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TABLEAU DES GANGRÈNES DIGITALES

/ Gangrène 'par contusion.

1° Gangrènes traumatiques produites par l — par compression.

l'attrition ou la destruction des doi^^ts 1 — par excès de température (.brûlures),

par agents mécaniques, physiques ou chi- J — ))ar abaissement de température

miques / (gelures).

\ — par caustiques.

i Gangrène par ligature d'artère.

— par embolie.

— par artéritc (alhérome, thrombose).

— par excès d'inflammation.

I Gangrène diabétique.

— albuminurique.

- des fièvres graves (lièvre typhoï.le). sentiaue — par l'usage du seigle ergoté.

i° Gangrène par trouble de l'innervation. 5" Gangrène par aspliijxie locale. Gangrène symétrique.

Nous n'avons rien à dire de spécial sur les gangrènes traumatigues, dont Ja grande fréquence s'explique par la forme des doigts et la multiplicité de leurs traumatismes.

En raison de la facilité avec laquelle la circulation collatérale s'établit au niveau de la main et de l'avant-bras, la gangrène par arrêt de la circulation n'est à craindre que dans le cas où l'obstacle (ligature, embolie ou thrombose) siège très-haut, sur l'humérale ou sur l'axillaire. Les opérateurs savent que la ligature de l'humérale dans sa moitié inférieure n'amène presque jamais la gangrène des doigts. J'ai soigné une femme très-âgée pour une gangrène digitale; l'autopsie me montra que l'artère axillaire et toute l'artère humérale étaient oblitérées par des caillots. Chez un homme dont tous les doigts étaient mortifiés, à l'exception du pouce, Bauchet constata' qu'on ne sentait plus les battements de l'humérale au niveau du bord inférieur du grand pectoral. Le faitdeRufz, dans lequel la gangrène coïncidait avec un petit caillot dans l'artère cubitale, sans autre oblitération artérielle, est tout à fait exceptionnel.

Il est commun de voir, dans le cours du panaris, l'excès de l'inflammation produire l'arrêt de la circulation capillaire dans une portion du doigt et, par suite, amener une mortification plus ou moins étendue. Ces gangrènes d'origine inflammatoire se montrent en dehors de toute influence diathésique.

Mais chez les sujets dont la constitution est altérée par une diathèse une cause légère, inflammation ou traumatisme, amène la mortification des doigts. C'est ainsi que le panaris devient facilement gangreneux chez les diabétiques et les albuminuriques. Une simple chute sur l'extrémité des doigts fut suivie d'une

DICT. ENC. XXX. Ig

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gangrène de ces organes chez une femme de soixante ans, qui vint se faire soigner à la Pitié à la fin de 188'i. Comme je m'étonnais d'un effet aussi grave après une cause presque insignifiante, je découvris que la patiente était albuminurique et qu'elle portait une insuffisance mitrale. La gangrène avait envahi les quatre doigts de chaque main. Les pouces étaient épargnés. Au bout de dix-neuf jours, les index et les médius avaient à peu près repris leur coloration et leur aspect normal. Mais les extrémités des annulaires et des auriculaires restèrent noires, se momifièrent et tombèrent. Le pouls, interrogé chaque jour, était petit et précipité. Il n'y avait aucun signe de thrombose ni d'embolie. Il me parut évident que la légère contusion des doigts n'aurait pu amener leur sphacèle, sans l'affection cardiaque et l'albuminurie, dont la malade souffrait depuis quelque temps.

Les gangrènes figurent souvent parmi les accidents des fièvres graves. Bien que les observateurs n'aient pas spécialement appelé l'attention sur les mortifications des doigts dans ces maladies, ils les mentionnent cependant sous le nom de gangrènes des extrémités. Pendant l'épidémie de fièvre typhoïde qui a marqué la fin de l'année 1882, j'ai eu l'occasion de soigner, avec le docteur Lucien Martin, un jeune homme, atteint de fièvre typhoïde grave, qui eut un phlegmon gangreneux de la main. Les doigts étaient en voie de mortification lorsque le malade succomba. L'apparition de la gangrène des doigts dans le cours des maladies fébriles est d'un pronostic extrêmement fâcheux.

