EAU VULNÉRAIRE {VOIJ. VULNÉRAIRES
EAU ZINCÉE
Sulfate de zinc 28
Camphre 8
Eau bouillante 786
Faites dissoudre et filtrez.
Dechambre.
EAUX. MÈRES. L'eau mère {Mutterlauge) est le liquide sirupeux et jaunâtre qui reste après l'évaporation des eaux chlorurées fortes ou de l'eau de mer préalablement concentrées et chauffées et desquelles on a retiré le sel marin du commerce. Le sel de cuisine s'extrait, en effet, soit des bancs de sel gemme qui existent surtout dans l'est et dans le midi de la France, soit des terrains houillers ou porphyritiques de l'Allemagne du Nord, soit enfin directement de l'eau de l'Océan ou de la Méditerranée. En visitant les diverses salines françaises «t allemandes, car ce sont les deux pays où les eaux mères sont employées, et
les marais salants des côtes de l'ouest et du sud de la France, on voit que les procédés qu'on suit partout ont entre eux une très-grande analogie, et l'on peut assez exactement les résumer dans quelques aperçus généraux. Le but à atteindre est de favoriser et de développer l'évaporalion. A cet effet, l'eau chlorurée d'une source, ou l'eau de mer, est élevée au moyen d'appareils hydrauliques jusqu'au faîte de bâtiments de graduation d'où elle s'épanche dans des rigoles horizontales d'ime longueur de plusieurs centaines de mètres. Elle s'écoule alors au travers d'amas de fascines qui la laissent descendre goutte à goutte dans des réservoirs où ensuite elle est reprise pour être reportée de nouveau au sommet des bâtiments et retomber successivement et de la même manière dans les réservoirs inférieurs. C'est ainsi, par cette migration continuelle et par cette division infinie, que l'eau arrive au degré de concentration qu'on veut obtenir, et que, par exemple, l'eau de Kreuznach, marquant à la source 1,5 à l'aréomètre, s'élève, après sept graduations successives, à 18 degrés, et même à 24 degrés, lorsque l'évaporation a été favorisée par l'état de l'almosphère. Après que l'eau chlorurée a traversé toule la série des bancs de fascines sur lesquels elle laisse des dépôts plus ou moins colorés de sulfate et de carbonate de chaux et de fer que l'on est obligé d'enlever assez souvent, elle passe du réservoir où son degré de concentration a été constaté dans des chaudières pour être soumise à l'ébullition. 11 se forme alors une nouvelle quantité de dépôt que les ouvriers connaissent sous le nom de schlotr qu'on sépare par décantation, tandis que les cristaux de chlorure de sodium sont laissés à nu. Ce qui résiste à la cristallisation est un liquide brunâtre, poisseux et acre, assez semblable à de la lessive. Ce liquide est l'eau mère, qui contient, on le comprend, à l'exception du sel marin, tous les principes de la source réunis à l'état de grande concentration : L'opération que nous venons de décrire est surtout pratiquée aux sources plus ou moins chargées de principes chlorurés, elle est même employée dans quelques points du littoral, mais le sel retiré de l'eau mère est presque partout extrait, en Bretagne au moins, des œillets, c'est-à-dire des flaques d'eau de mer exposées au soleil, dont les rayons se chargent seuls de l'évaporation et de la concentration de l'eau et de la cristallisation du sel. L'eau mère ne pourrait guère être recueillie par ce moyen primitif d'extraire le sel de cuisine, mais elle n'est jamais utilisée en thérapeutique dans le pays, où l'on se contente des préparations de M. Moride, que nous avons indiquées en parlant de Veau de mer concentrée [voy. ce mot).
