EMPLATRR BRUN OU EMPLATRE DE LA MERE
Huile d'olive 10
Asonge 5
Beurre ■>
Suif de mouton 5
Litharge en poudre fine 5
Cire jaune 5
Poix noire purifiée 1
On fait chauffer les corps gras dans une grande bassine de cuivre et, lorsque les vapeurs commencent à se dégager, on y fait tomber, au moyen d'un tamis, la litharge en poudre; il se produit un bouillonnement dû au dégagement de l'acide carbonique contenu dans la litharge, et l'on chauffe jusqu'à coloration brune du mélange; on ajoute la cire jaune et la poix noire et on fait fondre; enfin, on laisse refroidir l'emplâtre en partie et on coule dans des moules.
Il faut soigneusement éviter l'inflammation de la masse et pour cela ne pas faire usage de lumière et opérer de jour.
L'onguent de la mère est essentiellement formé de stéarate, palmitate, butyrate, etc., de plomb, puis de slcarone, d'oléone, etc. Il peut renfermer de l'acétate de plomb qui le blanchit; pour éviter la formation de ce sel, il faut ajouter la poix noire en dernier lieu. On employait autrefois beaucoup cet emplâtre comme suppuratif dans le traitement des furoncles.
Enfin, on donne encore le nom d'emplâtres ou mieux iVécussons aux prépal'ations exécutées par le pharmacien et qui consistent à étendre, soit sur du sparadrap diachylon, soit sur une toile ou une peau, une masse emplastique, conservée sous forme de magdaléons, ou préparée d'après une formule magistrale. Cette masse est ordinairement fondue au bain-marie, avant d'être appliquée sur le sparadrap ou la peau. On l'étalé bien également, en se servant d'une spatule chauffée, puis on rend la surliice lisse et brillante en passant dessus rapidement avec le fer à emplâtre. Il y a quelquefois avantage à se servir de dissolvants appropriés, huile, essence de térébenthine, éther, chloroforme, alcool fort, etc., pour obtenir une surface bien régulière. U peut y avoir utilité à étendre une poudre à la surface d'un emplâtre tout préparé; pour rendre la couche uniforme, on se sert d'un dissolvant ou d'un véhicule approprié, d'éther pour le camphre, d'alcool fort pour certains alcaloïdes, d'huile d'amandes douces pour la poudre d'opium, etc. L. Hahn.
EMPLECTOCLADUS {Eniplectocladus Torr.). Genre de plantes de la iamille des Rosacées, placé avec doute par Bentham et Hooker {Gen., 1, 614) dans la tribu des Spirées, et que M. H. Bâillon considère comme une simple section de son grand genre Prunus.
L'unique espèce connue, E. ramosissinius Torr., est un arbuste de la Californie, ayant un peu le port de l'Amandier. Ses rameaux épais et rigides sont couverts de petites feuilles rapprochées, pourvues de deux stipules latérales. Les tleurs sont sessiles, solitaires ou géminées {voy. II. Bâillon, Hist. des plantes, l, i). A2[). Ed. Lef.
EMPLEURUM [Empleurum Soland.)- Genre de plantes de la famille des Rutacées, tribu des Diosmées, dont l'unique espèce, E. serrulatum Ait. [Diosma ensata Thunb.) est un arbuste du Gap qui fournit une partie des feuilles de Buchu du commerce (voy. Buchu). Ed. Lef.
E»IPOISOmi\EMEI\fT. I. De l'empoisonnement en général- 1" Législa-
lion. D'après l'article 301 du Code pénal est qualifié empoisonnemekt tout attentat à la vie d'une personne par l'effet de substances qui peuvent donner la mort plus ou moins promptement, de quelque manière que ces substances aient été employées ou administrées, et quelles qu'en aient été les suites.
D'après cette définition, l'empoisonnement, au point de vue juridique, n'est pas seulement constitué par l'attentat à la vie au moyen de substances vénéneuses proprement dites, mais encore au moyen de toutes substances pouvant donner la mort.
La phrase suivante de M. Faure justifie la forme un peu indécise de cet article du Code. « Il est tant de moyens que la scélératesse peut inventer et dont l'histoire offre l'exemple, qu'il était indispensable de recourir à des termes
généraux. »
Dans l'application cependant, la substance ayant occasionné la mort doit posséder par elle-même, à un certain degré, des propriétés vénéneuses : ainsi il a été jugé que le fait de déterminer la mort d'un individu en le poussant à boire une quantité suffisante d'alcool constituait le crime de meurtre et non celui d'empoisonnement.
Des controverses s'étant élevées relativement à l'administration de substances toxiques en quantité inmffisante pour déterminer la mort, ou de substances nuisibles à la santé et pouvant causer seulement une maladie plus ou moins longue, la loi de 1852 est venue combler cette lacune en ajoutant à l'article 317 du Code pénal les trois paragraphes suivants :
§ 4. — Celui qui aura occasionné à autrui une maladie ou incapacité de travail personnel, en lui administrant volontairement, de quelque manière que ce soit, des substances qui, sans être de nature à donner la mort, sont nuisibles à la santé, sera puni d'un emprisonnement d'un mois à cinq ans et d'une amende de 16 à 500 fi'ancs; il pourra de pUis être renvoyé sous la surveillance de la haute police pendant deux ans au moins et dix ans au plus.
§ 5. — Si la maladie ou incapacité de travail personnel a duré plus de vingt jours, la peine sera celle de la réclusion.
§ G. — Si le coupable a commis soit le délit, soit le crime, spécifiés aux deux paragraphes, ci-dessus envers un de ses ascendants, tels qu'ils sont désignés en l'article 512, il sera puni, au premier cas, de la réclusion, et, au second cas, des travaux forcés à temps.
De l'interprétation de ces textes il ressort que la volonté est nécessaire pour qu'il y ait crime d'empoisonnement : celui qui, sans le savoir ou dans le but de soulager un malade, administrerait une substance déterminant la mort, serait coupable seulement d'homicide par imprudence. De même, relativement au § 4 de l'article 517, il faut que la substance ait été administrée avec l'intention de nuire et qu'elle ait occasionné une maladie réelle, quelque courte qu'en soit la durée.
On peut donc, suivant M. Chaude, distinguer dans l'empoisonnement trois degrés : c'est un simple délit, si la substance, toute nuisible qu'elle est, ne peut, par sa nature, causer la mort, et si, en fait, elle a occasionné une maladie qui n'a pas duré plus de vingt jours; c'est un crime puni de la réclusion, si la substance, toujours sans être de nature à causer la mort, a occasionné en fait une maladie de plus de vingt jours ; c'est un crime puni de la peine capitale par l'article 502, si la substance pouvait donner la mort, quelles qu'en aient été les suites.
Enfin celui qui involontairement, par sa négligence, son inattention, l'inob-
EMPOlSONiSEMENT. 75
servation des règlements, l'ignorance de ce qu'il devrait savoir, devient cause d'un empoisonnement, tombe sous le coup des articles 519 et 520 du Code pénal, sans préjudice des dommages-intérêts envers les parties civiles*.
2° Médecine légale. Au point de vue médico-légal, l'empoisonnement peut être défini : toute atteinte à la santé ou à la vie d'un individu par le moyen de substances qui, ingérées ou absorbées par quelque moyen que ce soit, peuvent amener plus ou moins rapidement la mort, soit par suite des désordres qu'elles produisent dans les voies digestives autrement que d'une façon mécanique, soit en vertu de leur action spéciale sur les éléments des tissus ou des humeurs de l'organisme, consécutivement à leur absorption.
Tardieu a défini l'empoisonnement » un état morbide accidentel qui résulte de l'action spéciale qu'exercent sur l'économie certaines substances minérales ou organiques délétères. »
Quel que soit le point de l'économie par lequel pénètrent les substances toxiques, leur action se manifeste toujours par deux ordres d'effets : effets locaux, effets généraux.
L'action locale ne prédomine que pour un petit nombre de poisons. L'action générale, de beaucoup la plus importante à considérer dans l'étude de l'empoisonnement, est la conséquence et la preuve de l'absorption des poisons ; et cette absorption se produit toujours, même pour les substances vénéneuses dont les effets locaux sont le plus intenses.
Ce n'est que depuis les remarquables travaux d'Orfila que ce fait général a acquis toute l'importance qu'on lui reconnaît aujourd'hui ; il en a saisi le premier toute la portée en démontrant la répartition et l'accumulation du poison amené par le courant sanguin dans les appareils de sécrétion et d'excrétion. A partir de ce moment, les études relatives à l'absorption, à la localisation et à l'éliminatiou des substances toxiques, sont entrées dans une voie des plus fécondes, grâce aux perfectionnements des méthodes de recherche chimique et d'expérimentation physiologique.
Au point de vue de la marche et de la rapité d'action, on peut établir, pour le diagnostic médico-légal de l'empoisonnement, trois variétés distinctes : l'empoisonnement suraigû dans lequel le début est subit, les symptômes d'une violence extrême et suivant presque immédiatement l'ingestion de la substance vénéneuse : la mort arrive en quelques heures, et parfois même en quelques minutes. Dans l'empoisonnement subaigu, la violence des symptômes est moindre, soit que le poison ait par lui-même moins d'énergie, ou qu'il ait été administré à dose moins forte ou fractionnée en prises renouvelées à de courts intervalles.
' Art- 319. — Quiconque par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou inobservation des règlements, aura commis involontairement un homicide ou en aura été involontairement la cause, sera puni d'un emprisonnement de trois mois à deux ans et d'une amende de 50 à 600 francs.
Art. 5'20. — S'il n'est résulté du défaut d'adresse ou de précaution que des blessures ou coups, le coupable sera puni de six jours à deux mois d'emprisonnement, et d'une amende de 16 à 100 trancs, ou de l'une de ces deux peines seulement.
Ces dispositions peuvent être invoquées dans certains cas contre les médecins, contre les pharmaciens ou contre tout autre débitant de substances capables de produiz'e un empoisonnement. Le mot blessure doit être regardé comme un terme générique applicable à toute lésion interne ou maladie aussi bien qu'à une lésion externe : c'est ainsi qu'une maladie déterminée par une boisson imprudemment préparée dans un vase en plomb constitue une blessure dans le sens de l'article ôiiO et rend celui qui l'a préparée passible des peines édictées dans cet article (Chaude).
On observe un début moins rapide, des alternatives de rémission et d'exacerbation, et la terminaison, même si elle aboutit à la mort, n'arrive qu'après plusieurs jours ou plusieurs semaines. La forme lente, qui constitue la troisième variété, est plus spéciale aux empoisonnements professionnels : son histoire relève bien plus de la clinique que de la médecine légale.
II. Mode d'administration et d'absorption des poisons. Pour qu'une substance
toxique puisse agir sur l'organisme, il faut qu'elle soit absorbée, c'est-à-dire qu'elle vienne se mélanger à la masse du sang qui la distribue aux différents organes, lui permettant ainsi d'exercer sur les éléments anatomiques celte action inconnue jusqu'alors et d'où résultent ses propriétés nocives. Les vaisseaux lymphatiques et surtout veineux jouent ù cet égard un rôle d'une extrême importance.
Les belles expériences de Panizza ont mis en relief la nécessité du mélange avec le sang de la substance vénéneuse, ainsi que le fait de l'absorption veineuse. Magendie et Ségalas avaient déjà institué des expériences dans ce même but. Panizza attira hors de l'abdomen d'un cheval une anse de l'intestin grêle où plusieurs petites veines prenaient source, se réunissant après un court trajet en un seul tronc assez volumineux du mésentère et avant qu'aucune petite veine partant des glandes vînt s'y décharger. Cette anse fut circonscrite par une double ligature permettant l'arrivée du sang par une seule artère et son départ au moyen du tronc veineux dont il vient d'être question. Après avoir lié le tronc veineux et l'avoir sectionné immédiatement pour donner issue au sang revenant de l'intestin, il .introduisit dans l'anse isolée une solution d'acide cyanhydrique et, recueillant immédiatement le sang veineux provenant de cette anse, il le trouva contenir de l'acide cyanhydrique : l'animal n'éprouvait cependant encore aucun symptôme d'intoxication, bien que les ramifications nerveuses et les vaisseaux Ijmphatiques aboutissant à l'anse intestinale eussent été laissés intacts.
Dans une autre expérience, au lieu de lier et d'ouvrir le tronc veineux où viennent se décharger les pelites veines de l'anse, il se borna à le comprimer au moment de l'introduction de l'acide cyanhydrique : il n'y eut aucun symptôme d'empoisoimement, mais, peu de temps après la cessation de la compression, l'intoxication se manifesta. Enfin dans une troisième expérience, Panizza enlevait rapidement, avec soin, tous les vaisseaux lymphatiques et les nerfs de l'anse intestinale, et l'acide cyanhydrique introduit ne tardait pas à faire périr l'animal, pourvu que la veine fût laissée intacte.
Claude Bernard a bien mis en évidence la nécessité de l'intermédiaire du sang pour l'absorption et la diffusion des substances toxiques par un certain nombre d'expériences plus simples et tout aussi frappantes. Il prenait une grenouille à laquelle il coupait un des membres postérieurs, entre deux ligatures faites aux vaisseaux, mais en respectant le nerf; le second membre postérieur était également sectionné, à l'exception des vaisseaux sanguins. Injectant alors de la strychnine dans le tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse qui ne tenait plus au corps que par le nerf, il n'obtenait jamais d'effet toxique, tandis qu'il déterminait l'empoisonnement rapide en pratiquant l'injection de strychnine dans le membre qui tenait au tronc par les vaisseaux.
À une autre grenouille il liait l'aorte abdominale vers sa partie inférieure, puis il introduisait du curare sous la peau du dos. Les nerfs du mouvement étaient paralysés, à l'exception de ceux du train postérieur qui réagissaient lorsque
la sensibilité de l'animal était éveillée, et en quelque ponit du corps que portât l'excitation. Les mouvements éveillés dans le train postérieur en pinçant les membres antérieurs qui ne sont, ainsi que la partie du tronc située au-dessus de la ligature, le siège d'aucun mouvement, prouvent avec la plus parfaite évidence que le poison n'a pas pu envahir la partie du corps protégée par la ligature. La paralysie rapide de tous les nerl's moteurs sans exception se produisait aussitôt que la ligature était enlevée, permettant ainsi au curare de se diffuser dans tout l'organisme.
