DOUVE
larves ou des cercaires qui sont pourvues d'une queue, souvent aussi d'une épine céphalique, et qui présentent la plupart des caractères de l'adulte, à l'exception des organes sexuels. A cet état, les larves abandonnent la nourrice ainsi que leur premier hôte transitoire, redeviennent libres et se meuvent soit en rampant, soit en nageant dans l'eau au moyen de leur queue. C'est alors qu'elles pénètrent dans un second hôte transitoire (mollusque , ver, crustacé, larve d'insecte, poisson, batracien, etc.), en s'aidant surtout de leur queue et de leur épine céphalique, et s'y enkystent, ou bien encore, comme dans le cas de la douve du foie, s'enkystent directement sur l'herbe humide ou sur les plantes aquatiques (Weinland, A. -P. Thomas).
Dans ces conditions, les larves perdent leurs appendices céphalique et caudal et se transforment, dans leur kyste, en Douves, mais en Douves non encore sexuées, car les organes sexuels ne se développent que lorsque, par une migration passive, les kystes sont parvenus dans l'hôte définitif, qui est un vertébré Carnivore (ou herbivore), et chez lequel ils se trouvent dissous par l'action du suc gastrique. Ainsi mises eu liberté, les Douves recherchent l'organe où elles doivent séjourner et où elles acquièrent leurs organC'S sexuels; ce sont le plus ordinairement l'intestin, les voies biliaires, ou bien la vessie urinaire et l'uretère chez les animaux munis d'un cloaque, tels que les Batraciens et les Ophidiens,
Quelques auteurs pensent que l'embryon arrive parfois directement dans son hôte définitif : en effet, le D. viviparum van Bened., entre autres, présente un développement direct. Les deux modes de développement peuvent-ils coexister pour une même espèce (Kûchenmeister) ?
Comme nous l'avons dit plus haut, le genre Distoma renferme un assez grand nombre d'espèces. Parmi celles qui n'ont encore été rencontrées que chez les animaux, nous nous bornerons à mentionner les suivantes, comme nous paraissant être les plus importantes : D. retusum Rud., qui vit dans le tube digestif de la grenouille et auquel correspond le Cercaria armata des limnées et des planorbes; D. cygnoides Zed., qu'on trouve dans la vessie de la grenouille et qui provient du Cercaria macrocerca; celui-ci est produit par des sporocysles qui se développent sur les branchies des mollusques des genres Pisidium et Cycîas; D. echinatum v. Bened., dans le tube digestif du canard et correspondant au Cercaria echinata des limnées; D. militare v. Bened., qui a le même habitat et dont la larve est le Cercaria echinifera des paludines; D. goJiath, long de 80 millimètres, large de 15 millimètres, dans le foie du Balœnoptera rostrata Fabre; D. lineare Zed. et D. dilatatum Mir., dans le gros intestin du coq domestique; D. oxycephalum Rud. {Fasciola appendiculata Frôhl.), dans les intestins du canard et de l'oie; enfin, D. ovatum Rud., qui vit dans la bourse de Fabricius de différents oiseaux (rapaces, passereaux, palmipèdes, etc.).
Quant aux espèces qui ont élé rencontrées chez l'homme et dont, pour certaines, la présence n'a probablement été qu'accidentelle, elles sont, d'après les documents les j)lus récents, au nombre de neuf. Ces espèces offrant un grand intérêt au point de vue médical, nous donnerons, pour chacune d'elles, une description détaillée de leurs caractères.
1° D. hepaticum Abildg. (Fasciola hepatica L. ) ou Douve du foie, D. HÉPATIQUE. Longueur 18 à 31 millimètres; largeur 4 à 13,5 millimètres chez l'adulte. Corps blanchâtre, ovale-oblong ou lancéolé, obtus, présentant un
peu l'aspect d'une feuille de myrte, c'est-à-dire large et arrondi en avant, où il se rétre'cit tout à coup en forme de cou conique, à rextrémité antérieure duquel est située la ventouse buccale. Très-près de celte dernière se trouve une autre ventouse, la ventouse postérieure ou abdominale, caractérisée par son orifice triangulaire, et immédiatement en avant de laquelle, au bord antérieur d'une petite éminence qui correspond à la poche du cirrhe, s'ouvre transversalement le pore génital. Le tégument ou partie corticale se compose de quatre couches, dont la plus extérieure, épaisse et dure {cuticule), est percée de petits canalicules qui s'ouvrent au dehors et permettent ainsi aux liquides de pénétrer à travers la membrane cuticulaire; celle-ci, qui, au niveau du pore génital, pénètre dans le cloaque et le revêt, est couverte à sa surface extérieure d'un grand nombre de petits piquants formant des stries transversales assez régulières. Par sa face profonde, la cuticule se trouve en rapport avec une couche interrompue de cellules plus ou moins polyédriques disposées sur un seul rang et sécrétant la matière cuticulaire, puis vient une troisième couche, de nature musculaire, qui se compose elle-même de trois couches caractérisées, la première par des fibres circulaires, la moyenne par des fibres longitudinales, la troisième par des fibres disposées en diagonale, et dont les faisceaux, en s'entre-croisant, dessinent des losanges. Enfin, au-dessous, se trouve une couche cellulaire formée de cellules arrondies ou polygonales, laissant entre elles de nombreuses lacunes.
Le système nerveux comprend un anneau œsophagien, formé de trois ganglions unis par des commissures, dont deux supérieurs, plus volumineux, et un inférieur, petit et riche en cellules. Ce dernier envoie de fins filaments en arrière vers la région intestinale. Des deux ganglions supérieurs partent des cordons nerveux dirigés les uns en avant, les autres en arrière, et, parmi ces derniers, deux gros cordons latéraux qui s'étendent jusqu'à la limite postérieure de la région testiculaire.
Les ventouses appartiennent au système cortical et leur face interne est tapissée par la cuticule.
Au fond de la ventouse orale s'ouvre une cavité buccale fusiforme, sorte de pharynx musculeux servant par ses dilatations à faire le vide dans la ventouse orale, et auquel fait suite un œsophage de peu de longueur. Celui-ci, bien avant d'atteindre le niveau du pore génital, se divise en deux branches divergentes, qui se dirigent presque parallèlement vers le pôle postérieur du corps sans beaucoup s'éloigner de la partie médiane, et dont chacune envoie vers la périphéi ie latéralement de i6à 17 branches secondaires, elles-mêmes très-ramifiées, surtout vers la partie postérieure du corps, et se terminant toutes par des culs-de-sac.
L'œsophage et ses ramifications sont formés d'une membrane délicate et sans structure, recouverte par des cellules épithéliales ouvertes à leurs extrémités libres, et d'où le protoplasma sort sous forme de saillies filiformes ramifiées, semblables à des pseudopodes et destinées à attirer et à faire pénétrer dans l'intérieur des cellules les matériaux nutritifs contenus dans l'intestin.
L'appareil aquifère ou appareil excréteur se compose d'un canal médian, rapproché de la face dorsale; son extrémité antérieure, terminée en cul-de-sac, est située immédiatement en arrière de l'amas des glandes de la coque et débouche au dehors, au pôle postérieur de l'animal, par le pore dit excréteur. Il reçoit sur son parcours de nombreux canaux de moindre calibre, constitués par la réunion de canalicules dont l'ensemble forme un réseau répandu aussi bien dans la partie parenchymateuse que dans la partie corticale du corps. Ce réseau
prend naissance par de fines radicules dans tous les interstices et lacunes des tissus et communique au dehors par les petits pores dont est percée la cuticule. Comme toutes les espèces du genre, le D. hepaticum est hermaphrodite. L'appareil mâle se compose de deux testicules, l'un antérieur, l'autre postérieur, situés au-dessous des ramifications du tube digestif. Ces deux testicules appartiennent à la catégorie des glandes en tubes composées. Leurs ramifications se réunissent en deux canaux déférents latéraux, longs, étroits et rectilignes, qui se frayent un passage au travers des sinuosités de l'utérus et qui, sur la ligne médiane, se confondent en un canal unique; ce dernier se dilate bientôt en une vésicule séminale, à laquelle fait suite un cmial éjaculateur sinueux et trèsétroit, qui reçoit les canaux excréteurs de glandes annexes unicellulaires et débouche dans le fond d'un sac cylindrique, contourné en S et désigné sous le nom de sinus génital. Celui-ci, beaucoup plus dilaté que le canal éjaculateur, peut, dans certaines conditions, sous une pression, par exemple, faire saillie au dehors, en se retournant comme un doigt de gant, de telle sorte que le fond du sinus génital est projeté en avant avec l'orifice du canal éjaculateur, ce qui a fait croire à l'existence d'un yénis. Les parois du sinus génital, très-fortes et musculaires, sont recouvertes intérieurement d'une cuticule continue avec celle du corps et pourvue, comme elle, de points saillants; il s'ouvre au dehors entre la ventouse abdominale et la ventouse buccale. La vésicule séminale, le canal éjaculateur, les glandes annexes et la plus grande portion du sinus génital, sont renfermés dans un muscle creux puissant, auquel on donne le nom de pioche du cirrhef et qui a probablement pour fonction d'exercer, à un moment donné, une forte pression sur les organes qu'il contient.
L'appareil femelle se compose de deux ovaires , encoie désignés sous le nom de germigènes, et d'une paire de glandes alhuminigènes constituant ce qu'on appelle souvent le vitellogène.
Les ovaires, situés en avant des testicules, à droite de la ligne médiane du corps, ont une certaine ressemblance de forme avec un hois de cerf. Ils contiennent, dans leur intérieur, les ovules primordiaux {primordialeier des auteurs allemands), sous forme de cellules à gros noyau [vésicule germinaiive) avec un vitellus très-petit. Leur canal excréteur [oviducte) pénètre dans l'amas des glandes de la coque.
Les glandes alhuminigènes, c'est-à-dire destinées à sécréter l'albumen, sont très-volumineuses et occupent les parties latérale et postérieure du corps; leurs très-nombreux canaux excréteurs débouchent de chaque côté, dans un canal longitudinal, qui règne sur presque toute la longueur du corps. Ces deux canaux latéraux sont réunis, vers le tiers supérieur du corps en avant de la région testiculaire, par un canal transversal qui, au niveau de la ligne médiane, s'ouvre dans une dilatation ou vésicule albuminigène, puis pénètre dans l'amas des gla^ides en grappes et, avant de se réunir avec l'oviducte, donne naissance a un fin et court canalicule, appelé canal de Laurer-Siieday qui va s'ouvrir sur le dos de l'animal et a pour fonction de déverser au dehors l'excès de liquide albumineux. De la réunion de l'oviducte et du conduit excréteur de l'albumen résulte un canal dont les premières sinuosités, renfermées dans l'amas des glandes de la coque, reçoivent les nombreux canalicules excréteurs de ces glandes, qui sont unicellulaires et fournissent une substance liquide destinée en se durcissant à former la coque des œufs. Au sortir de l'amas des glandes de la Gocjue le canal toujours sinueux, prend, dans une partie de son parcours, le
nom d'anse ootypoïde; c'est dans celle partie que l'œuf, après avoir été fécondé, se transforme en monda (amas de cellules embryonnaires), s'unit à l'albumen et se recouvre de son enveloppe. Les sinuosités ultérieures du canal vecteur, renfermant les œufs mûrs, constituent ce qu'on appelle Vutérus, et son extrémité terminale, située entre la ventouse abdominale et la poche du cirrhe, s'ouvre, par un orifice [orifice génital femelle), sur la paroi postérieure de l'orifice externe [pore génital) du sinus génital mâle.
Parmi les hypothèses qui ont été émises concernant la reproduction de la Douve, l'une des plus récentes et en même temps des plus généralement adoptées est celle de Sommer. D'après cet auteur, les deux lèvres de l'orifice externe du sinus génital se rapprocheraient de manière à établir une communication directe entre ce sinus et l'utérus par l'intermédiaire de l'orifice génital femelle. Dès lors, les spermatozoïdes passeraient directement de l'organe mâle dans l'organe femelle.
Arrivés à maturité, les œufs sont plus ou moins colorés en jaune, ovoïdes et pourvus d'un opercule à leur pôle postérieur. Ils ont de 0'"'",13 à 0'""^,15 de longueur, de 0™'",07 à 0'"'",09 de largeur.
Comme nous l'avons vu plus haut, la segmentation se produit, du moins partiellement, dans l'utérus; mais l'embryon se forme seulement lorsque l'œuf a été déposé dans les voies biliaires, ou bien lorsqu'il est parvenu dans le tube digestif; dans certains cas encore, celte formation de l'embryon n'a lieu que dans l'eau, après que l'œuf a été expulsé en même temps que les fèces. D'après A. -P. Thomas, l'embryon n'arrive à son degré de complet développement qu'à la température ambiante de 23 à 26 degrés centigrade.
Ce n'est que depuis peu de temps (1883) que, grâce aux travaux de A.-P. Thomas, les diverses phases du développement de la douve hépatique sont bien connues. C'est pourquoi nous les décrirons avec détail.
L'embryon est placé, dans l'œuf, dans le voisinage de l'opercule, formant d'abord une masse spliérique, pâle, de cellules à noyaux [vitellus de formation), entourée des cellules du vitellus de nutrition, qui sont remplies de sphérules réfringentes; plus tard, l'embryon occupe toute la longueur de l'œuf, une petite saillie arrondie se forme à la base ou extrémité céphalique dirigée vers l'opercule, et un peu en arrière, à la face dorsale, on voit apparaître une tache pigmentaire (oculaire) en forme d'X. Cet embryon présente, dans l'œuf, des mouvements ondulatoires, péristaltiques. A un moment donné il se recourbe, et l'extrémité céphalique se trouve appliquée contre l'opercule par l'intermédiaire d'un mucus visqueux faisant coussinet. L'embryon présente déjà son revêtement ciliaire, mais les cils ne se meuvent guère tant qu'il est renfermé dans l'œuf. Enfin, l'embryon s'allonge de plus en plus et fait sauter l'opercule. Dès que les cils vibratiles arrivent au contact de l'eau, ils se mettent à se mouvoir avec une grande rapidité. On voit en même temps les embryons se diriger vers la lumière. L'embryon libre (p/awzf/a) présente en moyenne une longueur de 0™™,13 et une largeur de 0™"',027 à sa partie antérieure. Tout le corps est couvert de longs cils, sauf la saillie ou papille céphalique; ces cils sont insérés sur des cellules formant la couche la plus extérieure des cellules plates de l'ectoderme et disposées par 5, rarement 6 rangées annulaires. Au-dessous des cellules de l'ectoderme se trouve une couche d'aspect granuleux, dont la nature cellulaire est difficile à reconnaître ; des fibres musculaires longitudinales et transversales occupent la portion extérieure de cette couche granuleuse, à laquelle appartient
également la taclie oculaire. Celle-ci est formée en réalité de deux croissants de matière pigmentaire se regardant par la convexité, d'où l'apparence d'X, et en contact par leur concavité avec de la matière réfringente formant cristallin. En arrière de la papille céphalique, une masse granuleuse plus ou moins distincte représente l'intestin, et le reste du corps est rempli de cellules arrondies à noyaux, les cellules germinalives.
