‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.37Chapitre 31 sur 65 · FAUTEUILS MÉCANIQUES · texte numérisé non relu

FAUTEUILS MÉCANIQUES

Schulen und belm hâuslichen Unlcrricht. Dueckebourg, 1794, in-S", etc. [Catéchisme d'hijg. à l'usage des écoles pour l'instr. domestique). Trad. en anp:lais]par H. Basse; en bohémien par F.-J. Tousy; en danois par J.-C. Tode. A. C.

FAUTEUILS MÉCA1\IIQUES. Les fauteuils mécaniques, dits encore fauteuils-lits, inventés pour les cas de fracture des extrémités inférieures ou de toute autre affection des mêmes parties amenant leur impotence ou exigeant leur immobilité, ont pour but d'épargner aux malades les ennuis du lit et les inconvénients de toutes sortes qui résultent d'un décubitus forcé et prolongé. Le nombre en est si grand qu'il serait impossible ici de s'arrêter à chacun d'eux en particulier.

Les pièces principales de ces fauteuils mécaniques consistent en 1° un siège bien rembourré, et quelquefois percé pour le passage des déjections ; 2" un dossier articulé, pouvant s'abaisser sous des angles divers jusqu'à la position horizontale, qui en fait alors une continuation du siège et transforme le fauteuil en lit ; 5° un support disposé de manière à recevoir, soit une seule jambe, soit les deux jambes, suivant les indications, et d'ordinaire suspendu par des courroies ou manœuvrant par des montants à crémaillères.

Les anciens fauteuils, comme ceux de Tober et de Theden, étaient immobiles. Ceux d'aujourd'hui sont tous à locomotion ; les uns au moyen de simples roulettes, les autres au moyen d'un mécanisme qui permet au sujet de le faire mouvoir lui-même et de changer de lieu à volonté.

En outre de ces dispositions générales, quelques fauteuils en présentent d'autres qui permettent à l'assistant d'imprimer au malade des mouvements de totalité ou des mouvements partiels, ou au malade lui-même de prendre diverses positions. Ainsi, avec l'appareil de Dupont, le malade étant soulevé par des béquilles passées «ous les aisselles, et maintenu debout, on peut, à l'aide d'un système de courroies, imprimer à ses jambes des mouvements alternatifs imitant ceux de la marche. Avec l'appareil d'Alain, le sujet peut, sans l'assistance de personne, faire varier à volonté la position du dossier et du support; il peut aussi, quand il y a un support pour chaque jambe, les placer à des hauteurs et même leur donner des longueurs différentes.

Un des fauteuils locomoteurs, celui de Gros, ayant été le sujet d'expériences très-favorables à l'hôpital des Invalides, nous le prendrons comme spécimen, et nous ne pouvons mieux faire que d'en emprunter la description à l'excellent ouvrage de MM. Gaujot et Spillmann {Arsenal chirurgical, t. I, p. 488) : « Cet appareil comprend : 1° un marchepied et un support horizontal en forme de gouttière, s'adaptant à volonté et destinés à soutenir isolément chaque membre inférieur fléchi ou étendu ou relevé ; 2° un dossier mobile que le malade peut renverser ou redresser autant qu'il le veut, à l'aide d'un mécanisme à vis de rappel, dont la manivelle est à portée de sa main droite ; 3° enfin, le système de locomotion, consistant en trois roues qui supportent le siège et une manivelle pour leur imprimer le mouvement. La roue postérieure est montée comme un gouvernail et en remplit les fonctions. La barre de ce gouvernail se trouve à portée de la main gauche contre le bras correspondant du fauteuil. Quant au mécanisme du mouvement, il consiste simplement en une chaîne articulée s'engrenant, d'une part, sur la roue antérieure du côté droit et, d'autre part, sur un petit treuil placé contre le montant des bi'as du fauteuil et mû par une manivelle que la main droite peut facilement atteindre. Lorsque les éléments de ce mécanisme sont convenablement disposés, il suffit d'une force équivalant tout au plus à un

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kilogramme pour communiquer l'impulsion à l'appareil et le faire manœuvrer aisément. Le malade assis sur le siège peut se diriger dans tous les sens, pivoter sur lui-même, avancer ou rouler à son gré, sans grande fatigue. Pour avancer, il n'a qu'à maintenir le gouvernail placé à la gauche du fauteuil dans la position verticale et à manœuvrer de droite à gauche la manivelle qui se tient dans la main droite. Po\ii- reculer, il lui suffit, sans changer la position verticale du gouvernail, de manœuvrer de gauche à droite. S'il veut décrire un cercle plus ou moins grand, il incline le gouvernail en arrière; il le tient horizontalement, s'il veut pivoter; puis dans les deux cas, il tourne la manivelle, soit de droite à gauche, soit de gauche à droite, suivant la direction qu'il veut prendre. Pour incliner le dossier, il faut tourner à droite la manivelle qui se trouve sous le hras droit du fauteuil ; en la tournant à gauche, le dossier se redresse. » D.

FAL'TREL (PiERRE-NicoLAs). Né à Roueu vei^s 1780, fit ses études médicales à Paris; après avoir servi dans l'armée comme officier de santé, il soutint sa thèse inaugurale à Paris, en 1803 (le 11 fructidor an XI). 11 était membre de la Société de médecine de Paris, et depuis le G juin 1810, médecin du bureau central, au parvis Notre-Dame, chargé de surveiller le traitement de la teigne. Son nom cesse de figurer dans les annuaires à partir de 1835. Nous citerons de lui :

I. Dissertation inaugurale sur la goutte. Paris, 1803. in-4°. — II. 11 publia las Médecine légale et police médicale par, Paul Aug. Oliv. Manon. Paris, 1802, in-8°, 5 vol. avec notes; nouv. édit., 1807, in-8°, 5 vol. — III. Hépatite terminée par les sueurs ; rapport lu à la Société de médecine le 10 thermidor an XII par P.-H.-H. Bodard. In Journal général de médecine, t. XXI, p. 129, an XIII (1805). — IV. Extrait du procès-verbal de la distribution des prix aux élèves sages-femmes, en la maison d'accouchements. Ibid., t. XXXVII, p. 218, 1810. — V. Appréciation et analyse du Traité de la chorée par Bouteille. Ibid., t. XXXIX, p. 519, 1810. — VI. Sur les mammifères hibernants (à propos d'un ouvrage de Saissy). Ibid., t. XLV, p. 445, 1812. — VII. Observatio de tetano idiopathico, auctore Cl. Valette. Extrait d'un rapport de Fauchier sur cette observation. Ibid., t. XLVl, p. 50, 1813, — y Ul. Lettre sur le traitement de la teigne. Ibid., t. LVIII, p. 217, 1810. — IX. Rapport sur le mémoire du docteur Vaidij intitulé : Doit-on écrire les formules médicinales en latin, ou en langue vulgaire? Ibid., t. LXII, p. 192, 1818. — X. Note sur le traitement de la teigne. Ibid., t. LXVI, p. 175, 1819. — XI. Rapport sur une observation dephthiriasis. Ibid., t. LXXVI, p. 181, 1821. L, Hn.

FAUVERGE (Jacques-Pierre). Né à Paris vers 1775, servit d'abord dans l'armée en qualité de chirurgien et fut chargé du service de la chirurgie à l'hôpital militaire de Malte pendant le blocus de cette place en 1799 et 1800 ; il se fit recevoir docteur en médecine en 1 803 à la faculté de Paris et exerça la médecine d'abord àMayence, puis à Paris. Fauverge fut l'un des collaborateurs du Journal général de médecine àe Sédillot. 11 est mort vers 1845. Nous citerons de lui :

I. Des maladies qui ont régné à Malte pendant le blocus de Van VU et Vlll, etc. Tli. de Paris. An IX (1803), n" 268, in-8. — II. Observation sur les mauvais effets de l'emploi du mercure dans quelques cas de maladies scrofuleuses. In Sédillot Journal général de médecine, t. XXXIV, p. 172 ; 1809. — III. Observations sur une phthisie pulmonaire à sa plus haute période, consécutive à une péripneumonie. Ibid., t. XLV, p. 593, 1812. — IV. Observations sur une névralgie compliquée, guérie par les émollients unis à la violette pensée. Ibid., t. XLVI, p. 383, 1815. — V. Observations sur une nécrose du corps du tibia. Ibid., t. XLVII, p. 559, 1813. — VI. Observations sur une inflammation du bas-ventre, terminée par deux dépôts considérables, qui se sont ouverts spontanément, et dont la matière de l'un s'est fait jour par l'anus, et celle de Vautre, répandue dans le bas-ventre, s'est écoulée par les urines. Ibid., t. LXI, p. 194, 1817. A. D.

270 FAUX-TURBITH.

FAUX (Falx) . On appelle ainsi en anatomie des replis membraneux qui ont plus ou nloinsla forme d'une faux (faux du cerveau, du cervelet, du péritoine)-

FAUX-ACACIA. Nom du Robinia Pseudo-Acacia L. {voy. Robinier).

Pl

FAUX-ACORE. Nom de Y Iris Pseiido-Acorus L. [voy. Iris). Pl.

FAUX-A]\[IS. Non donné au Cumin [Cuminum Cyminum L. {voy. Cumin),

Pl.

FAUX-COLOMBO. Nom du Frasera Valteri {voy. Frasera). Pl.

FAUX CROUP. Voy. Larynx, p. 597.

FAUX-DICTAMIIE. Nom du Marrubium Pseudo-Dictamnus L., qui n'intéresse pas le médecin {voy. Marrube). Pl.

FAUX-ÉBÉI\IER. Nom donné au Cytisus Laburnum L. {voy. Cytise).

Pl.

FAUX-nERMODACTE. Nom donné à l'iris tuberosa L. {voy. Iris et Hermodacte). Pl.

FAUX-JAiiAP. Ce nom a été donné à un certain nombre de racines tubéreuses, qui ont été considérées comme du Jalap et qui seront déprites à l'article Jalap. Pl.

FAUX-IXARCISSE OU MARCISSE-DES-PRÉS . Narcissus Pseudo-Narcissus L. {voy. Narcisse). Pl.

FAUX-XARD. On donne ce nom à diverses racines odorantes qui ont été confondues avec les Nards. La principale est celle de VAllium Victorialis L. {voy. Ail et Nard). Pl.

FAUX-PLATAI\'E OU FAUX-PLAKIE. Nom de VAcer Pseudo-Platanus L. {voy. Érable). Pl.

FAUX-SAFRAIX. Bien des plantes ont servi à falsifier le safran, celle qu'on désigne généralement sous le nom de Faux-safran ou Safran bâtard est le Carthamus tinctorius L. ou Carthame {voy. ce mot). Pl.

FAUX-SCORDIUM. C'est le Teucrium Scorodonia L. {voy. Germandrée).

Pl.

FAUX-SÉ1\IÉ. Ce nom s'applique d'ordinaire au Colutea arborescens L. ou Baguenaudier {voy. ce mot). Pl.

FAUX-SIM AROUBA. Nom donné au Bignonia Copaïa Aublet, non usité en médecine {voy. Laiche).

FAUX-SOUCHET. Nom donné au Carex Pseudo-Cyperus L. Pl.

FAUX-TURBITH. Un des noms du Thapsia villosa L. {voy. Thapsia).

Pl.

FAVUS. 271

FAVART (Jean-Pierre). Né à Sérignan (Hérault) le 28 juin 1777, reçu docteur en médecine à Montpellier en 1798, exerça la médecine dans cette ville et mourut en 1842. Nous connaissons de lui :

I. Dissertation sur le scorbut. Montpellier, an VI (1798), in-4'' (thèse). — II. Mémoire gui a remporté le ])remier prix au jugement de la Société de médecine pratigue de Montpellier, sur la gueslion proposée en ces tenues: Déterminer, d'après l'observation, si les fièvres catarrhales graves diffèrent essentiellement des fièvres rémittentes, et indigner avec le traitement gui leur convient gueïle est l'utilité du guinquina dans les unes et dans les autres. In Annales cliniques de Montpellier, et 2» édit., Montpellier, 1814, in-8». — III. Essai sur l'entendement médical, suivi d'une nouvelle méthode pour apprendre la médecine. Marseille, 1822, in-4°. — IV. Rapport fait à la Société roij. de médecine sur l'épidémie gui a régné à Marseille en 1826. Marseille, 1828, in-8°. — V. Rapport fait à la Société roy. de médecine sur l'épidémie gui a régné à Marseille en 1828. Marseille, 1828, in-8°. — VI. Observations sur la fièvre catarrhale chronique, suite de la fièvre catarrhale aiguë. In Annales de la Soc. de médecine de Montpellier, t. II, part. 1, p. 231. — VII. Lettre sur la conservation du vii~us vaccin. Ibid., t. II, part. 2, p. 49. — VIII. De l'emploi des éthers dans les inflammations Ibid., t. XIII, part. 1, p. 17. — IX. T^ote sur la pulvérisation. Ibid., t. XIV, part. 2, p. 181.

— X. Mémoires sur les fièvres catarrhales graves et rémittentes pernicieuses. In Actes de la Société de médecine pratique de Montpellier, an 1804-1806, mém., p. 160. A. D.

FAVELET (Jean-François). Célèbre professeur en médecine de Louvain, né le 18 avril 1674, au fort de la Perle, près d'Anvers, et mort à Louvain le 50 juin 1743. 11 avait été médecin de l'archiduchesse Elisabeth, gouvernante des Pays- Bas. On a de lui ces deux ouvrages relatifs à la digestion :

I. Prodromus apologice fermentationis in animantibus. Lovanii, 1721, in-12, p. 218. — II. Novarum guœ in medicinâ a paucis annis repullularunt hypothesion lydius lapis, guo mediante ostenditur guantum et quousgue sit hypothesibus novis in medicinâ fidendum. Aquisgrani, 1737, in-8°, p. 520.

L'auteur, dans ces deux ouvrages , se déclare partisan de la fermentation.

FAI'EMTIXUS (Leonellus). Ce médecin , qui , selon Justus, dans sa Chrono-

logia medicorum, florissait en 1550 , n'a laissé que deux ouvrages, mais les

nombreuses éditions auxquelles ces derniers sont parvenus indiquent bien la

faveur dont ils ont joui :

I. De œgntudinibus infantium tractatus, opéra Georgii Kufneri lucidatus. Adjecto Autoris de febribus fragmenta, et de hystericis affectibus tractatus, cum ejusdem appendiculâ. Ingolstadti, 1544, in-S», etc. — II. Practica medicinalis sive de medendis morbis membrorum omnium totius corporis humani Liber, cum scholiis Johannis Kufneri. Ingoldstadii, 1545, in-4°, etc. A. C.

FAVOI.I (Hdgoes). Médecin-poëte distingué, né àMiddelbourglel2 aoiit 1525, mort à Anvers le 10 août 1585. Il avait été pendant vingt-deux ans médecin pensionné de cette dernière ville. Favoli n'a écrit que trois ouvrages, mais ils témoignent d'un amant chéri des Muses, et portent ces titres :

I. Hodœporici Bysantini libri 1res. Louvain, 1563, in-S". C'est la relation du voyage de l'auteur à Constantinople. Elle a été jugée digne d'être reproduite, avec quelques retranchements, dans le Recueil de voyages, en vers latins, publié à Bàle, en 1580, par Nicolas Reusnek.

— II. Acrostica duo. .\nvers, 1570, in-8°. — llI. Enchiridion orbis terrarum, carminé illustratum. Anvers, 1585, in-4°. A. C.

FAVUS. Ce mot, qui a conservé sa forme latine, signifie rayon, gâteau de miel, et s'applique à une affection cutanée caractérisée par des croûtes jaunâtres dont l'aspect rappelle en effet le produit de l'industrie des abeilles. C'est la maladie appelée tinea liipinosa, t'mea ficosa, par Gui de Chauliac et Ambroise Paré, tinea vera, par Lorry, porrigo lupinosa, par Willan et Bateraan, porrigo

272 FAVUS.

favosa, par Biett, teigne faveuse, par Alibert, et que nous désignons aujourd'hui indifféremment sous les noms de favus ou teigne faveuse.

Historique du favus. La teigne faveuse n'a pas eu, comme la mentagre, la bonne fortune d'attirer l'attention de l'antiquité savante. Les auteurs grecs et latins semblent ne l'avoir pas connue ; ce qu'ils ont décrit sous les noms d'area et d'alopecia s'applique à la teigne tonsurante, ou plutôt à la pelade, mais nullement au favus; Celse confond évidemment, comme tous les médecins de son époque, les croûtes faveuses avec les croûtes d'impétigo; enfin, nous n'avons , rien ici qui ressemble à la relation si curieuse que Pline l'Ancien nous a transmise sur le sycosis ou mentagre. Il est assurément fort singulier qu'une affection de forme aussi spéciale ait complètement passé inaperçue pendant une longue suite de siècles, et que personne ne se soit rencontré pour indiquer l'un quelconque de ses caractères les plus saillants, par exemple, la disposition cupuliforme de ses croûtes. J'incline à croire cependant que le favus est une maladie très-ancienne, et que Vachorion de Schœnlein ne le cède en rien sous ce rapport aux autres champignons des teignes.

Quoi qu'il en soit, l'élude historique de la teigne faveuse ne commence véritablement qu'aux écrits des Arabes, qui l'ont pour la première fois mentionnée et décrite vers le neuvième siècle de notre ère. Afin d'apporter un peu d'ordre dans cette étude, je la diviserai en trois époques, répondant à trois degrés bien marqués dans la connaissance du favus. Ces trois périodes sont séparées par d'assez longs intervalles.

La première époque, de beaucoup la plus longue, commence, comme je viens de le dire, aux écrits des Arabes, et ne s'arrête qu'en 1859. Elle est tout entière consacrée à l'étude des caractères nosographiques.

La seconde date de l'année 1859, où Schœnlein découvre le végétal parasite de la teigne faveuse, et finit en 1852. Les naturalistes s'occupent activement de l'étiologie et de la pathogénie des teignes.

La troisième époque commence en 1852. C'est à ce moment que j'inaugure une thérapeutique rationnelle des teignes, et en particulier du favus.

Première époque. Avenzoar, Rhazès, Avicenne, Ali-Abbas, ont parfaitement' indiqué les caractères cliniques du favus. Ils l'appelaient : sahafals, safati, albathin, et n'ignoraient pas qu'il entraîne souvent la perte de la chevelure. Il faut ajouter cependant que les médecins arabes ne l'ont pas suffisamment distingué des autres affections du cuir chevelu, et en particulier de la pseudo-teigne muqueuse ou eczéma impétigineux : mais bien d'autres après eux devaient commettre de semblables confusions.

Au moyen âge, on retrouve le favus assez bien décrit dans ses caractères les plus essentiels sous le nom de tinea (teigne), dénomination alors nouvelle dans la science, mais qui comprenait dans son acception la plupart des affections du cuir chevelu. C'est ainsi du moins que l'entendaient Gordon, Nicolas Florentin, Arnauldde Villeneuve,... et surtout Gui de Chauliac, qui admettait cinq espèces de teignes : 1° tinea favosa ; 2° t. ficosa ; 3" t. amedesa {similis carni humiditas); 4° t. suberosa {simili uberibus mamellarum) ; 5° t. lupinosa. — Une seule de ces espèces doit être rattachée au favus, c'est la tinea lupinosa ; peut-être aussi la tinea amedesa s'applique-t-elle à cette variété de favus dans laquelle on trouve, après la chute des croûtes, un état fongueux du cuir chevelu. Quant à l'espèce favosa, elle n'a du favus que le nom ; elle répond exactement à la gourme ; c'est une pseudo-teigne.

FAVUS. 275

Ambroise Paré réduit à trois les espèces de Gui de Cliauliac. Ce sont : {"tinea ficosa; 2" t. furfiirosa ; 3° t. corrosiva. Mais l'espèce ficosa de Paré, la seule du reste qui mérite le nom de teigne, répond à la tinea lupinosa de Gui tie Cliauliac, et non pas à l'espèce ficosa de ce dernier auteur. A. Paré parle de l'épilation avec pincettes, si l'on voit la racine du poil être pourrie, et dans le cas où le mal s'étend à toute ou grande partie de la tête, il recommande de les arracher en masse au moyen d'emplâtres agglutinatifs tirés à contre-poil assez violemment. Il croit à la contagion, et signale l'alopécie comme fréquente, « l'cproche au clvirurgien, dit-il, de sorte que plusieurs eu ont laissé la cure aux empiriques et aux femmes ». Le mot teigne, selon Paré, aurait été imposé par le vulgaire à ces sortes de maladies, « parce que le cuir de la tète apparaît troué et rouge, comme mangé de teignes, qui sont vers qui rongent les habillements. » Cette étymologie me semble préférable à celle que Lorry devait adopter plus tard, et qui consiste à faire dériver le mot tinea des termes arabes safathin, albathin, dont on aurait retenu et latinisé la dernièie syllabe. Mais Lorry comprit tout l'abus que l'on avait fait du mot tinea en rappli((uant à tant d'affections différentes, et le réserva exclusivement pour le favus, qu'il ap])elle tinea vera pai' opposition aux autres espèces admises par les auteurs, et qui pour lui ne sont que des pseudoteignes {Tractatus de morbis cutaneis, 1777).

La confusion, un moment écartée par Loiry, reparaît presque aussitôt avec son disciple Alibert. Mais avant d'arriver au célèbre dermatologiste, mentionnons d'abord une brochure publiée par un médecin conlenq)oiain, le docteur Gallol, et ayant pour titre : Recherches sur la teigne, suivies des -moyens curatifs nouvellement employés pour la guérison de cette maladie. L'auteur admet quatre espèces de teignes : \° la teigne laveuse ; 2" la teigne rugueuse ; 5° la teigne furfuracée; 4° la teigne muqueuse. La première est hx seule qui mérite le nom de teigne. Nous voilà donc revenus aux temps d'Ambroise Paré et de Gui de Chauliac. Les faits que rapporte Gallot dans sa brochure sont des exemples de contagion et non, comme on l'a dit à tort, des faits d'inoculation. Le remède qu'il préconise est une pommade composée de soufre et de charbon de bois.

