L. Ih
ESCUENUfATER (Carl-August von). Médecin et philosophe allemand, né à Neuenburg, dans le Wurtemberg, le 4 juillet 1768, fit ses études à Munich et à Tubingue et fut reçu docteur dans cette dernière Université en 1794. D'abord médecin pensionné à Kirchlieim-sous-Teck, il devint en 1811 professeur extraordinaire de médecine et de philosophie à Tubingue, enfin en 1818 professeur ordinaire de philosophie. Il s'occupa beaucoup de magnétisme animal, de philosophie de la nature, etc., et fit beaucoup pour les progrès de la psychiatrie, alors dans l'enfance en Allemagne. Il fut l'un des premiers qui la prit pour sujet de ses leçons.
Eschenmayer obtint sa retraite en 1836 et se retira à Kirchheim-sous-Teck, où il mourut le 17 novembre 1852. Ses publications sont très-nombreuses; nous ne mentionnerons que les plus importantes :
I. Biss. inaug. sist. theoriae de principio febres inflammalorias epidemicas gignanle rudimenta. Tubingae, 1794, in-4°. — II. Ueber die Enthauptuiig, gegen die Sômmerringsche Meinung. Tiibingeii, 1797, in-S". — III. Yersuch die Gesetze magnetischer Erscheinungen aus Sâtzen der Naturmelapbysik. . . zu entwickeln. Tiibiiigen, 1797, in-8°; 2. Aufl., ibidem, 1798, in-S". — IV. Bie Epidémie des Croups zu Kirchheim. Stuttgart, ISl'i, in-S"; neue Aufl., ibidem, 1815, in-8*. — V. Psychologie in drei Theilen, etc. Stuttgartt und Tiibingen, 1817, in-8''; 2. Auflage, ibidem, 1822, in-8''. — VI. Bie Allôopalhie und Ilomôopathie, vergliclien in ihren Principien. Tiibingen, 1854, in-8"'. — VII. Grundriss der Psychiatrie in ihrem theoretischen und jjrakt. Theil. In Nasse's Jahrbuch der Anthrop., 1830. — VIII. Betrachtungen itber den physischen Weltbau, 1852. — IX. Il fut l'un des rédacteurs de VArchiv f. thier. Magnetistnus, de 1817 à 1822, et a laissé une série d'articles dans ce recueil et dans plusieurs autres. L. Hn.
ESCHBIC'HT (Dakiel-Frederik). Médecin danois, né à Copenhague, le 18 mars 1798, passa ses examens de chirurgie et de médecine en 1822 et fut jusqu'en 1825 médecin de l'île Bornholm. Il travailla quelque temps sous la direction de Mageiidie à Paris, mais se lia surtout avec Joh. Miiller et von Boer et, à partir de ce moment, prit une grande part à leurs travaux. U passa maître en anatomie comparée. Son attention se porta particulièrement sur le développement des êtres, sur la morphologie envisagée au point de vue génétique.
Eschricht fut chargé du cours de physiologie à l'Université de Copenhague en 1 829 et fut nommé professeur extraordinaire en 1830, professeur ordinaire en 1836. U s'acquitta avec éclat de ces fonctions jusqu'à sa mort arrivée subitement le 22 février 1865. Nous citerons de lui :
I. De functionibus nervorum faciei et offaclus organi. Biss. inaug. Hafniae, 1825, in-8°.
I] Qfii de ciendommeligheder der tilkomme organismen i almindelighed. Kjôbenhavn,
1832 in-8''. III- Handbog i physiologien. Kjôbenhavn, 1834-1841, in-8''. — IV. Avec
Joh. Millier : Ueber die arteriôsen und venôsen Wundernetze an der Leber des Thunfisches. Berlin, 1836, gr. in-t'ol. — V. Be organis quae respirationi et nutritioni foetus mammaliuvi inserviunt. Prolus. acad. Havniae, 1837, in-4°. — VI. Om haarenes retning paa det menneskelige legeme (extr. de Bibl. f. Làger, 1838). Kjôbenhavn, 1838, in-8». — VII. Nom-
630 ESCOULOUBRE (Eaux minérales d').
breux articles dans Bibl. f. Lâger, Journ. f. Med. og. Chiv , Dansk Ugeskrift, Mûller's Archiv f. Anat. und Physio/., etc. L. Hx.
ESCUSCIIOLTZ (JohaniN-Friedrich). iMédecin et naturaliste russe, né à Dorpal le 1" novembre 1793, étudia la médecine dans sa ville natale et y fut reçu docteur en J815. Sa dissertation innugurale : De hydropum differeniiis (DorpatiLivon., in-8), ne parut qu'en 1817. Immédiatement après avoir obtenu son diplôme, il s'embarqua sur le Rurik, qui fît le tour du monde sous la direction de Kotzebue; Chamisso se trouvait sur le même navire. En 1819, il fut nommé prosecteur et professeur extraordinaire à l'Université de Dorpat; en 1822, il obtint en outre la direction du cabinet de zoologie et fit des leçons sur cette science. En 1823-1824, il prit un congé pour faire un second voyage autour du monde avec Kotzebue sur le Predprijatje. Il fut nommé en 1828 professeur ordinaire d'anatomie et mourut de la fièvre typhoïde le 7 mai 1831. Nous citerons de lui :
I. Ideen zur Àneiuandeneihung der ruckgratigeii Tliun-e aufvergl. Analomie gegrûndel. Dorpat, 1819, in-8°. — II. Zoologischer Allas, enlhallend Abbildungen und Beschreibungen neuer Tliierarlen. Berlin, IS'ZO-ISÔI, in-fol. — lll. System der Acaleplieii. Berlin, 1829, in-4°, pi. — IV. Nombreux articles ou descriptions dans Pander's Beitrâge, v. Kotzcbue's Enldeckungsreise, etc. L. Hn.
