VIN ÉMÉTIQUE
Tartre stibié i gramme.
Vin de Malaga 300 —
POMMADE d'aUTENRIETH
Émétique porphyrisé 10 grammes.
Axonge 50 —
La limonade tartro-stibiëe est formée de 50 grammes de crème de tartre soluble pour 400 grammes de limonade citrique. Purgatif agréable.
La poudre de Tribus, dite poudre Cornachine, renferme parties égales de scammonée, de crème de tartre soluble et d'antimoine diaphorétique. On l'emploie comme purgatif à la dose de 1 gramme. Bourgoin.
§111. Applications médicales. HISTORIQUE. La découverte de l'émétique remonte très-probablement au commencement du dix-septième siècle. Si elle existait en germe dans la fameuse poudre cornachine de Dudley, dont la formule fut publiée en 1620 par Cornachinus, car il entrait dans sa composition, outre la scammonée, du sulfure d'antimoine et du tartre, il est juste cependant de reconnaître que l'honneur d'avoir préparé pour la première fois ce sel en nature appartient réellement à Mynsicht (1631).
Depuis sa découverte jusqu'à la fin du dix-septième siècle, l'histoire de l'émétique nous offre les péripéties les plus extraordinaires. Je ne connais pas ea effet de médicament ayant subi de plus étranges fortunes. Apprécié par les uns ou vanté comme un remède héroïque, il fut considéré par d'autres comme le plus dangereux des poisons, qu'il fallait à tout jamais bannir de la thérapeutique.
Comme l'antimoine {voy. ce mot) il subit l'action des deux décrets de la Faculté de Paris (1566 et 1615), autorisés de la cour de Parlement, lesquels condamnaient formellement son emploi dans les maladies. Et il dut attendre
ÉMÉTinUE (emploi médical). 23
jusqu'au 16 avril 1666 pour se voir réhabiliter par celte même Faculté qui, un siècle auparavant, avait proscrit les préparations antimoniales. Qui ne se rappelle d'ailleurs les vers de Boileau :
On compterait plutôt combien dans un printemps Guénaut et l'Antimoine ont fait mourir de gens.
Il me paraît inutile de faire entrer dans ce court historique le récit, même fort abrégé, de la lutte célèbre entre les partisans et les adversaires de l'antimoine, car en abordant un pareil sujet nous aurions à quitter trop souvent le domaine de la science pour celui de la fantaisie. On peut juger déjà de sa nature par les quelques titres suivants des ouvrages qui naquirent de cette controverse : Ciirrus triiimphalis antimonil, fratris Basil i Yalentini, 1846. — U antimoine justifié et V antimoine triomphant, par Eusèbe Renaudot, 1652-1655. — Rabatjoie de l'antimoine triomphant ou examen de l'antimoine justifie', par maître Jacques Perreau, 1654.
Les lettres de Guy Patin nous montrent encore à quel degré de violence la discussion en était arrivée entre les médecins à propos de l'emploi de l'émétique. Ce célèbre écrivain n'avait pas assez de traits mordants pour accabler « la troupe stibiale ou stygiale )). C'est ainsi, par ce mauvais jeu de mots rappelant le célèbre fleuve des Enfers, le Styx, qu'il désignait les médecins, ses confrères, prescrivant l'émétique.
Enfin le calme se fit pendant le dix-huitième siècle, et il nous faut arriver au commencement du dix-neuvième, pour voir de nouveau célébrer les merveilleuses vertus de l'émétique. C'est de 1799 à 1809 que les travaux fameux de Rasori rappelèrent sur lui l'attention des médecins. De là date son histoire moderne dont les principaux traits vont figurer dans cet article.
I. Effets physiologiques. L'émétique, souvent appelé aussi : tartre stibie', tartre e'métique, tartrate d'antimoine et de potasse, etc., cause sur les tissus une action spéciale que nous allons d'abord étudier.
a. Action topique. Sur la peau encore pourvue de son épiderme, l'émétique a une action irritante et douloureuse toute particulière, certaine, mais souvent assez lente à se manifester, qui consiste dans la production de boutons dont le développement et l'apparence rappellent ceux de la varicelle ou même de la petite vérole. Parfois encore la pustulation stibiée est plutôt analogue à celle de l'ecthyma, d'où son nom à'ecthijma stibie [ecthyma stibiatum), qu'on trouve dans les auteurs. Ces boutons, ombiliqués comme ceux de la vaccine ou de la variole, ont une évolution toujours la même : ils mettent quatre ou cinq jours à atteindre leur développement, puis se dessèchent peu à peu jusqu'à former une croûte; celle-ci tombe bientôt, laissant une tache rouge qui blanchit à la longue, et il restera là enfin une marque encore analogue à celle des affections varioliques.
