‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.31Chapitre 64 sur 67 · DÉCRET DU 28 JANVIER · texte numérisé non relu

DÉCRET DU 28 JANVIER

Titre premier. — Disposition concernant l' inspection médicale et la surveillance des sources et des établissements d'eaux minérales naturelles.

Article premier . — Un médecin inspecteur est attaché à une localité comprenant un ou plusieurs établissements d'eaux minérales naturelles dont l'exploitation est reconnue comme devant donner lieu à une surveillance spéciale, sous la réserve mentionnée dans l'article 5 ci-aprés. Une même inspection peut comprendre plusieurs localités dans sa circonscription, lorsque le service le comporte.

Art. 2. — Dans le cas où les nécessités du service l'exigent, un ou plusieurs médecin peuvent être adjoints au médecin inspecteur, sous le titre d'inspecteurs adjoints, à l'effet de remplacer le titulaire en cas d'absence, de maladie ou de tout autre empêchement.

Art. 3. — Le ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, nomme et révoque les médecins inspecteurs et les médecins in.'=pecteuis adjoints.

Art. 4. — Les inspections médicales sont divisées en trois classes, suivant le revenu de l'ensemble des établissements qui sont compris dans la localité ou la circonscription. La première classe se compose des inspections où ce revenu est de 10 000 francs; la seconde, des inspections où ce revenu est de 5000 francs ; la troisième, des inspections où ce revenu est de 1500 à 5000 francs.

Art. 5. — Au-dessous d'un revenu de 1500 francs, il n'y a pas d'inspecteur spécialement attaché à la localité, et l'inspection médicale consiste dans les visites faites par des inspecteurs envoyés en tournée par le ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, lorsqu'il le juge convenable.

Art. 6. — Le tableau de classement des inspections médicales est arrêté par le ministre. Il est révisé tous les cinq ans, sans préjudice du classement des établissements nouveaux qui seraient ouverts dans l'intervalle.

Art. 7. — Les traitements affectés aux médecins inspecteurs sont réglés ainsi qu'il suit :

Premifre classe 1000

Deuxième classe 800

Troisième classe 600

Art. 8. — I es inspecteurs adjoints ne reçoivent pas de traitement, sauf les cas où ils auraient remplacé le médecin pendant une partie notable de la saison, et dans ce cas il leur sera alloué une indemnité prise sur le traitement de l'inspecteur et fixée par le ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics.

Art. 9. — Pendant la saison des eaux, le médecin inspecteur exerce la surveillance sur toutes les parties de l'établissement affectées à l'administration des eaux et au traitement des malades, ainsi que sur l'exécution des dispositions qui s'y rapportent.

Les dispositions du paragraphe précédent ne peuvent être étendues de manière à restreindre la liberté qu'ont les malades de suivre les prescriptions de leur propre médecin, ou d'être accompagnés par lui, s'ils le demandent, sans préjudice du libre usage des eaux réservé par l'article 15.

Art. 10. — Les inspecteurs ne peuvent rien exiger des malades dont ils ne dirigent pas le traitement, ou auxquels ils ne donnent pas de soins particuliers.

Art. 11. — Ils soignent gratuitement les indigents admis à faire usage des eaux minérales, à moins que ces malades ne soient placés dans des maisons hospitalières où il serait pourvu à leur traitement par les autorités locales.

Art. 12. Les médecins inspecteurs ou inspecteurs adjoints ne peuvent être intéressés

dans aucun des établissements qu'ils sont chargés d'inspecter.

Art. 13. — Lorsque les besoins du service l'exigent, l'administration fait visiter par les ingénieurs des mines les établissements therniaux de leur circonscription.

Les frais des visites spéciales faites par les ingénieurs des mines en dehors de leurs tournées régulières sont imputés sur la somme annuelle fournie par les établissements d'eaux minérales conformément à l'article 18 de la loi du 14 juillet 1856.

Art. 14. — Les médecins inspecteurs et l'ingénieur des mines informent le préfet des contraventions et des infractions aux règlements sur les eaux minérales qui viennent à leur connaissance. Ils proposent, chacun en ce qui le concerne, les mesures dont la nécessité leur est démontrée.

Titre II. — Des conditions générales d'ordre, de police et de salubrité, auxquelles les établissements d'eaux minérales naturelles doivent satisfaire.

Art. 15. — L'usage des eaux n'est subordonné à aucune permission ni à aucune ordonnance de médecin.

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Art. 16, — Dans tous les cas où les besoins du service l'exigent, des règlements arrêtés par le préfet, les propriétaires, régisseurs ou fermiers préalablement entendus, déterminent les mesures qui ont pour objet :

La salubrité des cabinets , bains , douches , piscines , et en général de tous les locaux affectés à l'administration des eaux ;

Le libre usage des eaux ;

L'exclusion de toute préférence dans les heures pour les bains et douches ;

L'égalité des prix, sauf les réductions qui peuvent être accordées aux indigents ;

La protection particulière due aux malades;

Les mesures d'ordre et de police à observer par le public , soit à l'intérieur , soit aux abords;

La séparation des sexes.

Art. 17. — Ces règlements restent affichés dans l'intérieur de l'établissement et sont obligatoires pour les personnes qui le fréquentent, aussi bien que pour les propriétaires, régisseurs ou fermiers, et pour les employés du service.

Les inspecteurs ont le droit de requérir, sauf recours au préfet, le renvoi des employés qui refuseraient de se conformer aux règlements.

Art. 18. — Un mois avant l'ouverture de chaque saison, les propriétaires, régisseurs ou fermiers des établissements d'eaux minérales, envoient au préfet le tarif détaillé des prix ■correspondant aux modes divers suivant lesquels les eaux sont administrées et des accessoires qui en dépendent.

Il ne peut y être apporté aucun changement pendant la saison.

Sous aucun préiexte, il n'est exigé ou perçu aucun prix supérieur au tarif ni aucune somme en dehors du tarit pour l'emploi des eaux.

Art. 19. — Le tarif prévu à l'article précédent est constamment affiché à la porte principale et dans l'intérieur de l'établissement.

Art. 20. — A l'issue de la saison des eaux, le propriétaire, régisseur ou fermier de •chaque établissement d'eaux minérales, remet au médecin inspecteur et, à son défaut, au préfet, un état portant le nombre des personnes qui ont fréquenté l'établissement. Cet état est envoyé avec les observations du médecin inspecteur au ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics.

Art. 21. — Les propriétaires, régisseurs ou fermiers, sont tenus de donner le libre accès des sources à tous les fonctionnaires délégués par le ministre ; ils leur fournissent les renseignements nécessaires à l'accomplissement de la mission qui leur est confiée.

Titre III. — Des bases et du mode de répartition des frais de l'inspection me'dicale, et de la surveillance des établissements d'eaux ininérales naturelles.

Art. 22. — Tous les ans, il est inscrit au budget du ministère de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, une somme égale au montant total des traitements des inspecteurs attachés aux différentes localités d'eaux minérales; il y est ajouté une somme •qui n'excède pas 10 pour 100 de ce montant, afin de couvrir les frais généraux d'inspection •et de surveillance.

Une somme égale est inscrite au budget des recettes.

Art. 23. — La répartition entre les établissements de la somme portée au budget, et le ■recouvrement, ont lieu suivant les bases et conformément au mode qui sont indiqués dans ■les articles ci-après :

Art. 24. — A la fin de chaque année , les propriétaires , régisseurs ou fermiers des établissements d'eaux minérales naturelles, adressent au préfet les états des produits et des dépenses de leurs établissements pendant l'année.

Les articles suivants fixent les bases d'après lesquelles se déterminent l'état des recettes et celui des dépenses et les obligations des propriétaires à cet égard.

Dans le cas où les propriétaires, régisseurs ou fermiers n'auraient pas adressé le 51 janvier ^u préfet, conformément à l'article 24 ci-dessus, les états des produits ou des dépenses de "leurs établissements, la commission (nommée par le préfet) procède d'office à leur égard (article 29).

Art. 33. — L'arrêté du ministre peut être déféré au conseil d'État par la voie contentieuse.

Titre IV. — Dispositions générales et transitoires.

Art. 34. — Les dispositions de l'ordonnance royale du 18 juin 1825 qui ne sont pas contraires à celles du présent règlement continuent à recevoir leur pleine et entière •exécution.

Art. 35. — Le classement prévu par l'article 4 aura lieu, pour la première fois, confor-mément au revenu des établissements compris dans chaque inspection, tel qu'il aura été

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«tabli pour l'année 1860, et ce classement continuera d'être en vigueur jusqu'au 51 décembre ■1865.

L'Assemblée nationale, dans sa session de 1871 (50 mai), a discuté une proposition de loi sur Vhispectorat des eaux minérales de France, présentée par MM. Parent, Silva, Costa de Beauregard, Duparc, Taberlet, Guinard et Guitter.

Considérant, disaient les auteurs de cette proposition, que le décret du 28 janvier 1860 a confié l'inspection médicale et la surveillance des sources et des établissements d'eaux minérales naturelles à un médecin-inspecteur à la nomination du ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics (article 3) ;

Considérant qu'en substituant à cette organisation une commission médicale composée de tous les médecins opérant depuis un an auprès de la source et pourvus d'un diplôme régulier, on fait à la pratique hydro-minérale l'application des principes des sociétés modernes, et on tend à la fois à unir les cœurs par l'égalité des droits, à enrichir la science par la mise en œuvre de toutes les capacités, à affermir la marche administrative par la convergence des avis;

Considérant que, tout en opérant une centralisation désirée et déjà expérimentée, ce projet sauvegarde tous les droits du propriétaire et de l'administration centrale, car il se réduit à substituer une collectivité médicale à un inspecteur unique ;

Considérant qu'il y a urgence de pourvoir, avant l'ouverture réelle des saisons thermales,

Article premier. — Les attributions dévolues par le décret du 28 janvier 18C0 aux inspecteurs médecins locaux seront transmises sur la demande du conseil général du département, ou d'office, par simple arrêté ministériel, à des commissions médicales d'inspection, qui seront composées de droit de tous les médecins pourvus du diplôme régulier et exerçant •depuis une année près des sources.

Art. 2. — Ces commissions se conformeront d'ailleurs au décret du 28 janvier 1860, aux lois en vigueur et aux règlements locaux qui seront arrêtés avec leur intervention, celle du Conseil municipal, du propriétaire de la source ou de son représentant légal, et approuvés (par le ministre compétent.

Art. 3. — Sont maintenues toutes les autres dispositions du décret du 28 janvier 1860.

Un rapport sommaire fut fait à l'Assemblée nationale de 1872 par M. Talion lui-même, définissant ainsi la pensée du projet :

1° Donner à l'exploitation, à la vente et à l'usage des eaux minérales, une liberté absolue ;

2° Supprimer l'inspection médicale actuellement instituée auprès des établissements thermaux, et transférer à l'autorité préfectorale le soin de faire les règlements particuliers qu'exigeraient les besoins du service dans ces établissements ;

5» Abroger les articles 7, 8 et 9, de la loi du 14 juillet4856, qui imposent certaines charges -aux propriétaires des sources déclarées d'utilité publique.

Après un historique détaillé, venant aux arrêtés du Directoire (25 vendémiaire an VI et 29 lloréal an VII), et surtout au décret impérial du 28 janvier 1860, voici comment il s'exprime à l'égard de V Inspectorat :

Il n'est pas douteux que, suivant le degré d'activité, d'esprit progressif, de capacité de l'inspecteur, selon la confiance dont il jouit, les établissements thermaux soumis à sa direction prospéreront ou péricliteront. L'incurie, l'apathie, le mauvais vouloir d'un seul homme, on en pourrait citer des exemples, peuvent, en éloignant les visiteurs, frapper de mort l'élan vital de toute une station, ce qui serait une injustice vis-à-vis des industriels, une inégalité entre les membres du corps médical, un embarras pour les malades qui désirent, ■eux aussi, secouer le joug du privilège.

Des réformes profondes doivent donc être apportées dans l'inspection hydrologique. Doiton aller toutefois, comme le demande .^l. Parent, jusqu'à son entière suppression?

On commettrait une grave erreur scientifique en témoignant une trop grande confiance dans l'innocuité des eaux minérales. Par là même que ces eaux ont dans leurs propriétés une virtualité bienfaisante, leur consommation imprudente présente parfois de sérieux dangers. Dans plusieurs stations thermales, à Vichy notamment, on a relevé les nombreux cas d'accidents et même de mort survenus, par l'effet de l'ingestion intempestive des eaux de certaines sources. Sans nous appesantir sur les réflexions que suggérerait cette statistique . funèbre, nous pouvons du moins en tirer une preuve manifeste en faveur de la surveillance médicale.

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Cotte surveillance est nécessaire aussi pour la vérification de la provenance des nombreuses expéditions d'eaux en caisses, dont le commerce a pris, depuis quelques années, un développement si considérable ; l'usage des eaux minérales en boisson de table est tellement entré dans la consommation générale qu'un certain nombre de bassins, Vichy, Vais, Saint- Galmier, en expédient plusieurs millions de bouteilles chaque année. Ces expéditions ne doivent-elles pas, au moins pour les eaux ayant des propriétés médicinales d'une efficacité constatée, rester assujetties au contrôle de la science?

Tout en reconnaissant donc la nécessité de supprimer l'inspectorat tel que l'ont constitué l'ordonnance de 1823 et le décret de 1860, on a à se demander s'il n'est pas nécessaire d'organiser la surveillance et la direction des stations thermales sur des bases nouvelles. Nous ne voudrions pas, quant à nous, d'une réglementation qui ferait intervenir, comme le demande l'article 2 de la proposition de M. Parent, l'autorité préfectorale dans la police des établissements thermaux; nous sommes trop soucieux, pour nous engager dans cette voie, de l'indépendance et de la dignité des propriétaires; nous ne voudrions pas voir renaître les abus de la pression administrative, même dans la limite restreinte des intérêts sur lesquels elle pourrait agir. L'Assemblée nationale elle-même, qui s'est honorée en inscrivant dans la loi du 10 août les vrais principes et les traditions séculaires de la décentralisation, ne voudrait pas porter à son œuvre une atteinte qui en ébranlerait les fondements. Mais les moyens ne manquent pas pour continuer simplement et logiquement l'inspection médicale dans les villes d'eaux; les pays voisins nous en offrent l'exemple; en Italie notamment, tous les médecins exerçant depuis plus d'une année dans une station thermale sont appelés à concourir à la surveillance des établissements. On pourrait aussi confier en France au corps médical : le soin d'organiser, de concert avec les exploitants et les municipalités, l'inspection et le contrôle dans chaque station thermale : ce serait là une sage conciliation des droits respectifs des malades, des médecins et des industriels.

A côté de la question de la police des eaux qui touche aux intérêts du public et de la consommation générale, se présente naturellement la question non moins grave des droits du propriétaire des sources.

Le rapporteur rappelle à cet égard les dispositions de la loi du 14 juillet 1856. Ainsi, en étudiant son économie, on reconnaît que, d'une part, elle offre des avantages considérables aux propriétaires des sources déclarées d'utilité publique, notamment : la fixation d'un périmètre de protection, l'interdiction aux voisins de tout sondage préjudiciable, le droit de conduire à travers les terrains limitrophes et d'y opérer, sans indemnité, les fouilles nécessaires. En échange de ces avantages, la même loi impose des obligations au propriétaire : il ne peut spécialement pratiquer des recherches ou faire des travaux sur son propre terrain sans les annoncer par une déclaration préalable déposée un mois avant lem^ exécution. Un des membres de la Commission, M. Parent, protestait contre ces exigences du législateur et se plaignait des conditions imposées à l'exploitant ou au propriétaire comme d'une atteinte à la liberté. Il allait jusqu'à demander la suppression des articles 6, 8 et 9, de la loi de 1856. Cette opinion a soulevé des critiques au sein de la Commission où l'on a fait ressortir avec force l'importance d'une des richesses nationales, tout en reconnaissant qu'il y aurait lieu d'opérer dans la police des eaux certaines réformes dont la nécessité n'est pas déniée. « Quant aux modifications législatives concernant la propriété dessources, on estime, disait-on dans la Commission, qu'il serait d'autant plus intempestif de les provoquer qu'elles froissent des intérêts considérables et éveillent des susceptibilités prêtes à la défense. La législation de 1856 est d'ailleurs loin d'être précisée, elle n'a pas même encore reçu la consécration bieu complète de l'expérience; il y aurait inopportunité et témérité même à déplacer une seule pierre d'un édifice à peine construit ; on y jetterait inévitablement le désordre et la ruine ». Cette opinion n'a cependant pas réuni l'unanimité au sein de la Commission ; quelques-uns de ses membres se sont élevés contre les servitudes imposées aux propriétés environnant les sources. Celle notamment

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qui oblige le voisin à laisser fouiller son sol sans indemnité est la négation des principes sacrés du droit de propriété. Cette charge constitue une infraction aussi malencontreuse que difficile à justifier, car elle est contraire aux règles dictées en matière de déclaration d'utilité publique par la loi de 1841 complétée le 27 juillet 1870 sur l'expropriation. En vain on alléguerait, comme le rapporteur de la loi de 1856, que le voisinage même et l'édification des établissements thermaux confèrent une plus-value considérable aux terrains contigus ; cet avantage devient le plus souvent illusoire, soit que les servitudes dont ces terrains sont grevés en paralysent la réalisation, soit que les propriétés voisines aient été achetées à une époque où on a pu escompter déjà la plus-value qu'elles devaient acquérir.

Il n'entre pas, on le conçoit, dans le cadre de cet article, de démontrer, après les hommes les plus compétents, l'extrême variété et la supériorité médicale des richesses hydrologiques indigènes. 11 nous suffit, au point de vue spécial oià nous nous sommes placé, de faire toucher du doigt l'intérêt vital qui se rattache à ces délicates questions, pour mettre en relief les avantages que nous retirerions à adapter au pkis tôt notre législation à des besoins nouveaux créés par le temps et les circonstances.

Ces diverses considérations affirment péremptoirement l'impérieuse nécessité de réviser nos lois sur la matière, pour qu'elles puissent, en se dégageant des entraves qui en paralyseraient l'accomplissement, réaliser toutes les espérances et favoriser les progrès de l'avenir.

Efforçons-nous donc d'asseoir les dispositions législatives destinées à régir la Ibrtunc hydrominérale de la France sur les bases les plus larges et les plus libérales. Nous ne devons jamais cependant manquer à la sollicitude qu'à toute époque le législateur a témoignée à la santé publique.

Telle est l'œuvre que les études d'une commission spéciale pourront utilement accomplir, c'est avec cette confiance qiie la 12*^ Commission d'initiative parlementaire invitait l'Assemblée nationale à prendre en considération la proposition de l'honorable M. Parent.

Arrivons maintenant aux discussions plus récentes devant les Chambres.

Dans la session de 1882, le Gouvernement présenta aux deux Chambres un projet de loi existant, adopté dans la séance du 26 juin par la Chambre des députés et sur lequel un rapport a été fait au Sénat en décembre de la même année par M. Parent, alors entré dans la haute Assemblée. Voici le projet :

Article premier. — L'emploi de médecin inspecteur des établissements d'eaux minérales naturelles ne dorne droit à aucune rétribution, soit de la pai't de l'État, soit de la part des propriétaires de ces établissement?.

Art. 2. — Sont abrogées toutes les dispositions législatives contraires à la présente loi, notamment l'article 18, titre III, de la loi du 14 juillet 1856, et les articles 22 à 53 inclusivement du décret du 28 janvier ISOO rendu pour l'exécution de ladite loi.

La Commission, tout en regrettant que le Gouvernement n'eût pas soumis aux Chambres un projet plus complet de réorganisation des eaux minérales, a conclu à l'adoption du projet, lequel en effet a été voté par le Sénat.

Nous n'avons point exposé les motifs des lois et décrets de 1853 à 1856 parce qu'on les trouvera dans les suppléments de nos 2*= et 3" vol., Des principales eaux minérales de l'Europe, et qu'ils eussent rendu plus long un article déjà trop chargé peut-être. Qu'il nous soit permis néanmoins de dire nos impressions aussi brièvement que possible sur les lois et les considérations qui les

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accompagnent, et surtout sur le projet de notre confrère M. le docteur Parent, ainsi que sur le rapport de M. Talion, le recommandant aux suffrages de ses collègues qui ont adopté ce projet.

Il nous semble cependant que les arguments que ces deux le'gislateurs invoquent ne sont pas exempts de tout reproche, et il nous paraît qu'ils ont fait erreur sur la qualité des personnes qu'ils supposent être intéressantes au premier chef. Ils admettent, l'un et l'autre, le principe que les propriétaires des sources doivent être protégés avant tout, et ((ue leurs intérêts doivent primer tous autres. L'action commerciale, pour ainsi dire, est l'action principale, et la réussite d'une station thermo-minérale, au point de vue des localités, doit être placée en première ligne. Nous croyons que c'est partir d'un principe faux et que, au lieu d'être au premier rang, cette considération, importante assurément, devrait être secondaire. Les particuliers, les gérants ou les compagnies qui exploitent ou aiferment les établissements thermo-minéraux, sont les éléments qui doivent occuper le dernier plan. Avant eux, avant même l'intérêt respectable des localités où émergent les eaux, nous plaçons, nous, surtout Vintérêt des malades. Nous dirons aussi notre pensée sur l'opportunité de l'inspection médicale, puisque la Commission de la Chambre des députés, en 1872, a bien voulu nous demander, par l'entremise de son président, M. Truelle, notre opinion sur la valeur de l'inslitiilion des médecins inspecteurs des établissements thermaux de France défendus depuis à la Commission de révision du ministère de Commerce en 1883, par M. le docteur Tillot, de Luxeuil.

1° Intérêt des localités oii émergent les eaux thermo-minérales. Disons d'abord que l'Académie de médecine, originairement créée pour renseigner le Gouvernement sur la valeur des eaux minérales, dont on lui envoyait les échantillons pour les faire analyser dans son laboratoire, et dire, en séance, son opinion sur leur valeur thérapeutique, a singulièrement étendu ses attributions. En effet, ce corps savant a chargé un de ses membres de lui faire des rapports sommaires pour l'édifier sur la valeur ou l'insuffisance des sources dont on lui envoyait les eaux. Quelle est la tâche du rapporteur? Savoir si le captage des eaux a été fait dans de bonnes conditions et, de plus, si les eaux analysées contiennent des principes volatils, gazeux ou fixes, qui permettent d'admettre ces mêmes eaux dans les eaux minéralisées. De cette façon les rapporteurs qui se succèdent périodiquement à la tribune de l'Académie, quand tout ordre du jour ■chôme ou que le ministre lui envoie une lettre de rappel, concluent invariablement : Les eaux de la source dont nous venons de vous donner un aperçu sommaire doivent ou ne doivent pas être autorisées pour l'usage thérapeutique.

Cette façon de procéder nous paraît être complètement insuffisante, si elle n'est dangereuse. Nous nous expliquons. Pour être mieux compris, nous partons de ce principe que, au lieu de favoriser l'exploitation de nouvelles eaux minérales ou thermales en France, il faudrait limiter, au contraire, les stations où elles sont exploitées. Notre pays est un de ceux où émergent les eaux thermominérales les plus utiles à la santé publique ; mais nous n'hésitons pas à dire qu'il n'y a probablement pas de contrée où il y ait plus souvent des eaux similaires qui se nuisent les unes aux autres. 11 n'est pas de pays non plus où il y ait un plus grand nombre de sources minérales ou thermales qui n'oat, par leur •chaleur native et leur minéralisation, rien qui les distingue assez pour les mettre hors de pair, ou seulement même leur donner une place assez grande en hydrologie. La station qu'elles alimenteront doit pouvoir sortir de la moyenne et

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servir aux malades en ne ruinant pas ceux qui seront assez naïfs pour les exploiter à grands frais. Nous savons bien que les commissions académiques se désintéressent très-volontiers de tout ce qu'il y a d'aléatoire et de mercantile dans l'exploitation des eaux minérales. Nous ne pouvons nous empêcher de le déplorer et nous voudrions que l'Académie de médecine eût un autre rôle et que la tolérance ne conduisît pas tous les ans à des frais des propriétaires, des gérants ou des compagnies, que sa commission hydrologique eût pu si facilement éclairer ,par des conclusions plus justement sévères. Il y a à cet égard quelque chose à faire, et nous le signalons en passant.

2° Intérêt des malades. L'intérêt des malades a été pour tous les législateurs la dernière des préoccupations ; pour nous, c'est la première. Nous n'envisageons que subsidiairement le bénéfice que pourra trouver le propriétaire d'une source et, à plus forte raison, le directeur d'un établissement minéro-lhermal. Il n'y a réellement d'intéressant que celui qui quitte ses affaires, sa famille et même quelquefois son pays, pour aller chercher aux sources la santé qu'il a perdue. Nous savons que ces malades sont en général difficiles, et qu'ils sont rarement contents des bénéfices qu'ils éprouvent aux stations thermo-minérales.

Mais enfin, quelque grandes que soient leurs exigences, notre sollicitude ne peut un instant hésiter entre leurs intérêts et les bénéfices de la station thermale. Le problème serait en effet renversé, car, pour nous, une eau minérale n'est utile qu'autant qu'elle a une valeur curative sérieuse ou supérieure à celle de toutes ses congénères. Le législateur, il faut bien le reconnaître, s'est placé à un point de vue tout différent. Pour lui, une station qui réussit le mieux, non pas par les résultats curatifs, mais par la riche et nombreuse clientèle qu'elle attire, les casinos qu'elle ouvre, les fêtes qu'elle donne, est celle qui mérite avant tout d'êtie encouragée. Nous ne pouvons véritablement pas accepter cette évaluation budgétaire. Encore une fois, une eau minérale n'est et ne doit être intéressante qu'à la condition exclusive qu'elle guérit ou soulage, et non parce qu'elle est d'un bon rapport pour les populations qui habitent la station ou en sont voisines.

Le principe doit être, en un mot : l'eau est pour les malades, et non pour les habitants, toujours prêts à exploiter ceux qui viennent s'y guérir ou tâcher d'y atténuer leurs souffrances. Trop de spéculateurs, et pas assez d'effets curatifs.

3" Inspection médicale. L'intérêt bien entendu des hôtes des stations thermales conduit au chapitre de l'inspection des sources et des établissements d'eaux minérales. Nous ne comprenons, en effet, que l'avantage pour les malades dans la question que nous agitons, et nous repoussons loin de nous et de l'hydrologie médicale les considérations mesquines qui ont trop souvent présidé à la révocation ou au choix des inspecteurs anciens et nouveaux. Us ont été parfois renvoyés sans que l'autorité ait pu réellement s'appuyer sur une administration défectueuse des eaux et de leurs établissements. Leur nomination doit être basée non sur une capacité politique, mais toujours sur une valeur médicale éprouvée. Ce précepte, qui semble puéril, a cependant grand besoin d'être rappelé aux divers gouvernements qui se succèdent en France.

Nous admettons aisément que les représentants du gouvernement, quel que soit leur titre, ne se conduisent pas en ennemis. Il n'est pas possible qu'ils émargent et combattent une administration dont ils sont pourtant les salariés ; mais il ne s'ensuit pas pour nous que les hauts fonctionnaires de l'État aient le droit de destituer des inspecteurs qui ne font pas de politique. Il ne faut pas en

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effet qu'un inspecteur soit réduit à devenir un courtier électoral sans avoir d'autre mérite hydrominéral. Comment remédier à des errements si préjudiciables au développement de nos postes thermaux? Gomment s'opposer à une pression administrative si dissolvante et si inutile? 11 n'y a qu'un moyen, celui de retirer à l'administration des nominations qui doivent rester exclusivement médicales.

Pour cela, il faut remanier l'inspection des sources et des stations minérales.

Il faut la faire libre et indépendante, tout en restant soumise à un contrôle, qui l'assujettise à une discipline nécessaire.

Le moment est venu d'exposer les idées que nous avons exprimées devant la Commission législative nommée par l'Assemblée nationale en 1872, quoique ces idées aient été reproduites dans une partie de la presse médicale et hydrologique de cette époque. Nombre de médecins, députés ou sénateurs, les partagent d'ailleurs maintenant et sont venus à plusieurs reprises nous assurer de leur adhésion.

Posons à cet égard les principes qui nous ont guidé et disons :

i" Que l'État n'a pas de finances assez prospères pour qu'on puisse lui demander de nouveaux sacrifices ;

2° Qu'aucun établissement thermal ne doit être exploité sans une autorisation préalable de l'administration;

o" Que cette administration n'accordera d'autorisation qu'à de certaines conditions ;

4" Que les inspecteurs devront résider à Paris et ne pourront faire dans aucun cas de clientèle dans les établissements qu'ils seront chargés de visiter ;

5° Qu'ils dépendront d'un ministère et non d'une compagnie savante instituée comme surveillaate des services d'eaux minérales;

6° Que la direction générale des eaux minérales doit être supprimée ;

7" Que les inspecteurs seront affectés à toute une contrée et non à un poste unique ;

Ces inspecteurs seront dits régionaux et seront payés par l'Etat, qui recevra directemeni; des propriétaires, fermiers ou Compagnies en possession des sources, les fonds nécessaires pour le couvrir de cette dépense;

8° Que les inspecteurs régionaux ne seront choisis que parmi les anciens inspecteurs des sources ayant rendu depuis longtemps des services quelquefois

gratuits.

Nous espérons démontrer en quelques lignes que toutes les conditions que nous venons d'énumérer sont pratiques, et que les stations thermales n'auront qu'à se louer de leur application.

Il importe avant tout que la création des inspecteurs régionaux ne soit pas une charge nouvelle pour l'État.

Il faut, pour cela, que le ministre qui a la haute main sur les eaux minérales n'autorise leurs possesseurs ou ceux qui les afferment ou les exploitent qu'à la condition d'une redevance préalable qu'établira un règlement spécial. Tout propriétaire ou fermier qui ne s'engagera pas à payer cette redevance sera déchu de plein droit de sa concession. 11 est possible, probable même, que plusieurs établissements minéraux ne pourront pas compter sur des profits tels qu'ils puissent indemniser convenablement un inspecteur régional, mais, si un seul inspecteur spécial suffit actuellement pour visiter et surveiller plusieurs stations minérales voisines les unes des autres, combien ne sera-t-il pas plus

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aisé à un inspecteur fonctionnaire de l'État et ne relevant que de lui de surveiller utilement plusieurs établissements d'une même conlrée ! L'inspecteur général recevra son indemnité de l'Etat, sera sur par conséquent de toucher ses émoluments comme les autres fonctionnaires publics, et ne sera plus soumis à la bonne volonté ou au caprice des concessionnaires ou propriétaires, qui si souvent oubliaient volontairement de payer la redevance inspectoralc.

L'État devra tenir compte des frais de déplacement des nouveaux inspecteurs qui ne dirigeront plus de malades dans leur cure thermale. Ces inspecteurs, en effet, devront habiter Paris d'où ils partiront pour les stations de leur ressort, dès que le ministre leur en donnera l'ordre. Ils arriveront inopinément pour faire cesser les abus dépendant du captage, de l'aménagement insuffisant des sources, de l'administration défectueuse des eaux ou de toute autre cause, du mauvais fonctionnement de l'établissement thermal. On voit par ces détails sommaires combien les fonctions des inspecteurs régionaux les rapprocheront de celles des inspecteurs des iinances.

Ces derniers rendent de grands services en allant visiter tout à coup les bureaux de certains agents, si élevés qu'ils soient, de notre administration tinaucière. Nous omettons à dessein d'indiquer ici si l'Etal doit recruter ses inspecteurs thermaux comme ses inspecteurs des Iinances, en établissant un concours qui diminuerait les chances de favoritisme, et augmenterait la capacité de ces nouveaux fonctionnaires.

Les établissements thermo-minérjux ne seront exploités qu'après en avoir reçu l'autorisation du ministre compétent. 11 n'accordera cette autorisation qu'après les rapports de l'inspecteur des Mines et de l'inspecteur médical, dans la circonscription desquelles se trouvera rétablissenienl. L'Académie de médecine n'aura plus besoin d'être consultée. Elle était pouiiant insliluée à sa création dans ce but spécial, elle n'a plus aujourd'hui en cette matière l'autoiité dont jouirait même une simple réunion de médecins ayant dirigé leurs éluJes vers les connaissances hydrologiques.

Les inspecteurs régionaux auront pour chefs directs le ministre ou un de ses délégués qui centraliseront le service de toutes les eaux minérales de France, dont l'inspecteur régional n'aura qu'une contrée à visiter. Le ministre ou son délégué rempliront les fonctions aujourd'hui attribuées à l'inspecteur général des services sanitaires. Ce dernier n'aura plus dans ses attributions les eaux minérales, et sera tout entier occupé des épidémies et des exigences qu'elles comportent.

Les inspecteurs régionaux seront sous la dépendance directe de leur ministre ou de son délégué plutôt que d'une administration médicale installée comme surveillante générale du service des eaux minérales. De cette laçon, leurs fonctions seront plus faciles.

Si une plainte est adressée, si les propriétaires, les fermiers, les régisseurs ou les médecins attachés aux sources, réclament l'assistance du pouvoir central, le ministre ou son délégué avertira l'inspecteur régional, qui doit se rendre immédiatement à la station indiquée pour y veiller à la stricte application des règlements.

Comme conséquence naturelle de ce que nous venons de dire, la direction générale des eaux minérales, étant inutile, devra être supprmiée, les frais qu'elle occasionne seront attribués à la création nouvelle des inspecteurs régionaux.

Un coup d'oeil jeté sur une carte de France, où est indiqué le jaillissement

670 EAUX MINÉRALES (Législation).

des sources minérales, suffit pour démontrer les points déterminés et peu nombreux de l'émergence de ces sources. Ainsi, on ne trouve à l'ouest et au nord de la France qu'un très-petit nombre de groupes minéraux, dont l'eau de Bagnoles de l'Orne, est pour l'ouest le principal type. Nous négligeons de parler de quelques sources ferrugineuses comme celles de Chàteau-Gontier, se rencontrant dans tous les départements de notre pays. Dans le nord, deux stutions minérales importantes sont à signaler : celles de Saint-Amand et de Forges, de la Seine-Inlérieure.

Dans le centre de la France l'émergence d'eaux minérales est relativement peu considérable, mais elles sont très-importantes : il suffit de citer, pour s'en convaincre, Néris et surtout Vichy.

Il faut arriver aux régions de l'est et du midi pour rencontrer un grand nombre de stations minérales et thermales dont Contrexéville, Vittel et Bonrbonne-les-Bains, sont les plus importantes à l'Est. Celles des Eaux-Bonnes, de Cauterets, de Bagnères-de-Luchon, etc., sont les pi^emières de celles du groupe du Midi.

