‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.37Chapitre 2 sur 65 · DE LA QUATRIÈME SÉRIE · texte numérisé non relu

DE LA QUATRIÈME SÉRIE

Quand je me suis résolu, pour hâter encore davantage la marche du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, à entreprendre la nouvelle série que nous inaugurons aujourd'hui, la pensée m'est venue qu'on me saurait peut-être gré d'y trouver une occasion de jeter, avec le lecteur, un regard sur l'ensemble de l'œuvre, et, par des explications succinctes, de répondre aux préoccupations ou aux questions que n'a pu manquer de faire naître une publication de cette nature.

Je vais donc répéter ici publiquement, en termes très-simples et en toute sincérité, ce que j'ai dit souvent dans l'assemblée des collaborateurs, dans mon cabinet ou dans mes lettres. Cet Avant-propos n'a pas d'autres prétention.

Le plan que j'ai adopté est le plus vaste qui ait été suivi jusqu'ici dans les dictionnaires, non-seulement de médecine, mais de sciences naturelles. Quand, à mon vif regret, la retraite d'un collègue judicieux et expérimenté me laissa, en 1865, la lourde tâche de diriger seul la publication, je fus immédiatement dominé par une pensée déjà développée dans I'Introduction : celle de la connexité chaque jour plus étendue et plus étroite de toutes les branches de la science médicale. Fallait-il se borner à rassembler dans le domaine acquis de la science ce qui peut être actuellement utile au médecin, pour en faire un nouveau Compendium, plus riche, plus varié que ses devanciers, mais aussi limité qu'eux aux besoins du présent? Convenait-il, au contraire, de mettre en quelque sorte l'avenir en tiers dans la conception du plan général, et de réunir entre les mains du médecin, par un large exposé des diverses parties de la science, botanique, physique, chimie, géographie médicale, anatomie, histologie, etc., tout cet ensemble de matériaux que remue, que modifie incessamment l'effort de la génération moderne, et dans lequel s'opèrent précisément ces

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n AVANT-PROPOS.

échanges et ces fusions qui tendent à rattacher la médecine à la catégorie des

sciences exactes?

C'est à ce second parti que je me suis arrêté et, bien des fois depuis cette époque, j'ai eu occasion de m'en applaudir. Prenons pour exemple la chimie ; quel débordement continu, et grossissant du jour au lendemain, dans le domaine de la médecine aussi bien que dans celui de la science pure ! Débordement fécond, indispensable au pi^grès, à quelque point de vue doctrinal qu'on veuille se placer. Il serait banal de répéter qu'il n'y a plus moyen de rien comprendre ni à la constitution de l'organisme, ni aux grandes fonctions physiologiques, digestion, nutrition, respiration, sanguification ; ni à nombre d'états pathologiques, anémie, albuminurie, urémie, diabète, etc. ; ni à certains problèmes de thérapeutique ; ni même à l'hygiène, sans le secours de la chimie. Et je parle d'une chimie avancée, qui donne à la fois le fait et la théorie. Mais prenons un plus petit côté de la question : considérons seulement l'emploi médical des substances, leur action sur l'économie. Comment ne pas être frappé du développement l'apide de la matière médicale, de l'hygiène industrielle et de la toxicologie ? Et que de substances aujourd'hui usitées, célèbres mêmes, rejetées naguère des dictionnaires ou d'autres livres classiques comme indifférentes aux médecins! Pendant combien de temps a-t-on passé sous silence le chloroforme, découvert en 1851 par Soubeiran ; le chloral, trouvé un an plus tard par Liebig? Si l'emploi de l'amylène a suivi de près sa découverte, c'est que le vent était aux anesthésiques et qu'il était naturel d'en chercher dans le groupe des hydrocarbures. Qui d'entre nous se souciait, il y a peu de temps encore, du cadmium ou du nickel, dont les sels astringents le disputent maintenant aux sels de zinc ; — du lithium, qui fournit à mon sens le meilleur remède de la gravelle ; — de la silice, à laquelle les chirurgiens ont emprunté un si précieux mode de pansement ; — du brome, qui entre dans l'organisme, comme l'iode, avec les aliments, et dont certaines préparations tiennent le premier rang parmi les sédatifs ; — de l'argent, dont on peut voir dans cet ouvi'age même l'emploi et le mode d'action ; — du platine et de maintes autres substances minérales ? On pourrait dresser une liste bien plus longue, si l'on voulait s'engager un peu avant dans la chimie végétale. On y rencontrerait nombre de substances : l'aniline, dont la découverte date de 1826, et dont les propriétés toxiques n'ont été bien démontrées que trente ans plus tard ; le curare, connu depuis si longtemps en Europe avant qu'on le soumît à l'expérimentation physiologique et thérapeutique ; la triméthylamine, qui a fait luire de si douces espérances dans le cœur des rhumatisants ; la fuschine, dont la notoriété ne date, pour les médecins, que d'hier. Ce ne sont là que des exemples pris au hasard. Et si l'on veut un témoignage plus spécial de la part actuelle de la chimie dans la matière médicale, et voir jusqu'où doit aller le savoir chimique d'un médecin instruit, il n'y a qu'à considérer les diverses classes de dérivés et à citer certains dérivés alcooliques d'alcoloïdes, tels que ceux qu'on obtient en traitant par les iodures de méthyle, d'éthyle ou d'autres radicaux