Si la peau a été préalablement à l'application d'émétique déjà irritée par des piqûres de sangsues, par un vésicatoire, l'action topique est alors plus intense et rapide. L'éruption est confluente, fort douloureuse, et donne lieu à un écoulement séro-purulent. Parfois même il en est résulté de la gangrène (Piorry).
A la suite de pareilles applications, on a vu des effets généraux caractérisant l'absorption du médicament, le vomissement entre autres (Gendrin, Strambio, etc.).
On a décrit de plus une éruption stibiée secondaire sur la peau tout à fait
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analogue à celle que j'ai indiquée plus haut et consécutive à l'absorption du médicament; elle siégerait surtout sur les parties génitales, à la marge de l'anus, aux fosses nasales (Autenrietli) et à la région abdominale. Cette éruption est contestée par quelques auteurs; toutefois nous verrons plus loin, en rapportant les observations de miss Nunu sur l'action spéciale, élective, de l'éraétique, vis-à-vis de l'épiderme et de la couche de Malpighi, qu'un pareil effet n'est pas impossible.
Le siège des pustules stibiées primaires est surtout au niveau de l'ouverture des follicules glandulaires de la peau. Leur apparition est favorisée par les sécrétions acides, mais empêchée par les alcalines.
Du côté des muqueuses^ on constate la même éruption pustuleuse, fréquente dans l'intérieur de la bouche, au pharynx, chez les personnes qui ont pris du tartre stibié pendant quelque temps. Elle s'est produite aussi sur l'oesophage (Durand-Fardel, Eug. Bonamy) et jusque dans l'estomac et l'intestin.
On a décrit enfin sous le nom à'angine antimoniale une inflammation de la gorge dont la réalité a été mise en doute par Lepelletier, mais que j'ai constatée cependant chez un de mes malades. L'élimination de l'émétique par la salive rend cette manifestation possible.
Le mécanisme des éruptions stibiées provoquées n'est pas très-bien connu. Considérant que les solutions d'émétique n'attaquent pas la peau, Giacomini est d'avis que les cristaux seuls de ce sel irritent mécaniquement les tissus, comme le ferait une pommade au verre pilé. Cette opinion est discutable, car les pommades stibiées sont parfaitement énergiques. Or l'émétique ne s'y trouve pas toujours à l'état de cristaux.
b. Effets généraux. Chez l'homme l'action des petites doses a été recherchée par deux observateurs allemands, Meierhofer et Nobiling, qui, s'étant soumis à l'usage quotidien de doses variant de 1 milligramme à 1 centigramme prises progressivement, constatèrent les singuliers résultats que voici : humeur difficile, pesanteur de tête, abattement dans les membres, sensation de tiraillement et de déchirure dans les articulations, frissons, salivation, langue pâteuse, soif marquée, afflux de sang à la tête, somnolence, sommeil avec rêves pénibles, pouls fréquent et irrégulier, vertiges, éblouissements, face pâle et abattue, yeux enfoncés dans l'orbite et cernés, dysphagie et sécrétion pharyngée plus abondante.
A ces accidents s'ajoutèrent bientôt les suivants : appétit troublé, pesanteur à l'épigastre, douleurs vives à l'intestin, nausées, anxiété, bâillements fréquents, dyspnée, angoisse dans la poitrine et au cœur, ventre tendu, douloureux à la pression ; selles fréquentes, liquides, alternant avec la constipation, refroidissement cutané, battements de cœur affaiblis et ralentis, visage défait, prostration générale, amaigrissement.
Enfin, quand la dose de 1 centigramme fut atteinte : éructations, efforts pour vomir, selles fréquentes, liquides, muqueuses, bilieuses ; foie douloureux, plus gros; coliques, tranchées persistantes, démangeaisons à la peau, albuminurie. L'expérience ne fut pas poussée au delà. Elle avait eu une durée de quatorze jours en tout, pendant lesquels la perte de poids fut de 5 kilogrammes 1/2 {voy. Nothnagel et Rossbach, Nouv. élém. de mat. méd. et thérap., trad. fr. par Alquier. Paris, 1880] . Je le répète, de pareils résultats nous étonnent profondément. Il serait à souhaiter que de nouvelles recherches vinssent les confirmer.