Il sera aisé de choisir une ou plusieurs de ces sources et des établissements bâtis près d'elles comme l'oimant les attributions de l'inspecteur régional qui devra les visiter et veiller à leur fonctionnement régulier. Ces inspecteurs devront surtout être affectés au groupe des eaux du midi, de l'est et du centre de la France, principalement fréquentés par les malades affectés de lésions au traitement desquelles convient une cure minérale ou thermale.

Là en effet où les établissements sont très-importants, la redevance exigée des propriétaires ou concessionnaires sera plus facilement perçue que partout ailleurs. Ce sera pour le gouvernement une nouvelle occasion d'affermer toutes les stations minérales ou thermales dont il est propriétaire, et de ne plus avoir en régie directe des sources et des établissements qui ne pourraient être utilement inspectés par des médecins qu'il nommerait et qu'il aurait sous sa domination plus ou moins immédiate. 11 n'est pas besoin d'insister davantage sur ce point, car nous savons que les divers pouvoirs publics ont à présent tous une opinion qui est depuis longtemps la nôtre, et qui remonte aux premières visites que nous avons faites aux établissements thermaux de la France.

Les inspecteurs régionaux ne pourront d'abord être choisis par l'autorité que sur une liste des anciens inspecteurs ou médecins attachés aux sources qui se sont fait depuis longtemps connaître par les services qu'ils ont rendus. Tout autre mode de choix sera étudié et arrêté ultérieurement. De cette façon, les inspecteurs et les médecins qui exercent actuellement aux eaux ne seront pas renvoyés sans une juste compensation de leurs services, et les bureaux du ministère ne seront pas tentés de faire des choix politiques au lieu d'être médicaux. En un mot, ce qui convient pour présider à ces nominations, c'est la saine a|)préciation des études hydro-minérales antérieures et des facultés administratives des candidats. Nous avons trop de fois constaté que quelques-uns n'avaient pas une capacité hydrologique suffisante, et nous souhaitons que dorénavant leur nomination soit subordonnée aux règles du droit et de l'équité scientifique la plus élémentaire.

Si nous avons été bien compris et si les choix sont consciencieusement faits, les fonctions d'inspecteur régional seront une récompense qui couronnera une vie d'intelligence, de labeur, d'honorabilité et d'impartiale probité. Le poste d'inspecteur régional doit être convenablement rétribué et bénéficier de sa

bonne réputation, de façon à attirer les médecins honorables et à en éloigner ceux dont le caractère ne pourrait l'ehausser ces fonctions. Les cadres des nouveaux inspecteurs régionaux, primitivement constitués avec les inspecteurs spéciaux actuels, seront probablement renouvelés ensuite au concours, au fur et à mesure des vacances qui se produiront. Le mode de recrutement est d'ailleurs pour le moment une question secondaire que nous n'indiquons que pour mémoire.

Nous avons exposé, en évitant les explications détaillées, aussi rapidement que nous y obligeait le cadre forcément restreint de cet article, les principaux desiderata qui existent à notre avis dans la législation des eaux minérales.

La question de modification des lois et règlements actuellement en vigueur, dans quelque sens qu'on la résolve, mérite vraiment d'arrêter un instant l'attention des pouvoirs publics. Il importe avant tout, et c'est là ce que nous avons essayé de faire, de fixer dès aujourd'hui les éléments de la discussion et les points fondamentaux sur lesquels elle devra porter.

Nous serons heureux, si notre longue expérience, pratique de cette matière a pu nous faire entrevoir la vérité, et si nous avons contribué pour une modeste part à la refonte, que nous espérons prochaine, de la législation française des eaus. minérales. A. Rotureau.

EAUX mii^iÊRALES ARTIFICIELLES. On appelle eaux minérales artificielles une dissolution dans l'eau ordinaire des principes fixes contenus dans l'eau minérale qu'on veut imiter complètement, ou au moins de la partie prédominante de ces principes. On cherche encore dans la plupart des cas à former ou introduire dans ces solutions les gaz qui sont contenus ou libres dans l'espèce d'eau minérale qu'on veut artificiellement reproduire. Cette définition fait comprendre combien les eaux minérales factices diffèrent des eaux minérales naturelles. Ainsi, sans parler de la température de ces dernières, il est une foule de matières fixes et gazeuses, trouvées ou non trouvées par les analyses chimiques les plus minutieuses, qui ne peuvent donner aux eaux artificielles les propriétés physiologiques et surtout thérapeutiques des eaux minérales naturelles. Nous omettons à dessein les substances glaireuses ou bitumineuses en dissolution dans les eaux sulfureuses et sulfurées, ou dans celles qui parcourent des terrains volcaniques ou en émergent, car ces éléments ne peuvent jamais être introduits avec succès dans les eaux artificielles. Ce qu'on substitue le mieux dans ces dernières, c'est le gaz acide carbonique fabriqué ou naturel, et, à cet égard, il est deux observations importantes à faire. Les eaux minérales avec addition d'acide carbonique sont ou naturelles ou artificielles, c'est-à-dire que, comme celles de Saint-Alban, d'Apollinaris et de plusieurs stations de l'Auvergne, elles sont telles qu'on les recueille aux sources ; mais, pour leur conserver leur limpidité et leur état gazeux à distance, on les sursature du gaz naturel qui se dégage des sources et qui, recueilli sous un gazomètre, sert à être introduit dans les bouteilles emplies d'eau minérale {voy. Saint-Alban et plusieurs autres sources naturelles). Nous renvoyons à l'article Gazogène, où nous avons donné les détails des appareils qui conviennent à la fabrication des eaux factices, auxquelles les gaz acide carbonique, hydrogène sulfuré ou carboné, azote, communiquent leurs qualités physiologiques ou curatives.

Nous avons donc à insister ici, non sur les avantages, mais sur les inconvénients des eaux minérales artificielles qui ont eu leurs défenseurs, leurs apo-

an EAUX MINÉRALES ARTIFICIELLES.

logistes mêmes à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci. Plusieurs médecins et chimistes, et des plus distingués, n'ont pus craint d'avancer alors que, dans la plupart des cas, les eaux minérales artificielles composées et dosées à volonté sont presque toujours d'un usage plus sûr et plus utile que les eaux naturelles, qui peuvent varier et qui varient, suivant la qualité des terrains qu'elles parcourent, suivant qu'elles sont en contact plus ou moins immédiat avec l'air extérieur, et surtout suivant les principes plus ou moins altérables qu'elles contiennent. Les eaux minérales artificielles, en effet, sont toujours identiquement chargées des principes volatils gazeux, salins ou azotés, que la chimie leur a donnés dans le laboratoire ; elles peuvent être appliquées avec la même sûreté d'action que les autres agents de la matière médicale dont on connaît les doses exactes, et qu'on peut proportionner aux diverses entités morbides que le médecin a à combattre.

Les opinions que nous avons exprimées dins tous les articles de ce Dictionnaire nous ont placé en partisan exclusif des eaux minérales naturelles, qui ne peuvent jamais être remplacées, principalement quand elles sont employées à leur griffon, où elles ont toutes leurs vertus. Ces vertus se perdent ou s'affaiblissent insensiblement après qu'elles ont été amenées, avec les plus grandes précautions même, à une certaine distance de leur point d'émergence. Nous aurons à le répéter quand nous allons parler des eaux minérales transportées.

S'ensuit-il que les eaux minérales artificielles doivent être toujours, et par principe, bannies de la matière médicale? Non assurément, et nous allons insister sur les cas où les eaux minérales fabriquées rendent de très-utiles services, et donnent des résultats heureux que le praticien doit savoir reconnaître et utiliser. Il est quelques cas, rares, il est vrai, où les eaux artificielles donnent de meilleurs résultats que les eaux prises à la source ou transportées, c'est alors qu'on peut dire que « l'art a surpassé la nature. » Ce qu'on se plaisait à reconnaître au dix-huitième siècle et au commencement de celui-ci n'est cependant en général plus vrai, aujourd'hui que l'analyse chimique des eaux minérales naturelles a fait tant de progrès et a démontré combien les eaux artificielles sont loin de toujours utilement remplacer les eaux naturelles.

En effet, la fabrication des eaux minérales artificielles présente de grandes difficultés en raison du nombre considérable des principes qu'on doit y introduire et des manipulations qu'ils nécessitent. Nous n'avons pas à revenir sur le mode d'introduction du gaz acide carbonique fabriqué ou en excès dans les eaux artificielles ou naturelles, ni à insister longuement sur l'introduction des matières salines, de la silice ou des substances organiques, dans les eaux fabriquées, ayant traité en parlant du Gazogène tout ce qui concerne Its gaz artificiellement introduits dans les eaux minérales naturelles ou factices.

On ne peut guère introduire dans les solutions minérales factices la silice ou les matières organiques, parce que la chimie ne nous a pas encore appris à reproduire ces substances d'une manière artificielle. Ainsi, il est assez difficile de faire entrer la silice dans les eaux fabriquées où elle est heureusement peu nécessaire. Si on veut le tenter, il faut faire bouilUr la silice à l'état gélatineux dans une dissolution de carbonate, elle s'y dissout; mais cette dissolution est précipitée par le gaz acide carbonique, de sorte que ce procédé est peu pratiqué. Quand on fait une dissolution de silice gélatineuse dans une eau alcaline, on arrive aux résultats suivants : 1 gramme de carbonate de soude sec, dans 1 litre d'eau, dissout 82 centigrammes de silice, tandis que 1 gramme de carbonate de

EAUX MIAKRALES ARTIFICIELL'î 675

soude dans 125 grammes d'eau ne dissout plus que 218 milli^M-ammes de silice. Ce que nous venons de dire de la silice peut s'appliquer à la lilhiue et à toutes les bases alcalines dont on a fait un si grand bruit dans ces derniers temps et qu'on a crues capables de révolutionner la thérapeuti({ue bydrominérale dans les affections générales, et particulièrement dans les manifestations goutteuses. L'étude attentive des vertus des eaux lithinées, qui se sont multipliées à l'envi, n'a pas tardé à démontrer que les déductions physioloo^icochimiques ont été singulièrement exagérées par certains médecins.

Quelques-uns ont avancé que les rhumatismes et surtout la goutte ne peuvent résister aux eaux minérales naturelles, transportées ou factices, qui renferment une certaine proportion de lithine, de ses sels et surtout de son bicarbonate.

Nous ne voulons pas revenir sur ce que nous avons dit à propos de la préparation des eaux gazeuses artificielles et surtout sur celles des eaux oii l'acide carboni(|ue est l'élément principal, mais nous devons insister sur la préparation des eaux minérales sulfureuses artificielles. Ces eaux contiennent principalement du gaz hydrogène sulfuré (sulfureuses), ou de l'hydrogène sulfuré et de l'acide carbonique (sulfureuses carboniques), du sulfure de sodium et de calcium et de l'hydrogène sulfuré (sulfureuses, sulfurées), ou des sulfures en dissolution et, pour élément gazeux, de l'azote (sulfurées et azotées exclusives aux chaînes des Pyrénées ou des Carpathes supérieures). Il existe enfin une classe d'eaux minérales sulfureuses et protocarboiiées, comme celles de La Poretta, qui occupent une place distincte dans le cadre hydrologique et qui sont difficilement imitables dans un laboratoire.

Pour produire artificiellement une eau sulfureuse ou sulfurée, il faut faire passer au travers d'une eau commune un courant de gaz hydrogène sulfuré qui sature cette eau et la rend propre aux usages internes et externes, après qu'elle a été laissée à sa température normale ou qu'elle a été artificiellement chauffée à un degré de chaleur plus ou moins élevé.

Comment s'y prend-on pour fabriquer en grand des eaux sulfureuses simples, des eaux à la fois sulfureuses et carboniques et des eaux sulfurées? Ces préparations ne se font en France que sur une échelle très-restreinte et ne servent guère qu'à minéraliser l'eau d'un grand bain et quelquefois d'une douche. Mais en Allemagne, à Cologne, une usine considérable est agencée de façon à livrer au commerce de toutes les nations les eaux minérales artificielles qu'elles veulent consommer, et voici les procédés qui y sont employés pour la fabrication des eaux sulfureuses et sulfurées. On se procure d'abord du sulfliydrate de l'acide qu'on a obtenu en faisant passer un courant de gaz hydrogène sulfuré dans une dissolution de soude caustique marquant 250 à l'aréomètre de Baume. Quand la solution est saturée, elle se prend en masse. On la verse alors sur un entonnoir pour faire égoutter les cristaux qui sont alors renfermés promptement dans des bocaux de petite dimension, qu'on bouche herméti(juement pour que l'air extérieur ne les puisse altérer. Ce sel, composé de 1 partie de sulfure de sodium et de 9 parties d"eau, est très-soluble, et on l'introduit simultanément dans une bouteille avec le gaz hydrogène sulfuré ou carboné, l'acide carbonique ou l'azote, suivant qu'on veut avoir des eaux sulfurées azotées, des eaux sulfureuses simples, ou mêlées de gaz acide carbonique ou d'hydrogène protocarboné. Quand ces eaux, au lieu d'être monosulfurées sodiques, comme celles de Cauterets, ou monosulfurées à la fois sodiques et calciques, comme celles des Eaux-Bonnes, sont polysulfurées comme celles de Barèges, il faut, pour

DICT. ENC. XXXI. 43

les imiter, dissoudre les matières fixes qu'elles contiennent [voy. leur analyse chimique) dans de l'eau privée d'air dont on remplit presque complètement une bouteille qu'on doit boucher exactement. Lorsqu'il s'agit d'appliquer l'eau artificielle de Baréges en bains seulement, on se contente le plus souvent d'une dissolution de sulfures de potasse, de soude et de chaux, à laquelle ou ajoute une solution gélatineuse dans l'intention de remplacer, autant que faire se peut, la barégine naturelle que la chimie n'est pas encore parvenue à imiter.

Nous venons de dire combien les eaux naturelles sulfureuses et sulfurées sont difficiles à imiter, en raison des principes fixes et gazeux qui les minéralisent ; les eaux chlorurées et bicarbonatées sodiques ne le sont pas moins, ainsi que nous allons le prouver, quoique la chimie ait eu la prétention plus ou moins justifiée de dire que ces eaux sont avant tout pharmaceutiques, c'est-à-dire qu'on peut dans le laboratoire doser exactement le principe qui les minéralisé. Ainsi de I à 8 grammes par litre de bicarbonate de soude pour celles de Vichy et de Vais sont la caractéristique, et de 1 à 124 grammes de chlorure de sodium sont la composition des eaux de Chatelguyon ou de Salies-de-Béarn. Les eaux bicarbonatées sodiques faibles rentrent dans la catégorie des eaux carboniques artificielles dont le bicarbonate de soude, à la dose de moins de 1 gramme, est la base. L'acide carbonique est l'élément gazeux qui leur donne leurs propriétés d'eaux de table, comme à celles de Saint-Galmier et de Montrond, malgré l'élément bitumeux et ferrugineux de ces dernières. Les eaux de Vichy et de Vais, qui tiennent en dissolution des quantités trois ou quatre fois plus considérables de bicarbonate de soude, sont dans le même cas. Nous avons signalé, en traitant de plusieurs sources françaises et étrangères, des procédés plus ou moins réguliers de tenir en état de dissolution leur carbonate de soude en excès, par l'addition de gaz acide carbonique que ces eaux renferment naturellement en proportion trop peu considérable pour tenir ce sel à l'état de dissolution et être claires. Il faut alors injecter dans ces eaux, ou du gaz acide carbonique naturel en excès comme à Saint-Alban, ou fabriquer un gaz acide carbonique qu'on additionne à certaines eaux gazeuses comme les eaux de seltz artificielles, qui ont la prétention d'imiter l'eau naturelle de Selters à laquelle elles ressemblent si peu par leur composition élémentaire, par leur goût et par leur action physiologique et curative.

Nous avons indiqué combien sont difficiles à imiter les eaux chlorurées et bicarbonatées sodiques qui renferment pourtant des principes fixes et gazeux parfaitement connus et dosés; voyons si les eaux artificiellement ferrugineuses sont plus aisées à copier. Elles doivent être préparées plus que toutes les autres avec de l'eau parfaitement privée d'air, car l'oxygène fait passer le fer à l'état de protoxyde et il se précipite sous la forme de flocons rougeàlres. Le fer agit sur le tannin contenu dans le liège du bouchon qui noircit. Pour éviter cet inconvénient, il est nécessaire de faire tremper ces bouchons dans un vase fermé contenant une solution de protosulfate de fer, qui les rend incapables de s'altérer au contact de l'eau naturellement ou artificiellement ferrugineuse.

On emploie de plus en plus aux colonies et en Algérie, où elle est du reste d'un goût fort désagréable, l'eau gazeuse artificielle simple qui est d'un usage très-fréquent et connue sous le nom d'eau de Seltz. Elle est usitée dans les restaurants et surtout chez les marchands de vin de Paris et de ses environs. Elle est saturée de gaz acide carbonique provenant de la craie traitée par un

acide fort commun, l'acide sulfurique. Le gaz acide carbonique sature cinq ou six fois son poids d'eau naturelle. L'on prépare à Saint-Alban et à plusieurs autres stations françaises, comme celles que nous avons signalées en Auvergne surtout, avec le gaz en excès dans certaines des eaux minérales de cette contrée, des eaux artificielles gazeuses et des liquides édulcorés avec les sirops de limons, de groseilles, de framboises, de grenades et de vinaigre, etc.. U arrive aussi, dans les pays qui n'ont pas une production naturelle de gaz acide carbonique, d'être obligé de recourir à sa fabrication factice pour gazéifier les eaux et les limonades qui entrent pour une portion considérable dans la boisson ordinaire d'une notable partie de la population des grandes villes.

Après les eaux carboniques factices, celles qui sont employées le plus souvent peut-être sont les eaux alcalines qui ont la prétention de remplacer, qui remplacent, par le fait même, les eaux naturelles de Yichy dans beaucoup d'administrations liospitalières civiles et militaires, spécialement dans les liôpitaux et les bospices de Paris. Ces établissements donnent à leurs malades des eaux alcalines fabriquées, prétendant avec plus ou moins de raison que les eaux des sources sont d'un prix trop élevé pour leur budget. La pharmacie Centrale des hôpitaux prépare donc de l'eau de Vichy factice en se contentant d'ajouter à chaque litre d'eau ordinaire une dose de 4 à 5 grammes de bicarbonate de soude. Elle procède de même pour les eaux ferrugineuses factices qui remplacent les eaux naturelles d'Orezza, de Spa et de Renlaigue. Chaque litre de cette eau contient 5 à 10 centigrammes de sulfate de fer et 10 à 20 centigrammes de carbonate de soude. M. Leblanc a proposé récemment de placer dans le tube central d'un sypbon rempli d'eau de Seltz artificielle une lame mince de tôle roulée en spirale et oxydée par son chauffage au rouge et à l'air. L'eau gazeuse se charge d'oxyde de fer dès qu'on remplit le syphon. On peut, de cette façon, avec une spirale du poids [de 8 à 10 grammes, constater que 1/2 centigramme de fer se dissout toutes les heures.

Emploi thérapeutique des eaux minérales artificielles. Guersant père et Soubeyran père, qui n'étaient pas des thérapeutistes et des chimistes sans importance, ont l'un et l'autre professé que les eaux minérales factices rendent de très-utiles services. Elles peuvent remplacer, selon eux, les eaux minérales naturelles avec avantage dans certaines circonstances, car leur composition élémentaire est mieux connue, puisqu'elles sont fabriquées dans un laboratoire où leurs élértîents sont combinés avec toutes les ressources de la chimie moderne. Aujourd'hui, les médecins sont plus sceptiques sur les résultats heureux des eaux minérales factices et ils croient que les eaux naturelles ont des vertus thérapeutiques que les eaux artificielles ne peuvent revendiquer sans injustice. Tout ce qui peut être accordé, c'est que les eaux artificielles, soit simplement gazeuses, soit bicarbonatées sodiques, soit sulfureuses, sulfurées ou polysulfurées, ont des effets en boisson et surtout en bains, qui sont importants à connaître et doivent être retenus.

11 est une classe d'eaux minérales, celle des eaux purgatives ou laxatives, que Soubeyran et surtout Guersant père avaient donné comme infiniment supérieure aux eaux naturelles de la même espèce. Ils vantaient les eaux de Seidlitz artificielles comme de beaucoup préférables aux mêmes eaux naturelles. Les médecins actuels, depuis qu'ils ont essayé sur une grande échelle les eaux naturelles purgatives ou laxatives d'ivdnda, de Birmenstorff, de Saidehûtz, de Pûllna, de Seidlitz, de Hunyadi, de Montmirail Vaqueyras, de Miers, etc., ont

abandonné à peu près complètement les eaux purgatives factices ou le? sels plus ou moins défervescents de sulfate de soude ou de magnésie. Ces sels sont d'un emploi très-facile et peu désagréable, mais ils ne peuvent cti'e continués sans danger pour les voies digestives pendant un temps assez long, tandis que l'expérience de plus de quinze années nous a montré qu'on peut donner tous les jours, tous les deux jours ou tous les trois jours, suivant les indications, pendant des années entières, les eaux des sources laxatives et purgatives, sans qu'il se produise aucun trouble du côté de l'estomac et de l'intestin. Nous sommes heureux de rappeler à ce propos que nos confrères de France et surtout de Paris ont fait entrer dans leur pratique journalière l'emploi des eaux minérales laxatives, qui ont des effets beaucoup plus sûrs et beaucoup plus constants que les autres moyens vantés par le Codex, comme les sels neutres, les préparations des thés suisses aux follicules de séné, ou enfin le podophyle et le podopliylin, etc.

Nous dirons, en parlant des eaux minérales transportées, ce que nous pensons des sels extraits des eaux minérales naturelles sulfurées, chlorurées, bicarbonatées ou sulfatées, qui sont consommés à dislance et ont la prétention de suppléer les eaux minérales d'où ils proviennent. A. Rotureau.

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EAUX MIiNÉRALES NATURELLES. 677

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EAUX MIIKÉRAL.ES !VATURELI>ES. C'est par uiiu détinition que doit commencer un article général, et ce premier devoir de définir est assurément difficile et périlleux à remplir. Omnis definitio periculosa est. C'est qu'en effet une définition doit être l'expression la plus exacte et la plus concise de la chose définie, lI elle suppose non-seulement que celte chose est parfaitement connue, mais encore que sa connaissance est arrivée à ce degré de clarté où quelques mots suffisent pour indiquer et faire comprendre les caractères essentiels et dislinclifs de l'objet défini. On conçoit dès lors l'embarras qui existe pour donner une définition des eaux minérales. 11 semble cependant que le titre même de cet article devrait simplifier la lâche de son auteur. N'indique-t-il pas, en effet, qu'il va être question d'une espèce d'eaux particulière, et le qualificatif choisi pour déterminer cette espèce n'est-il pas lui-même presque une définition? Il ne suffit pas malheureusement de dire qu'une eau est minérale pour qu'on ait une idée claire de sa nature, car cette expression est empruntée à la composition chimique des eaux elles-mêmes, et, comme toutes les eaux sont chargées, à des degrés divers, de principes minéralisaleurs, elle ne fait pas disparaître la difficulté. La question se poserait en ces termes : Quelles sont, en les considérant .<ious le rapport de leur composition chimique, les eaux qui, à raison de la qualité de leurs principes minéralisaleurs, peuvent ou doivent être dites minérales? Lorsqu'on se trouve ramené à la nécessité d'établir une limite, les efforts qu'on fait peuvent rester impuissants et, si la différence qui sépare les eaux minérales de celles qui ne le sont pas est aisément sentie, il est à peu près impossible de faire sortir des degrés si variables de la composition chimique des eaux une règle absolue de classification, et par conséquent le principe d'une bonne définition. Une autre observation se présente à l'esprit : l'expression d'eau minérale donne à tous l'idée d'une distinction qu'il est facile d'exprimer d'une autre manière. Ainsi, il y a des eaux dont on fait usage dans l'état de santé et qui servent de boisson ordinaire, mais dont jamais l'emploi n'a révélé une action physiologique ou cnrative. Il y en a d'autres, au contraire, dont l'action sur l'homme sain et sur l'homme malade s'est manifestée dans des circonstances nombreuses et incontestables, et l'on a compris sous le titre d'eaux minérales toutes celles qui, par leurs effets, rentrent dans cette dernière classe. S'il pouvait suffire d'exclure, pour faire bien connaître les eaux minérales, les eaux qui sont seulement potables, cette indication aurait pu paraître satisfaisante. Mais une exclusion n'est pas une définition; et, d'un autre côté, quand on étudie les eaux qui ne sont pas potables seulement, on en rencontre qui étant thermales, par exemple, n'offrent pas à l'analyse chimique une aussi grande i|uantité de principes minéralisaleurs que les eaux potables, en sorte qu'il est impossible de les foire rentrer dans une définition fondée sur la seule présence de ces principes. Faut-il des exemples? Ne citons que les eaux les plus connues

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d'Évian, de Plombières, de Luxeuil, de Néris, d'Évaux, de Dax, de Chaudesaigues et de Bagnoles en France, de Glifton et de Buxton en Angleterre, d'Alhama de Aragon et deOrenseen Espagne, d'Acqui, de Yaldieri, de Bormio en Italie, de Saxon, de Pfâfers, de Le Prese en Suisse, de Wildbad du "Wurtemberg et de "Wildbad-Gastein dans les Alpes tyroliennes, etc., etc. Il n'est donc pas possible d'établir un rapport certain entre la composition chimique des eaux d'une part, et d'autre part leurs effets physiologiques et thérapeutiques constatés par l'expérience. Qu'en résulte-t-il? Ceci évidemment, que le titre d'eaux minérales, accepté par la science n'est pas justifié par une analyse capable d'établir que les eaux ayant une action physiologique ou thérapeutique doivent cette vertu à k présence d'une plus ou moins grande quantité de principes minéralisaleurs. Cette qualification, tirée de la présence ordinaire, mais non constante, des principes minéralisateurs, ne répond pas aux exigences d'un langage technique parfaitement exact qui repose sur une relation de cause à effet supposée, on peut dire réelle dans la plupart des circonstances, mais qu'on ne doit pas considérer comme absolument certaine à priori : d'où il suit que cette dénomination d'eaîix minérales n'est pas susceptible d'une définition irréprochable. Renonçant, en conséquence, à demander à la composition chimique une définition des eaux dites minérales, essayons d'indiquer leur caractère à l'aide d'un autre moyen. On les appelle en Allemagne Heilquellen {Heil, santé, Quellen, sources), et en France on substitue souvent au nom d'eau minérale celui d'eau médicamenteuse ou médicinale. Nous aimons mieux, pour notre compte, cette manière de distinguer, en considérant uniquement leurs effets, les eaux simplement potables, des eaux minérales.

Ce qui vient d'être dit explique pourquoi nous ne pouvons adopter la définition un peu bien confuse que Brongniart a donnée des eaux minérales, qui sont pour lui « les représentants plus ou moins affaiblis des émanations ayant laissé les traces de leur existence dans toutes les périodes géologiques. » Nous n'acceptons pas plus celle de Chevreul, qui dit avec Macquet qu'on doit regarder comme eaux minérales celles « dans lesquelles les épreuves de chimie font découvrir des substances gazeuses, sulfureuses, salines ou métalliques. » La définition que donne M. J. Lefort dans le Dictionnaire des eaux minérales nous semble être jusqu'à présent la meilleure, parce qu'elle concilie les exigences de la médecine, de la chimie et de la géologie, appelées à un concours simultané dans ce sujet d'études. Nous acceptons donc sa définition en la modifiant un peu, et nous disons qu'î/we eau minérale est celle qui, en raison, soit de sa température supérieure à celle de l'air ambiant, soit de la quantité ou de la nature spéciale de ses principes minéraux et gazeux, a une action physiologique appréciable souvent, et toujours une action thérapeutique dans un certain nombre d'états pathologiques.

Tels sont, pour nous, les caractères auxquels il convient de s'attacher; mais une observation devient indispensable. Toutes les eaux minérales ont une vertu eurative, et cependant quelques-unes d'entre elles sont employées pour les usages journaliers, sans que les habitants éprouvent de leur emploi des effets physiologiques marqués ou en ressentent une influence fâcheuse. Cet emploi est néanmoins regrettable. Nous avons plusieurs fois signalé, en traitant de différentes sources, les accidents, les désordres même, qui s'observent au sein des populations dans lesquelles il a lieu, et nous ne sommes pas éloigné de croire qu'ils aient pour cause principale l'usage immodéré et habituel de ces eaux.

Nous faisons allusion surtout à Néris, à Ems, à Orense, à Alhama de Aragon, à Marienbad, à Franzensbad, à Wildbad-Gastein, etc. : aussi, partout où la nature fournit des eaux potables ou permet d'en obtenir par des travaux d'art, nous condamnons l'usage habituel des eaux minérales, nous y reviendrons d'ailleurs.

Nous venons de dire que toutes les eaux minérales ont une action thérapeutique, cela n'est plus contestable et il n'est plus de médecins qui répètent aujourd'hui ce que nous entendions exprimer à l'un de nos maîtres qui assurait que les eaux minérales n'ont pas d'autre vertu que les eaux de sources ordinaires ou de rivière. Mais cette action est loin d'être toujours la même; elle est profondément dissemblable, au contraire, pour les différentes sources, par sa nature et son degré de puissance. Le médecin a dès lors, dans l'étude de ces eaux, une double tâche à remplir, car il faut qu'il les connaisse à la fois en elles-mêmes et dans leurs effets sur les diverses maladies et diathèses pour lesquelles elles sont favorables, indifférentes ou funestes. Mais comment parvenir à cette connaissance? Ce n'est pas le lieu de suivre cette question très-intéressante dans ses détails, ils conduiraient à faire un livre tout entier, et pour ne pas sortir des généralités desquelles nous ne devons pas nous écarter, nous nous en tiendrons à quelques indications sommaires. 11 est d'expérience que les eaux minérales doivent être principalement administrées contre certaines diathèses et certaines maladies chroniques; il est rare, en effet, qu'on puisse y avoir recours dans les affections aiguës ou récentes qui réclament à peu près toujours une médication prompte et énergique. Ainsi, les eaux minérales ou thermales sont principalement indiquées dans les maladies qui durent depuis un certain temps et qui n'ont cédé qu'en partie ou qui ont résisté aux autres moyens de la matière médicale. On doit cependant faire une exception en faveur des sources franchement purgatives qui conviennent dans les maladies aiguës, dans les congestions, les hémorrhagies, où un traitement révulsif est indiqué. Cette propriété particulière doit être signalée avec d'autant plus de soin qu'elle n'a pas été mise en relief d'une manière suffisante par les auteurs, aussi est-elle trop souvent oubliée dans la pratique.

Après avoir justifié la définition que nous venons de donner des eaux minérales, disons un mot de leur classification et des difficultés que l'hydrologiste rencontre quand il s'agit de présenter un tableau où sont méthodiquement rangées les sources médicinales. Prenant pour base de leurs divisions leur composition chimique, il est bien difficile, sinon impossible, de réunir en familles distinctes toutes les eaux minérales et thermales qui ont entre elles des analogies ou des similitudes plus ou moins marquées. Lorsqu'on veut grouper les eaux en partant de leurs effets sur les différents appareils ou sur les différents organes du corps humain, en suivant les divisions ordinairement admises, les difficultés sont encore beaucoup plus grandes. Ces difficultés ne sont pas moindres quand on s'attache aux distinctions thérapeutiques, quand on recherche successivement l'action des eaux dans chacune des maladies où elles peuvent ou doivent être employées. Convient-il mieux, comme nous l'avons fait dans notre ouvrage sur Les principales eaux minérales de VEurope, de s'en tenir tout simplement à une division tirée de la situation géographique où émergent les diverses eaux thermo minérales?

La classification chimique que nous allons exposer après les collaborateurs de y Annuaire des eaux de la France, classification modifiée et augmentée par M. le docteur Durand-Fardel et à laquelle nous ferons nous-même quelques

additions, a sans doute des avantages. Elle est bonne en théorie, mais elle est souvent périlleuse et incertaine en pratique hydrologique. Elle présente un inconvénient grave que ne s'est pas dissimulé d'ailleurs le savant rédacteur du Dictionnaire des eaux minérales, qui a été obligé d'admettre des eaux indifférentes, c'est-à-dire assez peu minéralisées pour rentrer dans une classe bien définie, et des eaux mixtes ou composées en quantités égales ou presque égales d'éléments minéralisateurs principaux et parfaitement distincts. Or, ces qualilications sont à la fois dangereuses et embarrassantes. Elles sont dangereuses, car elles peuvent induire en erreur sur l'efficacité de sources qui, à moins qu'on ne rejette les enseignements de l'expérience, ne sont certes pas indifférentes dans le traitement des maladies, ainsi que le prouve ce que nous avons (lit de beaucoup d'eaux thermo-minérales, telles que celles de Néris, de Plombières, de La Malou, de Wildbad et de Gastein, pour nous en tenir aux plus célèbres. Elles sont embarrassantes, parce que, dès l'instant où elles font sortir de classifications bien déterminées, pour leur donner le nom vague de mixtes, certaines eaux qui, par leur composition chimique, pourraient être rangées à la fois dans plusieurs groupes, elles compromettent la valeur et l'utilité principales des classifications elles-mêmes, en détruisant la netteté et la précision de leurs limites. Nous nous sentions attiré d'abord vers une classification qui prend pour bases les appareils et les organes, mais l'étude des eaux minérales d'après leur influence dans les maladies de ces appareils et de ces organes nous conduirait à confondre et souvent à rapprocher des thermes éloignés les uns des autres, et nous verrions s'évanouir alors, dans les développements de cette division, la clarté qui doit être le but principal de toute classification. Les raisons qui nous font rejeter la classification thérapeutique ont été développées avec tant de force et de talent par les auteurs de V Annuaire des eaux de la France, que nous n'avons pas pensé un instant à nous y arrêter. Les mêmes remarques sont applicables à la classification géographique, insuffisante pour le praticien et incertaine même pour l'hydrologiste.

