‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.34Chapitre 3 sur 62 · ÉMÉTINÉ (chimie · texte numérisé non relu

ÉMÉTINÉ (chimie

E.1IBUTA-EIIIBO. Nom donné au Brésil au Petiveria tetrandra Gom., de la famille des Phytolpccacées. Pl.

EmERUS. Nom officinal donné à une sorte de séné bâtard fourni par le Coronilla Emerus L., de la famille des Légumineuses Papilionacées. Pl.

EMERY (Édouard-Félix-Étiekne). Médecin français, né à Lemps (Dauphiné), le 25 juin 1788. 11 entra, en 1808, au service médical de l'armée et prit part aux campagnes d'Espagne, d'Autriche et de Russie. Reçu docteur à Paris, en 1810, il passa à la garde impériale en 1814, fit les deux campagnes de France et quitta le service après la Restauration, pour se livrer à la pratique civile dans la capitale. Il collabora à plusieurs journaux de médecine et, en 1850, obtint contre Gerdy la chaire d'anatomie à l'École des Beaux-Arts, mois sa nomination déplut aux élèves, qui protestèrent en faveur de Gerdy, et son cours ne fut pas fréquenté. Quelque temps après, il fut attaché à l'hôpital Saint-Louis, puis nommé membre adjoint de la section de chirurgie de l'Académie de médecine, dont il devint en 1855 membre titulaire. Il a pris une part active aux travaux de cette savante compagnie, a fait partie de plusieurs commissions et a été notamment rapporteur de la commission des eaux minérales et de celle de vaccine qu'il présida en 1838. Depuis il a été chargé, en qualité de membre du conseil de salubrité publique, du service médical des filles publiques près la préfecture de police. Il mourut à Paris en mars 1856. Nous connaissons de lui :

I. Essai sur les différentes espèces de phtliisie pulmonaire. Thèse de Paris, 1810, 111-4°. — II. Réflexions sur la fièvre jaune. Paris, 1828, in- 8°. — III. Discours prononcé sur la tombe de Gros, au nom de l'École des Beaux-Arts. Paris, 1855, in-S". — IV. Rapport fait à l'Académie de médecine sur le mémoire relatif au traitement du pied-bot jjar la section du tendon d'Achille, par Bouvier, avec Blandin et Velpeau. Paris, 1857, in-8°. — V. De la teigne. Paris, 1841, in-8°. — VI. Divers mémoires sur Veczéma (1842), sur le lupus (1848), \epsoriasis (1849), puis une foule d'articles relatifs à la chirurgie, à l'hygiène publique et aux maladies de la peau, dans les Annales de la méd. physiologique de Broussais, les Archives générales de médecine, le Journ. des conn. médicales, le Journal général de médecine, le Journal universel et hebdomadaire de médecine, les Mémoires de la Soc. méd. d'émulation, la Revue médicale, etc. L. Hn.

ÉMÉTil\E. § 1. Chimie. L'émétiue est un alcaloïde découvert en 1817 par Pelletier et Magendie dans la racine d'ipècacuanha [Cephaelis ipecacuanha, Rubiacées) et auquel la racine d'ipècacuanha doit ses propriétés.

Préparatio>\ On débarrasse d'abord par l'éther la poudre d'ipècacuanha d'une matière grasse et odorante. On l'épuisé ensuite par de l'alcool bouillant. La teinture alcoolique mêlée avec un peu d'eau est soumise à la distillation, le résidu est séparé, par le filtre, d'un dépôt gras, puis on le fait bouillir avec de la magnésie, qui précipite l'émétine ; le précipité lavé avec de l'eau froide est dissous dans de l'acide chlorhydrique étendu et la solution est décolorée parle charbon animal, on filtre et l'on précipite l'émétine par l'ammoniaque.

L'émétine est rarement d'une blancheur parfaite, l'action de l'air la colore encore davantage, elle est un peu soluble dans l'eau froide, l'eau bouillante en dissout davantage, sa saveur est légèrement amère. Elle est à peu près insoluble dans l'éther, mais l'alcool la dissout très-bien. Ses solutions ont une réaction alcaline, et les sels qu'elle forme avec les acides sont incristallisables.

LuTZ.

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§ II, Emploi niédieal. C'est en 1817 que Magendie commença ses premières recherches sur les effets physiologiques de rémctine. Ces recherches ont été continuées par divers observateurs, parmi lesquels nous citerons : Pécholier (1862), Chouppe (1874), Polichronie (1874), etc. J'ai fait moi-même avec d'Ornellas, en 1873, une étude expérimentale de l'émétine qui a servi de base au travail de mon honoré confrère [De l'action physiologique de Vémétine, contrihution à V étude thérapeutique de Vipécacuanha. Paris, 1875).

