‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.26Chapitre 5 sur 75 · TEINTURE ÉTHÉRÉE · texte numérisé non relu

TEINTURE ÉTHÉRÉE

parties.

Semences de stramoine 1

Elher sull'urique ■!

Vin de semence. Voici la formule, d'après la Pharmacopée batave, employée par Hufeland :

parties.

Semences de stramoine 2

Vin de Malaga 8

Alcool rectifié à 55 degrés 1

Les fleurs, Yécorce de racine, sont à peu près inusitées. Elles ne servent d'ailleurs à aucune préparation officinale.

Modes d'emploi et doses a l'iintérieur. Voici maintenant quelques indications sur la manière d'administrer et de doser les préparations que nous venons d'indiquer.

La poudre de feuille ou de semence s'emploie en nature, à la dose de 0,05 à 0,10 pour la première, 0,05 à 0,06 pour la seconde, répétée deux ou trois fois par jour.

Vextrait de feuille est aclif. On le donne en pilules à la dose de 5 à 30 centigrammes chez l'adulte, et progressivement.

L'extrait de semence est plus actif que le prétîédent. Dose : 1 à 10 centigrammes et plus.

La teinture de feuille se prescrit en nature ou incorporée à une potion, à la dose de O^^lô à 1 gramme. Elle sert à la préparation du sirop deDatura :

grammes.

Teinture ' 75

Sirop de sucre 1000

Dose : une cuillerée à café, trois fois par jour, et plus.

Valcoolature peut être donnée à la dose de Os'',10 à 1 gramme également.

Le suc exprimé se prend aux mêmes doses et en potion, ainsi que la teinture éthérée.

Enfin le vin de semence s'emploie encore dans les mêmes conditions que ces dernières préparations.

Chez l'enfant, toutes ces doses seraient diminuées de moitié ou des 3/4 suivant l'âge.

Modes d'emploi et doses a l'extériedr. Les feuilles de stramoine se prescrivent en infusion ou décoction, pour pratiquer des fomentations ccdmantes, résolutives, des injections, des lotions, des fumigations également calmantes; en cataplasmes, pour calmer et résoudre des inflammations phlegmoneuses. L'extrait entre dans la préparation à& pommades, à la dose de 0,50 à 1 gramme pour 10 grammes d'axonge, et dans celle A' emplâtres ; voici la formule de l'un d'eux :

EMPLATRE DE STRAMOINE (cODEx)

>SÏJ

parties.

Extrait alcoolique de datura 9

Résine élémi 2

Cire blanche 1

On peut, comme nous le savons, l'administrer par la méthode endermique, à

28 DATURA (emploi méoical).

la dose de 0,25 à 1 gramme ; ou bien on s'en sert en onction autour de l'orbite à titre de mydriatique, à la manière de l'extrait de belladone.

La teinture éthérée ou alcoolique sert parfois à des frictions calmantes. Zollickoffer prescrivait surtout dans ce but la formule suivante :

onces.

Semences de datura 1

(à macérer dans l'alcool.)

Extiait d'opium , 1

.Esprit de vin aromatique cam|rhié -

L'huile de stramoine s'emploie en onctions calmantes, ou bien sert de véhicule pour préparer des liniments sédatifs.

Synergiques, antagonistes, contre-poisons. Deux plantes de la famille des Solanécs agissent à peu près de la même façon que le Datura et peuvent être considérées comme ses synergiques les plus parfaits, ce sont la belladone et la jusquiame, qu'on a souvent considérées comme douées de propriétés identiques à celles de leur congénère.

Je ne crois pas à nue identité absolue dans l'action physiologique ou thérapeutique de ces trois solanées. A la vérité, il ne s'agit ici que de nuances légères, mais ces nuances existent et elles s imposent au médecin qui administre ces médicaments, comme au physiologiste qui étudie leur action pbarmacodyuamique.

Vogt, comparant les effets du Datura et ceux de la belladone, leur attribue les caractères différentiels suivants {Pharmacodyn.,Bd. I, S. 164).

Le Datura agit plus éncrgiquement que la belladone sur le système nerveux ganglionnaire, sur le cerveau et la moelle.

11 affecte moins que sa congénère le système contractile, et possède une action plus vive sur les sécrétions, principalement sur la sécrétion sudorale.

On peut ajouter avec ïlirtz que le Datura égale, si ce n'est dépasse, la belladone aux mêmes doses ; il détermine plus facilement des hallucinations et une sécheresse de gorge plus considérable.

Ai-je besoin de dire que le Datura est certainement plus efficace que la belladone et la jusquiame dans le traitement de l'asthme, comme dans celui de l'aliénation mentale?

Nous verrons à propos de la Daturine que cet alcaloïde du Datura a des effets physiologiques un peu différents de ceux de l'atropine ou de l'hyoscyamine, principes de la belladone et de la jusquiame.

Parmi les autres synergiques, je citerai encore la mandragore et le tabac, appartenant aussi à la famille des Solanées, et, à titre de renseignement, la Duboisia myoporoïdes (Salpiglossidées), dont les effets physiologiques, suivant Sydney Ringer, se rapprochent beaucoup de ceux de la belladone.

