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EUDES

Les propriétés assainissantes doivent être attribuées aux grandes facultés absorbantes de sa racine et de ses feuilles, dont nous avons déjà parlé, ainsi qu'aux émanations balsamiques dont il est le siège. Ces dernières purifient l'air en paralysant les effets des fermentations qui se produisent dans les marais. Aussi pensons-nous que l'Eucalyptus doit agir de deux manières :

1" Par absorption de l'humidité régnante, c'est-à-dire physiquement;

2" Par neutralisation des miasmes, c'est-à-dire chimiquement, en tuant les micro-organismes dans l'eau et dans l'air comme l'essence les tue dans les solutions de sels organiques. Ed. IIeckel.

EUCnLORl\'E. C'est le protoxyde de chlore de Davy, un produit gazeux obtenu en traitant le chlorate de potasse par l'acide chlorhydrique. L'euchlorine n'est pas autre chose qu'un mélange de chlore et de gaz hypochlorique. Sous l'influence du froid, ce mélange gazeux peut être condensé en un liquide rouge qui est l'acide chlorochlorique de Millon, Cl^O'^ L. Hn.

EUCLEA {Euclea L.). Genre de plantes de la famille des Ébénacées, composé d'arbres et d'arbustes à feuilles alternes, parfois opposées ou verticillées. Les fleurs, disposées en grappes axillaires pendantes, sont dioiques, avec un périanthe double, campanule; les mâles ont un androcée composé de dix à trente étamines disposées sur deux rangs et insérées les unes sur la corolle, les autres sur le réceptacle ; les femelles, un ovaire biloculaire, qui devient à la maturité une drupe charnue dont le noyau renferme une seule graine à embryon droit, situé dans l'axe d'un albumen cartilagineux très-abondant.

Les Euclea habitent les régions tropicales de rAfri(|ue. L'espèce la plus importante est VE. undulala Thunb. ou Guarri des llottentots. Ses fruits, comestibles, sont légèrement astringents et fournissent, par la fermentation,, une sorte de vin aigre très-estimé des nègres. Ed. Lef.

EUDÈME (Les deux).

Eudènie. Anatomiste grec, contemporain d'Hérophile et d'Érasistrate, d'après Galien, florissait vers 290 avant l'ère chrétienne. 11 a écrit sur les nerfs, les franges de la trompe d'Eustache et les os. Il a découvert que le métacarpe et le métatarse sont composés chacun de cinq os soudés, mais il a décrit à tort l'acromion comme un os distinct et séparé. L. Hn.

Eudèiue. Médecin de Home, de la secte des méthodistes, écrivait quinze ans avant l'ère chrétienne sur l'hydrophobie. Il fut le complice de Séjan et de Livie dans l'empoisonnent de Drusus César, fils de Tibère. Après la chute de Séjan, Eudème fut mis à la torture. C'est tout ce qu'on sait de lui. L. Hx.

EUDES (Pierre-Jean). Né le 27 avril 1787 à Soulles (Manche). Sa thèse de doctorat du 8 mai 1815 a pour titre : Essai sur les avantages de pratiquer Vampiitation sur le champ de bataille dans les plaies produites par une arme à feu. Paris, in-4°. Il servit quelque temps en Allemagne, puis il revint en France se fixer à Bayeux, où il devint premier chirurgien de l'hôpital. 11 a publié des Observations sur la fièvre niiliaire qui règne endémiquement dans V arrondissement de Bayeux. Bayeux, 1822, in-8", autre édition,

3^0 EUGÉNIA.

1841, et un autre travail sur le même sujet ayant pour titre : Mémoire sur les questions suivantes : La mdiaire est-elle une maladie essentielle, ou bien n est-elle que le résultat d'une irritation viscérale ou de tout autre état pathologique? Est-elle épidémique on contagieuse? In Journal de chimie méd., t. VI, 1850. A. DuREAu.

EIIDOXE. Philosophe et astronome grec, de Cnide, florissail vers 560 avant Jésus-Christ. II étudia la médecine sous Philistion, puis en Egypte lut initié aux doctrines des prêtres de ce pays. Oii cite avec éloge ses ouvrages astronomiques. Un fait qui nous intéresse particulièrement, c'est qu'il introduisit dans la médecine la méthode numérique de Pythagore. L. H>.

EKttÉWFTnvLK. C'-H"'0- = G'"H"0^C"-1F. Ce corps se forme par l'action de l'iodure d'étliylc sur l'eugénate de potasse, en vase clos. C'est un liquide incolore, neutre, doué d'une odeur aromatique, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et dans l'éther. L'engénélhyle bout îi 240 degrés. L. Un.

EUGE:%IA {Eugenia Mich.). Genre de plantes de la famille des Myrtacées, auquel M. Bâillon {Hist. des PL, VI, 554) rattache, à litre de simples sections, les genres ^cme/m De. , Caryophgllus Tonrn., Clavimijrtus RI., Cuphœanthus Seem., Jambnsa De, Mijrciaria Berg et Syzygium Gaertn.

Ainsi composé, le genre Eugenia renferme environ 500 espèces répandues dans les régions tropicales et subtro[)icales du globe, mais plus particulièrement en Amérique. Ce sont des arbres ou des arbustes à feuilles opposées, dépourvues de stipules. Les fleurs, solitaires ou réunies en cymes triohotomes, ressemblent beaucoup à celles des Myrtes; elles ont un périantlie double, tétramère, plus rarement pentanière, à pétales quelquefois unis en une seule pièce et se détachant par la base comme une coiffe {Syzygmm Gaertn.). L'androcée est formé d'un grand nombre d'étamines, dont les filets libres sont terminés par des anthères versatiles. Le réceptacle, sur les bords duquel s'insèrent le calice, la corolle et l'androcée, peut être plus ou moins globuleux ou turbiné et pmlougc au-dessus de l'ovaire Uambosa De), ou bien en un cornet très-long {Cuphœanthns Seem.), quelquefois muni d'ailes verticales épaisses. L'ovaire, infère et ordinairement biloculaire, devient à la maturité une baie indéhiscente, renfermant un petit nombre de graines sans albumen et à embryon formé de deux cotylédons épais et charnus.

Un certain nombre d'Eugenia sont employés on médecine dans leurs pays d'origine. Citons notamment YE. cheken Ilook et VE. variabilis Mart., qu'on utilise au Chili et au Brésil dans le traitement dos alfections diarrhéiques et rhumatismales; les E. dumetorum DC, E. Vellozii Berg et E. arrabidœ Berg, espèces indiennes, dont les écorces aromatiques sont préconisées comme astringentes; VE. zeylanica H. Bn. [Syzygium zeylanicum DC), qui est vanté, à Ceylan, comme stimulant et antisyphilitique; VE. angustifolia DC, qu'on emploie, aux Antilles et au Venezuela, dans le traitement des stomatites ; VE. disticha DC, dont les graisses torréfiées servent aux Antilles à préparer des infusions aromatiques et digestives, d'où son nom vulgaire de Café sauvage; VE. fragrans Wild. {Myrtus fragrans Sw.), dont les feuilles sont préconisées, à la Jamaïque, contre les douleurs et les contusions; VE. jambolana Larak. [Syzygium jambolanum DC), dont les fruits astringents sont employés,

EUGÉNOL, 581

dans l'Inde, contre la glycosurie (voy. Gaz. Itebd. de méd. et de cliir., 1885, \). 574).

VE. caryophyllœa H. Bn (Sy^yglum caryophyllœum Gaertn.) est une espèce asiatique, qu'on a considérée pendant longtemps comme fournissant l'écorce importée dans le commerce européen sous le nom de Cassia caryophyllata, mais on sait aujourd'hui que cette écorce provient véritablement du Dicypellium caryophyllatum Nées, de la famille des Lauracées.

].'£. Jarnbos L. {Jambosa vulgaris De.) croît dans l'archipel Indien, où son écorce passe pour un bon astringent. C'est le Malacca-Schambu de Rheede [Uori. malab., I, t. 17). Ses fruits piriformes sont recouverts d'un brou épais, charnu, succulent, d'une saveur acidulé agréable et d'une odeur de rose trèssuave, ce qui lui a fait donner les noms vulgaires de Jam-rosade, Jamerosier, Jainbosier domestique. Pommier rose, etc.

Enfin VE aromatica II. Bn {CaryopJiyllus aromaticus L.), originaire des Moluques, mais cultivé aujourd'hui dans les régions tropicales des Deux Mondes, fournit les Clous de girolle, {voy. Giroflieh). Ed. Lef.

EUGÉXlE-LES-BAlîXS (Eau MINÉRALE d'). AthermcUe, sulfatée sadique faible, sulfureuse faible. Dans le département des Landes, dans l'arrondissement de Saint-Sever, émerge une source dont l'eau est claire, transparente et limpide. Elle a une odeur sulfureuse, sa saveur est hépatique et légèrement fade ; sa température est de 12°, 8 centigrade. Son analyse chimique exacte n'est pas connue.