Nous rattachons à une intoxication du sang plutôt qu'à une contraction spasmodique des petits artères les gangrènes par ergotisme, qui affectent les doigts avec une sorte de prédilection. Grâce aux soins que l'on prend à écarter l'ergot de seigle dans la confection des farines, et grâce aux progrès de la civilisation, nous ne voyons plus à Paris ces gangrènes, qui étaient si fréquentes au Moyen Age, et qui se montrent encore dans certains pays. Un des derniers exemples publiés à Paris remonte à 1854. On le doit à M. Maisonneuve. Une femme de vingt-deux ans se plaignait de ne pouvoir se servir de ses doigts depuis plus d'un mois. On apercevait au premier coup d'œil une teinte noire, très-prononcée, uniforme, occupant la dernière phalange de l'auriculaire droit et celle du médius gauche. Cette coloration disparaissait presque brusquement au niveau du bord postérieur de l'ongle. L'extrémité des autres doigts présentait une teinte violacée et un refroidissement appréciable. Les doigts raides, froids, ratatinés et douloureux à la pression, présentaient une disposition remarquable; ils étaient amaigris, effilés, secs, et ne pouvaient rendre aucun service. Les deux mains étaient couvertes çà et là de plaques rougeâtres. Le pouls radial était sensible et avait même conservé une certaine ampleur. Les membres n'avaient jamais été le siège d'aucune douleur spontanée, et aucun vertige n'avait signalé le début de l'affection. La malade annonça qu'elle avait toujours vécu de pain de seigle, et que celui-ci paraissait avarié, lorsqu'il y a quatre mois, elle avait quitté les montagnes de l'Aveyron pour venir à Paris.

A la suite de la section d'un ou de plusieurs troncs nerveux qui se distribuent à la main, on voit survenir des troubles trophiques au niveau des doigts. L'épiderme devient sec et rugueux; il se desquame dans certains points ; dans d'autres il se soulève sous forme de vésicule ou de bulle. L'ongle s'altère et devient cassant. La peau prend une coloration plus ou moins violacée, rougit par places, comme dans une inflammation chronique, et tend à s'ulcérer. Il survient des arlhropathies phalangiennes. Le doigt s'atrophie. Mais l'influence des nerfs sur la

nutrition de cet organe est-elle capable d'amener son sphacèle? Plusieurs observateurs croient pouvoir l'affirmer. Loyd dit avoir vu la gangrène des doigts arriver par une blessure des nerfs du bras. Pauson écrit qu'une division du nerf médian lut suivie d'une gangrène de l'index et d'une menace de gangrène du médius et de l'annulaire. Cock cite un homme qui eut, à la suite d'une hémiplégie, des ulcérations à l'index, dont les phalanges tombèrent l'une après l'autre. Mais en regard de ces faits, admis peut-être trop facilement, combien d'autres sont négatifs ! Les sections des troncs nerveux au bras ou à l'avant-bras ne sont pas très-rares, cependant nous n'avons jamais vu ni entendu signaler la gangrène des doigts comme une conséquence de ces blessures. Et les hémiplégies, qui sont pourtant si fréquentes, ne déterminent pour ainsi dire jamais l'accident qui nous occupe. Il faut en conclure, jusqu'à nouvel ordre, que les lésions du système nerveux n'ont pas le pouvoir, à elles seules, de provoquer la gangrène des doigts. Mais ces lésions, une fois établies, y prédisposent singulièrement, car elles affaiblissent la vitalité des tissus, de telle sorte qu'une cause très-légère suffit pour amener leur mort.

Il existe aux doigts, ainsi qu'aux autres extrémités, une forme de gangrène qui se déclare sans altération appréciable des vaisseaux, et qui affecte à chaque main des parties similaires. C est la gangrène par asphyxie locale on gangrène symétrique^ découverte et décrite par Maurice Rayuaud. Cette gangrène reconnaît pour cause prochaine un trouble de l'innervation vaso-motrice, c'est-à-dire un spasme des petites artères et l'ischémie qui en résulte. Sa localisation aux extrémités s'explique par les refroidissements auxquels ces parties sont exposées. Sa tendance à la symétrie est due à l'excitation de la moelle qui gouverne la contraction des vaso-moteurs dans les organes similaires de chaque côté du corps.

Nous ne saurions mieux faire que d'emprunter aux excellentes descriptions de Maurice Raynaud les principaux traits de cette maladie.

Dans son degré le plus léger, l'ischémie locale est un état parfaitement compatible avec la santé. Certaines personnes, et surtout des femmes, voient sous l'influence du froid, d'une émotion et quel<{uefois sans cause appréciable, un ou plusieurs de leurs doigts devenir semblables à des doigts morts. La peau prend une teinte blanche mate et parfois jaunâtre ; elle parait complètement exsangue. La sensibilité cutanée s'émousse, puis s'anéantit; les doigts sont devenus étrangers au sujet. On peut les pincer, les piquer impunément; mais ils conservent quelquefois la sensation du chaud et du froid. Leur température propre s'abaisse notablement. Dans des cas rares, les sécrétions sont elles-mêmes troublées, et l'on voit le doigt mort se recouvrir d'une sueur froide. La durée de l'accès varie de quelques minutes à plusieurs heures. Il est suivi d'une période de réaction souvent fort douloureuse, qui donne lieu à une sensation tout à fait analogue à celle de l'onglée.

