DICT. ESC. XXXI
L'emploi du vin donne les mêmes résultats. M. P. Bert est intervenu dans la discussion pour dire que, si l'on avait immolé le deuxième animal deux heures et non cinq heures après le repas, on aurait constaté que l'animal alcoolisé par de petites doses était, comme le premier, en retard pour la digestion. Mais il reconnaît que, finalement, et par suite d'une action première sur les centres nerveux, l'eau-de-vie à petites doses facilite la digestion. M. Leven réplique que, sous l'action topique de petites doses, le suc gastrique se sécrète très-vite : il y a donc action locale. En somme, la donnée physiologique qui reste arquise est que de petites doses d'eau-de-vie facihtent la digestion stomacale des viandes.
Voyons maintenant ce que devient l'eau-de-vie dans l'organisme. Nous allons le demander aux conclusions du remarquable mémoire communiqué à la Société d'émulation de Paris, en octobre 1881, par M. Jaillet. L'auteur établit que le sang mêlé à de l'alcool, en présence de l'oxygène, transforme cet alcool en e'ther acétique. Ce produit résulterait de ce que le globule sanguin, considéré par Pasteur comme une cellule-ferment, agirait, en présence d'un milieu alcalin, comme la levure de bière. Absorbé par l'bémoglobine, l'oxygène acquerrait une telle activité de pouvoir oxydant, qu'il transformerait promptement et totalement l'alcool jeté dans le milieu hématique. Une partie de l'alcool reçu se détruit d'ailleurs dès son premier séjour dans le tube digestif. Les ferments salivaire, peptique, pancréatique, le modifient. Parvenu au foie, l'eau-de-vie qui n'a pas été détruite est prise par les veines caves, qui la portent au cœur, puis au poumon; et c'est à la surface du poumon c[a'une petite quantité' s'élimine en nature. Mais au moment même de l'hématose la presque totalité se transforme en acide acétique. Les acétates formés ensuite se répandent dans la grande circulation pour brûler dans l'intimité des capillaires. L'odeur acétique eb éthérée qui s'attache à l'homme ivre prouve, selon M. Jaillet, que l'oxydation de l'alcool se fait en grande partie dans la circulation pulmonaire. Quand l'alcool a été injecté par voie sous-cutanée ou vasculaire, le processus chimique est tout autre, les ferments n'ayant pu agir. Les contradicteurs de Liebig, Duchek, Bouchardat et Sandras, qui ont voulu nier la théorie des réductions de l'eau-de-vie en se basant sur l'administration de l'alcool en dehors de la voie gastro-duodénale, ont donc pe'ché par la hase. L'eau-de-vie, mise directement en rapport avec le sang, produit rapidement la sidération cardiaque. Ce ne sont plus là les conditions physiologiques normales. L'alcool par lui-même étendu d'eau n'est point toxique ; mais en quantité massive il ne tarde pas à s'opposer à l'hématose et provoque l'asphyxie.
C'est en utilisant l'oxygène des hématies pour se transmuter en principe acétique que l'alcool détourne à son profit un élément de combustion organique*. Il n'est pas autrement antithermique. De ce que, dans les conditions ordinaires de consommation, la plus grande partie de l'eau-de-vie se transforme, dit M. Jaillet, il ne s'ensuit pas que l'on ne puisse en retrouver des traces dans le système sanguin ; mais ces traces sont minimes et ne peuvent pas dépasser une quantité maxima qui a été déterminée.
En effet, à la Société de biologie, dans la séance du 12 novembre 1881, M. Gréhant a fait connaître les quantités d'alcool qu'on peut retrouver dans le sang artériel des animaux préalablement enivrés par l'eau-de-vie. 11 a distillé le sang par un procédé qui lui appartient, et c'est en prenant la densité com-
1. Telle était l'opinion de M. Jaillet en 1881. Nous verrons plus loin que le savant expérimentateur s'est livré en 1884 à de nouvelles recherches.
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parée du produit de distillation que l'auteur arrive à déterminer la quantité d'alcool contenue dans le sang. Or, quelle que soit la dose ingérée dans l'estomac d'un chien, jamais l'alcool retrouvé dans le sang artériel n'a été supérieure à 1/197^
L'animal étant déjà enivré par voie gastrique, M. Gréhant a saturé ses poumons de vapeurs alcooliques ; la dose d'alcool dans le sang n'a pas augmenté, seulement la saturation alcoolique s'est maintenue plus longtemps. En 1882, l'auteur a repris ces expériences inaugurées en 1880. 11 a injecté de demi-heure en demi-heure de l'eau-de-vie dans l'estomac de plusieurs chiens. A la mort de l'animal, le sang contenait 1 pour 100 d'alcool absolu; c'est à peu près le double de la quantité nécessaire pour produire l'ivresse complète, 1 pour 197. C'est aussi à peu près la zone maniable des anesthésiques déterminée par P. Bert.
Mais on a justement dénoncé le chien, animal habituellement choisi pour expérimenter l'alcool, comme se prêtant mal à des expériences de ce geru'e. Pour cette raison, MM. Dujardin-Beaumetz et Audigé ont étudié sur un autre anima!, le porc, qui supporte absolument bien l'eau-de-vie, les effets lents et progressifs de l'action de l'alcool. Ces expériences, continuées pendant cinq ans (1879-1883), ont porté sur divers alcools (eau-de-vie de raisin, de pomme de terre, de betterave, de grains). Ces alcools mêlés à des aliments étaient donnés quotidiennement. Le sommeil, la prostration, l'hébétude, tels étaient les symptômes dominants. A la suite d'un usage prolongé, vomissements de bile et de glaires, diarrhées parfois sanguinolentes, dyspnée, tremblement musculaire, parésie du train postérieur. A l'autopsie, on découvrait des congestions poussées parfois jusqu'à l'hémorrhagie; pasde cirrhose, hyperémie pulmonaire, alhéromes des gros vaisseaux.
L'alcool amylique et en général les alcools impurs hâtent et aggravent les accidents.
Revenons aux applications à l'homme. M. Couty (Société de biologie, séance du 27 janvier 1885) a communiqué une note relative à des expériences nouvelles touchant l'action de l'eau-de-vie sur le cerveau. La conclusion de cette note est que, à doses moyennes, l'eau-de-vie excite la substance grise du cerveau.
Terminons ce précis des recherches et expériences françaises par une rapide analyse de l'intéressante thèse du docteur Dumouly. On y trouve sur l'action thermique de l'alcool (Paris, 1880) des notions nouvelles, en ce sens qu'elles tendent à délimiter pour l'eau-de-vie les deux zones d'incitation nerveuse et de spoliation thermique de l'eau-de-vie sur l'homme.
