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118 DENT (physiologie).
successives, suivant un ordre rigoureusement physiologique. On peut dire ainsi qu'il y a en réalité rm^y dentitions ou <:'?>?^ périodes : la première seule cjiduquc et les quatre autres définitives. Ces périodes comprennent des groupes de dents parfaitement définis, bien que variables dans le nombre des pièces qui les composent. Ainsi, tandis que le premier groupe comprend vingt dents, le second se compose de quatre pièces seulement, lesquelles apparaissent an delà de la série des précédentes, et sans qu'aucune de celles-ci ait encore effectué sa chute.
C'est le troisième groupe qui est appelé à remplacer le premier, et cela par un nombre identique de dents.
Les deux dernières périodes appartiennent aux deuxièmes et troisièmes molaires permanentes.
Cet ensemble de documents relatifs aux époques de genèse, d'éruption et de chute physiolcigiques du système dentaire, devrait se compléter de donnéis concernant les phases mêmes du développement lolliculaire soit chez l'embryon, soit chez l'enfant.
Nous avons déjà publié à cet égard des considérations qui portent sur l'évolution fœtale. Nous les reproduisons ici tant à l'égard de la détermination des périodes du développement qu'au point de vue médico-légal pour la recherche de l'identité et pour celle de l'âge du produit expulsé daiis le cas d'avortement ou de iœticide (voy. tableau, p. 116 et 117).
Aux considérations relatives au mode d'éruption des dents nous pourrions en ajouter d'autres non moins importantes au sujet des changements de forme que subissent les mâchoires pendant la double période d'évolutioa des dents temporaires et des définitives. Des recherches déjà anciennes de Miel avaient établi que l'accroissement en longueur des maxillaires s'effectuait exclusivement aux dépens de la portion de l'os située au delà de la série des dénis temporaires, c'est-à-dire dans la branche ascendante qui exécute en arrière un mouvement de recul progressif et proportionnel aux phases mêmes de l'évolution dentaire. La simjile observation de la dentition de l'enfant, dont les pièces conservent invariablement leur position et leurs rapports de contiguïté, sans présenter à aucune époque ni écartement, ni disjonction, en pouvait déjà fournir la preuve, mais en outre l'élude attentive d'une série de maxillaires aux différents âges, en prenant certains points de repère fixes, comme les trous mentonniers. par exemple, permet de fixer mathématiquement ce mode d'accroissement. Quant au développement des mâchoires dans le sens de l'épaisseur, les études du même observateur, confirmées depuis lors par Tomes, Kôlliker et Ilumphrey, ont établi que ces os augmentaient de volume aux dépens de la surface externe, tandis que l'interne restait invariable. Il résulte de là que la courbe des maxillaires, dès le moment où est achevée l'éruption des dents temporaires, est définitivement fixée. 11 en est de même de l'axe de l'arcade dentaire, c'est-à-dire de la ligne fictive qui passerait par le centre des couronnes de dents, de telle sorte qu'en prolongeant en arrière cette lijjne on détermine exactement, avec l'allongiment de l'arcade dentaire, la situation et la direction des dents futures qui vont évoluer au delà de la série des dents temporaires.
Nous n'insistons pas davantage sur ces remarques qui appartiennent d'ailleurs aux phénomènes du développement des mâchoires.
Quoi qu'il eu soit de toutes ces considérations touchant l'époque physiologique de l'éruption, il faut remarquer, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que ces
DENT (physiologie). H9
dates diverses sont soumises, dans l'état normal, à certaines variations. C'est surtout pour la première dentition que ces différences sont intéressantes à signaler.
Dans un relevé de naissances observées à la Maternité de Paris pendant une période de dix années, de 1858 à 1868, sur 17 578 nouveau-nés, trois seulement présentaient des dents : deux sont nés avec deux incisives centrales supérieures, le troisième avec les deux inférieures. Il y avait, on outre, treize becsde-lièvre, une tumeur éreclile de la gencive, une division du voile.
Dans un travail publié à Moscou par le docteur Bcnseugre l'époque d'apparition de la première dent se décompose ainsi qu'il suit sur 525 enfants :
A la naissance 0
1*' mois 0
2* mois 1
5* mois 3
4« mois 8
5* mois '. 33
(')* mois 43
7° mois 104
8" mois b8
9' mois 43
10* mois 80
11* mois 53
12° mois 63
2" année 2i
3' année 2 (rachitiques).
Total 525
Nos observations personnelles, faites sur un nombre de 500 enliints nouveau-nés, dans les conditions de santé normales et dans notre race française actuelle, nous ont fourni sur l'apparition de la première dent les résultats suivants :
A la naissance \
1" mois 2
2* mois 3
3° mois 9
4° mois IQ
5" mois 39
6' mois 45
■3" mois jOg
8° mois gg
9* mois ^9
10° mois o^
12" mois ^2
2° amiée 10
Total
MO
Quant à la chute des dents temporaires, nous dirons que, les conditions de chute physiologique étant intimement liées comme phénomènes conséquents à l'éruption prématurée ou retardée des dents permanentes, ces considérations n'auraient aucune porlée ni aucune valeur particulières.
Nous savons, en effet, que la raison physiologique de la perte d'une dent temporaire, c'est l'évolution et la sortie de la dent permanente correspondante, et, en ce qui concerne la chute de celle-ci, l'époque à laquelle elle peut être fixée physiologiqueraent paraît bien difficile à préciser, car elle ne tiendrait à rien moins qu'à résoudre cette question : les dents permanentes de l'homme
120 DENT (physiologie).
tombent-elles avant la fin de la vie, à un âge déterminable, ou doivent-elles accompagner l'individu jusqu'à la mort sénile? Nous pouvons répondre, à cel égard, que ce phénomène, même dans les conditions physiologiques, nous paraît être soumis à des variations bien gran<les. S'il nous fallait ici fixer une dale, nous dirions que la chute sénile des dents ne saurait être admise avant soixante-dix ans. Il est toutefois une remarque qui nous a frappé à ce point de vue, c'est que les crânes de vieillards qui figurent dans nos collections anthropologiques, ceux des races primitives et préhistoriques, par exemple, présentent très-raiement une absence complète de dents. Il s'ensuivrait de là que la chute des dents avant le terme physiologique de la vie pourrait être attribuée à un ensemble de circonstances pathologiques.
Il nous reste, pour terminer les considérations relatives aux lois d'éruption, ù étudier un dernier problème, celui de l'éruption de la dernière molaire ou dent de sagesse, c'est-à-dire de la cinquième et dernière phase d'éruption chez l'homme.
On a depuis longtemps affirmé, et quelques auteurs affirment encore que la dernière molaire apparaît chez le singe avant la canine, tandis que l'ordre inverse s'observe chez l'homme. Nous nous sommes élevé déjà contre cette interprétation en faisant remarquer que, si l'on ne considère que le moment d'apparition de ces deux dents hors des mâchoires, on doit reconnaître que chez le singe comme chez l'homme la canine apparaît la première; seulement, chez le singe, le volume de cette dernière est si considérable, surtout chez le mâle, que son développement est nécessairement très-lent, et qu'elle ne parvient en réalité à l'âge adulte qu'après la sortie de la dernière molaire.
Mais cette question n'est pas la seule que soulève l'éruption de la dent de sagesse chez l'homme. Il en est une autre qui pourrait avoir précisément un rapport direct avec la race.
Ainsi Darwin a fait cette remarque que les dents de sagesse manquent fréquemment dans notre race blanche, tandis que leur présence est la règle dans les races inférieures. Il en conclut qu'elle doit être regardée comme un organe en décadence. M. Mantegazza s'est rallié à cette opinion que partage aussi M. Broca {Bull, de la Soc. danlhrop., 1878, p. 255 et 256).
Nous n'avons aucune raison pour repousser à priori une telle doctrine, mais nous ne pensons pas que les faits lui apportent des éléments suffisants de démonstration.
Ainsi, il est tout d'abord démontré par l'examen direct et aussi par l'étude embryogénique du développement de l'appareil dentaire que l'existence du germe de la dent de sagesse chez l'homme est constante; seulement l'organe peut ne pas paraître au dehors ou sortir atrophié, difforme, ce qui dépend de la compression qu'il éprouve dans une place trop restreinte.
Un déiail statistique apporte un certain argument à cette manière de voir : il est relatif à la proportion relative dans les cas d'apparition de la dent de sagesse supérieure et de l'inférieure. Or, nous avons trouvé les chiffres suivants sur 500 observations : ■
Apparition de la dent de sagesse :
Supérieure 578 fois.
Inlmeure 122
Total 500 fois.
DEiNT (physiologie). 121
11 en résulte qu'à l'égard de la précocité relative la dent de sagesse supérieure est à l'inférieure : : 5 : 1 .
La cause essentielle des conditions anormales du dévelop])ement de la dent de sagesse chez l'Iiomine est donc rinsiiflisance du développement des mâchoires, ce qui, inversement, peut se traduire par cette loi que la fréquence de l'apparition de ht dent de sagesse chez l'homme est proportionnelle au degré du prognathisme accidentel ou ethnologique.
Il est vrai que M. Broca répond que le prognathisme est ici un résultat et non une cause, et que le développement de la dent de sagesse subordonne les conditions de dimensions des mâchoires. Mais, s'il en est ainsi, pourquoi l'éruption de la dent de sagesse inférieure cause-t-elle des accidents d'intensité, variables, il est vrai, mais dont la fréquence est telle qu'elle ligure pour un chiffre de 75 pour 100 dans une statistique dressée à ce sujet par un médecin de Paris, le docteur David ?
Ces remarques doivent nous conduire à des réserves très-grandes au sujet de l'interprétation de Darwin, de MM. Mantegazza et Broca. Elles appellent en tous cas de nouvelles recherches, que nous avons commencées pour noire part, et qui apporteront, nous l'espérons, leur contingent au point de vue de la solution de cette question spéciale.
2° Du MÉCANISME DE l'érlption. Lc mécanisme physiologique de l'éruption est un problème qui doit trouver sa place ici. Il comprendra trois questions : 1" le mécanisme essentiel de l'éruption en général; 2° l'éruption des dents temporaires ; 3° l'éruption des dents permanentes.