ESCLUSE (L'). YoiJ. L'ESCLUSE.
ESCOBAR (Les). Parmi les médecins espagnols de ce nom, le plus important est :
Escobar (ANTONIO -Perez de). Médecin de la chambre du roi, examinateur du protomédicat royal, membre de l'Académie de médecine de Madrid, et premier médecin de la communauté royale des dames de l'Incarnation, etc. Il florissait à Madrid à la fin du dix-huitième siècle.
On a de lui :
I. Avisos mcdicos populares y domeslicos; hisloria de todos los conlagios, etc. Madrid. 1776, in-4°. — II. Medicina patria o elemenlos de la medicina pracllca de Madrid. Puede servir de aparalo a la hisloria natural y medica de Espana. Madrid, 1788, in-4°. L. Hs.
ESCOFFIER (Jean-Bekoit). Médecin français, né à Lyon, le 29 mars 1790. 11 fut reçu docteur à Paris, en 1818 [Des divers caractères en rapport avec les tempéraments, in-4"'), puis se rendit à Saint-Etienne où il fut nommé chirurgien suppléant à l'hospice; en 1835, il devint médecin titulaire et conserva ses fonctions jusqu'en 1852, époque à laquelle il fut forcé de donner sa démission dans des circonstances qui sont tout à son honneur.
Lors de la création du Conseil d'hygiène, en 1849, il en fut nommé vice-président. 11 communiquait ses travaux à la Société de médecine de Saint-É tienne, dont il fut le président l'année même de sa fondation, en 1857, de même que l'année suivante. Il mourut en août 1861 {voij. sur Escoffîer une notice par Ch. Giraud, in Annales de la Soc. de médecine de Saint-Étlenne, 1862, t. Il, p. 353). L. Hn.
ESCOULOtJBRE (Eaux MINÉRALES d'). Hijpothermales ou hypothermales sulfurées, sadiques faibles. Dans le département de l'Aude, dans l'arrondissement de Limoux,à 2 kilomètres de Carcanières [voy. ce mot). Sur la rive droite de l'Aude, tandis que nous avons vu que les sources et les établissements de
ESCULIME. 657
Carcanièies se trouvent sur la rive gauche. La commune d'Escouloubie est peuplée de 850 habitants, et on ne peut y arriver que par des sentiers difficiles (chemin de fer de Bordeaux, de Toulouse et de Foix, d'où une voiture conduit à Carcanières et à Escouloubre). Le climat est assez changeant, suivant les diverses heures de la journée. Les excursions sont nombreuses et intéressantes dans ce pays sauvage et accidenté.
Quatre sources émergent à Escouloubre : elles ont reçu les noms de source de ta Douche, de source Mathieu, de source de Bain-Fort et de source de la Buvette. Elles ont les mêmes propriétés physiques et chimiques, et diffèrent seulement par leur température. Ainsi, la source de la Douche a 45 degrés centigrade, la source Mathieu 40 degrés centigrade, la source du Bain-Fort 37 degrés centigrade, et la source de la Buvette 29 degrés centigrade. On n'en connaît pas l'analyse chimique exacte, on sait seulement la proportion de sulfures qu'elles contiennent. L'eau de la source de la Douche en a 0,027542. Les sources Mathieu et de Bain-Fort en ont chacune 0,014915 et la source de la Buvette, la moins chargée, n'en contient que 0,012429. Un petit établissement renfermant quelques cabinets de bains et une buvette est fréquenté par les pauvres ; les payants préfèrent aller à Carcanières, dont les moyens balnéaires sont un peu moins primitifs.
Nous avons vu les analogies de température et de composition élémentaire des eaux d'EscouIoubre et de Carcanières. Nous ne croyons pas devoir répéter ce que nous avons dit du mode d'administration, des doses, de l'aclion physiologique et thérapeutique de cette dernière station, soumise d'ailleurs à la même inspection médicale que les sources d'EscouIoubre. A. R.
ESCOURGEO\'. Un des noms vulgaires de VUordeum hexastijchv.m L. [voy. Orge). Ed. Lef.
ESCULAPE ('Ao-xAflTrioî). Dicu de la médecine chez les Anciens, est représenté par la légende comme fils d'Apollon et de Coronis. Il passait pour tenir la science médicale du centaure Chiron; il prit part à l'expédition des Argonautes. Jupiter le foudroya pour le punir de dépeupler l'empire de Pluton. Dans les poèmes homériques, Esculape n'est pas divinisé; c'est un héros, « excellent médecin » ; ses deux fils, Podalire et Machaon, conduisirent sous les murs de Troie les contingents de la Thessalie.
