SEMENCES
Malaïc de daturiiie avec un peu de sucre incrislallisable 1,80
Huile fixe et cliloropliylle. 16,05
Ciie 1,40
Ri'sino insoluble danb l'éther .... 9,90
Extractir 0,60
Extr,)clif gommeux 6,0.)
Gomme, liassorine et sels 11,50
Albumine et pliytocolle 6,45
Glutenfiie 5,50
Malate de daturiue, potasse, chaux et
acétaie de potasse 0,60
Ligneux sô^âa
f'silc 1,95
On peut extraire du D. stramonium une huile empyreumatique qui ressemble à du goudron et se rapproche de l'huile empyreumatique de digitale; elle est sans application.
J'en dirai tout autant d'une substance neutre crislallisable, la stramonine, découverte par H. Trommsdorff dans l'extrait alcoolique de Datura stramonium.
I. EEFETS PHYSIOLOGIQUES. Végétaux. Macaire {Phys. véget., de De Candolle) rapporte qu'un rameau de Datura immergé dans une solution 'd'extrait de siramouie est tué en peu de temps.
• Anijiacx. Ou peut dire d'une façon générale que les animaux, les herbivores particulièrement, supportent beaucoup mieux que l'homme les préparations de
DATUKA (emploi médical). 5
Datura. C'est ainsi qu'il ne faut pas moins de deux livres et demie de semences pour tuer un cheval, et encore l'animal ne meurt-il pas sur le coup; dans le cas de Yiborg, la mort n'est survenue qu'au bout de cinquante-deux heures {Wibmer's Wirk. d. Arzneien u. Gifte, Bd. II, s. 292). Cinq onces de suc frais administrées à ce même animal l'alfectent à peine ; elles ne lui donnent qu'un peu d'assoupissement et le font bâiller assez rréqnemmcnl (Moiroud, Pharm. vét., p. 550).
Deux hypothèses pourraient être mises en avant pour expliquer cette immunité. Ou bien les herbivores absorbent lentement le poison, dissimulé au milieu de la masse sou\eiit énorme des aliments qui remplissent leur tube digestif, de façon que la quantité de poison circulant avec le sang n'est jamais bien grande ; ou bien ils éliminent activement le principe actif du Datura, la daturine, ce qui les préserve de l'action toxique de l'alcaloïde. Il serait puéril d'admettre ou d'invoquer une idiosyncrasie particulière aux herbivores, en vertu de laquelle ces animaux seraient préservés de l'action vénéneuse du Datura.
Les chiens sont plus facilement tués par le Datura. Orfda, dans son Trailc' de toxicologie, rapporte quelques-unes de ses expériences sur ces animaux, qui sont assez démonstratives. Je me borne à résumer ici l'une d'entre elles, plus particulièrement intéressante.
On introduit dans le tissu cellulaire de la cuisse 8 gramaies d'extrait dissous dans l'eau. Au bout d'une demi-heure le chien pousse des cris plaintifs, s'agite beaucoup et cherche à s'échapper; ses pupilles sont dilatées et son cœur bat fréquemment, mais régulièrement. Au bout de quatre heures, on constate l'affaiblissement des membres postérieurs, une démarche lente, incertaine; la tète est très-fortement inclinée vers le sol, et l'animal a des vertiges et pousse souvent des cris. La mort arrive six heures et un quart après l'empoisonnement. Orfila a pu tuer un chien en quatre minutes par une injection de l8%60 d'extrait de Datura dans la jugulaire. L'animal s'est roidi, a poussé un cri et est tombé immédiatement sans connaissance.
A l'aulopsie des animaux tués par la stramoine, l'habile médecin légiste n'a pas trouvé de lésions bien caractéristiques : la muqueuse stomacale est rouge, quelque peu ecchymosée dans les cas d'introduction du poison par l'estomac, mais il n'y a aucune lésion du côté de l'intestin. Chez tous les chiens morts au bout de quelques heures, on a trouvé les poumons plus ou moins gorgés de sang, les vaisseaux du cerveau injectés et distendus, le cœur plein de sang fluide et noir ou de caillots mous.
Nous compléterons ces renseignements quand nous parlerons de la Daturine.
A dose faible, le Datura est plutôt utile que nuisible aux animaux qui l'ingèrent. En effet, au dire de Ferd. Hoefer (Dict. de botanique pratique, Paris, 1850), dans plusieurs contrées de l'Europe, en Champagne surtout [Encyclop. méthodique, botanique; 1806, t. VII), il est d'usage, pour faciliter l'engraissement des cochons, de mélanger à leur ration élémentaire plein un dé à coudre de semences de stramoine. L'appétit de ces animaux augmente, leur sommeil dure plus longtemps et, dans ces conditions, leur embonpoint devient rapidement considérable. Il paraîtrait que certains maquignons usent du même moyen pour donner meilleure apparence aux chevaux qu'ils veulent vendre. Les feuilles ou les autres parties de la plante produisent un résultat analogue.
Effets chez l'homme. Parlons d'abord des effets toxiques, ce sont les plus anciennement connus et ils ont été, ainsi que nous le savons, maintes fois
6 DATURA (emploi médical).
observés depuis bien des siècles, soit dans les empoisonnements provoqués, soit dans les empoisonnements accidentels : ainsi, d'ailleurs, nous resterons dans l'ordre bistorique. Ces effets toxiques se produisent chez l'adulte avec des doses d'extrait de Oe%/iO à 2-5 grammes (mortels pour celte dernière dose), de 5 à 60 grammes de planle en infusion, de 50 à 100 semences (mortels pour les doses extrêmes).
Christophe Acosta, qui écrivait à la fin du seizième siècle, et nous a transmis une histoire des drogues et médicaments employés dans l'Inde à l'époque où il habitait ce pays, s'exprime ainsi à propos du Datura (traduction française d'Antoine Colin, Lyon, 1602) : « Les femmes qui se gouvernent mal ont pris cette mauvaise coutume de faire prendre, dans du vin ou autre matière qui leur, agrée le plus, demi-drachme de sa semence mise en poudre ; le misérable qui l'a avalée demeure longtemps comme forcené, riant, ou pleurant, ou dormant, et parfois devisant avec un autre, et lui faisant réponse, de sorte qu'il semble admis qu'il soit parfois en son bon sens, encore bien que cela ne soit et qu'il ne reconnaisse que celui avec lequel il parle, et ne se souvient aucunement de son discours, quand il est revenu à soi. Il y en a de si coutumières à donner ce médicament et le savent si bien mixtionner qu'elles ôlerout les sens jusqu'à
certaines heures : plus ou moins suivant qu'il leur plaît
« Je n'ai jamais vu personne qui soit mort pour en avoir pris, bien que j'en aie vu quelques-uns qui couraient les rues durant quelques jours, ce qui possible leur était advenu pour leur en avoir donné grande quantité : laquelle si elle est par trop excessive, elle tue celui qui la prend ».
Eh bien, ce récit assez imagé donne une idée parfaitement exacte des principaux accidents que l'on observe dans l'empoisonnement daturique.
Nous allons voir par quelques exemples résumés des observateurs modernes quels effets étranges ou terribles produit cette plante perfidement employée par les sorciers, les courtisanes, etc.
Voici, par exemple, l'analyse d'un fait rapporté par un de nos jeunes confrères, le docteur Lucien Lantier, victime, dans son adolescence, des effets toxiques de la stramoine, et qui offre par cela même un intérêt scientifique marqué, grâce à la précision des observalions. M. Lantier, étant âgé de quatorze ans, eut la mauvaise idée, un jour qu'il se promenait dans la campagne, de goùler les graines du Datura. Leur trouvant une saveur agréable, il en avala un certain nombre, qu'il évalue à celui que peut renfermer une pomme épineuse. Ceci se passait vers quatre heures du soir. Au bout d'une demi-heure, il se sent une ivresse particulière, avec bien-être, excitation intellectuelle, besoin de mouvement, gorge sèche, bouche empâtée, troubles de la vue empêchant la lecture d'un livre, par suite d'une dilatation pupillaire excessive. A sept heures du soir, c'est-à-dire trois heures après l'ingestion du poison, commencent les hallucinations de la vue. Le malade, à table, aperçoit des toiles d'ai'aignée sur son pain; on lui verse à boire, le vin se répand à flots du verre sur la table, etc. Bientôt l'intelligence d'abord surexcitée s'affaiblit. A peine couché, il voit par les fenêtres des tourbillons de flamme ; des hommes à l'aspect sinistre marchent vers lui. Saisi de frayeur, il s'échappe de son lit, appelle à son secours, et va se cacher dans un coin obscur. On le recouche. A peine est-il dans son lit depuis quelques minutes, qu'il a les mêmes visions étranges et d'autres encore du même ordre. II entend des voix menaçantes. Aussi bien cherche-t-il à fuir ces apparitions terrifiantes. Pendant douze heures, ces hallucinations le poursui-
DATURA (emplo[ médical). 7
virent avec de courts intervalles de répit. Puis l'intelligence revint et, sauf un léger trouble de la vue, caractérisé par l'impossibilité d'y voir de près, la guérison était complète, vingt-quatre heures après le début de l'empoisonnement. M. Lantier avait parfaitement gardé le souvenir de toutes les péripéties de son empoisonnement. '
L'observation dont on va lire maintenant le résumé a été donnée par Duffin, qui a eu la douleur de perdre sa propre fille, âgée de deux ans et trois mois, empoisonnée par le Datura.