Alibert, dans la première édition de son ouvi'age parue au commencement de ce siècle, donne un sens générique au mol teigne, et en distingue cinq espèces : l°furfuracée; 2" granulée; 3° muqueuse ; 4" amiantacée; 5° laveuse. Ces espèces diffèrent peu de celles de Gallot. Une seule, la faveuse, correspond au favus.

Mahon jeune (1828) conserve la classitication d'Alibert, et y ajoute la teigne tondante, qu'il ne confond pas, comme les Anglais, avec une variété de favus {porrigo scutulata).

Dans la seconde édition de son ouvrage, publiée en 1833, Alibert établit une classe de dermatoses teigneuses, qu'il divise en quatre genres :

, , , ( rauqueui.

1" Acliore. • • , . •

I lactumineux.

2° PorrÎL'iae.

furCuracée.

amiantacée.

pranulée.

totiburant».

vulgaire.

scutiforme.

ô* Favus. . .

4' Trichoma l •>"* "^ ^""^"^ rapport avec noire ( Irichophylon.

Ce second mode de classement, quoique fort défectueux encore, constitue cepeudimt un progrès sensible par rapport au premier, car le favus y devient un

DICT. EKC 4' s. L 18

274 FAVUS.

genre distinct, et l'inteivalle (jui existe entre deux genres est plus grand ijuc celui qui sépare les espèces d'un même genre.

Les willanistes ne devaient pas être plus heureux dans le classement des teignes, et en particulier du favus. Loin de dissiper la confusion qui existait avant eux, on peut dire qu'ils l'ont au contraire aggravée, en la compliquant d'une erreur nouvelle. 11 est vrai que la question présentait, dans leur système, des difficultés toutes spéciales et véritablement insolubles : ayant pris pour base de classification les formes anatomiques des affections cutanées, et les croûtes n'étant à leurs yeux qu'une production secondaire, c'est-à-dire le résultat de la dessiccation d'un liquide à la surface du derme, ils se trouvèrent dans la nécessited'admettre pour les croûtes laveuses l'existence antérieure et constante d'un éltiment primitif qu'ils placèrent dans l'ordre des pustules. Le favus devient donr une affection pustuleuse, très-voisine de l'impétigo, dont elle ne se distingue, dit Willan, que par son caractère contagieux. Le mot teigne est trouvé trop vague ou trop vulgaire, et remplacé par un autre plus savant peut-être, mais non moins obscur : c'est le porricjo (de porrlgere, étendre), expression autrefois employée par Celse pour désigner une affection dont tout ce qu'on peut dire de plus clair est qu'elle ne ressemble en aucune façon au favus. Willan reconnaît deux variétés de porrigo : le porrigo favosa et le porrigo scutulata. Âlibert s'est probablement inspiré de cette division lorsqu'il a établi le genre favus dans sa classe des dei'iiiatoses teigneuses.

Bateman, qui vient après, porte à six le nombre des porrigo. Ce sont : 1'' le porrigo larvaiis (scrofulide bénigne exsudative) ; 2° le porrigo furfurans (pseudo-pityriasis du cuir chevelu) ; 5" le porrigo lupinosa ; 4" le porrigo scutulata ou ringworm, confondu avec la teigne tondante ; 5'' le porrigo decalvans, répondant à ïarea des anciens, et dans lequel il reconnaîl, avec Celse, deux variétés, Yalopecia eiVophiasis ; 6" enfin, le porrigo favosa.

Au nombre de ces porrigo, nous voyons figurer le porrigo decalvans, dans lequel Bateman suppose l'existence initiale de pustules éphémères et ne donnant issue à aucun liquide. C'était pousser un peu loin l'hypothèse de la lésion primitive quand même ; aussi le dermatologiste anglais avoue-t-il que le fait nest pas prouvé. Remarquons d'ailleurs que cette hypothèse renferme une évidente contradiction dans les termes, car le mot pustule implique nécessairement, par sa définition même, la production d'un épanchement liquide à la surfiice du derme enllammé : la formation pustuleuse est dans ce fait ou devient incompréhensible.

Samuel Plumbe ne fait que reproduire, sans y rien changer, les divisions di^ Bateman.

Biett réduit, comme avait fait Willan, le porrigo à deux formes fondamentales : le i^orrigo favosa et le porrigo scutulata, et son exemple a été suivi par ses élèves, Gibert et M. Cazenave.

« Le porrigo, dit M. Cazenave en 1847, reconnaît pour lésions élémentaires des pustules laveuses, qui appartiennent exclusivement à ce genre. Ces pustules sont petites, exactement arrondies, enchâssées dans l'épiderme ; elles contiennent un liquide qui se concrète dès les premiers moments, et forme une matière d'un jaune-paille, présentant une dépression centrale. . . Au bout de quelques jours, cette matière, incessamment augmentée, forme une croûte épaisse, celluleuse, etc. » Les godets n'étaient donc alors, pour M. Cazenave, que du pus concrète. Il est vrai qu'il a dû modifier plus tard cette opinion devenue insoutenable en pré-

FAVUS. 275

sence de certains faits dont il n'était plus possible de contester l'évidence.

Ici finit la première période historique du lavus. Or, la situation était la suivante : il fallait, avec LoiTy et Alibert, prendre les croûtes pour point de départ dans la classification des teignes, ou bien, marchant sur les traces des "Willanistes, les considérer comme des affections pustuleuses, et les faire figurer à côté de l'impétigo.

Deuxième époque. Elle s'ouvre en 1859 par la découverte de Schœnlein, qui démontre l'existence dans le favus d'une production végétale déjà entrevue par Remak deux années auparavant. Schœnlein donne au parasite qu'il vient de découvrir le nom d'oïdium, qui plus tard fut changé par les professeurs Link et Remak en celui à'achorioti Schœiileinii, du nom du savant qui l'avait observé le premier ; c'est le nom qui lui a été conservé.

Quelques années plus tard (en 1844), Gruby donne une bonne description des sporules du nouveau parasite; il en soupçonne la présence jusque dans l'intérieur du follicule pileux, car il a vu, dit-il sur certains poils malades, quelques filaments se diriger du côté du bulbe. Je démontre alors ce que Gruby n'avait fait qu'entrevoir, l'existence du champignon sur la racine du poil et dans le canal pilifère, fait important qui a été confirmé par les recherches de M. Ch. Robin consignées dans son excellent ouvrage [Histoire naturelle des végétaux -parasites qui croissent sur l'homme et les animaux vivants^ Paris, 1855).

Parmi les auteurs qui ont surtout contribué à éclairer l'histoire naturelle du parasite de la teigne faveuse, et dont les travaux ont servi de point de départ à nos propres recherches ou sont venues les confirmer plus tard, nous devons citer encore les noms de Remak, Hannover, Rennett, MuUer, Retzius, Héberl, Montagne, Ch. Robin, etc. Une douzaine d'années tout au plus s'étaient écoulées depuis la découverte de Schœnlein, et, grâce à' tous ces efforts combinés, la science se trouvait enfin en possession de données véritablement positives sur l'étiologie et la pathologie des teignes. Un pas immense était fait ; le favus ne pouvait plus être attribué à l'atrabile, à un vice des humeurs, etc. Mais ces notions si vite acquises avaient besoin d'être complétées, coordonnées, fécondées et mises en œuvre, sous peine de rester à jamais stériles. C'était quelqu(; chose, assurément, que de connaître l'origine et la composition exacte des croûtes du favus ; mais ce fait eût été pour le médecin d'une bien faible valeur, s'il n'en était sorti aucune conséquence thérapeutique ! Telle était donc la tâche qu'il s'agissait d'accomplir.

Troisième époque. Elle commence en 1852. C'est alors que je publie mes Recherches sur la nature et le traitement des teignes. Dans ce travail, qui contient en substance tout ce que l'on sait aujourd'hui sur les teignes, je démontre jusqu'à l'évidence : 1° Que le favus est bien incontestablement une production d'origine végétale; 2° que cette production n'existe pas simplement à la surface de la peau, enveloppée de toutes parts dans une membrane propre qui l'isole, ainsi qu'il semblait résulter de recherches toutes récentes ; 5" que, situé à son début dans l'épaisseur de l'épiderme, le parasite s'étend ensuite dans l'oz'gane pileux lui-même, dont il altère successivement toutes les parties constituantes, parois folliculaires, capsule, bulbe et racine du poil ; 4° qu'il ne suffit pas, en conséquence, pour triompher d'un mal aussi rebelle, de supprimer le parasite dans sa partie extérieure et visible, mais qu'il faut encore et surtout l'atteindre dans sa portion intra-cutanée, et jusque sur la papille dermique qui

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se trouve au f'oud du follicule ; 5" que la i;uerison «lu favus, comme celle de toute affection parasitaire, ne saurait être obtenue qu'à cette condition fondamentale de mettre partout le parasiticide en contact avec le parasite ; 6° que le seul moyen d'arriver à ce but nécessaire, c'est d'enlever le poil et avec lui le champignon qu'il renferme, et de rendre ainsi béante, par le fait de cette extraction, la cavité du follicule pileux; 7" qu'on peut ainsi, par l'emploi combiné de l'épilation et des parasiticides, se rendre maître en quelques mois d'une maladie jusque-là réputée incurable et que les médecins, de nos jours comme au temps de Paré, abandonnaient aux soins des empiriques et des femmes.

Quelque tcnips après la publication de notre brochure sur la nature et le traitement des teignes parut le Trailé des maladies de la peau, de M. Devergie, !■•'= édit., Paris, 1854. L'auteur y décrit le favus sous le nom de teigne, qu'il prétend lui réserver exclusivement, et m'accuse d'avoir bouleversé la science en comprenant sous cette même dénomination le porrigo decalvans, l'herpès tonsurantet la mentagre. Je jiasse sur ce reproche, que j'ai réfuté ailleurs, et dont le temps a foit justice. L'article consacré par M. Devergie au favus est curieux en ce sens qu'il reflète à la lois les idées nouvelles et les théories du passé. On y trouve d'abord cette déclaration, que la teigne ou favus n'est pas une maladie de forme pustuleuse, et, sous ce rapport, M. Devergie se sépare franchement des Wilianistes ; mais ne sachant plus des lors comment classer cette affection, il lu réunit à quelques autres qui ne l'embarrassaient pas moins pour en composer (( le groupe des maladies qui attaquent spécialement le cuir chevelu ». Il admet avec nous que les croûtes du favus sont constituées par une production de nature végétale, que les bulbes pileux peuvent être envahis, mais il soutient en mcme temps que le champignon est un effet de la maladie, que la véritable cause est inconnue, etc. Il reconnaît, avec tout le monde, que la teigne est éminemment contagieuse, et qu'elle se propage au moyen d'une sorte de semence (ce sont ses propres expressions), mais il croit aussi qu'elle peut se développer spontanément, comme la gale et la maladie pédiculaire, sous l'influence de la misère, de la malpropreté, de la mauvaise alimentation, etc. Enfin, pour ce qui concerne notre méthode de traitement, M. Devergie déclare qu'il u'a pas encore d'opinion arrêtée sur le sujet, et paraît vouloir s'en tenir jusqu'à nouvel ordre à la méthode des frères Mahon.

Tel était l'accueil que recevaient d'abord, au sein même de l'hôpital Saint- Louis, nos Recherches sur la nature et le traitement des teignes. On voit pourtant qu'une certaine place était déjà faite au parasite, encore que son rôle y fût singulièrement diminué. Mais d'autres voix autorisées ne devaient pas tarder à se joindre à la nôtre. M. Hardy s'était mis à l'œuvre, et, avec l'activité d'esprit et la sûreté de jugement qu'on lui connaît, il eut bientôt compris toute la portée de nos recherches , et n'hésita pas à leur donner la sanction de son autorité. Or, un certain courage était alors nécessaii'e pour se prononcer aussi ouvertement en faveur d'une vérité généralement méconnue et en quelque sorte persécutée. Cependant, malgré de vives oppositions et des attaques souvent passionnées, mes idées sur l'étiologie et le traitement des affections parasitaires gagnaient du terrain de jour en jour, et lorsqu'on 1857, c'est-à-dire cinq ans api'ès ma première publication, je me décidai à reprendre dans son ensemble cet intéressant sujet, je trouvai devant moi un public tout préparé et en quelque sorte converti d'avance. Publiées l'année suivante par les soins du docieur Pouquet, alors mon interne, ces leçons eurent un retentissement considérable, et

;FAVUS. 277

tnirent entre les haaiiis du praticien et des élèves un ouvrage devenu désormais nécessaire. Pendant cette même année 1858, M. Hardy abordait pour la première l'ois dans son cours l'étude des affections parasitaires, et consacrait une de ses meilleures leçons au favus. Il préconise notre méthode de traitement et constate qu'il en a retiré d'excellents résultats. Deux années après, en 18G0, j'avais la satisfaction de voir mon éminent coUèf^ue Gibert me rendre à son tour pleine juslice, en déclarant dans la dernière édition do son ouvrage que « la dermatologie m'était redevable du seul progrès important (pie puisse revendiquer noire époque. »

C'est au commencement de cette année 1800 que M. le docteur Golvis soutint sa thèse inaugurale surVéruption faveuse. Ce travail n'est que la reproduction, en fort bons ternies, de nos idées sur la matière; mais l'auteur l'a fait suivre d'un relevé statistique comprenant tontes les teignes laveuses traitées par notre méthode et admises au dispensaire de l'hôpital Saint-Louis pendant une période de temps prise au hasard, et qui se trouva s'étendre du 5 janvier au 26 octobre 1855. Ce relevé comprend 67 teigneux, entants pour la plupart, quelques-uns alleints de cette affection depuis 8, 10, 15 et même 18 ans; l'un d'eux, àgv de 19 ans, avait subi 75 fois l'application de la calotte, un auli'c 50 fois, un troisième 24 fois. Or, chez tous, la guérison eut lieu, le plus souvent en deux ou trois mois, quelquefois dans un temps plus long, guérison constatée et vérifiée plusieurs mois après la fin du li\ailement, et par conséquent certaine et définitive.

En 1862 parut la deuxième édition de nos Leçons sur les affections cutanées parasitaires. Elle ne diffère de la première que par des modifications de peu d'importance.

L'année 1865 est marquée par une protestation violente, mais restée solitaire et sans écho, qui s'élève tout à coup contre nos affections cutanées parasitaires {Remarques et observations critiques sur les maladies de la peau dites parasitaires. Union médicale, 1865, par le docteur Chausit). J'ai répondu ailleurs à ce travail, qui se tient sur la limite des écrits que l'on doit dédaigner, et oîi l'on a donné place à toutes les objections faites au parasitisme, quelque absurdes qu'elles fussent; travail que l'auteur termine magistralement en annonçant au public m.édical que, « dans l'état actuel de la dermatologie, il n'y a point de maladie de nature essentiellement parasitaire végétale, ni de thérapeutique antiparasitaire » . Mais c'est trop insister sur un article que bien peu de gens ont lu sans doute, et dont personne assurément ne se souvient aujourd'hui. Quant à ceux que cette polémique pourrait intéresser, ils trouveront l'attaque ûrnsV Union médicale, 18G5, n»^ 101, 105, 105, 106, 108, 110, \l\, et la réponse dans mes leçons de 1864, imprimées d'abord dans la Revue médicale de 1865, et réunies en 1866 sous forme de brochure avec ce titre : Examen critique de la divergence des opinions actuelles en pathologie cutanée, leçons rédigées et publiées par le docteur Langronne.

Cette protestation devait être la dernière, au moins jusqu'à ce jour, car M. Cazenave est resté l'adversaire irréconciliable des parasites végétaux, et semble s'être dit, comme le poëte :

Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là.

Mais cette gloire même lui échappe, et sans parler ici de M. Chausit, son tîlève, dont la personnalité se confond parfois étrangement avec la sienne, il existe de l'autre côté de la Manche, c'est-à-dire en dehors de son influence im-

médiate, un médecin qui professe exactement les mêmes opirtions sur la question des parasites. Ce médecin est Erasmus Wilson, dont voici les propres paroles que nous trouvons reproduites dans un journal anglais {Médical Examiner thursday, april 6, 1876, p. 264) :

« Si nous recherchons leur cause (il s'agit des affections cutanées parasitaires), nous trouvons évidemment dans toutes une débilité locale de la peau, et dans certains cas une faiblesse générale de la constitution. Insuffisance et aberration de la nutrition, tels sont les termes sur lesquels doit reposer le traitement rationnel de ces affections. Si cependant nous acceptons la théorie parasitaire, l'unique cause sera le contact des sporules du champignon de la plante parasite, quelle que soit la santé générale. Mais comme plusieurs sujets résistent à la contagion, tandis que d'autres la subissent avec la plus grande facilité, les partisans de la théorie parasitaire ont ajouté à leur définition originale cette condition nécessaire, que les sporules tombent sur un sol favorable à leur développement, en d'autres termes, sur une peau malsaine, car sur une peau saine la contagion présumée est ultérieurement impossible. »

D"où Erasmus Wilson conclut que le traitement du favus doit uniquement consister dans l'emploi des toniques, de l'arsenic et des soins hygiéniques. Voici donc M. Cazenave lui-même dépassé. C'est à se demander, en vérité, si l'auteur anglais a jamais eu à traiter des sujets atteints de teigne faveuse, et s'il n'a point confondu la gourme, qu'il appelle tinea, avec le véritable favus.

Mais, je me plais à le redire, ces quelques voix discordantes se perdent dans le concert à peu près unanime des médecins qui s'occupent de pathologie cutanée. Depuis la découverte de Schœnlein, depuis la publication de nos propres recherches, de nouvelles générations médicales se sont élevées, toutes les questions relatives au parasitisme ont été mises à l'élude, examinées, contrôlées. Jugées à nouveau, sans passion ni parti pris, et nous ne voyons pas que cette épreuve nous ait été défavorable. A part quelques dissidences sur des points de détail, tout le monde s'accorde aujourd'hui sur les principes, c'est-à-dire sur la nature parasitaire des teignes, sur le rôle du parasite, sur son siège, sur la nécessité de sa destruction partout oij il se trouve, etc. Tout récemment encore, ces vérités fondamentales trouvaient à l'hôpital Saint-Louis un interprète convaincu dans la personne de notre ancien collègue et ami le docteur Lailler, médecin de cet hôpital (ces leçons ont été publiées dans la Gazette des hôpitaux, année 1875, n»^ 115, 117 et 147; année 1876, n"^ 4 et 19). M. llorand, chirurgien en chef de l'Antiquaille, dans son discours d'installation, parle de l'étiologie des teignes comme d'un fait acquis à la science, et veut bien reconnaître que j'ai simplifié . leur étude : « Que le favus et la teigne tonsurante soient la conséquence d'un parasite végétal, cela, dit-il, ne peut faire l'objet d'aucun doute; mais il n'en est pas ainsi pour \a.pelade. » Je discuterai en temps et lieu celte grosse question de la pelade avec tous les développements qu'elle comporte {voy. l'article MiCROSPORON et l'article Pelade de ce Dictionnaire). 11 ne s'agit pour le ùioment que de la teigne faveuse, et sous ce rapport, du moins, le chirurgien de l'Antiquaille me donne entière satisfaction. Son discours renferme du reste des considérations intéressantes sur certains points de l'étiologie du favus, sur sa transmission des animaux à l'homme, sur sa puissance contagieuse attestée par l'inoculation, etc. Comme traitement M. Horand préconise l'épilation à la pince comme le seul moyen efficace : « Faite avec soin et halnleté, dit-il, l'épila-

FAVUS. 27'J

tion à la pince est parfaite, une main exercée ne laisse c'chapper aucun poil malade. » Rien fie plus juste assurément. Mais le médecin de Lyon va certainement trop loin lorsqu'il ajoute que l'épilation peut suffire à tous les cas, et que les parasiticides n'ont qu'une action secondaire, si même ils ne sont pas inutiles. Au reste, cette manière de voir n'est pas nouvelle ; il y a déjà longtemps qu'elle a été soutenue devant l'Académie de médecine de Bruxelles ; le temps en a fait justice. On ne doit compter sur une guérison solide et durable que quand l'épilation elles agents parasiticides ont été siiiuillanément eiiiiildyi's dans le traitement de la teigne faveuse.

Au nombre des travaux qui appartiennent à l'histoire du favus, je dois signaler encore, et d'une manière toute spéciale, une Inochure publiée en 1865 par M. le docteur J. Bergeron, médecin de l'hôpital Sainte-Eugénie, et portant ce titre : Étude sur la géographie et la prophylaxie des teignes. Dans cette étude, qui se recommande à la fois par les qualités de la foz'me et par l'importance et la nouveauté du sujet, l'auteur s'est proposé pour but la solution des questions suivantes : 1° Quelle est aujourd'hui, en France, la fréquence absolue et relative des teignes faveuse et tonsurante? 2° Sont-elles également répaiulues dans les départements? 5" Tendent-elles à augmenter ou à diminuer de l'réquence ? Pour répondre à ces questions, deux ordres de documents étaient entre ses mains, à savoir : 1° le compte rendu sm- le recrutement de l'armée, dans lequel les teignes figurent comme cause d'exemption du service militaire ; 2° des notes manuscrites répondant à un questionnaire et adressées ]iar un grand nombre de médecins des départements à M. le directeur de l'assistance publique. Après avoir soumis le premier de ces documents à une analyse raisonnée et critique, et fait la part des causes d'erreurs qui s'y rencontraient nécessairement, M. Bergeron arrive à en dégager des données d'une véritable importance au point de vue de la distribution géographique des teignes. Il ressort de cette analyse : \° que le nombre des teigneux en France était encore, en 1865, très-considérable, et qu'en le fixant à 12,000 on risquait plutôt de rester au-dessous de la ^ vérité que de la dépasser; 2" qu'aucun de nos départements n'était complètement exempt de la teigne, mais qu'elle se répartissait entre eux d'une manière très-inégale ; qu'elle était surtout fréquente dans le midi et le nord-ouest de la France, tandis qu'elle était assez rare dans les régions du Centre et du Nord-Est ; 3" que la teigne faveuse subissait un mouvement évident de décroissance dans tous les départements, mais que ce mouvement était encore d'une extrême lenteur. Dans les éléments statistiques qui ont fourni les résultats précédents, il n'est fait aucune distinction entre les teignes faveuse et tonsurante ; or, les documents envoyés par les médecins de province ont démontré à M. Bergeron : que des deux espèces de teignes vraies ou parasitaires, la teigne faveuse est de beaucoup la plus fréquente dans les campagnes, tandis qu'au contraire la teigne tonsurante règne à peu près exclusivement dans les grands centres de population; d'oxi il résulte que les chiffres empruntés au compte rendu des opérations de recrutement doivent surtout être attribués au favus, car tout le monde sait qu'en définitive la plus grande partie du contingent est fournie par les habitants des campagnes. Passant ensuite à la partie prophylactique de son travail, M. Bergeron constate l'insuffisance absolue des moyens employés jusqu'à ce jour, et indique les mesures qui lui semblent propres à atteindre dans leur source les maladies parasitaires. Ces mesures, pour être rapidement efficaces, devront satisfaire, ditil, à la triple indication de recheix'her la teigne partout où l'on peut soupçonner

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qu'elle existe, d'isoler dans une certaine mesure les individus atteints, et de les mettre immédiatement en traitement.