Le mécanisme de Véruption en général est fort simple. Dans les recherches antérieures sur l'évolution de l'organe dentaire dans le follicule, nous avons poursuivi l'étude des phénomènes jusqu'à la formation de la racine. C'est qu'en effet, à ce moment qui correspond à la période d'achèvement de la couronne, le follicule s'ouvre à la partie culminante du sac et livre passage à l'organe. L'éruption est dès lors le fait de la formation même de la partie radiculaire, et chaque degré d'ascension de la dent dans le tissu sous-muqueux et au dehors est mesuré par la quantité exacte de tissus nouveaux formés au fond du sac folliculaire qui continue à fonctionner dans la partie profonde. C'est ainsi qu'on peut mesurer rigoureusement, par la progression du phénomène d'éruption, la hauteur de substance produite dans un temps déterminé. Ce phénomène est variable de rapidité suivant certaines circonstances qui sont sous la dépendance de la nature des dents, de leur rôle, de leur caractère caduc ou permanent, de la précocité, de l'âge adulte, etc.
Quoi qu'il en soit, l'éruption est dans l'état physiologique un phénomène lent et progressif qui entraine la résorption concomitante de la muqueuse par un fait de compression simple. Ce passage de la couronne au travers des tissus vasculaires ne s'accompagne toutefois d'aucune lésion, d'aucun traumatisme appréciable, les tissus comprimés se résorbent par un travail insensible, sans inflammation ni hémorrhagie, et, lorsque la couronne a enfin terminé son trajet au dehors, la muqueuse qui lui a livré passage se fixe et s'insère au collet où elle adhère au périoste alvéolaire qui n'est autre que la paroi même du follicule.
L'éruption des dents temporaires, lesquelles apparaissent sur des bords alvéolaires entièrement vierges, répond exactement au mécanisme que r.ous venons d'indiquer. Ainsi se dégagent et se placent les vingt dents de première dentition, ainsi sortent également les dents de la série des molaires, lesquelles apparaissent
à la partie postérieure des ai'cades dentaires où elles ne sont pas précédées de •dents prc.ilubles.
L'éruption des dents permanentes, précédées de dents temporaires corresj)ondantes, est un phénomène plus complexe; la progression de la couronne au travers des tissus de la muqueuse est, de tous points, identique au précédent; mais il se présente une autre particularité, c'est la résorption de la racine des dents temporaires. Ce mécanisme particulier a donné lieu à certaine?, explications de la part des auteurs : ainsi Tomes a attribué la disparition des racines temporaires à la présence d'un organe particulier, sorte de disque mou et vasculaiie qui aurait la fonction de résorber et de faire rentier dans le torrent circulatoire les éléments qui constituent les racines. Il est vrai que, lorsqu'on pratique l'ablation d'une couronne de dents temporaires au moment où elle commence à s'ébranler, ou observe dans l'alvéole et au-dessous de celle-ci uu tissu rougeâtre, riche en vaisseaux, et ((ui saigne au moindre contact. Cette petite masse de tissu, que Tomes croit être un organe spécial, agent de résorption, ne nous a semblé autie que la muqueuse elle-même plus ou moins congestionnée à cette épo(|ue de l'évolution.
Dans tous les cas la raison phys-iologique de la résorption des racines d'une dent tcnjporairc est l'existence au-de>.'-ous d'elle d'une dent permanente corrcspondante. C'est pourquoi l'atrophie d'une dent de seconde dentition aura pour conséquence la persistance de la temporaire correspondante. L'anomalie par déplacement delà première, en amenant sa sortie sur un |)oint distant de la précédente, aura le même résultat. C'est de la sorte que des dents temporaires persistent parfois pendant une grande partie ou la totalité de la vie, gardant en conséquence leurs racines intactes et leur solidité complète.
Résumé des i.ois d'éruption. 1° La dentition humaine est invariablement <;omposée de deux grandes périodes : l'une, dentition temporaire ou du premier âge; l'autre, dentition permanente ou de l'adulte. 11 n'existe jamais de dentition tertiaire ou quaternaire ;
2° La précocité de l'éruption, considérée au point de vue des espèces animales, •est en raison directe de la brièveté de la vie et de la précocité de l'âge adulte et de la nutrition générale ;
3° Au point de vue des races, la précocité est en raison directe du degré de ^upéiiorité et de culture;
4° A l'égard des maladies et des diathèses, la tardiveté de l'éruption est proportionnelle à l'intensité et à la durée des |ihéi;omènes morbides généraux;
5" La chute des dents temporaires à l'éfioque de leur remplacement par les permanenies est le résultat de la résorption moléculaiie de leurs racines, laquelle résorption est le fait de la compression qu'elles subissent de la part de la couronne permanente.
5" Des lois numériques. Les pièces qui composent l'appareil dentaire sont soumises dans la série ascendante des espèces à un phénomène double de réduction numérique et de fixité croissante dans le siège et la forme. Ainsi le nombre des dents, incalculable chez les vertébrés inférieurs comme les poissons, se restreint de plus en plus à mesure qu'on s'élève dans l'échelle pour arriver enfin, chez l'homme et les primates, à une formule invariable dans l'état physiologique.
Toutefois il peut se produire chez l'homme, dans le nombre des dents, des perturbations diverses : les unes sont purement tératologiques et seront étudiées
DENT (physiologie). 125
à propos des anomalies dentaires (voy. Dents, Pathologie [Vices de conformation]), les autres constituent des variations qui sont sous la dépendance de la sélection, de l'hérédité ou de la race.
Dans l'état normal le nombre des dents chez Thomme est fixe. 11 comprend, pendant la durée totale de la vie, 52 pièces qui se divisent en deux grandes séries : les dents de la première dentition et celles de la seconde dentition.
La première série est composée de 20 dents, d'où la formule :
ou plus simplement
[lie. - eau. - mol. r = 20.
La seconde série est composée de 52 pièces qui donnent la formule
Inc. ^-— ^ can. j— -^ pwm. ^—^ mol. ^-— r = 52,
ou plus simplement
Inc. - can. - prcm. -■ mol. - = oi 4 2 4 6
Si l'on étudie comparativement ces deux formules, on est conduit à certaines considérations :
En premier lieu, on voit que le rapport numérique entre la première dentition et la seconde est *.: 5 : 8. On remarque ensuite que le nombre des incisives et des canines est identique dans les deux formules et que la différence porte exclusivement sur les molaires. Cette circonstance est en relation absolue avec le phénomène de raccroissement des maxillaires qui se développent dans la partie postérieure correspondante à l'angle de la mâchoire et non à l'antérieure qui est fixe. On sait en effet qu'à aucune époque delà période de la première dentition les dents ne perdent leur contiguïté ahsolue et que dès lors les inaxilLiires ne se modifient nullement dans le sens de la longueur. Un léger accroissement de dimension s'effectue cependant dans la région antérieure des mâchoires au moment du remplacement des dents temporaires, caries permanentes qui leur succèdent, bien qu'étant de nombre égal comme pièces, ont un volume notablement plus considérable, mais le mouvement d'allongement est en tout cas rigoureusement proportionnel au degré de cet allongement même, car les dents de remplacement reprennent, ainsi queles antérieures, leur contiguïté parfaite. C'est de la sorte que les dents, au point de vue de leur nombre, aussi bien qu'à l'égard de toutes les autres conditions de leur évolution, commandent et déterminent dans l'étal physiologique le développement des mâchoires, lesquelles sont en quelque sorte passives des conditions mêmes de l'appareil dentaire.
Quoi qu'il en soit, les variations numériques des dents, subordonnées aux relations d'hérédité ou de race, comprennent tantôt la diminution, tantôt Vaugmenlation de la formule dentaire.
La diminution numérique, suivant une loi formulée depuis longtemps par Isidore GeoflVoy-Saint-Ililaire, porte de préféience sur les espèces de dents qui sont normalement en nombre plus considéiable, c'est-à-dire les incisives et les molaires. Nous verrons que l'augmentation numérique obéit à la même loi.
Seule la canine, ne subissant jamais dans le nombre, non plus que dans la
124 DENT (physiologie).
forme, aucune modification, représente le type primitif fixe et invariable, l'unité morpliologiqiie, dont les autres dents ne sont que des dérivés par multiplication ou coalesccnce.
Ainsi se trouve réalisée, à l'égard du système dentaire, l'hypollièse des types fondamentaux, non point les hjpes fictifs de Gœlhe, mais, suivant les idées de Guvier et de Geoffroy Sainl-IJilaire, les types considérés au point de vue de la subordination des organes.
Les laits de diminution numérique des dents s'accompagnent parfois de perturbations concomitantes dans un autre appareil organique. Ainsi l'on se rappelle sans doute, par exemple, ces individus qui ont présenté à la fois une exagération dans le développement du système pileux et une réduction des pièces du système dentaire.
Un grouiie de ces individus, appartenant à la même famille, étaient nés en Hussie, à Kostroma, et ils ont été étudiés ici par les Sociétés d'anthropologie de Berlin et de Paris.
L'anomalie simultanée par augmentation des poils et diminution des dénis était héréditaire chez eux pendant trois générations. On les avait surnommés en France, dans les foires publiques où ils se montraient, les Hommes-Chiens.
A'ous avons étudié jadis avec nos collègues de la Société d'anthropologie de Paris ces singuliers personnages, et, en faisant quelques recherches sur les faits analogues, nous avons pu en recueillir divers exemples.
Ainsi, Sedwick et Crawfurd en ont observé en Birmanie. Lombroso en cite un autre en Italie.
Darwin, qui connaissait quelques-uns de ces faits, les invoque en faveur de sa théorie sur les lois de variabilité corrélative. Il s'appuie sur certains exemples empiunlés d'une part à des animaux chez lesquels la domestication accroît siinultauémcnt le développement des deux systèmes pileux et dentaire, d'autre part à l'espèce humaine.
L'un des exemples qu'il rapporte est relalifà une certaine danseuse espagnole, Julia Pastrana, qui avait, paraît-il, le front et le visage couverts de poils et présentait en outre une double rangée de dents. Cette observation, toutefois, n'est pas exacte, ainsi que nous avons pu nous en convaincre à Londres par les photographies de la danseuse et les moulages de ses mâchoires. Elle avait trèsréellement la face et le corps velus, mais «on appareil dentaire, loin de présenter une auf^mentation numérique, était au contraire très-réduit. Darwin a évidemment été trompé ici par une narration erronée {voij. notre travail : Les Hommes velus, in Gaz. méd. de Paris, ib novembre 1875).
