EMPORTE-PIÈCE
l'absorption des substances ve'néneuses, l'état de santé ou de maladie, de plénitude ou de vacuité de l'esloraac. Mais, si le poison a été administré à doses successives à plusieurs reprises, la question devient plus difficile. Le peu d'intensité des symptômes, après l'ingestion des premières doses, peut faire passer l'empoisonnement inaperçu, ou même éveiller plutôt l'idée d'une indigestion, d'un indisposition ou d'une maladie quelconque. Mais ce qu'il importe surtout de ne pas oublier, c'est que certains poisons ont une double action sur l'économie, qu'ils agissent d'abord comme irritants et déterminent du côté des voies digestives tous les symptômes de l'empoisonnement par les substances dites irritantes, et que ce n'est que consécutivement, après une rémission passagère plus ou moins longue, qu'éclatent avec plus ou moins d'intensité les accidents consécutifs à l'absorption; c'est ce qu'on remarque d'une manière plus particulière dans l'empoisonnement par le pbosphore ou par l'arsenic. Enfin d'autres poisons, tels que l'opium et la strycbnine, quoique n'agissant qu'après absorption, présentent dans leur action des exacerbations et des rémissions toutes spéciales dont il faut être bien prévenu, sous peine de prendre une simple exacerbation pour l'effet de l'administration d'une nouvelle dose de poison.
Huitième question. L'empoisonnement est-il le résultat d'un bomicide, d'un suicide ou d'un accident? Cette question ne saurait être résolue d'une manière générale. Sans doute, la nature de la substance employée, l'état mental de l'individu empoisonné, la ressemblance du poison avec d'autres substances inertes ou alimentaires, peuvent, dans certains cas, faire songer plutôt à un suicide ou à un accident qu'à un crime. Mais, si l'on excepte la manie du suicide bien constatée par des tentatives répétées, il est rare que le médecin légiste trouve des preuves ayant quelque valeur qui lui permettent de se prononcer.
Neuvième question. L'empoisonnement peut-il être simulé? Sans doute, mais la ressemblance sera alors bien grossière, à moins que l'imposteur n'ait dépassé le but qu'il s'était proposé. Comme la simulation se fait le plus souvent au moyen de vomitifs ou de purgatifs énergiques, il suffira de soumettre à l'analyse chimique les matières des déjections ou des vomissements pour faire justice de l'imposture. Enfin, les soupçons d'empoisonnement sont quelquelois l'un des symptômes de début de l'aliénation mentale et particulièrement de cette forme de folie connue sous le nom de folie mélancolique. Des accusations sans fondement ont plus d'une fois été portées en pareille circonstance et recueillies par la justice {voy. les mots Poisons, Toxicologie).
Gabriel Pouchet.
EMPORTE-PIÈCE. On donne ce nom à des instruments destinés à opérer une incision ou une section avec enlèvement d'une pièce plus ou moins grande de tissu.
Pour opérer les rétrécissements du rectum, Richet se sert d'un emporte-pièce composé de deux tiges reliées ensemble et susceptibles de glisser l'une sur l'autre : l'une de ces tiges se termine par un anneau qui lui est perpendiculaire, l'autre par une plaque qui lui est également perpendiculaire et munie de dents. Un pas de vis permet de rapprocher la plaque de l'anneau et détermine ainsi l'excision d'une portion circulaire du rétrécissement [voy. Rectum, p. 738).
106 EMS (Eaux minérales de).
La pince emporte-pièce de Nélaton, qui sert à faire la section mousse des polypes de Futérus, est construite sur le même principe; l'une des branches de la pince se termine en anneau, l'autre pointe une plaque qui peut s'engager exactement dans l'anneau; la section a lieu par le rapprochement des deux branches de la pince.
D,uchenne (de Boulogne) a imaginé un emporte-pièce explorateur ou histologique d'un usage très-commode ; il s'introduit aisément sous la peau et permet de ramener une portion de tissu musculaire suffisante pour l'examen microscopique; cet instrument facilite singulièrement le diagnostic de l'atrophie musculaire progressive, de la paralysie pseudo-hypertrophique, etc. 11 se compose de deux moitiés longitudinales formant cylindre par leur réunion et pouvant glisser le long l'une de l'autre ; l'instrument étant fermé, on l'engage comme un trocart, puis au moyen d'une vis de rappel on ouvre l'emporte-pièce, dans la cavité duquel s'engage un peu de tissu musculaire, et en faisant marcher la vis de rappel en sens inverse on excise ce fragment de tissu; il n'y a plus alors qu'à extraire l'instrument [voy. pour la figure : Spillmaxn, Arsenal de la chir. conlemp., t. II, p. 240, ou Racle, Tr. de diagn. me'd., 6*édit., p. 775).