D'abord localisé à Tricca, en Thessalie, le culte d'Esculape se répandit peu à peu dans la Grèce entière; ses sanctuaires, desservis par les Asclépiades [voy. ce mot), étaient à Épidaure, à Cos, à Pergame, etc. Il avait pour emblèmes le coq et le chien, symboles de la vigilance, et le serpent, symbole de la prudence. Le culte variait selon les sanctuaires, mais partout existait ïincuhalion. Les malades purifiés offraient un sacrifice, puis se couchaient dans le temple ou dans un portique voisin. Le lendemain, les prêtres interprétaient pratiquement les songes qu'ils avaient eus et leur indiquaient le traitement à suivre. Une fois guéris, les malades déposaient dans le temple un ex-voto avec une inscription indiquant le traitement suivi. Le culte d'Esculape fut accueilli à Rome au troisième siècle avant Jésus-Christ, après une épidémie de peste; un temple fut élevé au dieu dans l'île du Tibre. L. Hn.
ESCLLlNE. Foi/. Marronnier, p. 140.
058 ÉSÉRINE (THÉRAPEUirouE).
ESCIJLIQUE (Acide). Voy. Saponique.
ESEiVBECHiA {Esenbeckia H. B. K.). Genre de plantes de la famille des Rutacées et du groupe des Zanthoxyle'es. Ce sont des arbres ou des arbustes à feuilles alternes ou opposées, uni- ou trifoliolées, à ileurs petites, disposées en grappes axillaires ou terminales. Les fleurs sont tétramères ou pentamères, avec un nombre égal d'e'tamines. Le fruit est une capsule subglobuleuse, souvent couverte d'épines plus ou moins longues et raides, et s'ouvrant élastiquement en deux valves.
Les Esenbeckia habitent les régions tropicales de l'Amérique. On en connaît environ vingt-cinq espèces. La plus importante, E. febrifuga Mart. {Evodia febrifuga A. S. H.), croît au Brésil, où on l'appelle vulgairement Très folhos vermellas et Laranjerio do mato. Son écorce, douée de propriétés fébrifuges, constitue VEcorce d'Angusture du Brésil ou China Piaoi des Brésiliens, qui jouit d'une grande réputation dans l'Amérique du Sud comme succédané du quinquina et de VAngiisture vraie du Venezuela. Ed. Lef.
Bibliographie. — IIumuolt, Bonpland et Kdnth. JVot). gen. et spec, VII, 2-i6. — Endlicher. (icn., n° 5997. — Bkktham et Hooker. Gen., 299. — Rosenthal. Syn.pl. diaph., p. 880. — Mauthjs (de). Nov. gen. et spec, tab. 233. — Bâillon (H.). Hist. des PL, IV, pp. 394, 459, 470. Ed. Lef.
ESÉRÉ. Nom donné dans l'Afrique tropicale à la Fève de Calabar [voy. Galabar). Ed. Lef.
ÉSÉRIIWE. ^ I. Chimie. L'ésérine est un alcaloïde découvert par MM. Vée et Leven, et retiré par eux de la Fève de Calabar, appelée par les indigènes de Galabar Éséré {Physostigma venenosum). Pour retirer l'ésérine de cette fève, on la réduit en poudre fine et on l'épuisé avec de l'alcool à 94 degrés dans lequel on a fait dissoudre de l'acide tarlrique. Après avoir distillé l'alcool on sursature le résidu avec du bicarbonate de soude ; la liqueur filtrée est agitée avec de Téther qui dissout l'ésérine et la laisse par l'évaporation de l'élher. M. le docteur Harnack a extrait de la Fève de Galabar un autre alcaloïde, la calabarine, insoluble dans l'éther, sans action sur la pupille, mais dont l'action est tétanique.
L'ésérine pure est cristallisable en lamelles, elle est soluble dans les acides, l'alcool, l'éther et le chloroforme, très-peu soluble dans l'eau. On emploie le sulfate et surtout le bromhydrale qui est cristallisé et non hygrométrique. Pris à l'intérieur ou appliquée localement, l'ésérine a la propriété de contracter la pupille. De son application sur l'œil résulte d'abord la myopie, puis le rétrécissement de la pupille; ces effets sont détruits parl'a/ropme et réciproquement.
Une solution de sulfate d'ésérine se colore bientôt en rouge par suite de la formation d'une substance rouge, produit de l'oxydation de l'ésérine et appelée par Duquesnel rubrésérine. Lutz.
§ IL Tiiérapcutiqiie. L'ésérine n'est guère employée en médecine que depuis 1865, époque à laquelle uti pharmacien distingué de Paris, le docteur Amédée Vée, nous fit connaître un mode de préparation permettant d'obtenir facilement cet alcaloïde pur. G'est alors encore qu'on put étudier avec succès ses effets physiologiques, voisins sans doute de ceux de la Fève de Galabar,
ÉSÉRINI;] (thérapeutique]. 650
mais à coup sur quelque peu différents, vu que la semence du Phijsostigma renenosum renferme un alcaloïde tétanisant (Harnack), la calaharine, sans parler de bien d'autres éléments qui entrent dans sa composition.
En 1863, Jobst et Hesse avaient bien extrait de cette fève un alcaloïde, la pJiysostiginine , mais il s'agissait là d'un produit impur. On a donc tort d'appeler indifféremment l'alcaloïde principal de la fève d'épreuve pliysostigmine ou ésérine. Ce dernier nom seul doit lui être attribué.