La saillie céphalique est, selon A. -P. Thomas, un organe perforateur. L'embryon en rencontrant son hôte, qui est un mollusque (le Lhnnœus truncatulus) , se sert de cette papille pour en perforer les tissus; on voit alors cette papille s'allonger et s'efliler. L'embryon se fraye un passage et arrive généralement dans la cavité pulmonaire du mollusque. Sa phase de liberté dépasse rarement huit heures; s'il ne trouve pas d'hôte approprié, il périt au bout de ee temps et vit rarement une journée entière, à moins qu'on ne le place dans un liquide alcalin, auquel cas Thomas l'a vu vivre trois jours.
Très-longtemps on a été indécis sur l'hôte transitoire ou intermédiaire du Distoma hepaticum. De Willemoës-Suhm, Siedanigrotzky, ont supposé que cet hôte pouvait bien être quelque mollusque terrestre; le premier de ces auteurs s'appuie sur l'absence de D. hepaticum en Islande, coïncidant avec l'extrême rareté des mollusques terrestres sur celte île (cependant il est à remarquer que les pâturages humides y manquent également) et, d'autre part, sur sa grande fréquence aux îles Féroër, où vivent un grand nombre de mollusques terrestres appartenant, il est vrai, à un nombre très-restreint d'espèces (8 espèces : Arion ater, A. cinclus, Limax agrestis, L. marginatus, Vilrina pellucida, Eyallna alliaria, Limnœus pereger, L. truncatulus) ; d'après le même, ce serait surtout le Limax agrestis, resj)ècela plus commune, qui devait paraître suspecte à ce point de vue; Moulinié soupçonnait d'autres espèces du même genre {Limax cinereus, Arion riifus) et certains hélix, dans lesquels il avait trouvé des sporocysles renfermant des cercairesà queue rudimentaire; Siedamgrotzky, de son côté, a vu un mouton présenter des douves après avoir pâturé exclusivement sur un pré très-sec. D'après cela, les différents hélix, limaces, cyclostomes, auricules, etc., passaient à un moment donné pour très-suspects (Vogt, Kiichenmeister et Zùrn).
Cependant il paraissait plus rationnel de chercher l'hôte intermédiaire parmi les mollusques aquatiques et surtout les espèces amphibies. Von Linstow indiquait comme hôte possible le Planorbis vortex. Mais c'est Weinland qui, le premier, découvrit la véritable voie. 11 examina particulièrement le Limnœus truncatulus {on minutus), espèce des régions montagneuses (du Wurtemberg), où il vit dans les prés humides et les rigoles qui les traversent; il trouva le foie de cette Limnée farci de rédies, renfermant des cercaires à revêtement épineux^ ce qui est l'un des caractères spécifiques du Distoma hejiaticuiii. Sur les indications de Weinland, Leuckart infecta des mollusques qu'il prenait pour le L. truncatulus, mais qui étaient des L. pereger jeunes, et constata que les embryons s'y développent jusqu'à un certain point seulement. Plus tard, il trouva, comme Weinland, des rédies dans le L. truncatulus. Weinland infecta des individus de cette dernière espèce et obtint ainsi des rédies renfermant des cercaires munies d'une queue. Il fit en outre des expériences avec d'autres espèces de limnées, avec des pliysa, des planorbes, des paludines, des limaces, des arions, etc., mais ne réussit qu'avec des individus jeunes de Limnœus pereger; pas plus que Leuckart il n'y observa de développement complet. Enfin
A. -P. Thomas fit des expériences analogues et arriva à des résultats semblables, indépendamment des auteurs précédents ; comme eux il constata que le Limnœus trnncatulusseiû convient au dislorae comme hôte transitoire.
Il y aurait cependant témérité à trop généraliser et à attribuer ce rôle au seul L. truncatulus ; eneflet, la distribution géographique de la douve du foie paraît être plus étendue que celle de ce mollusque. Ainsi on l'a rencontrée en Australie (Hutton et Wallace), où n'existent pas de Limnées; elle se trouve aux îles Shetland, où l'on n'a pas trouvé le L. truncatuhis, mais le L. pereger. Mais, vu les faibles dimensions des L. truncatuhis, peut-être a-t-il échappé aux observateurs, du moins en ce qui concerne ces dernières îles.
Mais revenons au développement de la douve. Arrivé dans son hôte intermédiaire, l'embryon perd ses organes locomoteurs et se transforme en sporocijste, en prenant une forme elliptique, en même temps que les rudiments de tube digestif disparaissent. La sporocyste s'accroît rapidement et, lorsqu'elle a atteint une longueur de 0,15 millimètres, affecte la forme d'un sac. Elle renferme alors des cellules arrondies formées en partie des cellules germinalives de l'embryon ou en dérivant par segmentation, résultant pour une autre partie de la prolifération de l'épithélium qui tapisse les parois du sac constituant la sporocyste. Lorsque celle-ci a atteint une longueur de 0,2 millimètre, on voit déjà des amas de ces cellules, plus ou moins nettement délimités, germes futurs d'une nouvelle génération. Quand la sporocyste est arrivée à une longueur de 0,5 à 0,7 millimètre, elle n'est plus formée que d'une cuticule anhiste reposant sur une couche granuleuse qui ne renferme que quelques fibres musculaires : aussi ses mouvements sont-ils à peu près nuls ; enfin la couche musculaire est revêtue à sa face profonde d'un épithélium à cellules rondes ou polygonales, munies de noyaux, et limitant la cavité de la sporocyste. Les parois renferment en outre un système excréteur formé de chaque côté d'une demi-douzaine d'infundibulums ciliés, en communication avec des lacunes irrégulièrement disposées, mais dont on n'a pas encore pu mettre en évidence la communication avec la cavité somatique. Parfois on observe la formation, par segmentation, de nouvelles sporocystes, l'une d'entre elles gardant la papille céphalique et la tache oculaire qui du reste finissent par disparaître.
Quant à la nouvelle génération formée dans la sporocyste, comme nous l'avons dit plus haut, on voit déjà les cellules se grouper en amas affectant la forme de morula ; la morula s'aplatit, puis se creuse sur l'un de ses côtés par invagination, en donnant une gastrula revêtue d'une membrane délicate. En s'accroissant, ces spores prennent de plus en plus une forme quadratique; à l'une des extrémités une différenciation des cellules a lieu pour former une sorte de pharynx sphérique, conduisant dans un tube digestif terminé en cul-de-sac et dépassant alors un peu la moitié du corps. Cet être nouveau constitue la rédie non encore entièrement développée. Cette rédie présente immédiatement en arrière du pharynx un faible rebord annulaire et à la partie postérieure du corps deux saillies. La sporocyste renferme plusieurs de ces rédies à divers degrés de développement. Celle qui est apte à quitter le sac germinatif qui l'a engendrée présente des mo'ivements trèsactifs, rendus possibles par les fibres musculaires relativement abondantes que renferment les parois de son corps. Elle finit par rompre la sporocyste en l'un de ses points et s'en échappe. Souvent les autres rédies continuent à se développer et s'échappent à leur tour. Mais il n'y a pas, chez la sporocyste du Distoma hepaticum, comme dans d'autres espèces de Distomes, un orifice spécial pour la sortie des rédies ; celles-ci forcent le passage en rompant l'enveloppe.
Les sporocystes, comme nous l'avons vu, ont ordinairement pour habitat ia cavité pulmonaire du mollusque. Quant aux rédies, elles se fraient un passage à travers les tissus de leur hôte et vont se loger particulièrement dans le foie. Leur tube digestif présente d'habitude une coloration jaune due aux débris des cellules hépatiques qu'elles ont dégluties pour leur alimentation.
La rédie présente une longueur moyenne de 1,5 à 1,6 millimètre et une forme à peu près cylindrique, atténuée vers l'extrémité postérieure. Les deux saillies postérieures du corps servent à la locomotion, le rebord antérieur sert à former un point d'appui pour les mouvements de la partie céphalique du corps.
Le tube digestif se compose d'une bouche entourée de plis saillants semblables à des lèvres et au niveau desquels les fibres musculaires transversales forment une sorte de sphincter; d'un pharynx elliptique, musculaire, destiné à triturer les aliments; d'un tube digestif terminé en cul-de-sac et long de 3 à 4 millimètres. La cavité du corps est traversée par des brides ou des trabécules la divisant en compartiments irréguliers. Latéralement et un peu en arrière du rebord annulaire se trouve un orifice destiné à donner issue à la nouvelle génération produite.
Les germes formés dans la rédie se transforment soit en rédies- filles, soit en cercaires. On a remarqué que les rédies fournissant une nouvelle génération de rédies sont généralement plus petites que les autres et pourvues d'un tube digestif plus long ; elles ne contiennent guère qu'une à trois rédies bien formées, tandis que les rédies à cercaires peuvent renfermer jusqu'à 20 ou 23 de ces larves. Dans les deux cas, le point de départ est une monda formée par la segmentation des cellules germinatives ; la morula se transforme ensuite en gastrsea et prend une forme arrondie ; plus tard la forme change pour alfecter soit celle de rédie, soit celle de cercaire. Le développement ultérieur des rédies-filles est le même que celui de la rédie-mère.
D'après A.-P. Thomas, c'est surtout la saison qui détermine la production des rédies-filles ou des cercaires ; les premières se développent surtout pendant la saison chaude, les cercaires pendant la saison froide. Au début de l'automne, A.-P. Thomas a trouvé un jour une rédie-fille associée à un grand nombre de cercaires; il explique ce fuit par le changement de température survenu après la production de la rédie-fille, lequel aurait entraîné ensuite la formation de cercaires.
Le germe destiné à donner une cercaire s'allonge, s'atténue à l'extrémité où se forme une queue rudimentaire obtuse. A l'extrémité antérieure se creusent la ventouse buccale ou orale et sur la face inférieure, vers le centre, la ventouse abdominale ou ventrale, de même dimension que la buccale. Derrière Ja ventouse buccale se développe le bulbe pharyngien, suivi d'un œsophage étroit qui se rapprocbe de la face dorsale et se bifurque un peu en avant de la ventouse ventrale pour former les deux branches de l'intestin qui s'étendent jusque vers l'extrémité postérieure du corps.
Arrivée à son entier développement, la cercaire quitte la rédie par l'orifice spécial dont nous avons parlé plus haut, puis sort de l'hôte temporaire en s'aidant de ses ventouses et de sa queue. A l'état de liberté, elle présente une mobilité et une contractilité très-grandes, changeant constamment de place et de forme. Au repos, le corps est ovale aplati, long de 0,28 millimètre, large de 0,25 millimètre ; la queue est plus de deux fois plus longue que le corps et excessivement contractile. La ventouse buccale est subterminale, c'est-à-dire regarde à la fois en bas et en avant. Il n'y a pas d'épine céphalique, mais un revêtement épineux qui couvre toute la partie antérieure du corps. Dans le corps on remarque, de part
et d'autre tle la ligne médiane, un amas de cellules volumineuses, renfermant des noyaux et des granulations réfringentes qui leur doiment un aspect opaque ; ces deux amas s'étendent depuis le pharynx jusqu'à l'extrémité du corps, et les cellules qui les composent sont destinées à fournir des matériaux à la construction des kystes. Enfin le système excréteur est représenté par deux canaux ramifiés.
Les cercaires ne vivent pas longtemps à l'état de liberté. Elles ne tardent pas à s'enkyster sur les feuilles des plantes aquatiques, comme l'ont constaté Weinland et Thomas, et même sur les parois des aquariums où on les a introduites. Ces kystes sont formés aux dépens d'un mucus sécrété par la surface du corps et associé aux granulations des cellules cystogènes ci-dessus décrites. La queue se détache avant l'enkystement ou peu après qu'il a commencé. Les kystes sont d'un blanc de neige, mais le jeune distome qu'ils renferment est transparent.
11 suffit que ce kyste arrive dans l'estomac d'un mammifère quelconque pour qu'il se dissolve et donne issue au ver. Comme le Limnœus truncatulus est amphibie et passe souvent un temps fort long loin des ruisseaux ou des rigoles, les cercaires en sortant de leur hôte peuvent s'enkyster sur l'herbe des prairies, sur les rumex, le pissenlit, etc., et ailleurs sur le cresson. On comprend fort bien dès lors comment les brebis et les autres ruminants et même l'homme peuvent arriver à s'infecter.
Le mollusque, soit le L. truncatulus, soit le L. pereger jeune, étant trèspetits, peuvent être avalés par les herbivores avec leurs rédies, et l'on conçoit encore l'infection par cette voie. Il est peu probable cependant que ces mollusques arrivent dans l'organisme par la boisson ; chez les brebis surtout, la manière de boire, les lèvres fortement rapprochées et ne laissant qu'une fente étroite pour le passage de l'eau, ne permettrait pas aisément cette pénétration. Du reste, les brebis ne boivent guère tant que l'herbe est bien fraîche.
En revanche, on conçoit que des brebis puissent s'infecter à l'étable avec du foin, car des kystes peuvent très-bien être restés adhérents aux herbes fauchées.
A l'état adulte, le D. hepaticum se rencontre le plus fréquemment chez le mouton et le bœuf, assez souvent chez d'autres ruminants (bœuf, daim, chevreuil, mouton, chèvre, chameau, antilope), plus rarement chez un certain nombre d'autres mammifères, tels que : le cheval, l'âne, l'éléphant, le porc, le lièvre, l'écureuil, le lapin, le castor, le kanguroo, etc. Sa présence chez l'homme n'a été constatée que dans un petit nombre de cas.
Historique. La première mention de la douve se trouve, d'après Davaine, dans Gabucinus, qui parle, en 1547, de vers semblables à des graines de courge habitant le foie des brebis et des chèvres. Quelques années plus tard, Cornélius Gemma parle de nouveau des vers du foie : « Anno 1552..., dit-il, morbi a « fluxionibus oriundi populariter grassabantur supra modum, vermes, abortus, « sicca puerperia, inflammationes subitae, dysenteriae, lues quoque infanda « pecoris in Hollandia, natis vermibus passim circa hepatis regionem ». Puis c'est le tour de Yolcher Coiter et de Fr. Bonamicus de les mentionner.