La façon et la forme sous lesquelles les substances toxiques sont introduites dans l'organisme possèdent, pour la plupart d'entre elles, une influence considérable sur leur absorption et, par suite, sur leur activité vénéneuse. Tel poison dont hs effets sont très-énergiques lorsqu'il est administré en dissolution peut ne présenter qu'une toxicité beaucoup plus faible s'il est administré sous forme de poudre et même, dans ce cas, son action peut encore varier avec le degré de ténuité du solide, au point de devenir presque nulle, si les fragments ont un certain volume. Un gaz énergiquenient délétère lorsqu'il est absorbé par l'appareil respiratoire peut être impunément ingéré en grande quantité par la voie stomacale, une fois dissous dans l'eau.
Ces considérations qui peuvent paraître spécieuses au premier abord sont fort importantes au point de vue médico-légal. En effet, l'inertie ou l'activité de la substance vénéneuse et, par conséquent, le fait de l empoisonnement, peuvent dépendre de la façon et de ia forme suivant lesquelles cette substance a été administrée; et nous avons exposé, dans le paragraphe relatif à la législation, combien ces interprétations sont différentes au point de vue de l'application de la loi.
L'ingestion est, sans comparaison, le mode d'administration le plus fréquent des poisons. La substance vénéneuse est introduite tantôt dans un breuvage, tantôt mélangée à des aliments solides. L'ingestion des substances empoisonnées est Je plus souvent volontaire, consentie de ia part de h victime, et l'on pourrait compter les cas dans lesquels le poison a été administré ou ingurgité de force. Gela ne s'observe guère que dans les cas d'infanticide proprement dit ou d'empoisonnement commis sur la personne d'individus que leur état, au moment dç cette ingestion forcée, met dans l'impossibilité plus ou moins absolue de résister : tels seraient des ivrognes, des idiots, des épileptiques. Dans ces cas, on remarque des indices de violences extérieures, ou même des traces laissées par le contact lie la substance toxique avec les lèvres, la partie antérieure du cou ou de la [loitrine, pour peu que cette substance possède des propriétés caustiques ou simplement irritantes.
11 existe encore d'autres voies d'administration des poisons qui, si elles sont en dehors des usages reçus dans la pratique criminelle de l'empoisonnement, n'en offrent pas moins un grand intérêt par suite de leur utilisation dans les cas de suicide ou, plus fréquemment encore, d'empoisonnements par accident ou par imprudence. La muqueuse des voies respiratoires, avec son pouvoir absorbant considérable, mérite à ce point de vue la première place. L'intensité et la rapidité de l'absorption par les voies respiratoires rendent compte de la brutalité d'action des poisons gazeux qui se trouvent ainsi instantanément au contact des éléments du sang et répandus en quelques secondes dans tous les points de l'économie. Les empoisonnements criminels accomplis de cette manière sont extrêmement rares, à moins que l'on ne veuille évoquer le souvenir de ces poi-
sons subtils, apanage dn Moyen âge et de la Renaissance, dont l'histoire et le roman peuvent bien s'alimenter, mais avec lesquels la science n'a rien à voir.
Les muqueuses revêtues d'un épilhélium cylindrique possèdent également une grande facilité d'absorption ; c'est ce que démontrent les faits d'empoisonnement par les lavements de tabac, de laudanum, etc. Alling a fait voir que la muqueuse urcthrale se comportait à peu près de la même façon que la muqueuse rectale. Toutefois la faculté d'absorption est beaucoup moindre pour les muqueuses revêtues d'un épithélium pavimenteux ; elle est même peu sensible lorsque cet épitbélium est intact, et, dans la plupart des cas, elle ne se manifeste que lorsqu'une action préalable a déterminé la chute de l'épithélium. C'est ainsi que s'expliquent aisément les cas d'empoisonnement par de l'acide arsénieux introduits dans le vagin et rapportés, le premier par Ansiaux dans le Journal général de médecine, le second dans les Actes de la Société médicale de Copenhague.
Le derme dénudé, la surface des plaies, le tissu cellulaire sous-cutané, sont encore des voies d'absorption très-énergiques que la thérapeutique utilise fréquemment.
Enfin l'introduction directe dans le torrent circulatoire au moyen d'injections veineuses est un mode d'absorption à peu près exclusivement réservé jusqu'ici à l'expérimentation physiologique : il doit cependant être signalé.
La peau constitue une voie d'absorption d'une efficacité Irès-faible, tant que la couche cornée subsiste intacte, mais, sans aller jusqu'à la nier complètement, il faut reconnaître que cette possibilité d'absorption par la surface cutanée est bien peu marquée. Il en est tout autrement lorsqu'une cause quelconque vient à déterminer une desquamation même très-superficielle, et l'on peut dire que presque toutes les substances toxiques capables de déterminer des accidents après absorption par la peau saine ont agi d'abord en déterminant la desquamation de la couche cornée : cela revient alors à l'absorption par le derme, absorption dont l'intensité est infiniment plus considérable.
L'absorption des substances toxiques varie dans une certaine mesure avec la voie par laquelle la substance a pénétré dans l'économie : on sait, par exemple, que le curare, dont l'action est des plus promptes et des plus intenses lorsqu'il est injecté dans le tissu cellulaire ou déposé à la surface d'une plaie, est beaucoup moins actif lorsqu'il est introduit par les voies digestives. D'une façon générale, un poison est toujours plus actif lorsqu'il est absorbé par toute autre voie que le canal digestif. Mais c'est plutôt lorsqu'il s'agit d'établir une distinction entre les poisons et les virus que ces différences acquièrent des proportions remarquables et que l'on n'observe jamais avec les poisons proprement dits.
III. Conditions d'action des poisons. L'empoisonnement n'est pas toujours une conséquence fatale de l'ingestion ou de l'absorption d'une substance vénéneuse. L'activité de cette substance est soumise à des inllaences diverses dont quelquesunes sont assez bien déterminées, tandis que d'autres nous échappent encore complètement. Nous examinerons ici celles de ces conditions qui ont été le mieux étudiées et mises en évidence.
1° Influence delà dose des poisons. Cette condition est tout naturellement la première qui ait donné lieu à des observations suivies, c'est aussi la plus importante. Pour qu'un poison, si énergique qu'il soit, détermine une action nocive sur l'organisme, il est nécessaire qu'il soit absorbé en quantité ponde-
rable. C'est cette notion de quantité qui peut servir à établir la ligne de démarcation entre le médicament et le poison, ligne de démarcation en réalité quelquefois peu précise et sujette à des variations individuelles dont la raison nous est encore totalement inconnue.
Mais, si nous considérons uniquement V empoisonnement aigu, c'est-à-dire celui dans lequel la nioit est le résultat certain de l'absorption d'une seule dose de poison, ou de plusieurs doses administrées dans un espace de temps assez court pour que leur action puisse s'ajouter dans la série des accidents toxiques, il est possible d'arriver à une notion de quantité assez précise et éminemment variable d'un corps à un autre. Il faut alors se reporter à l'histoire thérapeutique et pharmacologique de chaque poison en particulier pour connaître cette quantité pondérable de chaque substance vénéneuse que l'expérimentation physiologique ou l'observation clinique ont permis le plus souvent d'enfermer dans des limites assez précises. Il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit à'empoi&onnement chronique, et nos connaissances à cet égard sont plus que rudimentaires. Ces empoisonnements sont en effet presque toujours accidentels, et il est à peu près impossible de déterminer quelle a pu être la quantité de poison absorbée par l'organisme au moment de la manifestation des premiers symptômes d'intoxication.
Un fait intéressant à noter est le suivant. Pour un grand nombre de poisons, les effets produits ne sont pas directement en rapport avec la dose ingérée. Il arrive même que des doses considérables déterminent des accidents toxiques faibles, résultat qui peut s'expliquer soit parce que des vomissements abondants ont provoqué l'expulsion immédiate de la majeure partie du poison, soit parce que la substance vénéneuse exerce une influence directe sur l'absorption, comme cela arrive, par exemple, avec les narcotiques.
2° Influence des milieux. 11 faut entendre par cette dénomination de milieux les différentes substances en présence desquelles peuvent se trouver les poisons, soit avant, soit après leur administration. On peut rapporter à deux modes différents l'action de ces substances. Tantôt elles sont susceptibles de décomposer le poison ou de l'engager dans des combinaisons qui le rendent inerte ou moins dangereux ; tantôt, au contraire, elles sont capables de transformer en un composé vénéneux un corps dénué par lui-même de propriétés toxiques.
Quelques exemples feront mieux saisir l'importance considérable de ces conditions. Les poisons étant rarement administrés en nature, c'est presque toujours dans les breuvages ou les aliments auxquels on les incorpore qu'ils se trouvent en contact avec les substances capables de les modifier.
Des acides ou des alcalis mélangés à une forte quantité de vin peuvent être mis ainsi dans l'impossibilité d'exercer leur action caustique ; il en serait de même du sublimé incorporé à des blancs d'oeuf comme dans une omelette; mais encore faut-il que la proportion de substance toxique soit très-faible relativement à la quantité de substance alimentaire à laquelle elle se trouve mélangée, sans quoi l'action nocive se manifeste toujours d'une façon plus ou moins intense. Quelquefois même l'empoisonnement se produit encore, mais seulement à plus longue échéance et sous une forme atténuée.
L'amygdaline fournit, sous l'inlluence d'une diastase, une proportion notable d'acide cyanhydrique, et il existe des exemples d'empoisonnement suivi de mort ^û à l'ingestion immodérée d'amandes fraîches.
Les doubles décompositions qui peuvent survenir par les mélanges de sels de
diverse nature sont capables de produire soit des effets de même espèce, soit des effets diamétralement opposés, en transformant une substance absolument ou relativement inerte en une autre des plus toxiques. Un sel soluble de plomb ajouté à un mélange riche en sulfates se transforme en sulfate de plomb insoluble et inerte ; par contre, le calomel devient du sublimé corrosif en présence d'un certain nombre de sels et d'acides.
Les obstacles à l'action du poison peuvent se trouver dans l'organisme même : la plénitude de l'estomac peut, par exemple, aller jusqu'à entraver l'absorption du poison au point d'empêcher l'empoisonnement. Un certain état de concentration de la substance toxique étant, en général, une condition nécessaire de son action, il en résulte que sa dilution par des matières inertes ou par des liquides contenus dans l'estomac annihile ou amoindrit cette action au point que l'effet toxique ne se produise plus. D'autre part, la présence de certains corps exerce une influence particulière : telle est, par exemple, celle de l'albumine vis-à-vis d'un grand nombre de sels métalliques avec lesquels il se produit des combinaisons insolubles. Dans ses belles expériences sur les modifications de l'activité des différents poisons soumis à des mélanges variés, Orfila a démontré que l'albumine était éminemment propre à neutraliser l'action d'un grand nombre de poisons qu'elle invisque, pour ainsi dire, et met ainsi hors d'état d'agir sur nos tissus. Aussi cette substance figure-t-elle avec raison au premier rang des contre-poisons. En outre, certaines substances qui sont capables de retarder ou même d'annuler l'effet d'un poison donné facilitent au contraire l'action nocive d'un autre toxique : il en est ainsi pour les corps gras et les huiles, qui moditient et retardent l'empoisonnement par les arsenicaux, tandis qu'ils favorisent l'intoxication par le phosphore. C'est à l'influence des milieux qu'il faut rapporter une grande partie des empoisonnements accidentels.
5" Influence du sujet. Cette influence est la moins bien connue, malgré toutes les recherches et les discussions dont elle a été le point de départ. On peut dire que, toutes choses égales d'ailleurs, l'enfant résiste moins à l'action des poisons que l'adulte ; la femme moins que l'homme.
L'habitude exerce une influence qui ne saurait être contestée. Sans recourir aux exemples connus de teus et devenus historiques, mais dont l'interprétation ne laisse pas que d'être bien obscure, il suffit de songer aux quantités considérables d'alcool que peuvent absorber impunément certains buveurs, aux quantités de tabac, d'opium, de haschisch, consommées journellement dans beaucoup de contrées. Les arsenicophages fournissent encore un exemple frappant de la tolérance à laquelle peut amener une habitude constante. Mais ce n'est pas à dire que ces habitudes soient toujours inoffensives e(, si d'une part W. Parker a pu observer des accidents graves et même la mort à la suite de l'usage de l'arsenic prolongé durant trois ou quatre années, tout le monde connaît les désordres profonds causés par l'abus de l'opium, du tabac et de l'alcool. Si l'histoire de ces substances nous offre les plus remarquables exemples d'empoisonnement lent, elle met aussi en évidence de la façon la plus incontestable l'influence de l'habitude. Grainger rapporte que, dans les districts manufacturiers de l'Angleterre, il est d'usage d'administrer de l'opium aux enfants et d'en augmenter graduellement la dose à partir de leur naissance. Il arrive de la sorte que des enfants peuvent absorber, en une seule fois et sans éprouver d'accidents, une quantité de laudanum triple ou quadruple de celle qui serait suffisante pour tuer un enfant du même à^e qui n'y serait pas habitué.
Il est toutefois certains poisons pour lesquels Faccoutuniance est tellement faible qu'on peut la considérer comme nulle. D'après Boucliardat, les substances agissant comme poisons sur tous les êtres de l'e'chelle organique rentreraient dans cette catégorie.
L'état de maladie a sur l'action des poisons une influence qui peut se traduire de deux façons différentes. Tantôt, en effet, cette action est plus ou moins diminuée ou même entièrement suspendue, comme cela s'observe dans certaines affections durant lesquelles on peut administrer impunément à des doses énormes des substances qui, données aux mêmes doses à un individu sain, détermineraient des accidents graves, voire même la mort. Cette tolérance particulière de l'organisme malade est bien connue en thérapeutique et peut tenir soit à ce que le médicament n'est pas ou est très-imparfaitement absorbé, comme dans le choléra, soit à un état particulier de l'organisme qui réagit d'une façon anormale vis-à-vis de la substance toxique, comme dans la pneumonie pour le tartre stibié. Cette tolérance remarquable de l'organisme n'est que passagère, et il n'est pas rare de voir survenir tout à coup une intolérance radicale se traduisant par l'explosion subite de symptômes graves d'intoxication. D'autres fois, au contraire, le malade, affaibli par certaines affections chroniques, débilitantes, dépressives, est livré pour ainsi dire désarmé à l'action des poisons. Bien des cas de mort subite déterminée par le chloroforme et par l'éther doivent être attribués à cette cause.