Tel est, en substance, le travail très-intéressant, et trop peu connu, ce me semble, de M. le docteur .1. Bergeron sur la géographie et la prophylaxie des teignes. Espérons que l'auteur se décidera quelque jour à compléter ses recherches sur un sujet qu'il a su si bien s'approprier.

Je termine enfin cette étude historique du l'avus en mentionnant avec éloges l'excellent article inséré par M. le professeur Hardy dans le Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques en cours de publication sous la direction de M. le docteur Jaccoud. C'est un résumé clair, précis, complet, de l'état actuel de la science sur la teigne laveuse. Il existe bien, entre mon ancien collègue et moi, queUjues divergences sur des points secondaires, par exemple, sur les variétés de forme du favus qu'il attribue à de simples modifications résultant de l'âge du parasite ; mais à chaque instant'il parle de ces formes, et prouve ainsi qu'elles sont nécessaires pour l'exposé des symptômes. Un autre point (jui nous divise est relatif au favus épidermique, qu'il omet sciemment ou à son insu, ou plutôt qu'il semble avoir méconnu, car cette expression est pour lui synonyme de favus du corps. Mais c'est trop insister sur quelques dissidences inévitables en un sujet aussi complexe, car l'article de M. Hardy n'est qu'un long hommage rendu à mes travaux, et nous sonunes toujours certains de nous rencontrer sur les questions essentielles et fondamentales.

Définition du favus. Le favus est une teigne produite par le développement d'un cryptogame parasite, YAchorion Schœnleinii, et caractérisée dans sa période d'état par des incrustations jaunâtres, plus ou moins épaisses, sèches, raboteuses, d'une odeur sui generis, tantôt disposées d'une manière irrégulière, tantôt figurant de petites coupes d'une régularité remarquable.

Pour compléter cette définition du favus, il importe d'ajouter aux caractères qui précèdent les caractères plus généraux implicitement contenus dans le mot teigne, à savoir le siège de l'affection sur les poils ou l'épiderme, son pouvoir contagieux, l'alopécie qu'elle détermine, sa durée indéfinie et l'extrême rareté de sa guérison lorsqu'elle est abandonnée à elle-même, et au contraire la certitude, aujourd'hui bien démontrée, d'en obtenir la cure radicale par l'emploi d'une thérapeutique rationnelle.

Division. Le favus est avant tout une affection du système pileux', mais l'épiderme lui appartient tout entier, lui et les différents tissus qui en dépendent. De là trois variétés suivant le siège ; i° le favus du système pileux: 2° le favus de l'épiderme proprement dit; 3"^ le favus des ongles.

La première variété, de beaucoup la plus importante, se divise elle-même en trois formes, que nous aurons à décrire séparément :

{° Le favus urcéolaire ou en godets [porrigo favosa), dans lequel les croûtes champignonneuses sont très- régulièrement déprimées en cupules;

2" Le favus scutiformc m nummulaire {porrigo scutulata), qui se présente sous l'aspect de plaques continues, légèrement saillantes et occupant quelquefois de larges surfaces ;

5° Le favus squarrheux [porrigo squarrhosa), dans lequel le parasite est disposé en monticules plus ou moins élevés, plus ou moins irréguliers.

Description du favus. Elle ne saurait être commune aux trois variétés de siège. Les considérations qui vont suivre s'appliqueront donc plus particulièrement au favus qui s'attaque au système pileux. Quelques lignes me suffi-

FAVUS. 281

ront ensuite pour faire connaître le favus épidermique et le favus ungucal.

1" Favus du système pileux. C'est le seul dont il ait été fait mention avant mes recherches sur les teignes. Les symptômes sont de deux ordres : les uns sont fournis par le parasite lui-même, envisagé dans ses caractères physiques, chimiques et organoleptiques ; les autres sont dus aux modifications organiques et fonctionnelles qui résultent de sa présence. Au nombre des symptômes fournis par le parasite se placent les caractères microscopiques.

Au point de vue de l'évolution, les symptômes se partagent en trois périodes très-inégales, qui correspondent à autant d'époques bien marquées dans le développement de l'achorion ; ce sont : 1» la période de germination; '■1" la période d'état ou d'accroissement ; 3'^ la période de déclin ou de cicatrisation.

La première période est caractérisée par les modifications organiques et fonctionnelles que le parasite, encore invisible, imprime à la peau et aux poils.

Dans la deuxième, le cryptogame se montre, et subit les phases de son développement plus ou moins régulier. 11 devient le phénomène dominant de la scène morbide.

La troisième commence à l'oblitération des conduits pilifères, et comprend tout le temps nécessaire à l'évolution des cicatrices. Le par.isite meurt, faute de nourriture, et fmit par disparaître, laissant comme trace de son passage une calvitie définitive.

Le favus du système pileux peut se présenter, comme je Lai dit, sous trois formes. La première, ou favus eu godets, doit être regardée connue un type dont les deux autres ne seraient que des déviations ; elle est la seule que l'on observe indistinctement sur toutes les parties du corps, tandis que les variétés scutiforme et squarrheuse ont un siège exclusif, le cuir chevelu. Nous verrons même que ces dernières ne se propagent sur le tronc et les membres qu'à la condition de dépouiller leur forme propre et de faire retour, en ()uelque sorte, vers la disposition urcéolaire. Aucune différence fondamentale, je le reconnais sans peine, ne saurait donc être établie entre ces trois variétés de la teigne faveuse ; mais au point de vue clinique ou nosographique, le seul qui nous intéresse en ce moment, cette distinction me paraît légitime et je dirai même nécessaire, car elle repose , non pas seulement sur des différences bien détinies et constantes dans l'aspect et la disposition des croûtes, mais encore sur des caractèi-es tires de la marche de l'affection et du degré d'influence exercée sur le système pileux.

A. Teigne faveuse urcéolaire [favus disséminé, favus isolé, tinea favosa, porrigo favosa, tinea liipinosa de Gui de Chauliac , tiriea ficosa d'Ambroise Paré). Le favus urcéolaire ou en godets a pour siège habituel le cuir chevelu, mais il peut aussi se montrer sur tous les points de la surface du corps où existent des poils. Cette dernière condition est absolue, indispensable ; elle ne souffre aucune exception : là où se développe un godet favique, on peut affirmer la présence d'un poil.

Le favus urcéolaire débute quelquefois par un seul point, et plus souvent par plusieurs points à la fois.

Période de germination. Le champignon est situé dans l'épaisseur de la capsule pileuse, entre les deux feuillets dont elle se compose. C'est là qu'il s'établit d'abord; c'est de là qu'il va s'étendre, d'un côté vers le bulbe, où le conduira la tunique capsulaire externe, et d'un autre côté vers la surface de la peau, où nous le verrons bientôt apparaître avec les caractères qui lui sont propres

(voir, pour les détails anatumiques, l'article Cheveux (anatomie du) de ce Dictionnaire).

Le parasite reste donc in\isible pendant le cours de cette première période; mais des phénomènes caractéristiques ne tardent pas à révéler sa présence.

Le prurit est habituellement le premier de ces phénomènes. D'abord léger et fugace, il devient ensuite plus vif et persistant, mais sans acquérir jamais le degré d'intensité qu'on lui trouve assez fréquemment dans la, teigne tonsurante. 11 est aussi plus franc, plus dégagé de toute autre sensation morbide ; quelquefois pourtant il s'y joint un sentiment de chaleur ou de cuisson.

En même temps ou à quelques jours d'intervalle, la région où se fait sentir le prurit se couvre d'une rougeur érythémateuse accompagnée d'une légère tuméfaction. Cette rougeur est tantôt ditfuse, tantôt de forme arrondie et nettement circonscrite. Cette dernière disposition, qui est la règle, est surtout apparente sur le tronc et les membres ; on observe alors de véritables anneaux érythémateux, comparables, à beaucoup d'égards, aux cercles herpétiques qui annoncent la germination du trichophyton, dont ils se distinguent cependant par leurs dimensions beaucoup plus restreintes et par la constante régularité de leur forme : double caractère qui suffit pour rendre toute confusion impossible.

Sur le cuir chevelu, l'érythème précurseur du favus peut échapper à un examen superficiel; aussi son existence v a-t-elle été contestée. C'est là une erreur dont j'ai fait depuis longtemps justice, et que personne assurément n'oserait soutenir aujourd'hui. La véri*é est qu'à la tète la rougeur est quelquefois difficile à apercevoir, en raison du développement qu'v présente le système pileux. Ainsi en est-il de l'érysipèle et de toutes les affections du cuir chevelu. Mais que ces éruptions viennent à se produire sur une tète préalablement dénudée, et elles s'y manifesteront par des caractères tout aussi accusés que sur les autres régions du corps ; or, c'est là une supposition que le hasard s'est chargé plus d'une fois de transformer en réalité, el j'ai cité notamment, dans mes Leçons sur les affections cutanées parasitaires, l'observation bien remarquable d'une jeune fille qui, affectée de teigne pelade, prit sur les genoux de l'épileur la, teigne tonsurante et eut la tète couverte de nombreux cercles herpétiques.

L'irritation produite par le parasite peut encore se traduire à la surface de la peau par d'autres phénomènes. Lorsqu'elle se porte plus spécialement sur les papilles dermiques, elle provoque une production exagérée d'épiderme, et la peau, sur les points malades, se recomre de débris squameux blanchâtres, quelquefois assez abondants pour masquer la rougeur de l'éiythème. Puis survient, mais seulement dans quelques circonstances, ime éruption pustuleuse discrète, limitée aux surfaces hyperéraiées. La plupart de ces pustules sont traversées par un poil à leur centre, et, dans ce cas, elles indiquent presque toujours le point précis oii les godets pai-aîtront. Quelquefois même elles ne sont pas tout à fait disparues quand le ciyptogame se montre. Il peut arriver enfin que le bouton favique se trouve à sa naissance entouré d'un cercle purulent complet. Tous ces faits sont aujourd'hui trop connus pour qu'il soit nécessaire d'insister sur leur signification ; mais ils nous font comprendre comment, à une époque qui n'est pas loin de nous, des observateurs de bonne foi ont pu confondre l'élément pustuleux et l'élément pai-asitaire, et considérer les incrustations jaimes du favus comme du pus desséché.

Tels sont les premiers effets de l'achorion sur le tissu même de la peau ; mais son influence se fiiit en même temps sentir sur les poils, qui perdent leur poli,

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leur brillant, deviennent ternes, secs, comme décolorés, et forment ainsi un contraste marqué avec les cheveux restés sains qui les environnent. Si on les arrache, on voit qu'ils n'offrent plus le même degré de résistance. Ces altérations primitives des poils sont évidemment dues au cryptogame que l'œil ne peut encore apercevoir, mais dont le microscope permet de distinguer les éléments sur le bouton et sur la racine. A cette-cause essentielle il faut sans doute ajouter l'action mécanique exercée par le champignon sur les glandes sébacées annexes et l'obstacle apporté à l'excrétion du fluide chargé de lubréfier le poil.

Deuxième période. État ou accroissement. Le champignon pai\iît donc à l'extérieur, et voici ce que l'on obsei^ve : à l'endroit où le poil sort de la peau se produit un petit soulèvement de l 'épidémie qui laisse apercevoir par transparence un ou plusieurs points jaunâtres, isolés, disposés circulairement autour de la tige pileuse ; le lendemain, ces points jaunes ont augmenté de volume, ils se sont multipliés, rencontrés, confondus, et bientôt ils ne forment plus qu'une seule concrétion creusée d'un enfoncement conique et traversée par im poil à son centre.

Tel est le godet faviquc à sa naissance. Il est d'aboid si petit que l'œil a besoin de la loupe pour en bien saisir les particularités de forme et de structure. Mais à peine s'est-il montré, qu'aussitôt on le voit grandir avec rapidité; sa circonférence s'étend dans tous les sens avec une i^égularité presque géométrique, ses bords s'épaississent et s'élèvent, la dépression centrale se creuse, et la petite cupule ainsi formée peut acquérir plus de 2 centimètres de diamètre et dépasser (le 10 à 15 millimètres le niveau tégumentaire.

Ce godet favique présente à considérer deux faces : l'une supérieure ou interne, concave et regardant le poil, l'autre inférieure, convexe et tournée vers la peau. La face supérieure ou concave a pour centre de figure le point où elle donne passage au poil; ce point est ordinairement marqué d'une petite tache brunâtre, comme écailleuse, formée de débris d'épiderme et peut-être aussi de matière sébacée concrète. Autour de la tache s'étend la dépression favique, tantôt parfaitement lisse comme la surface intérieure de la cupule d'un gland, tantôt rugueuse, inégale, hérissée de reliefs circulaires concentriques dont le nombre est en rapport avec l'âge du godet, et que j'ai comparés aux saillies également circulaires qu'offrent à l'extérieur les nids d'hirondelles. Ces couches représentent autant de périodes successives dans l'évolution du godet; les plus anciennes, situées au centre, sont d'un jaune pâle et quelquefois presque blanches; les autres ont une coloration d'autant plus foncée qu'elles se rapprochent davantage du rebord de la cupule. C'est à ce rebord, qui constitue la partie la plus élevée du système, que commence la face inférieure ou convexe du godet favique. Après un trajet de quelques millimètres, cette face rencontre sous un certain angle la surface delà peau et semble s'enfoncer dans l'épaisseur de cette membrane; aussi est-il nécessaire de l'en détacher avec soin pour acquérir une idée complète de sa forme et des connexions qu'elle présente avec les tissus sous-jacents. On voit très-bien alors la convexité de cette face profonde, qui forme comme une sorte de mamelon dans le point où elle correspond au follicule pileux. On voit de plus, du côté de la peau, une surface rouge, déprimée, nettement circonscrite et revêtue d'une membrane tellement fine que l'œil peut distinguer au-dessous d'elle les capillaires qui rampent à la superficie du derme : cette membrane n'est autre chose que la couche épidermique profonde dans laquelle se trouvait enchâssé le godet favique. Dans certains cas, lorsque les

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croûtes sont enlevées sans précaution, le feuillot dont je parle est arraché du même coup, et les surfaces qu'il recouvrait apparaissent granuleuses : c'est de là sans doute qu'est venu le nom de linea ficosa donné par quelques auteurs à la teigne faveuse.

J'ai montré l'achorion se développant, à sa période de germination, entre les deux feuillets épidcrmiques qui composent la capsule pileuse : les rapports se sont étendus, déplacés, mais sont restés les mêmes, et c'est également entre deux lames d'épiderme que nous le retrouvons sous la forme du godet favique. La lamelle profonde suit un trajet très-simple : partie de l'orifice du follicule, elle se porte aussitôt en dehors en formant une dépression légère pour recevoir la convexité du godet et reprend ensuite la direction générale des téguments du crâne. Tout autre est le trajet de la lame superficielle : partie également du bord de l'orifice, oii elle est interne par rapport à la précédente, elle s'écarte aussitôt de celle-ci pour s'engager dans l'espèce de canal que forme autour du poil la croûte parasitaire ; au sortir de ce canal, dont la longueur mesure 1 ou 2 millimètres à peine, elle se développe sur toute la concavité de la cupule, se replie sur son bord, puis descend sur sa face inférieure ou externe, qu'elle accompagne jusqu'à son point de rencontre avec le tégument ; là, elle retrouve le feuillet profond et reprend avec lui sa direction normale.

Le godet favique, lorsqu'il est intact, livre toujours passage à un poil qui en occupe assez exactement le centre, la partie la plus déprimée. Mais il peut arriver aussi que le même godet soit traversé par plusieurs de ces appendices, émanés le plus souvent de follicules voisins, et dont la direction au travers de la croûte favique a lieu dans un sens plus ou moins oblique. Ces derniers poils peuvent à la rigueur n'être pas malades, et quelquefois l'examen microscopique ne fait découvi-ir de spores ni dans leur épaisseur, ni sur leur racine, ni dans le follicule d'où ils naissent. Ce sont des poils qui se sont rencontrés par hasard sur la petite surface envahie par le cryptogame au milieu duquel on les rencontre.

Lorsque le godet favique a atteint de certaines dimensions dont les limites ont été indiquées plus haut, la membrane épidermique superficielle devient incapable de résister plus longtemps à la pression qu'elle supporte. Sa rupture peut se faire en différents lieux ; le plus ordinairement elle s'opère à quelques millimètres du point où la croûte est traversée par le poil, quelquefois aussi au niveau de la circonférence de la cupule. A partir de ce moment, le parasite se développe en liberté à la surface de la peau et n'offre plus dans son accroissement de forme régulière.

Cependant le poil s'altère chaque jour davantage ; les cheveux paraissent de plus en plus décolorés, atrophiés; leur diamètre varie dans les divers points de la tige. Ils sont flétris, d'une couleur terne, gris-souris ou cendrée; la plus légère traction suffit pour les faire tomber avec leur racine et leur bulbe, quand ils ne tombent pas d'eux-mêmes. Quelquefois aussi ils se cassent au niveau des croûtes, et leur racine demeure dans le follicule.

Le champignon est encore vivace ; les croûtes tombent et se reproduisent, occupant des surfaces de plus en plus étendues. En quelques points on peut trouver encore les godets caractéristiques ; mais presque partout ils sont déformés, méconnaissables et remplacés par de larges croûtes plus ou moins saillantes et inégales qui exhalent une odeur fade, repoussante, qui a quelque analogie avec l'odeur de souris, d'urine de chat, de moisissures, de matières animales en macération. On peut aussi la comparer, avec Alibert, à l'odeur des

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marécages. Cette odeur ne peut être confondue avec aucune autre, et, par exemple, celle que répandent les gourmes ou l'impétigo du cuir chevelu est tout à fait différente; aussi, dans les cas où le diagnostic différentiel entre la teigne faveuse et la pseudo-teigne offre quel(]ucs difficultés, il ne faut pas négliger les signes que peut fournir le sens de l'odorat, sans toutefois leur accorder une trop grande importance, l'odeur ne pouvant jamais constituer un signe pathognomonique .

Tel est, à la deuxième période, le favns urcéolaire dans sa forme type, alors que les conci'étions sont isolées et éloignées les unes des autres ; mais dans les conditions opposées, c'est-à-dire lorsque les godets sont nombreux et ramassés sur un petit espace, ils ne tardent pas à se rencontrer, dans leur développement excentrique ; la couche superficielle de l'épiderme se rompt prématurément, sur un ou plusieurs points, et la disposition ui-céolaire devient de plus en plus confuse ou finit même par se perdre à peu près complètement. On observe alors, sur une étendue plus ou moins considérable, une incrustation inégale, anfractueuse, très-adhérente, que l'on pourrait prendre pour une plaque de teigne sculiforme ou de teigne squarrlieuse. Cependant il est presque toujours possiblt^ de reconnaître, principalement sur le pourtour de la croûte, qucbjucs vestiges bien évidents de la disposition primitive. C'est une sous-variété de porrigo favosa, à laquelle j'ai donné le nom de faviis urcéolaire cohérent.

Une autre cause assez fréquente de la déformation prématurée des godets est le grattage, qui a pour premier effet de déchirer leur enveloppe d'épidcrme, et ensuite de les désagréger peu à peu ou même d'en détacher des fragments plus ou moins considérables. Lorsque le grattage est porté à ce point, il peut déterminer un suintement de quelques gouttelettes sanguines qui s'incorporent à la masse faveuse et lui donnent un aspect brunâtre. Il peut arriver aussi que, sous l'influeuce de causes diverses, l'irritation du cuir chevelu se traduise par des éruptions pustuleuses d'impétigo ou d'ectiiyma dont les croûtes, par leur mélange avec celles du favus, masquent plus ou moins complètement les caractères de ces dernières. Mais ces faits n'appartiennent à l'histoire du favus qu'à titre de complications, et ce n'est point ici le lieu d'en parler avec détails.

C'est ordinairement pendant le cours de cette deuxième période, après un temps qui varie de quelques mois à plusieurs années, que la teigne faveuse urcéolaire, jusque-là localisée au cuir chevelu, s'étend aux autres régions du corps, à la face, au tronc ou aux membres. Cette propagation du mal a lieu presque toujours par voie d'inoculation, et le principal agent au moyen duquel elle s'opère est le malade lui-même : c'est le teigneux qui, en grattant et lacérant avec ses ongles les croûtes faviques, transporte au loin et insère sous l'épiderme les éléments générateurs de nouvelles productions semblables. Il faut savoir pourtant que le favus urcéolaire peut se montrer primitivement sur tous les points de la surface cutanée (la paume des mains et la plante des pieds exceptées), et que, dans ces cas, il provient nécessairement d'une source étrangère à l'individu qui le porte.

Des godets faviques ont été observés sur tous les points de la face, sur le front, le nez, les sourcils, les joues, — et jusque dans les conduits auriculaires. — C'est à la face surtout que se développe, au pourtour des concrétions, cette variété de favus que je décrirai bientôt sous le nom de favus épidermique.