I. Effets physiologiques. En application sur la peau pourvue de son épidcrme, l'ésérine dissoute ne donne lieu à aucun effet particulier. Injectée sous ce tégument, elle est bien supportée par le tissu cellulaire, ce qui permet de l'introduire facilement dans l'organisme par la voie hypodermique. De même elle est dépourvue d'action irritante pour la muqueuse oculaire, aussi bien les oplithalmotogisles la prescrivent-ils journellement en collyre, en raison de ses vertus spéciales sur l'oeil que nous allons résumer sommairement ici ivoy. Fève DE Calabar, t. XI).
Ces vertus sont une des caractéristiques de l'action pliarmacodynamique de l'alcaloïde et très-puissantes.
En effet, une solution au 1UOO° et même au i 00000'' (Vée), instillée dans l'œil, rétrécit la pupille d'une façon très-évidente, l'atrésie atteignant son maximum au bout d'une demi-heure et |;ersistant souvent trente-six ou quarantehuit heures.
Avec une solution plus forte, l'atrésie pupillaire se prononce davantage, l'œil tlevient lourd, un peu douloureux, l'accommodation est modifiée (spasme, d'après lioberlson, 4865) jusqu'à la myopie, avec cercles de diffusion autour des objets. Enfin, Bowman a observé quelquefois de l'astigmatisme, de Graefe de la macropie et Galezowski de la névralgie frontale. Heuss s'est assuré que le rayon de courbure cornéenne est diminué, et l'on s'accorde à dire que la pression iutra-oculaire est amoindrie, peut-être à cause de la contraction (Weber) des vaisseaux rétiniens et choroïdiens. Mais à très-haute dose (Rossbach et Frolich) elle dilate la pupille.
Les effets diffusés ont été tout d'abord étudiés chez les animaux par A. Vée et Leven. Voici le résumé de quelques-unes de leurs observations.
1 centigramme de chlorhydrate d'ésérine injecté sous la peau d'un lapin produit des soubresauts dans le train de derrière de l'animal au bout de dix minutes et de la faiblesse dans le train antérieur; de la paralysie des quatre membres, incomplète, un état couvulsif général, de la sialorrhée abondante au bout de quinze minutes; enfin de la paralysie complète, des convulsions cloniques violentes et de l'atrésie pupillaire cinq minutes plus tard, et l'animal succombe.
A l'autopsie, on trouve le cœur distendu par du sang noir et fluide remplissant seulement les oreillettes, les poumons sont exsangues, mais il n'y a aucune autre lésion appréciable ailleurs.
Une dose de 1 milligramme chez le lapin est tolérée. L'animal a quelques tremblements, des convulsions légères et de la parésie musculaire.
(jhez le chien les accidents ne diffèrent guère. C'est, toujours avec 1 centio^ramme, le même tremblement, à tous les degrés, de tous les muscles, lisses ou striés (Leven et Laborde) : trémulation, mouvements fibrillaires, contractions saccadées; ce sont les mêmes convulsions et l'impuissance motrice; il s'y ajoute une émission d'urine assez considérable, des évacuations alvines, parfois
640 ESERINE (thér apeltique).
des vomissements, un râle trachéal assez bruyant, et la mort n'arrive qu'après trois quarts d'heure, tandis que 5 milligrammes chez le même animal ne le tuent pas, bien que produisant les accidents indique's ci-dessus, beaucoup moins intenses.
La grenouille résiste relativement mieux que le chien à l'action de l'ésérine.
L'homme supporte assez bien 5 milligrammes d'ésérine; il n'éprouve qu'ui malaise général et des nausées.
Mais 1 centigramme l'impressionne davantage. Outre une grande pesanteur de tête, beaucoup de faiblesse et des nausées, on constate encore chez lui des troubles assez profonds de la vue, troubles d'accommodation, avec tension oculaire, comme après des efforts visuels prolongés, mais il y a ro renient de l'atrésie pupiUaire; une grande chaleur à l'estomac, de la faiblesse musculaire, des vomissements, des vertiges, de l'impuissance motrice et du refroidissement. Les accidents disparaissent au bout de trois heures (Leteinturier).
Nous ignorons heureusement les effets des doses toxiques d'ésérine chez l'homme, car jusqu'à présent on n'a pas eu à constater de cas d'empoisonnement par cet alcaloïde.
Ces effets seraient sans doute très-analogues aux symptômes toxiques de l'empoisonnement par la fève d'épreuve, trop connus, hélas!
En résumé, Vésérisme se caractérise chez les animaux, quand les doses sont fortes : 1" par des troubles gastro-intestinaux : nausées, vomissements, salivation, évacuations alvines plus ou moins abondantes, avec coliques souvent violentes; 2" par des troubles nerveux : vertiges, sentiment de faiblesse excessive, impuissance motrice, paralysie des mouvements volontaires et réflexes, mais plus tardivement de la sensibilité, tremblements, excitation des muscles lisses, convulsions cloniques; o** par des troubles de la respiration et de la circulation : dyspnée, accélération des mouvements respiratoires d'abord, ralentissement ensuite et paralysie terminale, tension vasculaire élevée, faiblesse circulatoire et arrêt du cœur; 4" par des troubles sécrétoires : sudation, larmoiement, hypercrinie intestinale, polyurie, sialorrhée.
Les doses faibles développent encore les mêmes accidents, mais fort atténués.
Chez l'homme enfin l'ésérisme offre à peu près les mêmes caractères que chez les animaux, mais il est démontré que, si l'intelligence reste intacte, la vue est profondément troublée, en ce sens que l'accommodation devient difficile, sans parler de l'atrésie pupillaire, qui est rare.