D'autres faits l'avaient cependant frappé déjà et dont nous avons reconnu l'exactitude : ce sont les chiens chinois et turcs, qui offrent en même temps une réduction numérique des poils et des dents. Ces animaux présentent en effet une décroissance proportionnelle des deux systèmes, lesquels occupent, comme on sait, en philosophie anatomiquc, la place que de Blainville leur a assignée sous le nom de Phanères; les poils disparaissent presque entièrement et la formule dentaire tombe aux chiffres 24, 16 et même 4,
Toutefois, de ces différents faits observés comparativement peut-on déduire un caractère de race, une loi fixe?
Nous ne le pensons pas.
D'une part, les exemples recueillis chez l'homme appartiennent à des individus en nombre restreint, consanguins, il est vrai, mais ne dépassant pas deux ou
DENT (physiologie). 125
trois générations. Ils constituent simplement des faits à la fois léralologiques et héréditaires. Jamais un groupa elhnique normal ne les a présentés.
D'autre part, les exemples relatifs aux animaux, comme les chiens nus, sont dus à la sélection artificielle et représentent des fliits de dégradation de race.
Ainsi la loi que Darwin avait pensé pouvoir formuler à cet égard ne saurait avoir aucune fixité, puisque tantôt chez les chiens nus il y a corrélation de décroissance et que chez les hommes velus il y a rapport inverse, soit, si l'on veut, compensation on balancement.
Tout au contraire, Vaiifimenlalion numérique des dents chez l'homme, lorsqu'elle représente un phénomène isolé et nettement d('hiii, est susceptible de se rattacher à une loi anthropologique lixe.
Nous essaierons tout à l'heure de formuler cette loi, mais nous devons au préalable rapporter quelques exemples qui l'autorisent et la justifient.
Un grand nombre d'auteurs, parmi les(juels il faut citer Rudolplii, Gavard, Sœmmerring, Meckel, Isidore Geoffroy-Saint-lUlaire, de Blainvilleet beaucoup de modernes, rapportent des faits d'augmentation numérique des dents, soit placées en séiie régulière et de formes normales, soit situées en divers points hors des mâchoires et loin des arcades.
Ces faits, qui sont connus sous le nom de (Jent^ surnuméraireit, s'accompagnent de certaines particularités dans la forme : ainsi tantùt la dent nouvelle prend l'aspect de celles au voisinage desquelles elle apparaît suivant la loi d'analogie de formation, tantôt, ce qui est le plus fréquent, elle afiécte la forme conoïde, c'est-iî-dire qu'elle fait retour à Vunité on au type spécifique primitif.
Mais les mêmes auteurs que nous venons de citer font cette autre remarque que le phénomène d'augmentation numérique s'observe toujours dans sa plus grande fréquence chez les races inférieures, soit actuelles, soit considérées dans le temps.
Ainsi ces exemples, qui figurent dans les recueils, appartiennent a\ix Australiens, auxNéo-Calédoniens, aux Tasinanienset surtout aux nègres, qui ont fourni le j)lus grand nombre d'observations.
Quelques exemples plus récents viennent encore confirmer les influences ethniques en matière d'augmentation numérique. Ainsi, dans l'une des dernières séances de la Société d'anthropologie de Paris, on a présenté plusieurs moulages de mâchoires d'Australiens qui toutes témoignaient de leur provenance par des pViénomènes d'inlériorité ethnique relative. L'une d'elles présentait un commencement de division d'une incisive supérieure, ce qui constituait une augmentation numérique. Due autre offrait un volume considérable des dents d'ailleurs normales ; une troisième était excessivement prognathe. Ces fait venaient de nouveau confirmer les opinions émises par Gavard, Sœmmerring et bien d'autres auteurs.
L'un de ces derniers exemples, le plus remarquable de tous, a été observé chez un nègre donné par le professeur Langer, de Vienne, au musée de la Société anthropologique de cette ville. Cette formule, qui comprend quatre molahes à chaque moitié de mâchoire, constitue essentiellement un exemple de retour à la formule des singes inférieurs, les lémuriens.
C'est de la sorte que la formule dentaire, qui est représentée normalement par le chiffre 52, s'élève à 55, 54, 55, 57 et même 59.
Nous pourrions multiplier ces citations, car Sœmmerring en rapporte cinq faits chez les nègres; Lesson, plusieurs chez les Australiens; de Blainville, Mum~
126 DEM' (physiologie).
mery, H;imy, Broca et nous-mème, d'autres encore, ce qui représente un cliiffre relativement très-élevé.
Sans donner ici toutes les formules d'augmentation numérique des dents suivant les races, et dont les mâchoires figurent dans les divers ouvrages, ainsi que dans les nôtres (voy. Traité des anomalies du système dentaire, p. 99. Paris, 1877), nous résumerons ces considérations dans les conclusions suivantes :
Résumé des lois kumériques. 1» Le nombre des dents est proportionnel aux dimensions des mâchoires dont il détermine l'étendue actuelle et l'allongement progressif;
2° La diminution numérique de la formule dentaire est un phénomène de dégradation de l'espèce ou de l'individu et lié à la sélection natui'elle ou artificielle;
3» L'augmentation numérique de la formule dentaire est en raison directe du degré d'infériorité de la race et proportionnel à l'intensité du prognathisme accidentel ou ethnique ;
4" Toute augmentation numérique dans une race élevée constitue un phénomène de retour vers les races inférieures ou les espèces animales de l'ordre des primates ou des ordres inférieurs.
4° Lois morphologiques. L'appareil dentaire éprouve dans la série des vertébrés des variations infinies au point de vue de la iorme des pièces qui la composent. Chez les poissons, ou bien les dents manquent comme dans l'ordre entier des Lopliohr anches, ou bien elles se présentent suivant des conditions mor()hologiques uniformes. C'est presque invariablement pour chaque espèce un cône plus ou moins aigu, plus ou moins surbaissé; parfois c'est une plaque composée d'uu nombre variable de cônes élémentaires agglomérés. Chez les Batraciens, pourvus de dents comme les Sauriens, les Ophidiens et les Crocodiliens, les dents affectent encore une forme unique et constante.
Chez les oiseaux le type morphologique des dents se perd de nouveau pour faire place à un double organe de nature cornée, véritable transformation de la lame épilhéliale représentant non deux mâchoires, comme le croyait Etienne Geolfroy-Sainl-Hilaire, mais deux revêtements épithéliaux recouvrant deux maxillaires rudimentaires, ainsi que cela a lieu d'ailleurs chez quelques Batraciens et chez tous les Ghéloniens.
Viennent ensuite les mammitères, chez lesquels, sauf peut-être la classe inférieure de transition des édentés, l'appareil dentaire présente dans la forme de ses éléments une fixité tout à fait remarquable pour chaque espèce en particulier. Les dents perdent rapidement le type conoïde pour affecter les caractères les plus complexes et les plus variés. C'est de la sorte que chez les mammifères supérieurs on reconnaît l'existence d'un grand nombre de formes diverses. lis sont en effet pourvus do quatre espèces de dents distinctes : les incisives, les canines, les prémolaires ou bicuspides et les molaires. Ce nombre peut à la rigueur être réduit à trois par la réunion des deux derniers en une seule variété sous le nom de molaires. De plus, il y a symétrie complète au point de vue de la forme entre les deux séries supérieure et inférieure.
Mais, si nous envisageons maintenant cette question morphologique dans la série descendante des mammifères isolément, nous verrons aussitôt que les caractères complexes des espèces supérieures se simplifient et se dégradent. Chez les carnassiers les formes ne sont plus qu'au nombre de trois : incisives, canines et molaires.
DENT (phïsiologie). *27
Dans la classe des rongeurs Ja forme spécifique e'prouvc un nouveau changement : les canines disparaissent; les molaires deviennent absolument homologues et uniformes, et le système dentaire se trouve réduit à deux espèces de dents, les incisives et les molaires.
Chez les herbivores, la dégradation continue : ainsi, à part quelques rares espèces et la division tout entière des pachydermes, les incisives disparaissent de la mâchoire supérieure et le système dentaire subit ainsi une nouvelle et pins importante réduction; il ne se compose plus que des molaires et de la moitié de la série des incisives.
Enfin, dans le dernier ordre des mammifères édcnlés, l'appareil offre un.^ dernière dégradation morphologique, et les pièces, lorsqu'elles existent à l'état isolé, sont uniformes. 11 n'y a plus qu'une seule espèce de dents.
Mais, si chez les mammifères supérieurs l'appareil dentaire présente la plus grande complexité de formes connues, cette complexité n'est qu'appnrenle cl non réelle, de sorte que, si l'on vient à envisager au point de vue de l'analyse anatomiquc la composition des pièces de l'appareil, on est conduit à considérer toutes les formes si diverses comme une dérivation d'un type primordial, dont nous avons retrouvé l'élément fondamental dans le système dentaire des poissons : c'est le type conique, l'archétype, V unité dentaire.
Prenons, en effet, un des organes dentaires dont la forme est la plus comj)lexe, la molaire de l'homme, par exemple : ne voit-on pas qu'elle est composée pnr le groupement des parties homologues qui peuvent être rattachées au type conique? Les saillies ou tubercules de la couronne sont semblables de forme, leur nombre seul varie.
Les faits du développement intra-foUiculaire ne fournissent-ils pas un argument puissant en faveur de cette théorie? Le bulbe dentaire, on effet, est primitivement composé par une base conoïde qui persiste ainsi pendant les premières phases de l'évolution : cette forme primordiale est invariable et constante. Quel que doive être l'aspect de la dent future, elle se retrouve aussi bien poulies dents qui restent coniques que pour celles qui prendront la disposition en masses quelconques : dents cylindroïdes, placoïdes, multituberculeuses, molaires composées, etc.
Sur cette base primitive apparaissent des saillies en nombre égal aux tub-Mcules de la couronne future. Chacune de ces saillies est conique; elle devient, au moment de la formation de la dent, le point de genèse d'un chapeau de dentine également conique et en nombre toujours égal aux saillies bulbaires et aux tubercules futurs. Ces saillies et leur chapeau restent quelque temps isolés et distincts; ce n'est que par les progrès de l'évolution que les chapeaux so réunissent et se confondent par leur base, pour constituer la couronne.