Sur le tronc et les membres, l'éruption cryptogamique occupe le dos, les épaules, les coudes, etc.; elle a une prédilection marquée pour le côté externe

286 FAVUS.

des membres, sans doute à cause du développement qu'y acquiert le système pileux. Elle apparaît presque toujours au centre d'anneaux érythémateux remarquables, comme je l'ai dit, par leur uniformité et leur très-petit diamètre. Les godets, généralement isolés, présentent au plus haut degré les caractères de forme et de coloration qui distinguent cette production morbide. Dans d'autres cas, ils se réunissent en plus ou moins grand nombre, et l'on a des plaques de favus urcéolaire cohérent. Ces plaques, dont l'étendue est variable, peuvent à leur tour se multiplier, s'étendre, se rencontrer et recouvrir ainsi des régions entières ou même la presque totalité du corps.

Aux parties sexuelles, le favus urcéolaire, la seule variété qu'on y rencontre, a présenté dans deux cas un exemple de localisation bien remarquable, je veux parler de la production sur le gland de godets faviques parfaitement caractérisés. Lebert, qui avait observé le premier fait de ce genre, en avait tiré cette conclusion qu'il n'y a pas de rapport nécessaire, indispensable, entre la forme urcéolaire et la présence d'un })oil. Mais un fait semblable s'étant offert plus tard à mon observation, je pus constater que le godet du gland ne faisait pas exception à la règle, et qu'il était, comme tous les godets, traversé par un poil à son centre.

Troisième période. Déclin et cicatrisation. Après un temps indéterminé, mais loiijoius long et ([ui se mesure par années, le favus entre dans sa période de déclin ou de terminaison. Les cheveux tombent pour ne plus renaître, les croûtes, devenues de plus en plus sèches, grises, pulvérulentes, semblables à du plâtre desséché, se détachent ou sont arrachées par les malades, laissant à découvert des surfaces rouges, déprimées, glabres, et sur lesquelles on ne trouve plus aucune trace bien apparente des orifices pileux. Ce dernici- caractère, ainsi quu l'alopécie persistante, appartiennent en propre à cette phase avancée de l'évolution favique. Jusqu'à ce moment, lorsque la tète avait été artificiellement débarrassée de ses croûtes, les orifices pileux étaient restés parfaitement visibles, et les cheveux ne tardaient guère à reparaître, plus ou moins clair-seniés, sans doute, et souvent fort altérés dans leurs propriétés physiques, mais du moins témoignant encore par leur présence d'une certaine vitalité du cuir chevelu. C'est qu'en effet les conditions étaient alors bien différentes. Le parasite, dans sa marche envahissante, n'avait pas atteint la papille pilifère, ou s'était borné à en dénaturer les produits, à les transformer en sa propre substance. De là les altérations des poils. Mais au bout d'un certain temps l'organe sécréteur est envahi à son tour : la papille devient le siège d'une inùtation obscure, elle s'atrophie, et, cette altération faisant des progrès incessants, un jour vient oià elle ne sécrète plus les éléments nécessaires à la formation du poil ; alors, ce deriîier tombe, et ne pouvant plus se reproduire, il y a calvitie délinitive. Alors aussi le follicule n'a plus de raison d'être, ses parois se rapprochent, se soudent, et sa cavité s'efface.

Quelquefois, et c'est là un fait sur lequel j'ai le premier appelé l'attention des observateurs, la papille pileuse n'est pas détruite, mais, par suite d'une altération spéciale, il ne se produit à sa surface que des cellules épidermiques ; le poil ne s'y développe plus. Dans ce cas, il n'y a pas oblitération du follicule dont l'orifice livre passage aux cellules épidermiques, comme il livrait passage au poil.

D'autres fois enfin, après la disparition du parasite, la papille peut sécréter encore les éléments du poil, et l'on voit des débris de cheveux qui rampent et semblent emprisonnés sous l'épiderme.

Le jour où la production pileuse est suspendue sur le bulbe papillaire, le

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champignon ne trouve plus les éléments nécessaires à sa subsistance, et il ne tarde pas à mourir. Il disparaît donc à la surface de la peau, laissante découvert les cicatrices qui se fonnenl, et sur lesquelles il ne saurait plus vivre. Les surfaces ainsi dénudées ont un aspect singulier et caractéristique. Le cuir chevelu y est luisant, lisse, mince, tendu, comme paj'cheminé, d'une teinte rouge d'abord, mais qui devient blanche comme du tissu de cicatrice. Dans certains cas, l'alopécie est complète, absolue ; dans d'autres, on constale çà et là (pielques cheveux grêles qui naissent de follicules échappés à la destruction.

B. Teigne payeuse scutiforme. Cette variété du favus pileux a été généralement confondue en France avec la teigne squarrheuse, et en Angleterre, sous le nom de ringworm, avec la teigne tonsurante. M. Hardy, dans l'excellent article publié tout récemment dans le Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, n'a pas cru devoir consacrera cette variété, non plus qu'à la forme squarrheuse, une description particulière. Je ne reviendrai pas sur les raisons, décisives selon moi, qui m'ont engagé à maintenir ces distinctions cliniques. L'exposition qui va suivre parlera plus haut qiu^ tons les raisonnements.

La teigne faveuse scutiforme ne se montre qu'au cuir chevelu, el jamais sur d'autres parties du corps. Son évolution peut être divisée également en trois périodes.

L'apparition extérieure du parasite est précédée, connue dans le favus urcéolaire, par du prurit, des éruptions ordinairement érythémaleuses, quelquefois pustuleuses, par une production abondanle d'épiderme, par des altérations des poils. Mais de notables différences se font déjà remarquer pendant le cours de cette première période.

Le prurit est souvent plus vif, plus incommode ((ue dans la forme précédente. L'érythème précurseur est plus apparent, plus rouge, d'une forme plus régulièrement arrondie ; il donne lieu à des taches plus larges, plus saillantes, sensibles à la pression du doigt, presque aussitôt recouvertes de débris furfuracés. La }U'oduction épidermique, souvent à peine marquée dans le favus en godets, devient ici un phénomène d'une réelle importance ; elle est à la fois plus abondante et d'une durée beaucoup plus longue; je l'ai vue persister six semaines avant l'apparition de la matière cryptogamique. Les poils sont entourés à leur base d'écaillés épidermiques blanchâtres, qui leur forment une gaîne adhérente, d'un aspect gommé, assez analogue à certains égards avec la gaîne trichophytique de la teigne tonsurante, et c'est de là sans doute qu'est venue l'erreur des Anglais qui ont confondu ces deux espèces de teignes. Cette production exagérée d'épiderme semble avoir pour résultat de retarder le moment où le parasite se montre, soit que son évolution soit en effet plus lente, soit que les éléments sporulaires se trouvent en quelque sorte subnrergés dans les premiers temps au milieu des cellules épithéliales. Cependant ces éléments se multiplient, se rassemblent, et l'on aperçoit plusieurs points jaunes qui soulèvent çà et là l'épiderme, et ne tardent pas à se réunir. Ce sont autant de petits godets dont il est impossible de distinguer la disposition et qui, très-voisins les uns des autres, se pi'essent et se déforment mutuellement dès les premiers instants de leur apparition.

A la seconde période, \eporrigo scutidata est constitué par des plaques jaunâtres, bien circonscrites, de forme nummulaire, à surface inégale, bosselée, traversée par des cheveux en plus ou moins grand nombre. Ces plaques restent généralement assez minces, surtout à leur centre, et paraissent conséquemmcnt un peu relevées sur leurs bords. Leur coloration jaune est assez souvent mas-

288 FAVUS.

quée par du sang dcsséclié qui les imprègne et leur communique une teinte brunâtre ou noirâtre.

Quelquefois le favus en écu consiste en une plaque unique, bien arrondie, localisée sur une région quelconque du cuir chevelu ; dans d'autres cas, on en compte un certain nombre apparues simultanément ou à des époques successives. Lorsque ces plaques sont très-niultipliécs, elles se réunissent et ne forment plus qu'une large concrétion qui occupe une grande partie ou même la presque totalité du cuir chevelu. Nous avons vu le même fait se produire dans le favus urcéolairc cohérent, mais les deux variétés restent profondément distinctes même dans cet état de généralisation. En effet, lorsque la croûte appartient au favus urcéolaire, elle présente toujours sur quelque point de sa surface des vestiges non équivoques de godets, et aucune ligne régulière n'en circonscrit les bords ; s'il s'agit, au contraire, du favus nummulaire, l'œil n'aperçoit de toutes parts que des inégalités sans forme, et l'on retrouve à la circonférence des arcs de cercles qui indi([iicnt l'évolution primitive par plaques circulaires. Ajoutons que l'incrustation est généralomont i)lus épaisse dans la forme urcéolairc, et qu'elle paraît s'enfoncer plus profondément dans la peau.

Enfin, l'altération des poils, quoique bien évidente, est moins prononcée dans le favus en écu qu'à la période correspondante du favus urcéolaire ; l'alopécie arrive moins vite, et quelquefois après plusieurs années seulement. Il semble que dans cette variété de la teigne faveuse le parasite perde en profondeur ce qu'il gagne en surface.

A la troisième période, les symptômes sont exactement les mêmes dans les deux variétés : chute définitive des croiàtes, mort du parasite, alopécie, oblitération des follicules pileux, cicatrisation. Peut-être cependant la marche est-elle plus lente dans le favus scutiforme.

Telle est la teigne faveuse scutulée étudiée en elle-même et dans ses rapports avec la teigne urcéolairc. Elle peut s'étendre du cuir chevelu aux autres parties du corps, mais sous la condition indiquée plus haut de revêtir la forme de godet favique. En 1858, dans mes Leçons sur les affections cutanées pamsiiaires, j'ai recherché quelles pouvaient être les raisons d'un fait aussi singulier, et, depuis cette époque, personne n'a, que je sache, infirmé ce que j'ai dit alors, ou tenté de produire une explication nouvelle.

Pour(juoi donc la teigne faveuse scutulée ne se montre-t-elle que sur le cuir chevelu, et pourquoi se transforme-t-elle en favus urcéolaire, lorsqu'elle se propage aux autres parties du corps ? C'est qu'apparemment elle rencontre sur le cuir chevelu des conditions que les autres régions ne sauraient lui présenter. Il n'est pas douteux, par exemple, que l'extrême abondance des- poils ne constitue une circonstance éminemment favorable à la production de la forme scutulée du favus. Maison voit de suite que cette conditionne saurait suffire, puisqu'elle se concilie dans un très-grand nombre de cas avec le développement de la forme urcéolaire. Il y a donc autre chose, il y a le mode suivant lequel s'opère l'ensemencement de la matière cryptogamique.

Je me suis longuement étendu, à propos du favus urcéolaire, sur le mode de formation du godet favique; j'ai montré que cette lésion si spéciale s'explique tout naturellement par la connaissance de l'anatomie du poil et le siège exact des spores cryptogamiques. Lorsque les spores tombent sur un follicule unique, le champignon revêt la forme d'une petite coupe, et la conserve jusqu'à la troisième période de la maladie. Si elles se fixent et se développent en même temps

FAVUS. 289

sur des poils isolés et plus ou moins distants les uns des autres, les choses se passent de la même façon, et, au lieu d'un godet, il y en a plusieurs. Dans ce dernier cas pourtant, si les godets sont assez rapprochés pour se rencontrer dans leur développement, ils se déforment mutuellement, et l'on a ie favusurcéolaire cohérent. Mais supposons que les spores, pour des raisons mal déterminées, atteignent à la fois un très-grand nombre de poils implantés sur un petit espace, elles auront sans doute la même tendance ?i se disposer d'une manière régulière autour de chaque poil, les godets pourront se former encore, mais à cause de leur rapprochement extrême, leur déformation, pai' suite de pressions réciproques, aura lieu de très-bonne heure, et quand le champignon deviendra visible à l'extérieur, il ne paraîtra rien de la forme urcéolaire.

Ainsi, pour résumer, on peut admettre que l'achorion de Schœnlein, champignon de la teigne faveuse, se développe toujours uniformément sur les poils qu'il a envahis ; la disposition en c»ipule paraît être la forme primitive sur les p'arties velues, forme qui persiste quand les poils sont indépendants, et qui, au contraire, si les poils sont très-rapprochés, s'altère dans la profondeur de la peau et ne peut être distinguée à l'époque où le cryptogame se montre. Dans le premier cas, la teigne faveuse est urcéolaire, c'est leporrigo favosa des auteurs; dans le deuxième, elle est scutiforme, c'est le porrigo scutulala.

Les différences de forme, dans la teigne faveuse, tiennent diinc uui(piement au développement du système pileux et au mode d'ensemencement du champignon. La première condition nous rend compte du siège spécial et exclusif de la variété scutulée sur le cuir chevelu, et la seconde nous fait comprendre pourquoi on peut également y rencontrer la forme urcéolaire. Nous avions donc le droit de dire que ces variétés existent bien eu réalité, qu'elles ne sont pas de simples modifications résultant de l'âge du parasite, comme le pense M. Hardy, et s'il était besoin d'une dernière preuve à l'appui d'une vérité aussi évidente, je la trouverais dans le fait bien remarquable de la transformation du favus scutiforme en favus urcéolaire, après unepremièi'e épilation de la tête.

C. TiiiGNE FAVEUSE SQUARr,HE0SE. Lcs considératious dans lesquelles je suis entré sur les précédentes variétés me dispenseront d'insister longuement sur la forme squarrheuse [■porrigo squarrhosa).

De même que \e porrigo scutulata, le porrigo squarrhosa ne se rencontre qu'au cuir chevelu, et débute par des groupes sur lesquels on ne trouve rien qui rappelle la forme urcéolaire. Cependant les deux variétés, scutulée et squarrheuse, offrent dans leurs caractères des différences bien tranchées : l'évolution extérieure du champignon ne se fait pas d'une manière aussi régulière dans le favus squarrheux; elle a lieu sur des surfaces allongées, inégales, et non plus circulaires. La matière favique semble se développer plus particulièrement sur la lige des poils, auxquels elle forme, dans une certaine étendue, des gaînes qui se réunissent et adhèrent assez fortement les unes aux autres. La membrane épidermique du poil ne reste plus en place, comme dans les variétés précédentes ; mais, détachée par la pression du pai'asite, elle glisse sur la racine et plus tard sur la tige, formant ainsi à cette dernière, avec la tunique interne de la capsule, une véritable gaine dans une étendue de un à plusieurs centimètres ; le cryptogame est, dans ce cas, en rapport immédiat avec la substance corticale du poil.

Dans son état de développement complet, le favus squarrheux se présente sous la forme de saillies irrégulières et quelquefois considérables qui s'élèvent sur le

UCT. ENC. 4' s, I. 19

290 FAVUS.

cuir chevelu comme autant de monticules séparés par des anfractuosités profondes. Nombreuses et ramassées sur de larges surfaces, ces éminences donnent à la tête un aspect montagneux que j'ai comparé aux cartes de géographie en relief qui représentent le sol de l'Ardèche. Cette disposition des croûtes semble avoir pour résultat de diminuer leur force de cohésion, d'altéier avant le temjis leurs caractères physiques ; elles perdent leur couleur jaune soufré, deviennent comme plâtreuses, très- friables, et la poussière qui se détache de leur surfac ese répand dans la chevelure dont elle augmente encore l'aspect terne et décoloré. La teigne squarrheuse offre alors une grande ressemblance avec l'impétigo granulata, ressemblance fort souvent accrue par la présence de poux que l'on voit s'agiter sous les croûtes.

Le siège spécial et la forme du favus squari'heux s'expliquent par les considérations invoquées plus haut à propos du favus scutiforme, et les différences qui le séparent de ce dernier doivent être attribuées principalement au mode suivant lequel la matière cryptogamique germe et se propage au sein du tissu cutané. Du reste, pour ce qui a trait aux autres symptômes, cette variété de favus rentre complètement dans la description générale que nous avons donnée de la forme urcéolaire.

2" Favus de répiderme proprement dit. Lorsque le favus du système pileux existe depuis un certain temps, ordinairement long, lorsqu'il s'est propagé du cuir chevelu aux autres parties du corps, il n'est pas rare d'observer, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, une sorte de furfmation jaunâtre assez analogue par l'apparence à une plaque de pityriasis ou d'eczéma en desquamation : c'est l'affection ([uc j'ai désignée sous le nom de favus épidermique.

Le développement de cette variété est généralement dû à l'inoculation de la matière parasitaire par les ongles du malade. On peut la rencontrer sur toutes les régions, mais elle est surtout fréquente à la face, dans le voisinage des godets faviques qu'elle entoure parfois d'une zone furfuracée plus ou moins étendue. Elle débute par une rougeur diffuse, accompagnée de démangeaisons légères, et se présente, dans sa période d'état, sous la forme de plaques irrégulières, dépourvues de saillie notable, indécises à leur contour, et recouvertes d'écaillés blanches striées de jaune. Rien, comme on le voit, dans ces caractères, qui distingue particulièrement et à première vue le favus pityriasique ; mais on sera mis sur la voie du diagnostic par la coexistence des plaques précitées avec d'autres formes du favus, et l'élude au microscope des furfures obtenues par le raclage montrera qu'elles se composent de spores cryptogamiques mêlées en grand nombre' à des cellules épidermiques.

L'affection dont je parle peut être produite artificiellement par l'insertion directe des éléments de l'achorion entre les deux lames de l'épiderme. Les elfets de l'opération se manifestent au bout de quinze à vingt jours, et disparaissent par des moyens très-simples, que nous indiquerons en temps et lieu, sans laisser aucune trace de leur passage. '

Le favus pityriasique existe vraisemblablement sur le cuir chevelu comme sur les autres parties du corps. On peut même supposer qu'il y accompagne le plus habituellement le favus du système pileux, et en particulier les formes sentulée et squarrheuse, et que, s'il échappe à l'observation, c'est qu'il se trouve alors comme absorbé et annihilé sous les productions que les variétés pileuses accumulent à la surface de la peau.

3° Favus de l'ongle. C'est la troisième localisation anatomique du favus.

FAVUS. i>91

Elle est, comme la précédente, mais d'mie manière plus directe encore, le produit de l'inoculation par le grattage. Aussi est-il rare de rencontrer des malades depuis longtemps atteints de la teigne faveuse chez lesquels on ne trouve pas d'altérations des ongles. Cette alfection avait pourtant échappé à l'attention des observateurs, et ce fut Mahon, qui l'avait lui-même contractée en soignant des teigneux, qui le premier en parla et la rapprocha du favus, mais sans s'expliquer sur sa véiitabie nature.

Les parcelles de champignon insérées sous l'ongle trouvent là, dans les cellules molles de la couche muqueuse, un terrain (jui leur convient à merveille, et s'y développent avec rapidité. Parmi les premiers phénomènes qui annoncent la germination de l'achorion, on doit signaler surtout l'épaississement de la lame cornée unguéale ; en même temps se dessine, par transparence, une matière sèche, jaunâtre. Mais bientôt l'ongle jaunit et se llétrit dans une partie de son étendue; les stries longitudinales deviennent plus apparentes, semblent s'écai'ter les unes des autres, quelquefois même les lamelles se brisent. Assez souvent des nodosités, des tubérosilés se forment, et dans ces divers points on observe un amincissement de plus en plus marqué, connue si l'ongle était graduellement usé par l'action du champignon sous-jacent. Après un temps ordinairement long, la perforation de lougle est complète.

CoMPLiCATioiss DU FAVUS. EUcs sout nouibrcuscs et diverses par leur nature. Tantôt ce sont des éruptions artificielles, le plus souvent pustuleuses, provoquées par la malpropreté, par la présence de pediciili , par l'application intempestive de pommades ou autres topiques plus ou moins irritants. Tantôt c'est une autre teigne, la tonsurante, par exemple, qui se développe en même temps et sur les mêmes points que la teigne faveuse, et qui, plus souvent encore, précède le favus, car, malgré l'assertion contraire de quelques auteurs, l'achorion et le trichophyton ne s'excluent en aucune façon. Eniin, dans un li'ès-iirand nombre de cas, ce sont des éruptions constitutionnelles, le plus ordinairement scrofuleuses, quelquefois arthritiques ou dartreuses, qui viennent compliquer l'affection parasitaire.

On doit également considérer comme des complications de la teigne faveuse les engorgements ganglionnaires chroniques dont elle est parfois accompa^rnée, et surtout la formation de ces abcès froids sous-cutanés que l'on a vus détruire toutes les parties molles péricràniennes et pénétrer jusqu'à la surface osseuse dénudée.

Toutes ces complications du lavus ont pour conséquence, à des degrés divei's, de retarder sa guérison , en empêchant l'emploi immédiat des moyens propres à détruire le parasite, et, à ce point de vue, elles ajoutent à la gravité du pronostic.

Marche. Durée. TERMiNAisoiss. J'ai divisé la marche du favus en trois périodes. Du prurit, des rougeurs diffuses ou en anneaux, quelquefois apparition de pustules discrètes, ou bien production plus ou moins abondante d'épiderme altérations déjà visibles des poils dans leurs qualités physiques, tels sont les phénomènes qui remplissent la première période. Sa durée, ordinairement courte, peut exceptionnellement se prolonger un mois, six semaines. Puis le champignon parait sous forme d'un petit point jaune qui va croissant et se multipliant, et il en résulte, selon les cas, après un laps de temps que l'on peut évaluer à quarante jours environ, soit de petites masses figurées en forme de coupes (favus en godets), soit des amas de matière jaunâtre qui se réunissent

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en plaques circiilaii'es, inégales, bosselées (favus en écu), soit enfin des éminences anfractueuses et sans configuration déterminée (favus squarrlieux). Ces trois variétés de (orme, une fois établies, restent distinctes et toujours reconnaissables. En même temps que le cuir chevelu s'est recouvert de ces productions étranges, les cheveux ont subi des altérations de plus en plus profondes, non-seulement dans leurs qualités physiques, mais dans leur texture intime ; puis, on les voit se raréfier de jour en jour. Cette seconde période a une durée toujours longue, et qui se mesure par années. Enfin, si le favus a été abandonné à sa marche naturelle , un moment arrive où cheveux et croûtes disparaissent à la fois sur le cuir chevelu, ou du moins sur toute l'étendue- des parties malades, et la peau reste nue, comme déprimée, rouge d'abord, puis blanche et lisse comme un tissu de cicatrice.