L'eau de cette source alimente trois établissements qui se nomment : Établissement de Saint-Louboner {voy. ce mot), établisseiiienl du Bois et établissement Nicolas. Chacun d'eux renferme une buvette, une division de bains, des cabinets de douches, des salles où s'administre l'eau minérale préalablement chauffée, une section où se pratique l'hydrothérapie avec la plupart des moyens connus, enfin deux pièces réservées aux appareils de sudation.

Les trois établissements d'Eugénie sont presque exclusivement visités par les habitants de la contrée, qui viennent s'y traiter d'affections catarrhales chroniques des voies aériennes, digestives et urinaires. C'est l'eau en boisson qu'il convient surtout d'appliquer alors. Les bains et les douches d'eau et de vapeur sont principalement indiqués dans les affections rhumatismales et les maladies cutanées subaiguës ou chroniques, le plus efficacement traitées à Eugénie-les- Bains.

La durée de la cure varie de vingt à vingt-cinq jours.

On n'exporte pas l'eau de la source Eugénie. A. R.

EI'GÉI^'IXE. C'"H'^Û^ Ce corps, encore appelé camphre de girofle, forme dans l'eau distillée de girolle un dépôt de paillettes nacrées, douées d'une odeur de girofle, très-solubles dans l'alcool et dans l'éther. L'acide nitrique la colore en rouge de sang. L'eugénine est isomérique avec l'acide eugénique ou l'eugénol. L. Hn.

EUGÉXIQUE (Acide). Voy. Edgénol.

Et'CJÉlVOL. C'"H'-0-. L'eugénol, encore appelé acide eugénique ou essence de girofle oxijgénée, a la constitution d'un éther monométhylique d'un phénol

382 EUGLÈNE.

diatomique. On trouve l'eugénol dans les essences de girofle, de piment de la Jamaïque et de feuilles de cannelle et dans l'huile de laurier. On l'obtient artificiellement en soumettant l'alcool coniférylique à l'action de l'amalgame de sodium. Le procédé le plus pratique est de l'extraire de l'essence de girolle. On agite celle-ci avec une solution aqueuse de potasse, puis on fait bouillir quelque temps pour entraîner par la vapeur d'eau l'hydrocarbure (C^*1P^)" que renferme l'essence. On fait cristalliser par refroidissement. Enfin on traite par un acide qui met en liberté l'eugénol que l'on purifie par distillation.

L'eugénol est un liquide incolore, huileux, d'une densité de 1 ,065 à 18 degrés, bouillant à 247 degrés, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool. 11 se comporte comme un phénol monoatomique en présence des bases. La potasse fondante l'oxyde et le transforme en acide protocatéchique, CH^O*. Chauffé avec l'anhydride acétique, il donne un cther acétique, i'acétijleugénol, en cristaux volumineux, fusibles à 32 degrés, bouillant à 270. Oxydé par le permanganate de potasse en solution acétique, il donne de la vanilline, C*H-0'', et de l'acide vanilliquc, CHW. ' L. Hh.

EliaÉTlQL'K (Acide). C'Il'^O^ Ce corps se forme dans Taclion simultanée du sodium et de l'acide carbonique sur l'eugénol. 11 est en longs prismes incolores, peu solubles dans l'eau froide, aisément solubles dans l'alcool et l'éther. L'acide eugétique fond à 124 degrés et se décompose à une température plus élevée eu acide carbonique et en eugénol.

Un isomère de l'acide eugétique, Vacide eugénoxycarbonique, se forme en même temps que lui. Nous n'insisterons pas sur ce composé. L. Hn.

EUGLÈlVE. Genre d'Infusoires flagellés à corps fusiforme ou allongé, coloré en vert, très-contractile, terminé postérieurement par une queue effilée et pourvue antérieurement d'un long flagellum et quelquefois d'un second llagelïum beaucoup plus court. A l'extrémité antérieure du corps, à la base du flagellum, se trouve l'ouverture buccale, à laquelle fait suite un œsophage court. Dans ■cet œsophage débouche un petit canal conduisant à une cavité assez grande formant un réservoir contractile et communiquant avec une ou plusieurs vésicules contractiles plus petites. En rapport avec le réservoir contractile se trouve une tache oculiforme rouge. Cette tache, à contours ii réguliers, est constituée par une petite masse de protoplasma réticulé, renfermant dans ses mailles des gouttelettes d'une substance huileuse rouge. La paroi du corps des Englèncs est constituée par une cuticule épaisse, présentant dans quelques espèces des lignes saillantes formées de petits tubercules. L'intérieur du corps contient une substance amylacée, le paramylon, se présentant sous forme de gros globules, de tablettes, de baguettes, d'anneaux, etc. Les grains de paramylon sont formés de couches concentriques (Klebs). Cette substance paraît et disparaît dans les Euglènes comme l'amidon dans les cellules végétales, suivant les conditions d'existence de l'être; elle augmente pendant l'enkystement. La chlorophylle, qui donne aux Euglènes leur coloration, imprègne les chromatophores, petites plaques ovalaires situées au-dessous de la cuticule, ou bien elle imprègne toute la couche protoplasmique périphérique du corps, sauf la région antérieure.

Cette chlorophylle se transforme souvent en totalité ou en partie en une matière pigmentaire rouge, comme cela s'observe chez les végétaux, dans les spores des Algues, par exemple. Le noyau des Euglènes est sphérique ou

EUGLENE. 385

ovoïde et renferme dans son intérieur un petit corps réfringent, se colorant fortement par les re'actifs, ([u'on peut considérer comme un nucléole.

Les Euglcnes se multiplient par fissiparité dans des kystes globuleux, à l'état de repos; la division est longitudinale et produit dans chaque kyste deux, quatre, huit individus (macrogonidies), ou seize, trente-deux individus plus petits (microgoiiidies). Stein et après lui quelques auteurs ont décrit un second mode de multiplication par production d'embryons monadiformes dans le noyau, mais les rechercfies récentes de Klebs ont montré que ces prétendus embryons étaient des parasites.

Le genre Euglène a été crée en 1830 par Ehrcnberg pour le Cercaria viridis d'O.-F. Millier. Ehrenberg le plaça avec le genre Ainblyophis à côté des Astasia, des Colaciian et des Chlorocjoniiuii, pour en faire la famille des Astasiens. Dujardin établit sa famille des Eugléniens en prenant pour caractère saillant la contractilits du corps et y rangea les Peranema, Aslasia, Eiigleiia, Zlgoselmis, lleteronema, Polyselmis. Stein a réduit la famille des Eugléniens eu n'y comprenant que des organismes colorés en vert, contractiles et à un seul flagellum, Euglena, Ascoglena, Colacinm et Trachelomonas. Saville-Kent place dans les Euglénidés les Euglena, Amblyophis, Phacus, Chloropeltis, Trachelomonas, Uaphidomonas, Cœlonionas, Ascoglena et Colacium. Enfin pour Bùlschli la famille àesEugleninœ ne renferme que \cs Euglena, Colacium, Trachelomonas Eutreptia et Ascoglena.

Les Euglènes sont des Infusoires vivant dans les eaux, douces ou saumâtres, soit à l'état isolé, soit plus généralement en société, formant alors à la sui'face de l'eau des couches membraniformes vertes. Elles s'enkystent soit pour se multiplier, soit pour traverser les phases défavorables à leur existence, telles que la dessiccation. De même que tous les organismes verts, elles sont très-sensibles à l'action de la lumière.

On connaît plusieurs espèces d'Euglènes : Euglena virùlis Ehrg., très-commune, à corps très-contractile ; une variété de cette espèce, E. sanguinea Duj.. est rouge; E. acus Ehrg., très-allongée en forme d'aiguille; E. oxyuris Schraarda, à cuticule présentant des bandes enroulées en spirale; E. spirogyra Ehrg., lignes de la cuticule spirales, saillantes et crénelées; E. deses Ehrg., E. agilis Carter, etc.

A côté des Euglènes nous placerons les Amblyophis grands flagellés verts à corps comprimé en lamelle et à extrémité postérieure obtuse : A. viridis Khv§^.; les Colacium, Eugléniens ayant deux phases d'existence, une phase libre et une phase de fixation dans laquelle les individus réunis en colonies sont portés par les branches d'un pédoncule ramifié dichotomiquement : C. calvum Stein, C. arhucula Stein, etc. ; les Ascoglena, Euglènes vivant dans un tube : i. vaginicola Stein ; les Trachelomonas, Euglènes vivant, à l'état libre et mobile, dans une coque sphérique, dure et brune : Trachelomonas volvocina Ehrg., T. huila Stein, T. hispida Perty, etc. ; enfin le genre P/mcMS, à corps aplati, terminé postérieurement par une petite pointe recourbée : Ph. pleuronectes Miiller, Ph. triqueter Ehrg., Ph. longicaudatus E\ir§. F. IIekneguï.