L'enfant avait ingéré sans qu'on s'en aperçût une centaine de graines. Bientôt elle devint irritable, se plaignit de démangeaisons sur tout le corps et se comporta comme une personne ivre. Puis la face devint rouge ainsi que les yeux, les mouvements ne furent plus coordonnés; expression maniaque, efforts de vomissements, paroles incohérentes et rapides, inintelligibles, cris, efforls pour atteindre des objets imaginaires autour d'elle, dans l'air, ou mieux pour les frapper (probablement il s'agissait de visions terrifiantes), et ensuite efforts pour se soustraire à leur vue. Puis délire furieux ; l'enfant cherche à pincer, à mordre les personnes qui l'entourent ; pupilles énormes.
Au bout de deux heures et demie l'enfant n'a plus de voix, elle ne peut plus avaler; toux sonore, spasmes du larynx, intelligence perdue, insensibilité, mouvements volontaires abolis, convulsions cloniques des membres, alternant avec des spasmes Ioniques.
La peau est chaude et couverte de sueur sur le tronc ; face rouge, pouls extrêmement petit, mais de fréquence normale, extrémités inférieures froides.
Pendant trois heures l'enfant fut en proie à ces accidents terribles, et alors elle tomba dans le coma pendant deux Jieures. A la suite les convulsions reparurent dans les membres, par accès. On voyait surtout aux mains et aux avantbras des mouvements spasmodiques rapides et vibratoires tout à fait particuliers, caractéristiques de cet empoisonnement.
Bientôt la dysphagie s'accentua, la respiration devint stertoreuse et fréquente {140 par minute), le pouls battit 200 fois par minute, le ventre se ballonna, l'enfant retrouva du calme par épuisement et elle succomba vingt-quatre heures, juste, après l'ingestion du Datura.
Les observations qu'on vient de lire nous montrent dans leur ensemble les principaux symptômes de l'empoisonnement par la pomme épineuse. Il nous faut maintenant étudier l'action du poison sur les principales fonctions de l'organisme et sur les organes qu'il affecte.
a. Appareil digestif. Parmi les symptômes les plus précoces et constants du daturisme toxique causé par les hautes doses de poison, je citerai la soif, la sécheresse de bouche et de gorge, la dysphagie, les nausées, et l'état rouge et luisant de la muqueuse buccale. Moins souvent on a noté un peu de hoquet, de diarrhée, survenant tardivement, du météorisme, du gonflement de la langue, de l'aversion pour les liquides, des coliques, des vomissements, de la chaleur a l'estomac, quoique ces accidents ne soient pas rares.
b. Système nerveux. Très-rapidement les centres nerveux sont frappée pai le poison. Parfois, moins d'un quart d'heure après l'ingestion du Datura, on voit survenir les troubles nerveux caractéristiques. Rien de variable comme ces troubles, et l'on peut dire que, à part un certain nombre de symptômes communs à toutes les intoxications et constants pour ainsi dire, les effets difièrent suivant le^S'ijets. Chaque patient a son déiire qui lui est propre, et vraisembla-
s DATURA {emploi médical).
blement en rapport avec sa profession, son caractère, ses habitudes, le milieu dans lequel il vit, les circonstances qui ont précédé l'einpoisonnenient, etc. Nous verrons cependant qu'à peu près tous ont des hnllucinations ttrrifiantes dont la nature varie avec les conditions que je viens d'énumérer.
Voici toutefois les accidents le plus souvent observés. Peu de temps donc après avoir pris le Mura, le sujet se sent las, brisé, et il éprouve le besoin de se coucher; parfois il tombe, ses jambes refusant de le porter. Ainsi, dans un cas d'empoisonnement accidentel du mari et de la femme, cité par Devergie, le premier voulant aller chercher du secours ne peut descendre son escalier qu en se laissant glisser assis sur les marches; arrivé au bas de l'escalier, il tombe sans pouvoir se relever. Dans un cas rapporté par Espinousse (1874), lo malade se sentait comme cloué au lit sans pouvoir en bouger; rassemblant, néanmoins, ses forces, il finit par se lever, mais aussitôt il sent la terre manquer sous lui, et il s'affaisse sans plus pouvoir se remettre sur ses jambes. Des faits analogues ont été indiqués par les médecins qui pratiquent aux Indes, dans ce pays oii il y a si souvent des empoisonnements criminels par le Datura. Des malheureux sentant les effets du poison et voulant échapper à leurs assassins vont tomber à quelques mètres du lieu où le funeste breuvage leur a été offert.
Dans d'autres circonstances plus rares, et ceci est sans doute en rapport avec une dose moins élevée de poison, les individus empoisonnés se sentent plus alertes, éprouvent le besoin de courir, de se déplacer, et se livrent h des courses désordonnées, ou se mettent à danser follement. (( Dans le délire des solanées, dit Lasègue, l'individu va et vient et on ne peut jamais le contenir ».
En même temps que ces désordres se développent des vertiges; il semble que tout tourne autour de l'infortuné, qui est comme ivre.
Peu après surviennent les hallucinations, le délire, les accès maniaques. Ici les manifestations sont multiformes.
Les hallucinations sont à peu près constantes et citées dans tous les cas d'empoisonnements graves. Presque toujours elles portent sur la vue ou l'ouïe. Les malades aperçoivent des flammes rouges, des lueurs d'incendie, des êtres fantastiques, des sujets effrayants; ils se voient environnés d'objets de toute sorte, d'êtres bizarres et de toute espèce, prêts à les attaquer, à fondre sur eux, et qu'ils s'efforcent de repousser. Ou bien ce sont des hallucinations de l'ouïe, des bruits de voix, des sons de toute nature frappent leurs oreilles et ajoutent à leurs terreurs. On comprend facilement leurs gesticulations, les efforts désordonnés auxquels ils se livrent pour échapper à ces dangers imaginaires ou pour éloigner d'eux mille causes de dégoût ou d'horreur.
Quelques-uns sont pris alors de délire furieux, de véritables accès maniaques, durant lesquels ils cherchent à lutter avec les personnes qui les entourent, criant, vociférant, prononçant des paroles sans suite, tout à fait incohérentes, ne reconnaissant plus personne, ayant le faciès farouche et vultueux, le regard égaré ou fixe. On a vu des enfants essayer de mordre leurs parents ou ceux qui s'approchaient d'eux (Duffin, Sobo), s'élancer avec fureur vers des objets imaginaires, arracher leurs vêtements et leurs couvertures.
Dans quelques cas les effets sont moins violents. Il y a bien du délire, mais il est gai plutôt que triste. Les malades sont pris de rires étranges, de gaieté folle ; ils sont loquaces, extravagants, chantent, dansent, déclament, ont un langage incohérent. Certains ont des visions agréables, des jouissances comparables, dit-on, à celles des fumeurs d'opium. Nous rappellerons encore ici que les
UATURA (emploi médical). 9
sorciers et sorcières donnaient du Datura à ceux qui leur demandaient de les faire assister au sabbat, après avoir préparé sans doute leur esprit foible à ce triste voyage par des discours appropries. On rapporte encore que les Orientaux prennent qu( Iquef'ois du Datura pour se procurer une ivresse agréable, un délire gai, fantastique, des songes agréables : d'où le nom de Burlado (facétieux), donné au Datura par les Portugais qui habitent l'Inde. « L'infusion des semences dans le vin ou dans quelque autre liqueur passe pour produire facilement l'ivresse et la somnolence. C'est un des moyens qu'emploient les Orientaux pour se procurer cette ivresse voisine du délire qui fait leurs délices, comme si la raison était pour l'homme esclave de ces contrées un fardeau dont il cherche à se débarrasser, du moins pour quelques moments ; mais, si cette boisson perfide les berce ordinairement d'agréables songes, quelquefois elle leur inspire une aveugle fureur » {Dict.des sc.méd., t. LUI, p. 28).
En général le délire, les hallucinations, ne durent que quelques heures. Touteiois on a cité des cas où les ti'oubles intellectuels ont persisté plusieurs jours.
Franck de Frankenau {Éphém. nal. cur., déc. III, a. III, p. 502) a vu chez un malheureux qu'on avait empoisonné l'étal mani:ique durer dix-huit jours.
Apres le délire et la manie, dans rempoisonneincnt par la stramoine, il me l'aut citer encore divers troubles graves du système nerveux : ce sont les convulsions, la paralysie et l'état comateux.
I es convulsions sont de deux ordres : cloniques, ce sont les plus fréquentes, et toniques, ce sont les plus rares.
Les convulsions cloniqucb débutent assez souvent par un tremblement convulsif des membres et de la mâchoire, puis ceux-ci sont secoués pour ainsi dire par des mouvements violents, difficiles à maîtriser, par des spasmes vibratoires des mains et des avant-bras, qui durent quelques instants. Cazin a vu chez un enfant de vingt-trois mois la tête agitée d'un mouvement latéral vif et continuel. Deux mois après la guérison ce mouvement de latéralité persistait, il disparut entièrement.
Parfois c'est au cou, au tronc, que l'on voit les muscles se tendre et devenir rigides comme dans le tétanos, mais pour quelques instants seulement. La (lysphagie reconnaît pour cause la rigidité du pharynx.
La paralysie du mouvement, sans être commune, a été cependant quelquefois observée. Swaine, par exemple, a rapporté l'observation d'un sujet qiii, après avoir ingéré la décoction de trois capsules de Datura, fut paralysé de tout le corps. Il guérit {Essays and Observ. Phys. and Litt., vol. II, p. 247). Et Duguid, d'Edimbourg, cite mr fait analogue. Orfila, également, a vu chez une malade l'hémiplégie survenir, mais passagère. Enfin on a constaté encore la paralysie des paupières.
