‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.29Chapitre 57 sur 83 · CP-+-P*" V · texte numérisé non relu

CP-+-P*" V

et, à cause de l'égalité que nous venons de tiouver :

CP Vji — Vi*

ce qui est précisément la valeur de la distance focale en fonction du rayon.

65. Cette question présente un intérêt très-réel, car c'est le cas qui se présente pour l'œil, où les deux points nodaux sont assez rapprochés pour qu'on puisse les confondre. Voici en effet les chiffres moyens qui résultent des dernières recherches :

La distance du premier foyer au point nodal correspondant Bit , , . 20'°",7i56 — du deuxième foyer — ... 15'°°,4985

La distance des deux points nodaux n'est que de 0"°'.5569

On peut donc les confondre en un seul situé à moitié distance de chacun

DIOPTIUQUE. 527

d'eux, soit à 0"'™,1784. Ce point sera alors à une distance de 20"''",8920 du premier foyer et à une distance de 15""^,6767 du deuxième; le rapport decesdis-

tances t^VSi^= 1,533 est l'indice de l'humeur vitrée par rapport à l'air. i5,o7b7

Le rayon de la surface cherchée sera égal à la différence 20,8920-15,6767 = 5'°'^,215o. Son centre est au point situé à égale distance des points nodaux; les distances de ceux-ci à la surface antérieure de la cornée étant de 6™", 9685 et 7,5254, ce point sera à une distance de 7'"", 1469 de cette même surface.

66. Lorsque l'on se propose de remplacer un système optique quelconque par une seule lentille équivalente, le problème est en général indéterminé et l'on peut s'imposer plusieurs conditions en sus. Une discussion que nous ne pouvons faire ici montre que l'on peut indiquer deux conditions supplémentaires ou choisir à volonté deux éléments ; les autres seront alors déterminés.

La question ne se résout pas d'une manière simple par la géométrie, les calculs auxquels elle correspond sont longs, nous ne nous y arrêterons pas ; il nous suffit de savoir que le problème est possible.

Il résulte de là que l'on pourrait étudier l'œil sur une combinaison absolument équivalente (et non plus seulement approximativement comme dans l'œil réduit de Listing) et qui comprendrait une seule lentille dont une face serait en contact avec l'air, la face postérieure étant en contact avec l'humeur vitrée. On pourrait même assigner deux conditions, comme, par exemple, l'épaisseur de la lentille et son indice de réfraction, etc. Mais la simplification ne serait pas assez grande pour qu'il y ait intérêt à la faire.

Enfin un instrument composé d'un nombre quelconque de lentilles pourra également être remplacé par une lentille unique. Ici l'étude géométrique des instruments d'optique serait évidemment simplifiée par la considération de cette lentille équivalente ; mais sa détermination est compliquée et l'on perdrait à cause de cette opération préliminaire le bénéfice de la simplification.

67. Dispersion de la lumière. Les résultats auxquels nous avons été conduit jusqu'à présent sont soumis à la restriction que la lumière employée est de la lumière simple, de la lumière monochromatique ; les effets sont différents, si l'on opère avec des faisceaux émanés du soleil ou d'un corps lumineux quelconque ; nous allons maintenant examiner ce cas, qui est le plus général.

Bien que le phénomène de la réfraction à travers une seule surface puisse, à la rigueur, suffire pour étudier la question de la dispersion, il est plus commode de se servir de prismes dans ce but.

Faisons tomber un faisceau lumineux sur une fente étroite et à l'aide d'une lentille obtenons une image réelle sur un écran; cette image paraîtra blanche, si la lumière est blanche, les bords en seront nets et bien définis; sur le trajet de ce faisceau et avant la formation de l'image, intercalons un prisme dont les arêtes sont parallèles aux bords de la fente. L'image sera déviée du côté de la base du prisme, nous le savons déjà; mais elle aura en même temps subi un changement notable dans son apparence : elle sera élargie perpendiculairement aux arêtes du prisme et présentera en même temps de vives colorations ; on aura ainsi une bande colorée dont la largeur et l'état varieront avec le prisme choisi et avec l'angle d'incidence; c'est là le spectre solaire qui comprend, indépendamment de la partie visible, une partie invisible où peuvent se produire divers phénomènes qui sont étudiés d'autre part {voy. Radiations) ; nous parlerons seu-

528 DIOl'TRIQUE.

lement des expériences faites sur la partie visible, il ne serait pas difficile de les étendre au reste du spectre.

Le spectre produit par un solide incandescent présente une continuité absolue dans toute sa partie visible : il n'en est pas de même du spectre obtenu par un faisceau solaire ou par des gaz incandescents ; nous ne nous occuperons pas de ces cas qui sont traités aux mots Spectre, Spectroscopie, et nous considérerons seulement les spectres continus. Disons d'ailleurs que, au point de vue des expériences de démonstration, le spectre solaire se comporte absolument comme un spectre continu , quoiqu'il soit en réalité sillonné de raies noires, raies de Fraunhofer, qui sont utilisées avantageusement comme lignes de repères.

68. L'explication de la production du spectre solaire a été donnée par Newton et repose sur les considérations suivantes :

La lumière émanée du soleil n'est pas simple, elle est composée; elle est formée par le mélange de radiations diverses. Ces radiations sont caractérisées par leur réfrangibilité qui varie de l'une à l'autre (ou, ce qui revient au même, par leur longueur d'onde) {voy. Optique) ; elles dilfèrent, d'autre part, par la manière dont elles agissent sur les corps ou sur nos organes, spécialement en ce qui concerne la partie lumineuse, dont nous nous occuperons seulement, chacune d'elles agissant sur notreœilnous donne la sensation d'une couleur particulière (au moins pour les vues normales, qui ne sont pas affectées de chromatopseudopsie). Pour ces raisons on dit que ces radiations sont de couleurs différentes ; mais c'est là une manière de parler qui n'a pas de sens propre : une radiation, qui est un mouvement vibratoire, ne saurait avoir de couleur. 11 faut admettre en outre que la coexistence de plusieurs radiations distinctes donne naissance à une sensation qui correspond à une coloration résultante dans laquelle notre œil ne nous permet pas de reconnaître l'existence des radiations composantes.

Il est facile de voir que cette hypothèse explique les faits qui se rapportent à la production du spectre solaire : le faisceau incident complexe donne dans son ensemble naissance à une sensation spéciale, celle de la couleur blanche, dans laquelle nous ne pouvons en aucune façon reconnaître l'existence des couleurs que donnerait chaque radiation simple prise isolément. Le faisceau traverse le prisme; la déviation dépendant de l'indice de réfraction (56) varie d'une radiation à l'autre : les diverses i^adiations doivent donc se séparer, s'écarter. Enfin, les radiations étant ainsi isolées agissent individuellement sur notre œil et chacune donne naissance à une sensation spéciale, nous donne la notion d'une couleur distincte.

On ne peut vérifier directement l'existence de radiations simples dans le faisceau solaire, mais on peut dire que l'étude détaillée des radiations conduit à une quasi-certitude de cette hypothèse. Mais, d'autre part, on peut s'assurer que les radiations séparées par le prisme possèdent bien les propriétés que nous avons indiquées pour les radiations simples.

69. Les radiations qui constituent le faisceau étalé observé après le prisme diffèrent les unes des autres par leur réfrangibilité. On le reconnaît en isolant des bandes étroites de ce faisceau, à l'aide d'un écran présentant une fente linéaire que l'on place en divers points du faisceau émergeant du prisme, et déterminant l'indice de réfraction de celte radiation à l'aide du goniomètre, en cherchant le minimum de déviation (36). On reconnaît ainsi directement que les radiations qui constituent le spectre sont diversement réfrangibles et que,

comme il doit être pour expliquer la formation du spectre, les radiations rouges sont les moins réfrangibles, les violettes, les plus rétVangibles.

