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Novembre
Décembre
Totaux
Ces tableaux nous donnent plusieurs enseignements.
Ils nous montrent en premier lieu quel pas gigantesque a fait la diphthérie dans son extension, comme dans sa gravité.
De 1868 à 1879, le mouvement du croup a triplé et au delà, dans les hôpitaux de Paris; la mortalité afaitde même. On remarquera que, jusqu'en 1877, le mouvement ascensionnel avait régulièrement progressé, mais qu'en cette année il a fait brusquement un saut très-élevé qui lui a permis d'atteindre des hauteurs qu'il n'a pas quittées depuis.
En réunissant le croup et l'angine couenneuse, on voit que dans la période comprise entre les années 1872 et 1879 la mortalité pour la diphthérie a plus que doublé, si l'on considère l'année 1877.
Il en résulte, en second lieu, des données précises sur la marche familière à l'épidémie.
La diphthérie, ainsi que le fait remarquer M, E. Besnier qui a étudié cette question avec tout le talent qu'il apporte aux questions d'épidémiologie, la diphthérie est essentiellement une maladie d'hiver. Chaque année, elle atteint son apogée en hiver et au printemps. Elle décline ensuite régulièrement pendant l'été pour tomber à son niveau le plus bas pendant l'automne. Cette marche s'accuse aussi bien par le nombre des malades que par celui des décès. La mortalité diphthérique arrive à son ?naximum en hiver et au printemps, et à son minimum en été.
On ne saurait donc mettre en doute l'action des conditions climatologiques.
Influence d'autres épidémies. Une épidémie d'une autre nature peut-elle être l'agent qui fait lever le germe diphthérique? On a signalé la coexistence fréquente des épidémies de scarlatine et de rougeole avec celles de diphthérie. Nous savons que ces maladies donnent lieu souvent à la diphthérie secondaire.
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Mais rien ne prouve, jusqu'ici, qu'elles aient la faculté de faire naître des épidémies de diphthérie; elles peuvent être considérées comme des agents qui, en temps d'épidémie, offrent au germe morbifique des terrains préparés; là se borne leur influence. A propos de l'épidémie de Loulians, M. Guillemaut a mis en lumière un fait intéressant. Un épizootie précéda l'épidémie; elle consista en une maladie inflammatoire de la bouche et de la gorge chez les vaches et les chevaux.
Mode de transmission de la diphthérie. On vient de voir quelles causes favorisent réclosion de la diphthérie. Un grand problème reste encore à résoudre. Comment les épidémies se développent-elles ? Comment la diphthérie se transmet-elle ?
Dans toute maladie qui adopte le type épidémique, il faut considérer deux facteurs : le germe morbifique et l'organisme avec lequel il se trouve en contact. Les conditions qui favorisent le développement d'une épidémie sont donc : d'une part, celles qui entretiennent la vitalité du germe et lui conservent son pouvoir fécondant; d'autre part, celles qui rendent l'organisme apte à être fécondé.
Il est un autre point important dont l'étude doit être entreprise avant celle des précédents, c'est le mécanisme intime en vertu duquel la diphthérie se transmet d'individu à individu.
La spontanéité dans le développement n'étant pas, jusqu'à preuve du contraire, reconnue comme un des attributs de la diphtliérie, la contagion paraît être son mode de transmission le plus vraisemblable.
De la contagion dans la diphthérie. Pour éviter toute confusion, il importe de préciser la signification que je donne à ce terme. Il semble, en effet, préjuger la question et impliquer la nécessité du contact entre individus. Or, la transmission par le contact seul étant vivement contestée, beaucoup d'auteurs considèrent avec raison ce mot comme impropre. Il devrait, à ce titre, être exclu de la nosologie. Cependant, il est d'un usage si habituel qu'il peut être conservé, à condition qu'on en donne une définition acceptable. 11 peut être entendu, je crois, dans l'acception de transmissihilité d'individu à individu, avec ou sans intermédiaire. Tout en marquant la faculté que possède la maladie d'être transmise d'une personne à une autre, cette dénomination réserve le mécanisme par lequel s'opère la communication.
Ainsi entendue, la contagion est admise par le plus grand nombre des auteurs. Niée par Home, Michaelis, Vieusseux, J urine, Albers de Bremen, elle a été admise par Wichmann, Bohmer, Field, Rosen, Guersant, Bretonneau, Trousseau. La plupart des médecins qui ont observé des épidémies ou écrit depuis quelques années, sur l'angine diphthérique et sur le croup, la tiennent pour démontrée. J'adopte entièrement cette manière de voir.