Voies d'élimination. L'ésérine se retrouve dans le sang des animaux empoisonnés; dans le foie, dans la salive et la bile, mais on n'en a pas signalé la présence dans l'urine.
Lésions anatomiqnes. Elles n'ont rien de caractéristique dans l'ésérisme. Le cœur est le plus souvent dilaté, arrêté en diastole, rempli d'un sang noir; les poumons tantôt exsangues, tantôt gorgés de sang; l'intestin grêle est rétréci par places, étranglé, contracté et comme tétanisé, la vessie est rigide et contractée, mais les centres nerveux paraissent sains.
Mode d'action. D'après les indications qui précèdent, l'ésérine affecte particulièrement la vision; elle donne lieu à des troubles nerveux : excitation et paralysies motrices; enfin elle a des effets hypercriniques qui portent sur la plupart des glandes de l'économie.
Les interprétations n'ont pas manqué à ces grands^effets de l'ésérine, mais
ÉSÉRINE (thérapeutique). 611
la sagacité des physiologistes a été surtout mise à l'i'prc'jve au sujet de son action intime sur le système nerveux. Résumons l'état de la science sur ce sujet difficile.
L'ésérine rétrécit la pupille, modifie raccommodation : voilà deux effets absolument indiscutables, déjà étudiés à propos de la Fève de Calabar {voy. ce mot) : je n'ai donc pas à m'en occuper longuement. Je me borne à dire qu'ils résultent vraisemblablement d'une excitation (les muscles ciliaire et sphincter de l'iris, plutôt que d'une paralysie portant sur le premier ainsi que sur les fibres radiées iriennes, lesquelles sont animées par le grand sympathique. Ce dernier reste en effet parfaitement excitable pendant toute la durée de l'ésérine.
J'ajoute même que les hautes doses ne l'atteignent pas, tandis qu'au contraire elles paralysent le nerf de la troisième paire, d'oîi résulte alors la dilatation pupillaire (Rossbach etFrôlich),fait assez singulier dans l'histoire de l'ésérisme, mais qui a son pendant dans celle de l'atropine, laquelle rétrécit la pupille à dose très-faible.
Voyons maintenant comment l'ésérine influence le système nerveux.
J'ai dit que Tintelligence n'est pas atteinte par le poison, qui paraît respecter le cerveau. Mais la moelle épinière et les nerfs sont, par contre, affectés par lui, comme le démontrent les intéressantes expériences de Fraser.
Ce physiologiste s'est assuré, en effet, que dans l'empoisonnement par la Fève de Calabar la moelle épinière cesse d'être excitable par le galvanisme, alors que les nerfs moteurs conservent encore leurs fonctions ; que les réflexes médullaires ont disparu avant que les nerfs aient perdu leur pouvoir conducteur et qu'enfin, en soustrayant une portion de la moelle à l'action du poison par des ligatures ou des sections de vaisseaux, l'action réflexe reste intacte dans les régions du corps soumises à la portion de moelle protégée.
Ces arguments ont évidemment leur valeur. Cependant Martin-Damourette, qui s'est occupé beaucoup de la question, n'admet pas cette théorie, et il suppose que l'ésérine paralyse simplement les extrémités terminales des nerfs moteurs dans les muscles. Eu somme, le poison agirait ici à la façon du curare. Les extrémités des nerfs moteurs étant paralysées, il en résulterait forcément entre autres conséquences la perte des réflexes.
Le fait invoqué par Martin-Damourette à l'appui de sa manière de voir est indiscutable; l'ésérine comme le curare, comme la ciguë, etc., paralyse plus ou moins complètement les extrémités terminales des nerfs moteurs dans les muscles.
Cette paralysie peut à elle seule suffire à expliquer la résolution musculaire et l'abolition des réflexes notées dans l'ésérisme, mais ne nous donne pas la clef d'un phénomène bien particulier à cet empoisonnement, le tremblement, pas plus qu'elle ne nous initie à l'origine des convulsions, qui constituent un des symptômes terminaux de l'empoisonnement.
Le tremblement de l'ésérisme pourrait bien avoir sa source dans une excitation directe de la fibre musculaire. Celle-ci, notons-le d'abord, garde toujours intacte son irritabilité propre, quelle que soit la dose du poison. D'autre part, nous savons déjà que les muscles ciliaire, sphincter de l'iris, intestinaux, que tous les muscles lisses en général sont certainement excités par l'ésérine. Enfin Fraser a montré que le symptôme s'observe après la section du nerf musculomoteur d'un membre, par exemple, mais qu'il manque, si on a lié l'artère de ce membre, c'est-à-dire empêché le poison d'atteindre les muscles.
DICT. ENO. XXXV. 41
0i2 ÉSfiRINE (thérapeutique).
Quant aux convulsions, elles peuvent dériver soit des phénomènes d'asphyxie que détermine l'ésérine, soit d'une excitation médullaire.
En définitive, le mode d'action de l'ésérine sur le système nerveux n'est pas absolument fixé, car, si nous adnieltons comme démontré son effet paralysant sur les extrémités terminales musculaires des nerfs moteurs, nous discutons toujours sur la question de savoir si elle atteint directement les grands centres nerveux, moelle et cerveau, ou bien si elle les respecte. La probabilité néanmoins est qu'elle affecte la moelle primitivement, car j'ajouterai aux arguments de Fraser que les animaux rendus épileptiqucs par les lésions de Brown- Séquard ont des crises violentes et répétées sous l'influence de l'ésérine. Et chez l'homme épileptique il en a été de même.