Voici d'abord pour l'état de santé : à doses très-fortes, abaissement considérable de température; à doses faibles, au-dessous de 15 grammes, abaissement qui ne se chiffre plus que par des dixièmes de degrés ; action purement temporaire, et que la digestion ne contrarie pas. De 11 à 6 grammes, élévation de température se marquant par 5 dixièmes de degrés. Au-dessous de 6 grammes, aucun effet thermique. Le clùffre de 12 grammes, comme celui de 6, marque une zone neutre, étant trop fort pour élever encore la température, trop faible pour l'abaisser sensiblement. Voilà pour les essais sur l'homme sain. Quels sont maintenant les effets dans les pyrexics?
Dans les pyrcxies, dit M. Dumouly, l'eau-de-vie agit comme stimulant. Puissante contre le délire, contre l'adynamie, elle n'est jamais antipyrétique. Elle est incapable de modifier favorablement la régulation générale d'une
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courbe thermique. C'est à peine si une dose massive de 50 grammes amène une petite réfrigération, quelques dixièmes de degrés, et pour bien peu de temps. Le maximum se produit après quatre-vingt-dix minutes. Plus rien après trois heures. Les doses fractionnées n'ont pas même cette action passagère ! Le pouls est à peine impressionné, quelles que soient les quantités; les fébricitants ne sont point enivrés par l'eau-de-vie. En somme, l'auteur ne nie point l'action possible de l'eau-de-vie sur la fièvre, mais il dit qu'il faut en demander l'interprétation à une autre cause qu'au prétendu pouvoir antipyrétique de l'alcool. Cette dernière opinion s'accentue de plus en plus parmi les cliniciens français, et c'est par elle que nous terminons le résumé des plus récentes études de notre pays sur ce sujet.
J'ai hâte d'achever cette analyse comparée de l'état de la question dans les principaux foyers d'observation contemporaine par un simple coup d'œil jeté sur les derniers travaux des cliniciens anglais, émules ou contradicteurs de Todd, leur compatriote et le père de la méthode.
Je ne me propose nullement de refaire ici l'histoire médicale anglaise de Yalcoo-thérapie. Les travaux de Todd, Anstie, Stokes, Gorrigan, Sanford, Clark, Smith, Graves, etc., ne sont plus à analyser. Mais des faits que j'ai déjà exposés ressortent deux données très-nettes : premièrement, les effets contraires de l'eau-de-vie selon les doses; secondement, les contradictions fournies par les statistiques cliniques au sujet du véritable pouvoir antilhermique de l'alcool sur les pyrexies.
Or, il a été tenu à Cork (Irlande), le 7 août 1879, une sorte de grande assise de cliniciens anglais sur la valeur de l'alcool comme médicament spécial des pyrexies continues. Résumer cette séance, c'est éclairer essentiellement la question au point de vue pratique.
L'opinion du docteur Norman Kerr (de Londres) est contraire dans la grande majorité des cas, surtout chez les jeunes sujets, à l'usage des alcools. 11 ne refuse pas à l'eau-de-vie le pouvoir de retarder la désassimilation, de faire tomber l'hypercalorie, mais presque toujours, dit-il, l'amélioration n'est que temporaire et elle peut être suivie d'une formidable réaction fébrile. La quinine et l'hydrothérapie valent mieux, car elles ne chargent pas le sang, comme l'eau-de-vie, de globules graisseux, et ne paralysent pas l'encéphale. Le cœur est stimulé, mais la stimulation est parfois exagérée. En conséquence, le docteur Kerr prescrit rarement l'eau-de-vie dans les pyrexies; il faut que les malades ne veuillent rien autre chose.
Le docteur Jones Macnaugton (Cork) reconnaît que l'eau-de-vie est un excellent médicament dans les états typhiques, mais il peut souvent développer des complications. On ne peut pas, dans Vétat actuel de la science, préciser à quelle période il faut la prescrire. Son indication résulte plutôt du type de la fièvre que de son stade. Macnaugton ne veut pas donner l'alcool de bonne heure, il nuirait. Il ne peut pas prévenir l'adynumie. Il proteste contre la cure des ivrognes par l'alcool. L'eau-de-vie n'abaisse que médiocrement la température fébrile. L'âge du malade, l'état du pouls, du cœur, de la langue, du cerveau, seront autant d'indices. D'une façon générale, les jeunes gens n'ont pas besoin d'eau-de-vie. Il faut dans la pratique se bien garder de l'administrer à la première période des fièvres. Il convient quand le pouls est faible et irrégulier; quand le premier bruit du cœur est mal frappé, la langue nette et humide, la tête libre.
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Par contre, le docteur Edwart Tibbits (Bradford) considère l'alcool comme un remède des plus puissants dans les pyrexies, et à cette occasion il fait de la théorie. L'alcool, dit-il, est un corps gras; il brùlc dans lécoiiomie : c'est un aliment adipeux. En tant que corps gras, l'alcool sert de combustible et ménage les muscles dans les pyrexies à longue évolution. Il stimule le cœur, ce qui aide la thérapie des fièvres adynamiques. 11 agit énergiquement contre le délire, le trismus et la dépression cérébrale; il est antizymotique. Tibbits admet qu'on donne l'alcool même dans les périodes hyperémiques des fièvres graves. Il le prescrit conjointement avec la saignée, dans le ralentissement de la circulation capillaire. Il le considère comme non indiqué dans les anémies, et aussi quand il y a sécheresse de la langue.
Pour Liltle (de Dublin), l'eau-de-vie et le vin sont des eupeptiques et des cordiaux digestifs; ce sont des tempérants du système nerveux, des toniques des forces vitales dans les affections graves. Il convient de prescrire l'alcool quand le pouls est faible, le cœur mou, avec premier bruit effacé, quand les extrémités sont froides et que le poumon est le siège d'une stase sanguine. L'eau-de-vie est un médicament puissant qui fera beaucoup de bien ou beaucoup de mal, selon V opportunité de la prescription. Dans les fièvres typhoïdes elle soutient le cœur, mais exerce sur le système nerveux une influence qu'il faut redouter. Dans nombre de cas de fièvre leau-de-vie est nuisible. C'est surtout dans le typhus et la pneumonie que l'alcool serait utile. On le voit, le docteur Little est éclectique, mais, par une tendance remarquable, il accepte la médication de l'eau-de-vie surtout dans les types morbides répudiés par la plupart de ses compatriotes.
