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DICT. ESC. XXXIII

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pourtant des cas qui traités au début par la compression ont guéri sans récidive.

Quant à la guévison radicale par ablation des parties atteintes, elle est fréquente, et c'est une des preuves que l'éléphantiasis des Arabes, bien que sous l'influence de certaines conditions générales de prédisposition, est une maladie locale, localisée au moins, ce qu'on ne peut dire de l'éléphantiasis des Grecs avec lequel on a voulu bien à tort le confondre.

La terminaison par la mort est due plutôt à des complications qu'à l'éléphantiasis lui-même. Nous avons déjà énuméré les principales.

L'éléphantiasis peut-il être jugé par une autre phlegmasie? Le fait suivant dont nous avons été témoin semble le faire admettre. Une femme de couleur d'une trentaine d'années, blanchisseuse aux îles Saintes (Antilles), atteinte d'éléphantiasis modéré de la jambe droite depuis une douzaine d'années, est prise d'un refroidissement prononcé après une séance assez longue de lavage, les jambes étant plongées dans l'eau. Après le frisson se déclara une fièvre intense avec douleurs lombaires irradiant dans les membres, surtout dans celui atteint d'éléphantiasis. La malade, croyant avoir affaire à un des accès qu'elle connaissait bien, me fit demander un bon de quinine. En la visitant le lendemain matin, j'appris que les menstrues qui avaient apparu le jour précédent s'étaient arrêtées et que le commencement d'une poussée érysipélateuse s'était en même temps dissipée. Les douleurs persistant avec intensité à la région lombaire et aux hypochondres s'étendirent bientôt à la région hypogastrique. Pensant au début d'une péritonite à /"n'^ore, j'instituai un traitement énergique contre cette phlegmasie, cherchant en même temps à rappeler et le flux menstruel et l'érysipèle disparus. Malgré mes efforts, la péritonite se déclara, devint générale et emporta la malade au cinquième jour. Deux jours avant la mort, la malade m'avait fait remarquer que sa jambe éléphantiasique avait considérablement diminué de volume. Ce fait éveilla mon attention : aussi, au moment de la mort, comparant le volume des deux jambes, je pus constater qu'elles différaient à peine, toute apparence d'éléphantiasis avait disparu. Il est vrai que dans ce cas nous avons affaire à un éléphantiasis glabre, non verruqueux. La maladie auraitelle disparu et surtout disparu sans retour, si la malade avait guéri de sa complication qui n'avait fait peut-être que provoquer un déplacement?

Pronostic. On peut dire que généralement l'éléphantiasis ne compromet pas sérieusement la vie, mais que par son volume et quelques complications cette infirmité entraîne une impotence relative. Arrivé à un degré extrême soit aux membres inférieurs, soit au scrotum, soit à la mamelle, il peut, en empêchant les mouvements, déterminer des troubles de nutrition qui contribuent à abréger l'existence. En outre, à toutes ses périodes, il peut se présenter des comphcations locales en générales capables d'entraîner la mort (phlébite, phlegmon, gangrène, abcès multiples, lésions osseuses, fièvre hectique, etc.). Il faut encore faire la part des accidents et complications consécutifs aux opérations entreprises comme ressource extrême.

Le pronostic est naturellement plus grave quand la maladie a une tendance à s'étendre, par exemple, de la jambe à la cuisse, delà cuisse ou des bourses à la paroi abdominale, de l'avant-bras au bras; ce redoublement d'infirmités expose en effet à un plus grand nombre de complications. Le pronostic sera, en général, plus grave chez le blanc que chez les races colorées ou noires qui supportent mieux ces infirmités alors surtout qu'elles sont très-avancées, qui surtout supportent mieux les suites du traumatisme en cas d'opération.

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Dug:sostic. Quand la maladie a atteint un certain développement, c'est-à-dire qu'il y a eu plusieurs accès, le diagnostic ne présente pas ordinairement de difficulté sérieuse. Nous ne pouvons comprendre comment on a pu faire de l'éléphantiasis des Arabes et de l'éléphanliasis des Grecs une seule et même maladie. C'est bien à tort qu'on a donné Duchassaing comme ayant commis cette confusion. Il avait trop bien étudié les deux maladies pour les confondre et, s'il a établi un éléphactiasis paralytique, il a parfaitement reconnu que c'était l'éléphanliasis des Arabes compliqué de lèpre grecque. On n'a, du reste, qu'à se reporter à la description des deux maladies, pour être convaincu des différences capitales qu'elles présentent. Rien de commun dans le début pour la lèpre grecque, ce sont des taches ordinairement insensibles auxquelles succèdent des tubercules, mais jamais de lymphangites comme dans l'éléphantiasis des Arabes. Les manifestations lépreuses, bien que se généralisant peu à peu, sont ordinairement plus accentuées à la face et aux membres supérieurs ; l'éléphantiasis des Arabes au contraire a son siège de prédilection aux membres inférieurs ou aux organes génitaux, et alors même qu'arrivé à un certain développement il présente un état tubéreux plutôt que tuberculeux de la peau ; cet état n'a rien de commun avec les tubercules disséminés de la lèpre grecque ; dans l'intervalle de ces derniers se trouvent des îlots de peau saine non hypertrophié.

Dans l'éléphantiasis des Arabes, nous ne constations jamais ces altérations graves des organes des sens, ces troubles de nutrition avec état fébrile fréquent, sinon permanent, ces atteintes de la sensibilité et de la motilité qu'on observe dans la lèpre grecque. L'éléphantiasis des Arabes, en dehors des accès lyraphangiliques plus ou moins espacés, est compatible avec un état de santé assez satisfaisant; sa marche est en général très-chronique, plus lente que celle de la lèpre grecque, dont l'issue funeste est toujours fatale, tandis que l'éléphantiasique peut arriver à la vieillesse et ne pas succomber par le fait de la maladie.

Enfin, en cas de développement énorme ou de complication grave, l'éléphantiaque, en se soumettant à une opération, peut se séparer de son mal, guérir sans récidive, ce qui n'est pas le cas de la lèpre grecque, maladie générale, cachexie, radicale par excellence.

Peut-on confondre l'éléphantiasis des Arabes avec la sclérodermie. Nous ne le pensons pas. Laissant de côté, pour le moment, les différences histologiques, et n'étudiant que le côté clinique, nous dirons que l'éléphantiasis même dans la forme dure ne présente jamais la peau momifiée, comme pétrifiée, revenue sur elle-même et immobilisant les tissus qui appartient à la sclérodermie, affection localisée du reste, le plus souvent, aux membres supérieurs et à la face.

Le diagnostic offre un peu plus de difficulté, si l'on est en présence du premier accès qui doit préparer, amener l'éléphantiasis. On peut croire alors à une lymphite simple et non au premier accès d'une lymphite de nature particulière et dont les répétitions seront fréquentes. Dans ces derniers cas, la fièvre atteint plutôt son apogée et tombe plus vite que dans l'inflammation simple des lymphatiques. Le pavs où Ton se trouve, l'absence des causes traumatiques produisant ordinairement la lymphangite, feront penser à l'existence probable de l'éléphantiasis à son début. L'erreur, du reste, ne peut durer longtemps, et puis le traitement est identique dans les deux cas pendant la période fébrile.

Dans le phlegmon diffus nous ne voyons pas les mêmes traînées rouges et la corde lymphatique caractéristique ; la fièvre est de plus longue durée et n'est

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pas aussi violente d'emblée ; même observation pour la phlegmatia alha dolens. On s'informera toujours si le malade a eu des attaques antérieures.

Anatomie pathologique. Les lésions observées doivent varier non-seulement suivant le degré plus ou moins avancé de la maladie, mais aussi dans une certaine limite suivant les formes qu'elle présente : forme papillaire, à lésions superficielles ; forme Icevis, à indurations profondes.

Quelle que soit la forme, le point de départ est toujours l'érysipèle du début avec l'œdème inflammatoire consécutif.

L'érysipèle n'est exclusivement ni une phlébite capillaire ni une lymphangite, mais bien une dermite (Vulpian) caractérisée suivant J. Renaut par deux formes anatomiques : l" l'infiltration des globules blancs apportés par les vaisseaux sanguins, infiltration correspondant à un œdème inflammatoire et qui se fait par diapédèse; 2" la prolifération des cellules fixes qui va jouer un rôle important dans les indurations qui se préparent.

Ces globules blancs, ces cellules migrativcs, pénètrent dans le réseau lacunaire lymphatique creusé au milieu des faisceaux du tissu conjonctif et ensuite dans les vaisseaux lymphatiques qui s'engorgent, s'enflamment et se dilatent par suite de la stase de la lymphe. Cette dilatation se produit non-seulement dans les capillaires et les vaisseaux moyens, mais dans les troncs profonds jusqu'aux ganglions lymphatiques, qui, participant à l'inflammation, augmentent de volume et finissent par se transformer en tissu fibreux. La lymphe ne pouvant plus passer dilate de plus en plus les lymphatiques qui se dessinent comme des cordes noueuses et finissent par s'épancher dans les tissus qu'elle baigne. Â cette lymphe s'ajoutent pendant les accès érysipélateux les nouveaux apports des globules blancs que les capillaires lymphatiques sont impuissants à absorber.

Ce liquide ainsi formé, nous l'appellerons liquide éléphantiasique, puisque c'est celui qui s'écoule quelquefois, soit spontanément, soit accidentellement dans certains cas d'éléphantiasis, celui qu'on obtient en piquant l'intumescence avec une aiguille ou une lamelle. Il est alcalin, légèrement albumineux, contient de la fibrine, aussi se coagule-t-il à l'air après s'être troublé. 11 contient des granulations moléculaires très-nombreuses, des cellules et des noyaux en quantité considérable, et tous ces éléments concourent nécessairement à la supernutrition du tissu conjonctif hypertrophié.

L'hypertrophie se ferait de deux manières. Dans la forme papillaire, elle se produirait sans formation de tissu embryonnaire, par un épaississement et un allongement des fibres conjonctives (Rindfleisch) qui laissent entre elles une foule de lacunes contenant de la lymphe coagulable et au milieu desquelles les vaisseaux sanguins et lymphatiques sont dilatés, ressemblant, dans le tissu dense du derme, aux galeries creusées par un taret dans du vieux bois.

Dans la forme non verruqueuse et dans l'éléphantiasis lœvis seuglabra, que J. Renaut appelle exotique parce qu'elle serait la plus commune dans les pays chauds, l'hypertrophie se ferait presque en entier par formation de tissu embryonnaire. Pour nous, les deux formes sont fréquentes dans les pays chauds, bien que la seconde domine ; on n'a qu'à examiner les nombreuses photographies rassemblées dans ces dernières années pour voir qu'à côté de la forme lœvis, la forme verruqueuse, papillaire, est loin d'être rare, et nous croyons que dans les deux formes il y a toujours une prolifération plus ou moins active avec hyperplasie des fibres conjonctives.