Les principales stations où se rencontrent en France des salines, et par conséquent des eaux mères, sont, en dehors du littoral, celles de Dieuze dans le département de la Meurthe, de Montmorot {voy. Lons-le-Saulnier [Eaux minérales de']), de Moutiers et Salins de la Tarentaise [Eaux minérales de), de Salies-de-Béarn et de Salins du Jura. Les points des côtes françaises où l'on extrait le sel marin et par conséquent où l'on trouve des eaux mères, sont celles du Croisic, de Guérande, en Bretagne, de Genêts, en Normandie, et des environs de Cette dans le midi de la France. Les eaux mères de Bex {voy. ce mot) et de Lavey [Eaux minérales de]) sont celles qui sont les plus importantes de la Suisse. C'est à Kreuznach, à Nauheim, à Elmen, à Salzungen, à Reichenhall, à Arnstadt, à Dûrkheim et à Pyrmont, qu'existent les principales salines de la Prusse, et c'est dans ces stations thermales et minérales que sont employées les eaux mères qui servent aussi dans les établissements voisins pour additionner l'eau des bains. Nous ne croyons pas devoir insister ici sur les propriétés physiques
et chimiques des eaux mères puisqu'on trouve aux mots que nous venons de citer tous les détails que le médecin doit connaître et les dernières analyses des eaux mères de toutes les provenances. Les eaux mères et les eaux chlorurées fortes dont elles proviennent, sont assez analogues entre elles, sauf la différence des proportions de chlorure de sodium, qui est en plus grande quantité relative dans l'eau minérale que dans l'eau mère, puisque ce dernier liquide est la concentration de l'eau chlorurée dont on a fait cristalliser l'élément minéralisateur principal. Les chlorures dominent cependant dans l'eau mère qui contient aussi des sulfates et des carbonates de soude principalement; la chaux, la magnésie, y sont en beaucoup moindre abondance. Le fer et surtout le brome n'y sont renfermés quelquefois qu'à dose infinitésimale. Liode peut ne pas y déceler sa présence; les eaux mères sont encore plutôt bromurées qu'iodurées. Mode d'administration et doses. L'eau mère s'emploie à l'intérieur ou à l'extérieur en applications locales, pure ou mêlée à l'eau simple ou minérale qui sert aux bains. Les recherches que nous avons faites pour savoir à quelle époque et par qui les eaux mères avaient été d'abord administrées nous conduisent à penser qne c'est aux salines de Kreuznach qu'elles ont été mises en usage pour la première fois. Les essais primitifs remontent à une quarantaine d'années, et c'est à l'extérieur qu'on s'en servit d'aboi'd dans les établissements^ chlorurés sodiques de l'Allemagne du Nord. Elles furent employées en Suisse bientôt après par le docteur Hermann Lebert, aux eaux de Lavey. A cette époque, et comme les médecins allemands, il obtint des effets si remarquables qu'il publia en 1839, en 1840 et en 1841, les résultats de sa pratique. C'est dans le courant de 1841 que le docteur Lebert conçut l'idée, qui n'était venueà personne, d'employer les eaux mères à l'intérieur et dans la dernière publication que nous venons d'indiquer il fit connaître les succès dont il attribua l'honneur à ce nouveau mode d'emploi de l'eau mère. M. Lebert avait voulu expérimenter sur lui-même l'effet de l'eau mère à l'intérieur, et nous ne saurions mieux faire que de transcrire le passage où il rend compte de son action physiologique et thérapeutique : « Je pris, dit-il, le matin à Lavey, l'eau mère qui nous vient des salines de Bex, elle ne me fit aucune sensation désagréable dans l'estomac, seulement j'eus un léger mal de cœur. Etant sorti pour me livrer à mes occupations ordinaires, je n'y pensais plus lorsque j'éprouvai un léger effet purgatif. Le lendemain, j'en pris 2 cuillerées à café dans un verre d'eau, j'eus un mal de cœur un peu plus fort que la veille ; du reste, aucune autre sensation désagréable, mais j'eus troi.s évacuations liquides dans les vingt-quatre heures. Les jours suivants, j'en pris 3 ou 4 cuillerées à café et je trouvai toujours l'effet en proportion du nombre des cuillerées