L. Hx
§ IV. Médecine légale. {Voy. StaPHISAIGRE.)
DELPHiniiuin (T., Inst., 426, t. 241). Genre déplantes de la famille des Renonculacées, à fleurs irrégulières, que généralement on distingue génériquement des Aconits par ce fait que le sépale postérieur ou supérieur de ses fleurs est conformé en éperon et non en casque; mais nous avons depuis longtemps fait voir ( in Adansonia, IV, 11 ; Hist. des plant., 1, 51) que cette différence n'existe réellement pas, ou plutôt qu'il y a toutes les transitions possibles entre l'éperon aigu des Delphinmm ei le casque plus ou moins obtus des Aconits; si bien que pour nous ces derniers ne peuvent constituer qu'une section dans le genre Delphinium. Aussi n'avons-nous pas à insister ici sur les autres parties de la fleur : pétales (staminodes), étamines, carpelles des Delphinium, qui, avec des variations de nombre, sont organisées au fond comme dans les Aconits proprement dits. hes Delphinium de la section Consolida (DC, Sijst., I, 541 ; Prodr., I, 51) sont des berbes annuelles dont la fleur n'a qu'un carpelle, et dont le staminode pétaloïde postérieur est le seul qui existe, plus ou moins bilobé supérieurement, chacun de ses lobes répondant à une des loges de l'anthère pétalifiée. Les espèces de cette section qui ont joué un certain rôle en médecine sont :
Le D. AjacisL. {Spec, 748), l'un des Pieds d'alouette des jardins, encore nommé Fleurs royales, souvent cultivé chez nous comme plante annuelle, et dont la tige dressée, subglabre, simple ou peu ramifiée, à rameaux à peine divergents, se termine par une ou plusieurs longues grappes de fleurs blanches, bleues ou roses, etc. Les pédicelles floraux sont à peu près de la longueur des fleurs, et les carpelles sont pubescents. Le suc des fleurs a été employé comme substance colorante, surtout avec l'alun, par les peintres, les confiseurs. La plante elle-même teint en jaune verdâtre, et les graines ont été substituées à celles de la Staphisaigre. Le D. ornatum Bouch. est aussi souvent cultivé dans les jardins que le D. Ajacis dont il n'est peut être qu'une forme, et ses propriétés sont les mêmes.
Le D. Consolida L., espèce commune dans nos moissons, et à fleurs bleues, ou plus rarement blanches ou roses, a des tiges dressées, subglabres, mais à ramifications divariquées, à fleurs peu nombreuses et bien plus lâchement disposées. Les pédicelles sont plus longs que les fleurs, et les carpelles sont glabres. Cette plante est la Consoude royale, encore appelée Éperon de Chevalier, É. de la Vierge, Pied d'alouette des moisso7is, des champs, Delphinelle, Moine, Herbe Sainte- Athalie, H. d'amour, H. du cardinal, Fleur d'amour. C. Bauhin
544 DELPIIINIUM.
la nomme Consûlida regalis arvemis, et Murray Consolida regalis seu Calcitrapa. Sa saveur est amère. C'est une plante suspecte, comme les Aconits, quoique moins active. On l'a conseillée comme diuiétique et contre les obstructions des viscères de l'abdomen, la goutte, la gravelle, les hydropisies, les affections de l'appareil urinaire. En Angleterre, on vante sa teinture alcoolique contre l'asthme et les dyspnées nerveuses. Ses graines peuvent se substituer à celles de la Staphisaigre ; elles ont été employées au traitement de la gale, de la phtliiriase, et ses fleurs ont été préconisées comme antiophthalmiques (Gaz., PI. méd. indif/., éd. 5, 832), Le D. ornatum en a aussi été supposé une forme.
LeZ). tenuissimum Sibth. et Sm. {FI. grœc, t. 505), espèce grêle, à longs pédicelles floraux, originaire de Grèce, passe pour avoir les mêmes propriétés que le D. peregrmwn.
Dans la section Delphinellum, caractérisée par des staminodes pétaloïdes ordinairement dédoublés, des tiges annuelles et un gynécée tricarpellé, nous trouvons comme espèce employée :
Le D. peregrinum Lamk (Dict., II, 264), nommé aussi D. cardiopelatum (DC, Syst., I, 347 ; Prodr., I, 52, n. 13). Sa tige est dressée, peu ramifiée, et ses feuilles sont triséquées, glabres, avec les segments multifides. Les grappes de fleurs sont serrées, et les staminodes pétaloïdes sont stipités, avec le limbe suborbiculaire et souvent cordé à la base. Cette plante se trouve dans les vallées pyrénéennes. Elle a été vantée, comme le D. tenuissimum, contre la morsure et la piqûre des animaux venimeux. On les prescrivait en boisson, dans du vin. On les a aussi recommandées, dans Tltalie méridionale, contre les fièvres intermittentes.
Les Delphinium de la section Delpldnastrum sont caractérisés par une tige vivace et des fleurs à 4-5 carpelles, dans lesquelles les staminodes pétaloïdes inférieurs sont bilobés ou bifides et barbus. Leur éperon calicinal est allongé et renferme deux bases calcariformes de staminodes. A cette section se rapportent :
Le D. grandiflorum L. {Spec, éd. 1, 581 ; éd. 2, 749), espèce sibérienne et chinoise, à feuilles palmées et multipartites, à staminodes pétaloïdes plus courts que le calice. On le cite comme narcotique et comme guérissant les céphalalgies, les flux, l'épilepsie, la syphilis, etc., etc. Les mêmes vertus ont été attribuées aux D. amœnum Stev., cheilanthumYiscïi., cuneatum Stev., dasycarpum S'rE\.,dyctiocarpum DG., flexuosum Bieb., hybridum\\.,puniceum?khh., palmatifidum DG., triste Fisch., mais ces espèces ne sont pas usitées.