ÉMETIQUË (k.mploi médical). 25
Aux doses de 5 à 10 centigrammes, prises d'emblée, l'émétique manifeste d'une façon intense ses effets vomi-purgatifs, mais surtout émétiques. Les sujets éprouvent au bout de dix à quinze minutes le malaise indéfinissable qui précède le vomissement : des nausées, avec frissons, sueur, vertiges, obscurcissement de la vue, défaillance, pâleur du visage, salivation, ralentissement du pouls, petit et dépressible. Survient alors une profonde inspiration, suivie aussitôt du rejet des matières contenues dans l'estomac.
Le vomissement se répàte plus ou moins souvent suivant la susceptibilité des sujets, vomissement glaireux et puis bilieux.
Plus tard, le patient peut avoir une ou plusieurs évacuations intestinales et tout rentre dans l'ordre. Chez la femme, il n'est pas rare de voir apparaître l'éruption menstruelle en avance de plusieurs jours (Pereira).
A la dose de 1 gramme avalé d'un coup, Giacomini observa les effets suivants chez un homme bien portant : tremblement dans les jambes, vertiges, frissons, obscurcissement de la vue, perte de connaissance, sueur froide; figure pâle, altérée, lèvres livides, nez effilé; pouls à peine perceptible, lent ou fréquent; pas de vomissement ou d'évacuations alvines; diurèse abondante. Ces accidents cédèrent rapidement à un traitement approprié.
Quand l'émétique est pris à hautes doses et d'emblée, il en résulte un empoisonnement plus ou moins grave, pouvant se terminer par la mort et caractérisé par les troubles que voici : saveur métallique persistante dans la bouche, nausées, suivies de vomissements incessants; gastralgie, effets cathartiques variables, chaleur brûlante dans la gorge, s'étendanl le long de l'œsophage jusqu'à l'estomac ; dysphagie, hoquet persistant, crampes dans les membres, convulsions comme tétaniques, refroidissement de la peau, sueur visqueuse sur tout le corps, congestion de la face, affaissement extrême, résolution musculaire, pouls petit, contracté, faible, ondulant dans les cas graves ou à peine perceptible, respiration courte, pénible, lèvres cyanosées, faciès profondément altéré, yeux cernés, enfouis dans l'orbite, voix éteinte, mouvements impossibles, suppression de l'urine, agitation incessante, insomnie, intelligence perdue ou très-altérée, parfois perte complète de connaissance. La mort peut survenir au milieu de' secousses convulsives. Dans d'autres cas, le malade se rétablit au bout de plusieurs jours de souffrances, après avoir eu l'éruption stibiée à la peau et dans la bouche (Gleaves). Quelques sujets ont été affectés d'hémorrhagie intestinales ou d'hématémèses (Laveran, Christison).
Enfin on a rapporté des cas de mort presque subite après l'ingestion du poison à dose massive, sans aucun vomissement, sans diarrhée, dans la prostration ou après quelques convulsions. Plusieurs sujets, au contraire, ont heureusement vomi l'émétique et ne furent pas incommodés.
Quand ce médicament est administré d'une façon suivie à doses fortes moyennes, les effets pharmacodynaraiques diffèrent complètement de ceux que nous venons d'énumérer.
Si, par exemple, on procède par doses graduellement progressives, les patients, après quelques troubles gastro-intestinaux, ne sont plus guère incommodés par l'émétique, la tolérance, comme on dit, s'établit, c'est-à-dire qu'ils ne vomissent plus, même quand on atteint 1 gramme et davantage. Cette tolérance n'est pas particulière aux malades, ainsi que le prétendait Rasori, elle s'obtient chez les sujets bien portants.
Les symptômes observés alors sont le ralentissement du pouls et de la respi-
26 ÉMÉTIQUE (emploi médical).
ration, l'abaissement de la température, mie diurèse plus abondante et un peu de résolution musculaire.
Enfin il existe une forme chronique de V empoisonnement stibie', observée lors de tentatives criminelles et caractérisée ainsi qu'il suit : nausées, dégoût des aliments; vomissements, seulement après les repas, de matières alimentaires, mucus, bile; diurèse plus abondante, ce qui est l'inverse de ce qui se passe lors de l'empoisonnement chronique par l'arsenic (Christison) ; alternatives de diarrhée et de constipation, pouls faible, fréquent, pâleur de la face, perte de la voix, faiblesse musculaire, refroidissement de la peau, sueurs visqueuses, ictère, syncopes, éruptions spécifiques, mort dans l'épuisement.
On a noté des rémissions, puis des rechutes.
