‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.31Chapitre 45 sur 67 · CONSOMMATION · texte numérisé non relu

CONSOMMATION

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La similitude des résultats est complète pour les quatre premières régions, et le nombre des poursuites est en raison directe de la consommation de l'alcool, mais il n'en est pas de même pour les trois autres : le sud, où chaque habitant consomme, en moyenne, l''',19 d'alcool, ne fournit que 4 poursuites sur 100, tandis que le sud-est en donne 9 pour 100, bien que la consommation de l'idcool y soit moindre que dans le sud. Urie déduction indiscutable de ce q^ui précède: c'est que les poursuites sont bien plus fréquentes dans les départements qui consomment des alcools d'industrie que dans ceux qui récoltent et consonmient des alcools de vin. C'est donc sur la fabrication et la vente des boissons spirilueuses que doit se porter l'attention des autorités.

Maisons de saînti^ pour les ivrognes. On ne peut se dissimuler, malgré les bons résultats qu'on est en droit d'espérer des mesures prohibitives et de la répression légale, qu'il est tout un côté de cette question de la prophylaxie de l'alcoolisme pour lequel la loi, qui ne vise que le délit public, reste étrangère, et que l'éducation morale seule se trouve en droit d'envisager. C'est dans ce cas que liniliative privée intervient avec avantage et réussit à prévenir le mal par la persuasion et par l'exemple. C'est l'œuvre des Sociétés de tempérance dont nous n'avons pas à f'ïire l'histoire ici, un article spécial leur étant consacré

EAUX-DE-VIE (hygikne). 6i7

dans ce Dictionnaire. Si de pareilles sociétés, qui sont du ressort de la prophylaxie, ont pour objectif la sobriété première qui met à l'abri du vice de l'ivrognerie, il est une autre institution du ressort de la thérapeutique qui a pour but de ramener à la sobriété le buveur qui ne peut s'empêcher de boire. C'est là l'œuvre des hôpitaux, retraites ou refuges d'ivrognes.

On connaît le proverbe : « Qui a bu boira. » Combien de buveurs ont conscience des conséquences funestes de leur passion invétérée sans pouvoir se soustraire à l'empire de l'habitude, mais combien aussi parmi ceux-là, une fois éloignés du milieu où résident les enlraînements de chaque jour, pourraient encore être guéris du vice fatal de l'ivrognerie ! « La loi, dit avec juste raison M. Berthelot, poursuit le scandale de l'ivresse, mais délaisse le buveur en péril.»

Incapables de se corriger d'eux-mêmes, il faut donc venir en aide à ces malheureux avant que la folie ou le crime ne s'en emparent. C'est à l'heureuse influence de l'isolement, de la réclusion tenqioraire sur les personnes victimes des abus de l'alcool, que l'esprit philanthropique doit s'appliquera avoir recours. Tel est le but poursuivi en Angleterre et aux États-Unis, dans ces pays de grands buveurs, par des institutions dues jusqu'ici, il est vrai, à l'initiative privée, mais, auxquelles l'Etat a été amené à s'intéresser. 11 s'agit des Inebriate Homes et Drunkards' Homes, maisons destinées à recevoir les buveurs incapables de se corriger eux-mêmes. L'idée de ces hôpitaux d'ivrognes est née en Améiique. Dès le commencement du siècle, Benjamin Rush en réclamait la création, mais ce n'est qu'en 1857 que le premier fut fondé à Boston, sous le nom de « Washingtonian Home. »

Depuis lors, il en a été créé à Binghampton, à New-York, à Brookliii, à Chicago, à Baltimore, à San-Francisco, au Canada, etc. Dans presque tous ces asiles, les pensionnaires jouissent de la plus grande liberté, peuvent aller et venir, sortir dans la journée pour vaquer à leurs affaires. Ils ne sont soumis qu'à une sorte de contrainte morale, à la force delà persuasion. Dans quelques-uns, appartenant aux villes ou subventionnés par l'Etat, à côté des pensionnaires payants, toujours libres de s'en aller quand ils veulent, se trouvent des indigents placés d'office par ordre des magistrats ou transférés des prisons de la ville.

Le principe de la liberté laissée aux malades dans ces établissements ne semble pas avoir amené de brillants résultats. Lc^ plupart des médecins et directeurs protestent aujourd'hui contre cette liberté et paraissent sans confiance dans le succès tant qu'ils ne seront pas armés du droit de séquestration. Mais que devient alors le principe même de l'œuvi'c?