Dans les cas où l'hypertrophie conjonctive tend à gagner les parties super-

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ficicUes principalement la zone papillaire, l'altération peut être uniformément diffuse comme aussi se présenter par tubérosités ou saillies noueuses [elephantiasis tuberosa), saillies à aspect lisse ou verruqueux. L'épaisseur de la couche épidermique qui recouvre cette zone papillaire hypertrophiée est très-variable. Si quelquefois elle diffère peu de l'état normal, le plus souvent elle devient considérable, tantôt dure et cornée, tantôt relâchée et comme feuilletée, mais suivant la couche papillaire dans son accroissement et ses ramifications. Par une macération suffisante dans l'eau, ce revêtement corné se sépare de la zone papillaire dont la face externe est mise à nu et montre l'aspect varié de ses papilles.

Les appareils glandulaires de la peau ne présentent en général aucune lésion spéciale. Ils sont en grande partie détruits par compression cirrholique, disséminés, portés à une grande profondeur par suite de l'augmentation considérable d'épaisseur du derme et de l'hypoderme. Cependant Vulpian dit avoir trouvé un certain nombre de follicules plus volumineux qu'à l'état normal (Charcellay).

Mais ces productions de la surface, ces altérations, sont d'une importance bien secondaire à côté de ce qu'on observe dans les couches profondes du derme et dans l'hypoderme dont l'hypertrophie va crescendo, par hyperplasie du tissu connectif préexistant.

Le tissu connectif de formation nouvelle n'est pas toujours réparti de la même manière, n'a pas toujours la même condensation ; il se condense inégalement avec l'espace occupé par les lacunes lymphatiques, d"où au moins deux variétés de forme.

La forme molle caractérisée par une hyperplasie moins prononcée de tissu connectif et la présence d'une grande quantité de liquide interposé s'observent particulièrement au scrotum, aux mamelles, là surtout où Téléphantiasis forme tumeur dans l'acception du mot. Aux bourses, le tissu connectif est lâche ; il n'y a presque pas de graisse, aussi, même en se développant outre mesure, l'éléphantiasis n'y atteint jamais la consistance dure, lardacée, comme cartilagineuse, observée aux membres. Par l'ablation, on voit la tumeur se réduire de beaucoup en peu de temps par suite de l'écoulement d'une grande quantité du liquide ; même disposition pour l'éléphantiasis des parties génitales de la femme et pour les mamelles. La mollesse est telle quelquefois que les tissus présentent comme un aspect gélatineux, et c'est dans ce cas surtout qu'on observe un écoulement soit permanent, soit intermittent, de suc ou liquide éléphantiasique.

Dans la forme dure, l'hyperplasie conjonctive domine et, à des degrés trèsavancés, une coupe transversale montre un aspect uniformément lardacé avec mélange ou confusion des couches dermiques et sous-dermiques considérablement hypertropfiées, avec disparition par aplasie du tissu adipeux. L'altération peut atteindre tous les espaces lamineux jusqu'au péj'ioste. Le tissu musculaire est envahi à son tour et peut disparaître. La sérosité, dans cette forme, est beaucoup moins abondante et ne s'écoule en certaine quantité que par expression.

On comprend qu'avec une hypertrophie et un épaississement extrêmes du tissu connectif les autres éléments doivent subir des compressions et consécutivement s'atrophier. Ce n'est pas seulement le tissu adipeux et le tissu musculaire qui sont intéressés, les nerfs sont aussi comprimés et s'atrophient, ce qui explique ces diminutions de sensibilité qui ne vont jamais pourtant jusqu'à l'abolition complète, comme dans la lèpre grecque. Il est vrai que, dans celle-ci, les altérations nerveuses sont primitives et ascendantes, tandis qu'elles sont secondaires et très-localisées dans l'éléphantiasis. Les vaisseaux lymphatiques

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sont épaissis et volumineux. Les artères et les veines prennent part aussi au processus hypertrophique. Le calibre des artères est en général augmenté, diminué quelquefois, par suite de la compression de la gangrène qui les entoure; on trouve quelquefois les veines rétrécies, oblitérées même par des concrétions fibro-cartilagineuses, non adhérentes, mais leur paroi n'en est pas moins épaissie. Le plus souvent pourtant les veines sont dilatées et restent béantes à la section, par suite d'adhérence de leur tunique externe aux tissus voisins. Ces dilatations existent surtout dans la forme molle comme dans l'éléphantiasis du scrotum : aussi les hémorrhagies sont-elles abondantes, quelquefois menaçantes pour la vie, quand une opération est tentée. On trouve les ganglions hypertrophiés et gorgés de tissu cellulaire ; plus tard, ils arrivent à l'induration fibreuse. Ils peuvent présenter même, dans les périodes avancées, des retours d'inflammation, et suppurer. Cela s'observe principalement avec d'autres complications telles qu'abcès, ulcères profonds.

Le processus hypertrophique, avons-nous dit, peut aller jusqu'aux os et, alors même que ceux-ci ne suppurent pas, le périoste enflammé peut produire, peu à à peu, de nouvelles couches osseuses non lisses, mais irrégulières et dont les aspérités, les pointes, pénètrent dans le tissu éléphantiasique.

Quand nous aurons mentionné les ulcérations qui se développent dans les fissures et crevasses et qui peuvent s'étendre indéfiniment, rongeant et disséquant les tissus jusqu'aux os inclusivement, nous aurons passé à peu près complètement en revue les altérations dont les combinaisons variées constituent l'éléphantiasis des Arabes.

Nous avons observé un cas d'ankylose complète de l'articulation tibio-tarsienne qui tenait très-probablement à l'ossification des ligaments et à la fusion des os.

Nous aurions à noter ici les particularités anatomo-pathologiques appartenant à l'éléphantiasis du scrotum et des mamelles, mais cette question a été traitée aux articles Scrotum et Mamelles auxquels nous renvoyons.

Siège anatomique. Nature. Après l'étude clinique et anatomique que nous venons de faire, pouvons-nous nous prononcer nettement sur le point de départ des altérations décrites et sur la nature de la maladie ?

D'après Hendy, le siège primitif est dans les glandes lymphatiques qui s'engorgent, s'enflamment, ne se laissent pas traverser, d'oîi accumulation de lymphe dans les vaisseaux lymphatiques distendus, dont les capillaires n'absorbent plus et laissent la lymphe s'accumuler dans le tissu cellulaire. On a voulu opposer, mais bien à tort, Alard et Hendy; leurs opinions ne présentent que des nuances.

Pour Alard, les glandes sont affectées, mais simultanément avec les vaisseaux ; dans certains cas seulement, les glandes ne présenteraient pas de gonflement, les vaisseaux seuls seraient enflammés et distendus. Alard rapproche l'éléphantiasis de l'érysipèle, il aurait son siège dans les lymphatiques sous-cutanés et de là se propagerait au système capillaire.

Bouillaud et Fabre, combattant l'opinion d'Alfird, placent, en première ligne, la lésion du système veineux ; celle des lymphatiques et du tissu cellulaire ne serait que secondaire. La dilatation des lymphatiques n'aurait lieu, dans ce cas, que pour suppléer à l'absorption veineuse empêchée par oblitération ou rétrécissement. Une observation souvent faite et de nature à diminuer de beaucoup la valeur de la théorie de Fabre, c'est l'engorgement préalable des ganglions lymphatiques constaté dans la majorité des cas.

Nous ne devons pas négliger l'opinion d'un médecin égyptien qui eut une

grande compétence dans cette question. Mohamed-Ali-Bey père regarde l'éléphanliasis comme d'origine essentiellement lymphatique. Pour lui, le volume est dû à l'accuraulation de la lymphe, et les lymphatiques en se dilatant voient leur force absorbante annihilée; la lymphe gonfle les tissus où elle s'épanche, prend consistance gélatineuse, se coagule, s'organise dans le tissu cellulaire et même fibreux, et alors la peau s'iiypertrophie pour atteindre un volume quelquefois considérable.

Pour les médecins qui admettent des formes variées d'éléphantiasis, formes ayant une étiologie et une pathogénie différentes, la vérité serait dans une opinion mixte.

Les éléphantiasis par éi7sipèle, irritations diverses, parasites, auraient leur point de départ dans le système lymphatique, tandis que d'autres sans manifestations inflammatoires bien appréciables tiendraient à des oblitérations veineuses avec retentissement sur le système lymphatique, d'oij épanchement consécutif dans le tissu conjonctif.

Schliz de Heilbronn, bien qu'il n'ait étudié qu'une pièce anatomique, pense que le point de départ consisterait dans une prolifération endothéliale des vaisseaux lymphatiques profonds de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané. La peau ne serait atteinte qu'après le tissu cellulaire sous-cutané, c'est-à-dire que les altérations procéderaient des parties profondes vers les superficielles.

Pour Besnier, qui a étudié surtout l'éléphantiasis nostras, la lésion émane du réseau lymphatique lacunaire du derme dont les éléments conjonctifs s'h^'pertrophient immédiatement et directement sans phase embryonnaire nettement contestable. Dès le début, on peut constater la prolifération épithéliale des petits vaisseaux dont la paroi est épaissie ; plus tard, lorsque les fibres conjonctives feutrées du derme sont augmentées de volume et de densité, elles forment un réseau baigné de liquide lymphatique communiquant avec les espaces plasmatiques agrandis et le système lymphatique général par conséquent.

L'altération se propageant envahit l'hypodcrme dont les lobules adipeux disparaissent devant la stase lymphatique et l'hypertrophie des tubercules, etc. (Besnier) .

Enfin J. Renaut, dans un travail des plus remarquables qui a grandement contribué à établir les rapports des diverses pachydermies avec l'érysipèle et les œdèmes de la peau, s'exprime à peu près ainsi : la similitude des lésions ultimes de l'œdème chronique de la peau et des lésions multiples qu'on trouve dans l'éléphantiasis exotique, lésions qui toutes peuvent se rapporter à un stade plus ou moins avancé d'une inflammation chronique...., tend à faire considérer, avec Rindfleisch, l'éléphantiasis comme une inflammation chronique de la peau. Les rapports de cette maladie avec l'érysipèle ont été assez nettement constatés... on conçoit que l'inflammation cutanée érysipélateuse, passant à l'état chronique dans le derme, y détermine des effets analogues à ceux produits par l'œdème prolongé, que les glandes lymphatiques qui reçoivent directement la lymphe des parties enflammées s'engorgent, se maintiennent irritées tant que persiste la cause de cette irritation et, devenant, en fin de compte, des masses de tissu cicatriciel rétractile, oblitèrent les voies de la lymphe et produisent la pachydermie œdémateuse télangiectasique.