L'avis du docteur Foster (Birmingham) est qu'il faut employer l'eau-de-vie au début des pyrexies suraiguës, annonçant des combustions considérables. La raison évoquée par l'orateur est ici purement théorique. L'alcool épargne l'oxydation, il y a donc intérêt à le prescrire aux malades qui brûlent avec excès. M. Foster n'ignore certainement pas qu'au contact du sang l'alcool brûle lui-même et soxyde pour devenir de l'éther acétique, au détriment de l'oxyhémoglobine. Foster déclare qu'il ne connaît aucun remède égal à l'eaude-vie, dans toutes les pyrexies et dans les cas d'une extrême gravité. II reste un des enthousiastes de la doctrine.
Le docteur Wade, également de Birmingham, n'est point aussi convaincu. Il a vu souvent échouer la médication alcoolique, alors qu'elle semblait absolument indiquée; son emploi pour lui demeure dans le domaine purement empirique. Il voit plutôt dans l'eau-de-vie un narcotique qu'un stimulant, et il indique l'état du pouls comme le plus sûr critérium. Quand le pouls ne tombe pas, ce qui arrive souvent, il faut cesser. En général, une dose un peu forte agit sur le pouls au bout de une demi-minute à trois minutes'. On peut donc en décider rapidement.
Cette promptitude d'action, si elle n'est pas exagérée, mérite qu'on en prenne note.
Pour Hayden (de Dublin), l'eau-de-vie doit être prescrite aux fébricitants hypothermisés. C'est un stimulant qu'on ne peut supprimer d'emblée impunément chez les buveurs de profession.
Squire (de Londres) dit que, si la température périphérique est basse, avec
1. Je ne pense pas que ce délai de \ minute à 3 puisse être sérieusement accepté comme uffisant à déterminer une action physiologique
630 KAUX-DE-VIE (thérapeutique).
une température interne élevée, il faut prescrire J'eau-de-vie. Spedding (de Bedford) voit dans l'alcool un bon médicament de la médecine infantile.
Enfin Andrew Clark, comparant poétiquement la fièvre à une tempête organique, préconise l'eau- de-vie comme un stimulant utile qui soutient Je malade, mais il recommande d'en user prudemment et parcimonieusement. « Si la langue est humide, si le pouls tend au ralentissement, si l'urine coule suffisamment, ■qu'il n'y ait pas de délire, et que le patient se sente calme dans un état confortable, on peut et doit continuer. » Mais il nous paraît qu'ici, avec un pareil tableau, tout marche si bien qu'aucune médication n'est nécessaire ; pas plus l'eau-de-vie qu'une autre !
Ainsi, voilà dix maîtres de la médecine anglaise qui se prononcent sur la •question et, sur dix, il n'en est pas quatre dont les témoignages s'accordent. 11 est donc bien évident, d'une part, que la médication alcoolique est, dans l'application, d'un maniement délicat; d'autre part, que ses effets sont essentiellement variables, non pas suivant les quantités adoptées, le titre de l'alcool et les types morbides choisis pour terrain d'expérimentation, mais aussi certainement selon Y idiosyncrasie des sujets, ce qui oblige à faire des réserves au profit de l'empirisme; obligation fâcheuse au point de vue delà théorie, mais nécessaire pour la vérité clinique.
Deuxième partie. Physiologie thérapeutique. Les nombreuses recherches ■que nous venons d'exposer, en les puisant à des sources à la fois autorisées et diverses, rendent maintenant notre tâche facile. Nous venons de voir à la vérité qu'au cœur même du pays où prit naissance la méthode de Todd le désaccord ■est complet. Ici l'eau-de-vie est dénoncée comme franchement et puissamment hypothermisante, spoliatrice des calories fébriles : là, au contraire, comme stimulante et même tonique. Les uns la proscrivent absolument au début des fortes fièvres; un autre la recommande au conlraire dès les premiers jours. ■Celui-là l'interdit à l'enfance, celui-ci la préconise dans les phlegmasies de la médecine infantile.
Il n'en est pas moins possible, en réunissant en faisceaux les savantes données expérimentales fournies par l'Allemagne, les judicieuses déductions empruntées aux études françaises et les faits cliniques anglais, de se former une idée désormais nette de ce que peut être physiologiquement et thérapeuliquement la médication alcoolique.
L'eau-de-vie agit physiologiquement ou thérapeutiquement comme aliment, ou comme médicament, et, dans les deux cas, son action est en rapport avec le degré de l'alcool d'une part, la dose utilisée de l'autre. Elle reste encore sujette du type morbide et de l 'idiosyncrasie du malade.
Physiologiquement, de petites doses activent et facilitent la digestion ; tout l'organisme est stimulé. De hautes doses stupéfient et sidèrent les centres nerveux, excitent, puis paralysent le cœur. L'ivresse alcoolique peut aboutir à l'asphyxie.
Thérapeutiquement. L'eau-de-vie peu concentrée et donnée fréquemment ,par petites quantités incite le cœur, nourrit et relève le pouls, ménage les combustions du milieu intérieur en apportant du dehors des éléments de calories. Elle soutient, dans les longues fièvres. Concentrée au contraire et à doses puissantes, elle agit tout autrement. Les centres nerveux sont stupéfiés, puis sidérés •après excitation préalable; il y a détournement d'oxygène, abaissement de température, mais entrave plus grande des échanges nutritifs, toutes conditions
EAUX-DE-YIE (thérapeutique). 651
qui conlre-indiquent ["emploi de cette médication, dans toutes les évolutions morbides à forte émission de calories. Que si, au contraire, c'est l'algidité qui domine la scène pathologique, siTadjuamie, l'ataxo-adynamie, le délire subaigu, la pyohémie, le génie pernicieux, en un mot, compromettent la vie du malade, alors l'eau-de-vie, qui reste toujours un agent caloriyène, peut produire de surprenants effets ; car sous son action le cœur se ranime, le cerveau se réveille, la périphérie du corps se réchauffe, les sécrétions se régularisent. Mais c'est là «ne action substitutive de relèvement, toujours contingente et dépendante nonseulement du type morbide, msis de l'individualité du maiadc.