En tète des antagonistes de la pomme épineuse il faut placer l'opium. Cet antagonisme a été noté par Gazin chez les animaux, et d'autre part il a été observé dans quelques cas d'empoisonnement par cette plante. Le docteur Lee a rapporté à ce propos un fait fort intéressant, dans lequel le patient, sous le coup d'une intoxication daturique très-prononcée, fut guéri en deux heures par les préparations opiacées.

Andersen cite l'observation étonnante d'un cipaye empoisonné par le Datura, et qui guérit par l'administration successive de 15 grains, soit près d'un gramme (08'', 90) de chlorhydrate de morphine {Edinburgh Med. Journ., juin 1860). Évi-

DATURA (bibliographie). 29

demment, si le sel de morphine a été [absorbé, il faut qu'il y ait eu mi réel antagonisme entre le Datura et ropiiim [)Our que ce malbcureux soldat ait résisté aux effets du remède. Je ne conseille à personne de suivre cet exemple.

Ceci m'amène à parler de la conduite à tenir dans un cas d'empoisonnement par la stramoine.

En Europe, cet empoisonnement est le plus souvent accidentel. On l'observe chez des enfants q\ii ont mangé les semences de la pomme épineuse, ou bien dans des cas de méprise entre des médicaments.

La première indication naturellement est de chercher à débarrasser l'économie du poison, s'il en est temps encore. Pour cela on s'adressera aux vomitifs, aux éméto-cathartiques, à la pompe stomacale, si l'on suppose que le poison est encore dans l'estomac.

Si le poison a déjà été absorbé et détermine des effets généraux, on les combattra suivant leur nature. Les préparations d'opium seront données contre le délire, l'agitation, l'état maniaque.

Y a-t-il du coma, de l'affaissement, il faudra recourir au café, préconisé par Ruborn comme un excellent antidote du Datura, et dont il a vu les bons effets dans quatre cas d'empoisonnement.

On devrait recourir aux injections sous-cutanées de bromhydrate de quinine, aux affusions froides sur la tête, aux sangsues derrière les oreilles, aux révulsifs cutanés, si le malade offrait des signes manifestes de congestion encéphalique ou médullaire.

Ou favorisera enfin l'élimination de la Daturino, principe actif du Datura, par les reins, on administrant des boissons diurétiques. C'est par l'urine que cet alcaloïde s'élimine de l'organisme.

Le tannin, l'iodure-ioduré de potassium, les contre-poisons chimiques en général, ne me paraissent offrir aucune ressource sérieuse dans un cas d'empoisonnement : c'est pourquoi je n'en recommande pas l'emploi.

Ernest Labbék.

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D.4TLKi:\'K. § 1. ChîBiîie. L'analyse chimique n'a révélé jusqu'ici dans le Datura slramonium qu'un seul alcaloïde, la daturine, découverte en 1820 par Brandes, à l'élat de combinaison avec l'acide malique.

C'est à Geiger et Hess qu'il faut rapporter le mérite d'avoir obtenu cet alcaloïde à l'état de pureté, vers 1835.

On le trouve dans toutes les parties de la plante, mais ce sont les semences

DATURINE (chimie). 31

qui en renferment les plus fortes proportions, ainsi qu'on peut en juger d'après les résultats que voici, qui ont été produits par Gunther :

grammes. proportion.

Semences 50 0,127(1

Tiges » 0,OOD2

Feuilles « CICiSl

Racines U 0,0081

Sa formule chimique, C^H\-^XzO^, est identique à celle de l'alcaloïde de la belladone ; c'est ce qui avait fait conclure à Planta que la daturine et l'atropine étant isomères et, ayant les mêmes propriétés, étaient identiques. Nous verrons que cette assertion n'est pas absolument exacte. Non-seulement la datul'ine et l'atropine ont quelques caractères différents au point de vue chimique pur, mais encore elles diffèrent sous le rapport des effets pharmacodynamiques.

Caractères physiques. D'après Geiger et Iless, la daturine cristallise en prismes incolores, inodores, d'un goût amer d'abord et sentant ensuite le tabac. Elle est soluble dans 288 parties d'eau froide, 72 d'eau bouillante; très-soluble dans l'alcool, mais moins soluble dans l'éther. Elle est peu volatile et fond à 100 degrés. Elle forme des sels avec les acides.

Préparation. Ce sont les semences de Datura qui fournissent le plus de daturine ; ce sont elles que l'on choisit par conséquent pour obtenir cet alcaloïde.

On les traite par l'alcool faible porté à la température de l'ébullition, après les avoir préalablement pulvérisées; puis on ajoute de la magnésie calcinée : 15 grammes pour 500 grammes d'alcool et 15 grammes de semences, et on laisse digérer vingt-quatre heures. On filtre à chaud sur du charbon animal. Par refroidissement la daturine dépose.

Le procédé de Gunther est plus compliqué, mais donne un produit plus pur. C'est celui qu'a eiupioyé ce chimiste pour doser la daturine dans les différenls organes du Datura.