Quant au coma, il succède d'ordinaire au délire et à l'état convulsif, ou il alterne avec eux. Il n'indique pas que la terminaison doive être fatale, mais on le voit toujours se produire au moment de la mort. 11 est précédé de somnolence, mais jamais de véritable sommeil. A haute dose, en effet, le Datura stramonium n'est pas hypnotique : s'il fait dormir, c'est en causant de l'épuisement.
Ai-je besoin de dire, d'après ce qui précède, que V intelligence est fortement ébranlée ou bien anéantie dans le daturisme? Si, dans la première période de l'empoisonnement, on voit les patients conserver une certaine lucidité d'esprit qui
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frise l'excitation cérébrale, par contre, dans la dernière, la raison lait complétenient défaut. Quand les malades guérissent, rarement ils se souviennent des péripéties graves par lesquelles ils ont passé. Quelques-uns croient avoir été en proie a un horrible cauchemar; d'autres ont absolument oublié. Cependant, quand les doses n'ont pas été trop fortes, la mémoire peut rester intacte et les patients racontent, dès qu'ils ne sont plus sous l'influence du poison, tous les effets qu'ils en ont éprouvés. Les mangeurs de Datura sont particulièrement dans ce cas; ils n'ont que trop le souvenir de ces effets, puisqu'ils recherchent les jouissances artificielles de l'empoisonnement par la slramoine.
La sensibilité cutanée est certainement modifiée dans le daturisme grave. Nous avons vu signaler dans les observations, assez fréquemment, un degré d'anesthésie plus ou moins considérable, parfois une insensibilité absolue (J. Mash.Duffin, Swaine, Turner). Ou bien les malades offrent de l'hypereslhésie. Orfila a constaté chez une femme qu'il soignait de l'exaltation de la sensibilité de l'abdomen. Notons enfin quelques phénomènes douloureux, tels que céphalalgie, épigastralgie, etc., peu communs, car, si le daturisme est pénible et grave, il n'expose pas les patients à des accidents douloureux.
c. Organes des sens. Le Datura possède une action en quelque sorte spécifique sur les yeux. D'autre part, il affecte encore l'ouïe et le goût.
Tous les sujets qui l'ont pris ont les pupilles démesurément larges ; c'est un fait tellement évident qu'il frappe les personnes les plus étrangères à la médecine. La mydriasc daturique n'a de comparable que celle que produisent la belladone et la jusquiame, ces deux solanées qui ont la plus grande analogie d'action avec la stramoine; quelques auteurs disent même identité. Outre la dilatation pupiilaire, phénomène précoce, on constate encore du côté des yeux, souvent vifs et brillants, ou moines et hagards, très-mobiles (Schlesier), de l'injection plus ou moins marquée, avec saillie du globe oculaire. L'iris est généralement complètement immobile et ne se contracte pas, même sous l'influence d'une lumière vive. La vue est naturellement affaiblie, soit parce que l'accommodation ne s'exécute plus, soit en raison d'une parésie ou d'une paralysie plus ou moins complète de la rétine. Je rappelle ici les hallucinations de la vue sur lesquelles j'ai insisté suffisamment. Mais sont-ce bien là d'ailleurs des troubles dus à l'action du Datura sur les yeux? Je ne le crois pas. Taylor veut que sous l'influence de cette solanée les objets à distance soient vus plus rapprochés et les objets rapprochés soient vus grossis. D'où la facilité des illusions d'optique. Ce raisonnement me paraît attaquable, et je crois plus sage d'admettre que les hallucinations sensorielles résultent de l'ébranlement cérébral plutôt que des modifications survenues du côté des yeux. N'a- t-on pas vu ces hallucinations dans l'atropisme observé chez des aveugles? Certes, oui.
Les observations précises nous manquent sur les altérations des autres sens dans le daturisme. Nous connaissons les hallucinations de l'ouïe. Je les crois d'origine cérébrale. Orfila a constaté un peu d'affaissement de ce sens.
Le goi!it est à coup sîir modifié. La sécheresse de bouche si grande, l'hyperhémie de la muqueuse buccale, le gonflement delà langue, doivent rendre ce sens au moins très-obtus.
Je n'ai rien vu de précis à signaler sur les altérations de l'odorat et du toucher. A priori on peut croire qu'ils sont rendus moins actifs.
d. Circulation. Cette fonction est profondément modifiée chez les sujets empoisonnés par le Datura. Ce qui frappe le plus habituellement, dans les cas
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graves, c'est J'hypeiliéraie cutanée. La face est rouge, vultueuse, cramoisie; la peau du reste du corps est parfois d'une rougeur scarlatiniforme.
Ces effets pourraient à eux seuls nous faire prévoir une action vive sur l'appareil circulatoire. Le pouls nous renseigne également très-bieo sur ce point. Il est le plus souvent accéléré et petit au poignet, et l'on a vu les artères temporales battre avec force ; mais on l'a trouvé quelquefois plein et ralenti (Schlesier) ; c'est rare.
On peut dire, en somme, que le Datura à haute dose est un excitant de la tirculation.
e. Respiration. Comme la circulation, elle est le plus ordinairement accélérée. Bien des malades semblent respirer à grand'peiiie ; ils ont du stertor. Duffin a noté plus de 140 inspirations par minute, ce qui est un chiffre véritablement énorme.
f. Température. Elle n'a pas été relevée chez l'homme d'une façon exacte par les auteurs qui se sont occupés de la question du Datura, ou par les médecins qui ont assisté à des cas d'empoisonnement par cette plante. Dans les observations rapportées, que j'ai sous les yeux, il n'est fait mention que de peau chaude et extrémités froides. Il est à présumer que, s'il y a réellement élévation de la température au toucher, la cause doit en être rapportée à l'excitation maniaque. Dans leurs expériences, Demarquay, Duméril et Lecomte, ont vu les faibles doses de Datura élever légèrement la température et les doses élevées l'abaisser. Nous verrons, quand nous traiterons de la daturine, l'alcaloïde du Datura stramonium, qu'on a noté plutôt un abaissement de la température qu'une élévation dans les e>périeiices physiologiques pratiquées avec cet alcaloïde.
g. Sécrétions. La pomme é^iineuse ingérée à dose élevée produit presque fatalement une poussée sudorale. Quelques individus ont eu après son usage de la salivation, de la diurèse et de la diarrhée. Ce sont là les seules modifications secrétoires constatées dans les cas d'empoisonnement par celte drogue. La sudation pourrait être rapportée à l'excitation violente des malades, toutefois on l'a observée même dans les cas oii ils tombaient comme foudroyés par le poison, donc elle est bien le fait de ce dernier; d'ailleurs il s'agissait de sueurs froides.
La salivation est une rareté. Je la vois mentionnée dans l'observation de Sobo, et encore s'agissait-il ici d'une sahve épaisse, écumeuse, apparaissant entre les lèvres. Le Datura sèche au contraire fortement la bouche, comme nous le savons. La diurèse n'est guère mieux prouvée. On avu des sujets avoir la vessie distendue par l'urine. Soit, ceci prouverait plutôt la rétention par contraction du sphincter ou paralysie de la vessie que l'action diurétique.
Quant à la diarrhée, elle a été aussi très-rarement observée. Est-elle le résultat d'une hypercrinie, ou bien provient-elle d'une excitation des fibres musculaires de l'intestin? Telle est la question à résoudre.
h. Éruptions produites par le Datura. L'action sur la peau est souvent assez vive et se traduit par de l'hyperhémie, comme je l'ai dit déjà, et par le développement d'éruptions exanthématiques. On cite particulièrement l'érythème scarlatiniforme, assez fréquent, des pétéchies brillantes, dont quelques-unes avaient une forme étoilée (Meigs), de l'urticaire, voire des éruptions furonculeuses.
Marche, durée, terminaison. On peut distinguer dans l'empoisonnement par
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le Datura stramonium deux périodes principales : la première, caractérisée successivement par de la sécheresse de bouche, du malaise général, l'obtusioii des sens; l'excitation cérébrale, le délire, les hallucinations, l'état convulsif, l'accélération du pouls et de la respiration, l'hyperhémie cutanée et le coma; la seconde, dans laquelle nous voyons une sorte de sédation générale précéder la guérison ou lamorl, avec sommeil, somnolence ou léthargie. Quand le malade doit guérir, l'agitation cesse, le pouls et la respiration perdent de leur fréquence, les sécrétions taries reparaissent et un sommeil réparateur, assez souvent prolongé, lui permet de se remettre de la terrible secousse éprouvée.
An contraire, si la mort doit terminer la scène, on voit le coma devenir plus profond, la respiration s'embarrasser de plus en plus, être stertoreuse et finalement s'arrêter alors que le cœur continue de battre encore quelques instants.
La durée est assez variable. On a vu des malheureux succomber au bout de quelques heures, d'autres ont lutté vingt-quatre heures et ont fini par mourir. Ceux qui résistent, et les exemples sont nombreux de guérison complète, se rétablissent à peu près au bout de vingt-quatre heures, de quarante-huit heures ou plus, conservant seulement quelques troubles de la vue, de la faiblesse générale. Si, le plus ordinairement, l'intelligence est complètement recouvrée, il n'est pas rare, en revanche, de voir persister quelques jours une sorte d'état maniaque. Tel est le cas du malade de Franc, de Frankenau, dont la manie dura dix-huit jours {Ephem. nat. ciirios., déc. III, a 111, p. 302). La dilatation pupillaire s'efface aussi lentement; c'est le dernier symptôme qui persiste dans les cas ordinaires. Dans les cas graves, Cazin va jusqu'à dire que l'aliénation mentale, la paralysie des paupières, la faiblesse et le tremblement des extrémités inférieures, peuvent ne disparaître qu'après des mois et des années!! Je n'ai pas connaissance d'observations corroborant cette assertion.