La transmission de la diphthérie peut se faire par trois modes : 1^ par contact direct; 2^ par inoculation; 5° par Vair ambiant.
1° Transmission" par contact direct. Des faits nombreux ont été invoqués en faveur de ce mode de communication. Ce sont dans presque tous les cas des médecins qui en ont fourni la preuve à leurs dépens. Herpin (de Tours), Gendron, Blache fils, Gillette, Yalleix, Weber et bien d'autres, ont été contaminés par des produits morbides que leur ont lancés dans la bouche, sur les lèvres, à l'orifice des narines, des malades diphthériques.
Ces faits ont défrayé un trop grand nombre d'ouvrages pour que je les répète en détail. Je dirai en quelques mots que Herpin (Bretonneau, in Arch. yen. de
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méd., 1855), étant occupé à cautériser la gorge d'un enfant atteint d'angine diphthérique, reçut dans la narine gauche un jet de matière morbide. Quelques heures après, enchifrènement du côté gauche, nasonnement, dysphagie, et le lendemain, couche pseudo-membraneuse s'étendant sur les amygdales et la luette. Sur cette dernière, l'exsudation se reproduisit à trois reprises. Une paralysie diphthérique termina la scène; la guérison fut obtenue.
Valleix reçut communication de la diphthérie dans des circonstances analogues. Une malade atteinte d'angine couenneuse peu grave d'ailleurs et qui guérit lui lança dans la bouche un peu de salive pendant un effort de toux provoqué par l'examen de la gorge. Le lendemain, une des amygdales se recouvrait de fausses membranes; bientôt l'autre amygdale, la luette, les fosses nasales, se prenaient à leur tour. Un gonflement sous-maxillaire considérable se produisait; des symptômes cérébraux apparaissaient, et la mort arrivait en quarante-huit heures sans accidents laryngés.
Blaclie fds contracta la diphthérie dans des conditions semblables et mourut.
M. Gendron (de Château-du-Loir), pendant une opération de trachéotomie, fut atteint, au moment de l'ouverture de la trachée, d'une pluie de fragments pseudo-membraneux qui s'abattit sur ses lèvres. Une diphthérie pharyngienne fut la suite de cet accident.
Le martyrologe de la science contient encore d'autres victimes. Le mal frappe sur nous à coups de plus en plus pressés. L'internat et l'externat des hôpitaux de Paris voient chaque année de nouveaux vides se faire dans leurs rangs .
M. le professeur Sée [Bull, de la Soc. méd. des hop. de Paris, t. IV, p. 378) a communiqué à la Société des hôpitaux un fait très-curieux. Une femme allaite un enfant atteint d'angine diphthérique; bien que les mamelons fussent restés intacts, son propre enfant qu'elle avait continué à nourrir contracte une diphthérie labiale et la transmet à sa mère qui n'avait cessé de l'embrasser. Présenté comme exemple d'inoculation, ce fait peut être attribué, à la rigueur, au contact direct.
On peut invoquer aussi le contact direct dans le fait suivant : un enfant âgé de deux ans est pris de coryza diphthérique grave ; on juge à propos de lui appliquer sur la nuque un vésicatoire qui se couvre bientôt de fausses membranes. L'enfant succombe. Gomme beaucoup d'enfants malades, celui-ci exigeait que son père et sa mère le portassent constamment dans leurs bras. Dans cette position, il passait son temps à frotter son nez contre celui de la personne qui le tenait. Après sa mort, les parents furent atteints tous deux de coryza diphthérique.
A ces exemples on peut opposer le résultat négatif des expériences tentées par M. Peter. Dans l'une, ce médecin courageux ayant reçu sur la conjonctive gauche, pendant une trachéotomie, une fausse membrane semi-liquide, la laissa séjourner sous les paupières et n'en ressentit aucune conséquence fâcheuse.
Dans une autre, il imbiba un pinceau de la matière d'une fousse membrane molle rejetée pendant une opération, et se barbouilla de ce pinceau les amygdales, le voile du palais et le pharynx ; les suites furent nulles.
31. Duchamp [Du rôle des parasites dans la diphthérie. Thèse de Paris, 1875) a obtenu un résultat analogue en répétant ces deux expériences.