En Angleterre, « la Société pour l'obtention d'une loi sur l'internement et le traitement des ivrognes », dont l'importance s'accroît chaque jour, a demandé l'ingérence directe du gouvernement. La question fut portée devant la chambre des communes par le docteur Cameron, et un « act » fut promulgué au 1" janvier 1880 dans lequel cependant le principe de la liberté individuelle était avant tout sauvegardé. Cet u act » est intitulé : Ln « Act » pour faciliter le contrôle et la guérison des buveurs habituels, et par ahïé\idlioii HabitualDrunkard's Act. 11 y est dit que Habituai Drunkard signifie une personne, homme ou femme, qui, ne pouvant être soumise à aucune juridiction pour lolie, peut cependant, par suite d'un usage immodéré de boissons ou de liqueurs nuisibles, être, à un moment donné, dangereuse à elle même ou à autrui, ou est incapable de se conduire elle-même ou de conduire ses affaires.

Ainsi que l'a fait remarquer M. Berthelot dans sa communication à lu Société de

(318 EAUX-DE-VIE (thérapeutique).

médecine publique de Paris, cet « act » , qui ne doit avoir que dix années d'existence, après avoir demandé une longue élaboration, est loin de satisfaire les partisans de la mise en tutelle des ivrognes. L'action de la loi ne dépasse pas en effet l'intention du médecin, ni l'acte volontaire du patient. L'État ne prend à sa charge ni la création, ni la subvention d'un asile, n'accordant son appui moral et l'aide de son autorité qu'aux maisons réunissant les conditions prescrites par r « act » .

Quoi qu'il en soit, le résultat jusqu'à présent est que les buveurs aisés seuls peuvent profiter de ces établissements et que « la masse misérable des victimes de l'alcool demeure sans aide et sans appui, continuant à être un sujet de scandale et une cause de perte pour la Société. » Alexandre Laïet.

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§ IL Thérapeutique. Par son action physiologique et ses applications thérapeutiques, l'histoire médicinale de I'eâu-de-vie est tellement liée à celle de l'alcool, qu'il est impossible de traiter de l'une sans toucher à l'autre. En écrivant dans le second volume de ce Dictionnaire la thérapeutique de l'alcool, la plume si compétente du professeur B^hier a donc beaucoup simplifié notre tâche.

Toutefois, la médication interne dite alcoolique vise beaucoup plus, en réalité, l'emploi des eaux-de-vie, du rhum et du vin, que celui de l'alcool proprement dit, lequel est essentiellement un agent topique, anestliésiant, antiseptique et caustique. D'un autre côté, Béhier écrivait son article en 1865, et, depuis dix-neuf ans, l'expérimentation a fixé, sur ce sujet, plus d'un point douteux, en même temps que la clinique en a mieux précisé les indications thérapeutiques.

Au double point de vue de la doctrine et des applications pratiques, il convient donc de reprendre ici, au sujet de l'eau-de-vie, une bonne partie de cette étude.

Tout alcool étendu d'eau, et compris entre 30 et 55 degrés centigrades, peut prendre le nom d'eau-de-vie. Cet alcool est chargé d'une petite quantité d'huiles éthérées, et d'un aldéhyde œnanthique qui lui communique avec le temps, et au contact du fût, un bouquet spécial. Les eaux-de-vie de merisier (kirsch); de riz (rack); de genièvre (gin), utilisées surtout dans le nord de l'Europe, ne conviennent pas à la médication étudiée ici. Seule* les eaux-de-vie de vin

EAUX-DE-Vlli (IHKRAPEUIIQUE). 619

blanc brûlé et le rhum, produit de la fermentation de la mélasse de la canne, doivent être choisies comme types thérapeutiques. Le tafia, qui se retire des débris mêmes de la canne à sucre, peut être considéré comme un produit déjà impur. L'alcool qui fait la base des eaux-de-vie de qualité est l'alcool élhylique, C^H^O (formule atomique). On doit le considérer comme le moins toxique; il est, en tout cas, de beaucoup préférable à l'alcool amylique, et il convient en général de se rattacher à l'opinion de Rabuteau, qui a formulé la loi suivante :

« Les alcools sont d'autant plus toxiques qu'ils contiennent un plus grand nombre de fois le groupe GH*, ou que leur poids moléculaire est plus élevé. » En prenant cette loi à la lettre, l'alcool méthylique (esprit de hois), CH'O, étant le plus élémentaire, devrait être le meilleur; mais, outre que sa saveur serait peu acceptable, il ne renferme pas assez d'éléments combustibles pour réagir physiologiquement dans un milieu Irès-hydralé. 11 faut donc s'en tenir aux eaux-de-vie de vin ou de canne.

