‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.37Chapitre 3 sur 65 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

thyliques, surtout quand on y rencontre des substances intéressantes pour la médecine, comme la méthylamine ou la diméthylaniline ? Comment une fois entré, par une porte médicale, dans une série d'homologues, ne pas la parcourir au moins sommairement ; ne point passer de l'alcool phénique à l'alcool crésylique, ou de l'acide acétique à l'acide formique? Et combien de nécessités encore dans d'autres ordres de faits ! Un seul exemple : la houille, par ellemême, importe peu au médecin, mais elle conduit au goudron, à la naphtaline, utiles à connaître, et la naphtaline mène à ses produits de substitution bromes, chlorés, nitrés, sulfurés. Et ainsi, de combinaison en combinaison, on s'aperçoit que tout s'enchaîne et que rien n'est bien intelligible sans notion d'ensemble.

En botanique, un fait général domine également : c'est le profond remaniement des classifications. La conséquence en est que les termes encore en usage dans notre matière médicale ne correspondent plus aux termes botaniques, et que beaucoup de plantes qui ont gardé leurs noms dans les officines l'ont perdu dans la science, dans l'enseignement, dans les jardins des Facultés. D'où la nécessité, pour permettre au lecteur de se reconnaître dans ce bouleversement et de s'en rendre scientifiquement compte, de donner un développement particulier à l'histoire des familles et des genres. C'est par là seulement, en effet, qu'on explique les changements nécessités par les progrès de la science. Et cette extension de la partie botanique de l'œuvre m'était d'autant plus commandée, que le classement des plantes qui y est adopté, même pour quelques-unes de celles qui sont très-usitées en médecine, est souvent le fruit d'observations personnelles de l'auteur et ne trouverait son explication dans aucun autre

ouvrage.

Un autre gros souci a été de bien partager la matière de la géographie médicale, flanquée d'ethnologie et de démographie; d'en bien marquer les divisions, de bien fixer les limites respectives et le contenu des articles. On n'est pas embarrassé d'ouvrir un traité et un atlas de géographie, et d'en emprunter les coupures méthodiques ; mais les règles de la politique ne sont pas celles de la science. Il arrive, trop souvent, que les races enjambent les frontières ; que la climatologie se joue des lignes tracées à travers les montagnes, les plaines, les mers ou les fleuves; que les documents statistiques abondent dans telle partie d'une région ethnologiquement déterminée et font plus ou moins défaut dans telle autre. Regardée du point de vue scientifique, la géographie médicale appelle donc des divisions particulières et nouvelles. Il a paru convenable notamment d'étudier à part les régions caucasiques sans préoccupation de l'étendue de la domination russe ; la région danubienne, indépendamment des liens politiques de la Roumanie, de la Rulgarie et de la Serbie avec l'empire ottoman ; la Pologne, abstraite des empires qui se la partagent, etc. Et en même temps, par une conséquence logique, il est traité dans des articles spéciaux des grandes races ou des grandes tribus qui ont occupé ou occupent encore la surface du globe : les Aryens, les Celtes, les Slaves, etc. Et qu'on n'aille pas s'imaginer que tout cela soit l'affaire de simples aperçus, sommaires

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et rapides. Non ; là comme ailleurs, les recherches se sont multipliées, les faits se sont accumule's. Tantôt les bienfaits de la paix, tantôt les occupations militaires ont permis de grouper un nombre considérable d'observations dont l'étude comparative répand de précieuses lumières sur l'anthropologie, sur l'hygiène ou sur la pathologie. La collaboration du Dictionnaire est allée plus loin. Une partie des documents qui ont servi à la rédaction des articles de géographie et de démographie ne se trouvent nulle part en France ; beaucoup ne sont même pas dans le domaine public et ont dii être sollicités au loin, en Belgique, en Angleterre, en Russie, de la bienveillance des confrères ou des administrations. Quelques-uns de ces articles sont donc de véritables créations, aussi goûtés, j'ai de bonnes raisons pour l'affirmer, des géographes et des économistes, que des médecins.