Enfin, nous signalerons encore l'emporte-pièce de Desmarres, qui peut servir à opérer le déplacement de l'iris, par enclavement, dans des cas d'opacité de la cornée, pour ramener l'ouveiture pupillaire' en face des parties restées transparentes. Cet instrument se compose d'un couteau triangulaire dont la lame présente deux petites arêtes destinées à l'empêcher de s'enfoncer trop profondément dans la cornée. Un peu en arrière de cette lame vient s'articuler une branche supérieure dont l'extrémité oculaire vient s'engager dans une fenêtre taillée sur le couteau pour produire la perte de substance. Pour opérer, on maintient l'extrémité externe de la branche supérieure appuyée contre l'inférieure et, lorsque le couteau lancéolaire a pénétré sous la cornée, on laisse cette extrémité externe revenir à sa situation primitive grâce à un ressort qui se détend sous l'action d'une crémaillière ; à ce moment l'extrémité oculaire s'engage dans la fenêtre du couteau en perforant la cornée. Cet instrument n'est plus guère employé aujourd'hui. L. Hn.
EMPTÈME. Voy. HïDROTHORAx et Pleurésie.
EMPYROMANCIE. Yoy. Divi.nation.
IMS (Eaux mixérales et cure de petit-lait de). Mésothermales ou hypertheimiales, polymétallites, hicarhonatées sodiqnes moyennes, chlorurées sadiques moyennes ou faibles, carboniques fortes. En Allemagne, dans la province de Nassau, jolie petite ville située en grande partie sur la rive droite de la Lahn, station du chemin de fer qui suit les bords de cette rivière, au fond d'une belle et riante vallée que des collines enferment dans leur verdure. A 95 mètres au-dessus du niveau de la mer elle n'est ouverte qu'aux vents du sud-ouest et du sud-est. Le printemps et l'automne y sont d'une très-grande douceur, mais, contrairement à une opinion très-répandue, les mois de juillet et d'août ont des chaleurs et des orages qui rendent le séjour d'Ems quelquefois assez désagréable. Les premières et les dernières heures du jour sont accompagnées en général de brouillards, etjes malades doivent prendre les précautions nécessaires pour se garantir de cette humidité froide et pénétrante.
EMS (Eaux minérales de). 107
La saison commence le 1^' juin et finit le 1" octobre. Les sources minérales, au nombre de plus de vingt, étaient connues dès l'époque de l'occupatioii romaine et employées au moyen âge. Elles sont très-fréquentées surtout depuis le commencement de ce siècle. Elles se nomment : das Krânchenbrunnen (la Source du Robinet), Victor iahrunnen (la Source de Victoria), Augustabriinnen (la Source d'Augusta), Kesselbrunnen (la Source de la Chaudière), Kônigs Wilhehnsquelle (source du roi Guillaume), Eisenfelsenquelle (Source ferrugineuse), Furstenbriinnen (Source des Princes). Les deux sources de Victoria et Augusta sont encore désignées sous le nom de Sources des Rochers.
1" Das Krânchenbrunnen est la première des trois sources que l'on rencontre dans la Trinkhalle, grande pièce dallée de granit et coupée en deux portions à peu près égales par une grille de fer supportant une tablette oîi l'on place les verres des buveurs. L'eau de Krânchenbrunnen coule sans cesse d'un tuyau d'argent scellé au milieu du fond de la Trinkhalle dans une niche surmontée d'un panneau de bois sculpté et doré. Cette eau tombe dans un bassin de pierre qui a une ouverture le mettant en communication avec le Kurhauss.
Elle est limpide, incolore, inodore, chaude, d'un goût alcalin, chloruré et carbonique. Elle rougit promptement les préparations de tournesol. Sa température est de 35°,8 centigrade. Sa densité est de 1,00308 et son débit est de 2200 litresen vingt-quatre heures. Nous en donnons l'analyse en même temps que celle de la Victoriabrunnen. La source du Robinet (Krânchen) est celle qui laisse dégager le plus de gaz acide carbonique après celle de Victoria qui est la plus agréable et, par suite, la plus fréquentée de toutes les sources d'Ems. Deux petites fontaines à ciel ouvert, la source Victoria et la source Augusta, disposées d'une manière à peu près symétrique, existent à sa droite et à sa gauche.