Bibliographie. — Ehue^berg. Infusionslhierchen, 1838. — Oujardin. Zoophyles infusoires, 1841. — Stein. Organismus der hifusionsthiere . — Saville Kent. Manual of the Infusoria, ■1881. — Balbiani. Les organismes unicellulaircs. In Journal de micrographie, 1883. — Klebs. Untersuchiingen ans dem bolan. Institut zu Tïtbingen, I, 1883. — Bvtschli. Pcotozoa. In Bronns Klassen u. Ordnungen, I, 1884. F. H.

584 EUPATOIRE

EULOPIIIA [Eulophia W. Br.). Genre de plantes de la famille des Orchidacées et du groupe des Vaudées. Ce sont des herbes épigées, pseudobulbeuses, à feuilles longues et membraneuses, marquées de plis ou de côtes plus ou moins prononcés. Toutes les espèces habitent les Indes Orientales ou les régions tropicales de l'Afrique. Plusieurs d'entre elles, notamment l'^. vera Lindl., fournissent du salrp. Ed. Lef.

EULYSil^E. Résine jaune verdàtre qui accompagne la bilinc dans la bile (Berzelius). Ce corps est très-soluble dans l'alcool, d"'où son nom (de eu, bien, et lïia-iç, solution).

On a encore donné le nom d'culysinc à un produit de la transformation de l'acide décacryliquc, C^^'I^'^O-, du liége, sous l'influence de l'eau bouillante. Ce corps a pour composition C^fP^O''. 11 est jaune et fond à 150 degrés en se décomposant. L. 11k.

EL'nEl.Uiii. Chirurgien vétérinaire de Thèbes, vivait au quatrième ou au cinquième siècle après Jésus-Christ. Il reste de ses écrits quelques fragments insérés dans la collection des écrivains sur la chirurgie vétérinaire (Hippiairica, Paris, 1550, in-fol.; Mie, 1557, in- 4"). L. Hs.

tLll\ECTE. Wagler a établi ce genre pour un Boa aquatique des parties tropicales de l'Amérique du Sud {voy. Boa) chez lequel les narines, qui s'ouvrent à l'extrémité du museau, peuvent se clore ; le dessus de la tête est revêtu de plaques dans la partie antérieure, d'écaillés en arrière; les lèvres sont dépourvues de fossettes, le dessous du corps est garni d'une seule rangée de plaques.

La seule espèce du genre, TEunecte marin [Eunectes marinu'i), a la tète Irès' petite relativement à la longueur du corps. Le dos est d'un vert noirâtre chez l'adulte, orné de grandes taches ovalaires de couleur noire, disposées de telle sorte que celles d'un côté alternent avec celles du côte opposé; de l'œil court vers l'occiput une large bande d'un gris rouge bardée de noir sombre. L'Eunecte paraît être le Serpent qui arrive à la plus grande taille; on en connaît des individus de plus de 6 mètres de long. H.-E. Sauvage.

BiDuocnAPHiE. — Du.MÉniL et BionoN. Ei'pe't. (/en., l. VI. — Ja.n. Elenco sist. degli Ofidi.

EUPATOIRE {Eupatorium Tourn.). Genre de plantes de la famille des^ Composées-Tubuliflores, qui a donné son nom au groupe des Eupatoriées. Ce sont dos herbes, des sous-arbrisseaux ou des arbustes, à feuilles opposées ou alternes, parfois verticillées et à capitules très-nombreux disposés en cymes corymbiformes rameuses, très-compactes ; chacun de ces capitules est pourvu d'un involucre à folioles imbriquées en nombre très-variable. Le réceptacle est plus ou moins légèrement convexe, tantôt nu, tantôt creusé de fossettes très-petites. Les fleurons, de couleur rose, violette ou bleue, sont peu nombreux, tous tubuleux, hermaphrodites et fertiles. Les achaines, tronqués au sommet et pourvus d'un nombre variable de côtes longitudinales, sont surmontés d'une aigrette formée de nombreuses soies scabres, barbelées ou plumeuses, disposées sur un seul rang.

Les Eupatoires, dont on connaît un grand nombre d'espèces, habitent pour la plupart les régions tempérées et chaudes des Deux Mondes. Elles sont surtout répandues dans les diverses régions de l'Amérique.

EUPHORBE (botanique). 385

L'E. cannabinum L., qu'on appelle vulgairement Eapatoire, E. d'Avicenne, Chanvrin, Chanvrine Patitagj'uélion aquatique, est une herbe vivaco, commune en Europe dans les lieux humides, les marécages, sur les bords des ruisseaue et des rivières. Les tiges, dressées, simples ou rameuses, hautes de 8 à iO décimètres, portent de grandes feuilles opposées, pétiolécs, à limbe divisé en trois ou cinq segments lancéolés, dentés sur les bords, le terminal ordinairement plus grand que les autres. Les fleurons sont de couleur rougeâtre, plus rarement blanche, et longuement dépassés parles styles. Cette belle plante était jadis officinale sous la dénomination de Radix et llerha Evpatorii v. Cannabinœ aquaticœ s. St. Cunignndœ. Ses racines étaient préconisées comme émétiqucs et purgatives, ses feuilles et ses capitules comme apéritives et détersives.

h'E. triplinerve Vahl (E. ayapana Vent.), connu sous le nom d'Aya-pana, est une espèce de l'Asie tropicale qui a été répandue par la culture aux Antilles et dans les régions tropicales de l'Amérique du Sud. On lui attribuait autrefois des propriétés alexipharmaques, emménagogues, diaphorétiques, diurétiques, antigoutteuses, antirhumatismales, etc., qui ont été reconnues absolument nulles. Cependant ses feuilles servent, au Brésil, à préparer des infusions théiformes réputées stimulantes et digestives.

Parmi les autres espèces de ce genre qui sont employées en médecine dans leurs pays d'origine, nous mentionnerons seulement VE. perfolialum L., grandes herbe vivace très-commune dans les lieux man'-cageux de l'Amérique du Nord, depuis la nouvelle Ecosse jusque dans la Floride, où elle est réputée tonique, diurétique, sudorifique et vermifuge. C'est le Boiieset ou Crosswort des pharmacopées des États-Unis. Citons encore VE. purpiireum L. ou Gravelroot des .américains, qu'on a préconisé contre la gravelle et les catarrhes chroniques de la vessie, puis \'E. aromatisans DC, qui croît à Cuba et dont les feuilles servent, dit-on, à parfumer les cigares do la Havane.

V Eupatoire aquatique est le Bidens Iripartila L. et \'E. de Mesué, VAchillœa Ageratum L. (ooy. Bident et Achilléf). Ed. Lef.

ElIPATORIl\'E. Extraite par Righini de VEupatorium cannahinum, l'eupatorine constitue une substance blanche, de saveur amère et piquante, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool absolu et dans l'éther. Elle forme avec l'acide sulfurique un sel cristallisable. Sa composition n'est pas exactement connue. L. Un.

EUPATORIUM. Voy. Eupatoire.

EUPHORBE. ^L Botanique. [Euphorhia 1 .) . Genre qui a donné son nom à la famille des Euphorbiacées, et dont les fleurs sont, suivant une partie des botanistes, hermaphrodites et régulières. Leur réceptacle porte un calice en forme de cloche ou de sac plus ou moins profond, découpé sur ses bords en 5 lobes membraneux, imbriqués en quinconce, et plus rarement en 4 ou 6-8 lobes. Dans leurs intervalles se voient, en même nombre ou plus ordinairement au nombre de 4, des appendices glanduleux ou charnus, très-variables de forme, assez souvent pétaloïdes ou très-découpés, chargés de glandes multiples. L'androcée est formé d'un nombre indéfini d'étamines, disposées en 5 faisceaux oppositipétales, et dans chaque faisceau les étamines forment deux séries parallèles. Chacune d'elles se compose d'un filet, articulé tardivement en un point EICT. ENC. XXX7I. 25

386 EUPHORBE (botanique).

variable, et d'une anthère biloculaire, déhiscente par deux fentes latérales ou plus ou moins extrorse. Avec les faisceaux staminaux alternent le plus souvent 5 languettes ou 5 faisceaux de languettes ou de glandes. Le gynéce'c, supporté par un pied plus ou moins long et recourbé, et dont le sommet porte assez souvent un disque hypogyne entier ou 3-6-lobé, est formé d'un ovaire à 3 loges, dont 2 postérieures, surmonté d'un style à trois branches stigmatifères, ordinairement bifides. L'ovule, inséré en haut de l'angle interne de chaque loge, est descendant, anatrope, avec le micropyle supérieur extérieur et coiffé d'un obturateur de forme variable. Le fruit est une capsule tricoque, dont le péricarpe, d'épaisseur et de consistance variables, devient finalement sec, septicide, puis loculicide, et les graines, pourvues extérieurement d'une tunique charnue arillaire, ou dans toute leur étendue, ou plus souvent dans leur seule région micropylaire (caroncule), renferment sous leurs téguments un albumen abondant, charnu, huileux, entourant un embryon axile, à radicule supère et à cotylédons linéaires ou plus ou moins ovalaires.