Ces tentatives n'ont pas eu, par bonheur, de résultat funeste, mais elles ne prouvent pas que le contact direct soit sans inconvénient; leur petit nombre
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même les empêche d'être concluantes. Répétées un plus grand nombre de fois, elles pouvaient amener des résultats tout différents ; ce qu'elles démontrent actuellement, c'est que le contact direct ne transmet pas forcement la diphthérie. C'est là un fait commun à toutes les maladies contagieuses, même inoculables ; elles ne se propagent pas dans tous les cas par ces procédés. Dans ces expériences, il faut toujours considérer deux facteurs : le germe et le terrain. Le terrain peut être impropre au germe, sa réceptivité nulle; le germe qui lèverait dans un autre terrain meurt dans celui-ci.
Mais, si l'objection tirée des expériences de M, Peter n'est pas concluante, il en est une autre qui porte plus loin. Les personnes, peut-on dire, chez lesquelles on a vu se développer de fausses membranes sous l'influence prétendue du contact direct, vivaient avec les malades ou, comme les médecins, les visitaient une ou plusieurs fois par jour et s'exposaient ainsi à la transmission par inhalation. C'est là l'objection capitale; elle peut avoir raison d'un certain nombre de faits attribués au contact. Cependant, il est difficile de ne pas invoquer cette cause dans les cas où la fausse membrane s'est produite exactement dans le point mis en contact avec le produit morbide.
A ces arguments il faut joindre celui qui vient des expériences faites sur les animaux.
Les premières ont été faites par Trendelenburg (f/e&er<^//e Coiitagiositât, etc., der Diphtheritis. In Arch. fur kl in. Chir., t. X, 1869). Des lambeaux pseudomembraneux provenant d'enfants atteints de croup furent portés dans la trachée de lapins et de pigeons. Sur 68 opérations, il donnèrent lieu à des manifestations diphlhériques évidentes; les lésions étaient les mêmes que chez l'homme. Les animaux succombaient, en général, au croup asphyxique. La maladie mettait vingt-quatre, quarante-huit ou soixante-douze heures à se développer. Prenant alors les fausses membranes obtenues chez ces animaux, l'auteur les appliquait à une seconde série de sujets ; il obtint encore plusieurs résultats positifs.
La contre-épreuve fut faite en portant sur le larynx d'autres animaux des substances irritantes ou putrides; on détermina du catarrhe des muqueuses, des abcès, mais jamais de vraies fausses membranes.
Jamais l'auteur n'a obtenu la diphthérie du pharynx suivie de croup des cendant.
Oertel, de Munich [Experlrnenlelle Untersiichuungen iiher Diphthérie. In Deutsch. Arch. fiir klin. Med., 1871), s'est livré dans ce but à trois séries d'expériences.
Dans la première il a déterminé au moyen d'irritants chimiques : ammoniaque, etc., un croup artificiel identique, dans ses lésions et dans ses symptômes, au croup humain. Il n'a jamais trouvé à l'autopsie l'inflammation d'autres organes; les reins, en particulier, étaient parfaitement normaux, même après une asphyxie prolongée. Les essais d'inoculation pratiqués avec de fausses membranes venant de ces animaux ont toujours été négatifs.
Dans la seconde, il porta dans le larynx, dans la trachée et sur les amygdales de 12 lapins, des fragments de fausses membranes diphthériques humaines. 5 périrent par suffocation et 3 par intoxication générale.
A l'autopsie, en outre de l'inflammation pseudo-membraneuse du larynx et de la trachée, il trouva des hémorrhagies capillaires disséminées dans un grand nombre d'organes et une notable hyperémie des reins. Appliquées de la même
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manière à d'autres animaux, les fausses membranes obtenues chez les premiers se sont reproduites deux et trois fois successivement.
Dans la troisième série, les mêmes inoculations tentées avec des substances putrides ordinaires ont donné lieu à des résultats absolument différents.
M. Labadie-Lagrave introduisit dans le larynx et dans la trachée de 2 lapins des fausses membranes récemment expulsées par des enfants atteints de croup, en pratiquant sur ces animaux la trachéotomie préalable suivie de Fintroduction dans la trachée d'une sonde en caoutchouc de 5 centimètres faisant office de canule. Les fausses membranes préalablement diluées et triturées dans un mortier furent directement portées à l'aide d'une pince recourbée dans la cavité du larynx sur le premier animal et simplement déposées dans la trachée du second. Douze heures environ après l'opération, les deux lapins étant morts d'asphyxie, on trouva dans le larynx du premier et dans la trachée du second des fausses membranes en voie d'organisation occupant une assez grande surface, 3 centimètres environ de la muqueuse qui était au-dessous d'elles, rouge, épaisse, exulcérée, et entourée d'un abondant réseau vasculaire.