Les molaires de volume anormal tl présentant une augmentai ion du nombre des tubercules se sont formées, de même que celles de volume ordinaire aux dépens d'un bulbe présentant un nombre équivalent de saillies et de chapeaux de dentine; la multiplication des tubercules a donc été précédée d'un accroissement de nombre des saillies bulbaires. Si, au lieu d'une augmentation de volume, il y a réduction, le nombre des tubercules décroît; il peut êtie réduit à un seul, et ce fait tératologique constitue immédiatement une réversion au type conique primitif. Ce phénomène de retour se rencontre, ainsi que nous le verrons, dans presque tous les cas de production de dents surnuméraires, qui sont, comme on sait, atrophiées et presque toujours conoïdes. '
128 DENT (physiologie).
Les incisives, dents en apparence simples, sont de constitution complexe et susceptibles de se prêter à la même analyse. Observons, en effet, la formation du bulbe dans un follicule de cet ordre; il est encore primitivement unique, mais à un moment de l'évolulion il se surmonte de saillies au nombre de trois, lesquelles se recouvrent encore d'un nombre e'gal de chapeaux dentinaires, et, lorsqu'au moment de l'éruption on observe cette dent, on la trouve en effet surmonléc de trois saillies très-nettes, très-accusées, même chez l'homme. Ce sont 6es saillies qui s'effacent rapidement, ainsi d'ailleurs que les tubercules des molaires, par les progrès de l'âge et le fait même de la mastication; mais, si les saillies des incisives de l'homme sont peu marquées et rapidement effacées, il n'en est pas de même dans d'autres espèces, les carnassiers, par exemple, chez lesquels celte forme en flem de lis, si connue chez le chien, persiste, comme on sait, très-longtemps comme trace des trois cuspides primitifs.
On peut rappeler en outre, à l'appui de cette vue théorique, que dans cerlaines anomalies de forme on voit parfois une de ces divisions s'accuser davantage et s'isoler j)lus ou moins complètement du reste de la dent, disposition qui se produit normalcmciil d'ailleurs dans les dents pectinées de certains singes inférieurs, chez lesquels elle représente un fait transitoire dans la série des mutations morpholngii|ues.
Si nous ap|)li(juons ce procédé d'analyse à d'autres types de dents, nous arrivons a-u mèaie résultat : les dents ruhanées des rongeurs apparaissent par un bulbe qui se recouvre de saillies égales au nombre des rubans futurs. Les molaires, en apparence si complexes, des ruminants, celles des pachydernes, ne sont-elles pas formées de cônes accouplés, constitués régulièrement par de l'ivoire et de l'émail superposés, tandis que toute la masse est incluse par une sorte de coalescence dans une gangue osseuse;, représentée par le cément, seul élément de réunion et de jonction des cornets primitifs? Cette disposition, qui constitue la dent composée de ces animaux, se retrouve à un plus haut degré encore dans la molaire des grands pachydermes, oîi elle reste soumise à la niêmc loi d'organisation.
Seule la canine, et cela dans toute la série, conserve sa forme primordiale et constante. Formée d'un bulbe à une seule saillie, elle se retrouve toujours unicuspidée. C'est qu'en effet elle représente la tradition morphologique, V unité dentaire; elle est le témoin des transmutations organiques qu'a subies dans la succession des êtres le système dentaire.
L'unité dentaire est donc une réalité incontestable et les dents les plus complexes comme les plus simples peuvent être rattachées à cette loi de l'unité. Les applications de ce principe sont nombreuses ; nous les avons déjà fait entrevoir et nous les développerons plus spécialement à propos des anomalies de forme où nous serons conduit à les envisager, non-seulement au point de vue de la constitution de la couronne, mais à celui de la conformation des racines et de leurs variations.
Sans insister davantage sur ces considérations, disons encore que ces résultats sur la morphologie primitive des dents ont été formulés de la même manière par la plupart des analomistes modernes, par Ch. Tomes, dans son Anatomie de l'appareil dentaire, et par le professeur Flowers (de Londres). Ce dernier a même retrouvé sur un animal aujourd'hui disparu et qu'il a appelé Uomalo dontlierium un système dentaire offrant un type numérique complet, tandis que les dents étaient invariablement coniques. Un tel exemple représente à la fois un
DENT (piiYsioi.oGiEj. 129
fait de reversion au type dentaire des vertébrés inférieurs et un puissant argument en faveur de la théorie de révolution.
Résumé des lois morphologiques, i" La forme initiale des dents est le cône : c'est le type primordial, l'unité dentaire;
t2" Les formes les plus complexes des organes dentaires peuvent se réduire par l'analyse en un nombre variable d'éléments primordiaux ou unités réunis par voie de coalescence;
5" La canine dans les races élevées représente l'unité, c'est-à-dire le témoin permanent des mutations morpliolojj,iques successives;
¥ L'anomalie connue sous le nom de dents surnuméraires reproduit le plus ordinairement par voie de reversion le type originel ou le cône.
5' Lois DE VOLUME. Lcs varialious de volume des dents dans l'oidre physiologique sont inlinies. Elles sont sous la dépendance soit de la taille générale avec laquelle les dimensions des dents sont dans un rapport ù peu près constant, soit des relations d'hérédité, soit enfm des conditions ethniques. Mais, dans ces diverses circonstances, la réduction ou l'aiiginentation de volume porte sur toutes les dents d'un même sujet indistinctement. Nous n'avons pas à entrer ici dans des considérations relatives aux difiérences de volume dans l'état normal, cette étude est du ressort de l'anatomie descriptive.
A l'égard de l'hérédité, le volume des dents obéit aux mêmes lois que toutes les conditions diverses du système dentaire, et, des lors que nous établissons dans ce travail la transmission des anomalies dentaires, à fortiori devra-t-on admettre la transmissibilité des conditions normales.
Pour ce qui concerne les races, la question présente un intérêt beaucoup plus grand. D'une façon générale, le volume des dents est en raison directe de l'étendue des diamètres des mâchoires et du degré de prognathisme. Cette loi a été pleinement confirmée par les recherches des anthropologistes. Dans ce cas encore, les circonstances relatives au volume des dents portent sur les diverses espèces d'une manière à peu près uniforme. On pourra s'en convaincre aisément en étudiant, comparativement à ce point de vue, une série de crânes apparttnant aux diverses races soit parmi celles qui subsistent aujoud'hui, soit en y comprenant les races paléontologiques. Ainsi, les races inlérieures sont remarquables par le volume énorme de leurs incisives et de leurs canines, de telle sorte que ces dernières ont pu être assimilées à des défenses analogues à celles des singes anthropomorphes. La même remarque a été faite pour les races préhistoriques auxquelles dans l'état actuel des sciences anthropologiques on attribue une infériorité très-marquée. Darwin et Haîckel ont signalé ces faits auxquels ils ajoutent cette particularité qu'il se produit assez fréquemment avec des canines très-dé veloppées un diastema qui les rapproche encore davantaoe de la physionomie simienne. Une canine fossile figurée par Schmerlint^ est dans le même cas. A ces caractères peut s'ajouter, ainsi que nous l'avons dit plus haut, certain fait de bifidité des racines, des incisives ou des canines. De tels exemples sont nombreux aujoud'hui, et on les invoque en faveur de la doctriuo transformiste et de la théorie de la reversion.
C'est ainsi que parmi les races vivantes nous pouvons citer les Nègres les Australiens, les INéo-Calédoniens, qui, étant très-prognathes, ont les dentsparticulièrement volumineuses.
D'autre part, il existe certaines races, non proguathes, comme les Casques, qui sont remarquables par la petitesse extrême de leurs dents.
DICT. ENC XXYII. g
150 DENT (imiysioi.ooie).
Mais le volume des dents est solidaire d'une autre particularité anatomique, le nombre des tubercules. Tous les anlliropologistes s'accordent à décrire presque invariablement quatre tubercules aux molaires supérieures, tandis que les inféiieures en auraient tantôt quatre et tantôt cinq. Ils affirment en outre que le nombre de quatre tubercules à ces dernières est particulier aux races actuelles d'Europe cbez lesquelles la présence d'un cinquième tubercule devient une anomalie. On a noté aussi la plus grande fréquence des molaires à cinq tubercules dans les races préhistoriques et dans les races inférieures actuelles. Nous n'avons pas réussi jus(|u'à présent à contirmer ces vues plutôt spéculatives que fondées sur des faits rigoureusement observés. Les seuls points qui semblent établis sont : le rapport direct du volume des dents .ivec le degré d'inlériorité de la race et la présence plus fréquente des molaires à cinq tubercules chez l'homme que chez la femme.
Les dents de même espèce, bien que toujours égales en hauteur, ne le sont point en volume : ainsi les incisives supérieures présentent un fait de décroissance de volume de la première à la seconde, tandis que la relation inverse s'observe aux inférieures, la centrale étant plus petite que la latérale.
Pour les })rémolaii'os la série de décroissance est constante, la première étant toujours plus volumineuse que la seconde.
Mais c'est à l'égard des molaires que celte loi de volume prend une plus grande importance. En efiet, il est reconnu que cbez l'homme la série des molaires forme une série descendante de la première à la dernière, tandis que chez les singes le volume serait ascendant dans le même sens. On a cru pouvoir établir ici un caractère distinclif de l'homme, mais, si l'on envisage ce caractère dans la gradation des races, on observe que chez les races inférieures le volume n'est pins descendant, mais égal et parfois croissant. Cette disposition, qui correspond d'ailleurs constamment avec l'intensité du prognathisme, représente par conséquent un fait de transition entre l'homme et le singe et devient un argument en faveur de la loi de l'évolution.
Résdmp: des lois de volume. 1" Le volume des dents est en raison directe de la taille générale des sujets ;
2° Le volume des dents est proportionnel au degré du prognathisme et conséquemment en raison directe de l'inlérioritc de la race.
6" Lois de siège et de direction. Les considérations relatives au siège des dents chez l'homme sont nécessairement très-bornées, car la situation des dents chez les mammifères en général est fixe et exclusive. Le seul intérêt à faire ressortir ici est le principe de la localisation qui s'afiirms progressivement en suivant la série ascendante des vertébrés.
Ainsi, tandis que dans les classes inférieures les dents occupent un point (juelconque du tégument cutané ou muqueux, il se limite de plus en plus dans la gradation ascendante pour occuper exclusivement la région supérieure du tube digestif.
L'intérêt que peuvent présenter ces remarques appartient au fait d'anomalies de siège qui amènent souvent chez l'homme des phénomènes de reversion, lorsque, par exemple, la genèse lératologique d'une dent apparue sur la peau ou dans une région quelconque du corps arrive à représenter un phénomène de retour à un type inférieur.
En ce qui concerne les conditions de direction des dents chez l'homme, nous présenterons les considérations suivantes :
DENT (piivsiologie). 131
Le système dentaire considéré au point de vue de sa direction dans l'état physiologique se présente sous deux points de vue qui sont : 1 " la direction de l'ensemble des dents et des arcades ; 2° la direction relative des deux arcades dentaires réciproquement.