Par ces motifs, et par ceux qu'il serait facile d'emprunter encore à ti'aulivs parties de l'œuvre, j'ai pensé qu'il y avait lieu de prendre à la lettre le titre iV encyclopédique dont le Dictionnaire est revêtu, et de ne pas me contenter de glaneiçà et là dans le domaine des sciences médicales pour y recueillir ce qui pouvait me paraître d'utilité immédiate, mais bien d'en faire la moisson, et j'ajoute : de la faire à peu près complète ; car, après y avoir regardé de près, je me suis convaincu que la totalité des éliminations possibles serait, par rapport à l'étendue de l'ouvrage, d'une importance trop faible pour qu'il valût d'en faire l'économie ; que, en dépit de toute prévision, le mouvement de la science pourrait bientôt rendre plusieurs d'entre elles regrettables ; que, fussent-elles toutes justifiées, elles passeraient vraisemblablement pour aibitraircs dans l'esprit du lecteur, et qu'enfin, en tout état de cause, les lacunes dans un tel ensemble produiraient un effet désagréable, comme dans une étoffe un trou, qui n'en gêne pas l'usage, mais qui le dépare. J'ai donc préféré livrer au lecteur, sinon la totalité absolue, du moins la presque totalité des matériaux susceptibles de servir à l'édification de la science médicale ; je lui ai ouvert l'avenir en lui donnant le présent; j'ai fait, en un mot, ce qu'avaient dii faire MM. Littré et Robin dans leur Dictionnaire de médecine, sauf des différences dans la distribution de la matière et des additions considérables sur des sujets restés étrangers au plan de nos éminents confrères, comme la géographie médicale, les eaux minérales, la biographie et la jurisprudence médicale.

Cette résolution a entraîné un inconvénient ; inconvénient prévu, mais pardessus lequel j'ai passé sans hésitation. A la date dont il s'agit, deux volumes du Dictionnaire étaient terminés. De plus, la distribution des articles était complète jusque vers le milieu de la seconde lettre de l'alphabet, et il était difficile de plier ce qui était en voie d'exécution au plan plus large qui venait d'être adopté. La disproportion qui en est résultée entre cette partie et toute la suite ne porte heureusement, d'une manière sensible, que sur la chimie. Je saisis, chemin faisant, tous les moindres à-propos pour reprendre et pour consigner dans le Dictionnaire ce qui avait forcément échappé, et je dirai plus loin comment la brèche pourra être entièrement réparée.

DICT. ENC. 4* S. I. \ bis

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On devine aisément, et cela était prévu dans I'Lntroduction, que, dans une œuvre aussi considérable, aussi complexe, embrassant une douzaine de sciences distinctes ; touchant à la philosophie, aux doctrines, aux classifications, aux nomenclatures, aux faits généraux, aux faits particuliers ; mise aux mains de cent cinquante collaborateurs de diverses écoles et de divers pays ; se produisant à une époque de curiosité hardie, impatiente de la tradition, toujours en quête d'horizons nouveaux, et dont la marque est surtout profonde en médecine, où elle ouvre un large champ à la dispute, — on devine, dis-je, que l'unité scientifique n'a pas été conservée. Je n'ai pas eu la puérilité d'y prétendre ; j 'irai même jusqu'à dire que je me serais bien gardé de l'essayer. A mon avis, la concordance des opinions ne pouvant être ici, manifestement, qu'artificielle, il était plus intéressant pour le lecteur, et plus pratique , de profiler des occasions offertes par le morcellement de la matière, pour mettre devant lui les opinions en présence, pour le faire assister à leurs luttes, pour lui faire entendre leurs contredits et leurs arguments. C'était placer devant ses yeux l'image même de la science contemporaine ; c'était aussi lui offrir, au lieu d'un ouvrage unifié et par là même discutable, une sorte de bibliothèque, telle qu'on aime à la ressembler quand on ne veut pas seulement apprendre, mais s instruire véritablement.