Ce résultat est corroboré par un grand nombre d'expériences classiques sur lesquelles il nous paraît inutile d'insister, telles que le relèvement différent que l'on observe lorsque l'on regarde à travers un prisme des bandes présentant les diverses couleurs du spectre, le spectre incliné que l'on obtient lorsqu'un faisceau solaire traverse successivement deux prismes dont les arêtes sont à angle droit, etc. {voy. un Traité élémentaire de Physique).

70. On reconnaît d'autre part que les radiations diverses obtenues dans la formation du spectre, et qui agissant isolément donnent naissance à des sensations distinctes caractérisées chacune par une couleur spéciale, nous donnent la notion d'une coloration unique (qui ne nous semble pas composée) lorsqu'elles agissent dans des conditions telles que les sensations correspondantes coexistent.

On peut atteindre à ce résultat de deux manières différentes, soit en réunissant effectivement les radiations de manière à former en réalité un faisceau complexe, soit en profitant d'une propriété spéciale, la persistance des impressions sur la rétine, pour obtenir la simultanéité des sensations produites par des radiations qui n'agissent que successivement.

Dans la première méthode on obtient la réunion de radiations simples différentes en les dirigeant vers un même point, soit par la réflexion sur de petits miroirs mobiles ou sur des surfaces courbes convenablement choisies, soit par la réfraction à travers des prismes ou des lentilles. On place un écran à l'endroit où les radiations se réunissent et on observe la couleur de la taclie lumineuse formée ; ou bien on reçoit le faisceau dans l'œil de manière que la réunion des radiations se fasse sur la rétine.

La seconde méthode consiste dans l'emploi de disques tournant avec rapidité et sur lesquels on a disposé des couleurs diverses ; les différentes parties donnent sur la rétine des images et, si la rotation est assez rapide, l'impression produite en un point de la rétine par la première matière colorante persiste lorsque les autre.s parties viennent produire également leur impression : on a donc des impressions et, par suite, des sensations simultanées. Les expériences de ce genre peuvent être variées de diverses façons (disque de Newton, miroirs tournants^ etc.)

Toutes ces expériences montrent que, comme nous l'avons indiqué, la coexistence de sensations de couleurs distinctes donne une sensation résultante unique n'ayant aucun rapport nécessaire avec les sensations composantes. En particulier, si on prend les diverses radiations qui produisent le spectre solaire et qu'on les réunisse, on reproduit bien la coloration blanche.

La question du mélange des couleurs présente un intérêt très-réel, mais elle ne conduit à aucune loi générale, à aucune règle. Il n'existe pas de moyen précis de déterminer à l'avance la couleur provenant d'un mélange de colorations données fait dans des proportions connues : aussi n'y a-t-il pas lieu d'insister ici sur cette question.

71. Lors de l'action d'un prisme sur un faisceau complexe de radiations il y a à considérer deux éléments : 1° la déviation moyenne du faisceau ; 2° la dispersion mesurée par l'angle que font entre elles les radiations extrêmes. Ces deux éléments varient ensemble et, pour une même substance réfringente, sont proportionnels, au moins approximativement; cette proportionnalité n'est pas bornée aux rayons extrêmes, mais existe également pour chaque portion du spectre :

DICT. ENC. XXIX. 34

aussi dans des spectres différents produits par une même substance les diverses couleurs occupent à peu près la même étendue relative.

Il n'en est plus de même, si l'on considère des substances différentes, et bien que, d'une manière générale, on puisse dire que les matières les plus réfringentes sont aussi les plus dispersives, à une même déviation moyenne ne correspond pas généralement une même dispersion ou inversement ; autrement dit, si l'on produit deux spectres de même longueur avec des prismes de substances différentes, les couleurs n'occuperont pas le même espace dans les deux spectres.

Ce n'est point ici le lieu de nous occuper des moyens à employer pour obtenir un spectre pur {voy. Spectre, Couleurs) : il nous suffira de dire qu'il faudrait prendre pour source de lumière une ligne : lorsque l'on prend une bande ayant une certaine largeur, il ne saurait y avoir de couleur correspondant à une radiation simple, si ce n'est aux deux extrémités du spectre; il est facile de s'en rendre compte en cherchant l'effet subi par un faisceau complexe d'une certaine largeur qui traverse un prisme.

72. Le faisceau incident est formé par la superposition de divers faisceaux de même largeur correspondant à chacune des radiations simples; chacun de ces faisceaux simples sera dévié du côté de la base et donnera un faisceau émergent parallèle qui, s'il était seul, donnerait sur un écran une image d'une coloration uniforme dans toute son étendue (fig. 43). Mais, à cause de la multiplicité des

Fig. 43.

radiations, on a une série d'images diversement colorées qui se superposent, chacune d'elles débordant d'un côté sur l'image qui correspond à la radiation précédente moins réfrangible, et étant débordée de l'autre par l'image qui correspond à la radiation suivante plus réfrangible. En un point quelconque il y aura donc superposition d'une série d'images de colorations différentes et par suite production d'une couleur résultante, excepté aux deux extrémités où la première et la dernière images débordent les images voisines sans être recouvertes par aucune; en ces parties, et en ces parties seulement, il y aura une couleur simple. Si la grandeur de chaque image simple est petite par rapport à l'étendue du spectre, il n'y aura en chaque point qu'un petit nombre d'images qui se superposeront; si le faisceau avait une section linéaire, il n'y aurait point de superposition et le spectre serait rigoureusement pur.

Sij au contraire, la grandeur de chaque image simple est grande par rapport à l'étendue de l'espace éclairé, sur une certaine partie il y aura superposition de toute;^ les images et, dans cette partie commune, la coloration sera la même

que celle du faisceau incident. De part et d'autre de celte partie commune il y aura superposition de colorations différentes, d'autant moins nombreuses qu'on s'éloigne davantage de la partie commune. Enfin aux extrémités de la partie éclairée il y aura comme précédemment des couleurs pures.

75. Si le faisceau émane, par exemple, d'une surface blanche rectangulaire dont deux côtés soient parallèles aux arêtes du prisme et si la déviation produite par le prisme est faible, ce qui entraîne une faible dispersion, l'image blanche sera rectangulaire et bordée, sur les côtés parallèles aux arêtes du prisme, d'irisations, bandes colorées provenant de la superposition des diverses couleurs du spectre. Du côté qui correspond à la moindre déviation la bande irisée est terminée extérieurement par du rouge ; du côté opposé l'irisation se termine extérieurement par du violet; mais, comme cette couleur est peu vive, on voit seulement du bleu.

Il est facile de reconnaître qu'il y a des irisations du même genre sur tous les bords qui ne sont pas perpendiculaires aux arêtes du prisme.

Il va sans dire que ces phénomènes se produisent aussi bien lorsqu'on regarde directement à travers un prisme que lorsqu'on se sert du prisme pour produire des images que l'on regarde par diffusion sur un écran.

74. Est-il possible d'obtenir par l'emploi des prismes une déviation d'un faisceau lumineux complexe qui ne soit pas accompagnée de dispersion ? L'image que l'on obtiendrait alors ne présenterait pas d'irisation et le système qui produirait cet effet serait dit achromatique.

Newton avait jugé qu'il était impossible d'atteindre à ce résultat : il croyait qu'il y avait proportionnalité dans tous les cas entre la déviation et la dispersion. S'il en était ainsi, toute combinaison qui annulerait la dispersion devrait également détruire la déviation : on ne supprimerait donc les irisations qu'à la condition de supprimer le changement de direction qui est la raison d'être du système prismatique.

Halle d'abord, puis Dollond, montrèrent expérimentalement que la proportionnalité que supposait Newton n'existe pas et qu'il est possible d'obtenir des faisceaux déviés et donnant des images qui ne présentent pas dirisations sur les bords. On le prouve en opposant à un prisme de verre un prisme de liquide à angle variable et modifiant cet angle jusqu'à faire disparaître les irisations ; on reconnaît qu'il subsiste une certaine déviation dans ces conditions.

75. Si nous considérons des prismes dont l'angle réfringent soit petit et si les faisceaux sont tellement dirigés que les angles d'incidence et de réfraction soient également petits, on peut déterminer la condition pour qu'il y ait achromatisme dans le cas de deux rayons donnés.

