OBSERV.\T10>"S
Sur 100 prévenus jugés par les tribunaux correctionnels,
national de Bruxelles pour l'étude des questions relatives à l'alcoolisme, M. Yvernès demandait que le Congrès émît le vœu que les statistiques judiciaires d'Europe fussent rédigées de manière à faire ressortir l'intluence de
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l'alcoolisme sur la ciimiualilé. Les renseignements fournis par ces statistiques sont en elTet tout à fait incomplets à cet égard. Nous reproduisons ici ceux que M. Yvernès lui-même a pu relever d'après les documents officiels.
Le tableau qui précède est très-intéressant.
Il résulte de ce tableau que le premier principe violé par l'homme ivre, c'est le respect de l'autorité (35 pour 100 des prévenus), puis viennent ensuite l'outrage aux agents de la force publique (28 pour 100), la destruction des clôtures, de ])lants ou d'arbres (14 pour 100), les outrages à la religion ou aux ministres des cultes (15 pour 100), l'outrage à la pudeur (11 pour 100), etc.
En ce qui concerne la grande criminalité, la statistique judiciaire est malheureusement bien insuffisante. Le seul renseignement qu'elle fournisse est relatif aux crimes de meurtre commis dans les querelles de cabaret. De 1874 à 1878, ils ont été au nombre de 65 sur 622, soit un dixième.
CRIMES HE MEURTRE SlIVIS DE CONDAMNATIONS NOMBRE DES CI'.IMES COMMIS DANS DES QUERELLES DE CABARET
1874 15 sur 119 on 11 pour 100.
1875 7 sur 156 nu 5 —
1876 19 sur 1-28 ou 15 —
1877 10 sur 111 ou 9 —
1878 Iti sur i"28 ou 12 —
65 sur 622 ou 10 pour 100.
Nous compléterons en résumant les recherches de M. Colleville concernant l'influence de l'alcoolisme sur la criminalité en Angleterre. En 1877 et 1878, il a été commis 54 065 actes criminels. Le nombre des cas moins graves et sommairement jugés s'est élevé à 673 773 sur lesquels 538 232 condamnations : 445 119 hommes et 93 113 femmes. Sur ce nombre, on a relevé 194 549 cas d'ivresse avec désordres et 91,167 attentats avec violence contre les personnes, soit en tout 285 716 cas relevant de l'alcoolisme sur 676 773 cas réglés par procédure sommaire, c'est-à-dire près de 45 pour 100.
Si, aux chiffres qui précèdent, on ajoute les cas de complicité d'ivresse, de vente illégale de boissons, etc., on obtient le chiffre de 500 609 actes punissables dus à l'alcool.
Depuis dix ans, d'ailleurs, le nombre des condamnations pour ivresse avec désordre et leur proportion par rapport à la totalité des cas jugés sommairement ont augmenté peu à peu régulièrement; en 1867, le nombre des cas était de 100 557 et la proportion de 21 pour 100; en 1878, ce nombre des cas était de 194 549 et la proportion de 29 pour 100.
Sur ces derniers chiffres 44 503, soit 52 177 hommes et J2126 femmes, étaient des ivrognes d'habitude, et, sur ce nombre, 9379 (dont 5673 femmes) avaient été condamnés plus de 10 fois.
En Belgique, Ducpeliaux, inspecteur général des prisons, attribuait, après une expérience de vingt-cinq ans, les 4/5 de tous les crimes à l'abus des boissons. De 1877 à 1881, plus du tiers des personnes écrouécs dans les prisons de Bruxelles étaient en état d'ivresse lors de leur arrestation.
En Allemagne, d'a[irès une enquête officielle effectuée dans les établissements pénitentiaires, on a trouvé que 44 pour 100 des crimes ou délits commis par des hommes et 18 pour 100 de ceux commis par des femmes l'avaient été par des alcooliques. C'est surtout des crimes conti'e les personnes qu'il s'agit
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ici; les crimes contre la propriété, à part le crime d'incendie, ne se rencontrent guère chez les alcooliques.
En Suède, d'après Magnus Huss, les établissements pénitentiaires ont reçu, de 1871 à 1880, 5443 personnes dont 997, soit environ iS pour 100, étaient ivrognes. Cette proportion, qui est une moyenne, est au-dessous du chiffre réel des dernières années pour lesquelles on a lieu d'admettre 1 ivrogne sur 5 individus condamnés. Dans un de ces établissements pénitentiaires, on a trouvé, sur SOS'i détenus, que 443 étaient ivrognes à un degré supérieur : soit 15 pour 100 ; 348 l'étaient moins : soit ['■2 [miv 100, et 120 étaient ivres au uioment de la perpétration du crime. De sorte que, pour 51 pour 100 de ces détenus, l'usage des boissons alcooliques a été soit la cause principale, soit la raison concomitante du crime commis par eux.