Dans cet ordre d'idées, il est facile de se rendre compte de l'étiologie commune des hypertrophies éléphantiasiques consécutives à l'érysipèle devenu chronique et à l'œdème prolongé de la peau. L'érysipèle et l'œdème chronique

étant deux processus très-voisins, en ce qu'ils amènent dans la peau des dermites dont les tendances principales sont l'hyperplasie des éléments normaux du chorion et cette sorte de lymphangite chronique qui aboutit à la dilatation considérable des capillaires, il est naturel que l'œdème comme l'érysipèle devienne une cause efficace du développement des éléphantiasis (J. Renaut).

Quelques préparations anatomiques de J. Renaut montrent les lacunes IjTnphatiques du derme très-dilatées contenant des caillots formés par de la lymphe et rétractés sous l'influence des réactifs durcissants ; des caillots existent aussi au-dessous des varices lymphatiques et même dans les mailles du tissu conjonctif. La stase lymphatique aurait donc son origine dans ce tissu conjonclif fait important, dit l'auteur, et cadrant bien avec celte conception de M. Ranvier, qui assimile le tissu cellulaire à un vaste sac lymphatique cloisonné, communiquant librement avec les capillaires du système absorbant.

Traitement. Le traitement est prophylactique, palliatif ou curatif. Peut-on prévenir la maladie ou l'enrayer à son début? Duchassaing est affirmatif sur ce point : J'ai connu, dit-il, des malades frappés par l'éléphantiasis, qui ayant émigré aux États-Unis, ont vu leur mal s'arrêter dans les progrès, quelquefois même disparaître. Le docteur Labat, ancien médecin en chef des armées du vice-roi d'Egypte, est le premier, nous le croyons, qui ait conseillé l'émigration dans les pays dont la nature du sol et la constitution atmosphérique sont en opposition avec celles signalées dans l'étiologie.

Bien après lui, Godard nous dit : a L'influence du séjour de Damiette est manifeste. De plus, Souiia, homme intelligent, ni'ayant affirmé qu'ayant quitté Damiette pour aller voir Loul, chaque fois il s'y est bien trouvé, ainsi le changement de lieu devra être prescrit. »

Si l'on ne peut quitter le pays : se mettre dans les meilleures conditions hygiéniques possibles ; éviter le séjour dans les endroits bas, humides et marécageux ; s'abstenir, autant que possible, de poisson salé, d'eau saumàtre ; se soustraire à toutes les causes de refroidissement ; observer les soins d'une minutieuse propreté ; avoir une alimentation saine et réparatrice et se garder de tous les excès qui affaiblissent l'organisme.

La prophylaxie générale consiste en l'amélioration des conditions sociales des peuples qui vivent dans la misère, dans une hygiène publique bien entendue (nettoyage des rues, écoulement facile des eaux, drainage du sol marécageux, habitations, bain des marais) et bien surveillée au point de vue de la propreté générale. Pour ce qui concerne l'Egypte, Aly-Bey conseille de ne laisser travailler qu'un temps limité les fellahs occupés à la culture du riz dans la Basse- Egypte et qui ont, toute la journée, les mains et les jambes plongées dans l'eau et la fange.

Le traitement palliatif ou curatif varie nécessairement suivant la période de la maladie, suivant son siège et aussi ses complications.

Pendant un accès nous conseillons : le repos au lit, la partie atteinte un peu élevée pour faciliter la circulation de retour, des boissons rafraîchissantes acidulées, des évacuants (vomitifou purgatif suivant les indications, quelquefois les deux), cataplasme de fécule de pomme de terre arrosé d'eau blanche, ou cataplasme narcotique en cas de douleur vive, pommades calmantes ou résolutives.

La saignée peut abréger la durée d'un accès. Rayer la prescrivait même dans la forme chronique ou subaiguë pour calmer le sentiment de tension douloureuse qu'accusent certains malades. Alard, Gazenave et, après eux, les médecins

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brésiliens, proscrivent la saignée non-seulement comme inutile, mais encore comme dangereuse, et la plupart des médecins de l'époque actuelle partageant leur avis ne saignent pas plus dans les accès éléphantiasiques que dans les érysipèles simples. Les saignées locales elles-mêmes ne conviennent pas.

Les prétendus cas de guérison par les diaphorétiques sont loin d'avoir à nos veux toute l'authenticité désirable. Le sulfate de quinine, à haute dose, a été réellement efficace dans certains cas en modérant la fièvre et abrégeant peutêtre sa durée. Il serait indiqué dans les accès à intermittences courtes, mais ces cas sont les plus rares.

Le collodion est à essayer, s'il ne l'a pas été ; théoriquement il doit modérer la poussée inflammatoire, la limiter en agissant comme compressif et isolant, mais sera-t-il bien supporté dans les cas très-aigus?

Hillary a recommandé les vésicatoires comme moyen dérivatif et des fomentations émollientes suivies de sudation de la partie malade qui serait ensuite recouverte de flanelle; il donnait aussi le quinquina, à la fin des accès, recommençait le même traitement de mois en mois, et plus tard prescrivait les bains froids d'eau douce et de mer.

Larrey père a préconisé l'iodure de potassium à doses graduées; Stuart et Biette la médication iodée à l'extérieur et au début; Marcgrave et Souty le calomel et le massage comme dissolvant de la lymphe. Les préparations arsenicales, un moment très-vantées, n'ont produit en définitive aucune guérison bien constatée. Delpech donnait le soufre à l'intérieur, prescrivait aussi des bains sulfureux aidés de la compression avec flanelle, mais n'accordait au médicament qu'une action bien insuffisante.

Quand l'éléphautiasis est arrivé à un certain degré de développement, les médecins égyptiens auraient retiré de bons résultats des scarifications, mais l'amélioration a été toujours passagère et ce moyen ne doit être réservé qu'aux cas extrêmes et très-anciens, car il peut devenir le point de départ d'ulcérations ou de nouvelles poussées inflammatoires. On doit en général se borner à des piqûres avec une aiguille pour procurer quelque soulagement au malade et lui montrer qu'on fait quelque chose pour lui. Ces scarifications et incisions sont très-usitées au Malabar, mais nous ignorons, le plus souvent, les accidents qui s'ensuivent. Nous ne contestons pas pourtant la possibilité de quelques guérisons, guérisons observées aussi à la suite d'ouverture spontanée, comme le docteur Dufaux, médecin militaire, en rapporte un exemple pris sur un jeune Kabyle atteint d'éléphantiasis du scrotum depuis trois ans.

Esdaile blâme l'emploi des escharotiques fort en vogue au Bengale, chez lesnaturels, et qui provoquent des accidents inflammatoii'es graves, même des hémorrhagies, et qui n'ont jamais guéri personne.

Nous devons mentionner ici le traitement employé par Mestre, ancien médecift militaire qui a étudié d'une manière toute spéciale l'éléphautiasis en Algérie. Ce traitement consiste en massage et bains de vapeur. Le malade étant couché dans son lit, un homme vigoureux presse et masse, dans tous les sens, le membre affecté, en ayant soin de pincer la peau dans toute son épaisseur et avec une certaine force, de façon à diviser les mailles du tissu cellulaire sous-dermique; après un quart d'heure environ, le membre est placé dans un appareil de calorification dans lequel on fait vaporiser du vinaigre aromatique ou camphré, on l'enveloppe ensuite de couvertures et aussitôt que la transpiration cesse ou applique méthodiquement un bandage compressif sur le membre qui est placé

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sur un coussin de manière qu'il soit plus élevé que le reste du corps. Cette opération doit être recommencée tous les deux jours ; plus tard, si la guérison ou l'amélioration sont lentes à se produire, Mestre conseille des incisions profondes et même l'excision d'un lambeau linéaire. Cette méthode est très-complexe et surtout très-énergique, nous n'oserions pas affirmer qu'elle ne fût jamais suivie d'accidents et qu'elle amenât souvent la guérison.

Le séton exempt d'inconvénients a pu procurer un certain retrait des intumescences principalement aux bourses (Larrey) . Dans the Lancet du 1" juin 1878, nous trouvons le traitement suivant qui aurait donné à Bentley au moins un succès non démenti après deux ans : suspension de la jambe à 60 centimètres au-dessus du niveau du tronc, position qui fut gardée nuit et jour pendant trois mois. Dans cette position on fit d'abord des fomentations chaudes et deux applications d'onguent mercuriel par jour. Au bout de quinze jours, diminution notable de la jambe qui fut enveloppée d'un bandage roulé montant des orteils jusqu'à la racine du membre. Après deux mois, une seule application d'onguent mei'curiel par jour; pendant ce temps, mixture d'iodure de potassium, de bichlorure de mercure et de chlorate de potasse ; en outre, gargarisme chlorate ; 3 mois de ce traitement amenèrent une guérison presque complète. La jambe qui, au-dessus des chevilles, mesurait près de 60 centimètres, n'avait que ô centimètres de plus que la jambe saine. La peau était redevenue souple et le malade pouvait faire de longues courses ; plus d'accès, état général bon — au bout de deux ans, nous l'avons dit, Bentley put constater que cette guérison se soutenait. Le même traitement appliqué à un éléphantiasis du scrotum donna une amélioration notable en un mois ; circonférence de la tumeur réduite de 22 à 25 pouces, mais Benthy rentra de Singapore en Angleterre et perdit son malade de vue.

Arrivons maintenant au traitement par la compression, méthode que nous avons déjà vue associée à d'autres moyens, mais qui a été employée exclusivement depuis quelques années par quelques médecins avec quelques succès. Cette méthode est très-ancienne, puisqu'elle remonte au premier auteur qui a bien décrit l'éléphantiasis, à Rhazès. « Il convient, dit-il, d'entourer ce membre d'un bandage depuis le talon jusqu'au genou...., et plus loin : « U faut aussi que le malade ne se tienne debout qu'après avoir la jambe exactement bandée ».

La compression méthodique remplit les indications fournies par l'anatomie pathologique et par la physiologie. Il y a stase lymphatique persistante, d'où affaiblissement notable de la tonicité vasculaire. La compression doit prêter appui aux vaisseaux, remédier à leur insuffisance, dissiper ou modérer la stase en faisant refluer dans la circulation les liquides stagnants, de plus, diminuer l'apport des liquides, du sang, c'est-à-dire la nutrition du membre, ce qui est bien de nature à amener, dans une certaine limite, la répression des éléments hypertrophiés.

