EXHUMATION
aussitôt dans le même cimetière. Lorsque l'inhumation doit être faite dans un autre cimetière ou dans une commune voisine, deux procès-verbaux sont ne'cessaires. Lorsque l'exhumation consiste à extraire le cercueil d'un caveau ou d'une fosse distincte, aucune difficulté ne peut survenir. 11 en est autrement dans les cas où le cadavre doit être retiré de la fosse commune. Alors, en effet, il convient d'obtenir au préalable un certificat délivré par le conservateur du cimetière et attestant que l'exhumation peut avoir lieu sans danger pour la sécurité publique et sans trop de déplacements.
Lorsque, dans le cours d'une instruction judiciaire, une exhumation a été prescrite, l'officier de police judiciaire doit se rendre lui-même sur le lieu de la sépulture ou s'y faire représenter de façon à assurer la bonne exécution de l'opération. Quelle que soit, en effet, la date de l'inhumation, on peut espérer que l'examen du cadavre fournira à l'instruction des renseignements utiles et par conséquent tout magistrat, investi du droit de commettre des hommes de l'art pour constater, avant l'inhumation, l'état d'un cadavre, peut aussi ordonner son exhumation, s'il la juge utile. Mais, dans les cas où l'inhumation est déjà ancienne, le médecin chargé de l'autopsie devra être présent, afin de pouvoir pratiquer celle-ci ou tout au moins en préparer les éléments le plus tôt possible. Les recueils de médecine légale citent plusieurs exemples d'exhumation faites après plusieurs années et permettant cependant, soit par l'examen de certains débris, soit par les constatations médico-légales de l'état du cadavre ou des matériaux inhumés avec lui, d'éclairer la justice et de donner des renseignements précis soit sur l'identité du cadavre, soit sur les causes criminelles qui ont déterminé la mort.
Lorsqu'un cadavre a été inhumé non dans un cimetière, mais chindestinement et dans un endroit imparfaitement connu, il conviendra de prendre des précautions spéciales pour que l'opération elle-même soit bien conduite. Dans ces circonstances, il faut veiller à ce que les fouilles ne soient commencées, si la chose est possible, qu'à 2 ou 5 mètres de l'endroit où l'on présume devoir trouver le corps. On s'eu rapprochera alors progressivement et avec soin en observant l'état et la nature des terres que l'on rencontre dans les fouilles. En donnant à la tranchée des dimensions suffisantes (4 à 6 mètres de large et 2 mètres environ de profondeur), on pourra s'assurer si les terres ont ou non été déjà remuées. Lorsqu'on arrive à proximité du cercueil ou du cadavre inhumé à nu, on fera bien de recueillir la terre qui environne celui-ci pour la soumettre à fanalyse. Le cercueil ou le cadavre ayant été découvert, on noie exactement sa position, les matières avec lesquelles il peut être en contact, la nature de la terre qui le recouvre. Si le cadavre est entier, on l'enlève dès lors; s'il est divisé en fragments, on note la position de chacun d'eux et on enlève successivement tous les débris que l'on rencontre. Souvent il l'aut tamiser une bonne partie de la terre qui avoisine le cadavre, afin d'y rechercher de petits os ou des débris qui auraient sans cela passé inaperçus. On examinera avec un soin spécial les os, les dents, etc., qui peuvent servir à bien préciser l'identité du sujet. Si l'on rencontre ou si l'on trouve des cheveux adhérents ou non à la terre ou à d'autres objets, il faut les isoler avec le plus grand soin, les laver, les faire sécher isolément et les disposer ensuite de façon à pouvoir les conserver et apprécier leur longueur et leur couleur. Si des objets étrangers au cadavre se trouvaient près de lui ou restaient adhérents à certaines de ses parties, il conviendrait également de les décrire avec soin, puis, s'il est
EXOCET. AM
possible, de les conserver avec loutes les précautions que nécessiterait chaque cas particulier.
Les dangers d'une exhumation sont beaucoup moins grands qu'on ne le croit d'ordinaire. Dans les cas où l'on a observé des accidents, ceux-ci ont été dus Jjien plutôt à la raréfaction de l'air des espaces confinés dans lesquels on opérait qu'à la nature des gaz dégagés. Ceux-ci d'ailleurs ne sont très-fétides et par conséquent très-pénibles à respirer que dans les quelques jours qui suivent l'inhumation. Lorsque le corps sera déposé dans un caveau étroit et bien clos, il faudra donc n'y laisser descendre les ouvriers que lorsqu'une bougie allumée aura pu y brûler après aération convenable du local. Lorsqu'il s'agira d'une exhumation faile dans une fosse privée ou dans une fosse commune, il faudra éviter d'y répandre, surtout si l'on craint un empoisonnement, des matières dites désinfectantes. Celles-ci pourraient avoir pour résultat de vicier singulièrement les conclusions de l'expertise. Elles ne sont vraiment utiles qu'en vue d'une nouvelle inhumation. Mais rien n'empêche de recommander, comme l'a conseillé Devergie, d'employer pour une exhumation laborieuse plusieurs ouvriers qui pourraient se relayer, et de répandre du chlorure de chaux autour du cadavre, une fois les premières constatations faites. 11 faudra aussi recommander, en été, de procéder à une exhumation le plus matin possible.
Toutes les autres questions relatives à l'exhumation seront traitées à l'article Identité. L. L.
EXIDIA [Exidia Fr.). Genre de Champignons-Hyménomycètes, du groupe des Trémellinés, dont le réceptacle fructifère mou, presque sessile, tantôt plan, tantôt creusé en forme de coquille, est entièrement recouvert par l'hyménium plus ou moins parsemé de papilles dures et saillantes. Les spores, hyalines, souvent réuiformes, sont portées sur des basides semblables à ceux des Trémelles.
VExldia recisa Fr. est une espèce commune en automne et en hiver sur les bois pourris de saule et de peuplier. Ed. Lef.