que j'avais prises ; le mal de cœur fut assez léger pour que je pusse vaquer à mes affaires et ne dura jamais plus d'une heure. Lorsque je pris l'eau mère dans l'eau minérale de Lavey, je ne ressentis plus les mêmes maux de cœur. Ayant reconnu par ces premières expériences qu'il n'y avait point de danger dans l'emploi des eaux mères en boisson, je les mis, dès le commencement de la saison, en usage à l'intérieur combinées aux eaux de Lavey, qui me paraissaient très-propres à ce mélange, parce que ces eaux sont, comme l'expérience l'a prouvé, très-bonnes pour l'estomac... J'ai donc fait prendre les eaux mères à un grand nombre de personnes; j'ai trouvé dans mes observations des détails sur leurs effets dans 150 cas, dont je donne le résultat. A la dose de deux cuillerées à café, les eauxmères ne produisent aucune sensation désagréable, elles sont bien supportées,
n'occasionnent qne rarement des maux de cœur très-passagers. Elles augmentent quelquefois l'appétit, elles n'ont pour effet ni brûlements à l'estomac, ni soif, ni tranchées, etc., et tiennent ordinairement le ventre libre, même chez les personnes habituellement sujettes à la constipation. Certains malades n'éprouvent aucun effet physiologique, d'autres sont sensiblement purgés.... La dose moyenne qui a été généralement prise a été de 4 à 6 cuillerées à café, le matin à jeun, dans 'J ou 3 verres d'eau de Lavey, Quelquefois il fallait aller à 12 cuillerées pour provoquer la purgation, mais en général je ne me suis pas obstiné à produire cet effet, préférant y renoncer que de fatiguer l'estomac par de fortes doses, d'autant plus que je savais que certaines personnes en ont été très-incommodées... Il s'établit ordinairement au bout de quelques jours une espèce de tolérance qui permet d'en continuer l'usage; cependant il faut suspendre toutes les fois que des évacuations trop fréquentes fatiguent les malades. La sensation la plus habituelle est la soif qui est très-vive surtout pendant la première heure; le vomissement quelquefois répété et toujours pénible ; le dérangement de l'appétit, les coliques quelquefois, mais rarement... On peut dire, en général, qu'une purgation suivie convient dans beaucoup de maladies chroniques, si toutefois l'état des forces ou des organes digestifs, etc., ne s'y oppose pas. L'eau mère à l'intérieur a été employée dans 21 cas d'affections rhumatismales et elle y a produit un excellent effet, surtout lorsque ces maladies étaient compliquées d'un principe goutteux. Son usage intérieur convient encore mieux, lorsqu'il existe en même temps une affection scrofuleuse soit constitutionnelle, soit passagère. 28 personnes atteintes de miiladies de peau s'en sont bien trouvées, et son emploi est d'autant plus avantageux que la constitution du malade se rapproche le plus du tempérament scrofuleux. L'eau mère à l'intérieur convient enfin dans l'atonie de l'intestin, dans les affections du foie, dans celles où la circulation des organes de l'abdomen est gênée, etc. , etc. » .
Il semblait, d'après ce qu'on vient de lire, que la thérapeutique avait découvert dans l'eau mère prise à l'intérieur un agent puissant contre certaines atfections. Malheureusement, l'expérience n'a pas confirmé ces espérances et l'on a cessé presque partout, si ce n'est à Salins du Jura et à Salies-de-Béarn, l'usage interne des eaux mères, qui n'est pas même continué à Lavey, si l'on en croit les derniers ouvrages du docteur Cossy. Pour notre compte, nous avons goûté plusieurs fois et à de nombreuses stations de l'eau mère et nous avons la certitude qu'elle est trop difficilement acceptée par le goîit et par l'estomac pour qu'elle soit d'un usage habituel, même lorsqu'elle est coupée d'une grande quantité d'eau naturelle ou minérale. Nous devons ajouter cependant que M. le docteur Dumoulin, à Salins du Jura, MM. les docteurs Nogaret et de la Roque, à Salies-de-Béarn, disent n'avoir qu'à se louer de l'emploi intérieur de l'eau mère, mêlée : à Salins dans de l'eau minérale, et à Salies-de-Béarn dans du bouillon de poulet.
