‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.30Chapitre 100 sur 119 · DUPRÉ · texte numérisé non relu

DUPRÉ

DrPORTAL (ÂiNTOiNE-SiMOiN-JuDE). MéJecin et chimiste distingue', né à Caraman, le '28 juillet 1777, fit ses premières études au Collège des Esquilles, à Toulouse, puis fut, à l'âge de dix-huit ans, envoyé comme élève entretenu du district de Revel auprès de l'École de santé de Montpellier. Il s'y livra avec ardeur à l'étude de la médecine et s'appliqua particulièrement à la chimie, à la physique et à l'histoire naturelle. 11 l'ut reçu docteur à Montpellier en 1799, après avoir soutenu une thèse sur ï Application de la chimie à la médecine et, peu après, fut nommé, au concours, chef des travaux chimiques de la Faculté. « A partir de ce moment, dit Dumaf, il se livra à l'enseignement avec enthousiasme et, se multipliant en quelque sorte, il inaugura, dès 1801, des cours particuliers de chimie et de pharmacie, tandis qu'il prodiguait ses soins comme officier de santé aux malades de nos hôpitaux militaires, partageant ainsi, avec un dévouement au-dessus de tout éloge, son temps et ses veilles entre la science et ses obligations professionHclIes ». En 1803, la Faculté le désigna pour occuper le poste de professeur de physique au Collège de Sorrèze, fonctions dont il s'acquitta avec le plus complet désintéressement.

Vers cette époque, il collabora avec Adam à perfectionner les procédés de distillation de l'alcool et à appliquer l'appareil de Woolf à cette distillation. (( Au milieu de ces travaux, Duportal n'en fit pas moins de fréquents voyages à Paris, où, grâce au patronage de Chaptal et à des relations fréquentes avec Vauquelin, Thénard, Orfila, il se fit connaître de M. de Fontanes, alors grand-maître de l'Université, qui se l'attacha comme secrétaire particulier et en compagnie duquel il fit plusieurs voyages dans le midi de la France et même en Italie ». Le \A novembre 1809, il fut nommé professeur de physique et de chimie au lycée de Montpellier, puis le 19 mai 1810 conservateur des collections de la Faculté de médecine et professeur adjoint de physique à la Faculté des sciences, le 15 octobre suivant. A la même époque, il recevait deux médailles d'or que l'illustre de Ilumboldt lui adressait delà part de son souverain, à l'occasion de son mémoire sur le procédé d'Adam {Recherches sur Vétat actuel de la distillation du vin en France et sur les moyens d'améliorer la distillation des eaux-de-vie de tous les pays. Paris, 1811, in-8°, fig.). Plus tard ce même travail fut récompensé par le czar Alexandre P"" du don d'une bague en brillants d'une grande valeur. Le czar voulait même s'attacher le savant professeur et l'emmener aveclui, mais l'amour de la patrie prévalut et Duportal revint à Montpellier vers la fin de 1814, et y reprit ses diverses fonctions.

Le 15 avril 1817, il se fit recevoir docteur en pharmacie et, peu après, fut nommé professeur-adjoint de l'École de pharmacie, puis, en avril 1822, devint professeur titulaire, et, en décembre de la même année, professeur de pharmacie à la Faculté de médecme. Plus tard, sa nomination de directeur à l'École de pharmacie et celle de chevalier de la Légion d'honneur vinrent compléter sa carrière. En 1856, il dut renoncer à toutes ses fonctions et se retira avec le titre de professeur honoraire de l'École de pharmacie et de la Faculté de médecine. Il mourut à Montpellier, le 5 octobre 1861, entouré de la sympathie et de l'estime universelles. L. Hn.

DUPRÉ (Guillaume). Médecin du prince de Condé, en 1648, médecin de l'Hôtel-Dieu de Paris, en 1658; il était du diocèse de Goutances, et fut reçu docteur de la Faculté de médecine de Paris, le 23 décembre 1620. Nous connaissons de lui :

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Quœslio carditialitia matutinis disputalionibus discutienda in scholis medicorum

modéra fore Joanne de Gorris An medicorum Parisiensiiim fréquentes phlebo-

tomiœ, jure vel injuria accusentur? Lutetiîe, 1025, in-f'ol. piano. A. G.

