DICT. E.\'C. XXXI
acceptées avec moins de répugnance par les adultes et par les enfants, il ne faut pas croire cependant qu'elles soient agréables au goiît, lorsque surtout elles contiennent par litre à peu près 20 grammes de chlorure sodique, comme celles de iXauheim que nous avons prise pour type des eaux de celte espèce. Les bulles gazeuses de ces eaux piquent les narines et ont une saveur assez fortement salée qui se fait sentir jusqu'au moment du déjeuner. Elles provoquent des gargouillements qui souvent sont perçus à distance, mais elles ne déterminent presque jamais de coliques. Comme les eaux chlorurées sodiques fortes, froides et sans gaz, les eaux thermales chlorurées fortes et très-gazeuses doivent être ingérées à la dose de 2 à 4 verres chaque matin pour déterminer l'augmentation plus ou moins marquée des sécrétions intestinales. Comme les premières, elles les diminuent, lorsqu'on les boit en faible proportion. Ce n'est, eu général, qu'après une ou deux heures que les eaux chlorurées fortes, thermales et gazeuses, ingérées à dose convenable pour obtenir cet effet, provoquent des selles liquides, jaunâtres et d'une odeur particulière. Les évacuations alvines sont presque toujours suivies d'un grand sentiment de bien-être, d'une force et d'une souplesse inaccoutumées; rarement, au contraire, elles occasionnent une lassitude générale et un grand besoin de repos. La salive est souvent trouvée alcaline, tandis que les fèces et les urines, déjà acides ou neutres avant l'ingestion de l'eau, deviennent acides après l'action laxative ou purgative de ces eaux minérales. En boisson, elles activent légèrement, mais positivement, la circulation sanguine, elles augmentent la sécrétion de la salive, et elles ne semblent avoir aucune action sur la quantité des urines, qui ne sont pas plus abondantes qu'elles ne doivent l'être, si l'on tient compte de la proportion d'eau ingérée. On n'éprouve pas ordinairement en entrant dans un bain d'eau chlorurée sodique forte, mésothermale et carbonique, d'autre sensation que celle qui est habituellement causée par un bain ordinaire dont l'eau est un peu chaude. Il détermine de la sueur, au visage surtout, et d'assez fortes démangeaisons à la partie interne des membres. Cette sueur et ces démangeaisons sont fugaces d'ailleurs, un sentiment de bien-être et une teinte rosée de la peau leur succètlent ordinairement. Le séjour dans l'eau de ces bains ralentit au bout de quelques minutes la circulation du cœur et des artères, dont les battements diminuent de quinze et quelquefois de vingt par minute, lorsque la durée de l'immersion du corps dépasse une demi-heure. La salive de neutre devient alcaline, les urines restent ou deviennent presque toujours acides. Les bains à l'eau courante et les douches alimentées par l'eau des sources chlorurées sodiques fortes, mésothermales et surtout hyperthermales, et chargées de gaz acide carbonique, déterminent les mêmes effets physiologiques que les bains de baignoire à l'eau dormante; seulement, ces deux moyens balnéothérapiques ont une activité plus grande. Ainsi, les bains dont l'eau se renouvelle sans cesse et les douches à jet plein et continu surexcitent à un haut degré la circulation cutanée et produisent souvent, après la troisième et la quatrième semaine, des éruptions dont le siège le plus fréquent est aux plis inguinaux, sur l'hypogastre ou sur l'épigastre ; ce sont des papules d'abord, puis des vésicules à base rouge et indurée, qui sont réunies en groupes. Cette sorte d'herpès circinatus est indolore d'ailleurs et ne force pas à suspendre le traitement minéral. Il n'en est pas de même des furoncles qui parfois s'observent, car, aussitôt qu'on peut les prévoir, il faut se hâter de conseiller aux malades de ne plus prendre ni bains ni douches. Les points habituels de la
poussée furonculeuse sont le dos, les fesses et la partie supérieure des cuisses. L'éruption thermale chlorurée apparaît quelquefois sous une troisième forme, celle de l'ecthyma qui, se développe sur les portions du corps recouvertes de poils, et y occasionne des démangeaisons insupportables. Dès que le médecin qui dirige la cure peut soupçonner l'apparition de l'ecthyma, il doit faire suspendre les bains et les douches et ne permettre de recommencer le traitement que quatre ou cinq jours après que l'état herpétique a complètement disparu, car toute manifestation exagérée vers la peau ne peut que retarder la guérison; elle n'est au moins jamais utile, quoi qu'on en ait dit. Les bains composés d'eau chlorurée sodique, même très-chargée de sel marin, sont souvent additionnés d'eau-mère.
Ce serait peut-être le cas de dire quelle est l'action physiologique de l'eaumère : nous aimons mieux renvoyer à l'article spécial que nous lui avons consacré. Nous avons signalé, en traitant du gaz acide carbonique, quels sont ses effets sur l'homme sain : nous n'en parlons donc pas ici, quoique les eaux chlorurées sodiques fortes et thermales de la région du mont Taiinns fournissent à plusieurs des établissements de cette contrée le gaz employé en bains généraux ou locaux, en douches sur tout le corps ou sur un point limité de l'économie {voy. Gazogène).
Les eaux chlorurées sont en même temps souvent carbonatées sodiques ; celles de la Bourboule, qui sont aussi les plus manifestement arsenicales de la France, en sont un exemple. Celles de Braubach et de Stutterbach, en Allemagne, etc., celles de Saint-Nectaire, de Royat, d'Ems et surtout de Karlsbad, que nous avons rangées, on se le rappelle, dans la classe des eaux polymétallites que nous nous promettons d'étudier spécialement, sont à la fois chlorurées, bicarbonatées et sulfurées. Les eaux chlorurées et bicarbonatées sodiques franches ont pour action physiologique la plus marquée, lorsqu'elles sont prises en boisson principalement, de diminuer la sécrétion de la membrane muqueuse stomacale et intestinale, de produire de l'embarras gastrique et de la constipation. Elles occasionnent souvent aussi la fièvre thermale et même des manifestations cutanées dont une éruption furonculeuse, que nous avons décrite plus haut, est l'expression la plus fréquente. Les eaux chlorurées sodiques fortes et simples n'ont aucune action sur les bronches ou sur les vésicules pulmonaires. Il n'en est pas de même des chlorurées bicarbonatées dont l'usage interne amène une congestion intra-thoracique assez manifeste pour qu'une hémoptysie en soit la conséquence, et force ou à en suspendre l'emploi, ou à en modérer la dose. Les eaux chlorurées bicarbonatées sodiques sont moins résolutives que les bicarbonatées pures, qui contiennent la même quantité de bicarbonates ; elles sont plus toniques en revanche, aussi sont-elles mieux appropriées aux sujets dont le san"- est peu plastique et chez lesquels on doit craindre de voir la liquidité augmenter. Les eaux bicarbonatées fortes et pures conviennent mieux, au contraire, aux personnes pléthoriques menacées d'accidents congestifs ou apoplec-
tiformes.
Les eaux chlorurées sodiques laissant dégager du gaz hydrogène sulfuré, comme celles d'Uriage et d'Aix-la-Chapelle, constipent lorsqu'elles sont données à faible dose, 1 verre ou 1 verre 1/2 en deux ou trois fois le matin à jeun et à un quart d'heure d'intervalle. Elles agissent à la manière des eaux chlorurées sodiques pures et fortes, puisqu'on quantité plus considérable elles sont laxatives ou pur^-alives comme elles. Dans l'un comme dans l'autre cas, l'appétit'
et la soif sont augmentés ; la digestion se fait mieux et plus vite ; ces eaux ont aussi un effet tonique et reconstituant. Mais les eaux clilorurées sulfureuses, ou sulfureuses chlorurées, cessent d'agir comme les eaux chlorurées sodiques simples et fortes, quand elles produisent une stimulation marquée sur le système nerveux ; ce qu'elles doivent exclusivement à leur principe sulfureux. Les eaux chlorurées sodiques sulfureuses n'ont point d'action diurétique à proprement parler, et elles poussent aux urines seulement lorsque les buveurs en ont pris une grande quantité et que la température de l'air est relativement basse. Si le temps est orageux et chaud, ce sont les fonctions de la peau qui sont suractivées, et ces eaux sont alors accidentellement diaphorétiques. Les eaux chlorurées sulfureuses peuvent produire la poussée, mais cela n'arrive presque jamais à la suite d'un traitement par l'eau seule en boisson : les éruptions thermales sont consécutives à l'administration des bains et des douches. Les eaux chlorurées sodiques sulfureuses sont excitantes en boisson, mais elles le sont aussi lorsque la cure est exclusivement externe, et cette manifestation s'observe dans les premiers jours du traitement, alors surtout que les baigneurs et les douchés sont ordinairement faciles à surexciter. Nous avons noté que ces eaux sont laxatlves lorsqu'on les prend à une certaine dose à l'intérieur ; il est remarquable que cette propriété soit observée aussi, exceptionnellement il est vrai, chez ceux qui ont fait usage seulement de ces eaux à l'extérieur. Nous avons signalé encore que les eaux chlorurées sulfureuses en boisson produisent un effet diurétique à peine marqué; il n'en est pas de même après les bains. Chaque malade constate que non-seulement il urine pendant son séjour dans l'eau plus qu'il ne le lait dans un bain ordinaire, mais encore que cet effet se prolonge pendant les deux heures qui suivent son immersion. Les bains et les douches avec l'eau chlorurée sulfureuse agissent fortement sur l'enveloppe externe , puisqu'ils déterminent accidentellement la poussée, mais ils ont pour action à peu près constante d'augmenter la transpiration et surtout la sensibilité de la peau. En effet, des picotements et des démangeaisons apparaissent dès le début de la cure, tandis que l'érythème, les papules, les vésicules et même quelquefois les furoncles, ne surviennent, en général, que du quinzième au vingtième jour, et sont presque toujours un indice de s;ituration minérale. Les eaux chlorurées sulfureuses employées intus et extra agissent notablement sur l'abondance de l'écoulement des règles et des hémorrhoïdes. L'inhalation et les pulvérisations de gaz et d'eaux chlorurées sulfureuses agissent à peu près de la même façon sur l'homme sain qu'aux stations sulfureuses simples, ou sulfurées. Si donc la composition élémentaire particulière d'eaux sulfureuses, conservant une proportion notable de chlorures, avait fait espérer qu'elles pourraient donner, en inhalation et pulvérisées, des résultats spéciaux, l'expérience a démontré l'inanité de celte supposition. Les eaux sulfureuses et sulfurées ont la prétention de guérir non-seulement certaines complications de la phthisie laryngée et pulmonaire, mais de produire le plus souvent une action favorable sur l'élément tubercule lui-même et sur les tissus qui l'entourent. Les eaux chlorurées sodiques sulfureuses ont moins d'ambition, et nous avons signalé, en parlant des stations thermo -minérales qu'elles alimentent, que les médecins qui y exercent sont d'avis que les phthisies de toute nature, et quel que soit leur moment d'évolution, même le premier, sont non-seulement réfractaires pour les eaux chlorurées sulfureuses, mais incontestablement aggravées par tous les modes d'administration de ces eaux minérales. Le séjour
dans les salles d'inhalation ou de pulvérisation ne semble pas donner d'ailleurs, aux eaux cidorurées sulfureuses, d'effets physiologiques et physiologico-pathologiques témoignant d'une efficacité particulière du chlorure de sodium qu'elles contiennent pourtant en proportion considérable. Ainsi, comme les sullureuses et les sulfurées, elles font éprouver à ceux qui ariivent dans cette atmosphère nouvelle une première sensation consistant en une douce chaleur à la périphérie du corps, une certaine dyspnée, une toux légère et une activité plus grande de la circulation sanguine caractérisée par un pouls plus fréquent, plus vif, plus plein, plus développé, par de la moiteur et même par un peu de transjiiration et de céphalalgie qui ne se montre ordinairement qu'à la fin des séances. Les crachats sont plus abondants et la toux plus rapprochée pendant les premiers jours de la fréquentation des salles d'inhalation ou de pulvérisation par les personnes malades d'une affection des voies aériennes. Mais l'expectoration devient promptement plus facile, diminue tout à fait ou disparaît même complètement, à la condition expresse, bien entendu, qu'on ne se trouve point en présence de tubercules. Ce que nous venons de dire de l'action physiologique et de l'action physiologico-pathologicjue des eaux chlorurées sadiques sulfureuses s'appliqne à ce premier groupe, mais il en est un second qui, bien qu'ayant de très-nombreuses analogies avec le premier, doit être décrit avec soin dans ses effets et sur l'homme sain et sur l'homme malade. Nous voulons parler des sulfureuses chlorurées sadiques. Les eaux d'Uriage, nous l'avons dit souvent, sont le type du premier groupe, celles d'Aix-la-Chapelle correspondent au second. Les hydrologistes les plus distingués rapprochent les eaux de ces deux stations, et ils s'appuient, pour faire celte comparaison, sur la composition à la fois chlorurée et sulfureuse de ces deux postes thermaux, dont les eaux ont presque les mêmes vertus physiologiques et curatives. Lorsque pourtant on jette un coup d'oeil sur le tableau des analyses de ces eaux, on voit qu'il existe des différences assez tranchées dans la quantité de leurs éléments chlorurés et sulfureux. Ces eaux, en effet, ont une tliermalité bien éloignée, puisque les unes, celles d'Uriage, ne sont qu'hypotherniales, tandis que celles d'Aachen sont franchement hyperlhermales. Leur prmcipe salin dominant «st le même, mais le chlorure de sodium du Kaiserbrunnen, qui est la plus chargée de toutes les sources d'Aix-la-Chapelle, n'est que de Ss^GSOiO par litre d'eau, tandis que la source d'Uriage tient en dissolution 7i''%23 617 de ce même principe. L'élément gazeux est le même aussi dans les sources d'Uriage et d'Aachen, mais la proportion d'hydrogène sulfuré est bien différente dans l'eau française et dans l'eau allemande. En effet, 100 parties du gaz des eaux d'Aachen contiennent 0,51, et la même quantité des eaux d'Uriage renferme seulement 0,015 de gaz acide hydro-sulfurique. L'analyse de V. Gerdy n'indique nulle trace d'hydrogène protocarboné dans l'eau d'Uriage; celle de Liebig en donne 1,87 pour 100 dans le gaz de la source de l'Empereur d'Aix-la- Chapelle. Enfin, la source la moins chaude d'Aachen fait monter à 45»,5 le thermomètre centigrade, tandis que celle d'Uriage n'a que 27", 5 centigrade. Les eaux d'Âix sont donc, en suivant la nomenclature que nous avons fait connaître au commencement de cet article, des eaux hyperthermales chlorurées soDiQUEs moyennes, SULFUREUSES FORTES, taudis que celle d'Uriage est HYPO-
THERMALE, CHLORURÉE SODIQUE FORTE, SULFUREUSE FAIBLE.
Les eaux d'Aix-la-Chapelle, sulfureuses chlorurées, augmentent les mouvements du cœur et les pulsations artérielles, au moins après quelques jours de
742 EAUX MINÉRALES NATURELLK^
leur emploi, elles développent à l'estomac une chaleur qui se répand bientôt à toutes les parties du corps. Elles occasionnent de la moiteur, de la transpiration et quelquefois une sueur abondante et générale. Lorsqu'on les prend avant le repas, elles ne donnent ni éructations nidoreuses ni nausées, et ne causent aucun sentiment de plénitude. Elles augmentent sensiblement l'appétit; ces eaux ont une action appréciable sur la quantité et la composition des urines ; elles les rendent plus abondantes et en font diminuer progressivement l'acide urique, en sorte que les urines des buveurs finissent par devenir parfaitement claires, et ne laissent plus déposer de sédiment sur les parois des vases qui les ont reçues. Les eaux sulfureuses chlorurées amènent de la constipation, lorsqu'elles excitent fortement la transpiration, et lorsqu'elles sont diurétiques à un assez haut degré. Elles ont, au contraire, un effet laxatif dans tous les cas oîi leur action sur la peau ou sur les reins ne se produit pas, ou ne se produit que faiblement. Les bains pris avec précaution ne sont point débilitants ; ils readetit, au contraire, plus vigoureux, et les eaux sulfureuses chlorurées sont remarquables parce qu'elles ne sont pas excitantes comme toutes les eaux sulfureuses et, en particulier, comme les eaux chlorurées sulfureuses. Elles ne rendent pas non plus la peau sensible aux variatjons de la température, comme la plupart des bains d'eau ordinaire ou d'eau amétalhte. Il est rare aussi que les bains généraux avec l'eau sulfureuse cblorurée provoquent un besoin de dormir; cet effet a lieu cependant quelquefois, et alors on peut, sans inconvénient, s'abandonner au sommeil. Les bains des vapeurs et des gaz qui s'élèvent naturellement de l'eau de ces sources excitent très-énergiquement la transpiration cutanée, mais, et ceci est digne d'être remarqué, leur usage, même longtemps continué, n'occasionne pas l'aifaiblissement que l'on constate toujours après les bains de vapeur simple. Cela tient-il à l'action des éléments toniques contenus dans les émanations de ces eaux? Nous sommes porté à l'admettre; seulement, comme on associe le plus souvent aux bains de vapeur l'usage des eaux en boisson, il est juste de tenir compte de l'inlluence tonique qu'exercent ces eaux prises à l'intérieur. Les bains généraux avec la vapeur des eaux sulfureuses chlorurées excitent assez vivement les pulsations artérielles, et on doit noter en passant qu'il ne faut pas les prescrire aux personnes sanguines disposées aux congestions ou qui portent des affections du cœur ou des gros vaisseaux. Le premier effet des eaux sulfureuses chlorurées sodiques sur l'homme sain en douches générales et locales avec l'eau ou la vapeur, est d'irriter la peau, d'augmenter sa chaleur, et de la faire rougir. La circulation sanguine s'accélère d'une manière notable et la respiration devient un peu gênée. Elles activent sensiblement la transpiration et cependant, lorsqu'elles ont été convenablement appliquées, elles produisent un effet tonique prononcé et le corps devient moins sensible aux transitions de la température. Le massage suit ordinairement l'emploi des douches, mais les malades font bien, après avoir été douchés et massés, de prendre un repos complet, s'ils veulent retirer tous les avantages de leur traitement hydro-minéral. U est bien rare que les eaux hyperthermales, chlorurées sodiques sulfureuses, amènent la poussée. Le docteur Wetzlar l'a cependant observée quelquefois et, à cette occasion, il fait remarquer, ainsi que nous l'avons nous-même rappelé plus haut, que les éruptions cutanées, loin d'être regardées comme un accident heureux, doivent être évitées avec le plus grand soin; elles doivent même faire suspendre la cure, afin que le développement complet de la poussée ne force pas à interrompre tout à fait le traitement.
Les eaux clilorurées sodiques protocarbonées ont aussi pour effet physiologique principal d'être laxatives, lorsqu'on les ingère à la dose moyenne de trois verres ; elles ont une action diurétique incontestable ; elles sont toniques et l'econstituantes ; elles irritent le système nerveux à un haut point; elles sont aussi assez puissamment diaphorétiques, alors surtout que ces eaux employées à l'intérieur ne rehàchent pas ni ne font pas uriner plus que d'habitude. Les eaux qui nous occupent ont pour effet à peu près constant, lorsqu'on les administre en bains ou en douches, de rendre la peau beaucoup plus sensible, à l'inverse, on l'a vu, des eaux sulfureuses chlorurées. Les eaux chlorurées proto-carbonées augmentent sensiblement les menstrues ou le flux hémorrhoïdaire. L'action physiologique de ces eaux minérales ne diffère guère, on le voit, de celle des eaux chlorurées sulfureuses ; il n'en sera pas de même de l'effet thérapeutique des eaux protocarbonées, dont la composition gazeuse, inoffensive sur l'homme sain, donne des résultats appréciables et heureux dans certaines affections cutanées, ainsi que nous allons le dire au chapitre suivant.
Les eaux chlorurées calciques et magnésiennes ne pourraient avoir d'effets physiologiques et curatifs bien tranchés que si la chaux ou la magnésie étaient les bases principales d'une eau chlorurée. Mais, comme le chlorure de sodium y est toujoui's prédominant, il est difficile, sinon impossible, de renseigner utilement sur les résultats qu'elles donnent sur l'homme sain, puisque la chaux et la magnésie sont en proportion toujours moins considérable que la soude dans les eaux chlururées qui donnent en dissolution le plus de chlorures calciques ou magnésiens. Une remarque doit être faite cependant, c'est que les eailx qui renferment du chlorure de magnésium, en quantité même peu considérable, ont toujours un effet purgatif beaucoup plus accentué que les eaux chlorurées qui ne contiennent pas de sel magnésique.
Les eaux chlorurées bromo-iodurées ne peuvent avoir de place séparée dans le cadre hydrologique que parce que ces éléments leur communiquent une action physiologique plus marquée et augmentent d'une manière notable leur activité résolutive sur les vaisseaux lymphatiques engorgés ou obstrués. C'est cette propriété, plus que leur composition chimique élémentaire, qui leur a assigné un rang distinct parmi les eaux minérales en général, et parmi les eaux chlorurées en particulier.
Les eaux chlorurées arsenicales, dont celles de la Bourboule sont l'expression la plus accentuée, ont pour caractères physiologiques principaux, outre ceux qui caractérisent les eaux chlorurées sodicjucs fortes, d'être très-excitantes des systèmes nerveux et sanguin. Elles sont diurétiques, mais elles n'occasionnent ni constipation ni dévoiement. Lorsque l'un ou l'autre de ces accidents se déclare, cela dépend moins des effets de l'eau elle-même que de l'idiosyncrasie des malades. Les eaux chlorurées arsenicales tonifient en reconstituant, plus sensiblement que toutes les eaux chlorurées dont il vient d'être question, les sujets lymphatiques et scrofuleux. L'action physiologique des bains et des douches avec les eaux chlorurées arsenicales ne présente rien de particulier et rappelle celle des eaux chlorurées fortes qui ne contiennent pas, ou qui contiennent l'arsenic à dose infinitésimale.
IV. Action physiologique des eaux sulfurées. Les eaux sulfurées sodiques sont plus ou moins fixes, c'est-à-dire, qu'elles se décomposent plus ou moins promptement après qu'elles sont arrivées au contact de l'air, leurs sulfures donnant naissance à du gaz hydrogène sulfuré. Elles sont plus ou
moins comparables alors aux eaux siilfiireuses proprement dites. Mais nous avons fait voir que les eaux sulfurées ont pour caractère, à peu près constant, de renfermer du gaz azote lorsqu'elles e'mergeut du granit ou des couches de terrain superposées à ces roches, et que la formation d'un gaz sulfureux ne se l'ait qu'après leur décomposition au contact de l'atmosphère. Les eaux sulfureuses ont toutes une action excitante sur le système nerveux; les eaux sulfurées produisent un résultat beaucoup moins accentué; il est d'autant moins appréciable que ces eaux sont ingérées aussitôt après leur sortie du sol, quand elles n'ont pu perdre encore leur composition première. Leur principe actif, le soufre, ne porte que sur la peau et, quand le traitement minéral est en même temps interne, ces eaux agissent sur la membrane muqueuse des voies digestives : leurs effets physiologiques mettent alors un certain temps avant de se produire. Les eaux sulfurées sodiques sont un médicament altérant dont l'action est lente, mais durable. Ces mêmes eaux, qui laissent dégager une assez grande quantité de gaz acide sulfhydriijue, agissent à la fois sur la peau, le tube digestif et les bronches; c'est par cette dernière voie surtout que le soufre est rapidement absorbé, et l'on voit se produire une excitation vive dès le début du traitement. La température des eaux, ou plutôt des bains, est alors peu élevée à plusieurs des thermes sulfurés dont les eaux sont assez stables ; pour celles qui se décomposent facilement, c'est tout le contraire, et ce coefficient de la température diminue encore l'excitation modérée que produisent les unes, ou exalte les effets des autres. Eu résumé, les eaux sulfureuse? sont plus ou moins excitantes suivant la proporlion d'acide sulfliydrique qu'elles laissent dégager, et non suivant la quantité des sulfures qu'elles renferment. C'est par cette excitation des organes que les eaux sulfureuses agissent sur l'économie, elles activent les fonctions des téguments et des membranes muqueuses, en même temps que la circulation sanguine. Les unes tendent à congestionner les poumons, en stimulant la vitalité de la muqueuse bronchique ; d'autres portent leur activité sur le système vasculaire de l'abdomen et sur les viscèies de cette cavité. Elles ont une action spécifique sur la peau, le tissu fibreux et les glandes, et elles produisent, suivant les organes des effets résolutifs, fondants, évacuants, diaphorétiques, expectorants, etc.
Disons d'abord combien sont nombreuses et d'une composition élémentaire variée les eaux sulfurées qui diffèrent autant qu'il y a de postes thermaux, de sources même, dans leur efficacité sur l'homme sain et sur l'homme malade. Toutes les sources sulfurées sont dissemblables, en effet, par leur température et Icursulfuration. Aucune eau minérale, plus que les eaux sulfurées, n'a d'effets distincts et variables; aucune eau ne permet au médecin plus que celles-ci d'approprier leur vertu spéciale à l'idiosyucrasie des malades, aux formes, aux âges et à la gravité de leurs affections. La lecture attentive de l'excellent travail de M. le professeur Filhol, sur Les eaux minérales des Pyrénées, est suffisante pour renseigner sur les vertus physiologiques des eaux sulfurées qui émergent presque exclusivement le long du versant français de la chaîne des Pyrénées ou le long de la chaîne des Hautes-Carpathes.
Les eaux sulfurées sodiques azotées doivent être prescrites à faible dose en boisson, surtout au début. Elles produisent, comme toutes les eaux sulfureuses, une stimulation assez vive qui se traduit le plus souvent par l'accélération des pulsations cardiaques et artérielles, par des sueurs plus ou moins abondantes, par de l'insomnie, par de l'agitation nocturne, par de la fièvre, etc., etc. Les
fonctions digestives se réveillent, l'appétit re\ient ou est augmenté, et les digestions se font mieux. Quelques buveurs éprouvent de la diarrhée dans les premiers jours; d'autres, au contraire, sont constipés ; d'autres enfin n'éprouvent aucun trouble de ce côté et les fonctions intestinales sont à peine modifiées. Los vertus diurétiques des eaux sulfurées sodiques azotées sont très-manifestes, dès qu'on les boit à une certaine dose, deux verres, par exemple. Lors(|ue ces eaux produisent la saturation minérale, ce qui est assez rare d'ailleurs, les buveurs doivent en cesser l'usage, afin d'éviter l'embarras gastrique fébrile, l'insomnie, l'agitation nocturne, les picotements et les démangeaisons à la peau, quelquefois suivis de poussée.