Dans les Delphinium.àe la section Staphisagria (dont on a fait aussi un genre distinct), le sépale postérieur possède un éperon qui est relativement plus court et plus large que dans les types précédents, et son extrémité est légèrement bifurquée. Le staminode pétaloïde superposé, dépassant les sépales, est sessile et s'allonge en bas en une double corne épaisse, creuse et glanduleuse, tandis que son limbe est profondément bilobé. Il y a ordinairement des staminodes latéraux, et les antérieurs sont tantôt présents, et tantôt absents, de sorte qu'il peut y avoir huit staminodes avec cinq sépales. Les graines sont comprimées, déformées, réiiculées à la surface. Ce sont souvent des plantes annuelles. Le type de cette section est la Staphisaigre {Delphinium Staphisagria h., Spec, 750), on Herbe aux poux, aux pouilleux, à la pituite, pédiculaire. Mort aux poux, etc. Son éperon calicinal est très-court, et son pédicelle floral porte
DELTOÏDE (anvtomik). 545
deux bractéoles inséi'ees vers sa base. Ses feuilles ont le pétiole poilu, et ses pédicelles floraux sont deux fois plus longs que la fleur. Ses graines sont inégalement et obliquement à facettes, collées plusieurs les unes contre les autres cl déformées par leur compression réciproque. Leur surface rugueuse-réticulée, à mailles inégales, est d"un brun grisâtre. C'est une plante méditerranéenne ; elle se rencontre aussi à Ténérifte. Elle est bisannuelle, et ses feuilles palmatinerves, dont les nervures sont saillantes en dessous et souvent dessinées en blanc à la face supérieure, sont profondément lobées, avec les lobes inégalement et profondément dentés.
Le D. Requienil DG. (Fl.fr., V, Ui ; Syst., I, 562 ; Prodr., I, 56), dont les graines ont les mêmes propriétés que celles du D. Staphisagria, n'en est peutêtre qu'une forme. Son éperon est plus long, presque égal au limbe du calice ; ses pétales sont poilus, et les bractéoles florales s'insèrent plus haut, vers le milieu du pédicelle. Cette plante se trouve en Corse, dans le midi de la France et en Italie.
LeZ). pictum W. {Enwn., 574), dont Laraarck ne faisait, probablement avec raison, qu'une variété du D. Staphisagria, et qui a aussi les mêmes propriétés, est originaire de l'Europe méridionale. Il a un éperon presque aussi long que le limbe calicinal, des pétioles pubescents, des pédicelles floraux à peine plus longs que la fleur, et des bractéoles latérales insérées" vers la base du pédicelle. Pour nous les trois plantes ci-dessus appartiennent comme variétés à une seule et même espèce, le D. Staphisagria {Voy. Staphisaigre). II. BiN.
Bibliographie. — L., Gen., n. (381. — DC, Prodr., I, 51. — Deless., Icon. sel., I, t. 50-6Ô. — Endl., Gen., n. 4796.— Mkr. et Del., Dict. Mat. mcd., If, 611. — Guib., Drog. simpl., éd. 7, III, 768. — B. H., Gen., l, 9, n. 25. — Bosexth., Si/n. pi. diaphor., 614. — II. Bn., Hist. des plantes, I, 28, 7i», 85, ttg. 49-58. H. Bn.
DELPIT. Médecin français, reçu docteur à Montpellier en 1793, exerça avec distinction son art durant le premier tiers du siècle actuel à Baréges, où il fut médecin en clief de l'hôpital militaire et inspecteur-adjoint de la Commission des eaux minérales de France. A partir de i(SI8 il collabora au Dictionnaire dea sciences médicales édité par Panckoucke. 11 fut membre correspondant de l'Académie royale de médecine de Paris.
Delpit mourut en 1850, laissant:
I. Considérations sur les eaux minérales. In Journ. unir, des se, mêd., i. V-VIl,1817.
II. Aperçus lopograpliiques des Pyrénées pour servir d'introduction à l'histoire des eaux minérales de ces contrées. Ibid., t. VII, p. 257, 1817. — III. De V Auvergne, de ses eaux minérales et particulièrement de celles du Mont d'Or. Ibid., t. X, p. 137, 1818. — IV, Dissertation sur une maladie nerveuse. In Bec. périodiq. de la Soc. de mêd. de Paris de Sédillot, t. XXXIII, p. 129. — V. Observations et notes sur des maladies nerveuses extraordinaires et rares. In Dibl. méd., 1817, et Annal, de la Soc. de méd. prat. de Montpell., t. XLIV, p. 141. — VI. Autres articles dans divers recueils et dans le Dict. des se. médicales à partir du t. XXIV (1818). L. Hv.
DELTOÏDE. Le deltoïde {sus-acromio-clavi-huméral de Dumas ; sus-acromiohuméral de Chaussier) est le muscle du moignon de l'épaule. H est ainsi appelé en raison de sa forme, qui est celle d'un delta renversé (v). C'est le plus volumineux et le plus puissant de tous les muscles du membre supérieur. D'une façon générale, il serait plus développé chez l'homme que chez la femme; dans l'un et dans l'autre sexe, il serait plus marqué à droite qu'à gauche; dans les professions qui exigent des mouvements répétés d'élévation et d'abduction des bras
DICT. ENC. XXVI. 55
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(chez les boulangers, par exemple), il aurait des dimensions plus considérables. Triangulaire, massif, il enserre, en avant, en arrière et en dehors, à la manière d'un capuchon, l'articulation scapulo-humérale et les parties molles qui en dépendent.
Insertions. Comme l'a démontre Winslow, le deltoïde se compose d'un certain nombre de faisceaux musculaires, rayonnant de son sommet à sa base, et groupés en trois chefs distincts. Ces chefs, plus ou moins séparés supérieurement et soudés inférieurement, ont des insertions différentes :
Le chef antérieur ou claviculaire s'insère en haut, au liers externe du bord antérieur de la clavicule, et, en bas, au bord interne ou vertical de l'empreinte deltoïdiennc de l'humérus, autrement dit, à cette portion du bord antérieur de l'os comprise entre la gouttière de torsion et l'insertion du grand pectoral. Ce chef est dirigé obliquement de haut en bas, d'avant en arrière et de dedans en dehors. Inférieurement, son tendon se loge au-dessous de celui du chef moyen, et adhère parfois à celui du grand pectoral.
Le chef postérieur ou spinal, plus large, moins épais que le précédent, se fixe en liaut, au moyen d'une aponévrose nacrée triangulaire, à tout le bord postérieur de l'épine de l'omopkte, et, en bas, au bord postérieur ou oblique du V deltoïdien, e'est-à-dire immédiatement au-dessus de la gouttière de torsion. Tendineux dans son quart supérieur et charnu dans tout le reste de son étendue, ce chef est dirigé obliquement de haut en bas, d'arrière en avant et d e dedans eu dehors.
Le chef moyen ou acromial, le plus considérable et le plus grossièrement
fascicule, s'attache, en haut, au bord externe ou convexe de racromion, et en
bas, à la crête rugueuse verticale qui divise l'empreinte deltoïdienne. H se porte
en bas en décrivant une courbe plus ou moins marquée à convexité externe.