Sous le premier point de vue, la question se subdivise. Il convient en effet d'envisager la direction générale des dents d'une part suivant leurs axes parallèles, d'autre part suivant le plan de la surface triturante.
D'une façon absolue, la direction générale des dents est la verticale, c'est-àdire perpendiculaire au plan horizontal du crâne; c'est là aussi, il faut le dire, la direction idéale, car bien des circonstances et surtout les induences ethniques modifient le caractère à des degrés divers. Ce sont précisément ces modifications ([ui produisent les dispositions connues sous les noms de pwgnatltisme ou à^oplsthognathlsme, par opposition au terme à'orthognathisme qui représenterait l'état physiologique parfait, dans nos races européennes du moins. Nous disons dans nos races, car c'est le plus souvent le caractère ethnique qui domine la formation de ces deux caractères : projection en avant et projection en arrière, lesquelles constituent les dispositions extrêmes.
L'étude du prognathisme ethnique est des plus intéressantes. Elle a été d'ailleurs l'objet de nombreuses recherches.
Nous rappellerons toutefois que la forme dite prognathe des arcades dentaires peut se produire accidentellement en dehors de la relation ethnologique: ainsi la microcéphalie, les déformations artificielles du ciàne, la compression du front, peuvent les produire. D'autre part, la forme inverse, opisthognathe , peut être le résultat de dispositions crâniennes ou faciales opposées aux précédentes : l'hydrocéphalie, la compression postéro-antérieure du crâne, etc. Certaines pratiques de populations sauvages peuvent ainsi modifier parfaitement la physionomie du système dentaire dans sa direction et créer des déviations artificielles. Considéré d'une manière générale, le prognathisme est défini ordinairement par ce terme : {'obliquité des mâchoires, c'est-à-dire la projection antérieure des deux arcades dentaires par opposition au terme à' orthognathisme qui en représente la rectitude plus ou moins complète, et à celui à'opisthognathisme qui serait la projection en arrière.
Les recherches de M. Topinard ont toutefois montré que cette division était purement artificielle et que tous les crânes, à quelque race qu'ils appartiennent, sont toujours plus ou moins prognathes : les ditférences portent donc sur les chiffres que représentent les indices comparés entre eux. Celte observation, parfaitement juste au point de vue des distinctions de races, n'exclut pas toutefois les conditions accidentelles qui rentrent précisément dans le cadre tératologique : c'est ainsi que, dans une race déterminée dont l'indice prognathique moyen a été établi, quelques individus offrent une exagération de la disposition normale. S'il s'agit alors d'une race à indice moyen, comme notre race blanche, par exemple, l'augmentation de cet indice donne à la physionomie le cnractère bestial, et rapproche l'individu de la forme qui est propre à une race humaine [inférieure, ou même à une espèce simienne, si celte augmentation s'exagère. Il se produit alors ce phénomène déjà mentionné et quia été désigné sous le nom de fait de retour ou de réversion, suivant la doctrine darwinienne du transformisme.
Si, dans une circonstance opposée, un individu de cette même race blanche vient à présenter, toujours d'une manière accidentelle, une projection en
132 DENT (piiysiolocie).
arrière des deux mâchoires, l'indice prognathique peut être réduit à zéro ou prendre un cai-.ictère négatif. La face ai;quiert dès lors cette disposition connue vulgairement sous le nom de menton fuyant. Cette dernière forme est en particulier celle à laquelle M. Topinard refuse toute valeur ethnologique et qui est, dès lors, essentiellement tératologique.
Dans tous les cas, qu'il s'agisse de la piojection en avant ou de la projection en arrière, il importe de déterminer si c'est sur l'ensemble des pièces du système dentaire et des mâchoires, ou même sur certaines régions de la face, que porte la déviation. On distingue à ce point de vue plusieurs variétés. C'est ainsi que M. Topinard décrit deux divisions du prognathisme: \e facial supérieur et le facial inférieur. Ces deux espèces se subdivisent de la manière suivante :
I' Facial supérieur propiemeut dit.
Maxillaire supniieur.
Alvoolo-sous-nasal.
Dciilaire siipéiieur.
.,.... ^ Dentaire inférirur.
Facial inférieur. . . ^ 5,,„„aj,e .^férieur.
De ces diverses variétés, une seule aurait un caractère purement anthropologique : c'est V alvéolo-sous- nasal ; les autres seraient accidentelles, et représenteraient ainsi des monstruosités à des degrés divers.
Une division correspondante pourrait s'appliquer à Vopisthognathisme, qui pourrait être distingué en maxillaire ou dentaire supérieur et en dentaire inférieur. Dans le premier cas, il y a piojection en arrière de l'arcade supérieure, et la fiice prend la forme connue sous le nom de menton de galoche; dans le second cas, la mâchoire supérieure conservant sa direction normale, c'est l'inférieure qui éprouve un retrait et une projection en arrière : c'est la disposition désignée sous le terme de menton- fuyant. On verra plus loin, dans l'étude des anomalies, que ces dispositions ont reçu de notre part des noms spéciaux, et représentent dans notre division ïanterersion et la rétroversion d'une arcade sur l'autre.
Il résulte de ces remarques que, dans l'uneou l'autre de ces diverses variétés, l'arcade dentaire n'éprouve jamais en totalité la déviation qui constilus l'anomalie de direction. Il est en elfet une i-égion du système dentaire qu'elle n'atteint point : c'est la région des molaires. La pièce molaire reste invariable dans sa direction; verticale chez l'homme, c'est-à-dire perpendiculaire au plan horizontal du crâne, elle i-este constamment telle, quel que soit le degré de prognathisme que puisse présenter un sujet. Chez les mammifères voisins de l'homme, cette région ou pièce molaire cesse d'être perpendiculaire à l'horizon, par suite de l'obliiiuilé croissante de l'axe de la tète ; mais elle reste invariablement perpendiculaire à l'axe des mâchoires. Toutes les déviations dites absolues dans la direction du système dentaire, qu'elles soient ethnologiques ou accidentelles, doivent donc être considérées comme spéciales et exclusives à la région antérieure composée des incisives et des canines; parfois même les canines échappent à la déviation; les incisives l'éprouvent seules. Cette particularité est encore un caractère des déviations accidentelles, car, dans les cas de prognathisme nettement accusé, les canines sont entraniées avec la région incisive, ce qui donne lieu aussitôt à la production d'un intervalle entre les canines elles-mêmes projetées plus ou moins en avant et les molaires restées verticales. Cet intervalle, dont la dimension est proportionnelle avec l'indice
DENT (physiologie). 133
<lii prognalliisme, et qui a reçu le nom de dlastema, s'accuse de plus en plus chez les espèces animales place'es au-dessous de l'homme jusqu'à se confondre avec la barre chez certains mammifères.
En ce qui concerne la direction de la surface triturante des dents, c'est-àdire du plan masticateur, la loi absolue est l'horizontalité. Cette surface en effet est rigoureusement parallèle à l'axe des bords alvéolaires inférieur et supérieur, lesquels sont de leur côté parallèles entre eux et au plan horizontal du crâne. Toutefois cette loi, vraie pour les molaires, semblerait être moins absolue pour les incisives et les canines, ce qui résulte de la fréquence du prognathisme accidentel ou ethnique. Cependant, dans les races élevées, les dents antcrosupérieures débordent en avant les correspondantes inférieures, mais il est aisé de reconnaître malgré cette disposition que la direction générale des bords libres est encore l'horizontaie.
Nous venons de dire que l'horizontalité des surfaces triturantes était corollaire de l'horizontalité des bords alvéolaires eux-mêmes. Or il se présente ici une objection trèo-sérieuse et à laquelle nous avons déjà répondu d'ailleurs dans un autre article de ce Dictionnaire {voij. Bouche). Voici sur quoi elle repose :
L'horizontalité des mâchoires chez l'homme n'est pas un caractère difficile à reconnaître pour la mâchoire supérieure, laquelle, étant soudée au crâne et fixe, est parallèle au plan alvéolo-condylieii ; mais pour la mâchoire inférieure combien de perturbations dans sa direction surviennent dans le cours de la vie! chez le nouveau-né en effet, en l'absence d'aucune dent, les bords alvéolaires sont parallèles entre eux et dès lors hoiizoutaux. Mais, lorsque les dents font leur éruption aux deux mâchoires, le maxillaire inférieur qui est le seul mobile s'incline-t-il et devient-il oblique en avant? Chez le vieillard enfin, alors que les dents ont disparu, le maxillaire inférieur s'incline-t-il en arrière? Quels sont enfin les phénomènes de compensation qui, malgré l'éruption et la disposition des dents, permettent aux mâchoires de conserver leur horizontalité et leur parallélisme?
C'est à ces diverses questions que nous avons répondu dans l'article rappelé plus haut en formulant une loi relative à la direction normale de la bouche. Cette loi est celle de ï horizontalité des mâchoires, et quant au mécanisme qui assure la permanence suivant les âges, il repose sur les variations alternantes . de V angle de la mâchoire inférieure.
Qu'on observe eu effet l'angle de la mâchoire chez le nouveau-né, il est, comme ou suit, extrêmement ouvert ou ohtus, et sa normale tracée sur un os placé sur un plan horizontal passe en avant de l'échancrure sygmoïde. Qu'on l'observe ensuite chez l'adulte, il est droit, et la normale passe au nrilieu à peu près de l'échanrrure sygmoïde ; enfin qu'on l'observe de nouveau chez le vieillard, la disposition de l'enfant se rétablit. C'est donc l'angle du maxillaire inlérieur qui, éprouvant des changements alternatifs dans son ouverture, établit la compensation nécessaire à assurer l'Iiorizontalité absolue et permanente des arcades dentaires et des surfaces triturantes.
Résdmé des lois de sie'ge et de direction. 1° Les dents à l'égard de leur siège chez l'homme occupent invariablement l'entrée du tube digestif, c'est-àdire la cavité buccale. Ce caractère est d'ailleurs commun à tous les vertébrés supérieurs ;
^^ Ce n'est qu'accidentellement et par voie tératologique que des dents
*34 DENT (piIYS10LOf;IF,).