Soit un rayon traversant un prisme dont a^ est l'angle réfringent, m^ étant l'indice de réfraction ; si ^^ est la déviation, nous avons dit (35) que l'on a :

pour un autre rayon dont l'indice de réfraction est tn\, on aurait de même : La dispersion d^ correspondante à ces deux rayons serait :

Si l'on avait employé, dans des conditions analogues, un autre prisme, on aurait de même :

Lorsque l'on place les deux prismes à la suite, l'angle de dispersion des deux rayons considérés est :

D = di H- d^,

ce qui revient à

D = (>ni — m\) a^ -f- [m^ — m\) «g.

D'autre part, on pourrait calculer la déviation moyenne : pour un prisme, elle serait :

on trouverait une valeur analogue pour le second prisme et la déviation moyenne totale A serait la somme de ces deux valeurs, soit :

A=("''t"'''-iU, +(''"'t'"''-n»

11 y aura achromatisme pour les deux rayons considérés, si l'on a D = 0, ce qui conduit à :

{nii — 'i) «1 -t- {rth — ^'2) «2 = ^^^

ou — = — — ^j

«2 nii — m\

condition qui n'entraîne pas la nullité de A, à moins qu'il n'y ait proportionnalité pour les deux substances considérées entre la dispersion et la déviation moyenne, ce qui n'existe pas en général.

Il s'agit d'interpréter cette condition. Remarquons que, pour les diverses substances que l'on emploie, l'ordre de réfrangibilité des diverses radiations est le même, c'est-à-dire que, si l'on a mi>- m'^ on a également m.^^m\. Il résulte de là que la valeur du rapport est négative; l'angle a^ doit donc être de signe contraire à «g, les deux prismes doivent agir en sens contraire, ils doivent donc être placés dans une direction opposée, la base de l'un du côté du sommet de l'autre. Le rapport des angles réfringents est alors donné en valeur absolue par

celle de î^^m^'.

76. Si l'on voulait achromatiser un troisième rayon, défini par ses indices de réfraclion m\ et m"^, on serait conduit à l'égalité.

a. nu — m".

«g rîîj — m'V

qui est incompatible avec la précédente, parce que, comme nous l'avons dit, il n'y a pas proportionnalité entre les déviations. C'est-à-dire que, à l'aide de deux prismes, on ne peut achromatiser que deux rayons différents. Il faudrait employer 5 prismes pour achromatiser 3 rayons , et les équations auxquelles

on arriverait, bien que présentant une certaine analogie avec celle trouvée cidessus, en différeraient cependant.

La question de rachromatisme pour deux rayons dans les conditions que nous

avons indiquées est donc résolue, et l'on pourrait calculer le r.ipport — ,connais-

sant les valeurs des indices de réfraction des rayons considérés. Mais, en général, on cherche à résoudre la question par l'expérience directe : étant donné un prisme d'une substance déterminée, du flint-glass, par exemple, on fait usage d'un prisme de crown-glass à angle variable dont on change l'angle jusqu'à ce que les irisations aient disparu, au moins sensiblement.

Il nous paraît sans intérêt de décrire les diverses formes de prismes à angle variable auxquels on a donné le nom de diasporaniètres.

77. Aberration de réfrangibilité des lentilles. — On peut prévoir que les lentilles doivent présenter des phénomènes analogues à ceux que nous venons d'indiquer pour les prismes.

Considérons, par exemple, une lentille convexe LL' (fig. 4i) sjr laquelle on fait arriver un faisceau parallèle de lumière simple : si nous négligeons l'épaisseur de la lentille, nous avons dit (51, note) que la distance focale est donnée par une formule dans laquelle entre l'indice de réfraction. Il en résulte que pour la même lentille la distance focale serait différente pour '°' une lumièî e d'une autre nature ;

on voit qu'elle serait d'autant moindre que la lumière est plus rélrangible. Autrement dit, les divers cônes de lumière émergente qui ont pour base la lentille sont d'autant plus courts que la lumière est plus réfr.mgible.

Si donc on fait arriver sur la lentille un faisceau de lumière composée, chacune des lumières simples donnera un cône émergent distinct, et les sommets seront répartis sur l'axe entre le foyer du rouge qui sera le plus éloigné et le foyer du violet qui sera le plus rapproché de la lentille.

Il résulte de la position de ces cônes que, nulle part, il n'y aura un point où sera réunie toute la lumière : un écran coupera partout le faisceau émergent suivant un cercle.

Si l'écran est situé en dehors des foyers extrêmes, il y aura une partie centrale où tous les cônes existent simultanément et donnent par suite une coloration blanche; mais vers les bords les cônes n'existent pas tous et donnent naissance à des irisations, comme nous l'avons indiqué pour les prismes. On voit aisément que ces irisations sont terminées par une coloration rouge, si l'écran est placé entre la lentille et le foyer des rayons violets, et que la coloration extérieure est violette, si l'écran est situé plus loin que le foyer des rayons routes. Entre ces deux positions, la partie lumineuse présente ^ies colorations variables; mais il ne peut y avoir de blanc, parce qu'il manque la couleur qui a son foyer au point oîi l'axe rencontre l'écran.

78. Il va sans dire que des effets entièrement analogues se produisent, si le faisceau incident émane d'un point lumineux au lieu d'être parallèle. Il résulte de là que les images réelles que l'on recueille sur un écran sont irisées sur les

5Ô4 DIOPTRIOUE.

bords. Il en est de môme des images, soit réelles, soit virtuelles, que l'on regarde directement : considérons, par exemple, le cas d'une image réelle, la démonstration serait identique pour une image virtuelle.

Soit un objet situé de manière à donner une image réelle ; s'il émettait des rayons rouges seulement, il donnerait une image située en R, par exemple; elle serait située en J ou en V, s'il émettait seulement des rayons jaunes ou des rayons violets. Mais, s'il est blanc, ces différents effets se produisent simultanément et on a une série d'images simultanées ayant chacune une coloration propre : ces images se font à des distances différentes et ont aussi des grandeurs différentes (car elles doivent être comprises entre les mêmes axes secondaires), la rouge qui est la plus éloignée étant la plus grande. Il résulte de là qu'un œil placé en 0 et qui recevrait des rayons ayant servi à former ces images superposerait ces images dans la partie centrale qui paraîtrait blanche; mais sur les bords certains rayons manqueraient et des irisations apparaîtraient.

Il importe de remarquer que l'inconvénient ne consiste pas seulement dans l'existence de ces irisations, mais dans ce fait que, pas plus dans la partie centrale que sur les bords, ce ne sont des points correspondants que l'œil superpose; il en résulte nécessairement un manque de netteté dans les images rétiniennes, manque de netteté dont les irisations ne sont que l'une des manifestations.

79. On comprend dès lors le grand intérêt qu'il y aurait à posséder des lentilles ou des systèmes dioptriques achromatiques. On peut y arriver par des combinaisons diverses de lentilles, soit en formant des lentilles de deux pièces distinctes placées au contact et agissant comme une seule lentille, soit en employant des systèmes constituant des objectifs composés ou des oculaires composés. Occupons-nous d'abord du premier cas, des lentilles achromatiques proprement dites.

La distance focale d'une lentille est donnée par la formule :

dans laquelle nous représenterons par A la valeur de p p" qui ne dépend

que de la forme géométrique de la lentille : remarquons en outre que le signe de /est le même que celui de A (car, toutes les substances qui constituent les lentilles étant plus réfringentes que l'air, on a toujours m>> 1).

Considérons donc deux lentilles et soient m^ et m^ les indices de réfraction d'une lumière déterminée, f^eX f^ les distances focales, et Ai Aj les caractéristiques géométriques des lentilles. On a :

-=-. [m, — 1) Al 7- = (m^ — 1) Aj •

II /a

Si nous mettons au contact ces lentilles (dont nous négligeons l'épaisseur) et si -j> est la distance focale de la lentille composée ainsi formée, on a (60) :

et par suite

(mi— i)Ai + (m, — IjA^.