En résumé, le deltoïde, dans son ensemble, s'insère : d'une part, 1" au tiers externe du bord antérieur de la clavicule, c'est-à-dire à la partie concave du bord antérieur de cet os ; 2" au bord externe ou convexe de Lacromion ; 5" au bord postérieur de l'épine scapulaire, dans toute son étendue;
D'une autre part, à l'empreinte deltoïdienne de l'humérus.
Les insertions scapulo-claviculaires du deltoïde correspondent exactement à celles du tiapèze, et les deux muscles, bien qu'indépendants dans l'espèce humaine, paraissent n'en constituer qu'un seul coupé par une intersection osseuse. L'anatomie comparée démontre, en effet, que dans un grand nombre d'animaux ces deux muscles ont d'étroites connexions. Ainsi, pour ne parler que des chefs claviculaires du trapèze et du deltoïde, dans les mammifères non clavicules, le cléido-occipital se soude à la portion claviculaire du trapèze et à celle du deltoïde, qui sont dctacliées des portions scapuiaires, pour former un muscle unique allongé étendu du basi-occipital à l'humérus. Ce muscle, auquel on donne le nom de céphalo-huméral, offre constamment sur sa face profonde une intersection qui représente la clavicule. Cette intersection est fibreuse chez les animaux qu'on dit être non clavicules; cartilagineuse chez les chiens; en partie cartilagineuse et en partie osseuse chez le lapin. En fait, la séparation des chefs antérieurs du trapèze et du deltoïde et le développement de la clavicule s'opèrent, en raison de l'évolution, par suite d'une transformation de tissus, transformation î'.dmise en anatomie pathologique, en histologie et en embryogénie.
Rapport. Le deltoïde étant triangulaire, on doit étudier les rapports de sa face externe, de sa face, interne, de sa base, de son sommet, de ses angles et de ses bords latéraux. Sa face externe superficielle ou convexe est recouverte par
DELTOÏDE (axatomie). 547
une mince lame aponévrotique très-adhérente aux fibres musculaires, qui la sépare de la peau. Entre cette lamelle conjonctive et la peau on trouve ?es fibres du peaucier, quelques-unes des branches nerveuses sus-acromiales du plexus cervical superficiel, le rameau cutané de l'épaule du nerf circonflexe et diverses artérioles et veinules sans nom.
Sa face interne profonde ou concave est également doublée par un feuillet aponévrotique, mais celui-ci est plus dense, plus épais que le feuillet de la face externe. Cette face interne embrasse le tiers supérieur de l'huméius, elle est en contact d'avant en arrière : avec l'apophyse coracoïdc, le ligament coracoacromial, le tendon du grand pectoral, le coraco-brachial, le tendon du petit pectoral, le biceps, l'articulation scapulo-humérale, le tendon du sous-scapulaire, la grosse tubérosité de l'humérus et les trois muscles qui s'y insèrent : le susépineux, le sous-épineux et le petit rond; le grand rond, le triceps brachial, les vaisseaux et les nerfs circonflexes. Une bourse séreuse sous-deltoïdienne, plus ou moins marquée, est interposée constamment entre le trochin humerai et le deltoïde. Le bord antérieur mousse, saillant, oblique en bas et en dehors, est détaché du grand pectoral par un sillon plus ou moins large, comblé par du tissu cellulaire dans lequel cheminent la veine céphalique et une branche de l'acromiothoracique. Ce bord, visible à travers la peau chez les individus maigres, est, d'après M. Farabeuf, la limite extrême, en dehors, de l'incision tracée au-dessous de la clavicule dans la ligature de l'axillaire à sa partie s\ipérieure.
Le bord postérieur, tranchant et mince en haut, où il est appliqué contre le sus-épineux, est épais lorsqu'il devient libi'e inférieurement. Oblique aussi en bas et en dehors, c'est à son niveau que se dédouble l'aponévrose d'enveloppe du muscle. Le sommet est en rapport avec l'extrémité supérieure bifide du brachial antérieur. C'est le lieu d'élection pour l'inoculation du vaccin et l'application des cautères. Nous n'avons pas à revenir sur la base et sur les angles latéraux dont nous avons donné les connexions, lorsque nous avons traité des insertions supérieures du muscle.
Structure. 11 faut considérer ; la gaine aponévrotique, le tissu musculaire, les vaisseaux et les nerfs, la bourse séreuse sous-deltoidienne.
Gaîae aponévrotique. Le deltoïde est contenu dans une gaîne aponévrotique faisant suite à la lame aponévrotique qui maintient le sous-épineux contre roinopliite. Quand l'aponévrose sous-épineuse atteint le bord postérieur du deltoïde, elle se dédouble; son feuillet le plus épais, le plus résistant, passe en dehors de ce muscle, son feuillet le plus ténu, le plus faible, passe au-dessous. Le feuillet externe s'insère en haut aux mêmes surfaces osseuses que le deltoïde en bas, et se continue avec l'aponévrose brachiale, en avant avec l'aponévrose qui recouvre le grand pectoral. Le feuillet interne s'unit supérieurement au ligament coraco-acromien, et, inférieurement, à l'aponévrose brachiale et au périoste de l'humérus; antérieurement, il se fixe à la ,ourte portion du biceps et à l'aponévrose d'enveloppe du coraro-brachlal. Chacun des feuillets interne et externe envoie, par sa face qui est en rapport avec le deltoïde, des prolongements celluleux entre les fibres du muscle qui le divisent en faisceaux distincts. Cette gaîne a la texture cellulo-fibreuse des aponévroses des muscles larges. Tissu musculaire. Si tous les anatomistes sont d'accord sur la division du deltoïde en trois chefs, il n'en est plus de même en ce qui concerne le nombre de faisceaux dont est composé, par suite des prolongements celluleux interstitiels de la gaîne aponévrotique, chacun de ces chefs. Ainsi pour le chef acromial,
548 DELTOÏDE (anaïomik).
où la fasciculation est si apparente, ce nombre serait de 8 à 10, suivant Winslow; de 5, suivant Albinus; de 18 à 20, suivant Cruveilhier.
En présence de la diversile' des chiffres que j'ai notés, j'incline à croire qu'il y a là une question individuelle.
A peine manifestes dans les portions antérieure et postérieure, les faisceaux forment dans la portion moyenne de véritables muscles penniformes parallèles ou obliques.
Vaisseaux et nerfs. Les vaisseaux deltoïdiens proviennent des artères circonflexes antérieure et postérieure de l'acroniio-tboracique et des veines correspondantes. Les lymphatiques se rendent aux ganglions axillaires. Les nerfs émanent du circonflexe, le chef claviculaire reçoit quelques filets du nerf tboracique antérieur du plexus brachial.
