‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.37Chapitre 10 sur 65 · DICT. ESC. 4° S. I · texte numérisé non relu

DICT. ESC. 4° S. I

130 Facial (nerf).

bnine tympanique à la corde du tympan. Ce que nous avons vu du trajet de ce nerf et ce que nous avons à dire sur l'action actuellement démontrée de ce même nerf rend inutile cette discussion.

Nous écarterons, pour les mêmes raisons, l'opinion de Longet qui rattachait |cette action motrice du facial à la partie qui forme le nerf intermédiaire de Wrisberg. Aucun fait pathologique, aucune expérience ne vient à l'appui de l'hypothèse de Longet qui avait, ainsi qu'on le sait, considéré ce filet nerveux comme un nerf spécial auquel il avait attribué le nom de moteur

tympanique.

Action du facial sur le goût. L'action du facial sur le sens du goût est due, ou plutôt, se manifeste de plusieurs manières, d'abord en retenant par la contraction des lèvres et des joues les corps sapides sur les parties de la cavité buccale qui sont chai'gées de percevoir les sensations gustatives. Aussi, lorsque le facial ne fonctionne plus, la joue et les lèvres sont inertes, la commissure labiale est abaissée, et la salive et les corps liquides contenus dans la cavité buccale s'écoulent au dehors. Mais plusieurs physiologistes ont voulu attribuer au facial un autre mode d'action sur le sens du goût ; les hypothèses et les exphcations émises à ce sujet sont nombreuses et méritent de nous arrêter. C'est surtout à la corde du tympan que l'on a attribué ces divers modes d'action qui ont tous pris leur origine dans un fait bien prouvé : c'est que dans certains cas de paralysie faciale les malades avaient éprouvé du côté atteint une parésie de la gustation et une saveur- métallique toute particulière. Cl. Bernard, en 1842, avait voulu expliquer ce phénomène en attribuant à la corde du tympan une action motrice sur le muscle lingual supérieur qui amènerait une sorte d'érection des papilles o^ustatives. Dans l'hypothèse de Cl. Bernard, lorsque ce phénomène venait à manquer par suite de la perte de la fonction du facial, le goût se trouvait obnubilé. Guarini avait admis une opinion analogue tout au moins quant à l'action motrice de la corde du tympan sur le muscle lingual supérieur. Mais ces deux hypothèses sont contredites par* l'excitation isolée de la corde du tympan qui, pratiquée par Longet, Biffi et Morganti, Schiff, M. Yulpian, n'amène aucune érection des papilles linguales.

Dans une autre hypothèse due à Stich, l'action du facial et de la corde du tvmpan sur le goût serait rattachée à ce fait que la corde du tympan, tout au moins dans sa partie linguale, serait constituée par des filets nerveux sensitifs qui proviendi'aient du trijumeau au niveau de l'hiatus de Fallope. Cette opinion a été reprise par Schiff, qui l'a étudiée dans ses leçons sur la digestion et qui fait provenir ces fibres sensitives de la seconde branche du trijumeau par l'intermédiaire du nerf vidien. Les recherches de M. Prévost rendent ce trajet tout à fait invraisemblable, en démontrant que les fibres du grand nerf pétreirx superticiel sont toutes motrices. Cette objection nous dispensait de discuter l'étrangeté et la complexité du trajet suivi par ces fibres spéciales. De plus, l'excitation de la corde du tympan dans l'oreille n'amène aucun phénomène de Êjustation anormale.

i,es faits pathologiques en eux-mêmes qui ont attiré l'attention sm* ces troubles du goût trouvent bien plutôt une explication naturelle dans l'action vaso-dilatatrice reconnue à la corde du tympan par M. Yulpian. Ce qui nous permet d'éliminer l'érection mécanique des papilles ou la sensibilité spéciale due à la mise en action de la corde du tympan.

Le nerf facial tient pai' quelques-unes de ses branches différentes fonctions

facial; (nei;f). iôi

SOUS sa dépendance. Nous voulons parler plus parliculièrement de l'aclion du facial sur la sécrétion salivaire et sur la circulation de la langue et celle des glandes salivaires, de la glande sous-maxillaire plus spécialement.

L'action sécrétoire du facial ou du moins de filets nerveux émergeant du facial a été mise en lumière par M. Cl. Bernard.

Longet avait considéré cette action comme due à un effet moteur. Pour lui, le facial assurait la contractilité des conduits excréteurs de la salive et activait ainsi la sécrétion de ce liquide qu'il considérait comme un moyen de protection dans l'acte de la gustation. Mais les recherches de Cl. Bernard ont prouvé que la corde du tympan avait une action hien autre et qu'elle pouvait être considérée comme le nerf sécrétoire par excellence de la glande sous-maxillaire. Pour cet éminent physiologiste, ce fait est général pour les glandes salivaires. Ainsi le facial enverrait par l'intermédiaire du pelit péLi'eux superficiel et du ganglion otique des filets qui iraient dans la parotide agir sur la sécrétion de cette glande et produire sur elle le même effet que là corde du tympan produit sur la glande sous-maxillaire. Mais cette action ne serait pas due à toutes les racines d'origine du facial, ce serait seulement celles qui foimcnl le nerf intermédiaire de Wrisberg auxquelles serait dévolue celte action particulière.

Pour Cl. Bernard, le nerf de Wrisberg serait une des racines encéphaliques du grand sympathique, et ce serait en sa qualité de nerf dépendant du grand sympathique que la corde du tympan et le petit pétreux superficiel agiraient sur la sécrétion des glandes salivaires. En étudiant l'action du lingual et de la corde du tympan sur la sécrétion saUvaire, M. Cl. Bernard a découvert l'existence de nerfs vaso-dilatateurs. Il avait été précédé dans cette voie par LudwigetCzermack, mais c'est lui qui démontra que le nerf lingual n'a d'action sur la sécrétion et la circulation de la glande sous-maxillaire que par suite de son anastomose avec la corde du tympan. En effet, si on électrise le bout périphérique de ce faisceau nerveux après qu'il a été sectionné, on voit le sang rougir dans les veines, qui se gonflent, deviennent plus volumineuses et sont animées de battements isochrones à ceux des pulsations artérielles.

Ce fait signalé par Al. Cl. Bernard a été revu par d'autres physiologistes et surtout étudié dans ces dernières années par M. Vulpian, qui a pu mettre hori de doute l'action vaso-dilatatrice de la corde du tympan dans tout le domaine qu'elle innerve, c'est-à-dire non-seuiement dans la glande sous-maxillaire, mais aussi dans la langue. Les expériences faites à ce sujet démontrent que l'action vaso-dilatatrice de la corde du tympan s'étend aussi aux vaisseaux de la langue. Au moment de l'électrisation du bout périphérique de ce faisceau nerveux mis à découvert et séparé des centres, on voit le sang s'écouler rutilant des veines ranines, et la muqueuse linguale du côté excité devient d'un rouge intense, soit sur la face supérieure, soit sur la face inférieure. On ne voit pas cette coloration s'étendre au plancher buccal. Ce sont donc seulement les vaisseaux de la muqueuse linguale seuls qui sont soumis à l'action vaso-dilatatrice de la corde du tympan. Nous ne relaterons pas les autres expériences qui toutes sont confirmatives de cette action vaso-dilatatrice. Nous nous contenterons de signaler le fait suivant, c'est que M. Vulpian, tout en constatant la dilatation des vaisseaux et la rougeur de la muqueuse, n'a jamais pu observer aucune modification ni dans la forme, ni dans la direction des papilles linguales, et aucun changement dans la sécheresse ou l'humidité de cette même membrane muqueuse, lorsqu'on empêchait la salive de se répandre sur elle.

ir.2 FACIES.

Nous i)ouvons résumer tout cet article en disant que le nerf focial est moteur et essentiellement moteur à son origine.

