Yitellus de la Limnxa auricularia Draparnaud, atrivé
à la période d'achèvement de la segmentation du même vitelîus et adhérence par un pédicule conrt du premier globule polaire (a) à la pellicule mince (c) que soulève le globule polaire spécial {b).
II. Le même vitelîus divisé en quatre globes vitellins, dont deux seulement (e) sont visibles, la masse qu'ils forment étant observée de côté. Ces globes vitellins s'allongent (d) du côté des deux globules polaires. Même signification des lettres que plus haut.
12. l'rogrès de la gemmation de ces saillies conoïdes, puis de leur rétrécissement et de leur segmentation à la base en autant de petits globes vitellins distincts (d), opaques sur les Gastéropodes d'eau douce, et formant des cellules claires chez les autres Gastéropodes. Ces petits globes vitellins soulèvent la pellicule niince mentionnée plus haut ; elle passe de l'un à l'autre comme un pont (c) ; ils ont un noyau, qui manque dans les quatre premiers gros globes vitellins des Gastéropodes d'eau douce.
13. Aspect de la mince pellicule (r) soulevée d'abord par le globulo polaire spécial (b) et sous laquelle s'est opérée toute la segmentation ; elle est figurée telle qu'elle llolle chiffonnée dans la cavité de l'œuf après que l'embryon l'a chassée lorsqu'il a commencé son mouvement de giration à la suite du développement des cils vibratiles à la surface de certains points de son corps. Le premier globule polaire (a) reste adhérent à sa surface extérieure et le globule polaire spécial (b) dans sa cavité.
il se gonfle, devient plus large du tiers ou du quart environ, sa périplie'rie n'est plus nettement limitée ni dépassée par une mince couche de la substance visqueuse et teoace qui tient agglutinés les granules vitellins ; en même temps, ces derniers sont devenus un peu plus gros et un peu plus écartés, et quelques globules sarcodiques ont exsudé à la périphérie du vitellus. On voit néanmoins ^ sur ces œufs non fécondés deux globules polaires semblables à ceux qui se sont formés par gemmation ; mais il ne se sont pas réunis en un seul ; ils sont plus granuleux et quelquefois à contour un peu dentelé. Le dernier globule, réfractant plus fortement la lumière que les autres et soulevant une mince pellicule, ne s'est pas produit non plus que celle-ci'.
Chez les Ancyles, ces déformations du vitellus, durant ces phénomènes, sont plus prononcées encore que sur les Limnécs. Du reste, les globules polaires se produisent comme dans ces dernières, et aussi bien sur le vitellus placé directement dans l'eau et sorti de la membrane vitelline rompue que lorsque celle-ci est intacte.
Dans les mollusques, la série des phénomènes de production des globules polaires par gemmation de la substance hyaline tenace du vitellus cesse lorsqu'il s'en est individualisé deux, et rarement il s'en produit un troisième très-petit chez la L. stagnalis, tandis que chez la Limnœa auricularia, les ISephelis et sur les Glossiphonies, il en naît plus souvent trois que deux, parfois même quatre sur ces dernières.