Ces observations démontrent au moins que les centres sont rendus plus excitables. La question de doses a d'ailleurs dans l'espèce son importance, et j'admettrais volontiers avec Martin-Damourette que, si l'ésérine accroît à haute dose l'excitabilité des centres nerveux moteurs (cérébro-spinal et ganglionnaire), elle diminue seulement à dose plus faible l'excitabilité des nerfs moteurs à leur terminaison dans les muscles, puis les paralyse.
La sensibilité générale étant épargnée même par les doses fortes d'ésérine, on peut admettre que cet alcaloïde respecte les nerfs et centres sensitifs, mais seulement jusqu'à un certain point. En effet, les doses massives font disparaître complètement celte sensibilité.
Les effets paralysants de celte substance sur le système nerveux moteur nous font comprendre, ai-je dit, la résolution musculaire qu'elle détermine si f;\cilement ; mais faut-il leur attribuer encoi'e les troubles de la respiration. Il est bien certain que les muscles respirateurs parésiés par le poison fonctionnent aussi mal que les muscles moteurs des membres, par exemple, lors de l'ésérisme. Mais on pourrait malgré cela songer à une action de l'alcaloïde sur le bulbe. Celle-ci est d'autant plus probable que la circulation, que la température, sont également modifiées parallèlement, tous effets paraissant bien d'origine bulbaire. En outre, on observe au début de l'action du poison l'accélération de la respiration sous la dépendance réelle du nerf vague, car elle ne se manifeste plus quand celui-ci a été coupé (Rossbach), puis des spasmes de la glotte, également produits par une excitation de ce même nerf. La mort d'ailleurs résulte le plus souvent de l'arrêt de la respiration : le cœur en effet continue de battre après que la vie a cessé.
Comment comprendre maintenant les troubles de la circulation dans l'ésérisme?
Le cœur, ai-je dit, se ralentit sous l'influence des doses faibles et sa systole prend plus d'énergie, vraisemblablement par suite de la stimulation du nerf vague. 11 s'arrête vite quand les doses sont fortes, même alors que ce nerf est coupé, probablement parce que les ganglions auto-moteurs sont paralysés, plutôt que par suite de la paralysie du myocarde, comme le voudrait Harnack. Mais cette paralysie est possible avec les doses massives, car le cœur est alors dilaté, flaccide, et se contracte à peine sous l'influence des plus fortes excitations.
En tout cas, il s'agit bien là d'une action locale sur l'organe central de la circulation, car l'arrêt du cœur est obtenu chez la grenouille dont les centres nerveux ont été détruits avant l'introduction du poison ; action probable de stimulation sur les extrémités terminales du nerf vague (Fraser, Arnstein et Sutschinsky), car, si ces dernières sont paralysées par l'atropine, l'ésérine rétablit leurs fonctions, ce qui est bien l'indice de qualités stimulantes.
ÉSERINE (thérapeutique). Gi5
J'ai dit plus haut que l'ulcaloïde de la Fève de Calabar élève la pression artérielle. J'ajoute ici que c'est en vertu d'une action sur le centre vaso-moteur, puisque l;i section de la moelle au-dessous de ce centre empêche ce phénomène ou l'atténue singulièrement.
Le mécanisme des effets hypercriniques de l'éscrine n'a pas été suffisamment recherche pour que j'en parle ici. S'agit-il d'une action nerveuse ou d'une stimulation directe du tissu glandulaire? La première hypothèse est possible, \u qu'il existe entre l'atropine et l'ésérine un antagonisme évident, au moins en ce qui concerne les sécrétions salivaire ou sudorale. Tandis, en effet, que la première les arrête, la seconde les rétablit, lleidenhain admet celte opinion et conclut à une excitation de la corde du tympan de la part de l'ésérine.
Quant à l'origine de l'hypercrinie intestinale de résérisme, elle peut être recherchée à la fois dans l'excitation des muscles de l'intestin et dans une stimulation de ses nerfs. La polyurie enfin est sans doute la résultante de l'augmentation de la pression artérielle.
Antagonistes. On a cité comme l'un des faits les plus probants d'antagonisme médicamenteux celui qui existe entre l'atropine et l'ésérine. 11 est bien certain que ces deux alcaloïdes ont des effets absolument opposés. Tandis (|iie l'atropine dilate la pupille, tarit les sécrétions salivaire, lacrymale, urinaire, etc., active la circulation, l'ésérine produit l'atrésie papillaire, exagère les mêmes sécrétions glandulaires, ralentit la circulation, etc.
Est-ce à dire cependant que ces deux principes soient réellement des antagonistes ou bien qu'ils puissent exercer vis-à-vis l'un de l'autre une action antidotique? Je ne le crois pas. Si l'on peut admettre l'antagonisme dans une certaine mesure, il est tout à fait impossible de croire à l'antidotisme, ou tout au moins à un antidotisme utilisable dans un cas d'empoisonnement, car certaines actions toxiques des deux poisons s'ajoutent les unes aux autres, aggravent par conséquent l'intoxication, et la terminaisqn funeste est plutôt hâtée.