On a fait d'abord la compression avec un bandage fixe produisant une action assez rapide, mais par cela même le bandage devient vite trop ample et n'agit plus. Le bandage élastique au contraire, se resserrant à mesure que les tissus cèdent, continue son action uniforme et égale tant qu'il est bien appliqué. On peut dire qu'il est autrement puissant que la ligature dont l'effet est souvent promptement diminué par rétablissement de la circulation collatérale. Avant d'appliquer le bandage, il faut préparer la partie, débarrasser la peau de ses amas épidermiques au moyen de cataplasmes, de bains tièdes, des embrocations

ELEPHANTIA.SIS. 339

émollientes, des corps gras. On peut se servir même de l'onguent mercuriel pour aider à la résorption des exsudais. La bande de caoutchouc peut être appliquée à nu ou mieux avec intermédiaire d'une couche d'ouate maintenue par un bandage roulé. Avec la couche d'ouate on donne au membre une forme bien cylindrique permettant une application régulière, et la compression est mieux supportée. Il y a des cas pourtant où l'on peut recourir à l'application à nu, si le malade la supporte bien ; il bénéficie alors de l'action du caoutchouc sur la peau plus ou moins altérée. Il est bien entendu que la compression avec la bande élastique ne doit pas être appliquée pendant un accès, qu'elle doit être surveillée et enlevée, si un accident survenait. C'est un traitement de plusieurs mois, d'une année même, et à l'enlèvement définitif du bandage il y a lieu de le remplacer par des bas élastiques.

Un traitement aussi long décourage souvent les malades, qui demandent leur sortie lorsqu'une amélioration satisfaisante est obtenue ; c'est probablement à cette circonstance qu'est dû le peu de cas de guérison complète par cette méthode dont l'observation suivante montre le degré de puissance. Un jeune homme de seize ans entre en mai 1877 dans le service du professeur Verneuil; il est atteint d'éléphanliasis d'une jambe depuis deux ans. A partir du 15 mai, une bande élastique est roulée chaque matin directement sur le membre depuis la pointe du pied jusqu'au genou. Le bandage est très-bien supporté; dès les premiers jours, la peau devient plus souple; le 24 juin, l'hypertrophie papillaire a diminué, disparu même en quelques points. L'amélioration va croissant et après quatre mois de traitement le jeune homme sort guéri. La jambe malade est moindre que la jambe saine ; elle est comme effilée, le mollet a pour ainsi dire disparu, la peau n'est plus adhérente et ne présente ni rugosités, ni papilles. Deux ans après, la guérison ne s'était pas démentie.

Ligature de l'artère principale du membre. Quand la compression méthodique longtemps continuée et combinée au masage, aux bains de vapeur, n'a produit presque aucun résultat et que le degré d'infirmité est tel qu'il empêche le patient de pourvoir à sa subsistance, est-on autorisé à pratiquer la ligature de l'artère principale du membre affecté?

Cette tentative hardie qui, à côté de quelques succès temporaires ou définitifs, compte de nombreux insuccès et pas mal de revers, ne peut être discutée que dans le cas où l'affection est unilatérale, stationnaire, et ne dépasse par la racine du membre. Elle serait en oulre formellement contre-indiquée dans les cas d'ulcérations profondes avec lésions osseuses, signe d'un affaiblissement notable de la vitalité des parties. En la proposant à un malade qui réclame une intervention énergique, le médecin doit s'éclairer sur toutes les éventualités de cette opération.

On a fait à Carnochan (de New-York) la gloire (ce mot est peut-être excessif) d'avoir inventé et appliqué le premier cette opération à l'éléphantiasis des membres. Appliqué, oui; inventé, non. La première opération de Carnochan date de 1851, mais plus de trente ans avant, le docteur Labat, chirurgien des armées du vice-roi d'Egypte, avait proposé de tenter cette opération avant de se décider à une amputation devenue nécessaire. Ce médecin appuyait sa proposition sur des considérations qui, au point de vue physiologique et patliologique, n'ont rien perdu de leur valeur. Pour le docteur Labat, l'éléphantiasis était constitué par une hypertrophie tégumentaire (notre hyperplasie conjonctive) avec hypérémie de tout le membre affecté, causées soit par une irritation déterminant un afflux

considérable de sang dans cette partie, soit par une stagnation sanguine résultat d'un rétrécissement ou d'un relàcliemeut des principaux troncs veineux. Après la ligature, le membre reçoit encore par les collatérales toujours suffisamment dilatées assez de sang pour que le spliacèle ne soit pas à craindre ; mais sa nutrition se trouve notablement diminuée, ce qui le met dans des conditions favorables pour la guérison. Le docteur Labat fait remarquer, en dernier lieu, que, lors même que cette ligature n'atteindrait pas le but qu'on se serait proposé, elle laisserait toujours la ressource de l'amputation, dont elle n'aurait été qu'une opération préalable (l'oy. thèse Chabassy. Paris, 1837).

Il serait nécessaire, pour pouvoir porter un jugement définitif sur cette méthode, d'établir le bilan complet des opérations pratiquées depuis 1851 et qui dépassent 50. Malheureusement la plupart des observations ont été publiées presque toujours prématurément, aussi ne faut-il accepter qu'avec une extrême réserve le chiffre des guérisons annoncées. Le devoir du médecin qui publie une observation avant guérison est de la compléter plus tard, alors même que le résultat définitif a trompé son attente. Plusieurs revers constatés dans les premiers jours qui ont suivi les opérations ont été passés sous silence, comme si ces revers ne portaient pas avec eux un enseignement; d'autres opérés regardés comme guéris ou simplement améliorés n'ont pas é;é suivis assez longtemps. Un, deux ans, ne suffisent pas pour affirmer une guérison définitive, et rarement on a attendu ce terme. La circulation par les collatérales met plus ou moins de temps à se rétablir complètement et, ce rétablissement produit, on a vu souvent après des années l'éléphantiasis reprendre une marche envahissante.

Nous croyons néanmoins que M. Guibout a formulé une appréciation trop sévère, en disant dans une de ses leçons cliniques {Gaz. des Hop., 1879) : « La plupart des opérés ont succombé soit à des hémorrhagies, soit à la gangrène, soit enfin à l'infection purulente ». Nous croyons être plus juste et dans le vrai en disant que, si une moitié a succombé, de l'autre moitié quelques-uns ont retiré un certain bénéfice de l'opération, mais la plupart ont vu la maladie récidiver, après un temps plus ou moins long.

De longues recherches seraient nécessaires pour connaître les résultats non pas immédiats, mais définitifs, des opérations faites depuis 1851 ; ces recherches, du reste, n'amèneraient pas à une conclusion rigoureusement exacte, puisque des observations, celles surtout se rapportant à des revers, n'ont pas été publiées. Nous nous bornerons à mentionner les suivantes :

De 1851 à 1857, Garnochan fit 4 fois la ligature chez des éléphantiaques, il affirma 4 guérisons. Ghez le premier opéré, la guérison se maintint après seize mois. Mais, nous le savons, ce temps est loin de suffire pour garantir l'opérc de toute récidive. Le quatrième malade opéré en mai 1857 sortit incomplètement guéri et rentra en 1858 à Pensylvanian Hospital avec une récidive des plus accentuées, et nous sommes sans renseignements précis sur les suites définitives de la ligature chez les deux autres opérés. Les succès temporaires de Garnochan eurent une immense retentissement, puisque le professeur de New- York trouva de nombreux imitateurs.

Un opéré d'Ogier (de Charleston), 1859, marchait facilement, trois mois après la ligature, et sa jambe avait à peu près repris son volume normal.

En novembre 1861, Butcher (de Dublin) lia la fémorale doublée de volume chez une blanchisseuse atteinte d'éléphantiasis depuis dix-huit ans ; une légère

ELEPUA>'TIâSIS. oil

compression fut établie après l'opération; au sixième mois l'opérée pouvait reprendre son métier et seize mois après la guérison se maintenait.

Quelque temps après, Erichsen (de Londres) aurait obtenu aussi un succès par la ligature de la tibiale antérieur-e dans un cas d'éléphantiasis du pied.

Eu 1866, Bryart n'aurait obtenu qu'une simple amélioration chez un malade auquel il avait lait la ligature de l'iliaque externe.

Ces cas et plusieurs autres opérés de 1851 à 1868, en tout au nombre de 21, ont été passés en revue dans un important mémoire de G. Fischer que nous regrettons de n'avoir pu consulter {Arch. de Virchov), t. XLVl : Die Behandlung des Elephantiask Arabum mitlslet Ligatur oder Compression der Eaiiptarterié).

De 1868 à nos jours, nous connaissons les opérations suivantes :

En 1869, Richard lia la fémorale au niveau de l'anneau du troisième adducteur chez une femme de trente-trois ans, atteinte depuis dix-huit ans d'un éléphantiasis considérable de tout le membre inférieur gauche, et qui avait été traitée sans succès à Saint-Louis par la compression élastique. Il n'y eut pas d'accident, le volume du membre se réduisit considérablement et, à la sortie, il était à peine plus volumineux que celui du côté sain. Les journaux de l'époque enregistrèrent cette opération comme un plein succès, mais quelque temps après le gonflement reparut pour reprendre bientôt ses premières propoitions.

Cette femme devenue enceinte accoucha facilement dans le service de Demarquay, mais nous ignorons si la grossesse fut, ce qui est possible, la cause déterminante ou seulement le point de départ du retour de la maladie. Cette malade fut présentée par Demarquay à la Société de chirurgie, dans la séance du 25 mars 1874. L'insuccès tient-il dans ce cas à ce que la ligature a été pratiquée trop bas? En effet, non-seulement tout le membre inférieur était induré et volumineux, mais encore la partie inférieure de l'abdomen et des fesses commençait à être envahie.

En 1870, insuccès complet de Fayrer, qui ne veut plus entendre parler de la ligature qu'il avait déjà pratiquée deux fois : dans deux cas, l'amélioration ne fut que temporaire; dans le troisième cas, l'opéré succomba à la pyohémie.

Dans la même année, Busch rapporte un cas qui se termina aussi par la mort au quatorzième jour, à la suite d'érysipèle et de grangrène.

En 1869, Hurter comptait sur une guérison, mais le résultat définitif nous est inconnu.

En 1870, Anderson ha l'iliaque externe chez une jeune fille; au bout d'un an, l'éléphantiasis reparut de plus belle et se compliqua d'une eschare du mollet [Canada Med. and Surg. Journal, 1875).

En 1872, même résultat chez un opéré de Queirel.

La même année, Jubiot relate l'observation d'un cas dans lequel l'amélioration consécutive à la ligature de la fémorale avait duré douze ans ; le membre avait repris ses dimensions normales quelque temps après l'opération, mais le gonflement recommença plus tard, lentement.