EXOASCUS [Exoasciis Fuck.]. Genres de Cliampignons-Ascomycètes, du groupe des Discomycètes.
L'espèce type, Exoascus pruni Fuck., attaque les prunes, sur lesquelles il produit des gibbosités et qu'il empêche de mûrir. Les filaments du mycélium se développent dans le parenchyme, puis traversent l'épiderme et donnent naissance alors à des thèques ou asques renfermant chacune de six à huit spores hyalines et sphériques.
Une espèce voisine, YE. deformans Fuck., est cause de la maladie qui fait friser les feuilles des Pêchers. Ed. Lef.
EXOCET. Les Exocets ou poissons volants ont le corps allongé, couvert d'écaillés lisses ; la tête est aplatie en dessus, le museau court, la bouche petite ; les dents sont petites et peuvent manquer; la dorsale est reculée, opposée à l'anale ; les pectorales sont développées et peuvent servir d'organe de vol. Ces Poissons habitent surtout les mers tropicales et subtropicales; cinq espècos ont été trouvées sur les côtes de France. H.-E. Sauvage.
Bibliographie. — Cuvier et Valexcien.xf.s. Hist. nal. des Poissons, t. XIX. — Gunther [k.). Introduction to tke Study of Fishes, 1881. E. S.
EXOGOXIUM (Choisy). Genre de Convolvulacées, voisin des Ipomées et qui se distingue par une corolle hypocratérimorphc, souvent grande, à tube grêle, avec un limbe perpendiculaire, étalé, ou une gorge dilatée, comme dans les Calonyclion, ou parfois davantage, des étamines ordinairement exsertes et un ovaire le plus souvent biloeulaire. Ce sont des plantes américaines, à corolles rouges, plus ou moins vineuses. C'est une espèce de ce genre qui fournit le véritable Jalap tubéreux. Nous avons du l'appeler Exogonium Jalapa, parce que c'est Ylpomœa Jalapa Nutt, (non L.)- C'est aussi VE. Purga Benth. (nom spécifique qui n'a pas pour lui la priorité), Ylpomœa Purga We.nder., 17. Schiedeana Zucc, le Convolvuhis Jalapa Schiedk (non L.), le C. officinalis G. Pelletan et le Purga Jalapensiuni Schiede {voîj. Jalap). H. Bn.
EXOMPIIALE. VoiJ. Ombiuc.
EXOPHTiiALi^HiJL'E (Cachexie) et EXOPOTnALMtOS. Voy. Goitre.
EXORCISME. Vog. Démons, etc.
EXOSPORÊS. Champignons dont les spores se développent à l'extérieur du réceptacle au lieu d'être renfermés dans un péridium : tels sont les Champignons réunis sous le nom de Baddiomy cèles. Ed. Lef.
EXOStTEiiA (Exostema Pers.). Genre de plantes de la famille des Rubiacées et du groupe des Cinclionées.
Ce sont des arbres ou des arbustes, à feuilles opposées, accompagnées de stipules, à fleurs solitaires ou peu nombreuses, formant par leur réunion des cymes axillaires ou terminales. Ces fleurs sont construites à peu près sur le même plan que celles des Cinchona. L'ovaire, infère et biovulé, devient une capsule qui s'ouvre à la maturité en deux ou quatre valves pour laisser échapper des graines imbriquées et pourvues d'iiiles membraneuses.
Les Exostema habitent surtout les régions tropicales de l'Amérique. Leurs écorces amèrcs, qui ne contiennent ni quinine ni cinchonine, sont employées comme toniques, stomachiques, et constituent quelques-uns des faux quinquinas du commerce. C'est ainsi que ÏE. angustifolium R. et Sch. donne le Cortex chinœ aiigustifoliœ v. Snrinameum, et ÏE. longifolium R. et Sch., le China carihœa spuria des officines. D'un autre côté, ÏE. florihundum Willd. fournit le quinquina piton, ÏE. cuspidalum A. S. H., le quina do mato, ÏE. formosum Schl., le quina de Rio de Janeiro, ÏE. lineatum R. et Sch., le quinquina de Sainte-Lucie, ÏE. peruvianum H. B. K., le quinquiria du Pérou, enfin ÏE. caribœum Willd., le quinquina caraïbe ou de la Jamaïque. Ed. Lef.
EXOSTOSE. Voy. Os.
EXPECTATIOlV. On a donné le nom d'expectation à la conduite systématique des médecins qui, en présence d'une maladie donnée, s'abstiennent de toute médication active, se bornant à se tenir en obsei'vation devant elle, à en suivre la marche et l'évolution naturelle, sous la réserve d'intervenir au besoin, si elle vient à prendre une direction vicieuse ou s'il survient des phénomènes graves insolites ou une complication fâcheuse. La méthode dite expectante est
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fondée sur ce fait d'observation générale, que certaines maladies guérissent d'elles-mêmes, sous la seule influence des efforts réactifs spontanés de la nature contre la cause ou l'élément morbifique.
La doctrine hippocratiquc, à laquelle remonte l'expectation méthodique, reposait, en effet, sur cette base : la connaissance des efforts de la nature exerçant une action médicatrice ou réparatrice, toutes les fois qu'elle se trouve en lutte avec un désordre organique réalisé ou une cause morbifique en voie de le produire. Que d'enseignemens les premiers observateurs n'ont- ils pas dû recueillir à cet égard, au seul aspect de ce qui se passe dans le travail naturel de consolidation d'une fracture, dans la cicatrisation des tissus divisés, dans l'expulsion lente et graduelle ou dans reiikystcment d'un corps étranger ! Ce que révélaient jusqu'à la dernière évidence les lésions et les vices du mécanisme humain, l'observation attentive jointe à la rare sagacité du père de la médecine le lui ont montré dans la plupart des maladies fébriles aiguës. En étudiant leur évolution naturelle, il en est arrivé à se rendre compte des divers procédés qu'emploie la nature eu présence des causes morbiOques : ici en expulsant ou éliminant l'élément morbigène ; là en le neutralisant ou en le détruisant sur place ; ailleurs en réparant le mal produit, par un véritable travail de recorporation : d'où cette formule des trois lois médicatrices naturelles : la loi d'élimination, la loi de neutralisation et la loi de récorporation ou métasyncrise.