L'influence de l'idiosyncrasie, quoique moindre, n'en est pas moins bien établie. Certains individus, en vertu de prédispositions particulières, de conditions peu connues de race ou d'espèce, jouissent, à l'égard de certains poisons, d'une immunité remarquable, bien que toujours imparfaite. Christison cite l'exemple d'un individu qui, sans en faire usage habituellement, prit impunément en une seule fois près d'une once, c'est-à-dire 50 grammes de laudanum.
On connaît des faits semblables relatifs à l'arsenic, au mercure, à l'étain, à l'antimoine. D'autres sujets éprouvent au contraire des accidents d'intoxication sous l'influence de doses très-faibles et habituellement inoffensives de poison. La raison de ces divergences nous échappe complètement jusqu'ici.
IV. Signes de rempoisonnement. Lempoisonnemeut détermine chez l'homme des effets constituant une maladie accidentelle dont les symptômes, la marche, les diverses formes, les signes diagnostiques, les différentes terminaisons, les lésions anatomiques et le traitement, sont autant d'éléments indispensables à connaître tant au point de vue de la médecine légale que de la médecine pratique. C'est en effet de leur étude que peut se déduire la solution des questions nombreuses et délicates dont se compose l'expertise médico-légale en matière d'empoisonnement, en même temps qu'elle apprend à reconnaître, à combattre, à prévenir même une cause de mort ou de maladie souvent fort obscure. C'est à Tardieu que revient l'honneur d'avoir envisagé le premier sous cette forme l'étude de rempoisonnement. L'œuvre qu'il a accomplie dans cette branche de la médecine légale est restée comme un modèle et la base la plus sûre des recherches qui ont été entreprises depuis.
Les signes de l'empoisonnement en général peuvent être classés comme il suit :
1" Signes tirés des commémoratifs ;
DICT. ESC. XXXIY. 6
2° Signes tirés des symptômes e'prouvés par la victime ou observés sur elle;
5° Signes lires des lésions anatomiques ;
4° Signes tirés des résultats fournis par la chimie, le microscope ou l'expérimentation physiologique.
1° Signes tirés des comniémoratifs. En matière d'empoisonnement, les commémoratifs ont la plus grande importance. Les renseignements recueillis par les magistrats mettent souvent immédiatement sur la voie non-seulement du crime, mais encore de la substance qui a servi à le commettre. Ces renseignements sont ordinairement fournis au médecin légiste avec tous les détails nécessaires. Ces détails peuvent même quelquefois sembler presque ridicules à force d'être minutieux, mais, même dans ce cas, le médecin légiste doit toujours les prendre en très-grande considération. Sans doute il doit aussi bien que possible chercher à les classer, à les cataloguer, afin d'en extraire ceux qui lui paraissent les plus importants et les plus propres à le mettre sur la voie. Mais qu'il se garde bien d'être exclusif, s'il ne veut pas s'exposer à regretter plus tard d'avoir négligé comme futile ce qui aurait pu le conduire à la vérité. La rumeur publique est souvent la première à appeler l'attention sur la possibilité d'un empoisonnement ; rien ne serait plus important alors que de pouvoir recourir aux sources qui lui ont donné naissance; malheureusement, la chose est trop souvent impossible, et malgré tous les soins, toutes les recherches, on est obligé de rester dans le vague. La conduite de la victime dans les derniers temps qui ont précédé sa mort et ses relations ; le caractère, le genre de vie, la valeur morale et la profession du prévenu, sont des sources précieuses auxquelles la pratique seule peut apprendre à puiser d'une manière intelligente et utile. La mauvaise conduite des époux est souvent la cause première d'empoisonnement; la sodomie, la prostitution, jouent encore un grand rôle; mais le plus souvent c'est l'intérêt ou l'avantage qui ont poussé le criminel : lorsque celui-ci est désigné par la voix publique, sa profession pourra, dans certains cas, mettre sur la voie du mode d'empoisonnement. Le plus souvent, en effet, ils emploient comme poisons des substances dont ils font usage, sublimé corrosif, sel de cuivre, etc. Leurs démarches avant l'acte criminel, l'examen des substances. et surtout des paquets, des fioles, trouvées à leur domicile, ont encore le même résultat.
A ces données plus ou moins vagues, plus ou moins incertaines, viennent s'ajouter des renseignements plus précis et qui mènent presque immédiatement au but. Tantôt c'est après l'ingestion d'un breuvage que sont survenus tout à coup des symptômes d'empoisonnement; tantôt après un repas, toutes les personnes qui y ont pris part sont prises de vomissements, etc., ou bien encore, tandis que les unes éprouvent ces accidents, d'autres se trouvent complètement épargnées. On ne tarde pas alors à s'apercevoir que les uns ont mangé de tel ou tel plat, et que les autres n'y ont pas touché. Le temps qui s'est écoulé entre l'ingestion de la substance suspecte et le début des symptômes d'empoisonnement doit encore être pris en sérieuse considération. Ce délai, en effet, varie suivant les différentes substances.
2" Signes tirés des symptômes. Un des symptômes les plus importants et les plus connus de l'empoisonnement est, sans contredit, la brusquerie, la brutalité du début. C'est au milieu de la plus parfaite santé qu'un individu se trouve pris tout à coup d'accidents plus ou moins graves et que rien n'explique. La nature des symptômes varie selon le genre d'empoisonnement. Ils ne peuvent
donc pas être décrits d'une manière générale. Sans doute, nous pourrions, à l'exemple de tant d'autres, donner ici un tableau calqué sur la symptoraatologie de l'empoisonnement par l'arsenic, mais nous aimons mieux faire les choses en temps et lieu et nous borner à quelques considérations générales. Avant tout, ce qui frappe dans les symptômes d'un empoisonnement, c'est l'impossibilité de les pouvoir grouper de manière à reconstituer le tableau connu d'une maladie. Que ces symptômes soient ceux d'une irritation violente, d'une inflammation intense des voies digestives, ou bien ceux d'une atteinte profonde des centres nerveux, ils diffèrent tellement de ceux de la gastrite ou de la gastroentérite, de ceux des affections nerveuses, que l'erreur n'est guère possible, pour peu qu'on y fasse attention. Mais on n'est pas toujours assez heureux pour assister à l'évolution des phénomènes toxiques ; il faut se contenter des renseignements donnés, soit par le malade, soit par les témoins, soit par un homme de l'art. Dans le dernier cas, les renseignements peuvent être assez précis pour rendre toute erreur impossible. Mais, lorsqu'on se trouve en face de témoins ignorants, souvent intéressés à jeter l'esprit dans l'erreur, ou encore en présence de la victime, toujours disposée à exagérer les choses ou à peindre ce qu'elle a éprouvé avec plus d'imagination que de véracité, les choses ont bien changé. Ce n'est qu'en contrôlant avec sévérité les différents témoignages qu'on pourra obtenir sinon des certitudes, au moins des probabilités. Il résultera cependant toujours de ce contrôle rigoureux un certain nombre de faits que l'unanimité des témoins mettra hors de doute.
5" Signés tirés des lésions anatomiques. Les signes tirés des lésions anatomiques varient suivant les substances qui ont occasionné l'empoisonnement. Pendant trop longtemps on s'est complu à décrire comme lésions anatomiques de l'empoisonnement en général les lésions produites dans les voies digestives par les irritants ou les corrosifs. Inutile d'insister sur l'absurdité d'une pareille manière d'agir. Elle doit être d'autant mieux évitée aujourd'hui que le nombre des empoisonnements par des substances autres que les irritants, l'arsenic ou le sublimé corrosif, tend à augmenter de plus en plus.
Aussi suivrons-nous, pour les lésions anatomiques, la même méthode que nous avons déjà suivie à propos des symptômes de l'empoisonnement, c'està-dire que nous nous bornerons à quelques considérations générales sur la manière de rechercher et d'interpréter les lésions révélées à l'autopsie, sauf à décrire en détail, à propos de chaque empoisonnement, les lésions auxquelles il donne lieu.
Les lésions anatomiques de l'empoisonnement sont de deux ordres : les unes locales, produites par le contact direct des substances dites irritantes ou caustiques sur les voies digestives; les autres, plus généralisées, sont consécutives à l'absorption de la substance ou à son élimination par les divers émonctoires de l'économie. Les premières comprennent tous les degrés de l'inflammation, depuis la simple rougeur hyperémique par points, par bandes ou par plaques, avec extravasats sanguins et gonflement de la muqueuse, jusqu'aux ulcérations les plus profondes, y compris les perforations. De ces ulcérations résultent deux espèces de dangers : les uns primitifs, dus à la réaction générale produite sur l'économie par l'inflammation violente des voies digestives, ou à des péritonites, à des pleurésies par perforation, les autres, consécutifs, dus aux rétrécissements cicatriciels des organes ulcérés, et principalement de l'œsophage, lorsque l'empoisonnement n'est pas suivi de mort. Ces lésions sont des- plus faciles à
constater lorsque l'autopsie a lieu peu de jours après la mort. Mais il arrive souvent que l'attention de la justice n'est éveillée que longtemps après sur Ja possibilité d'un empoisonnement ; les rumeurs vagues, les .«;oupçons nés peu de temps après l'accident présumé, n'ont augmenté, n'ont pris corps que plusieurs semaines, plusieurs mois, plusieurs années même après l'inhumation. On comprend que, en présence d'un cadavre décomposé, il est alors le plus souvent impossible de constater les lésions anatomiques d'un empoisonnement. La chose est cependant quelquefois possible, c'est lorsque la substance toxique est en même temps un antiseptique énergique, comme l'arsenic. Des cadavres, qu'on aurait lieu de croire complètement décomposés, sont alors trouvés dans un état de conservation remarquable. Les lésions anatomiques peuvent encore être constatées, mais on est privé des renseignements fournis par l'aspect des parties, par la coloration des tissus, comme il arrive dans les pièces conservées dans l'alcool ou dans les liquides antiputrides. Aussi est-ce avec raison que Tardieu recommande, lorsqu'on se trouve en face d'un cadavre frais, de faire immédiatement une autopsie complète, avant que les tissus aient n^acéré dans un liquide quelconque. Nous verrons plus loin, à propos de la manière de faire l'autopsie, quelle est la conduite à suivre sur ce point, et quels sont les moyens de tirer de l'aspect des tissus tout le parti possible, sans pour cela comprornettre les résultats de l'analyse chimique.
Dans l'interprétation de ces lésions anatomiques, deux causes d'erreur doivent être évitées : 1° d'attribuer à l'action d'un poison ce qui serait le résultat d'une maladie spontanée ou d'un empoisonnement chronique, tel que l'alcoolisme; 2° de confondre des lésions produites par l'ingestion d'un poison après la mort avec celles qui résulteraient d'un empoisonnement véritable. La première cause d'erreur serait possible, inévitable même, dans certains cas de gastrite, d'entérite, de ramollissement de l'estomac, qu'on observe surtout chez les jeunes sujets, si l'on n'avait, pour se guider, que les seuls renseignements fournis par l'inspection anatomique: si certains poisons, tels que l'acide sulfurique concentré, l'acide nitrique, présentent des caractères tels dans la coloration des eschares, que le doute n'est guère possible, nous ne voyons pas à quels signes on pourrait distinguer un empoisonnement par les drastiques, ou mênie par l'arsenic, d'une gastro-entérite spontanée ou de cause non toxique. Mais il ne faut pas oublier que l'inspection anatomique n'est jamais seule; lescommémoratifs, les symptômes observés pendant la vie, et, par-dessus tout, l'analyse chimique, viendront combler les lacunes et révéler la cause des lésions qu'elle a constatées. Quant à la seconde cause d'erreur, dont nous parlerons plus tard avec quelques détails, nous ferons observer tout d'abord que les caustiques déterminent bien des eschares sur les tissus morts comme sur les tissus vivants, mais il manque, dans ce cas, un caractère essentiel, c'est la réaction inflammatoire plus ou moins vive qui entoure toujours les tissus désorganisés sur le vivant. Si des expériences ont démontré que cette réaction inflammatoire peut être assez faible pour passer inaperçue lorsque le sujet est agonisant, ou encore qu'elle peut se produire jusqu'à un certain point sur le cadavre dans les deux heures qui suivent la mort, on comprend que, au point de vue pratique, la chose a bien peu d'importance; ajoutons que, dans les cas d'ingestion mécanique du poison après la mort, les lésions ne sont complètes que dans un espace restreint aux points oii le poison a été déposé.
Les lésions consécutives à l'absorption s'observent surtout dans le foie, et à un moindre degré dans les autres organes de l'économie. Nulles pour certains
poisons, elles consistent, pour d'autres, en des troubles de la circulation, confrestion, inllammations, ecchymoses, ou encore en des de'générescences graisseuses rapides, comme avec l'arsenic, le phosphore, etc. Ces dernières lésions, longtemps méconnues au moins comme fréquence, n'ont été bien observées que depuis l'application du microscope aux recherches médico-légales. La stéatose ai^uë consécutive à l'absorption n'est nulle part plus fréquente que dans le foie, qui peut être considéré comme le confluent de toutes les substances absorbées dans les voies digestives. On les trouve encore dans d'autres organes, tels que le cœur, les muscles, les parenchymes, et surtout dans les parenchymes glandulaires. C'est que les poisons, une fois absorbés, ne restent pas dans le torrent circulatoire ; ils se déposent pour un temps dans la trame de nos tissus, où la chimie nous donne les moyens de les découvrir ; ils sortent ensuite de l'économie, éliminés par différents émonctoires, parmi lesquels le système urinaire tient sans contredit le premier rang. Ainsi s'explique la fréquence de la stéatose des reins et des diverses albuminuries dites toxiques. Ajoutons enfin que certaines substances dites irritantes n'ont pas besoin pour irriter, enflammer les voies digestives, d'y être introduites directement; qu'il suffit qu'elles soient absorbées ou directement injectées dans le sang : émétique, arsenic, etc.