Bourse séreuse sous-deltoidienne. Elle est interposée entre le feuillet interne de la gaine apouévrotique et la grosse tubérosité de l'humérus et les muscles qui en dépendent. Elle me semble constante. Plus ou moins prononcée, elle a pour usage de faciliter le glissement du trochin humerai sur la partie supérieure de la face interne du feuillet profond de l'aponévrose d'enveloppe du deltoïde, et sur la face inférieure de l'acromion, glissement qui a lieu, ainsi que le remarque M. Sappey, « non-seulement pendant l'élévation et l'abaissement du bras, mais aussi pendant les mouvements de rotation ».
Anomalies. Diminution du nombre des chefs. Otto a signalé la disparition du chef claviculaire, et Macalister celle du chef acromial (Olto, I*ath. Anat., 1850, p. 247; Macalister, Cat. of Muscular Anomalies. Dublin, 1872, p. 71).
Multiplication du nombre des chefs. Par suite de la scission de chacun des trois chefs principaux, le deltoïde peut être partagé en un plus grand nombre de portions. Sœmmerring et Macalister ont trouvé six ou sept segments presque séparés. Jenty dit avoir disséqué un deltoïde composé de 18 ou 20 muscles disti cts (Jenty, Course of Anatomico-Physiological Lectures, vol. 111, p. 252).
Indépendance des chefs. L'anomalie du deltoïde qui me paraît la plus fréquente, celle qui est indiquée par le plus grand nombre d'anatomistes et que j'iù rencontrée souvent, est celle qui consiste dans l'indépendance complète du chef claviculaire du reste du muscle. Alors le deltoïde est divisé en une partie postérieure plus grande, composée des denx chefs spinal et claviculaire unis comme d'habitude, et en une partie antérieure, plus petite, attachée plus en dedans de la clavicule que d'ordinaire. Le sillon celluleux qui sépare ces deux parties est quelquefois assez large. Une fois, Macalister a noté l'indépendance du chef spinal (Macalister, Co^ cit., p. 18).
Connexion plus intime du deltoïde avec les muscles voisins. Les libres claviculaires du deltoïde et du grand pectoral peuvent être fusionnées, de sorte qu'on croirait, à première vue, que le deltoïde se prolonge eu avant jusqu'au sternum. Je possède un dessin de cette malformation décrite également par Koster et Seiler (Kosler, Nederlandsch Arch. 1869, p. 595; Seiler, Observ. anat., fasc. I, Wurtemburg, 1808). Duméril a vu, dans un individu pliocomèle, le deltoïde, le grand pectoral et le grand rond n'avoir qu'un seul tendon (Duméril, Bull, de la Soc. philomatique, t. III, p. 122).
Sur un monstre, llaller a trouvé l'extrémité inférieure du deltoïde confondue avec le brachial antérieur (Haller, Op. anat. argument, vol. III, Lausanne, 1768, p. 25). Dans un homme bien conformé, M. le professeur Macalister a remarqué un échange de quelques fibres entre ces d«ux muscles. Sur un nèsre
DELTOÏDE (anvtomik). • 549
de l'île Saint-Dominique, M. Ghudzinski a vu un prolongement musculaire du deltoïde se fixer à la cloison inlermusculaire externe du bras.
Des fibres musculaires arciformes font communiquer assez fréquemment le deltoïde et le trapèze, au-dessus du bord postérieur de l'épine de l'omoplate.
Une réversion très-curieuse observée par le savant professeur de zoologie de l'Université de Dublin est la suivante : le cbef moyen du deltoïde ne prenait aucune insertion à l'os du bras et se perdait inférieurement dans l'extrémité supérieure du long supinateur, de manière (ju'une chaîne musculaire non interrompue existait en dehors, entre l'acroniion et l'exlrémilé inférieure du raduis (Macalister, Transactions oflhe Royal Irish Acad., vol. XXV, 1871).
Faisceaux surnuméraires. On a trouvé un faisceau étendu du bord vertébral du scapulum au sommet du deltoïde. Ce faisceau, qui peut se détacher d'un point quelconque du bord spinal de l'omoplate, et offrir plus ou moins de largeur et d'épaisseur, a été décrit par M. Gruber sous le nom de fasciciiho; infraspinatus deltoideus, et par Krause sous celui de basio-deltoideus. M. le docteur Knott en a observé deux cas (Kuott, Contributions to the Abnormal Anatomy of the Human Body, Dublin 1881).
D'après ce dernier anatomisle et M. le professeur Krause, les faisceaux aj)pelés casto-deltoideus, acromio-clavicidaris lateralis, ten^or fa^ciœ dflloideœ a fascia infra-spinata et tensor fasciœ delto'ideœ a margine axillari scapulœ (que nous allons décrire maintenant), bien qu'ayant des insertions différentes, en dedans et en dehors, chez l'homme, ne seraient d'après l'anatomie comparée, que des variétés du basio-deltoideus.
Le costo-deltoideus provient du bord axillalre du scapulum et va rejoindre l'omoplate. Les faisceaux costo-deltoïdiens [leuvent se détacher du bord axillaire au-dessous de l'épine, dans une étendue de 25 millimètres (Ghudzinski, Revue d'anthropologie, 1874); entre le grand et le petit rond (Galori, Meni. délia Acad. délie Scienze dell Institnto di Bologna, 2'' série, vol. VI, p. 237); entre le sous-épineux et le petit rond (Henle, Albinus), entre le petit l'ond et l'angle inférieur du scapulum.
L'acromio-clavicularis lateralis va de l'extrémité acromiale de la clavicule au deltoïde.
Les attaches et les insertions du tensor fasciœ deltoideœ a fascia infraspinata et tensor fasciœ deltoideœ a margine axillari scapulœ sont amplement indiquées par leurs noms.
J'ai vu seulement le basio-deltoideus et le costo-deltoideus qui sont d'ailleurs les faisceaux surnuméraires les plus communs.