Les effets chez les animaux ne diffèrent guère de ceux que je viens d'énumérer chez l'homme, c'est pourquoi leur description ne m'arrêtera pas longtemps. Les solipèdes supportent bien l'émétique. Moiroud a pu en faire avaler 190 grammes à un cheval sans l'impressionner beaucoup. 40 grammes chez la vache, 16 grammes chez le mouton, n'ont pas d'action appréciable (Gilbert et Huzard, Daubenton). Les chiens d'autre part se débarrassent facilement du poison par le vomissement quand on le leur fait ingérer par l'estomac, à moins toutefois qu'il ne s'agisse de doses massives (Giacomini, Rayer).
Tout cela est d'ailleurs relatif, et l'on arrive parfaitement avec des doses suffisantes à produire chez le cheval et les Ruminants l'empoisonnement par l'émétique.
Voici maintenant les symptômes observés chez les animaux qui ne vomissent pas, mais qu'on retrouve aussi chez le chien après l'injection veineuse du sel toxique.
D'après Pécholier, les doses faibles se bornent à stimuler légèrement la circulation, puis à la ralentir un peu.
Les doses fortes (10 à 30 centigrammes) produisent d'abord les mêmes effets, puis amènent de la prostration, une fièvre réactionnelle et la mort.
Les doses massives (1 à 2 grammes) tuent rapidement les animaux par arrêt de la circulation et de la respiration; la température s'abaisse de plus en plus. Souvent la mort est précédée de convulsions, alternant avec un collapsus musculaire complet. Le cœur paralysé s'arrête en diastole.
Voies d" élimination. Elles sont très-nombreuses. On a retrouvé l'émétique dans le suc gastro-intestinal (Magendie, Kleimann et Simonowitch), dans la bile (Orfila), l'urine, la sueur, la salive (Chouppeet PoUchronie), dans le lait (Lewald et Hepp, Minaret) : par conséquent ce médicament a pour émonctoires la muqueuse gastro-intestinale, le foie, les reins, la peau, les glandes salivaires et mammaires, et vraisemblablement la muqueuse bronchique.
Lésions anatomo-pathologiques. Elles diffèrent suivant les variétés de l'empoisonnement.
L'émétique a-t-il été donné à dose massive, l'animal meurt comme foudroyé et, en dehors de la réplétion veineuse, on ne trouve rien à l'autopsie (Tardieu). Mais, si la victime a résisté seulement plusieurs heures, la muqueuse intestinale offre quelques lésions irritatives, principalement dans le jéjunum et le quart supérieur du gros intestin : hyperémie, érosions, infarctus hémorrhagiques. Le sang est plus diffluent (Pécholier).
Enfin, pour peu que la lutte ait duré quelques jours, les lésions sont plus nombreuses, sans cependant caractériser l'empoisonnement. L'estomac, Tintes-
ÉMÉTIQUE (emploi médical). 27
tin, sont violemment enflammés, ainsi que les reins et souvent les poumons; les méninges offrent de l'infiltration séreuse et de la congestion.
Les lésions dans les conduits digestifs sont paz'fois d'une nature particulière. Ainsi l'on a trouvé l'inflammation aphtheuse des premières voies, jusque dans l'estomac; de plus, la muqueuse de cet organe est quelquefois ramollie, corrodée et couverte d'un enduit pseudo-membraneux, et son enveloppe péritonéale offre même des traces d'inflammation.
Du côté de l'intestin, les lésions portent principalement sur le duodénum, le caecum et le rectum, dont la muqueuse est hyperémiée, ulcérée plus ou moins.
Le contenu de ces organes est un liquide brun, composé de mucus, de bile et de sang.
Le foie est hypertrophié, plus friable, et il renferme toujours du sucre (Pécholier), contrairement à ce qu'on observe dans l'empoisonnement par l'ipéca. L'analyse chimique de son tissu révèle toujours la présence de l'antimoine. Aussi bien dans un cas d'empoisonnement criminel cette analyse devient-elle caractéristique.
Les poumons, d'après Magendie, Pécholier, Cloquet, etc., sont tantôt simplement congestionnés, tantôt engoués ou même hépatisés dans les formes chroniques de l'empoisonnement. Je souligne formes chroniques, car, si la mort est survenue rapidement, les poumons sont normaux. Ackermann sur 20 chiens tués par l'émétique n'a pas trouvé de lésions pulmonaires.
Les doses médicales, même longtemps continuées suivant la méthode rasorienne, seraient d'une innocuité parfaite pour nos organes, si l'on s'en réfère aux recherches de Giacomini. Ceci est peut-être trop absolu. Admettons la grande rareté des lésions, mais ne nions pas leur existence.