Les vins de France sont universellement reconnus en Europe comme fournissant l'eau-de-vie la plus facilement maniable en thérapeutique. C'est la seule aussi qui constitue une liqueur à la fois réconfortante et suave.

Le rhum vieux de la Jamaïque arrive en seconde ligne.

L'arrondissement de Cognac, dans le département de la Charente, et plus spécialement les cantons de Segonzac, Jarnac, Neuvic, Matha, sont le foyer de cette production unique au monde par la suavité de son arôme et la rectitude de son goût. C'est l'eau-de-vie connue sous les dénominations de fine Champagne, eau-de-vie des bois, fin cognac. Le sol spécial favorable à ce produit s'étend sur le département limitrophe de la Charente-Inférieure; les arrondissements de Cognac, de Saintes, de Saint-Jean d'Angély et de Jonsac — ce dernier surtout — sont le centre d'un commerce d'eau-de-vie très-actif; c'est la patrie du cognac ordinaire.

L'ancien pays d'Armagnac, et particulièrement le département du Gers, produit également une eau-de-vie parfaite, avec un bouquet moins accentué, mais d'une grande finesse. Ces deux sortes d'eaux-de-vie doivent figurer au premier rang, au double point de vue de la thérapeutique et de l'hygiène. On ne doit pas oublier enfin que les meilleurs vins d'Europe ont l'alcool éthylique pour base et que le vin est souvent la forme la plus appropriée à l'application de la thérapie alcoolique. Aussi les considérations physiologiques et cliniques qui vont suivre, tout en visant plus particulièrement l'eau-de-vie, s'appliquent-elles, pour une bonne part, à l'emploi médicinal des vins.

Nous divisons cette étude en trois parties:

La première expose, dans une revue critique, les données actuelles de la science sur le sujet, tant au point de vue expérimental qu'au point de vue clinique, en Allemagne, en France et en Angleterre.

La seconde conclut, en s'appuyant sur la première et, aussi, sur de longues années d'observation dans nos services hospitaliers, au sujet de ce qu'on nomme la physiologie thérapeutique du médicament.

La troisième résume les applications cliniques, en exposant les espèces morbides sujettes au traitement par l'eau-de-vie, avec relèvement des indications et des contre-indications.

Première partie. Revue critique. On a tant écrit sur les effets physiologiques et cliniques de l'alcool, de l'eau-de-vie, des vins généreux, qu'on encom-

brerait des volumes avec la seule énumération des travaux sur ce sujet. Nous ne referons pas ici une littérature médicale qu'on peut retrouver partout. L'Allemagne, la France et l'Angleterre, n'ont cessé depuis trente ans d'étudier, au triple point de vue de l'hygiène, de la thérapeutique et de la toxicologie, la question des eaux-de-vie. Nous pensons qu'un résumé succinct des principaux faits acquis depuis dix années dans les centres scientifiques les plus renommés d'Europe fournit une introduction naturelle à l'exposé de nos propres recherches. C'est aussi le meilleur moyen d'assurer, par le recueil et la confrontation des documents d'origine différente, une base impartiale à des déductions qu'il convient de dégager de tout caractère personnel.

Résumons d'abord les documents puisés à la source allemande.

On sait que, contrairement à l'opinion de Nasse qui, dès 1845, posait la médication alcoolique comme hypothermisanle et spoliatrice, Liebig voyait, dans l'utilisation modérée de l'eau-de-vie, soit comme aliment hygiénique, soit comme agent d'épargne, un élément de caléfaction et de résistance aux combustions (ébrilos. 11 arguait de la disparition, après un très-petit nombre d'heures, de la plus grande partie de l'alcool absorbé, pour admettre une oxydation d'abord, puis des réductions dont il indiqua la formule théorique, sans pouvoir en constater le produit. L'eau-de-vie devait passer d'abord à l'état d'aldéhyde, puis d'acide acétique et d'acide oxalique. Des composés salins se formaient dans le milieu alcalin du sang : les acétates, transformés finalement en carbonates et en eau, abandonnaient l'organisme principalement par la voie des urines.

