbres à feuillage. Cependant on a signalé depuis deux siècles l'empiétement du bouleau sur les arbres aciculaires vers le nordest de l'Asie. L'apparition sur leurs frontières de 1' « arbre blanc » a annoncé aux Chinois l'approche des Russes et pronostiqué la domination prochaine du « Tzar blanc. »

Les surfaces boisées des diverses parties de l'Europe sont fort diverses et ont singulièrement diminué depuis un millier d'années. Les contrées du Midi appai'tenant au domaine méditerranéen sont les moins boisées. La France tient le milieu entre celles-ci et les régions du nord et de Test: soit environ 7 pour 100 de sa superficie totale. Les Pays-Bas ont 6 pour 100 seulement, tandis que l'Allemagne compte 25 pour 100, les provinces russes du Nord, d'Archangel, par exemple, 50 pour 100, et la Scandinavie 64 pour 100. En Europe on peut reconnaître trois zones forestières : 1" celle du Nord, composée surtout de bouleaux et de sapins ou de pins ; elle est encore luxuriante de magnifiques essences ; 2° celle dite proprement tempérée, qui manque d'uniformité ; 5" la région de la Méditerranée, jadis la plus splendide, aujourd'hui menacée de plus en plus dans son existence. La France forestière peut donner une idée de ces deux dernières flores arborescentes. Ses principales essences sociales sont au nombre de dix-huit dont onze de première grandeur : chêne pédoncule, chêne rouvre, hêtre, châtaignier, sapin, épicéa, mélèze, pin sylvestre, pin laricio, pin maritime et pin cembro : six sont de deuxième grandeur ; chêne tonzin, chêne-liége, chêne occidental, charme, pin de montagne et pind'Alep ; enfin une est de troisième grandeur, c'est le chêne yeuse. Les autres arbres ne forment que des massifs isolés.

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On distingue en France trois régions forestières qui sont : 1° la région méditerranéenne et océanique du sud qui comprend l'yeuse et le pin maritime comme essences caractéristiques ; on y trouve aussi les chênes blanc et pédoncule, le hêtre et le charme, mais fort rarement; sa flore arbustive se compose de cistes, de myrtes, d'arbousiers, de lauriers, de bruyères arborescentes, etc. ; 2°]a deuxième région est la région dite tempérée caractérisée par le charme ; elle produit des bois feuillus, renfermant les chênes rouvre et pédoncule, le hêtre, le châtaignier, le bouleau et le charme; elle a comme essences résineuses les pins sylvestre, maritime et laricio ; 3" la région forestière froide, qui commence à 500 mètres d'altitude au nord et à 800 mètres au sud, donne surtout des aibres verts ; sapin, épicéa, mélèze, laricio, quelques hêtres, pin sylvestre, bouleau et frêne.

D'après une loi de géographie botanique établie par Ilumboldt, il doit exister une corrélation définie entre la distribution des espèces végétales et les conditions fixes de latitude et d'altitude. Mais cette loi ne s'applique guère aux forêts des tropiques; même en Europe elle comporte quantité d'exceptions. D'ailleurs ce n'est pas à la seule altitude, mais à des conditions bien plus variées, qu'obéit la distribution des arbres suivant les hauteurs, ainsi que le prouvent les données suivantes empruntées à l'ouvrage de Giisebach {Die Veç/etation (1er Erde).

En Laponic la limite altitudinale du'bouleau, à IJamnierfest, est à 259 mètres; celle du pin sylvestre est en dessous. En Norvège le bouleau monte à 909 mètres sur le Ilardanger par 60° latitude nord ; le pin sylvestre, à 941 mètres, et le frêne, à 589 mètres. La Scandinavie est encore le pays des plantureuses forêts qui forment les riches bordures des fields arides; elles occupent beaucoup plus d'espace que dans les Alpes sur les montagnes moyennes de la Norvège. Les fiords possèdent de superbes forêts dont les sombres masses de verdure couvrent en partie les abîmes profonds qui découpent si élégamment le littoral des mers du Nord. C'est dansées contrées au sol granitique favorable à la croissance luxuriante des arbres à feuilles aciculaires qu'il convient d'aller goûter le calme solennel qui résulte de la grandeur et de la beauté des antiques forêts encore vierges de toute atteinte.

En Ecosse (S?-') le bouleau atteint 812 mètres ; le pin sylvestre, 659 mètres; le chêne, 323 mètres. Sur l'Oural, la pesse et le bouleau montent à 1200 ou 1500 mètres; sur le Stanovoï (60»), à 1156 mètres; au Kamtcbatka (56"), la limite des arbres est à 942 mètres. Nous trouvons pour le Ilarz 1059 mètres; pour les Sudètes, 1169 mètres; pour le Bôhmerwald, 1461 mètres; pour les Garpathes (49») occidentaux, 1555 mètres ; pour l'Altaï (50"), 1949 mètres; pour l'Altaï oriental (50°), 2225 mètres, et pour les Jablonowoï (50"), 1981 mètres. De ce parallèle des limites altitudinales des forêts depuis le Harz jusqu'à l'Altaï et au delà, il résulte nettement que l'altitude des forêts s'accioît à mesure que l'on marche vers les régions orientales, dans un rapport qui est presque du simple au double. C'est là un effet de l'influence continentale qu'il n'est pas facile d'expliquer.

Sur les Alpes, le mélèze monte jusqu'à 2522 mètres et le Pinus cemhro à 2564 mètres et même 2500 mètres. Puis viennent au-dessous le sapin argenté et le hêtre. Dans les Pyrénées centrales la liuiitc des arbres est à 2558 raètre°s ; dans les Pyi'énées cantabres elle n'est que de 1 994 mètres.

A l'autre extrémité du vieux continent s'épanouissent les contrées de l'Amour et du Kamtchatka offrant les aspects de prairies à pan-, entourées de luxuriantes lisières de forêts oij les bois de chêne couronnent les intumescences du sol,

mélange étrange de forêts à feuillages avec des prés d'une ricUesse extraordinaire. Tel est le résumé des données éparses que Grisebach a rassemblées sur la distribution allitudinale des arbres en Europe et en Asie.

Entre les toundras arctiques et les steppes du centre de l'Asie s'élend la taiga Sibérienne, à l'ombre de laquelle on peut cbeminer de l'Oural au Kamtchatka : forêt dépourvue de gazon, d'animaux, morne, silencieuse, quoique pleine d'une sauvage poésie. Elle se compose de mélèzes, de pin sylvestre, de pin rampant, de genévrier, croissant sur les roches nues des hauteurs, d'érable, tilleul, ai'bousier, peuplier, saule, tremble, aune, etc., qui peuplent les bassins fluviaux et les vallons du versant nord des Altaï, auxquels on a donné le nom d' « Italie Sibérienne. »

Le mélèze (Larix daurica, sibirica) forme toujours l'extrême limite nord de la forêt sibérienne. Mais bien en deçà du fiont septentrional de la forêt l'arbre est obligé de disputer an froid et à lu glace ime précaire existence. Au delà de 60" les fùls ne dépassent plus 1 mètre d'épaisseur; à 61° ils n'ont plus que la moitié, et près des toundras 1/2 pied. Alors la maigreur et la minceur des arbres ferait croire au voyageur qu'il traverse des plantations nouvelles. Durant l'hiver la sève est totalement glacée et la haclie se brise sur le bois comme sur le roc. Les derniers mélèzes debout ont l'aspect de cadavres arborescents, encore couverts d'une foule de ramilles qui bourgeonnent au printemps. Enfm les représentants les plus acharnés de cette existence misérable se coucbent par terre au miheu des mousses sous lesquelles s'ensevelit leur tige à moitié morte, tordue, rabougrie, longue de quelques pieds et vieille de plus d'un siècle. Une foule d'arbres morts, situés à plus de 25 kilomètres en avant de cette lisière de combat, tendrait à faire croire au recul actuel de la forêt (von Middendorpf).

Eu résumé, le climat Sibérien avec des variations thermomélriques de 80 à 90'* centigrades, avare d'humidité, est un liôte cruel pour les arbres : il fend leur écorce, gèle tiges et racines, flétrit le feuillage : la forêt y soutire et y vit peu. Malgré cela l'indomptable force de la nature végétale fait des prodiges de persévérance et d'économie pour pousser l'arbre jusque parfois au 72° latitude nord, extrême limite de l'empire de la forêt en miniature.

Les forêts de la zone du Nord offrent le type classique de la forêt composée d'arbres aciculaires. « Les forêts vierges où l'homme ne s'est encore hasardé que pour frayer des sentiers sont parmi les spectacles les plus grands de la nature. Celles des pays froids, composées pour la plupart de conifères au tronc droit, au feuillage sombre, ont quelijue chose de solennel et d'auguste. Les fûts puissants des arbres s'espacent avec régularité comme les piliers d'un édifice immense et dans l'éloignement se confondent en mystérieuses avenues. Les branches, largement étalées et chargées de mousses grisâtres, de liclien surtout, ne laissent passer à travers leurs rameaux qu'une lumière diffuse, répandue d'une manière égale sous la voûte de verdure épaisse ; quelques racines noueuses soulèvent çà et là le sol couvert de feuilles tombées et parsemé de modestes plantes, les unes blotties au pied des troncs, les autres groupées en massifs dans les espaces libres. Rien ne pénètre du dehors dans ce monde à part, si ce n'est un rayon de soleil dardé comme une flèche entre deux branches » (É. Reclus).

La zone forestière froide et tempérée du nouveau monde, naguère dans toute sa virginité, a subi de graves atteintes portées par l'envahissement des cultures. Elle conserve encore de magnifiques restes dans le nord-ouest, au Canada, et vers le sud-est. Elle peut nous donner une image des antiques forêts européennes dont

ia forêt Hercynienne, ce gouffre des armées romaines, fut un grandiose e'chantillon couvrant toute l'Europe centrale.

Le domaine forestier de l'Ame'rique du Nord remonte moins haut vers le pôle que celui du vieux monde. Depuis le parallèle d'environ 65" latitude nord il descend jusqu'au 30", sauf l'immense plateau des Prairies, une partie des monts Rocheux et le grand Bassin. Il affecte une direction du nord-ouest au sud-est, à l'inverse de celui du vieux continent qui se dirige du sud-ouest au nord-est. Comme en Sibérie, la limite de la forêt ou de l'arbre qui la compose est déterminée par l'accumulation des glaces dans le sol, bien que les racines prudentes des Conifères s'étalent et reculent horizontalement devant la glace du sol comme devant un roc inaccessible. On remarquera que le domaine forestier du Nord-Amérique est situé, en moyenne, à 10° plus au sud que son équivalent en Europe et en Asie. Cela tient à l'absence de courants marins chauds près des côtes et aussi au manque d'obstacles contre les vents polaires qui, en Amérique, soufflent dans le sens des principales chauies de montagnes.

La zone forestièi-e ai'ctique du nouveau continent est essentiellement constituée par le sapin blanc {Pinus alha), qui remplace la pesse de l'hémisphère oriental sous les mêmes latitudes et qui remonte plus haut même que le Mélèze américain [Pinus microcarpus) . Elle étend ses sombres forêts sur une ceinture large de 14" du 68" au 54° latitude nord. Elle est d'une lugubre uniformité; seuls les taillis des rivières font un léger contraste, par leur mélange de Pinus halsamea, de saules, d'aunes, de Populus balsamifera et tremulo'ides, de Betula papijracea, etc. La forêt du sapin blanc s'étale depuis le détroit de Behring jusqu'au Labrador. A l'ouest des grands lacs Canadiens, la rivière Saskatchawan (54" nord) est la limite des sapins blancs, et vers le sud les arbres feuillus commencent à alterner avec les sapins forestiers. Le sapin blanc est interrompu suria côte sud-ouest d'Alaska, vers le 61".

La deuxième zone forestière en allant du nord au sud est celle du sapin de rOrégon, étendue de l'île Sitka ou même de la péninsule d'Alaska à l'embouchure de rOrégon. Elle se compose de forêts de Pinus Douglasii, Menziesi, Mertensiana, Thuya gigantea, ou cèdre de l'Orégon ou cyprès jaune, mélangés d'érables, de peupliers, d'aunes et de chênes [Quercus garryana). Dansées hautes futaies l'on rencontre non rarement des troncs de 64 à 81 mètres de hauteur, même de 97 mètres à 100 mètres. Ces forêts offrent un tel caractère de grandeur qu'elles ne sont guère dépassées que par celles |plus méridionales de la Californie, et elles sont encombrées d'un si grand nombre de troncs et de branchages couvrant le sol que l'on se croirait à l'époque dite carbonifère.

Du côté des régions de l'est, l'arbre le plus élevé est le Pinus strobus (pin Weimouth). Sous la latitude de l'Indiana et de la Pennsylvanie (par 46") les arbres forestiers dominants sont : des espèces du chêne, du châtaignier, d'un noyer, auxquelles s'associent le hêtre du Nord -Amérique {Fagus ferruginea), le splendide Liriodendrum et le sassafras officinal.

La zone forestière de Terre-Neuve se compose principalement des Pinus alba et nigra, de mélèzes, de bouleaux un peu rabougris, et en général d'éléments arborescents peu élevés.

Le domaine forestier du sud-est, après avoir passé par les magnifiques forêts si luxuriantes de l'est, sur les massifs des AUeghanys, arrive à la pointe méridionale de la Floride. 11 se compose du Quercus virens, deVOleaamericana, des Viicca, des palmiers sabal, du Magnolia grandiflora, du Pinus austmlis qui

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couvre les larges régions méridionales depuis la Louisiane jusqu'à la Virginie, et finit par une bordure de Palétuviers tropicaux ou Wiizophora manyle qui forme une insalubre ceinture aux continents des Tropiques.

Les riches forêts des AUeghanys se composent de chênes, de châtaigniers, de tulipiers {Liriodendrum), de Magnoliées, du Quercuit alba, dn Castanea amer icana, du Magnolia Fraseri, etc. Les monts Rocheux ont le Pinus Banksiana, et sont çà et là couverts de forêts de sapins qui sont peu connues. Bien que près de la moitié des plantes de la presqu'île d'Alaska se retrouve en Sibérie et en Europe, on ne saurait refuser un haut degré d'autonomie à la flore Nord- Américaine qui se manifeste par un grand nombre de genres indigènes monotypes- Dans les Rocky-Mountains la région forestière atteint 5095 mètres sur le pic de Frémont ; sur les montagnes de San-Francisco, de l'Arizona, du Nouveau-Mexique et du Colorado méridional on rencontre la limite des arbres à 5521 mètres d'altitude. Le fait frappant qui a saisi tous les voyageurs dans ces régions peu connues, c'est la hauteur extraordinaire à laquelle s'élève la zone forestière quid'ailleurs, n'est pas très-fournie sur les bombements du sol. Frémont le premier vit et admira les massifs d'essences résineuses s'élançant dans les régions aéx'iennes des Rocky-Mountains à des altitudes inaccoutumées.

Le domaine forestier de Californie est l'un des plus remarquables du globe. Ici prédomine surtout le règne des Conifères forestiers dont le nombre n'est pas moindre de vingt-huit espèces, presque autant qu'au Japon. Plus de la moitié sont propres à ce domaine relativement restreint. Un autre côté des plus saillants de la végétation californienne est la masse énorme dans laquelle s'y concentre l'énergie de la vie végétative. A quelle cause est due cette puissance extraordinaire de soulèvement de la matière à des hauteurs vertigineuses au-dessus du sol ? Là est la patrie des Wellingtonia ou Séquoia cjigantea, ou arbres Mammouth, Big-Tree, etc., géants dont la couronne s'épanouit dans les régions sereines à une élévation de plus de 150 mètres. Dans la Sierra Nevada, sur les affluents du San-Joaquin, vers le 58° latitude nord, on n'en rencontre plus qu'un ensemble de massifs d'environ 500 pieds. Mais récemment Brewer en a découvert plus au sud, vers le 56» ouïe 57°, sur le versant ouest un nombre plus considérable, dont plusieurs, à s'en rapporter à la multiplicité de leurs couches concentriques, compteraient plus de trois mille années de végétation successive. Ces derniers sont situés à des hauteurs qui varient enti'e 1500 et 2111 mètres. A côté de ces colosses qui mesurent parfois plus de 50 mètres de circonférence vers la base s'élèvent d'autres conifères qui, quoique plus modestes, n'en jouissent pas moins de dimensions fort passables : tels sont les Séquoia sempervirens (arbre à bois rouge) de 65 à 98 mètres de taille; le pinus à sucre ou Pinus Lambertiana, les Pinus nobilis de 65 mètres de hauteur.

Le reste des formes végétales de la Californie se rattache à la flore méditerranéenne de l'Europe pour ce qui est des organes de la nutrition. On y trouve spécialement les formes du laurier commun, des chênes verts {Quercus aqrifolia et densiftora, Douglasii, Castanopsis, Chnjsophylta, Platanus, Aesculus, Fraxinus, Juglans, Salix, etc.). Au sud de l'Orégon on ne rencontre plus de forêts de sapins sur le littoral, pas plus qu'au delà du Rio San-Francisco, car là les forêts se sont retirées sur les pentes occidentales de la Sierra Nevada.

La Californie est donc la lerre des grandes futaies séculaires et des arbres aux cimes les plus élancées avec les Eucalyptus d'Australie. Mais elle a déjà,

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depuis quarante anne'es, perdu plus du tiers de ses beaux arbres, et la dépopulation des forêts marche si vite, que dans un laps de quarante autres années le voyageur n'y trouvera plus que des montagnes et des vallées nues, arides et désolées par la stérile sécheresse.

Les forêts du sud de l'Europe et du nord de l'Afrique ou du bassin méditer-, ranéen sont situées presque sous les mêmes parallèles que celles de la Californie. Mais elles en diffèrent notablement. Elles sont continuées et prolongées sur l'Asie centrale par les quelques touffes d'arbi'es qui couronnent les montagnes situées au milieu des steppes et des déserts, et, passant à travers le « toit du monde » non dépourvu de forêts , elles arrivent jusqu'au Pacifique dans le domaine de la Chine et du Japon.

lUen n'est élégant et brillant comme la forêt du bassin de la Méditerranée, qui allie la grâce à la vigueur et mêle les arbres toujours verts aux arbres à feuillage caduque sous le dôme d'un ciel pur et sur les bords des pentes abruptes au pied desquelles dort le flot bleu. Malheureusement rien n'est si rare de nos jours, La dépopulation des arbres par la guerre, l'invasion des barbares et par des mains avides et imprévoyantes, en a tari la source, et des siècles s'écoulent avant que l'homme puisse ou veuille réparer les pertes du passé.