Les Euphorbes appartiennent, au nombre d'environ 700 espèces, à toutes les régions du globe. Elles peuvent être herbacées, ou légumées, parfois charnues, comme celles qui sont dites cactiformes, aphylles ou à feuilles alternes ou opposées, avec ou sans stipules. Elles sont souvent riches en latex blanc Leurs fleurs sont ordinairement réunies en cymes, unipares ou pluripares, souvent accompagnées de bractées, petites ou grandes, vertes ou colorées. Leurs propriétés médicinales sont dues ou à leur latex, ou à l'huile que renferment en abondance leurs graines.

h'Eiiphorbia resinifera 0. Berg est dans le premier cas. C'est une espèce cactifornie, qui s'élève jusqu'à 1 ou près de 2 mètres et dont la tige devient grise et ligneuse, tandis que les branches et les rameaux, ordinairement tétragones, sont d'un vert plus ou moins glauque, charnus, glabres. Leurs quatre angles proéminents portent des coussinets saillants, inégalement quadrangulaires, primitivement rouges, puis bruns, dont les quatre angles se prolongent d'abord en une épine ; celles des^angles inférieurs sont plus longues (1/2-1 cent.), rigides, coniques; celles des supérieurs, beaucoup plus courtes (1,2 millim.), finissent par devenir obtuses, ou réduites à une courte crête, ou disparaissant même totalement. Un peu au-dessus de leur aisselle, le bourgeon avorté est généralement indiqué par un pore déprimé. Çà et là, ce bourgeon se développe en un petit rameau charnu, semblable aux branches, ou parfois trigone. Les fleurs sont polygames, le gynécée avortant dans un grand nombre d'entre elles; elles sont de couleur jaune, disposées, dans l'aisselle des coussinets supérieurs, en petites cymes bipares, à 3 ou à un plus grand nombre de fleurs. Celles-ci ont un périanthe campanule, de couleur jaune, dont les 5 divisions sont très-courtes, égalant à peine ou ne dépassant que très-peu les glandes alternes, au nombre de 4, 5, transversalement oblongues ou subrhomboïdales. Les étamines, en partie exsertes, ont une petite anthère à loge subdidyme, et les languettes interposées sont linéaires, de la longueur du périanthe. Le gynécée, très-développé, est supporté par un pied fortement arqué et accompagné d'un court disque 5-lobé. Le fruit est profondément trilobé, déprimé, lisse, à coques carénées sur le dos, et les graines ovoïdes, arrondies, papilleuses, n'ont pas leur tégument extérieur manifestement plus développé dans la région micropylaire que dans le reste de son étendue. Cette espèce croît dans le Maroc, sur le flanc de l'Atlas, entre autres dans la province de Dimineh, dans le district de Misfiona

EUPHORBE (botanique). 587

et sur les montagnes de Nctila. Elle est cultivée dans nos jardins botaniques et elle y a déjà fleuri. On se procure par incision le latex dont abonde cette espèce, comme tant d'autres de ses congénères. Il est blanc, visqueux, et d'une âcreté telle qu'il enflamme la peau et que les indigènes qui incisent la plante sont obligés de garantir leur visage, surtout leurs yeux, du contact des moindres parcelles de ce latex. Une partie de celui-ci tombe à terre, et la plus grande portion demeure à la surface des branches, oiî elle se dessèche et se concrète, si bien que les morceaux irréguliers de gomme ou résine d'Eîiphorbe, euphorbium, qui se produisent, engluent souvent et renferment dans leur masse des fragments d'épines, d'inflorescences et de fruits qu'on retrouve dans la drogue telle que la présentent les olïicines. Ils sont d'un jaune clair ou plus ou moins bruns, d'apparence céracée, translucides, légèrement aromatiques quand on les chauffe, et d'une saveur finalement très-âcre et brûlante. Cette drogue renferme plus d'un tiers de résine amorpiie et près d'un quart A' euphorhon (Flùckiger), substance ternaire (C^*'H'*''0^), cristallisable, incolore, insipide et insoluble dans l'eau, plus du mucilage, du malate de chaux et de soude et quelques composés minéraux. La plus grande portion de l'euphorbium est employée dans le pays de production. Le reste est exporté par Mogador. C'est un puissant remède évacuant, jiidis employé comme purgatif et vomitif énergique. Aujourd'hui son emploi est considéré comme dangereux et il est presque tombé en désuétude, surtout pour l'usage interne. C'est un sternutatoire énergique, un puissant rubéfiant et vésicant, et on l'emploie parfois comme tel dans la médecine vétérinaire {Sur les usages de CEuphorbium, voy. Ainer. Journ. Phann. [i886], 450).

UEuplwrbe Épurge (Euphorbia Lathyrls L.), ou Grande Catapuce, Ginousette, est aussi un médicament puissant, aujourd'hui négligé ; c'est une herbe dicarpienne, à tige dressée, simple ou peu divisée, à feuilles opposées, disposées sur quatre rangées verticales, sessiles, oblongues, glabres et glauques, riches en latex comme la plante entière. Ses fleurs jaunâtres sont disposées en cymes terminales ombelliformes, dont les axes sont accompagnés de bractées ovalestriangulaires. Les fruits tricoques, subglobuleux, sont d'abord presque charnus ou plutôt spongieux, à cause de l'épaisseur et de la consistance particulière de leur exocarpe. Plus tard, celui-ci s'amincit en devenant complètement sec, de même que l'endocarpe, qui s'ouvre pour laisser échapper les graine;;, courtement ovoïdes, obliquement tronquées, brunes et rugueuses-réticulées à la surface. Leur sommet est occupé par un gros arille micropylaire. Sous le nom de Grana regia minora et de Semina Cataputiœ, ces graines étaient employées à cause des propriétés évacuantes de leur albumen et de leur embryon. Cliarlemagne prescrivait, à cet effet, la culture de l'Épurge dans le voisinage des maisons religieuses. L'huile extraite de ces parties pourrait en effet être substituée à celle du Ricin, mais son action est beaucoup plus énergique, car elle purge à la dose de 1 à 2 grammes. Mais elle est aussi vomitive. Les gndnes en fournissent environ 40 pour 100 ; elle est de couleur fauve, fluide, d'une odeur très-prononcée et d'une saveur Irès-âcre.

Par rimile de leurs semences et par le latex acre qu'elles|renferment, beaucoup d'Euphorbes sont actives et pourraient être usitées comme médicaments. Citons, entre autres, parmi nos espèces herbacées communes : le Réveille-matin [Euphorbia Helioscopia L.), VÉsule ou Embranchée (E. Esula L.), dont la racine passait pour hydragogue, VE. Petit Cyprès [E. Cyparissias L.), aussi

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nommée Rhubarbe des pauvres, et \'E. de Gérard (E.Gerardiana L.), qui étaient aussi des Ésules pour les anciens médecins. VÉsule des bois {E. sylvatica L.) a une racine purgative et vomitive. Les E. Peplua, Pilhyusa, palustris, pilosa, Chamcexjjce, etc., ont tous un latex initant, évacuant, hydragogue. 11 en est de même des espèce scactilormes, africaines ou asiatiques, que l'on cultive si souvent dans nos serres, comme les E. neriifolia, Antiquoruni, canariensis, grandidens, vlrosa, abi/ssinica, meloformis, globosa, Caput-Medusœ, triaculeata, Candelahrum, officinarum. La production de la gomme -résine d'Euphorbe avait longtemps été attribuée à cette dernière espèce. Dans l'Amérique du Nord, VE. Ipecacuanha L. {E. gracllis Ell.) fournit un des faux Ipecacuanhas de ce pays. En Colombie, ÏE. hypericifolia L., petite espèce vivace, à feuille opposée, constitue un des Canclialaguas les plus employés comme médicament évacuant. \j'E. pilulifera L. [E. hirta Lamk), autre espèce à feuilles opposées, commune dans les régions tropicales, outre ses i)ropriétés évacuantes, vient d'être encore préconisé comme tonique, narcotique et surtout comme remède très-puissant contre l'asthme. Dans ces derniers temps, YE. Drummondi, espèce australieinie, a ét(' vanté comme anesthésique et présente, dit-on, le même mode d'action que la Coca, ce qui est remarquable dans une famille où certains genres, tels que les Médiciniers, par exemple, offrent de grandes analogies d'organisation ilorale avec plusieurs Linacées. H. Bn.