¥ Signes lires des résultats fournis par la chimie, le microscope et l'expérimentation physiologique. Les signes les plus probants, sans contredit, sont ceux que nous fournit l'analyse chimique. Leur importance ne doit cependant pas être exagérée. Sans doute, chaque fois que cela est possible, il faut s'attacher, avant tout, à découvrir, à noter, à mettre sous les yeux du jury la substance toxique, le poison extrait du cadavre. Jamais un récit, jamais l'exposé le plus clair, le plus net, le plus rigoureux d'un empoisonnement, ne produira le même effet.
Mais de là à prétendre que la découverte du poison est élément constitutif, nécessaire, indispensable du crime, de là à faire du poison le corps du délit, il y a toute la distance de l'erreur à la vérité. Ce qui constitue le corps du délit, ce n'est pas le poison, l'instrument de la mort, c'est la mort elle-même, ce sont les lésions anatomiques ou fonctionnelles qui l'ont amenée. C'est pour s'être obstinée à partir toujours de la notion de poison au lieu de partir de celle de l'empoisonnement qu'une certaine école s'est ainsi engagée dans une voie fausse et dangereuse pour la société. En matière d'empoisonnement, comme en matière de meurtre, la seule chose à prouver, c'est qu'il y a eu homicide ; la connaissance du moyen ou des moyens employés ne vient qu'en seconde ligne. Ce qui fait la différence, c'est que dans le premier cas les lésions qui ont déterminé la mort sont plus saisissables, tandis que dans le second elles sont quelquefois nulles ou des plus obscures. De là la nécessité d'accorder à l'instrument une importance beaucoup plus considérable. Mais il n'est pas nécessaire pour cela de recourir exclusivement à la chimie. L'expérimentation physiologique judicieusement employée peut nous donner des résultats aussi utiles, et est quelquefois Seule capable de nous éclairer. Cela est surtout vrai lorsqu'il s'agit d'empoisonnements par les alcalis organiques. Tout le monde se rappelle avec quel talent la nouvelle méthode a été employée par Tardieu dans la trop fameuse affaire de Couty de la Pommerais.
Déjà employée par Orfila pour chercher l'action du poison, l'expérimentation }ihysiologique est aujourd'hui employée pour rechercher sa présence dans les matières provenant des individus empoisonnés. Elle pourrait être définie: la
recherche des poisons au moyen des réactions observées sur les animaux, qui peuvent être considérés comme de véritables réactifs vivants. Quelques mots sur la manière de procéder: la substance toxique étant isolée ou concentrée, par des procédés que nous indiquerons plus tard, dans une solution liquide débarrassée, autant que possible, de toute matière étrangère susceptible d'en compliquer l'action, est administrée à un animal. Le mode d'administration, le choix de l'animal, ne sont pas indifférents. De tous les modes d'administration, le meilleur sans contredit et auquel on doit toujours s'adresser est l'injection souscutanée au moyen de la seringue de Pravaz. Les animaux le plus fréquemment employés sont les grenouilles ; la facilité d'observer ces animaux, leur docilité, la netteté avec laquelle se présentent chez eux les divers accidents toxiques, en font des sujets d'expérimentation précieux; mais, en médecine légale, atin de pouvoir conclure, il vaut mieux employer des animaux qui se rapprochent davantage de l'homme. Le chien, sous ce rapport, mérite la préférence. Quel que soii l'animal employé, il faut observer avec toute l'exactitude possible la série des accidents toxiques qui se présenteront, en établir la comparaison avec les symptômes observés chez la victime. Si la mort de l'animal survient dans ces circonstances, si le liquide injecté a été préalablement débarrassé de toute substance putride, la conclusion rigoureuse sera que l'individu a été empoisonné. Reste à établir la nature du poison : on cherchera à y parvenir en administrant comparativement à un animal aussi semblable que possible au premier des solutions de différentes substances connues pour avoir des propriétés pliysiologiques semblables ou analogues à celles qui ont été observées. Mais, quel que soit le résultat de cette seconde épreuve, celui de la première ne saurait être mis en doute, pourvu qu'on se soit mis à l'abri de toute chance d'erreur, et surtout si le résultat a été le même sur plusieurs animaux.
L'emploi du microscope peut enfin rendre les plus grands services, principalement daws les cas d'empoisonnement par les champignons. Il peut, en faisant reconnaître la présence de telle ou telle substance dans les voies digestives, ou encore dans les matières vomies, mettre sur la voie de la nature du poison ou même sur la trace du coupable.
Jusqu'ici nous ne nous sommes occupés que de la recherche du poison sur le cadavre. Lorsque l'individu empoisonné survit, les procédés d'examen devront porter sur les matières vomies ou sur les matières des déjections : est-il besoin d'ajouter que l'examen des urines ne devra jamais être négligé, puisqu'on sait que l'élimination d'un grand nombre de poisons se fait par cette voie? 11 n'est pas jusqu'aux bains sulfureux qui ne puissent êti'e employés avec avantage pour démontrer l'existence de certains empoisonnements et principalement de l'empoisonnement par le plomb.
Nous renvoyons au mot Toxicologie pour l'exposé des méthodes de recherche chimique des différents poisons.
V. Diagnostic de l'empoisonneinent. « Toute maladie dont le début est brusque, dit Tardieu, dont les symptômes, rapidement croissants, persistent avec une grande violence, dont la marche est ou paraît être insolite, dont la terminaison est promptement funeste; toute mort rapide ou subite, survenue dans des circonstances mal définies, peuvent faire naître et suscitent en effet très-fréquemment le soupçon d'un empoisonnement. »
Il y a, avons-nous dit, trois variétés d'empoisonnement qui peuvent se ramener
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à deux formes : l'empoisonnement aigu et l'empoisonnement lent. Les causes d'erreur de ce diagnostic varient naturellement selon qu'on a affaire à une ou à l'autre espèce. Mais avant d'aller plus loin nous devons faire, au point de vue du diagnostic médico-légal, une remarque qui a son importance. Pendant longtemps les auteurs de médecine légale se sont évertués, le plus souvent en pure perte, à établir entre l'empoisonnement et certaines maladies un diagnostic purement clinique. Sans doute on peut, dans bien des circonstances, diagnostiquer un empoisonnement d'une maladie, mais dans combien de circonstances aussi la chose n'est-elle pas complètement impossible! Aussi croyons-nous devoir établir une différence radicale entre ce que nous appellerons le diagnostic médical et le diagnostic médico-légal. Pour le premier, le médecin n'a pour se guider que les phénomènes subjectifs ou objectifs de l'affection ; dans le second, au contraire, les lésions anatomiques, les résultats de l'analyse chimique ou de l'expérimentation physiologique, peuvent et doivent être regardés comme des éléments du diagnostic. Aussi est-ce avec raison que Tardieu distingue, au point de vue du diagnostic, l'empoisonnement suivi de mort de celui qui n'a fait qu'apporter une atteinte grave à la santé.
Si l'empoisonnement a été suivi de mort, il est rare qu'il puisse être confondu avec une maladie spontanée. Sans doute il est des maladies qui, par la brusquerie, la brutalité de leur début, peuvent donner lieu à des soupçons d'empoisonnement. Dans cette catégorie viennent se ranger le choléra, l'étranglement interne, la péritonite, les hémorrhagies internes, etc. Même, s'il faut en croire l'opinion publique, le crime a souvent profité de la présence de certaines épidémies et particulièrement des épidémies de choléra, pour agir impunément et sans éveiller les soupçons. Il n'en est pas moins vrai que, dans la pratique, les causes d'erreur diminuent considérablement par le fait seul que l'autopsie est pratiquée. L'inspection cadavérique donne, dans les cas d'étranglement interne, de péritonite par perforation de l'estomac, d'hémorrhagies internes, des résultats tellement évidents que toute idée d'empoisonnement peut être immédiatement mise de côté. Dans le cas contraire, dans le cas où les lésions morbides sont nulles ou insuffisantes pour expliquer la mort, c'est l'analyse chimique, c'est l'expérimentation physiologique, qui doivent être appelées à établir l'existence d'un empoisonnement. Le médecin expert doit alors déclarer dans son rapport qu'il y a lieu de procéder à l'analyse chimique des organes et de leur contenu. Nous en dirons autant de l'empoisonnement lent ; le poison a été plus d'une fois accusé d'avoir lentement amené la mort en produisant ce qu'on appelle des maladies de langueur. Le plus souvent alors il s'agit de la phthisie torpide dont les lésions anatomiques sont trop connues pour qu'une erreur soit possible à un examen attentif. Mentionnons enfin l'ulcère chronique simple de l'estomac qui, avec ses alternatives d'amélioration et d'aggravation et quelquefois sa terminaison brutalement rapide par perforation de l'estomac et péritonite suraiguë, est bien une des maladies les plus propres à faire soupçonner des tentatives successives d'empoisonnement. On sait les soupçons d'empoisonnement que l'histoire nous a transmis à propos de la mort extraordinairement rapide d'Henriette d'Orléans. Or, s'il faut en croire Littrc, la princesse aurait tout simplement succombé à une péritonite par perforation consécutive à un ulcère simple de l'estomac. L'aspect de lulcère simple, sa forme, son siège de prédilection, sont aujourd'hui trop bien connus pour que pareil accident puisse donner lieu à une erreur.
VI. Manière de procéder à l'expertise. Nous avons déjà indiqué, à propos
des commémoratifs, la conduite à suivre par l'homme de l'art chargé par la justice de rechercher les preuves de rempoisonnement ; nous avons dit avec quel soin il devait mettre à proflt les renseignements fournis par la justice et les provoquer au besoin. Tout ce qui concerne la victime, fout ce qui concerne l'accusé, doit être pris par lui en très-sérieuse considération; inutile de dire que si des flacons, des paquets, contenant des substances suspectes, ont été saisis au domicile de l'inculpé, leur contenu devra être examiné avec le plus grand som. Nous avons encore, à propos des symptômes qui ont précédé la mort, indiqué les moyens d'en tirer le plus de parti possible. Mais il est une hypothèse que nous avons à dessein passée sous silence, c'est celle où l'expert lui-même serait appelé à donner des soins à la victime. Quelle sera alors la conduite à tenir? En d'autres termes, que doit faire l'homme de l'art en présence d'un malade qu'il soupçonne empoisonné? Le principe est des plus simples, et peut être ainsi formulé. Toute autre considération doit être impitoyablement sacrifiée à l'intérêt du malade d'abord, à celui de la justice ensuite. Quelque délicate que soit la situation de l'homme de l'art, quelque répugnance qu'il éprouve à laisser paraître ses soupçons, il doit exiger une surveillance exacte du malade, il doit faire conserver, avec la plus grande rigueur, les matières vomies ou les déjections, il doit noter avec le plus grand soin les symptômes qu'il présente, il doit enfin, soit immédiatement, soit après s'être éclairé de l'avis d'un ou de plusieurs confrères, faire part de ses soupçons à la justice. A partir de ce moment, son rôle de surveillant est fini ; il redevient et reste le médecin. L'intérêt du malade, avons-nous dit, passera en premier lieu, celui de la justice, celui de la société, ne vient qu'après, et, si l'un des deux devait être sacrifié, ce serait le dernier. Ces principes sont tellement conformes au bon sens, ils découlent tellement de la raison d'être du médecin, qu'on pourra trouver étrange de nous voir insister. Nous ne l'aurions certes pas fait, si, dans un procès récent, on n'avait entendu un médecin s'excuser d'être resté inactif en face d'un empoisonnement, sous le prétexte honteux qu'il ne voulait pas, en donnant un contre-poison, compromettre les résultats de l'expertise! Ainsi, quoi qu'il doive en résulter, le médecin doit chercher avant tout le salut de son malade ; tout au plus entre différents moyens également efficaces dont les uns seraient, le cas échéant, plus préjudiciables que les autres à l'expertise médico-légale, devrait-il n'employer les seconds qu'à défaut des premiers.
1° Autopsie cadavérique et exhumation. On comprend aisément qu'en matière d'empoisonnement la façon dont l'exhumation et l'autopsie sont pratiquées est de la plus haute importance: aussi nous pardonnera-t-on d'entrer à ce sujet dans des détails qui peuvent au premier abord paraître superflus, mais dont l'oubli peut tout au moins sérieusement entraver la réussite des investigations ultérieures, sinon les rendre complètement illusoires. Le médecin appelé, le plus souvent après exhumation, à pratiquer une autopsie dans un cas d'empoisonnement certain ou simplement supposé, doit bien se persuader que du soin avec lequel il conduira ses premières recherches et des précautions dont il usera pendant les diverses opérations nécessitées en pareil cas dépendent en grande partie le succès des recherches toxicologiques. Il devra donc sacrifier toute considération à la nécessité absolue de ne rien faire qui puisse entraver les opérations futures, ou mettre dans l'impossibilié de pratiquer une contre-expertise.
Les règles à suivre dans tous les cas ont été magistralement tracées par Orfila
et Lesueur dans leur Traité des exhumations juridiques, et par Tardiou: nous allons reproduire tout à l'heure les indications détaillées et précises données par ce dernier maître.
Nous insisterons seulement ici sur la nécessité de séparer le plus possible, en les plaçant dans des vases différents et d'une capacité pas trop considérable eu égard au volume de leur contenu, les différents viscères ou fragments d'organes consacrés à l'examen chimique. Il sera également nécessaire, toutes les fois que cela sera possible, de lecueillir à part le sang qui poun'ait être retrouvé dans les cavités du cœur et les gros vaisseaux ainsi que l'urine contenue dans la vessie. L'examen de ces deux liquides est, dans la plupart des cas, d'une grande utilité. Enfin le médecin légiste pratiquant l'autopsie devra veiller avec le plus grand soin à ce que le cadavre et surtout les parties prélevées pour la recherche chimique ne se trouvent à aucun instant en contact avec des substances toxiques ou des composés pouvant renfermer des substances toxiques. C'est ainsi qu'il devra éviter de placer le cadavre sur une table métallique pour faire l'autopsie, de recouvrir entièrement les bouchons des scellés de cire à cacheter ou de mastic et, à plus forte raison, de se servir de sparadrap ou de tout autre tissu recouvert d'une substance emplastique quelconque pour clore des scellés ou isoler des fragments d'organes.