Si nous conside'rons une seconde nature des rayons, la distance focale de Ja lentille composée sera devenue c&', les indices de réfraction m\ et m'^,, et l'on aura :

-, = (m'i — 1 ) Al -h {m\ — 1 ) Aa

puisque les quantités A^ et k^ sont des données géométriques des lentilles, indépendantes des rayons lumineux considérés.

L'achromatisme consiste évidemment en ce que les deux foyers ainsi déterminés coïncident, c'est-à-dire en ce que «}> = <}>'. On doit donc avoir :

(mi — 1) Al H- (^2 — 1) A, = (w'i — 1) Al -h {m'^ — \) A,

ou

(mi — m'i) Aj H- {nu — m'.^ A^ = 0

ce qui revient à

Al

Cette condition donne d'ailleurs pour ? une valeur finie et déterminée, ainsi qu'il est facile de s'en assurer, c'est-à-dire que le système a effectivement un foyer.

80. Les mêmes remarques que nous avons faites à propos des prismes conduisent à conclure que Ai et A^ doivent être de signes contraires; que, par suite, nécessairement, des deux lentilles qui constituent le système, l'une e^t convergente et l'autre divergente^ De même aussi on conclut que l'on ne peut avec deux lentilles réunir en un même point les foyers de trois lumières

différentes. 11 faudrait trois, quatre lentilles différentes

pour trois, quatre lumières distinctes.

Dans la pratique on ne cherche pas à achromatiser les sept couLaiirs et l'on se borne à employer deux ou au plus trois lentilles qui servent à réunir en un même point les foyers des couleurs les plus vives, par exemple, le bleu et le jaune, ou bien le jaune, le vert et le bleu.

Si on compare les conditions d'achromatisme des prismes et des lentilles, on voit que l'on a :

On saura donc achromatiser une lentille Ai d'une substance déterminée M par une lentille Ag de la substance N, si l'on connaît les angles «i d'un prisme M et ce.^ d'un prisme N qui s'achromatisent. C'est cette remarque qui rend fort impor-

^ Cette remarque est importante, parce qu'elle montre que l'œil, dans lequel il n'y a pas de partie divergente^ ne peut être achromatique.

tante la détermination expérimentale de l'achromatisme des prismes, à l'aide des prismes à angle variable-, parce que l'on en déduit les conditions d'achromatisme des lentilles pour lesquelles on n'a pas encore fait des déterminations à l'aide de lentilles à distance focale variable, ce qui présenterait d'ailleurs rie réelles difficultés.

81. Une question absolument analogue à celle de l'achromatisme se présente dans ce que l'on appelle les prismes à vision directe. Avec un prisme, comme nous l'avons dit, la dispersion, la formation du spectre est liée à la déviation; mais dans un grand nombre d'expériences cette déviation, qui rejette les images sur le côté, présente quelques inconvénients. Ne serait-il pas possible de supprimer la déviation, tout en conservant la dispersion : on ne saurait évidemment y arriver que par l'emploi de plusieurs prismes de nature différente que l'on accolerait.

On résoudrait la question d'une manière analogue : considérant deux rayons différents passant successivement à travers deux prismes, on chercherait la condition pour que la déviation moyenne fût nulle; en se reportant aux formules précédemment trouvées (75), on arriverait à poser :

^1 (Wj— 1) 4- {m\— i)

ou

On reconnaîtrait d'ailleurs que la dispersion D, qui serait diminuée nécessairement, parce que les prismes doivent être placés en sens contraire, n'est pas annulée.

En employant plus de deux prismes, on peut arriver à produire un spectre sur la direction même du faisceau incident. C'est là le prisme à vision directe d'Amici qui est employé dans quelques circonstances.

Celte disposition est principalement avantageuse pour la construction de spectroscopes portatifs dont l'emploi est fort commode, parce qu'on les dirige sur la source lumineuse même qu'il s'agit d'analyser.

82. Dans les instruments composés, il est possible d'éviter les irisations par des combinaisons de verres, sans employer de lentilles achromatiques."

Dans le cas d'une lentille simple, comme nous l'avons dit (77), les diverses images colorées sont à l'intérieur d'un cône ayant pour sommet le centre optique de la lentille, et les irisations se produisent parce que pour l'œil placé de l'autre côté la superposition ne peut se produire.

Il est possible, si l'on emploie une seconde lentille convenablement choisie, de remplacer les images colorées par d'autres situées à l'intérieur d'un même cône, ayant son sommet du côté de l'observateur (en réalité, ce résultat ne peut être atteint exactement que pour deux rayons et seulement approximativement pour les autres). Pour un observateur ayant l'œil au sommet de ce cône, la superposition se produira donc, l'irisation disparaîtra. Mais, pour que dans la pratique l'effet puisse être satisfaisant, il faut que les diverses images colorées qu'il s'agit de superposer ne soient pas trop éloignées l'une de l'autre, comme il convient aussi que le sommet du cône oii doit se placer l'œil de

DIOSCORÉES. 537

l'observateur ne soit pas trop éloigne' de l'oculaire. Ces conditions sont au moins difficiles à remplir avec deux lentilles seulement^

Mais on arrive à un résultat plus satisfaisant au point de vue pratique dans les appareils comprenant au moins trois lentilles, soit que l'instrument comporte une lentille de champ {voij. Microscope) qui, en réalité, constitue avec l'objectif proprement dit un véritable objectif composé^ soit que l'oculaire soit formé par un doublet ou un triplet, que ce soit en réalité un système oculaire complexe, par conséquent.

Bien que, à la rigueur, on puisse faire entrer dans l'article Dioptrique tout ce qui se rapporte aux instruments d'optique, il est préférable d'étudier le fonctionnement de ceux-ci d'une manière particidière : nous renvoyons donc, pour les applications des principes que nous avons donnés, aux mots : Besicles, Loupes, Microscope, Grossissement, ProjectioiN [Appareils de), etc.

G. -M. Gariel.

DIORUP (Michael). Médecin danois, né à Kaarup-Môlle, près de Hoebroc, dans le district de Viborg, le 28 avril 1803. Il fit ses études à Copenhague, prit ses degrés à l'Académie de chirurgie en 1825, puis fit sa carrière dans la médecine militaire. Il concourut en 1831 sans succès pour la chaire de pharmacologie et de médecine légale de la Faculté de médecine de Copenhague et ne prit le titre de docteur qu'en 1836. C'est tout ce que nous connaissons de sa vie. Citons de lui :

I. Piôveforlœsninger afholdt ved Concurrencen for Professorat i Pharinacologi og Medicina forensis. Kjobenhavn, 1832, in-S". — II. El Par Ord lil Hr. Prof. Zeise i Anledning af hans udgivne Bemârkniiiger cm den af Rcservechirurg Djôrup aflagte chemische Prôve ved den sidste Concours for Professoratet i Pharmacol. og. Med. forensis. Kjobenhavn, 1852, in-8°. — III. Handbog i Pharmacologien. Kjobenhavn, 1834, 2 vol. gr. in-8». Auden Udgave, ibid., 1857-1838, 2 vol. gr. in-S". — IV. Dissert, inaug. de fungo articuU (resp. Gl.-J.-E. Hornemann). Ilauniae, 1856, gr. in-8». — V. Articles dans Bibl. for Lœger, Journ. f. Med. og Chirurgie, etc. L. Hn.

DIOISA\THOS. Nom donné au Dianthiis phimarius L., d'après Mérat et de Lens, à V Agrostemma Flos Jovis L., d'après Sprengel. Pl.

DI0SBAI>A]\0S. Nom donné par Théophraste au Châtaignier [Casfanea vesca Gaertn.). Pl.

Bibliographie. — Théophraste. Histor., IV, 10. — Sprexgel. Hist. Reiherb., I, 104. Pl.

DIOSCOREA. Voy. Igname.

DIOSCORÉES. Famille de plantes Monocotylédones, très-rapprochée des Smilacées dont elle ne diffère en réalité que par l'ovaire infère.