BiBLioGnAPiiiË. — L., Geii., n. 243. — I^amk, Illuslr., t. 411. — Endi.., Gen., n. 5766. — Mr. et riEl,., Dict. Mat. méd., III, 177. — Gmn., Drog. simpL, .'d. 7, II, 337. — Ki.. et Giir.K., Tricoccœ. — A. Jlss., De Enphorbiac. gen. med. eor. virt. Tentant. (1824). — llosENTH.,S!/«. pt. diaplior,, 808. — Boiss., in DC Prodr., XV, sect. II, 7; Icon. Euphorb., in-4 (1862). — II. Bn, Hisl. des pi., V, 106, 172, 175, 177, fig. 145, 152; Et. gen. du gr. des Euphorbiacées (1858), 4, 46, 280, t. 12; in Adansonia, I, 58, 104, 139, 291; II, 211; m, 1S9; IV, 257 ; VI, 282; VII, 159, 375; X, 197; Tr. Bot. méd. phanér., 918. H. B.n.

§ II. Emploi médical. Comme leuis congénères de cette famille si riche en espèces médicinales, les plantes du groupe des euphorbes possèdent des propriétés médicinales et toxiques fort actives. Toutes, indigènes ou exotiques, sont acres, caustiques, éméliques ou purgatives, et d'une utilisation qui n'est pas toujours exempte de danger.

Les espèces indigènes, dont quelques-unes sont employées par la médecine populaire, mériteraient peut-être une étude chimique et physiologique plus attentive : tels V Euphorbelathyrienne, l'Euphorbe cyparisse, V Euphorbe réveillematin, VEuphorbe ésule et VEuphorbe des bois. Parmi les espèces exotiques, ■ VEuphorbe résinifère dans l'ancienne médecine, VEuphorbe hétérodoxe et VEuphorbe pilulifère, dans ces dernières années, ont été l'objet d'applications thérapeutiques plus ou moins heureuses dans leurs résultats, mais à coup sur fort incomplètement connues dans leurs effets.

L Euphorbes indigènes. Ces plantes sécrètent un suc laiteux et une huile résineuse dont les propriétés caustiques, irritantes et vésicantes, irritent la peau à des degrés divers, mais à la manière de l'huile de croton, du thapsia ou de la cantharide. Elles agissent aussi sur la muqueuse gastro-intestinale à la manière des éméto-cathartiques ; et, en comparant leur activité avec celle des espèces exotiques de la même famille, les euphorbes indigènes n'occupent pas dans la matière médicale un rang inférieur à ces dernières : c'est ainsi que, si l'huile dépurge vient après les huiles de croton, de Fontaneira puncheri et du Jatropha ciircas, comme purgatif, elle possède une activité supérieure à l'huile

EUPHORBE (emploi miîdical). 389

dé l'Andia, que les médecins brésiliens mélangent à l'huile de ricin et à l'huile de bankoul [Alemites triloba) des Molu(iues, qui est d'effet moins lidèle. L'épurge est la plus vulgairement employée de ces euphorbes indigènes. Les autres sont moins populaires dans la médecine des campagnes et cependant ne possèdent pas des propriétés moins actives.

Euphorbe épurge ou i.athvrienne. La synonymie de ce végétal est fort riche : en latin, Enphorbia lathyris, Catapncia minor, Tithijmale lathyris, Esiila major, vulgairement : grapite, ésule, épurge, catapuce, tithymale épurge, ginousette; en italien, calapuzza; en allemand, Purgierkorn on Springkr mit, et en anglais, Caper-Spurge. De tout temps ses vertus ont été connues; Phne et Dioscoride la considérèrent comme un violent purgatif, et, avant eux, Ilippocrate, au témoignage de Gazin, rapporte deux empoisonnements causés par son ingestion.

L'huile d'épurge a été isolée pour la première fois par Carlo Galderini, et, plus tard, en d825, par Luys et Canella. Néanmoins, dans l'appréciation des propriétés de cette substance, il faut tenir compte, comme Gazin le remarquait, de l'aphorisme de Celse : Differre opertel gênera vicdicina pro diversilate locorum, et soupçonner l'épurge des contrées méridionales de posséder une activité supérieure à celle de notre pays.

Matùire médicale. Les feuilles et les racines sont peu employées. Leur coupe laisse suinter un suc blanchâtre et acre, comme celui de toutes les plantes de cette famille : leur dessiccation demande quelque soin.

Tels qu'on les trouve dans la droguerie, les fruits ont une forme étoilée, une surface rugueuse et une couleur jaunâtre ou brunâtre; leur mésocarpe est spongieux, leur endocarpe coriace. Ils contiennent une graine comprimée, ovoïde, brunâtre, dont le parenchyme renferme de nombreuses gouttelettes d'huile. Il est à noter avec Goste que la dessiccation atténue l'activité de leurs propriétés.

Composition chimique. Soubeyran a soumis les semences de l'épurge à l'analyse et a trouvé 40 pour 100 d'huile jaune, de la résine, des sels, des matières colorantes et de l'albumine végétale.

Vhuile est acre, de couleur blanc pâle ou brunâtre. On l'obtient par expression, ou bien en traitant les graines par l'étlier. Elle est peu soluble dans l'alcool : de là des différences d'action physiologique, en raison du mode de préparation. Cette huile se congèle vers un degré et très-vraisemblablement contient un principe acre. Soubeyran admet l'existence de deux substances huileuses, l'une fixe et jaune, qui est la plus abondante, l'autre brunâtre, qui serait la plus acre et à laquelle l'huile d'épurge du commerce emprunterait son odeur et sa saveur désagréables.

Le suc lactescent de l'épurge contient une gomme résine.

Propriétés physiologiques. A l'état frais, ce suc produit l'irritation de la peau, une éruption érythémateuse, des ampoules douloureuses et, si le contact est prolongé, une inflammation plus profonde.

Administrées par la voie buccale, les semences et l'huile d'épurge provoquent une sensation d'ardeur et même de cuisson sur les muqueuses buccale et pharyngée, de l'inflammation, des douleurs stomacales, des vomissements, de la diarrhée sanglante et des phénomènes durables de gastro-entérite.

Son action sur la circulation et la respiration n'a pas été mentionnée par les auteurs; néanmoins, dans les empoisonnements accidentels causés par son

5j0 euphorbe (emploi médical).

ingestion, on a noté la petitesse du pouls et des troubles convulsifs des mouvements respiratoires. Le système nerveux était aussi atteint; il existait delà stupeur, de l'abattement et même des convulsions.

A dose peu élevée, 1 epurge agit à la manière des purgatifs drastiques. Par contre, en quantité plus considérable, elle produit de moindres effets purgatifs, mais provoque des vomissements et un état de profonde stupeur.

Emploi thérapeutique. Le suc frais d'épurge ou les feuilles fraîches préalablement contusécs ont été employés comme rubéfiants. L'huile rend les mêmes services, mais, en raison de son prix élevé, Cazin a recommandé pour le même usage les frictions avec un linimenl obtenu par la macération des semences dans l'huile.

Les propriétés caustiques du suc lactescent ont été utdisées en applications à la surface des verrues. De plus, les anciens empiriques l'employaient eu badigeonnages, à l'aide d'un pinceau, sur les taches de teigne, dont l'épilation devenait facile après quatre ou cinq jours. On ne saurait omettre de comparer cette médication avec le traitement contemporain de la même maladie par les badigeonnages à l'huile de Croton ticjlhim.

11 y a quelques années, en J84i, dans un mémoire intitulé : Des avantages Ihérapeutiqueii de l'inoculation de la morphine et de quelques autres médicaments, Lafargue (de Saint-Émilion) a proposé d'introduire sous la peau le suc de cette plante pour provoquer la pustulation. 11 en inoculait une goutte au moyen de la lancette, et, vingt-quatre heures après, il obtenait des pustules analogues aux éruptions stibiées. Les jours suivants, il entretenait celte éruptioa et la stimulait par l'application d'une quantité nouvelle de l'agent rubéfiant. Ces tentatives, qui d'ailleurs ne se sont pas généralisées, avaient pour objet de substituer cette méthode à l'emploi de l'emplâtre stibié et d'en remplir toutes les indications. Dans le même but, on pourrait faire usage du suc frais des autres euphorbes indigènes.

L'utilisation de ses propriétés purgatives date de fort loin. Les semences sont employées par les habitants des campagnes, qui les ingèrent en nature à la dose de 6 à 12 après les avoir écrasées. D'après Cazin, ils savent en obtenir un effet plus considérable en les mâchant préalablement. Ce même observateur les prescrivait comme un succédané de l'huile de croton sous forme d'une émulsion avec un jaune d'œuf. L'activité du remède est ainsi accrue, mais sa violence doit le faire proscrire chez les individus sujets aux inflammations gastro-intestinales. Enfin il est encore d'usage dans la médecine populaire d'ingérer 5 ou 6 graines d'épurge broyées dans du miel pour obtenir un effet purgatif.