Quant à la question de l'état sous lequel agit et s'élimine l'eau-de-vie, les données recueillies surtout en France ne permettent plus guère le doute. Les expériences de Lallemand, Perrin, Duroy, n'étaient pas pratiquées dans des conditions autorisant à des déductions thérapeutiques, applicables à l'homme malade. Il n'est pas exact, le lecteur a pu s'en convaincre par les faits cités plus haut, que, si l'homme sain ou malade absorbe de l'eau-de-vie par la voie gastrique, cette eau-de-vie s'en aille, pour la plus grande part, éliminée en nature. Notons qu'il existe normalement de l'alcool dans les tissus ou parenchymes des animaux qui n'en prennent jamais. D'un autre côté, il est établi expérimentalement qu'au contact de l'oxygène des hématies l'alcool s'oxyde pour se changer en produit acétique. Une très-faible quantité peut rester en nature, celle qui, se trouvant en excès, ne peut plus s'oxyder au contact des hématies. Les chiffres en ont été fournis. On a pris des vapeurs œnanthiques et des senteurs empyreumatiques pour des émanations d'alcool. Et si Liebig, Duchek, Bouchardat, Sandras, Gubler, ont eu cliniquement le t«rt de ne pouvoir présenter la preuve constituée de tous les produits qu'ils ont annoncés, Lallemand et Duroy, en recueillant une certaine quantité d'alcool, n'ont rien prouvé contre les oxydations et l'éductions de la masse, qui leur a toujours échappé. En soustrayant d'ailleurs, par leur mode d'opération, l'eau-de-vie qu'ils faisaient ingérer au travail régulier des ferments salivaires, peptique et pancréatique, ils se plaçaient en dehors de la vérité clinique.
Revenons un peu en arrière, pour compléter ici l'étude physiologique. Dans le deuxième fascicule de ses Leçons de pharmacologie [Vorlesungen ûher pharmakologie, Berlin, 1885), Binz rend compte des dosages faits dans son laboratoire, sur la proportion d'alcool exhalé par les voies pulmonaires ou excrété avec l'urine. L'homme rendrait 1,6 pour 100 d'alcool par les poumons; et parle rein, 1,17 pour 180. L'urine ne foux'ziirait jamais ni aldéhyde ni acide acétique. Binz en conclut qu'après s'être transmuté en acide acétique l'alcool se détruit dans les tissus. Il soutient d'ailleurs depuis plusieurs années que le poumon et le rein n'éliminent que très-peu d'alcool. Le docteur Bodlander a confirmé, en 1884, le même fiiit sur l'homme et le chien. Chez l'homme, le rein a éliminé 1,1 pour 100 ; chez le chien, 1,57. Quant au poumon, il a éliminé chez l'homme 1,59; chez le chien, 1,90 pour 100. Par l'intestin, pas d'élimination. Enfin, chez l'homme, la peau donne issue à 0,04 pour 100.
M. Jaillet (0. Doin, 1884) admet que, pour l'alcool, l'acide acétique, toujours formé, est rapidement brûlé. Pour prouver sa facile combustion, M. Jaillet injecte à un chien, par la vessie, 4 grammes d'acétate de soude, le chien pèse 11 kilogrammes. Dix minutes après, saignée de 200 grammes. Le sang est coagulé, le sérum séparé. Après dix minutes, on constate la présence de l'acide acétique dans le sérum, mais non dans le caillot. Au contact des globules, dans
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le sang vivant, l'acide acétique est détruit, et celui que renferme le sérum est exsudé dans les tissus. Il faut injecter une forte dose d'acétate de soude pour que le sérum le conserve quelques heures.
Jaillet démontre d'ailleurs la destruction de l'alcool dans le sang par l'expérience suivante :
10 centimètres cubes d'alcool dilué sont ajoutés à 800 centimètres cubes de sang de bœuf défibriné, contenu dans un grand flacon à 2 tubulures, de 4 litres, qui est plongé dans un bain-marie à 57, 38 degrés. On fait arriver de l'oxygène pur, et l'on ferme hermétiquement. En moins d'une heure, les 800 centimètres cubes absorbent l'oxygène du llacon, et il se produit un vide dans le flacon, ce qui prouve qu'il ne se forma pas corrélativement de l'acide carbonique. Ce sang porté ensuite dans un appareil gradué de distillation, on ne peut recueillir la moindre trace d'alcool. D'autre part, on trouve dans le sang de l'acide acétique [Revue de médecine, février 1885).
Que si maintenant nous abandonnons le terrain de l'expérimentation biologique pour nous placer sur celui de la physiologie thérapeutique, les conclusions deviennent faciles.
Les faits si nombreux cités plus haut concordent bien avec les observations recueillies de 1879 à 1884 dans notre service hospitalier. L'eau-de-vie, médicament interne, n'est pas un hypotbermisant constant et fidèle. Nous avons vu qu'elle est incapable de modifier par un processus régulier, durable, une courbe thermique. Assez souvent, la température n'est modifiée que d'une manière insignifiante; souvent elle est maintenue, quelquefois légèrement surélevée ; l'abaissement se chiffre par des dixièmes de degrés. J'ai constaté parfois, avec une forte dose, une véritable hypothermie; mais comme il importe alors de veiller aux réactions désastreuses! En tout état, quand il s'agit de pyrexies aiguës, franches et fortes, la quinine, la digitale ', l'aconit même et les antimoniaux, présentent plus de sûreté. L'opium est à coup sûr le médicament qui se rapproche le plus ici de l'alcool et leur association est toujours à conseiller dans les pyrexies régulières. La diminution de l'acide carbonique expiré et de l'urée éliminée est un fait certain. Mais, thérapeutiquement, il prouve moins qu'on ne le suppose généralement. L'éther acétique expiré par le poumon rend compte de l'acide carbonique qui manque. D'un autre côté, quel est le praticien qui ignore qu'après un fort accès de fièvre le premier symptôme critique favorable est une forte élimination d'urée? Une médication appropriée à la fièvre doit donc favoriser et non retenir la sortie de ce produit.
Ce serait certainement tomber d'un excès dans une exagération que renoncer absolument au traitement des fièvres par l'eau-de-vie, mais les indications doivent être précisées avec grand soin.
Or, pour les préciser avec intelligence, il faut avant tout se faire une idée juste du médicament.
L'eau-de-vie de raisin, le rhum de canne à sucre, agissent toujours par leur dominante chimique, qui est l'alcool éthylique, C^H^O. = Cff.CHMlO, deux carbhydriles et un hydroxyle, c'est-à-dire un combustible parfait! 11 importe d'ajouter que ce combustible n'est utilisable pour le milieu humain que jeté dans une grande masse d'eau.
Ainsi constituée, l'eau-de vie est un élément de caléfaction et d'hydratation.
1. Je dis la digitale, maniée par un clinicien exercé et prudent, car il n'est pas peut-être de médicament plus diificile à appliquer que ce poison.