Les caractères peuvent être résumés de la manière suivante : Plantes herbacées vivaces, ou sous-arbrisseaux, volubiles ou sarmenteux, à rhizome tubéreux; à feuilles réticulées- veinées. Fleurs dioïques par avortement, petites, peu apparentes,

* On trouve exprimée dans plusieurs ouvrages de physique l'opinion qu'il est impossible de satisfaire aux conditions énoncées avec un objectif et un oculaire seulement. C'est là une erreur qui provient : 1° de ce que les constructions ne sont pas faites rigoureusement, en tenant compte des plans focaux différents que possède l'oculaire pour les diverses couleurs ; 2» de ce que l'on admet que le centre optique de l'œil coïncide avec le centre optique de l'oculaire, ce qui n'est pas, en réalité.

à périanthe supère, à 6 divisions disposées sur deux rangs ; 6 étamines ; ovaire infère, à 3 loges contenant 1 ou 2 ovules superposés, anatropes; fruit capsulaire ou charnu, triloculaire ou uniloculaire par avortenient de deux loges et contenant des graines comprimées, ou ailées, ou globuleuses, pourvues d'un albumen charnu ou cartilagineux, renfermant un tout petit embryon.

Les Dioscorées habitent surtout les régions chaudes de l'hémisphère austral ; elles sont plus rares dans les régions tempérées. Les espèces utiles appartiennent surtout au genre Igname [Dioscorea], dont les tubercules de plusieurs espèces sont employées comme alimentaires, et le genre Tamus, dont l'espèce commune chez nous, Tamus communis L., était renommée autrefois comme résolutive. En dehors de ces deux groupes intéressants, il n'existe d'ailleurs que deux autres genres dans la tamille, les Rajania et Testudinaria, qui n'ont pas d'intérêt médical. Pl,

Bibliographie. — Robert Brown. Prodromus , p. 294. — Li>"dley. Introduction, éd. II, p. 359. — ExDLicHER. Gênera, p. 157. — Décaisse et Le Maout. Traité général de botanique, 589. Pl.

DIOSCORIDE. Sous le nom commun de Dioscoride, il a existé dans l'antiquité plusieurs méciecms au sujet desquels Suidas écrivait : « Le médecin Dioscoride d'Anazarbe, surnommé Phacas à cause des taches lenticulaires qu'il portait sur le visage, vivait du temps de Cléopâtre et d'Antoine, et leur a dédié vingt-quatre livres très-estimés, traitant de médecine )). Il y a dans ce court passage autant d'erreurs et de confusions qu'il y a d'affirmations.

Dioscoride Phacas, de la secte d'Hérophile, commentateur d'Iiippocrate d'après Erotien, vivait probablement en -effet du temps de Cléopâtre. On ne sait que bien peu de choses sur son compte. Galien et Paul d'Égine parlent en maint endroit d'un Dioscoride d'Alexandrie, qui est sans doute le même que le précédent.

Le même Galien nous apprend que Dioscoride le jeune, surnommé ô y}.co(r<To- Ypicpoç, qui vivait du temps de son grand-père, avait compilé en quatre livres des gloses sur llippocrate, et emprunté beaucoup, pour la description des plantes, des animaux et des minéraux, à Dioscoride d'Anazarbe, à Niger, à Paraphilos et à d'autres auteurs plus anciens. Galien le cite souvent, et a évidemment fait un grand usage de ses œuvres ; et un certain nombre de passages oh il cite simplement Dioscoride et qui ne se retrouvent pas cbez Dioscoride d'Anazarbe doivent être rapportés à Dioscoride le jeune, sur lequel nous serons obligés de revenir plus loin.

L'auteur grec auquel est principalement consacré cet article, et dont la traduction et les commentaires ont inauguré en Europe la renaissance des études, alors connexes, de médecine et de botanique, était natif d'Anazarbe, bourg situé en Cilicie à 50 milles environ de Tarsus, où existaient alors de florissantes écoles, et oiî peut-être étudia notre auteur, si c'est lui que Galien cite une fois sous le nom de Dioscoride de Tarse (édit. Kuhn, V, 857). On ignore la date précise de sa naissance, mais on peut conjecturer avec une approximation suffisante celle de ses écrits. D'une part il mentionne, dans la préface de son livre, le nom d'un contemporain, Licanius, ou mieux Lécanius Dessus, consul l'an 6i d'après Tacite, tlont la mort eut lieu, d'après Pline, à l'époque où ce naturaliste écrivait le vingt-sixième livre de son Historia naturalis; d'autre part Dioscoride est cité par Erotien, qui vivait sous Néron (54-68). C'est donc pendant le règne

DIOSCORIDK. 550

de ce prince que dut commencer à écrire Dioscoride. On a toujours été surpris que son nom ne se trouvât nulle part dans le texte de Pline, surtout quand on considère que dans plus de deux cents passages le naturaliste romain ne paraît faire qu'abréger des passages correspondants de l'auteur grec. On a expliqué cette anomalie en supposant des emprunts faits par chacun des deux écrivains à une source commune, et notamment au texte de Cratévas. Cette supposition est fortifiée par l'étude consciencieuse des fragments qui nous restent de ce dernier auteur. Ces fragments se trouvent en marge du Codex Constantinopolitanus de Dioscoride, conservé à la bibliothèque de Vienne. Ils ont été transcrits par Weigel et publiés par Sprcngel sous le titre de K/sareOouToO ptÇotôf/ou rà <7w^ôpteva, dans ses Beitràge zur Geschichte der Medidne, Stûck 111, 1796, p. 265 et suiv. Il faut, pour réunir ce que nous pouvons encore connaître de Cratévas, y joindre les fragments dont au seizième siècle Anguillara avait eu communication, et qu'il a insérés dans son Traité des Simples, ainsi que les citations faites par Pline, Galien, lescoliaste deNicandre, celui de Théocrite, etc. L'indication des passages oii ces auteurs ont tantôt cité simplement, tantôt transcrit Cratévas, se trouve chez E. Meyer, Geschichte der Botanik, t. I, p. 252, en même temps qa'une étude fort intéressante où il élucide certaines erreurs commises à l'égard de Cratévas par Sprengel. On voit par ces fragments de Cratévas que dans un certain nombre d'articles Dioscoride a copié presque littéralement cet auteur, sans le dire, mais en ajoutant pour la description des plantes des détails que son modèle ne donnait pas. Aussi se plaint-il dans son introduction de ces omissions commises par Cratévas, qui laissait, dit-il, plusieurs plantes sans diagnoses (àTrxioao-yjpîi'JTouç), ce que confirme un passage de Galien [De antidot., I, p. 7). Dans d'autres endroils, au contraire, quand Dioscoride nomme Cratévas (p. ex., II, c. 153, c. 185; III, c. 150 ; IV, c. 55), c'est pour indiquer qu'il diffère d'opinion avec lui et pour le combattre. Aussi bien, en ne considérant le De materia medica de Dioscoride qu'à ce point de vue, serait-on fondé à le regarder comme une seconde édition, revue, corrigée et considérablement augmentée, du traité de Cratévas. Telle est sans doute la raison pour laquelle le texte du plus ancien de ces deux auteurs ne nous est pas parvenu. Quoi qu'il en soit, il est à remarquer que quand on compare, dans les cas 011 cela est possible, un fragment de Cratévas avec le passage correspondant chez Dioscoride d'une part, et d'autre part chez Pline, on reconnaît que, quand Dioscoride s'est écarté de son modèle, la concordance persiste au contraire entre Cratévas et Pline. Voilà une raison sérieuse, déjà donnée par E. Meyer, qui explique bien comment il se fait que Pline n'ait jamais cité nommément Dioscoride, tout en semblant le copier, surtout si l'on ajoute que Cratévas est assez ancien pour qu'un rhéteur ait forgé, avant la récension de la collection hippocratique, c'est-à-dire avant la fondation de la bibliothèque d'Alexandrie, la lettre dans laquelle Ilippocrate demande des simples à Cratévas pour guérir de sa folie Démocrite d'Abdère.