DL'PRÉ DE L'ILES, médecin du comte de Provence (Louis XVIII), du département de la marine, et de la prévôté de l'hôtfl du roi, est auteur des ouvrages suivants :

I. Traité des maladies de la poitrine connues sous le nom de phthisie pulmonaire, où l'on de'veloppe les causes qui concourent h len produire, les accidents qui en résultent, et la manière de les traiter dans les différents degrés. Paris, 1769, in-12, XIV, 355 pp. — II. Traite' des lésions de la tête par contre-coup, et des conséquences pratiques. Paris, 1770, in-12, XVI, 150 pp. — III. Traité sur le vice cancéreux, oii l'on développe les causes qui concourent à déterminer sa nature, ses effets dans les différents degrés, et la manière de les prévenir et de les combattre, avec un traitement particulier sur les tumeurs squirrheuses et chancreuses de tous les viscères internes, mais surtout des tubercules des poumons. Paris, 1774, 2 vol. in-12. — IV. Dissertation académique sur la fièvre miliaire des femmes en couches. Paris, 1779, in-i2, YIII, 102 pp.

Pour donner une idée de la valeur de l'auteur de ces ouvrages, nous copions, comme Ta fait déjà Dozeimeris, une note manuscrite apposée par Lassus et Peyrilhe sur l'exemplaire du Traité sur le vice cancéreux qui est à la bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris : « Si la postérité daigne jeter les yeux sur ce livre, elle croira qu'on s'est trompé sur le titre, et qu'au lieu de 1774 on a voulu mettre 157i, Il est impossible de rassembler dans un volume plus d'inepties qu'il y en a dans celui-ci. Ce livre, classé dans la bibliothèque de M. Lassus, s'est réfugié dans la mienne, et de la mienne est passé dans celle du Collège de chirurgie, où, pour parler dans le genre de M. Lassus, on peut dire que doivent se trouver Stercora et Gemmœ. » A. C.

DU m (Meinard-Simok). Médecin hollandais de mérite, né à Enkhuizen, dans la Frise occidentale, fît ses études à Groningue et à Leyde, fut reçu docteur en philosophie à l'Université de Groningue en 1775, docteur en médecine à celle de Leyde en 1 780 ; peu après il fut nommé professeur d'anatomie et de chirurgie à Alkmaar, et en 1791 professeur extraordinaire d'accouchements et de chirurgie pratique à Leyde, enfin professeur ordinaire en 179o, et vers la même époque président du Collège de chirurgie.

La grande réputation dont il jouit le fit nommer médecin du roi. Il mourut à Leyde le 14 juin 1834, à un âge très-avancé. Nous mentionnerons de lui :

I. Dissert, inaug. de homine dextro et sinistre. Lugduni Batav., 1780, in-8°. — II. Oratio initialis de legum naturalium vi et rafione, in usum artis chirurgicae atque obstetriciae prudenter adhibendis. Lugduni Batav., 1791, gr. in-i". — III. Verhandcling over de u'yze van steensnyden van Moreau. Iq Verhandel. van het Utregtschen Genootsch., Decl. 2, Bl. 815. — IV. Verhandcling over de ontbinding van de verduisterte lens crystallina, in het waterachig vogt van ons ogg, en de voordeelen, welke daar door verkreegen worden in de bewerkinge van de herstellinge van het gezicht. Ibid., Deel. 21, Bl. 68. Etc. L. Hx.

DUPUIS (Les).

Dupuis, en latin Pqtaneds (Gdillacjie). Il était de Blangy, comme il nous l'apprend lui-même dans les préfaces et les dédicaces de ses ouvrages, qu'il signe toujours Putaneus Blangiacus et civis Gratianopolitamis. Il vint se fixer à Grenoble vers le commencement du seizième siècle, et y exerça longtemps la médecine avec une grande distinction. Il était en même temps professeur à

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l'Université de cette ville. On a de lui quelques écrits, qui jouissaient autrefois d'une certaine autorité :

I. Plilchotomie artificieUe, utile aux médecins et très-nécessaire à tous les chirurgiens €t barbiers. Lyon, 1556, in-S», gotli. — IL Joannis Mesue, medici prœstantisimi, Aloen

aperire ora venarum Defensio, adve?-sus Joli. Manardum, Leoiikartmii Fitchsium et

alios. Lyon, 1557, in-S". — IIL De rnedicamentorum quomodocumque purgantium Facullalibus. Lyon, 1552, m-^k"; 1654, in-S". A. C.