Le pronostic de l'empoisonnement ne laisse pas que d'être grave. Brown, à Lahore, a vu 22 fois la mort sur 92 cas. Il s'agissait d'empoisonnements criminels, produits à l'aide du Datura fastuosa ou du D. alba, usités dans l'Inde, principalement chez les Thugs, ces bandits célèbres (Thevers), et autres assassins de profession.
La statistique du docteur Giraud est plus rassurante : sur 51 cas d'empoisonnement, 1 mort et 4 cas très-graves.
Anatomie pathologique. II n'existe pas dans l'intoxication par le Datura de lésions anatomiques caractéristiques, comme du reste dans tous les cas d'empoisonnement par les poisons végétaux. L'hyperhémie constitue la note dominante. On la trouve particulièrement du côté des centres nerveux et dans les organes de la respiration. Voici le résultat d'une autopsie rapportée par Taylor. Il s'agissait d'un empoisonneur qui se prit à son propre piège et mourut après avoir avalé le poison qu'il destinait à un autre.
Le cadavre avait été trouvé dans la campagne. Il était couvert de poussière, comme si le sujet avait roulé par terre. Les doigts des deux mains étaient fortement contractés. A l'ouverture du crâne on trouve une congestion veineuse trèsforte du cerveau et de ses membranes; un épanchement peu abondant de sérosité sanguinolente sous les membranes, principalement au niveau de l'hémisphère droit ; une collection de sang fluide à la base du crâne ; un pieté sanguin trèsmarqué à la coupe du cerveau; enfin les plexus choroïdes gorgés de sang. Mais le sujet avait roulé à terre, peut-être sur la tête.
Dans l'estomac se trouvaient des débris d'aliments ; des semences de Datura
DATURA (emhloi médical). 15
et de Solanum melonyena qui leur ressemblent. La muqueuse de l'organe était congestionnée, ecchyniosée, ainsi que celle de l'intestin.
Les poumons également étaient congestionnés {hidian Annals ofMed. Se, 1864).
Cliez un sujet autopsié par Allan, il y avait également de l'Iiyperhémie cérébrale et méningée, mais le cerveau était ferme. Les plexus choroïdes étaient turgides et les ventricules remplis de sérosité. Poumons congestionnés, cœur llaccide. L'estomac renfermait des aliments digérés en partie, et 89 semences de Datura stramonium ; sa muqueuse offrait deux ecchymoses, l'une à la grande courbure, l'autre au pylore. Dans l'intestin on trouva quelques fragments de graine ou des semences entières.
L'urine du sujet renfermait de la daturine que l'on put extraire et faire cristalliser. Les cristaux étaient polyédriques, pentaèdres au lieu d'êlrequadrangulaires comme dans la daturine extj-aite de la plante. Dissous dans l'eau, ils dilataient la pupille.
On conçoit toute l'importance de ce fait au point de vue médico-légal. Si d'ordinaire on est mis sur la voie du diagnostic par les symptômes observés pendant la vie, il n'en est pas moins vrai que la présence des graines dans les voies digestives et, à défaut de ce signe patliognomonique, la présence de la daturine dans l'urine, constituent des caractères d'une précision à peu près absolue.
Sanders, dans deux cas d'empoisonnement, a vu une congestion veineuse marquée de la bouche au larynx, et à la trachée jusqu'à la bifurcation des bronches. L'estomac renfermait les semences caractéristiques [Rev. des se. méd., de Hayem).
Dans ces faits, dans tous ceux que j'ai étudiés, on voit mentionner la congestion du cerveau et de ses enveloppes, celle de l'estomac, de l'intestin ; la rougeur du pharynx et du larynx, et l'hyperhémie pulmonaire.
Orfila, dans ses expériences sur les animaux, a observé des lésions du même ordre : congestion et ecchymoses de la muqueuse stomacale chez les chiens auxquels il faisait ingérer du Datura, congestion des poumons, souvent gorgés de sang noir, congestion du cerveau et de ses enveloppes. Le cœur renfermait tantôt du sang tluide et noir, tantôt des caillots mous noirâtres.
Effets du datura stramonium administré a doses faibles. 5 centigrammes d'extrait, 15 centigrammes de poudre donnés à un adulte n'affectent guère son organisme. C'est à peine si l'on remarque un peu de sécheresse débouche, une légère m ydriase et un appétit plus vif (Grediug). Si l'on augmente graduellement ces doses de manière à les doubler ou à les tripler, ce qui nous maintient toujours dans les limites thérapeutiques, les effets précédents sont un peu plus accusés et il s'y joint de la stimulation ou bien un peu de vertige, de la propension au sommeil, une diminution de la force musculaire, une légère anesthésie et un peu d'obtusion de la vue, des scintillements des yeux, de la dyplopie. Les objets semblent vaciller et les sujets se croient enveloppés d'un réseau de soie (Greding). En augmentant encore, atteignant, par exemple, 25 ou 30 centigrammes d'extrait, 2 ou 5 grammes de poudre, on peut provoquer des vertiges, du délire et des hallucinations. Les sujets ressentent de l'ardeur à la gorge, de la soif vive ; ils ont des nausées, des vomissements, de la perte d'appétit, des coliques avec diarrhée ou constipation. Leur pouls peut devenir accéléré, irrégulier. La face est congestionnée, les yeux sont brillants, un peu injectés ; l'intel-
14 DATURA (emploi médical).
ligence est excitée, troublée; les mouvements sont [)lus vifs ou bien les muscles ont un peu perdu de leur vigueur, puis il y a du prurit de la peau et des éruptions exanthématiques. Chez quelques sujets, céphalalgie forte, anxiété précordiale et malaise général. On a vu encore la propension aux jouissances vénériennes. Les Orientaux, en effet, font souvent entrer le Datura dans la préparation de leurs philtres amoureux. Il est manifestement prouvé aujourd'hui que cette plante peut avoir des effets aphrodisiaques, comme l'avaient observé depuis longtemps les Turcs et les Arabes (Faber). Gieding lui a vu ramener les règles supprimées depuis quatre mois. Notons encore qu'il excite la sueur et parfois la diurèse, fait bien connu depuis longtemps des Hindous; qu'il empêche de dormir assez souvent ou cause de la somnolence, donne des vertiges et un peu d'ivresse.
Tous ces effets soi)t peu marqués et disparaissent assez vite.
Mode d'action. Nous l'éludions avec quelques détails au paragraphe consacré à la daturine, le principe actif du Datura stramoniiim. Je me borne à dire quant à présent que la stramoine est un poison du système nerveux, qui trouble ou anéantit les fonctions de l'encéphale et de la moelle épinière. D'après les notions physiologiques que nous connaissons, ou peut dire qu'il agit principalement sur les hémisphères cérébraux, sur le bulbe rachidien, sur la moelle épinière et le grand sympathique, qu'il excite tout d'abord pour les paralyser ensuite plus ou moins complètement. Il est probable que l'action est directe, c'est-à-dire que le Datura influence la substance nerveuse elle-même, plutôt qu'indirecte, c'est-à-dire causée par des troubles vasculaires : oligaimie ou hyperhémie. En effet bien des poisons anémient ou congestionnent le cerveau, qui ne donnent pas lieu à un ensemble d'accidents comparables à celui que nous venons de décrire. Nous laissons à l'avenir le soin de décider sur ces délicates questions, aujourd'hui très-peu élucidées.
II. EMPLOI THÉRAPEUTIQUE. La stramoine est un remède puissant, l'un des plus remarquables de notre matière médicale. Non moins active que la belladone et la jusquiame auxquelles elle peut servir de succédané dans tous leurs usages médicaux, elle jouit encore de vertus propres qui la recommandent plus particulièrement dans certaines maladies nerveuses où ses deux congénères échouent.
Jusqu'à présent on ne la prescrit que d'une façon presque empirique, c'est pourquoi je me bornerai à exposer successivement dans un ordre un peu arbitraire ses applications médicales.
Usages à l'intérieur. A. Affecïions NERVEUSES. Le Datuva slramoniuïti a été prescrit dans l'aliénation mentale, les névroses convulsives, l'asthme et les névralgies.
Aliénation mentale. Les propriétés thérapeutiques de celte solanée ont été observées tout d'abord chez des aliénés. Storck, ai-je dit déjà, considérant que la pomme épineuse trouble la raison, pensa qu'elle modifiait sans doute le système nerveux central et qu'on pourrait mettre à profit cette action élective sur le cerveau pour rendre à l'organe malade son fonctionnement normal. 11 fit prendre à une jeune fille de douze ans, atteinte de manie et fort indocile, un demi-grain d'extrait de cette plante matin et soir. Pendant quatorze jours ce traitement n'amena aucune modification. A partir du quinzième jour l'humeur
DATURA (emploi médical). 15
devint plus facile ; on continua donc le remède et l'on n'eut qu'à s'applaudir de cette persévérance, car la malade guérit complètement au bout de quelques mois.
Une autre malade de Storck, démente, fut calmée également par le même remède; ses accès de fureur disparurent. Elle avait des hydatides du cerveau et ne pouvait guérir.
Enfin un épileptique atteint d'accès de manie guérit complètement, par le même extrait, et de sa manie et de son épilepsie.
Ces succès de Storck encouragèrent les médecins de son temps à combattre l'aliénation mentale par les préparations de stramoine. Un certain nombre de succès de cette métliodo furent publiés. Je citerai simplement les observations d'Odbelius, médecin de Stockholm : 1 cas de guérison d'une manie puerpérale ; de Durande : 2 cas de guérison sur 5; de Bergius, de Scliemalz, Ilagstrom, Reef, Meza et de Greding. Arrêlons-nous un instant sur celles de ce médecin suédois, qui me paraît avoir bien étudié l'action du médicament.