Leisrink (de Hambourg) fit, en janvier 1875, la ligature de la fémorale chez une femme dont le membre éléphantiaque devenu énorme était le siège d'un écoulement continuel qui épuisait la malade. L'opération ne fit que modifier l'éléphantiasis qui dimiuua d'abord notablement pour rester ensuite stationnaire, mais l'écoulement de lymphe s'arrêta complètement et l'état général devint très-satisfaisant.

Un peu plus tard Know pratiqua la ligature sans le moindre succès et Souden

542 ELEPHANTIASIS.

(d'Upsal) lia la brachiale pour un gonflement éle'phantiaque de l'avant-bras et de la main; le résultat de l'opération nous est inconnu.

Mentionnons enûn une dernière opération rapportée par le Brit. Med. Journ., 1879. Il s'agit d'un garçon de dix-neuf ans porteur d'un éléphantiasis du membre inférieur droit et dont le début remontait au premier âge. Le docteur Grosby lia l'artère fémorale qui était très-petite. Les suites de l'opération furent heureuses et Grosby put constater, trois ans et sept ans après, que l'amélioration se maintenait, le volume du membre dépassait à peine celui du côté sain.

D'après ce résumé problablement incomplet, on connaît au moins 30 cas d'éléphaiitasis traités par la ligature de l'artère principale du membre affecté. Les résultats sont loin d'être encourageants et encore tous les insuccès, tous les cas suivis de mort, ne sont pas connus. Dans une statistique mentionnée par Marduel {Lyo7i médical, t. XII) et qui comprend 25 cas, les résultats auraient été les suivants : 1 mort, 1 résultat presque nul, 4 récidives, 6 améliorations, H guérisons, mais Marduel lui-même n'accepte ces chiffres qu'avec une extrême réserve. La plupart des opérés ont été suivis trop peu de temps pour qu'on puisse affirmer la guérison définitive; et puis, que d'insuccès, que de revers passés sous silence ! Du reste, la ligature appliquée à la cure radicale de l'éléphantiasis devient de plus en plus rare à mesure qu'on s'éloigne des succès plus ou moins confirmés des premiers opérateurs qui ont suivi la voie tracée par Carnochan. C'est que, à côté de quelques succès douteux, les revers ont été si nombreux qu'on renonce presque ù cette opération.

Compression digitale. La compression digitale serait-elle mieux indiquée que la ligature? Tentée plusieurs fois elle n'aurait donné que de bien rares succès. Chez un malade de Gosselin, la compression digitale détermina un érysipèle intense qui se propagea au membre sain qui à son tour cojnmence à s'hypertrophier, mais associée ou mieux alternée avec la compression générale du membre elle aurait fourni à Yanzetti (de Padoue) un succès réel. Voici le résumé de cette observation communiquée par l'éminent chirurgien à la Société de chirurgie, le 20 octobre 1867. Il s'agit d'une forte campagnarde de vingt et un ans, ayant un éléphantiasis de la jambe droite. L'élévation permanente du membre combinée avec la compression méthodique fut employée, vingt jours, sans grand résultat. Yanzetti pensa alors à faire la ligature de la fémorale, mais il voulut avant essayer de la compression digitale qui fut faite pendant cinq jours, avec interruption pendant la nuit. Diminution notable de l'intumescence, diminution qui se maintint malgré la cessation de la compression pendant quatre jours pour laisser se calmer l'irritation provoquée sur la peau de la région de l'aine. La compression fut reprise de nouveau, mais seulement pendant quelques heures chaque jour. Au bout de quatre jours, application d'un bandage amidonné qu'il fallut fendre au bout d'une semaine pour le rétrécir, tant la jambe avait diminué de volume. La malade put sortir de l'hôpital après deux mois et se livrer au travail en ayant soin de renouveler les applications du bandage toutes les deux ou trois semaines. Trois ans après, Yanzetti constata la disparition complète de l'éléphantiasis ; la jambe malade présentait même un peu d'atrophie comparativement à l'autre, par suite de la compression du bandage amidonné qu'on n'avait cessé d'appliquer depuis trois ans.

Pour être juste, nous devons dire que, bien avant l'emploi de la compression digitale, Dufour de Dainville avait fait la compression de la fémorale avec un bandage à ressort imitant les bandages herniaires. Sur 5 éléphantiaques ainsi

ELEPHANTIASIS. 545

tvaités il n'avait eu que l insuccès. Les 4 guérisons auraient été constatées pendant longues années {Revue de thérapeutique médico-chirurgicale).

électricité. Nous ne devons pas passer sous silence le traitement par l'électricité que les docteurs Moncorvo, Silva Araujo, Vieira de Mello et plusieurs autres médecins brésiliens, auraient employé avec succès. Ce traitement indiqué seulement par Hendy au siècle dernier a été élevé à la hauteur d'une véritable méthode par les médecins sus-mentionnés. Des courants continus d'énergie croissante en formeraient la base; mais, de temps en temps, des courants induits seraient appliqués pour activer l'absorption des produits de la dissolution provoqués par les courants continus ; en outre, le traitement qui doit être continué avec persévérance pendant une à deux années serait complété par quelques séances d'électrolyse pratiquée avec une batterie Trouvé de 6 à 60 éléments : dans un travail présenté au Congrès d'électricité en 1848, MM. Moncorvo et Silva Araujo ont publié des figures montrant l'état des membres affectés avant et après le traitement. Les modifications seraient des plus satisfaisantes. Ces médecins ont communiqué en outre plusieurs notes à l'Académie des sciences de Paris (1881 à 1883). Le professeur Gosselin, qui avait présenté ces notes avec des observations à l'appui, fut prié par l'Académie en 1884 de s'informer du résultat définitif des essais tentés par MM. Silva Araujo et Moncorvo, qui répondirent par la note suivante : « Les auteurs sont heureux de confirmer dans cette troisième note les conclusions des précédentes en ajoutant que la guérison s'est maintenue jusqu'ici chez les malades traités par ce procédé thérapeutique. »

En sera-t-il de l'électricité comme de la ligature? Nous avons vu que les récidives étaient quelquefois tardives ; quoi qu'il en soit, il y a lieu de poursuivre l'application de cette méthode, puisqu'elle est sans danger; nous nous proposons de l'expérimenter à notre prochain retour aux colonies.

Amputation. Extirpation. Quand toutes les médications ont échoué, peuton, dans certains cas, proposer au malade l'amputation, l'extirpation comme ressource extrême ?

Alard était opposé en principe à toute opération dans les cas d'éléphantiasis des membres et même des bourses, et cela par crainte de voir le mal se porter sur un autre membre ou sur toute autre partie du corps, ou bien encore de voir le malade succomber aux suites de phlegmasies viscérales. La plupart des chirurgiens exerçant en Europe condamnent également l'amputation. Assurément il faut s'abstenir quand l'éléphantiasis ne constitue qu'une infirmité avec laquelle on peut vivre longtemps. En l'absence de toute complication menaçante pour la vie, l'intervention ne serait même pas justifiée par l'insistance pressante du malade. Mais en est-il de même quand l'intumescence dévenue énorme empêche tout mouvement, tout déplacement et par suite tout travail, quand elle est le siège d'ulcères profonds, de lésions osseuses, de douleurs atroces, de suppurations épuisant le malade pour lequel la vie est un fardeau insupportable ? assurément non. Les récidives et les accidents si redoutés par quelques chirurgiens n'ont rien de fatal, comme le prouvent de nombreuses opérations pratiquées depuis un demi-siècle, malgré le pronostic d'Alard. Dans les conditions sus-mentionnées, il y a d'autant moins d'hésitation à avoir qu'en s'abstenant on voit les complications emporter le malade, tandis que l'intervention lui offre au moins quelques chances de salut. Il est possible que dans les pays froids et tempérés où l'éléphantiasis est, du reste, peu fréquent, et les résultats des grands traumatismes chirurgicaux souvent inconstants, il est possible, disons-

nous, que les insuccès et les revers balancent et au delà les succès définitifs; mais il n'en est pas de même dans les pays où la maladie est vraiment endémique, et surtout chez les races noires ou colorées, qui, on le sait, supportent en général très-bien les opérations les plus considérables.

Un praticien distingué de l'île de la Réunion, le docteur Mazaé-Azéma, correspondant de la Société de chirurgie, a obtenu en moyenne 3 succès sur 4 amputations : aussi, dans un mémoire publié par la Gazette médicale en 1838, a-t-il pu formuler les conclusions suivantes :

L'amputation des parties affectées d'éléphantiasis n'est soumise qu'aux chances habituelles des opérations de ce genre. Elle ne s'écarte même pas de la règle que l'on a établie touchant la différence de gravité des amputations pour cause organique et de celles pour cause traumatique.

Il semble résulter des observations rapportées que le succès de l'opération ne se trouve pas notablement compromis, lorsqu'on la pratique dans la portion supérieure de l'intumescence, au milieu même des parties infiltrées, à la condition cependant que la peau qu'on laisse au-dessus de la section n'ait encore subi d'autre altération que celle qui résulte de l'exsudation de la sérosité au sein des tissus.

La pratique de plusieurs de nos confrères des Antilles et la nôtre confirment la première de ces conclusions. Nous avons, pour notre part, en présence d'indications formelles, pratique, de 1859 à 1862, 3 fois la désarticulation du genou, 1 fois celle du coude, 2 fois celle de la jambe, et nous avons été assez heureux pour ne perdre aucun de nos opérés; 1 seul présenta des accidents graves : spasmes du moignon, agitation extrême, délire, éréthisme nerveux faisant craindre l'apparition du tétanos, sphacèle d'une partie du lambeau; malgré tout la guérison fut assez rapide après la cessation des accidents. Nous avons consigné le résumé de ces observations dans notre thèse inaugurale {Considérations pathologiques sur les pays chauds, 1865).

Nous connaissons une série de 18 amputations ou désarticulations qui a fourni 16 succès. Si nous insistons sur ces faits qui avaient peut-être plus de valeur il y a vingt-cinq ans qu'aujourd'hui, c'est que sur ces 1 8 opérations la désarticulation du genou figurait pour 9 et celle du coude pour 2, et que toutes les deux étaient loin d'être en faveur à cette époque. Le docteur Lherminier père, chirurgien de grande notoriété, m'écrivait en 1865 que, sur 20 désarticulations du genou (dont 15 pour éléphantiasis) pratiquées de 1849 à 1865 à l'hôpital de la Pointe-à-Pitre, il n'avait perdu que 6 malades (2 sur les 15 éléphantiaques). Presque tous avaient succombé non aux accidents primitifs, mais bien à la diarrliée ou à la dysenterie chroniques.