Anatomle comparée. Si quelques-unes de ces anomalies sont encore inexplicables et constituent, sans doute, des monstruosités, la plupart d'entre elles reproduisent des dispositions animales. Le chef acromial du deltoïde existe seul chez les oiseaux (Lannegrâce, Myologie comparée des membres. Montpellier, thèse 1874, p. 94); dans la taupe la portion scapulaire paraît manquer (Meckel, Anat. comp., t. Yl, p. 257). Par contre, la subdivision du deltoïtle en plusieurs ventres se retrouve même chez les mammifères clavicules (il y en a 4 dans la marmotte). La séparation du chef claviculaire du reste du muscle est commune à tous les mammifères non clavicules, où ce chef est non-seulement distinct du deltoïde, mais encore forme, ainsi que nous l'avons dit, la partie inférieure du céphalo-huméral. La réunion de la portion claviculaire deltoïdienne aux deux autres marche en général de front avec le développement plus parfait de la clavi-
550 DELTOÏDE (physiologie).
cille. Dans les makis, où les trois chefs sont indépendants, le chef antérieur est uni étroitement au grand pectoral. Dans la marte, la portion spinale s'attache à l'aponévrose brachiale; chez les paresseux, le deltoïde envoie, par son bord interne, un prolongement musculeux à l'extrémité inférieure delà courte portion du biceps. Or, d'après M. Lannegrâce, dans les oiseaux le brachial antérieur se jette dans le biceps. Ceci éclaire d'un jour nouveau la question des échanges anormaux de fibres entre le deltoïde et le brachial antérieur dans l'espèce humaine. Le deltoïde provient à la fois de la clavicule, de l'épine du scapulum et du muscle sous-épineux dans les rongeurs (Meckel). Dans les anthropoïdes 06 deltoïde, d'après M. Alix, serait remarquable par la manière dont son faisceau postérieur recouvre toute la fosse sous-épineuse (Alix, Bull- de la Soc. anthrop. de Paris, 1869, t. lY, 2« série, 4^ fascicule, p. 556). Suivant Macahster, la bandelette musculaire trouvée par lui, entre l'acromion et l'apophyse styloïde du radius, chez un homme, serait l'homologue du tensor plicœ alaris des oiseaux. Si je m'en rapporte aux dissections de Krause et à mes propres recherches, il me semble que le basio-deltoïdien et ses variétés (costo-deltoïdien, etc.) représentent dans l'espèce humaine l'abducteur inférieur du bras des vertébrés inférieurs (Krause, Anat. des Kaninchen, 1868).
§ II. Physiologie. L'action du deltoïde a été bien déterminée par Ducheiine (de Boulogne). A l'aide de courants électriques, et en s'appuyant sur l'anatomie pathologique et la clinique, il a nettement indiqué les fonctions de chacun des faisceaux principaux de ce muscle et du muscle dans son ensemble. Une grande partie de ce qui va suivre sera donc empruntée aux travaux de ce regretté physiologiste {Physiologie des mouvements. Paris, 1867, p. 53).
Exposons d'abord les résultats fournis par l'électro-physiologie. L'excitation électri([ue des divers faisceaux du deltoïde montre :
I. Que la contraction du faisceau acromial élève directement l'humérus en dehors, et que celle des faisceaux claviculaire ou spinal élève l'humérus en le portant en avant ou en arrière.
IL Que le maximum d'élévation de l'humérus par la contraction isolée du deltoïde est à peu près la direction horizontale, et que ce maximum est atteint par la contraction des fibres les plus antérieures. Si, en effet, on promène d'avant eu arrière les rhéophores à la surface du muscle, on constate que le mouvement d'abduction du bras est de moins en moins prononcé; par les faisceaux antérieurs le bras fait avec la perpendiculaire un angle de 90", par les faisceaux postérieurs, il n'en fait plus qu'un de 45".
m. Que le tiers postérieur du deltoïde agit synergiquement avec les autres faisceaux pour soulever l'humérus jusqu'à ce que celui-ci fasse avec le tronc un angle de 45», mais qu'il devient immédiatement l'antagoniste de ces faisceaux, s'ils tendent à écarter davantage l'humérus du tronc. Bichat avait donc raison lorsqu'il disait que le deltoïde pouvait à la fois être élévateur et abaisseur du bras, mais il avait tort lorsqu'il attribuait ce pouvoir d'abaissement aussi bien au tiers antérieur qu'au tiers postérieur du muscle [Anat. descr., p. 226. Paris, 1846).
IV. Que l'élévation est plus facile et plus marquée quand l'os dubras'estdans la rotation en dehors que lorsqu'il est dans la rotation en dedans.
Dès que le bras est maintenu horizontalement par la contraction électrique du deltoïde, l'humérus changé de direction fait exécuter deux mouvements au scapulum : 1° un mouvement de bascule par lequel l'acromion est abaissé, tandis
DELTOÏDE (PHvsiOLoGir.).
que l'angle inférieur de l'omoplate (A) s'élève et se rapproche de la ligne médiane; 2» un mouvement de rotation sur un axe vertical placé au niveau de l'angle externe (cavité glénoïde) qui fait saillir sous la peau le bord spinal de l'os. Entre le hoi\\ spinal et le thorax, il se forme immédiatement une gouttière plus ou moins profonde [(B) voy.
fig. ci-contre empruntée à l'ouvrage de Duchenne de Boulogne]. Cette gouttière disparaît en même temps que l'acromion se redresse quand on porte les réophores d'une pile distincte sur le grand dentelé. Or, dans l'élévation horizontale volontaire du bras, chez un homme sain, jamais l'acromion ne se déprime, jamais il n'y a de gouttière entre le bord postérieur de l'omoplate et la cage thoracique, toujours la situation du scapulum est celle qu'elle affecte quand, l'humérus étant soulevé horizontalement par l'excitation électrique du deltoïde, ou a provoqué secondairement l'excitation électrique indépendante du grand dentelé. Ceci prouve que l'élévatiou physiologique du bras jusqu'à l'horizontal exige, outre la décharge nerveuse envoyée sur le deltoïde par la volonté, l'excitation synergique du grand dentelé.
Le bras soulevé par le deltoïde ne peut dépasser la direction horizontale. Les expériences ci-dessus et la conformation de l'articulation de l'épaule le démontrent. Le grand rond, faisant l'office d'un ligament, ne permet pas l'élévation exagérée del'humérns sur l'omoplate: cette élévation ne pourrait avoir lieu sans que la tête humérale frottant contre l'acromion ne sortît de la cavité glénoïde. Pour que le bras s'élève verticalement, il faut que le scapulum tourne sur son angle interne, de manière à élever comme une seule pièce l'angle externe de cet os et l'humérus étendu par le deltoïde. Ce mouvement de rotation de l'omoplate sur son angle interne est déterminé, comme l'ont prouvé d'autres expériences de Duchenne (de Boulogne), par le grand dentelé ou par les fibres de la partie moyenne de trapèze. Plus loin la pathologie nous dira lesquelles des fibres du trapèze ou du grand dentelé ont un rôle prédominant dans la production de ce mouvement. En somme, l'abduction du membre supérieur comprend deux temps : un premier dans lequel le bras s'élève horizontalement par la contraction du deltoïde secondée par celle du grand dentelé ; un second dans lequel le bras, maintenu par le deltoïde, s'élève verticalement par la contraction du grand dentelé ou des fibres moyennes du trapèze, qui impriment un mouvement de rotation ascendant à l'angle antéro-externe du scapulum.