L'action pliysiologico-patliologique des eaux sulfurées en boisson sur les membranes muqueuses, étant très-imporlante à connaître, doit être étudiée avec soin. Ces eaux ont un effet très-marqué et très-favorable en boisson et en gargarismes sur les amygdales et sur le pharynx, dont elles diminuent ou font disparaître les granulations et les sécrétions muqueuses, purulentes ou sanguines, qui rendent l'expectoration difficile, laborieuse au point d'occasionner des nausées, des vomissements même. Les buveurs dont les affections sont principalement caractérisées par de la toux et de l'expectoration, sont ceux qui fréquentent le plus les sources sulfurées azotées. Leur toux augmente pourtant pendant les premiers jours et leurs crachats, de jaunes opaques qu'ils étaient, deviennent verdâtres, se transforment peu à peu en mucus, diminuent progressivement et cessent quelquefois entièrement. L'auscultation fait constater alors que les râles muqueux ont une intensité beaucoup moindre et finissent par disparaître. Le murmure vésiculaire s'entend comme à l'éiat normal, et son obscurité ou son absence conslalées dans tout un côté, ou dans un point limité de la poitrine, ne tardent pas à être remplacées par une ampliation pulmonaire parfaitement régulière, avec toute sa douceur et sa souplesse. Les eaux sulfurées sodiques en boisson ont aussi une action physiologico-pathologique marquée sur les produits anormaux de la membrane muqueuse qui tapisse les voies génito-urinaires, dentelles tarissent les sécrétions morbides. Aucunes ne sont aussi actives cependant alors que les eaux sulfurées alcalines et azotées de La Preste {voy. ce mol).
L'action physiologique des bains et des douches avec les eaux sulfurées sodiques ne présente rien de bien particulier, et elle est à peu près la même que celle des eaux sulfureuses. 11 faut noter cependant la sensation particulière qu'elles font éprouver au moment où elles sont en contact avec la peau. Elles sont douces et comme onctueuses au toucher, et toute la surface extéiieure du corps semble avoir été enduite d'axonge ou d'huile. Cette propriété tient-elle à la quantité de barégine que renferment toutes ces eaux, ou Lien à leur alcalinité marquée? Nous serions d'autant plus disposé à admettre la seconde hypothèse, que les eaux thermo-minérales franchement alcalines et ne contenant pas de barégine, ont la même vertu. Malgré cette onctuosilé, ces eaux, en bains et en douches n'en sont pas moins stimulantes, et l'on sait, depuis Bordeu, que les eaux sulfurées, à l'extérieur seulement produisent assez souvent la fièvre thermale et même la poussée. M. le professeur Filhol cherche à expliquer pourquoi les eaux sulfurées sodiques azotées stimulent presque toujours la circulation sanguine et l'innervation. « Ces eaux sont rangées dans les stimulantes et elles le sont, selon moi, bien davantage, lorsqu'elles ont la propriété, comme celles de Barèges, par exemple, de contenir du gaz acide sullhydrique en proportion notable. Ce que je dis, ajoute M. Filhol, peut sembler extraordinaire,
Î4tj EAUX MINÉRALES NATURELLES.
puisque le gaz acide sulfhydrique passe pour exercer une action hypostliénisante ; mais les considérations dans lesquelles je crois devoir entrer permettent de se rendre compte de l'excitation produite par les eaux qui versent dans l'atmosphère une grande quantité de cet acide.
(( Il est admis par tous les praticiens que le soufre pris à l'intérieur, même à faible dose, agit comme un excitant très-énergique. Il est parfaitement démontré que le soufre mou, provenant de la décomposition à froid de certains sulfures par les acides, agit à dose beaucoup plus faible que le soufre ordinaire. On sait enfin depuis longtemps que le soufre très-divisc, obtenu en versant un acide dans une dissolution de quintisulfure de potassium ou de calcium (magistère de soufre), est beaucoup plus actif que la fleur de soufre. D'après cela, plus le corps est divisé, plus son absorption est prompte et plus son activité est grande. Recherchons ce qui doit arriver, si l'on plonge deux baigneurs, l'un dans une eau riche en sulfure de sodium, mais peu altérable et ne laissant dégager que des traces de gaz acide sulfhydrique, l'autre dans un bain qui contient une dose de sulfure égale à celle du premier, mais qui renferme, en outre, de la silice, et verse dans l'atmosphère beaucoup d'hydrogène sulfuré. Chez le premier baigneur, l'absorption du soufre a lieu à peu près exclusivement par la peau, et, comme elle est très-longue à se produire, la quantité de soufre introduite dans l'économie est très-faible. En revanche, le sulfure de sodium, n'étant détruit qu'en minime partie pendant la durée du bain, peut exercer son activité d'une manière continue et avec une intensité plus variable : son action, sans être exclusivement locale, ne se fait sentir dans toute l'économie qu'au bout d'un certain temps. Chez le second baigneur, l'absorption du soufre a lieu en partie par la peau et en partie par les voies respiratoires ; l'absorption du gaz hydrogène sulfuré par les poumons introduit, au bout de très-peu de temps, plus de soufre que ne peut y en introduire l'absorption par la peau. La première action est celle de l'acide suiriiydrique, mais cet acide, ayant été bientôt décomposé par l'oxygène de l'air, devient libre dans le sang et les phénomènes d'excitation se font promptement sentir. Le bain s'appauvrissant d'aillem's d'une manière rapide n'est plus à beaucoup près aussi efficace, surtout quand il s'agit de traiter une affection locale exigeant le contact prolongé d'un sulfure avec la partie malade » (Filhol, Eaux minérales des Pyrénées, p. 448 et suivantes).
Malgré ces raisonnements très-séduisants et semblant appuyés par la logique la plus saine, il n'en est pas moins prouvé, d'après la plupart des médecins qui exercent à plusieurs stations sulfurées, qu'on a tort de croire que ces eaux sont, en général, stimulantes. Leur effet est très-doux lorsqu'on sait les manier; elles sont sédatives et hyposthénisantes, lorsqu'on les emploie à petites doses en boisson et en bains courts et d'une température peu élevée. La composition de l'air des salles de piscines, de bains, de douches, d'étuves humides, des salles de humage, d'inhalation et de pulvérisation aux stations alimentées par les eaux sulfurées sodiques, fait constater que l'oxygène a sensiblement diminué dans leur atmosphère. « J'en conclus, dit M. Filhol, que l'action de l'air chargé des vapeurs de l'eau sulfurée azotée, sur les organes respiratoires, constitue un moyen puissant dont on peut tirer un excellent parti. On est pourtant dans l'erreur, si l'on pense que toutes les eaux sulfurées des Pyrénées sont propres à fournir une atmosphère de la même nature. Les eaux très-altérables qai émettent continuellement de l'hydrogène sulfuré sont seules dans ce cas. Les eaux sulfurées et surtout les sulfureuses absorbent l'oxygène de l'air, mais il est
incontestable que quelques-unes jouissent d'une stabilité qu'on ne trouve pas chez les autres, et agissent sur l'atmosphère avec plus de lenteur. On ne pourrait s'expliquer, sans cela, pourquoi certaines eaux sulfurées sodiques, comme celles de Bagnèies-de-Luchon et d'Ax, donnent des dépôts de soufre sur la voûte de leurs réservoirs ou de leurs conduits, tandis que celles de Cauterets, de Baiéges, des Eaux-Bonnes, n'en forment pas » (Filhol, loc. cit., p. 305 et 506, Toulouse, 1855).
Cette dernière assertion de M. le professeur Filhol ne semble pas complètement exacte, car, si l'on veut se reporter à ce que nous avons dit eu décrivant les galeries et en parlant de l'aménagement de certaines stations sulfurées, nous avons remarqué que plusieurs de leurs eaux laissent dé.poser une quantité notable de soufre dans les parois de leurs bassins de captage ou sur l'intérieur des conduits qui les font arriver aux baignoires, aux appareils de douches ou aux buvettes.
On emploie enfin les gaz et les vapeurs des eaux sulfurées sodiques en inspirations laryngiennes et bronchiques au moyen du humage, des salles d'inlialation ou de pulvérisation. Les effets physiologiques du humage, de l'inspiration et de la pulvérisation, sont à peine marqués sur les personnes en santé; mais leur action physiologico-pathologique a une assez grande importance dans plusieurs affections des voies respiratoires sur lesijuelles nous devrons revenir en parlant de l'emploi thérapeutique des eaux sulfurées sodiques azotées. Nous ne connaissons pas bien l'action intime des eaux minérales en général et des eaux sulfurées en particulier. Le sulfure de sodium est-il immédiatement détruit dans la circulation sous l'influence de l'oxygénation pulmonaire et passe-t-il à l'état d'hyposulfite? ou bien une partie du sulfure absorbé laisse-t-elle dégager dans le torrent circulatoii'e de l'hydrogène sulfuré sous l'influence de l'acide carbonique dissous dans le sang, tandis que l'autre partie de ce sulfure tend à s'oxygéner de plus en plus? ou bien enfin, le sulfure de sodium exerce-t-il une action fluidifiante sur les matières mucoïdcs et albuminoïdes de notre corps? M. le docteur Astrié explique avec celte dernière hypot!)èse l'action des eaux sulfurées, et il ajoute : Ces eaux ont moins d'influence sur les caillots fibrinosanguins.
Cette influence est plus tranchée avec l'hyposulfite et bien plus encore avec le sulfite. Ces deux sels, en même temps qu'ils éclaircissent, fluidifient le sang, lui donnent une belle teinte rosée qu'il conserve, en gardant intactes les formes et les propriétés de ses globules. C'est en vertu de ces réactions chimiques que, dans les intoxications mercurielles et plombiques, le précipité albumino-mercuriel ou satui'nin que tend à former le deuto-chlorure de mercure ou de plomb, serait nettement redissous par ces agents sulfurés, qui changent ce précipité en un composé albumineux sulfuro-mercuriel ou sulfurosaturnin très-soluble, et dès lors très-facile à éliminer de l'économie. De cette observation découle, suivant Astrié, l'explication phydologique de l'absence d'accidents mercuriels pendant l'administration des eaux sulfureuses et sulfurées, et de la prompte guérison des cachexies mercurielles et plombiques par les sources suUurées dont plusieurs ne renferment pas seulement des sulfures, mais encore des hyposulfites et des sulfites. C'est ainsi que ces deux sels rendent certaines eaux sulfurées très-précieuses, parce qu'ils leur donnent une action hyposthénisante, sédative et calmante. C'est pour cela que le pouls descend bien au-dessoms de la moyenne et reste le même pendant quelques
heures après que le malade est sorti du bain. On a donc l'action spécifique du soufie sans produire d'excitation, avantage très-grand pour les tempéraments trop facilement irritables.
Les eaux sulfurées calciques émergent quelquefois du granit, comme les eaux sulfurées sodiques.
Le sulfure et le chlorure de sodium sont dissous en plus grande quantité dans les eaux sulfurées sodiques que dans les eaux sulfurées culciques. Ces dernières renferment du sulfure de sodium en même temps, et il en est certaines, les Eaux-Bonnes et Saiut-Gcrvais, qui tiennent en dissolution ces deux sulfures de calcium et de sodium en quantité à peu près égale. Les eaux sulhirées calciques laissent dégager du gaz azote, mais elles renferment quelquefois de l'acide carbonique libre qui est toujours associé à l'hydrogène sulfuré, comme dans les eaux sulfureuses, auxquelles ce premier gaz donne des propriétés physiologiques. Si l'on veut bien se reporter à ce qui a été dit aux articles consacrés aux matières organiques des eaux sulfurées, on trouvera que la barégine et la sulhnaire sont beaucoup plus abondantes dans les eaux sulfurées sodiques que dans les eaux sulfurées calciques, qui en renferment cependant une proportion déjà plus ou moins considérable. .Nous avons dit et nous répétons que les eaux sulfurées sodiques ont une action physiologique qui permet de les administrer sans crainte cliez les sujets pléthoriques et nerveux, tandis que les eaux sulfurées calciques, et celles des Eaux-Boimes en sont un exemple frappant, sont dans des conditions opposées. H faut les prescrire avec une grande réserve et une extrême prudence aux buveurs prédisposés aux congestions et aux hémorrhagies cérébrales et pulmonaires ou à une stimulation exagérée de l'innervation. Les eaux sulfurées calciques activent aussi les fonctions digestives, stimulent l'appétit et favorisent l'asbiniilation. Elles dérangent parfois le corps ou le constipent au contraire au début de la cure, mais les fonctions intestinales ne sont pas modifiées chez le plus grand nombre des buveurs. Ces eaux sont diurétiques, quand elles sont ingérées eu assez grande quantité ; elles augmentent notablement la transpiration cutanée. Il est rare qu'elles produisent la saturation minérale, mais, si elle survient, on en diminue les doses afin de ne pas être obligé de les suspendre tout à fait.
Les effets des eaux sulfurées calciques azotées doivent être notés avec le plus grand soin et sur l'homme sain et sur l'homme malade. Cette étude attentive renseigne très-utilement le médecin, et les malades qui ont des affections très-graves des voies aériennes doivent être surveillés avec beaucoup d'attention. Il importe donc de savoir appliquer des eaux qui ont une action si puis>ante sur la circulation sanguine. Elles doivent, en effet, être maniées avec parcimonie, pour ne pas déterminer ou augmenter des crachements de sang qui pourraient devenir moi tels ou au moins très inquiétants pour le présent ou pour l'avenir. L'action stimulante, tonique et reconstituante des eaux sulfurées calciques azotées, doit être mise à profit, au contraire, toutes les fois qu'il est indiqué d'activer la circulation lymphatique ou sanguine, et d'exciter l'afflux nerveux des personnes dont la constitution est molle, lymphatique, scrofuleuse, ou profondément débilitée, par suite de pertes sanguines trop abondantes ou par toute autre cause. Les résultats physiologiques et physiologico-pathologiques des eaux sulfurées calciques employées à l'extérieur, soit en bains, en douches, en humage, en inspiration, en pulvérisation, en bains de pieds, etc., n'ont rien de spécial, et les remarques que nous avons faites à propos des eaux sulfurées sodiques s'appliquent aux
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eaux azotées dont le sulfure de calcium est l'élément prédominant. Nous avons dit, à l'article Gazogène, en parlant du gaz azote et de ses composés, l'installation qu'on a faite en Espagne, à Panticosa, d'une salle où les malades viennent respirer l'atmosphère azotée fournie par l'eau de la source del Iligado. Il ne nous reste à parler que de son action physiologique, car une installation pareille à celle de Panticosa pourrait être aisément établie à toutes les stations alimentées par des eaux sulfurées dont l'azote est l'élément gazeux. Un léger sentiment de chaleur générale, une céphalalgie fugace et d'une médiocre intensité, sont les phénomènes les plus frappants éprouvés par les personnes saines qui séjournent dans la salle d'inhalations azotées, ainsi que j'ai pu d'ailleurs le constater sur moi-même. Mon pouls battait 74 fois et mes mouvements aspiratoires étaient de 24 par minute au moment de mon arrivée ; l'urine et la sueur étaient trèsacides, la salive l'était faiblement. Au bout de cinq minutes de séjour, le pouls tomba à 70, ma respiration restant la même. Après dix minutes, les pulsations radiales montèrent à 80, les mouvements respiratoires à 25, avec une sensation de chaleur générale plus grande. Au bout d'un quart d'Iieure, le pouls redescendit à 75. Les mouvements respiratoires s'accrurent d'une unité et, en même temps, je ressentis un léger mal de tête. Le pouls tomba à 68 pulsations et les mouvements respiratoires étaient de 26 après vingt-cinq minutes. Enlin, après une demi-heure, mon pouls était le même et je respirais 26 fois par minute. Pour être instruit en même temps des effets physiologicopathologiques des inhalations azotées, j 'emnienai avec moi cinq malades, dont le premier était affecté d'emphysème et de catarrhe pulmonaire ; le deuxième de phthisic laryngée tuberculeuse, le troisième et le quatrième de phthisie pulmonaire au troisième degré, et le cinquième d'une phthisie généralisée: ainsi, ce dernier était très-sourd, ce qui tenait probablement à la formation d'un ou de plusieurs tubercules sur le trajet du nerf acoustique. Le premier malade avait, en entrant dans la salle, 65 pulsations et 25 respirations, le second 88 pulsations et 28 respirations, le troisième et le quatrième 100 pulsations et 26 mouvements respiratoires, et enfin le cinquième 92 pulsations et 28 respirations. Au bout de cinq minutes, le premier malade avait le même nombre de pulsations artérielles, mais ses mouvements respiratoires avaient augmenté de 2 ; Je deuxième malade avait aussi le même nombre de pulsations et ses mouvements respiratoires avaient diminué d'un demi. Les pulsations radiales du troisième étaient tombées de 4 par minute et sa l'espiration avait un mouvement de plus ; le quatrième malade avait le même nombre de pulsations et sa respiration étiiit montée à 28. Les pulsations et les respirations avaient exactement la même fréquence chez le cinquième malade. Après trente minutes, les pulsations artérielles du premier malade étaient augmentées de 4 et ses respirations de l par minute. Les pulsations et les mouvements respiratoires du deuxième étaient les mêmes qu'à son entrée. Le troisième avait 92 pulsations au lieu de 100 et 29 1/2 respirations au lieu de 26. Le pouls du quatrième était revenu à 88 pulsations au lieu de 100, et ses mouvements respiratoires marquaient 27 au lieu de 28. Le cinquième malade avait 90 pulsations au lieu de 92 et 25 respirations au lieu de 28. Ceux qui veulent avoir des renseignements un peu plus détaillés sur les résultats physiologiques et physiologicopathologiques de la salle d'inhalation azotée de Panticosa doivent se reporter au tableau que nous avons dressé en parlant de cette station. Notons seulement ici l'abaissement des battements artériels et des mouvements respiratoires des
personnes en sanlé ou malades, qui se produit assez généralement pendant un séjour plus ou moins prolongé dans l'atmosphère d'une salle de respiration, où l'air a reçu une notable proportion du gaz azote contenu en excès dans les eaux sulfurées des Pyrénées et dans quelques eaux chlorurées sodiques, comme celles de Bourbon-l'Archambault, par exemple, Nous verrons, en parlant des résultats ou plutôt des espérances des médecins de Panticosa sur les affections pulmonaires, que l'azote mêlé à l'air atmosphérique pourra entrer un jour peut-être dans la thérapeutique raisonnée des maladies des voies aériennes et surtout de la phthisie pulmonaire à tous ses degrés, alors qu'il importe de faire respirer un air moins oxygéné et qui empêche par cela même une combustion trop active dans les poumons. Nous décrirons les effets physiologiques des salles d'inhalation et d'eau fragmentée alimentées par le gaz hydrogène sulfuré, en traitant des eaux sulfureuses ou sulfliydriquées.
V. AcTiois PHYSIOLOGIQUE DES EAUX SULFUREUSES. Lcs caux sulfureuses sont le plus souvent des eaux sulfatées, ordinairement amétallites, qui se décomposent au contact de l'air ; ce sont des sulfureuses accidentelles. Ces eaux sulfureuses prises avec réserve à l'intérieur et à l'extérieur produisent rarement des effets physiologiques appréciables. Les personnes très-irritables cependant qui font un usage exagéré de ce mode de traitement éprouvent souvent de l'agitation nocturne, de l'insomnie, des rêves pénibles, des réveils brusques, un sentiment de lourdeur sur le sommet de la tête ou au-dessus des yeux, des douleurs vives dans la région frontale, rappelant par leur intensité les accès névralgiques les plus violents, une exagération de l'activité intellectuelle,- ou, au contraire, de la dépression avec "tendance à l'assoupissement. Les pulsations artérielles sont augmentées, ainsi que la chaleur de la peau et la transpiration, lorsque l'eau en boisson est associée aux bains chauds et très-chauds ; mais la calorification et la perspiration cutanées sont moins sensibles lorsque les bains sont frais. En un mot, on constate sur la circulation, avec les eaux sulfureuses, ce qui arrive partout avec l'eau à l'extérieur, suivant ses degrés divers de température. Les eaux sulfureuses augmentent la sécrétion salivaire, et pourtant leur usage, tant interne qu'externe, produit souvent, du dixième au quinzième jour, une sécheresse légère de la gorge. entraînant une certaine difficulté dans la déglutition. Toutes les eaux sulfureuses diminuent l'expectoration ; quelquefois elles ne changent pas l'aspect des crachats, dans les premiers jours au moins; mais, après six et quelquefois dix jours, il? sont moins épais, et, s'ils étaient purulents, ils redeviennent franchement muqueux. Les fonctions digestives ne tardent pas à se mieux faire sous l'influence des eaux sulfureuses en boisson, et l'appétit renaît promptement. Le médecin ne doit pas perdre de vue cependant que certaines personnes ne peuvei\t pas supporter la plus faible quantité d'une eau sulfureuse, même froide et assez carbonique, sans avoir des cbalem^s, des ardeurs et des crampes à la région épigastrique, qui semble étreinte par un étau et devient d'une sensibilité telli> que le plus léger contact des vêtements les plus amples est intolérable. De pareils accidents sont toujours l'indice que ces eaux sont prises à une dose qui doit être diminuée, qu'il faut les mitiger ou même les suspendre complètement. Les eaux sulfureuses augmentent plus souvent qu'elles ne diminuent la sécrétion de la muqueuse intestinale, aussi rendent-elles les selles plus faciles, déterminent-elles de la diarrhée ; les garde-robes peuvent même contenir comme des blancs d'œuf battus et quelquefois du sang. Ce n'est qu'exceptionnellement que
les eaux sulfureuses produisent de la constipation. Ces eaux sont diurétiques, et si cette propriété explique leurs vertus dans certaines affections des voies urinaires, la gravelle, par exemple, elle donne aussi la clef des accidents qu'elles peuvent causer en agissant trop activement sur les reins, les uretères et la vessie, en occasionnant dans les fonctions de ces organes des désordres qui nécessitent une grande prudence dans leur emploi. Les eaux sulfureuses ont un effet marqué sur l'appareil génital. Elles provoquent presque toujours des désirs vénériens et des pollutions nocturnes chez les hommes; elles excitent l'utérus, rendent aigus des écoulements indolents et rapprochent presque toujours les époques menstruelles des femmes très-régulièrement réglées auparavant. L'usage interne et externe des eaux sulfureuses provoque assez rarement la poussée proprement dite, mais il amène presque constamment de la rougeur, des picotements, une démangeaison très-vive de la peau, et assez souvent de l'érythème fugace sur la poitrine, les épaules, le dos ou les membres. Elles peuvent déterminer aussi des sudamina sur la partie antérieure et supérieure de la région thoracique ou sur le ventre ; des pustules d'acné sur le visage, le dos ou les lombes, et enfin, mais beaucoup plus rarement, des furoncles sur diverses parties du corps et surtout sur les fesses. Lorsque les eaux sulfureuses donnent la poussée, elle s'observe le plus souvent sous la forme érythémateuse, érysipélateuse, miliaire ou pustuleuse. Elle peut apparaître d'emblée et sans phénomènes généraux; elle peut être accompagnée, au contraire, de courbatures, d'embarras gastrique, de céphalalgie, d'agitation nocturne, de frissons, de fièvre, de démangeaisons générales ou localisées à la peau qui recouvre les grandes articulations, de constipation, de coloration briquetée des urines, et finalement de desquamation cutanée. La saturation minérale était commune lorsque les eaux sulfureuses étaient ingérées en quantité très-considérable, comme cela avait lieu, même au commencement de ce siècle; mais aujourd'hui que ces eaux ne se prescrivent plus qu'à dose moyenne ou faible, on 1 observe très-rarement et chez des personnes très-impressionnables, le chauffage artificiel préalable à leur emploi extérieur amenant souvent l'évaporation presque complète du gaz qu'elles contiennent.
VI. Action physiologique des eaux dont le principe actif est gazeux. 11 est des eaux minérales et thermales qui ne sont pas chargées de principes fixes en quantité suffisante pour être actives, et qui doivent toute leur efficacité aux gaz qu'elles tiennent combinés,' dissous ou libres.
Eaux thermo-minérales carboniques. L'acide carbonique est, de tous les gaz, celui qui se rencontre le plus souvent dans les eaux minérales ; il n'en est guère, en effet, dans lesquelles on ne le trouve pas, si ce n'est peut-être dans les eaux sulfurées, dont l'azote est l'élément gazeux à peu près exclusif. Quelques eaux ferrugineuses sulfatées, comme celles d'Auteuil, du Crol, et un certain nombre d'autres, en contiennent aussi très-peu. Les proportions de ce gaz varient à l'infini dans les eaux minérales où il existe, puisque les analyses prouvent que, s'il en est certaines qui n'en renferment que des quantités trèsminimes, il en est, en revanche, qui en sont chargées de trois, quatre ou cinq volumes et quelquefois plus, de façon qu'il soit nécessaire, pendant que les malades sont au bain, comme à Szliacs, en Hongrie, de prendre les précautions que nous avons indiquées, en parlant de ces eaux, pour que les malades ne soient iias littéralement asphyxiés par ce gaz irrespirable. Ce sont principalement les eaux bicarbonatées, chlorurées et sulfatées, qui sont rendues gazeuses
par l'acide carbonique; mais nous venons de dire les effets physiologiques principaux de ces eaux minérales. Nous n'avons donc à traiter ici que de celles que les auteurs ont appelées eaux acidulés ou acidulées, et auxquelles nous aimons mieux donner le nom de carboniques que nous croyons mieux approprié, parce qu'il exprime leur véritable caractère, et qu'il ne peut engendrer ni confusion ni équivoque.