M. Diichamp a repris l'expérience dans les mêmes conditions. La fausse membrane préalablement lavée, puis triturée, est portée dans la trachée et dans le larynx d'un lapin trachéotomisé, à l'aide d'un pinceau, en ayant soin de ne pas la mettre en contact avec les bords de la plaie. L'animal succombe au bout de quarante-huit heures; l'autopsie montre la muqueuse du larynx et delà trachée recouverte de fausses membranes qui, examinées au microscope, reproduisent exactement les caractères de celles de l'enfant. Les voies aériennes sont le siège d'une inflammation intense; les deux lobes inférieurs des poumons sont hépatisés.
Une tentative faite avec des produits trouvés quatre jours après la mort dans la trachée d'un enfant mort du croup ne donna qu'un résultat négatif. Ces produits n'avaient plus, d'ailleurs, l'apparence pseudo-membraneuse; ils consistaient en leucocytes, granulations mobiles et réfringentes, spores allongées et ovoïdes.
Zahn a fait les mêmes expériences d'abord avec du sang altéré et n'a pas obtenu par ce procédé l'inflammation diphthérique, puis avec des fausses membranes recueillies pendant la trachéotomie ; il n'a réussi qu'à reproduire une phlegmasie suppurative très-étendue avec tuméfaction énorme du cou, de l'œdème de la paroi thoracique antérieure et de nombreux petits abcès. A l'autopsie, la muqueuse ne présentait que de l'inflammation catarrhale ainsi qu'un léger enduit formé par des cellules épithéliales et lymphatiques et par la sécrétion fibrineuse de la plaie. L'auteur compare les lésions obtenues à celles qu'aurait produites l'injection d'une petite quantité d'ammoniaque dans la trachée.
Cette série d'expériences prouve, malgré quelques insuccès, la transmissibilité de la diplilhérie par contact. La plupart des auteurs y ont vu aussi une preuve d'inoculabilité; mais le sens exact attribué généralement à l'inoculation impliquant, ce me semble, le dépôt du produit morbide sous la muqueuse ou sous l'épiderme, par piqûre ou par scarification, nous devons nous contenter de trouver ici la preuve de la première proposition.
II. Transmission par inocdlation. 11 faut comprendre dans ce chapitre tous les cas dans lesquels le virus a été introduit dans le tissu cellulaire souscutané ou déposé à la surface d'une solution de continuité de la peau ou d'une muqueuse. Ces faits doivent être classés en deux catégories. La première com-
prend ceux qui ont été obtenus par l'expérimentation; la seconde, ceux qui se sont produits accidentellement.
1° Faits d'expérimentation. A. Expériences pratiquées sur les animaux. Depuis Bretonneau, on s'est beaucoup préoccupé de la possibilité de l'inoculation de la diphthérie.
« J'ai fait, dit le médecin de Tours {Traité de la diphthérite, p. 85), des tentatives inutiles pour communiquer la diphthérie à des animaux ».
M. Reynal (Bouley et Reynal. In Nouveau Dict. de méd.y de chir. et d'hyg. vétérinaires, t. I, p. 606) a inoculé par piqûre et par frottement, à des poules, des débris saignants de fausses membranes, provenant de poules atteintes de croup. Le résultat a toujours été négatif. Ces recherches ne concernent qu'une seule espèce animale, et rien ne dit que la maladie qui produit des fausses membranes chez les gallinacées soit soumise aux mêmes conditions de propagation que la diphthérie.
Hailey {Journal fur Kinderkrankheiten, 1861) a fait quatre inoculations qui ne donnèrent aucun résultat. Les animaux furent d'ailleurs sacrifiés les uns, vingt-quatre heures, les autres, quatre jours après l'inoculation. Un délai plus long eût été nécessaire pour affirmer le résultat négatif de l'expérience.
Hueter et Tommasi {Centralblatt, 1868) ont fait des essais d'inoculation sous la peau, sur 5 lapins, avec des fausses membranes trachéales rejetées par expectoration et avec des concrétions pharyngées détachées au moyen de la pince. Les fragments pseudo-membraneux ont été portés dans les masses musculaires du dos. Tous les animaux moururent de vingt-quatre à quarante heures après l'inoculation, avec des accidents « bien différents de la septicémie putride ». Les auteurs ont noté une infiltration hémorrhagique de la plaie et des tissus musculaires environnants. D'autres animaux inoculés avec une tranche des muscles ainsi altérés succombèrent au bout de trente heures. L'autopsie montra les mêmes lésions.