Maintenant que nous avons fait toutes nos réserves à l'endroit des classifications des eaux minérales, exposons les motifs qui, à l'exemple des rédacteurs de V Annuaire et du Dictionnaire des eaux minérales, nous engagent, faute de mieux, à adopter la classification chimique. Qu'il nous soit permis, avant de le faire, de donner les raisons qui nous invitent à séparer en deux catégories distinctes les eaux sulfureuses et les eaux sulfurées, trop rapprochées les unes des autres par les auteurs, qui se sont plu à signaler leurs analogies et qui n'ont jamais assez insisté sur leurs différences. Les eaux sulfuieuses, en effet, sont particulièrement minéralisées par un principe gazeux, l'acide sulfhydrique, qui leur donne une odeur et un goût franchement hépatiques que n'ont pas les eaux sulfurées. Celles-ci tiennent en dissolution un sulfure le plus souvent sodique, quelquefois calcique, et laissent le plus souvent dégager un gaz particulier, l'azote. Les premières peuvent être carboniques, les secondes sont presque toujours azotées. En analysant les terrains d'où émergent les eaux sulfureuses, on voit qu'elles sortent du schiste quand elles sont primitives, et alors elles sont le plus souvent thermales, ou des bancs de calcaire quand elles sont secondaires, accidentelles ou dégénérées : ce sont des eaux sulfatées calciques devenues sulfureuses au contact de l'air, et elles sont presque toujours athermales. Les eaux sulfurées, azotées, au contraire, ont toujours leur point d'origine dans Je granit et elles sont dans le plus grand nombre des cas hyperther-

maies ou mésotheimales ; elles ne sont athermales que par accident, pour ainsi dire. On les rencontre presque exclusivement dans les Pyrénées ou dans les Hautes-Carpatlies.

Une eau minérale est un médicament composé, préparé par la nature avec l'abondance de ressources et la puissance de moyens qu'elle seule possède. La composition des eaux minérales est loin d'être simple, en effet, et quelquesunes renferment plus de 25 principes distincts. La classification ne peut évidemment tenir compte de chacim d'eux, elle ne s'occupe que de leurs éléments principaux. 11 est bien rare que les acides et les bases s'y trouvent en liberté, c'est presque toujours à l'état de sels solubles que les eaux renferment leurs matières fixes. La chimie peut-elle nous renseigner complètement sur ces combinaisons? Non, en général, mais elle peut facilement, et cela nous suffit pour le moment, nous édifier sur la prédominance de telle ou telle substance dans les eaux minérales, qui sera leur caractéristique. D'ailleurs, le nombre des sels qui sont contenus en plus grande quantité dans les eaux est assez limité. Les acides et les bases qui les forment sont les suivants : les acides les plus habituels sont : l'acide carbonique, l'acide silicique, l'acide phosphorique, l'acide chlorhydrique, l'acide sulfurique, les acides arsénieux ou arséniques, l'acide suHhydrique, les acides iodhydrique et bromhydrique. Les acides qui s'y trouvent moins souvent et dont l'existence n'est pas même admise par tous les auteurs sont : les acides azotique, borique, sulfureux et hyposulfureux, iluorhydrique, crénique et apocrénique, hulmique, acétique, butyrique, formique et propionique. Quatre de ces acides sont réellement importants à retenir, ce sont les acides carbonique, sulfurique, chlorhydrique et sulfhydiique.

Les bases utiles à connaître sont : la soude, la chaux, la magnésie, la potasse, le fer et le manganèse, la lithine, la strontiane, la baryte, l'alumine, le cuivre, l'étain et le cobalt; et encore les six dernières sont très-rarement cherchées ou trouvées, et leur signification est assez obscure, lorsqu'on en constate la présence. Les combinaisons des quatre premiers acides que nous venons d'indiquer, à savoir : les acides carbonique, sulfurique, chlorhydrique et sulfhydrique, avec les six premières bases : la soude, la chaux, la potasse, la magnésie, le fer et le manganèse, sont la clef de la classification chimique. Si l'on considère, dit ÏAnnuaù'e, l'importance de l'action des acides sur les bases, on est conduit à établir les grandes divisions des eaux minérales d'après la nature de l'élément acide en excès, ce qui ne veut pas dire que les bases ne jouent aucun rôle important dans la constitution élémentaire des eaux thermo-minérales.

La prédominance des acides donne les quatre classes suivantes : bicarbonatées, sulfatées, chlorurées et sulfurées. En combinant les six principales bases avec ces acides, nous obtenons les six principales divisions des eaux minérales qui sont : les bicarbonatées sodiques, calciques, magnésiennes, potassiques, ferrugineuses et manganésiennes, les sulfatées sodiques, calciques, magnésiennes, potassiques et ferrugineuses, l'acide sulfurique ne se combinant pas avec le manganèse de façon à faire un groupe particulier. Les eaux chlorurées sont presque exclusivement sodiques, les autres bases ont donc une place peu importante dans cette division et peuvent être laissées de côté sans grand inconvénient. 11 en est de même des eaux sulfurées, qui n'ont que deux bases seules pour les caractériser : la soude et la chaux. Remarquons, à propos des eaui ferrugineuses, qu'au lieu des acides c'est la base, le fer, qui sert à les distinguer.

Voici notre classification des eaux minérales :

sodiques.

calciques.

magnésiennes.

bicarbonatées ( potassiques.

ferrugineuses

manganésiennes.

arsenicales.

sodiques.

calciques.

sulfatées / magnésiennes.

rniNCiDKS FIXES . . . , { I po'assiqi.es.

ferrugineuses.

sodiques.

calciques.

chlorurées { mapnésiennes.

iodobromurées.

arsenicales.^

,, . I sodiques.

«""^"■•«e^ I calciques.

carboniques.

^ naturelles.

Principes gazeux. . . . { *"' """^"'^^ ( dégénérées.

azotées, prjiocarbonatées.

Amétallites.

Polyniélallites.

Ce tableau serait bien incomplet, si nous ne le faisions suivre de quelques considérations sur la thermalité des sources et sur les principes gazeux qu'elles contiennent. Disons, à ce propos, que le degré de chaleur est loin d'être le même dans les eaux minérales, et que, lorsqu'on veut les qualifier d'après leur température, on doit prendre pour base des qualifications la température ordinaire du bain, c'est-à-dire 55",8 du thermomètre centigrade, ou 27 degrés du thermomètre Réaumur. Nous appelons mésothermales {(lé'jo;., moyen; 6ipiio;, chaud) les eaux qui ont cette température, l'air ambiant étant à 15 degrés centigrade ; hyperthermales {xjnép, sur, chaleur), celles dont la température est plus élevée ; hypothermaîes (vjrô, sous), celles dont la température est inférieure, sans descendre au-dessous de 25 degrés centigrade; protothermales {■KpûToç, premier), celles entre 25 et 15 degrés centigrade; athermales enûn (a privatif), toutes celles qui ont une température inférieure à 15 degrés centigrade. Nous appliquons à l'hydrologie un langage usuel en chimie.

L'analyse chimique révèle dans les eaux thermo-minérales la présence d'une plus ou moins grande quantité de gaz. L'acide carbonique est de beaucoup le plus fréquent ; l'acide sulfhydrique, l'azote, l'hydrogène protocarboné, viennent ensuite, et nous ont servi à établir les divisions des eaux en carboniques, sulfureuses, ou mieux sulfhydrique'es, azotées et protocarbonées. Il ne suffit pas, pour assigner sa vraie place à une eau minérale dans le cadre hydrologique, de dire quelle est la matière fixe et gazeuse qui la minéralisé, il faut encore indiquer d'un mot la quantité plus ou moins grande des principes minéralisateurs ou gazeux qu'elle renferme, et, pour que l'expression soit toujours bien comprise, il est nécessaire qu'elle indique un certain rapport avec une quantité déterminée, qui est le point de comparaison. Nous appelons faibles les eaux gazeuses qui contiennent une quantité de gaz inférieure à un pouce cube ou 27 millimètres cubes par litre d'eau ; moyennes, celles qui en renferment de 1 à 4 pouces cubes ou 108 millimètres cubes; fortes enfin, celles qui en ont davantage. Ces mêmes expressions nous servent encore pour dire quelle est, dans une eau, la quantité

de son élément minéralisateur principal, et nous nommons faibles celles qui n'en contiennent qu'une proportion inférieure à 1 gramme pour 1000 grammes d'eau; moyennes, celles qui dissolvent de 1 à 4 grammes de cet élément; fortes, celles qui en renferment plus de 4 grammes. Cette manière d'indiquer la proportion de l'élément minéralisateur prépondérant ne fait pas disparaître toutefois les difficultés de la classification chimique. Comment dire, en effet, que l'élément minéralisateur est faible, moyen ou fort, lorsque l'analyse ou bien révèle à peine l'existence d'un élément minéralisateur, ou bien accuse la présence de divers principes en quantités à peu près égales? Nous avons pensé alors que les eaux à peine minéralisées, auxquelles on donne souvent le nom malheureux d'indifférentes, sont plus convenablement appelées amétallites (a privatif; fzïTa^/suTÔv, minéral). Nous remplaçons aussi la désignation incertaine de mixtes, appliquée ordinairement aux eaux qui contiennent différents principes minéraux en quantités à peu près égales, par celle de pohjmétallites (■rto^O;, plusieurs).

Nous venons d'expliquer les qualifications générales que nous avons placées à la suite du nom de l'eau minérale que nous allons décrire et qui forment la tête de chacun de nos chapitres.

Nous ne nous étendons pas longuement sur les propriétés physiques et chimiques des eaux minérales, parce que nous avons donné tous les détails à ce sujet en faisant la description de chacune des sources des stations balnéaires. Nous nous contentons d'indiquer, d'une manière générale et sommaire, les particularités physiques et chimiques les plus intéressantes, les plus importantes à connaître, celles qui surtout servent à caractériser ou à différencier les grandes classes que nous avons admises.

Les propriétés physiques des eaux minérales sont celles qui impressionnent les sens, telles que la couleur, l'odeur, la saveur, la limpidité, l'onctuosité, la température, l'électricité, le débit, l'intermittence et la densité. Leurs caractères chimiques sont : l'acidité, la neutralité ou l'alcalinité des eaux, leur composition élémentaire en principes fixes et gazeux. Nous ne passerons pas sous silence non plus l'étude de l'origine des sources, qui nous conduira à faire quelques courtes remarques sur leur gisement et sur les terrains qu'elles traversent avant d'arriver à leur point d'émergence.

A. Caractères physiques. 1" Couleur. La couleur des eaux thermo-minérales est assez variable; elle n'est pas la même d'abord, bien entendu, si l'eau est en plus ou moins grand volume. Ainsi, elle est incolore en petite quantité dans la plus grande partie des cas ; lorsqu'elle est réunie en masse assez considérable au contraire, elle paraît bleuâtre ou verdàtre. Nous ne reviendrons pas sur les explications qui ont été données de ce phénomène, nous nous contentons de renvoyer à ce que nous avons dit en parlant de I'eac de mer. Nous ne parlons que pour mémoire de la coloration trouble et rouillée de quelques eaux martiales peu chargées en acide carbonique ou depuis quelque temps en contact avec l'air extérieur, ou enfin de la couleur blanche, jaunâtre ou bleuâtre, de quelques sources sulfurées et sulfureuses qui changent promptement d'aspect en s'emparant de l'oxygène de l'atmosphère. Son influence modifie leur composition primitive et fait précipiter le soufre à l'état d'une division trèsgrande. En se reportant d'ailleurs à ce que nous avons dit des eaux de Fougues, de Neyrac, de Bagnères-de-Luchon, d'Ax, de Baréges, etc., etc., on trouvera tous les détails que nous omettons à dessein de reproduire ici.

"l" Odeur. 11 n'y a que les eaux Ihermo-minérales non gazeuses ou à peine cliarge'es de gaz qui soient réellement inodores. Celles qui laissent dégager du gaz acide carbonique, en proportion même peu considérable, sont improprement rangées dans les eaux sans odeur, car elles peuvent être aisément reconnues dès le premier moment par un organe olfactif un peu exercé à cette sorte de recherche. Les eaux sulfureuses thermales, mais les athermales principalement, sont celles qui impressionnent Todorat le plus activement parce qu'elles laissent échapper leur principe minéralisateur, si l'on peut ainsi dire, l'acide sulfhydrique, si odorant de sa nature. Les eaux sulfurées ont une action beaucoup moins sensible sur la membrane de Schneider, car elles sont plus fixes et laissent moins altérer leur mono ou leur polysulfure. Nous rappelons aussi que leur principe gazeux, l'azote dans la majoi ilé des cas, n'est pas un gaz odorant. Quelques rares sources minérales, comme celles de La Poretta, ont une odeur très-marquée d'hydrogène carboné, qu'elles contiennent en si grande quantité d'ailleurs, que ce gaz est reçu sous un gazomètre et sert à l'éclairage de l'établissement. Certaines eaux, comme celles de Bourbon-Lancy, ont une odeur stercorale assez marquée pour qu'elles ne soient pas acceptées impunément par les buveurs un peu difficiles. Plusieurs eaux minérales enfin ont une odeur d'oeufs couvés ou pourris à certain moment de la journée, pendant les temps chauds et orageux, etc., qui vient de la formation accidentelle du gaz acide sulfhydrique produit par les sulfates dissous, mis en présence des matières organiques de ces eaux. D'autres sentent le bitume ou le marécage, comme celles d'Euzet, de Vichy, de Saint-Nectaire, etc., etc.

3" Saveur. Le goût des eaux minérales suffit souvent pour assigner exactement la place qu'elles doivent occuper dans le cadre hydrologique ; mais il est des cas cependant où leur saveur n'est pas assez prononcée pour renseigner assez sur la plus ou moins grande quantité de leurs principes constituants, ni même sur leur qualité approximative. La saveur moins que l'odeur fait distinguer les eaux sulfureuses qui ont un goût hépatique assez prononcé pour être immédiatement reconnu. Il en est de même de la plupart des eaux sulfurées. Les eaux ferrugineuses sont celles qui trompent le moins peut-être, même lorsque l'analyse chimique nous révèle qu'elles renferment des quantités trèspeu importantes de principes chalybés ou qu'elles sont chargées d'une proportion considérable de gaz acide carbonique à l'état de combinaison, de dissolution ou de liberté. Nous ne pouvons en dire autant des eaux bicarbonatées et chlorvirées sodiques, à moins qu'elles ne soient fortes, comme les sources de Vichy, ou de certains griffons de Vais, etc., ou comme les eaux très-concentrées de Salies-de-Béarn, de Salins du Jura, de Nauheim, de Kissingen, de Kreuznach, etc. Les eaux bicarbonatées et chlorurées moyennes et surtout les eaux faibles de ces deux classes, alors surtout qu'elles sont pohjmélaUites comme celles d'Ems, de Royat, de Karlsbad, de Saint-Nectaire, de Selters, de Schwalheim, etc., sont presque impossibles à classer quand le goût seul préside à leur examen. Il est bien rare que les eaux sulfatées ne soient pas ferrugineuses, et alors leur goût martial est facilement perçu; mais, lorsque les sulfates sodiques, calciques, magnésiens ou potassiques, sont isolés ou réunis, et que les eaux sulfatées ne sont pas très-chargées, il est le plus souvent fort difficile et quelquefois tout à fait impossible de définir, d'après le goût seul, leur composition élémentaire. Les eaux amétallites, c'est-à-dire celles qui ne contiennent à peu près ni principes fixes, ni principes gazeux, ne sont pas pour cela totale-

ment privées de goût, et certaines de celles qui appartiennent à cette classe, comme celles de Valdieri, d'Ischia, de Cormio, de Wissembourg, de Luxeuil, de Plombières, d'Évanx, de Néris, etc., ont une saveur fade, légèrement salée, rappelant plus ou moins le goût d'un bouillon de veau ou de poulet peu chargé de principes animaux. Un grand nombre des eaux amétallites sont cependant insipides et ressemblent, à s'y méprendre, à de l'eau ordinaire ayant la même température qu'elles.

4° Limpidilé. Presque toutes les eaux thermo-minérales sont claires et limpides à leur point d'émergence, alors surtout qu'elles sortent des terrains primitifs ou ignés, mais, lorsqu'elles ont leur griffon dans les couches secondaires et surtout tertiaires, ces eaux sont quelquefois chargées de terre ou de parcelles minérales qui en altèrent leur transparence. Les eaux Ihormo-minérales ne sont donc troubles que par exception, quand elles sont restées assez longtemps en contact avec l'air extérieur.

5° Oachumté. Plusieurs eaux minérales sulfurées, distribuées géographiquement et d'une manière presque exclusive, le long de la chaîne des Pyrénées et des Cavpathes, sont remarquables par leur onctuosité naturelle. Cette propriété s'explique par la grande quantité de matière organique azotée qu'elles tiennent en dissolution, alors surtout qu'elles sont hyperlhermales et quelles abandonnent cette substance azotée en se refroidissant ou en se mêlant à de l'eau froide ordinaire. Plusieurs eaux thermo-minérales bicarbonatées sodiques, moyennes et fortes, font éprouver à la peau une sensation d'onctuosité qui est due quelquefois aux sécrétions cutanées acides se combinant avec la base et formant un savon avec elle. Cette théorie ne s'applique qu'aux cas les moins nombreux, et l'onctuosité des eaux bicarbonatées sodiques reconnaît le plus souvent une cause intrinsèque, jusqu'ici assez peu convenablement expliquée.

6° Température. Le degré de la température des eaux minérales varie depuis le point où fond la glace jusqu'à celui où l'eau entre en ébullition. Ainsi l'eau de la source Paracelse de Saint-Moriz, en Suisse, n'a que o'',5 centigrade au-dessus de zéro et celle d'Hammam-Meskoutin, en Algérie, atteint 98 degrés centigrade. D'où viennent ces degrés divers des eaux minérales? M. le docteur Chenu a fait un historique succinct de l'opinion des divers auteurs depuis les temps les plus reculés, et il a constaté qu'Aristote et Thermopylus attribuaient le calorique des eaux à l'influence du soleil, dont les rayons réchauffent l'intérieur de la terre et ramassent la chaleur dans ses profondeurs. C'est ce qui explique la thermalité plus élevée des sources qui ont l'origine la plus profonde. Empédocle, Agricola, Sénèque et Apulée, professèrent a peu près les mêmes idées. Mileus a dit que la chaleur des eaux vient du centre de la terre, à cause du choc des vents qui y soufflent avec une impétuosité telle que la température s'élève promptement et se communique aux eaux que ses cavités renferment. Hortius croit aussi que la terre a une chaleur propre à son centre et que les exhalaisons de cette chaleur échauffent les eaux minérales. Albert le Grand a le premier prétendu que la caloricité des eaux est le résultat, de courants aqueux souterrains qui doivent leur température à la chaleur intérieure du globe et viennent émerger à sa surface. La théorie de la chaleur centrale étant admise, quelles conséquences en a-t-on tirées? Descartes prétend que les eaux suivent des canaux creusés dans la terre où elles se changent en vapeur pour retrouver leur forme liquide avant d'arriver à la surfoce du sol. Laplace explique ainsi la caloricité des eaux : « Les eaux pluviales en pénétrant

dans un plateau rencontrent dans leur mouvement une cavité de 3000 mètres, par exemple ; elles la remplissent et acquièrent à cette profondeur une chaleur d'au moins 100 degre's : elles deviennent plus légères alors, elles s'élèvent et sont remplacées par les eaux qui leur sont supérieures. En sorte qu'il s'établit deux courants, l'un ascendant, l'autre descendant, perpétuellement entretenus par la chaleur de la terre. Ces eaux en sortant par la partie inférieure du plateau doivent évidemment avoir une chaleur supérieure à celle de l'air au point de leur sortie. »

Rouelle, de Saussure, Tiùlorier, pour répondre à l'objection plusieurs fois adressée à la théorie de Laplace, qui n'explique pas pourquoi les sources thermales ont toujours le même volume au lieu d'augmenter ou de diminuer, suivant les temps de pluie ou de sécheresse, pourquoi encore elles ont une température constante, ont supposé que le centre terrestre est baigné par un immense lac, dont une portion de l'eau s'échauffe dans de grandes cavités renfermant du soufre, du bitume, de la tourbe, du charbon ou des pyrites en combustion, et donnant naissance à des volcans. Fabas l'Ancien a supposé que les montagnes ont une puissance d'absorption considérable et qu'elles prennent l'air, l'eau et le calorique atmosphérique. C'est ce calorique qui circule, selon lui, entre les couches des divers terrains et les fissures des rochers, et finit par s'accroître et se propager dans les montagnes d'oii viennent les eaux thermales. Witting va plus loin que Fabas et assure que Tair, l'eau et le calorique, absorbés par les montagnes, pénètrent jusqu'à une profondeur de 20 000 milles géométriques et que, arrivés à celte profondeur, les fluides deviennent des liquides et que la compression qui en résulte dégage le calorique des eaux thermales. Fodéré, Socquet et Anglada, ont supposé que les roches des assises du globe sont disposées de manière à donner lieu à un effet électro-moteur. Ces couples voltaïques naturels constituent autant de foyers de réaction développant un calorique très-intense qui est la cause de la haute température des eaux, de leur débit, et même de leur composition élémentaire. Tout ce que nous venons de dire tend à expliquer la caloricité native des eaux minérales ; mais nous ne connaissons pas d'auteur qui ait cherché à rendre compte du degré peu élevé de quelques eaux de beaucoup inférieur à celui de l'air dans lequel elles émergent. Ainsi est l'eau de Saint-Moriz, en Suisse, qui, comme nous venons de le dire, n'a que 5°, 5 centigrade au-dessus de zéro, à la source de Paracelse. A quoi lient cette température la moins élevée de toutes les sources minérales du globe? Elle reconnaît assurément pour cause le voisinage des glaciers qui l'alimentent et dont l'eau n'a eu que le temps de prendre dans les couches superficielles de la terre une chaleur peu élevée et l'énorme quantité de gaz acide carbonique qu'elle renferme à l'état de combinaison, de solution et surtout de liberté.

Il nous reste à dire un mot de la nature du calorique des eaux minérales. Fodéré et Guersant père assurent que la chaleur des eaux thermales n'est pas semblable à celle des eaux douces ordinaires. Ils affirment qu'on supporte plus aisément en boisson et en bains la chaude température des eaux thermales qui mettent un temps plus long à se refroidir que l'eau commune. Il est impossible que les auteurs dont nous venons de parler n'aient pas fait, avant d'affirmer cette doctrine, une expérience si facile à exécuter, et cependant tous les hydrologistes modernes n'ont pu arriver au même résultat, en ce qui concerne au moins le temps que les eaux thermales mettent à baisser de température. Ce que nous accordons à Fodéré et à Guersant, et ce que semblent nier plusieurs

EAUX MLNÉRALES NATURELLES. 687

auteurs actuels, c'est que nos sens ne sont pas impressionnés d'une manière identique lorsqu'ils sont mis en contact avec une eau naturellement thermale et une eau ordinaire artificiellement chauffée au même degré. Cette remarque s'applique non-seulement aux eaux tiiermales pures, qu'elles soient ou qu'elles ne soient pas chargées d'une grande proportion de matières fixes et gazeuses, mais encore à ces mêmes eaux, alors surtout qu'elles sont fortes, quand elles sont coupées d'une certaine quantité d'eau de source ou de rivière froide ou surchauffée. Nous en appelons à tous ceux qui se sont baignés à Vichy, par exemple, où les eaux thermales sont étendues, souvent d'après la prescription du médecin, d'une quantité notable d'eau du Sichon, ou à tous ceux qui ont pris des bains dans les baignoires ou dans les piscines de Néris, de Plombières, de Luxeuil, de Bains-en-Vosges, d'Évaux, de Bath, de Wildbad et de Gastein, pour ne citer que les eaux amétallites principales. Tous assurent avec nous que leur peau n'est pas impressionnée de la même façon dans un bain ordinaire que dans une baignoire ou une piscine remplies d'eau thermale ayant exactement le même degré de chaleur. La minéralisation des eaux thermales fortes, alors même qu'elles sont coupées, donnerait une explication suffisante de cette différence peu marquée et cependant perceptible : mais comment se rendre compte de l'effet différent que produisent sur la membrane muqueuse buccale et sur la peau les eaux thermales amétallites qui, comme celles que nous venons de nommer, ne diffèrent pas sensiblement de l'eau simple, ou en diffèrent par la moindre proportion des principes fixes et gazeux qu'elles contiennent?

7° Électricité. Les travaux de Scoutteten, sur l'électricité naturelle des eaux thermo-minérales, à laquelle il attribue leur plus grande part d'activité thérapeutique, ne permettent plus de passer sous silence cette propriété physique. Les professeurs Baumgartner et Marian Roller, ainsi que nous l'avons dit, en traitant des eaux de Gastein, dans le premier volume de notre livre Sur les principales eaux minérales de l'Europe, p. 444, firent les premiers, en 1828, une expérience bien curieuse avec l'eau des sources de Wildbad-Gastein. Us constatèrent que cette eau fait monter l'aiguille aimantée jusqu'à 20 degrés d'un multiplicateur électrique, tandis que l'eau distillée simple la laisse à zéro. Us virent de plus qu'à mesure qu'ils laissaient refroidir l'eau thermale de Gastein elle perdait de l'action sur l'aiguille de l'instrument. Ainsi à 35 degrés centigrade le mouvement de l'aiguille s'arrêtait à 11 degrés. Ils agirent sur les vapeurs qui s'élèvent au-dessus des sources et l'aiguille montait jusqu'à 14 degrés. Ces physiciens eurent aussi l'idée de décomposer l'eau thermale des sources de cette station des Alpes tyroliennes, et ils furent très-surpris d'arriver à d'autres résultats qu'avec de l'eau ordinaire. Ainsi, ils trouvèrent trois atomes d'hydrogène et un atome d'oxygène. Ces expérimentateurs examinèrent une grande quantité d'autres eaux minérales et ils ne trouvèrent nulle part la propriété qu'ils avaient découverte dans l'eau hyperlhermale de Gastein. Ils s'aperçurent encore que la décomposition de l'eau de cette station se faisait par la pile dans un temps juste moitié moindre que la décomposition de l'eau commune. Nous avions trouvé ces détails à la page 49 d'un livre publié en 1831, à Linz, par le docteur Wenceslas Streinz, intitulé Des hains de Gastein. Nous n'en fûmes pas moins accusé par des hydrologistes autorisés, bien que nous fussions resté un historien désintéressé, de nous porter le garant d'expériences que la science la plus vulgaire, le simple bon sens même, auraient dû faire rejeter sans autre examen. Leconte, dont personne ne peut contester les grandes

connaissances en chimie et en physique, n'en a pas moins répété les expériences si extraordinaires de lloller et de Baumgartner, en agissant avec de l'eau d'Enghien. Ce savant, aussi habile que consciencieux, est arrivé à des résultats sinon identiques, confirraatifs au moins de ceux des deux physiciens d'Autriche. Il a obtenu, en effet, au pôle positif S'^sS d'oxygène et au pôle négatif 15™,6 d'hydrogène, en opérant avec de l'eau d'Enghien. Leconte a, en outre, constïité avec une pile à auge de trente éléments, et après dix minutes, que l'eau minérale avait perdu la plus grande partie de son principe sulfureux, et qu'il s'était formé du monosulfure de calcium par la réaction du gaz acide sulf hydrique sur les sels de chaux : une partie de ce monosulfure se rend avec l'hydrogène au pôle négatif, tandis que l'autre portion au pôle positif se décompose, sous l'inlluence de l'oxygène naissant, à l'état d'hyposulflte. De là la disparition de l'odeur de l'eau sulfureuse. C'est en s'aidant de cette réaction que Leconte a pu affirmer que les eaux d'Enghien sont minéralisées par de l'acide sulfhydrique, et non par du monosulfure de calcium. M. le docteur PrôU avait aussi répété, devant nous, les expériences de Baumgartner et de Marian Roller, et était arrivé aux menées résultats que les premiers chimistes. Aujourd'hui donc réieelricité des aux thermo-minérales n'est plus contestée par personne, et nous renvoyons, sans plus y insister, aux travaux de MM. Pétrequin, Socquet, Cabrol, Lambron et Scoutteten.

8° Débit. On appelle débit ou rendement d'une source minérale la quantité d"eau qu'elle fournit pendant un espace de temps déterminé, pendant une seconde, une miimte, une heure ou un jour. La période de vingt-quatre heures est celle que nous avons adoptée dans nos articles ; le mètre cube (1000 litres), et plus souvent le litre seul, ont été nos mesures ordinaires de capacité. Nous nous sommes arrêté de préférence à la quantité de litres que donne une source en vingt-quatre heures, parce que c'est le meilleur moyen pratique de se rendre un compte exact et proniptement obtenu du nombre de bains qui peuvent être donnés journellement dans une station minérale. Il suffit, en effet, pour cela, de se souvenir que la capacité d'une baignoire moyenne est d'environ 270 litres d'eau, chauflée de 32 à 55 degrés centigrade. Quelques auteurs prennent comme unité balnéaire la baignoire de ooo litres. D étant le débit d'une ou de plusieurs sources mésothermales en vingt-quatre heures et en litres ou en mètres cubes, on peut alors, en employant une formule algébrique bien simple, savoir aisément la quantité de bains qui pourront être donnés dans un jour. Ainsi

Tr:r=, ou -=, expriment le rendement évalué en litres ou en mètres cubes. Dans Ooo o

les stations où, comme à Vichy, par exemple, on coupe l'eau thermo-minérale

avec l'eau du Sichon, la puissance balnéaire est le tiers du débit des sources

qui servent aux usages thérapeutiques externes augmenté du volume de l'eau

additionnée, nécessaire pour ramener le mélange à 55 degrés centigrade.

Jules François a donné la formule qui conduit au résultat sus-énoncé. Il

étant le débit des sources, T leur température, V le volume de l'eau ordinaire

servant au coupage, t' la température de cette eau, la valeur de Y est repré-

sentée par D w-^. La puissance balnéaire est alors exprimée par la formule

suivante.^ i\~h-r^), î» laquelle il faut toujours se reporter, dit Jules François, en construisant ou en appropriant un établissement thermal.

Ce que nous venons de dire s'applique, bien entendu, aux sources dont le débit est régulier et presque toujours constant, mais on conçoit qu'il en est autrement quand il s'agit de sources dont l'écoulement est intermittent, et n'est pas soumis à des périodes parfaitement espacées et toujours de la même durée, comme en est un exemple remarquable la source intermittente de Vaisse, du régime de Vichy, qui, au moment où l'aiguille marque l'heure, coule pendant cinq minutes pour donner de l'eau cinquante cinq minutes après. Disons un mot du phénomène si curieux du jaillissement des sources, de la formation du gaz acide carbonique, dans l'intérieur de la terre, de ses effets et de l'explication de l'intermittence des sources.

9° Intermittence. Presque toutes les sources dont le débit est intermittent proviennent d'un forage artésien, et sont chargées de gaz acide carbonique. Ce qui va suivre s'applique aux eaux dans ces conditions. Une loi unique servait jusqu'à ces dernières années à expliquer le jaillissement des puits artésiens, c'était la loi des tubes communicants. Par l'action de l'égale attraction de la terre sur chaque molécule d'eau, toute masse liquide en repos forme une surface plane, et c'est une conséquence de celte donnée scientifique que, dans toutes les parties de canaux ou de tubes en communication, l'eau tend sans cesse à atteindre le même niveau. Ainsi, il y a près de Cassel un étang situé au sommet d'une colline ; ses eaux ont été conduites à l'aide de tuyaux dans un vallon où elles s'élancent avec force à plus de 46 mètres, et il est certain que, si elles étaient renfermées dans un tube aussi élevé que l'étang, elles monteraient à 85 mètres environ. Le jaillissement des sources, sous l'influence de la même loi, n'est pas difficile à comprendre. Supposons, en effet, une nappe d'eau renfermée dans la partie supérieure d'une montagne, remplaçons les tubes par des infiltrations conduisant l'eau dans les parties inférieures du sol où elle formera une nappe nouvelle reposant sur un bassin imperméable comme base horizontale, et dominée par une autre couche imperméable aussi et rentrante ; ouvrons enfin cette dernière couche en un point déterminé : l'eau jaillira par la force artificielle ou accidentelle, et tendra, cherchant son niveau, à s'élever jusqu'à la hauteur de la nappe d'où elle est descendue. Mais, lorsque la nappe originaire est au-dessous du niveau du sol, l'eau n'atteint, par l'effet de la même loi, qu'une hauteur nécessairement inférieure. Et il est clair que, par cela même, dans ces conditions, il ne peut pas y avoir de source jaillissante. Dr ces conditions existent précisément pour un grand nombre de sources. Si donc la loi des tubes communicants est vraie dans les circonstances rappelées plus haut, elle est au contraire ici évidemment impuissante, et le jaillissement des sources ne saurait être expliqué qu'à l'aide de principes et de lois d'un autre ordre. On doit la découverte de ces principes et de ces lois aux travaux de Bunsen et de Bromeis, et surtout aux recherches si étendues et si attentives de M. Ludwig. Les ouvrages de Gustave Bischoff sur la partie physique et chimique de la géologie ont aussi beaucoup contribué à éclairer celte importante question.

Denx causes concourent à produire le jaillissement et l'intermittence d'une source : la chaleur intérieure du globe, ainsi que nous l'avons déjà dit, et la décomposition chimique des minéraux carbonates. Essayons de descendre en pensée dans l'intérieur de la terre, au point où sont réunies des nappes d'eau, et efforçons-nous de reconnaître les phénomènes qui s'accomplissent sous l'influence du calorique terrestre et de la décomposition des minéraux avec production de gaz. Deux effets qui vont devenir des forces nouvelles se produisent

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immédiatement. Il se forme, d'un côté, sous l'intlueiice de la chaleur, de la vapeur d'eau exerçant une pression plus ou moins grande, selon le degré du calorique lui-même. On sait, d'un autre côté, que la force d'expansion de certains gaz, et en particulier de l'acide carbonique, est plus considérable que celle de l'air; qu'elle se développe, ainsi que la vapeur d'eau, sous l'influence de la chaleur, et que, par exemple, à la température de 29 degrés centigrade, elle s'élève, dans l'eau qui en est saturée, à la puissance de trois atmosphères. Voilà donc et ces forces et ces eaux renfermées dans un même milieu et comprimées dans l'intérieur du sol. Un forage est pratiqué et va ouvrir une issue aux unes et aux autres. Eau, vapeur et gaz s'échappent, montent à la fois et viennent jaillir mélangés à la surface de la terre, avec une impétuosité et une intermittence qui étonnent au premier abord, mais qu'on s'explique aisément par la compression résultant des gaz qui se dégagent et s'échauffent progressivement et graduellement. Si, en effet, l'accumulation de ces gaz au-dessus de la surface de la nappe intérieure est as«ez rapide pour entretenir un jaillissement constant, il n'existe d'intermittences que lors des variations barométriques ; mais, si leur dégagement ne sulht pas pour faire monter l'eau au niveau du sol, le puits artésien ne fonctionne, comme cela arrive à la source intermittente de Vichy et au Soolbad de Kissingen, par exemple, qu'après des périodes séparées l'une de l'autre par de nombreuses minutes, par des heures entières mêtne. M. Ludwig, en parlant des sources jaillissantes, a représenté leur formation par une expérience très-ingénieuse et très-simple que nous nous plaisons à rapporter textuellement : « Si nous prenons, dit-il, un vase à large ouverture, à demi rempli de calcaire ou de craie et recouvert d'un feutre à travers lequel passe un tube de verre large de 2 centimètres, et long de 50 à 60, et, si nous mettons ensuite le tout dans un autre vase plus haut de 50 centimètres rempli d'acide chlorhydrique étendu d'eau, ce liquide pénétrera le feutre, arrivera à la chaux, en dégagera de l'acide carbonique, et, mêlé avec ce dernier, sortira en jet écuraeux du tube de verre. »

C'est de la même manière que, dans le sein de la terre, l'eau thermo-minérale, produisant elle-même le plus souvent la décomposition des parties riches en acide carbonique absorbe ce gaz et, grâce à sa force d'expansion, vient jaillira la surface du sol. Un phénomène analogue, mais moins complet, a lieu lorsqu'on débouche une bouteille remplie d'un liquide contenant de l'acide carbonique en supension. Tout le monde sait que ce guz dégagé de toute pression sort brusquement, entraînant, sous foime de mousse, une portion du liquide avec lui. Nous n'avons pas indiqué, comme une des conditions indispensables au jaillissement, les dimensions du forage. Elles ont cependant une très-grande importance; mais leurs règles sont les mêmes, qu'il s'agisse des sources dont le jaillissement a pour cause la loi du siphon, ou de celles qui émergent en vertu de tout autre principe. Nous n'avions pas, par conséquent, à nous en occuper. Il nous reste à signaler une conséquence des lois appliquées par M. Ludwig, d'autant plus curieuse qu'elle s'est produite pour une source jaillissante, le Grosser Sprudel de Nauheim, et que son explication même est venue justifier l'exactitude de notre loi. On conçoit que le degré de la pression atmosphérique qui forme l'un des obstacles à l'ascension naturelle des sources joue un grand rôle dans les accidents qui amènent leur apparition, et influe sur l'intermittence plus ou moins marquée qu'elles offrent toutes. Ainsi, on a remarqué aux sources intermittentes connues que, lorsque le baromètre est descendu, le jet

s'élève à une plus grande hauteur, et qu'il s'abaisse au contraire lorsque le baromètre est remonté. II airive souvent qu'une source semblant tarie, quelquefois depuis longtemps, réapparaît tout à coup au milieu d'un ouragan, violent accompagné d'un abaissement considérable du baromètre, et il a été démontré que celle apparition inattendue devait être attribuée à une diminution momentanée, mais sensible, de la pression atmosphérique.