De la réunion en un seul des divers globules polaires. Après l'achèvement des globules polaires, on voit qu'ils deviennent le siège d'une série de phénomènes qui n'ont pas plus encore été décrits que leur mode de production. Ces phénomènes durent de une à deux heures environ. Ils débutent et s'achèvent en général avant le commencement de la segmentation , et parfois même avant la formation du noyau vitellin ; mais sur quelques œufs ils commencent à peu près une heure ou deux plus tard, pendant la production de ce noyau, et s'achèvent pendant la segmentation du vitellus en deux, mais toujours avant la segmentation en quatre globes vitellins. Ils consistent en la réunion des deux ou trois et même quatre globules polaires en un seul, qui reste à côté de l'endjryon pendant toute la durée du développement, jusqu'à l'époque de l'éclo-
* Le seul globule polaire qu'ait vu Loven [loc. cit., 1848, p. 556) et qu'il considère comme étant la tache germinative qui sortirait du vitellus par suite des mouvements propres de celui-ci, et qui resterait pédonculée à sa surface par suite de l'extensibilité de la membrane vitelline, pourrait bien être le globule dont il vient d'être question dans ce paragraphe, et non ceux qui se produisent par gemmation, qui ont été décrits plus haut, et dont le mode de génération était resté inconnu. (Il est possible aussi que ce soit ce globule, mais ce globule seul, qu'ont vu chez les mollusques les auteurs qui parlent de l'émission du globule polaire par le vitellus.) Il est probable du reste que ce que Loven appelle membrane vitelline appliquée contre le vitellus et soulevée par la vésicule germinative expulsée n'est autre chose que la mince pellicule dont il est ici question. Mais cette confusion n'est possible que sur les animaux dont le vitellus sort de la membrane vitelline avant la naissance de l'embryon comme chez le Purpura lapillus ; car sur les œufs des mollusques, dans lesquels ce dernier fait n'a pas lieu, la membrane vit elline est plus écartée du vitellus que chez aucun autre animal et très-mince . Ce n'est que par les Assures longitudinales ou autres qu'on lui fait subir par la pression ou autrement qu'on peut la distinguer des couches concentriques de mucus dense qui lui adhèrent intimement, et qui, plus extensibles, ne se brisent pas comme elle. Du reste, sur aucun animal la membrane vitelline n'est mince, ti'ansparente et pourvue de plis fins et nombreux comme la pellicule dont il est ici question. Enfin, lors du retrait du vitellus, il ne reste pas des granules vitellins inclus dans la membrane vitelline ou adhérents à sa face interne, comme le fait a lieu pour cette pellicule du vitellus des mollusques.
sion : à ce moment, il demeure dans la membrane vitelline et se détruit par la suite, en même temps qu'elle, par putréfaction.
Cette réunion s'accomplit dans chaque espèce animale de deux manières différentes.
La plus commune est celle dans laquelle le globule le plus extérieur, le plus anciennement formé, légèrement pédicule (1 et 2), diminue graduellement de vo- . lume, comme si sa substance passait dans l'autre globule (qui grossit d'autant) par ce court pédicule en forme de goulot de bouteille qui adhère à celui-ci. S'il y a trois globules, ils se trouvent par là réduits à deux, et le même phénomène s'accomplit de nouveau de la part du plus extérieur par rapport au plus récemment formé, qui grandit pendant que l'autre diminue peu à peu à mesure qu'a lieu ce passage de sa substance dans celui-là.
L'autre variété de ce phénomène consiste en un aplatissement réciproque de deux globules polaires, s'opérantde telle sorte que le plus extérieur par rapport au vitellus, c'est-à-dire le premier formé, se soude peu à peu à l'autre par une portion d'abord étroite, puis de plus en plus étendue de leur surface (fig. H,8). Le premier diminue graduellement de volume sous les yeux de l'observateur comme s'il était absorbé par le second et disparaît bientôt tout à fait; on voit ses «ranules, lorsqu'il en renferme, s'avancer peu à peu vers celui-ci et passer dans son épaisseur. S'il y a trois globules, ils se trouvent ainsi réduits à deux, dont le plus extérieur s'unit de la même manière au dernier produit, qui grossit de toute la substance des deux autres déjà fondus ensemble. Alors il ne reste plus qu'un f^lobule polaire. C'est celui-ci, résultant de la réunion graduelle de tous les autres, qui a été signalé jusqu'à présent par les auteurs qui n'en ont vu qu'un. Mais la succession des phénomènes qui en déterminent la production n'avait jamais été observée, d'où des erreurs d'interprétation sur lesquelles nous allons
revenir.