2" Y ictor iahrunnen. Son captage consiste dans un réservoir de pierre à 1» surface de l'eau duquel viennent sans cesse s'épanouir des bulles de gaz grosses et nombreuses. C'est la plus gazeuse de toutes les sources d'Ems. L'eau de Victoria a 27°,9 centigrade. Sa densité est de i, 00323. L'analyse de 1000' grammes d'eau a donné à R. Fresenius en 1871 pour la Krânchenbrunnen, et en 1869 pour la Victoriabrunnen, les résultats suivants :
KRA>-CnEXBr,t;NNEN. VICTORIABRUXNEN.
Bicarbonate de soude 1,979016 2,020054
chaux 0,216174 0,211682
— magnésie 0,206983 0,196305
— ammoniaque 0,002532 0,006128
— strontiane 0,002313 0,001519
— barvte 0,001026 0,000526
— lith'ine 0,004047 0,001416
— fer 0,001989 0,001815
— manganèse • . . . 0,000173 0,000253
Chlorure de sodium 0,983129 0,961721
Sulfate de potasse 0,036773 0,0ioÛ93
— soude 0,055343 0,018154
Phosphate d'alumine 0,000116 0,000134
- soude 0,001439 O,O00OS9
Acide silicique 0,049742 0,018400
Biomure de sodium 0,000340 0,OOU286
lodure de sodium 0,000022 0,000003
Total des matières fixes 3,519231 3,513578
Gaz aciJe carbonique libre 1,039967 1,200239
30 Augiistabrunnen. Son sriflon est voisin de celui de Krânchenbrunnen. Des bulles gazeuses, cependant moins nombreuses qu'à Victoriabrunnen, éclatent
108 EMS (Eaux minérales de).
avec bruit et constamment à la surface; ce bruit redouble d'intensité par intermittences assez rapprocbées. La température de l'eau d'Âugustabrunnen est de 59%2 centigrade; sa densité est de 1,00297. Son débit est de 504000 litres en nngt- quatre heures.
Nous en donnons l'analyse avec celle de la source suivante : 4° Kesselbriinnen. Resselbrunnen est la plus chaude et la moins chargée de principes fixes et gazeux de toutes les sources d'Enis. Son griffon jaillit dans un bassin de marbre placé dans la Trinkhalle du Kurhaus. Sa température est de 46«,6 centigrade. Sa densité est de 1,003028. Son débit est de 1300 000 litres en vingt-quatre heures. R. Fresenius a fait en 1865 l'analyse de l'eau d'Augustabrunnen et en 1871 l'analyse de celle de Resselbrunnen. Ce chimiste a trouvé dans 1000 grammes de l'eau de ces deux sources les principes suivants:
AUGCSTA- KE5SEL-
BllCNSEN. DRU5SEN.
Bicarbonate dri soude 1,9902U 1,98968-2
— chaux 0.'2-2'2675 0,219603
— magné.ie 0,2379J1 0,182i81
— ammoniaque 0,007 U9 0,007104
— stroniiane 0.000S78 0,001313
— barvie 0,000400 0,001241
— lithine 0,000551 0,005739
— fer 0,002793 0,003238
— manganèse 0,000521 O,000ôô0
Chloruru de sodium 0,957649 1,051306
Sulfate de potasse 0,065596 0,045694
— soude 0,005813 (i»,01o354
Phosphate d'alumine 0,000102 0,000200
— soude 0,000190 0,000540
Acide silicique 0,047536 0,04So40
Bromure de sodium 0,000058 0,000434
lodure de sodium 0,000005 0,000005
Total des matières fixes 3.559949 5,351044
Gaz acide carbonique libre 1,022730 0,950171
Etablissemems. Six maisons de bains, dont quatre appartiennent à l'Etat, existent à la station d'Ems et se nomment ; le Kurhaus ou établissement ancien; le Badhaus ou établissement nouveau; le Steinernhaus, la Maison des Quatre-Tours, le bain des hôtels de l'Europe et de Nassau, et le Rômerhad. Enfin un septième établissement, YArmenbad, est destiné aux pauvres. Dans le Kurhaus, le Badhaus et le bain de l'hôtel Nassau, l'organisation des salles est à peu près inéprochable, mais celle du Badhaus est la plus complète et la plus confortable. Dans ces établissements, les baignoires, creusées dans le sol, sont de pierre, de marbre ou de porcelaine blanche, et deux marches y descendent. Deux robinets, distribuant, l'un l'eau thermale à la température de la source, et l'autre l'eau minérale refroidie, permettent d'entretenir le bain au degré de chaleur que l'on désire.