Au siècle suivant, Pecquet (1668) parle de la fréquence de ces entozoaires dans le foie des moutons malades; Willius, en 1674, observe une épizootie meurtrière qui règne sur les bœufs en Seeland : « Le plus grand nombre avaient non-seulement dans presque toutes les ramifications de la veine porte, mais encore dans les conduits biliaires, une grande quantité de vers cucurbitaires de la couleur du foie ». D'autres en grand nombre, Frommann, Redi, P. Borel, Bidloo, Malpighi, etc., puis Leeuwenhoeck, Ruysch, etc., observent ces mêmes
enlozoaires et en donnent des descriptions plus ou moins exactes. Avant eux, les gens de la campagne, les bergers, etc., connaissaient déjà ces vers sur l'origine desquels ils avaient alors et ont encore aujourd'hui des idées singulières. Mais la connaissance plus ou moins exacte de la nature et de l'habitat des Distomes est de date relativement récente.
La douve vit généralement dans les conduits et la vésicule biliaires, habitat que Bidloo le premier avait nettement indiqué. Là, selon Kiichenmeister, elle se nourrit non de la bile, mais du sang quelle relire de la muqueuse des voies biliaires. On l'a trouvée assez fréquemment encore, en dehors de son habitat ordinaire, dans l'intestin, dans le poumon chez le bœuf et le mouton, dans les vaisseaux sanguins, entre autres dans les ramifications de la veine porte, où Willius a déjà signalé sa présence, et même sur la peau. Comme on le verra plus loin, dans les cas où ce ver a été trouvé dans les vaisseaux sanguins, particulièrement chez l'homme, il n'était pas encore arrivé à l'état adulte; c'est surtout aussi chez l'homme qu'on l'a trouvé sous la peau de différentes régions du corps, derrière l'oreille, dans la plante des pieds, etc., toujours à l'état jeune et enkysté. Nous reviendrons plus loin sur ces cas intéressants.
Cachexie aqueuse de» animaux. Chez les Ruminants, la douve provoque une maladie grave qu'on a désignée sous le nom de cachexie aqueuse ou encore de pourriture (en allemand egelseuche, leberfàule). Mais cette maladie n'éclate que si le parasite a pénétré en nombre suffisant (souvent par centaines et par milliers) dans le foie des animaux. En effet, ces vers ne passant dans le corps de leur hôte que neuf mois (Pech, Friedlànder), ou au plus quinze mois (Gerlach), on conçoit la possibilité de l'infection fréquente de ces animaux (et même de l'homme) par des vers peu nombreux, sans qu'aucun symptôme vienne trahir leur présence, les vers émigrant spontanément par l'intestin, au bout d'un temps restreint.
La cachexie aqueuse a été récemment l'objet d'une étude approfondie de la part de plusieurs auteurs étrangers, Gerlach, Kiichenmeister et Ziirn, Friedberger, entre autres; c'est d'après ces auteurs que nous indiquerons la succession des symptômes et les lésions anatomiques qui la caractérisent. On nous pardonnera la description un peu détaillée que nous en donnerons, en raison de cette circonstance que la possibilité de la manifestation de la cachexie aqueuse chez l'homme n'est pas exclue. Cette maladie est même signalée comme endémique chez l'homme et chez les animaux en Dalmatie, dans la vallée de la Narenta. Malheureusement, on n'a aucune donnée certaine sur la manière dont elle se comporte chez l'homme dans cette contrée. Quoi qu'il en soit, chez le mouton, on observe quatre périodes de la maladie :
J* Période d'immigration avec hypertrophie du foie [Hépatite traumatique). Cet état passe d'ordinaire inaperçu excepté dans les cas où les animaux meurent d'apoplexie cérébrale (par embolie distomienne?). On trouve le foie hyperémié, augmenté de volume, friable, à surface unie ou criblée par places de petites ouvertures du volume d'une tête d'épingle ou au plus d'un grain de millet; en exerçant une pression sur l'organe, on voit s'écouler par ces orifices un liquide sanieux; dans les mêmes points, on observe des traces de péritonite locale, ou bien le foie est couvert de produits d'exsudation sous lesquels on trouve des douves; dans le parenchyme existent de petits foyers hémorrhagiques. La bile est à peine teintée par le sang; dans la cavité abdominale, on remarque un
épanchement séreux et souvent des douves libres, à l'étatjeune. Pas d'œufs dans les excréments, les vers n'étant pas encore arrivés à l'état adulte.
L'infection des animaux a lieu surtout de juillet à septembre ou octobre et même jusqu'en décembre. Au moment de l'immigration, la larve mesure au plus 1 millimètre (Leuckart); elle atteint tout son développement, dans les voies biliaires, au bout de trois semaines. Chez les agneaux, la durée de l'incubation est, selon Zùrn, de quatre à six semaines; selon Gerlach, de six à treize semaines et plus. Elle est de plus longue durée chez les moutons plus âgés.
Quant à la manière dont les douves parviennent dans le foie, plusieurs hypothèses ont été émises. On peut admettre que ces vers, sortis de leur kyste après sa dissolution par l'action du suc gastrique, passent dans le duodénum et de là remontent dans le foie par le canal cholédoque, s'enkystent ou bien meurent, ou enfin se frayent un chemin à travers le parenchyme hépatique, irritent la capsule de Glisson, provoquent de la périhé{>atite et même, en perforant le revêtement péritonéal, déterminent son inflammation et passent dans la cavité abdominale. D'autres supposent que les jeunes douves, devenues libres dans l'estomac, perforent les parois de cet organe et celles de l'intestin, et parviennent dans le parenchyme hépatique en se frayant un passage à travers le revêtement péritonéal du foie, puis enfin pénètrent dans les canalicules biliaires; ou bien qu'elles pénètrent directement, à travers les parois intestinales, dans les veines intestinales et mésaraïques et par suite dans les origines de la veine porte, d'où elles seraient entraînées par le courant sanguin vers le foie.
Pour expliquer la présence des douves dans des abcès sous-cutanés, chez l'homme, par exemple, on peut admettre que ces vers sont entraînés avec le sang de la veine sus-hépatique dans la veine cave, dans l'oreillette droite, le poumon, où ils resteraient implantés le plus souvent, mais d'où dans certains cas ils s'échapperaient avec le sang des veines pulmonaires pour, après avoir traversé le cœur gauche, être amenés par le courant artériel dans les régions les plus variées du corps. Par ce mécanisme s'expliqueraient également les apoplexies cérébrales dont il a été question plus haut chez la brebis. Malheureusement, on n'a jamais démontré, scalpel à la main, l'existence de l'embolie distomienne. Kiichenmeister, tout en admettant que les douves peuvent arriver dans le foie par l'intermédiaire de la veine porte, ne pense pas qu'elles puissent faire le tour de tout l'appareil circulatoire; il suppose que les douves sous-cutanées ont pénétré directement soit à l'état de rédie (ne fournissant alors qu'une seule cercaire?), soit à l'état de cercaire (qui s'enkysteraient de nouveau) sous le tégument, pendant que le malade prenait un bain ou se tenait pieds et jambes nus dans l'eau pour un motif ou pour un autre.
Quoi qu'il en soit, la première période de la maladie passe à peu près inaperçue et celle-ci ne se révèle nettement qu'à la seconde.
2" Période d'anémie. Elle apparaît six à douze semaines après que les animaux ne sont plus allés au pâturage, c'est-à-dire de novembre â janvier. L'amaigrissement et la faiblesse n'ont pas encore fait de grands progrès, la mort est rare à cette période; en sacrifiant l'un des animaux malades, on trouve le foie pâle et ferme, non encore atrophié. A ce moment, les douves auraient atteint l'âge adulte, d'après Gerlach; les autopsies faites par Friedberger paraissent contredire cette assertion.
Voici, selon Friedberger, les symptômes que l'on observe pendant la première période et le commencement de la seconde : altérations de la nutrition, anémie
(les muqueuses, œdème faible des conjonctives oculaires, oreilles chaudes avec extrémités froides et muscles anémiés, parfois coloration subictérique des conjonctives et de la peau, laine plus ou moins raréfiée; fièvre dans quelques cas; respiration accélérée par moments; état catarrhal peu intense, perte de l'appétit et affaiblissement de la rumination; ascite manifeste à la palpation et la percussion; selles normales, mais renfermant vers la fin de la seconde période de nombreux œufs de douve; autrement rien d'anormal, sauf de la tristesse et peu de réaction au toucher.
La mort peut survenir par apoplexie. On constate alors, d'après les autopsies de Friedberger, les lésions analomo-pathologiques suivantes : amaigrissement considérable, œdèmes variés, épanchements séreux dans les cavités naturelles souvent associés à des caillots sanguins récents et à des exsudats fibrineux; adhérences, particulièrement entre le foie et le péritoine; perte de transparence et épaississement du feuillet pariétal de la séreuse; elle se détache aisément des parois abdominales; tuméfaction des ganglions mésentériques, diaphragmatiques, bronchiques, intestinaux ; splénisation locale du parenchyme pulmonaire, avec dilatation fusiforme ou cylindrique des ramifications bronchiques correspondantes et catarrhe des bronches; foie notablement augmenté de volume, en particulier dans le sens de l'épaisseur; bords de l'organe émoussés (l'hypertrophie porte tantôt sur le lobe droit, tantôt sur le lobe gauche); la surface du foie est couverte, surtout en avant, d'cxsudats fibrineux, faciles à détacher, sous lesquels on trouve, dans un certain nombre de cas, quelques jeunes douves de 5 à 8 millimètres de long; on en rencontre quelquefois même dans la cavité abdominale. La capsule est veloutée, rude au toucher, et a perdu sa transparence; elle est inégale, bosselée, et l'on trouve parfois au-dessous d'elle des concrétions calcaires; le parenchyme hépatique présente un aspect porphyroïde, de petits foyers hémorrhagiques sous-séreux et des sillons creusés par les vers, longs de 1 à 2 centimètres, larges de 1,5 millimètre et plus, contenant comme un noyau, une petite douve de 5 à 5 millimètres de long. On trouve des douves couchées horizontalement sous la séreuse, ou bien placées verticalement et ne faisant que faiblement saillie sous ce revêlement, ces vers pouvant atteindre jusqu'à 12 centimètres de long. Dans certains cas, on voit des douves, à extrémité céphalique libre, dans la cavité abdominale, la capsule se trouvant perforée dans les points correspondants par des orifices des dimensions d'une tête d'épingle ou d'un grain de millet. La vésicule biliaire renferme ou non des vers ; on n'y trouve des œufs que lorsque les douves sont adultes, et la bile présente une coloration qui varie du vert au violet foncé.
Le parenchyme du foie est mou et se laisse couper comme de la chair musculaire; le stroma conjonctif est hyperplasié et crie parfois légèrement sous le scalpel; la surface de section est gris sale, jaune rougeâtre, couverte de sang veineux plus ou moins coagulé, avec quelques lacunes du volume d'un pois, renfermant une douve comme noyau, et pleines de sang ou d'une bouillie sanieuse formée de globules blancs et rouges, de cellules hépatiques en voie de dégénérescence graisseuse et d'un détritus finement granuleux. Ailleurs, ce sont des infarctus cunéiformes, avec dégénérescence avancée et nécrose des tissus, entourés d'ecchymoses vasculaires. La muqueuse des canaux biliaires est partout tuméfiée, injectée et parsemée d'ecchymoses; les douves sont moins nombreuses dans le voisinage du hile du foie que vers la périphérie. Dans la veine porte, on remarque parfois un thrombus stratifié et percé d'un canal en son centre, provo-
que par la présence d'une douve, ou bien c'est un petit vaisseau qui est obturé par le ver, et le Ihrombus s'étend de ce vaisseau jusque dans la veine porte.
Outre les lacunes dont il vient d'être question, on en trouve d'autres formées par les canalicules biliaires dilatés et déchirés; ces dilatations sont remplies d'une bouillie verte, renfermant des douves longues de 4 à 5 millimètres, des globules blancs et rouges et des détritus variés, mais point de cellules hépatiques. La muqueuse offre des traces d'une inflammation violente, desquamative et purulente, avec hémorrhagies punctiformes.
A la fin de cette période, le nombre des vers adultes n'est pas encore considérable relativement au nombre des jeunes douves. On trouve bien déjà des nids de 3 à 4 vers, mais sans rupture des parois.
Dans le foie tout entier, les cellules sont granuleuses et infiltrées de graisse, le tissu conjonctif est en voie de prolifération.
5° Période d'amaigrissement. Elle débute environ trois mois après l'immigration des larves, c'est-à-dire en général après le nouvel an. La maladie présente alors ses symptômes les plus caractéristiques, la mortalité est grande, le foie s'atrophie et l'un des lobes peut disparaître totalement.
L'amaigrissement est considérable, les muqueuses et la peau pales, mais sans teinte ictérique, la laine est sèche et s'enlève facilement. La température est très-variable, la courbe obtenue par sa mensuration très-irrégulière, les exacerbationsse présentant tantôt le matin, tantôt le soir. La respiration est pénible et fréquente. Les animaux ne refusent pas la nourriture et ont des selles régulières mélangées de quelques œufs de douves. L'urine ne renferme pas de matériaux biliaires. Les animaux sont paresseux, abattus, la tête penchée, ployant et s'affaissant lorsqu'on exerce une pression sur leur dos.
Pendant les trois semaines qui suivent, l'amaigrissement fait des progrès continus malgré une abondante alimentation ; mais on n'observe ni diarrhée, ni œdème, ni ictère, ni douleur à la pression sur la région hépatique; l'état général va en s'améliorant. Si la mort survient à cette période, on remarque à l'autopsie les lésions suivantes : amaigrissement considérable, épanchement séreux dans la plèvre; sous la plèvre viscérale, en haut et en arrière, des nodosités du volume d'un grain de chènevis; le parenchyme pulmonaire est le siège de splénisations localisées et de foyers hémorrhagiques ; ces lésions sont dues à des douves arrivées là erratiquement. Pétéchies sous l'endocarde; épanchement séreux dans la cavité abdominale ; bords du foie émoussés ; lobe gauche atrophié; capsule décolorée, gris jaunâtre, privée de transparence, d'un aspect grossièrement granuleux , dû à de nombreuses rétractions cicatricielles. Le lobe droit est également le siège de proliférations conjonctives et de rétractions qui rendent sa surface inégale; celle-ci est recouverte çà et là de masses fîbrineuses hémorrhagiques. Sous la capsule, hémorrhagies disséminées atteignant 1 centimètre de longueur et 2 millimètres de largeur, au niveau desquelles on voit, rarement, il est vrai, des douves longues de 10 millimètres au plus, enfoncées dans un canalicule biliaire, la tête seule se trouvant au dehors, plongée dans la bouillie sanguinolente. Le lobe droit est ferme à la coupe, le lobe gauche crie sous le couteau. L'hyperplasie conjonctive et la cirrhose sont considérables ; la section offre çà et là un aspect spongieux dû à des cavités situées près les unes des autres.