Le point d'appui du delloïde, au lieu d'être la clavicule et le scapulum, peut être l'humérus. Alors, le bras étant levé et fixé, le muscle soulève le tronc et l'épaule : c'est ce qui advient dans l'action de grimper.
55 2 DELTOÏDE (physiologie pathologique).
Ou sail que le moment d'un muscle est le temps où l'incidence du levier musculaire approchant de plus en plus de la direction perpendiculaire lui permet d 'agir dans la plénitude de sa force. Le deltoïde n'a pas de moment, ses fibres restant toujours parallèles à l'humérus. Voilà pourquoi les mouvements d'abduction du bras sont à la longue si fatigants et si pénibles ; toutefois il convient de remarquer que celte lassitude n'arrive qu'après une série de contractions, la contraction deltoïdienne primitive étant assez puissante pour luxer l'humérus, comme Bichat l'a constaté.
Physiologie pathologique. La pathologie physiologique confirme les expériences électro-physiologiques.
Il est peu d'atrophies du membre supérieur dans lesquelles la portion moyenne du deltoïde ne soit pas plus ou moins détruite. Dans ce cas, l'élévation du bras en dehors se fait encore, mais elle est très-limitée; l'élévation en avant ou en arrière est normale, c'est-à-dire qu'elle peut être verticale en avant, tandis qu'elle est seulement de 45° en arrière. Ce sont les deux portions conservées du deltoïde qui portent directement le bras en dehors ; les forces qui tendent par la contraction des chefs antérieurs et postérieurs du deltoïde à amener l'humérus en avant et en arrière agissant simultanément s'annihilent, et le mouvement d'abduction s'effectue seul. Cette abduction ne dépasse pas 45" pour les motifs que nous avons exposés.
Les indiviclus dont le tiers antérieur du deltoïde est atrophié isolément élèvent encore assez bien le bras immédiatement en dehors, le dirigeant en arrière et en haut, mais ne peuvent le porter en avant et en haut. Il leur est impossible, sans fléchir fortement la tête, de porter les aliments à la bouche, d'ôter leur chapeau, etc. Inversement les malades atteints d'une atrophie de la région deltoïdienne postérieure ne peuvent conduire le bras en haut et en arrière, ils mettent difficilement la main dans la poche du pantalon, ils ne peuvent la porter à la partie postérieure du tronc, du côté lésé, au-dessus de la région fessière. Essayent-ils d'exécuter ces mouvements, ils élèvent directement le bras en dehors par la contraction de la partie moyenne du deltoïde, puis fléchissent l'avantbras sur le bras, en plaçant ce dernier dans une pronation forcée, sans que la main arrive cependant à la face postérieure du tronc. Ils amènent encore l'humérus en arrière par l'action du grand dentelé et du grand rond, mais alors le bras s'abaisse et se rapproche du thorax, de telle sorte que la main, qui a pu être portée derrière le tronc, ne saurait s'élever, comme nous l'avons prétendu, au-dessus de la région fessière. Plusieurs autres mouvements sont encore compromis par les atrophies partielles du deltoïde, je renvoie pour leur énumération à l'étude complète de l'atrophie {voy. Musculaire [Atrophie] et Épaule). II suffit de rappeler ici que la plupart des usages du membre supérieur exigent que l'humérus soit préalablement écarté du tronc pour qu'on devine, sans qu'il soit nécessaire d'entrer dans de plus amples détails, quelle doit être la gravité de la perte absolue ou partielle du muscle de l'épaule.
Il a été dit que l'élévation horizontale du bras, sans altitude vicieuse de l'épaule, nécessitait la contraction synergique du deltoïde et du grand dentelé. L'observation clinique corrobore également cette assertion. Dans la paralysie ou dans l'atrophie du grand dentelé, on voit l'acromion s'abaisser et le bord spinal du scapulum s'écarter du thorax, pendant l'abduction de l'humérus. Voici comment M. Duchenne (de Boulogne) explique la déformation de l'épaule consécutive à la contraction isolée du deltoïde :
DELTOÏDE (pathologie). 555
A. Le faisceau postérieur du deltoïde est oblique de dehors en dedans et d'avant en arrière; en se raccourcissant, il fait tourner l'omoplate sur son angle externe et écarte le bord spinal de cet os du thorax.
B. Le faisceau acromial abaisse l'angle externe de l'omoplate et fait tourner cet os sur la tête de l'humérus, de sorte que ses angles interne et inférieur s'élèvent et que son angle inférieur se rapproche de la ligne médiane.
G. Le faisceau du grand dentelé qui s'attache au bord spinal de l'omoplate est destiné à maintenir contre le thoiax le bord spinal de cet os que le tiers postérieur du deltoïde tend à écarter, tandis que le faisceau radié du grand dentelé agit sur l'angle inférieur de ces os en sens contraire du faisceau acromial du deltoïde. L'exactitude de cette explication est rendue évidente par la contraction de l'une ou de l'autre de ces deux portions musculaires.
Il a été dit également que l'élévation du bras au-dessus de la ligne horizontale était obtenue parla contraction du deltoïde et du grand dentelé, ou parcelle du deltoïde et du tiers moyen du trapèze. La pathologie musculaire confirme aussi ces faits électro-physiologiques, avec quelques restrictions pourtant, en ce pii concerne l'action de la partie moyenne du trapèze. Pour que cette dernière portion musculaire produise, en effet, avec le deltoïde et sans l'intervention du grand dentelé, le mouvement volontaire de rotation de l'omoplate sur son angle interne, mouvement qui élève le bras au-dessus de la ligne horizontale, il faut qu'elle soit très-développée et qu'elle jouisse d'une grande force. Dans ces ronditions mêmes les fibres médianes du trapèze ne détermineraient pas l'élévation verticale. Le tiers moyen du trapèze joue donc un rôle moins important dans l'abduction du bras au-dessus de l'horizontal que le grand dentelé. A. Le Double.
§ III. Pathologie. 1° Paralysie du deltoïde. La paralysie isolée du deltoïde est assez rare; généralement elle est associée à celle d'autres muscles: l'affection prend alors une physionomie particulière qui en rend même quelquefois son diagnostic assez difficile.