Mode d'admi>istp.atio>- et doses. L'eau de Krânchenbrunnen, de Yictoriabrunnen et de Âuguslabrunnen, est employée en boisson ; celle de Kesselbriinnen sert en bains, en douches et en inhalations. L'eau des sources usitée à l'intérieur se prend à la dose d'un à six verres, entre chacun desquels on met un intervalle d'un quart d'heure. La durée des bains est d'une heure. 11 est bon de remarquer que l'eau thermale, arrivée dans les baignoires, n'a plus une aussi grande Umpidité qu'à son point d'émergence. Leau de Kesselbnmnen prise en bain laisse dégager une odeur sulfureuse, qui devient plus sensible à mesure
EMS (Eaux minérales de). lOD
qu'on reste dans l'eau. Les douches, bien installées, n'offrent à Enis rien de particulier. Les inhalations se prolongent pendant une demi-heure. Le pelit-lait peut être mêlé à l'eau thermale de la source Victoria ; mais il arrive le plus souvent que les buveurs le prennent pur ou chauffé au bain-marie à la température de l'eau de cette source. Ils suivent ainsi une cure séro-lactée comme aux stations spéciales de la Suisse ; seulement la quantité de petit-lait apportée à Ems chaque matin ne permet pas aux malades de prendre des bains généraux, comme il est quelquefois si utile de le faire dans les affections cardiaques avec un trouble très-marqué de la circulation sanguine.
Effets physiologiques et thérapeutiques. Les eaux d'Ems en boisson ont toujours un effet diurétique; elles ont aussi quelquefois une action purgative; mais elles déterminent plus souvent la constipation, l'embarras gastrique, la fièvre thermale et la poussée. Une éruption de furoncles peut arriver quelquefois, mais elle est exceptionnelle et ne s'observe guère qu'à la suite d'une cure thermale imprudente. Les sources d'Ems, en boisson surtout, favorisent l'expectoration et rendent les crachats plus feciles et progressivement moins nombreux; mais il faut éviter l'hémoptysie qui peut survenir, car ces eaux ont une action puissante sur la muqueuse des voies aériennes. Elles ont l'effet marqué et incontestable de changer la propriété chimique de toutes les sécrétions, rendant alcalines celles qui sont neutres, ou même celles qui sont acides. Prises à dose convenable, elles agissent rarement sur le système nerveux; elles font éprouver cependant les premiers jours une légère fatigue dans les membres, des pesanteurs de tête, une sorte d'ivresse, et une disposition prononcée au sommeil; quelquefois elles déterminent au contraire une insomnie à laquelle succède un sommeil agité. Il survient, dans ce dernier cas, des picotements, de la démangeaison à la peau, de l'excitation générale et une certaine sensibilité des organes atteints de l'affection que le traitement a pour but de guérir. Nous ne croyons donc pas que les eaux d'Ems en boisson soient antispasmodiques, comme elles en ont la réputation. Les bains d'Ems ne changent rien à l'acidité des urines, tandis que, nous venons de le voir, l'eau en buisson agit inversement. Cette eau, prise en bain à l'état hyperthermal, est excitante, mais, lorsqu'elle arrive aux baignoires mésothermale, elle est au contraire calmante.
L'action des douches n'est pas très-marquée et se borne à activer la circulation sanguine de la peau frappée par l'eau. Le séjour dans la salle d'inhalation ne produit pas d'autre phénomène qu'une respiration plus aisée, des crachats plus abondants dans les premiers jours, et progressivement une expectoration moins marquée et plus facile. Nous ne revenons pas sur les analogies et les différences que nous avons trouvées entre les eaux de Karlsbad, de Vichy, de Royat et de Saint-Nectaire, avec les eaux d'Ems ; nous renvoyons à ce que nous avons dit aux pages 244 et suivantes du volume des Principales eaux minérales de l'Europe [Allemagne et Hongrie). Nous nous contentons d'insister sur les indications intérieures et extérieures des eaux d'Ems pour les sujets atteints, soit d'affections du foie, des reins ou des organes urinaires, soit de goutte commençante, de dyspepsies surtout acides, de diabète sucré, etc. Quant à la phthisie. les guérisons et les améliorations signalées par divers praticiens ne nous paraissent pas dues à l'influence des eaux de la station où ils exercent. Nous considérons plutôt que l'usage de l'eau d'Ems est, comme celui des sources chlorurées, essentiellement contre-indiqué dans la tuberculisation pulmonaire à toutes ses périodes. Nous avons donné les motifs de cette opinion à la page 258 et sui-
no ÉMULSINE.