En comprimant les canalicules biliaires, on en fait sortir des vers lon'^s de 1,4 à 2,2 centimètres, logés dans une bouillie vert brun. Le lobe gauche du
foie, alroplilé, en renferme surtout un grand nombre, jusqu'à \0 dans un même conduit, qui se trouve alors dilaté avec ses parois e'paissies, sa muqueuse tuméfiée et enflammée.
Dans la vésicule du fiel, on trouve une bile muqueuse, d'un vert brun sale, des douves adultes et des œufs. Les conduits biliaires eux-mêmes présentent le diamètre d'un doigt et l'aspect de cordons moniliformes, ou sont le siège de dilatations en forme de sacs; la dilatation de ces conduits augmente de leur origine vers la périphérie. Quant aux canalicules périphériques les plus fins, ils présentent à leur extrémité des dilatations vésiculaires et atteignent là le calibre des conduits de premier ordre. Généralement, on observe à la surface de la muqueuse des canaux biliaires des incrustations calcaires soit punctiformes, soit plus étendues, parfois même de forme tubulairc, en même temps qu'un épaississement et une carlilagiiiificalion des parois. Quand le foie se trouve dans cet état, il crépite par la compression et sous le couteau. La substance incrustante consiste en phosphate de chaux avec traces de phosphate de magnésie.
4" Période d'émigration des douves. C'est la période de convalescence et de guérison spontanée. Mais les lésions du foie sont irréparables ; les portions atrophiées ne se régénèrent pas et les canaux biliaires transformés en cordons moniliformes restent incrustés. Il en résulte que la sécrétion de la bile se trouve plus ou moins limitée, selon l'étendue de ces lésions. Ruysch le premier a décrit ces incrustations calcaires.
Le diagnostic de la cachexie aqueuse des Ruminants ne se trouve bien établi que si l'on constate la présence d'œufs dans les déjections.
Les mesures prophylactiques à prendre consisteraient à détruire les mollusques terrestres par masses, tant au printemps qu'en automne, c'est-à-dire au moment où ces mollusques, réunis en grand nombre, sortent de leur retraite hivernale ou la regagnent. C'est là du moins le conseil que donne Kiichenmeister, mais les conditions ne sont plus les mêmes, étant donné la localisation du parasite dans le Limnœus truncatulus et peut-être dans le L. pereger, c'est-à dire dans deux espèces seulement.
Les conditions d'infection étant les mêmes pour tous les individus d'un troupeau ou des troupeaux d'une même région, il n'y a pas à s'étonner que la maladie sévisse parfois avec une violence meurtrière.
De nombreuses épizooties ont en effet été observées tant en France qu'à l'étranger depuis la première qu'a décrite Gemma et qui ravagea la Hollande en 1552. L'énumération de ces épizooties n'aurait pas grand intérêt pour nous et nous ne nous y arrêterons pas. Mais un fait que nous devons retenir, pour en faire l'application à l'homme, c'est que dans beaucoup de ces épidémies, qui atteignaient de préférence les brebis, les moutons, les veaux et les génisses, on voyait d'autres animaux tels que les lièvres et les cerfs être atteints à leur tour.
Cas observés chez rhomme. Dans les rares cas oïl la douve a été observée chez rhomme, on n'a généralement rencontré, dans les voies biliaires, qu'un ou deux exemplaires de ce ver, rarement plus. Le premier cas connu est celui cité par Pallas, en 1760, concernant une femme dont le conduit cholédoque renfermait un seul ver. Fortassin, en 1804, dit avoir trouvé deux douves dans les « pores biliaires » d'un homme. Brera parle du foie d'un individu scorbutique et hydropique, lequel était « dur et volumineux, couvert à la surface de cysticerques et rempli de fascioles dans sa substance intérieure , lesquelles ici
solitaires, là réunies en nombre plus ou moins grand, se trouvaient principalement dans les acini biliaires. )• S'agissait-il du D. hepaticum ou du D. lanceolatum ou peut-être des deux simultanément?
P. Frank donne une observation surtout intéressante au point de vue des symptômes observés, mais la description du ver est très-obscure ; il s'agissait cependant probablement du D. hepaticum. Voici la relation de ce fait : « xUitoinette Aragnoli, âgée de buit ans, fut reçue à l'hôpital de Milan le 27 novembre 1782; elle était réduite au dernier degré de marasme; elle avait le pouls fréquent et très-faible, la face cadavéreuse, l'abdomen météorisé. La diarrhée la fatiguait depuis six mois et s'accompagnait d'une douleur à la région hépatique. Cette douleur revenait quelquefois si vive que la malade l'exprimait par des contorsions et une anxiété violente ; malgré la longueur de la maladie on n'observa j;\mais une nuance ictérique. La vie se soutint encore quelques jours dans cet état fàclieux et la mort survint au milieu des convulsions.
« A l'ouverture du cadavre, on remarqua que le conduit hépatique avait le volume d'une plume à écrire de médiocre grosseur; il présentait de plus, à sa naissance, une poche au milieu de laquelle étaient cinq vers roulés en peloton tous vivants, de couleur vert jaunâtre, de la grosseur d'une paille plate, de la longueur d'un ver à soie. »
Dans son Traité des maladies du foie (1852), Budd signale le cas d'un individu mort à l'hôpital de Middlesex, et dans la vésicule biliaire duquel Partridge découvrit im distome hépatique; la vésicule, au lieu d'être colorée par la bile, comme ordinairement, était parfaitement blanche.
Leuckart, dans son remarquable Traité des maladies parasitaires (1865), rapporte le fait suivant qui lui a été communiqué par Biermer : « Un soldat de Sumatra, atteint d'un ictère qui augmentait rapidement, fut renvoyé en Europe. Reçu à la clinique médicale de Zurich (5 janvier), le malade était ictérique au plus haut degré, Irès-amaigri, mais sans lièvre ni douleurs. Le foie n'était pas grossi. Plus tard survinrent des douleurs hépatiques, puis des parotides, des ecchymoses scorbutiques, enfin la pneumonie avec délire et la mort (18 février).
« L'autopsie montra une périhépatite adhésive et une oblitération complète du conduit hépatique à son point de division. Ces deux lésions étaient lu conséquence du parasitisme d'un dislome hépatique que j'ai trouvé moi-même dans le conduit cholédoque. Les canaux biliaires étaient fortement distendus et remplis, aussi bien que la vésicule du fiel, d'une bile assez boueuse. »
Un cas semblable a été publié par E. Bostroem en 1883. 11 s'agissait d'un malade, âgé de soixante-cinq ans, entré à l'hôpital d'Erlangen le 28 juillet 1880, mort le 9 août suivant. Ce malade avait de l'ictère depuis le 11 juillet; le foie paraissait hypertrophié à la percussion, la vésicule biliaire dilatée. La mort arriva accidentellement par une affection aiguë du poumon. A l'autopsie, on trouva : coloration ictérique généralisée; rétrécissement cicatriciel du conduit hépatique et de ses ramifications avec induration conjonctive du voisinage ; distome hépatique dans le conduit hépatique; dilatation considérable des canaux biliaires ; oblitération du canal cystique et hydropisie de la vésicule biliaire; pneumonie pseudo-membraneuse du lobe gauche inférieur; indurations plates des sommets du poumon; emphysème pulmonaire; œdème pulmonaire; hypertrophie du ventricule droit du cœur; vcrrucosités et petites dilatations variqueuses des veines dans l'œsophage; hypertrophie de la rate; Trichocephalus dispar et Oxyuris vermicularis dans le ccecum.
DICT. ENC. XXX. 34
Récemment, Rolh, cité par Bostroem, a trouvé à BMe, dans le canal cholédoque, une douve hépatique longue de 10™'», 5, large de 8 millimètres. Le malade, âgé de trente-quatre ans, était alcoolique et souffrait d'emphysème, de bronchite, d'albuminurie intense et d'hydropisie. Il entra dans le service du professeur Immermann fm juillet 1881 et mourut quinze jours après d'œdème pulmonaire. La présence du ver n'avait déterminé aucun symptôme pendant la vie et provoqué aucune altération locale. Les intestins renfermaient des œuts en abondance.
Parmi les autres cas connus, celui de Virchow, cité par Klebs, ceux de Wyss (1868), de Carter (1862), deMurchison (1868), ne présentent pas d'intérêt particulier, et nous ne les examinerons pas en détail. Enfin Perroncito a découvert des œufs de douve dans les selles d'un individu atteint d'ankylostomes.
Dans les observations qui précèdent, il n'a été question que de douves rencontrées dans les voies biliaires, soit dans la vésicule (Partridge), soit dans les « acini biliaires » (Brera), soit dans l'un des conduits biliaires (Pallas), soit dans les « pores biliaires » (Fortassin), ou bien dans le conduit hépatique (P. Frank, Bostroem) ou le canal cholédoque (0. Wyss, Biermer, Both), etc. Ce sont en effet les voies biliaires qui constituent l'habitat ordinaire du D. hepaticum. Si donc on trouve cet entozoaire dans un autre organe, on peut en conclure que c'est accidentellement ; les individus rencontrés dans ces conditions ont été désignés sous le nom de douves erratiquesy qui ne leur convient peutêtre pas dans tous les cas.
I. Douves hépatiques rencointrées dans l'intestin. Mehlis et plus récemment Prunac ont observé des exemples de ce genre. Dans les deux cas, il s'agit d'individus adultes, c'est-à-dire qui ont probablement séjourné, comme d'habitude, dans les voies biliaires, y ont acquis les sexes, puis sont revenus par le canal cholédoque dans l'intestin, peut-être pour accomplir leur dernière migration, pour quitter le corps de leur hôte. Quoi qu'il en soit, voici quelques détails sur ces deux faits intéressants :
Dans l'observation de Mehlis, il s'agit d'une femme de trente ans qui, après avoir présenté de la dyspepsie, de la toux, de l'hypochondrie et du ballonnement du ventre, en même temps que des spasmes, des syncopes, éprouva plus tard des convulsions avec aphonie, perte de connaissance, et puis, consécutivement à des vomissements de sang noir coagulé, expulsa par la bouche une cinquantaine de ces entozoaires. La santé de la malade se rétablit à partir de ce moment.
Quant à l'observation de Prunac, nous la donnerons in extenso:
« Adèle B..., domiciliée à Loupiau, est âgée de trente et un ans. Elle a expulsé 8 mètres de ténia, à l'âge de onze ans : rien à noter du côté des ascendants ; elle a eu trois grossesses, dont une fausse couche à quatre mois; dans son jeune âge, elle était souvent vermineuse; elle avait souvent le ventre ballonné ; on la croyait, dit-elle, atteinte du carreau ; elle a toujours été menstruée.
« Depuis trois ans, la malade se plaint de troubles digestifs; elle éprouve souvent de vives douleurs à l'épigastre et de l'endolorissement dans les hypochondres, spécialement à droite ; les digestions sontlentes, laborieuses. Elle eut, en 1876, une hématémèse abondante (environ 1 litre de sang noir, coagulé) qui s'est reproduite à cinq reprises différentes et à intervalles plus ou moins éloignés. Depuis six mois, elle vomit du sang presque toutes les semaines; elle
s'administre 50 grammes d'huile de ricin qui amènent l'expulsion de quatre lombrics par les garde-robes.
(( Depuis deux mois, mélacna en même temps que syncopes fréquentes, presque continuelles; elle en a éprouvé autrefois, c'est-à-dire au début de sa maladie, mais plus éloignées : actuellement, elles sont d'une fréquence excessive.
« Cette femme est sujette aussi à la toux, mais à une toux sèche, accompagnée d'oppression; rien à la poitrine et au cœur, amaigrissement considérable et perte d'appétit, constipation opiniâtre, la malade ne va à la selle que toutes les semaines; les selles sont noirâtres, constituées par du sang coagulé ; à plusieurs reprises, tremblements violents dans les membres ; durant ces crises, intégrité de l'intelligence, mais aphonie complète; modifications sensibles du caractère de cette femme qui devient apathique et indifférente ; aménorrhée.
« En raison de ces divers phénomènes, le diagnostic d'ulcère simple de l'estomac nous avait paru rationnel : nous trouvions, en effet, réunis tous les symptômes classiques de cette affection, jusqu'aux points xiphoïdien et rachidien qui nous étaient nettement indiqués. Seule, l'absence de vomissements alimentaires nous inspirait quelques doutes sur la nature vraie de la maladie.
« La diète lactée, le nitrate d'argent à l'intérieur, les alcalins, furent concurremment employés. Celle médication resta sans résultat. Pour faire cesser la constipation, nous eûmes recours au sel de Seignette (30 grammes). Peu d'instants après survinrent les convulsions générales avec pertes de connaissance, et consécutivement l'expulsion, par le vomissement, de deux distomes mélangés avec du sang coagulé, en même temps que des selles sanguinolentes, noirâtres, consistantes, dans lesquelles la malade découvrit un amas de distomes pelotomiés (une trentaine environ) vivants et animés de mouvements parfaitement perceptibles.
« Le lendemain, nouvei.e purgation qui amena l'expulsion de fragments du ténia (25 à 30 centimètres). Nous prescrivîmes, le soir, 8 grammes d'extrait éthéré, puis, le jour suivant, 30 grammes de sel de Seignette. Le te'nia est expulsé en entier avec un nouvel amas de douves (une vingtaine environ).
« Depuis lors, diminution notable des troubles digestifs, persistance néanmoins de la constipation et du manque d'appétit. La menstruation, qui était totalement supprimée depuis sept mois, a reparu depuis quelques jours ; l'état général est bien meilleur; encore un peu de douleur dans l'hypochondre droit; légère constriction à l'épigastre.
(( Nouvelle prise de sel de Seignette ; selles diarrhéiques grisâtres, non sanguinolentes, elles ne renferment plus ni distomes ni cucurbitains.
« Le mois suivant, nouvelle hématémèse. La diarrhée persiste; on constate, par intervalles, du sang dans les garde-robes; la région du foie est toujours douloureuse; la pression et les mouvements augmentent la douleur; les jours suivants, expulsion, par le vomissement, de trois distomes mélangés avec du sang rutilant et liquide. »
Comme on le voit, dans les deux cas les symptômes ont été presque identiques.
