‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.26Chapitre 59 sur 75 · DEMOSTHENE · texte numérisé non relu

DEMOSTHENE

De Morgan mourut à Londres le 12 avril 1876, laissant la réputation d'un habile chirurgien, d'un honnête homme et d'un gentleman accompli. Tout le monde sait la part qui lui revient dans le traitement antiseptique des plaies par le chlorure de zinc, dans celui de l'empyème par les tubes à drainage et dans l'invention de l'excellent système d'attelles et de poulies si couramment employé dans le traitement des maladies de la hanche. Un sujet qui a fait l'objet d'études continues de sa part pendant trente-quatre ans, pendant tout le temps qu'il fut chirurgien au Middlesex H ospital, c'est le cancer. On connaît l'excellent ouvrage qu'il publia en 1872 sur l'origine locale du cancer et les discussions auxquelles il prit une part si brillante sur le même sujet, en 1874, à hPntliological Society.

Outre un grand nombre de mémoires publiés dans les MedicG-Chirurgical Transactions, les Pathological Transactions, etc., on a de lui :

I. On the Nervous System of the Lobstcr. — II. Avec John Tomes : On thc Structure and Development of Bone. \n Philosophical Transactions, 1852. — III. On the Structure and Function of the Hoirs in Crustacea. Ibid., 1858. — IV. On the Treatnient of Tetanus. In Brit. a. For. Med.-Chir. Review, 1859. — V. On the Local Origin of Cancer. London, 1872, in-8°. — IV. Article : Erysipelas, dans Holme's System of Surgery. L. Hn.

DÉnoSTnÉiVE DE Marseille. Avifiocreévï); 6 Moi(TaaliM(7r,i;, Demosthenes Massaliotes ou Massiliensis. Passe pour avoir été le médecin-oculiste le plus distingué de l'antiquité. 11 vivait vers le premier siècle de l'ère chrétienne, peu avant Galien, qui le cite ainsi qu'Aétius (Galenus. De composit. medicamentorum per gênera, lib. V, cap. xv; éd. Kùhn, t. Xlll,p. 856. Aétius, Tetrabiblion, lib. IV, 2, cap. lu).

Démosthène composa un ouvrage {Liber ophthalmicus) qui jouit d'un trèsgrand crédit jusqu'en plein moyen âge. Le savant Gerbert, plus tard pape sous le nom de Sylvestre II, demandait au dixième siècle, dans une lettre {Epist. lûO) au moine Rainaud de lui envoyer de France : « Manilius, de Astrologia; Victorinus, de Rhetorica, et Demosthenes , Ophthalmicus ».

Smon de Gênes, qui écrivait au treizième siècle, paraît avoir eu le livre de Démosthène entre les mains, puisque dans la préface de son Clavis sanationis il l'indique au nombre des sources où il a puisé : « Ex Ophthabnico Demosthenis, continente quidquid ad oculorum sanitatem, ciistodiam et œgritudinem curas expedit. lïic liber antiquissimus jiiui occurrit, in quo deficiebant de incepta disputatione de visu plurima et de anathomia oculi^ Cetera vero aderant et compléta et miro lepore condita...))

D'après certains auteurs le Liber ophthahnicus existait encore au quatorzième siècle, du temps de Matteo Silvatico. Haeser [Gesch. der Med., Bd. I, p. 391} suppose même que le livre de Démosthène pourrait encore exister de nos jours, mais où ? Ce qui nous reste de Démosthène a été recueilli par Kiihn [Additam. ad elench. medicor. veterum a J.-A. Fabricio exhibitum).

Démosthène Philalèthe, Avîaoffôivïiç 6 ^ikoàyiBfiç. Médecin grec, vivait, comme le précédent, à Marseille, vers l'an 50 de l'ère chrétienne. Elève d'Alexandre Philalèthe, il appartenait à la secte d'Hérophile; il acquit une grande célébrité comme oculiste. Démosthène Philalèthe paraît être l'auteur d'un ouvrage sur le pouls (Galenus, Z)e différent, pulsuum, lib. IV, cap. iv) et d'un autre sur les maladies des yeux, dont il ne reste que des extraits conservés par Aétius et Paul d'Egine. Il est extrêmement probable que Démosthène Philalèthe et Démosthène 'oculiste {Demosthenes Massaliotes) sont un seul et même au-

DÉMULCENTS. 695

teur. La découverte du Liber ophthalmicus, que Haeser suppose exister encore de nos jours, sans toutefois justifier son opinion, serait seule capable, peut-être, de jeter quelque lumière sur cette question. L, Hn.