Certaines causes exercent sur la marche du favus une influence bien singulière; lorsqu'une maladie intercurrente, une fièvre typhoïde, pur exemple, survient pendant son cours, elle a généralement pour effet è .imoindrir ou même de faire disparaître plus ou moins conqilétement les manifestations parasitaires ; mais cette sorte d'occultation du favus est toujours momentanée, et cesse immédiatement avec la cause qui l'a produite. Ce genre d'influence a été également noté dans d'autres affections parasitaires, et en particulier dans la gale.

Le favus a une durée toujours longue ; neuf fois sur dix, il se piolonge indéfiniment, jusqu'à la destruction complète de la chevelure. Quelquefois pourtant il peut rester localisé sous forme de plaques circonscrites, sans s'étendre d'une manière sensible aux autres parties de la tète. Dans d'autres cas, au contraire, l'affection se généralise, et c'est alors qu'on voit, ou plutôt qu'on voyait se manifester les symptômes de la cachexie parasitaire. Sur les tableaux dressés par le docteur Colvis (thèse de Paris, 1860) , et sur lesquels l'âge de la maladie a été soigneusement noté, le début remonte généralement à plus de dix années, et dans plusieurs cas à 18, 19, '20 et même 25 ans. M. J. Bergeron, dans son Élude sur la géographie et la prophylaxie des teignes, constate que bon nombre des enfants qui viennent à l'hôpital pour y être traités de la teigne faveuse font remonter le début de leur maladie à huit ou dix ans, et que leur dire est parfaitement confirmé par l'existence d'une alopécie plus ou moins étendue. « Je ne puis, au reste, ajoute notre savant confrère, invoquer une meilleure preuve de la longue durée de la teigne faveuse abandonnée à elle-même que le chiffre considérable des exemptions pour causes d'alopécie, car tout le monde sait avec quelle lenteur elle se produit daris la teigne, et l'on comprend ce qu'il faut d'années pour faire de cette difformité une cause d'exemption. »

La possibilité de la guérison spontanée, j'entends de la guérison sans alopécie définitive, ne peut être révoquée en doute ; mais elle constitue un fait tellement rare, que ce serait folie de compter sur une semblable exception. ÎS'ous n'en sommes plus là aujourd'hui. Grâce à notre méthode de traitement, nous sommes en possession de guérir radicalement la teigne faveuse dans un espace de temps qui varie de quelques jours à cinq ou six semaines pour les cas ordinaires, et de deux à six mois pour les favus les plus invétérés.

Étiologie et pathogéme du favus. Les différentes hypothèses émises autrefois sur la nature et le siège du favus n'offrent plus aujourd'hui qu'un intérêt de curiosité. J'en dirai pourtant quelques mots, car il n'est jamais inutile de se rendre com[itc du chemin parcouru, et de montrer les erreurs par lesquelles

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l'esprit humain u dû passer avant d'arriver à la connaissance de la vérité.

Pour les anciens, le favus était une maladie spontanée, causée par un vice des humeurs. C'est ainsi que l'entendirent les Arabes et les Arabistes, et cette doctrine était encore professée par Alibert au commencement de ce siècle. Les modernes, s'arrêtant à l'appréciation des phénomènes organiques, ont attribué cette maladie : 1° à une inflammation simple ; 2" à une inllammation spécifique; 3° à une lésion de sécrétion. Relativement au siège analomique, presque toutes les parties constitutives de la peau ont été successivement mises en cause. La plupart des anciens le plaçaient dans lu peau elle-même, et excluaient les follicules pileux de toute participation à la maladie. Cette opinion a été celle de Lebert et Ch. Robin avant la publication de nos recherches en ISô^. Le favus a été localisé tour à iour dans le follicule pileux (Duncan, Luxmore, Uenderwood, Baudelocque et Rayer), dans le follicule sébacé (Sauvages, Murray, Mahon) ; dans les follicules sébacés annexes et le conduit pilifère tout ensemble (Letenneur et Cazenave) ; dans le tissu adipeux (Bayle) ; dans le réseau vasculaire (Crespellaui) ; dans le pigment, etc., etc.

Dans toutes ces théories , anciennes ou récentes, une part immense ('tait faite à la s})ontanéité morbide, à la cause interne. La découverte de Schœnleiu eut d'abord pour effet de détruire cette erreur capitale, en démontrant la nature végétale des incrustations faviques. Mais la question du siège anatomique restait dans l'ombre, et ne devait être définitivement résolue qu'en 1852, dans la brochure où j'exposai le résultat de mes Recherches sur la nature et le trailemait des teignes.

Causes du favus. Il y a unc cause efficiente, toujours la même, et des causes prédisposantes, variables selon les cas.

i° Cause efficieme. La véritable cause du favus, sa cause prochaine, connue on disait autrefois, c'est le végétal parasite désigné sous le nom d'Achoriou Schoenleinii. Ce parasite, nous le connaissons déjà, car nous l'avons rencontré sous forme de végétations croûteuses à la surh\ce de la peau , et décrit à ce point de vue parmi le symptômes les plus caractéristiques du favus. Il s'agit maintenant de l'étudier en lui-même et dans ses rapports avec les tissus qu'il affecte.

a. Description du parasite. Pour avoir de la matière favique pure, il faut la prendre sur des godets jeunes encoi'e et revêtus de leur enveloppe épidermique. Cette matière est parfaitement sèche, dure et cassante, d'un blanc jaunâtre assez pâle, et présente à la loupe une apparence spongieuse. Si on l'examine au microscope, sous un grossissement de 200 à 500 diamètres, après l'avoir préalablement délayée dans de l'eau tiède ou dans de l'acide acétique , on reconnaît qu'elle se compose de trois parties bien distinctes : 1° de spores ; 2" de tubes vides (mycélium) ; 5" de tubes chargés de sporules (sporidies).

Ce que l'on distingue en premier lieu, ce sont d'innombrables corpuscules répandus dans toute la masse qu'ils semblent constituer presque en totalité. Ces corpuscules sont les spores, ou organes reproducteurs. Leur volume est variable : les plus petits ont 0°"",003; les autres, 0""",007 et jusqu'à 0™'",01i. Sous un grossissement de 800 diamètres, les plus gros paraissent avoir deux enveloppes, et renferment une ou deux granulations de 0'"°',001 à 0""°,002. Leur forme ne varie pas moins que leur volume. Ils ne sont pas régulièrement sphériques, mais le plus souvent ovoïdes, quelquefois triangulaires ou même quadrilatères ; d'autres semblent comme étranglés dans leur milieu. Ces spores sont tantôt libres, isolées, ou bien réunies bout à bout connue les grains d'un chapelet.

Le mycélium, on appareil végélatif, est, un amas de tubes cylindriques ilexueux , simples ou raniiliôs , vides ou contenant rpielqiies i-ares granules moléculaires.

Enfin, d'autres tubes sont cliargés de sporules (réceptacles, tubes à spores, sporidies ou sporopliores). Ces tubes sont droits ou peu flexueux, rarement ramifiés, tantôt vides , ou bien renfermant dans leur intérieur de véritables petites spores qui leur donnent un aspect cloisonné.

La description qui précède ne laisse aucune doute sur la nature végétale de la substance qui compose les croûtes du favus. Aussi pourrions-nous conclure, sans aller plus loin , que ces croûtes ne sont ni du pus desséché , ni un produit de sécrétion folliculaire, mais qu'elles sont en totalilé constituées par un cryptogame de la tribu des torulacés , division des arthrospoi'és ; c'est l'Achorion Schœnleinu, le plus évident des champignons des teignes.

Cependant , comme l'évidence elle-même peut être contestée , et qu'on ne saurait accumuler trop de preuves autout d'une vérité aussi importante , je rappellerai que la luatière du favus , essayée par moi au moyen de réactifs chimiques, s'est distinguée de la manière la plus nette des sécrétions physiologiques ou morbides avec lesquelles on s'est efforcé de la confondre ; qu'elle n'est dissoute ni par l'alcool, ni par l'éther, ni par le chloroforme, comme la matière sébacée, ni par l'ammoniaque, qui ne fait que la blanchir légèrement, tandis qu'elle dissout le pus licpiide ou concret, en lui donnant un aspect blanchâtre cl lactescent ; que l'action de la potasse, de l'acide nitrique et de l'acide sulfurique, est également différente sur If s croûtes purulentes et la matière sébacée d'une part, et, d'autre part, sur le favus; qu'en un mot, la matière du favus se comporte à l'égard de ces derniers réactifs exactement comme font les moisissures, et que, par conséquent, les caractères chimiques suffiraient seuls à établir, si la chose était nécessaire, la nature végétale des productions faviques.

Enfin , un troisième ordre de preuves se tii'e de l'anatomie pathologique. Si les glandes sébacées annexes des poils sécrétaient la matière favique (et en quelle abondance, nous le savons), nul doute qu'on ne les trouvât hypertrophiées : or, il est aussi difficile de constater leur existence sur la tète des teigneux que sur celle des sujets sains. Si les favi dépendaient d'un état inflannnatoire simple ou spécifique, on y retrouverait les éléments ordinaires de rinflamniation : or, non-seulement ces cléments n'existent pas, mais les caractères anatomiques des favi n'offrent «aucim l'apport avec ceux des pustules.

b. Rapports de rachorion avec les tissus qu'il affecte. Lésions qu'il détermine. Après avoir décrit Vachorion Schœnleinii comme symptôme du favus, c'est-à-dire dans ses caractères cliniques, nous venons de l'étudier en lui-même, c'est-à-dire comme être organisé , et dans ce but nous avons soumis à l'examen microscopique une parcelle des végétations qu'il produit à la surface de la peau. Il nous reste à l'envisager au point de vue de son siège anatomique et des lésions qu'il détermine.

Un premier fait acquis est le suivant : sous quelque forme qu'elle se présente, la matière favique à sa naissance est toujours recouverte par un feuillet d'épiderme. Cette membrane reste intacte sur le godet jusqu'au moment où celui-ci se déforme, et rien n'est plus facile que d'en constater la présence à la loupe, ou même le plus souvent à l'œil nu.

Au centre du godet est un poil, plus ou moins altéré dans sa couleur et dans ses autres propriétés physiques. Arrachons ce poil avec précaution, et nous serons

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■d'abord frappés des dimensions insolites et de l'espèce de renflenienl (juc nous présentera sa capsule. La lésion n'est donc pas tout entière à la surface, mais elle se continue dans la profondeur de l'appareil folliculaire. En quoi consistc-l-elle? C'est le microscope qui va nous l'apprendre. En effet, si nous examinons le poil dont il s'agit sous un grossissement de 200 à oOO diamètres, nous retrouvons au milieu de son tissu, sur sa tige comme sur sa racine, ces mêmes corpuscules, ces mêmes tubes vides ou cbargés de sporules, dont les croîites faviqucs ne sont qu'une immense accumulation. La tige est infdlrée ça et là de spores, elle est tei-ne, les substances corticale et médullaire sont moins distinctes qu'à l'état normal, les fibres longitudinales paraissent plus grosses. Des altérations analogues se remarquent sur la portion intra-cutanée du poil, sur le bulbe, la souche et le prolongement radiculaii'c, qui sont parsemés de spores et de filaments tubuleux.

Les altérations de structure des poils varient d'ailleurs selon l'époque de la maladie. Celles que je viens de décrire correspondent plus particulièrement à la deuxième période de l'évolution favique, c'est-à-dire au moment où le cryptogame est en pleine efflorescence à la surface de la peau. Dans d'autres cas, qui appartiennent à la période de début, le parasite occupe surtout l'épaisseur de la capsule, mais quelques-uns de ses éléments peuvent déjà se rencontrer dans la substance du bulbe; parfois aussi la tige seule peut paraître affectée. Lorsque l'altération est, au contraire, portée à son comble, le poil est atrophié, décoloré, la capsule et le bouton manquent, les fibres longitudinales de la tige sont écartées et comme transformées en tubes ; dans leurs intervalles se voient des spores bien distinctes, et, sur les bords, des filaments tubuleux qui semblent sortir de l'épaisseur du cheveu.

En résumé, toutes les parties constituantes du cheveu , en y comprenant sa capsule, deviennent, à un moment donné, la proie tlu parasite du favus. Le bulbe finit par disparaître, non pas à cause de l'atrophie de la papille pilifère , mais miné par les progrès incessants du champignon qui absorbe et détruit successivement membranes capsulaires, bouton, souche et tige, et transforme en sa propre substance les globules pigmentaii^es au fur et à mesure qu'ils sont sécrétés, jusqu'à ce que les canaux excréteurs de la papille soient complètement oblitérés. Nous savons alors ce qui arrive : la production pileuse s'arrête, le poil tombe pour ne plus renaître, et le follicule, devenu inutile, s'oblitère et s'efface.

c. Nous connaissons le parasite de la teigne faveuse, nous savons qu'il vit et se développe dans l'épaisseur et aux dépens de l'épiderme ou des tissus qui en -dépendent, comme les poils et les ongles. Mais ce parasite, d'où vient-il? du dedans ou du dehors ? Je rejette absolument l'hypothèse qui tend à considérer l'achorion de Schœnlein comme engendré spontanément par l'organisme, d"abord parce qu'elle est dénuée de toute espèce de preuve, et ensuite parce qu'elle se trouve en contradiction formelle avec l'expérience, qui nous démontre chaque jour la puissance contagieuse du favus. La connaissance de ce fait est d'ailleurs presque aussi ancienne que l'histoire de la maladie elle-même, et la découverte de Schœnlein n'y a rien ajouté sous le rapport de la certitude. Le parasite vient donc du dehors. Il se transmet par voie de contagion. Mais comment s'opère cette contagion ? De <iuatre manières différentes: 1° par l'air; 2° par contact médiat; 3° par contact immédiat; 4° par inoculation.

La contagion par l'air est fréquente. On comprend qu'une partie des nombreuses spores, d'une ténuité extrême, qui recouvrent la tête d'un teigneux, puisse être ■empoitée par un léger mouvement dans l'air et déposée sur la tête d'un frère ou

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d'un camarade. « Elles sont (les spores), dit M. Robin, une des nombreuses espèces de corpuscules qui flottent dans l'air et constituent la poussière que transporte l'air agité ou qui se dépose lorsqu'il est en repos. » J'ai, du reste, démontré la possibilité de ce mode de contagion par une expérience qui ne laisse aucune prise au doute.

La contagion par contact médiat est le cas le plus ordinaire. Elle a lieu par l'intermédiaire des vêtements, étoffes, coiffures, ou bien d'objets de toilette, tels que peignes, brosses, etc.

Le contact immédiat se produit par le baiser, par la cohabitation et le coucher en commun; chez les enfants, les jeux, les luttes corps à corps en sont des occasions incessamment renouvelées. Le plus souvent, le principe contagieux est transmis d'un individu à un autre ; quelquefois c'est sur le même individu, d'une partie du corps à une autre partie ; le favus épidermique et le favus unguéal nous en offrent des exemples.

Enfin, la contagion peut être le résultat de l'inoculation. L'inoculation est involontaire et accidentelle lorsqu'elle est le résultat des grattages exercés par le teigneux lui-mêine. Elle est volontaire et artificielle lorsqu'elle est pratiquée à l'aide de la lancette dans ua but expérimental. L'inoculation artificielle réussit toujours, mais neuf fois sur dix c'est du favus épidermique qui se développe ; c'est que, pour obtenir du favus pileux, il faut atteindre avec la pointe de la lancette le conduit pilifère, et y déposer quelques corpuscules sporulaires : or une telle condition serait impossible à remplir, si le hasard ne venait en aide à l'expérimentateur. Sur trois observations relatées dans nos Leçons sur les affections cutanées parasitaires, M. Deffis a obtenu deux fois du favus épidermique, et, dans le troisième cas, un godet très-bien formé , traversé par un poil à son centre. Des tentatives du même genre ont été renouvelées à diverses époques par Bennet, Ilebra, Yogel, Kobner, etc., et le résultat a été celui que nous avions annoncé. Le plus souvent, le champignon inoculé meurt et disparaît après une courte durée ; mais quelquefois aussi il peut se développer, et il faut que l'art intervienne pour en arrêter les progrès. L'avortement du cryptogame dépend sans doute de conditions locales, d'un défaut d'aptitude, ou de ces deux causes réunies.

Pour que le favus pileux se développe , il est donc nécessaire qu'une ou plusieurs spoi'es aient été introduites dans le canal pilifère. Mais que se passe-t-il ensuite? Commentées spores, d'abord extérieures à la capsule, pourront-elles pénétrer entre les deux lames épidermiques qui la composent, condition indispensable pour leur germination ? Le mécanisme de cette pénétration a été parfaitement décrit par M. Robin. D'après cette théorie , l'organisme pénétrant est envisagé comme agissant par sa seule présence, de manière à empêcher la rénovation moléculaire de la partie contre laquelle il est appliqué , tandis que la substance organisée se reproduit sans cesse derrière le corps pénétrant ; de là un acheminement graduel qui ne dépend pas d'un phénomène d'irritation, produit par des angles ou des i^ugosités, et qui diffère ainsi de la pénétration par déchirure ou par tout autre procédé mécanique.

Une fois parvenu entre les deux feuillets capsulaires, qui ne sont autre chose, comme on sait, qu'une dépendance de l'épiderme , le corpuscule spoi'ulaire se trouve placé dans un terrain qui lui convient à merveille ; il y prend donc aussitôt racine, si je puis ainsi dire, et le travail de reproduction commence. Après s'être multiplié pendant quelque temps entre les deux feuillets en question, le parasite s'étend dans tous les sens : en bas , en haut , en dedans, en dehors ; les spores

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oblitèrent graduellement, à mesure qu'elles deviennent plus nombreuses , le canal ypidermique, et appliquent la tunique capsulaire interne contre lagaînedu poil. Parvenues à la hauteur de l'orifice du follicule, elles soulèvent sur un certain nombre de points la couche épithéliale qui en borde le contour ; de là, autour de la tige du poil, un petit relief circulaire jaunâtre, premier linéament du godet. Mais cette couche épithéliale , continuation directe de la tunique capsulaire interne, subit précisément en ce point un brusque changement de direction et s'infléchit à angle droit pour devenir partie constituante des téguments crâniens ; elle offrira donc, au champignon qui germe, une résistance d'autant moindre qu'on s'éloignera davantage du poil central, et les spores iront croissant et s'étageant de dedans en dehors ; de là résulte la forme en cupule des croûtes faviques, comme il est facile de s'en rendre compte sur les figures où l'on voit les poils représentés avec leurs enveloppes. La disposition urcéolaire n'est donc qu'une conséquence des conditions anatomiques au milieu desquelles se développe le parasite, et cela est si vrai, que le plus léger changement apporté dans ces conditions suffit aussitôt pour troubler, ou même pour empêcher complètement la formation du godet favique.

Le favus n'est pas une maladie particulière à l'espèce humaine. On l'a également rencontré sur les animaux, et des faits dont le nondjre s'accroît de jour en jour prouvent surabondamment la possibilité de sa transmission des animaux à l'homme, et vice versa. Le premier fait de ce genre, aujourd'hui cité partout, a été consigné par M. Pouquet, sous forme de note, dans la deuxième édition de mon ouvrage sur les affections cutanées parasitaires. Il est dû à un jeune médecin américain, M. le docteur Draper, qui voulut bien en connnuniquer l'observation à M. Pouquet, en y joignant quelques fragments de croûtes pris sur les animaux malades. Voici du reste cette observation dans ses circonstances essentielles. Quelques souris prises au piège sont trouvées atteintes d'une affection singulière, située à la tète et aux membres antérieui's et caractérisée par des croûtes jaunâtres, de forme circulaire, saillantes, déprimées manifestement à leur centre, etc. Ces souris sont données à un chat, qui offre quelque temps après, au-dessus de l'oeil, une croûte semblable à celle que portaient les souris. Plus tard, deux jeunes enfants de la maison, qui jouaient avec le chat, sont successivement affectés de la même maladie : des croûtes jaunes, circulaires, se montrent à l'épaule, à la face, à la cuisse. Le médecin appelé reconnaît le porrigo favosa. — Quant aux croûtes envoyées par )I. Draper, et que M. Pouquet me remit, je pus m'assurer par l'examen que j'en fis moi-même qu'elles étaient bien en effet constituées par l'achorion Schœnleinii.

Voici donc un cas bien positif de transmission du favus par voie de contact immédiat de la souris au chat, et du chat à l'homme. La contagion peut également s'opérer du rat à l'homme, sanspasser par le chat, mais par voie de contact médiat, c'est-à-dire par l'intermédiaire de vêtements maculés par le passage d'un rat malade. — Des faits analogues ont été cités par le docteur Andersen. — Dans l'un d'eux, il s'agit d'un chien qui portait sur une des pattes de devant une croûte dont la nature favique fut démontrée par le microscope. Or, dans la maison existaient un grand nombre de souris auxquelles ce chien faisait une guerre acharnée, et, quelques-uns de ces rongeurs ayant été pris, on reconnut qu'ils étaient atteints de la même maladie. Dans une autre observation, on trouve que toute une famille, père, mère, et trois enfants, prit le favus d'un chat., qui lui-même le tenait probablement de souris qu'on l'avait chargé de détruire. Enfin,

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un troisième fait relaté par le même observateur nous i'ournirait un exemple do favus transmis directement de la souris à l'homme ; nous y voyons, en effet, l'éruption fuvique se manifester sur une petite lille qui avait touché à des souris prises au piège, et qui communiqua le même mal à presque tous les autres membres de sa famille. Quelques jours plus tard, cinq souris ayant été prises, le docteur Anderson constata que deux d'entre elles étaient atteintes de favus, l'une sur le dos, près de la queue, où existait une croûte en godet, l'autre sur les pai'ties latérales de la tète el les oreilles.