Il est encore absolument nécessaire de ne pas chercher à désinfecter le cadavre pour en faire l'autopsie : ilest en effet presque impossible d'éviter, dans ces conditions, le mélange aux organes de substances étrangères qui peuvent donner lieu aux plus graves erreurs.
11 faut bien se persuader que le danger qui peut exister au moment de l'exhumation d'un cadavre est seulement un danger d'asphyxie intéressant principalement les fossoyeurs ou les personnes qui descendent dans la cavité pratiquée pour extraire le cercueil. Ce danger existe surtout dans les caveaux dits « concessions à perpétuité » et dont l'intérieur est maçonné. Une fois le cadavre exposé à l'air, il n'existe plus pour le médecin appelé à pratiquer l'autopsie aucun danger d'intoxication par inhalation, quelle que soit l'époque à laquelle le cadavre ait été inhumé. C'est tout au plus si la pratique de ces autopsies peut occasionner à des personnes n'en ayant pas l'habitude une diarrhée passagère identique à celle déterminée par le premier séjour dans un amphithéâtre de dissection. Jl serait donc tout à fait inexcusable de rendre impossibles les i-echerches ultérieures de substances toxiques par l'emploi, dans le but d'éviter un danger imaginaire, de pratiques telles que l'aspersion du cadavre avec des solutions désinfectantes quelconques (acide phénique, hypochlorites alcalins, permanganate de potassium, acide chromique, etc., etc.), ou des corps solides en poudre : MM. Brouardel et Boutmy ont rapporté dernièrement le fait d'un expert qui, appelé à pratiquer une autopsie après exhumation, avait répandu autour du cadavre une couche de poudre de chasse à laquelle le feu avait été mis avant de pratiquer l'ouverture du cadavre. Nous ne saurions le répéter avec trop d'insistance, tous ces procédés sont absolument inutiles et, de plus, condamnables, puisqu'ils peuvent mettre les experts dans l'impossibilité de se prononcer avec certitude sur les questions qui leur sont posées.
Dans le cas où le médecin légiste a cru devoir, au cours de l'autopsie, pratiquer un essai de quelque nature que ce soit sur une portion d'organe, le fragment destiné à cet essai doit avoir été au préalable complètement détaché du reste de l'organe, puis rejeté définitivement après qu'il aura servi à l'expéri-
mentation. Les liquides ainsi que les organes ou les fragments d'organes prélevés pour l'examen chimique doivent se trouver tels qu'ils existaient dans le cadavre au moment de l'autopsie et n'avoir subi que le seul contact des instruments d'acier employés pour l'ouverture du cadavre ou la section des viscères tels que l'estomac, les intestins, le foie, etc., pour leur examen anatomique.
C'est seulement par l'obscrvalion rigoureuse de toutes ces précautions que la découverte d'une substance toxique révélée par l'analyse chimique pourra avoir toute sa valeur.
Il est encore une autre circonstance qu'il faut prendre en très-sérieuse considération lorsque le cadavre sur lequel a été pratiquée l'autopsie a dû être exhumé : nous voulons parler de la nature du terrain dam lequel a eu lien Vinhumation. Dans ce cas, l'expert devra toujours prélever des échantillons suffisants de terre située autour du corps ou du cercueil ainsi que des morceaux des vêtements, du linceul, du bois de la bière, en un mot, de tout objet se trouvant en contact immédiat avec le cadavre. L'examen comparatif des échantillons de terre prélevée dans le voisinage immédiat du cadavre avec d'autres échantillons pris en un point différent peut servir à lever tous les doutes, si les recherches chimiques conduisaient tout d'abord à un résultat incertain ou insuffisant.
Pour ce qui est de l'arsenic, la question est jugée d'une façon définitive : ce poison ne passe, dans aucune condition, du terrain dans les tissus organiques. L'arsenic qui peut exister dans un terrain s'y trouve toujours à l'état de combinaison insoluble et ne peut passer à l'état soluble que sous l'influence des acides et d'une température élevée. Les nombreuses expériences faites à ce sujet par Orfîla, Devergie, Fiandin et Danger, Barse, sont absolument concluantes et ne peuvent laisser subsister aucun doute, de telle sorte que, si l'on se trouvait en présence d'un de ces cas dans lesquels, après une inhumation prolongée, toutes les parties d'un cadavre sont réduites en putrilage et rendues méconnaissables, l'existence d'un composé arsenical soluble dans l'eau, provenant du traitement de la partie de terrain avoisinant immédiatement la masse organique, suffirait encore à pouvoir affirmer que cet arsenic provient bien des restes du cadavre et qu'il a pu déterminer un empoisonnement. La question est malheureusement loin d'être aussi nettement résolue pour ce qui concerne la plupart des autres substances toxiques, et l'on peut se trouver parfois dans des conditions telles qu'il soit impossible d'arriver à une solution catégorique. C'est dans ces derniers cas que l'analyse comparée des échantillons de terrain prélevés en divers points et celle du bois de la bière ainsi que des étoffes qui ont été en contact avec le cadavre peut fournir des résultats capables d'éclairer les faits et de fixer définitivement l'opinion des experts. C'est ainsi que, dans une affaire d'empoisonnement par le mercure, ce métal ayant été retrouvé seulement en très-petite quantité, la défense prétendait que la présence du mercure dans les pai'ties examinées pouvait dépendre du terrain et n'avoir aucune valeur décisive; s'appuyant pour soutenir cette opinion sur ce fait que la propagation croissante de la syphilis rendant l'administration thérapeutique du mercure et de ses sels extrêmement fréquente, et l'élimination de ces composés étant assez lente, le terrain du cimetière pouvait contenir accidentellement du mercure qui, par imbibition, aurait pénétré à travers le cercueil jusqu'au cadavre. L'examen des planches de la bière qui ne renfermaient de composé toxique que dans les parties déclives fut pour l'expert la preuve que le mercure
provenait certainement et uniquement du cadavre. Ce seul exemple peut faire comprendre toute l'importance d'une semblable question.
« Avant tout, dit Tardieu, il faut que le médecin légiste soit bien convaincu de ce principe que, dans tous les cas d'empoisonnement, il faut diriger les premières recherches de façon à ne rien faire qui puisse entraver les opérations ultérieures; qu'il faut sacrifier à cette nécessite absolue le désir et même l'espoir d'arriver dès l'abord à des conclusions formelles; qu'il faut réserver le cbamp et les moyens d'une expertise plus approfondie ou même d'une contreexpertise. On me permettra, ajoute l'éminent professeur, de tracer, poiu' ainsi dire pas à pas, les règles pratiques qu'aux différentes phases de sa mission l'expert aura à suivre.
« La première comprendra, le plus souvent, l'examen, l'ouverture du cadavre. Mais, dès ce premier moment, il est une distinction importante à faire : ou la cause de la mort ne sera même pas soupçonnée et c'est à l'expert à la déterminer, en dehors de toute indication préalable ; ou certains indices auront déjà donné l'éveil sur la possibilité, sur la probabilité même de l'empoisonnement.
« Dans le second cas, les soupçons d'empoisonnement formulés imposent le devoir de recueillir tous les éléments d'nne expertise complète; à moins de contre-indication formelle, à moins d'une cause de mort autre que le poison, manifestement révélée par l'autopsie cadavérique, il faut procéder à cette opération comme si elle devait conduire à la constatation de l'empoisonnement. Mais il convient de rappeler que c'est presque toujours, dans ce cas, après une exhumation, que le cadavre est livré aux investigations de la justice et de la science, et qu'il y a là une nouvelle source de difficultés, un nouveau motit de précautions toutes particulières et de préliminaires indispensables.
« L'expert doit assistera l'exhumation et noter, avec le plus grand soin, toutes les particularités. 11 n'y a pas de détail, si minutieux qu'il soit, qui n'ait son utilité. Il doit décrire le mode de sépulture, l'état de la fosse et du sol, le cercueil et la condition d'intégrité et de destruction plus ou moins complète dans laquelle on le trouve, l'état du linceul et des vêtements qui enveloppent le cadavre. Si l'inhumation est récente et le cercueil intact, il n'y a qu'à enlever le corps et à le déposer sur la table où devra être faite l'autopsie. Si, au contraire, après un long séjour dans la fosse, les ais de la bière sont disjoints, le bois et le linceul en partie détruits, il importe, avant de déplacer et d'examiner le cadavre, de recueillir quelques-uns des débris qui sont en contact avec lui, ainsi qu'une certaine quantité de la terre dont il est entouré, et qui adhère parfois à sa surface, et de la terre prise en un autre point du cimetière, pour servir à la comparaison.
« Si le cercueil a résisté, comme cela arrive, lorsqu'il est de plomb ou de chêne et enfermé dans un sépulture de pierre, les circonstances extérieures perdent beaucoup de leur intérêt. Mais il est une particularité sur laquelle j'appelle l'attention, parce qu'elle pourrait surprendre et embarrasser dans la pratique ceux qui ne seraient pas avertis. La décomposition dans le cercueil ainsi hermétiquement clos suit une marche toute différente de celle que l'on observe pour les corps simplement inhumés dans une fosse, soit commune, soit privée. Elle transforme le corps tout entier en une sorte de masse de consistance tantôt analogue à du carton, tantôt analogue à de la cire ou du savon, et qui adhère aux parois du cercueil quelquefois très-étroitement. Dans ce cas, je conseille de ne pas chercher à en retirer le corps et de procéder à l'autopsie
dans le cercueil même, quelque incommode et pénible que soit, en général, cette manière de faire.
« Les règles de cette opération en elle-même, dans le cas d'empoisonnement, ne diffèrent guère de celles qu'il convient d'observer dans toute autre expertise. L'état de conservation plus ou moins parfaite du corps est la première chose qui soit à noter. On aura soin de s'enquérir seulement si l'embaumement n'a pas été pratiqué. Il n'est pas douteux non plus qu'il faille faire l'autopsie complète du cadavre, sans omettre un seul organe, de manière à ne laisser échapper aucune lésion, aucune cause de mort naturelle ou accidentelle.
« Mais il est un point sur lequel je veux insister. Quelques médecins légistes recommandent, et je les ai vus conformer leur pratique à leurs préceptes, de commencer par fermer, à l'aide d'une ligature, les orifices supérieur et inférieur de l'estomac et du canal intestinal, et de les enlever en totalité pour les examiner plus tard, et ne rien perdre des matières qui peuvent y être contenues. Je modifie quelque peu, pour ma part, ce procédé. Je crois, en effet, qu'il importe que le médecin chargé de pratiquer l'autopsie, et que je ne veux supposer ni léger ni incapable, constate lui-même, au moment de l'ouverture du corps, l'état exact de tous les organes, des organes digestifs comme des autres, car les altérations, déjà si difficiles à retrouver dans bien des cas où la mort remonte à une époque éloignée, perdent bien vite leurs caractères. Et il m'est arrivé plus d'une fois de rechercher vainement la trace des lésions qui avaient dû certainement exister dans des viscères extraits des cadavres depuis un temps quelquefois assez long, et qui étaient envoyés de grande distance pour être soumis à l'analyse. Il faut donc, dès qu'on peut le faire, et au moment même de l'autopsie cadavérique, constater et décrire exactement les altérations que peuvent présenter les divers organes sans exception. Il y a moyen d'ailleurs de tout concilier.
« L'expert qui procède dans les circonstances dont il s'agit doit s'être fait apporter deux grands bocaux de verre neufs, jamais moins de deux, à large orifice, munis d'un bouchon de liège plat, s'adaptant bien à ses dimensions, d'une forme et d'une capacité semblables à celles des bocaux employés pour les conserves de fruits. Ces vases sont destinés à renfermer les organes qui seront extraits du cadavre. Le premier sera exclusivement consacré au tube digestif, et voici comment je conseille d'agir. L'estomac sera enlevé isolément et d'une manière rapide, sans qu'il soit besoin de le lier à ses deux extrémités; le contenu en sera versé dans le bocal; pour l'intestin, l'extrémité supérieure sera également engagée dans le bocal, pendant que l'on détachera le canal digestif dans toute son étendue, en rasant, avec des ciseaux ou un scalpel, l'insertion mésentérique ; de cette façon, les liquides et matières qu'il renferme s'écouleront dans le vase. On pourra ensuite, sans aucun inconvénient, examiner sur place et complètement la surface de la membrane muqueuse gastro-intestinale. Il faut bien reconnaître du reste, et l'on en trouvera la preuve à chaque pas dans la suite de cette étude, que ce n'est pas, comme on le croyait autrefois, dans les organes digestifs que se rencontrent le plus ordinairement les principaux caractères anatomiques de l'empoisonnement.
« Le second bocal sera réservé pour les autres viscères qui, après avoir été extraits avec précaution du cadavre et avoir été examinés attentivement à l'extérieur et à l'intérieur, seront, en totalité ou en partie, introduits dans le vase. Le foie, les reins, le cœur, la rate, les poumons, quelques portions de chair
musculaire et de substance cérébrale, seront ainsi conservés suivant la contenance du bocal et dans l'ordre d'importance que je viens d'indiquer. Il sera bon de détacber de cbacun de ces organes un petit fragment et de le soumettre, aussitôt après l'autopsie, à l'examen microscopique.
« La séparation du tube digestif et des autres viscères abdominaux et tboraciques est capitale, je ne saurais trop le répéter. C'est là une condition essentielle qui simplifie et facilite singulièrement la tàcbe du chimiste. J'en dirai autant, et avec non moins d'insistance, d'une règle trop souvent enl'reinte et que je pose d'une manière absolue : // faut se garder de rien ajouter dans les vases où sont placés les organes extraits du cadavre. L'addition d'un liquide conservateur quelconque, l'addition de l'alcool notamment, n'est pas seulement inutile, elle est nuisible'. L'aspect et la consistance des tissus sont modifiés et lie peuvent plus être appréciés par les experts qui interviennent dans les opérations ultérieures, et de plus la composition inconnue et parfois l'impureté des liquides ainsi employés créent pour l'analyse cbimique des complications extrêmement fàcbeuses. Les bocaux ne contenant que des viscères seront donc simplement bouchés et recouverts d'un papier ou mieux d'un parchemin, scellés et munis d'une étiquette sur laquelle le médecin lui-même mentionnera par écrit les organes placés par lui dans chaque vase, après qu'il les a eu extraits du cadavre, et qui devra porter sa signature en même temps que celle des officiers de police judiciaire qui l'assisteront et qui auront reçu son serment.