Dnpuis (Louis). Fils du précédent, né à Romans (Dauphiné). Il vivait au seizième siècle. Il donna des leçons publiques de médecine « avec grande fréquence d'écoliers », ainsi qu'il l'écrit lui-même, à Paris, en 1541 et 1542, puis à Poitiers en 1544. Il a laissé trois rarissimes traductions du grec, qu'il exécuta, dit-il, « par esbat et exercitation de style. » Ce sont : Les Épistres dé Diogène, philosopJie cynique, œuvre très-utile et nécessaire, pour en seule vénération de vertu obtenir, vraye liberté' d'esprit et parvenir au mespris et cotemnement de toutes les choses humaines; on les vend à Poistiers, à renseigne du Pélican, M.D.XLVI. Vol. in-S" de XI feuill. — Traduction des Commentaires d'Ammonius sur les Institutions de Porphyre, Paris, 1542, in-fol. — Traduction du dialogue de Lucien, de V Amitié (T6;a/ii:) (extrait de la biographie Didot).

DU PUY (Les) .

Du Piiy (Jeax). Médecin de la duchesse de Mantoue (1655), médecin de la

duchesse de Nevers (1635), enfin, médecin du roi (1656). Michel de Marolles

appartenait par alliance à la famille des Du Puy, au pays de Forest. Il donne

la généalogie de cette Emilie [Mémoires, 1645, in-4°, p. 404), et fait Jean

Du Puy fils de Louis Du Puy et de Jeanne Aumaistre de Marcigni. Lui-môme

épousa, en 1621, Étiennette Brisson de Nevers. Le même abbé, en citant tous

ceux qui lui avaient donné de leurs livres (Mémoires, édit. de 1855, in-12%

t. III, p. 545), s'exprime ainsi : « Jean Du Puy, de Saint-Galmier, médecin

très-savant, à qui je me sens grandement redevable pour les soins qu'il a pris

de moi quand je fus si dangereusement malade, l'année même qu'il mourut,

âgé de quatre-vingt-deux ans, pour quelques vers moraux qu'il composa sur la

fin de sa vie. » En eifet, noire médecin était lié d'amitié avec le poëte niver-

nais, Adam Billaut, ou plutôt maître Adam, le Virgile du rabot ; celui-ci lui

adressa, à l'occasion des étrennes, un sonnet où nous tirons les vers suivants, où

il s'agit de sa fille Marie :

Marie oflre à tes pieds toute sa destinée : Tu peux en disposer, puisqu'avec ton savoir. Au mépris du trépas, tu me l'as redonnée.

Plus tard Du Puy, n'oubliant pas ce sonnet, décocha au poële-menuisier une épio-ramme qu'on trouve dans les œuvres de M. Adam, dans les « Approbations du Parnasse » : Les Chevilles de M. Adam, menuisier de Nevers, Piouen, 1654 (2«édition), in-12, p. 47. A. C.

Du Puy (Gaspard -GocHOîs). Médecin fort distingué du siècle dernier. 11 était de la Faculté de médecine de Paris, où il fut reçu docteur le 25 septembre 1753, et était né à Niort, département des Deux-Sèvres, le 11 avril 1674. Nommé d'abor.1 médecin de la marine de Rochefort, puis professeur d'anato-

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mie et de chirurgie au fort de cette ville, il y mourut le 10 octobre 1757, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Cochon Du Puy avait le titre d'écuyer, et liL partie de l'Académie des sciences (1726). On trouvera les détails les plus circonstanciés sur la vie et les travaux de cet éminent médecin dans Lefèvre {Hist, du seriKcle santé de la marine milit.^ Paris, 1867, in-S". Voici la liste des ouvrages qu'il a laissés :