Subbotin et Voit ont épousé depuis une bonne part de ces idées de Liebig. Mais ils n'ont pas mieux réussi à exhiber les différentes formations chimiques, en tant que produits nettement isolés.

L'école adverse, représentée en Allemagne par Hermann, trouva des avocats convaincus : mais même parmi les contradicteurs de Liebig la théorie de Lallemand, Perrin et Duroy, ne fut qu'incomplètement acceptée. Les expériences de C. Binz et de Ueubach prouvèrent qu'il était inexact que, dès les premières heures, 16 pour 100 de l'alcool ingéré s'éliminât en nature, ainsi qu'on l'avait affirmé, par le poumon. La vérité serait que les poumons n'éliminent au contraire qu'une infime quantité d'eau-de-vie pure. Car il ne faut pas confondre avec l'alcool l'odeur des huiles éthérées et des essences empyreumatiques qu'exhale souvent la bouche des ivrognes. Ce sont là des produits difficilement combustibles. Mais un buveur délicat qui se lave soigneusement la bouche ne fournit par la respiration aucune émanation d'alcool. Que devient donc cette eau-de-vie, que Schulinus et Bucheim démontrent avoir disparu pour plus de 1/4 deux heures et demie après l'ingestion? Nolhnagel et Rossbach déclarent qu'aujourd'hui même il est difficile de rien fournir de positif à ce sujet.

La théorie de l'élimination en nature, basée sur la constatation d'une certaine quantité d'alcool dans le tissu des parencliymes, devait se heurter d'ailleurs, en Allemagne même, à des objections d'un autre orure. Hoppe-Seyler et Rajewski ont retrouvé soit les éléments de l'alcool, soit l'alcool tout formé, dans les muscles, le cerveau, le foie, d'animaux restés étrangers à toute ingestion d'eau-de-vie.

Schulinus reconnaît bien que la plupart des viscères, surtout le cerveau, les muscles, le poumon et le rein, s'assimilent avec avidité l'alcool, qui s'hydrate

EALiX-DE-V)K ( tiikrapeiitioi k). 621

aux dépens de leurs liquides, mais il prétend qu'on a singulièrement exagéré ce pouvoir assimilateur.

Quant à l'action directe de l'eau-de-vie sur le sang, les recherches de Manassein méritent d'être notées. Cet expérimentateur a montré que chez les animaux, alors même que la fièvre diminue le volume de leurs globules rouges, ce volume est considérablement accru au contact prolongé de l'eau-de-vie : d'où la supposition d'une plus riche oxydation du globule.

Schmiedeberg, qui a battu du sang avec de l'alcool, a constate qu'après le mélange ce sang résiste nii?nx aux réducteurs ordinaires. On en a induit, en Allemagne, une fixation plus intime de l'oxygène sur l'hémoglobine. Ces expériences, pratiquées en dehors du milieu vivant, n'autorisent peut-être pas de telles inductions. On peut bien y voir un argument en faveur des théories qui font de l'alcool un hypothermisant, mais nous verrons bientôt que l'alcool, au contact du sang, parait s'oxyder au détriment de l'oxyhémoglobine, pour passer à l'état acétique. Ce serait donc plutôt l'alcool qui soustrairait l'oxygène au globule que le globule qui le retiendrait au contact de l'alcool, et l'augmentation momentanée de volume que présente le globule serait due sans doute à un travail particulier de fermentation, qu'il subit du fait même du contact de l'alcool : Pasteur considère le globule sanguin comme une cellule ferment'.