Dans un degré plus avancé les phénomènes asphyxiques dominent. La décoloration des extrémités est remplacée par une teinte cyanique, qui varie du blanc bleuâtre au violet foncé et presque non\ Habituellement il s'y joint un peu de gonflement et une douleur très-vive. La période de réaction s'accompao^ne de fourmillements pénibles. Des taches moins livides appaiaissenl sur les parties cyanosées, puis la coloration naturelle revient et gagne peu à peu l'extrémité du doigt, dont le retour à l'état normal se fait en dernier lieu.

Mais, si l'asphyxie locale se prolonge, la gangrène en est le résultat inévitable.

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Tantôt des plilyctènes apparaissent à l'extrémilé de la phalangette, tantôt, sans soulèvement de l'épiderme, la peau se parcheminé, se ride, se ratatine, et le doigt prend une forme conique. Le patient éprouve de violentes douleurs. Peu à peu l'eschare se limite à une portion de l'extrémité digitale moins étendue qu'on n'aurait pu le supposer d'abord. L'élimination est lente et la cicatrisation se fait au fur et à mesure sm- les parties mortifiées.

La durée de la maladie est de quatre à cinq mois, lorsque la mortification a lieu. Mais, si la tendance à la gangrène n'est pas franchement dessinée, si l'on observe seulement du refroidissement, de la cpnose, des phlyctènes revenant de temps en temps, on doit craindre que la maladie ne se prolonge un temps considérable.

Maurice Raynaud a dit n'avoir jamais vu les malades succomber à une gangrène symétrique. 11 a indiqué nettement qu'elle atteint surtout les jeunes sujets et qu'à ce titre on devrait lui donner le nom de gangrène juvénile. Après de nombreuses observations, faites à la Salpêtiière, M. Charpentier est arrivé à une opinion opposée ; il a admis que le doigt mort se rencontre souvent chez les personnes âgées et qu'il est un symptôme ou un prodrome de la goutte.

Terminons cette revue sommaire des principales espèces de la gangrène digitale, en indiquant quelques caractères qui leur sont communs. L'anatomie du doigt, dans lequel il entre si peu de parties molles, explique pourquoi ses gangrènes appartiennent presque toutes à la forme sèche. La gangrène humide y est l'exception. Lorsque la mortification n'atteint que la pulpe ou seulement la peau et le tissu cellulaire sous-cutané, l'élimination de l'eschare se fait à peu près dans les mêmes délais que pour les autres parties molles. Mais, lorsque tout le doigt est mort, la séparation demande un temps extrêmement long, en raison de la résistance des tendons à l'action de la gangrène et de la lenteur avec laquelle s'opère le travail de l'élimination à leur niveau. On est presque toujours obligé d'intervenir, dans ces cas, en sectionnant les tendons qui retardent la chute du doigt mortifié.

Au point de vue de la prophylaxie de la gangrène digitale, on doit proscrire tous les pansements, tous les bandages qui sont susceptibles de produire sur les doigts une forte constriction et de les étrangler, lorsqu'ils se gonflent sous l'influence d'un travail inflammatoire. On a souvent accusé le bandage ouaté de M. A. Guérin de produire la gangrène par une compression trop forte. Mais cette accusation n'est pas fondée. Quand on prend le soin de séparer les doigts les uns des autres avec des tampons de ouate, et d'entourer la main et l'avantbras d'une épaisse couche de cette même substance, la compression est si égale et si douce qu'elle n'a aucun effet nuisible. Dans les nombreuses applications que nous avons faites de ce bandage, nous n'avons jamais observé le moindre fait qui justifiât les craintes que quelques chirurgiens conçoivent à son égard.

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NÉvnALGiEs. Il n'est pas inutile de dire, au début de ce chapitre, que les névralgies des doigts sont loin de comprendre tous les états névralgiques dont ces organes sont le siège. Le membre supérieur présente des affections nombreuses et diverses dont les douleurs se propagent aux doigts, oii elles se localisent plus ou moins. Le malade souffre dans la main, mais le point de départ de ses souffrances est situé plus haut. Ainsi les compressions, les contusions, les blessures, les inflammations, les dégénérescences des nerfs de l'avant-bras, du coude, du bras ou de l'épaule, produisent des douleurs irradiantes vers les doigts ; et les rhumatismes de ces mêmes parties amènent des effets analogues. Il suffît de rechercher la cause et le point de départ de la maladie pour ne pas confondre les douleurs concomitantes des névralgies brachiales avec les véritables névralgies digitales. Celles-ci prennent naissance dans les doigts. Elles peuvent, à la vérité, s'étendre de la périphérie vers le centre, mais il n'est pas difficile de reconnaître qu'elles ont les nerfs collatéraux pour point de départ. Cette localisation précise les caractérise nettement.