La peau subit de la part de l'émétique une influence curieuse que les observations de miss Nunn nous ont fiiit connaître. Les cellules épidermiques sont surtout atteintes et entrent partiellement en dégénération et ramollissement, et les mêmes effets se retrouvent aussi sur les cellules de la couche de Malpighi. En définitive, l'antimoine, comme l'arsenic, altère les couches épidermique on malpighienne de la peau et provoque bientôt la desquamation de ce
tégument.
En synthétisant tous les faits qui précèdent, il nous devient facile de résumer de la façon suivante l'action pharmacodynamique de l'émétique.
A petite dose, c'est surtout un altérant à la façon des préparations arsenicales ou phosphorées, augmentant l'excrétion de l'acide carbonique et de l'urée; un hyper cr inique excitant les sécrétions sudorale, gastro-intestinale, biliaire, rénale, et plutôt un sédatif cardio-vasculaire modérant l'action du cœur et diminuant le besoin de respirer.
A dose plus élevée, il devient vomitif ou vomi-purgatif, et à ce titre il produit toutes les réactions du vomissement ou de la purgation : malaise général, abattement, prostration, sueurs froides ; mais il déprime directement les fonctions de circulation et de respiration, abaisse la température, tout en excitant diverses sécrétions. Si toutefois on continue l'administration du médicament, on arrive assez vite à sa tolérance, c'est-à-dire qu'il n'a plus guère d'action vomitive ou cathartique.
Enfin, à doses massives, ses effets éméto-cathartiques peuvent manquer, et la mort survient dans un état de profond collapsus ou bien au milieu de convulsions. Mais le plus souvent il se développe une série d'accidents qu'on ne saurait
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mieux comparer qu'à ceux du choléra, d'où le nom de choléra stibié atlnhné à ce genre d'empoisonnement.
L'émétique s'élimine vraisemblablement par presque toutes les glandes sécrétantes de l'économie. On l'a retrouvé en nature dans les sécrétions intestinales, dans la bile, la salive, la sueur, le lait, etc.
Modes d'action. Le mécanisme de l'action vomitive de l'émétique a été surtout bien étudiée. Il est aujourd'hui parfaitement prouvé que ce médicament impressionne à. la fois les terminaisons du nerf vague dans restomac et le centre vomitif du bulbe. En effet, si l'on fait une injection intra-veineusc de tartre stibié chez un animal, on le retrouve en nature dans les matières vomies (Radziejewski). C'est donc qu'il s'est éliminé à travers la muqueuse gastrique. Par suite il a pu agir topiquement sur les nerfs de cette muqueuse et provoquer par l'intermédiaire des pneumogastriques l'acte réllexe aboutissant au vomissement.
Maintenant la preuve de l'action directe sur le centre vomitif est donnée parla célèbre expérience de Magendie. Quand, en effet, on remplace l'estomac chez un animal par une vessie de cochon, le vomissement n'en a pas moins lieu après l'injection veineuse d'émétique.
La section des deux nerfs vagues n'empêche pas non plus l'action spéciale de ce médicament, autre preuve de la localisation de ses effets sur le bulbe rachidien. D'ailleurs la section de celui-ci entraîne la cessation des vomissements (Gianucci).
Il est plus difficile d'arriver aujourd'hui à un accord complet d'opinions au sujet des effets de l'émétique sur les grandes fonctions de circulation et de respiration, airtsi que sur le système musculaire. Quelques auteurs invoquent une dépression nerveuse; d'autres arguent de la perte de l'irritabilité musculaire signalée particulièrement par Harnack, Buchheim et Eisenmenger, en 1869, parmi les effets constants de l'émétique. Le cœur lui-même n'échapperait pas à cette influence, par suite sa fibre musculaire ralentirait son fonctionnement, tout aussi bien que les muscles inspirateurs et le système musculaire de la vie animale.
Les grands centres nerveux ne paraissent pas être bien vivement impressionnés par l'émétique à doses non massives; cependant il faut admettre de sa part une certaine action sur ces centres, en raison des crampes, de l'état convulsif, de la perte de la sensibilité générale, observés lors des empoisonnements par des doses seulement fortes. La moelle épinière par contre est certainement affectée dans son ensemble sous l'influence de doses excessives de tartre stibié et les nerfs moteurs perdent leur motricité. Il faut bien qu'elles paralysent nerfs et centres en même temps que le système musculaire pour qu'il n'y ait plus alors de vomissements.