Il est certain que les eaux chargées de gaz acide carbonique combiné n'ont pas d'action physiologique autre que celle des eaux bicarbonatées, et nous devons renvoyer à ce que nous en avons dit ; il est certain aussi que celles qui tiennent en dissolution le gaz carbonique ne produisent d'effets marqués que parce qu'elles en ont une plus ou moins grande quantité à l'état de liberté. C'est donc à celles que nous avons désignées sous le nom de moyennes et surtout de fortes qu'il faut appliquer les remarques que nous avons faites. Conmiençons par exposer les effets physiologiques des sources qui renferment la plus grande quantité de gaz acide carbonique libre, comme celles de Saint-Alban et de Karlsbad. Nous ferons connaître aussi ce que font éprouver chez l'homme sain, et à un moins haut degré, les eaux qui ne contiennent, comme les carboniques moyennes, qu'une proportion moins considérable de gaz en liberté. Les eaux fortement carboniques prises en boisson, même à faible dose, quand surtout on les ingère au moment où l'estomac est vide, occasionnent au creux de l'estomac une sensation d'agréable chaleur qui ne tarde pas à s'étendre à toute la périphérie du corps ; elle est accompagnée d'un grand sentiment de bien-être et même de moiteur ou de sueur, si surtout l'eau fortement chargée de gaz est aussi hyperthermale ou mésothermaie. Un grand nombre de buveurs ressentent un abattement général et une anxiété profonde accompagnés quelquefois de céphalalgie, de vertiges et de phénomènes non douteux de congestion cérébrale, qui ne surviennent jamais brusquement. Dès les premiers verres, les buveurs aux eaux très-carboniques éprouvent une ivresse plus ou moins complète. L'ébriété carbonique, qu'à Karlsbad on appelle Sprudelrausch, est bientôt accompagnée d'une incohérence absolue des idées, avec un trouble dans la mémoire portant à la fois sur les choses et sur les mots, à ce point que les malades oublient les événements les plus récents. Lorsque l'usage de l'eau fortement carbonique du Sprudel doit être continué, cette perte, ou plutôt cet affaiblissement de la mémoire, persiste ordinairement pendant toute la durée du traitement pour ne disparaître que quelques jours après que l'emploi de l'eau a été cessé. Ainsi, avec les eaux fortement carboniques, les buveurs ont d'abord des vertiges légers et fugitils qui augmentent quelquefois jusqu'à occasionner une chute, s'ils ne trouvent pas un point d'appui à portée de leurs mains. Ces symptômes de congestion momentanée forcent quelquefois d'interrompre la cure, mais une suspension absolue est rarement indispensable. Lorsque les malades sont complètement débarrassés de ces accidents, le médecin peut autoriser la reprise du traitement par les eaux carboniques fortes; mais il est prudent de ne permettre que des doses peu considérables et de ne les augmenter que progressivement. De celte façon les accidents primitifs ne se renouvellent pas. Si au contraire les personnes qui boivent les eaux fortement chaigées de gaz acide carbonique ne veulent pas se conformer aux prescriptions du médecin qui les dirige, ou écouter les premiers avertissements que leur donne l'usage inconsidéré qu'elles ont fait d'une eau très-carbonique, elles ne lardent pas à voir augmenter des éblouissemenls qui se reproduisent plusieurs fois dans la journée,
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en dehors même des heures de la buvelte. D'autres éprouvent encore des sensations singulièrement variées, telles qu'un sentiment de vacuité intérieure les rendant assez légers pour qu'ils se ligurent pouvoir marcher dans l'air ou les pieds appuyés sur une planche mobile et élastique; souvent même on les entend dire : « Par une raison qui m'échappe, il me semble qu'en marchant je suis forcé de suivre une ligne droite, comme si j'étais poussé en avant par une force involontaire ». II est digne de remarque que ces hallucinés d'un nouveau genre n'éprouvent pas tous ces phénomènes dès qu'ils sont assis et surtout couchés.
Il estbicn entendu que tout le monde n'éprouve pas infailliblement aux sources les plus fortement chargées d'acide carbonique les effets physiologiques dont nous venons d'esquisser le tableau. Ainsi certains ne ressentent absolument rien; d'autres sont à peine influencés par le gaz et peuvent arriver sans aucun danger et sans secousses violentes à la fin de leur cure. Mais comme, dans quelques cas, il pourrait survenir des accidents sérieux, mortels même, nous ne pouvons trop conseiller la surveillance incessante d'un médecin attentif.
Les eaux fortement carboniques amétallites, ou contenant en dissolution des sels qui ne sont pas diurétiques, n'ont pas d'autre action physiologique sur les voies urinaires saines que de rendre mousseuses les urines, dans lesquelles l'analyse chimique constate une quantité plus considérable qu'à l'état normal, de gaz acide carbonique dissous et surtout en liberté. Les buveurs d'eau fortement carbonique, souffrant d'inflammations chroniques de la membrane muqueuse^ qui tapisse les voies aériennes, voient augmenter, au début, la sécrétion puru-^ lente, muco-purulenle ou muqueuse, qui diminue peu à peu et quelqnefois se tarit tout à fait. Nous n'insistons pas à cet égard, et nous prions de se reporteraux détails que nous avons donnés en parlant des effets physiologiques et thérapeutiques des eaux franchement carboniques.
L'étude attentive de l'action physiologique des bains généraux avec l'eau des. sources thermales fortement chargées de gaz acide carbonique, comme celles de. Szliacs et en particulier celles de la piscine numéro 1 de cette intéressante, station, est Irès-instructive. Ainsi l'eau de cette piscine laisse dégager une si; grande quantité de gaz qu'elle excite un chatouillement sur toute lapeau, qu'elle> fait éprouver une sensation de froid, et qu'elle occasionne bientôt de la démangeaison, de la cuisson et enfin une rougeur marquée. Lorsque les baigneurs, restent trop longtemps dans l'eau, ils sont pris d'horripilation, puis de Irem-. blement et de vertige. Il est bien important qu'ils sachent écouter ces avertissements, car tous ceux qui n'en tiennent pas compte s'exposent à des accidents, cérébraux sérieux. Les personnes un peu sanguines qui se baignent dans le. Spiegel, numéro 1 de Szliacs, doivent avoir la précaution de faire souvent renouveler l'air à la surface de l'eau, de se mouiller le visage et le crâne pour y entretenir de la fraîcheur, en favorisant sur ces parties l'évaporation, aidée* d'ailleurs par l'agitation du drapeau que des femmes assises sur le bord des piscines font voltiger sans cesse auprès du visage des baigneurs. Les bains ont,; en outre, une vertu tonique marquée sur ceux qui, sans que leur santé soit, affectée, sont cependant sensiblement anémiques. La titillation qu'ils éprouvent sur la peau donne à ces bains la puissance reconstituante d'une sorte, d'hydrothérapie minérale et surtout gazeuse, d'un effet puissant sur l'économie
tout entière.
Yll. Action physiologique des eaux protoc.vrbonées. Les eaux qui laissent déo-af^er de l'hydrogène protocarboné, comme celles de La Poretta, sont une
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exception très-rare en hydrologie. Aussi ont-elles une action physiologique toute spéciale, et aussi un usage économique qui consiste à alimenter sans autre préparation les becs de gaz servant à éclairer un des établissements thermaux de cette station italienne, dont le gazomètre est directement rempli par l'eau d'une des sources. Les eaux protocarbonées de La Poretta, contenant en même temps un peu plus de 2 grammes de chlorure de sodium par litre, ont une action physiologique plus compliquée et moins facile à analyser que les eaux amétallites dont la minéralisation principale est le gaz hydrogène sulfuré. On peut dire cependant que les eaux qui dissolvent et laissent dégîiger du gaz hydrogène protocarboné sont plus excitantes des systèmes nerveux et sanguin que les eaux qui contiennent une quantité semblable de chlorure de sodium et d'hydrogène sulfuré, et qui ont une température à peu près la même que celles de La Poretta. Ces eaux protocarbonées sont plus diurétiques, plus diaphorétiques, plus expectorantes et surtout plus toniques que celles des sources chlorurées sulfureuses.
Il nous reste à indiquer sommairement l'action physiologique des eaux que nous avons proposé de nommer amétallites ou polymétallites, au lieu d'indifférentes ou de mixtes, comme l'ont fait certains auteurs. Pour nous, on s'en souvient, les eaux amétallites sont celles qui souvent ne sont pas gazeuses et ne tiennent en dissolution qu'une proportion de sels souvent inférieure aux eaux des sources ordinaires. Les eaux polymétallites sont celles qui renferment une quantité notable et à peu près égale de deux ou trois sels solubles qui les minéralisent principalement.
YIII. Action physiologique des eaux amétallites. Les eaux amétallites ont des effets physiologiques distincts, suivant qu'elles ont une thcrmalité plus ou moins élevée, qu'elles sont thermales comme les eaux d'Évian, hyperthermales comme les eaux de Wildbad-Gastein, par exemple. Les eaux amétallites athermales ont une action physiologique extrêmement peu marquée, et les phénomènes principaux qu'elles produisent ordinairement, sont d'augmenter notablement la quantité des urines, de la transpiration et quelquefois des mucosités intestinales; mais il faut ne pas oublier la proportion d'eau ingérée et l'exercice conseillé pendant leur assimilation, avant de conclure à leur action dynamique. Un appétit plus vif, une assimilation plus prompte et plus complète, un sentiment de force et de bien-être, sont les effets les plus certains des eaux amétallites froides sur l'homme sain.
Les eaux amétallites, mésothermales et surtout hyperthermales, comme celles de Wildbad du Wurtemberg, de Wildbad-Gastein, de La Malou, de Plombières, de Néris, d'Évaux, pour ne citer que les principales, ont une action physiologique plus accentuée que les amétallites froides ; mais il faut tenir compte de l'élément chaleur et tâcher de reconnaître ce qui appartient à l'effet dynamique de l'eau amétallite seule.
Ce que nous avons à dire des eaux amétallites, mésothermales ou hyperthermales, sur l'homme sain et sur l'homme malade, pourra paraître extraordinaire à tous les médecins ne connaissant et n'admettant que les eaux thermo-minérales qui contiennent des sels ou des gaz en proportion notable. S'ensuit-il que les eaux amétallites n'aient poui tant aucune action physiologique ou thérapeutique? C'est ce que nous allons examiner, et nous espérons établir que l'efficacité réelle de ces eaux est prouvée par une expérience incontestable, sans qu'il soit possible jusqu'à présent de s'expliquer comment et pourquoi elles ont un effet que les eaux minérales les mieux dotées en principes lixes pourraient leui
envier. Ce n'est point, en ge'néral, du reste, dans les premiers jours de leur emploi, soit interne, soit externe, qu'on peut constater leur énergie. Elles sont prises à la dose de quelques verres le matin, quand elles sont prescrites à l'intérieur ; elles sont administrées en bains ou en douches, sans que les malades s'aperçoivent d'autre chose que d'une augmentation de leur appétit, d'un sentiment de bien-être général et d'une satisfaction morale souvent inaccoutumée. Les eaux amétallites thermales sont prises en boisson, en bains et en douches, mais elles sont plus actives à l'extérieur qu'à l'intérieur. Les buveurs et les baigneurs en font usage avec un plaisir marqué, pendant les premiers jours au moins, et ils croient volontiers que l'effet agréable qu'ils éprouvent ne doit pas cesser. Cependant, après un temps plus ou moins long, ordinairement du vingtième au vingt-cinquième jour, ils éprouvent les symptômes suivants : le plaisir dans le bain n'est plus aussi vif, l'eau ne semble plus aussi agréable; les baigneurs la trouvent plus froide, quoique le thermomètre indique le même degré ; ils ont des frissons, quelques-uns même ont des nausées. Si la cure est continuée malgré l'apparition de ces phénomènes initiaux, il survient de l'agitation nocturne, de l'insomnie, de l'inappétence, de l'embarras gastrique, de la soif et de la lièvre. Il n'apparaît presque jamais de manifestation cutanée, mais des accidents nerveux qui rappellent les accès d'hystérie. Tous les buveurs et tous les baigneurs sont loin d'éprouver aux eaux amétallites, mésothermales ou hyperthermales, des phénomènes accentués d'une saturation aussi marquée, et les médecins et les malades ne doivent pas les attendre à ce degré. Nous n'avons voulu les "décrire que parce qu'ils s'observent quelquefois, et surtout parce que les malades ressentent une atteinte légère d'une ou de plusieurs des manifestations que nous venons d'indiquer. Les eaux amétallites chaudes ont toutes un effet excitant au début du traitement ; elles ne sont point sédatives d'emblée, comme l'ont prétendu à tort certains observateurs trop pressés de conclure à une action calmante, émolliente même, chez des sujets nerveux, qui n'éprouvent réellement un effet incontestable et incontesté de sédation et de calme qu'après un certain temps de balnéation ou même postérieurement à leur cure.
C'est en effet, la plupart du temps, six semaines et deux mois après que leur traitement thermal est terminé, que les hôtes des stations alimentées par les eaux mésothermales et hyperthermales amétallites voient disparaître des douleurs intérieures ou extérieures, que les eaux intus et extra exaspèrent quelquefois au début. Les eaux amétallites chaudes agissent aussi comme des excitants diffusibles; elles peuvent, dans les manifestations nerveuses excessives, donner des résultats meilleurs que les antispasmodiques les moins incertains, et calmer les douleurs les plus vives et les plus invétérées.
IX. ACTIO PHÏSIOLOGIQUE DES EAUX POLYMÉTAl.LITES. LcS CaUX polymétalUtCS
principales sont : en Allemagne, Rarlsbad; en Angleterre, Leamington; enltahe, Monte-Catini; en France, la Bourboule et Saint-Nectaire, et en Suisse, Tarasp.
Celles de f.eamington et de Tarasp sont athermales, celles de Monte-Catini sont protothermales ou mésolhermales, celles de Karlsbad, de Saint-Nectaire et de la Bourboule, sont hypei thermales.
I. Les eaux polymétallites athermales de Leamington et de Tarasp contiennent l'une et l'autre o^^SO de chlorure de sodium et de sulfate de soude. L'eau de Leamington tient aussi en dissolution 2 grammes de clilorure de calcium et 1 gramme de chlorure de magnésium, tandis que celle de Tarasp renferme
5 grammes de bicarbonate de soude et 1 gramme de bicarbonate de cbaux. L'eau anglaise a un total de matières fixes, s'élevant à H^^jS! ; celui de l'eau suisse est de 12ss25.
L'étude de l'action physiologique des eaux polymétaliites est très-difficile et très-complexe en raison de la multiplicité des principes fixes qu'elles tiennent en solution, en quantité notable et presque la même. Les eaux des sources de Leamington produisent des épreintes, des coliques, desténesmes et une ou plusieurs selles diarrliéiques. Ces phénomènes apparaissent, en général, une heure après l'ingestion du dernier verre. Les eaux de Leamington débilitent promptement et ne peuvent être continuées longtemps, quoiqu'elles contiennent une proportion relativement assez forte de protoxyde ferrugineux. Les eaux athermales polymétaliites de Leamington, tout en agissant assez énergiqueraent comme purgatives, activent pourtant d'une façon très-maniuée la circidation générale et surtout la circulation cérébrale, ce qui exige un grand soin et une surveillance attentive pendant toute la cure. Leur usage est très-actif sur l'innervation, et les buveurs ne peuvent tous en continuer l'emploi. Elles sont enfin diurétiques.
Les eaux polymétaliites athermales de Tarasp sont purgatives aussi, mais elles sont toniques en même temps. Elles sont également diurétiques. Elles sont bien supportées par les buveurs qui les ingèrent à dose moyenne, mais elles activent promptementla circulation sanguine et l'innervation, si elles sont prises avec excès. Il est bon défaire remarquer que l'eau de Tarasp agit pourtant beaucoup moins activement que celle de Leamington sur la circulation sanguine et sur le système nerveux, et qu'il est exceptionnel à Tarasp qu'on soit obligé de suspendre la cure, tandis que nous venons de voir qu'il en est quelquefois autrement à Leamington. Les eaux chlonirées, bicarbonatées, sulfatées sodiques et magnésiennes, carboniques fortes, de Tarasp, sont en même temps ferrugineuses : aussi sont-elles toniques et reconstituantes en même temps que purgatives, fondantes et diurétiques. Ce que nous venons de dire nous dispense de faire unpilus long parallèle entre les deux eaux polymétaliites athermales, dont nous avons succinctement indiqué les effets physiologiques principaux. Nous croyons avoir suffisamment prouvé ce que nous avons avancé, à savoir : que les principes fixes et multiples qui minéralisent les eaux polymétalliques éclairent certainement, sans pouvoir les expliquer complètement, les phénomènes qu'elles produisent sur l'homme sain ou malade.
IL Les eaux protothermales ou mésothermales et polymétaliites de Monte- Catini n'agissent pas, sur l'homme en santé, en raison de la proportion considérable de chlorure de sodium et de sulfates calcaires qu'elles renferment, puisque celles du Tettuccio, les moins chargées de toute la station, occasionnent pourtant les phénomènes les plus marqués sur les personnes en santé ou malades. « Est-ce parce que les eaux du Tettuccio, restant plus longtemps dans l'organisme, sont plus complètement assimilées? » (Professeur Fedeli.)
Les eaux de toutes les sources de Monte-Catini sont diurétiques, mais celles du Rinfresco le sont plus que les autres. Toutes aussi sont toniques et reconstituantes, ce qu'expliquent aisément le chlorure de sodium et le bicarbonate de fer qui les minéralisent principalement. Mais les effets physiologiques les plus remarquables de ces eaux polymétaliites proto ou mésothermales eu boisson sont de produire une hématose plus facile, un appétit plus vif, les digestions plus promptes et l'assimilation plus complète. Ces eaux s'opposent à la stase
veineuse dans l'abdomen et rendent le système nerveux moins irritable, à l'exception cependant de celles dei Terme Leopoldine, qui précipitent les battements cardiaques et artériels, et suractivent à un haut degré l'excitation nerveuse.
III. Les eaux polymélallites hyperthermales, telles que celles de Carisbad, de Saint-Nectaire, de la Bourboule, qui en sont les types principaux, sont toutes chlorurées, bicarbonatées et sulfatées sodiques fortes; celles de la Bourboule sont de plus arsenicales de premier ordre. Les effets physiologiques des eaux polymétallites fortes et hyperthermales doivent être étudiés avec d'autant plus de soin qu'ils renseignent très-utilement sur leur emploi thérapeutique, mais ils sont d'autant plus complexes que ces eaux ont une composition cliimique plus Yâriée, et une plus haute température. La difficulté de cette analyse a-t-elle été la cause que les auteurs de tous les pays, qui ont écrit avant nous sur les eaux minérales, n'ont pas abordé l'examen des effets physiologiques des eauxpolymétallites?
Disons d'abord que les eaux de toutes les sources des stations que nous avons prises pour types, sont loin de produire sur l'homme sain des résultats identiques ; mais en indiquant ceux qui s'observent à Karlsbad nous renseignerons suffisamment sur les effets principaux des eaux de Saint-Nectaire, qui sont à peu près les mêmes, mais atténuées. Les phénomènes physiologiques des eaux delà Bourboule ont beaucoup d'analogie aussi avec ceux obtenus à Karlsbad et à Saint-Nectaire, et leur dissemblance vient peut-être, ainsi que nous le dirons bientôt, d'un élément spécial que les eaux de Saint-Nectaire et de Karlsbad contiennent aussi, mais en quantité non dosée, tandis que celles de la Bourboule sont les plus arsenicales de l'Europe et ont ii cet égard une place complètement distincte dans le cadre hydrologique.
On a besoin à Karlsbad, moins que partout ailleurs, d'étudier isolément les effets physiologiques de l'eau des sources très-nombreuses de cette station si intéressante de la Bohême. Le Sprudel et le Sclilossbrunnen résument, en effet, tout ce que le médecin éloigné doit savoir de leur activité sur l'homme sain et même sur l'homme malade.
Il est donc aisé de constater, à Karlsbad, l'efficacité des eaux sur plusieurs productions de nos organes et sur certains états maladifs occasionnés ou entretenus par une altération profonde des humeurs.
L'eau du Sprudel, prise en boisson, même à très-faible dose, comme 1/4 de verre ou l/^ verre, occasioiîne une sensation de chaleur agréable au creux épigastrique, sensation que nous avons signalée plus haut en traitant des eaux carboniques fortes, et qui, se répandant bientôt dans tout le corps, produit une moiteur générale accompagnée d'un grand sentiment de bien-être. Mais ceux qui y arrivent avec une transpiration résultant d'un exercice violent ou de leur maladie, éprouvent, après avoir bu, une augmentation notable de cette transpiration, un abattement général et une anxiété profonde. La sécrétion des glandes saUvaires est plus abondante. Quelques buveurs sont purgés, d'autres sont constipés, au contraire. A haute dose, c'est-à-dire lorsqu'on en boit de 5 à 6 verres, l'eau du Sprudel de Karlsbad a une action presque constamment laxative ou purgative. Ce double effet est assurément dû au clilorure de sodium que celte eau renferme, car les eaux chlorurées sodiques fortes sont toutes constipantes à faibles doses, et augmentent la sécrétion des mucosités mtcstinales lorsqu'elles sont ingérées en quantité plus considérable. Lorsque l'eau du
Spnidel est facilement digérée, il y a beaucoup de probabilité que la cure sera favorable; si elle est d'une assimilation difficile, au contraire, le traitement thermal interne doit être interrompu ou même cessé tout à fait. 11 est remarquable que ceux qui sont dans ce dernier cas éprouvent une sensation qu'ils traduisent prçsque tous de la même manière : « il leur semble qu'il leur est survenu des incrustations dans l'estomac «. Beaucoup de personnes assimilent avec difficulté l'eau des sources de Karlsbad, et en particulier celle du Sprudel, et en continuent cependant l'usage. Ceux qui s'obstinent ainsi ne tardent pas à perdre l'appétit, à éprouver du ballonnement, à être consti[)és, à être pris de nausées, de vomissements, de vertiges et de tous les symptômes d'une congestion encéphalique. La fièvre s'allume, et avec elle une agitation continuelle et une insomnie complète qui ne laissent plus un instant de repos ni de calme. Le médecin a à sa disposition un moyen très-énergique, mais qu'il doit employer avec une grande circonspection. Les phénomènes congeslifs vers le centre encéphalo-rachidien, les plus graves de tous, ne surviennent jamais fortuitement. Dès les premiers jours et quelquefois dès les premières doses les buveurs au Sprudel éprouvent l'ébriété (Sprudel-Rausch) dont nous avons parlé, et qu'on ne peut confondre avec les symptômes légers et fugaces observés à d'autres eaux, môme fortement chargées de gaz acide carbonique. Quand ces buveurs ne suspendent pas leur traitement, l'affaiblissement de la mémoire persiste, comme nous l'avons dit, pendant toute la durée de la cure. Si l'eau du Sprudel a des effets très-peu marqués sur les voies urinaires, ceux du Schlossbrunnen sont Irès-sensibles, au contraire : ainsi ils augmentent la sécrétion des membranes muqueuses, et spécialement de celles qui tapissent les voies aériennes, digestives et urinaires. L'eau du Schlossbrunnen est presque exclusivement employée contre les affections où il est besoin de modifier soit la qualité, soit la quantité des sécrétions du larynx, de la trachée, des bronches, du suc gastrique, des intestins, mais surtout des reins.
Les eaux de la source du Château amènent aussi, quoique moins promptement que celles du Sprudel, des symptômes de saturation minérale qui forcent, vers la troisième semaine, de suspendre l'emploi de ces eaux. L'analyse sommaire que nous venons de faire de l'action physiologique des deux principales sources de Karlsbad nous dispense de longs détails sur les effets des eaux de Saint-Nectaire, qui ont une certaine analogie avec les eaux de Karlsbad, quoiqu'elles soient beaucoup moins énergiques. Les eaux de Saint-Nectaire sont plus facilement assimilables que celles de Karlsbad, mais elles produisent aussi, sur quelques buveurs, une pesanteur marquée au creux épigastrique, si elles sont ingérées en quantité un peu trop considérable. Elles donnent presque toujours alors de l'anorexie, de la soif, de la constipation ou de la diarrhée. L'eau minérale polymétallile de Saint-Nectaire est diurétique et elle produit l'alcalinité des urines.
Les eaux hyperthermales, polymétallites, arsenicales, de la Bourboule, sont d'une digestion difficile, et certains buveurs sont obligés de renoncer à une curfr intérieure; elles sont très-excitantes non-seulement du système nerveux, mais aussi de la circulation sanguine. Elles sont manifestement diurétiques, mais elles déterminent rarement soit la constipation, soit le dévoiement. L'usage tant interne qu'externe de l'eau de la Bourboule, qui accélère les battements du cœur et des artères, n'est pourtant pas contre-indiqué aux personnes sanguines dont il n'augmente pas les manifestations pléthoriques ; mais ces eaux
EAUX MINÉRALES NATUUELLES. 759
tonifient en reconstituant notablement les sujets lymphatiques et scrofuleux.
Emploi thérapeutique général des eaux minérales- Certaines eauX minérales
et thermales n'ont point, comme nous venons de le voir, une action physiologique bien tranchée, mais elles ont toutes une efficacité curative incontestable, suivant la définition que nous en avons adoptée. Cependant il en est quelquesunes qui sont employées pour les usages journaliers, sans que les habitants paraissent en éprouver une influence fâcheuse. Cet emploi néanmoins est, en général, regrettable, puisque nous avons signalé en parlant des eaux minérales de quelques stations qu'il se produit certains accidents, certains désordres, sur les po(mlations qui font un usagie journalier de ces eaux, comme à Néris, à Ems, à Marienbad, à Franzensbad, à Wildbad-Gastein, etc. Les Romains nous ont prouvé, en maints endroits, par leurs travaux d'art et leurs aqueducs, qu'on doit aller chercher les eaux douces au loin, plutôt que d'employer habituellement des eaux minérales alhermales, et moins encore des eaux hyperthermales refroidies.