DEMOUKS (Pierre). Oculiste des plus méritants, et qui a laissé d'honorables souvenirs dans la spécialité médicale. Il naquit à Marseille en 1702, et alla faire ses études à Avignon, où il fut reçu maître es arts le 21 septembre 1727, et docteur le l"*' avril 1728. Mais ce diplôme provincial ne suffisait pas à la légitime ambition du jeune récipiendaire. Il se rendit à Paris, oii il eut le bonheur d'avoir pour protecteur Guichard-Joseph Duverney, membre de l'Académie des sciences et professeur d'anatomie au Jardin du roy, qui le prit comme aide dans ses travaux de laboratoire. A la mort de ce savant, arrivée le 10 septembre 1730, Demours obtint aussi les bonnes grâces de Chirac, qui était devenu surintendant du jardin, et qui lui fit obtenir la place de démonstrateur et de garde des cabinets d'histoire naturelle; mais la mort, en enlevant Chirac en 1752, amena le plus grand trouble dans les espérances de Demours, qui se décida à abandonner une carrière qu'il commençait, pourtant, à parcourir avec succès, et à se livrer complètement à l'étude et à la pratique de l'ophthalmologie. Il devait y acquérir une grande position et une grande fortune. Il mourut à Paris, rue Mazarine, le 3 prairial an III (22 mai 1795), et non pas le 26 juin, comme on l'a écrit. Il avait épousé Elisabeth Sibire, qui lui donna un fils, Antoine-Pierre Demours, lequel, né à Paris le 16 décembre 1762, fut reçu docteur en médecine à Paris le 30 août 1784, et embrassa la spécialité que son père avait poursuivie avec tant de succès. Je vois, à la date du 17 février 1784, un brevet de survivance de médecin oculiste du roi « pour le docteur Demours fils, de l'Académie des sciences » [Arch. nat. 0. 1, 124, p. 64). Antoine-Pierre Demours mourut vers l'année 1837. Une terrible catastrophe, arrivée le 19 juillet 1836, avait contribué à avancer sa fin : ce jour-là, en effet, son fils, Pierre-Camille, âgé de vingttrois ans, s'était noyé dans la Seine, entre le pont de la Concorde et le Pont- Royal.

Une rue du quartier des Ternes a été donnée en mémoire de cette famille.

Nous connaissons de Pierre Demours les publications suivantes :

I. Lettre à M. Petit, en réponse à sa critique d'un rapport sur une maladie de l'œil, survenue après l'inoculation de la petite vérole, contenant de nouvelles observations sur la structure de l'œil, et quelques remarques générales de pratique, relatives aux maladies de cet organe. Vdx'is, 1767, in-S". — II. Nouvelles réflexions sur la lame cartilagineuse de la cornée, pour servir de réponse à la lettre de M. Descemet. Paris, 1770, in-S". — III. Observations sur le crapaud mâle accoucheur de la femelle. In Mém. de l'Acad. roy. des sciences, 1741, hist. 28. — IV. Observations sur la cornée. In Mém. de l'Acad. roy. des se, 1741, hist. 68. — V. Table générale des matières contenues dans l'histoire et dans les mémoires de r Académie royale des sciences, depuis Vannée 1751 jusqu'à Vannée 1740, inclusivement. Paris, 1747-1770, in-4°, 5 vol. — Plus, diverses traductions. VI. Le manuel du cavalier, par Bardon. Paris, 1737. — VII. Essais et observations de médecine de la Société d'Edimbourg. Paris, 1740, 7 vol. in-12. — VIII. Essai sur Vhistoire nouvelle du polype-insecte, par Backer. Paris, 1744, in-12. — W. Description du ventilateur de M. Halles. Paris, 1744, in-12. — X. Traité des plaies d'armes à feu, par J. Ramby. Poris, 1745, in-i2. — XI. Transactions philosophiques de la Société royale de Londres, années 1757 à 1745. Parts, 1759-1761, 5 vol. in-4°. A. G.

DÉMULCEXTS. On donnait autrefois ce nom aux remèdes adoucissants, émollients, parégoriques, tels que la mauve, la violette, le lin, les limaçons, la coqueluche, les figues, les dattes, etc. D.

69j DENDROPHIDE.

DE^'DROlÉLÉS. Les vers de l'ordre des Planariés se divisent en deux grandes sections ou sous-ordres, d'après la constitution de leur tube digestif, qui est simple ou ramifié.

Les premiers forment le sous-ordre des Rliabdocélés, les seconds celui des Dendrocélés.

Les Dendrocélés sont des vers dont le corps est mou, aplati, couvert de cils vibrjitiles. Le tube digestif n'a qu'un seul orifice, la boucbe; il est ramifié et se termine en caecum. Les orifices sexuels sont ordinairement réunis et les œufs peu nombreux. Généralement leur développement est direct.

On trouve de ces vers dans les eaux douces ou salées et même sur la terre dans des lieux ombragés. Ouclques espèces sont parasites ; on en a observé qui vivent dans cette condition sur des oursins et des holothuries. Davaike.

DEl%DROPniDE. Le genre Dendrophide [Dendrophis) a été établi par Boié en 1827 pour quelques Serpents arboricoles que Linné confondait avec les Couleuvres. Il est placé par lluméril et Bibron en tête de la famille des Isodontiens, qui fait elle-même partie de la section des Ophidiens aglyphodontes {voy. le mot Serpents), et d'après les auteurs de V Erpétologie générale i\ est essentiellement caractérisé par des dents qui ont toutes les mêmes dimensions et par des écailles leaucoup plus développées sur la ligne dorsale que sur le reste du corps. Mais, comme le font remorquer Duméril et Bibron, ces caractère*, qui sont précisément ceux que Boié assignait à son genre Dendropliiis, ne s'appliquent malheureusement pas à l'espèce que ce naturaliste prenait comme type même de son groupe, au Coluher ahœtidla de Linné, de telle sorte qu'on a dû créer sans celui-ci un autre genre, le genre Leptophis (Bell). Chez le Coluher ahœtulla ou Leptophis ahœtuUa, que Duméril et Bibron mettent parmi les Syncrantériens, les crochets dentaires postérieurs sont plus longs que les autres, et les écailles du dos sont carénées et imbriquées ; chez les Dendrophis les dents sont toutes semblables et les écailles de la rangée médiane sont polygonales, lisses et non imbriquées. Mais nous n'avons pas à insister ici sur les modifications qu'a pu subir le genre Leptophis, dont une partie est devenue le genre Ahœ'idla pour quelques auteurs, et nous n'avons à nous occuper pour le moment que des Dendrophides.