Nous ne savons rien de la vie de Dioscoride. On pourrait supposer qu'il étudia les principes de son art à ^Egae, ville voisine de Tarsus, oii existait un temple d'Esculape, oii s'établit son contemporain Apollonius de Tyane, et qu'il cite (I, 25) comme un des lieux de provenance du safran. Il importe cependant de remarquer qu'il désigne comme Asclépiades des médecins contemporains dont il est loin d'épouser les doctrines, et qu'il attribue une nomenclature botanique spéciale à une caste qu'il nomme les T:pof%xa.u Apollonius de Tyane et nombre

d'autres thaumaturges, les successeurs des médicastres qu'Hippocrate flétrissait sous les noms d'àviarpot, aâyoi, à)âCov£ç, ày^prai, se mêlaient de prédire l'avenir tout en exerçant la médecine, et les prêtres des oracles médicaux, interprètes de la pensée de leur dieu, 'portaient aussi le nom de prophètes. La nomenclature des Trpo^sÀTxt, souvent fondée sur des conceptions mythologiques, est en général purement grecque, sortie des temples grecs. Dioscoride, au contraire, n'est point un Asclépiade. Il n'a pas puisé son instruction dans les temples, mais dans la nature. Il nous apprend lui-même qu'il a beaucoup voyagé, sans doute à la suite des armées, comme médecin militaire, et certainement en Italie. 11 cite (II, 75) ses observations sur le lait des chèvres qui paissaient dans les montagnes des Vestini ; et son surnom de Trs^aytoç (et non Tre^axioç) était emprunté à la gens Pedania, suivant un usage qui a été celui de plusieurs Grecs de la même époque. Ses voyages se sont étendus encore en Gaule, en Espagne, en Afrique, en Egypte, et même dans le pays des Daces, probablement sous le commandement de Vitellius, lorsque l'armée de la basse Germanie eut à réprimer une révolte de ce peuple, que Trajan seul put dompter plus tard. Les preuves du séjour de Dioscoride dans chacun de ces pays, ce sont pour nous les noms vulgaires des plantes qu'il y a recueillies, et qui sont indiqués par lui en synonymie presque à chaque page de son Traité de matière médicale. Il est vrai que ces noms, plus ou moins bien reproduits par les copistes, ont été regardés par plusieurs éditeurs comme apocryphes, comme intercalés après coup, et rejetés par quelques-uns d'entre eux à la fin de l'ouvrage, sous le titre de notha. Ackermann,qui a commenté le De medicaminibus herbarum du Pseudo-Apulée, a soutenu que ces synonymes avaient été pris par les copistes dans cet opuscule d'origine incertaine, tandis qu'il est manifeste que l'auteur du traité latin n'a fait au contraire que traduire Dioscoride. Il se trouve chez Dioscoride plus de trois cents plantes dont Saraeenus a rejeté la synonymie parmi les notha; et l'auteur du traité De medicaminibus ou De viribus herbarum n'en a énuméré que cent vingt-neuf. Lambecius a pensé, sans preuve, que les synonymes auraient été pris par des copistes dans les œuvres de Pamphilos : or on sait par le témoignage de Galien que cet auteur avait donné les noms de plantes usitées en Babylonie, desquels il n'existe aucune trace chez Dioscoride. D'ailleurs nonseulement ces synonymes se trouvent dans les plus anciens manuscrits, et ont été reproduits par Oribase et par Aétius, mais quelques-uns ont été même reproduits par Pline et par Galien. Tout ce qu'on pourrait admettre contre l'opinion soutenue ici (en se servant même du témoignage de Pline), c'est que Dioscoride n'a pas toujours recueilli ces noms dans ses voyages, et qu'il en a pris certaius dans des auteurs antérieurs. Ceci est évident pour les noms attribués par lui à Osthanès, ce médecin c]es Perses qui élait anivé en Grèce avec l'armée de Xerxès, à Zoroastre, et encore pour quelques autres sources. Il importe d'ajouter, au sujet de ces synonymes, que les termes grecs, bien qu'ils ne figurent pas dans nos lexiques, sont régulièrement formés et ont trait en général à quelque particularité de la plante; que ceux que Dioscoride indique comme en usage chez les Romains (plus exactement reproduits parles copistes) se trouvent en général corrects et même enrichissent le dictionnaire latin, et que les noms donnés comme africains ont été expliqués par la connaissance de l'hébreu et du phénicien.

Les œuvres qui nous sont parvenues sous le nom de Dioscoride sont multiples. La seule importante et, disons-le tout de suite, la seule authentique, est

DIOSCORIOE. 541

le TLtpi OV/jç laTjOufl; on De mater ia medica, véritable et grand traité de matière médicale, où les Grecs, les Latins et les Arabes, ont uniquement puisé jusqu'à l'époque delà Renaissance, et sur lequel nous devons entrer dans quelques détails. Ce traité est divisé en cinq livres, et cbaque livre en un nombre considérable de chapitres, consacrés chacun à faire connaître un agent thérapeutique emprunté à l'un des trois règnes, et plus souvent au règne végétal. L'article commence parla mention du nom (et des synonymes), parfois de l'origine du produit ou de l'être et de sa variété la plus utile, après quoi suit une description ordinairement trop sommaire, quelquefois l'indication du mode de récolle ou de préparation, la manière de reconnaître la sophistication ou de s'en préserver, et enfin de longs détails sur les vertus et les applications médicales. On lui a reproché de n'avoir observé aucun ordre de classification dans ce long exposé. Cependant les plantes appartenant à des familles dont l'analogie frappe tous les yeux sont rapprochées par lui les unes des autres : par exemple, les ombellileres, les crucifères, les labiées, la plupart des euphorbes. Le laurier-rose est dans son texte voisin du cynanchum vincetoxicum, et ce rapprochement, confirmé par la méthode actuelle, est fondé par lui sur ce que ces végétaux oiit tons deux un latex blanchâtre. Dans d'autres cas, sa classification se fait par la nature des produits : les aromates, les résines, sont juxtaposées comme les plantes qui les produisent; les céréales, les légumes, le sont également. Dans d'autres cas, l'analogie qui disparaît pour nous n'en existait pas moins dans l'esprit de l'auteur : le Saxifraga Cotylédon vient après ÏUmbi/icus et les Joubarbes : on sait combien se ressemblent les rosettes des Crassu lacées et celles des Saxifrages. Si le troisième livre débute par les plantes suivantes : agaric, rhubarbe, gentiane et aiistoloche, c'est parce que l'auteur traite alors des racines employées en médecine, et qu'il inclinait à considérer l'aya/jt/ôv comme un organe de nature radiculaire. S'il énumère successivement la vigne, la bryone et le taminier, c'est parce que ces végétaux ont pour caractères communs de grimper et d'avoir des feuilles divisées : aussi les nommait-il tous àitTzzkoq. Il ne faut donc pas l'accuser d'avoir manqué d'esprit de classification, bien qu'il n'ait pas été sans doute à la hauteur de Théophraste, et il faudrait plutôt lui savoir gré d'avoir écrit quelque part : le chêne à glands doux (ip/jyô;) et le chêne vert (tt^ïvo;) sont des espèces de chêne («îp'joç). Il y a bien d'autres éloges à lui adresser. Il nous a fait connaître cinq cent dix-neuf espèces de plantes dont un grand nombre n'avaient pas été signalées par Théophraste, et plusieurs d'entre elles, notamment le laurier-rose {vriplo-j, poSoSâ^ovri), la joubarbe (à£t:;wov tô f/sy^)' 1^ colchique {y.o'kx'-y.ôM) , d'une manière exacte et même élégante. 11 s'est montré judicieux dans les conseils généraux qu'il donne au commencement de son ouvrage sur le moment de la récolte des simples, sur les soins nécessaires à leur conservation : conseils qui sont les premiers éléments historiques de l'art de l'herboriste. En signalant avec soin la provenance de beaucoup de plantes, du moins de celles qui le méritaient par leur rareté, il a donné de nombreux exemples d'une science restée encore inconnue à l'époque de la Renaissance, la géographie botanique. Plusieurs des observations faites par lui ont été comme les prototypes d'observations qu'on croirait plus modernes : par exemple, celle de la variation du lait suivant les plantes dont les animaux se nourrissent (II, c. 75). Comme hygiéniste, Dioscoride s'est longuement étendu sur les qualités des divers aliments. Sans doute, il a compris dans son ouvrage bon nombre de sujets étrano-ers à la médecine proprement dite, tels que la préparation de l'encre, celle des par-