L'expérience a prouvé que les eaux minérales et thermales doivent être employées surtout dans les diathèses et dans les maladies chroniques. 11 est rare, en effet, qu'on y ait recours dans les maladies aiguës qui réclament à peu près toujours un traitement prompt et énergique. Ainsi, les eaux minérales sont principalement indiquées dans les affections qui durent depuis un certain temps et qui n'ont cédé qu'en partie ou qui ont résisté aux autres moyens de la matière médicale. Nous dirons cependant, en parlant de. l'emploi thérapeutique des eaux sulfatées, sodiques et magnésiennes fortes, qu'elles rendent des services quotidiens, même transportées, toutes les fois qu'il est besoin d'obtenir un effet laxatif ou révulsif, qui doit être longtemps continué sans qu'on ait à redouter d'accidents sérieux du côté des voies digestives. Avant de donner un tableau abrégé des maladies chroniques qui ressortissent à la sphère d'activité des eaux thermo-minérales, indiquons celles qui sont réfractaires à leur emploi. L'exclusion des eaux minérales doit être absolue dans six états particuliers de l'économie, car prescrire contre eux un traitement niinéro-thermal n'a d'autre résultat que de perdre un temps précieux et de négliger des moyens d'une autre nature, et utiles :
1" Aucune eau minérale, à l'intérieur et à l'extérieur, n'a d'action sur les tissus hétéromorphes, comme le cancer, à toutes ses périodes, et ne peut empêcher une terminaison funeste, quoiqu'on ait prétendu le contraire, ainsi que nous l'avons indiqué en parlant de la station de Celles-les-Bains {voy. ce mot),
2" Le tubercule, en tant que tubercule, à toutes ses phases d'évolution et dans tous les organes, alors surtout qu'il a son siège dans les poumons, n'est pas favorablement influencé par les eaux. Souvent, au contraire, l'emploi des eaux minérales n'est pas seulement impuissant contre l'élément tubercule, mais il est redoutable. S'ensuit-il de ce que nous venons de dire que certaines eaux sulfurées sodiques n'aient aucune action utile pour les phtliisiques? Non assurément, et les considérations dans lesquelles nous sommes entré en parlant des Eaux-Bonnes, de Cauterets, d'Ems, du Mont-Dore et de Royat, par exemple, nous dispensent d'entrer dans de plus longs détails. Pour concentrer notre pensée en quelques mots : nous sommes convaincu que, si les eaux n'agissent pas favorablement sur le tubercule, elles ont une efficacité incontestable autour du tubercule.
5° La syphilis et les diverses formes de syphilides ne sont pas davantage guéries par l'usage d'une eau sulfureuse ou chlorurée, malgré les prétentions que nous avons rencontrées à Aulus, à Carratraca, à Alhama de Murcia, etc.
De ce que les eaux minérales seules ne suffisent pas à combattre avec avantage les accidents vénériens, s'ensuit-il qu'elles ne puissent rendre aucun service? Les faits observés tous les jours à beaucoup de stations thermales sont là pour démontrer le contraire. Ainsi, elles permettent de savoir si une syphilis constitutionnelle est parfaitement guérie, ou si, n'étant que larvée, elle doit au premier moment se manifester par des symptômes extérieurs de la plus haute gravité. Ainsi encore, certaines d'entre elles ont la vertu d'em|iêclier presque toujours la salivation que peut produire un traitement mercuriel, ou les accidents qu'occasiofnne ordinairement une cure par les iodurés.
4** L'épilepsie n'est pas utilement con)battue par l'emplcîi des eaux minérales, et toutes les tentatives qu'on a faites n'ont jusqu'à présent mené qu'à des résultats défavorables.
5° Les eaux minérales sont impuissantes encore, elles sont souvent nuisibles et même dangereuses dans les affections organiques du cœur ou des grosses artères parfaitement constatées.
6° Enfin, nous regardons comme inutile l'emploi des eaux contre la goutte arrivée à ce degré où il n'est plus possible de voir se résorber les engoigements périarticulaiies, et surtout les tophus nombreux qui déforment les pieds, les mains et les genoux, et rendent les mouvements très-douloureux et même quelquefois tout à fait impossibles. Autant on doit compter sur une modification favorable de la crase du sang et de toutes les humeurs de l'économie dans la goutte à son début, autant il faut être réservé dans les pz'omesses à faire aux goutteux avancés, qui ne doivent attendre rien autre chose d'un séjour à des eaux appropriées qu'une résorption plus ou moins complète des tissus cellulaire et fibreux entourant leurs articulations ou leurs concrétions crétacées. Elles peuvent, en effet, enflammer, ulcéi'er, faire suppurer même ces tissus en expulsant les corps étrangers logés dans leur épaisseur. Mais il est bien à craindre que ces engorgements ou ces concrétions ne se reforment sur place ou n'envahissent d'autres articulations ou d'autres points, dès que l'usage des eaux est abandonné ou que leur effet n'a plus d'inlluence. Aussi les eaux dans ces circonstances, loin de guérir la maladie, laissent les podagres enfermés, pour ainsi dire, dans un cercle vicieux dont on essaie inutilement de les faire sortir, ce qui peut ne pas être exempt de complications graves, de nature même à amener les dangers les plus sérieux.
Après avoir exposé ce tableau sous un jour peu favorable à la réputation des eaux minérales, nous nous estimons heureux de pouvoir affirmer qu'il est, ea revanche, une foule de cas dans lesquels elles sont d'un précieux secours, et qu'il existe un assez grand nombre d'états pathologiques dont on n'obtient la guérison complète, ou au moins l'amélioration marquée, que par l'emploi des eaux minérales. Combien, eu effet, de douleurs névralgiques ou rhimialismales, toujours incommodes et quelquefois intolérables, ont disparu ou se sont amoindries après un séjour plus ou moins long à une station thermale!
Combien de lésions delà sensibilité ou de la motilité ont été avantageusement modifiées par l'emploi des eaux ! Combien de paralysies, reconnaissant pour cause évidente une ancienne hémorihagie cérébrale ou médullaire, ont sensiblement rétrogradé à la suite d'un traitement hydro-minéral sagement institu
et surveillé de près ! Combien de névroses ont élé atténuées ; combien d'atropbies musculaires généralisées, d'ataxies locomotrices même avancées, etc., ont cédé ou reculé, ou ont été retardées par une prudente et intelligente liyilrethérapie thermale! Combien de scrofuieux ont vu leur tempérament se refaire, se transformer complètement à certaines sources, sans le concours desquelles ils étaient exposés à montrer pendant toute leur vie les stygmates apparents et indélébiles d'une affection que d'autres moyens pharmaceutiques ou hygiéniques avaient été impuissants à détruire, quoiqu'ils eussent été prescrits ou appliqués dès leur première jeunesse ! Combien de dyspeptiques ont recouvré aux eaux une digestion facile, combien d'hypochondriaques y ont repris leur gaieté perdue ! Combien d'hémorrhoïdaires ont obtenu une entière guérison, ou vu revenir une perte de sang modéi'ée et salutaire, dont la disparition avait compromis leur santé ! Combien enfin d'anémiques, de chiorotiques, de convalescents, ont reconstitué leurs forces et sont retournés dans leur famille sans conserver la moindre trace de leur affaiblissement ou de leur malaise, etc., etc.! Celte énumération est loin d'être complète, et nous avons passé sous silence les maladies où l'usage des eaux minérales n'est ni très-utile, ni nuisible. Il nous a suffi de montrer dans nos observations générales que, si l'on ne peut, sans exagération, attribuer aux eaux une vertu qui serait pour ainsi dire miraculeuse, elles ont du moins une elficacité salutaire très-puissante contre un nombre considérable d'affections. De ce qui précède il résulte que c'est une chose sérieuse pour le médecin de prescrire une cure thermale et, lorsqu'il croit qu'un traitement de celte nature est utile, de choisir et d'indiquer la station à laquelle le malade doit être adn ssé. Le problème est pour lui d'autant plus compliqué et difficile à résoudre que, d'une part, les eaux minérales sont plus nombreuses et plus variées dans leurs espèces, et que, d'autre part, les maladies auxquelles ces eaux sont contraires ou conviennent sont plus multipliées et plus diverses. Il s'agit d'abord de bien déterminer l'affection dont le malade est atteint, et, puisque le traitement par les eaux minérales, sauf quelques exceptions très-rares, n'est indiqué que dans les diathèses et dans les maladies chroniques, cette détermination, dont nous n'avons pas à rechercher les règles et qui ne laisse pas quelquefois d'être embarrassante, doit être faite avec le plus grand soin. Mais ce n'est pas assez de connaître l'affection pour prescrire utilement l'emploi des eaux, et nous avons souvent éprouvé combien il est indispensable d'obtenir des renseignements presque toujours malheureusement trop négligés. C'est surtout au médecin consulté et obligé de se former promptement une opinion que ces renseignements font défaut, et il est à désirer que ceux qui doivent recourir à une théra|teulique thermale puissent apporter un exposé contenant les détails complets de leur maladie jusqu'au moment où ils consultent. Ce n'est pas tout encore : lorsque le praticien a reconnu l'opportunité d'une cure minérale, non-seulement il doit rejeter les eaux nuisibles ou innocentes, mais choisir parmi les stations celle qui convient le mieux. Jamais peut-être le tact médical n'est mis à une plus rude épreuve que lorsqu'on est appelé à faire cette élimination et ce choix; ce sont ces difficultés de la pratique qui nous ont conduit à mettre en ordre et à publier les documents que nous avons réunis. Jl est important aussi pour le médecin de ne pas négliger ce qu'on est convenu d'appeler les auxiliaires des sources thermo-minérales : le climat, la température, les variations barométriques et hygrométriques, l'altitude du lieu où sont situées les eaux qu'il choisit. Nous avons constaté que, dans certaines maladies,
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on obtient des résultats que les eaux seules ne sauraient expliquer, et qui sont dus sans doute aux secours rencontrés dans les adjuvants des eaux thermo-minérales. Ainsi plusieurs sources, celles de Wildbad du Wurtemberg et celles de Wildbad-Gastein, celles de La Malou et celles de Plombières, d'Évaux ou de Néris, etc., toutes d'une composition chimique qui les a fait ranger dans les amétallites, sont loin, comme nous avons eu soin de le faire remarquer dans les articles que nous leur avons consacrés, d'avoir une action semblable dans les diverses maladies. Au surphis, tout le monde comprend combien, lorsqu'il s'agil des affections des poumons, par exemple, on doit tenir compte des variations du climat et de la température, de l'élévation ou de l'abaissement de la colonne mercurielle dans le tube du baromètre ou du thermomètre, de l'élongation ou du raccourcissement du fd hygrométrique, etc., etc. Nous avons eu soin dans le? chapitres spéciaux d'indiquer les circonstances dans lesquelles ces auxiliaires méritent la plus grande attention.
Qu'on nous permette encore une observation relativement au choix et à l'emploi des eaux minérales. Nous avons rencontré souvent, dans les stations par nous visitées, des malades dont les affections ne pouvaient être ni guéries, ni même améliorées par un traitement hydro-minéral. Nous n'osons pas dire que ces malades avaient à en redouter un résultat fâcheux. Nous avons exprimé notre étonnement qu'ils n'eussent pas été renvoyés chez eux avant de commencer un traitement au moins inutile. On nous a toujours répondu : « Que voulez-vous? Ces malades sont' venus d'après les conseils d'un médecin : malgré notre sentiment personnel nous navons pas osé refuser de les recevoir ; nous avons été d'ailleurs témoins de succès si peu prévus que, dans des circonstances où l'on renonçait à l'emploi de tous les autres moyens, il convenait de laisser faire et de respecter l'espérance du malade et du médecin dans la vertu des eaux ». 11 ne nous appartient pas de critiquer des prescriptions consciencieuses, sinon tout à fait éclairées, ni le silence indulgent du médecin des eaux; mais nous avons l'espoir qu'un jour la connaissance plus complète de l'efficacité réelle des différentes eaux minérales préviendra de semblables conseils. Nous avouons, en attendant, notre sympathie pour la sévérité de Prunelle et de quelques-uns de ses imitateurs, qui renvoient impitoyablement dans leur famille les malades pour lesquels les eaux thermo-minérales ne peuvent être utiles. Ces confrères ont d'autant plus raison d'agir ainsi qu'un grand nombre de malades revenus des eaux sans avoir éprouvé un soulagement notable occasionne un dommage très-sérieux pour la station, quand bien même d'autres baigneurs auraient eu à s'y louer de leur cure thermale.
Quant aux saisons de l'année pendant lesquelles il est préférable d'envoyer aux eaux minérales, nous n'en dirons que peu de mots. On comprend d'abord qu'il n'est pas possible de tracer une règle absolue à cet égard. Les indications sont nécessairement subordonnées au temps, si variable d'une année à l'autre, et dont les changements renversent toutes les prévisions. Bornons-nous à dire que les mois de juin, de juillet, d'août et de septembre sont ceux dont la température convient le mieux en général à une bonne cure thermo-minérale. Nous avons pris, à cet égard, l'avis d'un grand nombre de médecins qvii exercent aux principales sources de l'Europe et de l'Algérie, et tous à peu près nous ont dit que les mois que nous venons d'indiquer étaient loin d'être les seuls où les baigneurs fréquentaient leui's sources avec profit. Ainsi, par exemple, en laissant de côté, bien entendu, les établissements qui sont
ouverts toute l'année ou ceux qui ne sont installés que pour les cures d'hiver; certaines stations importantes, comme celles de Vichy, de Karlsbad, de Marienbad, de Franzensbad, d'Acqui, d'Aix-en-Savoie, de Alhama de Aragon, etc., etc., devraient recevoir et reçoivent déjà un grand nombre de visiteurs pendant le mois de mai et jusqu'au milieu ou à la tiu d'octobre. Quoi qu'il en soit, les mois de juin et de septembre sont ceux pendant lesquels les eaux paraissent avoir une action plus marquée et plus favorable. Les médecins seuls ont qualité pour éclairer leurs clients à cet égard ; nous n'ignorons pas quelles résistances ils rencontreront auprès de familles qui ne veulent pas quitter les grandes villes avant que les plaisirs de l'hiver soient épuisés, ou qui sont pressées d'aller profiter dans leurs maisons de campagne des distractions automnales. Lorsqu'il ne s'agit que d'affections légères, il n'y a pas beaucoup d'inconvénient à se prêter à leurs désirs, mais, lorsque des maladies sérieuses réclament un moyen thérapeutique prompt et sévèrement administré, il y a une importance majeure à ce que les malades choisissent ces mois pendant lesquels les eaux ont une action plus énergique et plus sûre, pendant lesquels sont réunies toutes les meilleures chances de succès. Notons enfin que certains états pathologiques déterminés, comme les affections du foie, entre autres, exigent un traitement thermo-minéral pendant les mois les moins chauds, tandis que toutes les manifestations rhumatismales sont traitées avec un bien plus grand succès pendant les fortes chaleurs de l'été. Nous pourrions aisément multipHer ces exemples sans grand intérêt pour les médecins, qui savent qu'il est plus difficile de guérir, d'améliorer même les affections morbides pendant les saisons où elles apparaissent le plus souvent. Quoi qu'on ait beaucoup fait dans ce? dernières années, il n'y a malheureusement encore qu'un bien petit nombre de stations minéro-thermales où les cures pendant la mauvaise saison soient possibles, et la plupart des établissements sont désertés à ce point pendant l'hiver, qu'ils sont fermés dès le milieu du mois d'octobre et ne se rouvrent que vers le milieu du mois de mai. Nous avons la conviction, cependant, que l'emploi des eaux minérales peut être utilement appliqué, au moins dans le plus grand nombre des cas, à toute époque de l'année. Il serait à désirer, bien que la saison d'hiver soit presque toujours privée des auxiliaires extérieurs dont nous venons de signaler l'importance, qu'une organisation mieux entendue et une installation plus complète laissassent aux médecins la possibilité de recourir aisément, en toute saison, à un traitement hydro-minéral. Son application est quelquefois différée, en effet, de façon à exposer aux plus grands dangers la santé ou la vie des malades. La composition chimique des eaux bien captées est la même à tous les moments de l'année, et si, comme on a raison de le croire, cette composition est la cause principale de leur efficacité curative, il est certain qu'en prenant un ensemble de précautions nécessaires pour diminuer, sinon empêcher, les inconvénients du froid et de l'humidité, on obtiendra, même pendant la saison la plus inclémente, des résultats auxquels s'opposent aujourd'hui et nos habitudes routinières et l'organisation très-incomplète sous ce rapport de presque tous les établissements thermaux.
Pouvons-nous dire combien doit durer une saison thermale? Non assurément, et nous n'avons jamais compris que l'on ait eu la prétention de tracer des règles fixes à ce sujet. Comment préciser en effet, d'une manière générale, et sans tenir compte de toutes les circonstances particulières ou accidentelles qui peuvent modifier la durée d'un traitement, le temps pendant lequel il convient
de rester h telles ou telles eaux mine'rales? Se peut-il que l'action des eaux se fasse sentir avec la même promptitude et avec la même intensité sur un enfant ou sur un vieillard, sur une femme nerveuse et débile ou sur un homme d'une nature peu impressionnable et d'une vigoureuse constitution, sur un scrofuleux ou sur un pléthorique? L'action des eaux varie évidemment en raison de l'âge, du se>e, du tempérament, de l'idiosyncrasie des baigneurs, de la nature, de l'intensité, de la période de leurs affections. Abstenons-nous de toute indication, même approximative, et bornons-nous à conseiller aux personnes que nous envoyons aux eaux de s'en rapporter quant à la durée de leur traitement à l'appréciation du médecin qui le dirigera. Lui seul est à même de reconnaître, en effet, et de juger les exigences de la cure et la marche de la maladie, allant plus ou moins rapidement vers la guérison. Les buveurs et les hàfgneurs doivent avoir une défiance extrême de leurs propres impressions et se rappeler que l'opinion des médecins qu'ils ont consultés avant leur départ est toujours très-réservée et subordonnée à des accidents que nul, si habile et si expérimenté qu'il soit, ne saurait ni prévoir ni prédire. Chaque saison thermale révèle les inconvénients de traitements demeurés imparfaits et montre combien il est regrettable que des considéialions futiles, ou tout à fait secondaires, compromettent un succès auquel il n'a manqué que la persévérance et la sagesse du malade ou de sa famille. C'est aux médecins à combattre le préjugé des saisons à jour fixe, de vingt et un jours le plus souvent, ou de neuf jours, durée sacramentelle que, par principe, beaucoup d'Espagnols passent à leur station thermo-minérale. C'est aux médecins encore qu'il appartient de diriger exclusivement le mode d'emploi le plus convenable des eaux, et nous ne saurions trop engager les malades à suivre scrupuleusement leurs indications. Il ne faudrait pas sans doute, qu'exagérant notre pensée, on crût qu'il est nécessaire de poursuivre sans cesse les médecins et de les accabler de questions inutiles et oiseuses sur les moindres phénomènes qui se montrent pendant une cure thermale; nous n'avons pas d'autre but que de recommander aux buveurs et aux baigneurs de ne pas s'écarter, à la légère et d'eux-mêmes, de prescriptions dictées par l'expérience. Nous avons constaté à certaines stations que quelques personnes téméraires ou malavisées buvaient chaque jour 10 ou 12 verres d'eau, quand une dose de 3 ou 4 verres eût été suffisante; nous en avons vu d'autres rester pendant une heure ou une heure et demie dans un bain, quand elles n'auraient dû y demeurer qu'un quart d'heure environ. De pareilles exagérations peuvent être extrêmement dangereuses, car elles exposent à annihiler les effets d'une cure bien conduite, et même à aggraver des affections primitivement légères, ou à rendre mortels des états qui auraient probablement trèspromptement cédé à des moyens hydrotliérapiques prudemment combinés et exactement suivis. Les médecins des eaux depuis quelques années, dans beaucoup de postes minéraux au moins, conseillent de visiter les buvettes le matin et le soir. Quel est l'avantage, quelle est la valeur de ce mode d'administration? Il est bien difficile de se prononcer, car celte pratique est trop récente pour être jugée en dernier ressort. Nous pouvons seulement affirmer que si, dans un grand nombre de cas, il n'est pas absolument nécessaire de boire les eaux et de se baigner plusieurs fois dans un jour, cette répétition doit cependant offrir des avantages, lorsque, par exemple, il convient d'employer l'eau à dose assez élevée et itérative contre certaines affections chroniques anciennes et difficiles à déraciner, alors surtout que les malades sont limités dans le temps qu'ils
peuvent consacrer à leur traitement hydro-minéral. Les remarques que nous avons faites à propos de la durée et du mode d'emploi des eaux s'appliquent aux circonstances qui peuvent amener la suspension ou la cessation de leur usage. Les buveurs et les baigneurs doivent exécuter exclusivement les prescriptions du médecin auquel ils ont accordé la direction de leur cure, car, si l'abus est dangereux, une suspension intempestive ou une cessation prématurée ont également leurs périls. Terminons ces considérations générales par une dernière observation. Nous avons indiqué les moyens auxiliaires que présentent les conditions extérieures au milieu desquelles le traitement est suivi. 11 existe des adjuvants d'une autre nature qui dépendent pour ainsi dire des malades eux-mêmes et dont l'utilité, bien qu'elle soit plus éloignée, est néanmoins certaine et aisée à comprendre. Nous voulons parler de la nourriture, de l'exercice, des distractions, du régime, en un mot. On attache avec beaucoup de raison, selon nous, aux stations allemandes et surtout aux postes thermo-minéraux de la Bohème, et à Karlsbad en particulier, une importance très-grande au genre de nourriture, et l'on y a plusieurs fois observé la difficulté de digérer certains alimeuts. Ces indigestions se produisent nonseulement chez les malades, mais aussi chez les personnes en santé qui ont accidentellement fait usage des eaux minérales. Ce triage de mets qui semble méticuleux au premier abord, et la dyspepsie momentanée que nous venons de signaler nous portent à croire que la sévérité de nos confrères a sa raison d'être et ne doit point être considérée comme une exagération déraisonnable. Ainsi, à Pyrmont, par exemple, il est bien rare que l'on puisse digérer les fiaises lorsque Ton suit un traitement minéral, et il n'est guère d'années pendant lesquelles les médecins qui pratiquent à cette station n'aient constaté les troubles de l'estomac et des intestins, que ces fruits occasionnent. Nous ne pouvons faire rénumération exacte des aliments et des fruits dont il convient de s'abstenir, elle varie suivant les localités et il nous suffit de l'avoir signalé. Le choix de la nourriture est plus ou moins important aussi aux postes thermo-minéraux de la France et des autres pays, et il n'est pas d'une sage hygiène de permettre aux eaux alcalines, à Vieliy ou à Saint-Nectaire, par exemple, l'usage habituel des aliments acides, gras, farineux ou sucrés, qu'on sert tous les jours sur la table des dyspeptiques, des iclériqucs ou des diabétiques.
L'exercice n'est pas absolument indispensable parfois à l'efficacité des eaux et, indépendamment des cas où la nature de l'affection contraint le malade à ne pas quitter sa chambre ou son lit, il en est d'autres où le médecin conseille, par mesure de prudence, de ne pas sortir ou même de rester couché ; mais, en «rénéral, il est bon, lorsque cela est possible, de faire des promenades à pied et au o-rand air après l'ingestion de chaque verre d'eau minérale. Cette recommandation est passée en coutume dans les diverses stations allemandes. On tient moins en France à ce que ces habitudes soient ponctuellement observées, nous croyons que c'est un tort. Il est toujours utile et quelquefois indispensable dans certaines affeclions, celles du foie, de l'estomac et des voies urmaires, que les malades trouvent aux eaux des sujets de distraction nombreux et variés qui les soustraient à leurs préoccupations maladives. L'isolement, l'ennui et la tristesse apportent à la o-uérison des obstacles d'autant plus difficiles à vaincre, que ces états maladifs a^rissent toujours sur le moral, dont on doit s'attacher par tous les moyens à ranimer la force et l'énergie. L'Allemagne était, il y a quelques années, au point de vue des distractions de ses stations thermo-minérales, beaucoup plus
avancée que la France. Cela tenait surtout aux plaisirs de toute nature que procuraient ses casinos, alors synonymes de maisons de jeu, dont les bénéfices permettaient d'énormes dépenses pour l'installation, l'amélioration et le confortable des établissements minéraux. Maintenant que le gouvernement prussien a supprimé ces maisons et les énormes gains qu'elles réalisaient, les propriétaires des stations françaises ont compris que, pour retenir cbez eux les baigneuis, il fallait les empêcher de s'ennuyer, les distraire même par tous les amusements permis : la suprématie n'est plus à l'Allemagne.
Essayons d'analyser maintenant les services que rendent à la thérapeutique les eaux minérales, en nous conformant au tableau de leurs diverses classes, que nous avons dressé au commencement de cet article. Nous nous y sommes déjà conformé en étudiant l'action physiologique et thérapeutique des différentes espèces d'eaux minérales.
Emploi des eaux bicarbonatées. § I. Bicarbonatées sodiques. Les eaux bicarbonatées sodiques fortes, moyennes et faibles, n'ont pas la même vertu curative, et nous devons consacrer un chapitre spécial à chacune d'elles.
1° Bicarbonatées sodiques fortes. Il est bon de remarquer, en commençant l'étude thérapeutique des eaux bicarbonatées sodiques fortes et pures, que ces sources agissent principalement sur les organes contenus dans l'abdomen. Ainsi les maladies du tube digestif et de ses annexes, celles de l'appareil génitourinaire, sont heureusement modifiées le plus souvent par l'usage interne et externe de ces eaux minérales qui, comme on le voit, produisent spécialement leurs effets physiologiques et surtout curalifs sur les appareils diaphragmatiques. Après avoir spécifié les cas dans lesquels les eaux bicarbonatées sodiques fortes conviennent : certains états pathologiques de l'estomac, de l'intestin, du foie, du pancréas, de la rate, des reins, des uretères, de la vessie, de la prostate et de l'utérus, nous entrerons dans quelques détails sur leur application dans quelques maladies générales, la goutte et le diabète, les intoxications paludéennes et les suites de fièvre intermittente.