vante du tome IV des Annales de la Société cVliydrologie médicale de Paris, nous n'avons donc pas besoin de nous y arrêter davantage. Nous nous contentons de rappeler que nous avons conseillé l'emploi des eaux thermales sulfurées et sulfureuses dans certaines complications de la plithisie pulmonaire, et nous pensons que les eaux d'Ems, sans être aussi favorables, peuvent cependant être utiles dans les bronchites chroniques simples, dans celles qui accompagnent surtout le second degré de la tuberculisation du poumon. Leur emploi, diminuant progressivement l'expectoration et la toux, finit souvent par triompher de ces complications si pénibles, et quelquefois si dangereuses.
Mais l'emploi des eaux d'Eras doit être surveillé alors avec la plus grande <nttention, et il convient de ne pas en élever les doses de manière à faire craindre les hémoptysies dont nous avons parlé, qui pourraient aggraver la situation, et mettre en péril même la vie des malades.
La durée de la cure varie de vingt à trente jours.
On exporte en grande quantité l'eau de Krânchen, de Victoria et de Augustabrunnen, surtout de la première de ces sources. A. Rotureau.
Bibliographie. — Il existe d'assez nombreuses publications, d'une date reculée, sur les eaux d'Ems, notamment celles de Gunlher (1565), f^orst (1676 et 1685), Junkens (1700), etc. Nous nous contenterons d'indiquer les plus récentes. — Vogler (J.-A.). Die Heilquellen zu Ems, auch ûber HeilqueUen im allgemeinen. Coblenz, 1821. — Du jiême. Ems, seine Heilquellen. Ems, 1858. —Du même. In Uarlefs Rhein. Jahrbuck, Bd. VII, S. 2. — Diel (A.-F.-A.)- Ueher den Geb7'auch der Thermalbâder zu Ems, fur angehende Aerzle. Frankfurt a. M., 1825. — Kh'eysig (F.-L.). Ueber den Gebrauch der tiatûrlichen und kûnsUichen Miner alwasser. Leipzig, 1825, S. 200. — Droste-Hulshoff (J.-V.). Ems und seine Heilquellen. Munster, 1851. — Facconseau-Dderesne. I^otice médicale sur les bains d'Ems. In Recueil de la Société de médecine de Pans {Revue médicale, 1844). — Dôrisg. Les eaux thermales d Ems, 1852. — Du MÊME. Traité sur les eaux thermales d'Ems. Ems, Paris, Bruxelles, Leipzig et Livorno, 1866, p. 253. — Spengler (L.). Der Curgast in Ems. AViesbaden, 1855. — Do même. Études balnéologiques sur les thermes d'Ems, traduit de l'allemand par Kaula. Strasbourg, Pari?, Wiesbaden, 1855. — De même. Bad Ems. In Balneologische Zeitung, Bd. III u. IV. — Pressât. Notice médicale sur les bains d'Ems. Paris, 1857. — Du même. Ettis, ses eaux thermales et ses environs. AViesbaden, 1858, — Rotureau (A.). Des principales eaux minérales. Paris, 1858. — IIenkisger. Bad Ems und seine Umgebutigen. Darrastadt, 1858. — "Willemis. Considérations sur les inhalations d'acide carbonique et sur la pharyngite granuleuse à propos ■du mémoire du docteur Spengler sur le traitement de cette maladie par l'aspiration du gaz thermal d'Ems. In Union médicale, n°' des 15, 17 et 20 juillet 1858. — Becquerel (A.). Des eaux d'Ems. Paris, 1859. — Bradn (Julius). Sijstematisches Lehrbuch des Balneotherapie Ems, p. 132, 357, 464. Berlin, 1868. — Danjoï. Étude médicale sur les eaux d'Ems. Paris, 1870. — Dœring (Albert). Bad Ems. Die Thermen von Ems, Berlin, 1869. — Du MÊME. Ems les Bains. Notice médicale, en particulier sur les sources du roi Guillaume. Paris et Ems, 1870. — Frese.mus. Analyse comparative des sources d'Ems. Ems, 1875.— Labat. Ems et Rayât, parallèle. Paris, 1878. A. R.