I. JJtrum in iriplici corporis caviiate cliversui sanguinis violua? (Àff.). Président: U.-T. Baron lils, 1732. — II. Ari aëi- calidus siccus salubrior? {Mi.). Président : G. -A. Jacques, 1752. — III. An à solis relaxantibus nephritidis tuta curatio? (\tf.). Président : L.-JL Pousse, 1733. — IV. An post gravent ab iclii vcl casu violenta capitis conlusionem, etiani mediocrilei' suspecta cranii fiacturâ vel fissura, cutis unà cuni pericranio ad os usque incidenda? (AIT). Président : G.-J. de L'Epine, 1734. — V. Histoire d'une enflure trèsparticulière du bas-ventre. Rochefort, 1698, in-12. — VI. Manuel des opérations de chirurgie, extrait des meilleurs «u/ei/rs. Toulon, 1726, in-12.

»u Puy (ALEXis-CASiMm\ Un des vétérinaires les plus savants et les plus distingués de ce siècle. Fils d'un cultivateur maître de poste, il naquit à Bretcuil (Picardie) le 27 septembre 1774, et apprit de bonne heure à connaître par expérience tout ce qui savait occuper sa vie studieuse; il fit d'assez bonnes études au collège de Beauvais, et ensuite au collège Louis-le-Grand à Paris; il en sortit en 1792, s'enrôla dans les armées républicaines, et mérita à Jemmapes d'être nommé porte-drapeau. Licencié en 1795, il fut envoyé à l'École d'All'ort, où il obtint toutes sortes de succès, et dès le 14 janvier 1798, âgé alors de vingt-trois ans, il fut élu par concours professeur de botanique et de matière médicale dans cette école, et le 6 février 1821 il entrait à l'Académie de médecine, section vétérinaire. Lié intimement avec Dupuytren, il a publié, en collaboration avec ce dernier, les résultats de leurs recherches et de leursexpériences d'anatomie pathologique.

Dupuy est mort à Paris le 24 septembre 1849. La liste suivante montrera la nature et l'importance des travaux du laborieux professeur de l'école d'Alfort :

I. Mémoire sur la section du nerf pneumogastrique (en collabor. avec Dupuytren). In Bull, de l'Institut, 1807. — H. Rapport sur les travaux de l'Ecole impériale d'Alfort. Ibid.y 26 avril 1812. — III. De l'affection tuberculeuse vulgairement appelée morve, puhnonie,. gourme, farcin, fausse-gourme, pommelière, phthisie du singe, du chat, du chien, desoiseaux domestiques, comparée à l'affection hydatique ou pourriture du mouton, du lapin, du lièvre, et à la ladrerie du cochon. Paris. 1817. — IV. Comptes-rendus des travaux de l'Ecole d'Alfort, en 1821. — V. Expériences pour faire développer des maladies artificielles sur les animaux, 1823. — VI. Rapport sur un prétendu empoisonnement par des gobùes. Paris, 1824. — VII. Transfusion pour constater les effets de la noix vomique. 1826. — VIII. ^otes sur V inoculation de la morve aiguë, 1827. — IX. Rapport au Préfet des Pyrénées- Orientales sur les fièvres paludéennes des moutons, 1828. — X. Réflexions et expériences sur l'injection des médicaments dans les veines, 1850. — XI. Observations de rage dans le bœuf et le cheval, 1830-1834. — XII. Des altérations organiques observées à l'ouverture d'un bœuf de cinq ans. In Mém. de l'Acad. de méd., t. IH, 5 pp., 1853. — XIII. Rapport sur une épizootie (en collabor. avec Fodéré). In Mém. de l'Acad. de méd., t. III, 18 pp., 1833. — XIV. Mémoire sur une maladie grave du moutoii, expliquée par les principes de l'hygrométrie. In Mém. de l'Acad. de méd., t. VII, 13 pp., 1838. A. G.