Ces Serpents, que l'on confond souvent avec les Leptophides sous le nom de Serpents d'arbres, à cause de leurs habitudes, ont les yeux relativement trèsgrands, le museau arrondi, la tète dilatée en arrière, le cou mince, le corps grêle et allongé, la queue très-effilée. Leurs écailles affectent sur le milieu du dos une forme polygonale, sur les côtés de la même région une forme de quadrilatère allongée ; enfin les gastrostéges, qui sont convexes à leur bord postérieur, et les urostéges disposées en double rangée, dessinent en se redressant des carènes sur les côtés du ventre et la face inférieure de la queue.

Le système de coloration des Dendrophides est fort agréable à l'œil, et consiste en des teintes vertes, bleuâtres ou bronzées, tantôt uniformes, tantôt relevées par des bandes et des raies blanches, jaunes ou noires. Ainsi le Dendrophide peint [Coluher pictus Gm., Dendrophis picla Boié), qui a été figuré et décrit par Lacépède sous les noms de Fil et de Double raie, et (jui se trouve dans le sud de l'Asie, dans les îles Malaises et aux Philippines, olfre une couleur vert brunâtre sur laquelle se détachent ordinairement de chaque côté soit une bande blanche lisérée de noir, soit une série de points noirs; le Dendrophide adonis

DÉNEUX. 697

(D. adonis Dum. et Bibr.), qui vit à Java, est d'un beau vert foncé tirant au bleu avec deux lignes noires sur chaque liane, le Dendrophide linéolé {D. lineolata Dum. et Bibr.) de l'Australie et l'ile Waigiou a les écailles vertes, lisérées de jaune, le Dendrophide à huit raies (D. octolineata Dum. et Bibr.) a huit ou dix bandes longitudinales noires sur un fond vert métallique, elc.

E. OUSTALET.

BiBLiOGiupiiiE. — I,iN\É. Sysfrwn nalititr, édit. Gmemn, 1788, p. IIIG. — Lackpèdk. Quadrup. ovip., 1788, t. H, pp. 220 et 254, pis. 10 et H.— Doié. Isls, 1827, p. 520. — Schlegel. Essai sur la Physionomie des Serpents, 1837, t. I, p. 157, et t. II, p. 2'28, pi. 9. — Duméhil et liinnoN. Erpétologie générale, 1854, t. VII, p. 195. — Guntheu. Proc. Zool. Soc. Lond., li'Cy. p. 506, pi.' 40, liy. 1. — Du même. Proc. Zool. Soc. Lond., 1877, p. 78, et pi. 4.

DCIVDY (WALTEU-CoopEn). Né vers 1790, fit sc& études médicales à Londres et fut reçu membre du Collège des chirurgiens en 1814. Il se fixa dans la capitale et y devint chirurgien à l'hôpital des Enfants, fellow du Collège des chirurgiens et de la Société médicale, qu'il présida, membre de la Société de médecine de Gity's Hospital, etc., etc. Dendy, qui s'est spécialement occupe des affections cutanées de l'enfance et des maladies de la peau en général, ainsi que de diverses questions psychologiques et psychiatriques, jouissait d'une belle réputation à Londres, où il vivait encore en 1860. L'époque exacte de sa mort ne nous est pas connue. Outre divers ouvrages intitulés: Hintson the Health a Bis.ofthe Sldn, the Book of the Nursery, Portr. of the Diseuses of the Scalp, Zone, Wonders displayed by the Human Body, W\>yji a Disc, on the Birth a Pilgrim. of Thought, Skelches in the Isle of Sciîly, etc., dont l'indication bibliographique exacte nous

est inconnue.

Nous citerons de lui :

I. A Treaiise on the Cutancous Diseases incident to Childhood : comprehending Iheir Origin, Nature, Trealment and Prévention. London, 1827, in-8°. — II. Ucber die Verhûtungx und Heilcur der Hydrophobia. Augsburg, 1825. — III. On the Phenomena of Dreains and other Transient Illusions. London, 1858, pet. in-8°. — IV. The Oration delivered before the Médical Society of London at their sixly-second Anniversary, 1855. London, 1855, in-8°. —

V. Practical Remarks on the Discases of the Skin, or the Externat Signs of Disorder and on the Constitua onal PecuUaritics during Infancy and Childhood. London, 1858 (1857), in-8°. —