Ce sont les déductions pratiques tirées de cet ordre de faits, ainsi que de la doctrine des crises, qui en a été le corollaire, qui ont constitué les premières assises du naturisme hippocratiquc, dont se sont inspirés tous les grands praticiens de tous les temps. Aussi la méthode de l'expectation, qui en était une des conséquences les plus logiques, s'est-elle perpétuée, sauf quelques éclipses momentanées, à travers et malgré toutes les vicissitudes doctrinales et les révolutions médicales, jusqu'à nos jours.
Le seizième et le dix-septième siècle notamment, où prédominaient les principes du galénisme et de l'arabisme, lurent une de ces époques d'éclipsé du naturisme hippocratiquc. Mais, ainsi qu'il arrive si souvent, c'est des exagérations même des systèmes que naît le besoin de revenir à la vérité. C'est des excès de la polypharmacie galénique que devait surgir la réaction qui s'opéra vers la fin du dix-septième siècle. Un médecin de cette époque, frappé de l'usage inconsidéré que l'on faisait alors des remèdes, Gédéon Harvey, publia un livre intitulé Ars curandi morhos expectatione, véritable diatribe d'ailleurs, où, à côté d'une idée bonne, il faisait surtout la guerre aux ridicules delà médecine de son temps et dévoilait les vanités, les artifices et les impostures des médecins ses contemporains. Un pareil sujet, diatribe à part, devait aller droit à l'esprit de Stahl, qui, fondant le naturisme hippocratiquc dans sa doctrine spiritualiste, avait déjà, à cette époque, porté ses vues si profondes sur la marche naturelle des maladies et leur curabilité spontanée. Ce fut probablement là l'origine du livre qu'il publia lui-même quelque temps après, sur le même sujet et presque sous le même titre : Ars sanandi cum expectatione, opposita arti curandi nuda expectatione, où il fixait le vrai sens de la médecine agissante et de la médecine expectante, enseignant qu'elle doit être plus expectante qu'agissante. L'expectation fit dès lors de nouveau école.
C'est surtout par les grands praticiens de la fin du dix- septième siècle et du dix-huitième que nous allons la voir mettre en pratique et en formuler nettement les indications. Sydenham, l'un des premiers, en fait un précepte Dicr. ENc. XXXVl. 28
dans le traitement des fièvres graves. H faisait surtout une loi de l'expectation dans la période avancée de la maladie. « Un médecin sage et prudent, après ;ivoir fait les évacuations suffisantes (saignées et purgations), doit, disait-il, demeurer là et attendre de la nature, qui est le meilleur médecin, la cessation des troubles organiques et de leurs symptômes. »
Stoll, dans maints passages de ses œuvres, faisait ressortir tous les avantages de l'expectation ; dans la maladie confirmée, il abandonnait presque entièrement les clioses à la force médicatrice de la nature. On trouve les mêmes préceptes dans Baglivi, dans Fred. Hoffmann, dans Huxham, qui se bornaient à prescrire un régime diététique et un traitement prudent des syptômes, ne recourant que le moins possible aux préparations pharmaceutiques. « L'expérience de tous les temps, disait llildenbrand à propos du typhus, confirme que cette maladie, comme les autres fièvres exanthémateuses, contagieuses, guérit très-souvent d'elle-même, sans aucun secours de l'art ni des remèdes. »
J. Frank, au commencement du siècle présent, s'exprime ainsi sur l'expectation dans son Praxeos inedicinœ prœcepla miii^ersa (Lipsia3, 1826 à 1852) : « 11 y a des maladies, surtout des fièvres et des exanthèmes, qui, lorsqu'elles suivent leur marche normale, non-seulement ne réclament l'emploi d'aucun médicament, mais se trouvent encore exaspérées par les remèdes. Ces affections doivent être traitées par la méthode dite expectante. Le médecin servira alors à donner des préceptes de diététique qui éloigneront tout ce qui pourrait déranger le cours de la maladie, :\ modérer par des moyens innocents les symptômes qui tourmentent le malade, et enfin à surveiller les complications qui pourraient survenir. »
Parmi nous, Pinel a prôné et largement appliqué les principes de l'expectation. « ... Si l'on veut s'en tenir, dit-il, à la marche sévère des faits, il n'y a qu'une route à suivre, c'est de faire précéder un grand nombre d'bistoires de maladies classifiées avec ordre, d'examiner celles qui procèdent avec plus ou moins de régularité vers une terminaison favorable, avec quelques légers secours qu'on leur donne, ou au moyen d'un régime sagement dirigé; de considérer celles où la nature paraît entraînée dans son cours par Ja lésion de quelque viscère et qui se terminent plus ou moins promptemeiit d'une manière funeste, si on les abandonne à elles-mêmes ; d'opposer enfin les unes aux autres et de déterminer ainsi les limites réciproques de ce qu'on appelle action et expectation en médecine. »
Après l'avènement de l'Ecole de Broussais, on comprend qu'il ne soit plus guère question, pendant la période du règne de la doctrine physiologique, de la pratique expectante, si ce n'est toutefois à l'École de Montpellier et, à Paris, parmi les rares médecins restés fidèles à la tradition et qui .se groupaient autour de l'enseignement de Cayol, de Récamier, de Double et des rédacteurs de la Revue médicale (alors l'organe de l'hippocratisme moderne). L'École de Montpellier, par la voix et la plume de Lordat, enseignait : qu'à côté des maladies dépendant d'une altération du mécanisme, ou des intlammations réactives dans lesquelles, malgré les efforts tentés par les forces médicatrices, l'art doit être invoqué pour en seconder ou en bâter les effets; qu'à côté des maladies qu'il a appelées paratrophiques, dépendant de l'imperfection de la nutrition de certaines parties sans lesquelles il n'y a rien à attendre des forces vitales médicatrices; des cachexies qui réclament un régime propre à rendre au système les matériaux qui doivent en rétablir la constitution ; des maladies affectives tem-
poraires dans lesquelles on est obligé de laisser le traitement aux soins de la nature, faute de pouvoir les atteindre directement par des spécifiques, mais en portant toute son attention aux symptômes dits opératifs, qui altèrent les organes, il y a toute une classe de maladies fébriles, aiguës, qui éprouvent dans leur cours ce que les Anciens appelaient une coction, une lyse ou une crise, maladies récorporatives ou métasyncritiques spontanées, qui ne réclament d'autre traitement que ce ^u'on appelle les méthodes naturelles, au nombre desquelles se place l'expectation.