Iiumaines peuvent .ipparaîlre sur divers points du corps soit par un phénomène (le migration, soit par genèse d'emblée ;
T)" Au point de vue de leur direction générale les dents de l'homme sont verticales et perpendiculaires au plan horizontal du crâne;
4" L'inclinaison en avant des dents antérieures est en rapport avec le prognathisme et proportionnelle au degré d'infériorité de la race ;
5" Au point de vue de la direction de la surface triturante, ieplan masticateur est horizontal et parallèle au plan alvéolo-condylien et au plan visuel. Ce caractère corollaire de la loi de Vhorizontalité des mâchoires est subordonné aux variations de compensation que subit d'une manière alternante l'angle du maxillaire inférieur aux différentes époques de la vie.
7" Lois DE Disi'osrrio.N. Les dents forment pour chaque mâciioire une série non interrompue de pièces contiguës les unes aux autres, sans intervalles entre elles et suivant rigoureusement la courbe parabolique des maxillaires. Cette courbe variable d'élendue et de diamètre est d'une manière générale plus allongée dans le sens antéro-postérieur dans les races inférieures, caractère qui est en rapport, ainsi qu'on l'a vu, avec le degré de prognathisme, mais elle présente dans toutes les races indistinctement un caractère constant, c'est l'horizontalité de la surface libre de la série. Ce caractère essentiellement humain se pour, suit cependant chez quelques anthropomorphes, mais il se perd aussitôt chez les espèces animales inférieures en même temps qu'apparaît l'inclinaison en avant du plan de la face et du plan visuel.
Les deux arcades paraboliques que forment les dents chez l'homme sont inégales, c'est-à-dire que la supérieure déborde l'inférieure en avant et sur les côtés. Les incisives supérieures passent devant les inférieures et le niveau des molaires dépasse notablement de la même façon les correspondantes inférieures. Il faut encore ajouter que les dents homologues des deux mâchoires ne se correspondent pas : c'est ainsi que les incisives inférieures, d'un volume plus petit, ne correspondent dans leur rapports réciproques qu'à une partie seulement, les deux tiers environ, de la largeur des supérieures.
Cette disposition qui se poursuit jusqu'aux canines amène cette circonstance que la canine supérieure vient se placer pendant l'occlusion dans l'intervalle qui sépare l'incisive latérale de la canine inférieure, tandis que cette dernière correspond de son côté à l'intervalle de la canine et de la première prémolaire supérieures. Ce double rapport constitue un fait constant qui se retrouve dans toute la série des mammifères, chez lesquels il s'accentue singulièrement d'ailleurs, car il arrive à constituer le diastema, c'est-à-dire un intervalle plus ou moins grand, double à chaque mâchoire et formant une lacune dans la continuité des arcades dentaires.
h^ diastema, qui est constant chez les singes, résulte donc essentiellement du volume même des canines, lesquelles pour se frayer une place séparent les dents contiguës qu'elles rencontrent à la mâchoire opposée. Ce diastema toutefois se retrouve parfois chez l'homme et même en l'absence du volume exagéré des canines. Il constitue alors soit un fait anormal, comme nous en avons rencontre sur le vivant des exemples, soit un fait ethnique. Sous ce dernier aspect on l-i rencontré sur des crânes de races inférieures et sur certaines mâchoires des époques préhistoriques (Broca). 11 représente donc à la fois un caractère de dégradation de race en même temps qu'il devient chez un individu contemporain un phénomène de reversion.
DE.NT (physiologie). 135
Au delà des canines, les rapports réciproques des couronnes des dents se continuent, etcliaque molaire supérieure correspond ainsi à l'interstice de son homologue inférieure et de celle qui précède immédiatement cette dernière. 11 résulte de là que dans la rencontre normale et complète des deux paraboles la courbe inférieure est inscrite par rapport à la suj)érieure et celle-ci se termine de chaque côté en arrière un peu plus tôt que celle-là.
Les bords libres des dents incisives et la Aice triturante des molaires sont de la sorte réciproquement conligués par le point de rencontre, de telle sorte que la présence du moindre corps étranger est exactement perçue, par la raison qu'en outre de ses propriétés physiipies, que la dent apprécie très-exactement par sa sensibilité propre, il oppose un obstacle à la juxtaposition des dents.
C'est celte disposition réciproque qui est cause de l'usure progressive et incessante que subissent les bords libres et les surlaces dentaires pendant le cours de la vie. Cette usure efface rapidement les saillies multiples des incisives et les tubercules des molaires, circonstance qui est de nature à permettre, dans une certaine mesure, chez l'homme la détermination de l'âge en matière de recherche de l'ideulilé. Ainsi que cela se présente chez les animaux domestiques où cet élément a une grande valeur, celte recherche devrait rentrer dans les applications médico-légales auxquelles se prêterait l'étude des dents. La question n'a pas été encore abordée dans son ensemble sous cet aspect particulier, mai> il est facile de comprendre quelle serait la valeur de l'usure des dents, lorsque, l'évolution dentaire étant achevée, on serait appelé sur le vivant ou sur le squelette à dire l'âge du sujet.
Celte usure toutefois est soumise à bien des variations accidentelles dont il faudrait tenir soigneusement compte : ainsi l'alimentation joue évidemment un grand rôle dans ce phénomène. Chez les populations peu civilisées et primitives l'usage des aliments crus, des graines de fruits, amène une usure plus rapide. Le fait est encore surabondamment démontré sur les crânes des races inférieures et préhistoriques, lesquelles présentent une usure parfois excessive. Quelques faits contemporains ont d'ailleurs confirmé ces applications : ainsi une observation fort curieuse du docteur Laveran sur un mendiant arabe, qui se nourrissait de graines crues, a montré une usure ayant fait entièrement disparaître les couronnes jusqu'au collet.
D'autres circonstances produisent encore cette usure : ainsi les tics diurnes ou nocturnes qui amènent des grincements de dents sont des conditions de rapidité extrême de l'usure. Nous dirons plus loin quels sont les accidents particuliers qui accompagnent ces phénomènes {Voy. De.nt [Pathologie]).
Résumé des lois de disposition, l» A l'égard de la disposition réciproque, les arcades dentaires sont en rapport fixe, l'inférieure étant circonscrite par la supérieure ;
2° Les deux arcades sont, quant à leur direction générale, disposées sur deux pans parallèles entre eux et parallèles au plan horizontal du crâne ;
5° La rencontre réciproque des arcades dentaires est, dans l'état normal et pendant l'occlusion de la bouche, rigoureusement complète sans interposition possib.e d aucune substance ou corps étranger quelconque.
8» RÔLE PHYSIOLOGIQUE. La question du rôle physiologique des dents représente un problème des plus intéressants et aussi des moins étudiés.
Si l'on suit la gradation ascendante des êtres, on reconnaît aussitôt qu'au début de son apparition dans l'économie animale l'appareil dentaire occupe un point
136 DENT (physiologie).
quelconque du tégument soit cutané, soit rauqueux. Il en est ainsi, comme on sait, chez les poissons qui ont des dents cutanées représentées par les épines des écailles. Tous les poissons cartilagineux sont dans ce cas.
D'autre part, la présence des dents sur les branchies, dans le pharynx, dans l'œsophage, vient aussitôt faire pressentir, de même que leur siège cutané, le rôle spécial de protection et de sensibilité. C'est qu'en effet dans de telles circonstances les dents sont de véritables organes de tact.
Ces considérations rel tives aux dents des vertébrés inférieurs ne perdent nullement de ionr caractère et de leur valeur en remontant la série des êtres, car chez le plus grand nombre des mammifères la seule sensibilité tactile dont ils sont doués réside exclusivement dans l'appnreil dentaire. Les rongeurs, les carnassiers, ne perçoivent les qualités physiques des corps qu'à l'aide de leur appareil dentaire, et il suflit pour s'en convaincre d'assister à tous les actes de perception de la part d'un chien, par exemple, pour cire convaincu qu'il emploie ses dents à titre d'organe de sensibilité tactile. Chez l'homme enfin, bien qu'il soit pourvu d'un merveilleux sens du tact par le corps papillaire du derme, les dents conservent à un égal degré la sensibilité la plus délicate.
A ces remanjues de [)hysiologie générale viennent s'ajouter les faits qui démontrent que l'organisation même de l'organe dentaire est constitué en vue de celte fonction spéciale. Si l'émail en effet représente v.n revêtement inerte dont le rôle exclusif est celui de transmission simple des impressions reçues, il n'eu est pas de même de l'ivoire dont l'organisation, ainsi qu'on Ta vu, est d'une richesse extrême de filaments ou fibrilles sensibles répandues à profusion dans toute sa substance. Ces filaments émanent d'ailleurs d'un organe central, la pulpe dentaire, qui représente chez l'adulte le bulbe de l'embryon et qui présente la structure particulière et la richesse en rameaux nerveux de sensibilité d'une papille véritable.
Le bulbe est une papille. Celte assimilation est en tous points exacte. Dans sa célèbre théorie du phanère, de Blain ville avait envisagé la question sous cet aspect. Étudiant le système légumentaire dans la série animale, il détermina par un ensemble d'observations ingénieuses et de déductions philosophiques élevées le rôle exact qu'il convient d'assigner aux productions diverses qui sont sous la dépendance de ce système.
Les cornes, les poils, le sabot, l'organe dentaire, furent ainsi considérés comme des produits se rattachant invariablement aux téguments. La science moderne n'a rien changé à ces vues systématiques; elle en a au contraire fixé les caractères et démontré l'exactitude, et lorsque dans ces derniers temps nous avons été conduit, avec Charles Legros, à étudier les analogies de formation et de constitution anatomique des deux systèmes pileux et dentaire, nous n'avons fait qu'apporter des preuves analytiques à l'admirable synthèse organique du grand naturaliste.