10" Densité. De toutes les eaux dont nous avons parlé, nous n'en avons trouvé que deux, celles de Wildbad-Gastein et d'Évian, qui aient une densité moins considérable que celle de l'eau distillée ; toutes les eaux thermo-minérales, en effet, ont une pesanteur spécifique plus grande que l'eau distillée, portée à la même température, et prise pour point de comparaison. On doit avoir soin de tenir grand compte, dans les expériences auxquelles on se livre, pour arriver à la densité exacte des eaux minérales, de la quantité et de la qualité des gaz qu'elles renferment, et aussi du degré de chaleur identique qu'elles doivent avoir; 15 degrés au-dessus de zéro sont le point thermométrique le plus souvent adopté par les physiciens et les chimistes qui se sont occupés d'hydrologie.

On emploie, on le sait, trois méthodes principales pour déterminer la densité des liquides : la méthode du flacon, la méthode de la balance hydrostatique et la méthode des aréomètres. On no se sert, en général, que des deux premières méthodes pour arriver à la densité des eaux thermo-minérales : on prend un petit flacon, dit de M. V. Regnault, composé d'un réservoir sphérique ou cylindrique surmonté d'un tube capillaire et d'une autre partie plus large qui forme entonnoir. On détermine par une double pesée le poids du flacon d'abord vide, puis plein d'eau distillée, puis enfin rempli de l'eau minérale dont on veut connaître la densité. Avec ces données, on calcule le poids spécifique de l'eau minérale. Ou bien encore on suspend au-dessous de l'un des plateaux d'une balance hydrostatique une boule de verre ou de platine et on lui fait équilibre par une tare mise dans l'autre plateau. On plonge ensuile la boule dans l'eau ordinaire distillée; l'équilibre est rompu, et l'on note la perte de poids. Après avoir essuyé cette boule, on procède de la même façon avec de l'eau minérale, et, en divisant la perte de poids dans l'eau minérale par la perte dans l'eau distillée, on a la densité de l'eau minérale. Cette méthode est de beaucoup moins exacte que la première.

La différence de densité des eaux minérales et de l'eau distillée n'est jamais très-marquée, surtout lorsque les eaux minérales ne sont pas très-gazeuses. Ainsi, l'eau distillée pesant 1,000, l'eau des sources minérales varie de 0,985 à 1,0200 en général. On voit cette différence se dessiner dans chacune des classes d'eaux minérales que nous avons admises. Les eaux amétailites sont celles qui ont le moins de densité, et l'eau des nombreuses sources de Wildbad-Gaslcin et d'Évian, dont la pesanteur spécifique oscille entre 0,254 et 0,369, en est l'exemple le plus frappant. Les eaux sulfurées sont celles qui ont la densité la moins marquée après les eaux amétailites : cette densité diffère de 2 à 12 millimes de celle de l'eau distillée ayant la même température. Les eaux minérales bicarbonatées et sulfatées sodiques et calciques ont un poids spécifique un peu plus accentué, il est de 1,001 à 1,005. Les eaux chlorurées sodiques et polymétallites fortes ont la densité la plus considérable; elle est en rapport constant, sauf pour l'eau de mer, avec la quantité de chlorure de sodium qu'elles tiennent en dissolution. Elle est de 1,018 à 1,025.

B. Caractères chimiques. 1" Acidité. On dit d'abord qu'une eau minérale

est acide lorsqu'elle fait éprouver à la bouche la sensation de contact avec un corps aigre. On dit même que les eaux thermo-minérales sont acides lorsque leur saveur ne fait reconnaître aucune aigreur, mais lorsqu'elles rougissent les préparations de tournesol, et le papier bleui par cette teinture dont on se sert le plus souvent. Les eaux minérales sont acides en vertu des principes fixes qu'elles contiennent, mais surtout à cause des gaz qu'elles tiennent en dissolution, et c'est l'acide carbonique qui doit être à cet égard placé de beaucoup en première ligne. Il est souvent difficile de déterminer si une eau minérale est alcaline ou acide, uniquement parce qu'elle rougit ou ramène au bleu la teinture et le papier do tournesol. C'est ce qui arrive, par exemple, avec les eaux bicarbonatées fortes qui bleuissent instantanément, il est vrai, les préparations de tournesol préalablement rougies par un acide, lorsqu'on opère après que leur gaz est parti, mais qui les rougissent dès l'abord, au contraire, au moment où l'on vient de les puiser, alors qu'elles laissent dégager les bulles du gaz acide carbonique qui s'en échappe habituellement.

2° Neutralité. Les eaux minérales sont dites neutres lorsque leur saveur ne fait reconnaître aucune sensation acide ou alcaline, mais surtout lorsque les préparations de tournesol et de curcuma ne sont aucunement influencées, lorsqu'on les mélange avec elles.

5" Alcalinité. Les eaux de plusieurs sources thermo-minérales font éprouver à la bouche une sensation marquée d'alcalinité qui impressionne les papilles de la membrane muqueuse buccale comme les liquides chargés d'une base soluble. et qui font ressentir au palais une saveur souvent comparable à celle de la salive. Les eaux bicarbonatées fortes et peu gazeuses sont l'exemple le plus frappant des eaux thermo-minérales à alcalinité la plus marquée.

Nous avons indiqué, en parlant des classifications, l'influence qu'ont les terrains d'où viennent et que traversent les eaux thermo-minérales, sur leur composition élémentaire. Ajoutons maintenant quelques observations faites par presque tous les hydrologistes qui se sont occupés du gisement et du parcours dans les différentes couches du sol des eaux thermales et minérales avant qu'elles affleurent la terre. Les eaux qui ont leur origine dans les terrains primitifs sont hyperthermales ou au moins mésothermales, elles sont amétallites et très-souvent sulfurées, elles laissent dégager des gaz dont l'azote est celui qui s'y rencontre le plus fréquemment, alors surtout qu'elles sont sulfurées sodiques, comme la plupart de celles qui émergent le long de la chaîne des Pyrénées espagnoles et françaises ou des Hautes-Carpathes. C'est le gaz acide carbonique qui y existe, alors qu'elles sont sulfurées calciques. Les unes et les autres tiennent en dissolution des carbonates, des sulfates, de la silice, quelquefois un peu de fer, de chlorures, d'iodures et de bromures. Les eaux minérales qui prennent leur source dans les terrains de transition sont moins chaudes que celles des terrains primitifs, mais elles arrivent quelquefois cependant à l'hypertherraalité. Elles sont aussi amétallites, bicarbonatées sodiques et calciques, rarement sulfureuses et ferrugineuses. C'est des couches de transition que viennent les eaux de Néris, de Bourbon-l'Ârchambault, de Bourbon-Lancy, de Vichy, de Cransac, de Saint- Gervais, d'Aix-la-Chapelle, de Canibo, de Spa, de Selters, etc. On distingue trois sortes de terrains sédimenteux : ceux formés par les dépôts inférieurs, moyens ou supérieurs. Les eaux minérales contenues dans les sédiments inférieurs ont de très-grandes analogies avec celles qui sortent des terrains de transition, à la différence que les eaux des sédiments inférieurs ne sont que très-

rarement sulfureuses, ou mieux sulfliydriquées, et qu'elles ne renferment plus que des traces de silice et une proportion relativement minime de gaz acide carbonique. Elles ont dissous des sels de soude, mais peu ou point de carbonates, tandis que le sulfate de chaux y domine, au contraire. C'est des couches inférieures que prennent leur source les eaux de Plombières, de Bains-en-Vosges, de Luxeuil, d'Aix- en-Savoie, de Bagnères-de-Bigorre, d'Ussat, de Pyrmont, de Niederbronn, etc. Les eaux minérales qui naissent dans les terrains moyens sont rarement hyperthermales, quelquefois méso et hypothermales, mais elles sont surtout protothermales et athermales. Elles sont aussi peu souvent sulfhydriquées, et presque toujours bicarbonatées, chlorurées, sulfatées et ferrugineuses. Balaruc, Bourbonne-les-Bains, Nauheim, Kreuznach, Gréoiilx, Aix-en-Provence, Pougues et Saint-Amand, etc., en sont les principaux exemples. Les eaux minérales des sédiments supérieurs sont protothermales et plus souvent athermales. Elles sont sulfhydriquées accidentelles, comme celles d'Enghien, de Pierrefonds, de Belleville, de Schinznach, de Weilbach, de Baden-bei-Wieii, etc. ; ou bicarbonatées calciques et magnésiennes, comme celles de Contrexéville, de Vittel, etc., ou sulfatées sodiques et magnésiennes, comme celles d'ivanda, de Seidlitz, de Saidchiiltz, ou enfin sulfatées calciques et ferrugineuses, comme celles de Passy, d'Auteuil, de Forges-les-Bains, de Provins, etc. Un petit nombre d'eaux prennent leur minéralisation dans les terrains trachy tiques, basaltiques et porphyriques ; elles ont alors une ressemblance frappante avec celles qui ont leur origine dans les terrains primitifs. Elles sont assez fréquemment hyperthermales ou mésothermales, plus rarement hypo, proto ou athermales. Leurs éléments gazeux les plus habituels sont l'acide sulfhydrique et l'acide carbonique. Elles ont pour principes fixes les bicarbonates, peu de sulfates et quelques sels à base de magnésie ou de fer, la silice, la lithine et surtout l'arsenic. Les eaux de Saint- Nectaire, du Mont-Dore, de la Bourboule, de Saint-Alyre, de Royat, de Vic-le- Gomte, de Châtelguyon, pour ne citer que les eaux d'Auvergne, en sont les types les plus saillants, ce sont les eaux des pays où se rencontrent les volcans éteints. L'eau des sources sulfureuses si remarquables de la Poretta, en Italie, renfermant une grande abondance de gaz hydrogène protocarboné, appartient à cette catégorie, ainsi que les eaux hyperthermales amétallites de l'île d'Ischia, dans le golfe de Naples. Les eaux des terrains volcaniques, c'est-à-dire celles qui émergent au voisinage de volcans en activité, ont une température plus élevée et sont presque toutes hyperthermales à un haut degré. L'eau de ces sources est chlorurée et sulfhydriquée, comme celle d'Hammam-Meskoutin en Algérie, de Castellamare di Stabia, de Nunziante près du Vésuve; elle renferme une grande quantité de gaz acide carbonique. La silice en proportion notable, ainsi que les matières bitumineuses, les carbonates sodique et calcique, les sulfates, et même l'acide sulfurique, constituent sa minéralisation principale. Les geysers d'Islande, d'une portion de l'Amérique méridionale, de Saint-Domingue, de la Guadeloupe, des Açores, des Canaries, de la Martinique, de l'île de Java et des Cordillères des Andes, appartiennent au groupe des eaux venant des terrains volcaniques. Disons donc, pour nous résumer, que les eaux sulfurées sodiques, presque partout hyperthermales et azotées, sortent des terrains primitifs ou granitiques ; que les eaux hyperthermales ou mésothermales sulfureuses, et à la fois carboniques, ont pris naissance dans les terrains schisteux ; que les eaux bicarbonatées sodiques et hyperthermales, émergeant ou non par un forage artésien, proviennent des terrains de transition ; que les eaux hyperthermales amétalliques, comme celles

du groupe vosgieu do Plombières, de Bains et de Luxeuil, ont leur origine première dans les terrains sédimenteux inférieurs; que les eaux chlorure'es fortes et hyperthermales ont leur source dans les sédiments moyens ; que les eaux ferrugineuses, presque toutes athermales, naissent dans les terrains sédimenteux supérieurs ; que les couches porphyriques, basaltiques ou Irachytiques, renferment des eaux le plus souvent hyperthermales, mais quelquefois athermales, carboniques, bicarbonatées ou chlorurées moyennes et très-notablement arsenicales comme le sont celles de l'Auvergne, et qu'enfin les sources des pays voisins de volcans en activité' sont hyperthermales, carboniques ou sullhydriquées, très-sihcatées, et contiennent souvent même de l'acide sulfurique libre en proportion assez considérable pour être quelquefois dangereuses ^.

Les eaux thermo-minérales varient-elles de température et de composition élémentaire, suivant les saisons, les pays et les couches de terrains qu'elles parcourent avant d'arriver à leur point d'émergence? On peut répondre d'une manière générale à cette question par la négative, mais il faut faire cependant d'assez nombreuses réserves. Ainsi, personne ne doute que les grandes commotions telluriques aient de l'influence sur la température, le débit et la composition chimique des sources minérales et thermales. Le trenildement de terre qui, en 155G, détruisit la ville de Lisbonne, abaissa ou augmenta la thermalité d'un grand nombre de sources minérales, modifia leur rendement, les supprima même tout à fait, ou apporta des changements notables à leur minéralisation et surtout à la quantité de gaz qu'elles renfermaient auparavant, et qu'elles contiennent depuis celte profonde secousse d'une partie de notre globe. 11 est inutile d'en citer des exemples qui sont présents à l'esprit des hydiologistes, et les récentes catastrophes d'Alhama en Espagne, où le faubourg de Baena et rétablissement ont été détruits, nous l'ont rappelé tristement. Nous devons nous contenter de renvoyer à ce que nous avons dit en parlant des stations de Nauheim, de Pyrmont, de Téplitz-Schônau et de Hall. Il n'est pas douteux non plus que la présence ou la qualité des gaz varient sensiblement par les temps de pluie et surtout d'orage, pendant lesquels certaines eaux contiennent plus ou moins de gaz acide carbonique, par exemple, ou laissent dégager de l'acide hydrosullurique. Ce que nous avons dit, en parlant des eaux de Cannstatt, nous dispense d'entrer dans de plus longs détails. Toutes les remarques que nous venons de faire s'appliquent, comme on le voit, à des changements telluriques ou atmosphériques momentanés, transitoires par conséquent ; mais elles ne peuvent concerner l'eau des sources qui n'ont pas été troublées par des accidents terrestres, heureusement très-rares, soit dans leurs réservoirs inférieurs, soit dans les canaux qui leur font traverser la terre, soit enfin au lieu même de leur émergence. Ce que nous avons avancé, à savoir : que les eaux thermo-minérales ont une température, un rendement et une composition élémentaire à peu près invariables, est donc vrai dans l'immense majorité des cas, malgré les années, l'état tellurique ou atmosphérique, à moins que des changements notables n'aient été apportés dans le captage ou l'aménagement.

Avant d'aborder la question la plus importante de notre sujet, le mode d'administration et l'application des eaux thermo-minérales, tachons de donner une

* On devra consulter sur ce sujet un remarquable rapport de M. A. Gautier à l'Académie de médecine à une date (7 avril 1885) où le présent article était sous presse.

idée aussi exacte que nous le pourrons de la disposition qu'on doit rencontrer dans un établissement hydrothermal.

Etablissement thermo-minéral. Un établissement thermo-minéral doit être construit de façon à renfermer d'ime manière complète et commode les différentes sections que nous allons indiquer. Les eaux minérales n'exigent pas toutes, il est vrai, une installation aussi compliquée que celle que nous allons prendre pour type. Cette installation n'est possible qu'aux stations dont les eaux sont abondantes et pourvues de qualités multiples pouvant satisfaire à des indications nombreuses. Les eaux ferrugineuses athermales, en effet, sont presque toujours administrées en boisson seulement ; ce n'est que par exception qu'elles servent à l'extérieur, et alors leur aménagement est rudimentaire.

Un établissement minéral doit être construit sur le point d'émergence des sources, et l'eau qui alimente ses diverses parties doit y arriver sans perdre, autant que faire se peut, sa tbermalité et ses principes volatils et gazeux. Il comprendra une ou plusieurs buvettes, des cabinets de bains d'eau minérale pure, concentrée ou courante, une, et mieux deux, ou un plus grand nombre de piscines, une division de douches d'eau, des salles de bains et de douches de vapeur, des cuvettes pour les bains de pieds, une pièce à deux compartiments pour le humage, une salle pour les inhalations de vapeur et de gaz, une section pour l'administration de l'eau pulvérisée, une ou plusieurs pièces pour le massage et pour l'application des boues ou des conferves, si les eaux en produisent. Un établissement thermominéral, enfin, doit avoir les logements nécessaires aux employés, qui seront à la disposition des malades k tontes les heures oii la maison de bains est ouverte. Il est bon même que des appartements soient réservés pour ceux à qui leur santé ne permet pas, ou permet difficilement, les déplacements nécessaires pour suivre une cure thermale. Lorsqu'il n'y a pas dans la maison de bains des logements à leur disposition et que leurs maladies ou leurs infirmités les mettent dans l'impossibilité d'aller à pied ou en voiture, il J'aut qu'ils trouvent des chaises roulantes ou à porteurs, des ascenseurs, etc., qui leur rendent accessibles toutes les parties de l'établissement. Ces moyens de transport sont très-utiles encore à tous les baigneurs qui ont une poitrine délicate ou malade, aux rhumatisants, et à ceux qui suivent une cure d'hiver ou dont la balnéation commence au milieu de la nuit. C'est alors qu'il convient de les soustrau'e aux transitions brusques de la température, au froid et à l'humidité, que le chauffage des couloirs est une excellente précaution, et que les calorifères doivent être soigneusement entretenus, comme à Amélie-les-Bains, au Yernet, et principalement au bel et grand établissement de Dax, où la haute tbermalité des eaux minérales qui circulaient dans des canaux, chauffait les pièces fréquentées par les malades et y maintenait une température convenable, et surtout constante. On a cependant renoncé depuis quelque temps, à Dax, à utiliser ainsi la chaleur par trop humide obtenue par ce procédé.

Mode d'administration et doses. Les eaux thermales et minérales s'emploient en boisson, en bains généraux ou locaux, en douches d'eau, de vapeur ou des gaz qu'elles laissent dégager. Ces douches sont aussi reçues sur tout le corps ou sur l'une de ses parties. Les bains de vapeur sont pris ou dans des étuves ou dans des boîtes, avec la tête à l'air hbre. Les eaux thermo-minérales s'administrent en inhalation, en pulvérisation, en humage, en application partielle, soit de compresses imbibées d'eau minérale pure ou concentrée, soit de cata-

plasmes des conferves produites par les sources, soit enfin sous la forme de boues et d'eaux-raères. Nous avons consacré d'ailleurs à ces divers modes d'administration un article spécial ; nous dirons un mot aussi du massage.

A. Boisson. Les eaux thermo-minérales se prescrivent à l'intérieur dans presque toutes les stations ; il en est pourtant quelques-unes, comme celles de Néris, de Plombières, de Wildbad du Wurtemberg, de Wildbad-Gastein, etc., qui sont à peu près exclusivement employées à l'extérieur. II est d'autres sources, au contraire, et celles-là sont de beaucoup les plus nombreuses, dont l'eau ne sert absolument qu'en boisson, même quand il existe des baignoires et des ajutages de douches dans l'établissement où elles émergent. C'est le plus souvent parce que les vertus qu'on leur a reconnues de prime abord ont fait négliger tout autre moyen balnéotliérapique.

La quantité d'eau minérale que le médecin conseille varie suivant sa composition chimique, la manière dont elle est agréée par l'estomac, dont elle agit sur une économie normale ou morbide, les effets physiologiques et surtout curatifs qu'on veut obtenir. Quelques sources, comme les sulfurées sodiques et surtout calciques, ne doivent être données, au début de la cure principalement et chez des malades aisément excitables ou sujets aux hémoptysies, qu'à une dose trèsrestreinte, une cuillerée à soupe, par exemple. Quelquefois même elles seront coupées de lait, et on ne devra en augmenter la quantité qu'avec une grande réserve. D'autres eaux minérales, comme les sulfatées et les bicarbonatées, prescrites dans la diathèse urique notamment, peuvent être ingérées journellement en proportion considérable, comme 10 à 12 verres, par exemple. C'est le seul moyen d'obtenir un lavage complet des voies uropoétiques et d'entraîner les sables, les graviers et les petits calculs dont on veut débarrasser les malades. En tenant compte des exceptions que nous venons de signaler, on peut dire que les eaux thermo-minérales en boisson se prennent, en général, à des doses moyennes, 2 à 4 verres de 100 ou 125 grammes chacun, espacés d'un intervalle d'un quart d'heure ou d'une demi-heure. L'habitude que les buveurs avaient prise dans le siècle dernier, et au commencement de celui-ci, démontre que les doses moyennes dont on fait usage à présent pourraient être augmentées, puisque c'était de pratique à certaines stations, comme à Vichy, à Marienhad, à Gontrexévillc et à Évian, etc., de gorger l'estomac de 20 à 40 verres dans une même matinée. Quelques accidents plus ou moins sérieux, dont le principal et le plus ordinaire était une indigestion d'eau minérale avec toutes ses conséquences, étaient fréquents alors. Ce n'a pas été probablement ces indigestions qui ont été la cause réelle de la cessation des doses exagérées, mais bien plutôt la mort de certains buveurs imprudents qui sont tombés près des sources dont ils avaient abusé sans discernement et au-delà de toute mesure. Nous venons d'indiquer que certaines précautions sont nécessaires dans le mode d'administration et les doses des eaux sulfurées et sulfureuses, nous devons ajouter que souvent il doit en être de même pour les eaux fortement carboniques. Ainsi on évite certains accidents en conseillant de ne les boire qu'un temps plus ou moins long après qu'elles ont été puisées, après même qu'elles ont été artilîciellement chauffées. On les débarrasse ainsi du gaz acide carbonique qu'elles contiennent en excès et qui détermine, comme nous l'avons vu aux stations de Karlsbad et de Szhâcs, des phénomènes de congestion cérébrale semblables à ceux de l'ivi'esse.

Buvettes. On appelle buvette le point où les malades se rendent pour ingérer l'eau affectée à la cure interne. C'est tantôt à la fontaine même qu'ils

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puisent ou qu'on puise pour eux la quantité d'eau qu'ils désirent ou que le médecin a conseillée, tantôt à la pompe dont le corps est sur le griffon, lorsque l'eau émerge à une profondeur qui n'a pas permis d'établir un prétoire à l'origine de la source. Quand l'eau est gazeuse, ce qui arrive le plus souvent, un système de pompe non aspirante, mais foulante, vaut mieux qu'un bassin à ciel ouvert, comme cela existe à la source de l'Hôpital de Vichy, pour ne citer qu'une des plus importantes et des plus visitées. Le corps de pompe, le piston, les tuyaux et le robinet, ne doivent pas être métalliques, parce qu'ils pourraient altérer ou décomposer les eaux de la buvette. La faïence, la porcelaine et le cristal, sont de beaucoup préférables.

La forme et la capacité des verres varient aux diverses stations : ainsi, lorsque l'eau est hyperthermale, comme à Hammam-Meskoutin, à Ilammam-Rir'ha, à Karlsbad, etc., par exemple, les verres sout pourvus d'anses , afin que les buveurs puissent attendre le moment où la température de l'eau soit ax-rivée au degré thermomélrique qui leur convient ou qui leur a été prescrit. Les anses aux verres sont commodes encore, lorsque les malades doivent attendre, pour ingérer l'eau, que le gaz en soit totalement dégagé. La grandeur des verres n'est pas assez surveillée, en France surtout ; il est évident cependant que les buveurs ne doivent pas tous confier à leur estomac la même quantité d'eau minérale. Le médecin a beau recommander la prudence et la circonspection dans l'usage interne de certaines eaux sulfurées, comme aux Eaux-Bonnes, pour n'en citer qu'un exemple, il n'en est pas moins d'observation presque journalière que les préposés à la buvette et les malades eux-mêmes ont une grande tendance à exagérer la quantité que leur médecin leur a prescrite. Les verres gradués devraient être partout imposés, et la formule écrite du médecin toujours rigoureusement observée.

La condition première de la bonne installation d'une buvette est qu'elle soit établie sur le point d'émergence de la source ou au moins dans son voisinage le plus immédiat, pour que l'eau ait conservé les qualités natives qu'elle a au sortir de la terre. La thcrmalité, la conservation des vapeurs et des gaz, sont assurément des éléments très-précieux de l'action salutaire des eaux minérales et thermales, et il n'est jamais indifférent de se priver de ces éléments, à moins qu'il n'y ait une impossibilité absolue en raison de la position du lieu où émergent les sources, de la déclivité du sol ou de l'éloignement des griffons. Les eaux gazeuses, surtout celles dont le contact de l'air altère immédiatement la composition élémentaire, comme cela a lieu pour les eaux sulfurées et sulfureuses, exigent les précautions les plus minutieuses; la source des Œufs de Cauterets en est un exemple. On a amené son eau à l'établissement qui porte le nom de cette source dans des canaux de cristal ou de porcelaine exactement rempUs, mais on n'a pas empêché une certaine altération de cette eau thermale sulfurée et azotée qui n'a son summum d'activité que lorsque les buveurs l'ingèrent au point même de son émergence.

Les buvettes ont la plupart du temps été installées dans l'intérieur ou au voisinage de la maison de bains pour que les malades puissent s'y rendre plus aisément et sans danger. Eh bien, dans ce cas même, ils ne consentent pas toujours à aller boire à la source. Cette apathie est baucoup plus accentuée encore lorsque la buvette est distante de quelques kilomètres du point oii ils sont logés. Ainsi, à Miers ou à Montmirail Vaqueyras, dont les sources laxatives émergent à plus de 2 kilomètres des maisons des buveurs, les eaux sont presque

toujours apportées aux malades qui ne béaélîcient pas de l'exercice à pied faisant pourtant une partie intégrante de leur cure. Les médecins ne peuvent trop fortement réagir contre cette indolence si commune et si préjudiciable à des malades qui se sont imposé un long voyage et un déplacement fatigant et onéreux, sans profiter des effets heureux d'une eau thermo-minérale prise sans déperdition de ses principes volatils ou gazeux. On leur répétera sans cesse qu'ils ne doivent pas se faire apporter l'eau dans leur lit ou dans leur chambre, et l'on ne sera que trop rarement écouté. L'heure où l'eau doit être bue n'est pas non plus indifférente, et la fréquentation matinale, au moment où l'estomac est vide, est certainement celle qui convient le mieux à sa bonne assimilation. Il est, dans certains cas, utile de revenir aux sources quelque temps avant le dîner, lorsque le traitement nécessite une ingestion fréquente et abondante d'eau minérale. Les doses sont extrêmement variables suivant les individus, et suivant les affections ou les diathèses contre lesquelles on les emploie. Nous l'avons déjà fait remarquer, en parlant des eaux sulfurées, sulfureuses et carboniques. Faut-il conseiller les eaux avant le bain ou la douche, ou attendre pour les boire qu'ils aient été pris? Nous sommes partisan, à moins d'indications spéciales, de l'ingestion de l'eau avant l'administration des bains ou des douches. Nous n'admettons d'exception que lorsqu'on veut produire une transpiration abondante et continue pendant un temps assez long. Nous préférons, sans cela, que l'estomac ait laissé complètement passer l'eau minérale avant que les malades se rendent aux bains ou aux douches. Nous évitons, en agissant ainsi, les pesanteurs gastriques, les nausées et quelquefois les vomissements qui se produisent, accidentellement, il est vrai, à certaines stations thermales où l'on a l'habitude de donner l'eau dans les bains ou pendant l'administration des douches. 11 est si utile, dans la plupart des traitements hydrominéraux , de conserver les premières voies dans leur état de parfaite intégrité, que nous croyons prudent de faire suivre le traitement interne du traitement extérieur dans l'immense majorité dos cas, en mettant un intervalle d'une demi-heure où d'une heure entre la boisson, les bains et les douches. Nous ne sommes plus au temps de l'empirisme où, comme nous le disions tout à l'heure, les malades prenaient de 20 à 40 ou 50 verres d'eau minérale par jour, et cependant ils ont encore de la tendance à élever les doses plus que de raison. Les médecins de chaque station devront surveiller attentivement la quantité des eaux qui sont distribuées chaque matin aux buveurs, pour qu'ils ne puissent absorber des doses exagérées qui, nous l'avons vu, peuvent produire des accidents graves et même la mort. Lorsque l'eau d'une source minérale est athermale et que le médecin juge que son usage intérieur donnerait de meilleurs résultats, si elle était hypothermale, protothermale, mésothermalcouhyperthermale, il est possible, comme à Cannstatt ivoy. ce mot), d'établir des serpentins la chauffant au degré qu'on veut dans son bassin de captage ou dans les tuyaux qui l'amènent aux robinets de la cuvette. Il est nécessaire alors de surveiller la distribution de l'eau minérale, qui doit avoir lamêm.e chaleur dans toutes ses couches, et être reçue dans les verres toujours au même degré de température.

Dans beaucoup d'établissements, les buveurs sont protégés par les bâtiments affectés aux diverses sections de la maison de bains; dans d'autres, les buvettes sont abritées par des pavillons spéciaux qui empêchent les eaux de pluie de se mêler à l'eau minérale, et servent à garantir les malades dans les journées de mauvais temps. Une grande salle ou un vaste préau qui, en Allemagne, ont

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reçu le nom de « Trinkhalle » , ont été établis à la suite du pavillon des buvettes ; ils permettent aux buveurs de faire par tous les temps un exercice si utile à la bonne assimilation des eaux. Un certain nombre de stations françaises, même les plus fréquentées, n'ont encore aucun pavillon d'abri à leur buvette; d'autres qui ont ce pavillon n'ont pas de Trinkhalle où les malades se rencontrent, marchent et se distraient, au lieu de rester dans leur lit ou dans leur chambre, et d'être amenés à suspendre un traitement qui ne peut que gagner à ne pas être interrompu.

Quelques eaux minérales ne peuvent s'administrer pure, chez quelques buveurs au moins, même à des doses extrêmement minimes. Lorsqu'il importe de faire prendre des eaux thermales sulfurées, comme chez les phthisiques sujets aux crachements de sang, il est nécessaire de les couper avec du lait, des infusions émollientes ou bécliiqucs, et de les édulcorer avec des sirops balsamiques ou adoucissants. Ce n'est pas toujours les voies [aériennes qui forcent d'étendre les eaux minérales sulfureuses, sulfurées et autres, d'un liquide qui en atténue l'activité; c'est souvent l'état d'irritation ou d'inflammation plus ou moins aigu de l'estomac qui empêche de prescrire les eaux seules. On est alors forcé de les mitiger pour éviter l'apparition, soit de trop grandes pesanteurs épigastriques, soit d'éructations fatigantes, soit de nausées ou même de vomissements, soit enfin de coliques accompagnées quelquefois d'un cours de ventre qui peut entraîner de graves conséquences. Quand il ne s'agit que de liquides inoffensifs pour calmer l'effet des eaux minérales, il n'y a aucun inconvénient à ce que ces liquides ou ces sirops soient déposés, comme on le fait habituellement, dans un compartiment spécial de la buvette; mais, lorsque ce sont des solutions médicamenteuses, lorsque surtout elles sont spécifiques, comme dans les stations sulfureuses ou sulfurées, où l'on a la coutume d'associer la médication hydrominérale aux préparations raercuriellos ou iodurées que ces eaux font mieux supporter, il est indispensable, pour que la nature du traitement ne puisse être connue, que les personnes atteintes, ou supposées atteintes de syphilis, apportent avec elles à la buvette les flacons qui contiennent le médicament accusateur. Ajoutons que la remarque que nous venons de faire ne nous a pas été dictée par une vue spéculative, mais par les réflexions de malades qui avaient eu à souffrir de l'inconvénient que nous venons d'indiquer et qu'il nous a suffi d'avoir signalé pour le voir disparaître. L'accès de la buvette n'est libre qu'à certaines stations où les buveurs ne sont pas trop nombreux pour apporter de la confusion dans le service ; mais dans beaucoup de postes thermo-minéraux les malades doivent aller recevoir leur eau à des heures déterminées, de cinq à huit heures du matin en général, et de cinq à six heures du soir. Des préposés, hommes ou femmes, suivant les contrées, sont munis de hampes au bout inférieur desquelles sont fixés des plateaux à compartiments, au nombre de trois à six, qui retiennent les verres, pendant qu'ils sont plongés dans la source. L'eau émerge en effet presque toujours en contre-bas du sol et quelquefois dans un puits profond, comme à Saxon en Valais, pour n'en citer qu'un exemple. Les malades touchent ainsi seuls à leur verre qu'ils reçoivent directement du préposé à la buvette. Lorsque l'eau minérale est fournie par le robinet d'une pompe, l'employé laisse écouler d'abord la partie de l'eau contenue dans le corps de pompe, afin que les buveurs la reçoivent à la température native et profitent de toute son activité thérapeutique. Dans les heures de la journée où les buvettes ne sont pas libres, les grilles qui entourent leur prétoire sont fermées, ou le

couvercle du bassiu est abaissé et on le clôt hermétiquement. Les malades ne consomment aux buvettes que l'eau de la source qui leur a été conseillée, mais, dans quelques stations françaises et surtout étrangères , ils trouvent des appareils pour chauffer leur eau minérale ou des vases remplis de lait ou de petit-lait pour les étendre. Il existe même des buvettes dans la Trinkhalle desquelles on trouve des comptoirs oii l'on vend toutes les eaux minérales transportées qu'on peut désirer. Ainsi, à Ischel, il n'y a pas d'autre eau minérale consommée en boisson à la Trinkhalle que celles de Vichy, d'Ems, de Karlsbad, de Marienbad, de Pyrmont, etc., artificiellement élevées à leur degré de chaleur native , si elles sont thermales. Lorsque les buvettes ne sont pas dans les établissements, on les a ordinairement installées dans le parc qui leur est attenant; mais elles sont souvent à une distance assez longue, comme la Raillière et Mauhourat de Cauterets, et alors il a fallu établir un service de voitures spéciales pour y conduire les malades. Nous avons dit que les buveurs doivent aller recevoir directement leur eau à la source même, s'ils veulent en retirer le plus grand profit, et cependant on rencontre à chaque saison des domestiques qui emportent de la buvette des verres pleins d'eau et renversés sur un plateau pour que l'eau conserve le plus possible sa vertu première. Nous nous sommes élevé de toutes nos forces contre la paresse des buveurs valides; le transport des eaux est indispensable cependant quelquefois pour les malades habituellement ou accidentellement dans l'impossibilité de se transporter à un point rapproché des sources. Il en est de même des jeunes fdles ayant une tendance à la gravelle qui peut même avoir fait chez elles une apparition précoce et non douteuse. Pour ne pas nuire à leur avenir en révélant leur infirmité, il convient qu'elles évitent la fréquentation des buvettes, aux heures où les goutteux et les graveleux se rendent aux sources, et qu'elles ingèrent dans leur chambre l'eau qui leur est apportée.