Étiologie. La paralysie du deltoïde peut être consécutive à la section ou simplement à la contusion du nerf circonflexe ; elle n'est pas rare à la suite des luxations de l'épaule : Boyer l'a vue succéder trois fois à des luxations en bas delà tète de l'humérus; dans ces cas, cependant, elle est le plus souvent associée à la paralysie de tous les muscles du bras.
On l'a vu survenir à la suite d'une chute sur l'épaule sans luxation de l'humérus : il est probable qu'alors le nerf circonflexe avait été comprimé entre la côte et la tête de la clavicule fortement repoussée.
Elle peut être enfin de nature obstétricale : elle résulte alors de la compression par le forceps ou du tiraillement des nerfs du plexus brachial dans l'accouchement par le bassin, les bras restant relevés de chaque côté de la tête, soit encore de leur contusion par le doigt de l'accoucheur introduit sous l'aisselle en forme de crochet pour opérer des tractions plus ou moins vives.
Bien que les douleurs rhumatismales se montrent très-souvent dans le deltoïde, je n'ai pas trouvé d'observation de paralysie isolée de ce muscle, d'origine rhumatismale.
Symptomalologie. La paralysie ne porte que sur la mobilité ; la sensibilité reste presque toujours intacte. Elle atteint toujours le muscle dans toutes ses parties : aussi l'atrophie qui suit la paralysie envahit-elle le muscle en entier, contrairement à ce qui a lieu dans l'atrophie musculaire progressive où l'atrophie
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envahit d'abord les faisceaux antérieurs et postérieurs en respectant rinlégiitc de la partie moyenne.
Le seul symptôme caractéristique est l'absence plus ou moins complète des mouvements volontaires qu'à l'état physiologique le deltoïde imprime au bras et qui consistent à éloigner celui-ci du thorax en le portant directement en dehors. Ces mouvements ont été surtout bien étudiés par Duchenne de Boulogne dans sa Physiologie des mouvements.
La déformation du moignon de l'épaule formé par le deltoïde ne survient que dans le cas où la paralysie est suivie d'atrophie.
Lorsque la paralysie est d'origine obstétricale, la lésion porte en même temps sur un ccriain nombre de muscles du bras, qui, d'après Duchenne de Boulogne, sont invariablement les mêmes ; ce sont le sous-épineux, le biceps et le brachial antérieur. On reconnaît l'affeclion à ce que le bras du côté paralysé n'effectue aucun mouvement ; la main seule remue.
Mais les différentes parties constitutives du muscle deltoïde peuvent aussi dans cerlains cas, et en particulier dans l'atrophie musculaire progressive, être paralysées isolément.
Lorsque la partie moyenne est seule paralysée et que les portions antérieure et postérieure sont intactes, l'élévation du bras en dehors peut encore se faire, mais elle est très-limitée ; en avant et en arrière, au contraire, elle se fait comme à l'état normal, c'est-à-dire qu'en avant le bras peut encore s'élever jusqu'à la position verticale, et former en arrière un angle de 45 degrés. Dans ces cas, les mouvements du bras sont produits, d'après Duchenne, par la contraction simultanée des deux portions intactes du muscle : portion postérieure et portion antérieure. « Les forces qui tendent, par la contraction de ces deux portions, à porter le bras en avant ou en arrière, agissant simultanément, s'entiedétruisent, et la résultante de leur action combinée est un mouvement direct en dehors, comme pour la contraction directe de la portion moyenne du deltoïde, w
La paralysie de la portion antérieure du deltoïde apporte aux fonctions du bras un trouble très-considérable, plus considérable même, chose singulière, que celui que leur apporte la paralysie de la partie moyenne de ce muscle. Le bras ne peut plus exécuter les mouvements d'élévation en avant qui, dans la vie, se reproduisent à chaque instant.
Dans la paralysie isolée de la portion postérieure de ce muscle nous retrouvons aussi un certain nombre de troubles fonctionnels qui ne laissent pas non plus d'apporter, dans un certain nombre de mouvements, une gène considérable. Je ne saurais ici mieux faire, du reste, que de céder la parole à Duchenne de Boulogne : « Des sujets dont le tiers antérieur du deltoïde était paralysé
isolément voulaient-ils por 1er la main à la tète, ils élevaient le bras en dehors
par la contraction moyenne du deltoïde et fléchissaient l'avant-bras sur le bras ; mais, la main ne pouvant atteindre la tète, ils inclinaient celle-ci ducolé paralysé et parvenaient ainsi à ôter leur chapeau ou à porter les aliments à la bouche. Il leur était impossible d'aller saisir les objets placés devant eux. Pour atteindre avec la main du côté malade l'épaule du côté opposé, ou pour la porter à la bouche, ils prenaient une autre voie, mais sans pouvoir arriver au but. Ainsi ils élevaient le moignon de l'épaule en contractant la partie moyenne du trapèze et surtout avec la portion supérieure du grand pectoral ; leurs bras se portaient alors obliquement en dedans et en avant, mais en s'appliqiianl contre le thorax, puis, fléchissant l'avant-bras sur le bras, ils parvenaient à porter la main un
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peu plus haut vers l'épaule ou vers la bouche, mais sans pouvoir y arriver. » « Ceux qui sont atteints de la paralysie de la partie postérieure du deltoïde mettent difficilement la moin dans la poche de leur pantalon ; ils ne peuvent la porter à la partie postérieure du tronc, du côlé paralysé, au-dessus de la région fessière, de sorte qu'ils sont incapables de s'habiller seuls. Essayentils d'exécuter ces mouvements, ils élèvent le bras directement en dehors par la contraction delà portion moyenne du deltoïde, puis fléchissent l'avant-bras sur le bras en plaçant ce dernier dans une pronation forcée, sans que la main arrive cependant à la face postérieure du tronc. Ils portent encore l'humérus en arrière par l'action du grand dorsal et du grand rond, mais alors le bras s'abaisse et se rajiproche du thorax, de telle sorte que la main qui a pu être portée derrière le tronc, ne saurait s'élever, comme je viens de le dire, au-dessus de la région fessière. »
2" Paralysie simultanée du deltoïde et du grand dentelé. Voy. DentELÉ.
0° Paralysie simultanée du deltoïde et du sous-épîneux (RoTATEDR DU BRAS
EN dehors). Elle est assez fréquente et a été cependant décrite pour la première fois par Duchenne de Boulogne, auquel nous empruntons la plupart des détails suivants :
Cette affection apporte des troubles assez singuliers dans l'exercice d'un certain nombre de fonctions : ainsi, lorsque les malades écrivent, il leur est impossible de porter la main de dehors en dedans pour suivre la ligne.