Rien n'indique que la diphthérie ait été communiquée à la suite de ces expériences. L'argument principal des auteurs est qu'ils ont retrouvé dans le sang des animaux, après les avoir sacrifiés, de petits organismes qu'ils ont signalés comme caractéristiques de la diphthérie, organismes qui se voyaient sur les fausses membranes inoculées et qui n'existaient pas dans le sang avant l'expérience. 11 est démontré que ces organismes s'observent dans plusieurs maladies infectieuses, dans les fièvres graves, et qu'ils n'ont rien de spécial à la diphthérie.
Les auteurs ont donc provoqué des accidents de septicémie expérimentale. Rien ne ressemble à la diphthérie dans les lésions qui ont suivi leurs inoculations.
Eberth, de Zurich (in Correspondenzhlatt, 1872), a fait des implantations de fausses membranes sur la cornée d'animaux. Il a vu, après vingt-quatre heures, se développer une opacité grisâtre et une ulcération qui ne montrait aucune tendance à la cicatrisation, tandis qu'une lésion traumatique simple guérissait rapidement.
Ces expériences ne prouvent encore rien sur l'inoculabilité de la diphthérie. Des ulcérations de mauvaise nature, comme toutes celles qui ont pour origine des produits septiques, ont été obtenues sur la cornée. Qu'elles soient des lésions diphthéritiques dans le sens allemand du mot, je ne le conteste pas, mais qu'elles représentent des manifestations de la diphthérie maladie spécifique, il serait difficile de le soutenir.
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Le professeur Félix, de Bucharest (Beitrâge zur Kenntniss der Diphtherie. In Wien. med. Wochenschr., 1870), a essayé d'inoculer des fausses membranes diphlhériques sur des animaux, et chez l'homme sur des ulcères variqueux. Bien que les tentatives aient été presque toujours faites avec des produits frais, les résultais ont été négatifs.
G. Homolle [Contribution à V étude de la diphtherie. Lille, 1875), cherchant à contrôler les idées de Letzerich, a cultivé par le procédé de cet auteur les spores trouvées à la surface de fausses membranes diphthériques. Les produits furent inoculés à des lapins ainsi que des spores recueillies directement sur les fausse^ membranes. 11 en résulta des accidents septicémiqucs sans caractère spécial. On trouva dans le sang de ces animaux les corpuscules brillants et mobiles attribués par certains observateurs à la diphtherie, mais qui sont reconnus maintenant pour appartenir à la septicémie et à plusieurs états infectieux.
D'autres expériences ont été tentées par le même auteur et avec le même résultat, en inoculant à des lapins le sang de sujets atteints de croup, recueilli pendant la trachéotomie. Il n'en a pas été autrement, quand on a mis des lambeaux pseudo-membraneux en contact avec l'épiderme dénudé. Sur un des animaux en expérience, Tinjection de sang a été combinée avec l'application de fragments pseudo-membraneux sur la conjonctive préalablement cautérisée.
M. Duchamp a entrepris aussi plusieurs tentatives du même genre, il a injecté sous la peau, dans la veine jugulaire de lapins et sous l'épiderme d'un cheval, des fragments de fausses membranes; les conséquences ont été nulles.
Schweninger a répété ces essais un grand nombre de fois, au niveau des muqueuses du pharynx et de la trachée, intactes ou dépourvues de leur épithélium, au niveau de la cornée, de la peau, et dans les muscles. Il n'arriva à aucun résultat tant que les tissus ne furent pas lésés préalablement; mais dans ces cas il n'obtint jamais la production de la diphtherie; il survint seulement une tuméfaction plus ou moins étendue, de la suppuration, etc.
L'inoculation pratiquée uniquement avec des micrococcus donna des résultats identiques. L'auteur en conclut au rôle très-problématique que joueraient les organismes dans la diphtherie et dans les autres maladies infectieuses. Ceux de la diphtherie ne possèdent d'ailleurs aucun caractère morphologique ou chimique qui les distingue de ceux qu'on trouve normalement dans la gorge ou dans les matières animales en putréfaction.
Cette conclusion s'accorde absolument avec celles que j'ai données quand il s'est agi de la nature parasitaire de la diphtherie.
On a vu plus haut que M. Talamon, opérant avec les produits de culture d'une bactérie qu'il considère comme celle de la diphtherie, n'a pas obtenu de résultats plus concluants.