Ici apparaissent en grande abondance les arbres à feuillage toujours vert, dont les organes foliaires sont imprégnés d'abondants globules de chlorophylle persistante. Les feuilles toujours vertes ont ordinairement un épiderme trèsépais : leurs stomates, pendant la saison hivernale, se ferment et interceptent toute communication de l'air extérieur avec les cellules intérieures. Les grains de chlorophylle se conservent ainsi; l'évaporation est ralentie ou annihilée, et la feuille se trouve prête à fonctionner l'année suivante, dès que la circulation prmtanière a mis sa sève en mouvement. Il en résulte donc une grande économie de matériaux et de temps : d'où la prolongation et l'énergie de la période de végétation chez les végétaux à feuillage toujours vert.

Dans les forêts de la Méditerranée, c'est la forme du Laurier et de l'Olivier qui domme et impose son cachet élégamment caractéristique. Ces arbres ou arbrisseaux n'ont pas besoin d'organes de sécrétion spéciale pour se garantir du froid comme ceux du nord : leurs feuilles toujours vertes les protègent suffisamment contre l'excès de l'évaporation dans un climat excessivement sec. De Nice à la Loire, on voit des forêts ou des bouquets touffus de Chênes toujours verts. A côté du Laurus nobilis et de VOlea Europœa on voit les représentants de la famille des Aurantiacées, les Zhyphus vidgaris, les Ilex aquifolitim (jusqu'à 975 mètres sur le mot Athos), le Perseaindica du Portugal. Le genre Quercus est représente par les Quercus infectoria et intermedia, Q. ilex, Q. kermès ou coccifera,' Q. Mgrjlops ou velayii (jSaavorîîa des Grecs, Vallonée), Q. siiber, pseudosuber, Q. Libani et Q. castaneifolia.

La seconde forme est celle de l'Oléandre {Nerium oJeander) dont les touffes buissonneuses aux splendides fleurs d'un rouge éclatant, mêlées avec d'autres buissons de 4 à 5 mètres de hauteur, dessinent les bords des ruisseaux ou les marges des flaques d'eau. La forme du Myrte compte ici plus de trente espèces dont la moitié appartient aux Thymélées : les autres sont les Pistacia lentiscus, PlujUyrœa, Osiris, Buxus, Rusciis, Daphne aleoïdes, etc. Les formes de Bruyère, de Spartium (Espagne), d'Astragalus (section des Tragacanthes), forment plutôt des buissons et des maquis que de véritables forêts. Ce sont tout au plus de petits bois ou des fourrés épinejix quelquefois impénétrables.

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La forme de Tamarix est assez commune dans la forêt méditerranéenne : Caroubier {Ceratonia), Fraxiniis ornus, Castanea, etc. On trouve une ceinture de forêts de Châtaigniers allant des Alpes à la Sicile et de la Sierra-Xevada de l'Espagne jusqu'aux rivages du Pont. Cet arbre élégant et plantureux s'élève jusqu'à la région toujours verte des montagnes, formant des taillis par ses branches sortant d'une souche vigoureuse ou s'élançant sous forme de dômes puissants aux troncs élevés. Il laisse derrière lui les touffes des hêtres et des arbres du nord, mais il est accompagné par le Qitercus cerrls, quelquefois par les Ormes et les Peupliers.

Les formes du hêtre donnent à la forêt des bords de la mer ÏAmygdalus communis, le Punica granatum,les Monts alba et nigra. Ces arbres, quoique étant le résultat de l'ai't cultural, n'en constituent pas moins des groupes au feuillage touffu et à la sombre verdure. La forme du Tilleul y compte les Alnm cordifûlia et subcordata du Caucase, essences forestières, le Tilia argentea de Grèce, etc.

La forme du platane est classique dans le paysage et dans la forêt de l'Orient : compagnon de l'homme, le Platanus orientale a suivi sa demeure depuis la Macédoine jusqu'aux déserts de l'Indus. La zone inférieure du mont Alhos est couverte d'un taillis de platanes : dans le Taurus, il monte a plus de 1200 mètres. Il y est accompagné par le Liquidamar orientale. On trouve encore les formes du Sycomore {Ficus Sycomorus) et la forme du saule : E/œagnm, Pyrus amygdaliformis, etc. La forme du Pdiamaus donne le Styrax officinalix, VAzalea pontica, VEuphorbia dendroida, le Vitex agam castus, etc. Mais ce ne sont là que des éléments accessoires de la forêt.

Les formes ou arbres à feuilles aciculaires, les formes de Cyprès, sont peut-être les facteurs les plus spéciaux des forêts du domaine méditerranéen. De ces types, les uns ont des feuilles développées (Pinus), les autres supprimées (Cupressus). Les formes les plus saillantes du bassin sont en délînitive : l» le pin-pignon, sorte d'élément décoratif, à la couronne élégamment voûtée, formant ces magnifiques groupes sombres que l'on admire sur les côtes de Provence, d'Italie, d'Espagne, sur la mer Egée et sur le Bosphore; 2" le pin d'AIep, qui affecte une tendance à la forme frutescente et règne depuis les côtes d'Espagne au Pont. On trouve aussi les Pinus pinaster et maritinia, les Pinus sylvestris et laricio, enfin le Pinus pinsapo qui orne les monts de l'Andalousie et de la Kabylie et le Pinus orientalis du Caucase. Notons enfin le Pinus cedrus du Liban, du Taurus et de l'Atlas, le Pinus psuce ou excelsa àaliom et d'un mont unique de la Macédoine le Juniperus thurifera et fœlidissima du Caucase et du Taurus ; les Cupressus sempervirens, horizontalis, glaucus, du Portugal, le Tamarix galUca, etc. Les Palmiers et les Agaves forment parfois de petites forêts méditerranéennes et les Arundo donax de la Provence conslituent de vraies forêts de roseaux au-dessus des étangs et le long des rivières.

Pendant longtemps la forêt du bassin de la Méditerranée sa protéf^ea d'ellemême contre les causes de disparition. Aujourd'hui le sol manque de richesses minérales solubles et prêtes à entrer en circulation pour créer des forêts nouvelles à la place des anciennes disparues sous les coups de l'homme et du temps. La culture ici, encore plus que dans l'Europe centrale, a épuisé les sucs et les matériaux nécessaires à la production des arbres sociaux. L'aridité des plateaux d'Espagne, la difficulté de la désagrégation des calcaires des péninsules méridionales de l'Europe, augmentent encore les obstacles. Les pacages découverts,

les buissons, les maquis de la Corse, s'opposent aussi à l'apparition de la futaie. La Sierra-A^evada et l'Atlas qui lui fait face se font remarquer par leur nudité. Cependant l'on trouve encore des forêts sur quelques points des frontières de Valence et de l'Aragon, sur la Sierra-Morena, sur quelques versants de l'Atlas algérien abrités au nord-ouest, sur les Apennins, qui des Abruzzes aux Calabres sont richement boisés. L'Albanie du Nord, l'Eubée, les massifs du Pinde. sont dans ce cas. Enfin le Taurus lijcien et cllicien dans le sud de l'Asie Mineure, les côtes élevées des rivages du Pont, sur la mer Noire, et les versants du Caucase occidental, possèdent des forêts continues.

La Corse a longtemps caché les superbes forêts déPinus laricio, aux troncs gigantesques déplus de 9 mètres de circuit, qui remontaient à quinze et même dixhuit siècles, dit-on ; mais la hache y a fait d'irréparables ravages. L'Algérie possédait naguère des forets : on en a consommé par la hache et la flamme plus de 250 000 hectares. Il en reste encore 440 000 hectares plantés de Chènes-liéges : mais la hache aussi s'y promène.

Les maquis ont accaparé de vastes espaces en Corse, dans les îles Dalmales, sur les côtes septentrionales de la mer Egée. Les broussailles improductives gagnent chaque jour du teri'ain sur les rives limitrophes de l'Europe et de l'Asie: elles ont poussé sur le Bosphore jusqu'à Constantinople et au delà.

La Syrie, à part quelques districts du Liban, est en généi'al peu boisée: cependant certains sommets de la Samane (le Thabor, par exemple), les monts Transjordaniques d'Adschlim aux forêts de platanes et d'arbousiers, font exception. L'Asie Mineure est boisée sur les Taurus et sur la côte pontique, sur l'Olympe bithynien en quelques endroits. Les forêts du Caucase sont abondantes ; elles sont plus élevées à l'est qu'à l'ouest :1e Daghestan, la Géorgie et l'Abchasie sont couverts de forêts aux essences diversement étagées. L'Arménie ne possède plus que de rares forêts; la Mésopotamie en est dépouillée. Dansl'Ararat et l'Alagos les Chênes montent à 2300 mètres, en face des forêts du Caucase central qui verdissent à 2500 mètres. Dans la chaîne du Zagros Kourde la région des chênes est à 1949 mètres : l'Helbourouz persan a de superbes forêts jusqu'à 2249 mètres. Le Khorassan possède, le long de quelques rivières et dans ses vallées, des peupliers, des saules et des platanes.

Dans le Haut-Turkestan, les rives des cours d'eau sont bordées d'une épaisse bande de hautes futaies; l'Hindou-Kouch, dans rAfglianistan,est à peu près seul environné d'une ceinture des magnifiques conifères de l'Himalaya. Les Thiang- Chan sont assez abondamment pourvus de forêts entre 1950 et 2400 mètres: il en est de même des chaînes parallèles de l'Alatau. Les forêts de peupliers ont souvent fait donner à plusieurs massifs de ces monts les noms caractéristiques de Térek (peuplier). La destruction des bois de Saksaoul [Anabasis ammodendrum) des régions sablonneuses du Turkestan par les Russes et par les indigènes menace les oasis de ce vaste pays. Celle de Bokhara tend à disparaître sous l'invasion des sables par suite de la destruction des massifs de Saksaoul.

L'empire Chinéso-Japonais situé de l'autre côté du Gobi a dû être fertile en forêts avant que l'agriculture, poussée à ses extrêmes limites, eût raréfié les arbres sociaux qui ne ressortissent pas à cet art bienfaisant. Ce qui a frappé tous les voyageurs dans ces pays, c'est la multiplicité des végétaux ligneux, la grande quantité d'arbres qu'on y rencontre, ce qui rapproche ce domaine de celui des pays chauds. Dans le sens d'une semblable analogie plaide encore ce fait de l'adjonction à la flore chinéso-japonaise d'un grand nombre de formes arbores-

cenles tropicales, telles que Laurinées, Bambousiées, qui comptent : les premières, 26 espèces, les dernières, 14 espèces, au Japon. Comme pour la Méditerranée, ce sont les arbres à feuillage toujours vert qui ont la prédominance en Chine et au Japon. Les arbres à feuilles aciculaires y sont aussi représentés par de nombreux types : le Pimis chinensis couvre les collines rocailleuses de Canton de ses maigres taillis. On compte encore le Pin-parasol du Japon {Sciadopytls), le Pin à écorce blanche du nord de la Chine {Pinus hungeana), qui à quelque distance au-dessus du sol se ramifie huit à dix fois en lançant, comme autant de mâts dans les airs, huit à dix troncs secondaires couronnés de bouquets de feuilles entrelacés au sommet; le Thuyopsis, le Cupressus funebris ; enlin, le fameux Gingko hiloba, conifère monotype, au feuillage singulier et au port majestueux. On y trouve des Podocarpus, le Cinnamomum campkora, des chênes toujours verts, etc.

Après ces formes de Conifères, ou à côté, dominent les formes du Laurier, de rOléandre et du Myrte. On y voit le Fagus Sieboldi (Japon) considéré comme identique à notre Fagus sylvestris, \e Castanea japonica, une Ulmacèe, [a Planera Kiaki; des tilleuls, des frênes, des sycomores, et certaines espèces appartenant aux mêmes genres qu'en Europe : les Acer ou érables de Nipon. Puis viennent les Camélia et les Thea {Ternstrœmiacées), Jes Eurya, le Buxus sempervirens répandu dans ce domaine comme en Eiiiope. Les Bambous s'élèvent jusqu'au golfe du Pe-tclieli, et même jusqu'à Sakhalin. Le Japon possède des Cycadées à Kiou-siou ; le Chamœrops excelsa se voit dans les parages de Yeddo, auxquels il communique un peu de la physionomie tropicale.

L'île de Jesso est couverte de superbes forêts aux bois précieux formant comme une belle bordure d'arbres à l'intérieur, qui est presque inhabité. En Chine, les forêts ont été refoulées par la culture, principalement dans le sud-ouest de ce vaste empire. Tous les voyageurs ont admiré la beauté des parages japonais de Nipon et de Kiou-siou, dont les arêtes montagneuses et les pentes pittoresques sont couvertes de riches forêts. Pour retrouver l'analogue des forêts japonaises en Chine, il faut remonter vers l'ouest, dans la région de l'Himalaya thibétain, dans la riche province de Sze-lchuan, qui nourrit des forêts considérables. La Mandcliourieest un pays de forêts par excellence, et probablement aussi la Corée.

Les forêts du domaine chinéso-japonais offrent d'ailleurs un aspect singulier et qui leur est propre. A Chusan on voit des forêts de chênes et d'essences résineuses mélangées avec les Pisang (Bananier) et les palmiers nains. Des buissons de ronces et les Houblons grimpent autour des cultures de Ihea; les Bambous élancés s'élèvent à côié du pin chinois, la canne à sucre s'associe aux pommes de terre; près de Chusan on a vu (Fortune) le dessous d'une belle forêt de chênes occupé par des camélias de six à neuf mètres de hauteur. Dans leKiang-siet le Fo-kien, les monts Bohéa possèdent des forêts de pins et de chênes associes aux bambous. Sur le volcan Fusiyama, par 55", 50 (altitude de 4223 mètres), la limite de la région forestière atteint 8000 pidls anglais: elle se compose de hêtres, d'érables, de frênes. Les Conifères et les Fougères montent à 2600 pieds ; la région des pins (Pinus firma, Pinus thuya) est également à 2600 pieds anglais; celle des mélèzes arrive de 6000 à 8000 pieds (Pinus leptolepis), et enfin commence vers 8000 à 12000 pieds la région alpine avec une conifère naine.

Le domaine tropical est la vraie patrie des forêts, qui y sont encore plus luxuriantes que dans les régions du nord. La chaleur, l'électricité, les pluies,

86 DEBOISEMENT,

sont les trois grands facteurs des forêts tropicales. Pcnd.int près de six mois, la corne d'abondance des ondées solsticiales s'y déverse à flots plus ou moins continus.

En commençant par le domaine particulier des moussons (Grisebacli) nous abordons l'Inde, l'Indo-Chine et l'archipel Indo-Malais avec les îles voisines soumises au régime des fécondes moussons.

Les formes arborescentes dominantes de cette grande région sont : d'abord les palmiers, le Corypha lanbracuUfera du Malabar et de Ceylan, de 28 mètres de liant ; le Coccos nitcifera dont la rosace de feuilles élégantes se balance à 50 mètres dans l'air; l'ireca ca<<?c/iî< (arec) qui porte au haut d'une frêle colonne annelée un bouquet de feuilles frissonnanles au souffle des moussons; le Borassus flabellifonnis du Mysore; le Phœnix sylvestris indigène de la plaine supérieure de l'Inde ; le Metroxylon Rhmnphii (palmier à sagou) des îles de la Sonde et des Moluques; le palmier nipa (iV. fruticans) qui s'avance dans la fange du littoral indien avec les mangliers où il s'enfonce pour supporter à grand'peine au-dessus de l'eau ses feuilles volumineuses.

Près de l'équateur etsur la côte se voient des Cycadét;s (Cycas circinalis). Les palmiers dits rotang (Ca/aî««s Rotang), si nombreux dans l'Inde et l'Indo-Ghine, forment des lianes de JOO mètres de long, et servent de liens inextricables aux forêts vierges pour y abriter les grands fauves. On voit encore parmi les formes prédominantes celles du bambou, haut de 40 mètres. Graminées sociales, dont les chaumes gigantesques sont couronnes de feuilles finement découpées : sous les fraîches brises des grandes plaines indo-chinoises, elles se courbent et gémissent avec un bruit monotone non dépourvu de sauvage harmonie. Le bourgeon terminal des bambous pousse parfois de 50 à 60 centimètres par vingt-quatre heures ; ils forment de vraies futaies sur les solitudes de sables et d'argiles.

La forme des pandanus est représentée par le P. caricosiis, du littoral marécageux des Moluques, et par le Freycinetia. Le type Musa (bananier) y est principalement constitué par le M. paradisiaca et le M. sapientiim; on voit aussi beaucoup de fougères arborescentes.

Dans la forêt tropicale prédominent de beaucoup les pTantes dicotylédones. Leur haute taille les fait surplomber comme « une forêt au-dessus de la foret » le dôme touffu des arbres communs. Le Gurjum {Dipterocarpus tiirbinatus) a plus de 65 mètres de haut sur 2 de diamètre : remarquable surtout est la forme du banian {Ficus indica), c'est un échafaudage de racines aériennes qui, comme autant d'arcs-boutants, supportent en colonnades serrées des dômes forestiers parfois immenses. A ce type, mais en miniature, appartient le manglier {Rhizophora mangle) : au milieu des argiles demi-liquétiées par les flots saumâtres, il forme d'inextricables lacis de racines aériennes et de branches aquatiques, vaste amas de rejetons palustres qui couvrent au loin le littoral de l'Inde, de l'Archipel, comme du reste des îles et des terres tropicales.

La forme du laurier est ici représentée par les Artocaipées, les Rubiacécs, les Urticées, les Annonacées, Magnoliacées, Myrlacées, Diptérocarpées, et les Amentacées forestières. Entre toutes se remarquent les Diptérocarpées du genre Shorea : le Sh. robusta étendu des sources du Gange au Brahmapoutra et le Dryobalanops camphora (camphrier de Bornéo). Dans les jungles et au Téraï croissent les verveines gigantesques qui fournissent le bois de tek [Tectona grandis) ; les forêts de teks aux feuilles caduques couvrent plus de 6000 kilomètres carrés à Java et abondent aux monts Windhya, sur la Nerbudah.