Dans le cours de son trajet il devient sensible. Il doit cette sensibilité à l'adjonction de fibres nerveuses qui le rejoignent en plusieurs points de son trajet; d'abord à la base du crâne, par son anastomose avec le pneumogastrique; dans la loge parotidienne, par les l'ameaux que lui envoie l'auriculo-temporal, et enfin à la péripbérie par ses anastomoses répétées avec les branches terminales du trijumeau. C'est à ces dernières anastomoses qu'est dû le phénomène de la sensibilité récurrente découvert par Cl. Bernard, bien étudié par Arloing et Tripier. Le facial agit sur les différents organes des sens, la vue par les paupières et l'appareil lacrymal, l'olfaction, la phonation et la l'espiration par son action motrice sur les orifices des fosses nasales et sur le voile du palais. Ce nerf tient sous sa dépendance, en partie du moins, les phénomènes de la préhension des aliments, par les lèvres, de la formation et de l'insalivation du bol alimentaire. Il règle l'appareil moteur de l'organe de l'audition. Enfin, par son action sécrétoire et vaso-dilatatrice, il assure la sécrétion salivaire {Voy. Face et Faciès).

COÏNE.

FACIALE (Artère et veine). L'artère faciale est celle des branches de la carotide externe qui se distribue aux parties superficielles de la face. Elle est mieux désignée par le nom de maxillaire externe, par opposition à la maxillaire interne qui provient aussi de la carotide externe pour se disti'ibuer aux parties profondes. On trouvera donc l'artère faciale décrite au mot Maxillaire (p. 255)).

Il en est de même pour les veines (p. 256). D.

FACBALE (HÉJIirLÉGIE). Voy. FaCE.

FACIES. Ce mot, qui veut dire expression de la face clans les maladies, paraît venir de fari, parler. Et en effet, la figure humaine est véritablement parlante, à l'état maladif comme à l'état physiologique. Sans le secours de la voix et de la parole, nos traits, notre regard, expriment les souffrances qui nous accablent comme les passions qui nous agitent. Si « l'homme sain est tout entier dans sa face », comme l'a dit Virey, l'homme malade, dans bien des cas, est tout entier dans son faciès. Nos traits altérés par la souffrance sont susceptibles, non-seulement d'exprimer, dans certaines maladies, la colère, la fureur, la tristesse, la stupeur et jusqu'à la volupté, mais encore d'indiquer par l'ensemble de leur disposition pathologique l'existence de telle ou telle affection.

Du reste, la nature a prodigué à la figure humaine les organes qui concourent à en varier l'expression. Outre que la face est le siège de presque tous les organes des sens, elle est pourvue d'un système vasculaire très-dé veloppé et elle reçoit plus de nerfs qu'aucune autre partie extérieure de notre corps, les uns destinés à perfectionner sa sensibilité, à modifier sa coloration, les autres à mouvoir les nombreux muscles dont elle est pom-vue, et dont le jeu si varié constitue en majeure partie l'expi'ession physiologique ou pathologique de la face. Si à l'état de santé, l'âge, la constitution, le tempérament et le caractère de l'homme se reflètent sur sa figure, à l'état de maladie, la physionomie acquiert une importance bien plus grande encore. Lorsque nous nous approchons du lit d'un malade, c'est sa figure qui nous frappe avant tout, et c'est elle aussi que le

médecin doit avant tout consulter. Rien que l'aspect calme et naturel de la face suffit pour nous faire écarter, dès l'abord, l'existence d'une foule de maladies. L'expression du visage peut suppléer à la parole du malade, si pour une cause quelconque elle lui fait défaut. Chez l'enfant, elle remplace, en grande partie, l'interrogatoire médical. Certaines affections, certaines formes de la maladie se lisent tout entières sur la physionomie du patient, comme l'état du cœur et du poumon s'entend par l'auscultation. Alors même que les altérations dont la figure est le siège s'observent également sur d'autres parties du corps, c'est encore la face (et cette loi est constante) qui les exprime et les dépeint avec le plus de vérité et d'exactitude. Bien plus, les moindres perturbations de l'organisme se reflètent parfois exclusivement sur la physionomie, sans se manifester nulle part ailleurs.

L'étude pathologique de la figure humaine est restée pendant longtemps une curiosité plutôt qu'une science, dit M. Lagrange dans sa thèse remarquable sur les altérations de la physionomie. Les médecins, comme les gens du monde, se sont coateatés pendant des siècles de deviner, d'après l'inspection du visage et par une sorte d'inspiration, ce qui se passe dans l'organisme, sans chercher à se rendre compte des liens qui rattachent les muscles et les nerfs de la face à la vie organique. Et de fait, ils ne le pouvaient pas : la physiologie était encore dans les langes, les moyens d'exploration si variés et si précis dont dispose la science moderne et qui nous font saisir sur place le point lésé leur faisaient complètement défaut. Partant, ils étaient réduits à s'attacher surtout à l'étude des symptômes et des phénomènes fonctionnels. Mais aussi quel tact exquis ils avaient acquis dans l'art d'inspecter la face 1 S'ils n'analysaient pas leurs impressions, du moins elles les trompaient rarement. De nos jours, la science désertant, en quelque sorte, le lit du malade pour l'amphilhéàtre, le laboratoire et le cabinet de microscopie, tend à reléguer au second plan l'étude des signes fonctionnels auxquels les anciens médecins attachaient, non sans raison, une si grande importance. Mais le vrai médecin, sans négliger les indications fournies par l'auscultation et la percussion, par la chimie et par le microscope, tiendra toujours compte des signes généraux et de ceux de la face en particulier, signes si propres à nous conduix'e droit au but, à asseoir le diagnostic, le pronostic et l'indication thérapeutique, pai'fois même à contrôler les résultats de nos modernes méthodes d'investigation.

La séméiologie de la face, sauf la réserve que nous faisions tout à l'heure, a été étudiée dans tous les temps avec le plus grand soin ; si bien qu'au point de vue descriptif, il reste peu à ajouter à ce que les anciens nous ont légué.

Hippocrate, dans plusieurs de ses ouvrages, a insisté sur l'utilité de la séméiotique faciale. Il recommande de s'assurer, avant tout, si le visage est celui d'un homme qui se porte bien, et surtout si le malade l'avait tel à l'état de santé {Pronostic, livre P""). Il veut aussi, avec raison, que notre jugement ne se fonde pas sur quelques symptômes isolés, mais sur la réunion de tous : non ex uno symptomate, sed ex consensu omnium. « Le corps va bien ou mal selon que l'annoncent les yeux », a-t-il dit encore, voulant témoigner ainsi de toute l'importance du regard en séméiotique {Épidémies, liv. YI, sect. YII). Chacun sait avec quelle vérité et quelle précision le père de la médecine a décrit le faciès de l'agonie qui porte encore son nom.

L'inspection du visage n'avait pas moins d'importance aux yeux de Galien.

On sait que le médecin de Pergame a pu prédire une saignée du nez, d'après l'aspect de la face, tout comme ilippocrate, à la seule vue du roi Perdiccas, devina qu'il n'était pas atteint de consomption, mais d'une affection morale.

Dans les siècles suivants, nombre d'observateurs, depuis Coelius Aurelianus et Avicenne jusqu'à Baglivi, Yan Swieten et Boerhaave, ont étudié avec un grand soin les altérations de la face et complété la séméiotique ti^ansmise par les anciens.

Mais ce sont surtout les médecins du dix-septième siècle et ceux du commencement du nôtre qui se sont évertués à étudier et à décrire minutieusement et de main de maître l'expression de la face dans les maladies. Stahl, Grill, Hathuaui, Delaigue-Descliamps , Landré-Beauvais et tant d'autres , n'ont pas dédaigné, dans de longues et savantes dissertations, de mettre en lumière toute l'importance de la séméiologie faciale.

De nos jours, les reclierclies de Cli. Bell et de Shaw sur les fonctions du nerf facial, celles de Cl. Bernard sur le rôle du nerf grand sympathique, les expériences électro-physiologiques de Duchenne (de Boulogne) sur les fonctions des muscles de la face, enfin les tentatives de localisation cérébrale faites plus récemment par Hitzig et Ferrier, Chaicot, Proust, Foville et autres, ont fait faire un grand pas à l'étude de la séméiotique de la face ; mais tout n'est pas dit sur cet intéressant sujet, et la physiologie pathologique de l'expression faciale est loin d'être établie complètement.