Les observateurs qui ont décrit deux, trois et même quatre globules polaires, sont sans doute tombés sur l'une des phases d'évolution indiquées plus haut (p. 578) ; mais nul n'a indiqué d'oii résultent ces variations de nombre, ni comment il se fait que les gastéropodes en ont toujours deux d'origine et d'aspect différents (p. 382; fig. 12, 9 à 15).
E. van Beneden a reproduit encore récemment l'hypothèse émise par divers auteurs cités plus haut, d'après laquelle « le moment de la disparition de la vésicule gefminative se confond avec celui de l'élimination des corps directeurs (loc. cit., 1875) et constitue un phénomène se rattachant à la maturation de l'œuf. Des deux globules polaires décrits et figurés sur les lapines par Bischoff, Coste, etc., il suppose que l'un est le nucléole (fait admis par Bischoff pour la brebis, la chienne, la truie, Ann. des se. nat. zoolog., 1844, p. 126); l'autre serait le corps de la vésicule germinative (voy. p. 552 et 568). L'un est coloré en rouge par le carmin et le second ne l'est pas, d'oiî il conclut, à juste titre, qu'ils n'ont ni la même composition ni la même signification.
Je n'ai pas suivi le mode de production des globules polaires sur d'autres vertébrés que les Tritons. Mais leur individualisation reproduit toutes les phases observées sur les invertébrés cités plus haut, dans les Glossiphonies particulièrement. Ce n'est qu'une heure environ après la ponte, et quelquefois un quart d'heure seulement, qu'elle a lieu. Le liquide dit intrachorial dans lequel flotte l'œuf montre alors des spermatozoïdes vivants (Ch. Robin, Journ. de Vanat. et delà physiol. 1874).
L'unifoi'mité de cet ensemble de faits sur les animaux où l'on a pu en suivre toutes les phases me porte à penser que les mammifères ne font pas exception ; que la production des globules polaires y est postérieure à la disparition de la vésicule germinative, à la maturation de l'œuf d'une part, au retrait du vitellus de l'autre, comme elle l'est on ne peut plus évidemment sur les invertébrés, et non pas contemporaine de cette disparition ; qu'elle y a lieu par gemmation de la substance vitelline même et n'est pas une élimination delà vésicule germinative ni de son nucléole ; que s'il y a sur l'ovule des mammifères, comme sur les gastéropodes, élimination d'un globule par le vitellus après la gemmation du dernier globule polaire, il ne peut pas être plus comparable à la vésicule ou ù son noyau que ne l'est celui qui sort du vitellus des gastéropodes {fig. 12, 3 à 9).
E. van Beneden admet <|ue ces phénomènes sont indépendants de la fécondation sur les lapines, comme Bischoff l'a admis pour la chienne, la truie, la brebis, etc. {lac. cit. 1844, p. 126 et 128). Il semble bien aussi que les ovules non fécondés des mollusques les produisent comme le font les autres (p. 385); mais sur ces œufs non fécondés, comme sur ceux des mammifères, la gemmation n'a pas encore été suivie minute par minute, comme je l'ai fait sur les œufs fécondés ; il est certain, d'autre part, ([u'on ne les rencontre sur les œufs non fécondés ([u'après qu'ils se sont formés dans les œufs imprégnés avoisinants. Dans les uns connue dans les autres, du reste, on ne les trouve jamais au moment de la ponte; ce n'est ([ue plus tard qu'ils s'individualisent, alors que sont normalement intervenus les spermatozoïdes sur le plus grand nombre.