IL Douves hépatiques rencontrées dans les vaisseaux sanguins. On ne connaît qu'un exemple de ce genre chez l'homme, et ceux qu'on a décrits chez les animaux sont extrêmement douteux. Le cas auquel nous avons fait allusion est dû à Duval de (Rennes). Il s'agissait d'un homme âgé d'environ quarante-
neuf ans , sur la maladie duquel on ne put avoir aucun renseignement. Voici comment Duval décrit la découverte qu'il fit de distomes dans la veine porte et ses divisions :
« Ayant fait préparer pour la leçon le système veineux abdominal sans y pousser d'injection, et le ioie étant conservé intact, je commençai par décrire les veines mésaraïques et la veine splénique. Arrivé au tronc de la veine porte, J3 m'aperçus, en le décrivant, qu'un corps étranger placé dans l'intérieur même de ce vaisseau glissait entre mes doigts. L'idée d'un ver parasite, comme il en existe dans le foie de plusieurs animaux, me vint aussitôt à l'esprit; quoique je n'eusse pas encore eu l'occasion d'en observer dans l'homme, j'ignorais é^^alement alors qu'on en eût nié l'existence dans la veine porte. Je fis part de ma pensée aux élèves , et , prenant de suite un scalpel , j'incisai avec précaution les parois de la veine sur ce corps que je tenais toujours entre les doigts de la main gauche, et je découvris au milieu d'un peu de sang fluide que contenait le tronc de la veine porte une douve du foie de la plus grande dimension. Après avoir terminé ma leçon, que cette découverte avait interrompue un instant, je poussai mon examen dans les divisions de la veine porte. Je ne trouvai rien dans les branches abdominales qui concourent à les former, mais deux ou trois autres distomes semblables au premier furent rencontrés dans le sinus et les divisions sous-hépatiques de ce vaisseau. Les branches de la veine furent ainsi suivies jusque dans l'intérieur du foie, et je découvris alors d'autres cntozoaires de la même e?pèce, toujours dans les ramifications veineuses. J'en recueillis en tout cinq à six. Je ferai remarquer que les parois des veines qui contenaient ces parasites n'avaient pas été ouvertes avant ma leçon ; qu'elles étaient dans un état tout à fait normal et ne présentaient ni traces d'inflammation, ni érosion; le foie lui-même paraissait dans un état naturel, et le sujet ne présentait d'ailleurs rien de particulier. »
Les vers en question étaient des douves encore jeunes. Dujardin et après lui Leuckart ont supposé que ces entozoaires ont suivi le trajet ordinaire, par le duodénum, le canal cholédoque, la vésicule biliaire, dans les canalicules biliaires du foie, puis qu'ils se sont frayé un passage à travers les parois des canalicules et des vaisseaux sanguins dans ceux-ci. D'après Friedberger, il est difficile d'admettre cette migration active, directe ; il serait plus rationnel de supposer, d'après lui, que les jeunes distomes, accumulés dans les canalicules, dilatent en grandissant de plus en plus ces petits conduits et peuvent dans certaines circonstances les faire éclater; dans ces conditions, les vers pénètrent dans le parenchyme hépatique et percent les parois veineuses pour pénétrer dans le milieu sanguin ; Friedberger a vu des traces de ces sortes de migrations chez les animaux, celles-ci laissant toujours à leur suite des lésions de nature inflammatoire. Comme dans le cas de Duval, aucune lésion de ce genre n'a pu être découverte. Friedberger est d'avis qu'ici les vers ont pénétré dans le duodénum au delà de l'orifice du canal cholédoqne, tenté de perforer la paroi abdominale, et sont ainsi arrivés dans les veines mésaraïques, d'où le courant sanguin les a entraînés dans la veine porte.
Davaine rattache à ces hématozoaires accidentels les douves trouvées dans des tumeurs inflammatoires sous-cutanées. Comme il est loin d'être prouvé que ces entozoaires soient parvenus dans ces régions éloignées des voies biliaires, par l'intermédiaire du système sanguin, nous consacrerons aux cas de ce genre un paragraphe séparé.
m. Douves hépatiques renco.ntrées daiss les tumeurs sous-cuta.nées. Les faits de cette nature sont rares; il en existe cependant quelques exemples bien authentiques que nous mentionnerons :
1° Cas de Giesker. Distome renfermé dans une tumeur de la plante du pied. Giesker fut consulté, le 20 décembre 1848, par la femme du contremaître d'une manufacture de soie, près de Zurich. Depuis le milieu d'août, un médecin traitait cette femme pour une inflammation située dans le milieu de la plante du pied droit. U y avait là une espèce de tumeur d'environ un pouce à un pouce et demi de diamètre, qui était quelquefois apparente vers le bord externe, quelquefois vers le bord interne du pied, sans jamais s'ouvrir, et qui disparaissait habituellement dans l'espace de six ou huit jours. Cependant, le milieu de la plante du pied restait toujours plus ou moins gonflé et douloureux, de sorte que cette femme ne pouvait marcher que sur la pointe du pied. Toutes les tentatives faites pour déterminer l'ouverture de la tumeur furent vaines. En décembre 1848, la plante du pied présentait une enflure d'un rouge pâle qui s'étendait obliquement depuis le côté interne du calcanéum jusqu'au cinquième métatarsien, mais qui n'était pas en rapport avec les os, le périoste ou les muscles de la plante du pied, puisque les orteils avaient conservé l'intégrité de leurs mouvements. La tumeur avait en partie son siège sous l'aponévrose plantaire dans le tissu aréolaire. Elle n'était pas douloureuse au toucher, elle paraissait céder longitudinalement et être logée dans une cavité profonde. Il n'y avait pas de fluctuation. Un peu au-dessus du bord du pied, directement sous la malléole interne, il y avait encore un léger gonflement arrondi d'un pouce de diamètre et d'un rouge presque érysipélateux. Sur ce gonflement il y avait une petite tache d'un rouge noiiâtre, un peu plus grande que celle qui est occasionnée par la piqûre d'une abeille ou de quelque autre insecte. Aucune ouverture n'existait dans l'épiderme, aucune écharde, aucun fragment de verre ou d'une substance quelconque n'était entré dans le pied. De la partie externe de la cheville le gonflement s'était étendu graduellement à la partie inférieure de la jambe et à la plante du pied.
« Le docteur Giesker pensa que cette affection provenait d'un corps étranger qui serait éliminé par l'inflammation des parties : en conséquence, il ouvrit la tumeur sur le bord interne du pied, et il observa que la tache noire, qui se trouvait au centre, menait à un petit canal qui était en rapport avec un plus grand situé dans la plante du pied; celui-ci, dont la situation correspordait au second gonflement, fut aussi ouvert; il se dirigeait sous l'aponévrose plantaire, entre cette aponévrose et les fléchisseurs des doigts, et se terminait en cul-de-sac vers l'éminence du cinquième métatarsien. Il ne contenait ni pus, ni corps étranger, mais seulement du sang coagulé et du tissu cellulaire non coloré et libre. Après que l'écoulement du sang fut arrêté, on introduisit dans Id plaie de la charpie et on laissa l'appareil pendant huit jours. Lorsqu'on eut levé les pièces du pansement pour la première fois, et après qu'on eut pratiqué une forte compression de bas en haut, un animal semblable à un ver qui, placé ensuite dans l'eau, eut des mouvements propres, sortit avec le pus. Le médecin ordinaire crut d'abord à une illusion, il retira encore un second semblable, qu'il écrasa malheureusement entre ses doigts, supposant que c'était du tissu cellulaire. Le H février, la guérison était complète.
« L'animal, ajoute 31. Giesker, ne peut avoir été introduit dans la partie malade par la charpie du pansement; tout indique qu'il existait dans le corps
53i DOUVES.
longtemps avant l'ouverture de la tumeur, et qu'il avait produit le canal et la tuméfaction dont le siège était variable. L'animal avait six lignes de longueur (13 millimètres) ; il a été reconnu par le professeur Frey, et aussi par von Siebold, pour un distome hépatique jeune. Il est plus que probable qu'il avait pénétré directement sous la iorme de cercaire dans la plante du pied. La femme a pu donner lieu à cette introduction en lavant du linge dans les parties stagnantes du lac de Zurich, ou bien en baignant ses pieds ou son corps entier dans le lac. »
Le distome est déposé dans la collection zoologique de Zurich.
Kiichenmeister pense que le corps écrasé par le médecin pouvait bien être l'enveloppe du jeune distome, soit la rédie, soit la capsule dont le bourgeon développé dans la rédie s'enveloppe I II est donc probable qu'il n'y avait qu'un seul distome dans la tumeur.
2° Cas de Fox. Dislome dans une tumeur située derrière VoreiUe. « M. L..., âgé de trente-neuf ans, d'une bonne constitution et grêlé excessivement, avait été marin pendant vingt ans, naviguant dans les Indes Occidentales, la Méditerranée, l'Amérique du Sud, etc. Pendant ces dernières huit années, il a pris chargement à Cronstadt, dans la Baltique, et visité aussi Amsterdam. 11 y a environ quatorze mois, pendant qu'il était à Cronstadt, il s'aperçut d'un petit bouton placé à trois pouces derrière l'oreille. Ce bouton s'agrandit et atteignit la grosseur d'une petite noix. Une solution iodée fut appliquée pour dissoudre la tumeur, mais sans succès. Quelque temps après, pendant que cet homme était en mer, le bouton s'enflamma et s'ouvrit, rendant par deux petites ouvertures un liquide séro-sanguinolent. Le bouton se guérit alors, et, après quelque temps, se remplit de nouveau d'un liquide semblable. On en fit l'ouverture et la plaie fut pansée avec de la charpie sèche. Le lendemain, en examinant cette plaie, je crus voir quelque chose se mouvoir, et, l'ayant extrait, je reconnus un distome. En faisant le pansement le jour suivant, des portions d'un autre ver parurent exister dans la plaie, mais elles étaient dans un tel état de ramollissement, que je ne pus les reconnaître d'une manière certaine. La couleur de ces vers était tout à fait semblable à celle de la surface de la plaie. Celle-ci fut pansée avec un onguent résineux et de la charpie; elle guérit doucement et resta en bon état depuis lors. Cet homme est maintenant en mer et je n'ai pas appris qu'il eîit eu d'autres tumeurs du même genre. »
5" Cas de Dionis des Carrières. Distome extrait d'une tumeur située dans la région hypochondriaque droite. Vers la fin de mai 1837, Dionis des Carrières fut consulté par une personne âgée de trente-cinq ans, d'une assez bonne constitution, pour une tumeur très-douloureuse située dans la région hypochondriaque droite qui la privait de sommeil et l'empêchait de vaquer à ses occupations. Cette tumeur, peu volumineuse, de la grosseur d'un œuf de pigeon, était rapprochée un peu de la région épigastrique et à 2 centimètres environ audessous des cartilages costaux. Elle était non fluctuante, très-dure; la peau, qui avait sa couleur naturelle, n'était point mobile sur elle et se fronçait quand on cherchait à la pincer. Par sa base il était difficile de la délimiter ; elle paraissait se perdre dans les organes profonds. Le malade, qui a habité trois ans les Antilles, où il eut un accès de fièvre intermittente, et six mois la partie marécageuse de la province de Constantine, avait déjà éprouvé quelques douleurs vives dans le côté, à Bône, entre autres, à la suite d'une longue course à cheval pendant laquelle il avait été mouillé. Deux ans après, il fut obligé, par ses
occupations, d'habiter sur les bords d'un lac durant plusieurs semaines, à l'époque où commençaient les fortes chaleurs de 1857. Ce fut dansées régions humides qu'il ressentit les premières atteintes de sa maladie et qu'il s'aperçut de la tumeur qui existait dans la région hypochondriaque. On appliqua de la pommade camphrée, des cataplasmes laudanisés, et plus tard de la pommade iodée; des douleurs vives derrière le sternum avaient fait croire à un abcès par congestion. Les accidents inflammatoires augmentant, on appliqua des sangsues. Mais la douleur continua à s'exaspérer. Le malade s'en tint alors à sa pommade camphrée et à l'usage d'un baume débité par un paysan du Morvan. Il se sentit mieux. Dans le mois d'août de la même année, il montra la tumeur à Dionis des Carrières, disant qu'elle voulait percer et que depuis vingt-quatre heures il éprouvait des démangeaisons intolérables. Mais la tumeur n'était ni acuminée, ni fluctuante ; la peau avait partout sa coloration normale, mais au centre se voyait un jietit point bleuâtre de la grosseur d'une tête d'épingle et formé par une pellicule mince et transparente comme une pelure d'oignon, derrière laquelle on distinguait facilement une gouttelette de sérosité de couleur violacée. En pressant à droite et à gauche avec les deux pouces, comme on ferait pour une petite tumeur sébacée, on fit jaillir une goutte de sérosité et aussitôt après s'échappa un ver très-vivace, à corps aplati, d'environ 1 centimètre de long. Des pressions plus fortes et réitérées ne firent plus rien sortir. En quelques jours la tumeur s'affaissa et depuis ce temps le malade n'a plus rien ressenti.
Le ver, examiné par Davaine, fut reconnu pour être un D. hepaticum. Son intestin était gorgé d'une matière concrète, rouge foncée, formée de globules de sang humain plus ou moins altérés; on ne put y découvrir de traces de bile. Davaine se fonde sur ce fait pour conclure que ce distome, avant de se faire jour au dehors, avait vécu dans les vaisseaux sanguins et non dans les voies biliaires. Kûchenmeister en conclut simplement que le D. hepaticum à l'état enkysté se nourrit de sang. Ce qui prouve du reste qu'il s'agissait bien d'une douve enkystée, c'est la présence de sérum dans la tumeur et la vivacité avec laquelle le ver s'en échappa. S'il n'a pas été fait mention du kyste ou de la capsule, c'est que celle-ci disparut probablement sans laisser de traces dans le processus de la suppuration.
Nous ne dirons rien du cas de Harris, où des distomes seraient sortis d'un abcès de la région occipitale chez un enfant, parce que ce cas est considéré par un certain nombre d'auteurs comme une mystification.
Reste à savoir de quelle manière les douves arrivent dans ces tumeurs ou abcès sous-cutanés. Nous avons vu plus haut, p. 525, qu'il n'est guère logique de supposer que c'est par l'intermédiaire de la circulation sanguine et qu'il est plus rationnel de penser que les cercaires ou les larves ou bien les rédies ont pénétré directement sous la peau d'individus se baignant ou circulant dans l'eau d'un lac, d'un étang ou d'un fossé. Nous n'avons rien de plus à ajouter.
Revenons à l'affection distomienne telle qu'elle se présente dans le plus grand nombre de cas, c'est-à-dire lorsqu'elle a pour siège les voies biliaires.
Etiologie. L'étiologie de l'affection distomienne chez l'homme est encore fort obscure. On a longtemps supposé que l'infection se fait soit par l'intermédiaire de petits mollusques à parois minces renfermant les larves enkystées et introduits dans l'estomac avec l'eau potable, avec la salade, le cresson, etc. ; mais, d'après les recherches modernes, il paraît plus probable que les larves se trouvent directement enkystées sur ces végétaux ; ou encore, en admettant le dévelop-
pement direct des embryons de distomes, sans métamorphoses ni migrations, leur introduction dans l'estomac avec l'eau ou les végétaux suffirait à expliquer la présence de ce ver dans l'organisme. Il ne faut pas oublier non plus que souvent les cercaires nagent librement dans l'eau et peuvent parvenir dans le tube digestif avec ce liquide.