B. Bains. Nous avons parlé des eaux minérales en boisson. Nous traiterons maintenant des bains, des douches, de l'inhalation ot de la pulvérisation. La section des bains d'eau est assurément la plus importante d'un établissement hydrominéral : aussi allons-nous la parcourir dans toutes ses parties et étudier successivement les bains de baignoire, à l'eau dormante ou courante, pure ou additionnée des principes concentrés des eaux, comme l'eau mère et les sels qu'on en retire, et les bains de piscines grandes et petites.

La division des bains isolés se compose ordinairement d'un assez grand nombre de cabinets qui doivent être précédés d'une antichambre pour soustraire les habits à la vapeur qui s'échappe des baignoires et disposés des deux côtés d'une galerie, afin que les sexes soient complètement séparés. Tous les cabinets des bains se ressemblent en général. Leur grandeur varie seule en raison du nombre des baignoires qu'ils contiennent. Chaque vestiaire doit avoir les dimensions suivantes : 1^,50 à 2", 55 de longueur, 2 mètres de largeur et la même hauteur que les cabinets de bains qui doivent mesurer 5 mètres à 5™, 50 de longueur, 2 mètres à 2"", 20 de largeur, et 5"", 50 de hauteur. Us doivent recevoir l'air et la lumière par une fenêtre à vasistas donnant sur une cour intérieure, et être clos par une porte vitrée qui éclaire le vestiaire. Le mobilier d'un cabinet de bain doit être composé d'une baignoire, de deux quelquefois, ayant deux ou trois robinets chacune, d'un cordon de sonnette mis à la portée des baigneurs et non suspendu à la porte extérieure des cabinets, comme cela arrive à quelques établissements étrangers non encore pourvus de tout le confort désirable, de

quelques chaises de canne ou de bois treillage ou déconpé ; d'une petite table, d'un pupitre mobile s'appliquant au-dessus de la baignoire ; d'une natte de sparterie recouvrant le plancher d'asphalte, de pierre, de carreaux, de briques, ou même de bois, et d'appareils convenables pour chauffer le linge des baigneurs. Les parois latérales des cabinets de bains doivent être stuquées ou recouvertes de plaques de faïence ou de porcelaine blanches ou de couleur, mais dont il soit facile d'entretenir la propreté. Leur plafond sera peint à l'huile et en blanc, si l'eau n'est ni sulfureuse ni sulfurée ; dans le cas contraire, il pourra être à la colle ou mieux au blanc de zinc. Les baignoires isolées de métal, de pierre, de briques, de lave, de ciment, de marbre, de terre cuite, de porcelaine ou même de bois, seront oblongueset à une ou deux têles, simplement placées sur l'aire des cabinets ou encaissées plus ou moins, et même tout à fait, dans le sol. Dans ce dernier cas, on y descend par deux ou trois marches, et on les nomme piscines de famille quand elles sont assez grandes pour permettre à deux, trois ou quatre personnes, de se baigner ensemble. La forme de ces petites piscines est ronde, rectangulaire ou carrée. Les baignoires métalliques sont de zinc en lames de 20 à 25 millimètres d'épaisseur, de cuivre étamé à l'intérieur, ou de fonte émaillée également à l'intérieur. Ces baignoires métalliques sont employées surtout dans les établissements dont les eaux sont amétallites, bicarbonatées, sulfatées ou chlorurées. Celles de fonte émaillée conviennent mieux aux eaux ferrugineuses, sulfurées, sulfureuses, et à toutes les eaux incrustantes. Les baignoires de pierre, de granit ou de grès, sont rarement, usitées parce qu'elles prennent difficilement la température de l'eau thermale ou minérale qu'elles refroidissent. Les baignoires construites avec des briques cimentées et revêtues à leur intérieur de carreaux de faïence ou de porcelaine sont usitées dans un assez petit nombre de stations. La lave et la pierre de Vol vie servent à la confection des baignoires, notamment dans les établissements d'Auvergne ; dans les autres pays on les a abandonnées parce que leur couleur foncée les rend difficiles à maintenir dans un état de propreté parfait. Le marbre blanc et de diverses couleurs a été utilisé dans les Pyrénées françaises et espagnoles, où les carrières sont nombreuses, pour faire des baignoires d'une seule pièce ou de quatre morceaux ayant, en général, 50 ou 60 millimètres d'épaisseur. Les baignoires de marbre monolithes, et même celles de plusieurs pierres, laissent beaucoup à désirer parce que, comme celles de granit et de grès, elles s'échauffent trop lentement et refroidissent l'eau thermale qu'elles renferment. Les baignoires de terre cuite vernissée, de faïence ou de porcelaine d'une seule pièce, ont de grands avantages, mais leur prix est très-élevé à cause de la difficulté qu'il y a à les cuire convenablement, et elles sont bien fragiles. Les baignoires de bois d'un, seul morceau sont rares, et celles qui sont faites de plusieurs coulent trop souvent, aussi s'en sert-on rarement, même doublées de zinc pour les rendre plus solides, plus étanches, et d'un entretien plus facile. Les dimensions des baignoires qui servent aux bains d'une seule personne sont de 1"',50 à 1"',50 de longueur, de 50 à 60 centimètres de largeur et de 60 à 65 centimètres de hauteur. Leur capacité est alors de 270 litres environ. Les baignoires où l'on reçoit les douches doivent être plus grandes et avoir 65 à 70 centimètres de largeur et de hauteur, et 1",50 à l-^jOO de longueur. Elles contiennent alors 320 à 335 litres d'eau.

Les tuyaux qui apportent l'eau à la baignoire sont terminés par des robinets de divers modèles qui sont directement au-dessus et au côté le plus rapproché

des murs ou des cloisons où ils prennent appui. Ce sont les robinets en col de cygne en cuivre, en bois ou en porcelaine ; d'autres sont à clef, leur carré est au pied ou au côté de chaque baignoire. Ces derniers ont l'avantage de ne pas laisser aux malades la possibilité de modifier la température première de leur bain, qu'ils ne peuvent ainsi prendre ou trop chaud ou trop froid. Les robinets à clef, comme les robinets coudés appliqués à une des parois intérieures et inférieures des baignoires, ont de plus l'avantage de ne pas permettre, comme les robinets qui versent de haut, l'altération des eaux qui sont aisément décomposées ou qui cèdent promptement à l'air leurs principes volatils ou gazeux. Un seul robinet est à la rigueur nécessaire, lorsque l'eau est mésothermale; mais, quelque appropriée que soit sa température pour les bains tempérés, il est toujours utile que l'eau thermale puisse être refroidie en raison de l'idiosyncrasie des malades ou des indications que le médecin veut remplir. 11 est avantageux, aux stations oîi les eaux sont hyperthermales et surtout fortes, que les baignoires soient pourvues de trois robinets, l'un pour l'eau minérale à sa température native, l'autre pour cette même eau ayant séjourné dans un refroidissoir, et le troisième pour l'eau ordinaire froide servant à étendre une eau thermale trop chargée de principes fixes.

Lorsque les bains sont administrés à l'eau courante, c'est-à-dire que l'eau mésothermale se renouvelle sans cesse, la baignoire est pourvue d'un trop-plein dont l'ouverture est en rapport avec celle du robinet qui l'alimente. Si une douche locale, comme la douche vaginale, est prescrite pour être prise pendant la durée du bain, des ajutages spéciaux sont adaptés à une des parois latérales dans l'épaisseur de laquelle se loge un tube coudé. Il en est de même pour les demi-bains ; l'écoulement de l'eau permet qu'une partie du corps soit seule immergée.

Bains de boue. Les bains de boue s'administrent d'une façon un peu différente en raison de la composition et de la thermalité des eaux qui ont donné naissance aux boues qu'elles ont laissées déposer, ou de la terre argileuse, glaiseuse ou tourbeuse, qui y a macéré pendant longtemps, ou des principes cristallins qui font leur activité. L'emploi des bains généraux de boue est fréquent dans un grand nombre de stations thermo-minérales, ainsi qu'on peut s'en rendre compte en consultant les premières lignes de nos articles sur les eaux minérales ; l'usage général ou local des boues est à peu près le même partout; il ne diffère que par des nuances : ainsi à la station d'Acqui on ne fait usage que du dépôt des sources, tandis qu'à Marienbad et à Franzensbad on utilise la boue terreuse dont on élève la température en la délayant dans l'eau minérale artificiellement chauffée. A Saint-Amand, le procédé du chauffage des bains de boue est tout à fait particulier, comme on va le voir.

La boue d'Acqui se décompose dans le bassin où émergent les sources employées à l'extérieur ; on le nomme Grande vasca ; il est divisé en trois compartiments. Le premier dit Vasca superiore est le plus grand, l'eau qu'il contient, après avoir alimenté les bains et les douches des Payants, des militaires et des pauvres, laisse déposer la boue employée à Acqui. Les deux autres divisions ne servent qu'à recevoir la boue en excès de la grande vasque. Deux escaliers, de cinq marches chacun, permettent de descendre à la Grande vasca et d'en retirer la boue. Autrefois on envoyait des plongeurs, munis de seaux qu'ils allaient remplir au fond du grand bassin dont l'eau a une température de 41 degrés centigrade. On met au mois d'avril les compartiments à sec et on

en extrait la boue. Elle est composée des dépôts qui se sont faits pendant l'hiver, et des boues que l'on a employées pendant la saison précédente. On n'utilise, en effet, pendant une année, que la moitié de la boue, afin qu'avant de s'en servir une seconde fois elle puisse macérer dans l'eau thermo-minérale. L'établissement militaire, alimenté par des sources spéciales, a quatre réservoirs de boues qui communiquent avec la Grande vasca. Ces détails topographiques connus, comment s'emploient les boues d'Acqui? Beaucoup d'autres stations d'Italie ont voulu imiter ce qui se fait à cet égard à Acqui; mais l'activité des Fanghi piémontais est bien supérieure à celle des autres postes thermaux, et Acqui a toujours conservé un grand renom pour l'application des boues. Voici comment on y procède : Le malade, au lieu d'être plongé dans une baignoire, comme nous allons voir qu'on le fait en Bohême et dans plusieurs stations hongroises, est couché sur un matelas, la tête supportée par un oreiller de paille de mais. On prend la boue de Yasca grande ou des bassins de l'hôpital militaire, et l'on en applique une couche de 6 centimètres d'épaisseur environ sur tout le corps dans les cas exceptionnels ou sur le tronc, ou seulement sur un ou plusieurs membres. Nous signalerons, dans la partie de cet article consacrée à l'action physiologique et thérapeutique des eaux minérales en général, les phénomènes éprouvés par l'application des boues d'Acqui.

C'est dans la prairie, en face de la maison de bains du docteur Loiman, qu'on trouve la boue de Franzensbad, la plus renommée de la Bohème. Si l'on veut bien retenir les observations qui vont suivre , on aura une idée suffisante de son usage aux établissements voisins de Marienbad, de Karisbad, de Téplitz, et autres de la même province. Cette boue est presque à fleur de terre et se trouve jusqu'à une profondeur moyenne de 5 mètres. On l'extrait à la pelle, et, aussitôt qu'elle est retirée, elle est remplacée par une eau dans laquelle l'analyse constate la présence des principes contenus dans les sources, de sorte qu'elle macère dans l'eau minérale. Les morceaux de cette boue restent exposés à l'air et au soleil pendant une année entière avant qu'ils soient employés. Cette boue est en si grande quantité qu'on constate à chaque instant des points dans lesquels les pieds s'appuient sur un sol mouvant et élastique donnant la sensation d'un tremplin et indiquant l'existence d'une tourbière. On trouvera l'analyse chimique exacte de cette boue à l'article Franzensbad. C'est dans la maison des bains Loimau qu'a lieu l'application des boues de Franzensbad. Voici quelle préparation on est obligé de faire subir à cette terre avant de la délayer dans les bains. Les carrés de tourbe noire et humide que les ouvriers ont enlevés sont exposés au grand air, sur le sol du voisinage où on les laisse sécher pendant une année. Au bout de ce temps on les transporte dans un lieu couvert situé à proximité de l'établissement, et là ils sont broyés sur une table au moyen de pilons de bois et débarrassés des nombreux corps étrangers qu'ils contiennent. Cette préparation réduit la terre en poudre assez grossière, qui doit encore attendre tout l'été exposée au soleil avant d'être mêlée à l'eau des bains. Après les chaleurs, la poussière subit un travail nouveau : on la dépose dans un certain nombre de cuves de bois fermées d'un couvercle solidement fixé par des clous à vis. Des tuyaux, en communication avec une machine de la force de plusieurs chevaux, serpentent dans les cuves et donnent issue à la vapeur qui, imbibant ia tourbe, la délaye et la chauffe. Un thermomètre, placé sur la paroi extérieure, indique les degrés de température par lesquels passe successivement la boue contenue dans les cuves. Cette opération d'imbibition

est terminée lorsque la chaleur est assez forte pour que la colonne thermométrique s'élève à 87»,5 centigrade. On s'y prend ainsi lorsqu'on veut préparer un bain de boue : on pousse sous la cuve qui contient la tourbe chauffée et délayée une baignoire de bois à roulettes. Un large robinet, placé à la partie inférieure de la cuve, laisse tomber la boue dans la baignoire qu'on doit remplir jusqu'au huitième ou au sixième de sa grandeur. On fait ensuite glisser la baignoire sous deux autres robinets donnant, l'un de l'eau minérale froide, et l'autre de l'eau minérale chauffée. On ajoute à ces eaux une certaine quantité de poussière de tourbe fraîchement pulvérisée et sèche. Un garçon de bain promène alors dans la baignoire, afin d'égaliser la chaleur des diverses couches et d'opérer un mélange parfait, une sorte de longue spatule percée dans le sens de sa longueur et au milieu de sa lame. Une femme de service enfin, plongeant dans le bain de boue ainsi préparé ses bras jusqu'au-dessus des coudes, complète le mélange et enlève les petits fragments de pierre ou de bois qui ont échappé à l'attention des broyeurs de boue. Pour que le bain de boue soit convenablement préparé, il faut qu'un thermomètre, placé à diverses profondeurs, s'élève toujours au même degré, c'est-à-dire de 55 à 57 degrés centigrade. On a eu soin de disposer à côté du bain de boue un bain d'eau minérale chauffé exactement au même degré, et avant que le baigneur ne passe, en quittant son bain de boue, dans cette seconde baignoire d'eau, il doit se servir d'une aiguière de bois blanc, placée entre les deux baignoires, pour se débarrasser de la plus grande partie de la boue dont son corps est souillé.

Après avoir parlé des bains de boue chaude, nous devons mentionner les bains do boue froide du lac de Balalon employée dans les maisons de bains de Fiired et dont les propriétés sont très-remarquables. On trouve dans ce lac salé une boue grisâtre, ardoisée, douce et grasse au toucher. Elle s'emploie mêlée à l'eau des bains, en frictions ou en applications locales. On se sert de la boue froide suspendue dans l'eau chauffée des sources ferrugineuses carboniques de cette station hongroise.

La boue de Saint-Âmand est noire, elle répand une odeur sulfureuse et a 25 degrés centigrade. Des bulles de gaz s'en échappent sans cesse. Cette boue est formée de trois couches : la supérieure est de la tourbe, la moyenne de l'argile et l'inférieure de la silice, du carbonate de chaux, de l'oxyde de fer et d'alumine. Cette troisième couche a une épaisseur d'au moins 2 mètres, elle est traversée par un grand nombre de petits filets d'eau sulfureuse qui se mêlent aux deux autres couches. Quand ces bancs sont quelque temps en repos, on voit sur la couche d'eau qui les recouvre des conferves de différentes espèces. Ces conferves sont tantôt d'un blanc mat, de forme et de grandeur diverses, tantôt elles ressemblent à une solution savonneuse. Des corps organisés s'observent aussi an fond des aqueducs de bois par lesquels s'écoulent les eaux minérales qui baignent les boues, tandis que sur leurs parois se cristallisent des paillettes que la chimie reconnaît être un sulfure de fer. Dans les grandes chaleurs de l'été, soit à cause de la réverbération des rayons solaires qui passent au travers d'un vitrage, soit parce que les baigneurs sont moins sensibles au froid, les bains des boues de Saint-Amand se prennent à leur température primitive, mais en général on chauffe ces boues au moyen d'un appareil. Il se compose de tubes de forte dimension, chargés de sable et chaulfés dans des fours à 140 ou 150 degrés centigrade. Le sable est reçu dans des vases que l'on plonge dans la boue de chaque case pendant une demi-heure, en général.

La clialcur de la boue s'élève alors de 5 à 6 degrés centigrade, de sorte qu'elle fait monter le thermomètre entre 29 et 51 degrés centigrade. La durée des bains de boue est à Saint-Amand d'une ou deux heures pendant les premiers jours ; elle est progressivement augmentée jusqu'à ce qu'elle soit de quatre, et même de cinq heures par jour. Ces bains se prennent dans des compartiments isolés entourés de rideaux qui se ferment jusqu'au moment oti les malades sont complètement plongés dans la boue, d'où ne sort que la tête. Quelque temps avant l'ouverture de chaque saison, la boue de toutes les cases est enlevée et remplacée par de la terre prise dans une prairie, cette terre est pénétrée de l'eau des sources sulfureuses et contient les mêmes principes, seulement en moindre quantité que celle du bassin des boues. Elle y est bientôt saturée par les sources qui montent continuellement du fond des cases. Les baigneurs ont la même boue pendant toute la durée de leur tiaitement; quand il est fini, elle est remplacée par celle qu'on tient en réserve.

Bains d'eau mère. Les bains généraux, additionnés d'eau mère, sont iournellement conseillés dans les stations de bains de mer et d'eaux minérales chlorurées fortes dont on a préalablement retiré le sel de cuisine. On doit proportionner la quantité de l'eau mère en raison de l'âge, de la susceptibilité, de l'état général ou diathésique, en raison même de l'intégrité plus ou moins grande de la peau des baigneurs. On en commence l'usage par les doses les plus faibles, en les augmentant progressivement, mais en veillant à ce qu'elles ne dépassent jamais le cinquième de l'eau du bain tout entier. Pans les postes chlorurés éloignés des salines, on a coutume de remplacer l'eau mère par les sels qu'on en a extraits et qui ne sont à proprement parler que de l'eau mère solidifiée. On met ordinairement 50 grammes de ce sel dans l'eau d'une baignoire ordinaire au début de la cure; il est rare qu'on dépasse i kilogramme. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet dans l'article spécial que nous consacrons à I'eau mère.

Bains de pieds. Cette sections des bains ne se rencontre que dans quelques établissements français, où elle n'a été installée que depuis quelques années. C'est peut-être à la station des Eaux-Connes que les bains de pieds ont été appliqués pour la première fois. On a imité cette thérapeutique thermale à Royat, etc. ; mais c'est surtout aux stations marines que le bain de pieds, à l'eau chauffée, a été employé comme révulsif lorsqu'on craint l'action de l'eau de mer froide sur la circulation cutanée et surtout pulmonaire ou cérébrale. Le bain de pieds alors a une action générale ; il a une action locale, à quelques établissements sulfurés, lorsqu'on veut agir sur quelques affections herpétiques siégeant sur le bas des appendices abdominaux, comme dans certains eczémas des pieds ou du bas des jambes.

Les bains de pieds ne sont d'ailleurs jamais employés qu'à titre d'adjuvant de la cure thermo-minérale. Aussi leur action dépend-elle beaucoup plus, en général, de la température native des eaux avec lesquelles ils sont administrés, que de la composition chimique de ces mêmes eaux. Ainsi, plus les sources sont thermales, plus les pédiluves ont d'action sur les malades prédisposés aux congestions ou aux hémorrhagies cérébrales ou pulmonaires. La composition élémentaire des eaux ne doit être prise en considération que dans les cas exceptionnels de dermatoses partielles. Qeulques eaux thermales sulfurées, et celles des Eaux-Bonnes, en particulier, sont excitantes; elles activent trop quelquefois la circulation pulmonaire, et déterminent ou peuvent déterminer des hémoptysies

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706 EAIX MINÉRALES NATURELLES.

qui ne s'arrêtent pas toujours au moment où elles sont déplétives : les bains de pieds alors, par la chaleur et la composition de l'eau, empêchent ou atténuent ^es accidents qui ont souvent dépassé la limite physilogique où, selon Pidoux, ils ont plus d'avantages que d'inconvénients. Les bains de pieds thermaux ont leur division spéciale dans quelques salles dans l'aire desquelles sont creusées des excavations profondes de 30 à 40 centimètres, remplies de l'eau hyperthermale à sa température première. Elle y arrive d'une manière intermittente ou même s'y renouvelle constamment.

Piscines. On appelle piscine, alveus, baptisteriiim des Romains, en Allemagne Spiegel, la section des bains en commun. Les piscines sont de trois grandeurs : les grandes, les moyennes et les petites. Elles sont, en général, de forme rectangulaire, ovoïde ou ronde. Les grandes piscines sont presque toujours creusées dans une pièce dont elles occupent le milieu, les côtés étant réservés pour le trottoir de pierre, de ciment ou d'asphalte, qui en fait le tour et conduit aux escaliers de trois ou quatre marches qui y descendent. Un grand vestiaire commun, ou séparé en autant de compartiments que la piscine peut contenir de baigneurs, est aussi le plus souvent établi dans la pièce de la piscine. Cette pièce est ou voûtée, ou à dôme très-élevé, pourvue d'appareils puissants de ventilation. Quand la salle est à voûte surbaissée, la vapeur de l'eau thermale qu'elle contient fait une buée considérable qu'on a intentionnellement ménagée, parce qu'elle doit être un complément important de la cure thermale, lorsque surtout cette cure est sulfureuse ou sulfurée. 11 est bon de rappeler alors que le renouvellement de l'air doit être facile, car il ne faut pas que l'accumulation de la vapeur soit trop intense, et que l'odeur produite par le rassemblement d'un grand nombre de baigneurs charge l'atmosphère de façon à être préjudiciable à ceux qui y séjournent. Il convient aussi que les grandes piscines soient parfaitement distinctes, et que les sexes soient isoles, comme cela se pratique généralement en France, mais cette précaution est trop souvent oubliée dans l'Europe orientale où les hommes, les femmes, les jeunes garçons et les jeunes filles, se baignent dans la même nappe d'eau : aussi peut-on constater alors que les convenances les plus élémentaires sont loin d'être observées, sans que, il faut bien le dire, les autres baigneurs et les baigneuses en soient par trop choqués. Et pourtant, au sud de l'Autriche et au centime de la Hongrie, par exemple, les plus hauts personnages, les femmes les plus délicates et les mieux élevées, sont forcées de s'y baigner et s'y baignent avec un abandon, un plaisir même, difficiles à comprendre avec nos habitudes de propreté et de décence. n n'est pas rare, en effet, de rencontrer dans ces pays des piscines destinées à vingt-cinq ou trente personnes, dont les voûtes, relativement basses, concentrent la chaleur et la vapeur de l'eau, de manière que leur séjour est à peine supportable par suite de la mauvaise odeur et de l'air vicié qu'on y respire. Ces inconvénients appellent des réformes faciles ; mais l'organisation des piscines en Orient a des vices d'une autre nature et bien autrement graves. Dans ces piscines, en effet, les baigneurs de l'un et l'autre sexe, quel que scit leur âge, a peine recouverts d'un vêtement insuffisant, sont en même temps dans l'eau. Cette promiscuité des âges et des sexes ne peut être trop sévèrement blâmée : elle accuse une ignorance ou un oubli complet des lois de la morale et elle favorise la perversité des sens, si facile à développer outre mesure dans ces contrées. La thermalité de l'eau et les torrents de gaz acide carbonique qui la traversent, sa composition chimique, augmentent encore les dangers de ces

bains en commun, où le nombre est la seule garantie contre les périls de semblables rencontres. Il est bien vrai que dans quelques établissements des règlements recommandent aux hommes et aux femmes de ne pas se baigner du même côté delà piscine; mais, dans une pièce d'eau qu'aucun obstacle ne divise, que vaut et que peut valoir une pareille recommandation? En lisant sur les murs cette défense puérile, nous nous rappelions involontairement celte pièce de comédie burlesque où un jeune homme et une jeune fille, obligés de passer la nuit dans la seule chambre vacante d'une auberge, finissent par arrêter qu'ils auront chacun un côté de la pièce et élèvent entre eux l'inutile obstacle d'une simple ligne à la craie. Toutes les fois que l'occasion s'en est présentée, nous avons appelé l'attention de nos confrères qui ont une autorité aux stations thermales sur les dangers que nous venons de signaler, et nous avons appris que dans plusieurs établissements on a interdit aux deux sexes l'entrée des piscines aux mêmes heures ; mais dans certaines localités, où l'on pourrait se croire à Taïti, nos observations, à peine comprises, n'ont provoqué qu'une sorte d'étonncment.

Les grandes piscines doivent être assez profondes pour que le baigneur qui y est assis ait tout le corps plongé dans l'eau. La marche inférieure des escaliers qui conduisent à la piscine est ordinairement prolongée autour de sa circonférence et sert de banc où les baigneurs se rangent auprès les uns des autres. Le centre de la piscine permet, aux heures les plus suivies, à un plus grand nombre de personnes d'être admises en même temps. Les grandes piscines de certaines stations thermales peuvent contenir de 50 à 40 baigneurs ; elles sont pourtant en général moins spacieuses, et 20 à 25 personnes y prennent place en même temps. Beaucoup de ces piscines sont telles qu'elles ont été installées au moment de l'occupation romaine, leurs sièges ont alors de 30 à 45 centimètres de hauteur sur 30 à 50 centimètres de largeur, et 25 à 35 centimètres de profondeur. Les grandes piscines de construction moderne sont plus confortablement aménagées : ainsi, chaque baigneurest assis dans une sorte de fauteuil à dossier. La profondeur des grandes piscines est de 1 mètre à 1"%20, lorsque les bains qu'on y donne n'exigent pas de mouvements ; mais celles dites de natation, et où les malades peuvent faire de la gymnastique, sont plus profondes, et sont alimentées par une quantité d'eau thermale ayant jusqu'à 2 mètres et quelquefois davantage dans leur partie la plus creuse. Les piscines où les baigneurs peuvent nager et plonger, doivent avoir un fond incliné, de façon qu'il y ait pied au bas des gradins et que la couche d'eau devienne de plus en plus profonde. Lorsque le débit de la source ou des sources qui alimentent les piscines est très-abondant, l'eau de ces piscines peut être incessamment renouvelée et les bains sont pris à l'eau courante : ils ont alors leur maximum de vertu curative. Lorsque les bains sont administrés à l'eau dormante, il est nécessaire que l'eau thermale soit au moins changée à chaque série de baigneurs. Cela ne peut se faire malheureusement à tous les postes thermaux, à cause du volume insuffisant de l'eau fournie par tous les griffons : aussi est-on obligé de conserver pendant plusieurs heures cette même eau dans les piscines. Des tuyaux ou des canaux apportent l'eau des sources qui émergent à une certaine distance, mais dans quelques stations les griffons bouillonnent au fond même des piscines. Les bains qu'on prend dans ces dernières ont une puissance thérapeutique que n'ont pas les premiers. Aussi les médecins mettentils à profit cette sortie directe de l'eau thermale constituant alors une sorte de

douche naturelle, que les malades ont quelquefois un grand intérêt à recevoir sur les membres ou le long de la colonne vertébrale. Cela arrive surtout quand ils sont affectés de douleurs ou de paralysies d'origine médullaire. Lorsque les baigneurs doivent rester plusieurs heures, plusieurs jours même, comme cela a lieu à Loëche et comme le docteur de Laurès l'a conseillé à Néris, il faut que Finstallalion des piscines ait été dirigée en conséquence et que des pupitres ou des tables permettent aux malades de lire, de prendre leurs repas ou même d'appuyer leurs bras et leur tête, s'ils ne peuvent plus résister au sommeil. On comprend, dans ce dernier cas, combien la surveillance doit être efficace, pour empêcher des accidents faciles, quand les bains sont très-prolongés et que la fatigue des baigneurs est extrême. Plusieurs auteurs ont reproché aux bains de piscines de n'avoir pas une température convenant à tous les malades qui y sont admis ; on y a obvié, autant qu'on a pu, dans la plupart des stations, en faisant arriver sans cesse un filet d'eau thermale qui entretient la température de l'eau de la piscine et renouvelle, jusqu'à un certain point, le bain en commun. L'eau des piscines alimentées par plusieurs griffons a d'ailleurs une température variable comme l'eau des sources qui la fournissent. L'objection tombe à plus forte raison lorsque les piscines reçoivent une eau courante dont on peut varier le degré en la laissant séjourner pendant plus ou moins de temps dans un bassin, dit refroidissoir, lorsque l'eau est hyperthermale comme à Plombières, à Néris et dans beaucoup d'autres postes thermaux des diverses parties de l'Europe. La composition chimique des eaux thermo-minérales oblige rarement à les couper d'eau froide ordinaire pour diminuer leur activité et leur chaleur natives ; c'est pourtant ce qui arrive à Vichy où les piscines sont alimentées à la fois par l'eau du Sichon et par l'eau minérale. Il arrive rarement aussi que le gaz contenu dans les eaux thermo-minérales soit assez abondant pour constituer un danger pour les baigneurs. Cependant, à Szliâcs, en Hongrie, on est obligé d'avoir recours à une pratique particulière, à la ventilation au moyen de grands éventails, agités par des enfants. Celte précaution empêche les baigneurs d'être asphyxiés par les torrents de gaz acide carbonique que les griffons alimentant les piscines versent constamment dans l'air de la salle, dont l'atmosphère est promptement irrespirable, dans les couches inférieures surtout, où sa densité considérable l'accumule promptement.

Piscines moïEiNnes ou piscines de famille. Les piscines de famille peuvent recevoir de 2 à 6 personnes : elles tiennent, par conséquent, et des grandes piscines et des baignoires isolées. Elles sont creusées dans le sol et dallées comme les bains en commun. On y descend par un escalier qui doit toujours avoir, comme aux grandes piscines, une double rampe permettant aux baigneurs impotents ou infirmes de descendre moins difficilement dans leur bain. La forme des piscines de famille est rarement circulaire, elle est le plus souvent carrée ou rectangulaire ; leur profondeur est, en général, de 80 centimètres à 1 mètre, et même davantage; leurs dimensions doivent être en raison du nombre des personnes qui doivent y prendre leur bai», mais toujours suffisante pour que chacun des baigneurs puisse ne pas être gêné dans ses mouvements.

Les petites piscines ne doivent servir qu'à une même famille, ou plutôt au père, à la mère et aux enfants petits ; sans cela, les inconvénients du bain pris en même temps par des personnes des deux sexes se présentent naturellement plus aisément encore dans les petites que dans les grandes piscines. L'eau des piscines de famille est sans cesse renouvelée aux stations pourvues de sources abon-

dantes, et alors l'action des bains a sa plus grande activité. Lorsque leur eau ne peut être courante, le bain qu'on y prend est cependant plus utile que dans les baignoires simples, en raison de Ja plus grande quantité d'eau thermale et des mouvements plus étendus que les baigneurs peuvent y faire.

Douches d'eau. La division des douches d'un établissement complet doit se composer de plusieurs cabinets de grande douche ; leur nombre est proportionné à la quantité des malades qui fréquentent la station, mais il est nécessaire qu'il y ait au moins deux cabinets, un pour chaque sexe. Chacune des salles de grande douche doit être spacieuse et munie des appareils variés qui correspondent aux formes diverses que le médecin veut employer. Leur température et leur force doivent aussi être plus ou moins élevées et énergiques en raison des indications qu'il veut remplir. Les systèmes de grande, de moyenne et de petite douche, sont souvent installés dans les pièces réservées aux piscines et aux bains d'eau ; mais il convient alors que les salles et les cabinets où elles se trouvent soient suffisamment grands et suffisamment ventilés pour que le développement de leur vapeur et de leur gaz ne puisse incommoder ou nuire.