L'huile d'épurge passe pour un purgatif doux. A la dose de 5 à 15 gouttes pour les adultes et de 3 à 3 gouttes pour les enfants, elle possède une activité 30 fois supérieure à l'huile de ricin et provoque des évacuations alvines sans douleur ni colique. Fonssagrives propose de l'administrer en émulsion avec un jaune d'œuf et l'hydrolat de menthe. En tout cas, à l'instar de l'huile de croton, comme purgatif, l'huile d'épurge doit être prescrite à l'intérieur avec ménagement. De plus, elle s'altère avec le temps, sa saveur devient plus piquante, et, d'après Cazin, elle provoque alors des coliques et du ténesme.

En lavement, et à la dose de 1 gramme pour 500 grammes de décoction de mercuriale à prendre en deux fois, le même observateur considère cette huile comme un purgatif efficace. 11 prescrit cette préparation dans les cas de constipation intense, d'hydropisie, d'étranglement herniaire et de coliques saturnines.

EUPHORBE (emploi médical). 391

Les lavements à la racine et à l'écorce de l'épurge sont moins actifs. On doit employer ces organes du ve'gétal à la dose de 1 gramme à Is^SO en décoction.

On a conseillé l'épurge dans beaucoup d'autres maladies : Klebe aurait employé le suc frais avec succès contre l'ictère et à la dose de 20 à 40 gouttes en dilution dans l'eau. Louis Frank conseillait d'essayer l'huile dans l'ascite à titre de dérivatif et, contre le taenia, comme tœnifuge. Enfin Martin Solon disait en retirer quelque profit dans le traitement de l'albuminurie brightique. Ces effets ne sont autres vraisemblablement que ceux de l'huile de ricin et d'autres purgatifs hydragogues.

Empoisonnemeint par l'épurge. a la manière des poisons acres, l'ingestion du suc d'épurge, de l'huile d'épurge en excès, des semences ou des autres parties du végétal, provoque des accidents graves. Peu de temps après on observe des douleurs dans le pharynx, l'œsophage et l'estomac, puis des vomissements suivis de violentes coliques et de l'expulsion de selles teintées de sang; une sueur froide survient, une soif ardente, et surtout, si les évacuations alvines sont peu abondantes, de l'agitation musculaire, des convulsions des membres et de la faiblesse du pouls. Le malade succombe parfois, mais plus rarement cependant, à ces accidents qu'à l'entérite consécutive.

Quand ces phénomènes toxiques s'amendent, il n'est par rare d'observer des diarrhées chroniques rebelles. Gazin en a observé des exemples dans lesquels un traitement longtemps continué a pu seul vaincre les accidents. Le café, les stimulants, quand les symptômes sont aigus, l'opium, quand ils prennent la forme chronique, en constituent la médication. Au reste, le traitement des empoisonnements par l'épurge ne dispose pas d'autres moyens que ceux dont on fait usage contre les intoxications par les drastiques.

Modes d'administration et doses. A l'intérieur, on a prescrit les feuilles, les semences et Vhuile. Les premières et les secondes sont presque inusitées et la troisième s'emploie rarement.

Les feuilles en infusion s'administrent, d'après Bulliard, à la dose de 8 grammes dans 1 litre d'eau à prendre par grandes cuillerées de demi-heure en demi-heure jusqu'à effet médicamenteux. En même temps on doit ingérer une boisson ou du bouillon.

Les semences brutes sont un purgatif populaire à la dose de 6 à 12 grammes. On peut encore les broyer et les émulsionner dans du lait.

L'huile (Vépurge a été prescrite en émulsion à raison de 8 à 20 gouttes. Gazin employait l'huile obtenue par expression, par quantité de 30 centigrammes à 1 gramme en potion dans une infusion de graine de lin ou de guimauve. La potion de Reiss contenait 8 à 15 gouttes d'huile d'épurge en mélange avec 100 grammes d'eau de laitue et quantités égales, soit 25 grammes, d'eau de menthe et de sirop de rose.

On a prescrit aussi des pilules à l'huile d'épurge et à la magnésie calcinée. Chacune contenait de 1 à 3 gouttes du médicament. Bailly formulait des pastilles de chocolat en renfermant chacune une goutte.

Le lavement à Vhuile d'épurge était formulé par Gazin, avec 1 gramme de cette buile, 5 grammes d'amidon et 500 grammes d'une décoction de graine de lin.

A l'extérieur, on a proposé les feuilles fraîches contusées en topique et les frictions rubéfiantes avec 1 ou 2 grammes de l'huile.

II. Euphorbe cyparisse ou petite ésule. Gonnue sous les noms vulgaires de petite ésule et rhubarbe des paysans, cette plante, Euphorbia ou Tithymalus

392 EUPHORBE (emploi médical).

cyparissm des bolanisles, Esula iidnor des officines, a été employée par ses racines, ses feuilles et ses fruits.

Action physiologique. Elle purge ù la manière de l'épurge et les propriétés drastiques de sa racine sont plus actives que celles des semences de cette dernière. Orfila a montré les propriétés toxiques du suc de ce végétal. Un chien auquel il eu administrait 150 grammes succombait rapidement. Au demeurant, c'est un drastique puissant et dangereux.

Emploi thérapeutique. Caziu rapporte que, par sa macération dans du vinaigre, cette plante perd de son activité et devient un médicament plus maniable, (^oste ot Geoffroy administraient sa racine sous cette forme à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme. Enfin, d'après ce même observateur, on a pu aussi avec moins de danger prescrire ses feuilles en décoction dans l'eau de guimauve ou le lait. Par cet artifice pharmaceutique, on préparait une émulsion. m. EuPHORiiE ÉsuLE. Cette plante, Eiiphorhia geranlunia des botanistes, a é recommandée comme un succédané indigène de l'ipécacuanha. En 181 1 , Loiseleur-Deslongchamps lit des essais favorables qui mériteraient d'être renouvelés. 11 en administra la racine à la dose de 50 centigrammes à l^^SO, et 18 fois sur 22 individus soumis à celle médication il obtint un effet thérapeutique, des vomissements et des selles plus ou moins abondantes, mais jamais excessives. Les premiers étaient faibles et les secondes ne s'accompagnaient pas de coliques violentes. 11 proposait donc de donner à cette racine le qualificatif d'ipécacuanlia indigène.

A côté de cette euphorbe le même observateur recommandait aussi l'euphorbe <les bois (Eiiphorbia sijivalica), l'euphorbe des vignes (Euphorbia pépins), l'euphorbe nummulaire ou petite tithymale, l'euphorbe pourpre {Euphorbia choracius) et la plupart des tithymales indigènes qui, à des degrés divers, posséderaient les mêmes propriétés éméto-cathartiques. Gilibert partageait cette opinion, qui, déjà en 1796, était défendue par Cosle dans son Essai botanique, chimique et pharmaceutiqne sur les plantes indigènes.

IV. Euphorbe réveille-mati.n. Cette euphorbe [Euphorbia helioscopia) est aussi connue par les propriétés de son suc qu'elle est vulgaire par son habitat. Il n'est personne qui n'en ait mis à l'épreuve l'action caustique sur la peau, allant presque à la rubéfaction.

A V extérieur, on a employé son suc laiteux à la manière de celui de l'épurge. A ïintérieur, les Anciens la considéraient comme un purgatif léger et comme un dépurai if. De là probablement son emploi par Nonne et quelques autres dans le traitement de la syphilis.

En résumé, l'étude physiologique et thérapeutique des euphorbes indigènes est incomplète : il y aurait quelque intérêt à la reprendre avant de condamner à l'oubli des végétaux dont, mieux déterminées, les propriétés actives seraient peut-être susceptibles d'utilisation.

Euphorbes exotiques. Euphorbe résixifère {Euphorbia resinifera de Berg). Celte espèce fournit la gomme résine d'Euphorbe, Gum Euphorbium des Anglais, Euphorbium des Allemands, qui, de toute antiquité, a été connue pour ses propriétés acres et irritantes. Dioscoride et Pline s'accordent pour attribuer l'étymologie du nom d'euphorbe au célèbre Euphorbe, médecin de Juba II, roi de Mauritanie, auteur d'un ouvrage sur cette substance.

Au reste, d'après Flïickiger et Hanbury, les vertus de la gomme résine d'Euphorbe ont été signalées tour à tour par Rufus Ephesius, au siècle de

EUPHORBE (emploi médical). 393

Trajan, et par Galion, plus tard par Vindicianus, Oribase, Paul d'Égine, Aetius, et, plus près de nous, par l'École arabe. Pendant le moyen âge et jusque dans ces dernières années, ce produit ligurait d'ailleurs dans toutes les pharmacopées. Enfin, de nos jours, sa récolte et sa conservation ont été étudiées par Jakson et par Bug.