46 malades furent traités par lui : 16 maniaques, 2 mélancoliques, 28 épileptiques, dont H affectés d'aliénation mentale. Chez 44 le sommeil fut plus calme ou plus long.
Les résultats complets ne fuient pas très-nombreux : 5 épileptiques guérirent de leurs accès de manie, 2 virent disparaître complètement leur névrose, 5 furent Irès-améliorés, 2 eurent leurs crises troublées, 4 furent soulagés d'une façon l'elative et pendant le traitement ; 7 allèrent plus mal, et 3 succombèrent, mais sans qu'on puisse accuser le remède de leur mort. La conclusion légitime à tirer de cette statistique, c'est que, si le Datura n'a pas eu d'effet héroïque chez ces malades, tous atteints depuis longtemps, son action a été réelle et plutôt favorable.
Nous retrouvons cette même influence tantôt curative, tantôt palliative, dans les observations publiées ultérieurement par divers médecins qui ont continué les recherches de Storck et de Greding.
Schneider a obtenu la guérison d'une mélancolique démonomane, et cellr d'une autre femme atteinte de manie puerpérale, parla teinture de stramoine, de Hufeland, qu'il donnait à la dose progressive de 20 à 25 gouttes quatre fois par jour.
Bernard a rapporté le cas bien curieux d'une femme atteinte de mania lactea, après l'accouchement, qui, ayant avalé par hasard la valeur d'une cuillerée de semences de Datura, eut une intoxication violente dont les symptômes durèrent sept jours, après laquelle elle guérit complètement, mais d'une façon progressive.
Araelung, de son côté, a cité quatre cas de guérison de manie avec la teinture de semences (50 grammes pour 90 grammes d'alcool), prescrite à la dose de 20 à 50 gouttes deux et trois fois par jour; et il conseille ce remède dans la manie aiguë quand l'agitation des malades est excessive.
En résumé, sur 55 cas réunis par Bayle et cités par les auteurs qui précèdent, il y eut 21 guérisons, 10 améliorations, 24 résultats nuls. 11 s'agissait de manie le plus souvent, de mélaucoliu parfois ou de démence.
La statistique beaucoup plus récente de Moreau (de Tours) est plus encourageante encore. Il a guéri sept malades sur dix qui avaient des hallucinations.
Le médicament, dit-il, réussit bien conti-e les hallucinations quand celles-ci sont primitives, c'est-à-dire qu'elles ont précédé l'aliénation, mais il échoue lorsque ces troubles sont survenus dans le cours de la maladie.
Billod a vu également Je Datura réussir à merveille chez cinq individus
16 DATURA (emploi mkdical).
atteints depuis peu d'hallucinations. Trois guérirent en moins de quinze jours-, un guérit au bout d'un mois, et l'autre au bout de deux. Enfin trois malades affectés depuis longtemps furent améliorés.
Les résultats signalés par Estre (de Marseille), et Stockmann (de Gand), sont au contraire tout à fait défavorables. Trois femmes, dit le premier, atteintes d'hallucinations de l'ouïe, n'éprouvèrent pas la moindre amélioration de l'usage de la stramoine.
Ceci n'infirme en rien les données positives que nous venons de rapporter, démontrant (|ue le Datura a rendu de grands services à un certain nombre de malades atteints d'hallucinations.
Suivant Moreau, pour obtenir de bons effets, il est indispensable de donner des doses fortes, produisant un certain degré de narcotisme : étourdissement, dilatation pupillaiie, refroidissement des extrémités. On peut atteindre la dose de 40 centigrammes d'extrait.
Nous n'avons pas la prétention de dire avec Michéa que le médicament qui nous occupe guérit le quart des sujets atteints de folie et en soulage la moitié, mais nous conclurons que, si la stramoine échoue assez souvent dans le traitement de l'aliénation mentale, elle peut avoir, dans certains cas que l'expérience clinique encore restreinte du médicament n'a pas encore désignés suffisamment, de véritables effets curalifs ou palliatifs. C'est dire que la science est encore mal fixée sur ses indications. Il me semble toutefois qu'il agit plus particulièrement dans 1,1 manie puerpérale et contre les hallucinations récentes. Aussi bien l'oubli dans lequel il est tomijé aujourd'hui ne me semble pas suffisamment justifié. Il peut être employé, de préférence à l'opium et à la morphine, comme sédatif chez les sujets atteints de constipation dont il faut contenir l'agitation, ou encore chez les aliénés agités qui supportent mal les mêmes préparations opiacées ou le chloral.
Névroses convulsives. a. Épilepsie. Storck, le premier encore, conseilla l'emploi des préparatioiis de Datura stramonium dans cette névrose. Il put réduire, à l'aide de son extrait, les crises d'un malade de 7 par jour à 1 par mois. Cet homme, âgé de vingt ans, prit jusqu'à 0,30 du médicament par jour.
Peu après (1780), Razoux eut un succès plus complet encore chez un épileptique affecté depuis quatre ans de crises se répétant 2 et 3 lois par semaine : il le débarrassa complètement de sa maladie.
A Stockholm, Odhelius ne fut pas moins heureux. Sur 14 cas, il obtint 8 guérisous, 5 améliorations et 1 résultat nul. Je puis encore rappeler les 5 guérisous de Greding et les quelques faits de G. -F. Mort.
Toutes ces observations représentent en tout 45 cas, dont 13 guérisous, 13 améliorations et 29 insuccès.
Nous ne saurions dire quels sont les cas d'épilepsie favorables à l'emploi de la stramoine. Nous nous bornons à en conseiller l'usage empiriquement dans les cas récents ou chez les malades affectés de manie. En définitive, cette substance peut figurer à une bonne place parmi nos meilleurs médicaments usités contre cette névrose.
b. Hystérie. Le Datura, en sa qualité de stupéfiant, peut bien modérer les crises hystériques, mais c'est, il me semble, le dernier des médicaments de cet ordre à choisir pour combattre la névrose. La raison chez les femmes profondément hystériques n'est que trop facile à ébranler, et pas n'est besoin de leur
DATURA (emploi médical). 17
donner un médicament qui, pre'cisément, à dose un peu élevée, expose ces malheureuses à des Iroubles intellectuels assez marqués. De sorte que, malgré les quelques faits favorables signalés par Wedenberg, Odhelius, je pense qu'il n'y a pas lieu de fonder de grandes espérances sur l'herbe aux sorciers dans l'hystérie convulsive. Storck, dans un cas de convulsions générales probablement de nature hystérique, n'avait réussi qu'à augmenter l'état convulsif en prescrivant l'extrait de datura.
G. Éclampsie, tétanos, chorée, hydrophobie. Pas davantage je ne vois la nécessité de perdre un temps fort précieux à attendre les effets plus que douteux de la stramoine dans V éclampsie et le tétanos. Si Begbie a vu guérir un malade affecté de tétanos idiopathique pendant l'administration de celte solanée, il y a lieu de faire remarquer qu'il s'agissait d'une forme chronique, la plus facilement curable, et qu'en outre le malade prit de l'opium et fut saigné.
Je ferai les mêmes remarques à propos de l'éclampsie. On cile un cas de guérison de Salter. Ceci est bien insuffisant, et, puisque nous possédons contre les deux névroses graves qui nous occupent des moyens d'une action plus certaine, laissons de côté le Datura, dont les effets stupéfiants ou antispasmodiques ne sont pas à comparer à ceux de l'opium, de l'hydrate de chloral, de la saignée, etc., employés avec tant d'avantages pour combattre ces maladies si terribles.
Ces réflexions s'appliqueront également au traitement de la chorée par le Datura, indiqué par Maret. Nous sommes suffisamment pourvus de médicaments plus actifs, pour n'avoir pas à songer à ce remède d'une efficacité peu démontrée jusqu'à présent.
D'après le R. P. Legrand, dans le Tonkin et la Cochinchine, on combat V hydrophohie de la manière suivante : on fait bouillir dans un litre d'eau une poignée de Datura jusqu'à réduction à moitié, puis on donne à avaler ce breuvage d'un seul coup au malade. Celui-ci est pris aussitôt d'un accès de rage trèsviolent, mais il se calme bientôt, et au bout de vingt-quatre heures il est guér {Gaz.méd. d'Orient). Le simple exposé de ce fait me paraît suffisant pour édifier le lecteur sur cette application thérapeutique du Datura qu'il jugera comme nous être sans la moindre valeur. Je n'attribue pas plus d'importance aux assertions de Elettore et Brera (de Pavie), qui disent avoir obtenu de bons effets de cet agent dans l'byilropbobie. On a rapporté depuis l'antiquité jusqu'à nos jours bien des cas de guérison de la rage, et cependant nous attendons toujours le remède de cette épouvantable maladie.
Asthme. Ici nous sommes véritablement sur un terrain solide; asthme et Datura sont deux choses connexes pour ainsi dire, et nous pouvons affirmer sans forcer la note que le médicament a presque une action spécifique contre les accès de la névrose pulmonaire.
C'est dans l'Inde qu'on reconnut cette propriété thérapeutique du Datura. Les médecins anglais résidant dans cette contrée y ont appris les vertus de cette plante contre les dyspnées par la tradition populaire. Le docteur Anderson, qui pratiquait à Madras, ayant eu connaissance de la méthode indienne qui consiste à faire fumer aux malades atteints d'asthme des feuilles de Datura, comme on fumerait du tabac, l'éludia, en fut satisfait et la conseilla au général anglais Cent, affecté de cette névrose. Celui-ci s'en trouva si bien qu'il se fit le propagateur du traitement indien en Angleterre (1802). A sa requête, le doUeur Sims l'essaya à Londres chez quelques asthmatiques : ils furent soulagés.