Quand, au contraire, les exigences du traitement thermal nécessitent que les douches soient plongées dans une atmosphère aussi chargée que possible de vapeur et de gaz, on a établi des douches avec bouillon au milieu de la salle où l'eau tombe souvent sur une palette à manche, qui, comme à Aix-en Savoie, la dirige sur un plancher, de manière à former beaucoup de vapeur et à constituer une sorte d'étuve. Le bouillon proprement dit, est remplacé quelquefois par un prétoire en contrebas du sol et dallé, où les malades peuvent être massés sous la douche, ou par une grande baignoire dans laquelle ils peuvent rester dans l'eau plus ou moins de temps, après qu'ils ont reçu leur douche. Les douchés gardent le plus ordinairement la station verticale; des lits de varech, ou mieux de caoutchouc, ou simplement de bois, leur permettent d'être couchés et de recevoir l'eau pendant que leurs muscles sont dans un relâchement complet. D'autres fois enfin les malades sont assis sur un tabouret, percé à son milieu, s'ils ont besoin de recevoir le jet de l'eau sur le périnée, par exemple. Si les cabinets de bains doivent être toujours précédés d'une pièce préservant les habits de l'humidité, les salles de douches exigent impérieusement que cette précaution ne soit pas oubliée ; il est très-important même que la pièce d'entrée ait un lit de repos sur lequel les malades aiment souvent à séjourner à la suite de l'administration de leur douche. Les douches ont reçu des appellations diverses suivant les points du corps où elles sont appliquées, suivant l'intensité de leur jet, suivant la fixité ou la mobilité de leurs ajutages, suivant enfin que les douches sont données à des degrés divers de température. Ainsi, elles sont générales quand le corps, moins la tête le plus souvent, reçoit l'eau thermale; partielles ou locales quand elles ne frappent qu'une partie. Les douches sont dites fortes, moyennes ou faibles, suivant la force de percussion déterminée par la pression de l'eau qui doit avoir au moins 8 mètres d'élévation pour les premières, 5 à 6 mètres pour les secondes, et 3 mètres au moins pour les troisièmes. La douche forte ou percutante a pour but de produire une sorte de massage occasionnant un effet révulsif ou résolutif; sa thermalité doit être élevée, de 40 à 45 degrés du thermomètre centigrade ; sa durée doit être relativement longue alors, et ne pas être moindre d'un quart d'heure ou de vingt minutes ; la grande douche, dite résolutive, doit être moins chaude et n'avoir que de 38 à 40 degrés centigrade; sa durée est de quinze à trente minutes. La

pression doit être à son maximum d'intensité, c'est-à-dire, n'être pas moindre de 5 mètres et aller à 10, si faire se peut. Sa durée varie de dix à quinze minutes, quand on veut obtenir une action franchement révulsive et concentrer sur un point de la périphérie du corps ou des membres une activité circulatoire insolite. La grande douche est presque toujours partielle. Lorsqu'on doit se contenter d'un lavage sur un point circonscrit de l'économie, l'eau de la grande douche ne doit avoir qu'une chaleur à peine supérieure à celle du bain, 35 à 50 degrés centigrade, par exemple, et être prolongée, suivant les cas, de quinze à trente minutes. Cette douche est connue sous le nom de douche en lotion, et s'applique principalement à la surface de vieux ulcères dont on veut modifier la vitahlé pour en obtenir la guérison. La grande douche, appelée douche de réaction, doit n'avoir qu'une durée très-courte de deux à cinq minutes quand elle est très-chaude, 40 à 45 degrés centigrade ; de cinq à dix minutes quand elle est alternante, c'est-à-dire, quand elle se compose d'eau alternativement chaude et froide : elle est désignée alors sous le nom de douche écossaise, à bachotte, etc. Enfin, les grandes douches froides, à peu près exclusivement employées dans les établissements hydrothérapiques, doivent avoir une pression assez considérable de 5 à 10 mètres et n'avoir qu'une durée variant entre trente secondes et deux minutes. Les grandes douches s'administrent au moyen de plusieurs appareils qui répondent à plusieurs indications et pei mettent d'obtenir des résultats aussi variables que ceux que donnent la plus ou moins grande chaleur de leur eau, la plus ou moins grande intensité de leur projection, le temps plus ou moins long pendant lequel on les applique. Les grandes douches sont d'abord ou fixes ou mobiles. Les appareils de douche fixe se terminent par des ajutages qui se manient à volonté et auxquels on imprime toutes les directions qu'on veut, au moyen d'un robinet qu'on ouvre à plein jet, ou qu'on ferme plus ou moins, afin d'obtenir un jet aussi ténu qu'on le désii'e. On modère la force de projection de la douche en interposant le doigt à l'ouverture du jet et en brisant la colonne d'eau qui en sort. Certains ajutages de grande douche se manœuvrent au moyen de crémaillères, de rotules ou de genouillères, ou enfui par un tuyau de cuir ou de caoutchouc, qui a une longueur peu considérable et qui sert à modifier le jet de la douche porté sur les points que l'on veut atteindre. Les grandes douches mobiles sont à peu près construites comme celles que nous venons d'indiquer en dernier lieu ; seulement leur tuyau est plus long et permet de diriger le jet avec beaucoup plus de facilité. Le tube mobile interposé entre le robinet terminal et l'appareil fixe de la grande douche varie de 1 mètre à 3 mètres, en général. La grande douche est dite simple, quand l'orifice qui laisse passer l'eau minérale est percé dans un seul point et ne fournit cette eau qu'à sa température native, ou qu'après qu'elle est suffisamment refroidie dans son réservoir spécial quand elle est hyperthermale à un trop haut degré. La grande douche est dite mixte, lorsque son ajutage est disposé de façon qu'il soit possible de se servir à volonté d'eau très-chaude ou d'eau froide ou refroidie. Cette variation facultative de température est obtenue de diverses manières. Quand la distribution d'eau vient d'une bachotte ou bâche de mélange, qui n'est autre chose qu'un réservoir de bois, de ciment, de pierre ou de métal, d'une capacité moyenne, dans lequel se préparent les douches, alors l'eau minérale y arrive hyperthermale, mésothermale ou athermale, suivant le degré de chaleur auquel on veut administrer la douche. Quand il est nécessaire de mélanger l'eau minérale chaude d'eau minérale tiède

ou froide, ropération doit être exécutée, avant qu'on arrive au robinet de prise, au moyen d'une calotte à branches recourbées, de façon que les jets convergent dans le tube armé de l'appareil à robinets, à genouillères et à lances. On obtient aisément alors, soit un degré de chaleur élevé et constant, soit une température variable, soit un jet d'eau tempérée et même complètement froide. On a donc, si on le désire, avec la douche mixte, une grande facilité de rendre le jet mobile et bifide, froid, tempéré ou chaud. La douche mixte est dite jumelle ou écossaise. L'appareil de distribution est muni, dans ce dernier cas, d'ajutages en arrosoir de 20 à 40 centimètres de diamètre, dont les petites ouvertures permettent à l'eau d'être finement divisée pour l'administration des douches en pluie qui doivent se donner à température saccadée. Il faut que l'appareil soit pourvu alors d'un panier dit écossais.

En résumé, le mécanisme d'une grande douche comprend un robinet de prise avec genouillère, que suit une lance fixe recevant à volonté les ajutages, les^ petits disques percés d'une ou de plusieurs ouvertures, et les pommes d'arrosoir à surface concave ou convexe. Les grandes douches simples doivent donc avoir soit un jet unique, variable quant à son diamètre, qui peut avoir 5 à 20 millimètres, soit des jets multiples de 1 à 5 millimètres de diamètre, qui sont convergents ou divergents, suivant les cas. La lance de la grande douche mobile, fixée à. l'extrémité libre d'un tube flexible, reçoit ordinairement tous les ajutages que nous venons d'indiquer en parlant des douches fixes. Seulement, l'appareil' de la douche mobile est pourvu d'un robinet dit robinet à main, auquel s'a' daptent les ajutages qui varient ou saccadent les jets de la douche. La lance mobile déplace l'action de la douche qu'elle peut rendre fouettante. Ajoutons que les cabinets de grande douche doivent avoir, comme à Néris et à quelques autres stations thermales de premier ordre, un indicateur, constitué par une tringle de fer mobile et graduée, dont les divisions répondent à des degrés tracés sur une plaque de bois peint fixe et longitudinale, et par une aiguille ou curseur pouvant s'arrêter devant l'un des numéros inscrits sur la plaque. Cet appareil met en communication l'employé des cabinets de douches avec le préposé'à la préparation de l'eau dans les réservoirs supérieurs. Celui-ci n'a qu'à lire sur un cadra» fixe les indications qui lui sont transmises par les tringles et les aiguilles mobiles du cabinet de douches. Il suffit, lorsqu'une douche doit être administrée, que l'employé élève ou abaisse la barre de fer allant de l'étage où se donnent les douches, à l'étage où est le bassin dans lequel on les prépare, pour qu'une sonnette placée à la partie supérieure de la tige soit aussitôt agitée et annonce qu'une douche est réclamée au cabinet dont la tringle porte le numéro. Après ce signal, le garçon du cabinet de douche arrête la tige et fait tourner l'aiguille sur le chiffre correspondant à la température à laquelle la douche doit être préparée. La tringle imprime le même mouvement à l'aiguille de l'étage supérieur ; les bruits, les cris et les avertissements ordinaires deviennent inutiles, et le service s'exécute avec ordre et en silence. La facilité et la célérité avec lesquelles l'appareil dont nous venons de parler remplit son but nous font renouveler le vœu que nous avons exprimé dès 1859, c'est-à-dire, qu'on applique partout un fil électrique qui mette plus aisément en rapport les deux employés chargés de la préparation et de l'administration des douches.

Nous n'avons parlé que des grandes douches qui s'appliquent dans des salles spéciales ; il nous i-este à traiter des douches de force moyenne, dont les appareils se trouvent souvent dans les cabinets de bains ou dans les salles de piscines. Ce

sont les ajutages de douche mixte qu'on installe le plus souvent alors et qui permettent aux malades de recevoir les douches soit avant, soit pendant, soit après le bain, sans être soumis à un déplacement souvent impossible et qui quelquefois peut avoir de grands inconvénients. Les douches partielles, résolutives ou de lotion, sont, en général, prises avant le bain ; les douches vaginales sont souvent prescrites pendant le bain. Les douches générales, révulsives, celles qui sont destinées à amener une réaction marquée, suivront plutôt le bain. Les douches administrées avant et pendant le bain doivent avoir la même température que lui ; l'eau des douches données à la suite du bain sera à un degré moins élevé ou plus élevé que ce dernier, afin qu'il produise un abaissement brusque ou une augmentation sensible de la température de la peau. Ces phénomènes opposés répondent, en effet, à des indications fréquentes.

La division des douches doit comprendre encore des cabinets isolés destinés à l'adminislration des douches ascendantes rectales et vaginales, des douches locales, des douches en cercle et des douches en lame. On appelle douches ascendantes celles dont l'eau est lancée de bas en haut au moyen d'appareils établis dans une cuvetle. Les douches sont dites vaginales ou à injection ; elles sont dites rectales ou en lavement. L'intensité du jet est variable suivant que la douche est destinée aux organes génitaux de la femme ou à l'intestin des deux sexes. Une force ascendante de moins de 1 mètre est suffisante pour la douche vaginale, afin d'éviter la pénétration de l'eau dans la cavité péritonéale des femmes dont le col utérin est aisément perméable. La projection de l'eau de la douche rectale ne doit pas être moindre de 2 à 4 mètres et même quelquefois davantage. Les douches ascendantes sont dites périnéales lorsqu'elles sont appliquées entre les cuisses seulement, et alors elles sont utilisées comme douches locales dans les cas que nous spécifierons quand nous nous occuperons de l'action physiologique et curative des eaux thermo-minérales. Le robinet de la canule fixe ou mobile des douches ascendantes peut être complètement ou incomplètement ouvert, afin que le jet soit aussi peu percutant ou aussi énergique que le veut le doiiché.

Les douches locales sont fixes ou mobiles et s'appliquent, soit sur une partie limitée de la peau, sur une plaie ou un ulcère, sur une entorse, une luxation, une fi-acture ancienne, sur une asthénie, une ataxie ou une atrophie partielles, quelles que soient les causes qui les ont produites, soit au tronc et plus souvent aux membres. Les douches locales s'administrent aussi dans la bouche et l 'arrière-gorge, dans les narines, sur la face, sur ou dans les yeux, le sac lacrymal, le conduit auditif, etc. Ces douches peuvent être composées d'eau ou de vapeurs minérales, et des gaz recueillis dans les eaux thermales. La température et la pression de l'eau des douches locales varient autant que les indications thérapeutiques que le médecin a à remplir, et il est indispensable que, pour arriver à ce but, le jet puisse être modifié suivant les prescriptions. Lorsqu'on a besoin d'employer les douches locales sur une partie limitée de l'enveloppe extérieure, sur un ulcère ou une plaie peu étendus, sur un point des membi'es inférieurs ou supérieurs, on se sert le plus souvent de la douche locale fixe. Son appareil se compose de deux robinets, un pour l'eau chaude et l'autre pour l'eau froide, établis à 70 ou à 80 centimètres du sol des cabinets sur une borne de pierre ou de mai'bre qui a 1 mètre de hauteur et au pied de laquelle on a ci-eusé une concavité percée d'une ouverture pour l'écoulement de l'eau inutile. Le tube coudé qui supporte les deux robinets doit être vertical et affecter,

par les ajutages qu'on y adapte, toutes les formes que nous avons indiquées en parlant des grandes douches. Le malade debout, assis ou couché devant la cuvette, reçoit, sur la partie du corps seule qui doit être douchée, le jet plein, brisé, ou divisé et à la chaleur voulue. Un écran à roulette et à crémaillère, ou un rideau de toile caoutchoutée, préserve les points sur lesquels la chute de l'eau n'est pas nécessaire ou peut être nuisible.

Les douches locales mobiles sont prises presque toujours, ou aux robinets des baignoires, ou à ceux qui alimentent les douches fixes. Un conduit spécial pour elles n'a été installé que dans un petit nombre d'établissements, et alors leur eau peut venir des étages supérieurs, lorsqu'il est indiqué qu'elles aient une Irèsforte pression et que leur jet soit énergique. Les ajutages des douches locales mobiles s'adaptent à un tuyau flexible de toile imperméable ou mieux de caoutchouc vulcanisé de 20 millimètres de longueur, terminé par un robinet de cuivre dont le calibre et les accessoires varient autant qu'on veut, de même que la chaleur de l'eau qui y arrive.

I. Bains de vapeur. Toutes les eaux mésolhermales et hyperthermales laissent dégager des vapeurs d'autant plus abondantes que la température de l'air qui les entoure est moins élevée, et l'on a de tout temps utilisé ces vapeurs en thérapeutique. Elles ne sont presque jamais exclusivement composées des vapeurs seules provenant des eaux minérales : elles sont mélangées avec les principes volatils et gazeux contenus dans les eaux thermales, et l'acide carbonique, l'azote, l'oxygène, l'hydrogène sulfuré et protocarboné, les vapeurs résineuses et asphaltiques ou bitumineuses, s'y rencontrent ordinairement, ainsi que le démontre l'analyse chimique ou même l'odorat. Nous verrons dans quelques-uns des paragraphes qui vont suivre comment on se sert de tous ces gaz ou de toutes ces vapeurs dans le traitement thermal. Nous ne devons nous occuper ici que des bains et douches de vapeur et de gaz.

Les bains de vapeur et de gaz sont généraux ou partiels, comme ceux qui se donnent avec les eaux minérales. Les bains généraux de vapeur thermale s'administrent de deux façons : dans une, ou dans plusieurs salles renfermant des vapeurs d'eau minérale naturelles ou forcées, mais ayant toujours une température assez élevée et variant, en général, de 55 à 55 degrés centigrade. Le malade y séjourne pendant un certain temps et arrive aisément à une transpiration profuse. Ces cabinets ont reçu le nom d'étuves minérales. Nous négligeons à dessein de nous occuper ici des étuves dites sèches, qui ne rentrent pas dans notre sujet, puisqu'elles sont exclusivement alimentées par de l'air chaud ou de l'air chauffé. Les étuves minérales sont donc toujours humides et toujours entretenues par la vapeur qui vient directement du bassin de captage, du sol dont ces vapeurs parcourent les fissures, ou enfin des parois mêmes des cabinets, soit qu'on y ait ménagé des cavités communiquant avec les réservoirs, soit qu'on ait fait arriver dans un des points de leur aire l'eau hyperthermale qui se volatise spontanément ou qui y est artificiellement surchauffée. La division des étuves de vapeur minérale avait reçu un nom spécial dans les établissements romains où elle était désignée par le terme d'hypocaustes. Ces hypocaustes étaient et sont encore avec ou sans gradins, c'est-à-dire que les baigneurs peuvent ou ne peuvent pas faire varier la température de la vapeur dans laquelle ils sont plongés. Ils restent sur l'aire même des cabinets, ou s'élèvent à une plus ou moins grande hauteur sur les marches placées contre les côtés des salles de vapeur minérale, ou contre leur circuit, quand les salles sont polygonales.

obliques ou circulaires. Les bains de vapeur minérale se donnent entiers presque toujours, c'est-à-dire que les malades y entrent complètement et que tout leur corps est en contact direct avec la vapeur. Nous avons vu qu'à quelques stations on a établi des espèces de boxes où on entre par la partie supérieure, de façon que le corps est plongé dans la vapeur, la tête seule restant à l'air libre. Ce mode d'administration est le même que celui des bains de vapeur d'eau hypertbermale qu'on donne dans des boîtes spéciales, qui les ont fait désigner sous le nom de bains de vapeur par encaissement. Ils sont le premier degré des bains de vapeur partiels, quoiqu'on leur réserve surtout ce nom quand ils sont appliqués sur une partie limitée du tronc ou même des membres. Nous n'avons jamais manqué de signaler l'importance que nous attachons à la bonne installation des salles de bains, qui doivent toujours être précédées d'une salle d'attente, même lorsque les bains sont composés avec de l'eau seule. Combien n'est-il pas plus important encore que cette disposition soit appliquée lorsqu'il s'agit de l'administration de la vapeur dont la température souvent très-élevée peut entraîner les accidents les plus graves, si les baigneurs doivent l'affronter sans transition, comme ils sont obligés de le faire dans les stations où il n'existe ni vestiaire, ni tepidarium avec lits de repos 1 Les Romains l'avaient surtout compris dans les beaux établissements dont les âges nous ont conservé les vestiges. Il est nécessaire aussi que les personnes plongées dans la vapeur aient à leur disposition de petits réservoirs d'eau froide indispensables pour les baigneurs craignant une congestion ou une hémorrhagie cérébrales ou pulmonaires.

II. Bains de gaz. 1" Acide carbonique. Les bains dans le gaz acide carbonique naturel en excès dans les eaux minérales et thermales ne semblent pas avoir été connus avant l'année 1740, et c'est le docteur Seip qui les a employés le premier. Il commença par y faire séjourner les malades pendant un temps très-court et ce fut dans la grotte de Pyrmont (voy. ce mot) qu'il fit ses premiers essais. Les médecins de ce poste minéral ne l'imitèrent pas, aussi cette pratique fut-elle bientôt abandonnée, elle ne fut suivie pendant un certain temps que par les paysans du voisinage. En 1816, Ilufeland attira de nouveau l'attention sur les résultats heureux qu'il obtint à Pyrmont de l'emploi thérapeutique des bains de gaz acide carbonique. M. Boussingault, en 1826, dans la relation de son voyage aux Cordillières-dcs-Andes, nous apprit que les habitants de ces montagnes faisaient un fréquent usage en bains et surtout en douches du gaz acide carbonique qui s'échappait des fissures du sol de certaines gorges de ce pays. L'usage qu'il en fit lui apprit ce phénomène curieux que l'immersion du corps dans ce gaz produit une sensation de chaleur, alors même que sa température est inférieure à celle de l'air ambiant. Le docteur Heidler fit organiser en 1830 des bains de gaz acide carbonique sur une des sources de Marienbad, et bientôt après, eu 1835, le docteur Piderit suivit son exemple à la station carbonique de Meinberg [voy. ces mots). Le docteur Bode père (de Nauheim) commença en 1840, et sur une grande échelle, l'application méthodique du gaz acide carbonique, qui se fait dans un bâtiment consacré à l'administration de ce gaz. Les cabinets sont grands et aérés, ils ont 6 mètres d'élévation sur 5 mètres de longueur et 4 de largeur. L'appareil où se prennent ces bains est appliqué contre chacune des cloisons : il se compose d'une boîte de bois de 1 mètre 65 centimètres carrés, dont la planche supérieure, un peu inclinée, est percée à son milieu de manière à recevoir la tête qui doit rester

à l'air libre. Un tabouret fixe, à fond sanglé, existe à l'intérieur. Un tuyau de caoutchouc apporte le gaz dans la boîte, et son ouverture a été ménagée dans sa partie inférieure. Quand on prend un bain d'acide carbonique, on conserve ses vêtements, que ce gaz pénètre aisément. On applique avec le plus grand soin possible, lorsqu'on est dans le bain, plusieurs serviettes autour du col, afin de fermer hermétiquement l'ouverture du couvercle de la boîte par laquelle sort la tête : sans cette précaution, l'acide carbonique pourrait asphyxier le baigneur. La sensation de douce chaleur que l'on éprouve d'abord augmente rapidement. Elle se fait sentir au creux épigastrique, à la partie intérieure des membres et principalement des cuisses. Elle devient très-forte et l'on ressent le long de la région dorsale supérieure de légers picotements. La figure rougit et se couvre d'un peu de sueur. L'extrême chaleur répandue sur tout le corps est plus prononcée à la paume des mains. Les pieds seuls restent presque froids. Le pouls s'abaisse, les pieds enfin se réchauffent et l'on sent que tous les membres ont acquis une plus grande souplesse. On doit sortir du bain au bout de vingt minutes ou d'une demi-heure et l'on est saisi alors par un froid très-vif, si on n'a pas soin de se couvrir beaucoup. Il arrive souvent que des bluettes nombreuses et brillantes comme les étincelles d'un feu d'artifice viennent scintiller devant et en dehors des yeux. Cet effet se produit surtout chez les personnes d'un tempérament sanguin ; il est, au reste, assez passager. Les bains locaux de gaz acide carbonique s'administrent au moyen d'une boîte d'une capacité et d'une forme appropriées à la partie qui doit être plongée dans le gaz.

2° Azote. Le gaz azote n'est pas plus respirable que le gaz acide carbonique, et il serait impossible d'y rester même pendant un temps très-court sans que la tête fût à l'air libre. Les bains généraux ne sont donc jamais employés, et le gaz azote n'a, jusqu'à ce moment, jamais été administré qu'en bains locaux, et encore sur une petite échelle. On ne s'est jamais servi, dans ces essais, du gaz azote naturel s'échappant des sources sulfurées ou amétallites comme celles des Pyrénées ou des Garpathes supérieures. On a réservé ce gaz pour les salles d'aspiration comme celles que nous avons décrites en traitant de la station espagnole de Panticosa (voij. ce mot). Demarquay et Leconte ont employé l'azote artificiellement produit, en bains locaux dans un appareil de caoutchouc, espèce de manchon, dans lequel ils introduisaient un membre qui venait d'être amputé ou qui était couvert d'une plaie ou d'un ulcère dont ils voulaient hâter la cicatrisation ou diminuer la douleur. L'appareil ou le manchon, étant convenablement appliqués, étaient remplis de gaz azote, et Leconte et Demarquay ont plusieurs fois constaté que les douleurs consécutives aux opérations, aux amputations, étaient promptement diminuées, sinon complètement arrêtées. Ce fait leur a été plusieurs fois démontré par l'insensibilité à peu près complète des traumalismes ou ulcères tant que le gaz azote les entourait. Mais la douleur revenait aussitôt, dès qu'il avait fallu pour un motif ou pour un autre mettre la plaie ou l'ulcère en contact avec l'air extérieur. Leconte et Demarquay ont de plus constaté que, si les bains partiels d'azote ont rendu de grands services au point de vue de la souffrance qu'ils diminuent, arrêtent même quelquefois, il n'en est pas de même pour ce qui concerne la cicatrisation plus prompte de ces plaies et de ces ulcères qui ne se recouvrent pas dans l'azote de bourgeons charnus comme ils le font dans le gaz oxygène, ainsi que nous le dirons bientôt. En résumé, Demarquay conclut de ses expériences avec les bains de gaz azote qu'ils peuvent faire espérer qu'avec des appareils convenables et de

716 EAUX MINÉRALES iNATURELLES.

l'azote bien préparé, ou mieux, naturel, on pourra arriver : 1" à modérer la réaction inflammatoire d'une plaie ou d'un ulcère ; 2° à favoriser l'adhésion ou l'éunion par première intention.

5° Oxygène. Nous avons indiqué, en parlant, à l'article Gazogène, de la production et du mode d'emploi du gaz oxygène, que ce corps est souvent employé en bains généraux et locaux, et cependant qu'il n'est jamais utilisé aux sources thermo-minérales dont il se dégage pourtant presque toujours, mais où il est mêlé à d'autres gaz. Les bains généraux et locaux composés de gaz oxygène sont factices et l'on trouvera des détails suffisants sur leur historique et leurs propriétés physiologiques et thérapeutiques à la page 79 du tome Vil de la 3'' série de ce Dictionnaire.

4» Hydrogènes sulfuré et carboné. Ces gaz provenant des eaux mmérales ne s'emploient point en bains généraux ou locaux; on n'en fait usage qu'aux stations où ils s'emploient en inhalations ou en pulvérisation, et nous renvoyons ce que nous avons à en dire aux paragraphes où nous parlerons de leurs effets physiologico-lhérapeutiques dans les affections qu'ils combattent avec succès.

5° Vapeurs résineuses, asphaltiques et biiumineuses . Nous avons noté avec un grand soin l'existence de ces vapeurs dans certaines eaux thermo-minérales, et nous avons signalé les affections auxquelles elles conviennent en boisson, en bains généraux et locaux et en inhalations pulmonaires. Nous n'avons parlé, bien entendu, que des vapeurs ayant une action curative, lesquelles sont employées sur la peau de tout le corps ou d'une partie seulement, comme dans certaines stations de l'Allemagne, de rAutriche, de la Hongrie ou de l'Italie centrale.

III. Douches de vapeur et de gaz. \° La vapeur qui se dégage spontanément d'une source hyperlhermale, ou qui se produit au moyen d'un générateur alimenté par de l'eau minérale chaude ou froide, ou qui provient du passage de l'eau minérale dans un appareil de ventilation à chute, à roue ou à trompe, celle fournie par un bassin entretenu à une température capable de déterminer une prompte évaporation, ou qui se forme quand on fait tomber de l'eau minérale sur une plaque, une lentille ou des cailloux, etc., fortement chauffés, la vapeur enfin, engendrée par les barbotteurs plongeant dans une cavité inférieure ou dans un hypocauste, sont les plus souvent utilisées. Elles alimentent un récipient auquel aboutissent un ou plusieurs tuyaux dont on se sert pour l'application générale, et plus souvent locale, d'un jet de vapeur sur une partie plus ou moins circonscrite du corps humain. 2'^ C'est le gaz acide carbonique qui est exclusivement employé pour l'administration des douches gazeuses. Ces douches sont très-exceptionnellement générales, elles sont presque exclusivement usitées dans certaines affections des sens spéciaux, dans certaines pertes du mouvement ou de la sensibilité d'un membre, d'un ou de plusieurs doigts même, dans les ulcères atoniques, dans certaines maladies de la peau ou de l'utérus, accompagnées d'une douleur intense que leur action hypostliénisante parvient à calmer, lorsque, le réservoir des douches est assez grand et surtout assez chargé de gaz pour que son écoulement puisse se faire avec une assez grande force de projection. Lorsque l'eau est très-chargée d'acide carbon-ique, le gaz en excès est collectionné sous une cloche à laquelle viennent aboutir des conduits de cuir ou de caoutchouc qui alimentent les ajutages de la partie de l'établissement destinée à

l'administration des douches gazeuses; c'est ainsi que cela se pratique à Saint- Âlban, à Celles-les-Bains, à Vichy, à Nauheim, à Marienbad, pour ne citer que les stations principales oiî ce mode d'application est surtout mis en usage.

IV. Inhalation. On entend par ce mot, en thérapeutique liydrologique, l'application des vapeurs ou des gaz que laissent dégager les eaux thermominérales, et qui sont appliquées sur les voies aériennes. Les inhalations ont été de tout temps employées dans les établissements thermaux et minéraux pourvus de baignoires, de piscines, de salles de douches et de bains de vapeur; mais alors les malades inspiraient des vapeurs et des gaz qui avaient une action curative, sans qu'ils s'en doutassent pour ainsi dire. Ce n'est qu'au milieu de ce siècle que les inhalations ont été rationnellement et méthodiquement employées. L'atmosphère des salles dinhalation n'est pas identique; elle varie suivant la nature des eaux qui les alimentent, et il est aisé de comprendre que les eaux sulfureuses, sulfurées, carboniques et azotées, donnent des émanations naturelles ou forcées qui diffèrent essentiellement les unes des autres, et par leurs propriétés chimiques et physiques et par leurs effets physiologiques et curatifs. Disons, pour n'y plus revenir, qu'il n'est pas besoin pour obtenir certains résultats favorables des inhalations d'employer les installations ou les procédés dont nous allons parler. Il suffit de se transporter au bord de la mer ou de séjourner au voisinage des fascines ou des chaudières d'eaux fortement chlorurées dont on retire le sel marin, pour obtenir les bénéfices d'une aspiration saline qui se constate aisément toutes les fois qu'on passe sa langue sur les lèvres ou qu'on perçoit un goiàt franchement salé dans la bouche. Mais ces inhalations naturelles, soumises à une extrême variabilité en raison de la saison, de la plus ou moins grande agitation de l'air, etc., etc., ne sont pas celles dont nous avons à nous occuper, et nous n'en avons parlé que parce qu'elles ont conduit, peut-être, aux inhalations artificielles, d'une application journalière à quelques établissements thermo-minéraux. Nous l'avons dit, c'est à Allevard que M. le docteur Niepce père a eu le premier l'heureuse idée de soumettre certains de ses malades aux inhalations gazeuses dans une salle spéciale, munie des appareils que nous avons décrits en traitant de cette station thermale; mais une dizaine d'années avant M. Niepce, les docteurs Bertrand père et Nivet employaient dans des salles spéciales les vapeurs forcées des eaux du Mont- Dore et de Royat. Les salles de respiration ou d'inhalation du Mont-Dore ou de Royat ne sont à proprement parler que des étuves humides alimentées par de la vapeur forcée à 2 ou 2 atmosphères 1/2 qui fait monter leur température à 50 et à 40 degrés centigrade, tandis que dans les salles d'inhalation d'Allevard la chaleur s'élève rarement à plus de 26 ou 27 degrés centigrade. Les gaz, mêlés aux vapeurs d'eau minérale plus ou moins chargées des principes actifs qui les composent sont principalement : l'acide carbonique, le gaz hydrogène sulfuré et l'azote. Nous avons dit à l'article Gazogène, et on trouvera à l'article Acide carcokiqoe l'emploi thérapeutique de ce gaz employé en bains et en douches. II est donc inutile d'y revenir, contentons-nous de signaler les essais des inhalations de ce gaz que MM. les docteurs Goin (de Saint-Âlban), Barrier père (de Celles-les-Bains), firent les premiers, en 1828 et 1830, du gaz acide carbonique dans les affections bronchiaues. Cette pratique est encore suivie dans quelques établissements allemands et français, et particulièrement à Vichy, mais les médecins semblent en limiter partout les applications à un petit nombre d'affections bronchiques léo^ères. Si l'inhalation ou mieux l'aspiration carbonique tend à disparaître de

la thérapeutique thermale, celle qui se fait au moyen de l'hydrogène sulfuré, de l'azote ou des vapeurs forcées ou très-chaudes, s'est développée sur une assez large échelle, et son installation mérite que nous entrions dans quelques détails.

Les salles d'inhalation sulfureuse doivent être établies, autant que possible, sur le point même de l'émergence des sources, afin que leur atmosphère soit chargée, non-seulement du gaz hydrogène sulfuré qui s'en dégage, mais de tous les autres principes volatils ou gazeux que ces eaux peuvent contenir à leur sortie, à leur griffon. C'est ainsi qu'on a fait à Aix-la-Chapelle, à Baden près Vienne, à Eilsen, à Neudorf, etc., en Allemagne; à Saint-Honoré, à Aix-en-Savoie, à Marlioz, au Vernet, à Amélie, etc., en France. Lorsque l'installation des salles d'inhalation n'a pu avoir lieu sur les sources mêmes, ou à leur voisinage très-rapproché, on a été forcé de diriger leurs eaux vers ces salles en utilisant leur pression naturelle, ou en leur en créant une artificielle. Pour obtenir alors la cession de leur gaz, il faut diviser l'eau en plusieurs gerbes distinctes et assez éloignées les unes des autres, ou la faire frapper contre des disques elliptiques, ou bien la faire descendre par des chutes ou des cascades plus ou moins élevées, ou l'amener enfin dans des appareils diviseurs qui fonctionnent dans plusieurs points des pièces d'inhalation sulfureuse. C'est ainsi qu'a été aménagée la galerie supérieure de l'établissement du Vernet, d'Améiie-les-Bains, de la division d'Enfer d'Aix-les-Bains, de Bagnères-de-Luchon, de Bagnols et de Gréoulx. Les salles d'inhalation d'Allevard, qui ont pour ainsi dire servi de modèle à toutes celles qu'on a établies dans les stations sulfureuses, sont alimentées par le gaz acide sulfhydrique que leur cède aisément l'eau venant de la source, et qu'une pression artificielle fait arriver dans l'appareil placé au centre des salles, dont nous avons indiqué les chutes étagées en décrivant les moyens balnéaires de cette station des Alpes du Dauphiné. Deux de ces salles reçoivent l'eau à la température native de la source, et sont dites froides; deux autres ont un jet de la même eau artificiellement chauffée qui communique à leur atmosphère une température chaude ou tiède. Si l'on se reporte à ce que nous avons dit de l'installation et de l'aménagement des salles d'inhalation de plusieurs établissements sulfureux et sulfurés de la France, on verra qu'aux stations oii elles sont sur les réservoirs ou à un voisinage rapproché de ces réservoirs les vapeurs sulfureuses y arrivent par des tambours ou des puits à margelle circulaire ou ovale, dont l'orifice supérieur est garni de plaques tournantes au moyen desquelles on gradue, comme on le veut, les vapeurs et les gaz. Quelquefois aussi des cheminées verticalement pratiquées dans l'épaisseur des murs, comme le faisaient les Romains, alimentent les salles d'aspirations sulfureuses. Le moyen d'obtenir le plus aisément et le plus vite la cession du gaz hydrogène sulfuré est la gerbe à jets filiformes contre un disque solide et elliptique, aussi est-il celui qui est presque partout employé, comme à Marlioz, à Cauterets, aux Eaux-Bonnes, à Bagnères-de-Luchon, à Enghien, etc., etc. L'analyse de l'air des salles et des galeries d'inhalation sulfureuse a été faite par plusieurs chimistes et dans un certain nombre d'établissements. Nous renvoyons à ce que nous en avons dit aux articles spéciaux que nous avons consacrés à chacune des stations minérales.