Hirtz suppose encore que le système nerveux ganglionnaire n'est pas plus épargné; il est même tenté d'attribuer les effets antipyrétiques de l'émétique à son influence sur ce système, pure hypothèse jusqu'à présent qu'aucune expérience ne justifie.
Je ferai les mêmes réserves également à l'égard de la théorie de Sydney- Ringer et Murrell, qui voient dans l'émétique un poison des protoplasmas affectant les fonctions dans l'ordre de leur hiérarchie vitale.
II, Usages thérapeutiques. Ils sont de deux ordres : on emploie l'émétique tantôt à l'extérieur, tantôt à l'intérieur.
ÉMÉTIQUE (emploi médical). 29
A Vexlévieur, il est aujourd'hui rarement usité, mais autrefois ses applications étaient assez nombreuses, je vais les rappeler succinctement.
On mettait surtout à profit ses propriétés irritantes locales, soit qu'il fût prescrit comme modificateur des surfaces malades, soit comme puissant révulsif cutané dans bon nombre d'alTections.
Dans le premier cas, on lavait les ulcères atoniques, les plaies blafardes, fongueuses, avec des solutions d'émélique à 5 centigrammes pour 50 grammes d'eau (W. Rlizard, 1787).
Ces mêmes solutions servaient de collyre stimulant contre certaines ophthalmies chroniques et les taies de la cornée (Fischer, Vogler, Hirschel, 1788) ou de topique contre la teigne (W. Blizard).
Plus tard Fontaneilics, dont le nom se rattache d'une façon assez intime à l'histoire del'émétique, en recommandait la solution au 500'^ comme antiphlogistique, en fomentations dans Vérysipèle, V engorgement des mo,melles, les phleg^ nions (1825). Aujourd'Imi, nous lui préférons dans ces mêmes cas les solutions phéniquées.
L'action révulsive de la pommade ou des emplâtres stibiés est bien connue et parfois encore mise a profit par les praticiens actuels. Elle est très-active et peut être utile. Toutefois, nous sommes suffisamment pourvus de révulsifs aussi puissants, plus commodes à manier, moins douloureux et dangereux, de sorte que de plus en plus les topiques stibiés disparaissent de nos formules.
L'éruption stibiée se développe d'ailleurs assez lentement, à moins que l'on n'ait préparé la peau par de petites mouchetures à la lancette ; elle n'a pas une constance absolue, enfin elle laisse toujours à sa suite des cicatrices indélébiles. J'ai décrit plus haut cette éruption, qui dure cinq jours généralement; il me paraît inutile d'y revenir ici.
C'est principalement contre les affections des poumons ou des bronches (Fuster), contre le catarrhe des sinus frontaux et la surdité (Witzmann), que la révulsion stibiée a été essayée avec avantage. Mais on la prescrivait encore dans la céphalée, la gastrite chronique (Renauldin), la gastro-entérite (Bertrand de Pont -de-C bateau), Vengorgement des viscères abdominaux (Chaussier) : foie, rate, etc.
Enfin l'analogie de la pustule stibiée et du bouton de vaccine a donné l'idée de traiter les mevi materni par le tartre émétique. Zeissl s'est servi avec succès d'un emplâtre composé de 1 partie d'émétique pour 4 de diachylum. Le topique reste en place quelques jours, enflamme le tissu morbide. Il en résulte comme après la vaccination une cicatrice blanche à la place du nsBvus.
kV intérieur, l'émétique a été employé dans les affections les plus diverses. Je ne crois pas exagérer en disant qu'il n'est guère de maladies dans lesquelles on ne l'ait pas essayé. Autrefois on mettait à profit ses propriétés comme évacuant, diaphorétique, antiphlogistique, contro-stiraulant; on en faisait encore un résorbant, un antispasmodique, un incisif, un fondant, un altérant.
Voilà bien des qualités, les unes réelles, les autres un peu imaginaires, toutes assez mal acceptées par la médecine moderne, qui n'a plus guère d'enthousiasme pour l'émétique. La vérité est que nous possédons des médicaments aussi actifs et plus inoffensifs, d'où l'abandon de cet agent thérapeutique réellement intéressant et salutaire.