ÉMULSIXE. Ce corps albuminoïde, encore appelé synaptase, constitue un ferment soluble analogue à la diastase et à la pepsine. Il se rencontre dans les amandes douces, et avec l'amygdaline dans les amandes amères et les noyaux de fruits divers. C'est lui qui transforme Vamygdaline [voy. ce mot), par hydratation, en essence d'amandes amères ou hydrure de benzoïlc, en glycose et en acide cyanhydrique. Dans les amandes, les noyaux du cerisier, du prunier, du pêcher, dans les feuilles de laurier, ces produits ne prennent naissance, en d'autres termes la fermentation amygdalienne n'a lieu, que lorsque l'émulsine et l'amygdaline arrivent au contact de l'eau, suivant du reste la loi ordinaire de décomposition des glycosides, parmi lesquelles se range l'amygdaline {voy. Amandier et Amygdaline).
EMULSIONS. 111
L'émuisine est blanche, opaque et friable; elle est soluble dans l'eau contenant jusqu'à 55 pour 100 de matières minérales, surtout des phosphates. Sèche, elle peut être chauffée à 100 degrés sans perdre son activité. Sa solution aqueuse est acide et se putréfie à l'air en donnant entre autres de l'acide lactique.
L'émuisine se distingue de l'albumine en ce qu'elle ne renferme pas de soufre et donne avec l'acide chlorhydrique une solution incolore. Sa composition n'est pas exactement connue. L. Hn.
ÉMIXSIOXS. Les émulsions sont des liquides d'apparence laiteuse, renfermant en suspension dans l'eau des substances insolubles de nature très-variable, telles que des corps gras liquides ou solides, des matières grasses résineuses ou oléo-résineuses, des huiles essentielles. C'est là l'acception la plus générale du mot. Mais le nom d'émulsions convient de préférence aux liquides lactescents qui s'obtiennent en broyant, puis délayant dans l'eau, les semences dites émulsions, c'est-à-dire les semences oléagineuses telles que les amandes, les semences de concombre, de pastèque, de melon, les pistaches, etc. On donne encore à ces préparations le nom à'émulsions naturelles, quoiqu'elles n'existent pas toutes formées dans la nature comme le lait et les liquides blancs ou colorés qui s'écoulent de certaines plantes lorsqu'on les brise, les sucs de pavot, d'euphorbes, de chélidoine, etc.
Toutes les émulsions naturelles ou vraies présentent une composition analogue, c'est-à-dire renferment en suspension une huile fixe extrêmement divisée, à laquelle est due l'aspect lactescent ; le véhicule consiste généralement en une solution d'albumine végétale, de caséine, d'un peu de gomme et de matière sucrée. En délayant un jaune d'œuf dans de l'eau, on obtient un liquide analogue à celui que fournissent les semences émulsives, c'est-à-dire formé d'un corps gras oléagineux en très-petits globules, nageant dans une solution aqueuse de matières albuminoïdes. L'émulsion de jaune d'œuf rentre donc encore dans la catégorie des émulsions vraies ou naturelles.
Par opposition, on donne le nom à'émuUions fausses ou artificielles aux préparations obtenues en triturant un corps gras ou oléagineux, une résine, une gomme-résine, dans un liquide bien approprié, sans intermède, ou en se servant comme intermède d'un jaune d'œuf, d'un mucilage de gomme arabique ou de gomme adragante, d'huile d'amandes douces, des teintures de quillaya ou de polygala riches en saponine, du savon lui-même, etc. ; les émulsions artitîcielles peuvent être composées encore de gomme, d'huile ou de sirop. L'intermède sert ici à communiquer au véhicule un degré de viscosité suffisant pour que l'émulsion soit possible ou du moins persiste pendant le temps nécessaire à l'administration du remède.
Préparation. 1° Émulsions vraies. Les semences émulsives renferment, outre quelques principes qui peuvent être particuliers à quelques-unes, une huile fixe, un peu de gomme, des matières sucrées et un mélange de substances albuminoïdes. Dans les amandes douces, le sucre et la gomme se trouvent en proportion trop faible pour qu'on puisse leur attribuer la division de l'huile (BouUay) ; l'action émulsive ne peut être attribuée là qu'à l'albumine et à la caséine végétale que les amandes renferment en abondance.