Du Puy (Hekri). Médecin de saint Louis. Pour avoir voulu se mêler de choses qui ne regardent guère la médecine, et pour avoir un instant attaché à son bonnet doctoral les titres de garde de la prévôté de Château-Neuf-Saint-Gervais, et de garde de la prévôté de Pont-Château en Auvergne, il déchaîna contre lui une grande calamité : il fut accusé de malversation dans l'exercice de ses fonctions prévôtales, et destitué, et le roi de France, Philippe le Bel, ordonna à son bailli

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d'Auvergne, Gérard de Parode, de procéder à une instruction de l'affaire. Grâce à Dieu! la robe rabelaisienne ne fut pas tachée, et maître Henri sortit victorieux de l'enquête, reconnu comme un homme « fidèle, prudent et probe », Mais qui sait s'il eût obtenu une réhabilitation aussi complète, sans la qualité de (( clerc physicien du roi » et sans la touchante intervention d'une noble princesse dont il était également le médecin! Voici une lettre curieuse, une lettre missive, — document si rare pour cette époque, — que la petite-fille de saint Louis, Blanche de Boulogne, écrivait le lendemain de la Sainte-Lucie (li décembre 1505) à Geoffroy du Plessis et à l'archidiacre de Bruges, les priant instamment qu'il n'arrive aucun mal à son « ami physicien » :

« A discretz ornes, honorables e sages, ses bons amis, l'arcediacre de Bruges e meslre Jofroy don Plessis, Dlanctie de Bologne, (ille monseigneur le comte de Glermont, salut et bone amour. Segneurs, corne ma dame la roine, cui Dieus as elle, à la requeste de damoiselle Marguarite, ma suer, e a la mole, par les letres nostre segneur le roy, ait fet estabUr noteres publis Pons Champels, emi Colas Chasade et Remon de Mantiere, serjant en la ballie de Vellai, et d'autres, alors si corne vous poez eîtve recort par les letres e par les mesages que vous avies sovan sur ce, de ma dame la roine e de nou<5, pour l'amour de mestre Hanri, nostre amé fusicien, ge vous pri que il vous pleize pour l'amour de ma suer e de moie, que par les dites offices nule grevance ne soit feies au dit mestre Hanri, qui clers est nostre segneur le roy, ni à ses gans; et an fêtes tant, si il vous plet, que nous vous en sacliiens gré. Nostre Sire soit garde à vous. Donné à Vie, landemen de Sainte Lucie, l'an mil trois cent e sinar. » A. C.

DUPUTTRE!\ (Guillaume). Détesté, décrié pendant sa vie, regretté après sa mort, manquant de l'éducation qui fait l'homme du monde, fort pauvre de l'instruction qui fait le savant, envieux jusqu'à la tyrannie, éloignant systématiquement de Paris les jeunes chirurgiens dans lesquels il pouvait voir des rivaux futurs, au regard dur, outrageant, au sourire dédaigneux et hostile, ne voyant dans les hommes que des censeurs ou de mortels ennemis, ne tolérant jamais la contradiction, mais chirurgien remarquable, au coup d'œil sur, au jugement sain, à la main ferme, imperturbable dans les dangers, au diagnostic d'une rare pénétration, au maintien imposant, à la parole rare et grave, ne manquant jamais du sang-froid, du calme, qui allaient jusqu'au génie, moins brillant, moins majestueux que Desault, moins prudent, moins doux, moins humain que Boyer, moins érudit, moins élégant, moins preste que Boux, moins réfléchi (jue Marjolin, mais plus silr de lui-même, plus profond dan» la pratique que ces derniers : tel fut Dupuytren, que ses nombreux admirateurs et élèves ont proclamé, sans l'avoir jamais aimé, le plus grand chirurgien du dix neuvième siècle, qui fut baron du royaume, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu, professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine de Paris, premier chirurgien du roi, membre de llnstitut et de l'Académie de médecine, membre du Conseil général de salubrité, décoré d'une infinité d'ordres, et, qui plus est, sept fois millionnaire.