Les applications médicales de l'émétique sont trop nombreuses et trop diverses pour que nous puissions songer à les résumer ici. Il en est traité au nom des
50 ÉMÉTIQUE (emploi médical).
maladies qui appellent l'emploi de ce médicament. Nous renvoyons principalement à ce qui est dit de ses indications thérapeutiques aux mots Dvspepsie, Phthisie, Pkeumo.me, Croup, Coqueluche, Éclampsie, Chorée, Tétakos. J'ajouterai qu'il a été souvent prescrit avec des succès divers dans ïépilepsie (Peyson. Angelot, Pariset), Vhystérie (Lockhart-Clarke), la goutte, le rhumatisme articulaire, Yhydarthrose (Zimelle, Lafargue), certaines dermatoses. Enfin Milton l'a recommandé comme abortif contre les inflammations phlegmoneuses, et certains accoucheurs en Amérique lui attrihuent la propriété de faciliter la délivrance des femmes en couches (Parker). Gantillon en fait même un ocytocique supérieur à l'ergot, propre à combattre les hémorrhagies post partum.
III. Modes d'admi.mstration et doses. A Yextérieur, le tartre stibié se prescrit en solutions et sous forme de pommade ou d'emplâtre. De plus, on a proposé les inoculations d'après la méthode de Lafargue (de Saint-Emilion).
La solution varie de titre suivant l'usage qu'on en veut faire. Au 1000-, elle sert à pratiquer des fomentât allons résolutives (L. Cloch), à stimuler les plaies atoniques et à résoudre certaines ophthalmiques chroniques.
Plus chargée d'émétiqiie (1 pour 100), on l'a proposée (J. Guérin) en frictions sur la peau pour faire absorber ce médicament. Mais c'est là une pratique dont le résultat est douteux, si l'on s'en rapporte à Poulet (de Plancher-les-Mines), lequel nie l'absorption, car il a vainement cherché l'antimoine dans l'urine. Ce mode d'administration avait été proposé il y a bien longtemps déjà par Sherven (voy. Ane. Journ. de méd., t. LXXXIV) et J. Ilahn (1798). Il est à remarquer que les frictions sur la peau avec les solutions d'émétique ne déterminent généralement pas l'éruption stibiée, même quand on les répète plusieurs jours de suite, à la condition de laver la peau, la friction faite (Duparcque).
La solution saturée (1 gramme pour 16 d'eau) était autrefois employée (Fontaneilles) contre la gale ou d'autres dermatoses à la période subaiguë.
Le collyre suivant a été proposé par Piichard de Hautesierk dans l'ophthalniie chronique :
Vin émétiqiie 13 grammes.
Eau de roses 120 —
Baume de Fioravanti 7 —
Les pommades stibie'es ont diverses formules. La plus célèbre est la pommade d'Autenrieth. Elle se compose de 1 partie d'émétique pour 5 d'axonge. On la préfère généralement lorsqu'il s'agit de produire une révulsion énergique.
La pommade de Gendrin est encore plus chargée de principe actif : 1 6 grammes pour 50 grammes de graisse.
Lorsque avant d'incorporer le tartre stibié à l'axonge on le fait dissoudre préalablement dans l'eau, la pommade ainsi obtenue ne détermine plus, a-l-on dit, l'éruption stibiée, mais en revanche elle peut faire vomir.
Voici la formule de Giacomini :
Tartre émétique i grammes.
Eau 60 —
Axonge 60 —
L'addition d'un alcali à la pommade d'émétique empêcherait aussi la pustulation; l'inverse a lieu lorsqu'on ajoute un aciele, la pustulation est plus sûre. Duparcque, en 1829, s'était précisément appliqué à la recherche d'une pommade non irritante propre à faciliter l'absorption de l'émétique par la peau. L'incor-
EMETIQUE (emploi mkdical). 54
poralion de 1 partie de cette substance à 50 parties d'axonge lui avait donné le résultat cherché. De là l'origine de sa méthode stihio- dermique que je comparerais volontiers à celle des frictions mercurielles, au moyen de l'onguent napolitain, dans la syphilis.
J. Guérin, dans un but analogue, se servait au contraire d'une pommade au tiers qu'il appliquait au niveau des régions malades, certain de trouver là, dit-il, une tolérance complète de la peau pour l'émétique, c'est-à-dire que la pustulation stibiée n'avait plus lieu. Il croyait donc à la tolérance externe comme Uasori à l'interne.
Ces méthodes, qui datent de 1829 et 1851, sont aujourd'hui bien oubliées.
Enfln la pommade ophlhalmique contre les taies et la cornée, de Witzmann, renferme :
Huile de ricin ) ,
Beurre frais i ^^ ^ grammes.
Émélique 25 centigrammes.
Les emplâtres stibiés ont également des formules assez variées. Tantôt on se borne à saupoudrer un emplâtre de poix de Bourgogne, de ciguë (Ricord) ou de diachylura, de 50 centigrammes à 4 grammes d'émétique ; tantôt on l'incorpore à des masses emplastiques comme dans la préparation suivante :
Poix blanche -iO grammes.