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Et c'est dans cette double fonction qu'il faut chercher la clef de sa double action physiologique, à la fois stimulante et sédative. Apporter au aang nn aliment combustible; tempérer cette combustion en hydratant le milieu, tel est le véritable rôle de V eau-de-vie maniée par une main exercée et prudente. C'est par un apport de combustible de provenance étrangère aux éléments liistologiques que l'eau-de-vie, dans les fièvres hautes et graves (fièvre typhoïde, pneumonie, rhumatisme aigu, variole, etc.), facilite le rétablissement de l'équilibre entre les échanges nutritifs. Sa fonction est bien alors celle d'un aliment d'épargne, selon le mot dont on a tant abusé, mais seulement dans cette période des fièvres oîi le ferment qui brûle, après avoir utilisé le sucre et la ç/raisse organiques, attaque la réserve des produits quaternaires albuminoïdes. La plupart du temps, la température est à peine abaissée. Elle ne tombe rapidement que par des doses très-fortes, presque toxiques. Ce n'est qu'après plusieurs jours que l'eau-de-vie diluée et donnée par petites doses entraîne une chute de calories. Et par quel mécanisme alors? Dans le principe, il y a plutôt surélévation que chute thermique. Ce n'est pas en fournissant un nouveau coefficient de chaleur morbigène que l'on peut obtenir une hypothermie d'emblée, primitive et directe. Si des doses massives produisent parfois ce résultat, ce n'est pas, comme on l'a dit, en détournant au profit de l'alcool l'oxygène des hématies, car cet oxygène, en se combinant à l'eau-de-vie pour générer un produit acétique, donne lieu à une oxydation nouvelle qui est encore ime source de chaleur. Mais ici l'alcool en excès frappe les centres nerveux, de là des effets hyposthénisants, puis hypothermisanls. Tout autre est le mécanisme des doses fractionnées. Celles-ci apportent au sang un aliment de caléfaction vicariant et complémentaire, qui épargne d'autant l'autophagisme fébrile. De là un repos fonctionnel, l'encéphale, le cœur, les poumons, en reçoivent le contre-coup. Parallèlement, les sécrétions se modifient. Les urines sont plus abondantes ; elles s'éclaircissent après avoir éliminé d'abord un excès d'urates, de phosphates, de sulfates. La sueur aussi survient ou augmente. Je considère que l'état du pouls et celui des urines doivent toujours être consultés pour juger de l'opportunité de la médication. Si le pouls ne se règle pas, devenant de petit, ferme, ou de dur, plus souple selon les cas; si les urines ne manifestent pas un retour critique favorable, si les muqueuses et la peau demeurent sèches, dès lors il y a danger à poursuivre la médication par de fortes quantités d'alcool.
Entretenir les forces du malade que consume une fièvre continue et ardente, en lui fournissant un stimulus incessamment renouvelé, voilà le vrai rôle de la médication alcoolique dans les hyperthermies ; tenter au contraire des doses exagérées pour sidérer la fièvre en stupéfiant les centres nerveux est un essai parfois dangereux, toujours chanceux. Enfin, dans les grandes chutes thermiques d'affections ataxiques, adynamiques ou larvées, infectieuses ou septiques, demander à l'intervention substitutive de l'eau-de-vie un réveil physiologique, c'est reconnaître encore les propriétés stimulantes de l'alcool.
Il faut bien le dire : l'opinion que Todd a tenté, non sans succès, de propager comme base d'une méthode nouvelle, s'écarte sensiblement dans la bouche du maître de l'interprétation adoptée par ses disciples et ses patrons. Todd n'a jamais vu, dans l'application des boissons alcooliques au traitement des pyrexies continues et des phlegmasies localisées sur un organe important, un remède, c'est-à-dire un agent direct apte à détruire ou terrasser une entité morbide qu'il
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n'admet pas. En un mot, il reconnaît des malades plutôt que des maladies. Essentiellement retranché sur le terrain clinique, il préconise la médication alcoolique, parce qu'il la considère comme un allié précieux et puissant, dans la lutte de résistance de la nature contre l'évolution morbide. Bien loin donc de faire de Veau-de-vie un contre -stimulant, il la considère comme un agent ■de répai-atiou adjuvante, permettant au sujet de gagner du temps.
Si Todd a exagéré et par trop généralisé les indications et la portée de sa méthode, du moins ne paraît-il avoir jamais voulu assimiler le pouvoir hypothermisant de l'alcool à celui de la quinine, de la digitale, de l'acide arsénieux ou même de la caféine. Or, c'est la confusion jetée dans la pratique médicale par la généralisation de certaines dénominations, telles que : aliments respiratoires, médicaments d'épargne^ appliquées à des substances physiologiquement et thérapeutiquement différentes, qui exige que l'on dégage nettement chaque individualité thérapeutique, afin d'en préciser les indications et d'en limiter l'emploi.
L'eau-de-vie, l'alcool étendu à doses modérées, reste toujours un stimulant diffusible, qui porte premièrement dans le milieu hématique un aliment de calorification passagère, et réagit secondairement comme sédatif, en s'oxydant en grande partie par appropriation de l'oxygène des hématies, d'oii la diminution de l'acide carbonique expiré et la production de l'éther acétique. Encore faut-il que ce travail de substitution puisse se faire sans encombre. Le rôle d'adjuvant, dû à un apport étranger et qui suspend la dépense du fond de réserve, ne saurait être confondu avec celui des agents qui, tels que l'acide arsénieux ou la caféine, diminuent par une intervention directe la combustion des substances quaternaires dont le déchet s'en va surtout en urée. L'acide arsénieux qui, parvenu dans le milieu sanguin, retarde ou entrave le détachement de l'oxygène de l'hémoglobine en se fixant sur le globule, diminue d'autant les combustions : l'abaissement de la température, l'ampliation des mouvements respiratoires, marchent ici de pair avec l'épargne des produits protéiques azotés et carbures. Dans les substances qui contiennent de la caféine (café vert, thé, paullinia sorbilis, cacao, maté), le retard que cette substance entraîne habituellement dans les produits de désassimilation (acide carbonique par les poumons, urée par le rein) trouve sa raison d'être dans la composition chimique même du produit assimilé. En effet, la caféine, G^H"'Az'0% est chimiquement un aliment complet qui peut former un apport de force suffisant pour l'eteiiir et diminuer le travail de désassimilation nutritive.
Tout autrement agit l'alcool. Il ne diminue ou retarde les combustions intraorganiques qu'en brûlant lui-même dans le sang, auquel il emprunte de l'oxygène pour devenir produit acétique. Son rôle est donc celui d'un stimulant substitutif ({ui, par l'apport d'un combustible fourni du dehors, épargne l'aulophagisme des fébricitants, mais sans tonifier véritablement l'oi'ganisme. En un mot, Veau-de-vie est une monnaie d'emprunt, qui n épargne qu'à la condition de se dépenser elle-même. Elle n'enrichit pas, elle n'économise pas, elle facilite le commerce des échanges nutritifs.