G. Dupuytren naquit à Picrre-BolTières, dans le département de la Haute-Vienne, le 6 octobre 1777, de parents voisins de la misère. On rapporte qu'il était si bel €nfant, si intelligent, et à peu près abandonné, qu'à l'âge de douze ans il avait été enlevé jusqu'à deux fois, d'abord à Tàge de quatre ans par une dame folle et riche qui s'était éprise de sou joli patois et de sa chevelure, puis à douze ans par un officier de cavalerie dont le frère dirigeait le collège de la Alarcheà Paris. Ge fut dans cette célèbre institution que Dupuytren, protégé par l'officier qui l'avait enlevé, ébaucha quelques études littéraires, bientôt suspendues par le caractère joueur et indiscipliné du jeune écolier. Mais la médecine captiva tout

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son zèle; il se mit avec ardeur à l'étude, et à l'âge de dix-huit ans (1795) il était déjà prosecteur à l'Ecole de médecine, et il n'avait que vingt-quatre ans quand il se vit nommer chef des travaux anatomiques (1801). Compétiteur de Roux en 1802, pour la place de chirurgien en second de l'Hôtel-Dieu, Dupuytren sortit battu de ce concours, mais au fond victorieux. 11 n'y parvint que le 13 septembre 1802 ; le 5 septembre 1808, il était nommé chirurgien en chef- adjoint, et le 9 septembre 1815, chirurgien en chef. Enfin, la chaire de médecine opératoire se trouvant, en 1811, vacante par la mort de Sabatier, un brillant concours s'ouvrit à cette occasion entre Dupuytren, Roux, Marjolin et Tarira. En vain plusieurs de ses rivaux le surpassèrent en mémoire, en connaissances et en facilité ; Dupuytren, cette ibis encore, resta supérieur et il fut institué par le grand maître le 10 février 1818. Cependant, jusqu'à l'assassinat du duc de Berry (13 février 1820), le nom de Dupuytren n'était pas encore populaire; c'est de cet événement que date sa réputation, laquelle s'agiandit encore lorsque en récompense de son mérite et pour prix des soins qu'il avait donnés à son neveu Louis XVIII le choisit pour son premier chirurgien, en remplacement du Père Elysée. Mais de riIotel-Dieu à la cour d'un roi la transition était périlleuse ; sans doute il en résulta pour Dupuytren plus de crédit et plus de renom, mais aussi que d'yeux ouverts sur sa conduite, que de jalousies ardentes à le censurer! Mais, si jamais personne plus que lui ne fut perpétuellement en butte aux malignités de l'envie,, personne non plus ne fut plus vindicatif. On ferait un volume des innombrables épigrammes dont le premier chirurgien du roi fut l'objet durant le règne de Charles X.

Jusqu'en 1833, la santé de Dupuytren avait été bonne, mais à cette époque, un crime ayant été commis dans la maison de sa femme, dont il était séparé, il prévit combien les circonstances de cette affaire allaient donner d'éclat à ses chagrins domestiques, et dès lors sa constitution s'altéra. 11 éprouva successivement plusieurs attaques d'apoplexie ; la face se paralysa, les forces se perdirent,, et il mourut le 8 février 1839, n'ayant pas encore cinquante-huit ans. A son lit de mort, il songea aux progrès de la science qui commença sa réputation : il légua à la Faculté de médecine de Paris 200000 francs pour l'institution d'une chaire d'anatomie pathologique. Cette chaire était destinée dans sa pensée à Cruveilhier, qui l'occupa en effet. Il dota aussi un musée d'anatomie pathologique^ qui porte le nom de Dupuytren. Grand plutôt que petit, brun de figure, la tête volumineuse et bien chevelue, les épaules larges, carrées, il portait un habit vert, couleur qui lui semblait la plus propre à masquer les taches de sang qui jaillissaient sur lui.

Bégin, qui a donné à la Biographie médicale du Dictionnaire en 60 volumes une notice sur Dupuytren, écrite du vivant même de ce dernier, apprécie ainsi les travaux du grand chirurgien : « L'anatomie, l'anatomie pathologique et la chirurgie, sont les parties de la médecine que M. Dupuytren a cultivées avec le plus de succès et qu'il a le plus enrichies. Sa thèse contient la première et jusqu'ici la plus exacte description des os du crâne. On y trouve des aperçus ingénieux sur les usages des ligaments latéraux des articulations, et surtout une analyse chimique du chyle, qui renferme la première indication de l'existence de la fibrine dans ce liquide. M. Dupuytren, repoussant les analyses de Bichat concernant l'anatomie générale, établit les qualités physiques et les propriétés qui distinguent les ligaments jaunes des autres tissus fibreux ; il traça les caractères du tissu érectile, distingua le tissu cellulaire en fibreux, adipeux,