Quelles sont les altérations stomacales qui cèdent le plus souvent et le plus promptement à l'emploi des eaux bicarbonatées sodiques fortes? On doit placer en première ligne le trouble de l'estomac le plus commun et qu'on traite avec un grand succès aux sources bicarbonatées sodiques fortes, nous voulons parler des dyspepsies ; mais ces dyspepsies ne sont à proprement dire qu'un symptôme venant compliquer une foule d'affections aiguës eu chroniques, générales ou locales, éloignées de l'estomac ou siégeant dans le ventricule, et il est indispensable, pour rester exact, de bien distinguer, parmi les dyspepsies, celles qui sont particulièrement du ressort de l'activité des eaux bicarbonatées sodiques fortes. Pour remplir ce but, et en tenant compte des nombreux travaux qui ont été publiés sur ce sujet dans ces dernières années, nous croyons devoir choisir comme guide le plus sûr pour mener à bonne fin cette étude le traité du professeur Cliomel, pourtant déjà relativement ancien. Cet auteur dit, eu effet : « Pour moi, la dyspepsie habituelle comprend tous les troubles persistants des fonctions digestives qui sont indépendants de toute autre maladie appréciable, soit des organes mêmes de la digestion, soit de ceux qui concourent aux mêmes fonctions ou lui sont simplement associés par les lois de la sympathie, soit enfin de toute lésion des parties solides ou liquides de l'économie. » Les eaux bicarbonatées sodiques fortes conviennent aux dyspepsies llalulentes, gastralgiques et entéralgiques, boulimiques, acides, alcalines, et enfin à la
dyspepsie des liquides. Nous laissons de côté, à dessein, toutes celles qui sont sous la dépendance d'une maladie distincte et tranchée. L'expérience montre, en effet, que dans ces dyspepsies symptomatiques un traitement par les eaux bicarbonatées sodiques fortes ne peut donner de bons résultats qu'autant qu'il est favorable à la maladie qui les produit. La dyspepsie flatulente s'accuse par une accumulation de gaz dans l'estomac ou dans la partie supérieure de l'intestin, se produisant pendant la première heure ou les premières heures qui suivent les repas principaux. Les eaux bicarbonatées sodiques fortes donnent quelquefois des résultats favorables, mais c'est une exception, et nous allons dire quel genre d'eaux thermo-m.incrales doivent être conseillées de préférence. La dyspepsie gastralgique ou entéralgique est celle qui occasionne les douleurs les plus vives avec exacerbations quelquefois intolérables, avec crampes qui altèrent les traits du visage, forcent les malades à se pencher en avant en se comprimant fortement le ventre, à se rouler, se plaindre, à pousser même des cris aigus. Les eaux bicarbonatées sodiques fortes sont loin d'être administrées avec un succès constant contre un ties états morbides les plus difficiles à combattre, les plus réfractaires aux médications les plus variées et qui semblent les plus rationnelles; mais quand ces dyspepsies nerveuses de l'estomac ou de l'intestin sont franchement intermittentes, les eaux bicarbonatées sodiques réussissent, alors même que le sulfate de quinine seul ou associé à l'opium a complètement échoué, à la condition expresse que les eaux soient prises non pendant les accès, mais un certain temps après la cessation des grandes crises. Les médecins éloignés doivent être prévenus que leurs malades ne guériront que rarement pendant leur cure, et que la plupart du temps ce n'est que six semaines ou deux mois après leur traitement thermal qu'ils verront s'atténuer ou disparaître des douleurs qui étaient leur supplice.
La dyspepsie boulimique, dont le caractère essentiel est un besoin fréquent et impérieux de manger accompagné de nausées et de vomissements, est la plus rare de toutes, et on n'a que des occasions exceptionnelles de la traiter aux eaux bicarbonatées sodiques fortes. On peut dire cependant qu'elles lui conviennent, surtout à la source, puisqu'elles suffisent quelquefois même après qu'elles ont été transportées.
Toutes les eaux bicarbonatées sodiques fortes, lorsqu'on a eu la précaution de laisser dégager la plus gnnide partie du gaz acide carbonique en liberté qu'elles contiennent pour la plupart eu assez notable proportion, sont administrées avec avantage dans les dyspepsies acides, même quand ces eaux ne peuvent être administrées qu'à l'extérieur et que l'estomac les refuse absolument, ce qui est une exception, d'ailleurs.
Nous n'aurions rien à dire du traitement des dyspepsies alcalines par les eaux bicarbonatées sodiques fortes, très-alcalines elles-mêmes, lorsqu'on les a débarrassées du gaz acide carbonique qu'elles renferment, si la présence de ce gaz ne pouvait expliquer les résultats heureux qu'elles ont donnés dans quelques cas.
Chomel a le premier fait entrer dans le cadre nosologique la dyspepsie des liquides dont tous les médecins ont admis l'existence depuis la description qu'en a donnée ce grand clinicien. Le symptôme, pour ainsi dire pathognonionique, de cette affection, est un clapotement reconnaissant pour cause la présence de liquides et de gaz dans la cavité stomacale. On comprend que le premier traitement, le traitement rationnel de cet état pathologique, est la diète sèche, c'est-à-dire que les malades doivent s'abstenir de boissons autant qu'ils le
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peuvent pendant leurs repas. La moindre infraction à cette règle est suivie de rechute ou au moins de la réapparition des symptômes. 11 semble, au premier abord, qu'on ne doit pas diriger ces malades à une station li\dro-minérale, puisque radministration de l'eau en boisson y est un des moyens de traitement les plus ordinaires. Mais l'observation démontre que certaines eaux minérales et les bicarbonatées sodiques fortes en particulier, ingérées à très-petites doses ou prises le plus souvent en bains seulement, donnent de bons résultats, surtout dans les cas où la dyspepsie des liquides est accompagnée de sécheresse de la bouche et d'une soif assez vive. Les bains alors doivent être peu chauds et d'une assez longue diH'ée. Ce que nous venons de dire des dyspepsies stomacales s'applique aux dyspepsies intestinales, et nous n'avons aucune remarque utile à faire à propos de l'emploi des eaux bicarbonatées sodiques fortes, dans les digestions dil'liciles qui proviennent exclusivement d'un mauvais fonctionnement ou d'un fonctionnement incomplet de l'intestin.
La composition élémentaire et l'action physiologique des eaux bicarbonatées sodiques fortes nous expliquent leur effet fluidifiant sur la bile, et l'efficacité des eaux de cette classe contre les maladies de la glande hépatique. Mais leurs lirincipes fixes, les phénomènes qu'elles déterminent sur l'hnmme sain, leur inlluence marquée sur les qualités de la bile, peuvent-ils expliquer suffisamment les résultats thérapeutiques heureux qu'elles déterminent dans les affections hépatiques? Doit-on les conseiller, par exemple, contre les productions fibreuses, Iiydatiques, contre la cirrhose atrophique du foie? Non assuiément, et ce que nous avons dit du cancer et du tubercule est applicable ici. Mais dans les hyperémies du foie, qui reconnaissent pour cause des obstacles idiopathiques à la circulation du sang dans la veine porte, les résultats favorables ne tardent pas à suivre l'administration interne et extérieure des eaux bicarbonatées sodiques fortes. Une observation très-importante doit être faite à ce propos, c'est que les médecins ont tous observé que l'usage de ces eaux en boisson et en douches appliquées loco dolenti est une mauvaise pratique toutes les fois que la maladie qui a déterminé la congestion ou l'hypertrophie hépatique avec ou sans troubles dyspeptiques marqués, avec ou sans ictère, est encore aiguë ou n'a pas revêtu depuis assez longtemps une forme chronique. Les eaux bicarbonatées sodiques fortes ont aussi une réputation très-justement méritée contre les coliques hépatiques. Plusieurs médecins se sont demandé si les coliques du foie tiennent toujours à la présence effective de calculs dans les canaux biliaires, et ils sont portés à conclure par la négative. Nous pensons que c'est une erreur et nous sommes convaincu que les coliques du foie tiennent toujours à l'existence de calculs, ou au moins de graviers, dans les conduits biliaires. La maladie dont les symptômes ont une si grande analogie avec cette affection, à ce point qu'elles sont très-souvent confondues pendant le summum des crises, l'hépatalgie, en diffère par l'intermittence quelquefois périodique des accidents, par quelques autres signes encore, l'urine claire, nerveuse à la fin des accès, et surtout par l'absence des corps étrangers qu'on trouve, au contraire, dans le cas de coliques hépatiques, lorsqu'on se livre à une recherche minutieuse. Quoi qu'il en soit d'ailleurs, nous ne devons pas insister plus longtemps sur ce point, puisque les eaux bicarbonatées sodiques fortes conviennent au même degré lorsque l'on veut agir favorablement sur les coliques hépatiques et sur l'hépatalgie.
Comment s'expliquer la puissance des eaux bicarbonatées sodiques fortes sur les coliques hépatiques? Agissent-elles comme fondantes en dissolvant, en désa-
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grégeant les calculs et les graviers, ou bien en tonifiant, en excitant les contractions des conduits qui doivent leur livrer passage? Nous aurons à nous poser la même question quand nous allons traiter des vertus thérapeutiques des eaux polymétallites hyperthermales et fortes de Karlsbad. Tous les médecins de Vichy, de Vais, de Cusset et de Karlsbad, assurent que ce n'est ni en dissolvant, ni en désagrégeant les calculs ou les graviers hépatiques, que les eaux de ces stations ont une efficacité incontestée, mais bien parce qu'elles tonifient et excitent les canaux : elles accélèrent ainsi le cours d'une bile préalablement rendue plus liquide. On se rend compte de l'action des eaux bicarbonatées sodiques fortes et puissamment carboniques en admettant, comme nous venons de le faire que leur emploi chez les graveleux stimule les mouvements fibrillaires du canal hépatique, de la vésicule biliaire ou du canal cholédoque, et favorise l'expulsion des calculs en hâtant leur arrivée dans le duodénum. Si cette explication est vraie, elle donne la clef de ce phénomène que les malades ne peuvent boire aux sources bicarbonatées fortes sans constater leur action tonique sur les voies biliaires et sans épi'ouver souvent une attaque de coliques dont les douleurs nécessaires, mais cruelles quelquefois, ont besoin d'être modérées par une interruption complète du traitement hydro-minéral. On doit être très-réservé lors du traitement des coliques hépatiques et de l'hyperémie du foie, dans l'administration des douches sur l'hypochondre droit, car elles peuvent déterminer des crises. Les douches ascendantes, au contraire, doivent être prescrites toutes les fois que le cours de la bile est entravé et qu'il existe une constipation opiniâtre.
Les eaux bicarbonatées sodiques fortes, comme les polymétallites fortes bicarbonatées, chlorurées et sulfatées sodiques, arsenicales ou non arsenicales, agissent utilement sur les affections morbides contractées par les Européens, sous des climats très-chauds, comme l'Afrique, l'Amérique du Sud, et les Indes. Le foie et la rate sont presque toujours affectés tous les deux; mais il y a des cas oîi le foie souffre seul, et d'autres où la rate est seule atteinte. Lorsque l'organe splénique est touché exclusivement, les eaux qui nous occupent n'ont presque aucune efficacité, et nous allons voir que les eaux bicarbonatées à la fois sodiques et ferrugineuses donnent les meilleurs résultats, si l'on évite d'administrer les douches en jet qui peuvent ramener et ramènent souvent des accès intermittents disparus depuis longtemps.
Dans quelles circonstances les eaux bicarbonatées sodiques fortes doivent-elles être préférées aux eaux sulfatées calciques dans la gravelle et les coliques néphrétiques? On peut répondre d'une manière générale que les eaux bicarbonatées sodiques fortes sont parfaitement indiquées toutes les fois que l'uiine des graveleux est franchement acide, comme dans la prédominance de l'acide urique dans le sang et les diverses humeurs; mais l'expérience a souvent démontré que ces eaux ne conviennent pas quand les urines sont alcalines, comme lorsque le sable et les calculs sont composés de phosphates et de principes ammoniaco-magnésiens. Nous dirons, en parlant des eaux sulfatées calciques, que cette médication hydro-minérale donne alors de bien meilleurs résultats. Le médecin qui dirige la cure doit employer contre la gravelle rouge les eaux bicarbonatées sodiques fortes en boisson, à dose assez élevée, de 4 à 8 verres par jour, en bains assez prolongés et en douches journalières sur les lombes. Mais lorsque la gravelle urique s'accompagne de douleurs de reins ou d'un commencement de coliques, il faut se défier des doses massives,
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choisir l'eau des sources les moins irritantes sur les conduits de l'urine, et ne jamais permettre les douches lombaires. Nous venons de dire notre préférence pour les eaux sulfatées calcaires dans les gravelles blanches avec alcalinité de l'urine; mais il est des cas où l'on est pourtant forcé de traiter ces gravelles aux stations bicarbonatées sodiques fortes. Les médecins qui dirigent la cure alors savent que les sources qui contiennent le plus de gaz acide carbonique libre sont celles qui doivent être choisies par eux, attendu que leur acide carbonique en excès se retrouve dans les urines, agit en les neutralisant, en les rendant acides même. De ce que les graviers et les calculs rouges sont entraînés par l'usage des eaux bicarbonatées carboniques fortes, s'ensuit-il qu'elles aient la prétention, soutenue avec talent par Petit, d'agir sur des calculs trop volumineux pour être spontanément évacués par les voies naturelles? Non assurément, et de tous les médecins qui pratiquent maintenant près des sources de Vichy aucun ne croit à l'effet dissolvant de ces eaux, qui n'ont jamais guère été regardées comme lithontriptiques que par l'ancien médecin de Vichy que nous venons de nommer. Quoi qu'il en soit, le traitement de la gravelle urique par les eaux bicarbonatées sodiques fortes doit consister en leur ingestion à doses relativement élevées, de façon que les malades soient à peu près constamment sous leur influence. Des bains généraux et même des douclies lombaires, avec les restrictions que nous avons mentionnées en traitant des coliques néphrétiques, doivent être administrés, sinon tous les jours, au moins à jours pressés. La cure par les eaux bicarbonatées sodiques fortes est continuée par les graveleux aussi longtemps que leur état général et local le permet, car ce sont eux qui ont le plus à gagner d'un séjour prolongé auprès des sources.
Les eaux bicarbonatées sodiques fortes n'ont qu'une action favorable relative sur les affections chroniques du vagin et de l'utérus; elles agissent plus sur l'état général que sur l'état local. Dans les engorgements du col et du corps de la matrice et de ses annexes, dans les tumeurs fibreuses, par exemple, ces eaux en boisson, mais surtout en douches lombaires ou vaginales, ont donné des résultats heureux incontestables; ce qui n'empêche que l'indication des eaux bicarbonatées sodiques fortes, comme celles de Salins et de Kreuznach, doive avoir la préférence. Nous ne citons aussi que pour mémoire les succès très-restreints des eaux bicarbonatées sodiques fortes dans la chlorose, et nous pensons que ces eaux hyposthéniques ne peuvent aider à reconstituer les globules rouges du sang qu'autant qu'elles contiennent un élément ferrugineux en quantité assez notable pour devenir analeptiques.
Nous venons de le dire, aucune eau minérale ne doit être conseillée dans la goutte avancée; mais les eaux bicarbonatées sodiques fortes sont utilement appliquées au commencement des manifestations goutteuses, lorsque surtout les malades ont un tempérament sanguin. Mais comment et dans quelles limites le traitement par ces eaux peut-il agir sur la diathèse goutteuse et la modifier favorablement, même lorsqu'elle est héréditaire? Est-ce, comme le croient plusieurs confrères, par l'alcalinité des eaux modifiant l'alcalinité des humeurs? Non, car ce ne sont point les matériaux acides, mais les produits azotés qui forment les dépôts articulaires et urinaires, qui ont surtout attiré l'attention. Si les eaux bicarbonatées sodiques fortes n'avaient d'autre effet que de détruire, à mesure qu'ils s'accumulent, les produits de la goutte, il faudrait assurément les prescrire, mais en n'en usant que comme d'une médication accessoire, puisque ces «aux ne toucheraient en rien à la diathèse et laisseraient toujours le podagre
exposé aux mêmes accidents dès qu'il en cesserait l'emploi. La cure à cette classe d'eaux est heureusement plus efficace : elles s'attaquent à l'élément diathésique lui-même, non pas sans doute à la manière d'un spécifique dont les effets peuvent se mesurer et se prédire d'avance, mais comme un modificateur salutaire et précieux, quoiqu'il soit imparfait. Nous avons noté avec grand soin, en parlant de leur action physiologique, que les eaux bicarbonatées sodiques fortes sont à la fois digestives, diaphoiétiques et surtout diurétiques. Elles s'attaquent donc aux trois grandes fonctions qui sont surtout lésées dans la goutte : elles aident la digestion stomacale et intestinale, elles rétablissent ou augmentent la perspiration et la transpiration cutanées, et elles changent la quantité et surtout la qualité des urines, La goutte est peut-être, de tous les états pathologiques, celui dont on doit le plus redouter de violenter la marche régulière ; aussi faut-il être prudent, user des médications hydro-minérales avec une sage réserve, et ne jamais se mettre dans le cas d'amener des accidents graves ou mortels pendant une cure thermale. Il est exceptionnel que les eaux bicarbonatées sodiques fortes soient prescrites aux goutteux à une dose plus élevée que 4 verres par jour, et il importe de ne pas soumettre les malades à un traitement hydro-minéral trop vite après qu'ils ont eu un accès, pour éviter de ramener des douleurs aiguës et de s'exposer à déterminer des accidents cérébraux. Les bains et les douches ordinaires réussissent très-mal aux goutteux; ces moyens balnéaires ne donnent pas de meilleurs résultats aux stations bicarbonatées sodiques fortes.
Le diabète, et surtout le diabète sucré, a deux époques parfaitement tranchées : la période aiguë et la période chronique. C'est lorsque la glycosurie est récente que les eaux franchement et fortement bicarbonatées sodiques sont le plus utilement employées. Nous allons spécifier bientôt leur meilleur mode d'emploi contre le diabète sucré, mais nous voulons auparavant entrer dans quelques détails qui feront mieux comprendre notre pensée et fixeront mieux sur les indications des eaux dans la glycosurie. Lorsque l'affection est de date éloignée, qu'elle existe sur des sujets dans de bonnes conditions d'âge, de constitution, et chez lesquels le mal est le résultat d'un brusque changement de climat ou d'habitudes, ou bien lorsque le diabète est transitoire, lorsqu'il s'associe ou est consécutif à des troubles fonctionnels quelquefois physiologiques comme la grossesse, la lactation, l'état puerpéral ; lorsque enfin il est occasionné par une néphrite interstitielle, les malades n'éprouvent aucune manifestation anatomopathologique appréciable ; ils conservent leur force, et ce n'est la plupart du temps qu'une circonstance accidentelle qui les conduit chez les médecins auxquels ils se plaignent d'une évacuation d'urine décolorée plus abondante que de coutume, pendant les nuits principalement. On reconnaît à l'aréomètre que cette urine, d'une clarté parfaite, est pourtant plus dense qu'elle ne devrait l'être, et les recherches ordinaires poursuivies démontrent indubitablement la présence d'une certaine quantité de glycose. Ces diabétiques ont une soif vive, quelquefois inextinguible, une grande sécheresse de la bouche et surtout de l'arrière-gorge, un mouvement prononcé des lèvres, une haleine brûlante, fade, d'une odeur caractéristique, un appétit quelquefois féroce et plus tard une douleur frontale violente, une obtusion profonde des idées, une paresse considérable de la mémoire, une insomnie marquée, un bourdonnement constant dans les oreilles, un état ininterrompu d'éblouissements et de vertiges, une aneslhésie plus ou moins absolue de la peau de la région cervicale postérieure, et un assoupissement
quelquefois complet des organes génitaux. On a dit souvent et sans motif, selon nous, que les diabétiques ont la peau froide et sèche. Nous avons constaté presque toujours le contraire dès les premières manifestations de la maladie, et nous avons vu que les glycosuriques ont une puissance de calorification qui les rend bien plus impressionnables que les autres aux transitions les plus légères de la température et leur fait aisément contracter des catarrhes des membranes muqueuses du larynx, des bronches ou des intestins, à une période où la dégradation tuberculeuse ne peut encore arriver. Un grand abattement moral se dessine presque toujours même chez les sujets qui avaient une prédisposition tout opposée auparavant. Il y a aussi un moment oii l'on observe, chez certains diabétiques peu avancés, la présence d'une certaine quantité d'albumine ou de phosphates coïncidant presque toujours avec une diminution marquée ou même la disparition complète du sucre urinaire, sans que l'on connaisse bien les rapports pathologiques exacts que doivent avoir ces états les uns avec les autres. Ce qu'on sait le mieux, c'est que la glycose ne tarde pas à reparaître. Nous nous en tenons à cette esquisse de la première période du diabète sucré et ne voulons dire que quelques mots de la seconde, car l'affection devenue franchement chronique est arrivée à un degré oii des complications graves et nombreuses surviennent presque fatalement. L'émaciation et la perte des forces font de tels progrès que la période dite cachectique commence, et les tubercules laryngés ou pulmonaires terminaux finissent par emporter les malades. Nous venons d indiquer les phénomènes principaux observés dans le diabète sucré à ses diverses phases^ pour être guidé plus sûrement dans l'administration des eaux bicarbonatées sodiques fortes sur les glycosuriques. Si le régime alimentaire a une grande importance dans le traitement des mak'lies, le diabète est une de celles qui nécessitent les précautions les plus soutenues et les plus indis- ])ensables pendant la cure et en dehors du traitement thermal. L'application (les eaux bicarbonatées sodiques fortes, à toutes les époques de l'affection diabétique, diminue la quantité du sucre urinaire ordinairement dès le second, et toujours du cinquième au sixième jour. « Cette action du traitement, dit M. le docteur Durand-Fardel, n'est pas persistante, et dans les cas où la melliturie avait disparu complètement, elle s'est toujours reproduite; mais alors le sucre ne reparaît plus dans les mêmes proportions. La reproduction de la glycose n'a pas lieu pendant le séjour aux eaux, elle se montre plusieurs mois souvent après le départ des malades. » Que conclure de ces faits? c'est qu'il ne faut pas se hâter d'induire que l'action des eaux bicarbonatées sodiques fortes est un effet chimique et spécifique, puisque d'autres médicaments peuvent produire des résultats analogues et quelquefois aussi prononcés, bien qu'aucun ne soit aussi sûr que les eaux bicarbonatées sodiques fortes. 11 est à remarquer surtout que, si la médication thermale agissait dans le sens de la théorie énoncée plus haut, elle devrait posséder quelque vertu curative, dans les cas légers tout au moins, tandis qu'elle ne nous donne qu'un résultat incomplet, quoique supérieur, tout en ne changeant pas plus la marche et la physionomie de l'évolution du diabète que tonte autre médication pharmaceutique.
Nous avons dit que toutes les eaux minérales sont contre-indiquées dans les maladies organiques du cœur et des gros vaisseaux ; et pourtant un médecin de Vichy, M. le docteur Nicolas, a prétendu, dans son Apey'çu pratique sur rulilité des alcalins contre certaines maladies du cœur, en s'appuyant sur 35 observations, que ces eaux guérissent les maladies organiques du cœur.
pourvu que, n'étaut pas trop anciennes, elles soient la conséquence d'un vice rhumatismal ou goutteux. 11 ajoute que ces thermes dissolvent, et les caillots spontanés qui se forment dans le cœur et peuvent devenir la cause d'accidents mortels, et l'hypertrophie simple ou complexe de cet organe, l'induration et l'épaississement des calculs, le rétrécissement des orifices, lorsque ces affections sont à leur deuxième période. Nous avons voulu faire connaître l'opinion si consolante d'un praticien recommandable, opinion qui, si elle était fondée, détruiraitdu premier coup la proposition que nous avons énoncée, à savoir : que les maladies organiques du cœur parfaitement constatées n'ont rien à gagner et souvent à perdre d'une cure aux eaux minérales, quelles qu'elles soient. La pratique de tous les médecins attachés aux eaux bicarbonatées sodiques fortes n'a pas confirmé les résultats exceptionnels de M. le docteur Nicolas, et ils considèrent à peu près tous que le traitement par toutes les eaux minérales est formellement contre-indiqué dans toutes les affections organiques du cœur et des gros vaisseaux. Les eaux bicarbonatées sodi(|ues fortes sont nuisibles aussi dans toutes les affections où il existe une altération du sang avec prédominance de l'élément séreux et diminution de la fibrine, dans toutes les diathèses séreuses. Cette médication fluidifiante est contraire enfin dans tous les étals oii l'économie doit être reconstituée.
2° Bicarbonatées sodiques moyennes. L'emploi thérapeutique des eaux bicarbonatées sodiques moyennes a beaucoup d'analogie avec celui des mêmes eaux fortes, seulement il en diffère par son activité moins grande dans les maladies et les diathèses dont nous venons de nous occuper. Tandis que les eaux bicarbonatées sodiques fortes ont une efficacité si marquée dans les états pathologiques que nous avons indiqués, les eaux de la même classe, mais d'une composition moyenne, comme celles d'Ems, de Royat, de Châleauneuf, de Chàteldon, de Casamicciola d'ischia, de Nunziante, etc., qui sont bicarbonatées sodiques faibles, mais légèrement chlorurées sodiques ou ferrugineuses, ont le grand avantage de n'être pas fluidifiantes ou affaiblissantes, comme les eaux bicarbonatées sodiques pures et fortes de Vichy, de Vais et de Gusset. Elles se trouvent mieux appropriées aux malades qui sont anémiés à la suite d'une chlorose confirmée, d'un trouble purement nerveux de l'estomac ou de l'intestin, d'une congestion ou d'une hypertrophie du foie, ou d'accidents morbides des voies biliaires ou urinaires. Si, dans ces deux dernières circonstances, on sait que ces eaux ne peuvent rivaliser avec les eaux bicarbonatées sodiques fortes, il ne faut pas perdre de vue qu'il se trouve dts sujets trop affaiblis pour suivre, sans inconvénient, une cure trop dépressive. 11 convient alors de les adresser à des eaux qui ont les mêmes qualités, mais moins énergiques.
Les eaux bicarbonatées sodiques moyennes, quand surtout elles sont mésothermales ou hvpothermales, conviennent mieux que les eaux bicarbonatées fortes au traitement des affections des organes de la respiration, comme le catarrhe pulmonaire chronique, l'asthme ne reconnaissant point pour cause une lésion or<Janique, la pneumonie, la bronchite, la laryngite et la pharyngite chroniques etmêine subaiguës. Il faut alors administrer ces eaux à l'intérieur en même temps qu'en pulvérisation et en inhalations. Elles ont la prétention, ainsi employées, de <ïuérir la phthisie pulmonaire, alors surtout qu'elle est imminente ou à sa première période. Les eaux bicarbonatées sodiques moyennes, surtout quand elles sont en même temps chlorurées et ferrugineuses, sont vantées dans les manifestations exagérées du tempérament lymphatique et même dans la scro-
fuie. Mais l'effet de ces eaux ne peut être comparé à celui des eaux chlorurées sodiques fortes, et nous n'en faisons mention que pour mémoire.
Les eaux bicarbonatées sodiques moyennes, comme les eaux fortes de cette classe, et plus peut-êti'e qu'elles, donnent des résultats favorables dans les suites de fièvres intermittentes des pays à intoxication paludéenne. Faut-il attribuer leur efficacité à la présence des bicarbonates dont l'action sur le foie et sur la rate a été plusieurs fois constatée? Faut-il penser, au contraire, que ces eaux tirent leur effet thérapeutique du peu d'arsenic qu'elles contiennent? C'est ce qu'il serait difficile d'expliquer, mais le fait des guéiisons n'en reste pas moins acquis. Employées en bains généraux et locaux, en douches lombaires et vaginales, elles donnent de bons résultats dans les affections utérines ; mais nous considérons que cette indication est secondaire, comme nous l'avons dit en parlant des eaux bicarbonatées sodiques fortes. Il en est de même dans la diatbèse urique, dans la goutte, le diabète et le catarrhe vésical, où les eaux bicarbonatées sodiques moyennes rendent des services, mais doivent n'occuper que la seconde ligne.