L'emploi de l'eau mère à l'extérieur s'est non-seulement conservé, mais il est devenu général à toutes les stations qui ont des salines ou qui en sont rapprochées. Nous avons dit que les eaux mères s'emploient à l'extérieur ou pures en applications locales, ou mêlées en plus ou moins grande quantité à l'eau des bains d'eau minérale chlorurée. L'eau mère administrée pure sert à imbiber des compresses qui, appliquées sur la peau, provoquent, au bout de vingt-quatre ou de quarante-huit heures, une éruption qui ressemble beaucoup à celle que déter-
mine l'application de la pommade d'Autenrielh. Elle offre donc un moyen révulsif naturel d'une grande énergie, et pourtant l'usage ne s'en est pas jusqu'à ce jour suffisamment répandu. 11 serait à désirer que l'on y eût recours plus souvent, car elle a sous cette forme, et appliquée sur le siège même du mal, une action résolutive bien marquée, notamment sur les engorgements ganglionnaires et sur les ulcères atoniques superficiels ou entretenus par une carie profonde. Les bains généraux, additionnés d'eau mère, sont prescrits journellement dans toutes les stations de bains de mer et d'eaux minérales chlorurées. Il suffit d'indiquer ici quelques précautions que leur puissance rend nécessaires. Le médecin doit en surveiller avec soin les efiéts et en proportionner les quantités à la sensibilité cutanée des malades. Si cette surveillance est négligée, il y a danger de voir apparaître un érytlième, un érysipèle même, sur un des points du tégument externe, alors qu'il n'existe aucune solution de continuité apparente, et ce danger est beaucoup plus à craindre encoie lorsqu'on a constaté une plaie ou un ulcère. On doit augmenter progressivement l'addition de l'eau mère et veiller à ce qu'elle n'excède jamais le cinquième de l'eau du bain tout entier. Il est bon d'ajouter qu'il est prudent même de ne commencer cette addition qu'au troisième ou au quatrième bain, et de ne pas y ajouter d'abord plus d'un litre d'eau mère. Cette remarque est surtout applicable dans les stations de Salies-de-Béarn, de Salins du Jura et delà Tarentaise, de Nauheim, etc., et des bains chauffés du littoral, dont les eaux sont déjà chargées d'une proportion considérable de principes fixes et particulièrement de chlorures. La présence de l'eau mère dans les bains d'eau chlorurée rend plus marquée l'impression du froid qu'on ressent sur tout le corps au moment de l'immersion ; il ne faut pas oublier de prévenir les malades que cette sensation doit être de courte durée et qu'une agréable chaleur ne manque jamais de la remplacer bientôt. Si le baigneur, n'étant pas averti de ce phénomène, avait l'imprudence de trop réchaufler son bain, il aurait proraptement une rougeur intense de toute la peau, et il éprouverait, sous l'infiuencb d'une circulation surexcitée, des démangeaisons intolérables souvent, des palpitations, de la dyspnée, de la céphalalgie, des bourdonnements d'oreilles, des éblouissements, des vertiges et un état de malaise que pourraient suivre des accidents sérieux. Les bains avec addition d'eau-mère sont d'un usage à peu près exclusif pour les très-jeunes enfants, pour les rachitiques et pour les scrofuleux du premier âge. On emploie aussi ces bains chez les adultes, lorsque ceux composés d'eau chlorurée pure ne sont pas suffisants pour obtenir assez proinptement la guérison de certains accidents dépendant des scrofules. Ajoutons que dans ces cas, et selon les sujets, la dose d'eau mère qu'on met dans les bains peut varier de 1 à 20 litres; rarement même on atteint cette dernière limite.