La plante étant bien divisée, on la traite plusieurs fois de suite par dix fois son poids d'eau aiguisée d'acide sulfurique à 30 ou 40 degrés. La liqueur obtenue est clarifite et évaporée au bain-marie jusqu'à consistance sirupeuse; puis on traite le résidu par trois volumes d'alcool pour précipiter les principes mucilagineux. Après vingt-quatre heures, on filtre, on distille l'alcool; on traite le résidu par du pétrole léger pour le débarrasser de la résine, on décante le pétrole, on neutralise par l'ammoniaque. L'alcaloïde est ainsi mis en liberté. En agitant avec du chloroforme, la daturine est dissoute par ce liquide en même temps qu'un peu de sel ammoniaque formé pendant la préparation. La solulion chloroformique traitée par l'eau se dépouille de ce sel, et si on l'évnpore on obtient de beaux cristaux de datunne.

Caractères différentiels de la daturine et de Vatropine. Ces c;ii'actères, tout en n'étant pas très-accusés, existent, c'est pourquoi je les signale. D'après Erhardl. les deux alcaloïdes cristalliseraient d'une façon différente ; d'autre part, tandis que la daturine dévie à gauche le plan de polarisation, l'atropine n'agirait pas sur la lumière polarisée (Pôhl). Mais cette dernière remarque est contestable, suivant Bouchardat, tout au moins en ce qui touche le sulfate d 'atropine. Voici toutefois quelques caractères chimiques plus précis. Les sels de daturine ne préci- |)itent pas parle chlorure de platine, contrairement à ceux d'atropine qui don-

52 DÂTURINE (action physiologique).

nent un précipité couleur isabelle. Inversement les sels de daturine sont précipités par l'acide picrique, qui n'a pas d'action sur ceux d'atropine {Deutsch Zeitschrift fur prackt. Med, octobre 1877). Avec le chlorure d'or la daturine précipite en blanc et l'atropine en jaune.

Réactions chimiques propres à la daturine. Voici les principales, utilisables jusqu'à un certain point pour les expertises médico-légales.

Traitée par l'acide sulfurique, la daturine exhale une odeur de rose.'

Les sels de daturine donnent avec la potasse, la soude, l'ammoniaque, le carbonate de potasse, le carbonate d'ammoniaque, des précipités pulvérulents, solubles dans un excès d'alcool.

Précipité jaune, cristallin, peu soluble dans l'acide chlorhydrique, par le chlorure d'or.

Précipité blanc, pulvérulent, soluble dans l'acide chlorhydrique et le chlorhydrate d'ammoniaque, lar le chlorure de mercure.

Précipité blanc, cailleboté, par l'hydrargyro-iodure de potassium.

Précipité brun, par la teinture d'iode.

Précipité floconneux, par le tannin.

Précipité jaune, par l'acide chlorhydrique et l'iicide picrique.

8 H. Action pii>»Soiog5«jue. a. DosEs FAip.i.Ks. Topiqucmeut les solutions faibles de daturine n'ont pas d'action bien marquée sur les téguments. Mais instillées entre les paupières elles dilatent facilement la pupille, même au millième.

A l'intérieur et chez l'homme, car chez l'animal leur action est à peu près nulle, la daturine produit quelquefois les effets suivants, à la dose de 0,001 à 0,005 milligrammes répétée plusieurs jours de suite : céphalalgie légère, un peu d'agitation, de subdclirium, des verliges, de 1 "étourdissement et des hallucinations de la vue.

Plus souvent on note des fourmillements et du tremblement dans les bras et les membres, de la sensation de chaleur, de froid ou de frisson (Schroff). L;i vision s'obscurcit un peu, car il semble aux patients qu'ils ont du brouillard devant les yeux ; l'accommodation se fait mal et ils ne peuvent plus distinguer que de loin, probablement par suite de la dilatation pupillaire et d'un affaiblissement du muscle accommodateur.

En même temps la bouche devient sèche, la muqueuse bucco-pharyngienne prend une teinte rouge comme dans la scarlatine, les sujets ont soif, avalent difficilement par suite de l'insuffisance dans la production de la salive ; ils ont des nausées ou bien ils vomissent, mais assez rarement ils sont atteints de diarrhée ou de douleur gastralgique et entéralgique.

A ces accidents il faut joindre quelques troubles bien légers du côté de la circulation, qui est plus active. La respiration n'est pas atteinte et la température reste normale.

Très-rarement la sécrétion urinaire est augmentée et il y a des sueurs.

Tous ces effets :sont très-vite dissipés quand on cesse l'administration de l'alcaloïde.

UosES FORTES. Lcs aniuiaux supportent bien la daturine, et il ne faut pas moins de 0,40 à 0,80 pour déterminer la mort chez le chien. Voici, d'après Lemattre, qui a bien étudié les effets de la daturine chez les animaux, la succession des symptômes observés chez le chien soumis à une injection intra-veineuse de 0,10 centigrammes de sulfate de daturine.