DICT. ENC. XXVL 2
18 DATURA (emploi médical).
Depuis lors, tous les médecins Drescrivirent le nouveau remède, et son succès fut tel qu'il est devenu de nos jours la base de toutes les panacées qui guérissent infailliblement (?) l'asthme.
Il est inutile de rappeler ici des faits ; ceux-ci abondent, car on les compterait par milliers sans doule, si on voulait les rechercher. L'enseignement qu'ils portent avec eux peut se résumer dans cette formule : le Datura soulage presque toujours les asthmatiques, en ce sens qu'il calme leurs accès et les lait disparaître promptement, et il en guérit quelques-uns radicalement (English, Krimer, Mirande, d'Aurillac).
Mais, si nous constatons ses effets thérapeutiques, nous sommes moins instruits sur son mode d'action. Cet agent, dit JJiquel, semble diminuer le besoin de respirer; le son tympaniquc de la poilrine devient moindre et la pénétration de l'air est plus facile.
Pour le professeur Sée, le Datura excite les muscles vasculaires et les nerfs régulaleurs du cœur, d'oiî le ralentissement des pulsations, une diminution de l'actiun de la moelle et finalement une semi-paralysie delà sensibilité.
Trousseau ne cherche pas à expliquer l'action du lemèdc, il se borne à dire que de tous les agents antiasthmatiques c'est celui qui réussit le mieux; la réserve de l'émineut clinicien est peut-être sage.
Nous croyons aussi que le Datura doit être essayé dans tous les cas d'asthme simple, purement spasmodique; il soulagera temporairement bon nombre de malades. N'est-ce pas là déjà un avantage énorme dans une affection que l'art est si souvent iuipuissaut à guérir?
Mais, et je ne saurais trop insister sur ce point, il est absolument nécessaire de manier le médicament avec une excessive prudence. Son activité même, qui est fort grande, plaiderait, à défaut d'autres preuves, en faveur d'une administration réservée. Beaucoup d'asthmatiques abusent d'un moyen qui leur réussit souvent à coup siir, et bon nombre souffrent gravement de leur imprudence. On raconte même à ce propos que le général Cent, à qui nous devons de connaître en Europe les propriétés antiasthmatiques du Datura, fut victime de ce médicament et succomba empoisonné par lui {London Med. and. Phys. Jauni.. \o\. XXVI, p. 49).
Je dois dire cependant que tous les asthmatiques ne sont pas soulagés par la stramoine, et que chez quelques-uns qui s'en servent avec mesure on a vu des accidents assez sérieux résulter de son emploi. D'après Bree {London Med. and Phys. Journ., vol. XXVI, p. 51), sur 82 asthmatiques qui prirent ce remède, 58 éprouvèrent une amélioration passagère et 24 s'en trouvèrent mal.
Les indications du Datura dans l'asthme ne sont pas très-bien déterminées. Nous ignorons pourquoi il réussit dans tel cas et échoue dans tel autre ; je ne parle ici bien entendu que de l'asthme simple, sans aucune complication. C'est surtout contre les accès qu'on le prescrira, plutôt que pour combattre la maladie, rebelle presque toujours même à l'action prolongée du médicament.
Les contre-indications sont mieux connues. Toutes les fois que l'asthme est compliqué d'une affection broncho-pulmonaire ou cardiaque, aiguë, subaiguë ou chronique, les préparations de stramoine sont inutiles ou dangereuses. On évitera encore de les prescrire aux sujets âgés, aux jeunes enfants et aux personnes prédisposées à l'apoplexie.
Plusieurs espèces du genre Datura ont été préconisées dans le traitement de l'asthme, mais c'est le plus souvent à la pomme épineuse qu'on a recours.
DATURA (emploi médical). 19
Où recommande d'en fumer les feuilles bourrées dans une pipe ordinaire, ou roulées comme le tabac en cigares ou cigarettes. Nous donnerons, au paragraphe consacré à la matière médicale, quelques indications sur la préparation de ces dernières.
Ce mode d'administration ne permet guère un dosage rigoureux, toutefois on continue de prescrire aux asthmatiques une ou plusieurs pipes de Pâtura stramonium, un ou plusieurs cigares, ou des cigarettes de cette sol.mée pendant l'accès, renfermant de O^^TS à 1"'",50 de feuilles. On peut, comme le conseillent Trousseau et Pidoux, mélanger ces feuilles à parties égales de feuilles de sauge ou de tabac. Quelques médecins recommandent de fumer le médicament même en dehors des accès. Tel est HJeyer, qui conseille deux pipes par jour à ceux qui ont l'habitude du tabac, et une demi-pipe à ceux qui ne l'ont pas. On suspend la fumigation dès qu'on éprouve du malaise ou des vertiges. Miquel permettait une pipe toutes les deux heures à ses malades.
Beaucoup plus rarement on fait prendre le médicament à l'intérieur aux personnes affectées d'asthme. 11 semble que par cette voie l'action du remède soit très-amoindrie. Je pense que chez les enfants et les femmes, qui n'ont généralement pas l'habitude de fumer, on pourrait essayer des lavements de Datura, très-énergiques, s'ils ne supportaient pas les fumigations ordinaires de Datura, moins actives d'ailleurs et plus désagréables.
On a proposé de substituer à la stramoine d'autres espèces de Datura : le D. fastuosa et le D. tatula. Ce dernier surtout a été très-vanté en Angleterre [lar le docteur Mac Veugh. Suivant le médecin anglais, ce Datura est plus antispasmodique que la stramoine et moins narcotique. Rarement il cause de la céphalalgie ou laisse de la sécheresse de gorge. On peut le ftiire fumer ou l'administrer à l'intérieur sous forme d'extrait, même quand l'asthme est compliqué d'affection cardiaque ! 11 est à la fois préventif de l'accès et curatif de celui-ci !
Dans l'Inde, on emploie volontiers le D. fastuosa^ si remarquable par la beauté de ses fleurs. Skipton a relaté deux faits qui en démontrent l'action tiiérapeutique. Dans le premier cas, il fit bouillir une once d'écorce de racine dans une pinte et demie d'eau, jusqu'à réduction à une pinte, et fit ingérer avec le plus grand succès deux onces de cette décoction. L'accès fut enrayé. Dans le second cas, il y eut des accidents assez sérieux dus à l'imprudence de la malade, qui prit en une seule fois toute la décoction. Elle ne tarda pas à touiber dans un état comateux. Son pouls, qui battait 85, devint légèrement intermittent, ses pupilles se dilatèrent un peu et restèrent sensibles à la lumière. Guérison au bout de quelques jours. Christie, médecin en chef des hôpitaux de Ceylan, a vu également le D. fastuosa réussir fort bien chez un malade astlimatique, qui le fumait pour prévenir ou soulager ses accès {Edinburgh Med.and. Surg. Journ. t. Vit, 1811).
jNévralgies. « L'emploi du Datura stramonium dans le traitement des névralgies est aujourd'hui au nombre des médications les plus efficaces et dont l'utilité soit le moins contestable » (Ti'ousseau et Pidoux^ Traite de théran 1877, p. 245). Cette manière de voir est parfaitement justifiée par nombre de faits que nous avons sous les yeux, et dont nous résumerons les principaux dans ce paragraphe.
Toutes les variétés de névi-algies ont été combattues par ce médicament, tantôt avec succès, tantôt sans succès ; mais l'expérience a démontré qu'il réussit plus particulièrement contre la sciatique et la névralgie faciale.
2U DATURA (esiploi médical).
C'est évidemment l'analogie très-grande d'action physiologique entre le D;ilura et la belladone qui a fait rechercher si le premier de ces médicaments n'aurait pas les mêmes applications thérapeutiques que le second. Or on sait que la belladone a joui d'une réputation justifiée contre les névralgies.
a. Névralgie faciale. Un médecin de Hanovre, Lentin, a, l'un des premiers, constaté, au commencement de ce siècle, les bons effets sédatifs de la stramoine dans celte maladie {Journ. de Hufeland, t. IX, et Biblioth. germ., t. V, p. 36). Citous ensuite les observations favorables de Kirchuff (Bull, des se. méd., t. XI, p. 197), de Vaidy (Journ. compl. des se. méd., t. VIII, p. 18; p. 176), qui s'est bien trouvé de l'emploi de l'extrait de semence ou de l'extrait de capsules à doses progressivement augmentées jusqu'à produire des effets physiologiques assez marqués : étourdissements, vertiges, sécheresse de gorge.
Lentin prescrivait la teinture à la dose de 4 à 5 gouttes toutes les trois ou quatre heures, et Kirchoff recommandait cette teinture en frictions sur les parties douloureuses, répétées jusqu'à 12 ou 15 fois par jour.
Wendestadt de llersfeld, qui allait jusqu'à considérer le Datura comme le spécifique de la névralgie faciale, donnait ce médicament à dose élevée, jusqu'à production d'cffels toxiques légers. Il commençait par 0,025 d'extrait, répétés o ou 4 fois dans les vingt-quatre heures.
En suivant les indications de Wendesladt, L.-H. Géry (de Dannemarie) fut assez heureux pour guérir en une journée une malade qui souffrait d'une névralgie faciale depuis plus d'un mois.