La papille dermique est un organe du tact; revêtue d'épithélium, elle reste spécialement dévolue à la fonction de la sensibilité et aux relations avec le monde extérieur, et lorsque, par la diversité des rôles multiples qu'elle affecte dans la série des êtres, elle change de nature et de forme, ces changements ne sont qu'apparents : le revêtement papillaire se modifie seul ; épidermique ou épithélial dans la peau et les muqueuses, il reste tel dans le poil, le sabot et l'ongle, qui sont, comme on sait, constitués par l'épitliélium modifié. La dent n'échappe pas à la règle, et l'on sait, depuis les belles recherches de Kôlliker
DENT (physiologie). 137
et Waldeyer, que l'organe de l'émail est une émanation de la couche prismatique de Malpighi, et l'émail un tissu épiihélial ; le bulbe central reste un organe papillaire ; il en conserve exactement la composition analomiijue, la constitution nerveuse exclusivement sensitive et jusqu'à la forme typique. La /}rtpi7/e dentaire est conique comme la dent qui la surmonte ou l'enveloppe, le cône est unique dans les dents simples, multiple dans les dents composées, et l'unité morphologique qui a été fixée pour l'organe total se poursuit dans la papille elle même qui est le hulhe, contre et foyer de l'évolution organique. La présence de l'ivoire ou dentine, tissu spécial interposé entre le bnlhe et le revêtement d'émail, ne saurait modifier cette manière de voir, car nos recherches avecLegros nousonl amenés à envisager l'ivoire comme une transformation sur place d'une des portions du tissu du bulhe lui-même. Ainsi se trouve établie, avec l'unité de composition organique, l'unilé de fonction, la dent restant pourvue du rôle d'organe du tact. Telles les dents cutanées et branchiales des poissons; telles aussi les dents des mammifères auxquelles on ne saurait refusçr la sensibilité tactile à peine émoussée par la couche compacte et résistante qui revêt le corps papillaire fondamental.
C'est par les considérations qui précèdent que se trouve démontrée l'existence chez tous les vertébrés pourvus d'apparence dentaire quelconque du sens dentaire.
Déjà ces vues physiologiques avaient frappé quelques observateurs. Ainsi Gubler [voy. article AciDui.Edece Dictionnaire, t. 1, p. 545), cherchant à expliquer la sensibilité particulière des dents, avait cru en donner la raison en supposant un sens électro-chimique à ces organes. Mais un autre auteur, Robert Graves, de Dublin {Dublin, Med. Journal, 1846, et Ârch. de méd., 2= série, t. \, p. 400, 1846), avait plus nettement affirmé l'exislence de la sensibilité tactile des dents. Toutes les observations modernes soit physiologiques, soit historiques, établissent ce fait comme une vérité incontestable.
Résimé du rôle physiologiqce. i" Les dents constituent par leur ensemble aussi bien chez l'homme que chez tous les animaux un appareil de tact, susceptible de percevoir d'un manière complète les qualités physiques des corps telles que température, résistance, etc. ;
2" Cette sensibilité est due à ce que chaque dent est représentée par une véritable papille en tous points comparable anatomiquement à la papille dermique du corps papillaire de la peau;
5» Les perceptions sont transmises au travers de la couche d'émail au tissu de l'ivoire, lequel est parcouru par des émanations fibrillaires du corps papillaire central représenté par la pulpe. E. Magitot.
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g YI. Pa(liolo;;ie Oi: HISTOir.E DES MALADIES DES DENTS ET DES OPÉRATIONS QDI SE rRATIQl'ENT SUR CES ORGANES.
Cette partie de notre travail comprendra : A. Histoire des maladies des dents. — B. Médecine opératoire.
A. Maladies des dents. Nous adopterons daiis cette description la division suivante :
I. Vices de cnnforynation de l'appareil dentaire consistant en 1° accidents de l'évolution ou anomalies; 2" accidents de rrriiplion.
II. Affections de V organe en totalité : \° lésions Iraumaliques : luxations, fractures, usure : 1" lésions organiques : carie dentaire, déjà étudiée (t>Oî/. Carie dentaire).
m. Affections des tissus dentaires en particulier : 1" maladies de la pulpe; 2" maladies du périoste ; 5" maladies du cément.
I. VICES DE CONFORMATION DE L'APPAREIL DENTAIRE. 1° Accidents de l'évolution ou ANOMALIES DE l'appareil DENTAIRE. Les anouialies du système dentaire sont extrêmement fréquentes; les considérations auxquelles peut donner lieu l'étude de leur mode de production ou leur tératogénie, les applications plus oa moins importantes qu'on peut en déduire à l'égard de la pathogénie de certaines affections chirurgicales et au point de vue même de leur thérapeutique spéciale, c'est-à-dire de leur curabilité dans certains cas, sont aussi intéressantes qu'utiles.
Les points de vue sous lesquels peut être tracée l'histoire des anomalies de l'appareil dentaire sont multiples, et nous avons été ainsi conduits à traiter notre sujet sous les chefs suivants :
1° Sous le rapport de la définition, de la classification et de la statistique;
2° Dans la série des mammifères;
3" Dans la succession des races humaines ;
4" A l'égard du mode de production des anomalies dentaires on de la tératogénie ;
DENT (pathologie). 141
5" Au point de vue pathologique et chirurgical.
1" Définition des anomalies dentaires^ classification et statistique. Avec Geoffroy Saint-IIihiire, nous donnons le nom d'anomalies du système dentaire à toute déviation du type primitif.
Ce type primitif que nous déterminerons se dégage d'un ensemble de caractères variables suivant les diverses espèces animales, mais fixes dans une espèce en particulier. Ils se déduisent de la forme, du volume, du nombre, du siège absolu ou relatif, de toutes les conditions, enfin, qui sont, dans l'état pliysiologique, immuables et transmissibles à la descendance.
Les perturbations tératologiques de ces conditions constituent les anomalies. Les dents peuvent en présenter une ou plusieurs à la lois, constituant ainsi les anomalies simples ou complexes.
Le caractère général de ces anomalies, c'est qu'elles représentent toujours des accidents de l'évolution, qu'il ne faut pas confondre avec ceux de l'éruption.
La dent ne quitte le follicule, qui est en quelque sorte son sac fœtal, que pourvue d'une manière définitive de ses caractères normaux ou anormaux ; ceux-ci sont dès lors permanents et indélébiles ; l'organe régulier ou difforme est parvenu pour ainsi dire à l'âge adulte, et toute lésion ultérieure qui vient l'atteindre sera désormais du domaine de la pathologie et non plus de la tératologie.
Ne pouvant citer toutes les tentatives de classification des anomalies faites jusqu'à ce jour, nous rappellerons celles de Ilunter {Œuvres compi, tvad. franc., t. II, p. 78 et 120, 1839), Meckel {Man. d'anat. patli., trad. franc., 1823, t. m, p. 559), Is. Geoffroy Saint-IIilaire {Des anomalies de l'organisation, t. 1, p. 409, 546, 641, et atlas, p. H), Blandin [Anatornie du système dentaire chez ihomme et les animaux, thèse de concours. Paris 1836), Tomes {Manuel de chir. dent., 2^ édit. trad. franc. Paris. 1872), Wedl {Pathologie der Zàhne. Leipzig, 1870), Forget (Des anomalies dentaires, etc. Paris. 1859), Davaine {Dict. encyl. des sciences méd., art. Mo.xstkes, 2"= série, t. I\, p.. 26), qui ont rapporté en outre un certain nombre de cas d'anomalies. En nous basant sur les particularités de celles-ci, nous avons dressé des anomalies le tableau suivant :
TABLEAU SYNOPTIQUE DES ANOMALIES DU SYSTÈME DENTAIRE CHEZ LES JUMMIFÈRES.
r Anomalies totales.
l" Anomalies de forme j Anomalies coronaires.
( Anomalies radiculaires.
î Diminulion ou nanisme ! n° ?^',
■1' Anomalies de volume j Toîalc
' Augmentation ou géantisme. ..in .• n ° " ( Partielle.
[ Absence congénitale.
.'î'' Anomalies de nombre J Diminution numérique.
( Augmentation numérique.
/ Transposition.
4' Anomaliei de siège Hétérolopie ... "«^f ^«'«P-e par migration folliculaire.
neterolopic Inirorsion blastodermique.
[ par 'Hétéroplastie.
r Absolues i Prognathisme accidcniel. ., .., ,. . .. ,. \ou totales. . . • i Opisthognathisme accidentel,
o- Anomalies de direction j , Antévertion.
(Relatives . . . . |''''''°^"='°"- . , I Inclinaison latérale.
\ Rotation sur l'axe.
142 DENT (pathologie).
i Éruption précoce.
Éruption tardive.
Chute précoce.
Chute tardive.
iEmbryoplastiques.
l Avec ou sans grains phospha- Fibreux. . . < tiques.
Atrophie. .1 ' Avec ou sans grains dentaires.
' Cémenlaircs.
Hypertrophie I ^ „ . ■ j Circonscrits.
, Odontoplastiques. ^Dentinaires. . \ ^-^^^^
V .'iHomfliîM rfc ««-jl'ÏPergcnèse. / \,inmnnlins ^J"""eurs hétérotopiqucs do
trition. \ Odoutoiiics. \ . Adanianuus . ^ l'émail.
( Cémeutaires.
Radiculaires. . ■ | peutinaires.
1 Prédcntinaires.
Transformation kystique, kystes folliculaires. . , Odonloplasliques.
f Coronaires.
Défectuosités de 1 , . , , „
, ,.,•,. , f Accidentelles
la totalité de ,. ^. ...
/ i'„ „ ,„ l Dialnesiques.
lotalcs ( 1 organe. . . . ) '
1 I hrosion.
f,' .{iiomnlics (le J l Colorations anormales des dents.
structure. J r snious et défectuosités de lémail.
! Partielles \ Vices de structure de l'ivoire.
( \ ices de structure du cément.
i Anomalies par coulinuilé, réunions anormales. Anomalies par di.-jonction, divisions anormales. 1 Atrésic de l'arcade dentaire.
Anomalies par asymétrie des arcades dentaires. ^ Aujmenialion des diamètres ( de l'arcade.
Rapports anormaux des arcades dentaires.
Les anomalies dentaires sont, ainsi que nous l'avons déjà dit, tantôt simples, tantôt multiples. Dans le premier cas, elles portent sur une seule des conditions du type fondamental et elles i-entrent rigoureusement dans l'un des cadres que nous avons tracés; mais, si elles sont complexes, c'est-à-dire lorsqu'elles représentent plusieurs perturbations simultanées de divers caractères fondamentaux, elles se prêtent difficilement à une classification régulière. Cependant nous avons cru devoir procéder dans ce cas en faisant figurer l'anomalie complexe dans la catégorie propre à l'anomalie principale, à celle, par exemple, qui a entraîné la seconde. Ainsi, un follicule hétérotopique est-il devenu le siège d'un otioutome ou d'un kyste, c'est-à-dire d'une anomalie secondaire de nutrition, la seconde déviation é(ant manifestement le résultat de la première, c'est dans la classe de celle-ci que devra être rangé un pareil exemple.
La fréquence des anomalies du système dentaire n'a pas été étudiée jusqu'alors avec toute la précision désirable; on les croit relativement rares en général el même certains auteurs, M. Puech en particulier, dans un récent travail {Des anomalies de l'homme et de leur fréquence relative. Paris, 1871), n'en font aucune mention.