Que pense-t-on, en Allemagne, du pouvoir antiputride de l'eau-de-vie? Onsail que les viscères enveloppés d'une couche d'alcool dilué se conservent préservés de la putréfaction, pendant un temps considérable. Cette propriété de l'eau-devie peut elle être invoquée comme un coefticient de réelle importance dans la médication des pyohémies? Cari Binz, après avoir prouvé l'énorme dihition de l'alcool dans les grandes masses liquides de l'organisme (cette dilution est, pour 50 grammes d'alcool ingéré par un homme de 75 kilogrammes, de i/lOOO), Garl Binz, disons-nous, reconnut que les propriétés antifermentescibles de l'eau-de-vie telle que les malades la consomment doivent être bien faibles. Il ajoute que les cadavres des ivrognes se putréfient comme les autres. On pourrait répondre à cela que cette putréfaction est un argument contre l'hypothèse de la conservation de l'alcool en nature dans le milieu intérieur. C'est Yacetonémie et non Valcooihémie qui domine dans le sang de l'ivrogne succombant à ses abus de régime.

Quels sont les effets de l'eau-de-vie sur le centre circulatoire? Des doso^ modérées n'exercent aucune influence notable : de fortes doses affaiblissent l;i kinésie cardiaque (d'environ 1/20) : la pression sanguine baisse (de 1/6) (Rossbach). Une surexcitation des centres nerveux bulbo-médullaireet cardiaque serait la cause de cet abaissement de pression.

La respiration serait impressionnée comme le cœur; accélérée d'abord, puis bientôt ralentie : le tout sous l'influence d'une incitation du pneumogastriques (Nothnagel et Rossbach).

Un rapport assez intime rattache l'état de la température à celui de la circulation. La majeure partie de l'école allemande se rallie par la plume de C. Binz à l'opinion de Nass, et admet que le rôle de l'eau-de-vie, dans les fièvres, est un rôle antipyrétique et hypothermisant.

Schulinus, étudiant l'action de l'eau-de-vie sur les centres nerveux, principa-

1. On doit d'ailleurs considérer comme non encore tranchée expérimentalement la (juestion de savoir par quel procédé intime l'alcool s'oxyde en présence de roxyhémoglobine.

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lement sur le cerveau, attribue à l'alcool le pouvoir d'altérer cliimiquemenl le contenu même des cellules nerveuses. Est-ce la substance grasse, la lécitliine, l'albumine ou l'eau intra-oellulaire, qui sont touchées? On l'ignore. Ce sont les ganglions de la substance grise du cerveau qui sont les premiers atteints : ainsi s'expliquerait la rapide explosion de l'excitation psychique. Déjà Cl. Bernard avait démontré l'hyperéinie considérable du cerveau chez les intoxiqués par l'alcool. D'autre part les expériences très-récentes de M. (]outy concluent à une légère incitation cérébrale par l'eaw-de-vie. Plus tard survient, avec la désorganisation, l'annulation de l'activité de l'intellect. En tout cas, les appareils de lu sensibilité sont toujours paralysés bien avant ceux de la motricité.

Les muscles striés se saturent rapidement d'alcool (Schulinus). Cependant les recherches de H. Ranke ont prouvé que la myosine en solution résiste longtemps au contact de l'alcool : il faut faire remonter aux centres nerveux cette influence sur les muscles.

Voyons enfin quelle est l'opinion des Allemands sur l'action de l'eau-de-vie, par rapport aux échanges nutritifs.

Rossbach et Nothnagel résument des faits très-intéressants à ce sujet. De petites quantités d'eau-de- vie (il s'agit d'expériences pratiquées sur des chiens) diminuent l'élimination de l'acide carbonique et l'absorption de l'oxygène, mais ceci dans un rapport proportionnel normal, de telle sorte qu'on ne peut en induire aucune conclusion touchant l'activité des combustions intra-organiques ; mais seulement un ralentissement et une diminution dans le nombre et l'étendue des inspirations pulmonaires. Si la dose est forte, il y a d'abord augmentation de l'urée excrétée et de l'acide carbonique expiré. Ce premier résultat, dû à l'action toxique de l'alcool, serait bientôt suivi d'une diminution constante, quoique variable en quantité, de l'élimination de l'urée et de l'acide carbonique.

L'école allemande presque tout entière se rallie donc aujourd'hui à l'opinion qui fait de l'alcool un agent d'épargne, un antidéperditeur. Bauer, Von Bœch, Fokker, Strûbing, Zùlzer, adoptent cette théorie. 11 importe de remarquer que ces expériences ont été faites en général sur le chien ou le chat, animaux d'un choix mauvais, parce qu'ils vomissent les boissons alcooliques. Les races humaines même diffèrent entre elles à ce sujet. Les Anglo-Saxons et les Germains supportent mieux l'alcool que les nations latines.