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séreux et élastique. Les recherches d'analomie pathologique auxquelles il se livra avaient pour but la détermination exacte du nombre et des espèces de lésions organiques. Ces dernières furent étudiées avec soin sur tous les sujets soumis aux dissections et aux préparations exécutées dans les pavillons de l'École de médecine. Bayle, qui participa à ses travaux, publia plusieurs mémoires dans lesquels le nom du chef n'a jamais été prononcé. Bichat avait adopté l'idée que chaque tissu présente des lésions qui lui sont propres, et celte théorie était la conséquence de la doctrine qu'il avait établie relativement aux propriétés et à l'organisation de toutes les parties du corps. M. Dupuytren partit d'un point diamétralement opposé, c'est-à-dire de ce principe, que tous les tissus sont susceptibles d'altérations à peu près semblables, et qui ne diffèrent qu'à raison de l'organisation et des propriétés des parties qu'elles affectent. C'est de la chirurgie que M. Dupuytren s'est le plus occupé; il a successivement modifié et perfectionné presque toutes les parties de cet art, et l'a enrichi de plusieurs opérations importantes. On lui doit le premier emploi méthodique des vésicatoires appliqués au centre des érysipèles phlegmoneux, la théorie la plus rationnelle de certaines inflammations avec étranglement, telles que le tubercule et l'anthrax, ainsi que la pratique des larges et profondes cicatrices qui les font avorter et en arrêtent les progrès. Il reconnut six degrés dans les brûlures, et établit le traitement qui convient à chacun d'eux. L'application du cautère sur les plaies affectées de pourriture d'hôpital, l'usage des épispastiques afin d'obtenir la cure radicale de l'hydrocèle, une modification très-avantageuse du procédé de Foubert pour l'opération de la fistule lacrymale, l'invention d'un nouveau procédé pour la guérison de la grenouillette: telles sont quelques-unes des améliorations qu'il fit éprouver à divers points de la chirurgie pratique. Il établit encore quelques points importants concernant l'arracliement des polypes sarcomateux des fosses nasales et du sinus maxillaire ; il fit connaître les avantages de l'excision sur la ligature des polypes utérins, et pratiqua le pi'emier la rescision complète du col de l'utérus lorsqu'il est affecté de squirrhe ou de cancer. M. Dupuytren s'est livré à des expériences comparatives sur l'opération de la cataracte, par les méthodes de l'extraction et de l'abaissement. L'amputation du corps de la mâchoire inférieure, de nouveaux procédés pour l'ablation des membres dans leur continuité, sont autant d'opérations dont on lui est redevable. Il a substitué au tourniquet de J.-L. Petit une machine beaucoup plus simple, moins gênante pour le malade, d'une action plus assurée. Il a arrêté l'hémorrhagie à la suite de l'opération de la taille, à l'aide d'une canule entourée d'une chemise de toile, qu'il bourrait de charpie. L'invention d'un instrument propre à couper sans danger la cloison qui sépare les deux bouts de l'intestin, et à guérir ainsi les anus contre nature, en rétablissant le cours des matières fécales, est une conquête qui honore la chirurgie française. Dupuytren a également établi des règles importantes à suivre dans le cas d'étranglement interne formé par le collet du sac herniaire. Il a fait d'importantes recherches sur le cal, qu'il a distingué Qn provisoire et en définitif, et il en a déduit des conséquences lumineuses relativement au traitement des fractures. »

Dupuytren a peu écrit. Voici ce que nous avons de lui:

l. Mémoire sur une manière nouvelle de pratiquer l'opération de la pierre (terminé et publié par J.-L. Sanson et L.-J. Bégin). Taris, 1850, in-foi., 10 pi. — II. Leçons orales de clinique chirurgicale. Paris, 1832, 6 vol. in-8% — III. Traité théorique et pratique des blessures par armes de guerre (publié par A. Paillard et Marx). Paris, 1834, 2 vol- in-8°.

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