fums et des vins, celle des couleurs telles que l'indigo, le sang-dragon, qu'il appelle xtwâêapt, et le cinabre, qu'il appelle app.iov ou fzîvtov (suivant les manuscrits) ; il est peut-être l'auteur qui nous donne le plus de renseignements sur la métallurgie antique; mais comme médecin, c'est lui qui a fourni les premières recettes de préparations généralement ^usitées aujourd'hui, telles que l'oxymel scillitique, le vin aromatique, l'eau ferrée, préparée par l'immersion d'une tige de fer préalablement chauffée au rouge, et employée pour fortifier les estomacs délabrés ; son chapitre relatif aux bains chauds d'eau de mer, que l'on conservait exprès pour cet usage ou même pour bains de vapeur, et que l'un employait notamment contre l'hydropisie, donne la date d'une époque importante dans l'histoire de l'hydrothérapie ; celui où il traite du chlorhydrate d'ammoniaque, qu'il nomme àv9oç àXoç, fleur de sel, en fournit une autre pour l'histoire de la chimie. Il a pu accueillir des fables, mais sa crédulité est bornée même par ses qualités d'observateur empirique, et s'il nous a transmis quelques recettes ridicules, telles que l'emploi de la crasse des athlètes (substance particulièrement émolliente !), il n'a fait qu'être l'écho de son temps. On apprécie même mieux son mérite en songeant à la pauvreté de l'époque qui l'a suivi, et dans laquelle sa classification, évidente, quoique rudimentaire, est devenue lettre close, si bien que l'on a, dans mainte copie, rangé les articles de son Traité de matière médicale simplement par ordre alphabétique. C'est pour cette raison que Suidas, dans le passage cité en tête de cet article, a attribué au De materia medica le nombre de vingt-quatie livres, les lettres de l'alphabet grec étant au nombre de vingt-quatre.

Dioscoride dit au contraire positivement, dans sa préface, que son traité est divisé en cinq livres ; et le cinquième se termine par quelques lignes qui en sont comme la conclusion et la signature. Galien ne connaissait non plus que cinq livres à l'ouvrage de Dioscoride. Malgré cela, certaines éditions du seizième siècle contiennent un sixième, un septième, et même (celles de Cornarius et de Goupyl) un huitième livre. Le sixième livre est précédé d'une nouvelle introduction d'une douzaine de lignes qui paraît l'œuvre d'un libraire désireux de vendre sous le nom autorisé de Dioscoride des préceptes de médecine. Ce sont ces trois livres additionnels qui dans l'édition de Sprengel forment le traité De venenis [mpl (îïjAyyr/ipîwv yap^iâxwv) et le trailé De theriacis {mpi io^okoô-j), divisé en deux parties par Cornarius et par Goupyl; on les comprend généralement sous le titre commun àWlexipharmaca. E. Meyer considère ces livres additionnels, le sixième d'une part, et d'autre part le septième et le huitième, comme deux fragments détachés d'un ouvrage plus considérable par l'industrie d'un libraire qui a cousu en tête et en queue du De venenis une introduction et une fin ; cette fin (p. 41 de l'édition de Sprengel) est en contradiction avec le texte de la page 10, car l'auteur annonce qu'il décrira à la fin de son ouvrage la préparation des antidotes. Certains passages de ce traité ne sont que la reproduction de passages correspondants du De materia medica de Dioscoride, par exemple, la synonymie de l'if (Diosc, l. IV, cap. lxxx; et de venenis, cap. xii).

Le septième et le huitième livre n'ont aucun lien non plus avec le sixième. Ils contiennent des détails déjà (et beaucoup mieux) traités dans le sixième. Ils abondent en subtilités de controverse aussi inconnues à l'auteur du sixième livre qu'à Dioscoride lui-même, et en classent l'auteur dans la secte des pneumatistes. Le chapitre xix du traité De theriacis prouve que l'auteur de ce

traité a vécu à Alexandrie, ce qu'on pouvait attendre à l'avance; d'ailleurs, quand il parle du Silphium et de sa racine Magijdaris {voy. l'art. Silphium), il n'a en vue que le Silphium de la Gyrénaïque et non celui de la Médie [VAsa fœtida), que connaissait le Syrien Dioscoride d'Anazarbe.

Quant à l'époque de ces additions apocryphes à l'œuvre de Dioscoride, il est à remarquer que non-seulement Galien, Oiibase et Aétius, les ont ignorées, mais même Paul d'Égine, qui vivait au commencement du septième siècle, tandis qu'elles étaient connues de Photius au neuvième siècle.

Il est encore un troisième ouvrage attribué à Dioscoride, le Trepl EÙTropto-Twv {De medicaminihus facile parahilibus). A l'égard de celui-ci, la critique littéraire demeure bien plus hésitante. 11 paraît, à première vue, plus moderne encoie que les précédents. On y trouve des redites prises non-seulement dans le De materia medica , mais même dans les Alexipharmaca, celles-ci des plus nombreuses. Sprengel a signalé la mention du musc, comparé pour son odeur à celle de la fleur du x^^iinyiïpa^oçj et abstraction faite de ce passage d'une date incertaine, le premier auteur qui ait signalé ce produit de l'orient est Moïse de Khorène, mort en 485. On y remarque encore (II, cap. lxxxiii) une dose formulée au moyen de l'È^âyiov, qui valait quatre scrupules, qui ne fut en usage comme monnaie qu'après Constantin, et qui ne paraît avoir passé que beaucoup plus tard dans l'usage médical, chez Actuarius et Myrepsus; en outre, Sprengel a pu extraire des Euporistes (p. xvi de sa préface) plusieurs locutions tout à fait étrangères à la langue grecque, même à celle des Ptolémées, ce qui indique que l'auteur appartenait à une époque de décadence. Nous n'en citerons qu'un exemple : en parlant de la lie du vinaigre, l'auteur des Euporistes dit : o-ùv afs-/Xri 6;oLiç; au lieu de (t^vaI-ç, Dioscoride aurait écrit rpuyi. Aétius, il est vrai, a attribué à Dioscoride plusieurs remèdes qui ne se trouvent que dans les Euporistes; cependant le silence de Galien est significatif. E. Meyer a cru pouvoir attribuer les Euporistes à Dioscoride, en admettant des remaniements plus récents ou des interpolations. Comme on n'en possède qu'un seul manuscrit, la difficulté est encore plus insoluble, comme pour les fragments qu'a publiés M. Miller en avril 1881 dans le Journal des savants, et où sont insérés des extraits d'un Dioscoride qu'on ne retrouve dans aucune des œuvres précédentes. 11 y a probablement lieu de les attribuer à Dioscoride le jeune.

Les manuscrits de Dioscoride sont au contraire extrêmement nombreux pour les cinq livres authentiques du De materia medica. II s'en faut même bien qu'on ait compulsé tous ceux que renferment les bibliothèques de l'Europe, et dont les marges sont souvent chargées de notes très-importantes. Plusieurs de ces manuscrits ont une histoire. La bibliothèque impériale de Vienne en contient deux, l'un in-4'', le Codex Neapolitanus, l'autre in-folio, plus récent, le Codex Co7îstantinopolitamis , tous deux accompagnés en marge de figures peintes, meilleures dans le second. Le Codex dit Constantinopolitanus, apporté de Gonstantinople par l'ambassadeur Busbeck, passionné pour les choses d'histoire naturelle, avait été exécuté pour Julia Anicia, fille d'Olybrius, qui a occupé le trône de Gonstantinople dans le sixième siècle. Deux manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris sont également illustrés de figures peintes, le manuscrit n<* 2179, du neuvième siècle, qui porte en arabe les noms des plantes en marge, et le manuscrit n*' 2185, celui-ci peu antérieur à la découverte de l'imprimerie. D'autres de ces manuscrits, également historiques, sont malheureusement perdus. Lorsque les Arabes voulurent

54i DIOSCORIDE.

faire passer dans leur langue les trésors de la science grecque, il se trouva des traducteurs qui interprétèrent soit directement en arabe, soit d'abord et plus souvent en syriaque, les œuvres de l'antiquité classique. Il existe (supplément arabe de la Bibliothèque nationale, n° 1067) une traduction de Dioscoride faite directement du grec en arabe par Etienne et revue par Honéin, qui vivaient au neuvième siècle de notre ère.