Les formes du tamarin ( Tamarlndus indica) et des Légumineuses se reflètent ici dans les Sapindacées, Méliacées, Térébinthacées, et dans le Butea frondosa qui, bien avant la feuillaison, se couvre de grandes fleurs d'un rouge feu, qui le font ressembler à un incendie. Nombreux aussi sont les représentants des Aurantiacées arborescentes. Les Conifères bindoustaniennes se bornent aux Podocarpus des montagnes de Java; on y voit de beaux échantillons de Casuari- ■nces {Cas. montana, equisetifoUa), croissant sur les monts en compagnie du Piniis Merkiisii dans le nord de Sumatra.

Les jungles foisonnent de lianes appartenant aux Ampélidées, aux Euphorbiacées, aux Légumineuses, aux Urticées, aux Sapindacées, aux Mélastomacées, aux Pipéracées ; parmi les Épiphytes sont des So]anum,des Ficus, des Rhododeudi'um : le Rlwd. Javaniciun à 700-3000 mètres d'altitude rappelle le Rhod. alpestre d'Europe. Les jungles des bouches du Gange-Brahmapoutra sont proverbialement insalubres. Celles du Téraï forment d'impénétrables fourrés que dominent sporadiquement les Shorea et Dalbergia s/ssoo au-dessus des bambous et des palmiers nains sur la lisière des plaines nues du Bengale. Le Téraï est la limite des monts et des plaines ; ces deux éléments par leur éternel conflit ont produit le Téraï subhimalayen, avec ses forêts impénétrables et son horrible insalubrité ; là poussent des Graminées assez hautes pour cacher l'éléphant et servir de repaire au tigre royal. Le Téraï est encore le produit des brouillards et des avalanches de imées qu'y verse la cuve de l'océan Indien : de là ces étranges forêts noyées par les précipitations sans trêve et ensevelies sous leur luxuriante mais insalubre richesse.

« Le sol ne perd jamais son humidité et le feuillage pourrit sans jamais se dessécher. La nature vivante est comme frappée de mort, la forêt est muette et le peu d'oiseaux qui s'y trouvent ont une voix plaintive. Variée dans ses formes, réunissant les représentants des climats tempéré et tropical, riche en teintes diverses, abondante en produits les plus rares et à configuration la plus délicate, cette magnifique végétation ne se développe point sous l'action de l'haleine réchauffante d'un printemps serein, mais croît mystérieusement au milieu des épais brouillards, privée du ciel azuré et des rayons radieux du soleil, sans convier les oiseaux chanteurs et sans offrir aux animaux une nourriture suffisante : indifférente aux torrents de pluie qui l'inondent, elle développe sans s'en inquiéter ses bourgeons, ses fleurs et ses fruits » (llooker).

Les forêts du Sikkim résument tout le luxe et la richesse végétale que peuvent développer les flores forestières incomparables de l'Hindoustan. Au bas, on trouve les Palmiers-lianes, les Musa, les Fougères arborescentes, puis les Laurinées, les Magnoliées, les Orchidées aériennes, enfin les bambous qui s'élèvent à 5670 mètres. Dans l'Himalaya indien, les forêts montent à 4225 mètres; à Java, elles ne vont qu'à 3021 mètres, et à Sumatra et Bornéo, les rhododendruin atteignent à peine ces hauteurs. Ils montent depuis 2274 à 5197 mètres sur l'Himalaya. Dans la .partie occidentale de cette chaîne, on trouve le Pinus exceîsa à 3670 mètres. La région du chêne dans le Sikkim commence à l'altitude où elle cesse à Java. A Simla, la forêt ne commence qu'à la hauteur du Sanatorium, c'est-à-dire -au-dessus de 2111 mètres; elle consiste en essences résineuses, en chênes, en Rhododendriimarboreum, mais les grands sommets y sont dépourvus de forêts. Le Cachemire a des hautes futaies de toute splendeur- Les Philippines ont leurs belles forêts dePlniis insularis; Java possède des forêts de Rasamala (Altingia), de Chênes et de Podocarpées ; la région forestière de Bornéo s'élève à 2629 mètres^

à Sumatra, la région des chênes va jusqu'à 1940 mètres; celle des pins s'arrête entre 975 et 1662 mètres; les Ternstraemiacées vont jusqu'à 19-49 à 2924 mètres d'altitude. La^ Cochinchine, le Cambodge et le ïonkin ont des forêts tropicales analogues à celles de l'Inde.

L'Afrique n'est pas le pays des plantureuses forêts à l'égal de l'Asie australe ou de l'Amérique. On y rencontre cependant quelques formes arborescentes qui méritent une mention particulière. Signalons le tek africain {Olfieldia Africana), le KItaya Senegalensis, voisin de l'acajou, la Bombacée colossale qui se nomme Uaobab [Adansonia digitata), dont les groupes épars, semblables aux ruines blanchies d'un antique monument, couronnent les hauts plateaux du continent, particulièrement près de l'Equateur, du Sénégal à San-Paolo de Loanda, sur la côte occidentale. On trouve sur le continent africain les formes arborescentes de Mimosées {Acacia, Tamarindus), celles du sycomore [Ficus sycomor us), près du Nil, du Niger, à Natal; les formes du laurier, celle du banyan, qui est commun à l'Afrique et aux Indes orientales ; celles du palétuvier ou rhizophora mangle, qui enserre d'une immonde forêt de pâle verdure les plages marécageuses du littoral africain intertropical, et croupit sur les eaux du lac Tchad.

Les Monocotylédones africaines arborescentes sont d'abord les palmiers, dont il existe trois espèces typiques : 1» le Doum {Hyphœne thehàica) ; 2° le palmier éventail, souvent bifurqué; 3° à l'ouest, le debb {Borassus œthiopium) et le fécond Eldis guineensis, qui fournit abondamment de l'huile de palme. Les formes du Pandanus {Pandanus candelabrum) embellissent le delta duZambèze; dos Liliacées arborescentes et le Draca^na habitent la Guinée supérieure; le Musa sapientum accompagne le nègre dans tous ses habitats.

Le continent africain possède d'épaisses forêts dans l'ouest, depuis la Sénégambie jusqu'au Niger, alternant avec les savanes. A partir des monts Cameroun s'étendent à travers le Gabon et le Congo jusqu'à l'Angola d'immenses forêts presque vierges. Dans le plateau intérieur, tout fait présumer qu'il y a de nombreuses forêts, ne serait-ce que l'existence des troupeaux d'éléphants qui habitent ces vastes régions. En général, les forêts de l'Afrique intertropicale sont au-dessous de celles de Java et de l'Amérique méridionale. Elles se composent habituellement d'un nombre d'espèces fort limité; exemple : les forêts du Sennaar, qui comptent à peine dix espèces différentes. Sur le Nil bleu, on voit de belles futaies, quoique un peu clairsemées; et, comme la plupart des forêts africaines, elles ont peu de lianes et laissent entre elles beaucoup d'espaces libres. Cependant Livingstone rencontra vers les sources du Zambèze des forêts impénétrables remplies de lianes. A l'est de San-Paolo de Loanda, on a signalé également des forêts touffues entremêlées de savanes aux puissantes Graminées (Welwitch).

Les hauts plateaux de la Nubie et de l'Abyssinie sont souvent recouverts de forêts, mais surtout composées de buissons épineux. Les régions des vallées et de la côte seraient boisées d'arbres à feuilles caduques, et celles de la contrée élevée posséderaient des arbres à feuillage toujours vert, des Conifères et des Bruyères (Schimper).

L'immense plateau du Kalahari ne nourrit que d'abondants buissons épineux souvent impénétrables ; c'est à peine si l'on doit donner le nom de forêts aux groupes arborescents plus élevés qui bordent les rares rivières de cette région.

Les formes arborescentes végétales de la contrée du cap de Bonne-Espérance sont représentées surtout par des buissons toujours verts ; il y existe peu de grands végétaux ligneux, mais beaucoup de ces masses ligneuses à moitié souter-

raines, d'où sortent de petites tiges volubiles ou vacillantes, beaucoup d'arbres de petite taille, ayant de 6 à 10 mètres. Pourtant vers l'est, les environs de la baie de Delagoa offrent quelques futaies, composées de Conifères sans feuilles, semblables aux cyprès [Widdringtonia) , de Podocarpus et de fougères arborescentes.

En somme, les formations végétales de ce pays sont tellement buissonneuses, qu'une grande partie se nomme Busbland (habité par les Bushmen). Presque seules, les régions du sud-est de la province Georges font exception par leurs hautes et belles forêts. Plus au nord, la vallée du Gariep ou Orange possède une forêt mixte, composée surtout d'acacias, de saules et de quelques autres arbres.

Reprenons les domaines forestiers du Nouveau Monde à la région du Mexique, où nous les avons quittés. Les tierras templadas mexicaines humides portent de belles forêts vers 975-1949 mètres ; elles sont composées de chênes toujours verts dontl'Orizaba offre plus de vingt espèces, de Laurinées, de Liliacécs arborescentes, d'Yuccas, de Cicadées. Les forêts de la côte se continuent vers le sud par les bois de campêche {Uematoxylon campechianum) et les hauteurs boisées de l'Yuccatan, celles de Tabasco et du Honduras. Sur le plateau mexicain on voit des petits palmiers (C/iajncec/orea), des fougères arborescentes, des formes du bambou ; les palétuviers reparaissent sur la côte du Pacifique. Au-dessus des chênes toujours verts, on trouve des Conifères avec des aunes {Ain. acuminata) et des tilleuls.

Dans les forêts de l'Orizaba se mêlent des chênes, des frênes, des buissons de mimosa, les formes du laurier, etc. ; le Piiuis religiosa entoure la calotte d'une riche ceinture verte qui va de '2926 à 3575 mètres daltilude; au-dessus se dressent le Pinus Montezumœ et le Pinm Hartwegi qui montent encore plus haut. L'un des plus grands arbres du Mexique, sorte de baobab américain, le Taxodium nnicronatum, offre parfois 30 mètres de circonférence, sur 55 mètres de haut.

Les îles de la mer des Caraïbes et du golfe du Mexique sont ordinairement boisées jusqu'au sommet des montagnes couvertes de forêts tropicales. Les fornies prédominantes sont celles du laurier et de l'olivier; les plus remarquables sont les symphoria (Guttifères), les Myrtacées, les Mélastomacées, les Tiliacées, les Annonacées, les Podocarpus, etc. Les palmiers-éventails, les choux-palmistes [Oreodoxis oleracea) , dominent de 36 mètres les essences feuillues de la forêt vierge des Antilles. On voit s'y associer les Fougères arborescentes, les Pisangs américains ou héliconia et les bambous d'origine orientale. L'arbre caractéristique est ici Y Eriodendrum anfractuosum qui, à la Jamaïque, atteint 49 mètres sur 4 de diamètre, et dont le tronc porte à la base de nombreuses tablettes. On trouve quelques essences résineuses comme le Pinus cubensis à Haïti et aux Bahamas. La caractéristique la plus grande des forêts caraïbes est la prodigieuse quantité d'espèces ligneuses d'arbres et d'arbustes.

Le domaine forestier du Sud-Amérique est le plus vaste peut-être qui existe. Le delta de l'Orénoque est couvert de forêts ininterrompues. Une zone forestière continue borde la côte depuis l'Amérique centrale, à travers l'istlime de Panama et le golfe de Darien et longe le Pacifique jusqu'à la baie de Choco. D'un autre côté, les célèbres forêts d'Aturès conduisent à celles du bassin de l'Amazone. Dans lesGujanes, les forêts vierges voient s'élever de 52 mètres au-dessus de leur dôme le Mora [Dimorphandra excelsa), le littoral est couvert de forêts marécageuses où pullulent les Rhizophorées et les Aviceunia. De puissantes forêts

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couvrent la silla de Caraccas ; mais riatérieur est, dit on, nu ou à peine buissonneux.

Il est une plaine presque sans bornes, allongée surtout de l'ouest à l'est, sous les rayons brûlants de l'Equateur américain, moitié terre, moitié fleuve, moitié forêts, moitié eaux, c'est le bassin de l'Amazone. Là, plongées dans les flots jusqu'à la couronne, de 12 à 13 mèti'es de profondeur parfois, sont d'immenses forêts. Cette région à part a été heureusement nommée du nom d'Ilylœa (0).^, bois) par Ilumboldt. Là, en effet, se mêlent et se confondent vagues de bois flottants et de forets, vagues du grand courant, de façon à former de vastes amas de bois et d'eaux, sans cesse emportés vers l'Océan et sans cesse renaissants, inépuisables sous le ciel équatorial de l'Amérique du Sud. La forêt indiscontinue va des monts de Parime vers les plaines brésiliennes du sud sur une largeur de 6 degrés de latitude. Là on voit s'élever les palmiers au-dessus du dôme de la forêt, « comme les coupoles et les dômes qui surpassent les autres constructions d'une ville ». Les palmiers de 58 à 65 mètres de 'haut ne sont pas rares. L'une des formes colossales du laurier, caractéristique de la forêt d'Été, est le Bartho- Jettia excelsa (Myrtacée), qui donne la noix du Para, dont les fruits tombent d'une hauteur de oo mètres avec le poids d'un boulet de canon. Les forêts du Rio-Negro diffèrent de celles de l'Amazone par la rareté des palmiers. Les rives des hauts affluents de l'Amazone sont couvertes de forêts d'arbres souvent vénéneux, notamment de mancenilliers.

En descendant vers le sud, nous trouvons le versant occidental des Andes étroit, nu, déboisé; mais du côté opposé s'allongent les grandes plaines du Brésil qui ne sont jamais dépourvues de groupes de forêts, groupes parfois disséminés, parfois agglomérés. Les forêts vierges du littoral brésilien, arrosées par les vents humides du sud-ouest, s'étendent depuis les frontières de la Serra do Mar jusqu'aux palétuviers de la côte même : elles se distinguent par une infinie ricliesse de fleurs et d'arbres, par leurs palmiers, les formes élégantes du bambou, etc.

Sur les hauteurs méridionales de San-Paolo se remarquent les seuls Conifères brésiliens, constituant des forêts neftemcnl délimitées. Ce sont les célèbres Araucaria, dont les masses colossales de verdure épineuse forment des océans et comme des houles d'une sombre couleur sous le ciel brillant des tropiques.

La forêt vierge {Mato virgem) du littoral brésilien est la plus luxuriante des tropiques et peut soutenir la comparaison avec celle de l'Archipel indien. Mais elle n'a pas bel aspect. « Les détails sont merveilleux, mais l'ensemble n'est guère satisfaisant ; mais l'harmonie manque à cette foule d'organismes chevauchant^ les uns sur les autres, l'air et la lumière font défaut ; le tableau n'est limité par aucun horizon, et une atmosphère d'une chaleur accablante, imprégnée d'une odeur de pourriture, resserre le cœur qui aime à se dilater par la vue de larges perspectives et se trouve soulagé par l'étendue illimitée de l'espace » (Tschudi).

Cependant on admire souvent les belles forêts de la Serra dos Orgaos, près de Rio de-Janeiro. Dans les campos, l'œil découvre parfois des forêts disposées en îlots de verdure ; mais ce qui doime à la plaine du Brésil sa physionomie caractéristique, ce sont les catincjas ou forêts de savanes où dominent les palmiers, le palmier à cire et le palmier éventail.

Sur la chaîne des Andes occidentales, la forêt s'évanouit à la hauteur du cap Blanco et elle ne reparaît plus près du littoral du Pacifique que vers le sud de

Yalparaiso et de San Yago. Mais sur le versant est de la Cordillière orientale on trouve les forêts à quinquina, dont la beauté donne un caractère spécial d'endémicité végétale à ces régions. Par leur physionomie générale, les quinquinas se rapportent à la forme du laurier; au Pérou, ils occupent une zone altitudinale comprise entre 1526 et 2436 mètres. Au-dessous des cinclioiia sont les palmiers et les bambous; au-dessus et à côté, on trouve VOreodoxa frigida, le palmier à cire de la Nouvelle-Grenade [Ceroxylon andicola), qui monte à 2923 mètres en compagnie des chênes et des noyers.

Avant de sortir de la forêt tropicale résumons brièvement ses principaux traits caractéristiques. « Les grandes forêts tropicales ont un autre caractère et frappent surtout par la variété des espèces, la fougue delà végétation, la magnificence des fleurs. Ce n'est point un ensemble majestueux et régulier comme la lorêt de sapins ou de mélèzes. C'est un chaos de verdure, un entassement de forêts entremêlies où le regard cherche vainement à reconnaître les innombrables, espèces végétales. Au-dessus des larges cimes touffues se superposent d'autres cimes et se dressent les palmiers reliés les uns aux autres par le lacis inextricable des lianes; des lameaux brisés, suspendus par des cordages presque invisibles, se balancent dans l'espace; des pendanus jaillissent comme des fusées de verdure du fouillis des branche? et de feuilles de toute espèce, disposées en panaches, en éventails, en bouquets, en guirlandes; des Orchidées épanouissent dans l'air leurs fleurs étranges ; les arbres tombés de vieillesse disparaissent sous des réseaux de fleurs, et la plupart des troncs encore debout sont euxmêmes entourés comme d'une nouvelle écorce par les tiges en spirales de parasites au feuillage élégant...

« C'est de la surface unie de la mer ou d'un grand fleuve qu'il faut voir la forêt tropicale, surtout lorsqu'elle revêt les flancs d'une colline élevée. Du sommet jusqu'à la base ce n'est qu'un tumulte, un océan de feuillage; sous cette masse ondulant à la brise, c'est à peine si l'on peut se figurer le sol qui la supporte : on croirait que la furet tout entière a sa racine dans les eaux et flotte, comme une énorme plante pyramidale, haute de^ 200 mètres. Toutes les branches sont rehées les unes aux autres, et le moindre frémissement se propage de feuille en feuille à travers l'immensité verdoyante. Là où la colline présente une déclivité rapide, de grandes masses de branches, de lianes et de fleurs, s'épanchent de cime d'arbre en cime d'arbre, semblables aux nappes d'une cataracte. C'est un Niagara de verdure » (E. Reclus).

Le domaine des régions tempérées et froides de l'hémisphère austral n'offre point autant d'uniformité que celui des régions boréales. Nous connaissons déjà ce domaine pour l'Afrique : nous le parcourrons rapidement en Amérique et en Océanie.