Le médecin qui veut tirer des indications utiles de l'état delà face chez les malades doit être pénétré avant tout de l'état naturel de la physionomie {voy. PaYSiONOMie) et connaître les différences qu'elle présente suivant l'âge, le sexe, le tempérament, le pays, etc. Il doit se rappeler que chez l'enfant à la mamelle l'abondance de la graisse, la rondeur du visage, la prédominance de la partie supérieure de la figure, rendent, en général, le faciès moins expressif que celui de la seconde enfance et celui de l'adulte ; que l'expression faciale est moins accentuée aussi chez le vieillard à l'œil terne, à la face amaigrie et défigurée par les rides et par la chute des dents ; que la figure bouffie et placide du lymphatique réagit moins vivement sous les impressions transmises par la maladie que ne le fait la physionomie sensible et mobile de l'homme nerveux ; qu'il en est, en général, de même des gens du nord par rapport à ceux du midi, de l'homme primitif par rapport à l'homme civilisé. Quiconque, par exemple, a pratiqué la médecine en Algérie, sait combien peu la figure de l'Arabe réagit sous l'influence de la douleur et des maladies en général.

Le faciès est une synthèse, un ensemble symptomatique qui, à force de se reproduire identiquement dans certaines maladies, a fini par donner naissance à des types propres à faire reconnaître ces dernières. Mais avant de décrire les types afférents à telle ou telle affection, il nous faut analyser et expliquer, autant que faire se peut, par les lois de la physiologie pathologique, la nature de leurs éléments constitutifs. Or, ces éléments nefsont autres que les altérations portant sur la couleur du visage, sur son volume, sur la contractilité de ses muscles, sur l'état des yeux et du regard. A l'état de maladie comme à l'état de santé, tout concourt à l'expression de la face : vaisseaux, muscles, nerfs de la vie organique et nerfs de la vie de relation. Chaque faciès se compose donc d'un nombre très-variable d'éléments, et l'altération des traits qui en résulte a pour caractère d'être passagère et de disparaître promptement. La physionomie normale, au contraire, se caractérise par la fixité et la permanence des traits.

Altérations de couleur. A l'état naturel, la figure est revêtue d'une teinte rose paie, plus foncée aux joues et aux pommettes ; à l'état pathologique, les altérations de couleur se traduisent par la rougeur exagérée de la face, par sa pâleur ou par des teintes anormales, jaunes, noires, brunes, etc. La rougeur et la pâleur sont liées à la quantité plus ou moins grande de sang qui pénètre dans les vaisseaux capillaires de la face ou au nombre plus ou moins considérable de globules rouges contenus dans le liquide nourricier. Les autres nuances tiennent à l'introduction d'une matière colorante étrangère dans ce même liquide ou à quelque sécrétion anormale des follicules cutanés ou du réseau de Malpighi.

a. La rougeur de la face peut être généralisée ou limitée à certains points. Elle relève tantôt d'un excès de la masse du sang, comme dans la pléthore, tantôt d'une activité exagérée de la circulation, comme dans la fièvre et dans les affections inflammatoires, tantôt d'un défaut d'oxygénation du sang, comme dans l'asphyxie, ou bien enfin d'une gêne circulatoire, comme dans les maladies du poumon et du cœur.

La rougeur généralisée de la face, telle qu'on l'observe dans les inflammations viscérales, dans la fièvre et dans la pléthore, dans l'orysipcle et dans certains exanthèmes, trouve son explication et dans l'impulsion exagérée du cœur sous l'influence fébrile de ces mêmes affections et aussi dans l'action qu'exerce le nerf grand sympathique sur la circulation locale de la face, ainsi que cela ressort des belles expériences de Claude Bernard et d'autres physiologistes. Les vaso-moteurs paralysés sous l'influence d'une cause générale qui a impressionné outre mesure le système du grand sympathique laissent les capillaires se dilater plus ou moins, et de là des congestions locales et des rougeurs plus ou moins accentuées. De là aussi le gonflement, l'état vultueux de la face, qu'on observe particulièrement dans la pneumonie, dans les congestions sanguines vers la tête et dans certains exanthèmes.

La rougeur de la face peut être localisée sur une ou deux pommettes. Unilatérale, elle était considérée anciennement comme l'expression d'une affection aiguë ou chronique du poumon du côté correspondant. Plus tard, et Chomel était encore de cet avis, on regarda la rougeur unilatérale comme l'effet du décubitus. De nos jours, et surtout depuis la publication du travail de M. Gubler {Union médicale, 1857), on est revenu à l'ancienne opinion. Cet auteur a démontré que la rougeur des pommettes a son origine dans un trouble fonctionnel en rapport avec l'affection des organes respiratoires ; que variable dans son intensité et sa marche, suivant le degré du travail inflammatoire, elle s'accompagne d'une élévation de température de 0'',5 à S'',^; que la joue congestionnée correspond au poumon du côté malade, et qu'en cas d'affection pulmonaire double les deux pommettes se colorent également ; enfin, que la congestion des joues s'observe aussi dans la phthisie pulmonaire, dans les pneumonies typhoïdes et dans la bronchite capillaire, et qu'elle est portée à son maximum dans les pneumonies du sommet, ainsi que l'avait professé déjà M. Bouillaud.

M. Gubler explique la coloration rouge des pommettes dans les affections aiguës du poumon par une excitation partie de leurs plexus nerveux et atteignant le cerveau pour se réfléchir sur les nerfs respiratoires de la face.

11 est vrai qu'on a vu parfois la rougeur de la joue siéger sur le côté opposé à l'affection pulmonaire, fait que M. Jaccoud a cherché à interpréter pai- la décussation des branches du sympathique et du nerf pneumogastrique. Mais ce sont là des exceptions qui ne font que confirmer les règles établies par M. Gubler.

La coloration des deux pommettes ne se rapporte pas seulement à la phthisie pulmonaire ; elle est liée aux exacerbations fébriles de toutes les affections chroniques accompagnées de fièvre hectique.

Les alternatives de rougeur et de pâleur de la face dans la méningite tuberculeuse relèvent d'un resserrement et d'un relâchement alternatif des capillaires sous l'influence des nerfs vaso-moteurs. C'est une véritable convulsion du système vasculaii^e (Lagrange).

La palette de la congestion faciale est riche en nuances : luisante et foncée dans l'crysipèle, la rougeur est framboisée dans la scarlatine, cuivrée dans les exanthèmes syphilitiques ; elle tourne au bleuâtre et au violet dans les affections qui donnent lieu à une gène de l'hématose avec désoxygénation du sang (épanchements pleuiéliques abondants, emphysème pulmonaire, bronchite capillaire), et dans les maladies du cœur qui apportent un obstacle à la circulation veineuse, ])articulièrement dans les lésions de la valvule mitrale et dans l'inocclusion du trou de Botal, etc. La coloration violacée du visage, dans la coqueluche, est le résultat des efforts violents faits par le malade pour expulser l'air de la poitrine, efforts qui chassent mécaniquement le sang vers la périphérie.

La coloration bleuâtre de la face qui s'observe à une certaine période de la fièvre typhoïde et des affections adynamiques en général a pour origine un état paralytique des filets vaso-moteurs suivi de la dilatation et de la congestion des vaisseaux capillaires.

La teinte asphyxique qui, cliez l'épileptique, succède à la pâleur primordiale de la figure, paraît dériver d'un arrêt circulatoire dii à la rigidité et à l'immobilité des muscles pectoraux.

b. La couleur pâle du visage est tantôt le résultat d'une diminution de la masse du sang, comme dans les grandes hémorrhagies, tantôt d'un abaissement numérique du chilfre des globules rouges, comme dans l'anémie et la chlorose, ou bien encore d'une augmentation du nombre des globules blancs, comme dans la leucocytose (voir ce mot).

La pâleur de la chlorose et de l'anémie envahit le corps tout entier, mais c'est surtout à la face qu'elle est sensible et caractéristique. Les lèvres, les gencives, les bords libres des paupières, la caroncule lacrymale, participent à la coloration pâle de la peau. Ici, le diagnostic de la maladie se trouve inscrit en toutes lettres sur la figure.