Le grand physiologiste Voit émet sur le rôle antidéperditeur de l'eau-de-vie des considérations qu'il importe dénoter. 11 place l'eau-de-vie à côté de l'amidon, comme aliment susceptible de ralentir la dénutrition ; il lui attribue la propriété de retenir les corpuscules gras dans la trame des tissus. Il montre comment l'eau-de-vie, absorbée en excès, peut conduire à la polysarcie d'abord, à la dégénérescence graisseuse ensuite. Subbotin intervient dans le même sens et dit que, loin de se réjouir d'engraisser sous l'action de l'eau-de-vie, on doit y voir une preuve de dépression nutritive.

Enfin, Binz et Voit tombent d'accord pour reconnaître que l'eau-de-vie consommée sans excès fournit à l'organisme une véritable force de résistance. Elle soutient les fébrieitants et stimule l'activité fonctionnelle des travailleurs astreints aux fatigues corporelles.

Tel est, en résumé, le bilan des travaux germaniques les plus dignes de crédit sur le sujet. Voyons maintenant comment la même étude a marché en France.

Chez nous comme en Allemagne, deux camps se formèrent tout d'abord. Tandis que Bouchardat et Sandras concluaient dans le sens de Liebig, en faveur

des oxydations et réductions de l'alcool dans nos tissus, Lallemand, Perrin et Duroy, produisaient avec éclat des expériences tendant à établir que l'alcool séjourne dans le sang à l'état naturel, et que, pour la plus grande part, il s'élimine indécomposé, par les émonctoires normaux. Nous ne referons pas ici l'historique d'une polémique scientifique qu'on peut trouver partout depuis vingt ans. Bornons-nous à dire que, parallèlement aux deux théories physiologiques, deux méthodes thérapeutiques prirent naissance : les adeptes de Bouchardat, considérant l'eau-de-vie comme un stimulant diffusible, pyrétogène, qui apporte à la fièvre un aliment et au malade un reconfort fonctionnel ; les partisans de Lallemand, Perrin et Duroy, pour lesquels la médication alcoolique est stupéfiante, hypothermisantc et spoliatrice. Dans la première école, l'eaude-vie se pi'escrit très-étendue d'eau. Dans la seconde, on l'ordonne concentrée et à doses plus fortes.

Dès 1868, Trousseau et Pidoux se prononçaient avec beaucoup de bon sens sur ce débat : le problème ne leur paraissait pas résolu par les expériences de Lallemand. Ils n'admettaient pas qu'on pût dire, ainsi qu'on le répète chaque jour, que l'eau-de-vie réduit la dépense organique, de telle sorte que l'ouvrier qui a bu la goutte le matin travaille en dépensant moins de forces. Le sens commun dit que l'on ne peut fournir de travail sans dépenser de la force : si l'alcool permet d'en dépenser moins, c'est qu'il devient aliment; autrement, la réduction de dépense est chimérique : on ne peut pas supprimer la loi de l'équivalence des forces. En pathologie, il est loisible de relever les forces d'un fébricitant de deux manières, soit en alimentant la combustion, soit en la diminuant ; selon le mode d'emploi, l'eau-de-vie pourrait fournir ces deux effets.

Un autre maître, aussi savant que modeste, Hirtz, estimait que l'eau-de-vie, par son extrême combustibilité, ne saurait échapper à des transmutations chimiques ; qu'elle devait en même temps diminuer la combustion de sautres éléments de caléfaction organique. Il voyait, dans l'aviditéde l'alcool pour l'oxygène, une entrave à l'artérialisation du sang,' mais il faisait de grandes réserves pour l'application de la méthode de Todd, ne l'acceptant absolument que dans les fièvres ataxo-adynamiques et les affections apyrétiques à forme larvée.

Il faut aussi noter l'appréciation de Fonssagrives, en lui accordant la valeur qui s'attache légitimement aux inductions de cet éminent maîtie. Fonssagrives n'a jamais accepté les affirmations paradoxales de l'école anglaise, faisant de l'eau-de-vie un hypokinélique cardiaque et un spoliateur direct de calories. Il établit premièrement que l'alcool à petites doses augmente la chaleur organique. 11 ajoute : « Je ferai remarquer que, si l'on donne à un individu en état d'asthénie et dont le pouls est par cela même rapide une certaine quantité de vin ou d'eau-de-vie, le pouls devient moins fréquent parce que V asthénie diminue, et non parce que l'alcool exerce sur le cœur une action sédative. 11 y a là deux choses qu'il ne faut pas confondre. L'alcool, à mon avis, n'agit pas seulement par absorption : dès l'arrivée d'un peu d'eau-dc-vie dans l'estomac et presque instantanément, le cœur se met à battre avec force. Il faut y voir l'effet d'une stimulation réfléchie des nerfs de l'estomac sur ceux du cœur. >.