Matière médicale. La gomme résine est la seule partie de VEuphorbia resinifera qui ait été utilisée en médecine. Elle vient de la Mauritanie oii on la rencontre partout, dans la province de Suse, sur les pentes méridionales de l'Atlas, et où on la récolte en pratiquant des incisions transversales sur les diverses parties du végétal.

Le suc qui s'écoule se concrète, durcit et se solidifie en forme de larmes inégulières, mesurant 1 à 2 centimètres, blanchâtres ou jaunâtres, ayant le volume d'une noisette à un grain de poivre et une cassure translucide. Elles sont souvent traversées par des cavités qu'occupaient les épines ou les portions de tige sur lesquelles elles se sont solidifiées.

Tel est l'aspect physique de V Euphorbiimi ; sans odeur à froid, elle dégage par la chaleur une odeur désagréable et aromatique, possède un goût acre ot brûlant; enfin sa j)0ussière détermine de violents éternuments, ainsi que de l'irritation des muqueuses oculaire et respiratoire.

Composition chimique. Eliickiger et llanbury ont analysé ce produit, qui renferme une résine, l'euphorbone, du mucilage, des malates alcalins et des composés minéraux.

La résine amorphe (C-"1P^0*) en forme le principe constituant dans la proportion de 58 pour 100. Neutre, soluble dans l'alcool à 70, exempte de réaction acide, cette substance possède une saveur acre et brûlante.

L'euphorbone (C^^H^O^) a été obtenue en cristaux incolores par purification : elle est inerte et insipide, fusible à 110, d'après Fliickiger, et à 145, d'après M. Blondel. Insoluble dans l'eau, elle est soluble dans l'éther, la benzine, le chloroforme, l'alcool amylique, l'acétone, l'acide acétique à froid et l'alcool bouillant, A la température ordinaire, 60 parties de ce liquide à 85 degrés en dissolvent une partie. On provoque une réaction caractéristique en additionnant d'une quantité d'acide nitrique sa solution alcoolique disposée en couche mince et acidifiée préalablement par l'acide sulfurique. Une semblable coloration est obtenue en ajoutant du chlorate ou du chromale de potasse à cette même solution. Ce produit serait analogue à la lactucarine.

Le mucilage a été isolé des résidus de la préparation de l'euphorbone; l'acétate de plomb, le borate et le silicate de soude, d'après Fliickiger, le précipitent.

Enfin les résidus sont riches en malates de calcium et de sodium et en chlorure de même base.

Action physiologique. La résine d'euphorbe est un irritant des muqueuses. Pendant sa manipulation et sa récolte, ses poussières provoquent chez les ouvriers des inflammations des paupières, des bronchites, de la toux, des éternuments violents, du vertige et, paraît-il, du délire, de l'insensibilité et des convulsions. Ces accidents sont dus à la résine et non pas à l'euphorbone.

Appliquée sur la peau, elle provoque la rubéfaction et la vésication. On a comparé son action à celle des cantharides : il n'en serait rien chez les adultes et, d'après M. Cauvet, elle déterminerait à peine quelques ulcérations. Murray lui attribue, comme à la cantharide, la propriété d'irriter les voies urinaires.

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Ingérée par la voie buccale, elle possède des propriétés émétiques et drastiques. De plus, son usage donnait lieu à des inflammations et à l'entérite.

Emploi thérapeutique. L'ingestion de cette résine à l'intérieur produit des effets éméto-catharliques et de plus peut provoquer des phénomènes graves qui en ont fait abandonner l'usage. Autrefois encore on avait proposé de l'employer comme slernutatoire, mais on peut mesurer les dangers de cette médication par les accidents dont sont victimes les ouvriers employés à sa récolte et à sa préparation.

A l'extérieur, la résine d'euphorbe a été proposée comme un rubéfiant et vésicant. Les résultats sont moins certains que ceux des cantharides et la douleur qu'elle provoque est plus vive. On l'a donc utilisée seulement à la confection de certains emplâtres employés surtout dans la médecine vétérinaire.

MoDK D'ADMiiNisTnATioN. Sous foi'me de poudre, elle entrait dans la préparation des médicaments sternutatoires à la dose de 5 à 15 centigrammes.

La teinture éthérée sert à rendre plus actifs les emplâtres de poix de Bourgogne. A cet effet, on l'étend à leur surface aux doses de 1 à 2 grammes.

L'huile à la résine lïEuphorhe a été aussi employée dans le même but.

Enfin, d'après M. Cauvet, cette résine entre dans la composition de l'emplâtre de Jamin et de l'emplâtre de Lecomte.

EupuonuE riLULii'ÈUE. Durant ces dernières années, cette euphorbe a été l'objet de quelques travaux importants et même, de la part de certains thérapeutes, d'un engoùment passager. Elle venait de l'Australie avec une réputation d'antidyspnéique puissant et sur la recommandation de Bancroft.

En raison de son habitat dans les régions tropicales de l'Amérique, de l'Océanie et de l'Australie, la synonymie de ce végétal est fort variée. On le désigne, d'après Cauvet, sous les noms vulgaires de Mal nommé, Poil de chat. Réveille-matin des jardins velu et dentelé, Herbe à serpents. Euphorbe à fleur en tête; dans les langues étrangères sous ceux de Pill Bearing Spurge, en anglais; de Pillen tragende Wolfomilch, en allemand; à'Ervia dos Cobres elHerba colobrina, au Brésil ; d'Amacin Patcheh Arisec, aux Indes; de Caatia, €aucica ei Caubri, dans l'archipel des Caraïbes, et deSudoo-boo-dada-Kiriija, dans l'île de Ceylan. La plupart des échantillons qui ont été mis à l'essai par les thérapeutes européens pi'ovenaient de l'Australie et en particulier de Queensland.

Matiêue MÉDICALE. Les échantillons sont un mélange de fragments desséchés des feuilles, des fleurs, des tiges et des racines.

Les feuilles, brisées pour la plupart, se caractérisent, d'après Cauvet, par la disposition de leurs nervures, la coloration brun rougeâtre de leur face supérieure et vert jaunâtre de leur face inférieure.

Les sommités sont velues, et les poils qui les recouvrent leur donnent une coloration jaunâtre.

Les fragments de tige sont peu épais, lisses, striés longitudinalement et de coloration rouge brunâtre. Ceux des racines ont une forme tortueuse, ondulée : ils portent ordinairement des radicelles rougeâtres et renflées à leur point d'insertion. Enfin cette racine diffère par l'épaisseur de son écorce de la racine de l'ipécacuanha strié.

CoMPOSiTON CHIMIQUE. Lcs substaiiccs que contient YEuphorbia pilulifera sont mal déterminées. Cependant M. Marsset, dans sa thèse inaugurale, a fait quelques recherches, incomplètçs d'ailleurs, pour les reconnaître.

Son principe actif serait-il un alcaloïde ou une résine? Rien ne le prouve.

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On sait seulement qu'il est soluble dans l'eau ou l'alcool faible et insoluble ou peu soluble dans l'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone et l'essence de térébenthine.

Préparée par décoction, cette solution présente une couleur rouge brun, possède une odeur de framboise, et d'après M. Marsset, une saveur acre et chaude. Elle rougit le papier de tournesol, donne une réaction violette avec les persels de fer, précipite par l'albumine, mais résiste à la plupart des réactifs classiques des alcaloïdes.

Par l'évaporation de cette solution on obtient un extrait brun noirâtre, d'odeur et de saveur aromatiques, qui, desséché, présente une cassure vitreuse.

Cette plante contient aussi du tannin (Cauvet) et probablement des sels dont la nature est indéterminée. Au demeurant, sa composition chimique est indécise et incomplète.

Action ^physiologique. L'étude physiologique qui en a été faite n'est pas moins sommaire. Administrée aux cobayes et aux grenouilles sous forme d'extrait aqueux ou hydro-alcoolique, cette euphorbe modifierait la respiration et la circulation dans les expériences de ce même observateur.

Les mouvements respiratoires étaient accélérés après une faible dose, mais s'arrêtaient quand on exagérait cette dernière. Cet arrêt précédait celui du cœur. C'est par cette propriété d'accélérer la respiration que M. Marsset explique les vertus alexipharmaques que, dans ses pays d'origine, on attribue à ce végétal pour combattre les effets du venin de serpent.

Les battements du cœur sont modifiés parallèlement à ceux de la respiration. Cependant ils persisteraient plus longtemps que ces derniers après l'emploi de doses toxiques.