Trousseau et Pidoux se louent également beaucoup dans cette maladie de l'emploi du Datura, l'un des agents médicamenteux sur lesquels ils comptent le plus. Ils le prescrivent à l'extérieur sous forme d'emplâtre composé de 2 grammes d'extrait alcoolique, associé à 25 ou 50 centigrammes d'hydrochloratc de morphine ; ou bien il font appliquer localement des compresses imbibées d'une décoction chargée de 50 grammes d'extrait pour 500 grammes d'eau, ou bien enfin ils ordonnent des frictions, soit avec la teinture suivant la méthode de Kircho'f, soit avec une pommade composée de parties égales de cérat et d'extrait alcoolique.
Évidemment on ne peut guère compter sur l'efficacité du Datura dans la névralgie faciale que dans les cas où l'affection est de date récente, et lorsqu'elle est idiopathique et superficielle. Dans le tic douloureux, les effets de ce médicament sont à peine palliatifs quand la maladie est un peu ancienne : sur 17 cas cités par Bayle, 1 guérison, 16 améliorations, 1 insuccès complet.
Au Mexique, la décoction de Datura est d'usage vulgaire contre les douleurs dentaires et le gonderaent des gencives (Martius).
b. Sciatique. Marcet, médecin de l'hôpital de Guy, à Londres, a vanté l'un des premiers h Datura stramonium contre la névralgie sciatique. En moins de deux mois, il guérit par ce médicament une femme dont l'affection avait résisté aux moyens les plus actifs : il prescrivait 0,03 centigrammes d'extrait en pilules, trois fois par jour. On lui doit plusieurs observations du même ordre. Il est juste de dire qu'il eut aussi quelques insuccès.
Je citerai à l'actif du médicament quelques faits favorables signalés par Begbie [Trans. ofthe Med. Chir. Soc. of Edinburgh, t. 1, p. 575).
Trousseau et Récamier, dans les cas rebelles, administraient le remède par la méthode endermique. Ils mettaient à nu le derme avec une pommade ammoniacale, puis ils faisaient tailler un petit linge de la grandeur du vésicatoire, l'enduisaient
DATLiRA (emploi médical). 21
d'extrait de Datiira, 0,05 à 0,15 centigrammes, et l'appliquaient sur le derme par sa face non enduite, pour éviter au patient la douleur insupportable produite par l'action topique de l'extrait.
En somme, le Datura peut rendre des services dans la névralgie sciatique. C'est une ressource à ne pas négliger cliez les malades qui supportent mal les préparations opiacées.
c. Névralgies diverses. États douloureux. Les propriétés stupéfiantes du Datura ont été mises à profit dans bien d'autres cas de névralgie : plantaire, tibiale antérieure, occipitale, intercostale, etc. ; dans quelques états douloureux : lumbago (Marcet), céphalalgie (Orfila), entérodijnie simple (Elliotsonj, migraine, colique hépatique (Hirtz).
Je ne puis m'étendre sur ces applications qui n'ajoutent guère à la valeur du médicament. C'est, en somme, un anodin qu'on peut prescrire quand l'opium ou d'autres calmants sont contre-indiqués ou mal supportés.
Maintenant il nous reste à dire un mot sur le mode d'action du Datura dans les états douloureux. N'est-llpas surprenant de voir que cet agent, qui n'affecte que fort peu la sensibilité, pris à dose faible ou même à dose forte, devient un anodin puissant dans les affections qui exaltent la sensibilité normale? Bornons-nous à constater le fait sans eu cherclier l'explication, impossible à donner dans l'état actuel de la science; ce sera plus sage que de nous lancer dans les hypothèses où nous ferions intervenir sans profit l'action modifiée des vaso-moteurs-, de la moelle, etc.
B. AFFECTIONS CARDIO-PULMONAIRES. Daus de rares occasions on a emplojé le Datura contre quelques maladies de ce groupe morbide. 11 est clair qu'il peut avoir dans la coqueluche les mêmes heureux effets que la belladone, dont nul ne contestera sans doute la valeur vis-à-vis de celte maladie. On pourrait même s'étonner qu'on n'ait pas plus souvent songé à cette puissante solanée, de préférence à la belladone, d'une énergie moindre. Mais c'est vraisemblablement cette énergie qui effraye le praticien. Si l'on voulait prescrire la stramoine dans la coqueluche, ce serait à la preuùère période, plutôt, dit-on, qu'à la période catarrhale.
Toutefois est-on bien en droit d'affirmer que même alors l'action du médicament serait nulle ou fâcheuse? Je ne le crois pas. On pourrait espérer tarir ou atténuer les sécrétions si abondantes des voies bronchiques, source de troubles pour les malheureux enfants. D'ailleurs Ward [Biblioth. méd., t. LX, p. 271) le préconise dans le catarrhe pulmonaire en général, enfin Mérat et de Lens s'en sont bien trouvés dans le catarrhe chronique des bronches.
Le Datura soulage les dyspnées, donc il peut être utilisé dans les affections des voies respiratoires ou du poumon dans lesquelles ce symptôme est prédominant.
Il n'est pas prouvé jusqu'ici que ce médicament puisse être efficace dans Vangine de poitrine. C'est Ducros jeune qui, en 1857, l'a conseillé contre cette cruelle maladie. L'observation, rapportée par noire confrère de Marseille, d'un cas de guérison de cette maladie, est discutable au point de vue du diagnosiic. 11 m'a semblé que le malade de Ducros était plutôt atteint d'asthme que d'angine de poitrine.
Dans les maladies du cœur proprement dites, le Datura est absolument contreindiqué, en raison des accidents que pourrait entraîner son action assez violente sur cet organe, dont il trouble le fonctionnement.
T2 DATURA (emploi médical).
C. Maladies des voies digestives. Assez rarement on emploie le Datiira stramonium dans ces maladies. Cette substance médicamenteuse peut cependant rendre de notables services dans certains états morbides légers des organes de la digestion. La dyspepsie douloureuse, h constipation par atome de l'intestin, sont souvent avantageusement modiliées par les préparations de stramoine.
Contre la comlipation, Bretonneau conseillait le traitement que voici : pendant trois jours, on prendra, en se mettant à table, une pilule d'extrait de 0,01 ; jiendant cinq jours, deux, et, si le ventre ne devient pas libre, on arrivera a trois.
Pour combattre le ténesme dans la dysenterie épidémique, Leclerc employait avec succès le remède que voici. 11 faisait appliquer au-dessus du pubis un emplâtre quadrilatère recouvert de 50 grammes d'extrait de Datura. Toutes les vingt-quatre heures on le renouvelait. Dans les cas graves, alterner l'emplâtre de belladone et l'emplâtre de Datura.
Je rappelle ici que certaines gastralgies ou entéralgies onicéàé à l'usage de la pomme épineuse. 11 est bien certain que l'opium en pareil cas n'est pas toujours bien toléré et qu'il constipe ; cette solanée peut alors offrir des ressources au praticien.
Enfin, (luclques médecins ont usé avec succès d'une pommade à l'extrait de Datura dans le cas dliémorrhoïdes douloureuses : axongc, 60 grammes ; poudre de feuilles, 15 grammes.
D. Maladies diverses. Je rangerai sous ce titre quelques maladies qui ont été avantageusement traitées par le Datura et que je n'ai pu faire rentrer dans les grands groupes précédents. Parmi elles, il faut signaler particulièrement le rhumatisme.
a. Rhumatisme chronique. Kirchoff est le premier, je crois, qui ait employé la stramoine contre le rhumatisme. Ses observations ont été prises pendant nos tristes campagnes militaires de 1811 et 1813. Il s'est fort bien trouvé des hautes doses d'extrait : 0,10 par jour, pour commencer, augmentant jusqu'à produire de la sécheresse de gorge, des vertiges, de la dilatation piipillaire. 11 ajoutait parfois des frictions sur les articulations douloureuses avec la teinture ou bien des applications de cataplasmes de feuilles, a De tous les remèdes, dit-il, que j'ai employés pour combattre le rhumatisme chronique, je n'en ai pas trouvé de plus efficace que la pomme épineuse, dont je ne cesse depuis plusieurs années d'obtenir les meilleurs effets ».
Engelliart a également constaté les excellents effets de ce médicament dans le rhumatisme chronique, dans 5 cas de maladie très-invétérée, dont deux observations fournies par Kirchoff.
Van Nuffel a cité, lui aussi, une observation de rhumatisme chronique, datant de cinq mois, guéri facilement par l'usage à l'intérieur du D. stramonium, à la dose de 0,10 d'extrait par jour, et les frictions avec un liniment composé de : huile d'olive, 120 grammes; extrait de Datura, 2 grammes.
Zollickoffer avait une pratique analogue; mais il employait la teniture (1 once de semence, alcool 8) à dose progressive, jusqu'à production d'effets pharmacodynamiques intenses. A l'extérieur, il se servait d'une pommade formée d'axcnge, deux parties, pour une partie de poudre de feuille.
b. Le Datura, suivant Lebreton, n'est pas moins efficace dans le rhumatisme articulaire aigu. Il conseille de faire prendre toutes les trois heures une pilule de 0,01 centigramme d'extrait de semences (plus énergique que l'extrait de feuille ou de plante) jusqu'à production de délire. Alors on diminue un peu la
DATURA (emploi jiédical). '20
dose, tout en s'airaiigeant de façon à maintenir le patient dans le délire, l.e succès, dit-il, est certain.
En présence de ces faits, je me demande pourquoi la pomme épineuse est complètement oubliée actuellement dans le traitement du rhumatisme. Ne serait-ce pas à cause du nombre toujours croissant des remèdes dits liéroïques contre cette maladie ?