Nous concédons que les résultats ne seraient probablement pas aussi satisfaisants en Europe, mais cette proportion de succès obtenus dans les pays chauds ne mérite-t-elle pas quelque considération? Elle plaide, il nous semble, contre la réprobation dont on a voulu frapper la désarticulation du genou et du coude et contre la condamnation de toute intervention chirurgicale dans l'éléphantiasis arrivé même à un degré très-avancé et avec complications. II est permis, disionsnous en 1863, de se demander si la discussion des faits acquis ne ramènera pas un jour à une opinion moins absolue les adversaii^es de la désarticulation du genou (thèse citée).

Tous nos opérés ont été suivis pendant plusieurs années, tous ont été exempts de récidive et ont pu subvenir à leurs besoins par un travail peu pénible.

ELEPHANTIÂSIS, 545

Sur la question d'opportunité de l'extirpation de l'élépliantiasis des organes dénitaux nous trouvons moins de dissidences. Tous les chirurgiens sont à peu près d'accord pour conseiller l'opération quand les parties hypertrophiées sont tellement considéiables qu'elles constituent une infirmité insupportable empêchant tout travail, toute relation sociale, privant le sujet des attributs de la virilité ou même le réduisant à l'impuissance, maigre la conservation de ces organes le plus souvent indemnes de toute lésion. On est bien revenu aujourd'hui des craintes exprimées par Alard, Chopart, Chervin, etc., au sujet de cette opération. On devait pourtant connaître à cette époque les succès remarquables obtenus par Larrey père, Delpech, Clot-Bey. Avant Larrey, on avait bien extirpé des tumeurs des bourses, et c'est encore un chirurgien français, Raymondon de Castres, qui, le premier, au dire de Boyer et de Chopart, aurait fait des opérations de ce genre; mais Larrey père a posé l'indication formelle de l'opération dans le cas d'éléphantiasis et en a institué le principe général.

Dans l'Inde, en Egypte, oii l'éléphantiasis des bourses est si commun, l'opération est la pratique courante.

En 1850, Esdaile (de Calcutta), sur 161 sujets opérés par lui-même, ne comptait qu'une mortalité de 5 pour 100. En supposant même, comme le pense 11. Larrey fils, qu'Esdaile, qui attribuait à l'hydrocèle beaucoup d'élé|)hantiasis, ait opéré comme éléphantiasis des bourses plusieurs hydrocèles anciennes avec hypertrophie des enveloppes du testicule, il n'en est pas moins vrai que ce chirurgien avait acquis une véritable compétence dans ces opéi'alions qu'il pratiquait rapidement et avec une grande habileté. Fayrer fut moins heureux, puisqu'il perdit 6 opérés sur 28, Ballingall (de Bombay) 2 sur 21.

Les succès de Mohamed-AU-Bey ont été les plus remarquables : 1 décès seulement sur 180 opérés.

Nous avons vu, en 1868, à l'hôpital général de Madras, plusieurs opérés encore en traitement; ce qui nous frappa surtout, c'est que les chirurgiens de cet établissement, malgré l'âge avancé de quelques sujets et un état général déplorable, n'avaient pas reculé devant une opération aussi considérable. Le succès justifiait, le plus souvent, leur pratique, et nous tenons d'eux que, malgré des complications assez fréquentes et non sans gravité, telles que la gangrène des lambeaux, des suppurations prolongées, la plupart de leurs opérés guérissaient.

Le double but de l'oschéotomie, dit H. Larrey, résumant les indications posées par son illustre père, est de débarrasser le malade de la masse morbide qu'il trahie après lui et de garantir, si faire se peut, les organes virils presque toujours intacts au milieu des dégénérescences du scrotum les plus avancées. C'est effectivement la conservation du pénis, des testicules et des cordons spermatiques, qui fait de cette opération tardive et délicate, lorsqu'elle a réussi entièrement, une véritable conquête de l'art. Les chirurgiens français et égyptiens se sont conformés, autant que possible, à ces indications dont se sont écartés sensiblement quelques chirurgiens. C'est ainsi qu'Esdaile a adopté le principe suivant : sauvegarder les organes génitaux, si la constitution est bonne, si le malade n'a pas plus de quarante ans et que la tumeur n'excède pas de 40 à 50 livres :

Dans les cas contraires, ne pas conserver les testicules, l'opéré pouvant mourir d'hémorrhagie dans cette tentative ou devant subir une ablation secondaii'e de ces organes :

Nous verrons que des précautions et certains procédés diminuent beaucoup DICT. ENC. XXXIIL So

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les chances d'hémorrhagie et qu'on peut, le plus souvent, conserver les organes de la virilité.

On ne peut établir de règle fixe pour le manuel opératoire qui, abandonné à la sagacité de l'opérateur, varie suivant une foule de circonstances : volume de la tumeur, état des téguments, situation du pénis, des testicules, hémorrhagies plus ou moins considérables.

Nous dirons pourtant que les procédés peuvent se réduire à deux, suivant que la tumeur est extirpée sans anaplastie (procédé de Larrey) ou avec anaplastie (procédé de Delpech).

Larrey faisait d'abord deux incisions obliques procédant de l'orifice du prépuce et divergeant au-dessous des testicules de chaque côté, puis la dissection rapide des tissus interposés entre ces incisons; enfin, l'ablation de la masse morbide. Clot-Bey a modifié légèrement le procédé de Larrey en substituant deux incisions semi-lunaires aux incisions obliques.

Mohamed-Àli-Bey a modifié sensiblement le procédé de ses deux devanciers, et son procédé varie suivant que les testicules sont ou non adhérents à la masse morbide.

Le docteur Mohamed-Ali-Bey fils, dans sa thèse {De l'Éléph. des ArUbes, Paris, 4869), résume à peu près ainsi la manière de faire de son père :

1" Si les testicules et les cordons ne sont pas adhérents et si le pénis libre peut être attiré au dehors du fond de l'espèce de canal urinaire formé par le scrotum, et le fourreau de la verge replié sur lui-même, l'opérateur refoule les testicules contre les anneaux inguinaux et les fait maintenir par un aide, puis, plongeant un couteau à deux tranchants au-dessous de la racine de la verge tirée au dehors, il fait par transfixion deux lambeaux latéraux suffisants, mais taillés dans une peau saine ; une des ligatures nécessaires faites, l'aide chargé de maintenir les testicules lâche prise et l'opérateur renferme ces organes dans le nouveau scrotum qu'il réunit par quelques points de suture entre^ccHipée ou entortillée.

2" Si les testicules sont adhérents, Mohamed-Ali-Bey fait deux incisions profondes à deux ou trois travers de doigt des arcades crurales et dirigées de telle sorte que les cordons spermatiques soient mis à découvert par des plaies parallèles à leur direction, afin de ne pas les exposer à l'action de l'instrument tranchant. Ayant reconnu au fond de la plaie les cordons à la couleur bleue de leurs veines, il les isole de la masse en procédant de haut en bas, soit à l'aide des doigts, soit par le manche du scalpel ou en tranchant suivant que les adhérences sont plus ou moins fortes; il arrive ainsi jusqu'aux testicules qu'il isole à leur tour à l'aide du bistouri ou des ciseaux en usant de beaucoup de précaution.

Dans l'un et l'autre cas, lorsqu'on a isolé ces organes, on les relève sur la région pubienne, enveloppés d'un linge fin et confiés à un aide; la verge tirée au dehors et renversée sur le pubis, le chirurgien fait les deux lambeaux destinés à envelopper les testicules.

L'extirpation avec anaplastie (Delpech) a pour but de faire trois lambeaux : un antérieur destiné à recouvrir la verge, deux latéraux pour recouvrir les testicules et les cordons.

Le procédé de Delpech est assez connu pour que nous n'ayons pas besoin de le décrire; nous ferons connaître seulement la modification importante qu'y a apportée Mohamed-Ali-Bey père. L'opérateur fait à gauche de la tumeur une

ÉLÉPmXTIASIS. 547

incision semi- lunaire à convexité interne et à concavité regardant la cuisse, incision qui, commencée à deux travers de doigt au-dessous de l'arcade crurale, est ramenée de haut en bas sur les côtés de la tumeur jusqu'au raplié périnéal près de l'anus. II dissèque ce premier lambeau et le renverse sur la cuisse; renversant ensuite la masse sur le cùlé opposé, il fait un second lambeau latéral du côté droit en tout semblable au premier.

Deux incisions profondes pratiquées sur le trajet des cordons lui permettent de les isoler et d'arriver jusqu'aux testicules qui sont relevés sur la région pubienne. Une incision circulaire est faite au pourtour de l'orifice préputial et réunie de chaque côté aux deux incisions déjà pratiquées au niveau des cordons : on a ainsi un lambeau antérieur, puis on dégage la face antérieure du pénis du reste de la masse, en se guidant sur une sonde introduite dans le canal de l'urèthre. On place ensuite les testicules et les cordons dans les deux lambeaux latéraux. La verge est enveloppée dans le lambeau antérieur dont on suture les bords, d'une part à la face inférieure du pénis et d'autre part aux deux lambeaux latéraux, ainsi qu'à la portion restante de l'ancienne enveloppe du pénis vers son extrémité.

On pourrait faire une troisième méthode du procédé qui consiste après l'ablation de la tumeur à restituer au pénis son ancienne enveloppe, comme l'ont fait Gaetani-Bey et Clot-Ley.

Lamy mentionne enfin un procédé de Lenoir qui permet de découvrir plus facilement et de conserver les cordons et les testicules. Lenoir pratiquait une incision médiane et antéi'ieure comprenant toute l'épaisseur des bourses éléphantiaques, mettait à nu le pénis, découvrait les testicules soit par énucléation, soit par dissection, les dégageait avec leurs cordons pour les confier à un aide qui les relevait, puis taillait deux lambeaux latéraux proportionnés, après quoi il détachait, à grands traits, le reste de la masse.

Quel que soit le procédé employé, il faut penser et parer aux complications qui peuvent se produire. Nous ne parlerons que pour mémoire de l'bydrocèle tantôt simple, tantôt double, mais très-fréquente ; une simple incision de la poche vaginale ne suffit pas, il faut en exciser une partie. Une complication plus rare, il est vrai, mais plus sérieuse, c'est la coexistence d'une hernie; il faut nécessairement la réduire et la faire maintenir par un aide; on lie ensuite le sac au niveau de l'orifice externe du canal inguinal pour l'exciser après.

L'hémorrhagie peut constituer quelquefois un accident formidable, et il faut autant que possible lier les vaisseaux ou les comprimer au fur et à mesure qu'on les divise; on peut aussi faire serrer le pédicule par les mains d'un aide pendant l'opération, ou se servir d'une bande en caoutchouc modérément serrée d'abord et dont la constriction serait augmentée, si besoin était, à l'aide d'un bâtonnet. Pour diminuer les chances d'hémorrhagie, Esdaile conseille, avec raison, de faire tenir la tumeur élevée pendant quelques minutes avant de l'entamer.