3** Bicarbonatées sodiques faibles. Les eaux bicarbonatées sodiques faibles sont assez nombreuses en Europe et particulièrement en France, mais surtout en Auvergne, pour qu'on ait pu leur assigner aisément leur place véritable dans le cadre hydrologique et thérapeutique. "Ces eaux sont hypothermales, mésothermales et plus souvent athermales. Ce sont ces dernières que nous allons avoir en vue dans ce que nous dirons de leur vertu curalive, afin de mieux montrer leur activité propre et dépouillée de l'aide qui leur viendrait de leur thermalité native. Les eaux bicarbonatées sodiques faibles sont le plus souvent carboniques fortes ou moyennes, ce qui fait que la plupart d'entre elles sont exportées et employées comme eaux de table. Mais alors, quelque soin qu'on ait pris pour empêcher la déperdition du gaz, indispensable à leur bonne conservation, on ne peut parvenir à leur faire garder à distance le goût et surtout les effets qu'elles ont à la source. Aussi celles qui doivent attirer notre attention sont captées et aménagées de façon que les baigneurs, ou plutôt les buveurs, puissent tz'ouver auprès d'elles toutes les commodités qui leur permettent de suivre un traitement minéral complet. C'est contre les troubles de l'indigestion provenant surtout d'un mauvais fonctionnement de l'estomac, origine fréquente d'une diatbèse urique facile à suivre dans sa genèse, que donne les meilleurs résultats l'emploi interne presque exclusif des eaux bicarbonatées sodiques faibles, alors que les eaux de cette espèce, moyennes ou fortes, ne pourront être prescrites sans inconvénient.
§ II. Bicarbonatées calciques. Les indications de ces eaux sont moins prononcées que celles des eaux bicarbonatées sodiques fortes ou moyennes. Les eaux bicarbonatées dont la chaux est la base dominante sont athermales, et leur minéralisation les fait ranger presque toutes dans les eaux moyennes. Les eaux bicarbonatées calciques comme les eaux bicarbonatées sodiques faibles sont très-nombreuses en Auvergne. Les eaux bicarbonatées calciques hypothermales sont représentées par les eaux d'Aix-en-Provence et des deux Tephlz, les mésothermales par les eaux de Viterbo et d'Acque-Albule ; les athermales sont de beaucoup les plus nombreuses et, pour nous en tenir aux plus importantes, Fougues, Chàteauneuf, Saint-Alban , Foucaude, en France, Wildungen en Allemagne, Alzola en Espagne, en sont des exemples. Celles de Condillac, de Châteldon et de Saint-Galmier, sont aussi comprises dans ce groupe, mais elles
ne sont guère employées que comme eaux d'agrément. Les eaux bicarbonatées calciques moyennes, qu'elles soient chaudes ou froides, mais surtout quand elles sont froides, sont principalement administrées dans les mômes états morbides que les eaux bicarbonatées sodiques fortes ou moyennes; seulement l'expérience a démontré qu'elles sont moins excitantes, plus faciles à supporter par les sujets nerveux affectés de catarrhe, d'engorgement des appareils génitourinaires de l'homme et de la femme, de goutte éréthique, de gravelle des reins et du foie, de dyspepsies et de gastralgies accompagnées de vives douleurs, de vomissements même, pendant la durée des accès. L'action physiologique des eaux bicarbonatées calciques est essentiellement sédative sur les organes urinaires : aussi les spasmes vésicaux accompagnés de ténesmes, et l'hématurie sans lésion organique, due seulement à la présence de calculs, sont plus favorablement traités par les eaux de cette nature, et particulièrement par celles d'Alzola, en boisson et en bains. Il en est de même pour les rétentions d'urine qui reconnaissent pour cause un état nerveux ou paralytique, dont le premier degré est connu sous le nom de paresse de la vessie. Si la paresse vésicale est ancienne et tient à une cause organique comme le développement du lobe médian de la prostate, ces eaux, au lieu d'être utiles, augmentent tous les accidents, ou sont au moins inactives. Lorsque les buveurs et les baigneurs aux stations bicarbonatées calciques souffrent d'un catarrhe de la vessie coïncidant avec une cystite chronique, le mucus diminue progressivement, et, au bout de dix à douze jours en moyenne, il est rare que la maladie ne soit pas à son déclin, si elle n'est pas finie. Si la membrane muqueuse vésicale ne sécrète pas du pus en nature, l'affection ne se termine ou ne s'améliore qu'après un temps beaucoup plus long, au bout de plusieurs cures successives la même année, ou quelquefois après plusieurs traitements annuels.
§ m. BiCARBOiSATÉEs POTASSIQUES ET MAGNÉSIENNES. L'cmploi thérapeutique des eaux bicarbonatées potassiques et magnésiennes pures n'est pas connu, car, ainsi que nous l'avons dit en parlant des effets physiologiques, il n'en existe aucune dont l'élément magnésien et potassique se rencontre seul; ces bases sont toujours, en effet, associées à la soude et à la chaux. Cette remarque s'applique à la présence de l'oxyde de fer dans les eaux bicarbonatées, qui ne le renferment jamais isolément. Toutefois, à l'inverse des bases de potasse et de magnésie, la présence du fer est une caractéristique pour les eaux alcalines auxquelles il communique une efficacité toute particulière, celle d'être dissolvantes et fondantes, tout en reconstituant et en fortifiant les sujets qu'il faut se garder d'affaiblir et d'anémier.
Emploi thérapedtique des eaux sulfatées. Toutes les eaux de cette classe, comme nous l'avons fait remarquer en traitant de leur action physiologique, sont à la fois sodiques, calciques et surtout magnésiennes. Leur composition à la fois sodique et magnésienne explique leurs effets laxatifs ou purgatifs, suivant la dose à laquelle on les prend.
I. Sulfatées sodiques. Les eaux sulfatées sodiques d'Ivandâ, de Maricnbad, de Piillna, de Friedrichshall et de Cheltenham, agissent toutes en augmentant la sécrétion de la membrane muqueuse de l'intestin, et de laxatives qu'elles sont, en général, elles peuvent avoir un effet franchement purgatif, suivant les individus et suivant la quantité et la façon dont elles sont ingérées. Ivandâ, Friedrichshall et Pûllna, agissent à la manière des eaux purgatives ou laxatives naturelles ou factices, c'est-à-dire que le médecin y a souvent recours contre
certaines dyspepsies occasionnées par un fonctionnement incomplet de l'intestin déterminant une constipation absolue et opiniâtre. Les eaux suil'alées sodiques fortes que nous venons de nommer rendent de grands services à leur source et surtout quand elles sont transportées, parce qu'elles sont presque toujours acceptées par l'estomac sans le fatiguer et sans troubler ses fonctions, même quand on est forcé de les employer souvent et longtemps. Toutes les eaux sulfatées sodiques fortes sont utilement administrées dans la plétbore abdominale, toutes diminuent le tissu graisseux général, mais principalement celui qui est contenu dans l'abdomen et dans le tissu du cœur; aucune d'elles ne produit de résultats plus prompts et plus siirs que les eaux sidfalées sodiques de Marienbad en Boliême. 11 n'est pas de saison, en effet, où certains hôtes accidentels de cette station ne s'en retournent contents du résultat qu'ils ont obtenu contre une obésité quelquefois monstrueuse. 11 nous serait facile de citer des exemples tirés de notre pratique particulière. Toutes les eaux sulfatées sodiques fortes, et celle des sources de Marienbad en première ligne, agissent puissamment sur les hémorrhoïdes qu'elles rendent Huantes, si elles ne le sont plus, et même si elles ne l'ont jamais été. Cette propriété est précieuse toutes les fois que la trop petite abondance, ou le défaut complet de l'écoulement du sang par l'anus, menace d'occasionner ou occasionne un reflux vers les cavités thoracique ou crânienne. Le tiaitemcnt interne par les eaux sulfatées sodiques fortes semble calmer, liypostbéniser les personnes qui ont un système nerveux très-surexcitable, comme les hystériques, les hypochondriaques, les maniaques à leur période d'excitation ; mais à la cure interne il faut ajouter la cure externe, quand cela est possible, comme à Marienbad, et prescrire des bains frais et prolongés. Nous répétons ici, parce que nous attachons une importance majeure à cette remarque, qu'il n'existe probablement pas d'autres eaux que celles de Marienbad qui soient mieux appropriées qu'elles aux sujets affectés d'aliénation mentale parfaitement constatée et existant quelquefois depuis un temps assez long pour faire craindre son incurabilité. Aussi tous les médecins qui ont exercé ou exercent à Marienbad assurent-ils avoir vu s'amender ou se guérir les troubles de l'intelligence les plus variés et les plus réfractaires, tel que la lypémanie, la manie suicide et homicide, la mélancolie, etc. 11 faut comprendre encore dans la sphère d'activité des eaux sulfatées sodiques fortes les migraines fréquentes et douloureuses qui rendent si pénible la vie de personnes bien portantes d'ailleurs dans l'intervalle de leurs accès. L'amélioration ou la guérison de ces malades sont d'autant plus promptes et plus sûres que les troubles cérébraux reconnaissent pour cause non douteuse un fonctionnement anormal de l'estomac ou des intestins. La même remarque est d'ailleurs applicable aux vésanies traitées avec succès par les eaux sulfatées sodiques. Ces mêmes eaux rendent de grands services encore dans les accidents congestifs qui accompagnent le plus souvent la ménopause, la précèdent ou la suivent. Les femmes éprouvent alors des bouffées de chaleur avec moiteur ou sueur plus difficiles à supporter souvent qu'une maladie aiguë grave, dont elles sont d'ailleurs quelquefois l'avant-coureur.
II. Sulfatées calciqiies. Les eaux sulfatées calciques, dont nous avons cité les principales en étudiant leurs propriétés physiologiques, sont gazeuses, moyennes et quelquefois chaudes, à l'inverse des sulfatées sodiques qui sont presque toutes fortes, non gazeuses et froides. Les eaux sulfatées calciques atherniales et carboniques ont une action élective sur les voies uriuaires et biliaires, tandis que ces mêmes eaux méso et surtout hypothermales ont leur
principale action curative sur l'élément rhumatismal. Nous ne reviendrons pas sur les services que rendent les eaux sulfatées calciques moyennes et athermales, employées à l'intérieur surtout, dans la lithiase uriuaire et biliaire, dans la néphralgie, l'hépatalgie, l'albuminurie, le diabète, la spermatorrhée, l'incontinence d'urine des jeimes enfants, etc., pas plus que nous n'insisterons sur les résultats heureux des eaux sulfatées calciques hyperthermales, dont l'efficacité est incontestable et incontestée sur toutes les manifestations, tant internes qu'externes, du rhumatisme subaigu ou chronique.
III. Sulfatées magnésiennes. Toutes les eaux sulfatées, et notamment les eaux sulfatées magnésiennes, contiennent en même temps d'autres sulfates que celui qui est leur élément prédominant. Les eaux sulfatées dont la magnésie est la base principale ont des caractères physiologiques et thérapeutiques assez tranchés. Elles sont purgatives ou laxatives, suivant que leur dose est plus ou moins forte et qu'elles sont plus ou moins chargées.
IV. Les eaux sulfatées potassiques n'existent pas à l'état pur, et nous n'avons rien à dire de leur action thérapeutique.
V. Sulfatées ferrugineuses. Les eaux sulfatées ferrugineuses sont sodiques, calciques, magnésiennes ou potassiques. Le sulfate de fer qui les minéralisé leur assigne leur place dans le cadre hydrologique et leur communique une spécialité d'action thérapeutique parfaitement distincte de celle des autres eaux ferrugineuses. Ainsi les eaux martiales constipent, ce qui rend leur emploi difficile et souvent impossible dans les affections où déjà les fonctions du gros intestin ne peuvent se faire. Les eaux sulfatées ferrugineuses, au lieu de resserrer, relâchent; c'est pour cela que, bien qu'elles soient d'une assimilation moins aisée que les autres eaux chalybées, elles leur sont souvent préférées pour le traitement des chlorotiques et des anémiques, presque toujours échauffés.
Emploi thérapeutique des eaux chlorurées. L'action curative des eaux chlorurées n'est évidemment pas la même, suivant que ces eaux sont plus ou moins chaudes, plus ou moins chargées de chlorures et de différents gaz. Nous allons suivre dans cette étude le même ordre que nous avons adopté à propos de leur action physiologique.
I. Chlorurées sodiques. Les eaux chlorurées sodiques fortes, athermales et peu ou point gazeuses, ont la propriété d'être resserrantes à petite dose. Elles sont laxatives ou purgatives en quantité plus considérable, tout en restant reconstituantes et toniques. Cette particularité exclusive aux eaux chlorurées sodiques fortes plus ou moins bromo-iodurées conduit logiquement à la plus ancienne application curative qu'on en a faite, à savoir : 1° qu'à dose fractionnée elles réussissent en boisson dans les diarrhées réfractaires à tout autre moyen et ayant amené un état de maigreur et de faiblesse tel qu'un événement funeste paraissait infaillible ; 2" et qu'à dose massive ces eaux déterminent des évacuations alvines journalières et réitérées sans qu'on ait à redouter, comme avec les eaux sulfatées sodiques ou magnésiennes fortes, une trop grande déperdition de forces chez les malades profondément anémiés, cachectiques même à la suite d'un trouble profond avec augmentation des sécrétions intestinales. Mais il faut remarquer que les eaux chlorurées sodiques très-fortes et non gazeuses sont difficilement acceptées par beaucoup de buveurs, et surtout par les jeunes sujets. Leur goût est, en effet, presque insupportable, quand on ne les coupe pas d'eau ordinaire et mieux d'une certaine quantité de bouillon léger de veau ou de poulet, comme à Salins du Jura et surtout à Salies-de-Béarn. Nous savons bien que les eaux chlorurées
sodiques très-fortes athermales et non gazeuses, artificiellement chauffées, peuvent produire, en bains seuls, des résultats satisfaisants ; il ne convient cependant d'y avoir recours que pour les malades de la contrée. Les eaux chlorurées athermales, ou mésothermales fortes aussi, quoique à un degré moindre, contenant beaucoup d'acide carbonique, sont préférables, et leurs stations sont beaucoup plus fréquentées. Les malades, en effet, peuvent y suivre aisément une cure interne et externe. Le tableau des affections générales et diathésiques qui sont améliorées ou guéries par les eaux chlorurées sodiques fortes, ne comporte qu'une énumération assez restreinte, mais il se compose d'états pathologiques bien définis, à la tête desquels il faut placer en première ligne le lympbatisme et la scrofule. La chlorose, l'anémie, les diverses manifestations rhumatismales et syphilitiques, les excès vénériens et l'impuissance, sont aussi du ressort des eaux chlorurées sodiques fortes, mais celles-ci n'agissent alors que par leurs effets toniques et reconstituants sur un organisme préalablement et profondément débilité. Ces mêmes eaux donnent aussi de bons résultats dans les maladies du système nerveux et les névroses, dans certains troubles pathologiques localisés dans le thorax et l'abdomen, et enfin dans certaines affections des membranes muqueuse, séreuse ou cutanée. Mais les eaux carboniques chlorurées sodiques fortes, bromo-iodurées, n'ont d'indication absolue que dans le lympbatisme exagéré et dans les manifestations de la scrofule, à quelque degré qu'elles soient, quelque siège qu'elles occupent et quelle que soit leur étendue ou leur profondeur. Nous nous contentons de rappeler que ces eaux doivent être administrées à l'intérieur, en bains et en douches, avec ou sans addition d'eau-mère. Ce traitement a acquis, en Allemagne surtout, et même en France aujourd'hui, une telle importance, qu'il y a bien peu de chirurgiens à pratiquer les amputations, les résections ou les cautérisations qu'ils faisaient, il y a quelques années, dans les manifestations scrofuleuses graves, sans avoir tenté de guérir leurs malades par l'application raisonnée des eaux chlorurées sodiques fortes et bromo-iodurées, qui suffisent presque toujours. Les eaux chlorurées qui sont en même temps bicarbonatées sodiques et fortement arsenicales, comme celles de la Bourboule, conviennent presque au même degré que les eaux chlorurées sodiques fortes et bromo-iodurées dans le lympbatisme et dans la scrofule ; mais elles sont beaucoup mieux appropriées que ces dernières dans le traitem.ent des bronchites ou des pneumonies chroniques, et dans les manifestations cutanées qui reconnaissent pour cause une constitution lymphatique exagérée ou manifestement strumeuse. Cet état est heureusement modifi'é toujours par l'administration interne et externe des eaux chlorurées et bicarbonatées sodiques franchement arsenicales, comme celles de la Bourboule.
II. Chlorurées sulfureuses. Les eaux chlorurées sodiques chargées de gaz hydrogène sulfuré, dont les eaux d'Aix-la-Chapelle et surtout d'Uriage sont les deux types principaux, agissent aussi comme chlorurées sodiques fortes, et nous n'avons pas à revenir sur ce que nous avons dit des indications de ces eaux dans le lympbatisme et la scrofule. 11 ne nous reste à signaler que leui's effets favorables sur certaines maladies de la peau produites ou entretenues p?r la constitution de sujets chez lesquels les liquides blancs sont en trop grande proportion, sur la débilité de l'enfance, le racbitis et les affections syphilitiques. Gomment les eaux chlorurées sulfureuses agissent-elles sur les dermatoses? Est-ce par leur chlorures, est-ce par leur principe sulfureux, est-ce par la réunion de ces deux éléments? Les sulfureux sont les spécifiques, pour ainsi dire, des affections cutanées, et les eaux dont nous nous occupons agissent comme les
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autres eaux sulfureuses sur l'état local ; mais, lorsque les lésious de la peau sont sous l'influence d'une diathèse scrofuleuse plus ou moins marquée, ces eaux agissent à la fois comme sulfureuses et comme chlorurées. L'eczéma sec et surtout humide, l'herpès, l'impétigo, l'acné, le prurigo, l'ichthyose, certaines formes de la teigne et certains lupus, sont les états pathologiques de la peau qui rentrent principalement dans la sphère d'activité des eaux chlorurées sulfureuses en général, qu'elles soient atherraales ou hypothermales. Mais celles qui sont mésothermales et surtout hyperthermales conviennent aussi dans le traitement dos manifestations rhumatismales, quelles qu'elles soient, des personnes lymphatiques à un plus ou moins haut degré. Ainsi les eaux protother maies chlorurées sulfureuses, comme celles d'Uriage, doivent être prescrites dans les scrofulides, contre lesquelles elles ont une action spéciale en boisson et en bains. La scrofule des membranes muqueuses est très-heureusement modifiée aussi par une cure d'eaux chlorurées sulfureuses. Ainsi, les catarrhes du conduit auditif, liés même à une altération osseuse de l'oreille interne, les ophthalmies, les catarrhes de la membrane de Schneider, les leucorrhées qui sont sous la dépendance du lymphatisme ou de la scrofule, sont très-favorablement modifiés par l'eau chlorurée sulfureuse en boisson, en bains généraux et locaux, en douches générales ou partielles, en inhalations ou en pulvérisations. Il n'en est pas de même des écrouelles ou de la scrofule des glandes ou des tissus intra ou périarticulaires d'origine strumeuse, que nous avons dites être le triomphe des eaux chlorurées sodiques fortes bromo-iodurées. Les eaux chlorurées sulfureuses, en boisson, en bains et en douches, sont aussi d'un très-utile emploi contre le rachitisme, alors surtout qu'il existe à son début et sur de jeunes sujets. Ces eaux rendent de très-utiles services encore dans la syphilis, surtout lorsqu'elle est larvée, les hydrargyriques et les iodurés deviennent nécessaires et sont mieux supportés. Ces eaux, cl effet, agissent à la fois comme reconstituantes par leurs chlorures et comme neutralisantes de certains accidents consécutifs à l'usage des mercuriaux, par leur hydrogène sulfuré.
III. Sulfureuses chlorurées. Nous devons placer en tête des indications secondaires des eaux chlorurées sulfureuses proto ou hypothermales le rhumatisme sous toutes ses formes; mais cet état pathologique devient l'indication principale des eaux sulfureuses chlorurées méso ou hyperthermales, qui donnent, dans ces circonstances, des résultats beaucoup plus marqués et beaucoup plus prompts. Les eaux sulfureuses chlorurées rendent la peau moins sensible aux variations de la température, et cet effet spécial à ces eaux ne peut être indifférent au traitement des rhumatisants qui souffrent beaucoup, la plupart du temps, de l'impressionnabilité de leurs téguments à tous les agents extérieurs et surtout au froid. Lorsque les paralysies ou les névralgies sont rhumatismales, la cure externe par les eaux sulfureuses chlorurées hyperthermales doit être exclusivement employée. L'atrophie musculaire progressive n'est-elle qu'une des nombreuses formes des manifestations rhumatismales? Malgré les travaux d'Aran, de Cruveilhier père, de Duchenne (de Boulogne), de Charcot et de plusieurs autres, on n'est pas encore bien fixé sur la nature exacte de cette affection. Quoi qu'il en soit, il est certain que les eaux sulfureuses chlorurées hyperthermales ont donné des résultats complets dans les cas d'atrophie musculaire localisée ; il est certain même que ces eaux ont guéri quelquefois, quoique beaucoup plus rarement, des atrophies musculaires progressives généralisées ; et les observations déjà nombreuses de M. le docteur Wetzlar et de quelques médecins ne
peuvent laisser aucun doute à cet égard. Les paralysies hystériques ou venues à la suite d'intoxications mercui'ielles, plombiques ou arsenicales, sont tj-èsutilement traitées encore par les eaux sulfureuses chlorurées intus et extra. Les affections cutanées vésiculeuses et pustuleuses, comme l'herpès de la peau ou des membranes muqueuses, qui est si souvent périodique, et comme l'eczéma, l'impétigo, l'acné et certaines formes de sycosis, sont utilement traitées aux eaux sulfureuses chlorurées, mais avec moins de succès toutefois que les affections vésiculeuses. Les eaux sulfureuses chlorurées, comme les chlorurées sulfureuses, ont une action favorable dans tous les ulcères atoniques et dans les fistules entretenues par la présence d'un corps étranger ou d'une esquille osseuse. Ce sont alors les bains généraux et les douches locales qui doivent être prescrits, comme lorsqu'il s'agit des organes sexuels des femmes lymphatiques, scrofuleuses ou herpétiques.
Les eaux chlorurées sulfureuses et sulfureuses clilorurées sont formellement contre-iudiquées, comme toutes les autres, dans les alfections organiques du cœur eï des gros vaisseaux, lorsqu'il est si important de ne pas suractiver la circulation générale et d'éviter avant tout des ruptures, des hémorrhagies, ou des congestions des organes essentiels à la vie. Mais il n'en est pas de même dans les affections des valvules du cœur qui ont une cause rhumatismale, ainsi que l'ont démontré Vulfrand, Gerdy, Duhesse de Chassaigne, Lambron, etc., qui ont publié des observations d'améhoration, de guérison même, de lésions de l'endocarde autrefois réputées incurables.
IV. Chlorurées protocarbonées. Les eaux chlorurées sodiques qui contiennent une proportion marquée d'hydrogène protocarboné ont une action très-sensible sur toutes les maladies de la peau ; elles réussissent même alors que tous les autres moyens ont éclioué, surtout quand ces affections, humides ou sèches, récentes ou anciennes, co'incident ou sont produites par le lymphatisme ou la scrofule. Elles ont les mêmes indications que les eaux chlorurées sulfureuses et sulfureuses chlorurées, à la différence qu'elles sont plus énergiques dans les dermatoses.
V. Chlorurées calciques. Les eaux chlorurées calciques magnésiennes et bromo-iodurées contiennent toutes du chlorure de sodium en quantité prépondérante : aussi ne peut-on parler de leurs vertus curatives qu'à titre d'adjuvant, et ce que nous avons dit de leurs effets physiologiques nous dispense d'entrer dans de plus longs détails.
VI. Chlorurées arsenicales. Les eaux chlorurées arsenicales, comme les chlorurées sodiques fortes, sont aussi spécialement indiquées contre la scrofule à toutes ses périodes et à tous ses degrés, y compris les caries et les nécroses osseuses. Mais l'action curative spéciale des eaux chlorurées fortement arsenicales se montre sur les manifestations cutanées dont l'eczéma est l'expression la plus commune, et elles doivent être administrées à l'intérieur et à l'extérieur avec sagacité et persévérance. Les eaux chlorurées arsenicales ont aussi prouvé souvent leur efficacité dans les fièvres intermittentes paludéennes ou les accidents qui en sont la suite, durant depuis des années quelquefois, et ayant profondément anémié ou cachectisé les fiévreux. Il en est de même des névTalgies à forme intermittente périodique. Les eaux chlorurées arsenicales sont vantées depuis quelques années dans le diabète sucré : nous croyons que des observations plus nombreuses sont nécessaires avant d'attribuer à ces eaux une action vraiment favorable contre la glycosurie.