L'inhalation azotée n'a été mise à profit qu'à une seule station espagnole, dans un pavillon situé à 40 mètres du griffon de la Fuentedel Iligado, templete de la Salud de Panticosa. C'est depuis 1860 seulement qu'on emploie l'azote

natif qui se dégnge de la source du Foie dans un salon de ynalacion qui est une pièce circulaire cTe 3'", 50 de diamètre, au milieu de laquelle existe un bassin de marbre blanc de l'",80 de diamètre et de 65 centimètres de profondeur. Une sphère, aussi de marbre blanc, s'élève de 10 centimètres au-dessus de la surface de l'eau, et contient à son centre un tube de cuivre terminé, à son extrémité libre, par une petite pomme d'arrosoir percée de 25 trous qui projette l'eau à une hauteur de 75 centimètres. Nous avons constaté que, l'air extérieur étant à 18", 4 centigrade, la température de la salle d'inhalation de Panticosa était de 21", 2 centigrade, celle de Teau du bassin de 20", 9 centigrade et celle de l'eau qui sortait de l'arrosoir de 24", 2 centigrade. Six personnes peuvent tenir séance en même temps dans le salon de ynalacion de la Fuente del Higado où elles restent pendant une demi-heure cliaquejour. Nous dirons, en traitant de l'action physiologique et thérapeutique des eaux minérales, les résultats que les inhalations du gaz azoté ont donnés à Panticosa sur l'homme sain et sur l'homme malade.

Les inhalations de vapeurs forcées ou naturelles dont les applications sont les plus suivies et les mieux entendues se trouvent au Mont-Dore, à Royat et à Dax, Au Mont-Doie, deux appareils cylindriques de zinc, de 90 centimètres de hauteur et de 45 centimètres de diamètre, sont placés à 5 mètres de distance l'un de l'autre et à chaque bout des salles. Au centre de ces appareils, entourés d'un serpentin, s'élève le tuyau de 55 millimètres de diamètre qui, par son orifice supérieur, laisse échapper la vapeur dans la salle, et se termine par un couvercle percé d'ouvertures latérales, à travers lesquelles la vapeur est projetée en tous sens. Elle échauffe d'abord les couches inférieures, afin que les pieds des malades ne soient pas dans une atmosphère plus froide que le reste du corps, comme cela avait lieu du temps de l'installation primitive. Cinquante personnes peuvent séjourner en même temps et assez à l'aise dans chaque salle, debout ou assises, sur trois rangs de gradins, les pieds appuyés sur une planche à jour, pour que la vapeur condensée jiuisse s'échapper incessamment. A Pioyat, la vapeur forcée de la source Eugénie est apportée d'un générateur dans un manchon, dont l'orifice fixé au niveau de l'aire de chaque salle d'inhalation est surmonté d'un tuyau garni d'ouvertures latérales comme au Mont-Dore. La vapeur fait monter à sa sortie un thermomètre centigrade à 75 degrés, et elle ne tarde pas à élever la température des salles de 30 degrés à 40 degrés suivant qu'on la laisse arriver pendant un temps plus ou moins long, et surtout selon qu'on reste au bas ou qu'on monte au dernier gradin. Les vapeurs spontanées ou forcées des sources de Dax sont utilisées non-seulement pour chauffer, toujours au même degré, la grande galerie de l'établissement principal ; elles servent encore à alimenter six appareils spéciaux pour les inhalations des vapeurs et des gaz des salles du grand établissement et de l'établissement des Baignots.

V. Pulvérisation. M. le docteur Niepce père avait obtenu un certain degré de pulvérisation de l'eau, au moyen des appareils dont il se servait pour obtenir les vapeurs et les gaz qui alimentaient les salles d'inhalation qu'il avait installées à Allevard. Mais il faut reconnaître que c'est au docteur Sales-Girons, ancien médecin inspecteur des eaux de Pierrefonds, qu'on doit l'idée, et à M. de Flubé, propriétaire de cette station, les moyens mécaniques de la pulvérisation. Sales- Girons, en effet, ne trouvant pas suffisants les résultats obtenus de l'inhalation proprement dite, qui ne cède pas à l'atmosphère ambiante tous les éléments

constitutifs des eaux minérales, pensa qu'on ne pourrait jamais guérir certaines maladies des voies aériennes, la phthisie pulmonaire surtout, qu'en» trouvant un moyen de la traiter localement, topiquement, de façon que le remède pi'it être appliqué sur le mal : desideratum déjà signalé par Hippocrate et formulé par Mascagni qui écrivait : « Si on trouve jamais un remède contre les maladies de poitrine, c'est par les voies respiratoires qu'il devra pénétrer dans l'organisme du malade. » Cette formule admise par Sales-Girons comme l'expression de la vérité, il lui restait à trouver l'application méthodique de l'eau de Pierrefonds fragmentée, et devenue ainsi respirable. A la fin de la saison minérale de 1855, pendant laquelle Sales-Girons avait eu mainte occasion de constater Tefficaci té marquée des eaux sulfureuses de Pierrefonds sur les affections pulmonaires, il crut le temps propice de préparer la réalisation de son projet. Il en fit part à M. de Flubé qui approuva complètement sa manière de voir et se rangea de suite à l'avis que les vapeurs minérales étaient illusoires dans leur action, et qu'il fallait produire de la poussière d'eau minérale pour être sûr que chaque globule est bien un fragment intégral de l'eau sulfureuse. Dans l'intervalle de la saison de 1855 à celle de 1856, M. de Flubé, après des essais nombreux et persévérants, arriva enfin à construire seul, au bout de cinq mois, un instrument pulvérisateur à la fois simple et pratique dont Henry (Ûssian) et François ne tardèrent pas à constater l'ingénieux mécanisme; ils en rendirent un compte très-élogieux et à l'Académie de médecine et à la Société d'hydrologie médicale de Paris. L'appareil inventé et exécuté par M. de Flubé se compose d'une pompe aspirante et foulante de la force de cinq atmosphères, dont le levier est mià par le bras d'un homme. Cette pompe communique du côté aspirateur par un tube de 5 ou 4 mètres avec un réservoir d'eau minérale. Le piston foulant introduit l'eau dans un autre conduit, qui la fait arriver par la partie supérieure de la salle au milieu de laquelle a élé disposé l'instrument de pulvérisation. Cet instrument n'est pas autre chose qu'une terminaison de tube ayant un certain nombre de trous capillaires, àjets continus sortant directement et frappant avec force une petite lentille solide placée sous un angle variable et à une distance de 5à 6 centimètres du jet. Sous l'influence de la pression de la pompe, le jet ou les jets se brisent avec violence sur le disque, et la pulvérisation est complète et ressemble absolument au brouillard le plus léger. La durée des séances dans la salle de pulvérisation varie d'une demi-heure à une heure. Le malade s'assied sur un siège à claire-voie, coiffé d'un bonnet de toile cirée, vêtu d'un long manteau imperméable, et chaussé de sabots ou de caoutchoucs. La respiration par le nez suffirait à la rigueur, mais il vaut mieux que la bouche soit ouverte pour que l'eau fragmentée pénètre avec plus de facilité. La température de l'eau qui remplit la pompe doit être chaude ou chauffée à 25 ou 30 degrés centigrade, afin que la poussière d'eau ne produise sur les organes respiratoires ni sensation d'une trop grande chaleur, ni d'un froid trop marqué. L'eau fragmentée conserve-t-elle toutes les qualités de l'eau de la source qui la fournit? Ossian Henry répond ainsi à cette question : « En entrant dans la salle de pulvérisation de Pierrefonds, les fenêtres étant ouvertes, on sent une odeur sulfureuse analogue ù celle des cabinets de bains. Quant au liquide obtenu sur dilférents points de la salle par la condensation de la poussière d'eau, il est d'une composition identique à l'eau de la source sulfureuse. »

Nous avons vu, en parlant de l'installation de toutes les sources de la France et de l'étranger, l'accueil favorable qui a été fait à l'appareil pulvérisateur du

docteur Sales-Girons, établi maintenant dans toutes les stations importantes de l'Europe, avec l'installation primitive de l'auteur, ou après avoir subi certaines modifications qui l'ont rendu plus puissant, d'un usage plus facile ou plus portatif. Cet appareil a été appliqué en grand aux bains généraux et locaux, dits d'hydrophère, et qui ont été alimentés par une pulvérisation plus ou moins chaude et plus ou moins intense. L'instrument fixe primitivement établi à Pierrefonds a été rendu portatif, et on le rencontre aujourd'hui dans les mains de tous les malades qui s'en servent à domicile, pour se traiter de maladies plus ou moins sérieuses de la gorge ou des bronches. Enfin, les appareils pulvérisateurs sont employés pour la fragmentation des liquides parfumés ou médicamenteux, et ils sont devenus du domaine au moins autant industriel que médical, preuve évidente de la simplicité et de l'opportunité de l'invention. En parlant des effets physiologiques et thérapeutiques de la pulvérisation des eaux minérales en général et particulièrement des eaux sulfliydriquées et sulfurées azotées, nous agiterons la question de la pénétration des eaux minérales poudroyées et des discussions qui ont eu lieu à la Société d'hydrologie médicale de Paris. Quoi qu'il en soit, les appareils deau fragmentée sont maintenant dans tous les établissements thermo-minéraux et on les ti^ouve installés dans beaucoup de maisons de bains, où ils fonctionnent alimentés par des eaux transportées de Cauterets, comme au Hammam de Paris, par exemple. Le docteur Sales-Girons, dans son enthousiasme pour l'eau minérale Ir-agmentée, avait conçu l'espérance que ce moyen nouveau permettrait aux malades de pouvoir suivre toute l'année un traitement thermal dans des salles convenablement chauffées, où ils auraient le bénéfice, même pendant les mois les plus froids et les plus humides, d'un traitement efficace contre leurs affections des voies respiratoires les plus invétérées. Nous ne pouvons constater nulle part, jusqu'à ce moment, l'installation complète prévue par notre confrère, et les poitrinaires ne sont pas plus avancés qu'ils ne l'étaient avant l'ingénieuse découverte de la pulvérisation des eaux minérales.

VI. HuMAGE. Le humage est une sorte d'inhalation localisée, et nous ne l'avons Yu employé que dans les stations sulfurées et sulfureuses. C'est à Bagnères-de-Luchon, à la Puda, à Cauterets et aux Eaux-Bonnes, qu'il est le plus souvent mis en usage. M. le docteur Lambron l'a appliqué l'un des premiers à Luchon, et le recommande comme une excellente pratique hydrologique. C'est, en effet, un bon mode d'application dans certains cas déterminés de maladies des voies aériennes où il convient de faire inspirer une assez grande quantité des vapeurs et des gaz venant d'une source thermale sur laquelle il €st directement installé. Le humage est alors une inhalation à une plus haute puissance, mais nous croyons le séjour prolongé dans une salle plus utile et plus efficace lorsque les malades ont besoin d'un contact plus long avec les éléments volatils et gazeux de l'eau minérale pour obtenir une sérieuse action sur la membrane muqueuse des voies aériennes ou du commencement des voies digestives. Le humage est plus immédiatement actif, l'inhalation est plus douce, son effet est plus aisément supporté et convient mieux aux personnes chez lesquelles il faut procéder sans secousse, et se garder de produire une réaction trop vive qui pourrait amener des accidents inflammatoires, congestifs ou hémorrhagiques. Ces réserves faites, disons en quoi consiste le humage. Le humage est l'aspiration de la vapeur qui s'élève d'une eauhyperthermale naturelle ou artificiellement chauffée à 55 degrés centigrade. Un tuyau part de la partie

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supérieure du réservoir des vapeurs ou des gaz, et aboutit à une sorte d'embouchure ayant la forme de l'ouverture buccale, et ressemblant à l'exlrémité libre d'un porte-voix ou d'un appareil pour les aspirations éthérées. L'embouchure ne doit point être directement appliquée sur les lèvres, mais en être distante de 1 ou 2 centimètres, et la respiration rester ce qu'elle est habituellement, c'est-à-dire que le jet de vapeur et de gaz doit entrer sans secousse, sans effort violent, par le seul fait d'une aspiration normale. Pour que le humage soit convenablement appliqué et donne tous les résultats favorables qu'on en attend, il ne faut pas aspirer avec force comme on le fait en fumant une pipe trop bourrée ou un cigare trop fortement serré. L'inspiration doit être lente, douce, complète, et introduire le courant volatil et gazeux dans l'extrémité la plus déliée des bronches, sans qu'il soit nécessaire d'aucune gymnastique respiratoire particulière. Si le humage fatigue cependant un peu les malades pendant les premiers jours, il est bon que le médecin conseille une aspiration momentanée, permettant aux malades de se reposer pendant les intervalles, de se lever et d'aller l'espirer au grand air avant de reprendre séance. Le humage aux sources sulfurées, où il est le plus souvent employé, ne fait pas seulement entrer dans les bronches et dans les vésicules pulmonaires de la vapeur d'eau renfermant de l'azote, de l'hydrogène sulfuré, du soufre extrêmement divisé, et de l'air chargé des différents principes en dissolution dans la source, mais encore de l'air atmosphérique naturel qui est dans l'ouverture de l'appareil. Le humage avec les précautions qui viennent d'être indiquées et reconnues nécessaires par tous ceux qui l'ont mis en pratique ne permet pas l'entrée de vapeurs trop chaudes et trop chargées qui, au début de son application, avaient occasionné une chaleur désagréable dans les voies aériennes, une certaine anxiété, de la dyspnée, des hémoptysies, une grande excitation nerveuse, la fréquence du pouls, quelquefois de la chaleur de la peau et même de la fièvre. Si le humage a quelques inconvénients que nous avons signalés, il a le grand avantage de ne pas imprégner de vapeur d'eau les vêtements des malades comme le fait l'atmosphère des salles d'inhalation alimentées par les chutes et les cascades d'eau minérale, et surtout celle des salons de respiration chargée d'eau fragmentée par plusieurs appareils de pulvérisation.

Yll. Cataplasmes. Nous avons dit, en parlant des Boces minérales, que certaines eaux, comme celles d'Acqui, laissent déposer au fond de leurs bassins un sédiment que les Allemands nomment Mineralmoor ou Mohr, et les Itahens fanghi. Les auteui's allemands désignent par Mlneralscklamm la terre glaise ou tourbeuse qui macère toujours, ou pendant un temps assez long, dans l'eau minérale de certaines stations thermales. Nous avons indiqué à l'article Cokferves l'usage de ces végétaux. Les cataplasmes faits avec le mineralmoor ou boue minérale, avec le mineralschlamm ou boue végétale, ou avec les conferves produites par les eaux thermales, n'ont pas les mêmes indications et ne doivent pas être indifféremment prescrits, ni appliqués de la même manière. Ainsi il n'est besoin, pour s'en convaincre, que de se rappeler le procédé qu'on emploie à Acqui quand on a recours à l'application locale du dépôt de la grande Vasca. Le malade est couché sur un matelas supporté par un cadre de bois ou de marbre, la tête soutenue par un oreiller de paille de mais. On prend de la boue qu'on vient d'extraire, et l'on en étend sur le siège habituel de la douleur une couche qui excède rarement 5 à 6 centimètres d'épaisseur. Cette

boue grisâtre, homogène, douce et onctueuse, se moule parfaitement sur la partie du corps que l'on veut recouvrir et se prête à toutes ses formes. Nous verrons plus tard que les boues d'Acqui sont puissamment excitantes de la peau qu'elles recouvrent, et surtout des systèmes circulatoire et nerveux. Les cataplasmes de mineralschlamm ou boue végétale, comme à Franzensbad, à Marienbad, à Szklenô, à Dax, à Saint-Amand, etc., sont appliqués d'une toute autre façon. Les boues sont trop liquides pour se mouler sur les points du corps où elles doivent être apposées, et les administrations locales ont ordinairement lieu, non en recouvrant d'une bouillie de tourbe minéralisée, mais enimmergeant la partie du corps qu'il faut tenir en contact avec la boue, chauffée directement ou au moyen de serpentins, au degré de température qu'on veut obtenir. On irouxti h. Balaton-Fured{voij. ce mot) une médication sans analogue à toutes les stations thermo-minérales. Elle consiste soit à prendre des bains entiers, soit plus souvent à appliquer des cataplasmes ou seulement à se faire faire des frictions avec le dépôt des eaux du lac sur les parties du corps oi!i l'on veut obtenir une révulsion énergique et presque instantanée. Ces cataplasme et ces frictions doivent être employées avec une grande précaution, car ils ont une action si marquée, qu'il suffit de quelques minutes pour la produire. La boue du lac Balaton est grisâtre, elle est onctueuse et très-grasse au toucher. Appliquée sur la peau, elle se sèclie assez promptement et ressemble au sablon des bords de la mer. Elle adhère fortement, lorsqu'elle est humide, aux parties du corps avec lesquelles elle est en contact, mais elle s'en détache très-aisément lorsqu'elle a séché aux rayons du soleil ou par la chaleur du corps. Ces applications locales de la boue de Balaton doivent être suivies d'un grand bain dans le lac. On étend ou l'on fait étendre après ce bain une légère couche d'huile d'amandes douces, si la cuisson ou la démangeaison est trop vive. L'analyse chimique de la boue de Balaton-Fûred révèle qu'elle ne peut agir en vertu des matières chimiques qui la constituent; il a fallu chercher une autre explication, et l'on a constaté à l'inspection microscopique que ce dépôt contient une quantité extrêmement considérable de cristaux terminés en pointes recourbées, qui ne sont autre chose que du silicate de chaux. On a compris alors le mode d'action des applications et encore mieux des frictions avec cette boue, faisant entrer dans les couches superficielles de la peau ces innombrables épines qui entament l'épiderme et y restent adhérentes jusqu'à ce qu'un travail d'élimination parvienne à les expulser. Cette théorie rend un compte très-complet de la douleur, de la cuisson, des démangeaisons insupportables qui suivent presque toujours l'application toxique de cette boue, et explique pourquoi, plus on se gratte, plus les corps étrangers qu'elle contient s'enfoncent profondément et augmentent un malaise qu'on a cru calmer. Les conferves fraîches des bassins de Néris, d'Évaux, de Bourbon-Lancy, de Bourbon-l'Archambault, de Valdieri, de Alhama de Aragon, pour ne parler que des plus employées, s'emploient à l'extérieur seulement, soit en cataplasmes, soit en frictions. Les frictions doivent être pratiquées pendant que le malade est au bain, et durer d'un quart d'heure à une demi-heure. Les cataplasmes de conferves peuvent être supportés pendant une heure et souvent pendant une partie de la journée.

VIII. Compresses. Un bien petit nombre de sources minérales sont assez chargées de principes élémentaires pour que leur eau soit capable, d'avoir des résultats efficaces, employée localement, au moyen de compresses qui en seraient imprégnées. Il faut faire quelques exceptions cependant en faveur des stations

chlorurées sodiques très-fortes, dont Salies-de-Béarn est un des exemples les plus frappants. Certaines eaux, concontrces par une ébuUition prolongée ou par une exposition au soleil longtemps continuée, donnent lieu à la formation de cristaux, et deviennent des eaux-mères dont nous avons parlé en détail dans l'article que nous leur avons consacré et où se trouvent tous les renseignements sur leur mode d'application et leur efficacité ({voy. Eaux-mères).

IX. Massage. Le massage est pratiqué dans un trop petit nombre d'établissements thermo-minéraux de la France et de l'étranger, et le massage sous la douche ne s'emploie que dans quelques stations de l'Orient ou de notre pays. Si l'on se reporte, en effet, aux détails que nous avons doimés sur les postes minéraux de Meliadia, d'Aix en Savoie, d'Uriage, de Néris, de Ludion, d'Aachen, on se rendra compte qu'ils sont à peu près les seuls où la pratique du massage est assez souvent suivie. Le massage est un moyen de traitement à la fois simple et puissant, qui devrait être beaucoup plus souvent l'adjuvant d'une cure thermale bien conduite. En traitant des vertus des eaux thermo-minéi'ales d'Aix-les-Bains et d'Aix-la-Chapelle, nous avons signalé l'habileté de leurs masseui's. Elle est bien loin cependant d'égaler celle des Turcs, des Égyptiens et des Arabes, qui joignent à une dextérité singtdière une connaissance anatomique suflisante des tissus qu'ils manipulent. Cette instruction préalable explique la supériorité incontestable des masseurs oi'ientaux sur les préposés allemands et français. Le massage sur le lit et sous la douche est le plus efficace, quand il est possible.

Action physiologique. L'action physiologique des eaux minérales diffère essentiellement suivant leur degré de chaleur, suivant leur composition élémentaire, suivant la qualité et la quantité des gaz dont elles sont chargées et suivant leur mode d'administration, soit intérieure, soit extérieure. Nous croyons, pour étudier ce sujet avec quelque méthode, devoir rappeler les diverses classifications que nous avons admises et nous servir de ce cadre pour élucider les problèmes extrêmement complexes des effets physiologiques et physiologico-patbologiques des eaux minérales en général. Commençons par dire que les eaux athermales ou hyperthermales ne peuvent produire les mêmes effets sur l'homme sain, et que l'on doit tenir grand compte de la présence plus ou moins considérable de leurs principes minéralisateurs ou gazeux, et des conditions de pays ou d'altitude des stations où elles émergent. Il nous suffit, à cet égard, d'indiquer que les eaux athermales, protothermales et hypothermales, à quelques rares exceptions près, sont le plus souvent utilisées à l'intérieur, tandis que quelques-unes des eaux hyperthermales ne le sont jamais ou presque jamais et servent à alimenter les moyens balnéaires extérieurs des postes thermaux où les sources sortent de terre. Les eaux mésothermales et la plupart des hypothermales sont administrées à la fois en boisson, en bains et eu douches. Si nous avons dit que les eaux minérales froides ou tièdes sont en général réservées à la boisson, nous devons ajouter qu'il a fallu pour les employer en bains et douches inventer des appareils pour élever leur température dans les conditions les mieux appropriées pour ne pas laisser perdre leurs éléments gazeux et ceux qu'une chaleur artificielle dénature ou détruit. Pour les eaux quiont, au contraire, une thermalité native beaucoup plus élevée que celle de la peau, il a fallu agir de façon à laisser ces eaux se refroidir sans qu'elles se dépouillent trop des substances minérales et gazeuses qui font leur activité. Ces distinctions sommaires établies, nous abordons l'étude des effets physiolo-

giques des eaux minérales, en suivant la classification que nous avons adoptée au commencement de cet article.

I. Action physiologique des eaux bicarbonatées. Les eaux bicarbonatées dont les bases, la température et la quantité de gaz, varient presque pour chacune d'elles, ne peuvent produire les mêmes effets suivant qu'elles sont sodiques fortes ou ferrugineuses faibles, suivant qu'elles sont athermales ou hyperthermales, suivant enfin qu'elles contiennent une quantité plus ou moins considérable d'acide carbonique, car c'est à peu près toujours ce gaz qu'elles renferment : il est, pour ainsi dire, leur caractéristique.

Quels sont les effets physiologiques principaux des eaux bicarbonatées fortes et thermales, ou fortes également et athermales? Deux stations de notre pays nous renseignent parfaitement à cet égard. Vichy et Vais, en ne faisant entrer dans notre parallèle que l'eau des sources franchement bicarbonatées sodiques de ces deux postes minéraux. Ajoutons de suite que, si nous n'allons éprouver à peu près aucune difficulté pour établir les effets des eaux bicarbonatées sodiques fortes et franches, notre embarras va se faire bientôt sentir lorsque nous allons parler des analogies et des différences entre les bicarbonatées d'un autre ordre, alors surtout que le bicarbonate n'est plus l'élément à peu près exclusif de la minéralisation et qu'il coexiste avec d'autres sels, comme le chlorure de sodium et les sulfates, notamment dans les eaux polymétallites de Karlsbad, de Saint-Nectaire, pour ne citer aussi que les deux principales. L'action physiologique des eaux bicarbonatées sodiques fortes employées en boisson seulement, étudiée aux sources exclusivement alcalines, dont on boit l'eau à la dose de trois à quatre verres tous les jours pendant un mois, par exemple, ne détermine pas de modification très-marquée sur la circulation sanguine. Cependant, elle produit plutôt un abaissement qu'une accélération des battements cardiaques ou artériels; elle rend les mouvements musculaires plus libres et la respiration plus facile et plus ample. Ces eaux occasionnent une excitation cérébrale accompagnée de lourdeur de tête, de propension au sommeil, et quelquefois un léger sentiment d'ivresse. Ces derniers phénomènes sont dus à l'acide carbonique en excès qu'elles renferment. Elles occasionnent quelquefois de la pesanteur d'estomac, du ballonnement du ventre et souvent un sentiment de brûlure épigastrique sans soif, qui se dissipent aussitôt que l'eau commence à être absorbée. Elles sont apéritives et favorisent les digestions, elles déterminent assez souvent, au début, de la constipation; plus rarement de la diarrhée. S'il arrive dans le cours du traitement minéral que les selles augmentent tout à coup, c'est l'indication que l'eau est donnée en quantité un peu trop forte et qu'il faut la diminuer. La tolérance s'établit progressivement alors, et il n'est pas rare de voir ces mêmes buveurs supporter sans aucun accident des doses plus considérables qu'auparavant. Les reins sont ordinairement le siège de chaleur et de pesanteur déterminées par une sécrétion plus abondante qui donne de plus fréquentes envies d'uriner. Une demi-heure après l'ingestion des eaux, les urines deviennent alcalines, claires et limpides, ainsi que cela arrive avec presque toutes les eaux minérales d'ailleurs; mais ce qui est particulier aux eaux alcalines fortes, c'est que les urines diminuent au lieu d'augmenter en tenant compte, bien entendu, de la quantité de l'eau qui a été bue. Un effet aphrodisiaque se produit pendant les premiers jours ei ne persiste pas généralement. La transpiration n'est pas notablement augmentée, mais les forces diminuent ordinairement à la fin du traitement. Si une irritation

inflammatoire des organes digestifs a eu lieu quelque temps avant la cure, il n'est pas rare que les eaux bicarbonatées fortes ne la ramènent à l'état aigu ; il est prudent, dans ce cas, de surseoir à l'application interne des eaux. Voilà ce que nous pouvons dire de général sur les effets physiologiques des eaux bicarbonalées sodiqucs franches et fortes administrées en boisson, en faisant remarquer toutefois avec les médecins qui ont pratiqué de tout temps aux stations alimentées par ces sources qu'il est très-important de ne jamais oublier que des eaux à peu près identiques physiquement et chimiquement ont cependant des effets physiologiques et curatifs, sinon contraires, au moins complètement dissemblables. Lorsque les eaux sont à la fois bicarbonatées sodiques fortes, et en même temps iérrugineuses, leur action physiologique pendant les premiers jours du traitement n'est pas sensiblement différente des bicarbonatées franches. Mais après quelques jours de leur emploi intérieur les buveurs, au lieu de perdre de leur aptitude musculaire, constatent l'augmentation de leurs forces, ce que les médecins éloignés des station» alimentées par les eaux de cette classe ne connaissent pas assez. Nous appelons spécialement leur attention sur l'importance de la médication par les eaux minérales bicarbonatées sodiques fortes et ferrugineuses, qui, tout en étant fondantes et résolutives de certains engorgements viscéraux, sont en même temps analeptiques et reconstituantes. Certains hôtes accidentels des stations bicarbonatées fortes, et particulièrement quelques goutteux, doivent être soumis à la cure interne seule, car tout médecin sait combien la majorité des podagres s'accommode mal des bains et des douches, composés des eaux fortement et franchement bicarbonatées sodiques. Mais la plus grande partie des malades doivent associer la médication interne à la cure externe. Quels sont les effets physiologiques principaux produits par les bains et les douches d'une eau minérale bicarbonatée sodique forte ? Celte étude est d'autant plus nécessaire, qu'à l'inverse de ce que nous avons dit de certains goutteux il est quelques personnes dont le tube digestif ne peut accepter les eaux bicarbonatées sodiques fortes chaudes ou froides, sans une protestation qu'il ne serait pas prudent de violenter. Cette susceptibilité n'a pas aux stations alcalines fortes les mêmes inconvénients qu'à beaucoup d'autres, car l'expérience a appris depuis longtemps que la cure externe peut suffire à presque toutes les indications d'un bon traitement thermo-minéral par les eaux bicarbonatées sodiques fortes. Les phénomènes de l'absorption cutanée pendant le bain se produisent partout, mais on peut plus aisément les constater peut-être avec les eaux bicarbonatées fortes qu'avec celles des autres stations therrno-minéralcs. L'examen des urines est le meilleur moyen de faire cette démonstration. Ainsi, franchement acide au moment oii l'on entre dans le bain, l'urine devient alcaline à l'expiration du temps réglementaire qu'on doit y rester. Cette absorption par la peau des principes alcalins explique comment un simple traitement externe peut presque toujours suffire. Ces bains ont une action marquée sur l'enveloppe externe, dont ils produisent la l'ougeur, moins par leur chaleur que par leur effet dynamique. L'excitation cutanée expliquerait l'apparition de la poussée, et pourtant elle est presque inconnue aux eaux bicarbonatées; les éruptions de furoncles y sont, au contraire, assez fréquentes, et doivent être attribuées, et à l'action irritante des eaux sur la peau, et surtout à un état de saturation qui a profondément ■modifié la crasc sanguine. L'apparition de ces fui"oncles est toujours la preuve d'un abus du régime hydrominéral et, pour ce qui nous concerne, nous avons

observé plusieurs cas où ces furoncles avaientété une cause de mort. Nous avons signalé plusieurs fois que Marchai (de Calvi) avait remarqué que le diabète sucré est la cause première d'une apparition furonculeuse, nous savons que les affections du foie suffisent seules pour produire des clous, des anthrax, etc. ; mais les €aux bicarbonatées sodiques fortes, et même beaucoup d'autres, sont souvent aussi la cause unique de l'apparition de ces alfections sous-cutanées. Nous croyons donc ne pas pouvoir trop insister sur les dangers immédiats, mais plus souvent ultérieurs dune saturation excessive par les eaux bicarbonatées sodiques franches et fortes. Les douches générales ou partielles avec les eaux bicarbonatées fortes n'ont rien de particulier dans leurs effets physiologiques. Nous n'avons donc rien de spécial à en dire, si ce n'est qu'elles sont un adjuvant utile de la cure par les eaux en boisson et en bains. 11 faut remarquer encore que le s bains et les douches avec les eaux bicarbonatées sodiques fortes et pures ne diffèrent absolument en rien dans leur action sur l'homme sain, des eaux bicarbonatées ferrugineuses. Ainsi, les bains et les douches ne modifient pas toujours d'une manière appréciable la circulation sanguine, qu'ils ralentissent cependant en général. Leur action n'est pas la même sur les vaisseaux hémorrhoïdaux et utérins dont elles augmentent presque toujours l'activité. Les eaux bicarbonatées fortes et franches, concurremment employées à l'intérieur et à l'extérieur, ont pour effet physiologique constant de rendre le sang et la bile plus liquides, et la fluidité du sang est d'autant plus marquée que le traitement hydrominéral est suivi depuis plus longtemps. Il n'en est pas tout à fait de même pour la bile, qui coule plus aisément dans les premiers jours que vers la fin de la cure. Cette propriété explique pourquoi ces eaux ont un effet purgatif au début, et finissent par déterminer la constipation. Enfin, les eaux bicarbonatées fortes, en bains et en douches, excitent, comme elles le font en boisson, la transpiration cutanée qui, comme l'urine et toutes les autres humeurs acides de l'économie, devient promptement alcaline. Mais cette modification n'est que d'une courte durée, et toutes les sécrétions ou excrétions naturelles reprennent leurs qualités ordinaires de une heure à trois ou quatre heures après l'usage interne ou externe des eaux bicarbonatées fortes. Les bains et les douches sont peut-être plus diaphorétiques que l'eau en boisson, mais, s'ils le sont autant, ils ne sont pas plus diurétiques qu'elle.