Le procédé pur et simple d'Esmarch, tout en gênant l'opérateur, n'est pas une garantie suffisante pour l'opéré; le professeur Partridge(de Calcutta) y a apporté une modification importante qui donne une hémostasie parfaite. Nous devons à M. le docteur Roux, qui a assisté, pendant son séjour à Chanderuagor, à plusieurs opérations faites par M. Partridge, les renseignements précis sur la manière d'agir de ce chirurgien distingué.

On met au patient une ceinture de cuir munie de nombreux crochets aux-

54S ÉLÉPIIANTIASIS.

quels pendent de forts rubans de 1 mètre de long environ. Une fois que la bande d'Esmarcb est appliquée sur toute la tumeur qu'elle doit comprimer e'nergiquement, la base de celte tumeur est entourée de forts tubes de caoutcliouc. Les chefs pendants des rubans sont alors passés sous ces tubes, ramenés et attachés aux crochets de manière à tendre fortement l'anneau qui étreint la base de la tumeur. On relire alors la bande d'Esmarcb, et l'opérateur a toute liberté sans craindre le déplacement de l'anneau constricteur.

Le professeur Partridge dégage d'abord la verge ; pour cela, une sonde cannelée solide est enfoncée entre, le prépuce et le gland sur la ligne médiane en haut et une incision met à nu l'enveloppe fibreuse de la verge jusqu'à la base de cet organe; une incision semblable et de même étendue est faite en bas; la verge est ainsi facilement isolée de toute la tumeur qui l'entoure. Reste à isoler les testicules et les cordons. Deux longues incisions sont pratiquées, mais, arrivé à une certaine profondeur, il faut agir avec prudence pour trouver et dégager testicules et cordons jusqu'à la base de la tumeur, puis, sans s'occuper de garder de la peau pour recouvrir les surfaces traumatiques, l'opérateur faisant relever la tumeur réunit, par une incision circulaire, les quatre incisions longitudinales, ce qui permet d'enlever la tumeur en quelques coups de bistouri. On s'assure si les testicules sont en bon état; l'incision de la tunique vaginale est du reste presque toujours indiquée par la présence d'une bydrocèle. Pour la ligature des artères les rubans sont relâchés un à un. L'opération terminée, il reste, dit le docteur Roux, une plaie assez peu étendue occupée par la verge privée de son enveloppe et par les testicules qui sont nus ainsi que les cordons. Pour les recouvrir et pour empêcher la peau qui borde la plaie de s'enrouler en dedans, plusieurs fils passés dans cette peau et la ramenant en dehors sont fixés à deux liens placés dans les aines de l'opéré et allant se rattacher à une ceinture. Vingt-quatre à quarante-huit heures d'application suffisent. La plaie est pansée simplement ; le bourgeonnement se fait et, en quatre à six semaines, la guérison a lieu avec un tissu cicatriciel solide formant un véritable suspensoir naturel. La verge a perdu de son volume, son érection est gênée par des cicatrices, mais les fonctions génitales peuvent cependant s'accomplir. Malgré tout, ce résultat satisfaisant pour un homme âgé n'est pas sans inconvénient pour un homme jeune, et nous estimons que, tout en prenant beaucoup au procédé Partridge, il y a lieu de ménager un fourreau à la verge et deux lambeaux aux testicules.

Par ailleurs, les résultats seraient très-beaux, puisque la mortalité qui, pour Esdaile, n'était déjà plus que de 5 pour 100, ne serait que de 5 pour 100 avec le procédé Partridge.

Une question qui a bien son importance se pose ici. Faut -il soumettre les patients à l'action du chloroforme, des anesthésiques en général ? Les avis sont partagés. Esdaile, dont la pratique était si étendue, rejette complètement le chloroforme et l'éther; il se fonde sur ce que ces agents employés d'une manière prolongée tendent à paralyser le cœur, les poumons et le cerveau. « Ces organes, dit-il, éprouvent déjà inévitablement, dans de telles opérations, des troubles sérieux par la soustraction brusque d'une grande quantité de sang, et sont menacés aussi par l'agent anesthésiq)ie de ne pouvoir recouvrir leur vitalité. » Les résultats si favorables obtenus par Esdaile auraient-ils été modifiés iâcheusement s'il avait employé les anesthésiques ? . Disons, du reste, que ce chirurgien aurait opéré plusieurs de ses malades

ÉLÉPHâ>'TIAS1S (bibliographie). 549

dans rinseasibilitc produite par le magnétisme animal, procédé qu'il nous e^t difficile d'apprécier, mais au sujet duquel nos lecteurs pourraient s'édifier en consultant le mémoire d'Esdaile {Mesmerism in Indla and Us practicaL Application, in Surgery and Medicine. Londou, 1846).

Les chirurgiens égyptiens ont opéré le plus souvent sans anesthésie; ils font remarquer que dans la peau des tumeurs élépliantiaques avec hypertropliie considérable la sensibilité est souvent éraoussée; déplus, que généralement les patients ne se soumettent que difficilement à l'action des anesthésiques. Le docteur Moliamed-Ali père ne les administrait que sur la demande formelle des sujets, et nous savons qu'il a obtenu dans sa pratique des résultats plus favorables encore que ceux d'Esdaile.

Il faut dire aussi que, par suite d'une grande habitude, ces opérations, entre les mains d'Esdaile, de Mohamed-Ali-Bey père, etc., ne duraient, en moyenne, que dix à vingt minutes, y compris le temps nécessaire pour l'affrontement des lambeaux et leur suture.

Curling, Frayrer, beaucoup de chirurgiens anglais et français, estiment au contraire que l'anesthésie est indispensable non-seulement pour diminuer la douleur, mais encore pour éviter le choc, la commotion résultant souvent d'une opération longue et douloureuse. On ne peut imputer assurément au chloroforme, alors même que son administration est prolongée au delà d'une heure, mais d'une manière intermittente, tous les accidents mortels observés, puisque des patients opérés sans chloroforme ont succombé quelquefois pendant l'opération ou quelques instants après ; et, dans ces cas, on expliquait la mort soit par hémordiagie incoercible, soit par syncope produite par suite de terreur, de commotion, dont les opérés étaient subitement saisis. Quoi qu'il en soit, il sera toujours prudent de ne pas prolonger outre mesure l'anesthésie et de faire sans son intervention les sutures et la toilette de la plaie [voy. Infemet, thèse de Montpellier, 1874). Brassac.

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ÉLÉPHAXTIS. Nom donné dans certaines régions au Cocotier [Cocos niicifera L.), delà famille des Palmiers. Pl.

ÉLÉPHAXTOPUS. Genre de plantes dicotylédones, appartenant à la famille des Synanthérées, à la tribu des Vernoniées. Ce sont des herbes vivaces, poilues et dressées, à feuilles alternes, sessiles, penninerviées, portant des glomérules terminaux, entourés de feuilles et formés de capitules serrés les uns contre les autres. L'involucre de chaque capitule est formé de deux rangs de bractées; les fleurs ont une corolle à o lanières acuminées, et fendue dun côté plus profondément que des autres. Les ashènes sont très-légèrement comprimés, surmonlés d'une aigrette à un rang de poils.

552 ELETTARIA.

VElepliantopus scaber L. des Indes Orientales est la plus connue de ces espèces. Sa tige dichotome, rameuse, toute villeuse, porte des feuilles radicales crénelées, en forme de coin, atténuées à la base, des feuilles caulinaires, lancéolées, et des feuilles florales largement cordées, acuminées, blanchâtres.

On l'emploie surtout comme sudorifique, comme notre chardon-bénit.

V Elephantopus Martii Grah., qui rappelle un peu la précédente par ses caractères, est Irès-répandue au Brésil dans les prés et dans les haies autour des habitations. Les Indigènes l'appellent Yerva grossa, Fumo brava, Erva do coUegio; ils emploient la décoction de la racine, qui est araère, contre les fièvres intermittentes, et l'infusion théiforme des feuilles comme sudorifique.

Pl.

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ÉLÉPHAIVTOSIS. Un des noms donnés à la Bardane {Lappa commiinis Coss. et G.), de la famille des Composées-Cardiacées. C'est aussi le nom d'un genre de la même famille, très-voisin des Éléphantopées, mais qui ne donne pas de plantes intéressantes à la médecine. Pl.

ELETTARI. Nom donné aux Indes et cité par Rheede comme appartenant au vrai Cardamome officinalis, donné par ÏEIettaria repens [EL cardamomum Maton). Pl.

ELETTARIA. Genre de plantes monocotylédones, appartenant à la famille des Zingiberacées, et dont une seule espèce est intéressante pour la matière médicale : c'est ÏEIettaria cardamomum 5Iat. [Amovium repens Roxb., A. cardamomum Whit., nec L., Alpinia cardamomum Roxb.).

C'est une plante d'origine indienne, qui se cultive dans un grand nombre de localités de l'Asie tropicale et aussi dans les serres d'Europe. C'est une grande et belle herbe vivace, à rhizome dur, portant des écailles et dans leur aisselle des ramifications, les unes pourvues de feuilles, les autres chargées de Heurs, puis de fruits. Les feuilles sont alternes, distiques, munies de larges gaînes, et d'un limbe longuement lancéolé, avec une côte pâle et des nervures secondaires obliques. Les tiges florifères sont grêles, étalées sur le sol; elles portent des écailles, puis des gaînes de feuilles, dans l'aisselle desquelles sont de courtes cymes de fleurs. Les fleurs ont sur les bords d'un réceptacle en forme de poche un calice tubuleux à trois dents; un second périanthe tubuleux à 3 lobes peu inégaux d'un vert pâle ou blanchâtre. L'androcée à trois pièces a une étamine fertile et deux étamines stériles, pétaloïdes, formant un labelle blanc, étoile, veiné de pourpre. L'ovaire infère est à trois loges ; le fruit, ovoïde oblong, obscurément triangulaire, renfei'me de nombreuses graines sevrées les unes contre les autres, irrégulièrement ovoïdes, à facettes obtuses, à o téguments dont le plus extérieur, probablement axillaire, est incomplet.

VEletfaria cardamomum Maton donne ce qu'on nomme en pharmacie les Cardamomes de Malabar, petits et moyens [voy. Cardamomes).

On trouve à l'état sauvage à Ceylan une variété A'Elettaria qui ne varie guère de la précédente que par sa grande taille et par la forme allongée de son fruit. On l'a regardée parfois comme une espèce distincte [Elettaria major).

ÉLEUTIIÉRIE. 555

mais elle ne paraît être qu'une simple variété de ÏElettaria cardamomiun. EJle fournit les Cardamomes de Ceylan. Pl.