D'après E. van Beneden aussi, la disparition de la vésicule et l'élimination de ces globules a lieu dans l'ovaire. Sous le nom de corps vésiculeux, Coste a décrit et figuré déjà sur les lapines les globules polaires [lac. cit. 1849, pi. III, fig. 1 et suiv., et leur explication) comme existant dans un œuf tiré d'un ovisac non rompu , dix heures après l'accouplement , et dans d'autres pris sur l'ovaire et sur le pavillon (p. 368). Nous avons déjà dit, page 566, dans quelles limites les mammifères font exception à cet égard, à côté des Rirudinées, dont les spermatozoïdes pénètrent par anticipation [voy. p. 352-355). Bischoff n'indique la présence de ces globules qu'à compter de l'arrivée de l'ovule vers le milieu de la trompe. Rien de plus certain que sur les Tritons les spermatozoïdes sont déjà autour de l'ovule lorsque leur gemmation a lieu ; car sur ces urodèles et les autres qui sont ovipares, comme sur ceux qui sont vivipares, la fécondation est interne, intracloacale et non extérieure, comme sur les anoures {voy. Ch. Robin, Journal de Vanat. et de la physioL, 1874). Le fait est plus certain encore sur les Hirudinées, dans l'ovule desquelles les spermatozoïdes sont déjà immobiles autour du vitellus, quand débute la gemmation qui donne naissance à ces globules.
6" Genèse du noyaxi vitellin. — Nous venons de voir que dans l'intervalle qui sépare le moment de la fécondation de celui de la segmentation le vitellus ne reste pas inactif; il ne demeure pas sans que rien se passe en lui tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ; tels sont ses mouvements, la production des globules polaires, les changements moléculaires intimes qui se manifestent par les différences de volume et d'aspect de ses granulations, telle est surtout la production du noyau vitellin, qui termine en quelque sorte la série des phénomènes dont il est question ici comme en rapport d'une manière immédiate avec la fécondation (fig. 13, n, p. 586).
Le vitellus prend une forme sphérique après la naissance du dernier globule
DICT. EftC. 4° s. I. 25
polaire. On voit alors son centre devenir peu à peu plus opaque qu'il n'était, mais sur une étendue plus restreinte, égale au tiers ou à la moitié environ de son diamètre; en même temps le reste de la masse devient, au contraire, plus clair. Cette particularité est due à une accumulation des granulations du vitellus vers le centre de cet organe, pendant qu'elles se retirent un peu de sa périphérie, où se forme une zone un peu plus claire qu'auparavant. Sur quelques ovules,
cette zone de substance vitelline, amorphe, visqueuse, est même complètement dépourvue de granulations.
E. van Beneden a vu aussi sur les lapines que, entre huit heures et demie et dix heures après la fécondation, la surface du vitellus devient
Fig. 15. — Ovule de NepheOs octoculata grossi 500 fois, une lieure après la séparation complète du (loruier des deux globules polaires qu'il a produits (n) comme il a été dit plus haut.
b. Spermatozoïdes dans le liquide périvitellin.
c. Membrane vilelline.
d. e. Vitellus à superficie claire dont la masse est parsemée de très-petites gouttelettes.
n. Woyau vitellin central, hyalin, transparent, entouré d'une couche de granules foncés (Ch. Robin).
homogène, à granulations fines; audessous, le vitellus montre une couche irrégulièrement grenue, foncée, à gros granules, et la substance centrale est beaucoup plus claire, mais uniformément granuleuse (loc. cit., 1875).
Cette substance amorphe, dans laquelle sont plongées les granulations, est plus tenace à la surface du vitellus que dans sa profondeur, fait qui s'observe du reste déjà avant la fécondation. Elle est assez consistante pour que.
lorsqu'elle se rompt en un point, les granulations de sa partie centrale s'échappent comme si elle formait une véritable membrane; mais elle devient bientôt diffluente et se dissout au contact de l'eau. Les granules vitellins qui s'épanchent ainsi s'étalent dans l'espace plein de liquide clair interposé au vitellus et à la membrane vitelline ; ils y montrent un vif mouvement brownien qu'ils n'offraient pas dans l'épaisseur du vitellus.
Ces mêmes particularités relatives à la consistance de la substance amorpbc du vitellus se rencontrent aussi sur les gros globes vitellins résultant de sa segmentation.