L'atropine et l'ésérine n'ont réellement d'action antagoniste que sur les yeux. Mais la première l'emporte de beaucoup en énergie sur la seconde, c'est-à-dire que son action mydriatique a plus de durée et d'énergie que l'action atrésiante de l'ésérine. En effet, si la pupille dilatée par l'atropine se rétrécit bien sous l'influence de l'ésérine, la mydriase ne tarde pas à se rétablir à nouveau assez vite.
Sur le cœur l'antagonisme des deux alcaloïdes n'est qu'apparent. Rossbach et Frôlich ont démontré que, si l'action paralysante de l'un des poisons peut enrayer l'action excitante de l'autre, l'inverse n'a plus lieu : celle-ci ne saurait combattre l'effet paralysant de l'antagoniste.
Rossbach n'admet pas davantage l'antagonisme des deux alcaloïdes sur les glandes salivaires ou sudorales. Si Heidenhain a observé que la sécrétion salivaire tarie par l'atropine était rétablie par l'ésérine, c'est que l'effet de la première ■est essentiellement fugace; pareille remarque peut être faite à propos des glandes sudorales.
L'ésérine et la strychnine ont bien quelques effets opposés, mais ce ne sont pas des antagonistes. L'animal empoisonné par la strychnine meurt plus vite quand on le traite par l'ésérine qu'en l'absence de tout traitement antidotique. L'hydrate de chloral a été cité encore comme l'un des antagonistes de l'ésérine, et des plus puissants. Mais la Commission de la British Médical Association, chargée d'étudier cette question, a conclu de ses expériences que, si l'antago-
044 ÉSÉRINE (ïhérapeltique).
nisnie entie l'ésérine et le cliloral est plus grand qu'entre la preraièie et l'atropine, on doit admettre qu'il est incomplet, car, nialyré le chloral, l'ésérisme se produit avec tous ses symptômes et peut se terminer par la mort.
Les mêmes réflexions s'appliqueraient à l'antagonisme supposé de l'ésérine et de la saponine. II n'est que partiel et sur le cœur, en ce sens que, d'après Kohler, si la dernière fait perdre aux nerfs d'arrêt leurs propriétés, l'ésérine les leur rend. En tout cas, il n'existe pas d'anlidotisme entre ces deux substances.
Je cite enfin à litre de curiosité plijsiologique l'antagonisme de l'ésérine avec elle-même, signalé par Martin-Damourette. A haute dose elle est convulsivante, à faible dose paralysante : dans le premier cas, elle excite la moelle; dans le second, elle paralyse les extrémités terminales des nerfs moteurs dans les muscles.
Eu définitive, nous devons conclure que l'ésérine n'a pas d'antagonistes vrais et encore moins d'antidotes, ou mieux que la science actuelle n'en connaît pas.
II. Propriétés thérapeutiques. On a cherché à utiliser les propriétés hypociiictiques de l'ésérine dans les névroses avec excitation, et puis dans les intoxications par les poisons convulsivants.
Je rappelle simplement ici que la Fève de Calabar a été donnée comme l'un de nos meilleurs médicaments contre le tétanos (Holmes, Coote, Eben Watson, Navarro, etc.). A supposer cependant que l'efficacité du poison d'épreuve fût bien démontrée contre ce terrible mal, ce qui est douteux, il serait préférable de le remplacer par son alcaloïde, l'ésérine, plus facile à manier rigoureusement, à doser, et surtout à administrer, puisque le tissu cellulaire la tolère parfaitement.
Martin-Damourette conseille la dose de 1 milligramme, répétée toutes les heures jusqu'à résolution musculaire. Il est nécessaire d'agir avec une excessive prudence, puisque l'ésérine par ses propriétés excitantes de la moelle à haute dose peut dépasser le but et ajouter ses propres effets convulsivants à ceux du tétanos.
La choree a été traitée par l'ésérine, mais ici encore son efficacité est bien douteuse, et de plus le médicament offre des dangers, de sorte que son emploi est aujourd'hui abandonné dans cette névrose.
S'il était prouvé que la Fève de Calabar améliore ou guérit (Chrichton-Browne) la paralysie générale, Vataxie locomotrice, Vépilepsie, la crampe des écrivains (S. Ringeret Murrell), on pourrait évidemment lui substituer avec avantage son alcaloïde dans le traitement de ces maladies : malheureusement les observations rapportées sont trop peu nombreuses et probantes pour nous autoriser à recommander cette substitution quant à présent.
Fraser a encore administré l'ésérine contre la névralgie lombaire, la gastralgie, avec quelques avantages, et il la conseille théoriquement contre la paralysie de Vorhiculaire des paupièrex, avec Galezowski, en raison des contractions qu'elle peut déterminer dans ce muscle, tandis que G. Sée la prescrit dans les cas de [diarrhée paralytique à cause de ses propriétés stimulantes des couches musculaires de l'intestin.
Quant aux empoisonnements par la strychnine et l'atropine, on se gardera bien de les combattre par l'ésérine, qui ne manquerait pas d'ajouter ses propres effets toxiques à ceux de ces deux alcaloïdes.
En résumé, malgré son action pharmacodynamique puissante et ses effets très-variés sur l'organisme, l'ésérine n'a que des applications médicales d'une
ÉSÉRINE (thérapeutique). (545
valeur assez douteuse, administrée à l'inte'rieur ou bien en injection hypodermique, ce qui revient au même.