Ainsi, pour Fonssagrives, l'eau-de-vie est surtout, en réalité, un stimulant

cardio-vasculaire.

M. Kabuteau, à la suite de recherches personnelles, se prononce dans un sens peu conforme aux observations journalières de la clinique française. Il se rallie

C>U EAUX-DE-VIE (thkrapkutiqle).

sans réserve (p. 146 de ses Éléments de thérapeutique, éd. de 1872) à l'opinion d'après laquelle l'alcool s'éliminerait de l'orgîmismo en nature, ayant pour propriété physiologique et thérapeutique de ralentir la nutrition et d'abaisser la température'. Nous verrons plus loin (jue des expériences plus complètes mettent à néant une partie de ces affirmations. L'alcool ne s'élimine réellement (et, d'ailleurs, en quantité toujours minime), sans s'être oxydé, puis réduit, tju'autant qu'il a été donné à doses excessives, ou par une autre voie que la voie gastrique. Quand il fait tomber la chaleur chez les fébricitants, c'e>t par intervention substitutive et vicariante, en fournissant aux combustions un aliment qui ménage la désassimilation des principes albuminoïdes.

J'ai liàle d'arriver à l'opinion de Gubler qui, dans les dernières années d'un enseignement supérieur à tous les titres, a retracé l'histoire vraiment magistrale de la médication alcoolique. Voici le résumé de sa doctrine, qu'aucune recherche postérieure — nous le verrons bientôt — ne devait détruire dans ses parties essentielles. Étudiant premièrement l'action topique de l'eau-de-vie, Gubler prouve qu'après l'effet d'aslriction l'impression produite est toujours celle de la chaleur. Jamais de sensation de froid. On a ingéré de l'alcool à 70 degrés au-dessous de zéro : pas de réf)igération. L'ingestion de l'eau-de-vie dans l'estomac stimule par diffusion réflexe. A petite dose, action eupeptique; à haute dose, arrêt de digestion, ainsi que l'avaient déjà avancé Magendie et Cl. Bernard. L'abus des quantités influe sur la durée et la gravité des lésions organiques de tout ordi'e. Verneuil a constaté que l'alcoolisme chronique crée une prédisposition fâcheuse pour l'intervention chirurgicale dans les traumatismes. Il convient d'ajouter que les buveurs génèrent des enfants malingres, prédisposés à la tuberculose.

Gubler, étudiant les déformations de l'eau-de-vie dans l'organisme, n'admet point, avec Lallemand, Perrin et Duroy, l'élimination de l'alcool en nature, sauf pour une trcs-faible part. Dès les premières voies, il indique une transformation en acide acétique, puis probablement en acide lactique. Cette quantité seulement s'éliminerait en nature, qui n'a pu trouver assez d'oxygène pour s'oxyder dans le sang. Gubler admettait l'hypothèse de la succession suivante de métamorphoses chimiques : aldéhyde, acide acétique, eau et acide carbonique; hydrogène et oxyde de carbone. Le poumon, la peau, le rein, éliminent tout ce qui ne s'emmagasine pas.

11 réfuie les théories les plus en renom : 1" eau-de-vie, aliment respiratoire. Gubler répond simplement qu'il n'admet pas qu'on puisse appeler aliment un principe volatile éminemment diffusible; à ses yeux, l'abment implique l'idée de plasticité; 2" eau-de vie, agent antidéperditeur. C'est la théorie de Bocker; l'alcool cimenterait l'union de l'oxygène avec les globules, et s'opposerait ainsi aux échanges gazeux. Schiitz prend la moitié de la théorie et fait de l'eau-de-vie un agent d'épargne, ce qui est rationnel. Gubler combat l'aflirmation de Bocker, en s'appuyant sur ce que l'ingestion de l'eau-de-vie produit de la force, ce qui ne serait pas, si l'eau-de-vie entravait les échanges gazeux ; 3" eau-de-vie, agent anoxémiant. Ce serait l'effet de l'alcool agissant en nature, dans son unité irréductible. Gubler combat cette opinion en rappelant les expériences de Liebig et Bouchardat. L'odeur d'aldéhyde exhalée le lendemain d'un excès par l'haleine des ivrognes est significative.