L'affection distomienne est-elle plus fréquente chez l'homme lors des épizooties? Il serait intéressant de le rechercher par l'examen microscopique des déjections, de même qu'il y aurait grand intérêt à avoir des éclaircissements sur les faits observés en Dalmatie où la cachexie aqueuse est endémique et où la douve paraît se présenter fréquemment aussi chez l'homme.
Diagnostic II ne peut être sérieusement établi que par l'expulsion de l'entozoaire par le vomissement ou par les garde-robes. Gomme d'autre part les distomes adultes déposent une grande quantité d'œufs dans la vésicule et les canaux biliaires, et que ceux-ci se trouvent entraînés dans l'intestin avec la bile, il en résulte que dans les cas où l'on soupçonnerait, ou bien l'on aurait intérêt à rechercher la présence de distomes dans le foie, ou ferait bien de soumettre les déjections à l'examen microscopique. On s'assurera en outre si la cachexie aqueuse est fréquente dans les contrées oiî le malade a vécu et quels ont été son régime et son genre de vie. Enfin, il ne faut pas perdre de vue la grande ressemblance des œufs de douve avec ceux de bolhriocéphale; cette remarque n'a du reste toute sa valeur que pour les pays où ce dernier parasite est endémique.
ANA.TOMIE PATHOLOGIQUE. Ruysch a attribué à la présence antérieure de douves dans les voies biliaires un fait de dégénérescence calcaire de cet appareil. Aucune observation de ce genre n'est venue depuis corroborer l'opinion de cet anatomiste. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les douves, surtout lorsqu'elles sont nombreuses, et même quand il ne s'en trouve qu'une ou deux, déterminent souvent une inflammation des conduits biliaires avec épaississement considérable de leurs parois et sécrétion à la surface de la muqueuse d'un liquide muqueux ou purulent, qui s'accumule dans les conduits et les dilate. La vésicule biliaire est également très-dilatée. Il est vrai que rarement, chez l'homme, ces lésions atteignent un degré notable; généralement même, si les douves ont été peu nombreuses, on trouve les conduits biliaires intacts.
Les douves peuvent-elles déterminer l'oblitération des conduits biliaires? Non, en général, mais elles le peuvent indirectement en provoquant l'inflammation de la muqueuse biliaire, comme on l'a vu dans le cas de Biermer pour le conduit hépatique et dans celui de Bostroem pour le canal cyslique; dans ce dernier cas le parasite était logé dans le conduit hépatique, qui était lui-même le siège d'un rétrécissement, d'ulcérations en tout semblables à des plaies en voie de granulation ; c'est cette inflammation qui en s'étendant au canal cystique en a amené Toblitération. En même temps, dans les parois du conduit hépatique et de ses premières ramifications dans le lobe droit également rétrécies, ou trouvait des amas de fibres musculaires lisses hypertrophiées, d'où Bostroem tire une conclusion importante au point de vue de l'anatomie normale de ces conduits : c'est que, comme l'avaient présenti Heidenhain et Krause, leurs parois renferment une couche de fibres musculaires circulaires et une couche de fibres longitudinales.
Symptômes. Gomme on a pu le voir par les cas rapportés plus haut, les symptômes de l'affection distomienne sont très-variables et ne possèdent en aucune manière de valeur pathognomonique. Quant aux phénomènes subjectifs,
DOUVES. 5î7
ils consislent surtout en douleurs sourdes dans la région du foie. Souvent cet organe est hypertrophié ; on peut observer des troubles nerveux consistant en aphonie et convulsions partielles ou générales ; des hémorrhagies intestinales, des liématémèses avec syncope; ou bien l'attention est particulièrement attirée sur des symptômes divers du côté des voies digestives ou de l'organe hépatique. Un symptôme, nié par Klebs et par Kùchenmeister, c'est Victère. Kûchenmeister pense que des manifestations ictériques seraient tout au plus possibles au moment de l'immigration des entozoaires , et selon lui elles n'ont jamais été observées. On conçoit cependant la possibilité d'un ictère, au moins temporaire, lorsque les douves adultes, au moment de leur émigration, restent engagées soit dans le conduit hépatique, soit dans le canal cholédoque.
Kùchenmeister attribue l'ictère et les phénomènes de résorption biliaire observés dans le cas de Biermer à une hépatite préexistante, chez le malade revenu de Sumatra, et non à la présence du D. hepaticum. Bostroem, qui a observé un cas analogue, avec ictère intense, hypertrophie du foie et dilatation de la vésicule biliaire, est d'un avis tout différent. Pour lui c'est la douve qui, engagée dans le conduit hépatique, détermine un rétrécissement inflammatoire, pouvant aller jusqu'à l'oblitération complète et entraînant à sa suite les phénomènes de la rétention biliaire.
Quoique le pronostic soit généralement favorable, si la maladie est trop longtemps persistante, l'état général finit par en souffrir; en pareil cas, l'amaigrissement, l'épuisement, font des progrès plus ou moins rapides, il survient de riiydropisie, et enfin la mort.
Traitement et prophylaxie. Le traitement curatif ne diflere pas de celui qu'on oppose aux entozoaires des voies digestives en général, surtout quand les distomes se trouvent en masse dans le tube intestinal, comme dans les cas de Meldis et de Prunac. Les indications sont : de détruire le ver et de favoriser son expulsion. On peut employer, selon les cas, et même concurremment, les cholagogues, les purgatifs salins, Vextrait éthéré de fougère mâle, [huile empyreumatique de Chahert (mélange d'essence de térébenthine et d'huile empyreumatique de corne de cerf).
Quant à la prophylaxie, tout ce qu'on peut dire, c'est de ne manger de la salade ou des plantes aquatiques qu'après les avoir bien nettoyées, d'éviter de boire de l'eau impure; Kiichenmeister et autres, partant de cette idée que l'hôte transitoire de la larve serait un mollusque terrestre, conseillaient de ne pas manger les fruits tombés des arbres sur un sol riche en mollusques, pas plus que certains champignons humides et également couverts de mollusques. Cette recommandation perd évidemment de sa généralité dans l'état actuel des choses.
2" Distonia lanceoiatnm Melilis. Longueur 8 à 10 millimètres; largeur 2,5 millimètres. Corps blanchâtre, lancéolé, plus atténué en avant qu'en arrière, à tégument lisse. Ventouse buccale située à la face ventrale, très-près du pôle antérieur; ventouse abdominale, orbiculaire, plus grande que la buccale et placée environ au cinquième de la longueur du corps. Pharynx musculeux de forme sphérique ; œsophage très-court ; intestin divisé en deux branches longitudinales droites, non ramifiées, et se terminant en culs-de-sac un peu avant l'exlrcmité postérieure du corps. Testicules lobés, situés immédiatement derrière la ventouse abdominale et au devant des germigènes; vilellogène n'occupant que la portion moyenne des bords latéraux du corps; oviducle très-
développé, offrant un grand nombre de circonvolutions qui s'accumulent surtout dans la moitié postérieure du corps et qui sont colorées en jaune, en brun ou en noir, par les œufs. Ceux-ci, à la maturité, sont de couleur noirâtre, longs de 0"™,037 à O'^'^^QA et pourvus d'un opercule très-grand. Les embryons subissent la plus grande partie de leur développement dans l'oviducte, mais ils ne sont définitivement mis en liberté que quelques semaines après la ponte. Ils sont alors pirif ormes (Leuckart) et pourvus en avant d'une pointe aiguë; leur moitié antérieure seule est couverte de cils.
Les phases ultérieures du développement du D. lanceolatum ainsi que ses migrations sont encore assez imparfaitement connues. Cependant il est trèsprobable qu'à l'état de sporocystes ou de rédies cet entozoaire vit en parasite dans les mollusques d'eau douce, principalement dans la cavité pulmonaire des planorbes. D'après von Willemoes, la sporocyste se trouverait en effet enkystée dans le P/awort/s mor^ma/a de préférence; cette sporocyste engendrerait des rédies de formes analogues à la sporocyste et mobiles. La cercaire qui en résulterait [Cercaria cystophora, d'après von Willemoes et Leuckart) serait pourvue de deux queues très-inégales et s'enkysterait dans le même hôte, dans le voisinage des organes sexuels de celui-ci, sous la peau. C'est à cet état enkysté que le D. lanceolatum arrive dans le tube digestif de son hôte définitif, où il se comporte de la même manière que le D. hepaticum. Leuckart assure avoir obtenu chez un mouton, auquel il avait fait avaler de ces kystes, une infection par le D. lanceolatum. L'hôte du D. lanceolatum est en effet ordinairement un ruminant, quelquefois aussi un autre mammifère tel que le porc, le lièvre, le lapin, même le chat, où il se trouve souvent associé au D. conus Creplin, mais très-rarement l'homme.
Chez les animaux, Friedberger a extrait des milliers de ce distome des voies biliaires par la compression du foie. On le trouve en outre en très-grand nombre dans la vésicule biliaire et dans l'intestin au moment de leur émigration spontanée. D'après Leuckart, on le rencontre plus souvent dans le sud de l'Europe que dans le nord : ce qui tient probablement à la manière différente d'élever le bétail et à la nature des pâturages.
Grâce à leur petitesse, les individus du D. lanceolatum pénètrent dans les plus fins canalicules biliaires, là où ne peuvent arriver les jeunes du D. hepaticum. C'est ce qui fait que leur nombre paraît souvent inférieur à ce qu'il est réellement et que parfois même leur présence peut passer inaperçue.
Très-souvent le D. lanceolatum et le D. hepaticum se rencontrent dans le même hôte. Du reste, les accidents provoqués par ces deux espèces sont analogues, mais le D. lanceolatum ne produit jamais de symptômes aussi graves que son congénère et ne peut à lui seul déterminer la cachexie aqueuse ; Leuckart attribue cette innocuité relative à sa petite taille et à l'absence de piquants sur le tégument. Du reste, l'une ou l'autre des deux espèces domine selon les contrées : c'est ainsi que le D. hepaticum domine dans les provinces orientales de la Prusse (Gerlach) et que le D. lanceolatum est universellement et presque exclusivement répandu dans la Thuringe (Zùrn) et à Berne (Siedamgrotzky, Guillebeau).
Cas observés chez l'homme. Le D. lanceolatum a été rencontré chez l'homme ea Europe et dans l'Amérique du Nord, et toujours, comme chez les animaux, en individus nombreux.
Le premier cas connu a élé observé par Buchliolz en 1790. Il s'agissait d'un forçat mort de fièvre putride, dans la vésicule biliaire duquel on trouva un grand nombre de vers de cette espèce; ces vers, déposés dans le musée de Weimar, ont été en effet examinés et étudiés par Rudolphi, Bremser et Leuckart, et reconnus pour être le D. lanceolalum.
Dans son Traité des maladies parasitaires, Leuckart rapporte la communication suivante due à Kirchner et qui offre le plus grand intérêt.
« Il s'agit d'une jeune fille de quatorze ans qui était atteinte de ces parasites; son père était berger communal à Kaplitz, et depuis sa neuvième année elle était employée à la garde des brebis. La lande sur laquelle elle paissait son troupeau était entourée de bois et traversée de plusieurs fossés dont l'eau était habitée par des amphibies et des molusques aquatiques, tels que limnées, paludines et autres. — La jeune fille se désaltérait avec cette eau et mangeait du pain auquel elle ajoutait à l'occasion du cresson qui croissait abondamment dans l'endroit. Depuis assez longtemps, elle était maladive : le bas-ventre se tuméfia, les jambes maigrirent et les forces disparurent. Elle dut prendre le lit six mois environ avant sa mort. Le docteur Kirchner, qui la vit trois jours seulement avant son décès, la trouva gonflée, avec les pieds œdémateux et le foie considér;iblement tuméfié; la malade prétendait y avoir senti de vives douleurs depuis plusieurs années.
« U autopsie ayant été faite, on trouva dans le foie considérablement augmenté de volume et pesant onze livres huit calculs biliaires, et dans la vésicule, qui était très-contractée et presque vide de bile, quarante-sept distomes lancéolés, complètement développés. — On ne put déterminer si les calculs et les vers étaient en connexion ou indépendants. »
Comme la Douve hépatique, le D. lanceoîatum se rencontre parfois dans l'intestin. Chabert a observé un cas de ce genre, c'est-à-dire qu'il a trouvé de ces vers dans les garde-robes d'une jeune fille qu'il avait traitée par son huile empyreumatique.
Le Diagnostic de la présence du D. lanceoîatum n'est guère possible que par l'examen microscopique des selles; les œufs s'y trouvent en effet en quantité innombrable du moment que les voies biliaires renferment des individus adultes. Dans certains cas, comme dans celui de Chabert, le diagnostic peut se faire par l'expulsion des vers eux-mêmes au moyen d'une mixture analogue à l'huile empyreumatique de Chabert.
Symptômes. Les symptômes ne sont généralement pas graves ; cependant on a pu voir, par le cas de Kirchner, que l'état grave deja malade, dont il y est question, a dû être produit, au moins en partie, par le Distome lancéolé ; les douleurs dans la région du foie subsistant chez elle depuis plusieurs années, on peut supposer qu'elle a été infectée plusieurs années de suite par de nouvelles générations de distomes, d'où la répétition fréquente des mêmes troubles et l'aggravation des symptômes.
Du reste, comme le D. lanceoîatum peut très-bien arriver dans les voies biliaires en nombre considérable (jusqu'à des milliers d'exemplaires), on conçoit qu'il finisse par produire des désordres sérieux, car, de même que le D. hepaticum, il se nourrit du sang de la muqueuse.
Cependant, en général, sa présence ne produit pas de symptômes alarmants. Son séjour dans le corps ne durant au maximum qu'un an, il est infiniment probable que l'homme s'en trouve fréquemment infesté, sans qu'il s'en doute.
Vu celle guérison spontanée, dans l'immense majorité des cas, le pronostic ne peut être que favorable.
Traitement. Dans le cas où la présence du D. lanceolatum dans les voies biliaires est bien constatée, on emploie les cholagogues et les eaux minérales capables d'augmenter la sécrétion biliaire, concurremment ou en alternant avec les antbelminthiques. On peut prescrire l'buile empyreuma tique de Chabert dans des capsules, ou la mixture de Durand (étlier sulfurique 3 parties, essence de térébenthine 1 partie) jusqu'à 120 gouttes par jour; on pourrait ajouter à la mixture de Durand de la teinture de kamala ou de l'extrait éthéré de fougère mâle.