Leurs causes sont presque toujours de nature traumatique. Ce sont des plaies contuses et même de simples contusions ; des amputations ou des incisions nécessitées par le panaris ou quelque autre maladie; surtout de légères coupures, ou des piqiires, qui portent leur action sur l'un des bords du doigt dans les points où cheminent les nerfs collatéraux. La pression d'une bague trop étroite détermine quelquefois des douleurs persistantes et gênantes. J'ai même observé une personne chez laquelle ces douleurs avaient pris un caractère névralgique, et qui dut renoncer à porter un anneau. Il est très-rare de voir une ulcération spontanée ou un panaris sous-épidermique causer une névralgie. Toutefois Delpech l'a observée à la suite d'une ulcération superficielle du genre lupus, et M. Avezou en a cité un exemple après une tourniole du pouce.

La névralgie spontanée des doigts est d'une excessive rareté. Cependant Gamberini {Reccoglitore medico, in thèse de M. Michel. Paris, 1858, p. 40) en a donné un exemple : la névralgie se manifestait par une douleur à l'extrémité des doigts d'une seule main, le plus souvent aux deux derniers doigts. De là elle s'étendait à l'avant-bras et ne dépassait pas la limite d'un pouce au-dessus du coude. La douleur se développait la nuit. Elle faisait perdre le sommeil et

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acquérait une telle intensité qu'elle arrachait des cris au malade. Le jour ramenait le calme, et le malade ne conservait plus le moindre ressentiment des souffrances de la nuit. Jamais les deux mains n'étaient prises à la fois. Le sulfate de quinine avait complètement échoué. Une pommade belladonée avait plusieurs fois amélioré la maladie.

Malgré la grande fréquence des lésions traumatiques des doigts chez les hommes, ce ne sont pas eux qui sont le plus souvent atteints de névralgie digitale. Les femmes y sont beaucoup plus prédisposées que les personnes de l'autre sexe, et cela dans la proportion de 24 femmes pour 10 homm-îs, d'après les cas que nous connaissons. Les diathèses névropathique, goutteuse ou rhumatismale, jouent un rôle important dans l'apparition des phénomènes de cette maladie, et lui impriment une physionomie spéciale. Mais elles paraissent impuissantes à la déterminer sans l'irritation directe des nerfs collatéraux par un traumatisme ou une solution de continuité de la peau.

Symptômes. 11 est rare que la névralgie apparaisse immédiatement après la blessure. C'est ordinairement au bout de plusieurs jours ou de plusieurs semaines, alors que la petite plaie est fermée, que la douleur se manifeste. Son apparition est encore plus tardive dans certains cas. La femme d'un chirurgien du Lincoliishire vint consulter Georges Bell pour des douleurs atroces occasionnées par une légère coupure du pouce, qu'elle s'était faite deux ans auparavant. M. Avezou rapporte l'observation d'une femme qui ne commença à souffrir d'une petite coupure à la pulpe de l'auriculaire que trois ans après l'accident (thèse, p. 119). Unpoliceman resta près de trente-quatre ans sans ressentir de douleurs dans le moignon d'un de ses doigts, qui avait été amputé à l'âge d'un an (Cock). Le moignon ne devint douloureux que vers l'âge de trente-cinq ans, et les douleurs envahirent tout le côté du corps correspondant à la main affectée.

Dans beaucoup de cas la névralgie éclate spontanément ; quelquefois cependant elle est provoquée par un froissement, par un choc, par un mouvement brusque qui tiraille les pariies voisines de la plaie ou de la cicatrice, par l'impression d'un changement de température, par un écart de régime, par une vive émotion.

Elle débute tantôt d'une manière soudaine par une violente douleur, tantôt d'une manière insidieuse par une hyperesthésie cutanée, par des fourmillements, par des élancements qui arrivent peu à peu au paroxysme de la souffrance.