Les eaux bicarbonatées sodiques moyennes et pures ont une action physiologique identique aux eaux bicarbonatées fortes, avec cette différence qu'elle est d'autant moins accentuée que la proportion du bicarbonate de soude est plus décroissante. Il n'y a d'exception que lorsque ces eaux deviennent polymétallites comme le sont celles de Karlsbad, d'Ems, de Saint-Nectaire et de Royat, par exemple. Les eaux bicarbonatées polymétallites sont le plus souvent composées de bicarbonates, de chlorures et de sulfates alcalins, avec une quantité plus ou moins grande de gaz acide carbonique en excès ou en suspension. Ces eaux composées n'ont pas les mêmes effets sur l'homme sain que les bicarbonatées pures, et nous devons en faire connaître les particularités prmcipales. Les personnes qui jouissent d'une santé parfaite font rarement usage des eaux minérales et surtout des eaux bicarbonatées fortes franches ou composées, et, si une exception se présente, elle n'est que passagère. Aussi est-il toujours difficile de bien déterminer leur action physiologique. Le médecin attaché à un poste minéral ne peut guère connaître cette action qu'en analysant l'effet des eaux sur lui-même ou sur les siens, et encore l'étude à laquelle il se livre n'a

pas une très-grande valeur scientitique, l'expérience se faisant ordinairement sur une trop petite échelle pour être concluante. Les eaux minérales composées, comme celles qui nous occupent, de plusieurs éléments mméi^alisateurs, produisant chacun un effet différent, rendent presque impossible de préciser leur action variable et complexe, et d'en apprécier sainement les causes, surtout lorsque les principes multiples y sont en quantités à peu près identiques. Faut-il croire à l'action isolée d'un seul d'entre eux ou bien à un effet particulier résultant de leur combinaison ou plutôt de leur coexistence? On éprouve un très-grand embarras. Toutes ces questions sont loin d'être résolues et la chimie, quoi qu'on en ait pu dire, n'a point encore assez éclairci ces problèmes. Mais cette science, qui a fait de si grands progrès dans ces dernières années et qui nous étonne tous les jours par des résultats inattendus, découvrira bientôt, il faut l'espérer, des moyens d'analyse plus parfaits qui feront la clarté sur une partie de ces questions. Jusqu'à ce jour, l'effet des sources plus ou moins minéralisées et surtout des sources amétallites et polymétallites, comme celui de tant de médicaments d'ailleurs, ne peut être expliqué d'une manière satisfaisante; on est forcé de procéder moins scientifiquement qu'on ne le voudrait, et de s'en tenir à constater les manifestations fonctionnelles ou organiques, sans se rendre un compte exact de la production de tels ou tels phénomènes. Lorsque les observations sont multipliées et concordantes, le médecin regrette moins son ignorance de la cause, parce qu'il en sait assez pour guérir, ou au moins pour soulager ; mais les esprits qui ne se contentent que d'explications et d'hypothèses, et ils sont nombreux, trouvent une occasion favorable pour développer leurs plus belles théories. Si pourtant l'action physiologique des eaux minérales ou thermales est difficile à constater sur l'homme parfaitement sain, on peut le plus souvent arrivera la reconnaître, en l'étudiant dans ses effets sur l'homme malade. Ce que nous avançons n'est point un paradoxe, et il est inutile de réfléchir longtemps pour s'apercevoir qu'il doit en être ainsi. Un baigneur arrive avec une affection externe très-exactement localisée, elle n'a aucun retentissement sur tel ou tel organe ou appareil d'organes, et cependant elle exige un traitement interne et externe par une eau thermo-minérale. Ce baigneur malade, à n'en pas douter, ne présente-t-il pas alors toutes les conditions requises pour qu'une bonne expérimentation sur les effets physiologiques d'une eau minérale puisse être entreprise avec toutes les garanties désirables? Celui qui arrive à une station minérale avec une affection du foie ou des reins, par exemple, ne peut-il pas renseigner, jusqu'à un certain point aussi, quant aux efiets pjiysiologiques des eaux sur l'innervation, la circulation générale et la respiration? Nous n'avons pas besoin d'en dire davantage pour faire comprendre toute notre pensée, et dans les cas dont il s'agit, ne peut-on pas avancer avec raison qu'on fait de la physiologie sur un malade? — Les eaux bicarbonatées sodiques franches et composées de plusieurs éléments qui sont associés aux bicarbonates, n'ont pas seulement une action physiologique ; elles ont aussi des effets physiologico-pathologiques. Nous entendons par cette dernière dénomination les phénomènes qui ne se manifestent que sur les personnes affectées de certains états morbides. Le sujet qui souffre d'un organe étranger à son état morbide est réh'actaire aux effets dont nous parlons, mais celui qui est en proie à une maladie ayant modifié un organe déterminé, ou même la crase du sang tout entière, éprouve à telles ou telles sources des accidents utiles à sa guérison, et quelquefois l'expulsion de produits solides ou

liquides qui constituaient ou qui entretenaient son état morbide. Ce sont les résultats de cette nature qui forment l'action physiologico-pathologique d'une eau minérale. Toutes les eaux des sources bicarbonatées composées n'ont pas les mêmes effets physiologiques, suivant qu'elles sont à la fois bicarbonatées, chlorurées et sulfatées sodiques, comme celles de Karlsbad, ou simplement bicarbonatées et chlorurées sodiques, comme celles d'Ems, de Saint-Nectaire et de Royat. Le type des eaux bicarbonatées polymétallites se trouve dans les premières, et nous sommes obligé de renvoyer à ce qui en est dit à l'alinéa oii nous traitons des effets sur l'homme sain des eaux do Karlsbad; la même remarque s'applique à l'eau des sources d'Ems, de Saint-Nectaire, de Royat, etc. Contentons-nous ici d'analyser les analogies et les différences de ces diverses eaux minérales bicarbonatées, chlorurées et sulfatées. L'eau des diverses sources de Karlsbad a, comme celle de Vichy, une composition à peu près identique, et cependant elle est loin de produire des effets physiologiques et curatifs toujours les mêmes. Les effets de l'eau du Sprudel ne ressemblent guère à ceux qu'on observe au Mûhlbrunnen ou au Marktbruunen, au Kaiserbrunnen ou au Schlossbrunnen, par exemple. Ainsi le Sprudel à l'intérieur, même à très-faible dose, produit une sensation de chaleur épigastrique et occasionne une transpiration et une salivation plus marquées qu'aux autres sources de la station ; cette eau est de plus constipante à petite dose. En quantité plus considérable, elle détermine presque constamment de la diarrhée au contraiie. Elle ressemble en cela aux eaux chlorurées sodiques fortes. L'eau du Sprudel, quand elle est facilement digérée dès les premiers jours de la cure, donne presque toujours de bons résultats curatifs, tandis qu'il faut en suspendre l'emploi, si elle cause une grande pesanteur d'estomac et si elle est d'une assimilation lente et pénible. Les phénomènes de congestion du centre encéphalorachidien doivent être surveillés avec une grande attention, car, s'ils sont très-habituels, ils ne surviennent jamais brusquement. Une certaine ébriété (Sprudelrausch) et une incohérence notable des idées, un trouble sensible de la mémoire, des vertiges et même des étourdissements, la précèdent ordinairement. L'action du Sprudel est presque nulle sur les voies urinaires saines. Les bains d'eau du Sprudel employés seuls produisent aussi des phénomènes congestifs du cerveau et de ses enveloppes. L'eau des sources de Muhl, de Markt, de Kaiser et de Schlossbrunnen, est purgative, mais elle ne prédispose point aux congestions encéphaliques. Toutes les eaux de ces sources, et surtout de Schlossbrunnen, ont une action physiologique prononcée sur les membranes muqueuses et spécialement sur celles des voies aériennes digestives, et surtout urinaires.

Les eaux d'Ems sont bicarbonatées et chlorurées presque comme celles de Karlsbad, mais elles contiennent beaucoup moins de sulfates alcalins que ces dernières. C'est ce qui fait que nous jetons un coup-d'œil sur l'action physiologique différente de eaux du Nassau qui, à haute dose même, ne sont point purgatives et débilitantes, quoique sensiblement bicarbonatées et chlorurées sodiques. Les eaux d'Ems ne portent point aux congestions intra-cràniennes comme les eaux du Sprudel de Karlsbad. Ces simples remarques suffisent pour assigner aux eaux d'Ems leurs véritables indications, et pour faire comprendre de suite dans quels cas elles conviennent, à l'exclusion des eaux fortes et franches de Vichy et de Vais, et des eaux trimétallites de Karlsbad. Nous avons rapproché les eaux de Saint-Nectaire des eaux de Karlsbad, et les eaux de Rovat de celles

d'Ems. Nous allons voir, en effet, que les eaux de ces stations ont une analogie remarquable dans leurs effets physiologiques et surtout thérapeutiques. L'eau de Saint-Nectaire à faible dose constipe, tandis qu'en plus grande quantité elle est laxative et souvent purgative. Cette eau, comme celle de Schlossbrunnen, est diurétique, elle agit de la même manière sur les membranes des voies aériennes et digestives. Si l'on jette un coup-d'œil sur l'analogie de composition chimique et même de température entre les sources Eugénie de Royat et celles d'Ems, on s'explique plus aisément encore la parité presque complète qui existe entre les effets physiologiques et curatifs des thermes de ces deux stations. Nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à ce que nous avons dit aux deux articles que nous avons consacrés aux eaux de l'Auvergne et du Nassau.

Les eaux bicarbonatées ferrugineuses sont toutes carboniques fortes et presque toutes athermales. Leur action physiologique n'est pas produite seulement par la quantité de leur bicarbonate de fer, mais aussi par son association presque constante au bicarbonate de manganèse, et souvent à un sel arsenical. On sait, en thérapeutique générale, que les préparations manganésiennes et arsenicales, unies au fer et mêmes seules, sont toniques, reconstituantes, analeptiques. 11 est même d'observation courante que les ferrugineux naturels ou pharmaceutiques ne sont pas agréés par l'estomac de tous les anémiques ou chloro-anémiques, que les praticiens sont obligés de prescrire quelquefois une autre médication, et qu'alors le manganèse et l'arsenic doivent occuper le premier rang. Les eaux bicarbonatées ferrugineuses faibles et franches, manganésiennes ou arsenicales, carboniques fortes en général, causent aux personnes bien portantes, mais faibles et nerveuses qui les boivent en assez grande quantité, trois verres, par exemple, une sorte d'ébriété accompagnée d'une prompte tendance au sommeil. Elles augmentent l'appétit pendant les premiers temps, mais après cinq ou six jours généralement la faim redevient ordinaire, et, au bout de quinze jours, les buveurs mangent moins qu'ils ne le font habituellement. Les eaux bicarbonatées ferrugineuses consti[jent et elles rendent quelquefois nécessaire l'emploi des laxatifs ; elles sont la plupart du temps diurétiques, et l'excitation stomacale qu'elles déterminent exige de la prudence dans la quantité employée, au début de la cure. Nous n'avons rien de particulier à signaler de l'action de ces eaux prises en bains et en douches; la médication extérieure est d'ailleurs tout à fait accessoire dans les affections qui sont traitées aux stations bicarbonatées ferrugineuses. L'étude des eaux bicarbonatées calciques sur l'homme sain est plus intéressante et elle nous conduit à une remarque bonne à retenir, à savoir : que les eaux bicarbonatées calciques ont une action, pour ainsi dire élective, sur les organes urinaires. Ces eaux sont ou athermales ou hypothermales, ce qui n'est pas un inconvénient, puisque celles qui constituent ce groupe sont presque toujours exclusivement administrées à l'intérieur et que les bains et les douches ne sont qu'un adjuvant assez insignifiant de la cure interne. Les eaux bicarbonatées calciques pures sont moyennes, d'après notre nomenclature, c'est-à-dire qu'elles contiennent entre d gramme et 2 grammes de bicarbonate de chaux comme celles d'Alzola en Espagne, et de Teplitz-Trentschin en Hongrie, ou bicarbonatées calciques et ferrugineuses, comme Fougues, Sermaize et quelques autres.

Les eaux bicarbonatées calciques pures ont une action diurétique marquée et constante qui doit être signalée la première ; il est cependant très-important

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de noter les propriétés sédatives qu'elles ont sur les organes urinaires et qui sont d'un puissant secours toutes les fois qu'il s'agit de calmer un éréthisme trop prononcé des voies urinaires. Les eaux bicarbonatées calciques conliennent presque toutes une assez forte proportion de gaz acide carbonique en liberté, ce qui explique facilement leurs effets apéritils, l'augmentation notable de l'appétit, et la plus grande facilité des digestions que détermine promptement l'ingestion dans l'estomac de presque toutes les eaux bicarbonatées calciques. Quelques-unes pourtant, et celles d'Alzola sont de ce nombre, doivent être administrées à faible dose et avec une grande prudence, car elles produisent aisément une pesanteur marquée au creux épigastrique et des éructations accompagnées d'un sentiment de plénitude et de tension stomacales avec lassitude dans les lombes et les membres pelviens, contraction spasmodique de la région prostatique, ou d'un autre point de l'urètbre et surtout de son méat. Les eaux bicarbonatées calciques diminuent, au lieu d'augmenter, les mucosités intestinales, aussi constipent-elles le plus souvent.

Les eaux bicarbonatées calciques et ferrugineuses, en boisson le matin à jeun, avant le dîner ou aux repas, augmentent l'appétit, déterminent une constipation assez opiniâtre et accroissent notablement la quantité des urines. La liberté du ventre revient au bout de quebjues jours, certaines personnes éprouvent même un effet laxatif. Cependant l'eau bicarbonatée calcique et ferrugineuse est assez promptement reconstituante : elle agit à la façon des médicaments analeptiques, elle excite la circulation sanguine, stimule surtout l'irritabilité nerveuse de manière à forcer quelquefois d'en abaisser la dose ou même d'en arrêter tout à fait l'usage. L'action physiologique spéciale des eaux bicarbonatées calciques et ferrugineuses se porte sur toutes les membranes muqueuses de l'économie, mais à des degrés divers suivant les organes. Aussi leur effet est assez faible sur la muqueuse qui tapisse les voies aériennes; elles augmentent la tonicité de la muqueuse stomacale, favorisent ses sécrétions ou en changent la nature, de façon qu'en activant l'appétit elles rendent les digestions plus promptes et moins laborieuses. Mais l'effet physiologique ou plutôt physiologicopathologique le plus marqué des eaux bicarbonatées calciques et chalybées se produit sur la membrane muqueuse des voies urinaires, lorsque surtout celles-ci ont perdu leur intégrité et sécrètent anormalement du mucus ou du pus, ainsi que nous le dirons en parlant de l'emploi thérapeutique des eaux minérales bicarbonatées calciques et ferrugineuses.

Nous n'avons pas de remarque importante à faire à propos des eaux bicarbonatées dont la magnésie et la potasse sont les éléments principaux. Ces eaux n'existent pas, à proprement parler, et les bases magnésiennes et potassiques sont toujours accessoires, c'est-à-dire qu'elles ne se rencontrent jamais seules et qu'elles sont toujours unies à la soude et à la chaux, qui sont les dominantes des eaux bicarbonatées. 11 en est de même des eaux ferrugineuses et manganésiennes, à la différence que les oxydes de fer et de manganèse ont des effets physiologiques et thérapeutiques beaucoup plus accentués. La présence de la magnésie dans une eau bicarbonatée sodique ou calcique lui donne tout au plus une action laxative, tandis que les oxydes de fer ou de manganèse, presque toujours associés, lui impriment une propriété tonique et reconstituante tellement marquée qu'ils semblent lui communiquer seuls toute sa puissance. Ils sont à ce point carastéristiques qu'ils lui assignent une place distincte dans le cadre hydrologique. C'est pour cela que nous avons étudié avec tout le soin

qu'il mérite le groupe des eaux bicarbonatées feiTUgineuses et manganésiennes.

II. Action physiologique des eaux sulfatées. Les eaux sulfatées sont, comme les bicarbonatées, ou sodiques, ou calciques, ou magnésiennes, ou potassiques, ou ferrugineuses. Elles renferment aussi le plus souvent la plus grande partie ou la totalité de ces éléments. Toutes les eaux sulfatées isolément, sont athermales, qu'elles soient sodiques, calciques, magnésiennes, ou ferrugineuses, ou qu'elles contiennent toutes ces bases à la fois. Les eaux sulfatées sodiques sont fortes, c'est-à-dire qu'elles tiennent en dissolution plus de 4 grammes de sulfate de soude; la plus grande partie des sulfatées calciques sont moyennes, et renferment de 1 à 2 grammes de sulfate de chaux ; les eaux sulfatées magnésiennes sont fortes le plus souvent, quand leur élément prédominant est le sulfate de magnésie; les eaux sulfatées potassiques sont quelquefois foi'tes aussi, mais elles sont faibles toutes les fois que le sulfate de potasse n'est pas placé en première ligne de l'énumération des sulfates contenus dans ces eaux. Les eaux sulfatées ferrugineuses, enfin, sont toujours faibles.

Les eaux sulfatées sodiques, dont les eaux d'Ivandâ en Autriche-Hongrie sont le type le plus saillant, avec celles de Marienbad, de Pùllna en Bohème, de Friedrichshall en Saxe, sont laxatives quand elles ne sont ingérées qu'à faible dose et deviennent purgatives, si on les prend en quantité plus considérable. Les eaux d'Ivandâ sont très-fréquemment employées dans les villes voisines et tout le long du Danube ; mais, quoiqu'elles ne soient pas désagréables au goût et qu'elles aient été essayées à Paris, on a été obligé d'en abandonner presque complètement l'usage, à cause de leur prix trop élevé. Les eaux sulfatées sodiques, comme le sont encore celles de Cheltenham, en Angleterre, ne sont pas lourdes à l'estomac, elles ne donnent point, en général, de coliques, elles produisent seulement quelques borborygmes assez promptement suivis d'une ou de deux selles liquides. Les eaux sulfatées sodiques occasionnent souvent une soif assez intense le soir des jours où l'on en a fait usage, mais elles ne donnent point cette sécheresse de la bouche qui est, comme nous le dirons, l'action physiologique la plus constante et la plus désagréable des eaux sulfatées magnésiennes. Les eaux sulfatées sodiques assez fortes pour être laxatives, sont presque toutes athermales et presque complètement dépourvues de gaz en liberté, de gaz acide carbonique même. Nous allons retrouver ces deux caractères dans les eaux sulfatées dont la magnésie est la base prédominante ; tandis que les eaux sulfatées calciques dont nous avons à étudier les effets sur l'homme sain sont froides aussi en général, mais toutes plus ou moins carboniques. Les eaux de Contrexéville, de Vittel, de Gapvern, d'Aulus, de Thonon, en France; d'Ârechavaleta, de Quinto, deSacedon, en Espagne; de Bath, en Angleterre; de Loëche, de Losdorf, de Weissemburg, en Suisse; de Filettâ, de Bagni di Lucca, de Yiterbe, de San Giuliano, de Civillina, de Chianciano, en Italie; de Bentheim, d'Eilsen, de Fiestel, de Holshausen, en Allemagne; de Szkleno, en Hongrie; de Hammam-Rirha, en Algérie, sont les plus remarquables et les plus suivies du groupe des eaux sulfatées calciques. Une remarque à cet égard est importante à faire : les eaux sulfatées calciques froides et carboniques ont une action élective sur les voies urinaires et sur les voies biliaires, et les eaux sulfatées calciques thermales sur l'élément rhumatismal principalement. L'action physiologique principale des eaux sulfatées calciques athermales et carboniques, qui sont toutes moyennes, c'est-à-dire qu'elles contiennent de 1 à 4 grammes de sulfate de chaux, est une diurèse marquée, une surexcitation des conduits

nrinaires que ces eaux tonifient en leur imprimant des mouvements contractiles. Ces mouvements finissent par chasser quelquefois, à la suite de grandes douleurs, des graviers assez volumineux, ou de petits calculs qui auraient conservé, sans cette action, leur place dans les bassinets, les uretères, la vessie ou même l'urèthre. Les eaux sulfatées calciques ont une action dissolvante dont tous les médecins de ces stations, et dans ces derniers temps M. le docteur Debout d'Estrées, ont montré des exemples qui ne peuvent laisser aucun doute. Les veines de mucus concrète, réunissant les agrégats des calculs dont elles forment les cloisons multiples, se dissolvent par le passage continuel d'une urine plus aqueuse chargée de principes nouveaux, ce qui prouve la puissance réelle des eaux sulfatées calciques sur les concrétions phosphatiques, car le mucus est, comme on le sait, la trame et la base des calculs urinaires de cette espèce. Cette efficacité est démontrée encore par les érosions et les dentelures qu'on observe sur ceux des graviers qui sont expulsés après un emploi plus ou moins long des eaux sulfatées calciques.

Les eaux de cette classe produisent aussi des effets physiologico-palhologiques favorables, mais à un moindre degré, sur les concrétions biliaires, et, s'il est des sources sulfatées calciques qui ont une action plus énergique, il n'en faut pas moins signaler leur efficacité relative, qui se produit, comme sur les voies urinaires, en stimulant les conduits hépatiques et non en dissolvant les calculs eux-mêmes. Nous avons signalé à plusieurs reprises que les eaux sulfatées calciques doivent être administrées à doses relativement élevées de 4 à 10 verres par jour, si l'on veut qu'elles donnent les meilleurs résultats dans les affections uro-poéliques. Prises en aussi grande quantité, ces eaux déterminent souvent un elïet laxatif, purgatif même. Est-ce à dire, comme l'ont prétendu tels auteurs anciens et comme le prétendent encoi'e certains médecins qui exercent aux principales stations sulfatées calciques de France et de l'étranger, que les eaux qui alimentent ces postes hydrologiqucs ont dos propriétés réellement laxalives ou purgatives? Prescrites ordinairement aux doses considérables que nous avons reconnues nécessaires dans les affections des voies urinaires, et n'entraînant presque jamais d'ailleurs qu'une diurèse plus abondante et des selles quelquefois assez fréquentes pour qu'il soit indispensable d'en diminuer les doses, il est difficile de pouvoir dire quels sont les effets physiologiques exacts de ces eaux en boisson, en observant même de très-près ce qui se passe chez les personnes qui se conforment exactement aux prescriptions du médecin. Ces eaux ont une vertu diurétique et diaphorétique marquée, soit : mais quelle eau n'aurait pas ces effets à pareille dose ? Elles ont encore une action laxative ou purgative, bien que, dans le principe, elles constipent le plus souvent. Comment alors expliquer cet effet purgatif produit par des eaux qui ne contiennent absolument aucun élément minéralisateur capable d'expliquer un pareil résultat? On a pu constater souvent que nous sommes de ceux qui ne jugent point une eau minérale exclusivement par sa composition chimique, et nous admettons aisément que beaucoup de phénomènes physiologiques, physiologico-pathologiques et thérapeutiques, que ne ferait c^uère pressentir la composition élémentaire des eaux, se produisent pourtant sans qu'il soit possible d'en trouver une explication suffisante. Résulte-t-il de cet aveu, qu'il ne nous coûte aucunement à faire, qu'on doive accepter aveufflément toutes les qualités que la secte des mystiques s'est plu à prêter aux eaux minérales avec d'autant plus de complaisance que ces vertus semblaient

être plus en désaccord avec la raison et la logique? Pour nous, nous ne croyons les eaux sulfatées calciques purgatives, laxatives même, que lorsqu'elles sont ingérées à doses massives, que lorsqu'elles occasionnent une franche indigestion. Les eaux sulfatées calciques constipent à faible dose, c'est-à-dire, à 5 ou 6 verres de 250 grammes, mais, lorsqu'on en absorbe de 10 à 12 verres, elles purgent souvent et quelquefois vingt fois de suite. La composition chimique des eaux sulfatées calciques explique parfaitement la première action, et toutes les eaux minérales qui s'en rapprochent en ont une identique. Mais toutes ces eaux plus ou moins similaires, qui autrefois étaient laxatives ou purgatives, alors qu'elles étaient prises en quantité considérable, ont cessé d'avoir la même vertu depuis qu'ayant été administrées avec plus de ménagement, on ne les a ingérées qu'à intervalles plus éloignés et surtout en beaucoup moins grande quantité. Lorsqu'un buveur ingère trop d'eau sulfatée calcique, il peut arriver deux choses : ou l'indigestion est stomacale, et alors il éprouve de la pesanteur au creux épigastrique, des renvois nidoreux, des vertiges, de la céphalalgie, des nausées et parlois, bien que rarement, des vomissements d'oîi peuvent résulter la pâleur de la face, la syncope avec perte complète de connaissance, les convulsions et même l'hémiplégie : ou bien l'indigestion est intestinale, et alors il survient des borborygmes, rarement de légères coliques, de la diarrhée féculente d'abord et aqueuse ensuite. Les selles plus ou moins répétées, suivant que le buveur cesse ou continue de boire, sont accompagnées de malaise, d'un sentiment de défaillance, mais elles ont lieu souvent sans qu'il se manifeste aucun symptôme alarmant. Ce qui arrive alors n'est qu'une indigestion d'un liquide inoffensif agissant plus par son propre poids que par l'activité dynamique des principes qu'il contient. Il est à désirer, croyons nous, que ces eaux ne soient jamais prescrites qu'à des doses que les organes digestifs peuvent assimiler.

Les eaux sulfatées calciques sont un excitant puissant de la circulation des vaisseaux hémorrhoïdaux ; elles ont encore une action physiologique très-marquée sur l'appareil génital, surtout quand elles sont administrées après de longues sécheresses qui les ont concentrées. Il faut noter, à ce propos, que la tonicité fonctionnelle et organique se prolonge longtemps après que les buveurs ont cessé leur cure. Presque toutes les eaux sulfatées calciques fortement carboniques contiennent une certaine quantité de fer, aussi ont-elles une action tonique et reconstituante sur les convalescents, les sujets anémiques et sur tous ceux chez lesquels une médication analeptique est utile. Si les médecins qui exercent aux stations sulfatées calciques légèrement ferrugineuses n'ont pas la prétention de prescrire des eaux martiales très-énergiques, il sont heureux néanmoins de pouvoir se servir d'un moyen hydro-minéral qui, tout en produisant des effets plus importants, soutient ou remonte une constitution débilitée par une diathèse ancienne ou de longues douleurs.

Nous omettons à dessein de signaler l'effet des eaux sulfatées calciques prises à l'intérieur sur les sécrétions des autres membranes muqueuses et notamment sur celles qui tapissent les voies aériennes, quoique, dans certains catarrhes laryngiens et bronchiques, ces eaux produisent une action tonique favorable. 11 ne faut pas, en effet, attirer sur ce point une attention que ces eaux ne méritent qu'accessoirement, et faire perdre de vue les propriétés pour ainsi dire spéciales qu'elles offrent dans les affections des voies urinaires, et surles productions morbides qui s'y forment souvent.

Les eaux sulfatées ne sont jamais exclusivement magnésiennes; on ne les appelle ainsi que parce que le sulfate de magnésie est leur élément chimique prédominant et le plus actif, quoiqu'il soit puissamment aidé par les sulfates de soude que les eaux sulfatées magnésiennes contiennent aussi le plus souvent et en proportion presque aussi considérable. Les sources sulfatées magnésiennes les plus connues sont celles de Montmirail-Vaqueyras, de Miers, en Finance; de Seidlitz, de Saidchultz, en Autriche; d'Hunyadi Jânos, de François Josef et de Râkôczy, de Buda-Pest, en Hongrie ; de Scarborough, en Angleterre. Les eaux sulfatées magnésiennes et sodiques sont athermales; elles contiennent en général très-peu de gaz et cependant elles sont aisément acceptées par l'estomac, elles ne produisent pas de coliques, elles occasionnent tout au plus des borborygmes qui précèdent l'évacuation. La selle ou les selles sont faciles et ne sont pas suivies de faiblesse ou de malaise. L'observation démontre qu'on peut faire usage souvent et longtemps des eaux sulfatées magnésiennes sans que les malades s'en fatiguent, sans que l'estomac et l'intestin s'en trouvent le moins du monde incommodés. Cette tolérance est très-précieuse, car elle permet de se servir pendant des mois, des années même, de ces eaux minérales chez les personnes qui ont une constipation opiniâtre ou qui sont sujettes à des congestions sanguines de l'un des organes essentiels à la vie, comme les poumons ou le cerveau. La constipation habituelle nécessite rarement l'emploi journalier des eaux sulfatées magnésiennes et sodiques; il n'en est pas de même des congestions ou des hémorrhagies très-limitées de la substance cérébrale ou médullaire, qui exigent une action presque continuelle d'un moyen révulsif, occasionnant journellement au moins une fois une exonération intestinale. La sécheresse de la bouche et la soif se montrent l'après-midi des jours où ces eaux sont prises à dose assez élevée, comme à Montmirail-Vaqueyras et à Miers. Les buveurs qui fréquentent ces stations doivent être avertis d'un phénomène auquel ils ne s'attendent pas et qui les inquiète assez quelquefois pour qu'ils suspendent leur cure quand il aurait été très-utile de la continuer. La sécheresse de la bouche et la soif n'existent pas toujours, ou elles ne sont que momentanées, et les buveurs voient revenir bientôt leur salive ; ils retrouvent leur appétit en cessant d'éprouver une soif inextinguible. Les eaux magnésiennes pures et les eaux à la fois magnésiennes et sodiques sont assez nombreuses pour qu'où puisse, surtout quand elles sont consommées à distance, les prescrire à son choix, plus ou moins fortes, suivant les résultats qu'on en veut obtenir. Ainsi, prenant pour exemple les eaux hongroises, qui sont le plus souvent employées comme laxatives par les médecins de Paris, nous voyons que, lorsque l'eau d'Hunyadi Jânos, dont la somme des principes fixes est de 34,8548, n'a pas une action suffisante, il est aisé de la remplacer à la même dose par l'eau similaire de François Josef, qui renferme 52,2950 de sels, ou par celle de la source du Râkôczy, qui en tient en dissolution 56,8162.

Le§ eaux sulfatées dont la potasse est l'élément prédominant sont assez peu communes ; il est ordinaire, au contraire, que le sulfate de potasse soit associé aux autres sulfates dans les eaux de cette classe. Nous ne devons pas nous arrêter à leur action, assez mal connue sur l'homme sain et sur l'homme malade. Les eaux sulfatées ferrugineuses, bien qu'elles soient toujours aussi minéralisées par les autres bases, soude, chaux, magnésie et potasse, ont des effets physiologiques et curatifs assez tranchés pour que leur énumération soit facile, lorsque surtout elles renferment une quantité notable de fer. Les eaux

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d'Auteuil, pour ne parler que des plus rapprochées de nous, et celles qui se trouvent dans presque tous les de'partements français, les eaux sulfatées ferrugineuses étant les plus répandues sur notre sol, sont athermales, sulfatées calciques, en même temps qu'elles sont sulfatées ferrugineuses. Leur action physiologique est tonique, reconstituante et légèrement laxative, lorsquelles sont employées à une dose assez élevée, 3 à 4 verres, le matin à jeun. Cette propriété laxative doit être notée avec beaucoup de soin, car elle est exceptionnelle aux eaux ferrugineuses qui produisent en général un elfet opposé. Les garde-robes chez les chlorotiques ordinairement constipés sont-elles le résultat de l'action des sulfates, ou s'expliquent-elles par la difficulté que les eaux ont à être digérées? La pratique n'a pas, jusqu'à ce moment, tranché la question assurément complexe. Ceux qui boivent une eau sulfatée ferrugineuse sont ordinairement excités par son usage intérieur, ils se sentent plus forts, plus énergiques après quelques jours de son emploi. Ceux qui en font usage depuis un certain temps et qui en prennent en quantité relativement considérable sont ordinail'ement enclins à la paresse des mouvements et à une somnolence diurne invincible. Ces deux symptômes sont l'indice que l'ingestion de l'eau doit être ramenée à des proportions moins exagérées ; de plus, le médecin doit avoir bien soin de prescrire, pour les éviter, des promenades au grand air et assez longtemps continuées.

Ilî. Action physiologique des eacx chlorurées. Les eaux chlorurées sodiques sont athermales, raésothermales ou hyperthermales ; elles sont faibles, fortes ou très-fortes, c'est-à-dire qu'elles sont minéralisées par moins de 1 gramme de chlorures alcalins, par 1 gramme à 4 grammes de chlorures, ou enfin par une quantité qui dépasse celle contenue dans l'eau de mer. Presque toutes les eaux chlorurées fortes et très-fortes sont gazeuses, et c'est, en général, le gaz acide carbonique qui se trouve à l'état de combinaison, de dissolution ou de liberté. Les eaux chlorurées sont bicarbonatées en même temps. Assez souvent aussi les eaux chlorurées contiennent du gaz hydrogène sulfuré, elles sont dites alors chlorurées-sulfureuses. Quand les eaux chlorurées sont chargées de gaz hydrogène protocarboné, comme le sont celles de la Porelta et de Kis- Sâros elles occupent une place spéciale dans le cadre hydrologique. L'azote pur est le gaz qui se rencontre le moins fréquemment dans les eaux chlorurées, aussi n'y a-t-il pas d'eaux chlorurées azotées ; il n'en est pas ainsi des eaux sulfurées sodiques ou calciques. L'iode et le brome, ou leurs combinaisons, sont souvent mêlés aux eaux chlorurées et ont engagé plusieurs auteurs à faire une espèce distincte des eaux chlorurées iodo-brom urées.

L'action physiologique, physiologico-pathologique et thérapeutique, des eaux chlorurées, est différente suivant que ces eaux sont à base de soude, que le sel sodique est en quantité plus ou moins considérable, suivant que leur température est plus ou moins élevée, suivant qu'elles sont plus ou moins gazeuses, que leur gaz est de l'acide carbonique ou de l'hydrogène sulfuré ou proto-carboné, suivant qu'elles tiennent en dissolution une certaine proportion de chlorure calcique et surtout magnésique, et enfin suivant qu'elles renferment une proportion plus ou moins marquée d'iodures, de bromures, de bicarbonates, de sulfates ou d'arséniates. Nous allons étudier séparément les effets physiologiques des eaux chlorurées sodiques franches et fortes, de ces eaux athermales, mésothermales ou hyperthermales, de ces mêmes eaux plus ou moins carboniques, sulfureuses ou protocarbonées, des eaux chlorurées enfin, assez fortement cal-

ciques, magnésiques, bicarbonatées, sulfatées, iodo-bromurées ou arsenicales. Les eaux très-chargées de chlorure de sodium, athermales et peu ou point gazeuses, comme celles de Salies-de-Btarn, de Salins (Jura), en France, de certaines sources de Gheltenham et d'ilarrogate, en Angleterre; d'ischel, en Autriche ; de La Porelta, de Casamicciola d'I;chia, de Gaslellamare di Stabia, eu Italie; de Cestona, en Espagne; de Lisboa, en Portugal; de Wildegg, en Suisse, etc., ont des effets physiologiques qui ne sont pas les mêmes que ceux des eaux chlorurées sodiques très-fortes niéso et hyperthermales, contenant beaucoup de gaz acide carbonique, comme celles de la chaîne du Taunus, et particulièrement celles de Nauheim, en Allemagne.

L'action des eaux chlorurées fortes, froides et non gazeuses, se manifeste sur l'homme sain, lorsqu'elles sont employées en boisson, par les principaux phénomènes suivants : elles ont un effet astringent sur l'intestin, si elles sont ingérées en petite quantité; elles purgent, au contraire, lorsqu'on les prend à dose plus considérable. Mais il faut observer tout d'abord combien les eaux de cette nature sont difficiles à faire accepter par la grande majorité des buveurs et surtout des enfants jeunes, en raison précisément de leur forte chloruralion et aussi à cause de l'absence de gaz qui, comme l'acide carbonique en excès, dissimule, au moins en partie, leur goût salé désagréable.

Nous avons déjà dit que ces eaux, lorsque l'estomac les accepte, ne doivent pas être prescrites à une dose plus forte que 1/4 de verre à 1 verre par jour et en plusieurs fois, quand on veut diminuer la sécrétion de la membrane muqueuse intestinale. Lorsqu'on désire augmenter cette sécrétion au point d'obtenir deux, trois ou quatre selles liquides, il faut en permettre tous les matins de 2 à 4 verres. Si l'on ne veut pas que les buveurs s'en trouvent alfaiblis, il faut veiller attentivement à entretenir dans des bornes physiologiques l'excitation que ces eaux produisent presque infailliblement. Elles doivent être administrées à doses mitigées toutes les fois que les sujets sont très-impressionnables; elles sont données en proportion plus abondante, s'il faut stimuler un organisme exigeant une secousse assez forte pour qu'elles produisent une stimulation favorable, un effet résolutif et tonique. Cette action est indispensable en effet à la guérison des maladies dans lesquelles les liquides blancs prédominent. Les eaux chlorurées sodiques froides, fortes et non gazeuses, sont dans les meilleures conditions pour être artificiellement chauffées sans rien peidre de leurs éléments curatifs. Aussi sont-elles ordonnées le plus souvent en bains et en douches et, si leur administration à l'intérieur est ou impossible ou difficile, leur emploi extérieur est commode et assez énergique dans la plupart des cas pour ne pas trop faire regretter leur application interne, car elles produisent des résultats presque aussi satisfaisants que les chlorurées thermales, fortes et puissamment carboni(|ues. Il^est habituel d'ailleurs, dans la plus grande partie des établissements dont les eaux sont très-chargées de chlorure de sodium et ne contiennent presque aucun gaz, comme à Saliesde-Béarn, pour ne citer qu'une des plus fortes, de ne les prescrire jamais pures en boisson. On en coupe seulement certains liquides tels que de l'eau tiède gommeuse et plus souvent du bouillon de poulet auquel elles communiquent une saveur plus ou moins salée qui n'a rien de désagréable. Le médecin trouve, en employant cette précaution, un utile adjuvant de la cure extérieure avec une eau trop chargée de sel marins pour être employée sans correctif.

Si les eaux chlorurées sodiques très-fortes, thermales et gazeuses, sont

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