VI. The Phylosophy of Mystery. London, 1S41, in-8°. — VII. Monogr. on the Cérébral Diseuses ofChildren, loith Regard to their Early Manifestation and Treatment. London, 1848, in-8° [Monogr. appended to vol. I of Psychological Journal). — VIII. Case of Hydrophobia. In London Médical Repository, t. XVllI, p. 291, 1822. — IX. Case of Obstinât e Constipation, treated successfidly by the OU of the Crotvn tiglium. Ibid., t. XIX, p. 295,

1823. — X. Ca.'ic of Congénital Dropsy oflhe Left Ventricle of the Brain, giving rise to a Tamour on the Head analogous to Spina bifida. Ibid., p. 44G. —XI. Case ofMUiary Fcver. Ibid., t. XX, p. 207, 1823. — XII. Case of Puerpéral Inflammation. Ibid., t. XXII, p. 582,

1824. — XIII. On the Pathology of Vacciola. Ibid., t. XXIII, p. 295, 1825. — XIV. Case of Rupture ofthe Linea alba. Ibid., t. XXV, p. 454, 1826, ci London Med. and Phys. Journal, t. LVi (t. 1), p. 192, 1826. — XV. Autres ai'ticles dans Lond. Med. and Phys. Journal, the Lancet, etc. L. Hn.

DÉ\E(J3K (Louis-Charles). Ce célèbre chirurgien est né à Heilly, dans le léparlement de la Somme, le 25 août 1767 ; son père était un modeste tailleur de village; sa mère était cousine germaine du fameux Baudelocque. De 1782 à 1789, il suivit à Paris les cours de chirurgie et d'accouchement, et se fit recevoir maître en chirurgie à Amiens en 1790, pour aller exercer dans le village de Vignacourt où du reste il eut peu de succès. En 1792, il entra comme chirurgien najor dans le 3" bataillon des volontaires de la Somme, puis devint chirurgien

698 DENGUE.

en chef de la 24^ demi-brigade d'infanterie; enfin, en 1795, il quitta la carrière militaire pour exercer dans une petite ville appelée Albert. Cette position secondaire ne pouvait convenir au caractère et aux aptitudes de Déneux. Il se décida à venir à Paris, et s'y faire recevoir docteur, grade qu'il obtint le 23 thermidor an XII, pour retourner à Amiens y tenter la clientèle. C'est là qu'il fit la connaissance des Choiseul-Gouffier ; ce fut là aussi la source de sa fortune. Le 4 mai 1810, Déneux, prenant le coche, débarquait une seconde fois à Paris, qu'il ne devait plus quitter, y pratiquant avec un grand succès l'art des accouchements dans les plus riches familles, et même appelé par la duchesse de Berry, qu'il devait assister dans ses quatre parturilions. Déneux a raconté, dans un manuscrit quia été publié par M. Miitteï (1880, in-8"), toutes les circonstances de ces graves et importantes affaires, d'où dépendait, à ce que l'on disait, le bonheur de la France. On sait que le duc de Bordeaux, dit Henri V, vit le jour au pavillon de Marsan, dans la nuit du 28 au 29 septembre 1820, 228 jours après la mort de son père ; on sait aussi les chuchotements, ks plaisanteries qui saluèrent la naissance du royal enfant. Déneux ne s'en inquiéta pas plus qu'il ne le fallait, ayant été nommé coup sur coup chevalier de la Légion d'honneur, membre de l'Académie de médecine, médecin de la Maternité, professeur de clinique d'accouchements, alors qu'il n'y avait pas encore de clinique d'accouchements. Mais la révolution de 1830 arriva; ce fut un coup de foudre pour celui qui avait tiré le duc de Bordeaux du néant ; après la pitoyable aventure de la duchesse de Berry, devenue la comtesse Lucchesi-Palli, et après son élargissement de la prison de Blaye, Déneux lui resta fidèle, l'accompagna en Allemagne, et, à son retour en France, alla vivre dans l'isolement et dans l'oubh à Nogent-le-Botrou. C'est là qu'il mourut, le 28 décembre 1846, après avoir été obligé, pour augmenter ses maigres ressources, de vendre une partie de sa bibliothèque, estimée à 8 ou 10 000 volumes.

Voici, d'après M. Matteï, auquel nous avons emprunté les principaux détails de cette notice, la bibliographie de Déneux :

I. Essai sur la rupture de la matrice pendant la grossesse et l'accouchement. Thèse de doctorat, 1804. — II. Recherches sur la hernie de l'ovaire, 1813, in-8°. — III. Considérations sur les propriétés vitales de la matrice. In Journ. génér. de méd., t. LXIII, 1818, 2« série, p. 48. — IV. Mémoire sur les hémorrhagies utérines. Ibid., t. LXV, 1818, p.l42. — V. Observations pour setvir à l'histoire des hémorrhagies internes du système reproducteur de la femme. Ibid., t. LXVIII, 1819, p. 337. — VI. Réflexions sur la terminaison des grossesses extra-utérines. Ibid., t. LXIX, 1819. — VII. Observations sur un épanchement de sang entre les membranes chorion et épichorion. Ibid., t. LXX, 1820, p. 209. — VIII. Mémoire sur la sortie du cordon ombilical, 1820, in-8°. — IX. Rapport sur cette question : Déterminer la nature, les causes et le traitement des convulsions puerpérales. WÀà.., t. LXIV, 1821, p. 186. — X. Recherches sur l'accouchement spontané après la mort. Lecture devant le Cercle médical, 1823, in-8°. — XI. Observation sur une tumeur fibreuse de l'utérus, prise pour l'arrière- faix, 1829, in-S". — XII. Mémoire sur les tumeurs sanguines de la vulve et du vagin. 1830, in-S". — XIII. Mémoire sur les bouts de sein, 1833, 111-8". A. C.