Parmi les animaux susceptibles de contracter le favus, nous pouvons donc compter d'abord le rat, le chien et le chat ; on a même reconnu que, chez eux comme chez nous, l'inoculation artificielle est constamment suivie de succès. Or, de toutes les espèces animales, il n'en est peut-être pas qui aient avec l'homme des relations plus fréquentes et plus intimes, quoique diversement appréciées. Ainsi s'expliquent, sans aucun doute, bon nondjrede cas de favus dont la source, demeurée inconnue, avait fait ci'oire au développement spontané de la maladie. ■On a également constaté l'existence du favus sur le lapin et le cochon d'Inde. Enfin, selon MuUer et Gcrlach, cette affection pourrait atteindre jusqu'à des gallinacés, tels que coqs, poules, etc., mais cette dernière assertion aurait besoin d'être appuyée sur des preuves irrécusables.

On s'est demandé si le favus ne nous viendrait pas des animaux. La question est plus facile à i)oser (ju'à résoudre. M. Lailler, dans l'une des leçons qu'il consacra au favus, en 1875 {Gazette des hôpU., loco citato), semble incliner vers l'opinion qui placerait la source première de la contagion favique dans les animaux, par la raison, dit-il, que « le favus est spontané chez ces derniers, surtout chez les rongeurs, les souris, les lapins, etc. ». Mais qui ne voit que le fait iuvo(|ué ici en forme de preuve, à savoir, la génération spontanée du favus chez les animaux, est lui-même beaucoup plus obscur que la chose qu'il est destiné à prouver, et qu'il eût fallu commencer par l'établir sur des arguments irrésistibles. ï)v, je doute fort que M. Lailler y arrive. Quant à moi, je n'admets pas plus la spontanéité du favus chez les animaux que chez l'homme, si par ce mot spontané on entend le développement du cryptogame parasite sans germes préexistants.

2° Causes prédisposantes. Le lavus ne se développe pas indifféremment chez tous les sujets. Il est des conditions qui exposent plus particulièrement à la contagion, il en est d'autres sans lesquelles cette contagion elle-même reste stérile et sans portée. C'est à l'ensemble de ces conditions que l'on a donné le nom de causes prédisposantes. Elles peuvent être rapportées à trois ordres d'influences : a. physiologiques; b. hygiéniques; c. pathologiques.

a. Influences physiologiques. Il y a d'abord l'inlluence de l'âge. Le favus est mcontestablemcnt plus fréquent dans l'enfance qu'à toute autre époque de la vie. Tel est le fait. Mais quelle est la nature de cette influence? A-t-elle véritablement sa raison d'être dans une disposition organique particulière de l'enfance ? ou bien n'est-elle due qu'à des occasions plus fréquentes de contagion ? Je pense que ces deux causes agissent le plus souvent d'une manière simultanée. La teigne laveuse peut cependant se rencontrer aussi chez l'adulte et même chez le vieillard ; elle atteint rarement dans ces cas un haut degré de développement, à moins pourtant qu'elle ne remonte à l'adolescence ou à l'enlimce ; mais de pareils faits sont aujourd'hui du domaine de l'histoire.

Les sujets du sexe masculin sont plus exposés que ceux de l'autre sexe. à con-

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tracter la maladie, cl les différences d'habitudes fournisseat peut-être de ce fait une explication naturelle et très-simple. Les garçons se livrent à des jeux plus animés, ils luttent corps à corps, prennent les casquettes et les bonnets les uns des autres ; en un mot, les rapports médiats ou inmiédiats sont chez eux plus fréquents que chez les fdles ; aussi la contagion a-t-elle lieu plus souvent.

L'influence du tempérament m'a toujours paru fort conteslidjlc. La presque totalité des teigneux, dit M. Hardy, présentent les caractères du lempéiamcnt lymphatique. Mon expérience personnelle ne m'a rien montré de semblable. J"ai observé le favus avec toutes les variétés de tempérament, sans que l'une m'ait paru prédominer d'une manière sensible sur les autres. La seule influence que je reconnaisse à cette condition physiologique, c'est de déterminer le genre d'éruption provoquée par la présence du parasite.

J'en dirai autant de la constitution, dont l'influence a été singulièrement exagérée ; et si quelques teigneux sont en effet pâles, cliétifs, ce qui peut tenir à des causes très-diverses, la plupart sont forts, robustes, d'une excellente constitution.

b. Influences hy(iiéiii(j)tes. L"habilalion, le climat, les saisons, n'ont (ju'une importance Irès-secondairc ou tout à fait insignitiante. Il n'en est pas de même des localités. Dès le début de mes recherches sur les teignes, j'avais été frappé de ce fait, aujourd'hui généralement reconnu, que le favus est incomparablement plus fréquent dans les campagnes que dans les villes, tandis que pour la teigne tonsurante, c'est précisément le contraire qui a lieu. Les documents fournis à M. J. Bergeron par les médecins des départements ne laissent aucun doute sur ce point de la géographie des teignes. Les différences ne sont pas moins marquées selon les conditions sociales. L'herpès tonsurant se rencontre surtout chez les gens aisés ; le favus affecte de préterence la classe pauvre, et, dans cette classe même, sa fréquence semble augmenter en proportion du degré de misère. Cette atfection est donc bien, comme je l'ai dit ailleurs, la teigne des pauvres. Quant à l'explication du fait, elle se trouve peut-être, en grande partie du moins, dans l'absence des soins ordinaires de propreté ; en effet, qu'un enfant vienne à contracter la teigne, s'il appartient à des gens inattenlifs ou malpropres, le mal va se développer, s'étendie, etc., tandis que, dans les conditions opposées, le même mal sera aussitôt reconnu, dénoncé, traité et guéri. Il convient donc d'accorder une très-grande importance aux soins de toilette, au double point de vue de la prophylaxie et du traitement du favus. Tout le monde sait d'ailleurs que le meilleur moyen de se mettre à l'abri de la teigne dans un foyer de contagion, c'est de ne négliger aucun soin de propreté.

c. Influences pathologiques. La scrofule semble jouer à l'égard du favus le rôle de cause prédisposante ; aussi rien n'est-il plus fréquent que de voir les deux maladies mêler sur une même tête leurs manifestations. Toutes les cachexies favorisent le développement du favus, comme le prouvent ces croûtes faveuses qui surviennent dans les derniers temps de la vie, sur le tronc ou les membres, chez les malades atteints d'affections chroniques, et qu'on ne découvre qu'à l'amphithéâtre.

Un autre genre d'influence est celle que certaines maladies aiguës intercurrentes exercent sur la marche du favus ; nous en avons parlé plus haut.

Il y a enfin la prédisposition, et par ce mot j'entends un état particulier de l'organisme, indépendant des nombreuses conditions que je viens d'énumérer, et sans lequel toutes ces conditions réunies seraient impuissantes. Ainsi, qu'on

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inocule le favus à plusieurs sujets placés dans des condilions en apparence identiques, toujours l'inoculation réussira, mais tandis que chez les uns une guérison spontanée arrivera en peu de temps, on verra, chez les autres, le parasite se développer et la maladie durer jusqu'à ce que l'art intervienne. Comment donc expliquer des effets si différents, si l'on ne veut admettre cet état particulier de l'organisme que nous avons appelé l'aptitude ou la prédisposition?

Nature et classemejnt du favus. Le favus est une affection cutanée de cause externe, produite par un végétal parasite, Vachorion Schœnleinii. Ce parasite vit aux dépens de l'épiderme ou des tissus qui en dépendent, mais on le rencontre plus spécialement sur le système pileux : de là son siège habituel sur le cuir chevelu ; de là aussi la dénomination de teigne donnée à l'affection qu'il détermine.

A côté du favus se place une autre affection produite également par un parasite végétal doué de propriétés analogues à celles de l'achorion Schœnleinii : c'est la teigne tonsurante. Je laisse de côté la pelade, pour ne pas introduire dans notre sujet un élément de controverse qui nous entrauicrait trop loin, el que nous retrouAcrons d'ailleurs à l'article Pelade de ce Dictionnaire.

Les teignes faveuse et tonsurante présentent un grand nombre de caractères communs : pouvoir contagieux, communauté de siège anatomique, prédilection pour le cuir chevelu, altérations des poils, alopécie, etc. Elles répondent chacune à une espèce botanique différente : le favus à Vachorion Schœnleinii, champignon de la tribu des oïdiés, la teigne tonsurante ou tricJiophijton, de la tribu des torulacés.

Telles sont les idées généralement admises aujourd'hui, d'une paît, sur le favus, et d'autre part, sur le parasite qui l'engendre.

Mais il est une opinion qui ne tendrait à rien moins qu'à établir l'identité d'origine et de nature de tous les épiphytes qui croissent sur le corps de l'homme. Dans cette opinion, exprimée pour la première fois eu 1857 par le docteur Lowe, tous ces petits organismes ne seraient que des états successifs ou des transformations d'un proto-organisme unique, VaspergiUiis glaucus selon les uns, le pénicillium glaucmn suivant d'autres. L'achorion de Schœnlein représenterait le plus haut degré de développement du cryptogame primitif, dont le trichophyton et le microsporon ne seraient que des états ou des âges intermédiaires. Les teignes faveuse et tonsurante ne seraient donc au fond qu'une même maladie à manifestations multiples, effets variables d'une cause elle-même sujette à varier, mais toujours identique.

Rien de plus simple, assurément, mais aussi rien de plus difficile à prouver qu'une semblable théorie. La vérité est qu'elle ne soutient pas un seul instant l'examen. Ses partisans ont argué d'abord de la réelle analogie que présentent les tubes et les spores dans les diverses espèces de cryptogames, comme si des différences considérables pouvaient en effet exister entre des organismes d'une structure aussi simple et aussi nidimentaire ; on sait pourtant que ces différences sont assez marquées pour qu'il soit toujours possible de reconnaître chacun de ces parasites avec une entière certitude. J'ajouterai même que l'absence bien constatée de tout caractère propre à les distinguer prouverait bien moins leur identité de nature que notre impuissance et la faiblesse de nos moyens d'investigation. On a invoqué aussi l'influence modificatrice exercée par les milieux sur certains champignons, et en particulier sur ïaspergilhis glaneuse ; mais cette influence, loin de créer des espèces nouvelles, n'a jamais dépassé

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la limite qui sépare la variété de l'espèce, car il a été démontré par la culture que les variétés ainsi produites retournaient à la même forme primitive : ces faits restent donc en dehors de la question de la transmutation des espèces. La diversité de formes et de symptômes présentée par les maladies parasitaires était assez difficile à concilier avec l'hypothèse d'une origine unique ; elle s'explique, selon Tilbury Fox, par le siège du champignon qui occupe le fond du follicule pileux dans le favus, et la superficie de la peau dans la lonsurante et le pityriasis versicolor ; mais le médecin anglais néglige de nous apprendre quelle est la cause qui détermine, dans chaque cas particulier, le siège du parasite, et quelle est celle qui le retient ensuite confiné dans le lieu qu'il s'est choisi d'abord; or, en poussant l'hypothèse, on ne voit pas, par exemple, pourquoi le pityriasis versicolor ne se transformerait pas en Aivus par la migration du parasite vers le follicule pileux. TilburyFox se fonde encore sur la difficulté, quelquefois très-grande, de distinguer le favus du r'uicjtvorm ; mais pour apprécier cet argument à sa valeur, il nous suffira de rappeler que le ringvvorm des Anglais n'est pas autre chose, dans bien des cas, que la variété de favus décrite par nous sous le nom de scutlformc ; et d'ailleurs, on se demande comment la dilliculté d'établir le diagnostic de deux affections serait une preuve de leur identité de nature. Enfin, et ceci est plus grave, le médecin anglais invoque à l'appui de sa thèse des exemples de favus transmis par des malades atteints d'herpès ou de toute autre affection parasitaire, et quelques laits de favus s'étant transformé sur les malades en herpès tonsurant. Mais ces exemples trouvent cvideranient tout à la fois leur explication et leur réfutation dans le fait, invoqué tout à l'heure par Tilbury Fox lui-même, que la diagnostic différentiel du favus et du ringworm offre quelquefois de très-grandes difficultés; or tout porte à croire que ces difficultés étaient en effet très-grandes dans les faits cités par Fox et par Hebra, car ils ne peuvent être expliqués que par des erreurs de diagnostic; il est possible aussi, comme l'a Irès-bien remarqué M. Hardy, que les médecins en question aient eu affaire à des cas de coïncidence réelle, sur une même tête, de deux affections parasitaires, dont l'une seulement aurait été transmise, tandis que l'autre aurait été seule aperçue.

Il ne reste rien des raisons apportées par Tilbury Fox en faveur de la théorie qui tend à rattacher tous les parasites cryptogames à un organisme primitif dont ils ne seraient que des transformations. Indépendamment des difficultés qu'elle soulève au point de vue philosophique, cette hypothèse a contre elle l'expérience de chaque jour qui nous montre la permanence et l'invariabilité des espèces morbides parasitaires, soit qu'on les envisage dans leur durée souvent très-longue sur un même individu, soit qu'on cherche à les suivre dans la série indéfinie de leurs générations successives. Le favus reste favus, quoi qu'on fasse, et ne saurait transmettre que le favus, à quelque source que le germe en ait été puisé, et quelles que soit les conditions de terrain ou de milieu qu'il rencontre à sa naissance; seulement on verra l'achorion prospérer ou s'étioler selon que ces conditions seront favorables ou contraires. Et les mêmes choses peuvent être rigoureusement répétées à l'égard de la teigne tonsurante, ou, plus généralement, de toutes les affections cutanées parasitaires.

Pour terminer cette discussion déjà longue, je mentionnerai un article publié dans les Annales de dermatologie (tom. Yl, fasc. 5), par le docteur Charpy, sous ce titre : Histoire naturelle des végétaux parasites. Dans ce travail, qui consiste en quelques pages, l'auteur nous avertit que : « nous ne connaissons

rien ou presque rieu de lachorion, du trichoplntou ou du microsporon; que ces champignons font partie d'un cycle vital dont nous ignorons l'étendue ; que ce que nous appelons spores du lavus ne sont pas des spores, mais des cellulequi végètent, qui prolifèrent par division ou bourgeonnement.... que tout porte à croire que l'achorion et le trichophylon ont deux générations au moins, une génération asexuée où les spores naissent sans doute dans des réceptacles, et une génération sexuée où s'accomplit la fécondation nécessaire à toute existence durable.... ■ 11 était difficile, sije ne me trompe, d'accumuler sm- un sujet qui semble si simple un plus grand nombre d'hypothèses obscures ou d'affii-mations sans preuves ; et je refuse de suivre M. le docteur Charpy dans une voie où il me paraît qu'on ne peut que s'égarer sans profit pour la science.

Concluons : 1° que le genre achorion est parfaitement légitime et doit être maintenu ; 2° que les différences qui le séparent du trichophyton sont constantes et dépendent, non de circonstances sujettes à varier, mais de sa nature même; o" que les deux parasites se transmettent chacun selon son espèce ; 4" que les deux teignes que ces champignons produisent constituent deux espèces morbides absolument distinctes, indépendantes et autonomes, et que l'intervalle qui les sépare est resté et restera probablement toujours infranchissable.

Diagnostic du favcs. Le diagnostic du favus, facile dans les cas ordinaires, peut embarrasser parfois non-seulement les médecins étrangers aux connaissances dermatologiques, mais encore les spécialistes les plus expérimentés.

Exposons d'abord les caractères qui distinguent le favus considéré en luimême, ou le diagnostic spécial ; puis nous passerons en revue les ditïérentes affections (teignes et pseudo-teignes) qui peuvent le simuler jusqu'à un certain point. Nous aurons ainsi complété par le ilinrjnostic différentiel toute la séméiotique de la teigne faveuse.

1" Diagnostic spécial. Les incrustations faviques, les altérations des cheveux et l'examen microscopique fournissent les signes propres à établir ce diagnostic. Il faut aussi tenir compte des données fournies par le commémoratif.

a. Les signes tirés des croûtes sont relatifs à leurs caractèi"es phvsiques (séchei'esse, forme, couleur, épaisseur, odeur, etc.), et aux rapports quelles affectent avec les tissus sous-jacents (adhérence plus ou moins forte, état de la peau sous-jacente, etc.). Je n'ai pas à revenir sur ces caractères, qui nous sont actuellement connus. Lorsqu'ils sont bien dessinés, lorsque surtout ils se trouvent réunis dans un cas donné, le diagnostic du lavus n'est qu'une simple aifaire de constatation. Mais il est aussi des cas difficiles : les caractères ne sont pas toujours bien tranchés, et si, comme cela n'arrive que trop souvent, on donne trop d'importance à un seul caractère, on s'expose à commettre des erreurs. La couleur jaune-paille ne peut-elle pas appartenir à l'impétigo"? La sécheresse au pityriasis ? La circonscription des placards au psoriasis ou même à l'eczéma chronique? Quant à l'odeur de souris, tout le monde sait que les signes fournis par le sens de l'odorat sont souvent trompeurs : il faut se défier, a dit M. Lebert, de la séméiologie olfactive. C'est donc à l'ensemble des caractères donnés par les croûtes, et non à un caractère unique, qu'il faut s'attacher pour an-iver à établir un diagnostic exact.

b. Mais les signes fournis par les altérations des cheveux ont une importance plus grande encore, et suffisent généralement pour lever toute incertitude. Que sur une région de la tête couverte de rougeurs suspectes ou de croûtes à caractères mal définis en trouve des cheveux ternes, secs, manifestement modifiés

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dans leur couleur tlevenuc d'un gris cendré, et l'idée d'une leigne faveusc se présentera naturellement à l'esprit ; que ces cheveux, examinés de plus près, et au besoin à la loupe, apparaissent tortillés, bifurques, lanugineux, d'un volume inégal dans leurs différents points, parfois même cassés ou complètement déracinés ; que leur extraction se fasse avec facilité au moyen de la pince, et que l'on trouve sur un ou plusieurs d'entre eux une capsule hypertrophiée, d'un volume deux ou trois fois plus considérable que dans l'état normal, et ce qui n'était d'abord qu'une présomption va prendre successivement tous les caractères de l'évidence. L'hypertrophie de l'extrémité radiculaire du cheveu est un phénomène sur lequel j'ai, dans mes leçons, bien souvent appelé, d'un façon spéciale, l'attention de mes auditeurs ; je ne l'ai jamais rencontré dans les pseudo-teignes ; aussi constituc-t-il pour moi un signe d'une très-grande valeur dans le diagnostic du fa vus. Mais il faut savoir pourtant que ce phénomène n'existe pas à toutes les périodes de la maladie ; lorsque l'altération des poils est arrivée à sa dernière limite, ce que l'on constate au contraire, c'est l'absence complète du bouton et des membranes qui l'enveloppent ; or, cette absence même devient à son tour un signe qui emprunte aux circonstances qui l'accompagnent une importante signification.

Le teigneux se présente quelquefois au médecin quand les croûtes sont tombées, que leur chute ait été spontanée ou provoquée par les malades ou leurs parents, dans un but de propreté ou d'aniour-propre, peu importe : comment dans ce cas établir son jugement ? On manque des caractères fournis par les croules, cl quelquefois aussi les cheveux sont tombés ou ont été arrachés. Mais de nouveaux éléments de diagnostic sont alors fournis par les surfaces cutanées elles-mêmes sur lesquelles le parasite a laissé son' empreinte. Si la dénudation est récente, une observation attentive des parties affectées permet de découvrir la vraie nature du mal : sur les places, plus ou moins larges et arrondies, qu'occupaient les croules faviques, on trouve le cuir chevelu rouge, plus ou moins déprimé et comme exulcéré; mais ce n'est là qu'une fausse apparence, et en y regardant déplus près on s'aperçoit que le derme est recouvert d'une mince pellicule épidermique. Lorsque au contraire la dénudation est plus ancienne, lorsque avec le temps la rougeur s'est effacée, la dépression du cuir chevelu a diminué de jour en jour, lorsque la peau s'est élevée et a pris son niveau avec les téguments environnants, lorsque surtout, les bulbes n'ayant pas élé détruits, les cheveux ont repoussé et ne présentent pas à l'œil nu ou armé de la loupe des altérations notables, il est alors difficile de se prononcer sur l'existence antérieure d'une teigne favcuse. L'examen microscopicjue des cheveux évulsés par la pince peut seule résoudre la question dans des cas aussi embarrassants. Enfin, quand les bulbes des cheveux ont été détruits par les progrès du mal, il reste sur le cuir chevelu, à la place des incrustations faviques, des surfaces blanches, alopéciques, d'aspect cicatriciel, dei'niers vestiges, et ordinairement peu équivoques, laissés par le parasite du favus.

c. Le commémoratif fournira des données qui s'ajouteront parfois très-utilement à celles qui résultent des symptômes actuels de l'affection. Il nous permettra quelquefois de remonter à la source de la contagion; il nous fera connaître le mode de développement de la maladie à son début, la marche qu'elle a suivie jusqu'au moment où on l'observe, la disposition primitive des croûtes, leur forme, leur coloration, comment elles se sont étendues, propagées, etc. C'est enfin le commémoratif qui nous renseignera sur les traitements employés, sur la nature des modifications qu'ils ont pu faire subir à l'affection, soit en dénaturant ses caractères propres,

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soit en In coniplùiuant d'clcments artiliriels. Il va sans dire (juc, dans ce genre de recherches, le médecin devra constamment se tenii' en garde contre la mauvaise foi et le mensonge, faire la part des exagérations, de l'ignorance et des préjugés, et n'admettre les allégations des malades qu'autant qu'elles s'accorderont avec les résultats de son expérience personnelle.

d. Je viens de passer en revue les signes cliniques du favus, ceux que l'on peut constater au lit du malade. Ils suffisent généralement au diagnostic. Il est rare ({u'un observateur attentif et instruit ne découvre pas dans les caractères des croûtes, dans les altérations des poils, dans la physionomie de l'affection considérée dans son ensemble, dans les données fournies par le commémoratif, des éléments qui lui permettent de juger inuiiédialement la question. Mais la chose peut arriver cependant ; il est, comme je l'ai dit, des cas où l'expérience la plus consommée peut se trouver en défaut ; tout est vague, confus, incertain : il faut alors recourir à V examen microscopique. S'il s'agit véritablement d'un favus, on constate dans les croules comme sur les cheveux la présence des éléments bien connus de l'achorion Schœnleinii, et dès lors il ne reste plus qu'à appliquer le traitement qui convient à une telle affection. Nous ne reviendrons pas sur les détails microscopiques qui ont été donnés plus haut, dans la partie étiologique.