Quant aux mesures propliylactiques à prendre, elles se résument à détruire, dans le voisinage des habitations, le Planorbis marginata. Comme le danger d'infection est bien plus grand pour les animaux, il faut, dans la proximité des pâturages, faire la guerre aux planorbes, paludines, physa, limnées, etc., toutes plus ou moins suspectes, et cela surtout au printemps et en automne, c'est-à-dire peu après leur éclosion. Comme à ce moment elles nagent en nombre à la surface de l'eau, on les recueille, pour les détruire, au moyen de filets à mailles serrées. Aux autres époques de l'année, on recherchera les feuilles chargées d'œufs, faciles à reconnaître en général, et on les détruira.
Nous devons rattacher ici les :
1° DiSTOMA. OPHTHALMOBICM Dics (D. ocuLi HUMAiNi Ammon), trouvé dans l'œil d'un enfant affecté de cataracte congénitale et caractérisé comme il suit :
« Corps ovale-lancéolé, déprimé, variable ; cou court, subcylindrique, bouche terminale, orbiculaire ; ventouse ventrale presque centrale, circulaire, d'un tiers plus grande que la buccale, longueur 0'"'",5 à 1 millimètre; largeur 0'«'",14 àO'^'",o » (Davaine).
Gescheidt et Ammon trouvèrent, chez l'enfant en question âgé de cinq mois, quatre exemplaires de ce ver, logés entre le cristallin et la capsule, en partie opaque. En examinant celle-ci par sa face externe, on pouvait reconnaître à de petites taches opaques le lieu qu'ils occupaient. L'enfant était mort d'une atrophie mésentérique.
11 est plus que probable qu'il ne s'agit pas ici d'une espèce de distome bien déterminée, mais d'une forme jeune appartenant, selon Leuckart et Kiichenmeister, au D. lanceolatum. Quant à la manière dont s'est faite la pénétration dans l'œil, on peut supposer, avec Leuckart, que c'est directement par l'eau servant à laver ou à baigner l'enfant ; on a constaté des faits analogues chez les poissons, dont la cornée et la sclérotique oculaire présentent des sillons logeant des larves de Trématodes (Steenslrup) ; on peut encore penser à une migration par les voies sanguines, les larves ayant passé du sang maternel dans celui du fœtus; à l'opposé de cette hypothèse, Leuckart signale les faits très-curieux observés par Rathke et par lui-même de Trématodes rencontrés dans des embryons de lézards. Quoi qu'il en soit, le distome ne peut jamais arriver à l'état adulte dans l'œil humain, pas plus que dans l'œil des poissons (Leuckart). Comme le fait remarquer Kùchenmeister, dans le cas ci-dessus, les distomes étaient] en voie d'enkyslement, ce que prouve la masse de mucus qui les entourait.
S'* Hexathyridium ve.narom Treutl. (Hexastoma Cuv. ; Lixguatlla Lamk; PoLYSTOMA Zed. ; Hexacotyle de Blainv.). Deux exemplaires de ce ver ont été l ouvl's par Treutler dans la veine tibiale antérieure d'un jeune homme de seize ans, qui prenait des bains fréquents dans une rivière ; ce fut à l'occasion
d'une rupture spontanée de la veine libiale ante'rieure de la jambe droite, rupture suivie d'une hémorrhagie profuse qui ne s'arrêta qu'après la sortie de ces deux vers. Voici comment se caractérise l'Hexathyridium : « Corps obtus, lancéolé ; ventouses disposées en deux séries longitudinales ; longueur 6 millimètres )> (Davaine).
Follina a revu ce ver dans une autre circonstance, Délie Chiaja dans deux autres cas.
« Personne, dit Davaine, n'a révoqué en doute le fait observé par Treutler (si ce n'est Kûcheiimeister) ; mais, comme on ne connaît aucun animal libre ou parasite qui réponde aux caractères que cet observateur a donnés de ces vers, on a pensé qu'il s'agissait ici de quelque hirudinée ou de quelque planaire qui s'était attachée aux téguments intacts ou accidentellement excoriés. Cependant une sangsue ne pénètre point dans les vaisseaux qu'elle atteint, une planaire ne se nourrit point de sang. L'existence aujourd'hui connue de distomes dans les vaisseaux de l'homme pourrait donner à penser que ces deux animaux appartenaient aux distomes ; et, en effet, lorsqu'on examine la figure donnée par Treutler, on y reconnaît tout d'abord le distome lancéolé ou un distome hépatique jeune. La ventouse ventrale, bien dessinée , est située normalement, et les six bouches antérieures dont parle l'auteur ne sont pas rendues. Ces animaux avaient, comme celui de Dionis, 6 millimètres de longueur; les bouches n'ont pu être vues qu'à la loupe, et sans doute on a pris pour telles de simples dépressions des téguments. L'intestin était ramifié, dit Treutler, ce qui se rapporte au distome hépatique ; sur la figure qu'il en donne, les ramifications soni tracées en rouge, couleur qui rendait sans doute leur coloration normale, et qui était aussi celle du distome de Dionis.
(( Il nous paraît, d'après ces considérations, que le fait de Treutler, dont la bonne foi n'a jamais été révoquée en doute, s'explique par les faits rapportés ci-dessus. Ses Ilexathyridium étaient des distomes lancéolés ou hépatiques jeunes ; leur petitesse n'en a pas permis un examen très-exact, en sorte que leurs caractères auront été mal interprétés. »
3" Distoma crassum Busk (D. TlusKii Laukest.). Longueur 4 ou 7 centimètres; largeur 1,7 à 2 centimètres. Corps plat, très-épais, plus étroit en avant qu'en arrière, où il se termine par une extrémité arrondie. Tégument lisse. Ventouses arrondies, situées dans la partie antérieure et atténuée du corps, et placées à 5 millimètres l'une de l'autre ; immédiatement en avant de la ventouse abdominale qui est très-grande (l'"™,6), et en arrière de la bifurcation de l'intestin, se trouve le pore génital. Pharynx pour ainsi dire confondu avec la ventouse buccale, suivi d'un œsophage large et court dont les deux divisions longues, non ramifiées, se terminent en culs-de-sac près de l'extrémité postérieure du corps; testicules au nombre de deux et sacciformes, placés l'un devant l'autre sur la ligne médiane dans la moitié postérieure du corps ; canaux du vitellogène, en forme de grappes, situés en dehors des branches de l'intestin et occupant toute l'étendue du corps ; oviducte très-ramifié placé dans la moitié antérieure du corps. L'appareil aquifère n'a pas encore été observé.
Les œufs, malgré la forme épaisse de l'espèce, sont plus petits que ceux du D. hepaticum.
On l'a trouvé assez fréquemment chez l'homme. Dans l'hiver de 1843, Busk trouva 14 exemplaires de D. crassum dans le duodénum et 9 exemplaires dans
la vésicule biliaire d'un matelot (lascar) engagé sur les paquebots qui faisaient le service des Indes (Budd, Traité des maladies du foie, 2« édit.).
En 1874, un missionnaire anglais et sa femme en furent atteints en Chine. Ces deux malades souffraient de diarrhée intense et de coliques; on leur avait donné sans résultat de la santonine, de la fougère mâle et d'autres anthelmin- Ihiques ; Johnson les soumit à la diète lactée, et au bout d'un certain temps ils rendirent des vers volumineux qu'on reconnut pour être le D. crassum. Ce même missionnaire et sa femme retournèrent en Chine et furent atteints derechef. Au printemps 1878, ils consultèrent Cobbold, à Londres, non-seulement pour leur propre compte, mais encore pour un de leurs enfants, petite fdle qui avait été atteinte du même parasite en Chine.
Enfin, Leidy a rapporté en 1873 deux observations de Knorr à Canton. L'une concerne une jeune lille de quatorze ans, née de parents anglais, qui rendit une fois par les garde-robes neuf distomes, l'autre un jeune Chinois de quinze ans qui vomit un de ces vers.
Cobbold doute que le D. crassum pénètre dans le foie ou les voies biliaires; cependant, dans le cas de Busk, on a trouvé ce ver dans la vésicule du fiel. Kûchenmeister ne doute pas de la possibilité de son immigration dans le foie, [)uisqu'il recommande, pour s'en débarrasser, des médicaments cholagogues associés aux purgatifs.
Au point de vue du mode d'infection, Cobbold fait remarquer que le missionnaire et sa femme, dont il a été question phis haut, vivant à Ningpo, mangeaient des végétaux crus (salade) et, comme les indigènes, des huîtres et des aiglefins (poissons gadoïdes) péchés dans la mer. Ces poissons se mangeaient bien cuits du reste. Comme boisson, ils se servaient d'eau de source. Faut-il accuser les huîtres et les poissons, où se trouveraient enkystées les rédies de ces distomes (Cobbold), ou bien les mollusques pouvant adhérer à la salade (Kûchenmeister) ?
4*^ Distoma hepatis endeniicum seu perniciosum Baeiz. Longueur 8-11 millimètres, largeur 5 1/2-4 millimètres. Corps d'un rouge pâle, aplati, ovoïde allongé, brusquement aminci en avant, arrondi en arrière, recourbé sur lui-même de manière à présenter un bord latéral concave et un autre convexe. Ventouse buccale un peu plus grande que la ventouse abdominale et pourvue de muscles circulaires puissants. Cavité buccale garnie d'un grand nombre de petits crochets cuticulaires; pharynx infundibuhforme, épais, musculeux, suivi d'un petit tube mince très-court qui est comme engagé dans l'œsophage un peu plus dilaté ; ce dernier se divise peu après en deux branches longitudinales simples qui s'étendent latéralement, en dedans des vitellogènes, jusque près de l'extrémité postérieure du corps où elles se terminent en cœcum. Ventouse abdominale située à environ 2 millimètres de l'extrémité céphalique et pourvue de muscles annulaires et rayonnes très-puissants. Organes sexuels femelles situés en avant ties organes mâles, dans la moitié antérieure et vers le milieu du corps ; germigène^ glande de la coque et vestibule de l'oviducte occupant la partie moyenne du corps. Oviducte l'ormant une masse oblongue qui, par sa couleur noire, tranche nettement sur les tissus environnants, et débouche au dehors immédiatement en avant et en dehors de la ventouse abdominale ; vitellogènes de couleur noire, à ramifications dendritiques, placés latéralement et en dehors des deux branches de l'intestin, et se décomposant souvent en 6 ou 8 masses
bien distinctes; dans ce cas, on constate également, à la surface extérieure du corps, des indices de segmentation en rapport avec ces masses. Testicules situés en arrière des organes sexuels femelles et formant une ou deux masses ramifiées dans la partie postérieure et arrondie du corps ; le canal déférent monte sous la forme d'un cordon légèrement sinueux dirigé en avant à la face dorsale du corps ; pore génital situé immédiatement en avant de la ventouse abdominale exactement sur la ligne médiane du corps. Système aquifère très-développé, notamment en arrière, œufs à coque mince, lowgs de 0™'",02 à 0'^™,03 et larges de Û'""",015 à 0™™,017, pourvus, à leur maturité, d'un opercule au pôle le plus étroit et souvent aussi d'une petite saillie arrondie au pôle opposé. Ces œufs, généralement brunâtres, sont entre-mêlés d'œufs d'un noir brillant à reflets verdàtre.
Le D. hepaticis endemicum seu perniciosum a été observé dans la partie moyenne du Japon, surtout dans un district de la province d'Okoyama et dans le village de Katayama, séparé du district précédent par environ 70 kilomètres. Il y sévit à l'état endémique et constitue un véritable fléau pour les habitants. En effet, plus de 20 pour 100 de ces derniers en sont atteints. Dans le district de la province d'Okoyama, l'endémie paraît localisée à quelques villages bâtis sur un sol vaseux qu'occupait autrefois la mer et qui a été transformé en rizières.
Par suite de l'absence d'eaux courantes et d'eaux de sources, les habitants sont réduits à boire de l'eau saumâtre et plus ou moins stagnante. Ce f;iit est extrêmement important au point de vue de l'étiologie de la maladie, car il est très-probable que c'est avec cette eau stagnante prise en boisson que la larve du distome arrive dans l'organisme des malades. En effet, à 1 ou 2 kilomètres plus loin, là oii il existe de l'eau potable, il n'est plus question de ce parasite. Il en résulte encore que le mollusque envisagé comme l'hôte transitoire de cet entozoaire ne joue qu'un rôle secondaire dans la production de la maladie. Celle-ci peut atteindre les habitants de tout sexe et de tout âge, et se caractérise par les symptômes suivants :
Le malade ressent de la boulimie et éprouve une sensation croissante de pesanteur dans la région épigastrique ; en même temps le foie présente une hypertrophie considérable que l'on reconnaît à la palpation et à la percussion, souvent même à la simple inspection ; l'organe augmenté de volume s'étend souvent jusqu'à l'ombilic; son rebord est dur, uni et résistant comme dans le foie gras ; ce n'est qu'exceptionnellement qu'on y constate des inégalités de même qu'à la surface de l'organe. Parfois l'augmentation de volume est limitée au lobe gauche; elle peut même faire complètement défaut. Il n'y a pas d'ictère ou il est à peine perceptible. Dans la plupart des cas, le foie est modérément douloureux à la pression. La rate est manifestement hypertrophiée.
Dans un grand nombre de cas, l'état général ne se modifie pas sensiblement même pendant plusieurs années; car on a vu des personnes malades travailler aux champs, bien que le début de leur maladie remontât à six années. Mais tôt ou tard, malgré une alimentation abondante, l'état de la nutrition se détériore déplus en plus; il survient des diarrhées persistantes, parfois même hémorrhagiques, puis de l'ascite, de l'œdème des jambes, de la cachexie, jusqu'à ce qu'enfin les malades meurent dans l'épuisement.
Il est vraisemblable que la maladie sévit dans d'autres parties du Japon. Quoi qu'il en soit, à Okoyama, de même que dans le village de Katayama, elle a
été reconnue d'une manière certaine, pendant la vie, par la présence, dans les garde-robes, des œufs si caractéristiques du distome.
Dans deux autopsies pratiquées à Okoyama, on a trouvé le foie hypertrophié, mais de coloration normale. Sur les parois de la vésicule et des conduits biliaires se voyaient des creux et des excavations cystoïdes, dont les dimensions variaient depuis celles d'une noisette jusqu'à celles d'une noix, et qui renfermaient des centaines de petits vers de couleur rougeâtre. Ces cavités communiquaient librement avec les conduits biliaires dilatés, de sorte qu'on pouvait voir quelques-uns de ces vers évoluer librement dans ces conduits; on en a même vu deux dans le duodénum. Le tissu hépatique était atrophié dans le voisinage de ces tumeurs et des conduits biliaires. Rate hypertrophiée; catarrhe gastro-intestinal, ascite et œdème cutané.