EAUX MLNERALES NATURELLES. 781
Emploi thérapectioue des eaux sulfurées et sulfureuses. Les eaux sulfurées sodiques ont, comme les eaux sulfhydriquées, leur indication principale, sinon exclusive, dans les maladies des membranes muqueuses, quand leur sécrétion est augmentée et a changé de caractère et d'aspect, et dans les maladies cutanées localisées ou généralisées, diathésiques ou accidentelles. Les eaux sulfurées et sulfureuses ont une action curative dans les deux cas, mais les premières sont mieux appropriées aux affections des muqueuses, tandis que les secondes donnent, en général, de meilleurs résultats dans les affections cutanées. Nous nous sommes étendu avec intention sur les effets physiologiques et physiologicopatliologiques des eaux sulfurées et sulfureuses, assez pour que nous soyons en droit de donner ici seulement la liste des états pathologiques qui sont de leur sphère d'activité. Toutes les affections des membranes muqueuses qui tapissent l'arrière-gorge, le larynx, la trachée, les bronches et les vésicules pulmonaires, reçoivent une action favorable de l'emploi des eaux sulfurées soit sodiques, soit calciques, surtout quand ces états pathologiques sont d'origine franchement inflammatoire ou purement herpétique. Nous nous sommes si souvent prononcé sur la valeur des eaux minérales, à quelque classe qu'elles appartiennent, contre le tubercule, que nous ne voulons pas revenir sur les arguments donnés au sujet de l'ineflicacité ou des dangers des eaux thermominérales employées dans la tuberculose Ihoracique qui n'est point accompagnée de pneumonie, de pleurésie ou de bronchites localisées, chroniques et pérituberculeuses. Les eaux sulfurées et sulfureuses produisent de bons effets curatifs dans les pharyngites de toute espèce et dans les dyspepsies stomacales et intestinales qui reconnaissent pour cause un élément herpétique avec lequel elles alternent le plus souvent. 11 en est de même de l'efficacité de ces eaux dans la sécrétion exagérée de mucus ou dans la production de pus de la membrane interne des voies génito-urinaires. Nous ne croyons pas devoir insister non plus sur l'utilité des eaux sulfurées et sulfureuses contre le lymphatisme et la scrofule, contre le rhumatisme, la chloro-anémie, la syphilis, les empoisonnements minéraux, les affections vaginales et utérines chroniques, et enfin contre les suites de certaines affections chirurgicales. Cette influence avait fait nommer quelques-unes d'elles eaux d' arquebusade . Rappelons seulement les applications des eaux sulfurées et sulfureuses en boisson, en inhalation, en humage et en pulvérisation, dans les maladies des voies aériennes, en bains, en douches ou en lotions dans les affections de la peau qui ne sont pas sous la dépendance d'un vice extérieur, dans les plaies, les ulcères, les suites de luxations, de fractures, etc.
Nous avons vu que l'administration tant interne qu'externe des eaux sulfurées sodiques ou cafciques avait pour effet constant d'être plus ou moins excitante ; nous avons noté que toutes les eaux sulfurées sodiques excitent moins l'innervation et la circulation sanguine que les eaux sulfurées calciques, et que celles-ci sont moins actives que les eaux franchement sulfureuses, surtout quand elles ne sont pas chargées d'une quantité notable de gaz acide carbonique ou d'hydrogène protocarboné. Ces remarques conduisent à trouver les contre-indications des eaux sulfurées et sulfureuses dans tous les états pathologiques où l'on doit se garder d'activer la circulation nerveuse ou sanguine.
Emploi thérapeutique des eaux carbomqués. L'emploi curatif des eaux carboniques moyennes et fortes a été indiqué déjà, quand nous avons parlé des eaux bicarbonatées qui sont toutes plus ou moins chargées de ce gaz. Nous
reviendrons sur ce sujet d'ailleurs lorsque nous allons traiter des effets thérapeutiques de certaines eaux polymétallites. Nous voulons dire un mot seulement des eaux qui ont pour principe minéralisateur le gaz acide carbonique, qui sont employées comme eaux de table ou d'agrément, et qui ne renferment que des sels solubles peu actifs, par leur quantité ou par leur qualité. Les eaux carboniques, dites de table ou d'agrément, n'en ont pas moins une action favorable sur certains états pathologiques dont la dyspepsie est le symptôme dominant. Les vomissements nerveux, tels que ceux qui existent au commencement de presque toutes les grossesses ou qui accompagnent les diverses périodes de l'état gravide, et peuvent déterminer l'avortement et même la mort, trouvent dans l'usage des eaux carboniques amétallites et froides, soit aux sources, soit transportées, un soulagement ou une guérison que n'avaient pu donner les autres moyens de la matière médicale précédemment et méthodiquement employés. Les eaux carboniques moyennes et fortes, par la vertu seule de leur élément gazeux que l'analyse retrouve dans les urines, produisent de bons résultats dans les douleurs ou malaises que peuvent occasionner les sables et les graviers.
Emploi thérapeutique des eaux amétallites. Les eaux amétallites ont une action curative, comme elles ont une action physiologique, suivant leur degré de thermalité.
I. Les eaux amétallites atherraales, comme celles des sources d'Évian, qui ne contiennent pas par litre 30 ou 40 centigrammes de matières fixes et qui ont une proportion excessivement minime de gaz, sont cependant d"une efficacité incontestable dans les maladies des voies uro-poétiques, alors que ceux qui en sont atteints ont une constitution très-irritable et de la tendance aux spasmes de la vessie ou de l'urcthre. Que les néphralgies, les cystalgies ou les uréthralgies soient le résultat des manœuvres de la lithotritie, qu'elles soient ou non accompagnées de calculs ou de graviers se trouvant dans quelque point que ce soit du trajet de l'urine, l'usage de ces eaux est toujours indiqué. Elles sont très-utiles aussi lorsqu'il s'agit de remédier aux accidents d'une goutte caractérisée par une acidité générale des humeurs et par une production surabondante d'acide urique. lien est de même des dyspepsies simples, même avec gastralgie, lorsqu'elles ont altéré la qualité des liquides sécrétés par la membrane muqueuse de l'estomac, alors surtout que ces liquides sont suracidifiés. Les eaux amétallites athermales donnent les résultats que nous venons d'indiquer par leur usage interne associé aux bains frais et aux douches tièdes, ou alternativement chaudes et froides. Ces derniers moyens balnéothérapiques contribuent, en effet, à l'effet sédatif et calmant de ces eaux en boisson.
IL Les eaux mésothermales et hyperthermales amétallites sont toutes trèsutiles dans le traitement des névralgies et des névroses. Quand les névralgies sont essentielles, quand elles datent de longues années, quand elles siègent à la face, sur le tronc ou les membres, elles résistent presque toujours à l'emploi des eaux amétallites méso ou hyperthermales. Mais ces eaux amènent le plus souvent la disparition ou au moins la diminution des douleurs névralgiques d'origine rhumatismale, même lorsqu'elles sont intolérables et déterminent soit une hyperesthésie, soit une paralysie de la peau ou des muscles de la région malade. Ce que nous venons de dire des névralgies rhumatismales s'applique à toutes les autres expressions extérieures ou intérieures du rhumatisme. Ce sont les cures obtenues dans cette sorte de maladies qui frappent le plus les baigneurs
€t qui ont, avant tout, contribué à la réputation des eaux qui nous occupent. Il ne faut pas croire que ces eaux combattent avec avantage seulement les paralysies, les paraplégies spécialement, qui se sont développées sous une influence nerveuse ou rhumatismale. Elles ont maintes fois donné d'excellents résultats dans les paraplégies qui, ne tenant pas à une sclérose médullaire, reconnaissaient pour cause un état pathologique incontestable de la moelle épinière ou de ses enveloppes, même consécutif à un grand traumatisme. Lorsque les paralysies sont anciennes et survenues à la suite de congestions ou d'hémorrhagies cérébrales, elles peuvent être utilement soignées aussi par les eaux amétallites chaudes employées en bains et en douches; mais, lorsqu'elles sont récentes, il faut agir avec une grande prudence pour ne })as s'exposer à des congestions ou à des liémorrhagies nouvelles et à leurs conséquences. Il existe maintenant des observations d'atrophies musculaires progressives et d'ataxies locomotrices qui ont été guéries, améliorées ou entravées dans leur marche, par un ou plusieurs traitements thermaux avec les eaux amétallites. Ces observations sont aujourd'hui assez nombreuses pour être convaincantes, et, si c'était le lieu, nous pourrions en citer plusieurs exemples. Dans les contractures ou les raideurs idiopathiques, dans celles qui ont été causées par des coups ou des blessures, dans les pertes séminales volontaires ou provoquées, alors que les malades sont arrivés à un état de maigreur voisin du marasme, l'administration externe des eaux mésothermales ou hyperthermales amétallites s'est souvent montrée très-utile. Nous devons signaler enfin, quoi que ce soit une indication secondaire, l'application quelquefois heureuse des eaux chaudes amétallites en bains et en douches, mais surtout en boisson, dans les troubles des voies aériennes ou digestives sous la dépendance du système nerveux. Le traitement de plusieurs affections de la peau ne se trouve pas bien de l'usage d'eaux un peu fortement minéralisées ; c'est dans ces cas que des eaux plus faibles, et même amétalliles, conviennent mieux et donnent de meilleurs résultats. Certaines eaux amétallites enfin conviennent aux personnes avancées en âge, ou épuisées par une cause physique, intellectuelle ou morale. Toutes les eaux amétallites sont particulièrement contre-indiquées dans la phthisie pulmonaire.
Emploi thér.^peutique des eaux polvmétallites. I. Les eaux polymétallites thermales, dont les types principaux sont celles de Leamington, en Angleterre, et de Tarasp, dans la Haute Engadine, doivent être prescrites contre les affections oîi le chlorure de sodium, les bicarbonates de soude et de fer et une proportionnalité de gaz acide carbonique en excès conviennent à la guérison du lymphatisnie exagéré, de la scrofule avec engorgements ganglionnaires même considérables, accompagnés de dyspepsie, d'anémie ou de cachexies qui reconnaissent pour cause l'existence d'un empoisonnement paludéen et de fièvres intermittentes ayant déterminé une hypertrophie splénique ou hépatique, comme cela s'observe le plus souvent chez les Anglais qui ont séjourné dans l'Inde. Ces eaux, en boissons surtout, ont aussi un effet heureux dans les constipations opiniâtres assez prononcées pour amener l'émaciation et la dénutrition qui diminuent à la suite d'exonérations régulières et suffisantes. Elles donnent de bons résultats encore dans l'engorgement des ganglions mésentériques d'enfants qui ont le carreau ; mais alors le traitement minéral doit être aussi longtemps continué que l'exige la résistance de l'état pathologique. Les mêmes remarques s'appliquent aux hémorrhoïdaires dont la circulation des veines mésaraïques est entravée par un sang trop épais et trop visqueux, chez les grands mangeurs, chez ceux qui
ont de la pléthore abdominale, et qui forment et sécrètent trop facilement de l'acide urique, comme les graveleux et les goutteux.
II. Les eaux polyniétuUites proto ou mésothermales sont conseillées avec succès dans les diarrhées et les dyssenteries rebelles ; mais, comme les eaux chlorurées sodiques fortes, elles doivent être prescrites à l'intérieur à doses réfractées pour produire l'effet que l'on en attend. Les dyspepsies, les gastroentéralgies, l'hypochondrie, les constipations opiniâtres, la pléthore abdominale, les hépatalgies simples ou accompagnées de calculs, les congestions hépatiques ou spléniques, la formation plus grande de cholestérine, premier degré de la gravelle des voies biliaires, les suites de fièvres intermittentes graves qui ont déterminé une cachexie paludéenne même avancée, rentrent dans la sphère d'activité des eaux polymétallites proto ou mésothermales employées en boisson, en bains généraux et en douches, sur le creux épigastrique et les régions hépatiques ou spléniques. Ces eaux, à l'intérieur principalement, ont une action favorable contre les gravelles des voies urinaires et particulièrement des reins. Le lymphatisme et la scrofule, lorsque celte prédisposition et cette diathèse affectent les jeunes sujets, sont heureusement modifiés par une cure intérieure et extérieure. Ces eaux doivent être prescrites en boisson à dose purgative ou au moins laxative, car elles reconstituent en purgeant et sont fondantes en restant toniques. Les ophthalmies, les rhinites, les amygdalites, les pharyngites, les laryngites et les bronchites chroniques sont les accidents scrofuleux portant sur les membranes muqueuses qui cèdent le plus promptement et le mieux auprès de ces sources. L'anémie, la chlorose, et toutes les maladies qu'elles peuvent amener, sont traitées avec succès par les eaux polymétallites dont le chlorure de sodium et le fer sont les éléments dominants, elles augmentent plus rapidement le nombre des globules rouges du sang que les ferrugineux officinaux et même que les eaux minérales chalybées. Les rhumatismes et la goutte commençante qui se lient aux troubles digestifs, au lymphatisme et à la scrofule, rentrent dans le cadre des affections que les eaux polymétallites proto et surtout mésothermales soulagent ou guérissent, administrées en boisson, en bains et en douches.
m. Les eaux polymétallites hyperthermales, qu'elles soient simples, c'est-àdire composées de chlorure de sodium, de bicarbonate et de sulfate de soude en quantité à peu près égale, ou en même temps arsenicales, sont de toutes les eaux de cette classe celles qui donnent les résultats thérapeutiques les plus importants, les plus nombreux et les plus variés. Ainsi elles agissent utilement dans les affections des yeux et des oreilles, comme on le verra à l'article Kàrlsbad {voy. ce mot), dans certaines maladies des voies digestives et de leurs annexes, des voies génito-urinaires, respiratoires et circulatoires, et dans les affections rhumatismales, goutteuses, diabétiques, dans les suites de fièvres intermittentes, dans la maladie d'Addison, dans les névralgies, et enfin dans quelques empoisonnements métalliques.
De toutes les affections de l'estomac, c'est la dyspepsie qui rentre le mieux dans les indications des eaux polymétallites hyperthermales et ce sont les plus carboniques qui réussissent le plus promptement et le plus sûrement. Ces eaux ont prouvé leur efficacité dans les ulcères de l'estomac qui ne reconnaissent pas pour cause, bien entendu, une diathèse cancéreuse confirmée; mais la médication hydrothermale doit être maniée avec une grande prudence et administrée à doses fractionnées : une cuillerée à bouche toutes les demi-heuves, par exemple,
et toute la journée. Les mêmes précautions seront prises dans les gastralgies très-douloureuses. Lors de la dilatation de l'estomac des grands mangeurs, il convient aussi d'administrer les eaux polymétallites hyperthermales en boisson en quantité peu considérable fréquemment ingérée, et il arrive au bout de six semaines de cure que l'anorexie et la perversion du goût disparaissent, l'estomac revient à sa capacité ordinaire; l'appétit et les digestions se rétablissent progressivement.
Les maladies de l'intestin dont la diarrhée est le symptôme principal se trouvent très-bien dès les premiers jours de l'administration des eaux hyperthermales polymétallites, qui ne doivent être conseillées ni en bains ni en douches, mais en boisson seulement et à faible dose. Ces eaux doivent être prises en boisson aussi, mais les bains sont utiles dans le cours de ventre des jeunes sujets qui ont un engorgement des ganglions du mésentère, dans les diarrhées scrofuleuses, en un mot. Les personnes constipées, au contraire, doivent boire une quantité assez considérable des eaux polymétallites hyperthermales, surtout lorsque l'engorgement stercoral est considérable et date d'un certain temps. 11 est nécessaire même d'avoir recours aux grands bains, aux lavements, aux bains de siège et aux cataplasmes de boucs chaudes sur la région hypogastrique, comme on le fait à Karlsbad, surtout quand existe une pneumatose intestinale très-prononcée, accompagnée ou non de constriction spasmodique de rœso})hage, de l'anus ou même du rectum. Nous n'indiquons que pour mémoire l'efficacité en boisson des eaux polymétallites hyperthermales, qu'elles soient arsenicales ou simples, contre la présence des A'ers intestmaux de toute nature, puisque la matière médicale nous permet aisément de nous passer des eaux minérales en pareille occurrence.
Les eaux polymétallites hyperthermales conviennent dans les maladies des annexes des organes digestifs, et spécialement dans celles du foie. Dans l'hyperémie hépatique non symptomatique d'une affection du cœur, des gros vaisseaux ou du poumon; dans l'infarctus, la physconie, les obstructions, dans toutes les congestions causées par des obstacles idiopathiques à la libre circulation du sang à travers la veine porte, les résultats heureux ne tardent pas à suivre l'application extérieure, mais surtout intérieure, des eaux polymétallites fortement bicarbonatées et sulfatées sodiques. Dans l'inllammation interstitielle chronique du foie, dans la cirrhose qui en est la conséquence, les eaux hyperthermales polymétallites, en boisson surtout, donnent quelquefois des résultats qui semblaient inespérés avant la cure, à la condition toutefois qu'il y ait hypertrophie et non atrophie de la glande hépatique. La lithiase biliaire, quel que soit le degré auquel elle est arrivée, est toujours favorablement modifiée par l'usage interne des eaux hyperthermales polymétallites simples, mais les bains doivent être employés au bout d'un certain temps. Il arrive assez souvent que ce traitement détermine des crises de coliques hépatiques, et les malades doivent en être avertis d'avance. Lorsque ces accidents arrivent, l'ingestion des eaux est suspendue, et il faut recourir à des applications émollientes sur l'hyiiochondre droit, aux grands bains tièdes à l'eau ordinaire, et surtout à l'administration des préparations narcotiques parla bouche, le gros intestin, ou principalement à l'aide d'injections hypodermiques. La polycholie s'observe quelquefois sous un climat tempéré, mais elle est bien plus fréquente dans les régions tropicales, et nos nationaux qui ont longtemps habité le sud de l'Algérie ou l'Indo-Chine, de même que les Anglais qui ont séjourné dans leurs possessions indiennes,
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en sont plus particulièrement affectés. Les eaux polymétallites hyperthermales donnent alors d'heureux résultais qu'on peut constater chaque année. Il est bien rare que dans cette circonstance le foie seul soit attaqué, la rate participe ordinairement aux lésions hépatiques, ou bien, si le foie souffre seul quelquefois, la rate est dans certains cas exclusivement prise.
Les maladies des reins avantageusement combattues par les eaux polymétallites hyperthermales, et en particulier par celles de Karlsbad, sont la pyélite chronique jusqu'à son degré le plus avancé, l'hydronéphrose, la gravelle et les calculs urinaires, à la condition cependant qu'ils ne soient pas composés d'oxalates.
Toutes les sources minérales, surtout quand elles sont thermales, ont la prétention de guérir les affections de l'utérus et de ses annexes, et principalement les ovarites chroniques. Les eaux polymétallites hyperthermales, en bains généraux et en douches locales, ne font point exception à la règle, et cependant nous devons rayer ces maladies de la liste de celles qui peuvent être envoyées à Saint- Nectaire. Persuadé, en effet, de leur ntihté par les résultats que nous avions constatés à Karlsbad et par les conversations et les écrits de MM. les inspecteurs Vernière, Basset et Dumas-Aubergier, nous avons adressé à Saint-Nectaire plusieurs femmes ayant des inflammations chroniques des ovaires coïncidant avec la ménopause, ou des granulations, ou des excoriations du col de la matrice avec ou sans hypertrophie de cet organe, avec ou sans corps fibreux développés dans un des points de son tissu. Nous n'avons vu qu'exceptionnellement les eaux de Saint-Nectaire donner les succès qu'on nous avait promis. Quelques médecins ont même plusieurs fois observé depuis que les clientes qu'ils avaient envoyées à cette station dans des circonstances identiques avaient au retour des accidents plus marqués, et qu'elles voyaient revenir leurs règles ou des pertes abondantes disparues depuis longtemps, qui ne tardaient pas à altérer leur santé.
Les eaux polymétallites hyperthermales font disparaître des épanchements considérables produits par des pleurésies ayant résisté à des applications révulsives énergiques et multipliées, surtout lorsqu'ils siègent à droite et ont une relation manifeste avec un état pathologique du foie. La cure par l'eau en boisson et rarement en bains doit être longtemps continuée alors. Nous avons signalé les effets des eaux polymétallites hyperthermales sur les membranes muqueuses et spécialement sur celles des voies aériennes, pour mieux faire comprendre leurs indications dans les catarrhes bronchiques, même chez les emphysémateux et les asthmatiques, qui ne doivent ni prendre de bains ni recevoir de douches. C'est contre le rhumatisme et la goutle que les eaux polymétallites simples et hyperthermales ont acquis la réputation la mieux fondée. Si différents que soient pour nous ces deux états pathologiques, ainsi que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de le dire, nous ne croyons pas devoir les séparer, car l'expérience démontre tous les jours que la médication thermale réussit également et par des moyens identiques. C'est principalement par le traitement externe, c'est-à-dire par les bains d'eau, les bains de vapeur et les bains de boue, qu'on traite les rhumatisants et les goutteux. Essayons de préciser les indications des eaux hyperthermales polymétallites dans les formes diverses que revêtent ces deux diathèses. Nous allons nous occuper exclusivement du rhumatisme articulaire, car toutes les eaux thermales et surtout hyperthermales passent pour guérir le rhumatisme musculaire. Avant de prescrire un traitement thermominéral contre les accidents rhumatismaux, il faut être sûr préalablement que la période aiguë est complètement terminée. Nous avons vu cependant que les
eaux d'Alhama d'Aragon sont une exception unique à cet égard, et que les rhumatisants, pour être utilement traités par les eaux, ne doivent souffrir ni du cœur ni de ses enveloppes, à moins que certaines eaux, comme celles de Ghaudesaigues, n'aient la puissance d'agir contre les accidents rhumatismaux subaigus ou chroniques du péricarde ou de l'endocarde. Les anciens médecins admettaient que l'acide urique est en plus grande proportion dans l'urine de ceux qui sont atteints de la goutte; ils s'expliquaient parfaitement alors l'action des eaux alcalines; mais les recherches chimiques de Lehmann ont appris que la quantité de Facide urique est au contraire constamment diminuée en dehor>i des accès, dans l'urine des malades affectés de goutte régulière. Or cette découverte, prouvant l'inexactitude de la théorie de nos prédécesseurs, pourrait conduire à douter de l'utilité des alcalins dans la goutte, mais les travaux du même chimiste, de Garrod et de tous ceux qui se sont occupés de la même question dans ces dernières années, ont démontré la prédominance de l'acide urique dans le sang des goutteux. En sorte que ce double résultat n'a infirmé en rien l'explication adoptée par tout le monde : les eaux minérales ont une action sur le sang; elles modifient ainsi la formation et l'élimination anormales de l'acide urique chez les goutteux et ramènent cet acide à une quantité convenable. On sait que l'acide urique est en plus grande abondance dans les liquides excrétés par les goutteux, qu'il s'en forme dans leur salive et qu'il augmente dans leur sueur à mesure qu'il décroît dans les urines. Il augmente surtout dans leurs concrétions articulaires, qui se composent d'urate de soude, d'urate de chaux, de carbonate d'ammoniaque, de chlorure de sodium, et plus rarement de phosphates. On constate même la présence de l'acide urique à la surface des ulcères des goutteux. C'est au début de l'accès que cette étude est la plus facile. La peau devient froide, sèche et rugueuse; l'urine se décolore et ressemble à celle des hystériques, et le paroxysme se termine par une transpiration profuse trèsacide, d'une couleur foncée, et très-chargée d'urates. N'est-ce pas la preuve que le sang surchargé de principes uriques s'est débarrassé par la voie naturelle? Lorsque la goutte affecte la partie extérieure du corps plutôt que les parties profondes et les articulations, lorsqu'elle est caractérisée pyr des malaises plutôi que par de véritables douleurs, par des fatigues, des impatiences et un besoin continuel d'élongation des membres, par l'incertitude de la marche allant jusqu'à produire des entorses fréquentes, par la sécheresse de la peau qui devient luisante et très-sensible aux moindres variations de la température, surtout au froid, et par une impossibilité absolue de transpiration, il faut unir à l'usage interne des eaux, celui des bains d'eau et même des bains de la vapeur naturelle des sources.
Ce n'est ni dans les tissus ligamenteux, fibreux ou osseux, ni dans la peau, qu'apparaissent d'abord les manifestations goutteuses; la peau cependant est très -impressionnable à l'abaissement du thermomètre; ses fonctions s'exécutent avec une plus grande activité; l'urine est très-fétide et laisse abondamment déposer des urates calciques ; mais les organes digestifs, et particulièrement l'estomac, éprouvent les premières atteintes de l'accès goutteux. Les malades ont un appétit soutenu, quelquefois [une bouhmie alternant avec une anorexie et une grande prédilection pour les aliments acides et de haut goût, les viandes grasses, les mets azotés et les boissons alcooliques. Ils ont presque tous du ballonnement du ventre et des renvois aigres après leurs repas. Tout mouvement, tout exercice, même les moins fatigants, leur sont pénibles. Ces goutteux
ont ordinairement une constitution très-forte, et l'on pourrait dire qu'ils sont malades d'un excès de santé. Il en est d'autres qui sont d'une apparence assez cliétive et d'un tempérament lymphatique ou nerveux. C'est au moment où la santé paraît chez eux la plus satisfaisante qu'ils sont pris tout à coup après une émotion morale violente, un changement subit de l'atmosphère, ou enfin après un excès dans le régime, de gastralgies, de coliques, de constipation, de diarrhée ou d'une violente migraine. Les remèdes les plus actifs restent alors sans efficacité et, lorsque les malades arrivent aux stations hyperthermales polymétallites avec de pareils accidents, tout traitement par les eaux doit être ajourné. Il ne faut laisser commencer la cure qu'après que tout est rentré dans l'ordre, conseiller de ne pas prendre de bains, donner l'eau en boisson seulement et à doses très-minimes, si l'on veut qu'elle ait chance d'être bien supportée. Lorsque la goutte est invétérée, que les attaques sont d'autant plus longues que leurs intervalles sont plus éloignés, il est sage de s'en tenir purement et simplement à l'expectation et, si l'on croit devoir agir, il ne faut employer que le bicarbonate de soude en dissolution dans l'eau ordinaire associé à trois et même cinq cuillerées de liqueur de teinture de bulbes, de colchique d'automne et de cardamome (liqueur du docteur Desparquets). Si les malades qui présentent la forme gastrique de la goutte sont d;uis l'âge mûr, si leurs paroxysmes reviennent à époques à peu près périodiques, si la diathèse est depuis longtemps héréditaire dans leur famille, on peut prédire que la goutte légitime ne fardera pas à se montrer et à devenir articulaire après une cure thermale de quelques jours.
Quel est l'emploi thérapeutique qui doit être fait des eaux polymétallites dans le diabète, dont nous avons retracé plus haut les deux époques parfaitement distinctes, et auquel une médication hydro-minérale ne peut être indifféremment prescrite suivant qu'il vient d'apparaître ou qu'il existe depuis de longues années, suivant enfin qu'il est aigu ou chronique?
A la station de Karlsbad [voy. ce mot), on conseille l'usage en boisson du Schlossbrunnen, lorsque les congestions vers la tète peuvent être redoutées, et c'est au Sprudel que l'on envoie, si le diabète est plus avancé, surtout s'il existe de la diarrhée ; alors les eaux de cette source seront à faible dose préférées. Les bains doivent être associés à la cure interne. Si le régime alimentaire a une grande importance dans le traitement des maladies chroniques, le diabète est une de celles qui nécessitent les précautions les plus soutenues. Aussi presque tous les médecins reeommandent-ils à ceux qui ont une grande quantité de sucre dans leurs urines de se nourrir de viandes noires, de boire du vin généreux et pur, et de proscrire les mets féculents ou sucrés. L'expérience a maintes fois prouvé que les diabétiques, lors{[n'ils suivent un traitement hydro-minéral polymétallite, peuvent en obtenir de bons résultats en conservant leur nourriture ordinaire.