La clinique de Cayol renferme de nombreux exemples de fièvres continues avec ou sans affections locales qui ont été traitées par la méthode expectante, c'est-à-dire par la médication générale des fièvres (diète, boissons délayantes, moyens hygiéniques, etc,), suivant les préceptes de Stoll, sous la condition expresse de surveiller les mouvements critiques, de les respecter lorsqu'ils paraissent favorables et de les suppléer lorsqu'ils sont insuffisants.
L'expectation, soit au début, soit dans une période plus ou moins avancée des maladies fébriles, ne tarda pas à rentrer dans les habitudes de la pratique. C'est ainsi qu'après Tengouement des médications spoliatives ou dérivatives quand même et à outrance, on a vu Louis, Chomel, Andral, Forget, Bouillaud lui-même et un grand nombre de praticiens à leur suite, se rallier tous plus ou moins à l'expectation, après avoir conjuré les phénomènes du début par quelques antiphlogistiques.
En ce qui concerne spécialement la fièvre typhoïde, Gaultier de Claubry résumait comme il suit, dans un mémoire à l'Académie de médecine, la tendance générale des médecins à cette époque : « En résumé, soit qu'on ait employé les saignées générales ou les saignées locales dans la première période, il n'y a guère qu'une chose à faire dans le traitement ultérieur : c'est d'administrer des boissons adoucissantes, rafraîchissantes. » Forget, pour qui l'expectation ne différait pas de la médication antiphlogistique, moins les saignées, s'en loue beaucoup dans son Traité de l'entérite folliculense. Voici comment il en formule les indications, d'après son expérience personnelle : « L'expectation est de rigueur : i° alors que la maladie, résistant aux moyens actifs, vient à parcourir toutes les périodes de l'ulcération intestinale; 2° alors qu'elle se présente avec des symptômes légers, quelle que soit la période actuelle ; 5" alors que, des symptômes graves existant, ceux-ci ne sont pas modifiés par les médications actives. »
Réservée d'abord pour la période avancée, l'expectation a bientôt été étendue à toute la durée de l'affection, depuis son début jusqu'à sa fin, notamment dans les cas d'apparence bénigne et à marche régulière ou typhus mitis. « Lorsqu'il n'existe aucune indication positive, disait Cruveilhier, la médecine franchement expectante est la seule rationnelle... elle suffit pour amener à bon port une foule d'entérites folliculeuses. »
Voici en quels termes s'exprime dans le tome troisième de sa Clinique médicale, au s\ijet du traitement de la fièvre thyphoide, Noël Gueneau de Mussy, à qui sa grande expérience personnelle jointe aux enseignements qu'il avait reçus de ses maîtres, Louis, Chomel et Andral, a donné une grande autorité en cette matière : « L'intervention du médecin doit se borner, dans l'état actuel de nos connaissances : 1° à placer le malade dans les conditions hygiéniques les plas favorables et les mieux indiquées par le caractère et les tendances de la maladie ; 2" à modérer les symptômes toutes les fois que leur intensité devient une
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souffrance ou un danger; à prévenir autant que |)Ossible les complications et à les comliattre (|uand elles se présentent; 4" à épier avec une attention vigilante toutes les nuctualions, toutes les manifestations d'un mal dont les allures, dont la marclie, peuvent changer d'ime heure à l'autre, etc — La part de l'individualité, l'importance du terrain constitutionnel, agrandissent le rôle du médecin et fournissent d'importantes indications. Si les dispositions du malade, si -"n énergie vitile ont une grande inlluence sur la violence de Ri maladie, sur ses complications et sur son issue, dans l'impuissance où est le médecin do s'attaquer directement au principe moibigène, il doit s'efforcer de venir en aiue à l'organisme, de combattre en quelque sorte avec lui; il soutiendra ses forces; il écartera tout ce qui pourrait troubler son action i éparatrice, etc. » Qu'est-ce que cette manière d'agir, si ce n'est de l'expectation? Non celle expectation consistant en une abstention absolue de toute intervention, qui ressemblerait à l'indillérence ou au désintéressement complet du médecin, mais l'expectation armée, secondée par une surveillance vigilante, incessante, toujours prête à répondie à toute indication surgissante ou à reprimer toute agression nouvelle imprévue.