5" Dîstoma sinensc Cobbold (D. SPATHULATUM Lcuck., D. HEPATIS INXO-
cuuM Baelz). Longueur 16 à 20 millimètres; corps lancéolé, aplati, atténué à ses deux extrémités, conique en avant, ovale en arrière, tégument lisse; ventouse buccale terminale ; ventouse abdominale un peu plus petite que la buccale, et située environ au quart de la longueur du corps ; pharynx annulaire ou légèrement ovoïde, musculeux, suivi d'un œsophage se divisant, un peu en avant de la ventouse abdominale, en deux branches longitudinales simples, terminées en cœcum. Organes sexuels disposés à peu près comme chez le D. crassum. Organes sexuels femelles avec l'oviducte, l'ovaire, etc., situés dans la par lie antérieure du corps ; organes mâles avec la vésicule séminale, le canal déférent, etc., placés dans le tiers postérieur du corps. Baelz prétend n'avoir jamais vu la vésicule séminale. Quant à l'ovaire, qui est recouvert par la glande de la coque, Mac Connell l'a considéré comme un premier testicule, de même qu'il a regardé la vésicule séminale comme un second testicule (Kùchenmeister).
On a constaté la présence d'un appareil aquifère, qui paraît renfermer un grand nombre de granulations noires.
Les œufs ressemblent à ceux de l'espèce précédente, mais ils sont un peu plus volumineux (longueur 0'"'",031 à 0""",0o6). Mac Connell a vu le premier cette espèce en 1875.
Nous empruntons à Davaine le récit de l'observation : « Un Chinois âgé de vingt ans, charpentier, souffrant depuis quinze jours d'une fièvre à ty[)e continu, meurt deux heures après son entrée à l'hôpital à Calcutta. On a pu constater la pâleur des conjonctives, l'intégrité des papilles, une insensibilité profonde, une dyspnée considérable, une distension légèrement lympanique de l'abdomen, une petitesse extrême du pouls et beaucoup de chaleur à la peau.
« Autopsie faite six heures après la mort. Péritoine sain, pas d'ascite; foie volumineux, parenchyme très-ramolli ; veines sus-hépatique et porte remplies d'un sang fluide, canaux biliaires distendus par une bile épaisse. Des incisions pratiquées sur le foie donnent issue à des corps de faible dimension, d'aspect vermiculaire, de couleur sombre. Les corps sont des douves privées de vie qui s'échappent des canaux biliaires où elles existent en quantité énorme, au point de déterminer des obstructions plus ou moins complètes. La vésicule du fiel, pleine d'une bile orange, ne contient pas de douve. Les conduits cystique et cholédoque sont libres. Les voies biliaires sont semées d'œufs et de débris d'épi-
Ihélium... Les matières intestinales, soigneusement examinées, ne contiennent pas de vers » .
Baelz a trouvé à Okoyama, dans le foie d'un phthisique, environ 50 exemplaires d'un ver qui parait être identique au D. sinense. Ce malade n'avait présenté pendant la vie aucun symptôme, ni subjectif, ni objectif, de trouble hépatique. A l'autopsie, on trouva les conduits biliaires élargis, leurs parois fortement épaissies; ils étaient remplis par une masse muqueuse lluide, jaunâtre. qui renfermait un grand nombre d'œufs de distomes, à côté de lambeaux d'épithélium cylindrique détachés de la muqueuse. Le foie n'était pas hypertrophié et ne présentait rien d'anormal du reste.
Ce même parasite fut retrouvé six mois après, également à Okoyama, à l'autopsie d'un malade mort d'une maladie du cœur.
Comme on ne sait rien sur le développement et les migrations de ce ver, on ne peut rien dire de particulier sur la manière dont se fait l'infection. Mac Connell attache une grande importance aux habitudes ahmentaires des Chinois et des Birmans, qu'il appelle à juste titre « filthy feeders », et qui se nourrissent de viande à moilié pourrie et à moitié crue, soit viande de boucherie, soit chair de poissons, d'oiseaux, etc. (Kiichcnmeister y ajoute les huîtres), et à côté de cela absorbent de grandes quantités de végétaux auxquels peuvent adhérer des mollusques.
Quant aux symptômes, ils ne paraissent point présenter de gravité, les individus chez lesquels on a découvert ces entozoaires étant morts de nialadies absolument étrangères au parasitisme et les vers n'ayant été trouvés à l'autopsie que par hasard. Cependant toute affirmation à cet égard nous paraît prématuiée.
6" Distoma conjunctum Cobbold. Cette espèce, découverte en 1858 dans un renard d'Amérique et retrouvée plus tard dans des chiens, a été identitiée à tort par Mac Connell avec un Distome trouvé par lui chez un coolie de Calcutta et qui n'est autre chose que le D. sinense.
D'autres auteurs encore ont fait la même confusion. Quoi qu'il en soit, le Ver de Mac Connell présente les caractères suivants : longueur 10 à 12 millimètres. Corps lancéolé, atténué en avant, légèrement obtus en arrière; tégument couvert de poils ou de petits piquants (ce qui le distingue nettement du D. sinense) ; ventouse abdominale un peu plus petite que la ventouse buccale; œsophage divisé en deux branches longitudinales, simples, terminées en cœcum; organes sexuels encore peu étudiés. Œufs ovoïdes, à double coutour et à contenu granuleux.
Voici en abrégé l'observation publiée par Mac Connell : Coolie âgé de vingt-quatre ans, mahomélan, entre à l'hôfHtal de Calcutta le 25 décembre 1875, pour un état fébrile qui persiste chez lui depuis deux mois, avec le caractère de l'intermittence au début, plus ou moins continu depuis sept jours. Épuisement et amaigrissement considérables. Le foie et la rate sont douloureux à la pression; la rate est hypertrophiée et s'étend jusque dans le voisinage de l'ombilic ; le rebord inférieur du foie ne dépasse pas les fausses côtes. Au bout d'une dizaine de jours, moins de fièvre ; mais il survient de la dysenterie et le malade meurt dans le collapsus, le 8 janvier 1876.
A l'autopsie, on trouve tous les organes plus ou moins anémiés; rate hypertrophiée, pulpe splénique molle, brun rougcàtre, irrégulièrement pigmentée; foie de dimensions à peu près normales, un peu ramolli à sa surface ; paren- DICT. ENC. XXX. 55
chyme ferme, mais épaissi ; conduits biliaires épaissis et faisant saillie çà et là ; en incisant l'organe on fait sortir de nombreux distomes, qui s'échappent des conduits biliaires ; la vésicule biliaire renferme environ 45 grammes d'une bile jaune verdâtre, épaisse, mais point de vers ni d'œufs ; la muqueuse, détachée par le grattage, n'en renferme pas davantage; canal cystique perméable de même que le canal cholédoque; sur une coupe du lobe droit on trouve un grand nombre de distomes dans les conduits biliaires, le pôle antérieur tourné vers la périphérie de l'organe, le pôle postérieur vers le centre; ces parasites sont isolés les uns des autres ou réunis par groupe de 2, 3, 4 individus ; muqueuse biliaire très-vasculaire, l'épithélium en voie de prolifération et recouvrant des œufs de distomes; le foie durci et examiné dans la glycérine présentait un commencement de dégénérescence graisseuse des lobules, les conduits biliaires très-dilatés et épaissis, autrement rien d'anormal; contenu des intestins coloré par la bile, point de distornes; dans le gros intestin innombrables ulcérations superficielles, pigmentées, rectum très-hyperémié ; tissu sous-muqueux partout très-épaissi . La présence des Distomes paraît avoir été ici la cause de l'inflammation catarrhale de la muqueuse biliaire, ainsi que de l'épaississement des parois et de la dilatation des conduits, mais l'obstruction n'a pas été suffisante pour déterminer de la cholémie; nulle part il n'y avait d'oblitération complète des conduits biliaires.
7° DifBtoma heferophyes Vou Sieb. Longueur 1 à l'»'",5 ; largeur 0'"'°,5. Corps rougeâtre, ovale, oblong, atténué en avant, arrondi en arrière, plat en dessous, légèrement convexe en dessus et densément couvert, surtout à la moitié antérieure, de petites épines dirigées en arrière. Ventouse buccale très-petite {0'""%15 de diamètre), infundibuliforme et presque terminale; ventouse abdominale environ deux fois plus grande en diamètre que la ventouse buccale et située un peu en arrière du milieu du corps. Pharynx musculeux, globuleux, œsophage étroit, se divisant, en avant de la ventouse abdominale, en deux branches simples terminées en cul-de-sac; pore génital situé en arrière de la ventouse abdominale et entouré d'un bourrelet des téguments, garni de soies très-petites et simulant une ventouse accessoire; testicules arrondis, placés sur un même plan de part et d'autre de la ligne médiane et non loin de l'extrémité postérieure du corps; vitellogènes peu volumineux, situés latéralement. Ovaire et oviducte occupant l'intervalle compris entre la ventouse abdominale et les testicules : œufs à coque rouge.
Les différentes phases de développement de ce Distome et les hôtes chez lesquels il vit en parasite ne sont pas connus. Bilharz l'a observé à deux reprises différentes en Egypte dans l'intestin grêle d'un enfant oiî il en existait un trèsgrand nombre. Il est très-probable qu'on pourra retrouver cet entozoaire dans le même pays, chez certains mammifères, oiseaux, poissons ou animaux à vie amphibie. La durée de son existence ne paraît pas dépasser une année (Kiichenmeister). Quoi qu'il en soit, il est peu probable qu'il occasionne des symptômes graves.
8° Distoma Ringeri Cobbold (D. puLMONALE Baelz). Longueur 8 à 10 millimètres, largeur 5 à 6 millimètres. Corps cylindrique, fortement arrondi en avant, un peu moins en arrière, de couleur rouge-brunâtre. Les mouvements rappellent ceux de la sangsue. Ventouse buccale et ventouse abdominale à peu
près de dimensions égales; la seconde nettement délimitée et comme formée à l'emporte-pièce; œufs brunâtres, à double contour, à coque mince, operculés, ayant 0'"™,08 à 0™"™,1 de longueur et renfermant des globules protoplasmiques doués de mouvements moléculaires très-actifs.
Cette espèce, dont les organes internes sont encore peu connus, a été de'couverte en J879 par Ringer dans les bronches d'un malade atteint d'hémoptysie, à Formosa. Dès l'année précédente, Baelz, de Tokio (Japon), avait trouvé dans les crachats hémorrhagiqiies des œufs de ce Distome, qu'il avait pris d'abord pour des psorospermies. C'est Manson d'Amoy (Chine) qui examina le premier le ver, plus ou moins mutilé, découvert par Ringer; Cobbold, à qui fut envoyé le même exemplaire, nomma la nouvelle espèce D. Ringeri. Baelz préfère le nom de D. pidmonale qxn a l'avantage, selon lui, d'indiquer immédiatement l'habitat ordinaire de ce ver et par suite son rôle dans la production de Yhémoptysie parasitaire. L'honneur de la découverte de cette maladie revient du reste incontestablement au professeur de Tokio.
L'hémoptysie parasitaire se caractérise par une toux légère ou nulle, par une expectoration de mucosités visqueuses, couleur de rouille, enfin par des hémorrhagies revenant pendant des années, à des époques très-irrégulières et également irrégulières dans leur intensité, qui est tantôt insignifiante, tantôt alarmante. L'expectoration de mucus rouillé persiste pendant toute la durée de la maladie.
D'après Baelz, elle est très-fréquente au Japon, surtout dans les provinces d'Okoyama et de Kumamoto, qui sont de nature volcanique de même que l'île Formosa; il est probable, si l'on y porte son attention, qu'on la constatera également aux Philippines, aux Bashees, aux Koochoos, etc., appartenant à la même formation géologique et nourrissant par suite les mêmes hôtes intermédiaires entre le distome et l'homme. La raison pour laquelle celte affection a si longtemps passé inaperçue, c'est probablement son peu de gravité et les symptômes peu pénibles qui l'accompagnent et qui ne deviennent alarmants que dans des circonstances exceptionnelles. Dans ces cas, on a dû la confondre fréquemment avec la phthisie. Cela a été le cas, entre autres pour un prince de la famille royale de Corée, qui habitait Tokio et qui vint consulter Baelz pour une prétendue phthisie. Depuis huit ans il rejetait des crachats hémorrhagiques et dans les derniers temps avait éprouvé deux hémoptysies violentes. Le malade n'offrait pas de traces de phthisie à l'auscultation, mais les crachats fourmillaient d'œufs de distome. Ce même cas permit à Baelz de conclure que la maladie existe sur le continent asiatique.
Une autopsie faite à Okoyama, sur un malade mort d'hémoptysie parasitaire, permit de déterminer le siège exact des distomes dans le poumon. Les vers ne résident ni dans la paroi, ni dans la cavité des bronches, comme on pouvait s'y attendre, mais dans des sortes de cavernes situées à lu périphérie du poumon, absolument comme certains infarctus hémorrhagiques. Ces cavernes renferment une masse diflluente, rougeàtre, contenant du mucus, des globules blancs et rouges, des éléments de tissu pulmonaire en voie de destruction et d'innombrables œufs de distomes. Leur paroi est de nature conjonctive, ferme et épaisse. Elles ne communiquent avec la lumière des bronches que par des orifices disposés en forme de crible ; c'est par ces orifices que les œufs parviennent dans les crachats.
On a cherché à se rendre compte de la manière dont se fait l'infection. Pour cela, on a observé ce qui se passe dans les crachats abandonnés dans de l'eau
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fraîche ; au bout de six seinaiues, l'embryon cilié soulève l'opercule et vient nager librement dans l'eau. On en a conclu que c'est l'eau potable ou un animal (hôte transitoire) quelconque, vivant dans les eaux de source, qui.transmet le distome à l'homme. Le reste n'est qu'hypothèses.
Quant au traitement, on a essayé sans succès apparent les inhalations de gaz sulfureux, les pulvérisations de térébenthine et les divers anthelminthiques. . Nous ne quitterons pas ce sujet sans attiier l'attenlioii sur deux points importants mis en relief par Baelz. Comme tous les mahides rejetaient dans leurs crachats un très-grand nombre de cristaux dits de Charcot, sans qu'il y eût de trace d'asthme, on peut en inférer que ces cristaux ne jouent pas uu rôle important dans la production de l'asthme.
D'autre part, vu le siège des distomes dans le parenchyme pulmonaire, sur lequel ils exercent une irritation continue, sans que le malade tousse ni accuse de douleur, on peut conclure que le tissu pulmonaire et peut-être les fines ramifications bronchiques sont insensibles et que leur irritation ne provoque pas la toux. Baelz a vu des personnes qui sont infestées de distomes depuis dix ans, sans avoir jamais toussé ni éprouvé de douleur dans la région thoracii]ue. La toux ne se produit qu'au moment où les crachats parviennent à la trachée ou au larynx, c'est-à-dire au moment où leur expulsion par l'effort de la toux devient possible. L. Haun et Ed. Lefèvre.
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