Dans les semences très-mucilagineuses, celles du hn, par exemple, on est autorisé à penser que c'est le mucilage qui intervient. Pour préparer les émulsions, on se sert de semences privées de leur épi-
112 EMULSIONS.
sperme. Pour les amandes, on enlève aisément celui-ci en les faisant tremper dans l'eau bouillante; celle-ci ramollit l'enveloppe, qui alors se détache aisément en faisant glisser les amandes entre deux doigts. On les projette dans de l'eau froide pour les raffermir, on les essuie et on les fait sécher. Cette opération est nécessaire, car l'épisperme des amandes contient une matière astringente colorée qui altérerait la couleur et la saveur de l'émulsion.
On pile les amandes préparées dans un mortier de marbre, en ajoutant un peu d'eau pour empêcher la séparation de l'huile; s'il doit entrer du sucre dans l'émulsion d'amandes, on l'ajoute d'abord. Enfin, lorsque le mélange est réduit à l'état d'une pâte fine, on le délaye dans l'eau et on passe le liquide avec expression à travers une étamine.
On évitera d'ajouter à une émulsion toute substance qui la coagulerait ou la décomposerait, acide, alcool, éther, sels métalliques, etc.
Les émulsions s'altèrent rapidement ; les éléments qui les composent se séparent, les matières grasses s'accumulent dans une couche supérieure, absolument comme dans le lait se forme une couche de crème renfermant les globules butyreux ; plus tard la fermentation acide s'établit. Aussi ne faut-il préparer les émulsions qu'au moment de s'en servir.
2" Émulsions artificielles. Nous avons vu plus haut que ces émulsions ont pour but de maintenir dans un grand état de division, dans un véhicule approprié, des huiles essentielles, des résines, des gommes-résines, etc.
Si l'on veut émulsionner de Yesserice en petite quantité, on la broie avec du sucre pour en faire un élseosaccharum où on la mélange à un sirop dans un mortier, puis on fait l'émulsion. Lorsque la proportion d'huile essentielle doit être considérable, on se sert du jaune d'œuf comme intermède.
Pour émulsionner les résines, on les pulvérise et on les triture avec un peu d'huile d'amande, puis on ajoute une quantité convenable de gomme arabique et d'eau ; on peut encore se servir du jaune d'œuf, qui a l'avantage de ramollir les résines, grâce aux corps gras qu'il renferme. La résine de scammonée s'émulsionne très-bien par trituration avec du lait ou une émulsion d'amandes.
Quant aux gommes-résines, le meilleur procédé pour les émulsionner e?t celui indiqué par PouUenc. Il consiste à les broyer avec quelques gouttes d'huile d'amandes douces, puis à triturer le mélange avec de l'eau qu'on verse par petites portions. Quelques gommes-résines, telle que la gomme ammoniaque, renferment naturellement assez de principe gommeux pour maintenir la résine en émulsion, mais l'addition d'un mucilage ou de jaune d'œuf rend l'émulsion plus stable.
Pour émulsionner les huiles fixes on se sert soit de gomme, soit de jaune d'œuf comme intermède; généralement on ajoute un sirop à la préparation.
La gomme adragante donne d'excellents résultats, parce qu'elle empêche ou du moins retarde la décomposition des émulsions; mais il est préférable de ne pas la pulvériser et de l'employer entière, pour éviter la formation des lamelles colloïdales qui se développent en présence de l'eau ; on fera bien aussi de ne pas filtrer le mucilage. D'après les expériences de Duclaux, 50 centigrammes de gomme adragante traités par 100 grammes d'eau donnent les résultats suivants avec le double de leur poids de leur matière grasse liquide :
Gomme entière non Cu-ée ié^: ration à peine sensible.
— — liltrée de l/lO d'iiuile.
— en poudre non 111 trcc- .... de 2/16 d'huile.
— — liltrée de la moitié.
EMULSIO?«S. 11
La j:çomme arabique blanche de première qualité donne des résultats tout aussi favorables, sinon plus favorables (GerrarJ). Lliuile ne se séparerait pas même après deux mois.
Plusieurs méthodes sont en usage pour émulsionner les huiles. On prend généralement 50 centigrammes de gomme adragante par 50 grammes d'huile.
1° On fait un mucilage avec la gomme et une quantité d'eau suffisante, puis on ajoute petit à petit l'huile, en agitant vivement.
2'^ Ou mélange la gomme en poudre et l'huile, et l'on ajoute peu à peu le liquide en battant dans le mortier.