Emploi thérapeutique. Nous n'avons pas l'intention d'indiquer toutes les maladies dans lesquelles l'emploi des eaux mères a révélé une efficacité incontestable, mais nous voulons signaler les principales. En tête, se place la diathèse scrofuleuse. L'eau mère pure ou assez légèrement mitigée, employée topiquement, combat avec succès les engorgements ganglionnaires ou périarticulaires. Les bains additionnés d'eau mère dans des proportions variables suivant les cas sont un moyen précieux d'agir sur le tégument externe, lorsque l'action doit s'étendre à l'économie tout entière. Ces bains sont extrêmement utiles encore lorsqu'on veut obtenir un effet tonique prononcé, quelle que soit la cause de l'asthénie : ainsi, ils sont d'un secours très-puissant dans les convalescences et
dans les maladies où l'organisme a besoin d'un stimulant énergique pour remonter les forces épuisées, dans les maladies chroniques où il faut tonifier sans trop exciter le système nerveux ou les voies digestives; dans plusieurs affections du sang où l'élément globulaire a souffert, la cbloroanémie, par exemple, ou les suites d'excès, etc. ; enfin dans certains accidents du système nerveux et dans certaines névroses. Les bains d'eau mère produisent aussi d'excellents effets dans les affections sécrétantes de la peau sous la dépendance d'un état lymphatique ou scrofuleux, mais nous préférons dans ces circonstances les eaux chlorurées sulfureuses, les eaux sulfureuses et certaines sulfurées on mieux polysulfurées sodiques, comme celles de Baréges, qui sont à la tête de ce groupe. Nous exceptons cependant le lupus où les grands bains d'eau chlorurée forte, additionnés d'eau-mère, donnent les résultats les plus satisfaisants.
Ces indications montrent assez combien il faut attacher d'importance à l'utilité des eaux mères. Nous joignons donc bien volontiers nos éloges à ceux que d'autres leur ont accordés avant nous. Pour que notre opinion acquère une autorité quelle ne saurait avoir, si elle était isolée, nous croyons devoir la fortifier en empruntant quelques courtes citations aux principaux ouvrages •écrits sur la matière. Tous les médecins qui ont employé l'eau mère sont unanimes d'ailleurs pour en reconnaître l'action thérapeitique puissante. L'efficacité de l'eau mère est reconnue par les auteurs de toutes les monographies sur les eaux chlorurées sodiques fortes, et cette efficacité est vantée surtout dans la diathèse scrofuleuse où l'eau mère se montre souveraine contre des cas désespérés avant son emploi. Graefe et Kalisch, dans leur ouvrage annuel sur les résultats thérapeutiques des bains de l'Allemagne, disent que tous les médecins de ce pays sont d'accord pour proclamer la valeur des eaux mères et ils citent de nombreuses observations pour corroborer leur asserlion. M. le docteur Môhler, dans son ouvrage sur les eaux de Salzhausen {voy. ce mot), dit : « Les eaux salées auxquelles on ajoute de l'eau mère ont montré, d'après mon expérience et d'après celle d'autres médecins, une si grande efficacité, que la guérison dépend de la méthode suivie dans leur emploi. » Le même auteur ajoute plus loin : « Dans les ulcères des parties molles et des os, c'est surtout le mélange de l'eau mère avec l'eau salée qui a fourni des résultats surprenants dans les plus enracinés. « A Kissingen, ou plutôt à l'établissement de Bocklet, en Bavière, les eaux mères sont employées sur une trèslarge échelle, et voici ce qu'en dit le médecin inspecteur : « Pour donner des bains avec de l'eau mère, on en fait venir de la saline voisine de Kissingen ; on l'ajoute aux bains en différentes quantités, ce qui en modifie l'effet et les l'end éminemment fondants et résolutifs, outre la qualité tonique qu'on trouve déjà dans l'eau de Bocklet. » M. le docteur Kirchgessner, médecin de cette station, a employé avec le meilleur succès ces sortes de bains dans plusieurs cas. Aux sources salées d'Elmen {voy. ce mot), les eaux mères ont permis au docteur Lohmeyer de pouvoir dire : « Ce n'est que depuis quelques années que j'ai fait usage de l'eau mère ajoutée aux bains, mais elle m'a toujours fourni les résultats les plus favorables ». Buesch donne de grands détails sur les divers établissements de la Suisse, où l'on se trouve très-bien de l'emploi des eaux mères. Ainsi il dit qu'à Tarasp, dans l'Engadine, à Wylenbad, dans le canton de Berne, à Sulzlhal, en Argovie, à Combiolaz, en Valais, à Bâle-Campagne, à Wildegg, aussi en Argovie, à Losdorf, dans le canton de Soleure, enfin à Lavey,
EAUX MINÉRALES (Législation). 655
dont les travaux de MM. Lebert et Cossy nous ont fait connaître les vertus, on fait usage de l'eau mère, et que partout on en apprécie l'action.