DATURINE (action physiologique). 55

L'animal, petit épagneul d'une dizaine d'années, fut pris immédiatement après l'injeciiou d'un grand abattement. Ses pupilles se dilatèrent, il fit des efforts de vomissements eut un vomissement et prit un habitus extérieur manire>(ement triste. La gorge était sèche, tout à fait rouge; les pupilles restaient insensibles aune excitation lumineuse forte, l'ouïe serabliit presque perdue, la sensibilité était fort obtuse et le pouls battait moins fort. Celte première péri ule dura vingt-cinq minutes, et alors apparurent des phénomènes d'excitation. L'animal se releva, se mit à marcher précipitamment. En même temps le pouls s'accéléra, la respiration se ralentit, la vue, l'ouïe, se supprimèrent complètement.

Peu à peu les mouvements du chien devinrent irréguliers, comme alaxiqnes, le pouls s'accéléra encore ainsi que la respiration, puis l'animal s'affaissa. Sa température, qui n'avait pas varié durant la première période, s'abaissa de 38 à 37 degrés. Dans ces conditions, si l'on venait à le pincer fortement, il était pris aussitôt de convulsions toniques intermittentes, absolument comparables aux convulsions du strychnisme. Le coma reparut et l'on sacrifia l'animal par blessure du cœur.

A l'autopsie on trouve de l'hyperémie marquée de la pie-mère, de la congestion pulmonaire avec un noyau apoplectique. La vessie est distendue par l'urine, qui contient de l'albumine et dilate la pupille, preuve manifeste qu'elle est chargée de daturine.

Le fait suivant est du même ordre et montre l'action d'une dose massive.

On fit chez un jeune chien une injection intra-veineuse de 0,50 centigrammes de sulfate de daturine. Aussitôt la pauvre bêle s'affaisse; les pupilles se tlilatent la gorge se sèche, puis survient du coma pendant vingt minutes. De temps en temps efforts de vomissement. La marche est impossible, mais la sensiljiljté est conservée.

Alors commence la deuxième période, ou période d'excitation. Le chien se met à abnyer avec force, puis il s'élance comme pour s'échapper, se heuiiant à tout ce qu'il rencontre, probablement parce que la vue est perdue. Puis on voit faiblir son train postérieur; la sensibilité s'amoindrit, le pouli devient rapide, mais la respiration et la température ne sont pas modifiées.

Enfin le chien est pris de convulsions tétaniques, sa circulation s'affaiblit, sa température s'abaisse et il meurt (luelques heures après l'empoisonnement. A l'autop'iie on trouve encore de l'hyperémie de la pie-mère et du poumon; la rétine elle-même est très-congestionnéo. La vessie est distendue par de lurme albumincuse et sucrée.

Chez l'homme on n'a pas eu encore, heureusement, à constater d'empoisonnement par la daturine: aussi bien ne pouvons-nous indiquer les accidents ciaves du datuiisme, mais voici cepeuflant la relation succincte dun cas où l'un a observé des effets physiologiques assiz intenses rappelant un peu ceux de l'empoisonnement par le datora. Je remprunte au travail de Oulmont et Laurent.

On pratiquait pour combattre une névralgie consécutive à un zona chez un malade robuste, des injections souscutanées de datui'ine, à la dose de 4 inilli". Une première injection n'ayant donné aucun résultat, on en fit une seconde, le lendemain, de 6 milligrammes.

Au bout de 25 minutes le pouls a passé de 68 à 8i, mais reste régulier; la température s'est élevée de 36",6 à 37 degrés. Dilatation modérée des j)upilles. soif vive, sécheresse de goige, un peu de raucité de la voix, mais pas de dysplwgie, tète lourde, sans bourdonnements d'oreille.

DICT. ENC. XXVI. X

r^ DÂTURINE (action physiologique).

Ces accidents persistent, et deux heures et demie après l'injection on note des symptômes assez inquiétants, les suivants: pâleur extrême, pouls petit, irrégulier, à 96; extrémités froiiles, couvertes d'une sueur visqueuse, pupilles largement dilatées, aphonie complète, respiration irrégulière, suïpirieuse, haltements cardiaques intermittents, précipités; une pulsation manque sur deux ou trois. Puis l'intelligence s'obscurcit, le malade ne répond plus aux questions. Alors sa température axillaire marquait 37 degrés.

Quelques ap[dications de siuapi>mes, l'administration d'une forte infusion de café, le ranimèrent très vite. Toutefois, le lendemain, le |)ouIs restait encore intermittent, la soif était accusée et il y avait delà céphalalgie.

Celte observation est fort intéressante à plus d'un litre. D'abord elle nous montre la symptomalologie de l'empoisonnement léger par la daturine ; en outre elle nous prouve que l'intoxication par la stramoine et l'empoisonnement par ce dernier alcaloïde ne sont pas absolument identiques. Dans le cas de Oulmont et Laurent il n'est pas question d'hallucinations, de rougeur du la face : or, dans l'empoisounemeut avec une dose de datura correspondant à la proportion de daturine injectée par ces expérimentateurs, on n'aurait pas manqué assurément d'observer de pareils accidents. Sans nier ou mettre en doute que la daturine soit le principe actif de la pomme épineuse, il est, il me semble, rationnel d'admettre qu'il existe des nuances dans la pharmaco-dynamie particulière à chacun de ces agents, nuances dues pcuL-èlre à des diflérences d'absorption ou à toute autre cause, mais qui s'imposent à l'esprit quand on fait la comparaison des effets physiologiques propres aux deux médicaments. C'est-à-dire que nous n'admettons pas que le Datura stramonium et sou alcaloïde, la daturine, agissent d'une façon absolument identique.