Réunissant toutes les pièces recueillies dans divers musées et collections particulières, nous avons pu examiner 2000 anomalies qui, classées d'après le précédent tableau, nous ont donné les chiffres suivants pour chaque espèce:
Anomalies de forme 92
— de volume 120
— de nombre 440
— desiégp, 193
— de direction • 581
— de développement. lr>4
— de nutrition 208
— de structure 168
— de disposition 244
Total 2000
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?{ous n'insisterons pas dans cet article sur les anomalies dentaires chez les mammifères et dans les diverses races humaines; celte étude a été i'a^ d'une manière "énérale dans notre Traité des anomalies du système dentaire chez les mammifères (in-i» avec un allas de 20 planches, Paris, 1877), auquel nous renvoyons le lecteur. Nous nous contenterons de résumer ici les considérations que nous y avons développées dans les propositions siùvantes :
Les dents chez les mammifères procèdent toutes d'un même type primitif, le cône, qui est la forme élémentaire, V unité morpholo(/i(jue du système dentaire.
Le type conique est celui vers lequel s'ohservent les tendances de retour de la part des termes supérieures lorsqu'elles sont frappées d'aherrations téralologiques. Le caractère régressif des dents esl un signe d'intériorilc de race.
Chez les mammifères, les dénis perdent le caractère exclusivement conoïde pour alfecter des formes plus complexes et plus variées ; la perfection relative du type se rencontre chez les espèces supérieures et chez l'homme, mais elle se dégrade à mesure qu'on descend l'échelle des êtres.
La complexité des formes est toutefois plus apparente que réelle, et, si l'on vient à envisager dans leur constitution les différentes pièces du système dentaire, on est conduit à considérer toutes les formes diverses comme une dérivation <lu type primitif, dont nous avons cru retrouver l'élément fondamental dans le système dentaire des derniers vertébrés, les poissons. C'est ce que nous avons appelé le type conique, Varchétype.
La canine seule, et cela dans toute la série, conserve sa forme primordiale et constante. Formée d'un bulbe à une seule saillie, elle se retrouve toujours unicuspidée. Les incisives et les molaires au contraire subissent dans leur forme des modifications nombreuses dont l'origine se retrouve dans la forme de leur bulbe.
La raison physiologique déterminante qui entrauie la formation des cônes ou tubercules simples ou multiples suivant la forme des dents est donc le bulbe.
Le type dentaire est aussi une réalité incontestable et les dents les plus complexes comme les plus simples peuvent être rattachées à celte loi de l'unité.
Toutes les classes de mammifères peuvent présenter des perturbations accidentelles, lesquelles s'observent dès lors isolément chez un individu ; elles peuvent ne pas être nécessairement transmissibles à la descendance et constituent rmmédialement unfaittératologique. Ainsi toute déviation dans laformule dentaire d'une espèce représentera une anomalie; toute modification dans la forme ou le volume sera dans le même cas; toute aberration de siège constitue l'hétérotopie; toute perturbation dans l'époque de l'éruption, les troubles dans la nutrition, dans la structure, dans le mode réciproque de classement et de rencontre des arcades dentaires, seront des faits téralologiques. Toutes ces données trouvent leur application dans la suite de cette étude relative à l'homme.
Les caractères des dents des races anciennes paraissent indiquer que les anomalies n'étaient pas plus fréqiientes chez elles que dans les races actuelles; ces considérations ne peuvent permettre de conclure en faveur de l'hypothèse d'une infériorité physique chez nos ancêtres.
Les caractères des anomalies ne paraissent pas avoir changé, mais la loi de dégradation du système dentaire que nous avons observée dans la série des vertébrés se retrouve dans la succession des races humaines avec l'ensemble des autres caractères physiques.
Considérés sous le rapport purement physiologique, les caractères du système
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dentaire éprouvent en effet certaines moiUtîcations par le fait seul de la race; mais ces modifications portent seulement sur le volume et la direction, c'està-dire qu'elles sont liées presque exclusivement au degré plus ou moins prononcé du prognathisme. Nous avons étudié déjà ces variations dans vn autre travail (Uhomme et les singes anthropomorphes. [Bull, de la Soc. (V anthropologie. Paris, 1860, p. Ho]).
Envisagées sous le rapport numérique, les anomalies du système dentaire sont peut-être celles qui s'accusent le plus nettement au point de vue ethnologique. L'hérédité joue un grand rôle dans la production des anomalies, chaque iorme particulière pouvant en subir l'influence.
Nous verrons dans la suite de cette étude quelles sont les applications chiruro^icales particulières qui conviennent à chaque espèce d'anomalies.
A. Anomalies de forme. Nous avons indiqué dans l'anatomie descriptive des dents les traits caractéristiques de chacune d'elles ; les anomalies peuvent frapper la forme de la dent soit en totalité, soit dans sa couronne, soit dans ses racines; la comparaison de ces formes anomales avec les formes normales pourra s'élabiir avec ce que nous en avons dit précédemment.
Suivant une division toute naturelle, nous tiécrirons successivement les anomalies de forme totales, ies anomalies île la forme de la couronne, les anomalies de forme de la racine.
I. Anomalies de forme totales. Ce genre d'anomalies, plus fréquent chez les dents définitives que chez les temporaires, frappe souvent une dent isolée, d'autres fois deux dents homologues d'une même mâchoire et plus rarement les quatre dents des deux mâchoires. Pour les dents temporaires, on invoque l'inlluence des troubles survenus au sein des mâchoires pendant la vie intrautérine ou dans les premiers temps de la vie ; parfois ces troubles passent inaperçus, mais des traumatismes portant sur les mâchoires ont le même résultat, surtout pour les anomalies des dents permanentes; les chutes sur la face, les extractions intempestives, sont les causes les plus efficaces des anomalies de forme. Nous l'avons constaté nous-même un certain nombre de fois.
La forme de la dent est parfois tellement altérée qu'on ne reconnaît plus le type primitif. Toutefois les éléments constituants sont reconnaissables, et leurs rapports ne varient point.
L'anomalie de forme qui frappe ainsi une dent dans une série, en nombre d'ailieurs normal, se retrouve en outre dans le dents surnuméraires, qui représentent ainsi deux anomalies à la fois.
La dent frappée d'une anomalie de forme peut avoir son siège normal, mais cette anomalie coïncide souvent avec l'anomalie de volume. En pareil cas l'anomalie est incurable; si elle est trop gênante, on peut extraire la dent, surtout chez les sujets jeunes où l'on peut espérer que le rapprochement des dents voisines comblera le vide, en partie du moins.
11. Anomalies de forme de la couronne. Cette anomalie peut aflecler indifféremment toutes les dents et, sauf le cas de traumatisme, c'est à la mâchoire supérieure qu'elle se présente le plus souvent. Chez les incisives elle prend surtout la forme conoïde ou bien il se forme des saillies secondaires ; la difformité est le plus souvent isolée pour les incisives centrales et symétrique pom' les latérales.
Si cette anomalie se complique d'un excès de volume, la dent ne peut occuper sa place normale et mie anomalie de siège prend naissance.
DENT (pathologie). 145
Pour les prémolaires, la cause de l'anomalie est souvent la production d'accidents inllammatoires ayant pour point de départ la carie de la dent temporaire. Lorsque l'anomalie est spontanée, elle consiste souvent dans la production d'un tubercule supplémentaire.
On trouve aussi l'augmentation des tubercules cliez les autres molaires; d'autres fois on observe un aplatissement delà couronne, soit transversalement, soit dans le sens anléro-postérieur.
L'augmentation du nombre des tubercules prédispose davantage à la carie dentaire, en raison de l'étendue et de la profondeur des interstices qu'ils interceptent entre eux.
Ul. Anomalies de forme des racines, La racine des incisives et des canines peut affecter une courbure plus ou moins prononcée soit en avant, soit en arrière; plus rarement elle est bifide. D'après les rechercbes de M. llamy, cette bifidité, pour la canine inférieure, serait un caractère propre aux races préhistoriques {Bull, de la Soc. d'nnthropolocjie, 187-i, p. 54). Nous ne l'avons rencontrée que dans la proportion de 1 pour 100 [Bidl. de la Soc. d'anthropologie, 1874, p. 127). Povir les prémolaires on trouve les mêmes dispositions de courbure, et le nombre des racines peut également augmenter : la division en deux racines est plus accentuée, et on a même trouvé jusqu'à trois racines.
Les molaires sont de toutes les dents celles dont les racines présentent le plus d'anomalies dans leur forme et leur nombre. Celui-ci dépasse cependant rarement le nombre de quatre; on trouve surtout cette disposition à la mâchoire supérieure, où les molaires ne présentent normalement que trois racines.
Les anomalies de forme des racines sont plus importantes surtout au point de vue chirurgical. Outre les courbures que l'on peut rencontrer, les racines sont parfois divergentes ou convergentes. S'il y a divergence des racines, l'écartenieiit de celles-ci ne s'oppose pas à la luxation de la dent au moment de l'avulsion, mais leur extraction est à peu près impossible, et il faut en fracturer une ou plusieurs qui restent dans l'alvéole. S'il y a convergence, les racines comprennent dans leur concavité une portion osseuse de l'alvéole, dite barre, qu'il faut briser dans l'avulsion.
B. Anomalies de volume. Nous connaissons déjà les variations de volume d'une même séiie de dents normales; nous savons aussi que ces variations sont héréditaires; que les variations de certaines dents, surtout les canines et les molaires, ont une grande importance au point de vue ethnique; mais nous devons surtout nous occuper ici des anomalies au point de vue de la médecine et de la chirurgie dentaires.
L'anomalie de volume peut être simple, ou porter sur deux dents homologues, ou encore sur toutes les dents d'une même série.
Dans tous les cas, cette anomalie consiste dans une augmentation ou une diminution du volume des dents sans altération dans la forme de l'ort^ane; cependant chez les molaires on constate, dans le cas d'accroissement de volume, une augmentation du nombre des tubercules de la couronne.
Les causes tératologiques de ces anomalies sont les mêmes que pour les autres. Elles affectent plus spécialement les dents permanentes.
Les dents qui présentent des anomalies de volume sont par ordre de fréquence les molaires, puis les incisives ; enfin les bicuspides et les canines. Nous diviserons naturellement ces déviations en deux groupes : l" l'anomalie par dirainii-