La région forestière de l'extrémité australe du Sud-Amérique présente comme formes végétales particulières le hêtre vert [Fagus hetuloides), les formes du laurier et de l'olivier, représentées par les Fagus antarctica de la Terre-de-Feu, les F. obliqua, procera et humilis. L'Araucaria du Chili {A. imhricatia) constitue de magnifiques forêts qui décorent les deux cordillières de l'Araucanie : les pinares aux graines alimentaires recouvrent le sol rocailleux. Des Chiloé au détroit de Magellan on ne trouve que des petits bois- de hêtres sur les hautem^s : mais la grande forêt reparaît sur les ravins. Le détroit lui-même déploie souvent le luxe puissant des hautes futaies antarctiques {voij. Magellaniques [Terres]).

Le domaine australien est facile à caractériser par un petit nombre de formes

arborescentes. La forme d'Eucalyptus {Gum tree) est le type des grands arbres australiens, tandis que celle des Protéacées est le type des buissons ou shriibs {Banksia, Dnjandra). La forme des Casuarinées se fait remarquer par ses branches délicates striées comme les appendices des prèles. A côté se voient quelques conifères australiennes : CallUris, Dacnjdium, etc., qui s'y rattachent : d'autres par leurs feuilles se rapprochent plutôt des eucalyptus : Phyllocladiis, Araucaria d'Australie, etc.

La physionomie des contrées boisées d'Australie est fournie par les shrubs ou fourrés mystérieusement impénétrables de buissons épineux surmontés par les troncs sporadiques des eucalyptus, des acacia, des melaleuca, des pimelea, des grevillea, des hakea. Le shrub embrasse d'immenses espaces : il est le fléau du pays comme la forêt en est le bienfait. Le shrub à callitris {pine forest) s'étend Jusqu'à l'Australie du Sud; le shrub-brigalow sert à constituer le désert central jusqu'au Darling. Une forme curieuse de Bombacée a fait donner à un autre shrub le nom singulier de bottletree shrub.

Outre le shrub on distingue la forêt proprement dite et la forêt mixte. La forêt australienne est beaucoup plus clair-semée et moins densifiée que celle du nouveau et du vieux continent. Elle est absolument caractéristique par l'aspect étrange qu'elle doit à la disposition unique de son feuillage, sorte de crible plus ou moins large qui tamise les layons solaires sans les intercepter. Les montagnes de Queensland ont d'épaisses forêts de cedrela ; celles de Victoria renferment les géants australiens, melaleuca, eucalyptus, qui atteignent plus de d20 mètres de fût. UE. amygdalina va jusqu'à 152 mètres de taille ; il n'a de rival que le Séquoia californien dont la grosseur l'emporte sur le colosse d'Australie. Tous deux d'ailleurs de leurs derniers rameaux ombrageraient le sommet des aiguilles granitiques de Chéops.

Quelques grandes îles ont des forêts : celles des Açores, de Madère et des Canaries, sont des forêts à forme de laurier. Le pic de Ténériffe ne possède plus que quelques bois de lauriers. Au-dessus des lauriers on voit des pinares. L'archipel du Cap-Yert n'a plus que des buissons. La grande Madagascar est revêtue dans sa majeure partie de forêts tropicales et humides qui, dans l'intérieur, alternent avec de hautes savanes à graminées ; le sud est privé de forêts. Parmi les plus curieuses formes végétales qui sont en si grand nombre on peut citer le Ravenala, l'arbre du Voyageur ou bananier de haute taille, qui renferme à la base de ses gros pétioles de grandes provisions d'une excellente eau.

Les îles de l'Océanie ne sont pas uniformes sous le rapport de leur végétation forestière. Les Sandwich volcaniques sont dotées de riches forêts sur leurs hauteurs : l'arbre forestier qui y domine, le Koa (Acacia koa), étend ses couronnes par-dessus un fourré compact de sous-bois toujours vert. Taïli ne présente pas de grandes futaies : dans ses vallées domine la forme du Pisang (bananier), et sur les pentes abruptes de ses montagnes les fougères arborescentes avec d'autres fougères grimpantes constituent d'inextricables fourrés. Des forêts plus épaisses, hérissées de lianes et d'épiphytes, de banyans, de pandanées et de palmiers, revêtent le groupe des Samoa. Les Fidji sont revêtues d'une luxuriante végétation tropicale jusqu'à leurs sommités basaltiques. A la Nouvelle-Calédonie la végétation forestière ressemble assez à celle de l'Australie. Dans certaines régions du Sud et à l'île des Pins les Araucaria constituent de magnifiques forêts. Le sous-bois manque aux forêts de la Calédonie : les Myrtacées arborescentes [Melaleuca) y apparaissent çà et là au milieu d'arides prairies et le sol rocail-

leux des montagnes comporte une trop grande sécheresse pour les grandes futaies.

La Nouvelle-Zélande se ra'pproche, quant à la composition de ses forêts, plutôt du Sud-Amérique que de l'Australie, sa voisine la plus proche. Sa forêt toujours verte est mélangée, comme celle des tropiques, dont cependant elle est loin d'égaler la splendeur et la richesse ; elle rappelle assez bien la végétation des montagnes tropicales. Dans ce mélange on rencontre les fougères arborescentes merveilleuses de ce pays {Cyathea, Dicksonia) de 12 à 13 mètres de hauteur, quelques palmiers (ireca sapida),des liliacées arborescentes [CordyUné), des conifères remarquables {Dammara, Phyllocladus) et des arbustes appartenant aux formes myrte et olivier. La plupart des arbres néo-zélandais se réunissent en forêts mixtes où les Myrtacées [Metrosideros) , les Laurinées et les Conifères composent la majorité des espèces.

Le petit archipel de Juan Fernandez a ses hauteurs basaltiques (environ 900 à 1000 mètres) couvertes d'épaisses forêts qui alternent avec de riches tapis de graminées.

11. Ainsi le domame forestier du globe embrasse en majeure partie la zone froide et tempérée comprise entre le 66" environ et le 50» latitude nord. C'est une vaste couronne de forêts obliquement posée sur l'hémisphère nord, parallèlement aux isothermes en allant de l'ouest de l'Amérique au nord-est de l'Asie. Mais du 50" au Î20'' la zone arborescente est interrompue à l'ouest par les Prairies nordaméricaines, puis par les Saharas d'Afrique, d'Arabie, d'Iran et les steppes de l'Asie centrale et orientale, solitude encore plus obliquement enroulée que la ceinture forestière de l'ouest à l'est et au nord du vieux continent. Une seconde zone d'arbres embrasse l'Amérique et l'Afrique équatoriales, l'Asie méridionale, l'archipel Indo-Malais en remontant aussi, comme à la remorque des autres, et avec les isothermes, vers la Chine, la Corée et le Japon.

Enfin les terres australes forment une dernière région mixte, o\x les Pampas sud-américaines, le Kalahari saharien du sud de l'Afrique, et les arides solitudes d'Australie, s'entre-croisent avec les forêts magellaniques, avec celles du cap africain, avec les revêtements richement boisés de la Nouvelle-Zélande et de quelques points de la Nouvelle-Hollande.

Cette disposition alternante des forêts et des déserts du globe, accouplés comme les éléments de nos piles électriques, s'explique par l'inégale répartition des conditions qui règlent et commandent la vie des arbres : variations du calorique, diversité de la configuration plastique et physique des surfaces, mais par-dessus tout disproportion considérable dans le régime des pluies ; car la vie des plantes est placée directement sous la corne d'abondance des précipitations atmosphériques.

Bref, la distribution géographique des forêts trouve sa raison d'être dans les considérations générales exposées en commençant. Mais nous allons voir que l'homme, pour des causes et par des voies diverses, a fâcheusement modifié l'ordre de la nature, et qu'il menace de restreindre outre mesure le domaine naturel des forêts.

Le problème important de l'influence du déboisement et du reboisement dans l'économie de la vie de la terre a été abordé et traité bien des fois par des observateurs profonds et consciencieux. On peut dire que jamais il n'a été plus que maintenant à l'ordre du jour. Il mérite donc de faire ici l'objet d'un sérieux

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examen. C'est une question d'agronomie et d'hygiène : or, comme telle elle intéresse vivement la médecine.

On a dit: « Pas de forêt, pas d'eau; pas de végétation, point d'animaux. » Cette proposition a du vrai, mais elle est beaucoup trop absolue.

« La place immense qu'occupent les forêts sur la terre prouve que la nature a voulu leur assigner une action dans les phénomènes terrestres » (Dupin). Franklin vers la fin du dix-huitième siècle écrivait à Prieslley qu'il espérait « qu'on mettra arrêt à la fureur qu'on a d'arracher les arbres ». A mesure que les antiques forêts disparaissent, les sources se dessèchent, certaines races d'animaux meurent et des vents inconnus jusque-là apparaissent. « La terre perd tous les jours quelque élément de sa fécondité : de son sein que de continuelles mutilations dévastent, sortent des cohortes de maladies dont la triste influence flétrit le chai me de notre existence passagère » (Rauch, Régénération de la nature végétale).

On a accusé, l'histoire d'ailleurs en fait foi, les grands conquérants d'avoir été les grands dévastateurs de forêts : ce serait à Cyrus, à Darius, à Xercès, à Alexandre, «ces grands fléaux des hommes et des forêts », qu'il faudrait attribuer la dcnudation delà région centrale de l'Asie antérieure (Rougier de la Bergerie). ils ont dévasté les Forêts de la Syrie, dénudé le Liban. Les Sarrasins et les Turcs ont achevé l'œuvre et les grandes villes asiatiques jadis entourées de forêts ont été ruinées avec celles-ci par le fer et par le feu des vainqueurs. En Afrique l'Egypte antique a été de même ravagée dans sa végétation arborescente; la peste même résulterait du déboisement absolu de ce pays (Rauch) ; les Persans modernes ont appelé à leur secours le balsamique platane qui assainirait leurs malsaines rizières (Idem). A la place des terres fertiles de l'Afrique cis- Atlantique on ne trouve plus que des plaines stérilisées par le dessèchement et le manque d'aibres (A. Maury : Hlst. des grandes forêts de la Gaide).

En Amérique on a à déplorer les déboisements immenses du Pérou, du Mexique, des États-Unis et du Canada ; sous le feu des guerres s'ané.mtirent les plus belles forêts depuis le Mexique aux grands lacs canadiens. Jadis une superbe forêt de cyprès existait à la place occupée aujourd'hui par Philadelphie. Grâce à la rapide extension de l'agriculture le domaine forestier des Etats-Unis se rétrécit peut-être outre mesure. L'Amérique du Sud, quoique moins éprouvée, a vu également la culture du café, du cacao, du tabac, du sucre, refouler au loin les vastes forêts. Le sol de Madrid, qui est aujourd'hui le plus aride de l'Europe, était, il y a deux siècles, le plus abondant en bois, et c'est à cela (jue l'on y doit l'établissement de la cour [Lettre du chevalier d'Azara en 18D2). On dit que le même fait se présentait autrefois pour Berlin et la Prusse. Les îles de la Méditerranée ont été déboisées par les conquêtes et les ravages successifs. Mais c'est la dent des foliivores domestiques qui a le plus ruine les forêts du bassin méditerranéen. « De Madrid à Jérusalem l'histoire et la géographie répètent : forêts livrées aux moutons, forêts détruites ; montagnes sans bois, montagnes sans vie » (Broilliard).

Il est peu de contrées qui aient plus souffert du ravage des bois que le midi de la France. Des terrains immenses ont été engravés par suite du déboisement dans le magnifique bassin des Hautes-Alpes; d'autres, enlevés; ceux-ci, recouverts de rochers; ceux-là n'offrent plus qu'un gravier stérde; les torrents sont plus rares sur les côtés du Nord qui sont toujours plus boisés. Les vieillards des Alpes ont vu les coteaux, aujourd'hui déserts, jadis intacts et boisés. A la

place des clairières le sol végétal a été emporté par les eaux, puis il s'y est creusé un ravin, enfin un torrent. Les tori-ents éteints se ravivent par le déboisement (Surell : Sur les torrents du département des Hautes- Alpes) .

C'est vers 1779 que commença dans le midi de la France le déboisement dont se plaignaient les cahiers des charges aux états généraux de 1789. La Constituante aggrava le mal en faisant défricher les forêts des nobles et du clergé, tout en réglementant ces défrichements. Depuis, la situation s'est pres- ({ue toujours empirée sous l'influence des commotions politiques : aujourd'hui elle réclame un prompt remède. Plusieurs pays de l'Europe ont également soulfert du déboisement, quoique peut-être en moindre proportion que le midi de la France.

L'Allemagne n'est plus « Terra etsi aliquando specie differt, in universum tamenaut sijlvishorrida aut paludibus fœda », et l'immense forêt hercynienne qui gêna tant les mouvements des armées romaines a été découpée en lambeaux si nombreux qu'on a de la peine à la reconstituer aujourd'hui. Cependant l'Allemagne possède encore 14 millions d'hectares de forêts (la Prusse et la Bavière en comptent à elles deux près de 11 millions). L'Austro-IIongrie en a environ 11 millions; la Russie d'Europe sans la Finlande et le Caucnse compte 19a millions d'hectares de forêts; la Norvège, une dizaine de millions; la Suède, 35 millions; la France, 8 millions ; l'Espagne, environ 7 millions; la Suisse, 2 millions d'arpents, et l'Italie, y compris les îles, moins les États romains, environ 4 millions d'hectares [Annuaire des eaux et forêts, 1874).

En résumé, la dépopulation des forêts tient à plusieurs causes suivant les temps et suivant les pays. En voici les principales :

1° Les guerres et les dévastations qu'elles entraînaient surtout dans les premiers âges alors que les forêts servaient de refuge aux populations vaincues : 2" La culture et les progrès de la civilisation, la multiplication du nombre des hommes sur une même superficie de terrain ou la densité des habitants. Au moyen âge la féodalité et le régime monacal protégèrent les forêts souvent à l'excès et aux dépens de l'agriculture ; une réaction trop violente contre les forêts se manifesta dans les temps modernes par un déboisement à outrance ;

5" L'abandon des forêts à la dent des herbivores et surtout des foliivores, principalement dans les montagnes : l'usage des pàtis ou du pacage libre dans les hauteurs jadis boisées ;

A° Enfin l'exploitation excessive des forêts, la rapacité de l'industrie mal entendue, et le désir immodéré et imprudent de convertir les territoires à forêts en des cultures plus riches et en terres de plus grand rapport.

Cette esquisse historique suffit à rendre compte de l'état actuel de la situation du domaine forestier. Examinons maintenant les éléments du grand problème des forêts considérées sous le rapport du rôle qu'elles remplissent dans l'une des plus importantes questions d'économie et d'hygiène publiques, et cela d'après des études plus scientifiques tentées sur ce sujet depuis quelques années. Rappelons brièvement les principes fondamentaux de la physionomie générale des arbres.

L'arbre emprunte les matériaux de sa structure au sol et à l'atmosphère. Sous l'influence des agents atmosphériques, sous les injures du temps, et avec le concours de l'eau, le sol granitique primitif se décompose en silice, en carbonates alcalins, en quartz et en mica. De la métamorphose du granit, de cette vaste solution de la roche primitive dans l'eau résulte la matière alimentaire

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de la plante et de l'arbre surtout. Ce sont les innombrables spougioles des vigoureuses racines des forêts qui vont pomper dans le sein des masses telluriques humectées et en décomposition commençante ces quantités considérables de substances salines que l'arbre devra s'assimiler.

L'arbre mort, la forêt ne périt pas, au contraire ; car la substance du premier édifice végétal va précisément servir à l'édification de nouvelles masses ligneuses plus luxuriantes que les premières. Et c'est ainsi que des milliards d'individus nouveaux prendront place les uns à côté des autres, fouillant chaque jour plus profondément les entrailles du sol jusqu'à ce qu'ils en aient extrait d'immenses provisions, afin d'assurer l'existence des futaies futures pour des générations de plus en plus extensives et vigoureuses. C'est ainsi que jadis, à part les espaces où le sol et l'air se refusent à leur entretien, la végétation arborescente avait envahi d'immenses superficies de terres et marchait à la conquête du globe.

L'atmosphère fournit le complément de la nourriture de l'arbre : les appareils foliîiires avec leurs stomates appropriés mettent l'oxygène et surtout l'acide carbonique de l'air en conflit avec la sève dont les éléments ont été puisés dans le sol. Le carbone est fixé en masses lignifiées; l'oxygène est presque entièrement rendu à l'atmosphère à l'état naissant ou sous forme d'ozone. Mais il faut une condition sine quâ non, la présence de la chaleur et de la lumière, pour opérer, dans le laboratoire mystérieux des feuilles, cette trame de la vie de la plante. En dernière analyse on voit que c'est le rayon solaire qui, au moyen de son spectre lumineux, calorifique et chimique, est la cheville ouvrière de cette grande industrie de la nature.

Au cours de cette opération simple en apparence, mais compliquée d'un grand nombre de détails, l'arbre brasse, durant la phase active de sa végétation, de massives quantités de matériaux et surtout d'eau soulevée du sein de la terre jusqu'à la couronne de ses feuilles qui sont, par conséquent, à la fois des appareils de respiration et des appareils d'évaporation. N'oublions donc pas que partout où il y a des forêts les feuilles de celles-ci servent en quelque sorte de chaudière immense où se distille lentement, mais sans interruption, l'eau contenue dans la forêt et dans le sol qui la nourrit.

Le plus important des problèmes secondaires de la végétation forestière est celui de l'influence qu'elle exerce sur l'atmosphère : la météorologie forestière.

Le laboratoire chimique des appareils foliaires transforme, avons-nous dit, l'acide carbonique de l'air en oxygène rendu au dehors, et en carbone qui se fixe dans la trame du bois. La conséquence la plus immédiate de ce phénomène est l'abaissement de la température ambiante; car nous savons que c'est pendant cet acte que l'arbre accumule des provisions de calorique dans ses tissus pour les rendre ultérieurement à l'atmosphère par la combustion. Le bois à brûler ou la houille et ses essences nous rendent aujourd'hui en sources de chaleur et de lumière les inépuisables réserves accumulées pendant les temps écoulés jusqu'à nous. Ce raisonnement de la théorie est confirmé par les faits. Déjà Becquerel avait cité plusieurs exemples d'abaissement de la température, dû à la présence des forêts. Boussingault a montré, par des expériences directes, que la température moyenne des régions boisées est toujours plus basse, parfois de deux degrés, que celles des régions dénudées.