Voyons maintenant l'analyse des effets pharmaco-dynamiqucs de la daturine.

a. Appareil digestif. Les principaux effets sur cet appareil sont les suivants : sécheresse de bouche et de gorge, rougeur de la muqueu^e bucco-pliaryugienne : d'oii soif intense, dysphagie, et puis sympathiquement gastralgie, nau>ées, voini>sement. Rarement on voit se produire de la diarrliée, si ce n'est avec les doses faibles, et du méléorisnie. Celle-ci résulte sans doute d'une excitation des muscles intestinaux.

Laurent y voit le résultat des troubles circulatoires ; olighémie, hyperéraie, mais sans donner la preuve de ces (roubles.

b. Appareil circulatoire. La daturine à dose élevée stimule d'abord l'action cardiaque, pour l'affaiblir et la paralyser ensuite, et le plus souvent elle diminue la tension vasculaire des artères, contrairement aux doses faibles qui l'augmentent. Le pouls a été trouve intermittent. Il s'accélèie même après la section du nerf vague, ce qui fait dire à Lemaltre que c'est en agissant furies parties périphériques de ce nerf que la daturine modifie la circulation et la respiration. Et Laurent a vu un chien mourir subitement par arrêt du cœur après une injection de 15 cenligrammes en deux fois.

Je rappelle que localement la daturine peut agir sur la circulation. Sa solution mise sur la membrane inlerdigiLile d'une grenoudie ralentit, puis arrête la circulalion capillaire. Cette même s(du(.ion, agissant sur le cœur de ce batracien topiquemenl, diminue le nombre de ses bnUemenls.

c. Appareil respiratoire. L'alcaloïde du datura affecte peu cet appareil. Cependant nous noterons l'accélérutitm assi z forte des mouvements respiratoires vers k fin de l'empoisonnement par les hautes dotes. Les faibles doses produisent

DATURINE (action physiologique).] 35

un effet analogue. Cette accélération se manifeste même après la section des nerfs vagues (Laurent).

d. Calorificalion. A dose faible il y a élévation'de la température; à dose élevée, neuf fois sur dix il y a abaissement.

e. Sécrétions. La daturine paraît tarir la plupnrt des sécrétions. Elle sèche la bouche et les bronches, comme on le sait, et vraisemblablemeut elle diminue la proportion de rurine et la rend albumincuse et sucrée (?) (Lemaltr ;). Eufin, si dans certains cas elle détermine la production d'une sueur froide, d.uis d'autres on la voit arrêter des diaphorè^es anormales.

f. Action sur le système nerveux. C'est sans contredit la mieux, déterminée, celle ([u'ont bien débrouillée les expériences physiolo-^iques sur les auimmx.

La daturine alfecte sans aucun doute les centres tout d'abord, paralysant à haute dose la vue, l'ouïe, affaiblissant ou détruisant les manifestations intellectuelles 11 est possible, ain>i (ju'on l'a écrit dans certains livres, (jn'eile donne des hallucinations, du délire, mais ces assertions me paraissent plutôt t!i'ori([ues que basées sur des faits précis. Jusqu'ici aucune observation chez l'homme; n'autorise à dire que la daturine détermine des hallucinations et du délire, car fort heureusement la science n'a pas eu encore à enregistrer de cas d'empoisonnement par cet agent énergique.

Les chiens empoissonnés par des doses fortes de cet alcaloïde sont pris, à la suite d'une première période d'affaissement, du besoin de courir, d'aboyer avec force ; ils perdent la coordination de leurs mouvements, ont souvent des mouvements de manège (Lemaltre) analogues à ceux qu'ont ces mjmi^s animaux affeclés d'une lésion de la protubérance.

Après celte crise, ils retombent dans le collapsus, sont pris ensuite de convulsions comme tétaniques, rarement cioni(iues, et ils meurent dans un état de paralysie généralisée: paralysie des membres, de la vessie, etc. La sensibilité, exagérée parfois au début de remiioisunnenient, s'affaiblit à la (in et disparaît. On pi^ut afiirmer toutefois que la daturine n'est rien moins qu'un a:iesthisique, bien qu'elle se montre dans certains cas douée de vertus analgésiques.

Mode d'action. Cet alcaloïde affecte évidemment les centres nerveux : encéphale et moelle épinicre, et dans ces centres il frappe sans doute plus-particulièrement les hémisphères, la protubérince annulaire, le bulbe et les cardans antéro-lalérmx de la moelle; enlin il alleiut d'autre part le grand sympatiiique, ainsi qu'en témoi;<nent les troubles intellectuels ou de l'iuslinct (hénispîières), l'absence de coordination motrice (protubérance), les troabhs cu'cula'oires et res[iir-atoires (bullie et grand sympathique), l'état convulsJf et paralytique (moelle épinicre).