A une époque (de 1835 à 1837) où de vives discussions étaient élevées sur les meilleures méthodes de traitement de la /ièvre typhoïde et où de part et d'autre on produisait des statistiques pour établir la supériorité de telle méthode sur telle autre, des saignées coup sur coup, par exemple, sur les purgatifs, ou des puigalil's sur les saignées, un médecin de l'Ilôtel-Dieu, Piedagnel, eut l'idée d'expérimenler l'expectation. i'eudanl une période de six mois il applii|ua la méthode riuoureusemeut expectante à 65 malades. Le résultat de cette expérimentation se chiffra par 2 décès seulement, c'est-à-dire J sur 32 J/2, chiffre inférieur à celui que donnaient les autres méthodes. Si bien que, taudis que Andral résumait son célèbre rapport sur ce débat par ces mots : « tous les traitements échouent, tous les traitements réussissent, » l'iedagnel pouvait lui opposer celte autre proposition : « le meilleur traitement est l'absence de tout traitement. » « La méthode essentielle du traitement confirmée par l'expérience générale et particulière, reconnue la plus utile dans la fièvre thyphoïde, dit Griesinger, consiste à praliijuer l'expectation contre un processus morbide qui n'a point de luédicamt nt s'adressant directement à lui. » On voit combien les témoignages en faveur de l'expectation dans la fièvre typhoïde sont nombreux et concordants. 11 ne faudrait cependant pas se reposer trop absolument sur les slati:«liques à cet égard. 11 y a toujours lieu de se défier de ce que la fièvre typboïde peut avoir d'insidieux dans sa manhe, surtout en temps d'épidémie. Les essais qui se font en ce moment des méthodes antiseptiques internes dans le traitement de celte affection donneront-ils des résultats meilleurs encore que ceux qu'a pu donner l'expectation? Espérons-le.
Dans ces derniers temps, ce n'est pas seulement pour les pyrexies, les inflammations simples et les fièvres éruptives, que l'expectation a été admise en principe et mise en pratique. Elle a été expérimentée aussi pour d'autres affections qui n'ont de commun avec celles-là que l'état fébrile. Telle est notamment la pneumonie.
La pneumonie, qui longtemps considérée par les Ecoles hippocratiques, ainsi que la plupart des maladies aiguës, comme l'expression locale d'une affection générale (la fièvre péripneumonique), devenue pour l'École organicienne moderne, née de l'anatomie pathologique, une maladie locale d'où dérivait toute la série
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des phénomènes généraux léaclionnels, ne présentait aux yeux de nos premiers maîtres d'autre indication que celle de la méthode anti|>hlof,Mstic[iie dépléiive générale et locale, aidée de la révulsion ou de la médication contro-slimulante. Il a fallu, d'une part, tout le scepticisme de Magendie et, d'autre part, le retour aux anciennes idées hippocrutiques, dont l'École de Montpellier avait à peu près seule jusque-là conservé la Iradilion, pour justifier les tentatives considérées comme audacieuses de la réforme opérée parmi nous, dans le traitement de la pneumonie, par Louis et M. Marrotte et en Allemagne par Traube Ces premiers essais d'abstention substituée à l'une des méthodes de traitement les plus actives en ont suscité d'autres.
C'est eu 1840 que Grisolle, sur les rumeurs des succès par l'expoctalion, (jui bourdonnaient depuis queli]ue temps à ses oreilles, se décida à lonter quelques expériences. Elles portèrent uniqiiemext sur des cas de pneumonies manilestement bénignes, n'offrant aucune indication urgente à remplir. Pour avoir un ])oiiit de comparaison il choisit un nombie à {>eii |U'ès égal de pneumonie non moins bénignes, mais auxquelles il opposa un traitement rchitivement actif.
Les pneumonies bénignes auxquelles il n'opposa qu'une médication expcctante furent au nombre de 11. A l'exception d'un malade âgé de cinquante-six ans, tous les auties étaient jeunes, bien constitués. 4 étaient arrivés, ter'me moyen, au quatrième jour d'une pneumonie bien caractérisée, d'une étendue variable, mais toujours bornée à un seul poumon. Le traitement ne consista q\ie dans le repos an lit, dans l'usage de boissons douces et l'abstinence d'aliments. Chez tous ces malades les symptômes locaux et la douleur surtout ont eu une durée très-longue, disproportionnée avec l'mtensilé de la fièvre et avec l'étendue de la maladie; l'engorgement pulmonaii'e, quoiqu'il ne s'étendit, dans aucun cas, à une grande profondeur, ne s'est résolu qu'avec une grande lenteur; il y a eu un intervalle de quatre jours environ entre la cessation complète du mouvement fébrile et l'instant où les phénomènes d'auscultation commoncèrenl à décroître.
Dans la série de malades atteints de pneumonies également bénignes, au nombre de 15, tous jeunes, également bien constitués et comparables à tous égards à ceux de la catégorie précédente, il fut pratiqué une ou deux saignées générales ou locales, du premier au sixième jour. Chez ces 13 malades la douleur de côté lut constamment amoindiie et disparut complètement et sans retour, du deuxième au douzième jour; le mouvement fébrile s'était éteint tout à fait, à la fin du septième jour; la convalescence était complète vingt-quatre heures après; enfin les phénomènes d'auscultation diminuèrent en même temps que la fièvre cessait, c'est-à-dire au septième jour.
La médication active a eu ici sur l'expeclation l'avantage d'amener une guérison plus prompte et d'abréger égdement la durée de la convalescence.
Si les expériences de Grisolle démontrent la curabilité naturelle de la pneumonie franche, simple, et la possibilité, par conséquent, de la laisser livrée à ellemême, sans couru" le risque d'une issue fatale, elles montrent péremptoirement encore que, lorsqu'elle e>t traitée dans les premiers jours par des émissions sanguines générales ou locales modérées, la guérison en est encore mieux
assurée.
Des expériences semblables faites par Diell, à Vienne, ont donné les résultats suivants. Pendant une période de trois années, de 1847 à 1850, Dietl a eu à traiter 750 cas de pneumonie, se répartissant pour l'âge entre 15 et 45 ans.