I. Effets physiologiques, a. Locaux. En application sur la peau pourvue de son épiderme l'émétine n'a aucune action et surtout pas d'action irritante, mais au contraire elle excite vivement le derme mis à nu et les muqueuses, à la fiiçon de la poudre d'ipéca. Elle irrite la surface d'un vésicaloire, elle produit sur la conjonctive (expérience sur le chien) une inflammation qui peut aller jusqu'à la destruction complète de l'œil. Cependant, en solution au vingtième, elle est bien tolérée par le tissu cellulaire, chez l'homme ou chez les animaux d'expériences : grenouilles, lapins, chiens, etc.

b. Généraux. Les grenouilles supportent 5 milligrammes d'émétine; il y a seulement des troubles respiratoires, affaiblissement des mouvements volontaires, exagération des mouvements réflexes, etc. Elles sont tuées assez rapidement par 1 centigramme.

La respiration cesse avant l'arrêt du cœur, lequel a lieu toujours en diastole. Les troubles observés du côté de ce dernier organe commencent au ventricule, et les oreillettes cessent de battre les dernières.

Nous avons trouvé généralement l'irritabilité musculaire et la conductilité nerveuse conservées.

Les lapins sont sensibles à 3 centigrammes d'émétine; ils ne résistent pas à 10 centigrammes. Avec la première dose, quelques efforts comme de vomissement, car cet animal ; ne vomit jamais la respiration et la circulation d'abord légèrement accélérées, puis ralenties, léger abaissement de température ; quelquefois diarrhée, état fébrile avec une dose forte.

A haute dose, l'émétine tue rapidement le lapin. On note alors comme effets principaux une résolution musculaire complète, convulsions dans le train postérieur; affaiblissement progressif de la respiration et de la circulation, abaissement de la température, l'animal succombe.

Le cœur s'arrête en diastole et reste excitable quelque temps encore après la mort.

Les chiens soumis à l'action de l'émétine en injection sous-cutanée vomissent simplement quand la dose n'est que de 4 centigrammes; ils sont rendus malades par 6 centigrammes et tués en moins de deux heures par 24 centigrammes, tandis que le poison qu'on leur ingère dans l'estomac n'arrive qu'à les faire vomir, quelle que soit la dose, car il est rejeté très-vite.

L'action émétique s'obtient généralement au bout d'une demi-heure; elle peut être suivie d'effets cathartiques.

Les symptômes d'action toxique sont, du reste, sensiblement les mêmes que chez les précédents animaux : les doses fortes amènent une succession rapide de vomissements; les faibles, des vomissements abondants, mais moins violents, et avec les doses répétées on produit une intoxication lente.

Les lésions anatomo-pathologiqiies généralement observés ne sont bien marquées que si la mort n'est pas survenue trop rapidement.

Magendie le premier signala l'hépalisation du poumon chez les animaux tués

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par l'émétine. Nous avons vérifié nous-même ce fait, quand, dis-je, l'animal avait résisté quelques jours. Les altérations pulmonaires vont d'ailleurs de la congestion simple du parenchyme à son inflammation. Il n'est pas rare de rencontrer de légers infarctus hémorrhagiques en différents points de l'organe. Pécholier, au contraire, dans l'empoisonnement rapide, a trouvé les poumons pâles et exsangues.

Les altérations du tube digestif sont plus constantes et d'une évidence parfaite. Elles consistent en une hyperémie plus ou moins considérable de la muqueuse, en inflammation, ulcération même de cette muqueuse. Le plus souvent, c'est dans l'estomac et la première moitié de l'intestin grêle que siège surtout l'altération, mais j'ai vu cependant la muqueuse du rectum très-enflammée.

En définitive, il s'agit toujours d'inflammation à toutes ses pliases, depuis le degré le plus simple, la congestion, jusqu'au gonflement excessif et à l'ulcération. J'ai presque toujours vu les glandes de Peyer intactes, alors qu'autour d'elles la muqueuse était profondément affectée.

Dans l'estomac, la congestion siégeait au niveau du grand cul-de-sac et au pylore.

Les altérations du foie et des reins sont probables, mais n'ont guère été étudiées au microscope. Pécholier s'est assuré que dans le premier le sucre a disparu, et j'ai vu que l'épithélium des tubuli rénaux était parfois granulograisseux, sans que l'urine ait été altérée.