En France, les ouvrages publiés sur quelques-unes de nos eaux salées ont fait connaître les résultats favorables des eaux mères employées à l'extérieur surtout. C'est ainsi que MM. les docteurs Germain, Dumoulin, Carrière, Guyénot, de Salins du Jura, l'inspecteur des bains de mer du Croisic, Laissus, de Salins de la Tarentaise, Nogaret et de la Roque (de Salies de Béarn), ont vanté l'efficacité thérapeutique des eaux mères qu'ils emploient tous les jours.
Pour ne citer que les deux auteurs qui en ont parlé les premiers en France, MM. Germain et l'inspecteur du Croisic disent en parlant de l'eau mère : « Les topiques et les bains partiels d'eau mère produisent un sentiment d'astriclion, des picotements, de la rougeur et une chaleur passagère sur les téguments soumis à cette action. Cet ensemble phénoménal augmente d'intensité par la douche extérieure, en raison de sa durée et de sa force de percussion. C'est pour cela que leur application, lorsqu'on la mêle à l'eau, est si efficace dans certaines maladies ou dans certaines diathèses » (Germain, Des eaux mères, de la saline de Salins [Jura]). On lit dans une Notice médicale, publiée en 1855 par M. l'inspecteur des bains de mer du Croisic, les lignes suivantes : « Les eaux mères ont été secourables dans un grand nombre d'affections ; nous avons constaté de merveilleux effets dans les cas graves et peu favorables en apparence, observés sans parti-pris. Sans examiner la liste des cas auxquels elles s'appliquent avec des chances plus ou moins heureuses, on peut dire que les eaux mères méritent de prendre place au premier rang parmi les remèdes conseillés contre quelques affections bien définies. On peut affirmer aussi, sans crainte d'exagération, que leur application de toutes la plus importante est celle qu'on en à faite au traitement de la scrofule; là elles s'élèvent presque à la hauteur d'un spécifique a (p. 20).
Ce que nous venons de dire s'applique à l'eau mère à l'état liquide telle qu'elle est employée dans les salines ou dans les stations chlorurées sodiques qui en sont voisines ; il nous reste à indiquer une forme d'eau mère presque solidifiée à la suite d'une longue évaporation, qui est préparée pour être transportée, et sert à additionner les bains d'eau salée ou d'eau simple dans les pays où A est difficile d'employer l'eau mère. Cette préparation est connue en France, en Suisse et en Allemagne, sous le nom de sel d'eau mère. A. Rotcreau.
Bibliographie. — Prieger (J.-E.-P.). Kreuznach, seine Heilquellen und Mutterlauge. Mainz, 1827. — Prieger (Oscar). . . .Mutterlauge ans der Saline von Munster. Kreuznach, 1851. — Prieger (Heinrich). Kreuznach, ses eaux minérales bromo-iodurées et ses eaux mères. Kreuznach, 1862. — Rdesch. Handbuch iiber Bade- und Trinkcuren. Mutterlauge, vol. II, p. 306 à 323. — Lebert (Herraann). Compte rendu des eaux de Lavey pour 1840, 1841. Lausanne, 1841. — Cossy (M.). Eaux minérales de Lavey et eaux mères de £ca;. Lausanne, 1848. — Du MÊME. Note sur Laveij-les-Bains, canton de Vaud, Suisse, et sur les eaux mères de Bex. Aigle, 1868. — Germain. Des propriétés des sources minérales et de l'eau mère de la saline de Salins {Jura). Paris, 1830. — Dcmodlin (.\uguste) et Nogaret ont traité des Eeaux mères de Salins [Jura] dans tous les travaux qu'ils ont publiés sur celte station. — Nogaret et de la Roque ont aussi donné dans leurs brochures les renseignements les plus complets sur l'eau mère de Salies-de- Béarn. — Deneffe (V.). Creuznach. In Études médicales. Bruxelles, 1884, 2" éd. A. R.