Colophane 20 —
Cire jaune 20 —
Térébenthine 5 —
Huile d'olive o —
Tartre stibié 10 —
La formule de Corsin est plus simple :
Emplâtre de ciguë 10 grammes.
— de poix de Bourgogne 5 —
— de diachylum 5 —
On mélange ces emplâtres, on les étend sur un écusson de peau, puis on saupoudre d'émétique. Chez les enfants atteints de coqueluche, quelques décigrammes sul'fisent pour un emplâtre des dimensions d'une pièce de 5 francs.
Les mouchetures stibiées ont été préconisées par Coze, à titre de révulsif puissant ou de modificateur local dans les tumeurs blanches. Elles se pratiquent à l'aide d'une lancette trempée dans une solution saturée.
Dès 1847, Lafargue (de Saint-Émilion) avait montré tout le parti qu'on peut tirer de ces mouchetures pour déterminer la pustulation et en même temps dans le but de faire absorber le tartre émétique.
Plus simplement Debourge détermine sur la peau de belles pustules stibiées, en procédant ainsi qu'il suit : à l'aide d'une pommade d'Autenrieth, il fait naître une première éruption. C'est alors qu'il choisit dans celle-ci un certain nombre de boutons et les touche avec une solution concentrée d'émétique. Ceux-ci s'agrandissent, se développent, au gré de l'operateur. Ainsi l'on produit une révulsion puissante et parfaitement localisée.
L'émétique est parfois encore prescrit en lavement, à la dose de 0,05, par les accoucheurs américains, et de 10 à 50 centigrammes, dans une infusion aromatique de 500 grammes, comme révulsif.
Dauvergne père le conseillait au même titre en suppositoires, à la dose de 10 centigrammes, pour congestionner les vaisseaux mésentériques.
52 ÉMÉTIQUE (emploi médical).
A Vintérieur, le tartre stibié a été prescrit de mille et mille manières différentes. Je me bornerai à quelques indications sur les prescriptions usuelles.
Comme altérant, on doime quelques milligrammes à 1 ou 2 centigrammes; comme diaphorétique ou expectorant, 1 centigramme.
Comme vomitif, on le fait prendre simplement à la dose de 10 à 20 centigrammes dans trois verres d'eau tiède.
Comme émélo-cathar tique, 5 à 10 centigrammes associe's à la magnésie ou bien à un sel neutre : sulfate de soude ou de magnésie, crème de tartre, etc.
Comme purgatif, mêmes doses dans un véhicule abondant : petit-lait, bouillon, décoction de tamarin, etc., qu'on ingère à doses assez espacées.
Comme contro-stimulant, 20 centigrammes à 1 gramme et plus, à prendre à dose fractionnée toutes les deux heures dans une infusion aromatique. Les doses de Rasori : 1 à 4; grammes me paraissent inutiles.
Pour tous ces usages, le meilleur véhicule est l'eau distillée, car on doit se garder soigneusement de prescrire une substance mucilagineuse, afin d'éviter la pustulation des premières voies. Cependant Sydenham, Schwilgué, Hufeland, ont beaucoup vanté l'incorporation de l'émétique à la simple poudre d'amidon.
J'ajouterai, à propos des doses, qu'il existe pour l'émétique comme pour bien d'autres médicaments des susceptibilités particulières qui en contre-indiquent l'emploi. Les enfants le supportent assez mal en général (Goodlad, Noble, Wilton, etc.), ainsi que les vieillards, mais quelques adultes sont aussi dans le même cas. Certains médecins (Giacomini, etc.) ont remarqué encore que des doses fortes étaient mieux acceptées parfois que des doses faibles. Aussi bien ont-ils recommandé, lorsqu'on recherche la tolérance du médicament, d'en forcer les doses quand les malades vomissent (Laennec) ; c'est une manière assez sûre de couper court aux vomissements.
La diète (Trousseau) est encore une condition de tolérance et inversement l'alimentation l'empêche.
Les associations médicamenteuses de l'émétique sont très-nombreuses. On lui ajoute tantôt ses homologues : vomitifs, purgatifs, sudorifiques, etc. ; tantôt d'autres substances qui modèrent ses effets, enfin des correctifs.
FORMDLES. — POUDRE VOMITIVE
Gramme>
Tartre stibié , 0 10
Ipécacuanha , 2
Amidon 2
En trois doses, à prendre à intervalles de dix minutes.