Cette manière de faire amène des répétitions. J'en conviens. Je conviens même qu'il y en a d'autres, qui procèdent d'autres causes. Le plan d'un dictionnaire se forme principalement au moyeu de découpures faites dans des sujets d'ensemble. Les morceaux ont beau être entièrement séparés et relégués plus ou moins loin les uns des autres par les hasards de l'ordre alphabétique, ils n'en retiennent pas moins l'attache scientifique qui les unissait, et leurs rapports mutuels ne sont pas changés par l'écartement. De là vient que les mêmes points de vue reviennent et peuvent se répéter un assez grand nombre de fois à des mots différents. Le moyen de ménager l'espace est alors de renvoyer purement et simplement le lecteur au mot où ces points de vue sont plus particulièrement étudiés ; mais si cela est sans grand inconvénient dans un dictionnaire peu compliqué, où, par suite, les connexités d'articles sont peu nombreuses, il n'eu est plus de même dans un dictionnaire comme celui-ci, dont l'étendue et l'économie intérieure ont dû être subordonnées aux développements et au caractère tout spécial de la science moderne. 11 ne faut pas oublier qu'il n'est aujourd'hui, pour ainsi dire, si petit sujet de pathologie, même chirurgicale, qui ne soulève forpe questions d'anatomie, de physiologie, de physique ou de chimie, et que de la solution de ces questions va dépendre celle de la question médicale elle-même, scientiiique ou pratique. Il est quelquefois donc périlleux, pour l'auteur de l'article, de s'en remettre à un autre collaborateur du soin de porter seul, sur ces questions, un jugement qui, s'il n'était pas conforme au sien propre, rendrait son article incomplet ou inintelligible. Il me paraît bon d'ailleurs, en termes généraux, que ces points communs dont je parlais à l'instant, par lesquels se touchent certains articles plus ou moins éloignés les uns des autres, soient indiqués dans chacun d'eux au prix de quelques répétitions, et que leur lien scientifique appa-

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vaisse toujours aux yeux du leoteur. Le lecteur y gague notablement. S'il est exposé à avoir le spectacle, plus utile que nuisible, d'opinions adverses, il a l'avantage de posséder dans chaque article un tout complet, harmonique, exprimant toutes les vues d'un même auteur sur un sujet donné, et de n'être pas astreint par des renvois trop multipliés à aller chercher ailleurs un complément d'informations.

Cela me conduit à dire un mot de la longueur de certains articles, sur laquelle mon attention a été plusieui's fois appelée. Le système adopté au début et que j'ai essayé assez longtemps, système consistant à délimiter l'étendue de chaque article en le demandant, n'a eu aucun succès. Il a eu ])our principal effet d'amener assez souvent le refus d'articles proposés. En cas d'acceptation, on n'a tenu compte que très-exceptionnellement des indications données. Pourquoi ? Pour une raison que je comprends trop bien pour être disposé à lui tenir rigueur : celle même qui oblige à des répétitions. Le champ de la science s'est démesurément agrandi depuis une trentaine d'années ; chaque question a pris des faces nouvelles, et l'article qui en traite peut paraître long, quoi(pi'il n'en dépasse pas les proportions véritables. On est trop accoutumé à mesurer la longueur d'un travail au nombre des pages. C'est une fausse manière de juger. Tel article du Dictionnaire encyclopédique sur un sujet restreint : la description anatomiqued'un viscère, l'histoire pathologique d'un os, l'étude thérapeutique d'une substance, n'excède en longueur l'article correspondant d'un dictionnaire antérieur que parce qu'il contient plus de choses utiles, et non parce qu'il s'étire et se répand en dissertations oiseuses. Les deux articles ont au fond la même longueur ; ils reproduisent avec la même fidélité la science de leur époque.

N'a-t-il point passé néanmoins dans le Dictionnaire encyclopédique des articles trop étendus? Assurément oui. Mais je tiens à dire par quelles nécessités. Quand un manuscrit est remis à la date convenue, le temps ne manque pas pour le réviser. Il m'est arrivé bon nombre de fois, dans ces conditions, de demander des retranchements. Je ne les ai pas toujours obtenus ; mais parfois aussi les auteurs en ont consenti de considérables, et, ce qu'on ignore assez généralement, des articles dont on remarque encore la longueur ont été réduits d'un quart et même davantage. Mais d'ordinaire les gros manuscrits ne sont livrés qu'au moment de l'urgence , ou longtemps après , arrêtant court la marche d'une livraison. Or, un article, s'il est bien conçu, bien disposé; s'il ne renferme pas de hoi'sd'œuvre et ne pèche que par l'excès du développement, ne peut être abrégé que par un remaniement complet. Le restituer à l'auteur pour modifications, c'est ajouter plusieurs mois de retard au retard déjà subi. Une publication qui a les dimensions du Dictionnaire encyclopédique n'a pas, si l'on me passe cette expression vulgaire, les moyens d'attendre. On n'en verrait pas la fin avant six ou sept lustres, et il me paraît plus sage de ne pas acheter par un inconvénient si grave une simple rectification d'alignement. C'est la destinée de pareilles entreprises. Quand Voltaire se plaignait de certains articles insérés, "dès les premiers volumes, dans la grande Encyclopédie, d'Alembert, malgré tout son prestio'e et

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toute son autorité, lui répondait bonnement : « >'ous n'avons pas toujours été' les maîtres de leur en substituer d'autres. » Voilà une raison dont on avouera que je puis à présent me couvrir sans cérémonie.