Les iivissont partagés quant à son action sur les nerfs. Lemattre affirme que chez la grenouille il détruit complètement l'excitabilité des nerfs, l'excitabilité scnsitive disparaissant d'abord, l'excitalùlité motrice ensuite, et cela de la périj)héiie au centre. Au contraire, Laureo' est d'avis que la daturine n'ubolit ni la nioliicité nervense, ni la sensilàlilé. Cette dernière opinion me paraît vraisemblable, car elle se bas^ sur des expériences bien concluantes.

En revanche, tous les expérimentateurs s'accordent à dire que l'irritabilité musculaire n^est pas le moins du monde modifiée par le poison.

Une question importante, à mon avis, a préoccupé quelques observateurs, cel'e de l'origine de la myJriase daturiqiie. 11 paraît aujourd'hui prou\é que la dilatation pupillaire ne résulte pas de la paralysie de la troiMÔme paire et qu'il

56 DATURINE (action physiologiqde).

faut dès lors l'attribuer à une action du grand sympathique, lequel agirait sur les fibres rayonnées de l'iris. En effet, si l'on sectionne la troisième paire et qu'on insiille dans l'œil une solution dedalurine, on détermine encore une dilatation pupillaire.

Maintenant on peut se poser une dernière question à propos de l'action de l'alcaloïde sur le système nerveux : celle de savoir s'il impressionne la substance nerveuse directement, ou bien s'il l'atteint indirectement par les troubles circulatoires qu'il détermine et que nous allons décrire dans un instant.

Laurent opine pour cette dernière opinion. Pour lui la daturine doit ses propriétés stupéfiantes à ses effets sur le système circulatoire. Tout d'abord elle détermine de l'olighémie cérébrale ou médullaire, d'où le délire, l'affaiblissement musculaire, les hallucinations, la parésie des membres postérieurs ; ensuite survient riiyperémie, d oii di'rivem l'insensibilité et le coma. Je ne puis me rallier à cette manière de voir, qui n'est fondée sur aucun fait observé. J'admettrais plus volontiers une impression sur la substance nerveuse, impression directe, tout en reconniissant qu'il s'agit dans l'espèce d'une simple présomption.

Lésions pathologiques. Ce sont des lésions banales que l'on retrouve dans une foule d'empoisonnements; elles n'ont rien de spécial au poison (|ue j'étudie.

Le tissu nerveux n'offre aucune altération perceptible à l'aide de nos moyens actuels d'observation. Mais les méninges cérébrales sont très hyperémiées, surtout du côté de la base du cerveau; les plexus choroïdes sont turgidcs au niveau des ventricules latéraux. Laurent, de son côté, a observé des suffusions sanguines à la base de l'encéphale et des hémoirhagies dans l'épaisseur de la pie-mère.

Les poumons offrent également des traces manifestes de congestion, surtout à la périphéiie, et parfois des noyaux liémorrhagiques. Ces congestions sont hémorrliagiques et non pas phlegmasiques, comme l'a constaté Lemattre, c'est-àdire qu'on ne trouve à l'examen microscopique aucune trace de processus inflammatoire. Toutefois Schroff a vu chez le lapin de la pneumonie, qu'il attribue à une action du poison sur le nerf de la huitième paire.

Le cœur est flasque, rempli de sang noir à moitié coagulé.

En définitive, rien de caractéristique : c'est pourquoi, dans le cas d'expertise médico-légale, il serait utile de faire intervenir d'autres données que celles résultant d'un examen nécroscopique, pour asseoir un jugement solide. Voyons donc, à ce propos, quelles seraient les ressources à mettre à profit.

RECKEncHEs MÉDICO-LÉGALES. Dahs un cas d'empoisonnement parle datura ou la daturine, Userait possible de retrouver pour ainsi dire le corps du délit ou tout au moins les preuves manifestes de son existence dans deux sécrétions : l'humeur aqueuse et l'urine.

On s'est assuré maintes fois que la daturine passe dans l'humeur aqueuse de l'œil, laquelle prend alors des propriébis mydriatiques. De sorte qu'il suffit d'extraire celte humeur et d'en instiller quelques gouttes dans l'œil d'un animal, le chat, par exemple, très-sensible à l'action des mydriatiques (Tardieu, A. Roussin), pour déterminer une dilatation caractéristique. Il est vrai que, s'il s'agissait de l'empoisonnement par la belladone, la jusquiame ou leurs alcaloïdes, on obtiendrait le même effet physiologique. Toujours est-il qu'on aurait ainsi la preuve manifeste d'une intoxication par les seuls poisons mydriatiques que nous connaissions jusqu'à présent : datura, belladone, jusquiame, duboisia myoporoïdos, ou leurs alcaloïtles : la daturine, l'atiopine, l'hyoscyamine, la duboisinc.

DATURINE (emploi médical). 37

Mais on peut retrouver la daturine en nature dans l'urine, ainsi que l'a prouvé en 1847 Allan. qui a pu extraire l'alcaloïde par la méthode de Henry, dans trois cas d'empoisonnement jiar le Datura stramonium.