La pâleur anémique se retrouve avec des nuances diverses dans toutes les affections qui minent profondément la nutrition ou ébranlent le système nerveux (excès, veilles, fatigues, tristesse), dans les maladies chroniques en général, dans les cachexies, dans l'impaludisme, dans l'intoxication saturnine, etc. D'un blanc mat, transparent et jaunâtre dans la chlorose, la pâleur tourne au jaune paille dans le cancer, à la nuance feuille-morte dans la cachexie paludéenne, au blanc laiteux dans l'albuminurie où elle s'accompagne de bouffissure de la face et des paupières, au blanc grisâtre dans la cachexie saturnine, etc. Dans tous ces cas, la pâleur de la face est due en définitive à la déperdition des globules rouges. Mais telle n'est pas toujours son origine. Ainsi la pâleur caractéristique de l'insuffisance aortique est l'effet mécanique du reflux du sang vers le ventricule gauche et de son inégale répartition dans les tissus périphériques. La pâleur de l'anémie pernicieuse progressive décrite par Biermer, de Dresde, serait due, d'après cet auteur, à une dégénérescence graisseuse du cœur. Enfin, la pâleur de la migraine qui débute, celle de la frayeur, celle du premier stade

de l'accès fébrile, comme celle de la période initiale de l'accès épileptique, sont d'origine réflexe et relèvent d'une excitation du grand sympathique déterminant, par l'entremise des vaso-moteurs, la contraction des capillaires de la l'ace.

c. La coloration jaune de la face caractérise l'ictère dont les nuances varient du jaune clair jusqu'au vert et môme au l)run foacé. L'ictère intense se retrouve sur le corps tout entier, mais c'est à la face qu'il fait sa première app.irition. Le reflet jaunâtre des sclérotiques et des ailes du nez en est le premier

indice.

L'ictère révèle toujours le passage de la matière colorante de la bile dans le san" soit par suite d'une affection idiopathique du foie, soit par suite du retentissement sympathique ou mécanique sur ce même organe d'une infinité d'affections plus ou moins éloignées, telles que la pneumonie, la fièvre jaune, l'infection purulente, la fièvre rémittente, l'embarras gastrique, les troubles de l'innervation et du moral, les tumeurs abdominales, etc., etc.

L'ictère de la face n'acquiert de valeur diagnostique qu'autant qu'il est associé à une expression particulière de la figure, telle que la stupeur dans la fièvre jaune, dans l'ictère grave et dans l'infection purulente.

d. Il est une maladie appelée affection bronzée d'Addison , bien qu'elle ait été entrevue avant cet observateur, où tout le corps, mais tout d'abord la face se revêt d'une teinte noire rappelant celle du mulâtre et provenant d'un dépôt excessif de pigment dans le réseau de Malpighi, dépôt se rattachant parfois, mais non toujours, à une lésion des capsules surrénales. Cette affection bizarre a été attribuée à une névï'ose des ganglions semi-lunaires.

Dans la maladie singulière connue sous le nom de chromhidrose (Le Roy de Méricourt) les paupières se recouvrent d'une sueur chargée de matière pigmentaire ou charbonnée, de façon à rappeler l'aspect que les femmes mauresques donnent à leurs yeux, en peignant en noir le pourtour de leurs paupières.

e. La face des phthisiques se couvre parfois, surtout vers le pli naso-jugal, de taches jaunâtres, terreuses, régulières, plus larges que les éphélides, sans desquamation furfuracée, taches qui finissent par confluer et par former un masque qui recouvre toute la face pour s'arrêter bi'usquement autour des orbites. Cette coloration, décrite et étudiée avec soin par Jeannin (Thèse de doctorat, Paris, 1869), est due, selon l'auteur, à un dépôt pigmentaire sans trace de pai-asites, et diffère du chloasma des femmes enceintes ou aménorrhéiques, en ce que dans cette dernière altération le pigment se dépose indifféremment et sans symétrie sur tous les points du visage, surtout sur le front, en produisant des taches plus luisantes et plus foncées que celles des phthisiques. Le masque de ces derniers coïnciderait, selon Jeannin, avec la tuberculose pulmonaire non compliquée d'hémoptysie.

Altérations de la chaleur. La température de la face augmente, en général, avec la rougeur exagérée de la face, et s'abaisse avec la prdeur, quelquefois avec la cyanose, comme dans le choléra, dans les fièvres algides et dans le stade mortel des affections pulmonaires. Le refroidissement de la face débute par le nez. Il constitue toujours un signe funeste.

Nous avons fait, chez un certain nombre de malades atteints de fièvre typhoïde, le relevé de la température de la face comparée à celle de l'aisselle, et il en ressort que dans cette affection la chaleur faciale est en rapport direct avec la chaleur axillaire et qu'elle augmente et diminue avec cette dernière, tout en lui restant inférieure dans une limite qui varie de 2 à 7 degrés. La

différence moyenne entre ces deux températures , dans un milieu toujours chauffé au même degré, à' été de 4°, 53. Chez les sujets apyrétiques l'écart moyen entre la température de la face et celle de l'aisselle n'a été que de 4«,57.

Altérations de volume. Le volume de la face est susceptible de varier comme sa couleur et sa température. Ce volume augmente : 1° dans V obésité, par suite de l'infiltration d'un excès de graisse dans les mailles du tissu cellulaire, graisse qui arrondit les formes et ôte leur expression aux traits ; 2° dans les affections inflammatoires, grâce à un afflux plus considérable de sang dans les vaisseaux, d'où la face vultnense, dont il a été question déjà ; 5° dans Vanasarqîie, où la sérosité s'insinue dans le tissu cellulaire de la face, comme dans celui du reste du corps ; 4° dans Vemphysènie facial du à la présence de l'air ou d'un autre gaz qui soulève la peau, etc. L'augmentation de volume de la face est partielle dans la fluxion dentaire et dans les polypes du sinus maxillaire ; elle est localisée sur les lèvres chez les scrofuleux.

La face diminue de volume dans toutes les affections qui amènent une dénutrition profonde, une fonte du tissu cellulo-graisseux, une atrophie des muscles, l'amaigrissement, en un mot. Les affections telles que la pneumonie et la fièvre typhoïde qui s'accompagnent d'une lempéi'ature excessive ou prolongée, et par suite d'une combustion exagérée, provoquent, par cela même et en peu de jours, un amaigrissement notable, portant plus spécialement sur la face dont on voit saillir les qs et les muscles. Un amaigrissement rapide et profond succède aussi à certaines affections qui déterminent des déjections continues et d'une abondance excessive ; tels sont les vomissements rebelles, la diarrhée, la dysenterie, le choléra. Plus lente est la diminution du volume de la face dans les affections chroniques qui n'altèrent que progressivement la nutrition.

Mais le rapetissement de la face, dans certaines maladies, ne réside pas tout entier dans l'amaigrissement. La rétraction réflexe des muscles sous l'influence des affections douloureuses y a sa part, et c'est cette rétraction jointe à l'émaciation qui constitue la face grippée dont il sera question plus loin.

Altérations de la contractilité musculaire. La contractilité des muscles de la face peut être exaltée, pervertie, diminuée ou abolie dans les maladies.

Exaltée et clonique ou intermittente, elle imprime à la physionomie des secousses convulsives siégeant dans différents muscles. Elle est alors l'indice d'une surexcitalion du nerf facial dans ses points d'émergence, sous l'influence d'une irritation ou d'une inflammation commençante du cerveau ou de ses envoloppes. Bornée à une seule joue, la contraction clonique constitue le tic douloureux: qui distend les lèvres, le nez, la bouche, rend l'œil du côté malade rouge, saillant et larmoyant, le tout sans doute par suite d'une excitation réflexe des branches terminales du nerf facial sous l'influence d'une névralgie de la cinquième paire.