« Tous ces détails de l'exhumation, de l'autopsie cadavérique, de l'extraction des organes, de leur conservation dans des vases séparés, de la clôture des scellés, seront exposés dans un rapport qui devra, en outre, contenir la description aussi exacte que complète de toutes les altérations anatomiques qui auront été constatées.
« Mais ce qu'il importe surtout de ne jamais perdre de vue, c'est que ces premières constatations, relatives seulement à un des termes du problème, ne peuvent autoriser l'expert à conclure d'une manière positive à l'empoisonnement. Il doit donc s'imposer une grande réserve, et, sauf le cas où une cause de mort naturelle lui paraîtrait évidente, ou encore lorsque des lésions caractéristiques et flagrantes que produiraient certains poisons corrosifs ne lui permettraien pas le doute, il doit toujours suspendre son jugement et se contenter de conclure qu'il n'existe pas de cause appréciable de mort ou d'empoisonnement, et que dans tous les cas, il y a lieu de procéder à l'analyse chimique des restes
* On ne saurait s'élever avec trop d'insistance contre cette malencontreuse pratique (îe l'addition d'alcool aux organes. A moins que la quantité n'en soit énorme, il ne s'oppose pas suffisamment aux décompositions pour empêcher d'une façon efficace la destruction de certains poisons peu stables. D'autre part, il peut apporter aux recherches des inconvénients des plus graves. Supposons en effet un empoisonnement par l'acide arsénieux en poudre et la mort suivant de près l'ingestion de cette substance. A l'autopsie, les experts, en ouvrant le tube digestif, constatent de nombreuses ecchymoses et trouvent, le plus souvent, au centre de ces petites rougeurs, des corpuscules blanchâtres qu'ils signalent à l'analyse. Ils introduisent ensuite les viscères dans les vases préparés à cet effet et les arrosent d'alcool Ce liquide est un très-bon dissolvant de l'acide arsénieux, et, si les ecchymoses restent, les corps du déUt signalés par les premiers experts ne pourront plus être retrouvés par les seconds, et l'examen chimique, qui aurait pu être rapide, devient par le fait long et compliqué. En outre, la présence de l'alcool dans un empoisonnement par le phosphore s'oppose absolument, et pendant tout le temps qu'il existe, à l'apparition des lueurs phosphorescentes. Il facilite encore la transformation de certains composés toxiques en produits inoffensifs et dont la constatation ne présente plus aucune valeur.
du cadavre, dont les résultats rapprochés des symptômes observés pendant la vie, et des lésions constatées après la mort, permettront de déterminer d'une manière positive s'il y a eu ou non empoisonnement. »
Nous avons cru devoir reproduire en entier ce long passage. Le lecteur y aura trouvé avec plaisir, nous l'espérons, l'exposé clair et rapide de la pratique du savant professeur de médecine légale à la Faculté de Paris ^
* A la suite d'une étude et d'une discussion minutieuses des règles adoptées dans différents pays pour les expertises en matière d'empoisonnement, MM. Lacassagne et Cliapuis ont formulé les conclusions suivantes constituant un projet de règlement sur les dispositions à adopter par l'expert dans les expertises ordinaires d' empoisonnement :
1° Appelé dans une affaire de ce genre, l'expert doit se munir de plusieurs vases eu verre neufs ou parfaitement nettoyés à l'acide clilorhydrique d'abord et à l'alcool ensuite. Il y joindra de la cire à cacheter, un cachet, des bons bouchons de liège neufs et du papier parchemin.
2° Dans une visite domiciliaire, l'expert devra porter son attention sur tous les objets de nature à venir en aide à son analyse. 11 mettra de côté, avec le plus grand soin, les médicaments, poudres suspectes, aliments, etc., etc., ayant servi à la victime.
3° Si l'autopsie suit presque immédiatement la mort, il devra se renseigner sur la présence ou l'absence de vomissements. 11 les mettra de côté, si possible, ainsi que les draps et vêtements qui auraient pu être souillés. Si les vomissements ont été répandus sur le plancher, il devra alors racler avec précaution les parties souillées, ou mieux enlever les planches ou lames du parquet sur lesquelles ils se sont répandus. Il n'oubliera pas non plus de prendre, dans un endroit éloigné du premier et non constaminé, des raclures, planches ou lames du parquet, qu'il conservera à part et séparées des premières.
4° A l'ouverture du cadavre, le tube digestif ne devra jamais être ouvert dans la cavité abdominale, mais en dehors.
5" L'estomac sera séparé de l'œsophage et de l'intestin grêle par deux ligatures doubles, l'une au cardia, l'autre au pylore. L'intestin grêle et le gros intestin réunis seront, comme l'estomac, après examen spécial, introduits avec leurs contenus dans deux vases distincts. L'œsophage sei'a examiné avec la bouche et le pharynx.
6° Dans un quatrième vase, il introduira le foie et le sang. Cependant, dans un cas d'empoisonnement supposé par l'oxyde de carbone et là où l'étude spectroscopique du sang peut avoir une importance capitale, il serait non-seulement utile, mais encore nécessaire, de mettre de côté, dans^un petit flacon de verre, la plus grande quantité du sang du cœur ou des gros vaisseaux.
7° Dans un cinquième vase, il placera un poumon ou portion de poumon.
8° Dans un sixième vase, des muscles, environ 500 grammes. L'expert devra les prendre de préférence dans la cuisse, dans la poitrine et un peu dans le diaphragme.
9° Dans un septième vase, il placera les reins, la vessie et son contenu. Pour plus de précautions, il sera bon de faire une ligature au col de la vessie pour éviter toute déperdition de liquide.
10° Enfin, dans un huitième vase, il introduira le cerveau et la moelle.
11° Si l'autopsie est faite après une inhumation plus ou moins prolongée, l'expert devra, en outre, s'occuper du mode de sépulture, de l'état de la fosse et du sol. 11 devra décrire le cercueil et les conditions d'intégrité ou de destruction dans lesquelles il se trouve. Si l'inhumation est récente et le cercueil intact, il n'y a qu'à enlever le corps et le déposer sur la table où doit se faire l'autopsie; si, au contraire, après un long séjour en terre, les ais de la bière sont disjoints, le bois, les vêtements et le linceul en partie détruits, il importe, avant d'examiner le cadavre, de recueillir quelques-uns des débris qui sont en contact avec lui, ainsi qu'une certaine quantité de la terre dont il est entouré et qui adhère parfois à sa surface. Bien plus, l'expert n'oubliera jamais de prendre de la terre à différentes hauteurs de la fosse pour servir plus tard de termes de comparaison.
12° Il peut arriver que dans certaines inhumations, comme celles qui se font dans des terrains argileux, compactes, imperméables à l'eau et à l'air, dans des cercueils hermétiquement fermés, la putréfaction ne se soit pas effectuée et que l'on trouve à l'exhumation non plus un squelette ou une fermentation putride en activité, mais une masse savonneuse qui adhère de partout aux parois de la bière. Dans ces conditions, il est presque impossible de sortir le cadavre de son enveloppe, et souvent aussi difficile de distinguer les organes. L'expert devra donc, bien que la chose soit très-pénible et fort incommode, recuellir dans le cercueil même les organes encoi-e visibles, quelque peu de la masse
2" De la localisation et de V élimination des substances toxiques. Organes dans lesquels ces substances doivent être recherchées. Les circonstances dans lesquelles l'expert est appelé à constater un empoisonnement et à en déterminer la nature sont, le plus souvent, très-défavorables à la recherche de la majeure partie des substances toxiques. Tandis que pour la plupart des crimes on peut ordinairement en constater les traces, soit au moment où ils viennent d'être commis, parce que ces traces sautent pour ainsi dire aux yeux, soit parce que les désordres produits ne sont pas trop effacés [>ar la putréfaction du cadavre, ce n'est généralement qu'après un laps de temps parfois très-long que les investigations toxicologiques sont appelées à venir éclairer des soupçons basés sur des faits plus ou moins certains. Les difficultés de la tâche incombant au toxicologiste se trouvent alors considérablement augmentées, et il faut même reconnaître que dans beaucoup de cas de ce genre les recherches chimiques deviennent complètement inutiles, s'il s'agit d'autre chose que d'un toxique minéral ou de quelques rares alcaloïdes. Les investigations du médecin légiste doivent alors porter, avant toute recherche toxicologique, sur les renseignements que peuvent lui fournir soit l'examen du malade, si l'intoxication n'a pas été suivie de mort, soit la nature des lésions constatées à l'autopsie, et, dans tous les cas, les phénomènes pathologiques qui auraient pu être observés. Ces renseignements, joints à ceux qui ont pu être recueillis par les magistrats instructeurs, sont presque toujours bien insuffisants pour établir une conviction absolue.
Lorsque l'administration de la substance toxique n'a pas entraîné la mort, la preuve de l'empoisonnement est souvent fort difficile à établir : bien que beaucoup de poisons manifestent leur action par des symptômes nettement déter-
savonneuse, les débris de linceul ou des vêtements, et enfin de la terre qui peut souiller les parties périphériques.
15° Toutes ces substances recueillies, terre, portions de vêtements ou de linceul, seront également placées dans des vases en verre.
14° Les débris de cercueils, planches, etc., etc., seront empaquetés soigneusement, et eux aussi, autant que possible, introduits dans des récipients en verre.
15° Tous ces vases seront fermés, ficelés, cachetés, et porteront des numéros d'ordre, avec la signature des personnes présentes.
16° La fermeture des récipients devra se faire de la manière suivante : un bouchon de liégc, recouvert d'un papier parchemin, retenu au moyen d'une ficelle au col du flacon et un simple cachet fixant la ficelle et le papier certifiant le contenu. Dans aucun cas on ne devra goudronner les bouchons servant à la fermeture des bocaux.
17° Jamais l'expert ne devra employer les désinfectants, chlorure de chaux, eau chlorée, sulfate ferreux, acide phénique, etc., etc. Il en est de même de l'alcool qui doit aussi être proscrit, car sa présence, tout en empêchant la constatation de ce composé toxique, peut rendre la recherche de certains poisons beaucoup plus difficile, notamment celle du phosphore.
Les auteurs de ce travail font en outre remarquer combien la présence de l'expert chimiste serait utile lors des recherches variées que nécessitent de semblables opérations et combien son adjonction, qui devient plus tard obligatoire, pourrait avoir d'importance lors de l'autopsie. En effet, un spécialiste, un toxicologiste, peut dans ces circonstances s'entourer de toutes les précautions nécessaires, recueillir avec tous les soins indiqués les organes, parties d'organes, terre du cimetière, portions de linceul, etc., et c'est sur l'analyse de ceux-ci qu'il établira plus tard son rapport. Beaucoup de circonstances peuvent venir en aide à l'analyse, telles sont l'intégrité des tissus et celle des organes; au contraire, des lésions particulières, localisées en certains points, peuvent mettre sur la voie et imprimer aux recherches une marche rapide et sûre. Bien plus, aujourd'hui, la spécialisation des études chimiques dans le domaine de la toxicologie, la connaissance du rôle, de la marche, de l'actidn, de l'élimination des poisons, imposent l'obhgation de la présence, à l'autopsie, d'un toxicologiste (Lacassagne et Chapuis, Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 3° série, t. XIj.
minés, si l'examen et la description de ces symptômes ont été faits par des personnes étrangères à la science ou intéressées à dissimuler la vérité, et si d'autre part l'élimination de la substance toxique est plus ou moins complète par suite du temps écoulé depuis la manifestation des symptômes d'intoxication, il devient impossible de conclure avec certitude.
Dans les cas où la mort a été la conséquence de l'ingestion d'une substance toxique, l'autopsie peut n'avoir pas été faite assez tôt pour que la constatation des lésions plus ou moins caractéristiques de tel ou tel poison manifeste toute sa valeur, et le médecin légiste doit alors rechercher avec la plus scrupuleuse attention si les lésions cadavériques observées sont bien de nature à faire naître des présomptions d'empoisonnement, ou doivent être attribuées à des altérations subies par le cadavre après une inhumation prolongée, ou bien encore si ces lésions, purement morbides, ne seraient pas pathognomoniques d'une affection méconnue pendant la vie.
II ressort des considérations précédentes que la connaissance aussi exacte que possible des différents organes dans lesquels se localise une substance toxique déterminée, et l'étude des conditions suivant lesquelles cette localisation peut s'effectuer, sont de la plus grande importance au point de vue de la recherche des poisons, surtout lorsque le toxicologiste possède, d'autre part, quelques mdications sur la nature présumée de l'empoisonnement.
Absorbées en quantité suffisante pour déterminer des accidents, les diverses substances toxiques possèdent une sorte A' affinité élective spéciale qui se traduit par une influence particulière sur certains organes : c'est ainsi que les poisons du cerveau, les poisons de la moelle, les poisons des muscles, les poisons du cœur, les poisons liématiques, constituent des catégories toxicologiques bien distinctes. 11 n'en résulte pas, toutefois, que la localisation de la substance toxique suive une marche semblable et qu'un poison musculaire, par exemple, se retrouve forcément en quantité prépondérante dans les muscles, mais dans un certain nombre de cas l'action élective d'un poison déterminé peut occasionner, dans les organes sur lesquels elle s'exerce, des modifications susceptibles d'être reconnues avec précision à l'aide des procédés physiques ou chimiques. L'examen speclroscopique du sang permet ainsi de reconnaître une intoxication par l'oxyde de carbone, l'hydrogène sulfuré, l'acide cyanhydrique, ce dernier cependant avec moins de certitude. Le microscope révèle la stéatose du foie et des reins dans les empoisonnements par le phosphore et l'arsenic. Ces modifications sont le résultat et l'indice de l'élimination du poison.