Bibliographie. — Bheede. Hortus Malab., XI, tab. 456. — Maton. Act. Linn., X, 254. — BoxEORGH. Flora Iiidica. — Thwaites. Enumeratio plant Zeylaniœ, 318. — Guibouut. Bro(j. simples, 1' édit., II, p. 212. — Baillox. Trailé de bolan. médic, p. 14Ô2. Pl.

ÉLEfSiXE Gaerten. Genre de plantes dicotylédones appartenant à la famille des Graminées. Ce sont des plantes exotiques, à feuilles planes et allongées, portant des épis fascicules, diyités et composés d'épillets sessiles, unilatéraux, à deux ou plusieurs fleurs distiques. Les glumes des épillels, au nombre de 2, sont membraneuses, carénées, plus courtes que les fleurs; les gluraejles sont membraneuses, mutiques; l'inférieure a une nervure, la supérieure est bicarénée ; il y a 5 étamines, 2 styles terminés par des stigmates plumeu\. Le caryopse est libre-glabre.

L'espèce intéressante de ce genre est VEIeusine corocana Gaertn. [Cijnosurus corocanns L.), espèce des Indes Orientales et du Japon, portant environ 7 épis digités. Le caryops de cette espèce, qui est cultivé dans ses pays d'origine, sert de nourriture aux gens de la campagne, surtout lorsque le riz vient à manquer. On en fait des espèces de bouillies.

UEleiisine cegyptiaca Pers. n'est plus classé par les botanistes actuels dans le genre Éleusine. C'est le Dactijloclenium cegyptiacum Wild. {Cynosurus œgyptius L.). C'est une espèce de presque tous les pays tropicaux; elle est annuelle et porte 4 à 5 épis digités. En Égyple, où elle est connue d'après Prosper Alpin sous le nom de Nejem el salib, les habitants font avec ses semences des boissons usitées contre les maladies du rein, de la vessie, contre la gravelle et la pierre. On emploie aussi la décoction de la racine comme emraénagogue, pour ramener et aussi pour pousser à l'éruption de la variole. On utilise la décoction de la plante entière comme sudorifique et comme vulnéraire pour déterger les ulcères. Pl.

Bibliographie. — Lixsé. Species, 106. — Prosper Alpin. /Egijpt., 121. — Willdenow. Enumeratio, 1029. — Humeoldt, Bonpland et Kunth. Aoy. gênera Americ, I, 170. — Mérat et DE Lens. Dict. Mat. médic, III, 69. Pl.

ÉLEI'THERII (Cortex). Nom officinal de l'écorce de cascarille [Croton eleutheriaSw.). Pl.

ÉLEUTHÉRIE {Eleutheria Quatref.). Genre de Cœlentérés, de la classe des Méduses et du groupe des Gymnoblastes, dont les représentants forment, par leur association, des polypiers rampants, filiformes, revêtus d'un péridermc chitineux, mais sans cellules caliciformes (Hydrothèques) autour des Polypes nourriciers. Ceux-ci, plus ou moins allongés et dilatés à la base, sont pourvus de tentacules capités disposés en verticille simple. Les bourgeons sexuels, brièvement pédoncules et situés, au nombre de 2 ou de 3, à la base des Polypes nourriciers, présentent de 4 à 8 canaux radiaires et autant de tentacules marginaux, cylindriques et ramifiés, souvent terminés par un bulbe urticant.

L'espèce type, E. dlchotoma Quatref., dont les colonies d'hydroïdes ont été décrites par W. Hincks sous le nom de Clavalella proliféra, se rencontre assez communément sur les côtes de l'océan Atlantique et de la Méditerranée.

Ed. Lefèvre.

5oi ELGSTROM.

ÉLKVATErR. Le muscle élévateur ou releveur de la paupière supérieure et les élévateurs de la lèvre supérieure ont été décrits au mot Releveur; l'élévateur de l'œil est le droit supérieur {voy. Œil, 258). On a domié le nom d'élévateurs de la paupière à des instruments destinés à maintenir la paupière relevée pendant une opération {voy. Ophthalmostat). D.

ÉLÉVATOIRE. Instrument destiné à relever des portions d'os enfoncées, comme dans l'opération du trépan, ou à détacher des portions d'os réséquées. 11 se compose d'une tige d'acier dont les extrémités, apLities et taillées en biseau, sont légèrement recourbées en sens inverse l'une de l'autre. On introduit une extrémité, la concavité tournée en haut, sous la portion d'os à soulever, et on fait exécuter à l'instrument un mouvement de bascule. Les deux extrémités peuvent indifféremment servir à la manœuvre, mais, dans certains élévatoires, une seule des extrémités est recourbée en S, et c'est celle-ci qui sert à exécuter le relèvement. Pour éviter que le levier prenne son point d'appui sur la portion d'os voisine de celle qu'il s'agit de soulever, J. Louis Petit employait un petit chevalet, mais il est facile d'y suppléer à l'aide du doigt. D.

ELFiA'GER (Anton). Médecin allemand, né à Vienne en 1822, suivit les cours de l'L'niversité de sa ville natale et s'y fixa comme praticien. Il mourut prématurément le 19 janvier 1864.

Elfinger a acquis une grande réputation comme dessinateur; c'est lui qui a reproduit d'après nature, avec une fidélité merveilleuse, les affections cutanées qui se trouvent dans V Atlas des maladies de la peau de Ferd. Hebra (Vienne, 1850-1866, in-fol.). Il modela un grand nombre de pièces anatomiques en cire. On lui doit encore l'ouvrage suivant :

Anatomie des Menschen die Knochen-, Muskel- und Bânderlehre enthaltend. "Wieu, 2. Aufl., 1854, 27 pi., in-fol. Cet ouvrage est surtout destiné à l'enseignement du dessin anatomique. L. II.v.

ELCSTRÛ:» (GrsTAv). Né à Stockholm, le 23 octobre 1786, fit ses premières études à l'Université d'Upsal, puis se rendit dès 1812 à Stockholm, oiî il suivit les cours de l'hôpital des Séraphins. 11 revint à Upsal en 1815, pour y passer son examen de candidat en médecine, et en 1814 son examen de licencié. Il fut nommé en 1816 maître en chirurgie et médecin de la maison du roi Charles XII; en 1817, il soutint sa thèse de doctorat en médecine à Upsal et en 1818 il reçut son brevet de médecin de la reine Hedwige Elisabeth Charlotte. 11 remplit avec intelligence diverses fonctions administratives du ressort de la médecine, telles que membre du Conseil de santé, intendant des eaux minérales, etc., et il se distingua par son dévouement, lors de l'épidémie de choléra de 1834, ayant été le premier médecin de l'hôpital spécial établi dès l'invasion du fléau. Il est mort le 22 septembre 1852.

Nous citerons de lui :

I. Dissertatio inauguralis. Brevis expositio epilepsiœ. Upsal, 1817. — II. JJldrag af Engelska Làharens Dokt. Charles Morgans Anteckninga7- om Medicinens Tillstaand i Frankike aar 1816. In Svenska Làkare Sallskapets Arsberattelse, 1818, p. 69. — III. Berâttelse om Hôgstsalig H. M. Enke-Drottningens, Iledwig Elisabeth Charloltas, sista sjukdom och dod. Inford i Protokollet som hôlls vid k. Likôppningen. Stockholm, 1818, in-4°. A. D.

ELIUS PROMOTUS. 55r>

ELH4L'XE. Synonyme de Ilenne' [Lausonia inermis h.), de la famille des Lilbrariées. Pl.

ELICHMAIVjV (Johann). Médecin allemand, né en Silésie, exerça son art à Leyde, où il mourut en 1659. Fort érudit, linguiste distingué, il connaissait seize langues; il avait particulièrement cultivé le persan et l'arabe. Il a laissé une traduction latine et arabe de la Table de Céhès, avec l'original grec, qui parut en 1640 avec une préface de Saumaise et une Lefire en arabe sur l'utilité de cette langue pour les médecins, publiée à léna en 1657, enfin l'opuscule suivant :

diss. de fatali vitae termine, secundum mentem Orienlalium. Lugduni Batav., 1639, in-4°. L. Hn.

ÉLiCHRïSL'M. Voy. Helichrysdm.

ÉLIDE. Nom donné au Smilax aspera L. par Dioscoride. Pl.

ÉLIE DE L.4. POTERIE. Voy. PoTERlE (de La).

ÉLIE^' (Claddics-jElianus-Sophista). Nous le mentionnons à cause de son Histoire des animaux. Cet ouvrage n'a pas été conçu d'après un plan méthodique; ce n'est qu'un recueil de particularités curieuses. Les meilleures éditions du n-pi Çwuv lSi6-y]roi;, De animalium natiira, d'Élien, sont celles de Gronovius (Londres, 1744, 2 vol. m-¥), de G. Schneider (Leipzig, 1784, 2 vol. in-8°), et de Fr. Jacobs (léna, 1852, 2 vol. in-8°). Le livre d'Élien a surtout de la valeur parce qu'il contient de nombreux extraits d'auteurs perdus.

Élien naquit à Préneste, en Italie, vers la fin du deuxième siècle de l'ère chrétienne, et mourut vers 260. Il résidait à Rome et avait le titre de citoyen romain; néanmoins, il s'occupa particulièrement de la langue et de la littérature grecques qu'il possédait à fond. On lui doit encore plusieurs ouvrages étrangers aux sciences naturelles et que nous passerons sous silence. L. H-n.

ÉLiocAR^fOS. Voy. Heliocarmos.

ELISIO (Giovanni), en latin Elysius. Médecin napolitain, vivait en 1556, d'après la biographie Didot. Il fut médecin de Ferdinand, roi d'Aragon, et s'occupa avec succès de la littérature orientale. Ceux de ses ouvrages qui se rapportent à la médecine ont pour titre :

I. Brève Compendium de balneis totius Campaniae. Venetiis, 1555, 1556, in-fol. }>eapoli, Id90, in-8°. — II. De curatione morhi gallici contra barbaros et viilgares empiricos. L.Hn.

ELIL'S PROMOTUS (Ailio; ïlpo;/wTo;). Médecin grec d'Alexandrie, d'une époque incertaine. Les uns le font vivre dans le premier siècle avant Jésus- Christ, d'autres, avec Choulant, le placent dans la seconde moitié du premier siècle de Père chrétienne. C'est peut-être le personnage cité par Galien sous le nom à'JElius. On a de cet auteur divers ouvrages sur la médecine restés à l'état de manuscrits et disséminés dans diverses bibliothèques. Kùhn ne les a pas publiés dans sa Collection des écrivains médicaux grecs. Il a inséré quelques

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