Depuis lors des expériences plus précises ou plus décisives ont mis ces faits hors de doute. D'une série d'expériences conduites dans ce sens depuis 1866, Mathieu est parvenu à formuler les règles générales suivantes. En forêt, la tem-

pérature moyenne est toujours plus basse qu'en terrain dénudé, mais la différence est moins sensible en hiver qu'en été ; les températures maxima sont toujours plus basses, et les températures minima, plus élevées. En forêt, le refroidissement et réchauffement se produisent avec plus détenteur; la température y est plus égale du jour à la nuit, d'un jour à l'autre, de saison à saison ; les chaleurs et les froids subits, s'ils n'ont pas de durée, ne s'y font pas sentir, d'où l'on peut conclure que, si les forêts tendent à abaisser la' température générale d'un pays, par contre elles en diminuent les écarts et en éloignent les météores dangereux (Mathieu, Rapports annuels de météorologie forestière).

La conséquence naturelle de cet abaissement de la température par la présence de la forêt se traduit par une augmentation des précipitations pluviales. Suivant Mathieu, la quantité de pluie qui tombe dans une région boisée est de 6 pour 100 supérieure à celle qui tombe dans une région dénudée. Le couvert de la forêt retient environ un dixième de cette eau, mais, comme l'évaporation est cinq fois moindre sous bois que hors bois, le sol de la forêt conserve encore sa fraîcheur après que les terres labourées sont depuis longtemps desséchées.

Les expériences de Fautrat sont encore plus rigoureuses. Afin de calculer les quantités de pluie tombée, il plaça l'un de ses pluviomètres à 7 mètres au-dessus d'un massif de la forêt et l'autre en plaine, à la même hauteur, à 200 mètres seulement du premier. Durant huit mois de l'expérience, il tomba dans le premier 300 millimètres d'eau, tandis que dans le second on n'en recueillit que 275 millimètres, soit une différence en faveur de la forêt de 25 millimètres ou de 8 pour iOO. Le psychromètre indiquait aussi que le degré de saturation de l'air au-dessus du bois était plus grand qu'en terrain découvert, de 65 degrés au lieu de 61 degrés, Ces résultats sont surtout frappants en ce qu'ils indiqneut une différence bien plus grande quand il s'agit de points assez distants pour que l'action de la forêt ne se fasse plus sentir sur les endroits les plus éloignés.

C'est précisément le résultat qu'a mis en lumière un autre administrateur des forêts, Cantégril, qui a prouvé que dans les régions forestières les pluies sont plus abondantes et plus fréquentes que dans les régions dénudées où la pluie ne tombe que rarement et seulement par ondées à la suite d'orages. Ce phénomène s'explique facilement. Le sol dénudé s'échauffe vite, communique son calorique à l'air ambiant qui s'élève et emporte, sans les condenser, les vapeurs venant de la mer ; ces vapeurs ne se résolvent en pluie que lorsqu'un vent contraire venant à arrêter le courant primitif en comprime les couches, qui alors abandonnent l'eau qu'elles contiennent. En région boisée, au contraire, l'air ne s'échauffe pas, et l'humidité qu'il contient se condense naturellement et en dehors des perturbations atmosphériques.

Les nuages tels qu'ils se forment en été sont comparables à une image topographique reflétée par un miroir dans lequel les espaces éclairés du ciel bleu correspondent aux parties dénudées et plus fortement chauffées de la surface du sol, d'où s'élèvent les courants d'air chaud qui dissolvent les vésicules du brouillard. Avec un calme parfait de l'atmosphère les pluies seraient encore plus fréquentes dans la forêt, mais l'alternance des endroits boisés avec ceux qui ne le sont pas constitue la condition la plus favo,rable aux pluies locales et limitées qui ont lieu, même alors que la direction générale du vent indique la sécheresse.

C'est surtout dans les pays chauds qu'il faut conserver les forêts, parce que d'une part elles abaissent la température, et que de l'autre elles provoquent

DICT. ENC. XXVI. 7

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des pluies sans lesquelles il n'y a pas de végétation possible. Le salut de la colonie d'Algérie est à ce prix.

L'action chimique des arbres produit d'autres résultats qui intéressent l'hygiène au plus haut point. On connaît la réputation de proverbiale salubrité des forêts oh les organismes fatigués parla vie sédentaire ou affaiblis par toute autre cause viennent chercher l'air pur et vivifiant, parfois balsamique, toujours stimulant, des grands bois. Est-ce principalement par l'ozone, cet oxygène naissant qui sort absolument pur des poumons nombreux de la forêt, que s'excite doucement l'énergie de la circulation et de la sanguification de l'homme? Cela est probable. Mais l'exercice et la vue récréatrice des splendeurs de la végétation y doivent prendre certainement une part importante par leur action combinée sur l'état physique et psychologique.

L'action chimique des forêts explique encore la propriété qu'ont certames essences d'assainir les localités et les régions en y décomposant ou en soustrayant les principes délétères gazéiformes. Certainement les arbres pompent utilement, par le chevelu de leurs racines, les substances gazeuses délétères et les liquides corrompus qui impi'ègnent les terrains insalubres. C'est ce qui explique l'influence bienfaisante de leur présence que l'on ne saurait assez multiplier, quoi qu'on en ait dit, dans les lieux suspects, principalement dans les cimetières, dans les grandes villes, dans les endroits servant de réceptacles à nos dépôts insalubres. Les arbres sont les purificateurs et les désinfectants de premier ordre et de première nécessité dans ces circonstances : ils absorbent les émanations délétères, ils brûlent les impuretés et assainissent le sol des cités et des cimetières. Cependant il faudrait se garder d'exagération. Car, quand il s'agit de miasmes dont nous ne connaissons ni la nature ni le mode de nocivité, nous n'avons pas le droit d'affirmer qu'ils sont justiciables de l'action décomposante de la chimie végétale.

L'action physique des forêts consiste, avons-nous dit, dans l'évaporation d'une grande quantité d'eau exhalée par les feuilles, d'où le premier résultat est également un abaissement considérable de la température ambiante. Chaque feuille est une surface évaporante et par conséquent l'ensemble du feuillage d'une forêt constitue une surface d'une prodigieuse étendue, émettant de la vapeur d'eau, et l'effet réfrigérant de l'évaporation se communique aux couches atmosphériques limitrophes où à son tour la vapeur peut se condenser en brouillards et en nuages. Si, d'après Fautiat, il est tombé en terrain découvert 275 millimètres d'eau au lieu de 300 millimètres sur un terrain boisé, une partie de cette dernière a été arrêtée par les feuilles des arbres; il n'en est arrivé jusqu'au sol que 179 millimètres, c'est-à-dire environ 60 pour 100 delà quantitée tombée, et 98 millimètres de moins qu'en terrain nu. Mais cet écart est plus que compensé par la différence d'énergie qui se produit de part et d'autre dans l'évaporation. En plaine, où le soleil et le vent exercent leur action sans obstacle, l'évaporation est presque cinq fois plus considérable qu'en forêt, où le dôme du feuillage, la couche des feuilles mortes, forment des écrans contre l'action solaire et où la tige des arbres supprime celle dos vents.

Si donc le sol des forêts reçoit moins d'eau, il en emmagasine davantage dans ses couches inférieures. D'un autre côté, durant l'hiver, alors que les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, presque toute l'eau qui tombe arrive jusqu'au sol. Or on sait que ce sont surtout les pluies d'hiver qui alimentent lescoursd'eau. De même encore les forêts ralentissent la fonte dos neiges et permettent l'iiifil-

tcation du sol par les eaux qui en résultent, au lieu de leur donner un libre et prompt écoulement dans la vallée. Ces résultats peuvent varier sans doute suivant le degré de perméabilité du sol, mais dans les circonstances identiques les terrains boisés retiennent plus d'eau que les terrains dénudés.

Les forêts font obstacle à la violence des mouvements atmosphériques. Elles rompent utilement l'action destructrice des vents et des ouragans. Kn brisant les courants d'air, les arbres les obligent à s'élever au-dessus du massif où ils sont comprimés par les couches supérieures et forcés d'abandonner ainsi une partie de leur humidité : nouvelle cause de précipitations. La protection des lignes d'arbres contre les vents nuisibles à l'agriculture est mise en pratique sous diverses formes : dans le Midi, ce sont des rideaux de cyprès ; en iVormandie, des rangées d'arbres plantés sur des talus ; dans le Centre et dans les grandes vallées de la France, ce sont des lignes flottantes de peupliers jetés comme d'immenses voiles autour des cultures ou des prairies à protéger.

Le présence des forêts exerce enfin une action marquée sur le magnétisme terrestre et sur les orages. Leurs pluies plus fréquentes, en soutirant peu à peu l'éldclricité, sont une sauvegarde contre les accumulations de fluide qui sur les terres nues provoquent des chocs et des décharges d'un seul coup. Becquerel et Cantégril ont cité des faits évidents de préservation contre la grêle par les forêts ; elle ravage les contrées limitrophes en passant par-dessus les Lois sans les atteindre.

L'action protectrice de la forêt à l'égard de l'agriculture s'étend à la sécurité plus immédiate de l'homme dont elle préserve la santé contre certaines causes de maladie, par exemple, coutre la malaria. Il est de notoriété vulgaire que l'interposition d'un simple rideau, d'un groupe d'arbres, suffit souvent pour préserver les populations des influences paludéennes. Mais il est plus que douteux que les autres endémo-épidémies suspendent ou même retardent leur marche devant l'obstacle des forêts.

Puisque les arbres consomment une grande quantité d'eau soit dans le phénomène de l'ascension de la sève et de la respiration et perspiration par les feuilles, soit dans celui de la fixation au milieu de leurs tissus croissants de l'oxygène et de l'hydrogène empruntés à l'eau, on doit regarder la forêt comme faisant une grande dépense de liquide. Cependant, d'après Risler, le chêne évaporerait moins, par surfaces carrées définies, que la luzerne, le chou, la pomme de terre; ce qui paraît établir que la forêt, pour le développement de sa végétation, demande moins d'eau que les plantes les plus simples et qu'elle n'en prend au sol que des quantités peu considérables.

Cependant il est des essences activement desséchantes pour les terres humides sur lesquelles elles sont plantées, les pins, par exemple. En Sologne les plantations de pins ont bu les marais insalubres ; dans les dunes de Gascoone, elles ont étanché les eaux stagnantes des vallons; dans la forêt de Saint-Amand (Nord), la substitution des pins aux essences feuillues a desséché les mares, assaini le terrain et même a tai'i les sources des terres voisines. La disparition des pins a fait reparaître et les mares et les sources. Nous avons plus haut cité la capacité prodigieuse d'évaporation de l'Eucalyptus que l'avenir destine peutêtre à devenir le grand purificateur des marais et des contrées humides. Cependant les pins peuvent vivre très-bien sur des terrains montagneux, secs, arides et maigres. D'ailleurs ce ne sont là que des données de la première heure : des expériences variées et longtemps continuées devront peut-être rectifier plusieurs

points du problème. D'où il est constant que la quantité d'eau évaporée par les forêts n'arrive pas à compenser celle que leur présence tend à accumuler dans le sol qu'elles recouvrent.'

L'action purement mécanique des forêts sur le sol est de celles qui ont été les moins contestées, parce qu'elle irappe les yeux. En maintenant les terres et en les fixant par leurs racines elles conjurent le j'avinement des montagnes et par conséquent la formation des torrents. Dans les Alpes ces torrents sont produits par des pluies d'orage qui tombent tout d'un coup sur des pentes nues, les ravinent et en emportent les débris de terre pour les étendre en manteaux de pierres, de cailloux et de graviers, sur les terres fertiles des vallées.

Surell, dans ses publications sur la cause des torrents des Alpes, a parfaitement démontré qv;e partout où les montagnes ont été déboisées des torrents nouveaux se sont formés ; partout au contraire où l'on a reboisé, les anciens torrents se sont éteints. La pratique d'ailleurs a pleinement confirmé les résultats de l'expérience, et aujourd'hui on est édifié sur l'efficacité des reboisements pour empêcher l'effondrement des montagnes.

Déjà des 1801 Cadet de Vaux déplorait la dépopulation de la vallée de Montmorency, et Rauch, dans un mouvement d'indignation, écrivit : « Replante ou sois maudit, peut dire à ce propriétaire (qui défriche les forêts) chacun de ses concitoyens; tu nous refuses de l'eau. » « En abattant les arbres qui couvrent la cime et le flanc des montagnes, les hommes, sous tous les climats, préparent aux générations futures d jux calamités à la fois : un manque de combustible et une disette d'eau )) (Humboldt). Le même voyageur signale une diminution très-notable du lac de Tacarigua (Venezuela) dans la belle vallée d'Aragua, par suite des déboisements. Chose curieuse, Boussingault, qui revit le même lac vingt-deux ans après, constata que, par suite des ravages de la contrée, la végétation tropicale ayant repi-is le dessus, le niveau des eaux était revenu à sa hauteur habituelle et que l'écoulement se faisait très-librement. Voici d'ailleurs les conclusions de cet observateur consciencieux et perspicace :

1" Les grands défrichements diminuent la quantité des eaux vives qui coulent à la surface d'un pays.

2" 11 est impossible de dire si cette diminution est due à une moindre quantité annuelle de pluie, à une plus grande évaporation des eaux pluviales ou à ces deux effets combinés.

5** La quantité d'eaux vives ne paraît pas avoir varié dans les contrées qui n'ont subi aucun changement dû à la culture.

4» Indépendamment de la conservation des eaux vives, les forêls en régularisent et en ménagent l'écoulement.

5" La culture établie dans un pays aride et non couvert de forêts ne dissipe qu'un peu des eaux courantes.

6» Par des déboisements purement locaux, des sources peuvent disparaître sans qu'on soit en droit d'en conclure que la quantité annuelle de la pluie ait diminué.

7° En se fondant sur des faits météorologiques recueillis dans les contrées équinoxiales, il y a lieu de présumer que les défrichements dimiiment la quantité annuelle des pluies (Boussingault, Économie rurale).

« Des diverses actions que nous venons d'analyser et qui s'exercent séparément résulte une action générale qui caractérise dans son ensemble l'influence lies forêts au point de vue du climat et de la configuration physique de la contrée

Cette influence n'est pas la même partout et suivant les régions, la nature du sol, les essences mêmes qui composent les massifs ; on peut néanmoins affirmer que les forêts exercent une action frigorifique très-accentuée dans les pays chauds, plus faible et même nulle dans les pays froids. C'est ainsi qu'à l'époque où la Gaule était couverte de bois la température y était beaucoup plus basse et que, au dire de César, la plupart des fleuves, même le Rhône, gelaient as^ez fort pour pouvoir porter des armées. Tandis que dans les régions déboisées les pluies sont rares, mais d'une grande violence, et que, se précipitant avec fureur au fond des vallées, elles font déborder les rivières, elles sont dans les régions boisées beaucoup plus fréquentes, et grâce à l'humus qui recouvre le sol, aux cimes des arbres qui empêchent l'évaporation, aux obstacles de toute nature qui arrêtent l'écoulement superficiel, aux racines qui font les offices de drains verticaux, elles pénètrent dans les couches inférieures pour reparaître plus loin sous la forme de sources et de cours d'eau. Ces pluies mettent ainsi pour arriver <m thalweg de la vallée un temps beaucoup plus long, et alimentent les rivières d'une façon plus régulière et plus continue qu'elles ne le font dans les terrains dénudés où elles s'écoulent superficiellement en engorgeant le lit des ruisseaux et en les laissant ensuite à sec pendant une partie de l'année.

(i II semble donc que les forêts emmagasinent l'eau qui tombe et ne lui permettent de s'écouler que peu à peu. Aussi, lorsqu'elles couvrent toute une région, peut-il arriver que le sol, étant déjà complètement imprégné, ne puisse absorber de nouvelles pluies et qu'il se produise alors des débordements. C'est en effet ce qu'on observe dans les vastes forêts marécageuses de l'Amérique et de l'Afrique équatoriale, où les eaux tombées pendant la saison des pluies ne peuvent s'écouler assez rapidement, restent à l'état stagnant et couvrent le sol jusqu'au retour du beau temps. Ainsi une trop grande étendue de forêts peut occasionner de? effets analogues à ceux que produit une absence complète de bois, et c'est là une cause de confusion qui n'a pas encore été signalée » (J. Clavé, Revue des Deux Mondes, 1875).

Ces vues et ces conclusions ont pour elles la majorité des observat-^iirs compétents, quoiqu'elles rencontrent encore de puissants contradicteurs. Ainsi Dove, le savant météorologiste, pense que les forêts n'influent pas essentiellement sur la quantité de pluie, mais seulement sur l'époque de cette pluie. Il rapporte en faveur de son opinion que la quantité de pluie dépend en général de la distribution non symétrique de la mer et de la terre; que l'eau tombe rarement là où elle a été formée par évaporation et que l'eau de mer est la source commune à laquelle les continents empruntent leur humidité. Chaque condensation, au contact lies corps froids, chaque formation de vésicules de brouillard et de gouttes de pluie, fait place à de nouvelles vapeurs d'eau, et c'est parce que les montagnes sont plus froides que le reste du continent qu'elles sont aussi les points de repère vers lesquels la vapeur d'eau ne manque pas de se diriger, et où l'atmosphère acquiert plus de sécheresse grâce aux précipitations aqueuses. Plus il se perd de vapeur d'eau, plus il en arriverait des couches atmosphériques latéiales, et plus énergique deviendrait l'évaporation qui, sur les points éloignés, ne cesse de produire de la vapeur d'eau.

Telle est la théorie séduisante de Dove. Mais à cela on peut répondre que les forêts fonctionnent précisément comme les montagnes, quoique à un moindre degré, et agissent semblablement sur le mouvement de la vapeur d'eau. Ne sont-elles pas aussi plus froides que les contrées non boisées du continent? Il en

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résulte donc que la quantité de pluie doit inévitablement être plus grande dans le domaine forestier de la terre, les autres conditions restant égales. Si les observations faites dans les plaines relativement sèches de la Sibérie semblent en désaccord avec ces déductions, il faut se rappeler qu'à cause de l'éloignement de la mer et de la présence des montagnes entre cette dernière et les forêts celles-ci devront être privées de la vapeur d'eau.