Graham Drown {the Therapeutics of Diphtheria and Experimeyital Inquiry. In Journal of Anatomy and Physiology, 1877), qui accorde plus de confiance aux inoculations, a cherché à neutraliser le virus diphthérique qu'il prend dans les ganglions lymphatiques pharyngiens ou laryngiens de sujets morts de la diphtherie. Il pense avoir obtenu ce résultat en mélangeant ce virus dont il cultivait les micrococcus dans la solution de Bucholtz avec des solutions de chlorhydrate de quinine, de salicylate de soude et de benzoate de soude. Il accorde la préférence à ce dernier.
Une injection hypodermique de benzoate de soude faite avant l'inoculation exercerait une action préventive pendant un certain temps.
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Après les insuccès souvent constatés des inoculations ces propositions demandent confirmation.
B. Expériences pratiquées sur Vhomme. Elles sont ne'gatives, mais peu concluantes à cause de leur rareté.
Trousseau (in Dict. en 30 vol. Art. Diphthépje), le premier, eut le courage de s'inoculer des produits dipblhéricjues. 11 trempa une lancette dans une fausse membrane qu'il venait d'extraire d'une plaque diphthérique et se lit une piqûre au bras gauche, puis cinq ou six sur les amygdales et sur le voile du palais. Il vit se développer sur le bras, à l'endroit de la piqûre, une vésicule assez semblable à celle de la vaccine, rien ne se montra sur la muqueuse.
M. Peter (Thèse de Paris, 1859) se fit sur la muqueuse de la lèvre inférieure trois piqûres avec une lancette chargée de matière semi-tluide, reconnue diphthérique au microscope. Une seule de ces piqûres présenta pendant quelques heures après l'inoculation une saillie ecchymotique. Aucun trouble ne survint dans la santé, M. Duchamp a répété l'expérience de M. Peter avec les mêmes résultats. Gomme les tentatives faites sur les animaux, celles qui ont eu l'homme pour sujet ont été négatives. Avant de se prononcer définitivement sur l'inoculabilité expérimentale de la diphthérie, des faits plus nombreux seraient nécessaires, chez l'homme surtout. Il serait intéressant desavoir ce que produirait une fausse membrane appliquée à la surface d'un vésicatoire.
S" Inoculations accidentelles. Certaines personnes, des médecins notamment, ont été atteintes d'angine diphthérique après s'être blessées avec des instruments souillés de sang provenant de malades frappés de croup. Les mêmes conséquences ont suivi le contact de plaies des extrémités, avec des produits pseudo-membraneux. Ces faits ont reçu des interprétations différentes. Plusieurs auteurs se sont demandé s'il ne les fallait pas considérer comme des exemples d'inoculation de la diphthérie par le sang ou par les fausses membranes ; d'autres ont soutenu que ces manifestations diphthériques n'avaient aucun rapport de causalité avec les piqûres et qu'elles étaient uniquement le résultat de l'infection par le foyer diphthérique dans lequel vivaient ces personnes. Est-il permis de tirer de ces faits des conclusions précises?
Examinons d'abord ceux dans lesquels le sang a été l'agent d'inoculation, nous passerons ensuite en revue ceux qui ont trait au contact des produits diphthériques avec des plaies.
a. Inoculation par le sang. M. Bergeron (in Bull, de la Soc. méd. des hop. de Paris, t. lY) a communiqué à la Société médicale des hôpitaux Ihistoire de deux malades, médecins tous deux, qui se sont trouvés dans ces conditions. Le premier, le docteur Loreau, se pique un doigt avec un bistouri dont on venait de se servir pour pratiquer la trachéotomie dans un cas de croup. Une angioleucite se déclare le long du bras, en même temps qu'un petit abcès au niveau de la piqûre. Quinze jours après, alors que son doigt n'était pas encore complètement guéri, il s'expose à un froid très-vif; dans la soirée, il éprouve des frissons, et dans la nuit de la douleur à la gorge. Le lendemain, une fausse membrane apparaissait sur une des amygdales et gagnait l'autre le lendemain. La guérison eut lieu cependant, mais fut suivie d'une paralysie généralisée. La femme de notre confrère gagna la maladie de son mari; elle guérit aussi et n'évita pas plus que lui la paralysie généralisée consécutive. L'une de ces deux paralysies dura quatre mois.
Le second, M. Baudrey, élève en médecine, déjà souffrant depuis deux jours