DEKGUE. Définition. Sïnoxvmie. La dengue est une maladie fébrile, épidémique, contagieuse ou transmissible, caractérisée par une éruption cutanée polymorphe et souvent dichrone, par des douleurs articulaires et musculaires très-intenses, rhumatoides et courbaturâtes, par une évolution cyclique en quatre périodes dont la dernière ou convalescence est assez souvent longue et difficile. Telle est la définition sommaire purement séméiologique que nous compléterons en ajoutant que la dengue est une maladie épidémique des pays interlropicaux

DENGUE. 699

ou subtropicaux (elle n'a que rarement dépassé le trentième parallèle nord et le vingt et unième paralliMe sud) et qu'elle a été tort peu signalée et jamais complètement décrite avant le commencement du dix-neuvième siècle.

La synonymie de ladengue est très-nombreuse et non moins variée. Les douleurs courbaturales et rhumatoides, les arthropathies et les myosalgies, ainsi que les attitudes qu'elle impose aux malades, lui ont fait donner les appellations suivantes : fièvre rhumatismale éruptive; fièvre articulaire éruptive; fièvre articulaire exanthématique; fièvre articulaire des pays chauds (Thaly au Sénégal) ; fièvre rhumatismale avec irritation gastrique (Furlonge en Amérique) ; scarlatine rhumatismale, arthrodynie (Gock en Amérique) ; Trancazo ou coup de barre (Sainte-Croix de Ténériffe); Pantomima (Cadix) ; Stiffnecked, qui roidit le cou; Girafe k ca.use de cette roideur du cou; Brocken-Wing, ou brise-épaule (briseailes) ; Break-bone, brise-os (très-usité en Amérique et en Angleterre) ; Fièvrepolka (Brésil) ; Dandy- fever, à cause de la roideur de la démarche analogue à celle des dandies.

D'autres observateurs ont été plus spécialement frappés par la qualité des éruptions, d'où les dénominations ci-après : Exanthesis arthrosia, Hosalia, Coloroda (Colonies espagnoles) ; Calentura roja (Poggio à Ténériffe et à Cadix) ; fièvre rouge simple ou exotique (Sénégal, Cayenne, la Réunion, etc.).

Le génie énergiquement épidémique de la dengue l'a fait encore désigner sous les noms de : fièvre épidémique spéciale, anormale ; fièvre épidémique de Calcutta (Mellis) ; fièvre épidémique éruptive de l'Inde et Toohutia.

Puis bien d'autres dénominations tantôt rationnelles, tantôt bizarres et basées sur des préjugés, sur des vraisemblances ou des erreurs populaires, ont encore servi à caractériser la dengue : fièvre des dattes (Arabie, Port-Saïd), d'après l'époque ordinaire de son apparition ; fièvre inûammatoire ; fièvre de Malte, de Maurice; fièvre chinoise; fièvre de la Méditerranée (peut-être?), etc.; fièvre de trois jours (Hindoustan); Piadosa (la bienveillante à Cadix); Ruça, Gaditana, Influenza plantaria (Espagne); fièvre biliaire (à Tahiti, Brousmiche?); Bouquet &i Buckel-bouhou ou gémissement (aux Sandwich) ; N'dnganionte, N'dongomontéj JS'rogni (indigènes du Sénégal); mal des genoux (Arabie) ; Abou-dabous (Arabes de Tripoli); Dunga, Dengue en espagnol (qui veut dire coquetterie, d'ondenguero, qui est le synonyme de l'anglais dandy) .

Suivant H. Hirsch et Charles (de Calcutta), le mot dengue est le représentant espagnol du mot anglais dandy : d'oCi les dénominations de fièvre dandy ou fièvre dengue; ce dernier nom populaire a été donné à la maladie qui nous occupe dans les colonies espagnoles d'Amérique, probablement vers le commencement de ce siècle. On ne sait pas au juste laquelle est la première en date de ces deux dénominations, sans doute tirées de la démarche roide et compassée des patients obligés de simuler une allure hors de leurs habitudes. Le mot arabe abou-abous, père des massues, indique la soudaineté avec laquelle on est frappé comme d'un coup de massue par la dengue.

Quoi qu'il en soit de l'origine et de la plus ou moins grande justesse de ces dénominations, la maladie a conservé celle de dengue {dan-gh', Littré), qui est devenue quasiofficielle et demeure dans la littérature, depuis qu'elle a été adoptée par les médecins français (particulièrement par les médecins de la marine) et depuis qu'elle a reçu droit de cité dans la nomenclature nosologique dressée par la commission du Royal Collège desm édecins de Londres en 1809.

Historique. Nous ne ferons ici qu'un historique succinct sous forme de tableau

700 DENGUE.

chronologique, renvoyant pour plus de détails à l'article Géographie pathologique de la dençjue.