Un hydrologiste très-distingué, Belgrand [La Seine, études hydrologiques, etc.), sans nier d'une façon absolue que les forêts exercent une influence sur le régime des fleuves, pense que cette influence est fort peu sensible. Il admet que les inondations ne se produisent que par suite de la coïncidence des grandes pluies avec. la fonte des neiges. Si le terrain est imperméable, Teau ruissellera sa surface, se précipite dans le fond des vallées et provoque une crue dans le cours d'eau ; si les crues se produisent simultanément dans tous les affluents d'un fleuve, le débordement de celui-ci devient inévitable. Si le terrain est perméable, l'eau infiltrée d;ins le sol ne reparaît plus à la surface que lorsqu'elle rencontre une couche imperméable et qu'elle jaillit alors sous forme de source : elle n'occasionne donc pas de crue subite.

Gela est exact, mais il faut précisément tenir compte de la présence des forêts, qui augmentent spécialement la perméabilité des terrains qu'elles recouvrent et diminuent par conséquent, par cela même, les chances de crue subite. Belgrand d'ailleurs reconnaît que la présence des forêts, dans le Morvan, par exemple, empêche le ravinement des terres: or ce fait à lui seul suffirait pour démontrer l'importance des forêts dans la régularisation du régime des cours d'eau.

Aux faits que nous avons rapportés plus haut, constatés par Humboldt et Boussingault en Amérique, on peut ajouter, comme preuve irréfragable de l'influence des forêts sur les cours d'eau, des expériences instituées près de nous par la nature ou par les vicissitudes de la civilisation et de l'industrie. Qui ne connaît l'exemple de l'Asie Mineure et de la Grèce, jadis si fertiles et aujourd'hui devenues arides et improductives?

Plus près de nous, en France, dans la Montagne-Noire (Aude), on a fait des expériences dans deux vallées différentes, l'une boisée, l'autre déboisée, et l'on a constaté que, si la première donne, immédiatement après la^pluie, moins d'eau que la seconde, par contre celle-ci se dessèche rapidement, tandis que la première alimente le ruisseau pendant toute l'année. On a reconnu que, tandis que dans les régions déboisées les plus fortes pluies tombent pendant l'été, dans les régions boisées elles tombent pendant l'automne et l'hiver, c'est-à-dire pendant la saison où, suivant Belgrand, elles contribuent le plus à l'alimentation des cours d'eau. Ces observations faites par Maistre dans l'Aude sont d'une netteté indiscutable; les résultats sont si évidents que la sécheresse du pays va augmentant avec les déboisements et que les cours d'eau qui autrefois faisaient marcher des moulins n'ont plus aujourd'hui assez d'eau pour cela. Cantégril a observé également qu'un ruisseau, celui de Caunan, qui prend sa source dans un district forestier appartenant au même massif de la Montagne-Noire, faisait autrefois marcher des usines à fouler le drap. A la suite dii déboisement de la forêt, le cours d'eau est devenu si irrégulier que les usines doivent chômer pendant une partie de l'année. La commune ayant récemment reboisé sa forêt, le Caunan a repris son premier régime et les usines marchent aujourd'hui sans interruption.

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La question de la pluie, et partant des eaux et des Ibrèts, comprend des termes connexes dont il est difficile d'isoler la valeur pour la mieux apprécier. L'étude géographique des conditions favorables au développement des forêts nous a démontré que le régime des vents et des pluies tient dans une étroite dépendance l'existence des forêts, de concert avec la nature des terrains. Il arrive donc que très-souvent la forêt implique la pluie et réciproquement. C'est là sans doute un des écueils que rencontrent les expériences et les déductions les mieux conduites. Quoi qu'il en soit, il faut retenir cette solidarité significative que la nature a placée entre l'existence des forêts et celle des précipitations atmosphériques. Car toute cause nouvelle de pluie, comme la création d'une forêt dans une région qui en était dépourvue, est aussi une cause nouvelle d'évaporation et devient pour cette région un bienfait dont elle profite sans préjudice pour aucune autre (J. Clavé). Bref, la présence des forêts augmente, d'une façon absolue, la quantité des précipitations aqueuses du pays où elle existe.

Il est un phénomène périodique des eaux courantes, des rivières d'un certain volume, des fleuves et des grandes collections d'eau, grandiose dans ses manifestations, toujours bienfaisant quand il est régularisé et modéré, terrible dans ses conséquences pour l'homme et la nature animée dans ses subites explosions non contenues : c'est le débordement amenant les inondations des terres. Cet accident du régime des rivières a trop d'intimité avec les forêts et les déboisements pour que nous n'en parlions pas ici sommairement.

Dans les régions intertropicales les inondations périodiques, liées ordinairement à l'époque qui suit le passage du soleil au zénith, aux orages et aux averses qui en sont la conséquence, constituent pour ainsi dire un élément essentiel du régime des grands cours d'eau.

« Dans les régions tropicales où les zones de nuages et d'averses se déplacent régulièrement du nord au sud et du sud au nord pendant le cours de l'année, les oscillations du niveau des fleuves peuvent être, aussi bien que les saisons ellesmêmes, calculées et prédites d'avance, d'après la marche du soleil sur l'écliptique. Lorsque cet astre brille au-dessus de l'hémisphère méridional et que les sécheresses régnent au nord de l'équateur, les cours d'eau de la zone tropicale du nord s'abaissent et plusieurs même tarissent complètement. Durant l'hivernage au contraire, alors que le soleil a ramené vers le nord les nuages de tempête et les pluies, les ruisseaux, les rivières, les fleuves, se gonflent de nouveau et coulent à pleins bords. Les mêmes phénomènes s'accomplissent en ordre inverse dans l'hémisphère austral. Ainsi le niveau des eaux courantes oscille alternativement au nord et au sud de l'équateur, de manière à former une sorte de marée annuelle comparable par sa régularité aux marées diurnes de l'Océan. Toutefois, il faut ajouter que dans chaque pays des régions tropicales la périodicité des crues annuelles est diversement modifiée par le relief du sol, les remous aériens et les faits de toute espèce qui influent sur la précipitation des eaux de pluie (Reclus). »

L'auteur de ces merveilles n'est autre que le soleil si justement divinisé par les premiers hommes. La puissance de ses rayons, lors de son passage au zénith, élève la coupe des océans jusque dans la corne d'abondance des nuées qui la répandent sur la terre qu'elle féconde en revenant aux mers. Œuvre d'une grande et harmonieuse économie, que l'imagination des anciens avait symbolisée dans la fable du tonneau des Danaïdes.

L'histoire des inondations est complexe : nous n'avons pas à retracer ici les incidents. Cependant il faut savoir tout d'abord que ce phénomène constitue le régime naturel et bienfaisant de la plupart des grands cours d'eau situes entre les tropiques. Citons quelques exemples : nous savons aujourd'hui que les célèbres inondations du Nil proviennent de la chute des pluies solsticiales près de l'équateur et peut-être de la fonte précipitée des neiges sur les monts dits de la Lune. Ce sont là des inondations prévues, providentielles, d'où dépendent la fécondité et la vie de la vieille Egypte. En Afrique encore le Sénégal, le Niger, le Congo, offrent les mêmes vicissitudes, quoiqu'à des époques un peu diverses, dérivant des mêmes causes. Le Congo, qui tire ses premières eaux des régions voisines de celles du Zambèze et du Nil, est sujet à d'énormes crues qui roulent au loin des îles de terre et d'arbres avec la vitesse d'un courant accusé par les navigateurs à plus de 30 ou 40 milles dans l'Atlantique.

Le Mississipi passe par une série d'oscillations de son niveau par suite des crues hétérochrones de ses nombreux et lointains affluents : et malgré ce système des compensations providentielles le « Père des eaux » du Nord-Amérique a fait subir en 1782 et en 1828 de terribles inondations en s'épanchant sur sa rive gauche à plus de 50 kilomètres dans la plaine située entre lui et le Yazoo. C'est ainsi, du reste, que le grand fleuve travaille à remanier sa vallée à plus de 200 kilomètres en amont de son embouchure.

L'Amazone, situé presque sous l'Equateur, reçoit en été et en automne le tribut périodique de ses affluents du nord, tandis que ceux de sa rive droite remplissent son urne colossale en hiver. Le fleuve même et la Madeira se gonflent surtout aux équinoxes et leurs crues arrivent au printemps et en été. Ainsi se maintient une sorte d'équilibre instable par le fait de l'étendue de l'immense bassin. Mais souvent le bassin insuffisant répand les eaux sur des espaces de 100 à 200 kilomètres de large. Alors dans sa fougue le fleuve entraîne terres, arbres, animaux, vastes lambeaux de prairies et de forêts qu'il jette à l'Océan, comme l'humble ruisseau dans une heure d'orage emporte avec lui les brins de paille de la petite vallée. « Le grand fleuve était effrayant à contempler ; il roulait à tivvers les solitudes d'un air solennel et maje^ueux. Ses eaux semblaient colères, méchantes, impitoyables; l'ensemble du paysage réveillait dans l'âme des ém3tions d'horreur et d'effroi semblables à celles que causent les solennités funéraires, le canon tonnant de minute en minute, le sauvage fracas des vagues... » (Herndon). »

Les fleuves d'Asie ont des crues analogues à celles du Nil et même bien plus fortes. Le Mékong ou Cambodge, qui prend sa source dans le massif chinésothibétain, a des crues de 15 à 20 mètres et plus vers la lin de l'été dans les plaines du Cambodge. Les habitants construisent leurs maisons de bois sur de hauts pilotis pour se préserver de l'inondation. Les grandes rivières de la Chine, le Yang et le Hoang-Ho, sont sujettes à de semblables gonflements périodiques.

Les grands cours d'eau de la Sibérie s'embarrassent peu des masses de terres et de végétaux; en revanche ils charrient pendant une grande partie de l'année des cubes de glace qui roulent avec fracas le long de leurs rives solitaires. Là du moins dans cette nature déserte les convulsions des cours d'eau ne sont que peu nuisibles à l'espèce humaine qui est rare ou absente dans ces parages inhospitaliers.

Ailleurs, comme à l'embouchure de l'Orénoque, les habitants se réfugient

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dans les arbres où ils bâtissent, dit-on, des demeures aériennes pour échapper aux flots dévastateurs. Depuis longtemps les Guaranis auraient adopté cette modification originale de l'habitat forcé.

Il faudrait des volumes pour retracer l'histoire des inondations des principaux fleuves de la terre : péripéties doulour^euses, drames lugubres où se sont englouties tant d'existences d'hommes et des populations totales. Le Gange sacré des Hindous a occasionné de terribles inondations, comme en 1656. Le Hoang-llo coûte tant d'existences humaines au fils de l'empire du Milieu qu'il a mérité et au delà son surnom de « Chagrin de la Chine ».

Mais c'est en Europe que les annales des grandes catastrophée ont le mieux conservé les désastres dus aux inondations. En amont des portes de fer, certaines crues du Danube l'ont fait gonfler de dix-huit mètres au-dessus de i'étiage, et pourtant le Donau n'est pas un fleuve aux terribles inondations. Certains fleuves de la France, le Rhône, la Loire, la Garonne, semblent avoir eu depuis quelques siècles le triste privilège de noyer leurs belles vallées de crues aussi soudaines que dévastatrices. De 1600 à 1700, on a cité pour la France 14 grandes inondations. De 1700 à 1806, il y en a eu 21, et dans le présent siècle, en 1856, on en comptait 17 : c'est une rapide progression. Les derniers débordements de la Garonne ont mis le comble à la dévastation produite par ce genre de fléau, et il faut remontera 1770 pour trouver des exemples d'une pareille désolation par le fleuve toulousain qui atteignit alors à Castets, limite du flot marin, 13 mètres au-dessus de I'étiage.

Plus récemment encore, la riche province de Murcie a été ravagée par un vrai déluge tombé sur ses montagnes arides, et des rivières presque inconnues, comme la Ségura espagnole, ont englouti les jardins de la péninsule avec une partie de leurs habitants.

Mais revenons aux forêts et aux déboisements, car là est la cause locale prédominante des vicissitudes du régime des eaux, des inondations et de leurs funestes conséquences. La fonte subite des neiges, l'explosion de violents orages de véritables trombes d'eau, tombant soudain sur des terres imperméables et en pente rapide, sont sans doute des facteurs puissants des crues désastreuses des rivières. Mais nous avons vu que le boisement et le gazonnement de ces terrains étaient les préservatifs les plus efficaces contre leur funeste propriété de laisser glisser les eaux à leur surface sans pouvoir les emmagasiner au moyen de lentes et multiples infiltrations. D'ailleurs, quand les rivières descendent des régions boisées et par conséquent à l'abri du ravinement, leur lit est régulier et n'est pas encombré de matériaux de transport. Quand il survient de grandes pluies, la rivière déborde, les eaux couvrent la plaine, détruisent quelques récoltes, mais ce sont des pertes facilement réparables. (Juant aux rivières qui, comme l'Allier et la Loire, proviennent de montagnes granitiques déboisées, elles entraînent, à chaque crue, des masses énormes de sables et de galets qu'elles répandent sur les champs cultivés. Le lit de ces rivières, encombré de débris, n'a pas de profondeur, le thalweg se déplace à chaque crue, emportant des terres que l'on croyait préservées et rendant toute navigation régulière impossible.

Les torrents, voilà la source principale des grandes inondations pour les rivières, et le déboisement, voilà la source première des torrents et des ravinements. Le reboisement est donc le meilleur préservatif de l'effondrement des montagnes. L'opération du reboisement des montagnes est aujourd'hui scientifi-

lOÔ DEBOISEMENT.

quement et pratiquement résolue. Elle repose sur les éléments et les méthodes d'une technique complète régularisée et même vulgarisée en France par des spécialistes distingués. Sans nous égarer dans des digressions étrangères à notre sujet, et tout en laissant le problème du reboisement aux ingénieurs et aux forestiers, nous devons résumer les procédés dont la pratique a consacré l'utilité pour l'extinction des torrents et le reboisement des montagnes. Il s'agit ici d'une science spéciale, précise, composée d'opérations graduées et disciplinées exécutées avec un plein succès pour la restauration des Alpes et d'autres régions montagneuses en France.

Le travail comprend trois phases principales : 1° Il faut d'abord délimiter le terrain à reboiser en étudiant ce terrain et les torrents qui s'y trouvent. 11 faut aussi se rappeler qu'un torrent est constitué par un bassin de réception situé en amont, par un lit de déjection en aval, et par un canal intermédiaire. Une fois que l'on a déterminé ainsi le périmètre à reboiser, on y interdit tout pâturage. On récèpe tous les arbustes aux alentours, on plante par bandes horizontales distantes de 2 mètres des boutures de saule et on sème des graines fourragères pour gazonner les intervalles.

2» On attaque le torrent au moyen de clayonnages et de barrages, dans toute son étendue. Les clayonnages sont faits avec des branches de saule et de coudrier faisant oftice de boutures et constituant des obstacles vivants qui transforment ainsi le lit du torrent en escaliei's destinés à amortir la violence des eaux torrentielles. Les barrages sont réservés pour le lit en aval des torrents.

3° On procède alors au reboisement qui se fait avec des essences appropriées, puisées dans des pépinières ménagées à l'avance à proximité des terrains à reboiser. On y ajoute des gazons et des buissons aux racines traçantes.

Eu 1879, la France avait ainsi reboisé, au prix de 15 millions de francs, 85 milles hectares de régions montagneuses. Mais il faudra marcher plus vite, car il faudrait près de trois siècles pour régénérer les terrains en souffrance, sans compter ceux qui le deviendront.

K L'efficacité de ces travaux, aussi simples qu'économiques, est remarquable. Les eaux, retenues de toutes parts dans leur chute, se précipitent avec beaucoup moins de violence et de rapidité ; une grande partie des matériaux qu'elles entraînent se trouve arrêtée derrière les barrages, et l'accumulation de ces matériaux, jointe à l'activité végétale des boutures, tend à faire disparaître les effets du ravinement entre les barrages successifs et à effacer en quelque sorte le torrent par la suppression des sillons ramifiés dont il se compose.

«Les pluies diluviennes tombées pendant le mois de septembre 186Q dans l'Auvergne, le Nivernais et la Savoie, ont transformé 'presque instantanément les plus minces ruisseaux en torrents furieux ; partout, au contraire, oià des barrages avaient été entrepris, les terres ont été maintenues sur les pentes et les plaines à l'abri des ensablements » [Rapports annuels de V administration forestière).

« Quand les arbres se fixent sur le sol, leurs racines le consolident en le resserrant de mille fibres ; leurs rameaux le protègent contre le choc violent des ondées; leurs troncs, leurs rejetons, les broussailles et cette multitude d'arbrisseaux de toute espèce qui croissent à leur pied apportent des obstacles accidentés aux courants qui tendent à l'affouiller. En outre, la végétation divise les courants et les disperse sur toute la superficie du terrain, ce qui les empêche de se porter en masse dans les lignes du thalweg et de s'y concentrer, ainsi que

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cela arriverait, s'ils couraient librement sur les surfaces lisses d'un terrain dénudé » (Surell ; Sur les torrents du département des Hautes-Alpes).

Ce n'est pas seulement la hache imprudemment portée dans la forêt des montagnes, ce sont aussi les animaux, c'est la dent de la chèvre et des moutons, ce sont les pacages, les pâtis, qui ont "dépeuplé les massifs du midi de la France et de tant d'autres localités en Europe. Les avertissements et les ordonnances n'ont pas manqué contre ces graves abus. Ainsi la loi de 1803 contient de sages conseils exprimés en termes emphatiques dans l'exposé des motifs. « Sur les montagnes, l'homme qui n'a pas respecté le travail de la nature ne peut ni semer, ni planter : il n'a fait qu'abattre et détruire. Lorsque les forêts majestueuses qui attestent l'antiquité du monde ont cédé à la cognée, les rochers mis à découvert ne se revêtent plus'; les plaines perdent les sources de fécondité et l'homme se ressent lui-même, dans l'air qu'il respire, de l'injure qu'il a faite à la nature en la dépouillant de son plus bel ornement. » Depuis, la question du déboisement et du reboisement a subi en France des vicissitudes fâcheuses. C'est ainsi que dans un remarquable mémoire Raudot a préconisé les avantages du défrichement et a conclu que « la liberté des défrichements est conforme à l'intérêt général du pays » {Annales de la Société centrale d'agriculture, 1855). Enfin la loi de 1860 sur le reboisement a comtnencé à produire les résultats dont nous venons de rapporter quelques-uns, résultats toujours précaires et incomplets, soit à cause de l'insuffisance des mesures prises par l'État, soit à cause de l'indifférence du public qui paraît manquer de conviction sur ce grave sujet.