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alcooliques, soit l'aniline, soit la mor[)hine, soit la nicotine, soit la brucine,etc., et qui donnent la diméthylaniline, la méthylmorphine, la méthylnicotine, etc., ou réthylstrychnme, l'éthylniorphine, réthylconicine, etc. Des expériences assez récentes et très-sérieuses, faites en France, en Angleterre, en Allemagne, tendent à établir que ces substances exercent sur l'économie une action analogue à celle du curare et que, s'il s'agit, je suppose, d'un dérivé de la strychnine, l'action propre de celle-ci a disparu, tandis qu'un autre dérivé de la strychnine, l'oxyéthylstrychnine, tout en produisant l'anesthésie, garde certaines propriétés de l'alcaloïde. Est-il possible, dans un dictionnaire des sciences médicales, de négliger une classe importante de corps que la physiologie et la thérapeutique absorbent les unes après les autres ?

Ce que je viens de dire de la chimie, je pourrais l'apidiquer à la botanique. Quand on parcourt la liste des plantes, on est frap[)é d'abord de ce fait : qu'il en est très-peu qui, en une partie quelconque du monde, n'aient reçu quelque emploi médical ou susceptible d'intéresser le médecin. Dans le nombre, il est vrai, beaucoup paraissent de peu d'importance, et l'on serait tenté de les éliminer ; maison se rappelle aussitôt que de celles-là, grâce à la facilité et à la rapidité des communications, il en arrive chaque jour en France, en Allemagne, en Angleterre, qui sont aussitôt livrées à l'expérimentation et tombent dans le domaine commun : la coca, le jaborandi, l'eucalyptus, etc. De même, on voudrait écarter certains noms botaniques qui sonnent un peu étrangement à nos oreilles ; mais ces noms se rencontrent ou dans des ouvrages de l'antiquité ou dans des livres modernes venus de contrées lointaines, et il importe au botaniste qui veut classer, au chimiste qui veut analyser, au médecin qui veut expérimenter, de savoir exactement ce que ces noms signifient. Un de nos plus savants professeurs, dévoué, dans ce Dictionnaire même, à l'étude de la botanique, me disait qu'il était souvent consulté, sur ce sujet, par des membres du corps médical.

Ce n'est pas tout, et il y a d'autres motifs encore d'ouvrir un large accès, dans un ouvrage tel que celui-ci, à la chimie et à la botanique.

La chimie est maintenant livrée à une vaste systématisation, dans laquelle la théorie, devançant de beaucoup l'expérience directe, est devenue elle-même un puissant instrument de découverte. La science chimique de nos jours n'est pas sans analogie avec la science astronomique, et la première n'est guère plus facile à découper que la seconde. La théorie des substitutions, les belles conquêtes de la synthèse, ont rendu plus intimes et singulièrement agrandi les rapports de la chimie minérale avec la chimie organique. Un corps simple n'est plus connu quand notamment on n'en connaît pas les dérivés dont je viens de parler : l'histoire du chlore est incomplète sans celle du chloroforme, du chloral, du chloro-camphène, du chlorotérébène, de l'acide chloracétique, etc.; de même l'histoire de l'azote sans celle de l'acide picrique ou de la nitro-codéine, etc. Je citais plus haut l'amylène; il est clair tout d'abord qu'un médecin doit en connaître la composition chimique ; mais comment ne pas placer à côté de lui l'éthylène? Comment ne rien dire des combinaisons amyliques ou mé-

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