2° Diagnostic différentiel. Les autres espèces de teignes et les pseudo-teignes artificielles ou constitutionnelles peuvent simuler, jusqu'à un certain point, la teigne faveuse, et nous exposer à commettre des erreurs de diagnostic. Prenons donc chaque variété de teigne faveuse en particulier pour la mettre en regard des affections que l'on pourrait confondre avec elle.

Sous le rapport du siège anatomi({ue, le favus offre trois variétés : pileux, épidermique et unguéal. Le favus pileux se présente sous trois formes : favus urcéolaire, scutiforme, squarrheux.

Le favus urcéolaire discret, quel que soit son siège, sur le cuir chevelu ou sur le corps, est facile à reconnaître quand il est arrivé à sa période d'état. Le godet bien formé est un signe caractéristique : joint à la couleur soufrée, à l'odeur, à la saillie des croîites parfaitement délimitées, il fait reconnaître, à première vue, la teigne faveuse, et ne permet pas qu'on la confonde avec une autre affection. Si le favus urcéolaire n'est qu'à sa période de germination, l'érythème circiné, signe avant-coureur du godet, pourrait être confondu avec l'érythème circiné produit par la germination du trichophyton; mais, dans le premier cas, l'anneau érylhémateux est fort petit ; il est beaucoup plus large dans le second.

Le favus urcéolaire cohérent peut être confondu avec les pseudo-teignes artificielles ou constitutionnelles. Les éruptions artificielles sont l'eczéma et l'impétigo, qui se produisent par suite de lotions et de frictions irritantes employées dans un but thérapeutique, par des agents substitutifs, ou bien encore par les poux qui compliquent assez souvent la teigne faveuse. Les pseudo-teignes constitutionnelles sont le plus ordinairement des scrofulides bénignes, impétigineuses ou sébacées, ou plus rarement des scrofulides malignes (lupus érythémateux du cuir chevelu).

L'eczéma et l'impétigo, quel que soit leur siège et quelle que soit leur nature, sont à l'état de croûtes humides et suintantes, ou de croûtes sèches et comme plâtreuses ; dans l'un et l'autre cas, ces croûtes se distinguent des croûtes faviques par la couleur, l'odeur, la consistance, l'agglutination des cheveux, dont l'extraction cause plus de souffrance que dans le favus. Les cheveux eux-mêmes ne sont pas décolorés, cendrés, n'offrent pas de renflement capsulaire comme les cheveux extraits des croûtes faviques. Ajoutons que les pseudo-teignes sont presque toujours

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accompagnées d'un engorgement plus ou moins considérable des ganglions cervicaux. L'alopécie n'existe pas dans les pseudo-teignes artificielles ; et dans les scrofulides bénignes du cuir chevelu, dans l'acné sébacée surtout, les cheveux tombent irrégulièrement, mais non par places comme dans le fovus. Si les cheveux sont tombés, on peut encore, par l'examen attentif du cuir chevelu, distinguer le favus de la pseudo-teigne : dans le premier cas, il existe des places rouges, arrondies, ovalaires, déprimées, recouvertes d'un épiderme mince sous lequel on voit ramper les vaisseaux du derme ; dans le second cas, la rougeur est diffuse, superficielle, et occupe des surfaces variables d'étendue et de configuration.

Le lupus érythémateux du cuir chevelu n'est pas une affection rare. Il peut en imposer pour une alopécie causée par le favus, d'autant mieux qu'il se présente sous forme de plaques ovalaires, rougeâtres, à fond cicatriciel ; mais ce lupus n'a pas été précédé de croûtes ; il n'est accompagné d'aucune démangeaison ; le tissu cicatriciel est plus prononcé que dans les plaques faviques. Sur les plaques naissantes, non-seulement il n'y a pas de croûtes, mais les cheveux, à la simple vue, ou à l'examen microscopique, ne présentent pas les mêmes altérations que dans le favus.

Avec la plus légère attention, on ne confondra jamais l'alopécie lépreuse avec l'alopécie favique. Il est inutile d'insister sur ce point.

Les plaques dénudées d'un ancien favus peuvent être prises pour des plaques de pelade ; mais ces dernières n'ont pas été précédées de croûtes ; elles ne sont pas cicatricielles ; souvent on aperçoit à leur surface un enduit tomenteux ou un duvet très-fin.

Le favus scutiforme, à la première période qui dure quelquefois six semaines, peut être facilement confondu avec le pityriasis et surtout avec le psoriasis du cuir chevelu : dans les trois affections, la lésion est essentiellement constituée par une production exagérée d'épiderme ; et les placards épidermiques du favus en écu sont parfaitement circonscrits et parfois déprimés au centie comme dans le psoriasis. On évitera l'erreur, si l'on fait attention que, dans le pityriasis, les démangeaisons sont plus vives, les squames moins épaisses et composées de folioles qui se détachent avec la plus grande facilité, et que, dans le psoriasis, l'affection, qui est rarement limitée au cuir chevelu, a pour caractère des squames étagées, plus larges et plus adhérentes, d'une couleur blanchâtre, accompagnées parfois d'un reflet argentin, surtout quand elles anticipent sur le front. Notons enfin que le prurit est en général plus prononcé dans les affections squameuses du cuir chevelu que dans le favus scutiforme à son début. Dans tous les cas, l'erreur ne pourrait durer longtemps ; aussitôt que viendraient à se montrer les points jaunâtres de la plaque favique, l'hésitation disparaîtrait à l'instant même.

Le favus scutiforme peut aussi être confondu avec la teigne tonsurante. Pendant longtemps en Angleterre on ne faisait de ces deux affections qu'une seule et même espèce sous le nom de ringworm. Il importe de les distinguer. Souvent la coexistence avec la teigne tonsurante d'un herpès circiné sur la figure, le cou, les bras, le dos des mains, et particulièrement de la main droite, peut éclairer le diagnostic. Mais le signe le plus important se tire de l'extraction des poils, qui se brisent dans l'herpès tonsurant, qui se laissent arracher facilement et présentent des capsules renflées dans le favus.

Le favus squarrheux est la forme qui donne le plus souvent lieu à des erreurs de diagnostic. Très-souvent, en effet, on la confond avec l'impétigo granulata. Lesiéo-e est quelque peu différent : dans les cas ordinaires, l'impétigo granulata occupe la

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306' FAVOS.

réo^ion occipitale^ et coexiste avec des poux en plus ou moins grand nombre ; le favus squarrheux occupe indistinctement toutes les régions du cuir chevelu, et la complication d'insectes n'est pas aussi ordinaire que dans l'impëtigo. Les monticules faviques sont plus saillants,, plus adhérents, plus volumineux que les croûtes de l'impétigo. La matière qui les forme est généralement plus sèche, de cassure granuleuse, de couleur moins foncée. Les cheveux sont entourés d'une gaine blanchâ.re qui n'est autre que le canal épidermique refoulé sur la tige par la présence du parasite ; ils se laissent extraire avec plus de facilité. Enfin, dans les cas douteux, c'est au microscope qu'il laudrait recourir pour trancher la question du diagnostic.

Deux mots maintenant sur le diagnostic du favus épidermique et du favus unguéal. Rien n'est plus fiicile à reconnaître que le ta vus épidermique quand il débute par de petits anneaux érythémateux ou qu'il s'y joint un petit godet de iavus pileux; mais quand il se présente à l'observation sous forme de petites plaques rouges, ovalaires ou circulaires, couvertes de squames épidermiques, on pourrait le prendre facilement pour un pityriasis non parasitaire ; et les recherches microscopiques ne nous donnent souvent que des résultats nuls, ce qui se conçoit sans peine à cause du petit nombre de sporules en germination. Mais comme ce pityriasis parasitaire ne se montre qu'à la suite des inoculations faviques ou sur des sujets atteints depuis longtemps de favus et qui, par suite de grattages réitérés, ont répandu et inoculé partout avec les ongles de la matière favique, il en résulte que, dans de pareilles circonstances, le diagnostic ne saurait offrir la moindi'e difticulté. Et d'ailleurs, avec quelle espèce de pityriasis une telle affection pourraitelle être confondue ?

Le favus unguéal, par son évolution lente, l'absence de prurit, sa coloration jaune, sa coexistence avec un favus du cuir chevelu, sa date déjà ancienne, ne saurait en imposer pour un eczéma ou un psoriasis unguium.

Pronostic du favds. Il ne comporte pas de gravité. Assurément, le favus est une affection fâcheuse, incommode, pénible par elle-même et par le sentiment de répulsion qu'elle inspire ; mais aucun caractère de gravité ne samait être attaché à un mal dont la guérison radicale et certaine peut être obtenue en quelques septénaires dans les cas habituels, en quelques mois dans les cas les plus défavorables. Or, tel est le cas du favus depuis que nous avons inauguré notre méthode de traitement.

En regard de cette appréciation générale dont les termes ne seront contestés par personne, il m'a paru tout à la fois intéressant et instructif de placer le jugement porté sur la même affection par M. Cazenave en l'année 1850, c'est-à-dire deux ans avant la publication de nos Recherches sur la nature et le traitement des teignes.

« Le favus, dit M. Cazenave {Traité des maladies du cuir chevelu, 1850), est toujours une maladie grave, et par sa ténacité, et par l'influence générale quelle

exerce sur l'économie, et par les résultats locaux qu'il détermine Quelques

auteurs ont pensé que le favus pouvait guérir spontanément, sous l'influence, par exemple, d'un changement de régime ; Alibert cite un fait remarquable de ce genre. Pour moi, j'avoue que je n'ai rien rencontré, dans ma pratique, qui vienne à l'appui de cette proposition. Ordinairement, au contraire. \q favus est une maladie très-longue et très-difficile à guérir. »

L'auteur rejette l'idée de répercussion pour ce qui concerne le favus, et n'admet pas qu'il puisse être regardé, dans aucun cas, comme une maladie sa-

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lutaire ; puis il ajoute : « Ce qu'il est plus exact de dire, c'est que la persistance du favus peut produire les plus fâcheux effets sur la constitution. J'ai vu, pour ma part, un grand nombre d'enfants qui, placés sous cette influence désorganisatrice, restaient grêles et chétifs, avaient l'air de [)etits vieillards, etc. Mais, comme si ce n'était pas assez de cette dégradation pliysique, le développement moral était évidemment arrêté, l'intelligence arriérée ou même pervertie En dehors des effets généraux, constitutionnels, si je puis dire, de la

maladie faveuse, celle-ci a une influence toute locale qui ajoute bien évidemment à la gravité de son pronostic : je veux parler de l'alopécie définitive, irrémédiable, qu'elle entraîne après elle, de cette alopécie, plus ou moins étendue, qui est en effet au-dessus des ressources de l'art.

« En résumé, conclut M. Cazenave, le favus est, envisagé à tous les points de vue, une affection toujours grave. A h\ ténacité, qui se joue souvent de tous les efforts de la médecine, il joint le triste jtrivilége de ne disparaître (ju'cn laissant des mutilations iiréparables : il imprime aux malheureux qu'il alïécle un cachet tristement hideux , et la répulsion qu'ils inspirent déjà par leur aspect est augmentée encore par l'odeur souvent fétide qu'ils exhalent. »

Il n'y a rien à ajouter, comme on voit, aux sondjres couleurs de ce (aldeau.

Ainsi, affection très-grave, très-tenace, à peu près incurable, laissant à sa suite des mutilations irréparables, tel était le favus avant 18d0; affection sans aucune gravité, pouvant être guérie radicalement et sans laisser aucune trace, en quelques semaines ou quelques mois, tel est le fiwus depuis 1852. — De quel côté est la vérité? Elle est des deux côtés à la fois; seulement, dans un cas, il s'agit du favus abandonné à sa marche naturelle, ou, ce qui revient au même, traité par des moyens empiriques, sans donnée précise, et partant impuissants ; et il s'agit, dans le second cas, du favus combattu par des moyens rationnels, basés sur la connaissance de sa nature, et partant efficaces.

Certaines circonstances font varier le pronostic de la teigne feveuse. L'étendue et l'âge de la maladie exercent une influence incontestable. Il faut aussi tenir compte de sa forme, de son siège topographique et de son siège anatomique.

]j étendue de la maladie est surtout importante à connaître. Le traitement est d'autant plus facile et la guérison plus prompte que le fiivus est plus circonscrit. Le jugement sera donc plus sévère quand l'affection occupera toute la tète ou au moins la plus grande partie de cette région. Le favus généralisé du tronc et des membres n'ajoute pas sensiblement à la gravité du pronostic, car il disparaît aisément sous l'influence d'un traitement rationnel ; mais il est fâcheux en ce sens qu'il coexiste presque toujours avec des lésions anciennes et très-étendues du cuir chevelu.

L'âge de la maladie doit être considéré au double point de vue des lésions produites et de la facilite de la guérison. Le favus ancien peut avoir déterminé des destructions irrémédiables, circonstance évidemment fâcheuse; mais sa gué rison est pour le moins aussi rapide, toutes choses égales, que celle du favus dans les premiers temps de son évolution.

On a dit que le porrigo scutidata était la variété de teigne qui guérit le plus aisément : telle était du moins l'opinion de M. Cazenave. Les frères Mahon, au contraire, regardaient le porrigo scutidata comme une affection plus grave que le porrigo favosa. En réalité, les différences entre les trois variétés de favus sous le rapport du pronostic, sont presque insignifiantes ; tout au plus peut-on dire que le favus scutiforme, à cause de sa marche plus lente et de sa tendance

moins prononcée à la généralisation, est la variété la plus légère. Le traitement a toujours à peu près la même durée, et je n'ai point remarqué que telle forme fôt plus rebelle que telle autre.

Je n'ai rien à ajouter, relativement au siège topographique, à ce que j'en ai (lit plus haut.

Le favus de l'ongle entraîne la déformation ou même la destruction plus ou moins complète do cet organe. Son pronostic est en raison de l'importance qui peut être attachée à cette difformité.

Quant au favus de l'épiderme, c'est une affection si légère, qu'elle mérite à peine d'être mentionnée ici.

Traitement du favus. J'examinerai les moyens de traitement employés pour la curation du favus à deux époques de son histoire : avant et après 1852.

Première époque. Avant 1852, le traitement de la teigne faveuse ne présente qu'une longue suite de moyens appliqués empiriquement, quelquefois même sans but ni dessein marqué. Dans l'exposé qui va suivre, je m'attacherai surtout à faire ressortir, à propos de chaque pratique ou méthode de traitement, les appréciations ou les opinions exprimées dans les principaux écrits qui ont précédé la publication de nos propres recherches ; et, parmi ces écrits, j'accorderai une attention toute particulière aux quelques pages que M. Cazenave a consacrées au traitement du favus dans son Traité des maladies du cuir chevelu, paru en 1850.

Considérant la teigne faveuse comme une maladie spontanée, de cause interne, les anciens croyaient à la nécessité d'un traitement général. Les indications en étaient tirées, soit de la nature présumée de l'affection, soit des conditions d'âge, de tempérament ou de l'état des forces des malades. MM. Cazenave et Devergie pensent qu'en effet ces indications doivent primer toutes les autres. On a eu recours, chez les individus forts, vigoureux, aux évacuations sanguines générales ou locales, dans le but de modérer l'état congestionnel de la tête ; on s'est adressé aux purgatifs, qui, administrés de temps en temps, ne peuvent, dit M. Cazenave, que diminuer heureusement le travail d'hypersécrétion anormale qui se fait au cuir chevelu. D'autres, parmi lesquels il faut citer Alibert, ne voyant dans la teigne qu'un principe morbide à éliminer, se sont préoccupés avant tout de diriger vers d'autres voies le prétendu mouvement de dépuration que la nature cherchait à effectuer; et les purgatifs leur ont également paru propres à opérer cette dérivation. Du reste, conséquent avec ses idées, Alibert croyait aux dangers possibles de la répercussion du favus, et voulait qu'on procédât à sa guérison avec une sage lenteur et des moyens appropriés à un tel résultat. Recommandation qui peut sembler bizarre et pour le moins inutile à propos d'une maladie qu'on ne guérissait ni peu ni prou.

M. Cazenave acccordait, je le répète, une grande place aux moyens généraux dans le traitement du favus ; il les variait selon l'âge, la constitution, etc. 11 avait recours, chez les enfants, au sirop de Portai, au sirop antiscorbutique, etc.; plus tard, au vin de quinquina, etc.; quelquefois aux préparations arsenicales. Il cite à ce propos un cas de guérison remarquable obtenue à l'aide de la solution de Pearson chez un sujet affecté d'un favus presque général!!! L'épithète remarquable, que j'emprunte à l'auteur, me semble bien faible pour caractériser un cas aussi extraordinaire. Mais mon but n'est point ici de discuter les faits que j'expose, et je passe.

Les quelques lignes qui précèdent suffiront sans doute pour donner une idée

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de ce qu'on entendait autrefois par le traitement général du favus. La connaissance de la véritable cause de cette affection pouvait seule montrer l'inanité de semblables conceptions.

J'arrive au traitement local. Ici nous nous trouvons en présence d'une infinité de remèdes qu'il serait aussi fastidieux qu'inutile d'énumérer. En effet, on peut dire que tout a été essayé dans le traitement externe du favus. On a mis tour à tour à contribution les substances caustiques, acres ou narcotiques, les alcalis, les cantharides, l'arsenic, le mercure sous toutes les fojrmes. Duncan conseillait le sublimé appliqué en cataplasmes avec la mie de pain ; mais Alibert, qui l'a employé, ne reconnaît à ce moyen aucune efficacité. On a traité le favus par l'application directe de vésicatoires sur la partie malade. M. Cazenave a vu Biett obtenir des succès complets au moyen de frictions répétées avec la pommade Gondret ; mais ces moyens sont longs, dit-il, et ne réussissent pas toujours. Nous l'en croyons facilement sur parole. Le vésicatoire, le cautère, ont été proposés comme moyens de dérivation ; pratique, observe Alibert, que les empiriques seuls ont pu dédaigner, incapables qu'ils sont d'en apprécier le mode d'action. Enfin, pour triompher d'un mal aussi rebelle, et dont on voyait que la guérison était presque fataleuicnt suivie dune dénudation cicatricielle, on eut l'idée plus ou moins heureuse d'arriver brusquement à ce résultat par la cautérisation, c'est-à-dire par la destruction de l'organe et de la lésion tout ensemble. On comprend du reste qu'un semblable moyen ne pouvait guère s'appliquer qu'aux cas où le favus était circonscrit et de peu d'étendue.

De tout temps, on avait senti que l'un des principaux obstacles à la guérison des teignes résidait dans la présence du cheveu lui-même ; aussi les procédés de dépilation sont-ils presque aussi anciens que la médecine. J'ai parlé, dans l'historique, de l'emplâtre agglutinatif dont se servait Ambroise Paré pour obtenir l'avulsion des cheveux; on y faisait entrer une foule de substances, l'ellébore, l'orpiment, la poix, la litharge, le vitriol, l'alun, la chaux, etc. Cette combinaison a été modifiée de la manière suivante :

Vinaigre blanc 150

Farine de liomenl \

Poix noire l âa 22

Poix blanclie )

Le mélange est étendu sur une toile résistante que l'on découpe de telle façon qu'elle puisse s'appliquer exactement sur la tète. Après avoir préalablement ramolli et fait tomber les croûtes, et coupé les cheveux aussi près que possible de la peau, l'emplâtre était appliqué, et on le laissait séjourner et sécher pendant trois ou quatre jours ; puis on l'arrachait violemment et d'un seul coup, à contrepoil, et avec lui tous les cheveux qui s'étaient incorporés à sa substance. Et ces manœuvres étaient renouvelées jusqu'à l'avulsion totale de la chevelure.

Le procédé que je viens de décrire est connu sous le nom de la calotte. Il peut être appliqué sur toute la tète ou seulement sur une partie de la tète : de là la distinction de la calotte en général ou partielle. On lui a fait subir des modifications qui atténuent dans une certaine mesure les graves inconvénients qu'il présente : on recouvre la tète, ou plutôt les parties malades, de bandelettes de gomme ammoniaque qu'on laisse en place pendant plusieurs semaines ; puis ces bandelettes sont enlevées successivement en une ou plusieurs séances.

La calotte était, il y a quelques années encore, le moyen le plus répandu en France dans le traitement des teignes. C'était le seul employé à Lvon et dans

510 FAVUS.

(juplqups dô|)artoiiients, sous le patronage de religieuses (dames de Saint-Thomas) (jiiiy ont attaché leur nom. Et cependant c'est un moyen harhare, qui produit toujours des douleurs atroces et constitue un véritahle supplice pour les malades qui sontohligés de le subir plusieurs fois, car l'efficacit' du traitement par la calotte n'est rien moins que certaine. Signalons aussi les accidents qui peuvent résulter de l'emploi de cette méthode, accidents souvent graves et que l'on trouve consignés en bon nombre dans les annales de la science.

Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi ce moyen est à la fois si cruel et si incertain. Les cheveux sont arrachés en masse, et tirés, pour la plupart, dans des directions opposées à celles des capsules ; aussi se cassent-ils en grand nombre, et sur les poils cassés le champignon demeure et se développe pour reparaître bientôt à la surface de la peau. La calotte est donc un procédé d'épilation aussi imparfait que douloureux, et qui mérite d'être à tout jamais proscrit de la thérapeutique des teignes ; et je comprends dans la même proscription les bandelettes agglutinatives, car elles présentent, bien qu'atténués sans doute, tous les inconvénients de la calotte.

La calotte n'était pas le seul moyen de dépilation qu'eussent connu et pratiqué les anciens. Ambroise Paré, dans le passage même oij il préconise l'arrachement des cheveux en masse, dit que, si la teigne existe en un point circonscrit , il faut se sei'vir de la pincette. Samuel Plumbe parle aussi du traitement de la teigne par la pince. Enlin, s'il faut en croire J. Frank, ce procédé a été usité en Italie de temps immémorial.