Ce sont encore des convulsions cloniques que les mouvements forcés des lèvres et l'agitation des ailes du nez avec dilatation et affaissement alternatif des narines, agitation qui accompagne les affections dyspnéiques arrivées au comble de la gêne respiratoire. Ce mouvement convulsif des narines et des lèvres, effet instinctif du besoin de respirer, démontre la relation qui existe entre les mouvements de l'expression faciale et ceux de la respiration ; cette relation a été mise en relief par les recherches de Charles Bell sur le mécanisme des nerfs respiratoires parmi lesquels il faut ranger le facial. Dans le concours que ce nerf

prête aux mouvements respiratoires ne faut-il pas voir un acte réflexe exercé sur lui, à travers le bulbe, par le nerf pneumogastrique ?

La contraction tonique et permanente de tous les muscles faciaux déterminée par une surexcitation de la force excito-motrice de la moelle s'observe dans le tétanos. La rétraction permanente de certains groupes musculaires caractérise la contraction idiopathique de la face. La contraction permanente peut ne porter que sur un seul muscle. Celle du muscle sourcilior, qui ride la base du nez et fait saillir le soui'cil, suffit à elle seule, d'après Duchenne (de Boulogne), pour exprimer la tristesse, sans le concours d'aucun autre muscle de la face.

Pervertie, la contractilité musculaire constitue un mélange désordonné de contractions toniques et cloniqiies, variables en durée, en étendue et en intensité. Elle est telle sur le faciès capricieux, protéiibrme de cette sorte d'ataxie cérébro-spinale, qui a nom hystérie, telle encore, par suite d'une irritation lonctionnelle du bulbe (Marshal-Hall, Brown-Séquard), sur la face hideuse et tourmentée de l'épileptique et sur le visage grimaçant du choréique, etc.

Enfin le rire sardoniqne, rire involontaire, convulsif, accompagné de grincemenls de dents, peut cire ratlaclié également à la perversion de la contractilité musculaire. Il provient, selon Duchenne (de Boulogne), de la contraction du muscle grand zygomatique combinée à celle du pcaucier. Ce rire, qu'on a voulu expliquer par l'anastomose du nerf facial avec le sous-clavier et le grand sympalhique, exprime une souffrance profonde, l'angoisse, la terreur. Regardé autrefois comme le signe de l'inflammation du diaphragme, il a été relégué de nos jours parmi les symptômes de l'hystérie et du délire.

La contractilité musculaire de la face peut diminuer sous l'influence d'un affaiblissement général portant sur tous les muscles du corps et en particulier sur ceux de la figure. De là un relâchement, une chute spéciale des traits qui donne à la physionomie l'expression de la stupeur.

La contractilité des muscles de la face est abolie partiellement ou en totalité toutes les fois que le nerf facial se paralyse sous l'influence, soit d'une lésion portant sur tel ou tel point de son étendue, soit d'une affection du centre cérébral. Dans ce dernier cas, l'hémiplégie vient compliquer la paralysie faciale. Aux altérations de la contractilité musculaire se rattache encore la corrélation que Jadelot avait cru remarquer chez les enfants entre les maladies de la tête, de la poitrine et du ventre, et les trois traits principaux de la figure qu'il a appelés : oculo-zygomatique (allant de l'œil à la saillie de la pommette), iiasal (s'étendant de l'aile du nez à la commissure des lèvres) et labial (allant de l'angle des lèvres au bas du visage). Le premier indiquerait les affections du cerveau, le second celles des organes respiratoires, le troisième celles de l'abdomen (Jadelot, Annotations' au Traité des maladies des enfants, d'IJnterwood). La formation de ces traits constitue des modifications trop rapides et trop mobiles du faciès des enfants pour avoir une signification absolue, et d'ailleurs, la valeur d'un trait unique se saurait jamais remplacer celle d'un ensemble symptomatique.

Peut-on, d'après les altérations de la face et notamment d'après celles de la motilité, reconnaître quel est le point lésé du cerveau? Quelques progrès ont élé réalisés dans cette voie, grâce aux travaux récents de Meynert, Charcot, Duret, Hitzig, etc. Mais bien vagues encore sont les données sur lesquelles reposent les localisations cérébrales, vagues surtout celles qui sont du domaine exclusif de Ja face. Les localisations ne s'annoncent d'ailleurs que par un nombre très-limité de

symptômes faciaux, lesquels n'acquièrent de valeur, le plus souvent, que par leur groupement avec les symptômes présentés pour d'autres régions ; mais c'est une question qui revient à l'article concernant la pathologie de la l'ace {voy. Face).

Déjà l'on savait par les travaux de Burdach, Romberg et Gubler, que la paralysie faciale siégeant du même côté que la paralysie du corps annonce une lésion située en avant de la protubérance, et que la paralysie occupant le côté opposé à celui des membres atteints (paralysie alterne) se rattache à une lésion placée en avant de la protubérance.

Brown-Séquard a montre que la rotation de la tète et des yeux est plus fréquente dans les lésions de l'hémisphère droit que dans celle de l'hémisplière gauche.

Ilitzig et Ferrier ont découvert dans la zone corticale des hémisphères cérébraux trois centres moteurs spéciaux siégeant dans telle ou telle circonvolution et présidant, l'un aux mouvements de la face et des paupières, l'autre aux mouvements des lèvres et de la langue, le dernier à ceux des muscles du globe oculaire. Cette découverte a passé depuis du domaine de la physiologie dans celui de la clinique. Ainsi Foville (de Rouen), dans un récent mémoire, affirme que dans la paralysie générale l'existence de centres nerveux distincts pour les mouvements de la face, des lèvres et de l'œil, permet de se rendre un compte exact des contractions et des paralysies partielles limitées à tel ou tel organe. Proust, d'après une observation de paralysie faciale limitée aux muscles innervés par le facial inférieur et déterminée par un enfoncement de la bosse pariétale gauche, est arrivé à cette conclusion, basée d'ailleurs sur des expérimentations ultéiieures, que la lésion cérébrale a dû siéger dans la circonvolution pariétale ascendante, à la hauteur de la seconde circonvolution frontale {Gaz. des hôpipitaux, décembre 1876).

Si nous ajoutons à ce qui précède que les convulsions auxquelles participe la face dans certaines hémorrhagies cérébrales indiquent une inondation sanguine des ventricules latéraux, et que l'hémianesthésie (dont la face a sa part) se rapporte à une lésion de la partie postérieure de la couronne de Reil, nous aurons dit à peu près tout ce que la clinique peut tirer jusqu'ici de la localisation des lésions cérébrales au point de vue de la séméiotique faciale.

htat des yeux. La maladie peut modifier toutes les dispositions naturelles de l'œil. Si, en général, l'expression des yeux correspond à celle de la face, s'ils peuvent paraître doux, menaçants, tristes, hagards, cependant, dans certaines fièvres malignes, dans certaines affections du cerveau, leur expression peut n'être pas en rapport avec celle de la physionomie.

L'œil est brillant dans les affections congestives qui déterminent la face vultueuse. Son éclat diminue et se ternit dans les maladies chroniques et dans les affections tristes; il diminue aussi et disparaît finalement à l'approche de la mort.

La couleur de l'œil participe ordinairement à celle du reste de la face. La sclérotique et la conjonctive s'injectent dans les affections inflammatoires, dans la névralgie de la branche ophthalmique et dans les fièvres adynamiques où la congestion s'accompagne souvent d'une séci'étion chassieuse de la conjonctive.

Le globe de l'œil paraît augmenté de volume dans certaines fièvres inflammatoires et dans tous les cas où il s'établit un obstacle au cours du sang veineux dans les vaisseaux du cou (angines graves, strangulation). L'œil fait saillie dans l'hydrophthalmie et toutes les fois qu'il est projeté au dehors par une tumeur

développée dans le fond de l'orbite. Il est saillant aussi dans la maladie de Basedow où rcxoplithalmic coïncide le plus souvent avec le goitre et avec des troubles cardio-vascul aires .

Les yeux s'enfoncent dans l'orbite lorsque le tissu cellulo-graisseux de cette cavité diminue sous l'influence de l'émaciation générale amenée par les maladies aiguës ou chroniques ; en même temps les yeux s'ouvrent plus largement et paraissent plus grands, ainsi que cela s'observe chez les phthisiques et les cholériques.