Quelques personnes trouvent déjà bien lente la marche du Dictionnaire ; mais peut-être ne se rendent-elles bien compte ni des circonstances ni du fait luimême.

Il est beaucoup plus difficile qu'autrefois de mener à bien une entreprise de ce genre. Les rédacteurs du Dictionnaire des sciences médicales en 60 volumes n'étaient pas assurément des écrivains fainéants ; mais c'était des écrivains pacifiques. Partagés seulement, pour la plupart, entre les soins de la pratique, qui n'était pas toujours bien pesante, et les loisirs de la bibliothèque, ils avaient du temps à leur disposition. Pas de concours, pas de laboratoire, pas ou peu de temps passé à l'hôpital, encore moins à l'amphithéâtre. La situation était déjà moins aisée pour les collaborateurs du dictionnaire en 2 1 volumes, devenu le dictionnaire en 50 ; mais elle était loin encore d'être aussi onéreuse qu'elle l'est pour un très-grand nombre de nos collaborateurs. D'un côté ce sont les maîtres, que retiennent les devoirs du professorat officiel, du service des hôpitaux et d'une clientèle active; de l'autre, c'est cette jeunesse médicale, qu'une généreuse ambition pousse en masses pressées vers les positions éminentes, qui n'obtient plus rien que par la force du travail et du talent, que le nombre accru des concours comme celui des compétiteurs engage dans des luttes redoutables et de longue durée, que les exigences de la méthode expérimentale, les tendances de la science moderne, attachent chaque jour au laboratoire, à la clinique, à la salle d'autopsie, et auxquels enfin l'enseignement libre offre de bonne heure un appas irrésistible. Ce n'est que par des prodiges d'activité que ces jeunes gens, côte à côte avec leurs anciens, parviennent à rédiger pour notre œuvre ces beaux articles qui frappent autant par la pénétration d'esprit que par l'étendue et la variété des connaissances. Pour ma part, quand je les lis, j'avoue que j'oublie volontiers d'en compter les pages, et que je ne me souviens plus guère du temps pendant lequel j'ai parfois^ maugréé en les attendant.

Une autre difficulté, inhérente au temps présent, résulte des impérieuses nécessités de l'érudition. Qu'on ait abusé ou non de ïétranger, ce n'est pas ici la question ; mais il est incontestable que la science est devenue cosmopolite et polyglotte, et qu'il est aujourd'hui impossible de traiter convenablement un sujet important de pathologie (surtout dans un dictionnaire, qui tient à de certains égards de l'inventaire), /ans s'être informé de ce qui a été écrit sur ce sujet en Angleterre, en Amérique, en Allemagne, en Belgique et ailleurs. Par ce mouvement de diffusion et de mélange, la littérature médicale de tous les pays réunis s'est substituée, dans chaque pays, à la sienne propre ; et l'on a même vu tout à l'heure que, pour certains genres d'articles, les collaborateurs ne regardent ni à la peine, ni à la dépense, pour avoir communication de documents inédits. Il ne dépend de personne d'obtenir à jour fixe un si précieux avantage.