Mais en oculistique ses propriétés spéciales sont particulièrement appréciées avec juste raison, aussi bien vais-je en signaler avec quelques développements les principales applications.
Elles sont fondées : 1" sur ce fait que l'ésérine abaisse la pression oculaire, diminue la sécrétion conjonctivale et réduit la diapédèse en général (de Wecker), tout en parésiant les filcls du grand sympathique (Galezowski) : d'où l'idée bien naturelle de la préconiser contre les lésiuns cornéennes : kératites, abcès de la cornée.
Ce sont surtout les kératites phlycténulaires, les éruptions herpétiques de la cornée, ses ulcérations traumatiques, hlennorrhacjiques , serpigineiises, qu'on a traitées par le collyre à l'ésérine. Sous son influence, on voit diminuer la photophobie et les douleurs su.s-orbitaircs, le larmoiement, la vascularisatiou de l'œil. De plus la réparation est activée. Mais ce médicament ne réussit bien que dans les cas de lésions superficielles. Au contraire, elle échoue dans les kératites panneuses et tracomateuses, dans les kéralocèles. Et Dehcnnc lui reproche de faciliter la production de synécbies postérieures chez les sujets affectés de kératite avec abcès de la cornée. Dans le glaucome simple, sans altération de l'iris ou de la chambre antérieure, Laqueuv s'est bien trouvé de son emploi. Lorsque le cas est plus grave, l'ésérine est inutile (11. Schmidt Rimpler).
2" L'action si remarquable de cette substance sur l'accommodation a conduit encore les ophthalmologistes à la prescrire dans les troubles de cette l'onction de l'œil.
C'est ainsi que la paralysie de V accommodation consécutive à la diphthérie, à la rougeole et à la scarlatine, a disparu plus vite sous l'influence du collyre à l'ésérine (Burowsen, Reich). Mais il faut absolument renoncer à traiter la presbytie et l'astigmatisme par ce médicament, dont l'action est trop fugace pour être utile.
3° Enfin, c'est à son effet atrésiant sur la pupille qu'est dû son emploi dans les mydriases morbides ou provoquées, la photophobie hystérique et Vhéméralopie, dans l'iritis, pour empocher la formation des synéchies ou les rompre quand elles existent ; dans Vamhlyopie alcoolique.
Celte série nombreuse d'applications importantes de l'ésérine en oculistique rangent cette substance à côté de l'atropine dans cette branche de l'art de guérir.
III. MooEs D'ADMiKisxnATiox ET DOSES. A V extérieur , l'ésérine s'administrerait seulement en collyre dont le degré de force serait trcs-variable. On emploie cependant de préférence ses sels : sulfate, le seul inscrit au Codex, et chlorhydrate, comme plus facilement solubles dans l'eau que cet alcaloïde.
Le collyre à 4/500 est le plus usité, mais on prescrit aussi les solutions au lOO^et au 500«, etc.
Malheureusement les solutions d'ésérine ou de ses sels s'altèrent vite à la lumière, rougissent et se décomposent. On a essayé avec quelque avantage de la vaseline comme excipient :
Vaseline 5 grammes.
Sulfate neutre d'ésérine 1 centigramme.
Celte sorte de collyre se conserve plus longtemps inaltéré que les solutions
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aqueuses. Toutefois Diiquesnel paraît avoir tranclK; absolument celte question de conservation en proposant Vésérme bromée, combinaison du brome avec l'alcaloïde. Celte pre'paration cristallise bien, est soluble dans l'eau, surtout à chaud et dans l'alcool. Elle est neutre, donc moins irritante que les autres sels,^ souvent acides. On peut ordonner avec avantage le collyre suivant, d'une conservation très-facile :
Esériiie In'omcc 2 centigrammes.
liau distillée 10 grammes.
A V intérieur, l'ésérine est rarement prescrite par la voie stomacale. Le plus souvent on l'administre en injection sous-cutanée.
Quel que soit le mode d'introduction du me'dicament dans l'économie, il est nécessaire de procéder avec une excessive prudence, surtout en ce qui concerne les injections sous-cutanées.
Dans le tétanos, on a pu donner sans inconvénient jusqu'à 20 centigrammes de sulfate en injections hypodermiques (Th. Anger) dans une période de vingtquatre heures, lime paraît cependant utile de procéder avec plus de circonspection : 1 à 2 milligrammes toutes les heures. Bouchut, dans la chorée des enfants, n'a pas dépassé 15 à 20 milligrammes par jour, commençant par 3.
La solution d'un sel d'ésérine au 1000'' doit pouvoir suffire à toutes les indications. 1 gramme de cette solution représentera 1 milligramme de principe actif; c'est à peu près le contenu de la seringue à injection hypodermique. D'autre part, 20 de ses gouttes comptées au compte-gouttes normal donneront également le milligramme d'alcaloïde. Je ne conseille pas d'autre mode d'administration. Un médicament aussi actif que l'ésérine doit être toujours prescrit dissous, c'est la meilleure manière de le doser rigoureusement d'une part, et de l'autre d'en assurer l'absorption. Les pilules et les granules seraient ici demauvaises préparations, incapables de donner aucune sécurité au praticien,^ qui ne sait jamais alors dans quelles proportions leur principe médicamenteux est absorbé par l'organisme. Ernest Labbé.
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