La thèse éminemment utile du reboisement a été vivement soutenue et défendue par plusieurs membres distingués de l'Administration des eaux et forêts de France. 11 est vrai que le public a accusé l'Administration de plaider «proaris et focis ». Peut-être, en effet, a-t-elle exagéré les inconvénients du déboisement en rase campagne. Elle eût obtenu plus aisément gain de cause en concentrant ses efforts et en limitant ses demandes au reboisement des montagnes et des lieux arides. C'est là son vrai champ de manœuvre, où l'énergie de son activité ne pourra manquer de faire des conquêtes solides qui décideront l'opinion publique en sa faveur.

Ces réflexions nous avaient été inspirées par l'état actuel de la question des reboisements, quand une publication très-récente (J. Clavé, Revue des Deux Mondes, octobre et novembre 1878) est venue mettre de nouveau les éléments du problème sous les yeux du public. On y trouve les documents suivants. De 1861 à 1875 le reboisement facultatif fait par les communes et les particuliers en France s'est élevé à 46 857 hectares : le gazonnement a atteint seulement 744 hectares. Quant aux reboisements obligatoires, on en compte 128 000 hectares dont 27 000 seulement ont été reboisés dans le même laps de temps. Ainsi la loi de 1860 n'a porté que des fruits médiocres ou même mauvais. En accordant des primes au reboisement, elle n'a pas su distingueras reboisements sur des terrains situés à proximité des voies de facile communication et près des villes de ceux qu'attendent les terres éloignées et surtout les montagnes et les pâturages arides de certaines contrées. Les premiers n'avaient pas besoin d'être encouragés par la prime qui eiit été et plus large et plus fructueuse, si on l'eût réservée pour les seconds.

Les résultats l'ont surabondamment prouvé : tandis que la subvention a provoqué les reboisements à proximité des grands centres, elle n'a en rien modifié le déplorable état des terres dénudées des montagnes isolées. Ainsi, si le légis-

lateurde 1860 a voulu frapper l'esprit des populations de ces dernières régions, il a manqué son but.

Sans doute les reboisements entrepris par l'État ont produit d'excellents résultats. Mais ils sont trop partiels, insuffisants ; et d'ailleurs les déboisements augmentent chaque jour, d'où la disproportion croissante entre l'œuvre de l'Etat etl'élendue des reboisements, obligatoires. D'un autre côté l'inobservance de la loi de 1860 relativement aux pâturages des montagnes a été presque générale. Les particuliers et les communes ont continué d'y faire ravager la végétation par leur bétail.

Les terrains appartenant à l'État ont subi à peu près le même sort par suite de raisons administratives, politiques ou autres. Bref, la loi a été éludée dans ce qu'elle avait de salutaire et ses résultats n'ont été qu'illusoires.

Elle est donc à refaire sur des bases plus rationnelles, sur des expériences plus positives ; elle devra surtout être rigoureusement observée, si l'on veut en obtenir l'urgence des reboisements sur les montagnes, dans les lieux arides et partout où la nécessité s'en fait cruellement sentir.

En dehors du reboisement des montagnes et des bassins dénudés et affouillés par les torrents on a préconisé avec raison d'autres systèmes pour prévenir les débordements des rivières et amoindrir les désastreux effets des inondations. On connaît les œuvres de l'homme ou les efforts de la nature contre de pareils désastres. L'ancien lac Mœris remplissait vis-à-vis du Nil égyptien le rôle salutaire de déversoir et de régulateur des crues. Souvent le Rhône a trouvé dans le lac du Bourget une pareille soupape de siirelé. Le Mé-Kong cambodgien possède un grand lac latéral, le Tonlé-Sap ou Bien-ho, qui lui sert de réservoir et d'effluent durant la hauteur des crues et d'affluent pendant les basses eaux. C'est l'exemple le plus amplifié que la nature ait produit dans la méthode préventive conlre les débordements périodiques des eaux fluviales.

Le détournement des rivières, les irrigations et le colmatage constituent des moyens différents, à plusieurs titres, mais analogues dans les résultats quand ceux-ci sont obtenus conlre les inondations. Enfin les ouvrages variés, les barrages, les digues, les levées, les travaux hydrauliques, de toute sorte, sont employés chaque jour avec des chances diverses, dans le même but.

Quoi qu'il arrive, la première catégorie des mesures suivies et disciplinées à diriger contre le retour des grandes catastrophes calamiteuses que nous signalons consistera toujours dans le système des reboisements des terres d'où s'épanchent les sources des rivières à refréner. Puis comme auxiliaires viendront les divers modes de ralentissement ou de contention, de dérivation et d'éparpillement des eaux. Par conséquent il faut conclure, et on ne saurait trop le redire, que c'est dans le reboisement rationnel et systématique que gît le salut futur des vallées menacées par l'inondation.

Dans l'harmonie de la nature la plante, mais surtout la forêt, joue un rôle des plus varies. Nous avons vu que l'arbre est le plus actif laboratoire de la chimie végétale qui élève la matière minérale au rang de matière organisée. Sans doute la matière minérale n'est pas inerte,— il n'y a pas d'inertie réelle — elle vit à sa façon et d'après ses lois, mais enfin c'est par le jeu des végétaux qu'elle passe à un degré supérieur d'organisation. Or la forêt est la grande ouvrière qui opère surtout ces merveilles de métamorphose. Nous avons mis en lumière le fait important de la décomposition, de la désagrégation des roches primitives cristallines par le travail du temps, de l'atmosphère et des arbres. Nous n'y insis-

teroiis plus. Mais qu'il nous soit permis de faire une comparaison qui exprimera peut-être encore plus nettement l'œuvre de cette transformation.

Sans doute les injures du temps, c'est-à-dire les grandes forces de ia nature, l'air, les eaux, la chaleur, l'électricité, la lumière, etc., conspirent à démolir le «n-and édifice des forces ignées primitives qui cristallisèrent la matière superlicielle de la planète. Mais cela ne suffirait pas pour ameublir le sol qui doit nourrir la plante, l'animal et l'homme, il faut que la graine y tombe qui doit en faire jaillir l'arbre ou la iorèt. Celle-ci devra, sous les feux du ciel, sous les frimas du nord ou de l'hiver, sous les coups du vent, mais aussi par la douce influence du soleil, tirer du sol même les principaux matériaux de son alimentation et de sa croissance. Or c'est la chimie vivante de l'arbre, c'est la puissance vitale de la forêt qui constitue la force capable de produire de tels résultats. La spongiole dans les entrailles du granit au milieu d'un peu d'eau, les feuilles dans l'atmosphère et sous les rayons solaires, voilà les éléments dynamiques qui , multipliés par les jours et par le nombre des pieds d'arbres associés en forêt, font passer des torrents de matériaux minéraux par les formes végétales organisées. De là résulte l'humus, débris des cadavres de la forêt.

L'humus fécond d'aujourd'hui n'est, en effet, que la dépouille des végétaux des siècles accumulés : c'est le résidu do la vie végétale, et la forêt que l'on plante est le gage de la fertilité future fl'un sol actuellement réfractaire à toute production végétale. Et la forêt qui ondule et frémit sous le souflle de la brise occupe et prépare le terrain que couvrira bientôt l'or des moissons.

Or c'est ici que nous voulons placer la comparaison propre à mettre en relief ce rôle immense de la forêt. L'humus ou la terre meuble du sol est à la forêt ce que l'alcool est à la cause de la fermentation, et en général ce que les produits de métamorphose fermentative sont aux causes qui les ont engendrés. Pas n'est besoin de développer les termes de cette analogie, ce qui nous ramènerait à la théorie du rôle des microrganismes dans les grandioses phénomènes des fermentations et des métamorphoses les mieux connues de la matière organisée. Que si la comparaison était exacte, on pourrait dire que les forêts sont les micromycètes et les bactéries géantes de la matière primitive et minérale du globe.

Un autre point de vue qui ne serait pas à négliger par ce temps de raréfaction des arbres est la question économique. En effet, la disette actuelle des bois (l'œuvre et du bois de chauffage en Europe va croissant et élève outre mesure le prix des matières ligneuses. Malgré nos 9 millions d'hectares de forêts en France et les 2 1/2 millions de l'Algérie, malgré notre production en bois évaluée pour 1876 à 256 millions de francs, nous sommes demeurés tributaires de l'étranger en 1876 'pour une somme de 158 millions. En 1878, la France a dû payer une somme de 187 millions pour les seuls bois communs qu'elle a consommés, déduction faite de la somme de 55 millions- qu'elle a exportés.

La production de la Russie d'Europe, en bois de toute sorte, est évaluée à plus de 1 milliard de francs par année; en 1878 elle en a exporté pour plus de 120 millions. En 1872, la Scandinavie a exporté pour une valeur de 150 millions de francs de bois façonnés, valeur estimée à la sortie. En 1871, il a été expédié directement de Suède en Australie 25 000 mètres cubes de bois résineux. En 1878, la Suède-Norvége a exporté pour 174 millions de francs de bois contre 3 millions d'importation. Dans la même année l'exportation en comi>us-

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tible et bois d'œuvre aurait atteint, déduction faite de l'importation, un bénéfice net de 80 millions de francs en Autriche.

Ces quelques chiffres ont bien leur éloquence : ils montrent l'importance du rôle des forêts et des arbres dans la production du sol et dans le bilan de transactions commerciales de notre époque.

Mais arrivons au côté final de la question. « Les forêts, les eaux, les prairies, disait poétiquement Rauch, sont les trois grands laboratoires de la nature, d'oii découlent tous les biens qui doivent délecter Thomme sur la terre. Les forêts remplissent visiblement après le soleil le plus grand ministère ; elles semblent destinées à régir toutes les harmonies du globe. Sous leur bienheureuse influence tout vit et prospère ; dès qu'elles disparaissent les eaux se tarissent, les rosées s'éloignent, les prairies perdent leur fraîcheur, la terre se dessèche, les oiseaux et les animaux diminuent, la marche des météores s'intervertit, enfin le céleste et majestueux tableau du monde s'efface. » Voici pourtant quelques correctifs à ces éloges exagérés.

En face des besoins de l'agriculture et de l'agronomie nous devons dépouiller la forêt de toute la poésie à laquelle elle a droit à d'autres titres. En effet les forêts sont à la fois utiles et nuisibles à l'économie rurale des terres adjacentes ou peu éloignées. Si elles rompent les vents violents, si elles en écartent les orages et la grêle et y entretiennent une température plus égale et plus modérée, une humidité favorable, elles peuvent devenir gênantes par l'excès même de cette humidité, par la réfrigération exagéi^ée, par l'interruptioa des rayons du soleil. Enfin et surtout elles n'exposent que trop souvent les fruits de l'agriculture aux ravages des nombreux fauves dont elles sont les repaires uatui-els. Les légions des oiseaux, des insectes nuisibles, des organismes inférieurs de toute espèce que nourrit la forêt, constituent un danger permanent pour les cultures limitrophes et non éloignées.

Malgré quelques critiques partiellement fondées, mais beaucoup trop sévères {hànnel, Des plantations d'arbres dans Vinterieur des villes, etc.) sur le manque d'insolation et l'excès d'humidité qu'occasionnent les plantations exagérées dans le sein des grandes cités, malgré l'immobilisation et la soustraction à l'agriculture d'espaces fertiles considérables par le fait de l'existence des forêts, l'un des plus grands effets de la civilisation, de l'industrie et de l'agriculture, consistera dans le soin judicieux et l'aménagement des arbres forestiers, aussi bien au milieu des villes populeuses et prospères que dans les solitudes plus déshéritées des montagnes et des crêtes arides.

D'ailleurs la végétation arborescente ne se compose pas que de forêts. Elle comprend les bois, les taillis, les bosquets, les parcs, les haies, les arbres fruitiers, les arbres d'agrément et ces massifs d'arbres qui se mêlent dans les champs et dans les prairies comme dans les jardins aux produits et aux éléments de l'agriculture. A ce titre les zones forestières et le domaine des arbres sont beaucoup plus étendus que ne l'indiquent les linéaments que nous leur avons tracés sur la terre. Ainsi envisagée la catégorie des arbres devient d'une haute utilité à laquelle s'ajoute le charme dune contrée qui possède la plus belle parure que puisse lui donner la culture bien entendue. Dans ce sens on peut dire que l'économie des arbres est en quelque sorte le thermomètre de l'a^^riculture et de la civilisation d'un pays.

Nous n'avons pas à développer à cette place les principes de la sylviculture ni les règles d'économie et d'industrie des bois et des forêts. Il suffit de rappeler

DÉBOISEMENT. Ml

que c'est là une branche importante de l'activité des peuples. C'est aussi l'une des préoccupations les plus anciennes de l'administration chez les gouvernements jaloux d'accroître les ressources de leurs revenus tout en sauvegardant les intérêts de leurs administrés.

Les forêts sont vieilles d'un âge qu'il est difficile de fixer. On connaît aujourd'hui, en partie, l'histoire de leur séculaire évolution à travers les longues périodes de notre planète. On peut, grâce aux belles empreintes dont les arbres primitifs ont laissé la trace dans les feuillets de la croûte terrestre, évoquer l'image et l'aspect étrange des forêts des grandes époques qui ont été autant de phases décisives de la vie de la terre, de celle des plantes et des animaux.

Les forêts ont joué un rôle important dans l'existence, dans l'habitat, dans les migrations des peuples, dans leurs guerres, dans leurs destinées. Le berceau initial de l'homme fut probablement la caverne au milieu de la forêt. Celle-ci fut le théâtre des luttes de l'homme avec les fauves et avec ses semblables. Plus tard, elle lui offrit ses fruits succulents et ses semences nourricières ; elle lui servit de retraites mystérieuses, de temples, de lieux de sacrifices; elle lui fut aussi un refuge, une cachette ou un rempart contre la tyrannie. « Qui tue un arbre, tue un Serbe », dit significativement un proverbe local. Pour beaucoup de peuplades sauvages, la forêt est encore la source d'alimentation quotidienne par l'abondance du gibier qu'elle fournit.

Si aujourd'hui pour les peuples plus avancés sur la route de la civilisation la forêt est devenue un objet d'exploitation et d'aménagement, elle n'a cessé de jouer un rôle prépondérant d'un autre côté, vis-à-vis de ce que l'on peut appeler la psychologie et l'eslhétique. Elle a toujours constitué l'un des grands liens qui ont attaché l'homme civilisé au besoin de la contemplation et de la pénétration des œuvres de la nature.

La littérature des Aryas orientaux est tout imprégnée des senteurs et de l'admiration des forêts. Les brahmanes sylvicoles vivaient dans la 'solitude des bois dont ils chantaient l'éternelle beauté. La poésie hindoue aussi a chanté « l'apparition du premier nuage qui vient troubler l'azur profond du ciel pur, lorsque après une longue attente les vents étésiens commencent à bruire dans les longues feuilles qui couronnent la tête des palmiers ». Quelque sobre que fût la littérature grecque sur la poésie de la nature, un de leurs plus grands tragiques a magistralement célébré le bois des Euménides : « Le tranquille et délicieux séjour de Golone, les verts buissons que le rossignol visite et qu'il fait gémir de sa voix claire et mélodieuse, l'obscurité que répand le feuillage entrelacé du lierre, les narcisses humides de rosée, le safran doré, et l'olivier impérissable qui renaît sans cesse de lui-même. »

La renaissance des lettres grecques fut aussi la renaissance de l'amour pour la forêt. Elle chanta le « bois de ces arbres touffus qui portent des pommes d'or et dont la fleur, qui se renouvelle dans toutes les saisons, répand le plus doux de tous les parfums. Ce bois semblait couronner ces belles prairies et formait une nuit que les rayons du soleil ne pouvaient percer... », à côté « des îles bordées de tilleuls fleuris et de hauts peupliers qui portaient leurs têtes superbes jusque dans les nues. » Mais au-dessus de tous les grands peintres de la nature et des forêts se place celui qui a tracé ces lignes : « Qui ne se sent diversement affecté, pour nous en tenir aux productions qui nous sont familières, sous l'ombrage épais des hêtres, sur des collines couronnées de pins épars, et dans les vastes prairies où le vent murmure à travers le feuillage tremblant des bouleaux »? {Cosmos, t. II.)

Ainsi, de nos jours, la forêt est devenue l'un des éléments importants de la poésie et même des beaux-arts comme la peinture, au moyen desquels elle se reflète pour réagir sur le moral et sur l'intelligence de l'homme. Sans se perdre dans des digressions idéologiques, on peut dire que la forêt ou la végétation arborescente exerce une puissante domination sur nous. Si elle donne sa physionomie caractéristique aux divers climats et aux parties différentes de la terre, si elle imprime à nos sens, par ses aspects étranges, des images aussi profondes que diversifiées, elle nous rappelle aussi la patrie absente. Elle ravive dans l'âme du voyageur ou de l'exilé cet amour secret qui nous rattache aux arbres plus vivement encore qu'aux autres êtres du sol natal. C'est par l'arbre de la forêt autant que par l'étoile du ciel que l'homme juge de la distance qui le sépare de son pays.

Par le calme majestueux de son silence, par les bruits de son animation ou de son agitation, par l'intensité de sa verdure ou par les tons variés de ses teintes, par ses parfums et ses essences, par sa vierge atmosphère, par je ne sais quel prestige enchanteur, par ses harmonies comme par ses contrastes, cette douce et mystérieuse société d'arbres qui se nomme la forêt nous communique les plus vives et les plus contraires impressions. L'âme de la forêt semble agir sur la nôtre et la faire vibrer à l'unisson.