D'autre part, certains viscères comme les reins et surtout le foie possèdent la propriété remarquable d'emmagasiner une proportion de substance toxique parfois supérieure à celle que l'on peut retrouver dans les autres or<'anes, et cela quelle que soit la voie d'introduction du poison : appareil circulatoire, appareil digestif, application sur la surface cutanée, inhalation, etc., etc. Aussi le foie est-il l'organe le plus important à examiner dans toutes les expertises toxicologiques. Cette accumulation de l'agent toxique est en rapport avec l'affluence du courant sanguin et le ralentissement de sa vitesse dans ces glandes si importantes par leurs fonctions de sécrétion et d'excrétion.
Les substances toxiques volatiles, les anesthésiques notamment, s'accumulent surtout dans le tissu nerveux. Ainsi, d'après les recherches faites sur la localisation de l'alcool et du chloroforme dans les divers organes de l'économie on a
pu dresser le tableau suivant, en prenant comme unité la quantité de principe toxique existant dans un même poids de sang :
Alcool. Chloroforme.
Sang 1.00 1,00
Cerveau 1,3-1 3,92
h oie et rate 1,48 2,08
Muscles iraces. 0,16
La substance nerveuse accumule encore en quantité appréciable la plupart des substances toxiques d'origine minérale, tandis qu'elle semble dépourvue de cette propriété à l'égard des alcaloïdes.
Nos expériences personnelles nous ont encore démontré que le tissu osseux et surtout celui des os plats dans lesquels prédomine la substance spongieuse (os du crâne et vertèbres notamment) était un lieu d'accumulation pour certains poisons minéraux.
Nous avons pu retrouver dans les os du crâne, les vertèbres, le scapulum, les os iliaques, des quantités nettement appréciables k l'analyse cbimique d'arsenic, de plomb, de mercure, longtemps après que toutes traces de ces mêmes substances avaient complètement disparu de tous les autres organes de l'économie. Il est extrêmement probable que les autres substances minérales toxiques se comportent de la même façon. Nous n'avons pas besoin de faire ressortir l'intérêt que présente ce fait pour la solution de certaines questions de toxicologie.
Bans les cas où l'absorption de la substance toxique n'aurait pas entraîné la mort, la preuve de l'intoxication peut être fournie par la découverte de cette substance toxique éliminée de l'organisme par différentes voies. S'il n'est pas exact au point de vue physiologique de classer le vomissement comme mode d'élimination d'une substance toxique, au point de vue restreint de la toxicologie ce procédé d'expulsion tient sans contredit la première place. Quand il est spontané, il révèle en effet les violents efforts accomplis par l'organisme pour se débarrasser du poison. Aussi l'analyse des matières composant les vomissements peut-elle presque infailliblement amener à la connaissance du toxique qui les a déterminés ou pour l'expulsion duquel ils ont été provoqués. Malheureusement il n'est pas toujours possible d'opérer sur les matières vomies, et il faut alors avoir recours à l'examen de produits le plus généralement moins riches en substance toxique, mais qui constituent cependant une source des plus précieuses pour la détermination de l'empoisonnement. La voie d'élimination par excellence est alors la sécrétion rénale : il est toujours possible de démontrer, à un moment donné, l'existence d'un composé toxique s'éliminant par l'urine, à la condition toutefois que le temps écoulé depuis l'absorption ne soit pas assez considérable pour avoir permis à l'élimination d'être presque complète. Ce mode de démonstration a déjà été employé avec succès dans un certain nombre de cas, notamment dans l'affaire du duc de Praslin {Annales d'hygiène et de médecine légale. Paris, 1847, t. XXXVIII, p. 890).
La suppression de l'urine qui peut se produire dans certains cas d'intoxication suraiguë est rarement assez complète pour empêcher absolument cette détermination. Un autre indice de l'élimination est fourni par la présence dans l'urine de produits anormaux, notamment de glycose, et mieux encore de l'albumine et des cellules épithéliales exfoliées des canalicules des reins, ou bien encore de produits de synthèse, tels que l'acide urochloralique, qui apparaît dans l'urine après l'ingestion de chloral. Tardieu et Lassaigne ont montré, et c'est là un fait
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très-imporlant pour la question qui nous occupe, que l'élimination s'exerçait seulement sur les substances ingére'es accidentellement et non sur celles qui sont normalement contenues dans les organes (Annales d'hygiène et de médecine légale, 1854, 2« série, t. 111, p. 215).
A côté du rein, la muqueuse pulmonaire occupe encore une place importante dans l'élimination des substances toxiques : son pouvoir exosmotique et sa surface considérables, ses rapports intimes avec le plus riche réseau capillaire de l'économie, en font un organe parfaitement disposé pour l'élimination des substances toxiques, gazeuses et volatiles : mais cette voie d'expulsion ne peut être le plus souvent d'aucune utilité pour les recherches toxicologiques, par suite de la rapidité même de l'élimination.
Les glandes intestinales constituent encore des organes importants d'élimination : ici le phénomène se complique d'un mouvement d'exosmose de la muqueuse dont les raisons sont encore mal définies. Aussi l'analyse des déjections diarrhéiques pourra-t-elle amener le plus souvent à des résultats probants et confirmatifs de ceux obtenus par l'analyse des vomissements et de l'urine.
A vrai dire, d'ailleurs, tous les organes de l'économie concourent dans une certaine mesure à l'élimination des substances toxiques, et il semble que tous les tissus emploient leur vitalité à se débarrasser des produits anormaux qui entravent leur évolution naturelle. On observe d'ailleurs, relativement à l'élimination, une sorte d'électivité comparable à celle que nous avons signalée plus haut relativement à l'action des poisons. C'est ainsi que les sels métaUiques s'éliminent principaleme7it ^av la bile; l'iodure de potassium, par les urines ; le chlorate de potassium, par la salive; l'acide sulfhydrique et l'arsenic, parla peau, etc., etc., sans que l'on soit arrivé jusqu'ici à trouver de ces faits une raison, même hypothétique, satisfaisante.
En outre, les diverses substances toxiques éliminées de l'organisme subissent, au moins pour certaines d'entre elles, des transformations dont l'étude est encore fort peu avancée, bien qu'elle présente le plus grand intérêt. Tandis que certaines substances semblent traverser l'économie sans éprouver de modifications, puisqu'il est possible de les retrouver intactes dans les différents produits au sein desquels elles sont éliminées, d'autres éprouvent durant leur trajet des modifications parfois telles que leur existence ne saurait être soupçonnée à un premier examen. Ces modifications peuvent, pour beaucoup de cas, être ramenées à deux processus diamétralement opposés : l'oxydation, la réduction. C'est ainsi que les sels à acides organiques sont transformés en carbonates ; les sulfures, hyposulfites, sulfites, en sulfates; les hypophosphites, phosphites, en phosphates, par suite d'une oxydation, tandis que les hypochlorites, chlorites, iodates, etc. , etc. , sont transformés, par réduction, en chlorures, iodures, etc., etc., le ferricyanure de potassium en ferrocyanure, l'indigo bleu en indigo blanc. D'autres composés subissent des métamorphoses encore plus profondes et donnent naissance à des produits de synthèse par suite de leur combinaison à des composés normaux' de l'organisme : c'est de la sorte que les acides benzoïques, quinique et cinnamique, passent à l'état d'acide hippurique, l'acide salicylique à l'état d'acide salicylurique, par suite de leur combinaison avec le glycocolle; que le chloralse transforme en acide urochloralique ; le phénol, l'essence de térébenthine, en acides sulfoconjugués. Certains composés minéraux éprouvent des dédoublements très-complexes : les iodures de plomb, de mercure, d'ar<^ent,
donnent naissance à de l'iodure de sodium et à des combinaisons indéterminées du métal avec les matières albuminoïdes. Nous avons signalé dans nos recherches sur l'élimination du plomb par l'urine chez les saturnins {Arch. de physiologie, 2^ série, t. VII, 1880) l'exitsence, dans cette excrétion, d'une combinaison albuminoïde plombique; et l'on connaît, d'autre part, des composés mieux définis de mercure avec l'albumine et les peptones.
La plupart des alcaloïdes et corps analogues, ainsi que des matières colorantes végétales et un grand nombre de sels métalliques, passent dans l'économie sans subir de transformations, ou tout au moins la nature de ces transformations ne s'est-elle pas manifestée jusqu'alors d'une façon qui permît de l'apprécier à l'aide de nos moyens actuels d'investigation. C'est principalement par l'étude du passage et la recherche dans la sécrétion urinaire des substances étrangères à l'organisme que nos connaissances relatives à cette question ont pu se constituer : malgré leur insuffisance, elles peuvent rendre encore certains services.
Nous pouvons donc maintenant poser à titre d'indications générales les conclusions suivantes relativement aux organes dans lesquels devront être principalement recherchées les diverses substances toxiques •..
Toxiques minéraux non volatils. Foie, tissu nerveux, tissu spongieux des os.
Toxiques minéraux volatils. Sang, tissu nerveux, foie, voies respiratoires.
Anesthésiques. Tissu nerveux, foie, sang.
Alcaloïdes végétaux et composés analogues d'origine végétale ou animale. Foie, rate, reins, contenu de l'intestin et de l'estomac.
De plus, et quoique cette opération conduise parfois à des résultats négatifs, on devra, dans tous les cas, soumettre aux recherches chimiques l'estomac les intestins et le contenu de ces viscères. L'examen du sang et de l'urine ne devra également jamais être négligé lorsqu'on aura pu se procurer ces liquides.
5° Cas où une substance toxique aurait été introduite après la mort. Dans les recherches médico-légales suscitées par certains cas de mort, il peut se présenter une circonstance nécessitant de la part de l'expert chargé des investigations toxicologiques toute l'habileté et toute la circonspection possibles. Nous voulons parler de l'hypothèse d'après laquelle une substance toxique aurait été introduite après la mort, soit pour faire croire à un empoisonnement accidentel, soit pour masquer les effets d'une autre substance toxique employée durant la vie. Si la substance vénéneuse avait été introduite dans les organes aussitôt après la mort, lorsqu'il existait encore un reste de circulation et que le relroidissement du cadavre n'était pas complet, il pourrait s'être produit un commencement de diffusion de cette substance dans l'économie, surtout s'il s'agissait d'un toxique assez rapidement absorbable ; et, dans ce cas, la recherche chimique serait impuissante à déterminer si le poison n'a pas été effectivement la cause de la mort. 11 faut toutefois reconnaître que cette condition est sinon impossible, du moins tellement difficile à réaliser, que l'on ne peut guère avoir à compter sur un semblable concours de circonstances. Cela nécessiterait en effet le choix d'une substance toxique dont les effets devraient se confondre avec les symptômes observés avant la mort, et d'autre part, pour que l'introduction frauduleuse de cette substance ne laissât pas de traces, il faudrait qu'elle coïncidât presque avec la cessation de la vie. Si l'introduction du toxique a eu lieu un temps plus ou moins long après la mort, toute absorption et par suite toute diffusion est devenue impossible : ce n'est plus que par imhihition que la sub-
lOe EMPOISONNEMENT.
stance vénéneuse peut pénétrer de proche en proche. Alors interviennent avec fruit nos connaissances relatives à la localisation du composé toxique, et les recherches chimiques peuvent démontrer avec certitude que le poison n'a pas été ahsorhé, puisque sa répartition dans l'organisme ne répond pas à ses modes de localisation et d'élection. On voit donc que, bien qu'assez délicate, la solution des deux cas précédents peut être obtenue avec quelque certitude ^
11 n'en serait pas de même, si, dans le but de masquer un empoisonnement réel, le criminel avait fait absorber, pendant la vie, à sa victime, une substance vénéneuse dont les effets viendraient troubler en quelque sorte le tableau des symptômes d'intoxication afférents au premier poison, de façon à dérouter l'observation clinique et à compliquer les résultats de l'investigation toiicologique. En admettant que la recherche chimique mît en évidence avec la plus parfaite certitude l'existence de deux substances vénéneuses différentes, il serait dans certains cas bien difficile, sinon même tout à fait impossible à l'expert, de se prononcer ; et c'est dans les circonstances du fait qu'il faut alors chercher des éclaircissements capables de conduire à une solution satisfaisante. On a signalé, par exemple, l'adniinistration de champignons vénéneux pour dissimuler un empoisonnement et dans le but de faire croire à un empoisonnement accidentel.
D'autres fraudes peuvent encore être mises en œuvre pour embarrasser ou dérouter les recherches ; telles sont : la suppression ou la substitution des déjections ou des matières des vomissements, ou bien encore l'addition à ces substances de produits toxiques quelconques différents de celui qui a déterminé la mort. Nous ne pouvons que signaler ici les différentes circonstances dans lesquelles l'expert peut se trouver amené à effectuer ses recherches, leur discus-
* On doit à Matteucci quelques expériences fort intéressantes qui confirment lesremarques que nous venons de faire. Une grenouille est immergée pendant quelques heures dans une solution de prussiate de potasse, mais seulement par les extrémités inférieures. L'animal retiré du liquide est lavé avec soin au moyen d'eau distillée, puis coupé en morceaux. Il est facile de prouver que la solution de prussiate a pénétré tout l'organisme. Quel que soit le point des viscères ou des tissus que l'on touche avec une baguette de verre imprégnée d'une solution de chlorure ferrique, partout apparaît une tache bleue, mais plus ou moins intense. L'absorption ayant pu s'effectuer pendant un long temps, la substance absorbée a pénétré partout, mais en proportion variable avec son affinité élective pour chacun des organes et avec l'intensité de l'irrigation sanguine. Une autre grenouille, plongée également par ses extrémités inférieures dans une solution de prussiate de potasse, puis tuée au bout de quelques instants, et au sein de laquelle on recherche la présence du prussiate dans les viscères et les tissus, en laisse à peine caractériser des traces dans la masse musculaire des jambes et des cuisses, tandis que le cœur ou le poumon, touchés avec le chlorure ferrique, en fournissent les signes les plus marqués. Dans ce cas, la substance étrangère est contenue dans le sang et n'a pas encore pu se répandre et se localiser dans l'oganisme.