La version d'Éticnne avait conservé, dans l'ignorance ou dans l'absence des termes arabes nécessaires, nombre de termes grecs originaux qui n'apprenaient rien aux Musulmans, et avait passé en Espagne où le calife Abdérame 111, le même qui fonda à Cordoue une école de médecine, désira qu'on pût éclaircir ces obscurités. Sur sa demande sans doute, il reçut eu 948 de l'empereur de Constanlinople, parmi des présents de grand prix, un manuscrit grec du Uepi ûXr,ç taTptxîjç, et plus tard, trois ans après, un traducteur, le moine Nicolas, qui interpréta aux Arabes les noms des médicaments obscurs pour eux. Dans ce manuscrit, toutes les plantes étaient peintes d'une manière admirable. L'œuvre du moine Nicolas existait encore au treizième siècle, puisqu'elle a été connue d'Ibn-Béithâr, qui s'en est servi; ce dernier écrivain, dont M. le docteur Leclerc achève en ce moment la traduction, a traduit Dioscoride presque à chaque page, et son texte prouve qu'il a eu sous les yeux un manuscrit parfois différent des nôtres. Une étude attentive de cet auteur serait donc pour une édition et une interprétation nouvelle de Dioscoride aussi utile que celle des manuscrits ornés de dessins coloriés. On a du reste exagéré l'importance de ceux-ci. Dans beaucoup de cas, l'image mise en marge ne relève évidemment d'aucune tiadition, mais de la fantaisie du copiste ou d'une interprétation erronée du texte; si celui-ci contient quelque fable ou quelque absurdité (ce qui arrive), l'image renchérit encore : ainsi une peinture annexée au premier chapitre du troisième livre de Dioscoride représente un petit sapin sortant d'un tronc d'un agaric qui en formerait la racine. Certaines de ces illustrations s'éloignent beaucoup des déterminations aujourd'hui consacrées par l'usage. Ainsi, pour le ya)i«YYtov, le manuscrit de Constanlinople indique ÏAca?îthus mollis ou Branca ursina des Italiens, dont la souche présente, partant de la base de la tige, des ramifications divergentes que l'on peut comparer en effet à une araignée ou à une patte d'ours; et pour l'rjpûYYwv, le manuscrit de Paris n° Î:J179 figure ÏAstraniia major. Dans le manuscrit de Paris n° 2183, où sans doute on a reproduit en marge des peintures de quelque manuscrit plus ancien, le o-oOo-ov de Dioscoride est représenté sous la figure d'un nénuphar bleu, le JSymphœa cœrulea Sav., ce qui est d'autant plus intéressant que l'un des nénuphars se nommait seschen dans le langage des hiéroglyphes. A la fm du siècle dernier, les figures des manuscrits ont paru avoir assez d'intérêt pour qu'on fît graver une grande partie de celles des manuscrits de Vienne en vue d'une édition que Jacquin se proposait de faire avec le concours du médecin Van Swieten et de l'helléniste KoUar; mais ce projet fut abandonné à la mort de Jacquin. Indépendamment des manuscrits illustrés, il y en a eu de fort importants qui ont servi aux éditions faites ])ar Johannes Sambucus, par Saracenus, par Marcellus Vergilius (celui de la bibliothèque Médicis à Florence), par Lacuna, par Anguillara,Monardus, Goupyl, et surtout par Matthiole, manuscrits dont plusieurs ont disparu depuis le quinzième et le seizième siècle, de sorte qu'ils ne sont représentés que par le texte imprimé avec leur aide, ce qui est bien insuffisant pour les érudits. On sait que ces éditions ont été nombreuses, nécessitées par l'intérêt que les naturalistes et

DIOSMA. 545

surtout les médecins crevaient avoir à connaître les œuvres de Dioscoride. L'édilion princeps est l'édition aldine de 1499, la deuxième celle d'Asuhmus, beauills d'Aide Manuce, bien inférieure à la précédente (Venise, 1510); la troisième celle de Marcellus Vergilius, qui n'est en réalité qu'une édition améliorée de celle d'Asulanus; ce qu'on peut dire aussi de l'édition in-S" donnée à Bdie en 1529 par Janus Cornarus. La cinquième, celle de Goupyl (Paris, 1549), se distingue par des corrections de texte empruntées aux manuscrits de Paris ; la sixième, est celle de Saracenus, médecin de Lyon (Francfort, 1598] ; la septième, celle de SpTengel, qui fait partie de la collection des médecins grecs de Kulm (1829-1850). Nous ne parlons là que des éditions donnant le texte grec, généralement avec la traduction latine. Mais, outre ces livres, un grand nombre de travaux ont été consacrés à l'interprétation et à l'éclaircissement du texte de Dioscoride, ainsi qu'à sa traduction en diverses langues, depuis les CoroUaria d'Ilermolaus Barbarus, suivis des Paradoxa medicinœ de Leonhard Fuchs (Bàle, 1535). Luigi Anguillara, avant de publier ses SempUci, parcourut l'illyrie, la Macédoine et la Grèce, pour mieux s'instruire dans la connaissance des plantes signalées par le médecin d'Anazarbe. Mois le plus célèbre de tous ces commentateurs est Matthiole, dont les reproductions furent innombrables, jusqu'à l'édition magistrale qu'en donna Gaspard Bauhin à Bâle en 1674. Mattliiole avait même été traduit en français par Martin Matbée. Il tint à donner à la fois, sur chacune des plantes connues de Dioscoride, les renseignements que Von pouvait extraire des œuvres de Pline et de Galien. Mais il manqua de la critique paléographique nécessaire, et aux yeux de l'érudition moderne il est loin d'avoir épuisé le sujet, de même que pour la détermination des plantes il prêta le flanc à une longue polémique dont on peut voir l'écho dans les publications de Moretti. Après Matthiole vint encore, dans son Ecphrasis et dans son Phytobasanos, Fabius Columna. Enfm Sprengel crut sans doute terminer la controverse par le volumineux commentaire qui accompagne son édition de 1850, faite à la suite de Galien dans la collection des médecins grecs de Kuhn. Si elle se trouve terminée de fait, c'est seulement parce que la science moderne se préoccupe assez peu des descriptions et des prescriptions de la médecine grecque; mais il importe de savoir que l'édition de Sprengel a été faite presque en dehors de toute collation directe sur les manuscrits, et qu'il faudrait, pour une étude nouvelle de l'auteur, non-seulement, comme Sprengel, tenir compte du texte d'Oribase (plus complet pour nous qu'il ne l'était pour lui), d'Aélius et de Paul d'Égine, qui ont si souvent reproduit Dioscoride, mais encore étudier les traductions arabes, l'iconographie des manuscrits, et d'abord faire le catalogue des manuscrits actuellement existant dans les différentes bibliothèques d'Europe, dont on ne connaît pas même le nombre. Eug. Fourmer.

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Fabricids. Bihliotheca graeca. Voyez notamment l. IIÏ, p/90, et t. XIII, p. 144. AYeigec.

Gœtlingcr gel. Auzeiger, 1875, pp. 10-11. — Milun. Jour, d'hist. nat., n" 20 [l" nov. 1791).

DIOSMA.. (L., Gen.fW. 272). Genre de Rutacées. qui a donné son nom à la série ou tribu des Diosmées. Jadis, la plupart der Diosmées de l'Afrique australe avaient été rapportées à ce genre. Aujourd'hui, t'on n'y comprend plus

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