Mais il faut prévoir le jour prochain où l'homme portera la cognée et le fer dans les domaines vierges encore de son atteinte et dont l'étendue va diminuant rapidement. La grande extension de la race humaine et la conquête du globe par l'agriculture et la civilisation sont à ce prix. Suivant toute probabilité la forêt doit donc disparaître de la plaine humifère qu'elle a préparée pour les besoins de l'agriculture. Mais elle trouvera, et elle le doit, un refuge sur le sommet des montagnes. Là, au-dessous des gazons alpestres, elle lormera de superbes diadèmes de verdure aux grands monts qu'elle protégera contre les ravinements des torrents; c'est là sa patrie future, inexpugnable. Mais c'est à l'homme de l'y porter et de l'y développer dei'echef, puisqu'elle y a déjà prospéré ; car une fois descendue au pied de la montagne la forêt ne saurait y remonter d'elle-même dans les conditions actuelles. L'homme, quelque civilisé qu'il devienne, devra donc ne jamais oublier qu'il ne peut impunément détruire l'une des plus grandes manifestations de la nature, qu'il ne doit pas changer complètement la parure première de la planète nibouleverserl'une des conditions les plus importantes de la météorologie et des climats.

Tel que nous Lavons délimité en y comprenant les régions abondamment plantées d'arbres, le domaine des forêts est immense. Mais en le bornant aux vraies forêts proprement dites, nous avons vu que même encore pour l'Europe il était assez étendu pour former du dixième au cinquième des terres. Il constitue donc un habitat considérable pour l'homme et les animaux aussi bien que pour les végétaux dont il est cependant la propre patrie. De là on peut conclure que les forêts sont encore habitées par un nombre d'hommes assez grand dont il est impossible de fixer le chiffre même approximatif. Cependant, en Europe comme en Asie, la population du domaine de la forêt est toujours très-clairsemée et ne dépasse guère celle des régions désertiques. En Amérique, la forêt avec le désert nourrit, avons-nous dit, quelques centaines de mille, peut-être un million de Peaux-Rouges qui s'y sont cantonnés comme dans une dernière retraite. En Afrique, la population des grandes forêts s'adonne également à la chasse, ainsi qu'à la pêche et parfois à l'agriculture, mais rarement à l'élève du bétail. Sous

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ce dernier rapport les nègres du noir continent et les races cuivrées de l'Amérique se ressemblent au désert et au milieu de la forêt ; rarement on les a vus s'adonner à la vie pastorale, qui est un progrès vers l'état social perfectionné. A fortiori en est-il de même des nègres de l'Australie qui errent faméliques et par petits groupes à travers les nombreuses forêts de ce continent.

En Europe et même en Asie, la forêt est animée par une population spéciale, celle des bûcherons qui mènent une existence active et saine au milieu des futaies, des taillis, des bois, en y exerçant les nombreuses formes de l'industrie forestière. Malheureusement ils sont exposés aux intempéries de l'air, à l'humidité et aux miasmes de la forêt. De plus, ils jouissent ordinairement de conditions hygiéniques fort défectueuses et ils sont exposés aux nombreux accidents du traumatisme inhérent à la profession forestière.

Si la forêt a son côté utilitaire et poétique, elle a aussi d'affreux revers. Elle nourrit certainement beaucoup moins d'hommes que d'animaux dont tous ne sont pas des fuliivores innocents ou des oiseaux chanteurs. A l'ombre épaisse de ses broussailles vierges des pas de l'homme, elle recèle des hôtes dangereux qui se nomment le tigre ou le reptile, sans compter la foule immense d'autres animaux carnivores ou venimeux nuisibles à l'homme. C'est par centaines de mille qu'il faut annuellement compter les victimes humaines de ces bêles qui bondissent, qui rugissent ou rampent dans la forêt.

Les arbres mêmes de la forêt, dans certaines conditions de végétation, d'humidité et de terrain, deviennent nuisibles à l'homme. La forêt vierge des grands continents renferme dans ses entrailles des effluves mortels. LeTéraï du pied de l'Himalaya empoisonne trop souvent les séjours délicieux des Européens dans les contre-forts de ces montagnes, et les jungles des deltas des fleuves sont des labora' toires de maladies et de mort pour les voyageurs qui s'y hasardent. Le miasme de la malaria y semble tellement concentré qu'il sulht d'une dose minime ou d'un effet passager de son poison pour corrompre le sang de l'homme. L'immense lisière de forêts de palétuviers qui servent de bordure aux mers et aux estuaires des océans intertropicaux est devenue tristement célèbre par son insalubrité, à tel point qu'elle est presque partout synonyme de paludisme. Rien d'ailleurs n'est aussi meurtrier pour l'homme que ces forêts marécageuses, ces savanes tremblantes des Guyanes et de l'Amazone, sorte de mélange intime des arbres et des boues paludiques, du conflit prolongé desquels se dégagent des effluves lélhifères.

Quelquefois la crédulité populaire a accusé certains arbres des forêts tropicales de receler jusque dans leurs ombrages funestes des germes de mort rapide. On connaît à ce sujet la légende du mancenillier. Mais, si les mancenilliers et d'autres arbres à sucs corrosifs ont pu produire des accidents graves dont l'origine a paru mystérieuse, c'est lorsqu'ils sont inondés de pluie et de rosée. Alors leurs feuilles laissent dégoutter des liquides caustiques dont les propriétés délétères bien connues ont été mises sur le compte des effets de l'ombre même du redoutable végétal.

Les affections typhiques ne seraient pas inconnues aux rai'es et faméliques peuplades des forêts désertiques (Thorel), et nous n'avons pas à rappeler les maladies déjà signalées chez l'habitant du désert, qui sont les mêmes que celles des pouplations sylvaines (voy. Géogr. médicale).

Cependant la forêt européenne et asiatique des régions civilisées jouit de la réputation qui s'attache aux lieux que leurs propriétés bienfaisantes ont fait nommer des sana^ori'a. C'est surtout au milieu des ardeurs des brûlantes saisons

que les faibles et les convalescents viennent respirer les délicieuses haleines de ces ombrages demeure's impénétrables aux flèches du soleil. Là les valétudinaires trouvent d'excellentes conditions d'invigqration : solitude poétique, douces impri'jsions morales qui reposent l'esprit et le corps, souffles rafraîchis, pleins d'oxye^ène vivifiant ou d'ozone exhalé par les poumons foliacés de la forêt, parfums des essences forestières où dominent, dans les pays du nord, les arômes résineux, sans compter la splendeur pittoresque du paysage et les murmures harmonieux des bois. Etjuvat undantem huxo spectare Cytorum .. 0 qui me gelidis in valUhus Hœmi... Déjà la cure de certaines débilités a cherché à utiliser cette atmosphère vivifiante des forêts, surtout quand celles-ci composées d'essences résineuses occupent des terrains sablonneux secs et un peu élevés d'où l'on peut jouira la fois du souffle vigoureux et du spectacle changeant de la mer en même temps que de la vue de ces horizons qui semblent du côté de la terre choisis pour la récréation des yeux.

Il n'est pas douteux que l'ensemble de ces conditions ou même de quelquesunes n'exerce une salutaire influence sur le physique et sur le moral des valétudinaires, surtout des victimes du travail sédentaire ou des excès de l'existence corrompue des cités. Les femmes, les enfants, les personnes affaiblies par l'âge, y trouveront un précieux asile contre les causes de débilitation et une .source de forces dans la respiration des souffles vierges de la forêt. Quand enfin le séjour des forêts aura été transporté sur le flanc des montagnes, ce qui arrivera probablement, si la sylviculture entre jamais dans la voie du progrès, alors les stations des lieux élevés offriront aux malades et aux curieux de la nature le double avantage de la vie dans les bois et dans les monts. C'est une large direction que tend à prendre de plus en plus l'hygiène des voyages si répandue de nos jours. On a surtout voulu pousser vers les hauts plateaux et les montagnes la catégorie des affections chroniques de la poitrine, durant la saison d'hiver. C'est là une tentative bien hardie et il est douteux qu'elle réussisse. Car nous n'avons entendu parler ici que des stations exclusivement estivales dans,les bois et dans les forêts, des lieux élevés ou des plages marines ; car nous estimerions comme fort dangereuses l'humidité excessive des arbres et les vicissitudes sans nombre du milieu climatologique pendant les autres saisons.

En résumé la forêt occupe une place importante dans la nature, dans le commerce, dans l'agriculture, dans l'hygiène. Elle crée de toutes pièces, ameublit et améliore le sol : elle égalise et réi^ularise la température et le cours des eaux, elle est notre meilleure sauvegarde contre les inondations ; elle assainit à la fois la terre et l'atmosphère; elle récrée le moral, restaure le physique de l'homme ; elle lui fait goûter les beautés de la nature par les splendeurs de la végétation. Yoilà bien des titres à la protection contre les sévices auxquels elle est en butte. C'est aux populations, mais surtout aux gouvernements, à aviser. Caveant consules. Maiié.

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DEBOURREURS. 115

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DE BOtIRGKS. VoiJ. BoURGES.

DÉBOflRREiiRS (Hygiène INDUSTRIELLE). Sous le iioiTi (le bouvre il faut entendre les de'chets de toute nature qui résultent du travail de la oaatière textile : coton ou laine. Dans ce]travail, le débourrage consiste à débarrasser les dents des cardes de la bourre ou des diverses ordures qui s'y ramassent [)endant le cardao^e. Le débourrage se fait à la main ou par des machines. Dans le cardage mécanique, on donne le nom de cylindres débourreurs à des cylindres garnis de dents qui tournent de façon que ces dents attaquent à revers les dents des cylindres dits fournisseurs ou travailleurs et ramèiient sur le taïubour principal de la machine à carder: les étoupes, les lames et les cotons.

Vouvrier débourreur est celui qui débarrasse les chapeaux des machines à carder de toutes les impuretés que la matière textile y laisse. Cette opération, qu i consiste à dégarnir les dents de ces chapeaux de tout ce qui reste accroché après elles, a toujours été regardée comme une des opérations les plus nuisibles dans le cardage du coton ou de la laine, à cause de la fatigue qu'elle entraîne et de la nature des poussières à l'inhalation desquelles elle expose les ouvriers. Ces poussières sont en effet composées des particules les plus rudes et les plus grossières de la matière textile.

Quand on se sert de cardes à la main, le déboiirrage des plateaux de bois munis de dents qui servent de peignes est la partie du travail qui, ù bon droit, est la plus redoutée.

C'est à l'ouvrier débourreur de coton qu'il faut rapporter la plus grande part des inconvénients graves auxquels sont exposés les cardeurs en général ; inconvénients qui ont été signalés aux articles Cardage et MA^•UFACTDRES de ce Dictionnaire. On a fait longtemps des tentatives infructueuses pour épargner aux ouvriers les fatigues du débourrage et établir de bonnes débourreuses mécaniques. On est arrivé à peu près aux résultats que l'on cherchait par l'emploi de a débourreuse Dennery qui, soulevant les chapeaux à cardes, passe en-dessous, en arrache la bourre, la roule et l'emmène au dehors.

IIG DEBOUT.

Mais la condition, toujours indispensable à remplir, sans laquelle il ne saurait en résulter des avantages bien marques pour les ouvriers, consiste à envelopper les mécanismes dans des caisses où l'on exerce une ventilation énergique entraînant au dehors les poussières qui se dégagent.

Le débourrage des cardes n'est cependant pas l'opération la plus nuisible de toute la série de celles qui constituent le cardage ou peignage de la matière textile. Il en est une, connexe au travail du cardage, et qui est le plus souvent exécutée par l'ouvrier débourreur : c'est Y aiguisage des cardes. Cette opération présente à un très haut degré tous les dangers de l'aiguisage dont il a été parlé à l'article Aiguiseurs de ce Diclionnaire. C'est là un point qu'il ne faut pas perdre de vue dans le bilan de la morbidité des ouvriers filateurs. La phlhisie dvec ulcération pulmonaire et crachements de sang se remarque surtout chez les (ïébourreurs; la bronchorrhée appelée phtliisie cotonneuse par certains observateurs est au contraire l'affection la plus communément observée chez les autres catégories d'ouvriers.

Quant aux inconvénients ordinaires produits par les poussières : éruptions cutanées, blépharites, etc., qui ont déjà été signalés aux articles indiqués, ils sont très-comnmns chez les ouvriers cardeurs et débourreurs. A. Layet.

Bibliographie. — Voir celle des articles ; Machines et Manufactures. A. L.

DEBOiJT (Emile). Ce nom pourrait être inscrit sur le livre d'or du journalisme français, dans lequel Emile Debout tient un des premiers rangs. Entré en effet, en 1847, à la rédaction du Bulletin de thérapeutique, avec Miquel qui l'avait créé, il se trouva bientôt seul à supporter le poids de l'entreprise. « Dès lors il s'y consacra tout entier et y apporta cette ardeur infatigable, cet enthousiasme toujours juvénile et cette loyauté de caractère qui ont su lui concilier l'estime générale. Depuis cette époque, le nom de Debout se trouve mêlé à tous les progrès de la thérapeutique, à toutes les découvertes qui ont été faites dans cette science. Les lecteurs du Bulletin savent quelle part active il a prise aux travaux de ce recueil ; mais ce ne sont pas ses seuls titres scientifiques. Incapable, vu l'état de sa santé, de se prêter aux exigences de la clienlèle, il s'était donné tout entier au travail. Sa vie se passait dans son cabinet, et les quelques loisirs que lui laissait la rédaction de ce journal, il les consacrait à de laborieuses et utiles recherches qui se trouvent consignées dans les Mémoires de V Académie royale de médecine de Belgique, dans les Mémoires de la Société de chirurgie. D'une grande bonté, éminemment serviable, d'une austérité de principes et en même temps d'une aménité de caractère remarquables, il est mort sans qu'on lui connaisse un seul ennemi... » Tous ceux qui ont connu Emile Debout reconnaissent la vérité de cet éloge écrit par Bricheteau, son successeur dans la rédaction en chef du Bulletin de thérapeutique.

Emile Debout était né à Louvain (Belgique), en 1811, d'un père qui était ingénieur en chef des ponts et chaussées. Élève de A.-L. Morat, chirurgien en chef de l'hospice de Bicètre, il fit d'excellentes études, et fut reçu docteur en médecine à Paris, le 2 août 1837. C'est alors qu'il se mit à travailler pour divers yecueils périodiques, dans lesquels il déploya une sûreté de jugement rare jointe à de profondes connaissances acquises par le travail. Il est mort le 23 janvier 1865, et avait été médecin honoraire du dispensaire, président de la Société de médecine, membre de la Société de chirurgie, correspondant des Académies

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royales de médecine de Belgique et de Turin, chevalier de la Légion d'iionneur, etc., etc. Les ouvrages qu'il a laissés portent les titres suivants

I. Quelques considérations générales sur la structure de l'œuf des animaux rertébrcs. Thèse de Paris, 2 août 1857, in-4°. — II. De l'état de la titérapeutique concernant le traitement des vices de conformation congénitale. Paris, 1858, in-8» (en collaboration avec Goyraud, etc.). — III. Recueil de mémoires sur la chirurgie restauratrice. Paris, 1805, in-8°. — IV. Coup d'œil sur tes vices de conformation produits par l'arrêt du développement des membres et sur les ressources mécaniques offertes par la prothèse pour rétablir leurs fondions. Paris, 1864, 10-4°. — V. Coup d'œil sur la râleur de l'électricité dans le traitement des paralysies, du torticolis el de l'alropliie musculaire progressive. Paris, 1855, in-S" (en collaboration avec Duchenne de Boulogne). — VI. Esquisse de la plirénologie et de ses applications exposées aux gens du monde. Paris, 184-, in-12. — VII. Recueil des plane lies pour faciliter l'étude de la pratique des accouchements, accompagné d un texte explicatif. Trad. de l'anglais de Smellie, et mis à la hautenr de la science actuelle. Paris, 1836, in-fol. — VIII. Quelques considérations sur la paralysie traumalique localisée. In Mém. de la Soc. de chirurgie, in-4°, t. Il, 1853, p. 315. — IX. Mémoire sur les hernies ombilicales congénitales. In Mémoires de l'Acad. royale de Belgique, savants étrangers, in-4°, t. V, 1860-1865, p. 27-58. A. C.

DEBREYIVE (Pierre-Jeak-Corneille). Médecin français, né le 7 novembre 1786 à Quaedypre, près de Dunkerque, tit ses études à Paris et prit le bonnet i\(i docteur en 1814. Il accepta peu après la charge de médecin du couvent de la Trappe, près Mortagne, dans le département de l'Orne. « Vivant au n)ilieu d'une colonie de solitaires taciturnes dont la santé lui est commise, il trouve dans sa clientèle obligatoire, constamment régulière et obéissante, tous le? avantages de concentration et de docilité d'un hôpital de grande ville. Exerçant là sans auxiliaire, il est à la fois médecin, chirurgien et pharmacien, réunissant ainsi, comme les médecins de l'antiquité, tous les moyens de connaître les secrets de l'art de guérir ». Debreyne mourut à la Trappe en octobre 1867. On a de lui :

I. Essai sur la catalepsie. Thèse de Paris, 1814, in-4°. — II. Considérations philosophiques, morales et religieuses, sur le matérialisme moderne, l'âme des bêles, la plirénologie, le suicide, le duel et le magnétisme animal; Paris, 1839, in-S". 3" édition, ibid. ; augmentée, 1844. — III. Thérapeutique appliquée aux traitements de la plupart des maladies chroniques; 1840, in-S» ; 4' édition, 1850, in -8". — IV. Traité de Physiologie orthodoxe, à l'usage des séminaires ; 1842. — V. Essai sur la théologie morale dans ses rapports avec la physiologie et la médecine, ouvrage spécialement destiné au clergé ; 1843, in-8°; nouv. édit., augmentée, 1844, in-8°. — VI. Précis sur la physiologie humaine pour servir d'introduction aux études de la philosophie et de la théologie morale, suivi d'un abrégé d'hygiène, ouvrage destiné au clergé, spécialement aux séminaires ; 1844, in-8°. Ibid., 2° édif., 1844, in-8°. — VII. Théorie biblique de la Cosmogonie et de la Géologie; Paris, 1847. — Vin. Essai analytique et synthétique de la doctrine des cléments morbides (selon la doctrine de l'école de Montpellier); Paris, 1849. — IX. Des vertus thérapeutiques de la bclladone ; Paris, 1851, ouvrage qui a obtenu en Belgique une médaille académique.

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