Troisième partie. Applications thérapeutiques. De même que, en dehors de l'action toxique, on reconnaît à l'eau-de-vie des modalités physiologiques distinctes, selon l'état de dilution et la quantité des doses, de môme l'utilisation thérapeutique de l'eau-de-vie comporte l'application de plusieurs méthodes différentes. J'en distinguerai trois.
EAUX-DE-VIE (théhapeutiqce). 655
La première, à coup sûr la plus fidèle, mais aussi la plus anodine, répond à l'emploi du cognac dilue' comme aliment de la fièvre, de la soif, dans les pyrexies aiguës à haute température et à évolution continue, de longue durée. La fièvre typhoïde, quelques jours après sa confirmation, alors que, en dépit des premiers purgatifs, d'une médication perturbatrice et anlipériodique, la maladie s'est constituée, la fièvre typhoïde réclame au premier chef cette médication dont la formule peut ainsi s'écrire :
Sur 10 parties.
Cognar. vieux 5
Eau pure 5
Il arrive souvent que, pendant plus d'un septénaire, celte liqueur affaiblie «oit le seul aliment accepté par le malade. Une solution de quinine additionnée •de quinquina est l'adjuvant parfait de cette boisson alcoolisée. Les effets de ce breuvage sont simples : l'hyperthermie du malade n'en est pas sensiblement <liminuée, le rhythme du pouls est plutôt relevé, il peut gagner en amplitude. Mais les muqueuses s'humectent, la peau est moins sèche, les urines augmentent en quantité et sont moins chargées. La diarrhée n'est point modifiée du fait de la médication, mais l'agitation du sommeil semi-comateux en est souvent atténuée. C'est bien ici le cas de répéter le mot du grand clinicien anglais et de dire avec Graves que l'eau-de-vie soulage le malade en nourrissant sa fièvre. Quoique très-affaiblie par l'eau, l'action antiseptique de l'alcool, dans une évolution putride, ne saurait être entièrement mise de côté. Ajoutons que l'emploi à l'extérieur, comme lavage de l'eau froide aiguisée d'eau-de-vie, est un complément utile de la méthode.
On connaît l'énorme surélévation de température développée le plus souvent par le rhumatisme articulaire aigu généralise'. L'endopéricardite aiguë qui l'accompagne si souvent contre-indique absolument l'emploi de l'alcool à haute dose, en raison même de son action excitante sur le myocarde. Au contraire, 'l'eau-de-vie très-étendue d'eau, selon la formule précédente, offre au fébricitant arthritique une boisson qu'il reçoit avec avidité, alors que l'on connaît sa répugnance extrême pour toute alimentation liquide, dans la période suraiguë. A coup sûr, la quinine, le salicylate de soude, la digitale, les émissions sanguines, les antimoniaux, agissent plus pi'omptement et plus activement. Mais pour qui se méfie des récidives presque fatales, et considère la fièvre rhumatismale comme une évolution cyclique à ménager, l'alcool très-étendu d'eau et alterné avec de faibles doses d'opium constitue ime médication prudente et finalement efficace.
Quand le premier stade de la variole s'achève, que l'éruption est constituée •et que va commencer le travail de suppuration, l'eau vineuse et une tisane de -cognac aiguisée de suc de citron nous ont toujours donné, parallèlement à la <juinine et à l'acide phénique, les résultats les moins discutables. Ici encore, il'eau-de-vie coupée et l'opium s'associent parfaitement pour le bien du malade.
Dans la pneumonie aiguë franche à haute pyrexie, ce n'est pas autrement que nous admettons l'emploi de la médication alcoolique. 11 laut réserver l'alcool ■concentré et à haute dose pour la forme délirante et ataxo-adynamique de la .pneumonie du sommet, et encore là conviendrait-il toujours de ne procéder qu'avec méfiance et par tâtonnements.
Même observation pour Vénjsipèle. S'il s'agit de ces érysipèles franchement inflammatoires, saisonniers et périodiques, la médication alcoolique est inutile,
ou bien ne doit être offerte que sous forme affaiblie d'eau vineuse. L'érysipèle infectieux, à évolution adynamique, sera traité par la seconde méthode.
Il est d'ailleurs aisé, sans entrer dans plus de détails, de fixer les formes morbides auxquelles convient cette première méthode de l'emploi de l'eau-de-vie diluée, comme boisson stimulante et tempérée. Cette médication convient exclusivement à toutes les pyrexies de haute température qui parcourent régulièrement et d'une marche continue une évolution cyclique.
La seconde méthode est, pour la matière médicale, la véritable application du système que Todd a baptisé de son nom. 11 existe deux ou trois formules équivalentes. Dans les unes comme dans les autres, leau-de-vie est beaucoup plus concentrée que dans la précédente formule. Par exemple :
Grammes.
Eau-de-vie de Cognac 30
Sirop de fleurs d'oranger 20
Eau 20
ou bien encore :
Parties.
Cognac 50
Eau 50
Sirop simple 20
Nous avons toujours à nous louer, dans le traitement des maladies ataxiques, adynamiques ou pyohémiques, de la combinaison suivante :
Grammes.