Runge avait indiqué longtemps auparavant que le principe vénéneux du datura s'élimine par l'urine, car, nourrissant des lapins avec du datura, il avait constaté que leur urine acquérait des propriétés mydriatiques.

Ce fait, contesté par Orlila, a été vérifié souvent depuis (Lemattre, Laurent et Oui mont), de sorte qu'il est maintenant hors de doute.

Il suffit de soumettre l'urine suspecte à la dialyse par le procédé de Graliam pour en re'.irer la daturine, ou plutôt un liquide contenant cet alcaloïde. Pour l'obtenir en nature, Lemattre conseille d'opérer ainsi qu'il suit. On verse dans le liquide dialyse une solution d'iodure mercuro-potassique, il se forme un précipité d'iodure double de mercure ou de daturine : on le fait dissoudre dans l'alcool bouilLint et l'on traite par AzH*S. Il en résulte du sulfure de mercure insoluble et un iodure double de daturine et d'ammonium, soluble dans l'eau et très-inydria tique.

Je pense que la chimie perfectionnera ce procédé encore imparfait et offrira au médecin légiste un produit absolument pur susceptible d'être expérimenté sur les animaux, qui restent jusqu'ici les meilleurs réactifs vis-à-vis des alcaloïdes organiques, particulièrement de la daturine et de ses congénères.

§ III. Er.-.ploi médical. La daturine est très-toxique, plus toxique même que l'atropine, qui pourrait la remplacer dans toutes ses applications médicales; aussi bien est-elle rarement employée. Il faut bien reconnaître toutefois que peu de médecins ont recherché les propriétés thérapeutiques de cet alcaloïde, d'un prix assez élevé et difficile à manier. Nous regrettons malgré cela de voir si complètement négligé ce médicament, doué d'une grande puissance et susceptible d'être administré par la voie hypodermique ; deux conditions que recherchent aujourd'hui la plupart des praticiens.

On comprend que la daturine peut avoir toutes les applications du datura. Cependant ou en a plus particulièrement conseillé l'usage dans quelques affections: névroses douloureuses ou convulsives, affections spasmodiques, hypercrinies, incontinence d'urine, constipation. Mais c'est à titre de mydriatique qu'elle est surtout entrée dans notre arsenal thérapeutique.

11 est bien évident que dans le grand groupe des névroses la daturine doit réussir à l'égal des préparations de datura, mais, je le répète, nous n'avons pas à cet égard de données assez précises pour pouvoir rien affirmer.

Dans l'asthme idiopathiqne, où le datura réussit souvent avec une merveilleuse efficacité, on n'a pa?, que je sache, essayé les injections hypodermiques de daturine. Il est si simple de recourir à la salutaire cigarette ou bien aux fumigations autres ! A propos de l'incontinence d'urine, de la constipation, de la bronchorl'hée, de la salivation, des sueurs morbides, les mêmes réflexions s'imposent. Nous avons dans l'extrait de datura ou de belladone, dans l'hyoscyamine, des moyens non moins efficaces et plus inoffensifs.

Il faudrait, il me semble, limiter les applications de la daturine aux névroses et aux maladies des yeux ; le champ est ainsi déjà suffisamment vaste. Je répète qu'en ce qui touche les névroses l'emploi de ce médicament est resté jusqu'ici purement théorique. Au contraire, certains oculistes l'ont conseillé comme mydriatique et insistent sur ses avantages.

,38 DATURINE (emploi médical).

Jobert (de Lamballe) lui donnait la pn féience sur l'atropine, la considérant comme plus active, moins désagréable pour les patients et d'une innocuité plus grande. Elle est, disait encore rémiiient chirurgien, d'une action plus durable, ce qui est contestable, toujours en tant que mydriatique.

Fano conseille aussi la duturine, mais non ses sels, de préférence à l'atropine, parce (|ue, suivant lui, elle est moins irritante pour l'œil que celle-ci, même avec le colluc à 0,05 centigrammes pour 50 grammes d'eau distillée, d'un titre assez élevé, ce me semble.

On a vu encoie la daturine réussir à produire la dilalation pupillaire dans certains cas de kératites vasculo-plastiques chroniques, alors que l'atropine échouait. Bien plus, même quand l'alcaloïde du datura n'arrive pas chez les sujets atteints de celte ophthalmie à dilater la pupille, son action n'est pas nulle pour cela : il diminue le calibre des vaisseaux de la cornée et finit par triompher du mal.

Je ne veux pas me prononcer, dans ce débat, pour ou contre les partisans de la daturine, ou admettre sa supériorité ou son infériorité vis-à-vis de l'atropine. Cependant je dois dire que bien rarement on la prescrit actuellement comme mydriatique, tandis que l'alropinc est universellement employée dans ce but et rend d'immenses services. Ceci résulte-t-il d'un ouhli en ce qui concerne le principe du dalura, ou bien n'est-ce qu'une affaire d'habitude quant à l'atropine? C est ce que je ne saurais dire. A priori, j'opinerais pour l'équivalence des deux médicaments.

La dal urine a été essayée encore, dans le tremblement mercuriel et dans le tremblement sénile, par Oulmont et Laurent, mais les observations rap[)ortées par ces observateuis ne me paraissent nullement plaider en faveur de l'eilicacité du médicament contre ces accidents.