Quelle était, sur la question de la calotte, ou plus généralement de l'épilation, l'opinion dominante dans les années qui ont précédé la publication de nos recherches ? Alibert regarde la calotte comme un traitement barbare et dont l'utilité lui semble fort contestable. 11 est vrai que de son tenrps, ce moyen était surtout entre les mains de médicastres ignorants, qui l'appliquaient indistinctement à toutes les affections alors réunies sous le nom de teignes. Quant à l'épilation par la pince, voici en quels termes en parle Alibert : « Que signifie la torture de l'épilation, pratiquée encore dans quelques lieux de l'Italie et de l'Angleterre? Ce genre de médication est tout aussi barbare que celui de la calotte. Arracher les cheveux un à un avec des pinces, et sur une surface plus ou moins étendue, ensanglanter la tête à chaque instant par la plus douloureuse des mutilations, est un acte odieux, qui rappelle le supplice de ces anciens mai"tyrs de la foi qu'on faisait mourir à petit feu [Monoyr. des dermat. , S*' édition, p. 520).

M. Gazenave rejette la calotte proprement dite, et ne semble pas fort enthousiaste à l'égard des bandelettes agglutinatives ; mais il incline visiblement vers des moyens d'un ordre tout différent. Parlant en effet de l'indication, très-importante selon lui, qui consiste à empêcher pendant un certain temps la présence et la sécrétion du poil, c'est dans l'emploi de pommades diverses, pommades à l'iodure de soufre, au sulfure de chaux, etc., qu'on le voit chercher le moyen d'y parvenir. C'est que M. Cazenave, il faut bien le dire, croit à l'action des agents épilatoires, c'est-à-dire capables d'ébranler le cheveu et d'en faciliter la chute. Aussi le traitement des frères Mahon, basé, du moins ils l'assurent, sur l'action de prétendues substances épilatoires, lui a-t-il paru réunir toutes les conditions désirables.

M. Devergie, dont l'ouvrage appartient en réalité, parles idées qu'il renferme, à l'époque dont je parle, bien qu'il lui soit postérieur en date (1854), M. De-

vergie partage l'opinion d'AIibert et de M. Cazenave sur la question de la calotte, et déclare avoir employé sans succès les bandelettes agglulinativcs. Quant à notre méthode de traitement, il regrette de n'avoir pas encore pu rassembler des données suffisantes pour en apprécier la valeur. Mais M. De vergie n'hésite pas à se prononcer en faveur de la méthode des frères Mahon, qui compte, dit-il, des succès nombreux, et dont l'expérience a sanctionné l'efficacité. De même que M. Cazenave, il croit Irès-sincèrement à l'action des agents épilatoires, bien que la formule, dit-il, en soit à peu près inconnue.

Voyons donc en quoi consiste au juste cette méthode des frères Mahon. Ils commencent par couper les cheveux assez courts; ils détachent ensuite les croûtes à l'aide de cataplasmes et lavent la tète à l'eau de savon. Puis, on fait tous les deux jours une onction avec une pommade épUatoire. Dans l'intervalle, on passe à plusieurs reprises un peigne fin dans les cheveux, qui se détachent sans douleur. Quinze jours écoulés, on saupoudre la tête avec une poudre épUatoire; le lendemain, on peigne les cheveux, et une nouvelle onction est faite avec la pommade. Après six semaines à deux mois, ou emploie une pommade plus forte, dont les applications sont répétées à des intervalles de plus en plus éloignés, concurremment avec l'usage de la poudre et du peigne.

Telle est la description que l'on a faite du procédé des frères Mahon. Mais ce qu'on ne dit pas, et ce qui a fait pourtant tout le succès de la méthode, c'est que les frères Mahon se servent en même temps des doigts et du peigne pour épiler leurs malades ; c'est qu'ils ne se font aucun scrupule de recourir à la pince, loi'sque leurs doigts sont insuffisants ; c'est qu'en un mot, habiles à exploiter leur secret, et n'y croyant pas eux-mêmes, tous les procédés leur semblent bons pour arracher les cheveux malades.

Quoi qu'il en soit, la méthode épilatoire des frères Mahon était la seule vraiment efficace dans le tiaitement du favus, à l'époque où nous avons entrepris nos lecherches. Elle avait, il faut bien le dire, un immense avantage sur la calotte et les autres moyens proposés jusque-là. On guérissait, sinon toujours, au moins dans un certain nombre de cas. « La durée du traitement, dit M. Devergie, varie enti'e six et dix-huit mois; le plus souvent, elle dépasse le premier terme, et parfois aussi le. second. » Si le favus était scutiforme, on voyait assez souvent le mal reparaître, même après \in traitement de plusieurs années.

Voici donc où nous en étions en 1852; pour la teigne comme pour la gale, l'empirisme avait devancé la science; il était temps que cette dernière reprît son l'ang.

Deuxième époque. Après 1852. A une thérapeutique empirique si souvent impuissante j'ai substitué une thérapeutique rationnelle, c'est-à-dire basée sur la connaissance de la nature du favus.

La cause, l'unique cause du favus, est un champignon : donc, pour guérir, il faut détruire ce champignon. Telle est la première indication fondamentale à remplir.

Une seconde indication consiste à combattre îes éruptions inflammatoires provoquées par le parasite.

Enfin, il importe de combattre, s'il y a lieu, les éruptions entretenues par un ■vice interne, et parfois aussi de modifier la constitution des teigneux.

Je n'insiste pas sur les deux dernières indications, qui sont généralement faciles à remplir. On attaquera les phénomènes inflammatoires par les antiphlo-

312 FAVUS.

gistiques, les résolutifs, etc. On prescrira l'application de cataplasmes émollients, de lotions, des frictions avec une préparation iodée ou avec la pommade de ciguë. Tel teigneux aura besoin de toniques, et on lui donnera du sirop de fer, du vin de quinquina ; pour tel autre, il faudra mettre en usage un traitement antisyphilitique, antiscrofuleux, antidartreux, etc.

Quant à la première indication, qui se rapporte plus directement à la teigne laveuse, son importance nous oblige à nous y arrêter beaucoup plus longtemps.

11 faut détruire le parasite, le détruire partout, et pour cela, il est nécessaire de savoir exactement où il se trouve. Or, nous avons dit et prouvé que le parasite pouvait siéger entre deux couches épidcrmiques, à la surface de la peau, sur les poils et dans le follicule pileux.

Pour faire disparaître le champignon situé, soit dans l'épaisseur de l'épiderme, soit à l'extérieur, les parasiticides suffiraient ; mais pour l'atteindre dans le follicule et sur la racine du poil, l'épilation associée aux parasiticides est indispensable.

Je me suis prononcé tout à l'heure sur la question des agents épilatoires sans donner les motifs qui ont déterminé ma conviction à cet égard. Cette conviction repose, non pas sur des raisons théoriques toujours faciles à contester, mais sur de nombreux essais que j'ai faits ou dirigés moi-même dans le but de m'éclairer sur ce point de thérapeutique. J'ai épilé des surfaces dont les unes avaient été longtemps frictionnées avec différents agents épilatoires, y compris ceux des frères Mahon, et dont les autres étaient restées vierges de toute application semblable; eh bien' il m'a été impossible de saisir la moindre différence : l'extraction des poils ne se faisait ni mieux ni plus facilement sur les unes que sur les autres. Je suis donc en droit d'afiirmer qu'il n'existe pas d'agents épilatoires, et que les préparations des frères Mahon ne possèdent, à ce point de vue, aucune propriété qui réponde à cette appellation. Les agents dissolvants les plus puissants peuvent détruire la partie libre des cheveux, le sulfhydrate de chaux, par exemple ; la partie intra-cutanée demeure toujours intacte.

11 faut donc épiler. Il existe pour l'extraction des poils trois procédés : 1" la calotte; 2" l'extraction avec les doigts; o" l'extraction avec la pince. Les deux premiers nous sont connus, et nous savons exactement ce qu'ils valent. Reste donc l'épilation par la pince.

L'épilation par la pince a sur les deux autres méthodes des avantages aujourd'hui incontestés. Elle cause, il est vrai, quelques douleurs aux malades; mais ces douleurs sont facilement supportables, et les patients en prennent assez vite leur parti. Si ce procédé exige plus de temps que celui de la calotte, l'extraction des poils est plus complète, mieux faite, dans une direction convenable, toutes conditions éminemment favorables au succès de l'opération. Il ne faut, d'ailleurs, guère plus de sept à huit heures à une main exercée pour épiler une tête entière, et, comme ce temps est partagé en trois, quati'e ou cinq séances, l'épilation est terminée le quatrième jour.

On sait que l'épilation à la pince se pratique avec un instrument spécial, qui n'est que la pince à disséquer modifiée dans ses extrémités libres.

Je n'entrerai pas dans les détails de cette petite opération qui, comme toute opération, exige une certaine habitude pour être pratiquée convenablement. On trouvera ces détails dans mes Leçons sur les affections cutanées parasitaires.

Les parasiticides auxquels je donne la préférence, dans le traitement dufavus, sont l'huile de cade, le sublimé et le turbith minéral; j'ai renoncé aux prépa-

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râlions de cuivre dont j'ai fait longtemps usage, pai'ce qu'elles produisent souvent des éruptions pustuleuses confluentes.

J'emploie l'huile de cade comme moyen préparatoire (je n'ai pas dit épilatoire) avant de procéder à l'extraction des poils. Une couche de cet agent est préalablement étendue sur les surfaces malades; l'huile de cade est un parasiticide qui fléti'it et quelquefois détruit la partie extérieure du champignon; elle éteint la sensibilité du cuir chevelu et exerce une action spéciale sur le bulbe pileux, qu'elle ramollit. L'épilation est donc ensuite plus facile et moins douloureuse.

Je me sers du sublimé sous forme de solution aqueuse au 500*, et je l'applique immédiatement après l'épilation pour que le liquide puisse pénétrer dans l'ouverlure encore béante des follicules. Ces lotions sont faites au moyen d'une brosse douce, d'une éponge ou de tampons de charpie.

Enfin, lorsque les deux agents qui précèdent me paraissent avoir donné tout ce qu'on peut en attendre, je les remplace par le tuibith minéral sous la forme de pommade. Voici la formule de cette ])iéparation :

Aitonge lî) grammes.

Huile d'amanile douce ) - o

Glycérine ] ixa ^

Turbith minéral 0,50 à 1 —

Et l'usage de cette pommade est continué jusqu'à la complète guérison de la maladie.

On peut également se servir d'une pommade à base de soufre, comme fait M. Hardy, ou bien de pommades au goudron, à l'huile de cade; mais le tuibith minéral est la substance à laquelle je donne la préférence.

En résumé, un favus quelconque étant donné, voici comment je procède :

Il faut d'abord nettoyer la tète, foire toml)er les croûtes, s'il y en a, et couper les cheveux à 2 ou o centimètres du cuir chevelu. xVussitôt on applique une couche d'huile de cade, qui détruit en partie le parasite à la surface de la peau, éteint dans une certaine mesure la sensibilité du cuir chevelu et facilite l'extraction des poils. Le lendemain, on épile, et l'opération exige ordinairement d'une à cinq séances, suivant l'étendue du mal et la sensibilité du sujet. Pendant l'épilation, on fait des applications de sublimé avec une brosse douce ; les mêmes lotions sont continuées matin et soir pendant deux ou trois jours après que l'épilation est terminée ; puis on les remplace par des onctions avec de la pommade au turbith jusqu'à la fin de la maladie. Ordinairement, une seule épilation est insuffisante ; il faut en pratiquer deux, trois et quelquefois davantage.

Telle est la méthode de traitement inaugurée par moi en 1852 pour la curation du favus. Depuis cette époque, bien des tentatives ont été faites pour y apporter des modifications. On a voulu se passer de l'épilation, et n'employer que les parasiticides ; puis, l'épilation étant reconnue indispensaijle, on a prétendu qu'elle suffisait pour guérir, et l'on a essayé de se passer des parasiticides : cette dernière opinion a été reprise et défendue tout récemment par M. Horand, chirurgien de l'Antiquaille, à Lyon, dans son discours d'installation. Mais l'expérience et le raisonnement ont fait justice de toutes ces tentatives : l'expérience en démontrant par les faits la supériorité effective de notre méthode, et le raisonnement en donnant la raison théorique de cette supériorité. L'épilation, comme je l'ai dit, a un double but : 1° enlever avec le poil le parasite qu'il renferme ; 2° rendre béante, par le fait de cette extraction, l'ouverture du follicule pileux. Rien ne peut remplacer cette opération indispensable. Mais tout n'est pas dit après l'évulsion du poil ;

une certaine quantité de matière cryptogamique reste encore dans la cavité folliculaire : d'où la nécessité évidente des agents parasiticides, seul moyen d'atteindre et de détruire l'acliorion dans celte dernière leti-aite.

Au point de vue pratique, j"ai dislmgué quatre cas différents dans le traitement de la teigne laveuse :

1° Favus universel répandu sur toute la tête et sur tout le corps. Tout à fait exceptionnels aujourd'hui, ces cas n'étaient pas rares il y a vingt-cinq ans. La mort en était la terminaison habituelle. Que faire en pareille circonstance? Nous le savons déjà en grande partie. On coupe les cheveux au niveau des croûtes, que l'on ramollit avec des cataplasmes et que l'on détache avec le peigne. Application d'imile de cade. Le lendemain, on commence l'épilation, toujours accompagnée de lotions de sublimé, et en quatre ou cinq jours l'opération est terminée.

En même temps on s"occu])c du favus du corps et du favus unguéal. Le malade prend ([uelques bains de sublimé, et, les croûtes détachées, on procède à l'épilation qui exige un temps considérable (ordinairement quinze à vingt jours). A mesure qu'on épile, on fait matin et soir sur les parties dénudées des applications de ponnnade au turbith.

Quant aux ongles affectés, on en détruit peu à peu avec la lime les couches superficielles, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la matière jaunâtre, champignonneuse, que l'on met à nu sur la plus grande étendue possible, pour la laver ensuite avec la solution de sublimé.

Au bout d'un mois, la rougeur, qui avait diminué peu à peu après l'épilation, reparaît sur les surl'aces malades, et le parasite ne tarde pas à s'y montrer de nouveau sous foi'me de godets. Cette réapparition de l'affection n'a généralement lieu qu'au cuir chevelu, et l'on remarque que les croûtes y sont moins larges ([u'auparavant, séparées par des intervalles plus considérables. Une deuxième épilation générale de la tête est donc nécessaire.

On attend encore un mois, six semaines ; et si quelques godets se montrent de nouveau, ils sont très-rares et ne nécessitent que des épilations partielles sur des surfaces peu étendues.

Après ces trois épilations (deux générales et une partielle) , la guérison est presque toujours assurée et sans danger de récidive) ; cependant il est bon de surveiller les parties malades pendant quelques jours, car il est possible qu'un ou deux godets paraissent encoi'e et nécessitent une quatrième opération.

2° Favu^ du cuir chevelu généralisé ou disséminé de telle sorte qu'un sixième à peine de la région a échappé à l'affection parasitaire. Connue dans le cas précédent, il faut pratiquer une première épilation générale de la tête, sans respecter les cheveux, sains en apparence, qui occupent le front, les tempes ou la nuque. Au bout d'un mois, six semaines, deuxième épilation, suivie, s'il est nécessaire, un mois après, d'épilation partielle.

3° Favus circonscrit ; cinq ou six plaques au plus sur le cuir chevelu. Il est inutile, dans ce cas, d'arraciier les cheveux sur toute la tète, l'épilation des parties malades est suffisante. Toutefois, il ne faut pas la borner aux surfaces couvertes de croûtes, car les cheveux qui entourent ces croûtes sont malades dans mi rayon variable, et il est nécessaire, pour guérir le sujet, de les extraire sans en laisser un seul. La limite que doit respecter la pince ne peut être fixée d'avance, mais l'épileur la reconnaît facilement à la résistance plus grande que les poils sains offrent à la traction de la pince et à la douleur plus vive que manifeste le malade. Il est rare qu'une seule épilation suffise.

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A" Faviis très-circonscrit. Deux ou trois godets seulement au cuir chevelu; favus primitif du corps. Ici la durée du Irailement de la teigne se réduit à quelques minutes. Il suffit de détacher les godets et d'arracher quel(|ues •cheveux ; on peut ensuite renvoyer les malades comme parfoitement guéris.

Pendant la convalescence de la teigne faveuse, il ne faut pas négliger les soins de propreté. Il y a souvent une desquamation du cuir chevelu ou une hypersécrétion sébacée qui nécessitent l'usage des lotions savonneuses. Peut-être serait-il prudent, pour consolider la gnérison, de se frotter la tête tous les quatre ou cinq jours avec la pommade au tuibitli.

Bazin.

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316 FEARN (les).

FAWDiXttTOX (Thomas). Gliirurgicn anglais d'un grand mérite, est né en 1795. Après avoir fait de bonnes études, il alla s'établir à Manchester, où il acquit de bonne heure réputation et clientèle. D'abord professeur d'anatomie à l'École d'anatomie et de médecine dans Marsden-Street, il fut attaché plus tard comme chirurgien au Lyinij-in Hospital et à la Royal Infirmary de Manchester, en 1836; enfin il fut nommé membre du Collège Royal des chirurgiens de Londres. Chirurgien habile, parfait homme d'honneur, il se fit aimer et par ses malades, et par ses confrères, qui souvent avaient recours à ses lumières ; il mourut le 21 mai 1845, âgé seulement de 48 ans, et emportant d'unanimes regrets.

Fawdington était non-seulement un excellent praticien , mais encore un savant et un chercheur; il est l'auteur de mémoires très-estimés et a laissé un musée d'anatomie pathologique très-riche, pour la formation duquel aucun sacrifice de temps ni d'argent ne lui fut de trop ; on y trouve les pièces les plus variées, mais il est surtout intéressant pour les nombreux spécimens se rapportant aux maladies des os et des membranes muqueuses qu'il renferme. Fawdington a publié un catalogue de ce musée, remarquable par le fini des dessins coloriés qui en représentent les diverses pièces et qui sont le plus souvent accompagnés d'une histoire succincte de la maladie.

Nous citerons de lui :

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FA TARD ou FAU. Nom du EètTe(voy. ce mot). Pl.

FAYE. {Voy. Lafaïe.)

FEARIV (Les).

Fearn (Richard-Lre). Né dans l'État d'Alabama (États-Unis d'Amérique), fit ses études médicales à Philadelphie où il fut reçu docteur en médecine le 6 avril 1827. Plus tard il s'établit à Mobile, publiant à des intervalles plus ou moins rapprochés des articles dans divers journaux américains. Nous citerons de lui :

I. Experiments and Observations on Tendons, an Inaug. Diss. Philadelpliia, 1827 ; publié également in Cliapman Philad. Journ. of Med. and Phijs. Sciences, t. XIV (t. Y), p. 80 ; 1827. — II. On renioving atmospheric Pressure in making minute Préparations. In 2sorth Americ. Med. and Surg. Journal, 1829. — III. Case in which Abortion was prevented. Ibid., t. XI, 1851. — IV. Topical Applications of Sidphate of Quinine. In iSew-Orleans Med. and Surg. Journal, 1846.

Fearn (Samuel-Wright). Né à Derby, était le neveu et l'élève de John Wright, chirurgien renommé. Après avoir fait d'excellentes études aux écoles de Londres, d'Edimbourg et de Dublin, il alla s'établir dans sa ville natale. Anatomiste accompli, chirurgien d'une habileté au-dessus de toute critique, il s'éleva rapidement à un rang tout à fait supérieur; il joignait à la science et à l'adresse professionnelle les qualités morales les plus distinguées, de sorte que l'on a pu dire de lui que ses collègues étaient ses admirateurs, et ses rivaux ses amis.

11 est le premier chirurgien qui lia la carotide et deux ans après la sousclavière sur le même sujet; il s'agissait d'un anévrysme du tronc artériel bra-

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chio-ccplialiquc ; mais la malade mourut de pleurésie quatre mois après la dernière opération. Le même procédé appliqué depuis à des cas analogues a malheureusement réussi très-rarement.

Comme membre du British médical Association, il prit pendant plusieurs années une part active aux travaux de cette association, principalement à la séance qui tut tenue en 1847 à Derby sous la présidence du docteur Hcygate; il fut même pendant quelque temps secrétaire de l'association pour le Derbyshire (Midland Branch). Il se démit de ces fonctions en 1855 à l'époque où il entra comme chirurgien honoraire à Derbyshire General In/irmary. 11 y succédait à Douglas Fox, qui avait été mis à la retraite sur sa demande. Il conserva cette charge jusqu'au printemps de l'année 1870.

Enfin, en été de la même année, il quitta toutes ses fonctions et il se rendit en Suisse, à Samaden, pour prendre le repos qui lui était nécessaire ; mais il ne put en jouir longtemps et il mourut dans cette localité, le 8 septembre 1870. On dit de Samuel-Wright Fearn qu'il fut un catholique convaincu (?).

Il a peu écrit ; nous pouvons cependant citer de lui plusieurs mémoires importants ;

I. Case of Aneurlsm of the Arteria innominata, andofthc Origin of Ihe subclavian Arlery, treated bij the Llgalure of the common Carotid. In The Lancet, t. II, 15 oct. I85(J; t. II, 25 aug., 22 sept, and 15 dec. 1838. — II. Case of Aneurisme of the Pubnonur Artery. In The Lancet, 1841. — III. Wouiid of the Internai Carotid Artery, and Division of the Par Vagiim, in which the common Carotid Artery ivas lied. In Prov. Mcd. and Surg. Journal, 8 sept. 1847. — IV. Succès full Employment of Chloroform in Puerpéral Convulsions. In Lond. Med. Gaz., t. XLl, p. 235; 1848. — V. On the Extraction of forcign Bodies from the Bronchi, with description of bronchial Scoop. In Prorinc. Mcd. Journ. 1832. — VI. Four Cases of Amputation at the Shoulder-joint. In British Med. Journ., t. I, p. 557; 18G8.

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