Dans tous ces cas, il s'est abstenu des émissions sanguines, ce n'a été qu'exceptionnellement et par le fait d'une complication que la mort est survenue. La pneumonie abandonnée à elle-même a généralement suivi son cours naturel et sa marche régulière vers la gnérison, la défervescence ayant eu lieu en moyenne du quatrième au cinquième jour et la convalescence vingt-quatre heures après. Mais ces résultats très-favorables à l'expectation, comme on le voit, ne se sont pas soutenus devant le contrôle d'autres expérimentateurs, tels que Wunderlich à Leipzig, Earson à Edimbourg, Bordes à Amsterdam, Schmidt à Copenhague, qui ont obtenu par l'expectation des résultats peu différents de ceux que donnent en moyenne les médications usuelles, lluss à Stockholm obtint des résultats qui venaient se placer entre ceux de Diell et ceux de Wunderlich et des autres expérimentateurs que nous venons de nommer. Quelque temps après Bennett à Edimbourg obtenait par l'expectation 02 guérisons sur 65 péripneun)onies franches, alors qu'autour de lui Jones, Aeid, Deacock, Mac Dong, perdaient 2212 malades sur 644 pneumonies. Jusque-là on voit que la question restait encore indécise et que partisans des médications actives, not;unment des émissions sanguines ou autres, et partisans de l'expectation, pouvaient trouver dans les slalisliques des arguments s'équivalant ou à peu près.
La question nous paraît avoir été mieux posée et plus nettement résolue, du moins en ce qui concerne en particulier la pneumonie franche de l'enfance, par les expériences faites à Paris par Legendre et par M. Ern. Barthez.
Pendant qu'autour de nous Biett, Magendie, Louis, Cliomel, MM. Marrotte et Laboulbène, Valleix, Lorain, Becquerel, s'élevant contre les abus de la saignée, s'étaient déjî plus ou moins explicitement prononcés en principe pour l'expectation, l'expérimentation allait de nouveau parler en sa faveur.
Legendre, médecin de l'hôpital Sainte-Eugénie, enlevé beaucoup trop jeune à la science, laissait en mourant, entre autres travaux inédits, un mémoiie sur l'expectation dans la pneumonie franche, oîi l'on trouve consignés des résultats très-remarquables. Une série de 12 cas de pneumonies traitées et toutes guéries dans son service par l'expectation, malgré l'extrême gravité apparente de plusieurs d'entre elles, l'a autorisé à avancer la proposition suivante : La pneumonie franche, se développant accidentellement au milieu d'une bonne santé, est, au moins chez les enfants, une maladie qui se termhie habituellement, pour ne pas dire toujours, d'une manière favorable.
Tous les auteurs qui avaient écrit jusque-là sur les maladies des enfants avaient été unanimes pour admettre la gravité de la pneunionie depuis le moment de la naissance jusqu'à cinq ans, attribuant tous cette gravité de la maladie et les différences symptomatiques qu'elle présente pendant cette période de la vie à une forme anatomique particulière de l'hépatisation, à la disposition lobulaire. Des recherches sur quelques maladies du poumon chez les enfants, faites avec la collaboration de Bailly et publiées en 1844, conduisirent Legendre à établir une distinction radicale entre deux espèces de pneumonies chez les enfants, l'une qu'il a appelée pneumonie franche lobaire, l'autre la pneumonie catarrhale ou hroncho-pneumonie, distinction admise aujourd'hui par tous les cliniciens. (C'était, en réalité, la consécration par l'analomie pathologique de celle qu'avaient déjà faite les grands praticiens du dernier siècle entre les inflammations pulmonaires franches, la pneumonie légitime et la pe'ripneumonia notha succédant aux catarrhes essentiels ou symptomatiques des
fièvres.) C'est en se fondant sur cette distinction basée elle-même sur la différence de nature des deux maladies que Legendre a pu, en n'appliquant qu'aux seules pneumonies franches la méthode d'expectation, obtenir les résultats si remarquables consignés dans ce mémoire posthume.
Quelques années après, en 1862, M. Barthez adressait à l'Académie de médecine un important mémoire sur le même sujet, et à l'appui de la thèse de Legendre.
Depuis le mois d'août 1854 jusqu'au mois de juiu 1801, c'est-à-dire pendant une période de sept années, M. Barthez a eu à traiter dans son service 212 enfants atteints de pneumonie franche, sur lesquels 2 cas seulement ont été suivis de mort, par le fiit de la pneumonie, qui dans ces 2 cas occupait les deux poumons. Sur ce nombre de malades il en est [jusqu'à la moitié qui n'ont été soumis à aucune espèce de traitement; pour bon nombre d'autres la thérapeutique n'a consisté qu'en une médication fort peu active, tel qu'un purgatif, un vomitif, un bain ; enfin un sixième à peine de ces malades a été soumis à un traitement ayant quelque activité.
A ce nombre déjà considérable M. Barthez a joint celui assez grand des enfants qu'il a traités en ville. Ces observations ont porté sur des enfants de deux à quinze ans; ils étaient tous atteints de pneumonie franche. Voici le résumé de ce qu'il a constaté :
Abandonnée à elle-même, la pneumonie a commencé à se résoudre du sixième au huitième jour de son début, le septième jour dans la moitié au moins des cas. Chez bon nombre d'enlitnts, la durée de la période croissante a été plus courte et la résolution a commencé dès le cinquième ou^le quatrième jour.
Chez les enfants qui n'ont pas été traités, la durée de la convalescence n'a jamais dépassé quinze jours.
La conclusion de M. Barthez est : qu'en présence d'un enfant atteint d'une hépatisation lobaire primitive et franche la meilleure thérapeutique est l'emploi d'une bonne hygiène et l'abstenlion de toute médication. C'est la conduite qu'il croit devoir conseiller vis-à-vis d'un bon nombre de malades.
Toutefois, et en cela M. Barthez ne se départit pas de la justesse d'esprit et de la prudence qu'on lui a toujours connues, il n'oublie pas qu'à côté de la terminaison naturelle de la pneumonie, de la durée de ses périodes et de l'influence que le traitement exerce sur elle, il reste des indications secondaire sur lesquelles la thérapeutique peut avoir à s'exercer; que se diriger exclusivement d'après un ensemble de chiffres pour établir une conclusion thérapeutique absolue, ce serait méconnaître les besoins de la pratique journalière, ce serait oublier que chaque malade représente une individualité qui exige l'établissement et la solution d'un problème particulier. Aussi le seul précepte qu'il ait voulu poser et auquel nous donnons notre entière adhésion est : qu'il n'est presque jamais utile, et encore moins nécessaire, de diriger contre la pneumonie franche des enfanls une médication très-active, et qu'il faut surtout s'abstenir autant que possible d'émissions sanguines répétées, dont l'effet évident est d'affaiblir inutilement les enfants et d'allongerjconsidérablement leur convalescence.