Coste a très-exactement décrit cette fine couche du fluide dense, visqueux, diaphane, qui apparaît à la périphérie du vitellus des o\Tiles de la plupart des animaux, dont elle déborde les granulations, comme le simulacre d'une membrane enveloppante au moment de la formation du noyau vitellin. Il insiste sur la cause de l'erreur commise par ceux qui l'ont prise pour ime véritable paroi distincte delà matière intersticielle diaphane qui agglutine les granules vitellins, et qui est le siège du phénomène de retrait ou l'étraction. Il montre qu'il y a continuité de substance de cette matière depuis sa superficie jusqu'au centre du vitellus {Sur les -premières modifications de la matière organique. Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, Paris, 1845, Ln-4, t. XXI, p. 1370).
Un quart d'heure ou vingt minutes après l'achèvement du dernier globule polaire, c'est-à-dire dix heures environ après la ponte, on peut, bien qu'avec ditficulté, saisir au milieu de la partie centrale du vitellus, devenue plus foncée, un petit espace clair circulaire, large d'un centième de millimètre environ. Il se
dessine de mieux en mieux et atteint peu à peu une largeur de 5 centièmes de millimètre. Au bout d'une heure environ, ses contours deviennent saisissables par demi-transparence, bien qu'avec difficulté.
On peut alors constater qu'il s'agit là d'uu corps solide, bien que facile à aplatir et isolable, qui doit recevoir le nom de noyau vitellin (fig. 15, n).
II reste dans cet état pendant une demi-heure ou trois quarts d'heure au plus, après quoi il s'élargit légèrement, suivant une direction perpendiculaire à l'axe dont les globules polaires occupent une extrémité. Peu après une dépression apparaît dans le sens de cet axe au-dessous des globules polaires. Ce fait marque le début de la segmentation qui succède à peu près immédiatement à l'apparition de ce noyau.
C'est généralement pendant la durée de ces changements, ou un peu après, que se produisent dans le globule polaire, devenu cellulaire par genèse d'une paroi pelliculaire superficielle, un, deux ou trois petits noyaux clairs, larges de six millièmes de millimètre (p. 591 ; fig. 14, a).
C'est à compter de l'apparition du noyau vitellin que l'ovule devient, dans sa totalité, le siège de phénomènes qui monlrent (ju'il a acquis une individualité parfaite au point de vue des actes évolutifs qu'il manifeste. C'est à partir de ce moment-là surtout qu'il prend les caractères d'un nouvel être et cesse d'être un simple élément anatomique de l'animal adulte, qui l'a produit femelle contrairement à ce qu'il avait été en quelque sorte jusque-là.
Bagge a signalé le premier qu'après la disparition de la vésicule germinative, et quelque temps avant le commencement de la segmentation, apparaît dans le vitellus une cellule claire qui se divise en deux avant que le vitellus en fasse autant (Bagge, loc. cit., Erlangen, 1841, in-4, p. 10). Il en a suivi, comme Bergmann (1841), les subdivisions successives devenant le noyau des sphères de fractionnement du vitellus et pur suite des cellules embryonnaires. Bischoff suppose à tort que le corps transparent observé par Bagge est la tache germinative di^?ca.i subi un certain développement après la dissolution de la vésicule germinative. « Chez les mammifères aussi, après la dissolution de la vésicule germinative, dit-il, la tache germinative se convertit en une vésicule de graisse et celle-ci se divise en deux portions autour desquelles les globules vitellins se réunissent ensuite en deux groupes ; dans chacune des deux moitiés du jaune, cette émanation de la tache germinative éprouve une deuxième scission déterminant à son tour un nouveau groupement de granulations vitellines, etc »
{loc. cit., 1843, p. 75 et 625). Nous avons déjà vu qu'il croit en outre que la tache, ainsi devenue graisseuse, fournirait les globules polaires. Ces hypothèses sont renversées par les faits suivants, savoir : l** que le noyau vitellin se voit sur les animaux dont la vésicule germinative n'a pas de tache germinative ; 2° que les globules polaires se forment toujours avant le noyau vitellin; 5" que ce dernier est formé par des principes azotés et non par de la graisse. M. Coste a très-exactement décrit la formation indépendante du noyau vitellin au centre du vitellus, sa division en deux précédant celle de ce dernier, son apparence graisseuse, homogène, diaphane [Sur les premières modifications de la matière diaphane, in Comptes rendus des se'ances de V Académie des sciences, Paris, 1845, in-4, t. XXI, p. 1372-1575). Seulement il l'appelle globule graisseux ou oléagineux, parce qu'il pense que telle est sa nature en raison de son fort pouvoir réfringent.