Sirop de punch 75
Sirop lliébaïque .... 25
Eau de mcliise 15
Le cognac coupé légèrement et donne par cuillerées à bouche de quart d'heure en quart d'heure agit énergiquement sur le sang, sur les grands centres d'innervation, sur le cœur et la pression sanguine, sur la contractilité musculaire et les échanges nutritifs. Théoriquement tout au moins, la dominante biocratique de cette médication est spoliatrice, narcotique, hypothermisante et sédative. L'origine des effets hypothermiques dépendrait d'une première action de l'alcool sur l'oxyhémoglobine dont l'oxygène serait détourné pour l'oxydation de l'alcool, ou tout au moins isolé des carbures d'hydrogène. L'action stupéfiante et secondairement sédative serait le résultat d'une intervention directe de l'alcool sur la cellule de la substance corticale [Schulinus) . L'excitation du myocarde que les Anglais ont appelé shock rendrait compte de la stimulation vasculaire, et l'épargne des combustions expliquerait la diminution des produits de désassimilation. En effet, nous l'avons vu, ce sont là autant de phénomènes physiologiques susceptibles d'être générés par une bonne dose de cognac fréquemment renouvelée. Or, dans les évolutions fébriles franchement inflammatoires, la grande majorité des observateurs constate les effets nuls ou dangereux de l'alcool fortement dosé, c'est l'eau-de-vie étendue d'eau, et donnée abondamment en boisson, qui prévaut en ce cas. Quand donc peut-on utiliser avec fruit la vraie médication de Todd ? Précisément dans les états fébriles opposés à la phlegmasie simple et franchement inflammatoii'e. Toutes les évolutions morbides dont la marche est insidieuse et irrégulière, dans lesquelles l'ataxie, l'adynamie, le génie pernicieux, dominent la scène, sont justiciables de la médication alcoolique énergiquement, quoique prudemment appliquée. C'est dans la période ataxoadynamique des lièvres continues, dans la pneumonie délirante avec pouls petit,
EAUX-DK-VIE (thérapeutique). 657
irrégulier, température médiocrement élevée ; dans le delirium tremens, dans les péritonites et pelvites compliquées de pyohémie, dans les fièvres éruptives à forme fruste, dans le typhus, la fièvre intermittente pernicieuse, que la médication par l'eau-de-vie presque pure et administrée de quart d'heure en quart d'heure par petites doses de 12 à 15 grammes peut aboutira des succès. Remarquez bien que, chez tous ces malades, la température est généralement peu surélevée, le pouls petit, irrégulier, le cerveau prostré, parfois délirant, tout l'individu dominé par l'adynamie et comme sidéré, ou envahi par des frissons précurseurs de la pyohémie. Peut-on dire qu'alors, si la médication alcoolique réussit, ce soit comme spoliatrice de l'hypercalorie? Non! Quand l'eau-de-vie réussit alors, ce qui d'ailleurs est loin d'être constant, c'est parce que, agent toujours caléûant, et stimulant diffusible, elle rétablit l'équilibre dans les divers foyers de vitalité, décongestionne le cerveau, relève le cœur et repousse la chaleur vers la périphérie du corps refroidie. Équilibrer les fonctions et régulariser la chaleur, tel est son véritable pouvoir thérapeutique. Aussi ne doit-on jamais s'obstiner, si le pouls d'abord, puis le cerveau et les sécrétions importantes, n'indiquent pas dès les premières applications une tendance au retour vers l'état normal.
Il existe enfin une troisième et dernière méthode d'application de la médication alcoolique. Ici, l'eau-de-vie est donnée sans coupage, pure, à dose relativement forte, et sans qu'on doive répéter souvent le remède. Tandis que, par les deux méthodes précédentes, on agit contre des pyrexies, ici ou est en présence d'un abaissement de température. C'est ainsi qu'il est de tradiiion d'utiliser empiriquement l'eau-de-vie pour combattre les coliques gastro-hépatiques, la colalgie, les syncopes sans lésion définie, les hémorrhagies. L'eau-de-vie agit alors comme stupéfiant et analgésiaut, très-souvent d'une manière héroïque, et surtout comme cordial réconfortant, en raison de son pouvoir stimulant.
D'une manière générale, on éloignera de l'enfance la médication alcoolique, sauf toutefois dans le rachitisme et les cachexies que complique la strume. Nous avons vu les cliniciens anglais divisés sur ce point. En France, deux thèses de MM. Gingeot et Bonfils (la dernière parue en 1882) insistent à ce sujet.
Chacun connaît les médications topiques et extei'nes de l'eau-de-vie : pansement des plaies suppurées, des morsures venimeuses ; frictions. Cette thérapeutique chirurgicale vise plutôt l'emploi de l'alcoo! que celui de l'eau-de-vie, et nous renvoyons à l'article alcool pour son étude détaillée.
Concluons maintenant, en nous plaçant surtout au point de vue thérapeutique, sujet de cette étude.
L'eau-de-vie, considérée comme liqueur et marquant de 40 à 60 degrés, constitue, à la dose minime de 15 à 20 grammes, après le repas, un stimulant qui facilite la digestion.
Ce fait doit être admis, malgré certaines affirmations contraires, et qui semblent reposer sur des expériences dont les conclusions ne sauraient être généralisées. C'est ainsi que le professeur Bûchner, dans le courant de l'année 1884, en Allemagne, aurait expérimenté l'eau-de-vie chez l'homme, et reconnu, après des lavages de l'estomac, que la digestion est plutôt ralentie qu'activée par une petite quantité d'eau-de-vie. Gubler et Leven, en France, ont établi le contraire. Et si P. Bert affirme qu'après deux heures seulement l'estomac est plutôt en retard qu'en avance, il reconntiît que, par suite d'une réaction des centres nerveux, l'effet total est un effet de digestibilité. Nous rangerons donc parmi les exceptions
638 EA.UX-DE-YIE (thérapeutique).
les cas contraires. Ce point établi, passons aux applications purement thérapeutiques.
Nous avons reconnu trois modes généraux d'appliquer l'eau-de-vie à l'organisme affecté pathologiquement. Par les deux premières méthodes, le médecin combat de véritables pyrexies. Dans le premier cas, ces pyrexies sont suraiguës^ mais l'évolution hyperthermique suit une marche régulière, franchement développée.
Dans le second cas, on combat encore un état fébrile, mais des fièvres dont la marche est insidieuse, larvée, fruste; le délire, la formation latente du pus, i'ataxo-adynamie, dominent la scène; souvent la température périphérique semble en désaccord avec la gravité des symptômes généraux.
Enfin, par une troisième méthode, on combat, non plus l'hypercalorie morbide, mais au contraire une dépression subite de la vie, avec chute du cœur et abaissement de la température. C'est alors surfout, par une action de contact et de stimulus local, que l'eau-de-vie pure et concentrée peut relever la vitaUté.
En ce qui concerne la première méthode, il est certain que, si l'on considère l'eau-de-vie Irès-affaiblie par l'eau, et présentée aux fébricitants comme un aliment liquide, d'une diffusion rapide, et fournissant à la fois des éléments de caléfaction supplémentaire et d'hydratation du milieu intérieur, aucune médication n'est plus recommandable contre les fièvres continues. La diaphorèsc est favorisée; la diurèse est facilitée, et V ardeur de la fièvre modérée.
Par contre, si l'on poursuit, à l'aide de la seconde méthode, la méthode dite de Todd, une évolution fébrile comjdiquée d'un génie pernicieux, à marche perfide, et telle que la gravité de l'état général dépasse les signes extérieurs et apparents, ce n'est plus de l'eau aiguisée d'alcool, mais des doses fréquemment renouvelées d'eau -de-vie, à peine dédoublée et associée à des stimulants ou à des opiacés, qu'on utilisera. La pneumonie du sommet avec délire, le typhus et certains états typhiques, la péritonite puerpérale, l'érysipèle malin, l'ictère grave, toutes les fièvres frustes, larvées ou pernicieuses, sont justiciables de cette médication, dont le succès, d'ailleurs, est loin d'être toujours assuré.
Pour ce qui est de la troisième méthode, du relèvement de l'énergie vitale subitement défaillante, par l'ingestion d'une certaine quantité d'eau-de-vie pure dont le contact avec la muqueuse de l'estomac produit le shock des Anglais, son application est limitée à des cas relativement rares, mais dont l'importance ne saurait être méconnue.