Depuis cette époque, l'expectation dans le traitement de la pneumonie franche, chez l'adulte comme chez l'enfant, n'a cessé de gagner tous les jours du terrain, mais ce n'est pas toutefois sans quelques réserves et sans quelques restrictions judicieusement énoncées dans le rapport de Blache sur le mémoire
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de M. Barlhez, lu à l'Académie en 18G4, et dans le Traité des maladies aiguës des organes respiratoires de Woiliez, de 187ti. Dans sou livre récent Sur les maladies spécifiques {non lubercideuses du poumon), t. II, de la Médecine clinique, 1885, M. G. Sée exprime aussi des réserves à cet égard : « Si la méthode spoliative, dil-il à propos de la mélhode naturiste dans la pneumonie aij,'uë, a perdu aujourd'hui son prestige, l'expectation continue à inspirer des doutes et des réserves ; les rélicences se traduisent par des correctils, par des accommodements avec un régime fortifiant et une bonne alimentation ».
Le rhumatisme articulaire aigu est une des affections au sujet desquelles a été posée aussi la question de l'expectation. Quelques voix favorables à cette méthoile se sont élevées il y a une douzaine d'années au sein de la Société médicale des hôpitaux. Une nous paraît pas qu'elles aient fait beaucoup de prosélytes depuis.
Dans un travail communique à cette Société, M. Dujardin-Beaumelz, examinant un à un les arguments invoqués par les partisans de l'expectation, a montré qu'ils n'offraient aucune base sérieuse et scientifique, tandis que les médications actives opposées à cette affection, si elles ne la guérissent pas toujours, en abrègent du moins la durée ou en atténuent le plus souvent l'intensité.
M. Ernest Besnier, dans son important article RutiMATiSME du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, conclut à peu près dans les mêmes termes : « Ce que j'ai signalé en maints endroits et ce qui a été dit par divers auteurs de la marche natui'elle du rhumatisme articulaire aigu, de sa résistance aux médications les plus énergiques et de son appai'ente impressionnabilité, suivant les cas, aux médications les plus diverses, les plus contradictoires ou les plus insignifiantes, implique-t-il l'inutilité générale de l'intervention thérapeutique au cours de cette affection, et doit-il mener à cette conclusion que l'on ne doit pas traiter activement le rhumatisme articulaire aigu? Assurément non... 11 ne saurait être contesté que certains cas, peut-être tr'ès-nombreux, de rhumatisme articulaire aigu, traités par des moyens hygiéniques et diététiques simples, à la manière d'une fièvre scarlatine iroimale, par exemple, ou encore soumis à quelque médication comme la diète lactée, arriveraient sans encombre à uneguérison aussi rapide et aussi par'faite que s'ils avaient été énei'giquement rnédicamentés. Mais la marche irrégulrère de cette alfection, qui est loin de permettre, dès son début, de prédire quelle sera son évolution ultérieure, n'autorise guère le médecin à se borner à cette expectation relative. S'il est, à la rigueur, permis de se tenir dans les bornes d'une médication hygiénique et diététique simple dans le rhumatisme articulaire bénin, à la condrtion d'observer attentivement ses phases, ri ne Test absolument pas lorsqu'on a aflaire à une affection quelque peu intense et grave » .
11 doit être considéré comme acquis aujourd'hui par l'observation et par l'expérimentation que l'expectation, érigée en principe dans l'intention de respecter les crises et les évolutions naturelles tendant spontanément à leur solutiorr favorable, qui a été longtemps exclusivement réservée aux maladies aiguës, fièvres ou phlegmasies bénignes, fièvres éruptives, certaines fièvres continues sans caractères bien déterminés et quelques fièvres intermittentes sans gravité qui se résolvent d'elles-mêmes après quelques accès, enfin à certaines périodes des fièvres graves, peut être étendue maintenant à un certain nombre de phlegmasies aiguës intenses, pyrétiques, contre lesquelles on avait jusqu a ces
derniers temps opposé des médications pins ou moins actives, telles que la pneumonie, par exemple, l'érysipèle, jusqu'à un certain point l'apoplexie cérébrale, et qu'elle est applicable à divers antres [loints de vue, et par de tout autres motifs, à un certain nombre d'affections ou états morbides divers, aigus ou cbroniques.
Au premier rang des maladies auxquelles l'expectation est applicable, iM. Cliarcot, dans sa thèse de concours d'agrégation de 1857, Sur l'expectation, à l'exemple de Slabl, met les maladies spécifiques dont on ne connaît pas le remède, telles que le rhumatisme, la goutte, les dartres, etc., puis (juelquesunes des fièvres essentielles dont la nature spécifique est encore un objet de contestation.
S'il est telles affections et telles circonstances où l'expectalion peut et doit constituer à elle seule toute la médication, il en est d'autres dont la gravité est telle que dans l'impuissance d'enrayer par aucun moyen leur marche fatale le m('dciMn est réduit ù l'inaction.
11 peut se présenter encore telles autres circonstances, et le cas est assez fréquent, où l'expectation, indiquée au début de la maladie, doive, à un moment donné, sous la pression d'une indication rationnelle, céder la place à une médication active; telle autre, enfin, où l'expectation doit être associée à un régime alimentaire et hygiénique capable de maintenir ou de relever les forces organiques et de les mettre en état de suflirc à l'évolution et à la solution naturelle de la malailie : c'est ce qu'on a appelé V expectation mixte.