Ce que nous avons dit de l'action thérapeutique marquée des eaux hyperthermales polymétallites simples et arsenicales dans les affections du l'oie et de la rate nous dispense d'entrer dans de longs détails établissant leur efficacité dans l'empoisonnement paludéen et les suites de fièvres intermittentes. C'est à la cure interne et aux douches administrées sur les régions hépatique et spiénique qu'il faut avoir recours alors. Nous terminons l'énumération des états pathologiques qui sont améliorés ou guéris par les eaux polymétallites en citant la maladie bronzée ou d'Addison, les névralgies essentielles de la face, si rebelles à toute autre médication, les empoisonnements métalliques saturnins, arsenicaux
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ou mercuriels, et enfin les accidents occasionnés par l'usagejournalier de l'opium ou de ses dérivés à dose progressivement croissante, qui s'observent chez les Orientaux venant à Karlsbad se soigner des maladies consécutives à leur funeste coutume.
Nous venons de nous occuper des états morbides qui sont de la sphère d'activité des eaux polymétallites en général ; il ne nous reste plus qu'à parler des eaux hyperthermales polymétallites arsenicales de la Boiirboule, dont l'emploi thérapeutique donne des résultats si marqués dims la scrofule à toutes ses périodes et à tous ses degrés, depuis le lymphatisme jusqu'aux caries et aux nécroses cartilagineuses et osseuses. Nous avons plusieurs fois insisté sur l'appropriation des eaux chlorurées sodiques fortes bromo-iodurées dans les accidents plus ou moins graves de la diathèse slrumeuse : les eaux de laBoiirboule, qui contiennent une quantité notable de chlorure sodique, agissent-elles en vertu de ce principe seulement, ou à cause de l'association des éléments (jui les ont fait classer dans les eaux polymétallites? Nous n'avons point à nous prononcer sur ces questions, qui n'ont d'ailleurs qu'un intérêt pratique secondaire. Nous préférons nous en tenir aux enseignements de l'expérience clinique, nous bornant à constater l'efficacité des eaux de la Bourboule en boisson, en bains et en douches, dans toutes les manifestations scrofuleuses et, en particulier, dans l'eczéma chronique, et à noter que cette médication convient pendant sa période subaiguë et même ai^uë. A. Rotukeau.
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EAUX MINÉRALES TRANSPORTEES. 793
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EAUX MINÉRALES TRANSPORTÉES. J/expérience a démontré que les eaux minérales agissent toujours plus énergiquement à l'instant où elles émergent, et qu'elles possèdent alors, réunies au plus haut degré, toutes les conditions auxquelles elles doivent leur efficacité. C'est pour cela qu'en parlant des établissements thermo-minéraux, de leur aménagement et de leur installation, nous avons condamné tous les moyens de captage ou de construction dont l'imperfection laisse altérer soit la température, soit l'un ou l'autre des éléments fixes, volatils ou gazeux, qui entrent dans la composition intime des eaux.
Est-ce à dire que les eaux minérales naturelles, recueillies dans des vases hermétiquement fermés après avoir été remplis avec toutes les précautions que nous avons indiquées, ont perdu toutes leurs propriétés? Non assurément, mais il faut veiller avec le plus grand soin sur l'embouteillage des eaux à leur source, faire arriver l'eau par un tube au fond de bouteilles ou de cruchons préalablement lavés avec une grande attention et bouchés sous l'eau, ou au moins ne pas la laisser en contact avec l'air extérieur assez de temps pour
qu'elle soit altére'e et perde une plus ou moins grande partie du gaz qu'elle contient. Quand toutes ces dispositions minutieuses ont été prises, quand on a même injecté du gaz acide carbonique ou sulfhydrique recueilli sur le bassin des sources, avec l'intention de rendre plus aisé et plus utile leur transport à distance, les eaux bicarbonatées sodiqiies et surtout ferrugineuses, les eaux sulfurées et sulfureuses, perdent cependant toujours quelques-uns de leurs principes actifs, et elles ne produisent plus que des résultats atténués et quelquefois problématiques. Les eaux qui supportent le mieux les cabots ou les vibrations des voilures ou des bateaux n'ont jamais à distance toute l'efficacité qu'elles montrent à leur point d'émergence. Nous croyons même que cette efficacité est altérée non-seulement pour les eaux naturellement chaudes, mais aussi pour les eaux froides qui ne sont pas même gazeuses. Cela s'explique d'ailleurs aisément, puisque, avec l'eau des sources ordinaires on reconnaît, sans avoir un palais très-exercé, si cette eau est encore vive, c'est-à-dire si elle vient d'être puisée, ou si elle a séjourné plus ou moins longtemps dans la carafe qui la renferme.
On ne doit pourtant recourir à l'emploi des eaux minérales artificielles que lorsqu'on ne peut se procurer d'eaux naturelles" transportées, et, bien entendu, il ne faut avoir recours à ces dernières que quand on ne peut absolument pas envoyer les malades les ingérer aux sources. Les eaux minérales naturelles transportées sont à peu près toujours administrées en boisson, elles sont cependant quelquefois utilisées en lotions et en douches locales et plus souvent pulvérisées. On a, dans ces dernières années, tenté d'employer les dérivés des eaux minérales et des eaux de mer en bains généraux, en faisant dissoudre dans l'eau ordinaire, chauffée au degré du bain, une certaine dose de sels extraits des eaux bicarbonatées et chlorurées, ou même en y ajoutant une quantité plus ou moins grande de ces eaux concentrées et, par conséquent, plus facilement transportables. Ce sont les sels provenant des eaux de Vichy qui sont les plus employés pour imiter ces eaux en boisson et surtout en bains. Les principes fixes de certaines autres eaux, comme celles de Plombières, de Salies, de Salins, de Bourbonne, etc., sont usités, quoique sur une moins vaste échelle. Le résidu salin des eaux polymétallites de Karlsbad est aussi souvent employé en Allemagne et même dans le monde entier par les malades qui veulent continuer dans leur pays une cure commencée aux sources, ou par ceux qui ont un besoin pressant de commencer un traitement à domicile avant le temps où ils pourront aller le continuer en Bohême. Les eaux d'Ems, de Kreuznach, de Nauheim, en Allemagne, de Bex, etc., en Suisse, sont celles dont les sels ou les eaux-mères sont le plus souvent transportés.
Ce sont les eaux froides et non gazeuses, comme celles d'Alet et d"Evian, qui supportent le plus aisément le transport. Lorsque ces eaux sont gazeuses, elles conservent une action d'autant moins incomplète que le gaz est uni à l'eau d'une façon plus intime. Mais, quand les eaux sont thermales, ou lorsqu'elles contiennent des principes volatils, comme certaines eaux suffureuses, elles se modifient et s'affaiblissent très-notablement. Le goût et l'odorat suffisent pour constater cette altération, sans qu'il soit besoin d'avoir recours à une analyse chimique complète. Prenons un exemple saillant : Les eaux de la vieille source des Eaux-Bonnes, celles de la Raillière, de Cauterets, sulfurées sodiques et calciques ou sulfurées sodiques, thermales ou hyperthermales à leur griffon, se transportent moins bien que les eaux sulfureuses froides d'Enghien ou de
Weilbach et donnent des effets plus incertains, bien qu'avant de les boire on ait pris la précaution de les faire chauffer en vase clos et au bain-marie. Ces exemples nous dispensent de rien ajouter à propos de l'action des eaux sulfurées et sulfureuses transportées, puisqu'on parlant des divers postes thermaux qu'elles alimentent nous avons étudié et nous étudierons les circonstances les plus favorables à leur aménagement, à leur captage, à leur mise en bouteilles, à leur transport et à leur emploi, quand on en fait usage à distance.
Les eaux chaudes bicarbonatées sodiques pures de Vichy ont à leur source des vertus supérieures à celles des eaux froides de Yals, bien que les eaux de cette dernière station contiennent une plus grande quantité de principes fixes et gazeux. Cette supériorité est certainement due à la thermalité des eaux de Vichy, ingérées à leur point d'émergence, mais, lorsqu'elles sont transportées et qu'elles ont perdu leur chaleur native, les eaux athcrmales sont préférables, et doivent toujours être préférées. Cette vérité absolue est cependant bien souvent méconnue, et malgré tout ce qu'ont pu dire ou écrii'e les médecins de Vichy et de toutes les stations bicarbonatées sodiques dont les eaux sont chaudes, les praticiens éloignés s'acharnent à suivre la coutume routinière et aniilogique déconseiller de préférence les eaux des sources de l'Hôpital ou de la Grande grille de Vichy, qui sont thermales à leur griffon, et qui, par conséquent, supportent plus mal le transport que les eaux des sources froides de Vichy ou de Vais, etc.
Les eaux bicarbonatées polymétallites thermales ou hyperthermales, comme «elles de Karlsbad, d'Ems, de Saint-Nectaire et de Royat, etc., ont, elles aussi, une action puissante sur les malades qui les boivent aux sources. Si on les consomme à dislance, elles perdent considérablement de leur énergie ; elles agissent même quelquefois tellement peu que leurs effets insignifiants forcent à en abandonner l'usage, malgré tous les soins qui ont été pris pour leur l'endre les qualités de température qu'elles avaient au lieu où elles ont été puisées. 11 est plus rationnel alors d'avoir recours dès l'abord aux eaux de la même classe naturellement froides à leur point d'émergence.
Les eaux minérales chlorurées sodiques pures et fortes se transportent aussi d'autant mieux qu'elles ont une thermalité moins élevée et qu'elles ne contiennent pas une trop grande quantité de gaz acide carbonique en liberté, que le temps, les cahots du voyage, la porosité du bouchon et un embouteillage peu soigné contribuent à altérer. Il n'en est aucune qui soit un exemple plus frappant de ce que nous venons d'avancer que l'eau de la source principale de Bourbon-L'Archambault qui, inodore et d'une saveur peu prononcée à son griffon, s'altère promptement en se refroidissant, et acquiert une odeur et un goût d'hydrogène sulfuré assez prononcés pour la rendre impossible à boire transportée, même sans qu'elle ait quitté la station. De toutes les eaux de cette classe, celles qui s'exportent le mieux sont les eaux de Salies-de-Béarn, qui ne peuvent êti'e employées à l'intérieur que préalablement coupées de bouillon non salé, et cela d'ailleurs à leur source comme au loin. Les eaux de Salins du Jura et de la Tarentaise sont moins chargées de chlorure de sodium, et pourtant l'estomac, qui ne les accepte qu'avec une grande répugnance aux postes où elles émergent, les refuse à peu près toujours quand elles ont été transportées. De même, les eaux de Salies, qui sont une espèce d'eau-mère, jouent leur rôle principal en bains et en lotions. Cette eau naturelle est la plus chargée de toutes les eaux chlorurées de l'Europe. Les eaux trop minéralisées pour être bues par les enfants sont le plus souvent employées à l'extérieur, surtout alors
qu'elles ont produit des eaux mères ou des sels qu'on en a extraits. Les eaux chlorurées fortes de Hombourg, de Kreuznach, de Kissingen, de Nauheim et de Lavey, qui contiennent une plus ou moins grande quantité de gaz acide carbonique, et qui ont ou quinze fois ou une fois moins de principes actifs que les eaux de Salies, de Salins et de Moutiers, s'expédient sur une plus grande échelle qu'elles. Elles sont assez aisément tolérées par les jeunes sujets lymphatiques ou scrofuleux qui ont besoin de suivre une médication interne et externe en même temps, comme ils le font aux stations où émergent des eaux chlorurées sodiques fortes bromo-iodurées dont le goût n'est pas insupportable. Certaines eaux chlorurées faibles, comme celles de Schwalheim, qui contiennent du gaz acide carbonique libre, mais surtout dissous [gehunden) en quantité assez notable (Ivanda) pour que ces eaux en vidange jettent le bouchon après plusieurs heures, sont les plus agréables de toutes les eaux transportées.
Les eaux sulfatées fortes sont toutes froides et peu ou à peine gazeuses : aussi ne perdent-elles d'une façon marquée aucun des avantages qu'elles ont à leur source. Les eaux naturelles transportées de Seidlitz, de Saidcbùtz, de Pùllna, de Friedricshall, d'Ivânda, d'Hunyadi Jânos, d'IIunyadi Lazlô, de Victoria, de François Josef, etc., sont dans ce cas. Seulement, plus que toutes les autres, elles doivent être embouteillées et bouchées avec un soin minutieux, car le moindre brin de paille oublié sur les parois internes des flacons ou des cruchons, la plus petite portion de matière organique soluble dans le bouchon, suffisent pour décomposer ces eaux et faire dégager de l'hydrogène sulfuré provenant de leurs sulfates, ce qui leur donne une odeur et une saveur désagréables que doivent avoir seules les eaux sulfureuses. Les eaux sulfatées calciques, comme celles de Contrexéville, de Yittel, de Martigny, de Capvern, etc., sont aussi généralement athermales, et conservent à distance une portion notable des vertus curatives qu'elles ont à leur point d'émergence.
Les eaux bicarbonatées, crénatées ou sulfatées ferrugineuses, sont froides, si l'on excepte toutefois celles de Szliâcs ; elles sont moins aisément transportées que les eaux sulfatées, mais quelques-unes d'entre elles sont cependant assez fixes pour conserver à peu près les qualités qu'elles ont à leur griffon. Les eaux du Weinbrunnen de Schwalbach, celles d'Orezza, celles de Renlaigue, du Pouhon, de Spa, de Fùred, etc., restent claires jusqu'au dernier verre, et ne laissent pas déposer sur les parois intérieures du vase qui les renferme une certaine quantité d'oxyde de fer, ainsi que le font presque toutes les aulres, qui ne gardent pas, comme celles que nous venons de nommer, toutes leurs vertus, quand elles ont supporté un plus ou moins long voyage. Seulement, à leur point d'origine, il est bien nécessaire de choisir des bouchons parfaitement sains, car leur tannin réagit promptement sur les sels de fer, qui sont décomposés après avoir noirci la partie du bouchon en contact avec l'eau chalybée. Les personnes qui font un grand usage des eaux minérales transportées constatent trop souvent leur altération pour qu'on s'efforce plus qu'on ne le fait à la plupart des stations de choisir avec un soin minutieux des bouchons sans tare. On doit les immerger préalablement dans une certaine quantité d'eau de la souice qu'on veut exporter et veiller avec une attention scrupuleuse au lavage des vases qui vont être remplis. De la remarque générale que nous avons faite et à laquelle nous attachons une certaine importance, à savoir : que l'efficacité des eaux minérales conservées est en raison inverse de leur thermalité à la source, s'ensuit-il rigoureusement qu'on doive abandonner l'usage à distance de toutes
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les sources chaudes? Non, assurément, et les eaux sulfureuses et sulfurées, les €aux chlorurées, sulfatées et ferrugineuses, qui ont un certain degré de thermalité à leur griffon, sont employées tous les jours avec un certain succès loin de leurs sources. Ainsi les eaux à base de soufre, plusieurs eaux lliermales amétallites comme celles des Pyrénées et du Mont-Dorc, par exemple, donnent des résultats qu'il ne faut pas dédaigner dans certaines affections des voies respiratoires après qu'elles ont été artificiellement chauffées en dehors du contact de l'air extérieur, pures ou coupées et édulcorées suivant les circonstances. Nous ferons les mêmes remarques au sujet des eaux chlorurées sodiques fortes naturellement chaudes, comme celles des Nauhcim, et des eaux chlorurées sodiques arsenicales de la Bourboule, qui conservent, loin de leurs sources, une aclion, en boisson surtout, assez manifeste pour que leur usage soit accepté par les médecins qui ne peuvent attendre l'ouverture de la saison chez certaines personnes lymphatiques, scrofulcuses ou herpétiques. Les eaux du Salzbrunncn de Nauhcim et des sources de la Bourboule peuvent être employées à distance, après avoir été préalablement ramenées à leur température native ; mais la fixité des principes qu'elles renferment permet en outre de les prescrire presque toujours sans qu'il soit besoin de les chauffer artificiellement. La thermalité inférieure du Salzbrunnen semble, en effet, placer son eau sur la limite en deçà de laquelle il est permis de penser que le transport n'amène pas une altération assez grande pour empêcher son effet d'être à peu près le même qu'à la source. L'expérience a d'ailleurs démontré que cette conception théorique n'est plus une hypothèse.
Pourquoi les eaux minérales et thermales ne conservent-elles pas toutes leurs vertus à distance ? Pourquoi ne pourrait-on pas les leur rendre après qu'elles ont été transportées? Ces problèmes sont assez intéressants pour exciter l'émulation des chimistes, mais on peut assurer que jusqu'à ce jour leur solution n'a pas été trouvée. En effet, les eaux transportées auxquelles on a communiqué la même chaleur qu'elles ont à leur griffon, n'ont ni la même saveur, ni surtout les mêmes propriétés curatives que les eaux naturelles. Y a-t-il une différence marquée entre la chaleur provenant de certaines combinaisons chimiques ou du milieu où elles ont pris naissance ? Tout semble porter à le croire, sans qu'il soit nécessaire de savoir si la température primitive des eaux est de même nature que la chaleur qui leur est communiquée, si cette chaleur les abandonne dans le même espace de temps, etc. Toutes ces questions sont, en effet, de peu d'importance, s'il est constant, comme cela a été maintes fois constaté, que les eaux thermales et hyper thermales n'ont pas les mêmes vertus curatives, prises ou non à leur source. L'expérience a constamment prouvé que ces mêmes eaux sont d'autant plus efficaces qu'elles sont administrées à leur griffon même et sans qu'il ait fallu les amener de plus ou moins loin aux buvettes, <aux baignoires ou à leurs divers ajutages. Dans ce dernier cas, elles ont perdu une certaine partie de leur puissance, alors même qu'elles sont parfaitement captées, que leur eau est renfermée dans des tuyaux de verre, de porcelaine ou de terre cuite, qu'elles emplissent absolument. Toutes ces précautions ne peuvent empêcher le refroidissement plus ou moins marqué des -eaux naturellement chaudes, et la perte plus ou moins grande de leurs principes volatils et gazeux. Il serait intéressant de rechercher la cause ou les causes de l'altération des eaux thermales qui n'ont pu être utilisées à leur point d'émergence et qu'il a fallu amener à une distance plus ou moins grande pour être
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plus commodément et plus fructueusement exploitées. Cette altération tientelle à un dérangement des molécules intimes de ces eaux en même temps qu'à la perte de leur température native? Cela est possible, probable même, mais nous n'avons pas à nous appesantir sur ce sujet, puisque nous voulons dans cet article, comme nous l'avons toujours fait, rester dans les limites étroites de la pratique hydrologique, en laissant de côté les déductions brillantes, mais trop incertaines, de la théorie de quelques médecins allemands. A. Rotureau.
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EBAIVOS. On donne ce nom, à la Havane, à un bois d'ébénisterie qui paraît avoir du rapport avec le Sandal d'Âcosta. Pl.
EBE.\UPIIV (Eau minérale d'). Athermale, bicarbonatée ferrugineuse faible, carbonique faible. Dans le département de la Loire-Inférieure, dans l'arrondissement et à 4 kilomètres de Nantes, est une station minérale fréquentée seulement par les gens des environs, alimentée par des eaux ferrugineuses froides, si communes partout. Cette eau est limpide et claire quand on a écarté la couche ferrugineuse qui la recouvre dans son bassin. Le papier bleu de tournesol est à peine influencé quand on le met en contact avec elle. Un petit nombre de bulles montent à la superficie du vase dans lequel on la puise. Ces bulles sont constituées par la petite quantité du gaz acide carbonique libre qu'elle contient, et surtout par des gaz atmosphériques. Elle a un goût chalvbé trèssensible, ce qui ne la rend pas très-agréable à boire. Sa température est de 13 degrés centigrade; sa densité est de 1,0097502.
La petite station d'Ebeaupin est constituée surtout par une buvette assez fréquentée, mais elle ne contient aucun établissement de bains ou de douches. MM. Hectot et Ducommun ont publié une analyse chimique de l'eau de la source d'Ebeaupin. Ils ont trouvé dans un litre d'eau les principes suivants :
Bicarbonate de fer 0,064
— mapnésie 0,02i
— chaux 0,006
Chlorure de calcium 0,003
Alumine )
Silice ! 0.022
Matière extractive 0,006
Total des matières fixes 0,123
Gaz acide carbonique 0,106
Les malades puisent eux-mêmes l'eau qu'ils doivent boire après avoir écarté le précipité qui recouvre la couche supérieure de la fontaine. Aussi l'eau minérale ne contient-elle aucune impureté, malgré l'enduit ocracé recouvrant les parois intérieures du bassin naturel qu'elle remplit.
Mode d'admlmstratio.x et doses. Le tableau de l'analyse chimique qu'on trouvera ci-dessus, ainsi que les qualités physiques des eaux d'Ebeaupin, les rapproche singulièrement des eaux d'Évian. Aussi leur mode d'administration, leur dose, leurs effets physiologiques et curatifs, se ressemblent-ils beaucoup. Leur minéralisation peu considérable est cause que la clientèle de cette station, qu'aucun
EBEAUPIN (Eau minérale d'). 799
médecin officiel ou libre ne peut guider, en use suivant ses préjuge's ou ses caprices. Ainsi il n'est pas rare de rencontrer des buveurs qui se croient obligés d'ingérer cliaque matin, et quelquefois coup sur coup, 10 ou 15 verres de l'eau ferrugineuse d'Ebeaupin. Mais ceux qui sont prudents ne doivent en boire que 4 et au plus 5 verres, pris le matin à jeun et de demi-heure en demi-heure. Il est d'habitude aussi de trouver sur toutes les tables des hôtels de la station des vases remplis d'eau minérale que les malades mêlent avec le vin qu'ils consomment aux repas. Il est à espérer que bientôt une division de bains et de douches complétera la station d'Ebeaupin et permettra à ses hôtes de profiter d'une cure complète par les eaux à l'intérieur et à l'extérieur.
Effets physiologiques. Les eaux bicarbonatées ferrugineuses, athermales, à peine gazeuses, d'Ebeaupin, s'assimilent plus aisément que toutes les eaux sulfatées ferrugineuses. Aussi sont-elles moins lourdes à l'estomac et peuvent-elles être supportées à. dose plus considérable sans inconvénient. La petite quantité de gaz acide carbonique libre qu'elles renferment ne détermine pas les accidents cérébraux, les vertiges, par exemple, qu'éprouvent les malades aux buvettes alimentées par des eaux fortement gazeuses. Elles sont toniques, analeptiques, reconstituantes sans être excitantes. Elles ne produisent pas, nous venons de le dire, l'ébriété carbonique. Cet inconvénient, léger ailleurs la plupart du temps, est à regretter peut-être à Ebeaupin. 11 avertirait les buveurs imprudents qui ingèrent cette eau en trop grande abondance et à intervalles trop rapprochés. L'usage interne de ces eaux ne tarde pas à augmenter l'appétit ; mais, au bout de huit ou dix jours et quelquefois à la fin de la cure, il diminue et même il disparaît tout à fait. Cette progression n'existe pas pour les phénomènes observés du côté de l'intestin. Ainsi l'ingestion de cette eau produit, dès les premiers jours, une diminution locale des liquides sécrétés par la fin du tube digestif, et la constipation habituelle aux stations ferrugineuses est si fréquente aux eaux dont nous parlons qu'elle nécessite presque toujours l'emploi des laxatifs ou des purgatifs. Elle active la circulat/on pour finir par la déprimer au contraire ; c'est pour cela qu'il faut se garder de la conseiller aux individus sanguins, et savoir que leur pouls ne renseigne pas sur l'état véritable de leur circulation sanguine quand le traitement minéral est continué depuis un certain temps. Les battements du cœur et des gros vaisseaux sont presque toujours augmentés dans les premiers jours. Ils sont souvent diminués quand les malades consomment les eaux depuis un certain temps.
Effets thérapeutiques. L'eau d'Ebeaupin a une efficacité marquée contre tous les accidents qui reconnaissent pour cause l'existence d'une anémie ou d'une chlorose confirmée. Il en est de même pour ceux qui suivent une hémorrha"ie naturelle provoquée, ou une maladie longue ou grave. L'analyse chimique explique facilement son activité ; toutes les eaux ferrugineuses d'ailleurs rendent les mêmes services qu'elle, et il est inutile d'insister davantage. Cette eau cruérit ou améliore les symptômes consécutifs aux fièvres intermittentes, et on peut se demander si l'eau d'Ebeaupin agit seulement comme ferrugineuse et, à ce titre, a une action purement reconstituante. Il est à ce propos une remarque à faire : c'est que la chimie constate presque toujours que les éléments chalybés coexistent avec les principes arsenicaux. Ces derniers sont utilement prescrits dans les fièvres d'accès et leur suite : leur action curative est donc facile à expliquer; mais il n'est pas possible d'invoquer leur présence dans l'eau d'Ebeaupin, puisque le tableau où nous en avons indiqué l'analyse
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ne fait mention d'aucun élément arsenical. Si cette analyse n'est pas incomplète, force est donc de reconnaître que l'eau d'Ebeaupin n'a d'efficacitc que sur un état général épuisé à la suite d'une fièvre longue qui a profondément déglobulisé le sang et altéi'é les liquides de l'économie tout entière. Ce sont alors les éléments ferrugineux de cette eau qui donnent la clef de son activité en pareille occurrence, sans être aidée par aucun médica pie nt fébrifuge. Ce que nous venons de dire de l'action tonique et reconstituante de l'eau d'Ebeaupin nous dispense d'insister sur les contre-indications, car il saute aux yeux que des eaux qui augmentent les forces et rendent au sang une activité qu'il avait perdue ne peuvent convenir aux pléthoriques ou aux personnes sujettes aux congestions ou aux hémorrhagies actives.
Durée de la. cure. Elle est d'un mois, en général.
On n exporte pas l'eau d'Ebeaupin. Les personnes des environs viennent seulement emplir tous les matins à la fontaine les vases qu'ils doivent consommer aux repas dans la journée. A. Rotureau.
EBEL. Nom donné par quelques auteurs à la semence de la Sauge, par d'autres aux baies de Genièvre. Pl.