Voici, par exemple, l'analyse succincte d'un cas de tremblement mercuriel traité paria daturine, qu- prouvera bien ce que je viens d'avancer. Un ouvrier chapelier, après a\oir travaillé dans une atmosphère chargée de vapeurs mercurielles, est atteint de tremblement assez marqué. On le met à l'usage de la daturine, d'abord à la dose de 5 milligrammes en pilules. On constate aussitôt la dilatation pupillaire, des troubles de la vue rendant la lecture impossible, de la céphal.ilgie et de l'insomnie. — 4 milligrammes : secousses convulsives, douleurs dans les membres, céphalalgie assez forte, mêmes troubles de la vue. — 5 milligiammes. L'accoutumance semble se faire et le patient ne se plaint que de sécheresse de la bouche. — 6 milligrammes : sommeil louid, agité, rêves, le tremblement semble un peu moindre. — 7 milligrammes, puis î:', 9 et 10 milligrammes Alors la marche devient incertaine, soubre?auts assez violents dans les membres. Le tremblement n'est nullement modifié, et l'on supprime le médicament.

Modes d'administration et doses. On peut administrer la daturine en solution par la 1,'ouche ou en injection hypodermique et en pilules.

Je ra[)pelle que l'alcaloïde est peu soluble dans l'eau, mais très-soluble dans l'alcool.

Les doses varieront suivant l'âge et les susceptibilités individuelles.

Aux enfants on pourrait donner quelques milligrammes : 1 à 5, suivant l'âge. Au\ adultes on administrera de 2 à 10 milligrammes progressivement.

Il faut se souvenir que la daturine, comme l'atropine du reste, s'élimine assez lentement de l'organisme. Donc les doses finissent par s'accumuler, de sorte que

DATURINE (emploi jiédical). 59

l'on s'exposerait à des accidents graves, si l'on ne suspendait pas de temps en temps l'usage du médicament.

Synergiques, antagonistes. Les agents synergiques de la daturine sont évidemment l'atropine, la duboisine et riiyoscyamine, soit comme mydriatique, soit pour les usages à l'intérieur. J'ai déjà dit à propos de l'emploi de la daturine en oculistique qu'elle possède moins d'énergie que l'atropiue : elle agit plus lentement et son action est moins durable. C'est pourquoi Elie Percepied propose d'en réserver l'usage aux seuls cas où il est nécessaire de dilater la pupille pour pratiquer un examen opbllialmoscopique.

A l'intérieur on peut substituer l'un à 1 autre les alcaloïdes que nous venons de nommer. Leurs effets ont la plus grande analogie. L'intensité d'action n'est eependant pas la même. On pourrait vraisemblablement sous ce rapport les classer dans l'ordre suivant : duboisine, daturine, atropine et byoscyamine. Cette dernière est la plus facile à manier. Elle ne trouble pas l'action du cœur à dose faible comme le fuit la daturine; el'e régulariserait plutôt l'action de cet organe (Laurent). D'autre part, si elle donne du délire, c'est un délire calme et non furieux comme celui de la daturine (Scbroff).

La daturine, en effet, agit vivement sur la circulation. Elle va jusqu'à donner des inlermitlences du pouls. Topiquement même, sur la patte de la grenouille, elle arrête plus vite que 1 atropine la circuljlion capillaire. Parmi les antagonistes de la daturine, il faut citer l'opium ou la morphine, vantés souvent comme antidotes dans Lempoisonnement daturique. La question n'est cependant pas encore jugée et il y a lieu d'altcndre de nouveaux faits pour se prononcer.

L'ésérine, le principe actif de la fève du Calabar, si l'on s'en rapporte aux expériences bien conduites du docteur Amagat, serait le meilleur antagoniste que nous connaissions du pi'incipe actif du dalura. La daturine met obstade à la production de l'ésérisme; elle empêclie les lapins empoisonnés par l'ésérine de succomber. Et inversement l'alcaloïile delà fève du Calabar combat le daturisme chez les pigeons. De sorte que, dit le docteur Amagat, la daturine est l'antagoniste à peu près complet de l'ésérine. Évidemment il ne faudrait pas prendre absolument à la lettre cette conclusion et administrer l'ésérine dans le cas d'intoxication par le dalura ou son principe, avant que des expériences nouvelles nous aient absolument édifiés sur la valeur de l'antagonisme présumé. Mieux vaudrait en pareil cas recourir au café, au sulfate oubrombydrate de quinine, à titre d'agents décongestionnant les centres nerveux; aux affusions froides, aux révulsifs cutanés.

Suivant Garrod, la potasse et la soude neutralisent l'action de la daturine. Dans un verre à expérience, soit; mais dans l'économie c'est tout autre chose. Aussi ne doil-on pas compter sur ces agents chimiques pour combattre un empoisonnement jiar la daturine. J'en dirai tout autant de l'iodure de potassium ioduré préconisé par Boucbardat. Ce sont là des faits de laboratoire qui n'intéressent pas le clinicien. Ernest Labbée.

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