Comme ce noyau vitellin renferme quel(juefois un nucléole dès son apparition,
mais pourtant plus souvent dans les globules vitellins que dans le vitellus même nozî segmenté, il croit que le nucléole se forme le premier et le noyau ensuite autour de lui, et il appelle par suite ce nucléole globule primordial. Mais l'apparition de ce nucléole est toujours postérieure à celle du noyau vitellin. Plus tard il en a bien figuré l'aspect au milieu du vitellus des lapines, dix-huit heures après l'accouplement, au milieu de la trompe, ainsi que ses subdivisions ultérieures. Il le nomme seulement globule sphériqiie et appelle noyau ce petit nucléole [loc. cit., 1849, pi. II, lîg. 4 et suiv., et leur explication) .
La vésicule gérminative était le noyau de l'ovule, tant que celle-ci faisait partie de l'organisme de l'être antécédent; sa disparition indique sa maturité, son aptitude à constituer un être nouveau. Le retrait du vitellus, les changements qui surviennent dans ces granules et la production des globules polaires sont des phénomènes partiels, qui s'accomplissent sur les œufs non fécondés comme sur les autres; mais la production du noyau vitellin n'a lieu que sur les ovules dans lesquels ont pénétré les spermatozoïdes, c'est-à-dire au vitellus desquels s'est unie de la substance du mâle. Sa présence indique le début de l'existence embryonnaire indépendante, consécutive au mélange de la substance du mâle ou spermatique à celle de la femelle ou vitelline. Il apparaît de quatre à trente heures seulement'après la fécondation, selon les espèces, et, comme on le sait, cette dernière n'a lieu qu'après la disparition de la vésicule gérminative, ou, plus rarement, à l'époque seulement de cette disparition.
L'aspect du noyau vitellin rappelle assez bien celui de la vésicule gérminative ou noyau ovulaire. Mais il est masqué davantage par les granulations vitellines, il réfracte plus fortement la lumière, et il est dépourvu de granulations d'abord, puis peu à peu devient finement grenu, plu!s ou moins tôt d'un ovule à l'autre. Il n'a pas de cavité distincte d'une paroi. Il est mou, facile à écraser, mais sans qu'il se rompe, et d'une densité égaie dans toute son épaisseur, à la manière d'une goutte de cire molle ou d'un corps demi-solide, tenace, non vésiculeux. Il est sphérique, large de quarante-cinq à cinquante millièmes de millimètre, toujours central et non plus ou moins rapproché de la surfiice du vitellus comme l'est la vésicule gérminative. Il n'a d'abord pas de nucléole, mais il s'en produit un peu à peu avant le moment où il va s'étirer et se diviser. Le contour en est souvent difficile à voir en raison de sa situation au centre de la masse ■vitelline ; on peut cependant sur quelques-uns constater que sa surface est entourée d'une couche foncée de granulations vitellines contiguës.
Sa masse est homogène et de la consistance de la cire molle, sans granulations ni nucléole, au début de son apparition. Sa formation a lieu par genèse, par association, molécule à molécule, de certains des principes de la substance hyaline interposée aux granules vitellins qui reste molle et diffluente. Il grandit et se limite de plus en plus nettement en repoussant les granules vitellins.