Voilà donc des circonstances dont il est juste de tenir grand compte, si l'on

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veut mesurer équilablcmenl le degré de vitesse de lenlrcprise. Eu rcaliti-, cette entreprise mnrclie-t-cUe avec lenteur ? On va en juger : Un volume du Dictionnaire encyclopédique équivaut, sauf une fraction insignifiante, à deux volumes du dictionnaire en 60 et à deux volumes également du dictionnaire en 30. Le premier a été terminé en onze années ; le second, qui était une seconde édition (entièrement refondue, il est vrai), en quinze années. Or, depuis onze ans et demi que le Dictionnaire encyclopédique a commencé, il en a paru 71 fascicules, soit 55 volumes et demi, c'est-à-dire l'équivalent du dictionnaire en 60, avec onze volumes en sus, et plus du double des volumes du dictionnaire en 50. A ne considérer que ce résultat général, sonl-ce là des allures de tortue? Mais il est en outre évident que, par suite delà mulliplication des séries, ce (jui reste à publier marchera plus vite que ce qui a précédé. Le passé en répond. Du 28 juin 1864 au !'='• septembre 1868 (date de la création de la 2« série), en un peu plus de quatre ans, nous publions 16 demi-volumes. Du l""^ septembre 1868 au 2 juillet 1875 (commencement de la 3« série), en moins de cinq ans, 25 demi-volumes ; enfin, du 2 juillet 1875 jus(pi'à ce jour, en moins de quatre ans, 52 demi-volumes, y compris celui-ci, qui ouvre une nouvelle série. Si bien que, dans cette dernière période de moins de quatre ans, nous avons publié au delà de Véquivalent du Dictionnaire en 50 tout entier. La progression est, comme on voit, continue et rapide, et elle ne peut qu'être accrue pail'intercalation d'une série entre la première et la seconde. Qu'on dise maintenant si la publication sommeille ! En ce cas, elle ferait comme les soi)uiand)ules, elle courrait en dormant.

A quel point en est-elle arrivée ? Quel chemin lui reste-t-il à parcourir ? Sans vouloir supputer le nombre des volumes futurs, je donnerai ici un renseignement qui suffira, je pense, à MM. les souscripteurs. La distribution des articles est faite, depuis plus de six mois, jusqu'à la fin de la lettre D, pour la série A-E ; jusqu'à la fin de la lettre G, pour la série F-K ; jusqu'à la fin de la lettre 0, pour la série L-P ; jusqu'à la fin de la lettre S, pour la série Q-Z.

Il ne reste donc plus à mettre sur le chantier que les lettres : E, H, I, J, K, P, T, U, V, X, Y, Z. Ces douze lettres ne contiennent que la matière de quatre ou cinq lettres de valeur moyenne. Quand le travail rentrant dans la dernière distribution sera assez avancé pour en rendre une autre opportune, celle-ci pourra comprendre, je pense, la fin des articles du Dictionnaire. Embarqués dans une des plus grandes entreprises de la science moderne, nous ne toucherons pas encore la terre, mais nous la verrons !

Que MM. les collaborateurs ne s'étonnent donc pas, si je me permets de redoubler mes appels à leur obligeance et à leur zèle. Jusqu'ici le Dictionnaire encyclopédique n'a pas subi la loi fréquente des publications de ce genre, qui est de faillir en avançant. Grâce au concours éprouvé de tant de talents divers, j'ai la ferme confiance qu'il marchera du même pas jusqu'au bout. Tout le monde parmi nous continuera de se dire que l'achèvement de cette œuvre considérable vaut des sacrifices personnels. Je crois d'ailleurs sincèrement que ces sacri-

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lices ne seront pas sans fruit ; et déjà une collaboration active au Dictionnaire encyclopédique a créé des titres sérieux dans des compétitions de diverse nature. Quant à moi qui, pour rappeler encore Voltaire, ne suis, comme il le disait de luimême, que le « garçon de cette grande boutique », j'y consacrerai, comme dans le passé, ce que j'ai de force, de dévouement, et je continuerai à faire à l'intérêt commun l'offrande de toutes les fatigues, de toutes les tribulations inséparables d'une tâche si lourde et si prolongée ; tout, jusqu'à ce sacrifice dont j'ose à peine parler et qui consiste à épuiser dans des travaux de direction, dans la surveillance incessante de l'ensemble et du détail, et même dans la rédaction de mille petits articles échappés à la distribution ou devenus soudainement urgents, un temps et une activité que j'aurais aimé à dépenser dans une plus large et plus haute part de collaboration.

Quand l'entreprise sera achevée, j'aurai encore un vœu à exprimer, que d'autres sans doute rempliront : celui qu'il soit alors fondé un Dictionnaire complémentaire anmiel du Dictionnaire encyclopédique, par lequel la présente publication serait chaque année, en un ou plusieurs volumes, et par ordre alphabétique, entièrement remise au courant de la science.

Ce serait le moyen assuré de maintenir à un niveau pour ainsi dire invariable la valeur d'un ouvrage qui ne sera pas aisément susceptible de réédition.

A. Dechambre.

Paris, février 1877.

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