Une troisième grenouille, morte depuis quelques instants, est immergée dans la même solution, de la même manière que les précédentes et pendant le même temps que la première. Lorsqu'on vient à étudier la répartition du prussiate dans les divers organes, on s'aperçoit que le poumon et le cœur n'en fournissent pas une quantité plus considé'rable que toute autre partie de la grenouille. La solution s'est introduite par simple imbibition, phénomène qui s'observe également aveo la grenouille vivante, comme le prouve la première expérience, mais qui, dans ce cas, est accompagné d'une absorption par le sang et d'une localisation du sel dans certains tissus.
La seconde expérience prouve de la façon la plus indiscutable l'absorption par le sang de la substance étrangère et sa répartition dans l'organisme au moyen de cette humeur, absorption indépendante de l'imbibition, puisque le poumon et le cœur, organes fortement irrigués, renferment des quantités de prussiate infiniment plus considérables que les muscles des jambes et des cuisses, bien que ces dernières parties fussent beaucoup plus voisines du point d'immersion.
sion n'étant plus du domaine de la toxicologie chimique ; ce que nous voulons seulement mettre en évidence, c'est que dans l'étude délicate de ces questions l'investigateur doit s'attendre à toutes les surprises et à toutes les difficultés. 11 ne suffit pas en effet de retrouver un poison dans des organes ou des déjections pour pouvoir admettre que ce poison a été capable d'occasionner la mort. iNous allons exposer les diverses questions auxquelles l'expert doit répondre et il faut toujours s'attacher à démontrer que le poison retrouvé a seul occasionné la mort; pour cela, il faut que l'on puisse établir la concordance entre les symptômes observés pendant la vie et ceux que détermine la substance toxique isolée, et que, de plus, cette substance toxique ait été isolée en quantité suffisante pour justifier l'intoxication.
Vil. Questions à résoudre par l'expertise. Il nous reste à indiquer brièvement les questions médico-légales qui peuvent être soulevées dans un débat judiciaire à propos d'un empoisonnement et la manière de les résoudre.
Première question. La mort est-elle le résultat d'un empoisonnement? Les commémoratifs, les symptômes présentés par la victime, les lésions anatomiques et par-dessus tout l'analyse chimique et, le cas échéant, l'expérimentation physiologique, permettront de résoudre cette question, sans contredit la plus importante.
Deuxième question. Quel a été le poison employé? Cette seconde question regardée à tort comme capitale par une certaine école qui voulait que, avant tout, le médecin expert fut chargé de mettre en évidence le corps du délit, ne doit passer qu'en seconde ligne. Si Ton nous dit que l'expert doit, autant que possible, rechercher et isoler la substance toxique, qu'il doit même, autant que possible, la déceler par des réactions connues et devenues, pour ainsi dire, classiques en médecine légale, nous en convenons sans difficulté. Mais ce que nous ne pouvons admettre, c'est que l'empoisonnement ne puisse être démontré qu'en mettant sous les yeux le corps du délit, qu'en en démontrant l'existence au moyen des réactifs chimiques. Certains symptômes spécifiques qui n'appartiennent qu'à certains poisons, tels que les corrosifs et les irritants, les réactions physiologiques propres à quelques autres, fournissent des preuves tout aussi légitimes.
Troisième question. La substance employée pouvait-elle donner la mort? Nous nous sommes déjà longuement expliqué sur les conditions d'action des poisons, nous avons montré entre autres que telle substance vénéneuse par elle même pouvait être plus ou moins neutralisée par l'influence des milieux et que, par contre, des substances inertes ou relativement innocentes pouvaient en se transformant devenir des poisons violents. Tout ce que nous avons à dire ici, cest que, pour établir qu'il y a eu empoisonnement criminel, il faut que la substance administrée ait été primitivement un poison ou qu'elle le soit devenu. Une femme, dans l'intention d'empoisonner son mari, lui administre une grande quantité de limaille de cuivre pure, qui naturellement reste sans effet; évidemment il n'y a pas là les conditions essentielles d'un empoisonnement ; un mari pour empoisonner sa femme lui fait boire de l'acide sulfurique dans du vin, 1 acide transformé en sulfate de potasse reste sans action, le mari est acquitté (Devergie) ; par contre, de véritables empoisonnements ont été produits par l'administration d'antimoine métallique mis en poudre et ayant séjourné longtemps dans du vin.
Ce sont là des cas extraordinaires ; le plus souvent l'expert n'aura à se prononcer que sur les propriétés de la substance employée, à dire si elle est vénéneuse ou non.
Quatrième question. A quelle dose la substance employée est-elle capable de donner la mort? Une dose suffisante a-t-elle été administrée? Cette question dans beaucoup de cas pourrait être considérée comme le corollaire de la précédente. La diffusion du poison dans tout l'organisme, son inégale répartition dans tous les organes, son élimination en partie ou en totalité, en rendent la solution presque toujours difficile et le plus souvent impossible. Aussi Tardieu fait-il remarquer que la solution de la première est et doit rester complètement indépendante de la seconde. Mais il veut, contrairement à Orfîla, que le médecin expert s'attache, d'une manière approximative, à déterminer la dose à laquelle la substance administrée devient toxique, et à dire toutes les fois qu'il le peut, non pas quelle a été la quantité administrée, mais si, d'après la quantité recueillie, la dose a été suffisante pour déterminer la mort. Telle est, en effet, la ligne de conduite indiquée par la raison, ligne de conduite tellement naturelle qu'Orfila lui-même, après avoir posé en principe absolu que le médecin ne doit dans aucun cas répondre à cette question, est obligé de reconnaître trois cas dans lesquels la question de la dose a dans la pratique médico-légale une réelle importance : 1° lorsque la quantité retrouvée est très-considérable et assez importante par elle-même pour dénoncer l'intention homicide ; 2° lorsqu'il y a lieu de distinguer si la substance toxique a été administrée comme médicament ou comme poison; o° enfin lorsqu'il s'agit de substances qui entrent naturellement, mais en très-petite quantité, dans la structure intime du corps et dont la proportion extraite des organes peut, jusqu'à un certain point, révéler l'origine.
Cinquième question. L'empoisonnement peut-il avoir eu lieu et le poison a-t-il pu disparaître sans qu'on en retrouve la trace? Après combien de temps? Cette question doit être envisagée à deux points de vue différents, suivant qu'il s'agit du cadavre frais ou du cadavre ancien et ayant déjà subi une décomposition plus ou moins complète.
On sait que les poisons ne séjournent dans nos organes que pendant un temps limité, variable pour chacun d'eux. Leur élimination elle-même n'a qu'un temps limité. Quoique la durée de ce séjour ou de cette élimination soit encore trop imparfaitement connue, il n'en est pas moins yrai que les notions que nous possédons sur quelques-unes des substances toxiques peuvent être d'un grand secours, en nous révélant, principalement dans les urines, le passage du poison.
Lorsque la victime a survécu assez longtemps pour que le poison ait été entièrement éliminé, le médecin-expert n'a plus pour se guider dans ses appréciations que l'histoire des symptômes et les lésions anatomiques dont la durée peut être très-longue et les traces quelquefois ineffaçables.
Mais le côté le plus important de la question, comme le fait remarquer Tardieu, consiste à savoir ce que devient la substance vénéneuse dans le cadavre, si elle y reste, si elle s'y transforme, si elle s'y détruit, si elle résiste ou si elle obéit aux modifications qui s'opèrent après la mort au sein de la matière organisée et dans le milieu où reposent les restes de l'homme.
« Les différentes substances vénéneuses, ajoute Tardieu, ne se comportent pas de la même façon... la nature inorganique ou organique doit nécessairement inûuer sur leur manière de réagir. Les substances minérales résistent indéfini-
ment, mais elles n'échappent pas à des transformations dont les unes ont pour résultat de les fixer dans des combinaisons stables oii la chimie saura toujours déceler leur présence, dont les autres, au contraire, en les rendant solubles, les exposent à être entraînées hors des débris du corps en décomposition. L'ammoniaque qui se produit dans la putréfaction est la base de ces combinaisons. Mais la lenteur avec laquelle elles se forment, le temps plus long encore qu'il faudrait pour leur dissolution complète dans les conditions ordinaires d'inhumation des cadavres, laissent assez de marge pour qu'il soit permis de dire que, même après plusieurs années, et tant qu'il reste quelques parties du corps, la chimie peut y retrouver des traces des poisons minéraux. »
Parmi les substances organiques, la plupart de celles qui sont le plus souvent employées comme agents vénéneux, les alcaloïdes, résistent quelquefois avec une fixité vraiment remarquable. Mais les lois et les conditions qui président à cette fixité ou à leur décomposition ne sont pas encore assez connues pour qu'on puisse rien préciser.
Sixième question. La substance vénéneuse extraite du cadavre peut-elle provenir d'une source autre que l'empoisonnement? Beaucoup de sources ont été indiquées et sont toujours invoquées par la défense qui pourraient donner lieu à la pénétration d'une substance vénéneuse dans les organes de la victime, en dehors de tout empoisonnement. Un morceau de papier peint, un débris de boiserie jeté par raégarde dans le cercueil, la peinture d'une table sur laquelle aurait reposé le cadavre, les vases dans lesquels auraient séjourné les restes, uu plancher souillé par les opérations d'un photographe, voilà autant de causes d'erreur qui ont été invoquées et qui ne prouvent qu'une chose, c'est l'attention que doit prêter l'expert aux moindres détails de l'autopsie et de l'exhumation, afin d'être toujours en mesure de réfuter des allégations de cette nature.
Mais arrivons à des objections plus sérieuses, sinon au fond, du moins en apparence :
1" Les réactifs n'étaient pas purs. Il suffit, pour parer à cette objection, de s'assurer avec soin de leur pureté.
2° Pendant la maladie, des médicaments ont été employés qui contenaient des substances vénéneuses. Les renseignements recueillis avec soin sur la nature de celte médication, la recherche des formules qui ont été employées, la détermination aussi exacte que possible delà quantité de substance toxique employée, en ayant soin de comparer les effets qu'elle a pu déterminer avec ceux qui ont été constatés chez la victime, la dose qui a été administrée avec la quantité de poison décelé par l'analyse chimique, tels sont les éléments du diagnostic médicolégal. Quant aux substances qui auraient été employées comme médicaments longtemps avant la mort, il ne saurait y avoir d'erreur.
5° L'embaumement pratiqué avec un liquide contenant des substances toxiques étant interdit par la loi ne saurait être invoqué. Il suffirait du reste de la plus simple inspection pour ne pas laisser échapper cette particularité.
4° L'imbibition cadavérique s'opérant de dehors en dedans peut-elle introduire dans le cadavre des substances vénéneuses et faire croire ainsi à un empoisonnement? La présence dans la terre de certains cimetières de composés arsenicaux a pu porter à croire que ces composés dissous et entraînés par les eaux pluviales pourraient venir infiltrer le cadavre et en imprégner les débris. Sans doute, la chose n'est pas impossible. Mais il faut que cette espèce d'imprégnation soit bien rare pour que, depuis plus de vingt-cinq ans que l'attention
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est éveillée sur ce point, rien de pareil n'ait été constaté; on ne devra cependant pas négliger, pour éviter toute chicane, d'enlever quelques parcelles de la terre qui est en contact avec le cadavre pour en faire l'analyse chimique. Inutile d'ajouter qu'on devra en même temps recueillir de la terre à une certaine distance du cadavre pour l'examiner comparativement, la première pouvant avoir été atteinte par des produits provenant de la décomposition cadavérique ou même par des substances vénéneuses qui en seraient provenues.
5° La putréfaction cadavérique peut-elle donner naissance à des composés vénéneux?
Cette question est, depuis quelques années, définitivement résolue par l'affirmative. Les travaux de Selmi, Brouardel et Boulmy, Gabriel Pouchet, Armand Gautier, Bouchard, etc., ont démontré péremptoirement que des composés alcaloïdiques, dont la toxicité fort variable est pour certains d'entre eux extrêmement énergique, prennent naissance non-seulement sous l'influence des processus de la putréfaction cadavérique, mais encore durant la vie au cours de certaines maladies septiques (variole, fîè\Te typhoïde, choléra, etc.). Malgré le grand nombre de travaux dont ces composés, appelés ptomaïnes [voy. ce mot) par Selmi, ont été l'objet, nos connaissances à leur sujet sont encore bien incertaines, mais elles doivent dans tous les cas faire apporter relativement aux conclusions des recherches effectuées par la méthode de l'expérimentation physiologique seule les plus expresses réserves. Il faut même reconnaître que, dans ces conditions, l'expérimentation physiologique employée à l'exclusion de toute recherche chimique n'a plus aucune valeur, au moins dans la grande majorité des cas, et nous sommes d'avis que l'on n'est autorisé à conclure ai'ec certitude à l'empoisonnement par un alcaloïde que lorsque cette expérimentation physiologique est en complet accord avec les réactions chimiques pour révéler la présence de tel ou tel composé toxique. C'est dans ces conditions seulement que les causes d'erreur provenant de l'existence d'alcaloïdes cadavériques peuvent être écartées. îS'ous reviendrons d'ailleurs ultérieurement avec plus de détails sur cette question des ptomaïnes.
6" Quant à la présence, à l'état normal, dans le corps de l'homme, de certains métaux qui constituent des poisons énergiques, nous n'en dirons que deux mots. Le nombre de ces prétendus poisons normaux se réduit en réalité à deux, le cuivre dont la présence est presque absolument constante et le plomb qui ne se rencontre que très-rarement; ils sont intimement combinés avec nos tissus, et, en tenant compte de leur mode de localisation, la chimie n'éprouve pas la moindre difficulté à les distinguer des poisons ingérés et absorbés accidentellement.
Septième question. A quel moment a eu lieu l'ingestion du poison? Cette question a une grande importance en médecine légale. L'accusation et la défense sont également intéressées à ce qu'elle soit résolue; l'accusation pourra trouver dans sa solution des éléments qui la mettront sur les traces non-seulement du crime, mais encore du coupable ; la défense, de son côté, pourra en profiter pour établir un alibi ouàe toute autre manière. C'est dire avec quelle prudence le médecin légiste devra se prononcer; il est bien moins question en pareil cas de préciser les choses que de ne pas compromettre les intérêts de lu justice.
Si le poison a été administré en une seule fois, il sera possible de déterminer l'époque de l'administration d'après l'époque d'apparition des symptômes; mais il faudra tenir compte des conditions variées qui peuvent hâter ou retarder