Malgré la netteté avec laquelle Coste a déterminé l'époque à laquelle disparaît la vésicule gérminative, et celle où se montre plus tard le noyau vitellin, dont l'aspect particulier, très-différent de celui de la vésicule gérminative, a frappé tous les observateurs, quelques auteurs continuent à le confondre avec cette dernière qui n'existe plus, et lui en donnent le nom.
Ainsi qu'on le voit, la succession des phénomènes que présentent dans leur apparition, leur évolution et leur fin : i° la vésicule gérminative; 2" les globules polaires, et 3° le noyau vitellin, contredit toutes les hypothèses qui voudraient les rattacher à une origine commune. Ce sont trois parties très-distinctes sous
ces divers rapports, ayant chacune son individualité bien tranchée (Ch. Robin, loc. cit., 1862, p. 515).
M. Yogt {Embryogénie de VActéon. In Annales des sciences naturelles. Paris, 1846, in-8, t. VI, p. 23) considérait le noyau vitellin comme formé d'une paroi très-fine pleine d'un liquide très-limpide et l'appelle vésicule transparente; mais c'est toujours un corps plein d'égale densité dans toute son épaisseur; seulement, au début de sa formation, dans le vitellus encore entier, quoique assez tenace hors de l'eau, il se dissout dans l'eau dès qu'on dissocie les granulations vitellines ; dans les sphères de segmentation plus petites il prend une résistance plus grande. Cette résistance diffère du reste notablement d'une espèce animale à l'autre. M. de Quatrefages, qui a vu les noyaux vitellins à partir de la division du vitellus en deux {loc. cit.. Annales des sciences naturelles, 1848, t. X, p. 185, pi. III, fig. 18), les appelle des e,?;)aces c/flîVs résultant de l'accumulation de la gangue transparente et les considère comme n'étant pas des noyaux. Mais la présence d'un nucléole dans leur centre chez certains animaux, comme sur certains individus des A'cjy^eZts, et la série des phénomènes du développement qui permettent de les suivre jusque dans les cellules hlastodermiques, montrent manilestement que ce sont bien des noyaux. C'est le noyau vitellin que M. Davaine a décrit sous le nom de vésicule germinative dans les œufs d'huître fécondés et segmentés et dans les cellules de leur blastoderme {Sur la génération des huîtres. Comptes rendus et Mémoires de la Société de biologie. Paris, 1852, in-8, p. 522, et explication de la pi. II, fig. 5). J'ai le premier donné le nom de noyau vitellin à la partie constituante dont il est question ici et montré quelle est sa nature réelle, en déterminant le moment précis et le mode de sa genèse ; j'ai montré que, d'autre part, ce sont ses subdivisions par segmentation (corrélative à celle de la masse du vitellus, puis des globes vitellins) qui constituent le noyau de chaque cellule blastodermique {loc. cit. 1862, p. 510 à 520). Jusque-là les noyaux de ces cellules étaient désignés comme des provenances de la vésicule germinative.
L'étude des phénomènes de -segmentation montre le noyau vitellin ^ouânt anatomiquement et physiologiquement le rôle que joue le nucléus dans la plupart des cellules, et prenant de plus en plus nettement les caractèi^es qui sont propres à cette partie des éléments anatomiques de ce groupe. Cette élude montre en outre que, des diverses parties qui constituaient l'ovule avant sa maturité, le vitellus seul sert à la production du nouvel être, de l'embryon, tandis que, dans l'ovule non fécondé, le noyau devenu vésiculeux, dit vésicule germinative, ainsi que son nucléole, disparaissent complètement et n'ont aucun rapport de similitude physiologique ni de succession avec le noyau vitellin. Cette disparition est le signe de la maturité de l'ovule, de sou aptitude à la fécondation; et de plus, cette vésicule prétendue germinative n'a aucune relation avec l'apparition des cellules hlastodermiques, soit qu'elles résultent de la segmentation du vitellus, soit qu'elles naissent par gemmation {voy. Cellule, p. 595 et suiv.).