La maladie n'est que trop vaguement mentionnée avant le présent siècle pour que nous puissions remonter à ses origines historiques. Cependant le dixhuitième siècle nous offre plus d'un exemple du règne épidémique de la dengue. S'il fallait s'en tenir strictement aux dates indiquées, c'est sur les côtes arabiques et au Caire en Egypte que, suivant le chroniqueur Gaberti cité par Pruner, la dengue aurait été mentionnée pour la première fois en l'im de l'hégire 1193, c'est-à-dire en 1779, sous le nom de « mal ou douleur des genoux ». Presq'-e à la même époque elle était signalée dans l'Inde, sur la côte de Coromandel, un peu vaguement, il est vrai, mais d'une façon suffisante, par un missionnaire français du nom de Persin. « Une fièvre de cette espèce eut lieu sur la côte de Coromandel, vers l'an 1780. Tout le monde en fut atteint; les symptômes qui l'annonçaient étaient à peu près les mêmes qui décèlent la peste : vertiges, lassitude, douleurs dans les articulations : mais celte épidémie n'eut aucune suite fâcheuse. Les malades en étaient affranchis en trois jours, moyennant la diète et les boissons copieuses » (Voyages dans i Hindoristan , Paris, 1807).

Vers 1 779 un médecin de Java, David Brylon, donna un compte rendu succinct d'une maladie épidémique qui, sous le nom de fièvre articulaire, attaqui à Batavia un grand nombre d'Européens et d'Indigènes (.1. De Wilde : JSederl. Tijdschr., 1775). Enfin Rush avait aussi observé la dengue en 1780 à Philadelphie, en Amérique {Méd. inq., etc. Philad., 1789); puis Pezet la signalait plus tard au Pérou, à Lima en 1818.

Ces citations suffisent pour établir que la dengue avait pris déjà une grande extension à la fin du dernier siècle, puisqu'elle occupait trois points fort distants de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique. On pourrait même ajouter :ju'elle avait visité l'Europe, s'il est vrai qu'elle ait été, comme il y a tout lieu de le croire, observée à Cadix en 1784 par Cristobal Cubillas, ainsi qu'à Séville et de rechel à Cadix en 1785 par Nineto de Pinta.

Quoi qu'il en soit, c'est dans l'Hindousfan que la dengue fut bien décrite par les médecins anglais de 1824 à 1826 : Mellis, Twining, Cawel, Mouat, Kennedy, etc. Un peu plus lard, de 1826 à 1828, la grande épidémie des Antilles et du Sud des États-Unis fut observée et relatée avec tout le soin désirable alors par plusieurs auteurs dont A. Hirsch a extrait la description sommaire qu'il a placée en tête de son article historique : Cock, Furlonge, Stedman, Squaer, Nicholson, Moreau, Maxwell, Tuite, Lawson, Dickson, Dumaresq, Waring, Daniell, Lehmann, etc.

Dans les colonies françaises les médecins de la marine ne tardèrent pas à observer et relater des épidémies de dengue, sous divers noms. En 1845 et en 1848 elle fut observée et décrite au Sénégal par Philippcaux, qui en donna un tableau très-complet et très-exact en comparant l'épidémie vue par lui à celle décrite par Cock vingt ans auparavant. La dengue fut de nouveau observée au Sénégal en 1853 et 1856 (Réranguier, Le Petit), puis en 1865 par Tlialy [Archiv. de méd. nav., 1866). En 1846 et 1852 Brousniiche la décrivait à Taïti (Océanie) sous le nom de « fièvre biliaire » : Dauvin à la Réunion la désignait sous le nom de « fièvre rouge, fièvre chinoise » en 1851. Elle y fut de nouveau observée probablement en 1868-1869 par Barat, puis finalement elle a été l'objet d'un rapport et d'une monographie complète en 1873 par Cotholendi, ainsi que d'une thèse spéciale en 1876 (Miorcec, thèse de Paris).

DE.NGUE. 701

Aux Antilles, à la Martinique, elle fut vue de temps à autre, probablement du moins, parRufzde Lavison (1855-1856), et par Ballot en l8&0{Archiv. de méd. nav., 1869 et 1870). Il est douteux que Dutrouleau l'ait observée; en tout cas, il n'eu a pas donné la description. La dernière grande épidémie de l'Hindoustan en 1871 et 1872 a été l'objet de relations et de monographies fort importantes que nous mentionnerons à la bibliographie, ainsi que celles des épidémies de la Chine, de la Cochinchine et de Java. On remarquera que des deux principaux ouvrages classiques sur la pathologie de l'Indo, de R. Martin et de Morehead, le premier ne parle pas de la dengue et le second n'en fait qu'une mention indirecte et accessoire.

En résumé, on peut affirmer que, si la dengue a été confondue avec d'autres maladies et souvent méconnue, même depuis le commencement du dix-neuvième siècle, il est certain qu'aujourd'hui l'attention est sulfisamment attirée sur son existence pour qu'elle soit parfaitement reconnue comme espèce autonome ou unité pathologique.

Nous donnons ici la principale chronologie des épidémies de dengue qui ont été signalées depuis le commencement de ce siècle.

1818. Épidémie de dengue à Lima (Pezet).

1824-1826. Uindoustan : Rangoon, Calcutta, Barhampore, Guzerate, Bombay, etc. (Mellis. Kennedy, Twining, Cawel, Jlouat, etc.).