L'œil exécute des mouvements désordonnés (nystagmus) dans les convulsions et dans l'hydrocéphalie des enfants. Ces convulsions du globe oculaire SjC rattachent presque toujours à une affection primitive ou secondaire du cerveau. L'œil est fixe et hagard dans l'extase, dans la catalepsie, dans certaines formes de la fièvre typhoïde, dans la méningite. Le strabisme est le symptôme commun d'un grand nombre de maladies générales ou partielles de l'encéphale, telles que la méningite, le ramollissement cérébral, etc. 11 serait surtout fréquent, selon Niemeyer, dans la méningite de la base du cerveau. Il indique généralement une lésion grave.

Les pupilles ont-elles aussi leur part dans la sémciologie de la face? On les voit se rétrécir, en général, dans la période d'excitation des affections cérébrales (congestion, méningite, encéphalite), par suite d'une surexcitation du nerf oculo-moteur commun. Cependant le rétrécissement pupillaire peut n'être que l'effet d'une impression lumineuse excessive se réfléchissant sur ce même nerf. Les pupilles se dilatent, au contraire, dans la période do dépression, de stupeur et de compression des maladies cérébrales, dans l'épilepsie, ainsi qu'à l'approche de la mort ; les fibres de l'iris, appartenant au grand sympathique, l'emportent alors sur le nerf oculo-moteur commun. Comme le strabisme, la dilatation pupillaire est surtout fréquente, d'après Niemeyer, dans la méningite do lu base.. Parfois elle est symptomalique d'une affection vermineuse de l'intestin.

L'inégalité de contraction des deux pupilles, ainsi que leur dilatation et leur resserrement alternatifs, se rencontrent dans la fièvre typhoïde à tendance congestive vers le cerveau et surtout dans la méningite tuberculeuse. Dans celte dernière affection, les pupilles, quelquefois insensibles de bonne heure à l'action de la lumière, restent d'autres fois contractiles, bien que lentement, jusqu'à la mort (West, Leçons sur les maladies des enfants).

Isolées, les variations de la pupille n'ont qu'une médiocre importance seméiotique. Associées à d'autres symptômes, elles éclairent le diagnostic des maladies cérébrales.

Après avoir décrit et analysé les éléments oi'iginels de l'expression pathologique du visage, il nous faut mainten.int, avec ces mêmes éléments associés en nombre variable, reconstituer le faciès tel qu'il se présente dans les maladies des différents appareils. Nous ne nous arrêterons qu'aux physionomies morbides les plus importantes, à celles qui forment un type constant, caractéristique et capable souvent, par lui seul, de faire reconnaître la maladie dont il est le reflet. Pour bien saisir un faciès et ne plus l'oublier, il faut avant tout l'avoir vu. Le décrire n'est pas chose facile, car un portrait ne se raconte pas. Le pinceau et la photographie rendraient ici plus de services que la plume.

1° Maladies du système nerveux, a. Faciès méningitique. Il varie avec les deux périodes principales de cette affection. Dans la période d'excitation ou convulsive, les altérations de la face empruntent leur caractère principal à l'état

des yeux et surtout à la contraction exagérée des muscles. La face, tantôt rouge, tantôt pâle, alternativement chaude et froide, exprime l'inquiétude, l'agitation. L'œil est brillant, injecté, sensible à la lumière, le regard animé ou triste, la pupille généralement rétrécie. Les yeux roulent convulsivement dans tous les sens ou bien sont fixes ou immobiles, ou atteints de strabisme. Les muscles de la face sont agités par des contractions rapides, fugaces, déterminant des grimaces, le tremblement des lèvres, le grincement de dents, le mâchonnement, quelquefois le trismus. Parfois à ce tableau s'ajoutent la contracture des muscles du cou et le renversement de la tête en arrière (méningite encéphalo-rachidienne).

Le faciès de la méningite tuberculeuse ne diffère de celui de la méningite simple que par les alternatives plus fréquentes de pâleur et de rougeur des joues, la chaleur moindre du front, le clignotement et l'agitation plus marquée des yeux, l'étonnement et la lenteur du regard, l'inégalité plus fréquente des pupilles, enfin par une iiTégularité plus marquée dans la succession des phénomènes d'excitation et de stupeur, de convulsion et de paralysie.

Dans la seconde période de la méningite, péi-iode des exsudats, le faciès est à peu de chose près celui de la stupeur compliquée ou non de la paralysie de certains groupes musculaires de la face. Finalement, le malade tombe dans le coma.

b. Faciès stupide ou typhoïde. La stupeur a donné son nom à la fièvre typhoïde qui en offre le type le plus marqué ; mais elle se rencontre également dans la plupart des maladies infectieuses compliquée d'adynamie, ainsi que dans la seconde période de la méningite et dans la commotion cérébrale. La stupeur est l'opposé de la face convulsive. Elle a pour caractère dominant l'immobihté de la figure par suite de l'atonie et du relâchement de tous les muscles de la face sous l'influence d'un affaiblissement général, d'une prostration extrême des forces. La stupeur a, du reste, ses degrés et ses nuances. Légère, elle donne à la figure du malade l'expression de l'indifférence. A un degré plus marqué, elle devient l'hébétude, Vétonnement. Le malade, alors, a l'air absorbé, il est somnolent, mais facile à réveiller de sa torpeur, son œil est vague, étonné de ce qui l'entoure. Enfin, vient la véritable stupeur, moins marquée, en général, chez l'enfant que chez l'adulte. Ici, les facultés cérébrales paraissent anéanties, les traits delà face deviennent inertes et s'affaissent. Le malade est couché sur le dos, les yeux demi-fermés, voilés par les paupières. Les conjonctives sont injectées, souvent chassieuses,, le regard est fixe et hagard (lorsqii'il y a délire aigu), les pupilles sont presque toujours dilatées, les narines pulvérulentes. La face amaigrie, terreuse, marbrée parfois de plaques rouges ou bleuâtres, est dirigée en avant. La bouche tantôt est close et le malade respire bruyamment par le nez, tantôt et le plus souvent ouverte, grâce à l'abaissement de la mâchoire qui est en quelque sorte pendante. Les lèvres tremblotantes, noires, fendillées, marmotent des mots inintelligibles et laissent voir des dents recouvertes de fuliginosités et une langue sèche, rôtie et tremblante.

Avec la stupeur typhoïde coïncide presque constamment le décubitus dorsal, avec celle de la méningite, le décubitus latéral et pelotonné qui lait en quelque sorte prendre aji malade la position de l'enfant dans le sein de la mère ; tourné vers le mur pour fuir la lumière, recoquevillé sur lui-même, lil à les jambes fléchies sur la cuisse, les cuisses sur le bassin, les mains croisées sur la poitrine, la tête inclinée sur le sternum. Ce signe, auquel notre regretté maître, Michel

Lévy, attachait une grande importance, est de nature à faire reconnaître la méningite dans certains cas douteux.

c. Faciès convulsif. Si les convulsions faciales de la méningite sont surtout d'ordre clonique, celles du tétanos sont purement toniques, celles de l'hystérie et de l'épilcpsie toniques et cloniques à la fois.

Le caractère de la face hystérique réside dans la variabilité excessive de la physionomie pendant les accès. La iigure est vultucuse, rouge, mais non violette comme dans l'épilcpsie, les yeux sont entourés d'un cercle bistré, le cou se tuméfie, les carotides battent violemment, les veines jugulaires se gonflent. Un clignotement des yeux marque le début de l'attaque et bientôt les traits contractures en tous sens expriment tour à tour la terreur, la douleur, la colère, et [)assçnt de la tristesse à la gaieté et à la volupté. Les convulsions toniques et cloniques se succèdent et se croisent, les mâchoires se serrent, les dents grincent, les yeux se renversent, le rire sardonique se dessine, le larynx se contracte et la malade y porte la main comme pour en arracher l'obstacle qui la suffoque. Au milieu de ce désordre, les mouvements de respiration persistent, contrairement à ce qui a heu chez l'épilcplique, dont la face revêt d'ailleurs un aspect hideux et repoussant qui ne se retrouve jamais au même degré dans l'hystérie. L'accès se termine le plus souvent par des larmes abondantes, des sanglots, et quelquefois par un sommeil profond.