La pratique en est utile dans ces défaillances fréquentes, surtout chez la femme, et qu'on désigne sous le nom à' évanouissement : syncope incomplète. Dans toutes les pertes de connaissance, pour quelque cause que ce soit, on la tentera. Je ne connais pas de meilleur moyen de combattre ce qu'on appelle les coliques sèches ou nerveuses. Des hémorrhagies ultimes, après un accouchement, par exemple, se recommandent encore de celte méthode. Enfin, dans le choléra, aussi longtemps que le malade peut recevoir et absorber, l'eau-de-vie brûlée, associée au thé et au laudanum, rendra des services appréciés de tous les praticiens. En Crimée, pendant la guerre de 1854; en France, pendant l'épidémie terrible de 1855, et tout récemment encore, j'ai eu à me louer de la préparation suivante :
2f, Punch au Ihé 200 g^rammes.
Lnudanum 2 —
Sirop de mélisse 40 —
Sirop de menthe tO —
EAUX-DE-VIE (bibliograpihe). 639-
Mais c'est une erreur à la fois dangereuse et grossière que de considérer l'eau-de-vie et les boissons alcooliques en général comme un moyen préventif de l'atteinte du choléra. J'ai recueilli sur ce point, notamment dans ma thèse inaugurale, écrite en pleine épidémie asiatique, pendant la guerre de Crimée, sur le vaisseau le Jupiter, des faits aussi nombreux que probants, en août et septembre 1854. Plus tard, en France, dans toutes les épidémies de choléra, j'ai vu se confirmer le même tait. L'abus de l'alcool est, avec l'épuisement dans les rapports sexuels, une des causes les plus certainement prédisposantes à l'atteinte du fléau.
Je termine en répétant que dans le premier âge l'usage de l'eau-de-vie, même thérapeutiquement, est très-généralement contre-indiqué.
Toutes choses égales d'ailleurs, les races bretonne, anglo-saxonne et teutonne, la race slave, tolèrent mieux l'eau-de-vie que les races latines. La plupart des jeunes filles, même fébricitantes, ne supportent l'eau-de-vie que fortement coupée d'eau. 11 convient d'ajouter que les affections organiques du cœur, celles du foie, la gastro-entérite chronique, la pie-mérite granuleuse, l'entérite ulcéreuse^ contre-indiquent l'emploi de l'eau-de-vie.
Les buveurs de profession, que l'alcool entretient, comme l'opium, les morphinophages, dans un bien-être relatif, doivent à leur accoutumance une aptitude spéciale à recevoir de fortes doses. De là les effets notés dans le delirium tremens.
Et je finis en confirmant un rapprochement thérapeutique que vingt années d'enseignement et de pratique dans les hôpitaux m'ont démontré être exact. Le véritable synergique de l'alcool est lopium. L'opianisme aigu est l'analoguo physiologique de l'alcoolisme aigu, et j'en appelle à ceux qui ont étudié en Orient les ravages de l'opianisme chronique, pour justifier le rapprochement avec nos vieux alcooliques. La perte de l'appétit et du sommeil, l'émaciation, le rabougrissement des membres, la démence finale, tout est similaire. La morphine est un alcool polyatomique enrichi d'azote ; l'alcool est un opium dépourvu d'aminé (AzH"-).
Dans les applications thérapeutiques, même communauté d'action. Effets successifs de stimulation, puis de sédation ébriante. Il suffit de rappeler le traitement de la pneumonie et de toutes les maladies à évolution fébrile suraiguë, pour justifier le rapprochement. Enfin, la chorée, le delirium tremens, bénéficient également de l'emploi méthodique de l'eau-de-vie et de l'opium.
Armand de Fleury.
Bibliographie. — Nous nous bornons à citer ici, avec le nom des auteurs dont les Traités sur la matière font autorité, les communications les plus récentes et qui s'appuient le mieux sur l'expérimentation physiologique et clinique. Ce Bulletin sommaire est divisé, comme l'article, en trois catégories, selon la provenance nationale. Documents français; documents allemands, documents anglais.
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EAUX niÉDlCllVALES. En ne tenant compte que des préparations médicamenteuses, et en excluant les eaux médicinales naturelles, le Codex adopte encore deux classes d'eaux médicinales : 1" les eaux distillées ou les eaux aromatiques; 2" les solutés simples ou composés. Il fait remarquer, en outre, que
lieaucoup de préparations ne rentrant pas dans ces groupes doivent encore à l'usage la dénomination d'eaux médicinales. Peut-être serait-il plus simple de n'admettre dans celte classe que les préparations dites hydrolats, consistant en des eaux chargées par distillation de principes volatils et d'huiles essentielles, et de ranger tout le reste dans la catégorie indistincte et diverse dont nous venons de parler; d'un autre côté, comme les solutés aqueux forment en pharmacie une classe particulière de médicaments connus sous le nom d'hydrolés, l'ordre à suivre dans ce Dictionnaire paraît d'abord tout tracé : les eaux distillées et les solutés aqueux y seraient traités aux mots Hydrolats et Hyouolés, et il ne resterait plus qu'à indiquer les eaux médicinales qui ne rentreraient pas dans l'un ou l'autre de ces principes. Mais certains médicaments ainsi designés ont une composition et un mode de préparation plus ou moins compliqués, qui en font à la fois des solutés aqueux et des aleoolés ou des alcoolats. D'oij il suit que la plus pratique est de se soumettre à la confusion de termes admis par l'usage, et. après avoir réservé toutes les eaux distillées pour l'article Hïdrolat, de réserver ici les plus importantes de celles qui ne rentrent pas dans ce groupe pour en indiquer simplement la composition; ce qui n'empêchera pas de traiter des HïbROLKs dans un article particulier. Du reste, bon nombre d'entre elles sont déjà mentionnées dans ce Dictionnnaire au nom des substances qui en sont l'ingrédient principal, ou à certains noms spéciaux sous lesquels ils sont généralement connus.
EAU ACIDULE BrCARBONATEE {VOIJ . SODA-WAT Er)
EAU ACIDULE SALINE {Aq. ucklulo-salsa)
Grammes.
Chlorure de sodium 0,55
— magnésium 0,^7
— sodium 1,10
Carhonate de soude cristallisé 0,80
Sulfate de soude 0,10
Faites dissoudre dans Veau quantité suffisante, d'une part les sels, d'autre part les chlorures; versez les deux solutions dans une bouteille de 65 centilitres, remplissez avec de l'eau gazeuse simple et boucliez.
EAU ALBUMIKEUSE
lilancs d'œuf. ^".1.
Kau 1000 grammes.