En Danemark, de 1871 à 1880, les 74 pour 100 environ des individus arrêtés par la police se trouvaient en état, d'ivresse au moment de leur arrestation : 76,9 pour 100 pour Copenhague, 69,5 pour 100 pour les Bailliages des îles, et 67 pour le Jutland.
Un fait curieux, mais profondément regrettable, signalé par Magnus Huss dans ces dernières années, c'est l'énorme proportion d'unions dissoutes en Danemark par l'ivrognerie de l'un ou de l'autre des époux, ou de tous les deux. Sur 100 mariages dissous juridiquement, 25 le sont pour cause d'ivrognerie, avec un chiffre de 21 pour 100 pour les hommes, et de 2 pour 100 chez les femmes.
Pour la Suède, Carllieim-Gyllenskiôld (Stockholm, 1872) avait reconnu que les différences qui existent au sujet de la fréquence annuelle des divorces sont en rapport direct avec l'activité déployée par les sociétés de tempérance et les succès plus ou moins grjnds qu'elles obtiennent.
E. Influence de ValcooUsme sur la mortalité. C'est là un fait facile à constater : que les pays adonnés aux liqueurs fortes ont une mortalité excessive. Les morts subites y sont en particulier plus fréquentes. Cette mortalité générale s'explique à la fois par les prédispositions aux dégénérescences organiques et par le défaut de résistance aux maladies, chez les alcooliques.
D'autre part, si nous observons qu'à côté des familles d'ivro,'j;nes qui proci'éent des enfants infirmes et dégénérés il y a celles que l'alcoolisme plonge dans l'impuissance et la stérilité, on comprendra, api'ès tout ce que nous avons dit, combien, au point de vue de la vitalité d'une nation, il doit être indispensable d'arrêter, par le développement de l'instruction et le relèvement moral d'une part, de l'autre par la répression et l'application de lois spéciales, les progrès d'un mal qui atteint la société jusque dans ses racines.
En terminant ce court exposé des tristes conséquences de l'alcooHsme, nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici le passage d'un rapport fait aux États-Unis et cité par le docteur Richardon {Revue britannique, 1880).
« L'usage de l'alcool a causé à la nation une dépense directe de 600 millions de dollars ; il a causé une dépense indirecte de 600 mibions de dollars; il a détruit 300 000 existences; il a envoyé 100000 enfants aux asiles d'indigents ; il a fait mettre en prison et dans les workhouses au moins 150 000 individus ; il a déterminé au moins 10 000 suicides ; il a causé la perte, par incendie ou violences, au moins de 10 millions de dollors de valeurs; il a fait 200 000 veuves et 1 million d'orphelins.»
Répression de l'ivrognerif. Lois sur Vivresse. On peut dire que de
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tous temps l'ivresse fut considérée par les législateurs comme un acte condamnable, mais les peines édictées étaient plus morales qu'effectives. Nous ne saurions ici entreprendre une étude rétrospective des différentes législations sur l'ivresse, ni entrer dans des considérations spécieuses sur leur accommodement aux exigences des temps et des lieux. Nous croyons fermement que la répression de l'ivrognerie est un devoir du législateur, dont la mission toute moralisatrice sauvegarde à la fois les intérêts individuels et la destinée de la nation.
L'Angleterre, l'Allemagne, l'Amérique, la Russie, la Suède, l'Autriche et la France, ont des lois sur l'ivresse, où sont édictées des peines contre les ivrognes. Dans la plupart des autres pays, en Suisse, en Portugal, en Italie, en Danemark, etc., de même que dans les précédents, c'est plus particulièrement soit la restriction de la consommation des eaux-de-vie, soit la réglementation des débits de boissons alcooliques et la surveillance de ces établissements, que le législateur a eu en vue. La Belgique et la Hollande sont les seuls qui laissent une entière liberté aux débitants de boissons.
Il ne faudrait point trop nous illusionner sur la nature des mesures restrictives prescrites par la loi, leur application dans ce qu'on appelle V autorisation vise bien plus souvent un intérêt fiscal qu'un intérêt hygiénique. Il n'y a qu'une législation en Europe, la législation suédoise, qui tend sérieusement à la réduction du nombre des débits de boissons alcooliques. En France, l'ivresse n'est légalement réprimée que depuis 1873; voici le texte de la loi votée le 23 janvier 1873 et dont nous aurons à apprécier les résultats obtenus jusqu'ici :
LOI TENDANT A RÉPRIMER L'IVRESSE PUBLIQUE ET A COMBATTRE LES PROGRÈS DE