L'expression de la face épileptique est plus fixe, plus définie dans ses manifestations, moins capricieuse que celle du faciès hystérique. Le malade tombe en ne poussant qu'un cri unique et la perte de connaissance est absolue. Au début de l'accès, le visage, revêtu d'une pâleur cadavérique, est presque grippé, tétanique, la tète est en rotation unilatérale et forcée. Les pupilles sont mobiles, le plus souvent dilatées et insensibles à la lumière. Au bout de quelques secondes, le tableau change. A la pâleur primordiale du visage succède une rougeur violacée; la contraction tétanique des muscles fait place à des secousses convulsives cloniques des sourcils, de la langue et de la mâchoire. Les yeux deviennent saillants, le regard fixe ; les pupilles se dilatent de plus en plus ; les paupières s'agitent, les cheveux se hérissent, les lèvres et le nez se tuméfient, la bouche prend une expression de laideur indicible, enfin [une bave sanglante, résultat des morsures de la langue, apparaît sur les lèvres. L'accès terminé, la face revêt l'expression d'une stupeur profonde, accompagné de respiration stertoreuse.

Dans l'épilepsie simulée, la pâleur primitive de la face, difficile à imiter, fait défaut, les pupilles restent sensibles à la lumière, les yeux ne s'entourent pas des taches ecchymotiques qu'on observe souvent dans l'épilepsie vraie.

Dans le tétanos, la contraction musculaire, essentiellement tonique et permanente, imprime à la figure une expression de roideur horrible et caractéristique. La face est tantôt pâle, tantôt et le plus souvent rouge ; les paupières recouvrent à peine les yeux devenus fixes et saillants ; les ailes du nez se retirent et s'écartent, les joues plissées et relevées découvrent les dents fortement serrées par la contraction des masséters qui font saillie sous la peau.

Au faciès tétanique se rattache la contracture idiopathique de la face déjà entrevue par Marshal-Hall et décrite par Valleix et Duchenne (de Boulogne), contracture succédant souvent à la paralysie de la face, ne portant que sur certains groupes musculaires et donnant au visage une expression de gaieté et de lriste«se, suivant les muscles qui sont rétractés.

cl. Faciès paralytique. La paralysie de la face, qu'elle relève d'une lésion du cerveau ou de celle du nerf facial, immobilise complètement le côté atteint, mais les muscles du côté sain, délivrés de leurs antagonistes, transportent en bloc la face du côté sain et en dehors de la ligne médiane, de telle façon qu'au premier abord et à la vue de la contraction des traits du côté sain on est tenté de prendre ce dernier pour le côté malade. La face a perdu sa symétrie, le menton, le nez, sont déviés, la commissure labiale du côté sain est tirée en haut et en arrière, celle du côté malade abaissée et portée en dedans. Toutes ces déformations deviennent plus sensibles lorsque le malade rit ou parle. L'oeil est ouvert en permanence, grâce à l'inertie du muscle orbiculairc devenu incapable de contrebalancer l'action du rcleveur de la paupière, son antagoniste. La paupière renversée, le point lacrymal dilaté par la paralysie du muscle de Horner, laissent les larmes s'écouler sur la joue. Les lèvres entr'ouvertes ne s'opposent plus à l'écoulement de la salive. Comme la joue affaissée ne cède plus à la colonne d'air au moment de l'expiration et que les lèvres ne retiennent plus l'air expiré, il semble que le malade fume la pipe.

Chez le nouveau-né dont la ligure est aiTondie par la graisse la déviation des traits ne devient manifeste que si le petit malade s'agite et crie.

La paralysie de la face liée à une lésion du centre cérébral est en général moins complète dans ses manifestations que celle qui relève d'une lésion de la portion intra-crànienne du nerf facial. Elle s'accompagne, en outre, de la paralysie de tout un côté du corps. Selon Trousseau, dans la pai'alysie faciale provenant d'une affection du cerveau, le muscle orbiculaire n'est jamais atteint et par suite l'œil peut toujours se fermer.

Dans la paralysie double de la face, la déformation des traits fait défaut, la figure conserve sa symétrie et prend l'immobilité du masque ; les yeux sont ouverts, les narines affaissées. C'est la physionomie de la stupeur, à cela près que les yeux gardent leur mobilité et que le regard n'est ni fixe ni égaré (Lagrange).

Le syndrome d'origine bulbaire, que Trousseau a appelé paralysie labioglosso-larynge'e, donne à la physionomie une expression spéciale. La paralysie de ï'orbiculaire des lèvres fait que la bouche s'élargit considérablement dans le sens transversal, grâce à l'action antagoniste des muscles sains ; les sillons naso-la. biaux deviennent très-marqués. Par suite , la figure prend un air pleurard. Provoque-t-on le rire ou les pleurs du malade, la bouche reste largement ouverte et la face revêt l'aspect du masque de la comédie antique.

e. Faciès triste ou mélancolique. On peut le ranger parmi les physionomies morbides ressortissant aux affections du système nerveux. La douleur morale se traduit sur la face par la contraction d'un certain groupe de muscles, tels que \q pxjramidal qui plisse l'espace intersoucilier et la base du front, le sourcilier qui fait saillir les sourcils et cache les yeux en partie, le petit zygomatique qui attire la lèvre en dehors, creuse le sillon labio-nasal en refoulant en haut la pommette (Duchenne, de Boulogne ; électris. localisée). Par suite de ces contractions, la physionomie s'assombrit et prend une expression d'abattement, d'inquiétude, un air humble, suppliant, craintif. En même temps le regai'd est vague, la face pâle ou jaunâtre ; c'est là le faciès caractéristique de la douleur morale en général, de la mélancolie ainsi que de l'hypochondrie qui accompagne si souvent les affections des voies digestives.

2» Maladies des voies respiratoires et circdlaires. Il existe tant de points de contact entre les fonctions du poumon et celles du cœur, que ces dernières

se traduisent souvent, à une certaine époque, par des troubles de la respiration, et que le faciès reflète à la fois les perturbations du poumon et celles du cœur.

a. Affections du cœur. La pbysionomie dans les affections cardiaques varie avec la nature des lésions et avec l'âge de la maladie.

La péricardite n'a pas de physionomie spéciale. Il en est de même de l'endocardite, à moins qu'elle ne soit ulcéreuse, et dans ce cas le faciès est celui de la stupeur.

Au début des affections valvulaires, la gêne circulatoire est compensée par les parois hypertrophiées du cœur, et la circulation est [)lu(ôt exagérée que diminuée ; la face est colorée, vultueuse, les yeux brillent. Tins tard, le nez, les joues, les lèvres, les yeux, deviennent le siège d'une dilatation vari(p\euse des petites veines.

Enfin, dans les affections avancées du cœur, particulièrement dans la dilatation de cet organe et dans les lésions de la valvule mitrale, lorsque la gène circulatoire, arrivée à son comble, a engorgé les systèmes veineux ef capillaire, lorsqu'on un mot l'asystolie s'est établie, alors la physionomie reflète la cachexie cardiaque et devient le faciès propria de Corvisart. La figure, sans être émaciée, est d'un pâle cireux, mais les lèvres et les joues sont cyanosécs, la bouche est enlv'ouverte, les paupières se cerclent de bleu. A la longue la face, infiltrée comme le reste du corps, devient bouffie et prend une teinte pâle jaunâtre ; les paupières se tuméfient, les yeux se montrent plus saillants, les veines du cou se gonilent et deviennent flexueuses. Dans l'insuffisance aortique, même avancée, les signes précédents font souvent défaut et la pâleur extrême de la face constitue le caractère presque exclusif du lacics cardiaque.

b. Affection des organes respiratoires. Nous admettrons ici, avec M. Lagrange, trois faciès : le premier se rapporte aux affections inflammatoires du poumon, le second à celles dont le symptôme prédominant est la dyspnée, le troisième est celui de la pliLhisie pulmonaire.