182G. Savannah (Géorgie).

1827-1828. Saint-Thomas (Antilles), Sainte-Croix, etc., etc., Colombie, Bogota, Carthagène, Haïti, Jamaïque, Charleston, Mobile et sporadiquement à Boston, New- York et Philadelphie (Siedmann, Cock, Fm'longe, etc.).

1855. Sur la côte arabique de la mer Rouge sous le nom de « Mal des genoux » (Pruner).

18Ô6. Calcutta et Madras (Waller Raleigh).

1839-1844. Iberville (Louisiane) et Mobile.

1844. Calcutta (II. Goodeve).

1845. En Egypte, au Caire, à Alexandrie (Pruner). 1845-1848. Au Sénégal, à Corée, à Saint-Louis (Philippeaux).

1846-1848. Au Brésil, où presque tous les habitants furent atteints delà dengue (fièvre polka du Brésil).

1847. A Taïli (Océanie française) sur deux navires de guerre français, la Loire et la Syrèiie, en rade de Papeete.

1847. A Cawnpore (Inde: H. Goodeve).

1848-1849-1850. A la ISouvelle-Orléans et sur presque tout le littoral méridional des États- Unis : grande extension de cette épidémie (Dickson).

1850-1852. Au Pérou.

1851 . A la Réunion dans toute l'île sous le nom de fièvre rouge ou fièvre chinoise (Dauvin).

1855. A Calcutta (Edward Goodeve).

1854. Ibid. (Kennedy).

1854. A la Havane.

1855 et avant. Tripoli d'Afrique, dans plusieurs localités où se manifesta la dengue presque à l'état endémique (docteur Dickson).

1856. Corée (Sénégal: Lepetit).

1855-1856. A la Martinique.

1860. A la Martinique (Ballot).

1861 . Réapparition de la dengue au Texas et dans le sud des États-Unis.

1865. A Corée (Thaly) et à Sainte-Croix de Ténériffe (Poggio).

1866. Même réapparition de la dengue dans le sud des États-Unis d'Amérique.

1867. A Cadix : 14 000 personnes furent atteintes delà dengue (Poggio).

1868. En Egypte où elle est signalée comme tantôt épidémique et tantôt sporadique: à

Port-Saïd (Vauvray). 1869 et avant, A la Réunion, du moins c'est probable (Barat).

1870. Épidémie de dengue sur la canonnière de l'État la Comète en mer sur la côte occiden-

tale d'Afrique (Fouque).

1871. Zanzibar-Aden-Port-Saïd (Yauvray).

187 1 Côte arabique de la Mer-Rouge, surtout à La Mecque où elle était nommée a Abou-rouka » ou père des genoux (Read).

702 DENGUE.

1871-1872. Hindoustaii, où elle existait avant 1871 à l'état sporadique (Lyons) : elle pai'courut presque toute l'Inde : Dacca (Wise), Calcutta (Charles), Madras (Moodeii Shériff) : Possessions françaises de l'Inde (Martialis, Carpentier), etc., etc.

1872. La dengue est signalée en Birmanie, dans le Népaul, en Chine, en Malaisie.

1872. A Maurice et à Zanzibar.

1875. Épidémie de la Réunion (Colholendy).

1873. Épidémie de Cochinchine, du Cambodge (Morice).

1873. Épidémie de la Chine méridionale et d'Amoy (Mûller etManson).

1872-1875. Épidémie de Java, de Palembourg (Sumatra), de l'île Riouw, de Macassar (Célèbes), etc. (Karsscn).

1874-1875. Épidémie de dengue à la Martinique, importée, dit-on, par les immigrants.

1875, Épidémie de dengue à Hà-Noi, au Tonquin, sur les indigènes et sur les troupes françaises (Jardon).

1877-1878. En Egypte, près du canal. Épidémie de 1878 à Ismaïlia (Dacorogna) : 1800 atteints sur 2000 habitants.

1878. Dengue ii Malte et à Gozzo, à la suite, croit-on, d'un arrivage de troupes anglaises de l'Inde.

1878. A Benghazi (Tripolitaine) : état sporadique et légère épidémie (docteur Pasqua).

1880. A Charleston (États-Unis) : épidémie de dengue ou Break-bone [Nat. Board of Health

Bull., septembre 1880).

1880. En Egypte, au Caire, à Alexandrie, etc. ,1a dengue prit une grande extension: importation par les pèlerins de l'Inde ou reviviscence des précédentes épidémies.

1881 A Beyrouth (Syrie) : apparition de cas sporadiques en janvier, etmême il existerait une épidémie légère sur la population. On aurait toujours observé depuis longtemps la dengue sporadique à Beyrouth? (Castaldi).

Comme on le voit par celte esquisse de l'histoire de la dengue, celle-ci aurait pris une notable extension depuis un quart de siècle, surtout dans ces dix dernières années. Mais il faut ajouter qu'il en a été de cette maladie comme de tant d'autres, qui ne sont devenues en apparence plus fréquentes que parce qu'en réalite' elles sont mieux connues et moins passées sous silence que quand ou n'était point fixé sur leurs caractères, ni sur leur individualité pathologique. L'histoire de la dengue a pu d'autant plus facilement subir ces péripéties, qiie ses épidémies n'ont jamais été meurtrières et qu'elle a pu passer ainsi inaperçue au milieu des autres fléaux épidémiqucs dont la gravité frappait de préférence l'attention des épidémiologistes.