Il n'y a lieu, généralement, à intervenir et à agir médicalement sans retard ni hésitation, qu'autant qu'il se présente des indications formelles, qu'il ressort dune manière nianifeste de la connaissance de la modalité affective, soit primitive, soit secondaire, et de l'étude de l'état des forces et des réactions, qu'il n'y a nullement à compter sur les effets d'une action médicalrice de la nature. L'action dans tous ces cas doit être réglée d'après les lois de l'occasion et de l'opportunité dont il a été traité ailleurs.
Dans la délerinination du choix à faire entre l'expectation et l'action, il y a toujours lieu de tenir compte, une maladie étant donnée, de l'âge du malade, de son sexe, de son tempérament et de ses idiosyncrasies, du climat, de la saison, des conditions météoriques actuelles, ainsi que de la constitution médicale régnante; autant d'inlluences qui peuvent modifier l'indication ou l'opportunité de l'une ou de l'autre manière d'agir.
Il n'a été question jusqu'ici que de l'expectation en vue des maladies aiguës. Elle peut avoir aussi ses indications, quoique beaucoup plus rarement, dans les maladies chroniques, constitutionnelles ou diathésiques. Il n'y a pas seulement à considérer dans les maladies chroniques celles qui sont incuiables de leur nature et pour lesquelles toute médication est impuissante à enrayer la marche vers une issue fatale, et par conséquent inutile; il en est pour lesquelles toute tentative de guérison est un danger. Quelles sont les maladies qu'il est dangereux de guérir? On en peut voir une longue énumération dans le livie publié sous ce titre eu 1808 par Raymond. Nous n'en pouvons citer ici que quelques exemples confirmés par des observations plus récentes. C'est ainsi que les praticiens sont d'accord aujourd'hui pour reconnaître la nécessité de ne pas s'attaquer à certains accès de goutte, particulièrement de celle qu'on désigne sous le nom de goutte aslhénique ; de ne pas cherchera guérir trop rapidement certaines affections cutanées, autres que celles qui sont d'origine parasitaire, les gourmes
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chez les enfants scrofuleux, autrement que par les agents propres à modifier la constitution ; de respecter certaines niiiladies qui ont pris en quelque sorte depuis longtemps droit de domicile dans l'économie, certaines dispositions ou habitudes morbides lentement acquises, tellement invétérées, qu'elles ont fini, après une longue suite d'années, par devenir une sorte de fonction supplémentaire nécessaire à l'entretien de l'équilibre fonctionnel, les affections chroniques de la peau chez les vieillards, les sueurs partielles, les hémorrhoïdes périodiques, certaines épistaxis, les diarrhées devenues habituelles, etc. Le médecin devra s'abstenir enfin de toute intervention active dans les maladies tenant aux révolutions des âges, à l'accomplissement des grands phénomèi es physiologiques de transition, tels que la croissance, l'élablissement de la menstruation, la grossesse, la ménopause, etc., ainsi qu'une foule d'indispositions qui guérissent le plus souvent d'elles-mêmes, mais à la condition de veiller attentivement, prêt à saisir les indications que pourrait entraîner la nécessité de supprimer quelque mouvement organique exagéré.
Nous ne parlerons ici que pour mémoire de l'expectation en chirurgie, qui serait mieux nommée Vabsicntion. C'est une question qui se pose tous les jours d'elle-même au cliiruigien, en présence d'une tumeur incurable par les moyens médicaux et fatalement mortelle à une échéance plus ou moins éloignée, de savoir s'il y a lieu d'en faire l'ablation ou de n'y point toucher. Les données du problème sont trop multiples pour les exposer ici; elles varient d'ailleurs pour chaque cas particulier et sont examinées à chacun des articles où la médecine opératoire est en cause.
L'expectation .dont nous venons de nous attacher à signaler un grand nombre d'indications est rarement absolue dans son application. On a vu que tantôt indiquée au début seulement des maladies, tantôt à uue période plus ou moins avancée ou pendant toute leur durée, elle est souvent aidée, sans cesser pour cela de mériter son nom, parle secours de l'hygiène et particulièrement celui du régime alimentaire. 11 est un grand nombre de circonstances où ces secours de l'hygiène ont une telle importance et exercent de telles modifications sur l'organisme, qu'ils constituent à eux seuls une médication véritable. Ce n'est plus alors l'expectation proprement dite, ce n'est pas non plus la médicamentation, c'est une intervention des agents de l'hygiène plus active et surveillée de plus près qu'elle ne l'e.;l communément dans les habitudes ordinaires de la vie en état de santé, et qui convient particulièrement aux cas où il est nécessaire de fournir un appui aux efforts curateurs de la nature et où les moyens de douceur sont suffisants pour aider à ramener l'ordre dans l'économie. C'est ce qu'un ancien professeur d'hygiène de l'École de Montpellier, F. Ribes, a très- heureusement formulé dans un livre intitulé : Traité d'hygiène thérapeutique ou application des moyens de l'hygiène au traitement des maladies. Ce sujet a été repris depuis et très-sérieusement étudié tout près de nous, en particulier par M. Dujardin- Beaumetz dans ses conférences sur V Alimentation thérapeutique (in Bulletin général de thérapeutique de 1886), et })ar M. le professeur G. Sée dans son livre intitulé : Du régime alimentaire, traitement hygiénique des maladies. Paris, 1887 {voy. les mots : Alimentation, Régime, Hygiène), Brochin.
Bibliographie, — Hippocbate. Du régime dans les maladies aiguës, trad. de Liltré, t, IV, p. 46")-47(i-475, etc., 1861. — IIabveï (Gédéon). Ars curandi morbos expectalione. Amstelodami, 1695. — Stahl (G.-E.). Ars ianandi cuin expectalione opposita arli curandi nuda expectalione. Paris, 1730. — Baglivi. Opéra omnia, p, 250. Lyon, 1745. — Youllone,