La première observai ion recueillie par Duchenne {Electrisation localisée^ 3* éd., p. 947) est celle d'un instituteur : le deltoïde était incomplètement paralysé et atrophié, sa partie moyenne était pourtant encore assez développée pour permettre d'écarter légèrement le bras du tronc. Lorsque le malade écrivait, sa main conduisait facilement la plume, mais, quand il avait tracé un ou deux mots, ne pouvant plus suivre la ligne et porter sa main en dehors, il fallait qu'il s'arrêtât. Alors, à l'aide de sa main droite, il tirait un peu son papier de droite à gauche; il écrivait encore un ou deux mots, et ainsi de suite jusqu'au bout de la liaine.
Il est d'autres professions encore dans lesquelles cette double lésion apporte une gêne non moins considérable : telles sont celles, par exemple, qui nécessitent l'emploi de l'aiguille. Le mouvement qui consiste à tirer l'aiguille en portant le bras de dedans en dehors et en faisant décrire à la main un arc de cercle autour du coude comme pivot, ce mouvement, dis-je, devient impossible.
Les troubles fonctionnels sont donc beaucoup plus considérables et beaucoup plus graves lorsque la paralysie du deltoïde est compliquée de celle du sousépineux que lorsqu'elle est isolée.
Pronostic. Le pronostic est très-variable : il varie avec la cause de la paralysie et avec son ancienneté. Les paralysies incomplètes, celles dans lesquelles la contractilité électro-musculaire est plus ou moins bien conservée, sont d'un pronostic relativement favorable. Dans deux des trois cas observés par Boyer à la suite de luxation de l'humérus, la maladie céda à l'application des topiques irritants; chez le troisième malade, qui était un homme fort et vigoureux, elle persista malgré tous les traitements employés. Ce malade étant devenu infirmier à l'hôpital de la Charité, Boyer eut l'occasion de l'observer pendant plusieurs années; le muscle s'atrophia et le bras resta privé de son mouvement d'élévation. Péan, qui l'a observé plusieurs fois, également à la suite de luxations de l'humérus, l'a toujours vu guérir par des moyens très-simples.
556 DE MACflY.
Traitement. Boyer et la plupart des auteurs conseillent tle faire sur la partie des frictions avec des topiques excitants et même irritants : baumes de Rosen, de Fioravanti, la teinture de cantharides, le Uniment volatil composé avec de l'huile d'amandes douces et de l'ammoniaque et dont on augmente l'activité jusqu'à le rendre rubéfiant. Péan a guéri ses malades par des applications successives de vésicatoires sur l'épaule. Enfin et surtout on aura recours à l'électricité [voy. Paralysie). L. du Cazal.
BiBLioGiiAPiiiE. — Lallejund. Observation de paralysie du deltoïde guérie par le galvanisme. In Ephéme'rides médicales de Montpellier, m;ii 1828. — Boyer. Traité des maladies chirurgicales et des opérations gui leur conviennent, h" édit., t. HI, p. 718. Paris, 1845. — FoLLiN. Traité élémentaire de pat liologie externe, t. III, p. 267. Paris, 18(i9. — Duciiesxe (de Boulogne). Phijsiologic des mouvements démontrée à l'aide de l'expérimentation électrique et de l'observation clinique. Paris, 1867. — Hv même. De V électrisation localisée, 5° édit. Paris, 1872. — Nélaton. Éléments de pathologie chirurgicale, 2= édit., t. III. Paris, 1874. L. C.
DELYAUX DE FE1\FFE (Jean-Ch.-Phil.-Jos.). Chimiste belge, né à Rochefort, près de Namur, le 25 juillet 1782, était docteur en médecine. 11 fut successivement professeur de physique au lycée de Liège (1810), professeur de physique et de chimie à l'Académie de cette ville (1811), puis professeur de chimie au collège supérieur (181 4) et à l'Université (1817). 11 prit sa retraite en 1837 et eu 1841 devint membre de l'Académie des sciences de Bruxelles. Delvaux vivait encore en 1855. On trouve divers mémoires de lui sur la chimie et la minéralogie dans \qBuII. de VAcad. de Bruxelles. L. Hn.
DELZEUZES (Jean-Fra^çois). Né à Aniane (Eure) en 1761, reçu docteur en médecine à Paris le 2 pluviôse an X, ce médecin devint professeur d'histoire naturelle près l'École centrale du département de l'Eure, correspondant de la Société d'émulation de Rouen, de la Société de médecine de l'Eure, etc. Nous ne savons l'époque de sa mort. 11 a laissé :
I. Dissertation sur la nécrose et la carie. Thèse de Paris, 2 pluviôse an X, in-8°. — II. Rapport sur l'épidémie {angine) qui a régné au Fidelaire en Floréal. In Annuaire de la Soc. de nicd. du départ, de l'Eure, 1805, p. 12, avec Yernhes lils. — III. Sur un tétanos traumaiique survenu à la suite d'une fracture du bras, guéri par l'opium. Ibid., p. 18. — IV. Observation anatomique sur un placenta trouvé implanté sur la Icte d'un enfant né à terme. Ibid., p. 32, avec Yernhes père. — V. Happort sur un fœtus trouvé dans le corps du jeutie Amadée Bissieu, mort à Verneuil à 14 a«s. Ibid., p. 54, avec Broiiard. — VI. Observation sur un carcinome du conduit de Warlhon. Ibid., 1807, p. 89. .\. C.
DE MACnY (Jacques-François). Fils d'un marchand de Paris, il vint au monde le oO aoîit 1728, et fit d'excellentes études, qui développèrent en lui l'amour des sciences naturelles et le goût de la poésie. 11 a été directeur de la pharmacie centrale des hôpitaux civils. Nous ne le mentionnons ici qu'à cause de l'opposition qu'il fit aux doctrines chimiques de Lavoisier. 11 existe de lui une foule de poésies éparses, de pièces philosophiques et littéraires, et d'éloges académiques dispersés dans le Mercure, ÏAlmanach des Èliises et autres recueils semblables. Ses Nouveaux dialogues des morts, publiés en 1755 (in-12), furent bien accueillis du public. Il est mort en juillet 1803.
I. Instituts de chimie, ou principes élémentaires de celte science, présentés sous un nouveau jour. Paris, 1766, 2 vol. in-S". — II. Procédés chimiques, rangés méthodiquement et définis. Paris, 1769, in-8°. —lit. Recueil de dissertations jyhysico-chitniques. Pans, llli, in-8°, etc., etc. A. C.