L'expérimentation chez Vhomme a été des plus sommaires. L'action émétique a surtout été recherchée. On la détermine en administrant la substance médicamenteuse en injection sous-cutanée, ou bien en la faisant prendre par la bouche. Dans ce dernier cas, l'effet est beaucoup plus rapide : il est acquis en vingt minutes au lieu de quarante-cinq, avec des doses de 50 à 40 centigrammes.

La température axillaire s'abaisse fort peu, tandis que (d'Ornellas) la chaleur peut s'élever dans le rectum, comme chez les animaux.

Nous pouvons maintenant à l'aide des données expérimentales qui précèdent déduire les effets principaux de l'émétine sur les grandes fonctions.

La circulation, la respiration, sont manifestement modifiées par elle : tout d'abord un peu stimulées et bientôt ralenties parallèlement. Avec les doses faibles la réaction ne tarde guère à se faire sentir et tout rentre dans l'ordre normal ; avec les doses fortes, ces fonctions sont supprimées, le cœur restant Vultimum nioriens. La pression sanguine s'abaisse passagèrement sous l'influence des doses minimes et définitivement quand les doses sont toxiques (PodAvyssotzki) . Polichronie refuse à l'émétine toute action vaso-motrice.

La calorification n'est que médiocrement atteinte par les doses faibles une fois données, mais elle est exaltée par ces mêmes doses répétées. Alors la température s'élève plutôt dans le rectum : il y a là une sorte de fièvre locale peutêtre en rapport avec les altérations gastro-intestinales si communes dans l'empoisonnement lent par l'émétine. Le plus souvent, au contraire, la température périphérique s'abaisse légèrement. Dans l'intoxication violente, la température baisse considérablement jusqu'à la mort.

Vappareil digestif est en quelque sorte le lieu d'élection des effets de l'émétine. Les vomissements, la diarrhée, sont les phénomènes les plus saillants de l'empoisonnement par cet alcaloïde, et on les observe, quel que soit le mode d'administration. Toutefois, l'action émétique est plus rapide chez les animaux.

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qui vomissent quand la substance est ingérée par l'estomac, et, de plus, la diarrhée résulte plutôt de l'emploi des doses faibles et répétées que des doses massives.

Les vomissements sont bilieux, muqueux; les selles sont diarrhéiques, bilieuses et parfois sanguinolentes (un lavement à l'émétine produit de la diarrhée).

Dans l'intoxication chronique, les animaux perdent l'appétit et s'amaigrissent considérablement. Ils succombent bien manifestement par suite des altérations graves de la muqueuse gastro-intestinale.

Le système nerveux est certainement très-affecté par l'émétine, mais il est assez difficile, dans l'état actuel de la science, de bien comprendre comment il est modifié. Voici toutefois les principaux faits. Deux phénomènes en quelque sorte paradoxaux s'observent après l'administration de l'émétine. D'une part tous les muscles qui peuvent concourir à l'acte du vomissement sont stimulés vivement jusqu'à la convulsion, et d'autre part les muscles de la vie de relation en dehors de cet acte spécial sont parésiés à ce point qu'un animal peut être plono-é dans la résolution musculaire la plus profonde lors de Vémétisme.

Les muscles striés conservent leur irritabilité, les nerfs moteurs ont gardé à peu près intacte leur excitabilité : il faut donc admettre que les centres nerveux sont surtout atteints par le poison. Je localiserais volontiers son action dans la moelle, sur les cordons moteurs et dans le bulbe rachidien : 1° en raison de ce fait que l'émétine fait cesser les convulsions produites par la strychnine et l'acide phénique (or, on sait que le tétanos strychnique est d'origine médullaire, et je crois avoir démontré que les convulsions du phénisnie résultent d'une influence bulbaire); 2" parce que sur une grenouille dont la moelle a été coupée au-dessous du bulbe l'injection d'émétine supprime immédiatement tout mouvement réflexe dans les quatre membres.

Les auteurs diffèrent d'opinion au sujet de l'influence que l'émétine peut avoir sur la sensibilité générale et sur les mouvements réflexes.

Tandis que dans nos. expériences avec dOrnellas nous avons trouvé la sensibilité généralement conservée ou peu affectée et les mouvements réflexes presque intacts ou parfois exagérés, dans l'intoxication par les doses peu élevées ou fortes nous voyons au contraire Pécholier signaler l'insensibilité de ses animaux et Podwyssotzki l'abolition du pouvoir réflexe. Je pense qu'il s'agit ici de divergences simples, tenant surtout à des questions de doses.