La douleur part de la cicatrice pour envahir tout le doigt, toute la main, et s'irradier ensuite dans tout le membre supérieur, jusque dans le cou, jusque dans la tête et même dans toute la moitié correspondante du tronc. Annandale (p. 205) a constaté, dans un cas, que la douleur retentissait jusque dans le bras et la main du côté o[)posé. Un attouchement de la cicatrice, une pression du doigt, un mouvement imprimé à cet organe, réveillent et exaspèrent les souffrances. Les malades expriment leurs sen'=alions en les comparant à un éclair de douleur, à une brûlure, à un 1er rouge qui traverserait les chairs. Ils ont tellement peur des contacts extérieurs et des mouvements, qu'ils prennent les plus grandes précautions pour que leur doigt ne subisse aucun attouchement et pour qu'il remue le moins possible.

Comme toutes les névralgies, la névralgie digitale revient par accès. Quelquefois même elle affecte le type périodique. Elle est souvent plus intense la nuit que le jour. Elle peut disparaître pour un temps plus ou moins long, puis revenir sous l'influence des mêmes causes qui l'ont provoquée une première fois. Elle

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peut s'accompagner d'une légère tuméfaction du doigt avec une exagération de la sécrétion sudorale. Hamilton a signalé ce symptôme chez une jeune fille de dix-sept ans. La peau se montre alors rouge et congestionnée. Le plus souvent elle est pâle comme dans l'œdème.

Rien n'est variable comme la durée des accès : tantôt, au bout de quelques instants, tout est terminé., tantôt l'accès se prolonge pendant plusieurs heures ou même pendant plusieurs jours. 11 est rare que dans l'intervalle des accès la main soit complètement indolore; le plus souvent elle est le siège d'une sensation de pesanteur et d'un engourdissement douloureux très-pénible.

Les troubles de la motilité suivent de près les sensations douloureuses. Sans parler des brusques secousses qui se produisent dans la main, quand on vient à toucher le point douloureux, les muscles correspondants aux doigts malades sont pris de tremblements convulsifs ou se mettent en état de contraction permanente. Les doigts entraînés par les fléchisseurs se replient vers la paume, et s'immobilisent dans cette attitude. Les contractures deviennent quelquefois le svmptôme le plus frappant et le plus pénible Elles se bornent à la main, ou envahissent les muscles de l'avant-bras et même du bras. Dans le cours d'une névralgie du pouce , chez une jeune fille de vingt ans, Hamilton a noté une contracture très-douloureuse des muscles palmaires, lesquels s'opposaient à l'extension du pouce et de l'index. Le malade observé par Earle ne pouvait étendre ses doigts et en souffrait horriblement. Mais voici un fait plus grave, qui a été rapporté par Cline : la fille d'un chirurgien de Londres s'étant coupée au doigt, la blessure se cicatrisa rapidement. « Mais bientôt la malade fut prise d'une affection des nerfs qui, d'abord bornée à la partie blessée, s'étendit graduellement vers le bras, et détermina ensuite une contracture musculaire si violente de tout le membre supérieur qu'il était doublé en quelque sorte, et que la main était venue reposer sur l'épaule correspondante. Les essais faits pour l'en écarter déterminaient une douleur déchiiante. On la laissa donc dans cette position et l'on essaya le traitement par l'électricité. » Ce moyen échoua. La malade finit par guérir après un séjour de deux ans au bord de la mer.

Si la névralgie se prolonge, on voit survenir divers troubles trophiques avec des sensations de froid qui obligent les malades à tenir leur main chaudement enveloppée. Dupuytren [Traité des blessures par armes de guerre, t. I, p. 95) a signalé l'atrophie de la main et d'une partie de l'avant-bras. L'atrophie porte non-seulement sur les muscles de la paume, mais encore sur la peau, sur les os et sur les articulations qui subissent des altérations spéciales.

La peau s'amincit, devient sèche, luisante et polie. Anuandale a très-bien décrit cette altération particulière chez une femme de soixante-quatre ans, qui avait une névralgie de l'annulaire gauche. « Les doigts, dit-il, étaient effilés en forme de cierge, et la peau présentait cette apparence vitreuse caractéristique, ce poli particulier que Paget observa le premier dans les blessures des nerfs à un degré très-marqué. Les ongles étaient secs et cassants. Cet aspect luisant de la peau se remarquait aussi sur la face dorsale de la main et un peu sur l'avantbras. » Le tissu cellulaire sous-cutané, en particulier celui de la pulpe, se résorbe en grande partie, ce qui donne à l'extrémité du doigt cette forme effilée remarquée par Annandale, par M. Avezou et par plusieurs autres observateurs.

Les articulations phalangiennes, ne fonctionnant plus par euite de l'immobilisation des doigts, s'altèrent. On observe à leur niveau un peu de gonflement

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