Faciès des affections in/lammaloires. La pneumonie en réalise le type. Le visage porte la double empreinte de la turgescence fébrile et de la difficulté respiratoire : face colorée, tuméfiée, vultueuse ; expansion des traits, dilatation de la bouche et des narines, battements convulsifs des ailes du nez, écartement des paupières et par suite saillie apparente dii globe oculaire ; teinte subiclérique de la peau. Ces caractères se retrouvent, à des degrés variables, dans les autres affections inflammatoires de l'appareil respiratoire (bronchite, pleurésie).

Faciès dyspnéique. Il caractérise un grand nombre d'affections respiratoires et diffère, selon Lagrange, suivant que la difficulté de respirer tient à l'entrée de l'air ou à sa sortie ou aux deux à la fois. La gène réside-t-elle dans l'inspiration, les yeux s'ouvrent largement, les narines en dilatation permanente ne s'agitent pas comme dans la pneumonie et la face devient pâle, grâce au reflux du sang, vers le poumon et le cœur. C'est ce qui s'observe dans l'œdème de la glotte et dans le croup. La difficulté est-elle au contraire dans l'expiration, les yeux s'injectent, se gonflent et pleurent, la face tuméfiée se colore en rouge bleuâtre et le sang chassé vers la périphérie s'écJiappe parfois par le nez et par les oreilles. C'est ce qui a lieu dans la coqueluche oîi d'ailleurs la gêne respiratoire accompagne à la fois l'inspiration et l'expiration.

Qui ne connaît le tableau émouvant de la dyspnée arrivée à son comble, telle qu'on l'observe dans le catarrhe suffocant, quelquefois à la fin de la phthisie et eu général dans les affections graves des bronches et du larynx ? A l'agitation

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des ailes du nez, à l'écartement de tous les orifices qui donnent accès à l'air, à la cyanose de la l'ace, vient se joindre l'orthopnée qui fait redresser le maladi' sur son lit, la tète portée en avant, les deux; bras arc-boutés contre un coj'ps solide pour fournir un point d'appui aux muscles de l'épaule et du thorax.

Telle n'est pas en général la scène finale des affections chroniques du poumon. Ici la dyspnée presque continue , mais variable dans ses degrés, ne devient excessive qu'autant que le cœur se prend à son tour.

Faciès de la phthisie pulmonaire. Dans cette affection, la face revêt le caractère d'une dyspnée modérée. L'homme déjà atteint de phthisie ou encore sous l'imminence du mal a du reste un faciès spécial où la diathèse tuberculeusi se reconnaît à la croissance remarquable d'une chevelure fine et lisse, à la longueur des cils, à la grandeur des yeux, à la beauté des dents, à la maigreur du visage, à la pâleur de la peau qui laisse apercevoir par transparence un réseau veineux azuré. Les pommettes se colorent vers le soir, si déjà la fièvre exislu. Le regard est vif, spirituel, la sclérotique d'un blanc perlé, la physionomie lauguissante.

En général, les traits du phthisique, surtout s'il est sous l'influence d'uiu diathèse héréditaire, portent je ne sais quel cachet de distinction particulière qu'on ne saurait ni définir ni décrire.

3» Maladies de l'abdomen. Si l'expression de la face est celle de la douleur morale dans les affections chroniques des organes digestifs, elle est généralement celle de la douleur physique dans les maladies aiguës de ces mêmes organes et de leur enveloppe séreuse.

Le faciès grippé offre le type de la douleur physique. II s'observe dans les maladies douloureuses en général, quelquefois à la suite des grandes brûlures, mais surtout dans le cours de la péritonite' aiguë. Il se reconnaît à deux caractères principaux : la rétraction des muscles faciaux et la diminution du volume de la figure, par suite de la fonte du tissu adipeux. Tous les traits sont tirés et effilés sous l'influence du retrait musculaire. La commissure des lèvres, tirée en dehors par la contraction des muscles, se borde d'un ou deux plis verticaux qui creusent la face et la vieillissent. Les joues et les orbites s'excavent, par suite d'une dénutrition profonde et rapide. Le visage devient paie, terreux, exsangue, grâce à la rétraction des capillaires influencés par un trouble d'innervation du grand sympathique. Chez les enfants minés par une diarrhée chronique, la figure se grippe et se crispe à un tel point qu'on les prendrait pour de petits vieillards. *

Le faciès de la péritonite par perforation intestinale rappelle souvent celui du choléra par un certain nombre de traits, tels que l'excavation plus marquée des yeux et des joues, la teinte cyanosée des joues et des lèvres, le refroidissement notable de la face. La cyanose paraît provenir ici de la pression qu'exerce sur la base des poumons le diaphragme refoulé vers la poitrine par le développement du ventre ou bien immobilisé et paralysé consécutivement à une irritation initiale excessive (Jaccoud). Quoi qu'il en soit, cet aspect cholériforme de la face est un signe qui a son importance et qui nous a permis, plus d'une fois, de reconnaître la péritonite par perforation, alors que rien ne l'indiquait du côtidu ventre, ainsi que cela s'observe quelquefois dans la fièvre typhoïde.

Du faciès de la péritonite par perforation à celui du choléra, il n'y a qu'un cas. Le faciès cholérique qu'on retrouve aussi, mais à un degré moindre, dan> la fièvre pernicieuse algide, est une face grippée au plus haut degré avec la eva-

nose eu plus. Il est tellement caractéristique qu'il ne s'oublie plus lorsqu'il a frappé les yeux, et qu'il suffit à lui seul au diagnostic de la maladie dont il esf. le reflet. Ici la rétraction des traits est portée à son extrême limite. La face recouverte d'une teinte cyanosée générale, complète, quelquelois noirâtre, est profondément amaigrie; les joues sont creusées outre mesure; les yeux, secs et ternes, sont enfoncés dans les orbites, par suite de la fonte du tissu graisseux et delà rétraction des muscles du globe oculaire; la cornée est flétrie, grâce à l'absorption de l'humeur aqueuse; les pupilles se dilatent dans les derniers moments. La figure semble allongée; le nez est effilé et aminci. La peau, recouverte d'une sueur visqueuse, est froide comme celle des reptiles et a perdu sou élasticité.

Si du faciès cholérique on retranche l'algidité extrême de la peau, l'excavation exagérée des joues et des yeux, et qu'où remplace la cyanose, par une pâleur excessive de la face, on a devant soi, à peu de chose près, le faciès hippocratique ou physionomie de l'agonie. (]e faciès est le couronnement fréquent, mais non constant, des affections pulmonaires et thoraciques arrivées à leur période mortelle, et en général de toutes les maladies qui s'accompagnent d'advnamie et de ti'oubles profonds de la nutrition.

La physionomie de l'agonisant est presque celle du cadavre. La mort envahit par degrés la face du malade succombant à l'excès de son mal. Les yeux grand' ouverts, ternes, a?ux prunelles fixes et déjà insensibles à la lumière, s'enfoncent dans les orbites, dont les bords deviennent saillants. Les joues se creusent ; les pommettes ressortent ; la peau, pâle et terreuse, se recouvre d'une sueur froide et visqueuse ; les narines s'encombrent de poussières atmosphériques que le souflle nasal est devenu impuissant à chasser; les ailes du nez s'aplatissent A chaque inspiration contre la cloison des fosses nasales; les tempes s'affaissen' : les lèvres bleuissent, les oreilles se glacent et la mort est proche.

Tel n'est pas le tableau final de la vie chez les malades atteints d'affections aiguës qui déterminent une mort prompte, sans avoir le temps d'altérer la face ; tel non plus chez l'enfant, dont la figure ronde et grasse se prête peu à l'affaissement des traits; ni chez le vieillard, qui s'éteint petit à jtotit, sans passer par les phases défigurantes de l'agonie. Y. Widal.

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F^nTZ (Philippe), né à Vienne, en Autriche, le 11 mai 1724, professeur

d'anatomie et de chirurgie au lycée de Linz, mourut en 1787. On connaît de lui

un manuel très-élémentaire d'anatomie.

Kurzes anatomisches Fragbûchlein von den Theiien des menschlichen Kôrpers, welche den angehenden Wundârzten vor allem zu wissen nothwendig sind. Linz, 1777, iii-S".

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