Quel est maintenant le mécanisme du vomissement produit par l'émétine ? Cette question a été, je crois, résolue par les expériences que nous avons faites avec d'Ornellas. Je démontrerai plus loin que l'émétine s'élimine à la surface de la muqueuse gastro-intestinale, à travers les glandes de cette muqueuse. Elle manifeste lors de cette élimination les qualités irritantes que nous lui connaissons, et c'est à l'excitation ainsi produite qu'il faut rapporter le premier acte de vomissement : l'excitation à vomir. Celle-ci est transmise à travers les nerfs de l'estomac jusqu'au bulbe, au centre vomitif, d'où elle se réfléchit à travers la moelle aux muscles qui concourent au phénomène du vomissement. Le conducteur de l'impression reçue par l'estomac n'est autre que le nerf pneumogastrique, car, lorsqu'on coupe les deux nerfs vagues chez un animal et qu'on lui injecte de l'émétine sous la peau après le temps de repos nécessaire pour faire disparaître les vomissements que produit cette section, le poison n'a plus son action spéciale. Telle est la règle ; mais nous devons

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dire que cette action s'est produite quelquefois malgré la résection des nerts pneumogastriques, ce qui tendrait à prouver qu'il existe d'autres conducteurs que les expansions gastriques du nerf vague, ou bien encore que le centre vomitif est directement influencé, etc. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner ces délicates questions.

J'ai dit plus haut que l'impression faite sur l'estomac par l'émétine était transmise jusqu'au bulbe, d'oîi elle se réfléchissait, etc. On admet, en effet, aujourd'hui, que le centre nerveux du vomissement se trouve dans le bulbe, non loin du centre respiratoire (Lauder-Brunton, Grasset, etc.).

Enfin le conducteur de l'action réfléchie est bien la moelle, car une section de celle-ci dans sa portion cervicale met obstacle au vomissement par l'émétine (Chouppe).

Voies cl élimination. Dans nos expériences avec d'Ornellas, l'estomac, les intestins, le foie, ont été broyés et traités à froid et à chaud par l'alcool et l'éther (Méhu). On put en tirer ainsi un extrait alcoolique, éthéré, qui renfermait évidemment de l'émétine, ainsi que le prouvèrent les recherches chimiques ordinaires et surtout les expériences physiologiques que nous fîmes sur des pigeons. Ces oiseaux vomirent sous l'influence d'une injection hypodermique de l'extrait de foie et succombèrent. L'extrait d'intestin les tua sans provoquer toujours des vomissements.

De sorte que vraisemblablement l'émétine s'accumule dans le foie plus que dans l'intestin. Celui-ci l'élimine d'ailleurs rapidement avec les fèces où il faudrait la rechercher.

La bile renferme-t-elle le poison? C'est ce qui n'est pas établi, mais la bile augmente de quantité pendant son action. L'émétine est certainement cholagogue, comme l'ipécacuanha d'ailleurs, ainsi qu'il résulte des expériences de Rutherford et Vignal.

Le sang, les reins, ne paraissent pas receler l'émétine, ou du moins leurs extraits n'ont pas fait vomir les pigeons de nos expériences.

Enfin Chouppe et Polichronie déclarent l'avoir retrouvée dans la salive.

Substances antagonistes. Les opiacés constituent les meilleurs antagonistes de l'émétine, et nous pouvons en rapprocher nos agents antiémétiques ordinaires.

Faut-il admettre avec Grasset et Amblard l'antagonisme de l'atropine vis-à-vis du principe de l'ipéca? Je ne le crois pas, car ces expérimentateurs n'ont en réalité démontré que ce fait, à savoir qu'un cœur de grenouille stupéfié par l'émétine peut se remettre à battre quand on le traite par une solution d'atropine.

II. âpplicâtioîjs thérapeutiques. Ce sont celles de l'ipécacuanha [voy. ce mot). L'émétine est certainement le principe actif de ce médicament et peut le remplacer, je crois, dans toutes ses applications. Toutefois l'avantage d'une pareille substitution peut être contesté.

J'ai dit plus haut que l'émétine faisait cesser le tétanos strychnique. Peutêtre pourrait-on dans un cas d'empoisonnement par la strychnine l'employer comme antidote, dans le double but de débarrasser les voies digestives du poison et de combattre ses effets convulsivants?

Quoi qu'il en soit de la valeur de l'émétine comme agent thérapeutique, nous devons en faire connaître le mode d'administration.

III. Modes d'admi-ntstration et doses, Magendie a donné dans son Formu-

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laire diverses préparations d'émétine que nous allons reproduire ici. Il y faisait entrer tantôt l'émétine brune ou colorée, substance impure, tantôt l'émétine blanche, cristalline, d'une énergie beaucoup plus considérable.

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