1. Nous croyons que depuis quelque temps M. Rabuteau a modifié dans le sens des idées généralement acceptées aujourd'hui son opinion prenjiére.

EA.UX-DE-VIE (thérapeutique). 625

L'alcool est : C^H«0. „ , ,. , ,.,.,. • - ^

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Quant au fait certain de la diminution de l'acide carbonique expiré, quelle est sa vi'aie cause? Une solution alcoolique retient bien plus solidement l'acide carbonique que ne le fait l'eau pure : aussi Gubler se demande-t-il si la présence de l'alcool dans le sang, au lieu de diminuer les combustions, n'empèclie pas plutôt l'émission de l'acide carbonique; A° Veau-de-vie, agent asphyxiant. A haute dose, cela est certain, mais nous sommes alors en présence d'effets toxiques, non plus thérapeutiques.

Après avoir ainsi battu en brèche les principales théories, Gubler expose la sienne, distinguant les doses moyennes et les doses massives. 11 fait de l'alcool dilué et pris modérément un véritable stimulant, qui excite au passage les parenchymes et les émonctoires qu'il traverse. En ce moment, la chaleur périphérique augmente légèrement, la circulation s'accélère, une diaphorèse se produit. Une partie de l'alcool est brûlé : un certain nombre de calories viennent donc s'ajouter à la température première. A forte dose, l'eau-de-vie imprègne les éléments nerveux, les dispose à la stupéfaction, à la narcose, à l'anesthésie. Puis les battements du cœur se ralentissent, la température tombe avec le pouls, la cyanose survient. Gubler l'attribue à la présence, dans le sang, de l'acide carbonique, du gaz des marais, de l'oxyde de carbone. Les plus récentes analyses n'ont point montré ces produits, maisl'éther acétique uni à l'alcool suffit à l'explication de ces symptômes.

L'idée dominante du professeur Gubler est que l'alcool agit comme afférent de chaleur, qu'il brûle en partie dans le milieu intérieur et que cette combustion doit ralentir, dans un rapport proportionnel à la chaleur produite, la combustion des tissus et l'épuisement qui en résulte. Dans son dernier enseignement (1877), Gubler en était venu à proscrire en thérapeutique les fortes doses d'alcool. Il résume ainsi les indications générales : Toutes les fois qu'une pyrexie évolue franchement une marche cyclique régulière, l'alcool est inutile. Alors la production de l'urée augmente dans des proportions souvent énormes, l'acide urique aussi ; dans ce cas, il faut rafraîchir et non chauffer le malade. L'eaude-vie convient au contraire dans les fièvres ataxiques, dans les adynamies, dans les septicémies, dans les collections purulentes latentes, dans les fièvres frustes et larvées.

On peut dire que cet enseignement de Gubler a fixé en France la doctrine classique, touchant les propriétés physiologiques et les indications thérapeutiques de l'cau-de-vie. Voyons jusqu'à quel point cette doctrine concorde avec les communications plus récentes faites au sein de nos Sociétés savantes et basées sur l'observation la plus rigoureuse.

A la Société de biologie, le 14 février 1880, M. Leven a exposé des expériences qui fixent l'action de l'eau-de-vie et du vin sur la digestion.

200 grammes de viande cuite ont été mêlés à 75 grammes d'eau-de-vie et donnés à un chien de taille moyenne. L'animal a été immolé cinq heures après, et la nécropsie a prouvé qu'une forte dose d'eau-de-vie enraye la digestion. Le liquide trouvé dans l'estomac ne renferme que très-peu d'acide chlorhydrique ; pas de pepsine. Par contre, M. Leven donne à un chien de même taille la même quantité de viande, avec25 grammes seulement d'eau-de-vie. L'autopsie montreque,cinqheures après, 150 grammes de la viande sont parfaitement digérés. Le liquide contenu dans l'estomac était plus acide (2e%42 au lieu de le%90 d'acide chlorhydrique).

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