0° On fait le mélange en mettant la gomme dans le mortier, en ajoutant alternativement l'iuiile et le sirop et en (In le reste du liquide.
A" On bat tout ensemble dans le morlier, la gomme, l'huile et le sirop. Ce serait le meilleur procédé, suivant Overbeck; cet auteur recommande les proportions suivantes : eau 3, poudre de gomme arabique 2, huile 4. Si l'on remarque combien est considérable l.i proportion de gomme indiquée par Overbeck, il n'y a pas lieu de s'étonner de la réussite; avec une pareille quantité de gomme on est sur du succès par n'importe quel procédé.
L'albumine peut servir également à énmUionner les huiles et mieux encore le jaune d'œuf. Ces intermèdes sont surtout avantageux quand il s'a;;it d'une huile visqueuse et épaisse comme celle de ricin. Un jaune d'œuf sufdt pour oO grammes d'huile en général. Mais ce (|ui empêche d'employer le jaune d'œuf pour les autres huiles, c'est la saveur désagréable qu'il communique aux préparations, sans compter que la couleur on est moins engageante.
Enlin, reste à exa;niiier le cas oii il s'agit d'énmlsionner un corps gras solide, tel que la cire, le blanc de baleine, le beurre de cacao, etc. L'opération se borne à les diviser au milieu du liquide en une poudre très-ténue; on commence par les triturer lonj^tenips avec la gomme et le sucre, puis on ajoute le liquide, ou bien on fait un mucilage dans un mortier chauffé et on y ajoute le corps gras préalablement fondu : on retombe aiusi dans les conditions de l'émulsion ordinaire; mais la matière reprend l'état solide par le refroidissement et tout ce que l'on peut espérer, c'est de la conserver à un grand état de division. L'opération est toujours facilitée par l'addilion d'un peu d'huile liquide; le jaune d'œuf est avantageux à cet égard, si la proportion du corps gras n'est pas trop
rande.
EuuLsio>s LES PLUS osiTÉES. Uémulsion simple ou lait d'amandes se prépare d'après le procédé indiqué plus haut avec : amandes douces mondées 50 grammes, sucre blanc 50 grammes, eau 1000 grammes. On prépare de même les éînulsions d'amandes arriéres, de chènevis, de pistaches.
L'éuiulsioii simple peut se boire comme tisane adoucissante. On y fait entrer parfois du sirop diacode, 50 grammes {emulsion diacodée), ou de la gomme arabique, 15 grammes {emulsion gommée), ou enfin du nitre, 1 gramme [én\uUion nilrée).
Le sirop d'orgeat {voy. Amandier et Orgeat) se prépare d'une manière analogue.
ÉMULSIOX m BAUME DE TOLO [Codcx]
Baurne tic To'.u 20 grammes.
Alrool à 90° 100 —
Teiiilure de bois ilc Panama 100 —
Eau ilibiillée chaude 780 —
mcT. ESC. XXXIV. *^
H4 EMULSIONS.
Dissolvez le baume de Tolu dans l'alcool ; ajoutez la teinture, faites l'émulsion en ajoutant l'eau graduellement. Cette émulsion est utile dans les bronchites et les autres affections des voies respiratoires.
On prépare de même les émulsiotis de baume de copahu, d'huile de cade, de goudron.
ÉMULSION DE COALTAR [Codex)
Teinture de bois de Panama coallarée 1 pailie.
Eau dislillée i parlie^.
Mêlez. Cette émulsion au cinquième est ordinairement, au moment du besoin, étendue d'eau dans une proportion indéterminée. Elle sert dans les pansements antiseptiques des plaies.
On prépare la teinture de bois de Panama coaltarée avec 1 kilogramme de goudron de houille et 4 kilogrammes de bois de Panama; on maintient le goudron liquide dans un vase couvert chauffé au bain-marie, on ajoute la teinture et on chauffe encore pendant une heure en remuant. On retire du feu et on agite jusqu'à refroidissement ; on passe ensuite à travers une toile.
ÉMULSION d'huile DE FOIE DE MORUE (gERRARD)
Huile de foie de morue 4 parties.
Poudre de gomme arabique .... 1 —
Sirop \ —
Eau 8 —
Mélangez la gomme avec l'huile, ajoutez 2 htres d'eau, triturez, puis à l'émulsion ajoutez le reste de l'eau et le sirop. On peut aromatiser avec de l'essence d'amandes amères. Cette préparation serait excellente, si elle n'était trop visqueuse à cause de la grande proportion de gomme employée.