Telles sont les expériences relatées dans sa thèse, soutenue en 1884, par M. Marsset, sous le titre de : Contribution à Vétude botanique, physiologique et thérapeutique de l'Euphorbia pilulifera. On pourrait donc admettre que cette plante tue par asjjhyxie plutôt que par arrêt du cœur. Cet observateur en déduit une autre conclusion, à savoir que le principe de YEuphorbia pilulifera agit sur les centres nerveux respiratoire et cardiaque, qu'il excite d'abord, puis déprime ensuite. Cette explication théorique attend sa confirmation d'autres expérimentateurs. Ingérée par la voie buccale, V Euphorbia pilulifera agit sur le tube digestif à la manière d'un irritant; non dilué, son extrait provoque un état nauséeux et une vive douleur stomacale.

La sécrétion biliaire serait accrue par son influence. C'est d'ailleurs le parenchyme hépatique qui l'éliminerait, de sorte que, dans son emploi, on n'aurait pas d'action cumulative. Chez tous les animaux mis en expérience la vésicule biliaire était distendue après la mort.

La toxicité de YEuphorbia pilulifera varie d'ailleurs suivant les espèces animaies. La grenouille succombe à une dose de 20 à 25 centigrammes d'extrait, et un cobaye après l'administration de 50 à 80 centigrammes de la même préparation. Pour la première, le coefficient de toxicité serait représenté par 5 grammes de plante sèche pour 100 grammes de poids vivant et pour le second par 1 gramme de la même plante pour 100 grammes de leur poids.

Emploi thérapeutique. Ce végétal a été recommandé par Ainslie, sous le nom de Pill Bearing Spurge, pour combattre la maladie aphtheuse. Avant lui Pison en célébrait les vertus alexipharmaques, et depuis M. Bancroft l'a préconisé comme médicament antidyspnéique. Enfin M. Tison, sous forme de décoction,

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et après lui MM. Marsset et Dujardin-Beaumetz, sous celle de teinture et d'extrait, l'ont mis à l'essai et proposé dans la thérapeutique des troubles de la respiration.

Bancroft l'administrait contre la bronchite chronique; son compatriote Matheson contre l'asthme simple ou compliqué de catarrhe des bronches. De plus, ils le considéraient à la l'ois comme un tonique et un léger narcotique.

Dans l'asthme, M. Marssel aurait obtenu des résultats encourageants, et constatait, après son ingestion continuée pendant plusieurs jours, une diminution de la dyspnée : l'amélioration débuterait du deuxième au troisième jour. 11 en aurait été de même contre les bronchites chroniques et l'emphysème.

Cependant son emploi n'est pas exempt d'inconvénients. Après quelques jours, le malade éprouve des douleurs épigastriques et des nausées. Aussi, pour les éviter, M. Dujardin-Beaumetz conseille d'ingérer de préférence la teinture de ce médicament, après l'avoir largement diluée dans une infusion de thé, de polygala ou de pariétaire. Le moment le plus favorable pour son administration serait celui qui précède le repas.

Kn résumé, on a reconmiandé ce végétal comme un médicament de la dyspnée et en particulier de la dyspnée asthmatique. 11 agirait sur le spasme, naais ne modifierait ni la sécrétion bronchique, ni les lésions broncho-pulmonaires. Constatons que sa valeur thérapeutique est loin d'être déterminée et que son emploi n'est pas exempt d'inconvénients.

Modes d'administration et doses. C'est sous forme d'infusion, d'extrait et de teinture, que VEuphorhia pilulifera a été prescrite.

La décoction s'obtient avec 7 à 8 grammes de plante sèche pour 1 litre d'eau. On passe et on additionne de 25 à 30 grammes d'alcool. M. Tison a recommandé cette préparation, dont on fait ingérer trois à quatre verres à bordeaux par jour, le matin à jeun, avant le dîner, avant le coucher et durant la nuit en cas de crise.

L'extrait aqueux se véhicule dans une potion et à la dose quotidienne de 5 ù 10 centigrammes. 100 grammes de plante donnent 14 grammes d'extrait aqueux et 14 grammes et 1/2 d'extrait alcoolique, d'après M. Petit.

La teinture alcoolique est obtenue en traitant une partie de plante sèche par cinq parties d'alcool. M. Dujardin-Beaumetz en administre 10 à 50 gouttes chaque jour dans une tisane [Bulletin de thérapeutique, 15 mars 1885). On peut encore la prescrire dans une potion.

Le sirop d' Euphorbia pilidifera doit contenir 5 centigrammes d'extrait aqueux par cuillerée à bouche. La dose quotidienne est d'une à deux cuillerées en dilution dans un verre d'eau.

111. EuPHORiiiA iiETKitoDoxA. Cette espèce, originaire du Brésil, fort commune dans la vallée de l'Amazone, sécrète un suc laiteux auquel les indigènes donnent le nom à'Alveloz. Us en font usage comme d'un caustique puissant et, à la manière des empiriques de nos pays qui se servent du suc d'épurge comme d'un caustique, les habitants de ces contrées attribuent à l'alveloz de puissantes propriétés caustiques.

Etendu à la surface des plaies, l'alveloz les escharifie et tarit tout suintement. Pour ces motifs il possède la réputation de guérir les plaies venimeuses et d'en hâter la cautérisation.

VEuphorbia heterodoxa possède des propriétés extrêmement toxiques qui doivent en faire redouter l'emploi. A l'instar de la gomme résine de VEuphorbia

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resinifera, elle provoque l'irrilation des voies urinaires et parfois, paraît-il, des inflammations du parenchyme rénal.

Cependant on l'a essayée et proposée, durant ces derniers temps, pour le traitement du cancer, et en particulier du cancer utérin. Cette application thérapeutique a fait l'objet d'un travail de M. Barnsfathcr dans le New-York Médical Record du 4 juin et la Revue générale de clinique et de thérapeutique du 10 septembre 1887. Le procédé proposé par le médecin américain consiste dans l'application sur le col utérin, devenu cancéreux, de tampons d'ouate aseptique, imprégnés du suc frais de celte euphorbe. 11 aurait pour effet de désagréger la surface de la tumeur et de tarir l'écoulement suspect. On se demande si une telle pratique serait exempte, non-seulement d'inconvénients, mais même de sérieux dangers. Ch. Éloy.

EUPHORBE. Médecin grec de la fin du premier siècle avant J.-C, frère d'Anlonius Musa, médecin d'Auguste, fut lui-même le médecin de Juba II, roi de Mauritanie. D'après Pline, c'est son nom qui a élé donné, Euphorbia, à une plante de l'Atlas ; d'après Galien, il aurait écrit sur les vertus de cette plante. L. Ils.

EUPiiORBifiCÉES. Famille de plantes Dicotylédones, placée jadis dans l'Âpétalie, et, plus récemment, parmi les Dialypétales, dans le voisinage des Malvacées. L'idée générale qui, pour beaucoup de botanistes de diverses époques, caractérise cette famille, est qu'elle ne saurait contenir que des plantes à Heurs unisexuées. Ce n'est point là l'opinion de Linné, Mirbel, etc., pour qui les Euphorbes elles-mêmes, qui ont donné leur nom à la famille, ont des fleurs parfaitement hermaphrodites dans la plupart des cas, ou çà et là polygames. Ce n'est point non plus notre opinion personnelle, puisque, outre les Euphorbes, que les recherches organogéniques si remarquables de J.-B. Payer et les nôtres nous ont montrées construites comme celles d'un grand nombre de Malvacées hermaphrodites, nous avons encore attribué à une division de celte famille, voisine des Phyllanthées, les Dichapetalum et autres Chaillétiées des auteurs, dont les fleurs sont normalement hermaphrodites. Dans cet ordre d'idées, nous dirons donc que les Euphorbiacées ont des fleurs hermaphrodites ou unisexuées, régulières ou plus rarement irrégulières, à insertion hypogynique ou quelquefois périgynique. Le périanthe est simple ou double, et souvent, comme dans, beaucoup de Croton, Jatropha, etc., il y a une corolle colorée et nettement pétaloïde. Parfois même, dans les Curcas, cette corolle est gamopétale. Le nombre des parties de la fleur varie extrêmement, et le périanthe peut avoir depuis une foliole jusqu'à un nombre indéfini. Cependant les nombres 3 et 5 y sont très-fréquents. L'androcée est isostémoné, diplostémoné ou pléiostémoné, rarement réduit à 2, 5 étamines, alors que le périanthe est pentamère. Il y a souvent des staminodes dans les fleurs femelles. De même les fleurs mâles ont souvent au centre un rudiment de gynécée, dont la présence ou l'absence avait été jadis employée à distinguer des tribus dans cette famille. 11 n'y a pas beaucoup de familles où les disques prennent un aussi grand développement que dans celle-ci, et on les trouve non-seulement à la base de l'ovaire, mais aussi au niveau de divers verticilles floraux. Les glandes sont même très-fréquentes dans les oro^anes de végétation, notamment sur le pétiole des feuilles. La forme des étamines, surtout des anthères, leur mbde de groupement et d'union, sont aussi

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