EAUX MI^'ÉRALES (LÉGISLATION). Les règles auxquelles sont soumis en France les eaux minérales et les établissements thermaux, remontent à Henri IV, qui, le premier, nomma des surintendants chargés de leur surveillance, ainsi
656 EAUX MINÉRALES (Législation).
qu'on le voit par ses édits et lettres patentes du mois de mai 1605. Louis XIV, Louis XV et Louis XVI confirmèrent la législation adoptée par Henri IV. Le 6 mai 1732 un arrêté du Conseil édicté différentes règles et prohibitions en vue de protéger les eaux de Baréges. Un autre arrêté du Conseil institue, en 1772, une Commission royale de médecine pour la distribution des eaux minérales, et prescrit certaines mesures d'ordre et de prévoyance. De nouveaux arrêts du même Conseil, du 1" avril 1774 et du 12 mai 1775. organisent la visite des eaux minérales dans les bureaux de distribution, enfin une déclaration du Roi du 26 mai 1780 et un arrêté du Conseil du 5 mai 1781 ordonnent que des médecins seront nommés intendants des eaux et préposés à la conservation des sources, à leur entrelien, etc. La législation intermédiaire offre aussi ses monuments relatifs aux eaux minérales, bornons-nous à les énumérer. Un décret de l'Assemblée nationale, du 20 août 1792, autorise le pouvoir exécutif à envoyer dans les différents lieux où il y a des eaux thermales ou minérales sans hospices établis les militaires invalides ou blessés à qui ces eaux seront jugées nécessaires, et à leur accorder une indemnité équivalente aux frais de route et de séjour. Nous voulons mentionner seulement un décret du 29 juin 1793, permettant à toute personne de s'approvisionner d'eaux minérales à Vicliy, en payant certains droits au fermier; mais nous devons appeler plus particulièrement l'attention : 1" sur le décret du 25 vendémiaire an VI (4 octobre 1797). qui attribue aux municipalités la police des eaux, et veut que les indigents reçoivent gratuitement les secours des eaux minérales , et 2"^ sur un arrêté du l)irecloire du 29 floréal an VII (18 mai 1799), dont les dispositions, adoptées sur l'avis de l'Ecole de médecine, ont pour but de rappeler à l'observation des anciens règlements, et d'exiger (|ue les officiers de santé nommés par l'inspection des eaux adressent chaque année à l'Administration l'analyse des maladies des personnes qui se seront présentées aux eaux, les traitements qu'elles auront subis, les résultats qu'elles auront obtenus, et l'état dans lequel se trouvent les sources et les fontaines auxquelles ils sont attachés, etc. Deux arrêtés, l'un du 3 lloréal an Vlll (28 avril 1800), l'autre du 6 nivôse an XI (27 décembre 1802), sont relatifs à la location et à l'administiation des établissements d'eaux minérales. Un décret du 30 prairial an XU (19 juin 1804) renouvelle les mesures de protection prises en 1732, comme nous l'avons dit, à propos des eaux de Daréges. Des décrets du 12 juin 1811 déclarent propriété de l'État les sources d'eaux minérales de Plombières et ordonnent l'achat, pour le compte de l'Etat, des bains civils de Dourbonne et de ses sources. Enfin la loi de finance du 17 août 1822 comprend dans le budget les rétributions imposées sur les établissements d'eaux minérales pour les traitements des médecins chargés par le Gouvernement de l'inspection de ces établissements.
Tel est l'historique lapide des divers documents législatifs antérieurs à l'ordonnance du 18 juin 1825; il montre combien a toujours été grande la sollicitude de l'autorité publique pour la conservation et le bon emploi des eaux minérales. Mais les règles véritables auxquelles sont soumis en France les eaux minérales et les étabhssements thermaux se trouvent principalement dans les dispositions de l'ordonnance royale des 18 juin-7 juillet 1825 et de la loi du 14 juillet 1856. Avant de résumer l'ensemble de ces règles, nous croyons utile de placer sous les yeux les dispositions les plus importantes des lois, ordonnances et décrets qui sont applicables depuis 1825, 1848, 1856, 1857, 1871 et
KAUX MINÉRALES (Législation). 657