Les autres applications du Datura qu'il me reste à signaler sont d'une importance beaucoup moindre.
c. Comme la belladone, il réussit dans V incontinence nocturne (Vitrine, on diminuant sans doute l'irritabilité des fibres musculaires du corps de la vessie Cazin le faisait prendre à la dose de 1/2 à 3 centigrammes aux. enfants alfec1é> de cette infirmité.
d. Enfin Maly [Revue de Lhérap. méd. chir., t. I) a guéri une femme affectée de nymphomanie par l'usage de la teinture de stranioine : 5 gonfles de deux eu deux heures. Wendt [Rust's Magaz., Bd. XXIV, s. 502) le considère, en effet, comme un excellent anaphrodisiaque, très-utile dans les excitations génésiques. N'est-il pas singulier de voir tour à tour le même agent préconisé comme aphrodisiaque par les uns, comme anaphrodisiaque parles autres? Je cite le fait saiîs chercher à l'expliquer. Il est inutile d'encombrer la science d'liy[)olhèses.
Usage externe. Ils sont peu nombreux. Le Datura a été assez souvent vanté comme un excellent topique pour calmer les douleurs causées par les ulcères can- <;éreux, les brûlures, les hémorrhoïdes enflammées ; pour résondreV engorgonent laiteux des mamelles et les tumeurs inflammatoires, soit en décoction, soit eu cataplasme (de feuilles).
Il est bien évident que le topique devra toujoiu's être manié avec prudence quand il s'agira de plaies, en raison d'une absorption possible de sou principe actif. En effet, Boizenkof (Journ. de méd. mil. de Saint-Pétersbourg, t. Vil, n" 1, p. 94, et Bull, des se. med., t. XVII, p. 299) a rapporté une observation d'empoisonnement assez grave, survenu à la suite d'applications par trop fréquentes de feuilles de Datura sur des brûlures. Le patient fut pris de délire, tomba dans un état inquiétant, avec pouls intermittent, insensibilité, sécheresse de gorge, etc. Guérison.
Au Brésil, d'après Martius, on emploie vulgairement la décoction de Datura en collutoire pour calmer les gingivites et les maux de dent.
Quelques indications sur les principales espèces de Daturas employés en médecine. Avant d'aborder l'étude de la posologie particulière au Datura stramonium, l'espèce officinale en France, je dois dire quelques mots sur les autres Daturas usités à l'étranger ou expérimentés par les médecins.
Le Datura ferox L. est d'usage assez fréquent dans l'Inde, où il est vanté contre l'asthme. C'est celui que le général Cent avait apporté en Europe en 1802, pour le soumettre à l'expérimentation des praticiens anglais. 11 est également usité en Chine et au Thibet, comme narcotique (Saunders, Relat. du Thibet). C'est un poison assez violent, doué vraisemblablement de toutes les propriétés et vertus de la stramoine.
Datura fastuosa Mill. Trompette du jugement. Il a été introduit en thérapeutique vers 1811, par le docteur Christie [Edinburgh. Med. and. Surg, Journ., vol. VIII, p. 365j. C'est aussi un poison très-actif. Trois enfants qui
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avaient mangé de ses fruits provenant du Jardin botanique de la marine, à Toulon, éprouvèrent des accidents fort graves, auxquels l'un d'eux succomba (Robert). En revanche, il réussit à merveille contre l'asthme, comme l'ont observé divers médecins pratiquant dans l'Inde : Skipton, Adams principalement {Trans. Med. and Phys. Soc. Calcutta, vol. I, p. 121 et 370). Le premier administrait la décoction de racine, le second la teinture. A l'Ile de France, on fume sa racine lors des accès d'asthme.
Datura tatula L. Il paraît moins toxique que les espèces précédentes. En effet, d'après Schubarth, une demi-livre de ses feuilles contusées administrée à un cheval n'a pas le moins du monde impressionné l'animal, et il a fallu 21 onces du fruit demi-riiûr pour déterminer quelques évacuations alvines et de la perte d'appétit (Wibmer, Wirk. d. Arzn. u. Gifte, Bd. Il, p. 286). Je rappelle toutefois que le cheval est fort peu sensible à l'action de la stramoine. Quoi qu'il en soit de ses vertus toxiques, le D. tatula, comme nous le savons, jouit de propriétés thérapeutiques excellentes dans l'asthme, et quelques médecins le considèrent comme supérieur h la pomme épineuse dans cette névrose du poumon. On le dit plus antispasmodique, moins narcotique. Rarement il cause de la céphalalgie ou laisse de la sécheresse de gorge, de lu constriction du pharynx. On prescrit ses feuilles à fumer dans une pipe ou en cigare; son extrait et une teinture à l'intérieur.
Pour préparer l'extrait, on pile grossièrement le Datura, on le traite par l'eau froide, on l'épuisé par percolation et on évapore à l'étuve. La dose ordinaire est de 0,025 à 0,10 centigrammes et plus.
Pour obtenir la teinture, on laisse digérer la portion herbacée de la plante pulvérisée pendant sept jours dans l'alcool : 1 partie pour 8 de ce dernier.
Aldridge, qui a analysé sommairement cette plante, y a trouvé du tannin et un alcaloïde.
Au Pérou, le D. tatula est employé pour favoriser la résolution de certaines tumeurs et contre la lèpre, en cataplasmes.
Datura alba Rumph. C'est l'espèce communément employée dans l'Inde dans un but criminel, pour tuer ou stupéfier les malheureux que l'on veut dépouiller. Dès la fin du seizième siècle (1565), Garcia d'Orta signalait cette application funeste, rappelée également par Ghristoval Acosta (1574). On dit que les médecins arabes connaissaient de longue date le D. alba et qu'il a été décrit par Ibn Baylar.
C'est en 1839 que Graham a signalé ses propriétés narcotiques puissantes. Ceci le distinguerait du D. stramonhim qui, nous le savons, n'est hypnotique qu'à dose élevée. On conçoit dès lors que la narcose qu'il produit ait été mise à profit par les voleurs.
On l'a administré comme sédatif et narcotique à l'intérieur. A l'extérieur, on applique ses feuilles fraîches en cataplasmes, après les avoir contusées, à titre d'anodin.
Datura sanguinea Ruiz et Pavon. Voici un singulier usage de cette espèce. Dans l'Amérique centrale, les Indiens, dit-on, préparent avec ses semences une décoction qu'ils font prendre à leurs enfants pour déterminer un état d'excitation particulière, pendant lequel ils supposent que ces infortunés acquièrent le pouvoir de découvrir des gisements d'or. C'est à la place où tombent les malheureuses victimes qu'ils commencent leurs fouilles, dit Hooker. Heureusement ils savent combattre les effets toxiques de la plante à l'aide d'une bière
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faite de blé indien, et dans laquelle ils foat probablement entrer quelques simples.
An Pérou, le D. sanguinea est employé d'une façon beaucoup plus intelligente par les naturels : ils en font des pommades pour mûrir les abcès et déterger les ulcères.
Les feuilles pilées sont simplement incorporées à de l'axonge.
Le fruit sert à préparer une boisson somnifère, la Tonga, qui, prise à haute dose, produit du délire avec accès de fureur.
Datura metel. C'est la plante qui fournissait la fameuse noix méthel, chère aux Arabes. Ses semences sont soporifiques et produisent l'ivresse.
En résumé, il est fort probable que toutes ces espèces de Datura ont à quelques nuances près les propriétés toxiques ou thérapeutiques de la stramoine. Je forai seulement remarquer que quelques-unes paraissent plus narcotiques et moins stimulantes que celle-ci : tels sont le D. tatula et surtout le D. alha.
m. MODES D'ADMIMSTIIATION ET DOSES DU DATURA STRAMONIUM. Les
parties usitées sont les feuilles, les semences, les fleurs et, plus rarement, l'écorce de racine.
Feuilles. Elles servent à préparer une poudre, une alcoolature, des extraits, une teinture, des cigarettes, une huile.
Poudre. Pour l'obtenir on fait sécher à l'étuve les feuilles pendnnt quelques heures et on les réduit en poudre par contusion dans un mortier de fer. On passe à travers un tamis de soie. On cesse lorsque la poudre obtenue égale les 3/4 du poids de la matière employée.
ALCOOLATURE
grammes.
Feuilles récentes de stramoine cueillies au commencement do
la floraison 1000
Alcool à 90 degrés 1000
Gontusez les feuilles, ajoutez l'alcool. Après dix jours de contact, passez avec expression; filtrez [Codex).
Extraits. L'extrait alcoolique s'obtient de la manière suivante ; opérant avec feuilles sèches, 1000 grammes ; alcool à 60 degrés, 6000 grammes.
On verse sur la poudre introduite dans un appareil à déplacement et modérément tassée la quantité d'alcool nécessaire pour la pénétrer dans toutes ses parties ; puis, après avoir laissé le contact s'établir dans l'appareil fermé pendant douze heures, on rend l'écoulement libre et l'on fait passer sur la poudre de stramoine tout l'alcool prescrit. On distille la liqueur obtenue pour en retirer la partie spiritueuse et l'on concentre au bain-marie jusqu'à consistance d'extrait.
L'extrait de suc employé autrefois par Storck se prépare ainsi qu'il suit : pilez la plante dans un mortier, exprimez-en le suc, chauffez celui-ci pour coaguler l'albumine et séparer la chlorophylle, passez, évaporez au bain-marie le suc ainsi clarifié, en l'agitant continuellement jusqu'à réduction au tiers du volume. Laissez refroidir le liquide et mettez-le déposer douze heures. Séparez le dépôt, et terminez l'opération au bain-marie, pour obtenir un extrait mou. Il a été considéré comme le meilleur des extraits de Datura (Mérat et de Lens),