On peut déduire des mêmes remarques qu'on ne peut pas être fondé à regarder la dengue comme une maladie nouvelle par cette seule raison qu'elle n'était ni décrite, ni connue avant le dix-huitième siècle.

Étiologie. Les conditions individuelles d'âge, de sexe, pas plus que les conditions sociales, que celles de races et de nationalité, n'ont d'inflaence sur la production de la dengue. Nous savons que les enfants à la mamelle, parfois au bout de quelques jours de naissance, sont atteints comme les vieillards septuagénaires ; que les infirmes et les valétudinaires le sont comme les plus vigoureux adultes, les riches à l'égal des pauvres, et qu'enfin la dengue frappe avec une même mesure les Européens, les Chinois, les Hindous, les Nègres, les populations diverses d'Amérique, les Métis aussi bien que les races pures. Il est peu de maladies qui soient aussi égalitaires que celle-là. Par uiîe singulière exception à cette règle, les nègres africains de l'équipage de la Comète demeurèrent tous indemnes de la dengue qui sévit en 1870 sur les trois quarts des matelots européens (Fouque), et cela sans cause connue.

Les conditions de géographie physique ont une action plus décisive. Mais c'est dans la chmatologie, spécialement dans le degré de chaleur atmosphérique, qu'il faut localiser l'influence étiologique du climat sur la maladie. On a justement fait remarquer que c'est pendant l'été ou l'automne que se déclare la

DEiNGUE. 703

dengue dans les régions situées en dehors des tropiques (A. Hirsch) Cependant il est possible qu'il y ait quelques exceptions à cette règle, surtout pour le Nord-Amérique. Même dans les pays tropicaux on signale l'apparition de la dengue comme coïncidant souvent avec les grandes chaleurs. La distribution géographique de la maladie montre clairement [voy. Dengue, art. Géographie médicale) qu'elle est régie, au moins en grande partie, par la distribution de la chaleur à la surface du globe. Contrairement à la peste, et comme la fièvre jaune, dont elle est la compagne en mainte occasion, la dengue est donc sans conteste une maladie épidémique des climats chauds.

En dehors de l'élément du calorique aucun agent météorologique ne paraît avoir d'action marquée sur la genèse de la fièvre rouge. Il en est de même des agents de la géologie et de la structure du sol. Si l'altitude est considérée avec raison comme jouissant d'une immunité parfois complète, comme cela s'est présenté à la Réunion pour les plateaux élevés de Salazie, des Cafres (près de 2000 mètres) et même pour des élévations de 700 à 800 mètres au-dessus de Saint Denis (Cotholondy), tout fait présumer que dans ce cas comme dans beaucoup d'autres l'altitude remplace la latitude, et que cette compensation dépend du régime thermoniétrique de l'atmosphère. Bref, c'est encore ici une simple question de chaleur climatologique.

Aux conditions delà géographie et de la géologie on doit rattacher l'influence malarienne provenant des régions paludéennes. Or cette question du paludisme a été diversement jugée en tant que condition d'étiologie vis-à-vis de la dengue. La même réjiartition géographique que nous invoquions tout à l'heure servirait une fois de plus à nous prouver que la dengue ne reconnaît nullement pour cause la malaria, mais que toutefois celle-ci peut l'influencer peut-être parfois dans sa marche et imprimer à la convalescence une allure d'intermittence ou de rémiltence qui est le propre du génie paludéen.

On a dit que la dengue aimait les centres populeux où elle se développait de préférence aux habitations éparses et aux populations clairsemées qu'elle avait très-souvent respectées, notamment aux Etats-Unis d'Amérique. Cette particularité peut se rattacher à une cause qu'il faut placer plus haut, dans l'éminente contagiosité ou transraissibilité de la maladie. L'histoire de la fièvre rouge peut s'expliquer tout entière par cette propriété de se transmettre de proche en proche et même à distance plus éloignée. On a avancé, non sans raison, que la dissémination actuelle de la maladie sur les bords de la Méditerranée orientale et méridionale était attribuable aux pèlerinages de La Mecque et aux arrivages devenus fréquents de passagers venant des Indes et de la Malaisie, foyers endémoépidémiques de la dengue.

De même la grande épidémie de 1871 à 1873 a pu être suivie assez exactement. Partie de Zanzibar en 1871, la dengue gagna Aden et la mer Rouge, puis la côte occidentale de l'Hindoustan, Bombay et enfin l'Inde anglaise tout entière en 1872. De là elle se répandit aux Mascareignes (Mauriceet la Réunion) vers 1873, en Cochinchine, en Malaisie et dans le sud de la Chine vers la fin de 1873, Il en a été toujours ainsi pour les irruptions épidémiques entre les Antilles et l'Amérique du Nord. Les voies de terre, mais surtout aujourd'hui celles de mer, la trace, en un mot, des grands courants d'hommes sur la surface de la tei-re, sont indubitablement les sillons nombreux et spacieux où se répand la semence de la fièvre rouge, qui a si largement parcouru les régions chaudes depuis quelques années.

Page 1