Chez les Limnées, les Physes, les Ancyles, les Planorbes, les Purpura, il n'est jamais possible de découvrir un noyau vitellin dans le vitellus ni dans les quatre premières sphères de segmentation, même en écrasant ces parties \ tandis qu'on
* C'est le noyau vitellin, et ceux qui résultant de sa subdivision se trouvent au centre de chaque sphère de segmentation, que Kœlîiker a]}pe\\e cellules primaires ou embryonnaires chez les Céphalopodes, et il a nommé noyau leur nucléole {EntwickelungsgeschiclUe der Cephalopoden. Zurich, 1843, in-4°, p. 142). Loven [loc. cit., Archiv fïir Anat. und Phjsiol. Berlin,
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l'observe sur d'autres espèces de Mollusques, tels que les Actéons et les Acéphales lamellibranches. Dans les Gastéropodes dont le vitellus et les quatre premiers globes vitellins qui résultent de la segmentation ne renferment pas de noyau \itellin, on voit se produire au contraire im noyau dans chacune des quatre petites sphères vitellines secondaires qui proviennent des précédentes. Ces sphères vitellines secondaires ont parfois été appelées sphères vitellines transparentes parce qu'elles le sont en effet chez beaucoup de mollusques, les Hirudo, les Nephelis et les Glossiphonies ; mais dans les Gastéropodes d'eau douce, elles sont aussi opaques que les quatre premiers globes vitellins plus volumineux dont elles dérivent ; c'est pendant leur production qu'apparaît leur noyau, et cela aussi bien chez les animaux sur lesquels elles sont claires que dans ceux où elles sont transparentes (p. 392; fig. 12; H et 12).
Chez tous ces animaux, les sphères vitellines secondaires naissent par gemmation de la substance des globes vitellins primitifs (H, d). C'est la substance hyaline et tenace du vitellus qui, se séparant des granules vitellins, fait saillie, à l'exclusion complète ou presque complète de ceux-ci, sur les espèces dont ces sphères sont transparentes. C'est la matière du vitellus, granules et substance hyaline à la fois, qui devient proéminente lorsque les globes vitellins doivent être opaques, comme sur les Gastéropodes d'eau douce.
Pendant que cette saillie s'allonge, on voit vers son centre se montrer un corps clair, sphérique, sans granulations, réfractant fortement la lumière, qui se délimite de mieux en mieux sous forme de noyau, avec ou sans nucléoles. Chez les animaux dont le noyau des quatre sphères vitellines primitives s'aperçoit facilement, tels que les Nephelis, on constate que les noyaux de ces saillies ne proviennent pas d'une gemmation ni d'une segmentation du noyau des sphères vitellines précédentes (11 et 12, e) ; celui-ci reste toujours sans relation de contiguïté et de continuité avec les noyaux des globes vitellins secondaires en voie de gemmation. On voit qu'il se produit, molécule à molécule, un noyau dans chaque saillie, et en même temps qu'il écarte les granules vitellins du centre ; de la même manière, en un mot, qu'apparaît le noyau vitcllin avant toute segmentation.
Chez les Glossiphonies et chez les Mollusques, dans le vitellus desquels il ne se produit pas de noyau vitellin (fait sur lequel il importe d'insister) et dont les quatre sphères primitives restent dépourvues de ce noyau, il s'en produit un de la manière qui vient d'èti-e indiquée dans chacune des quatre saillies, qui vont devenir autant de globes vitellins secondaires. Lorsque ces saillies sont opaques, comme dans les Gastéropodes d'eau douce, ce n'est qu'en les aplatissant qu'on voit leur noyau et qu'on suit les phases de son évolution.
Ainsi, le fait de l'absence du noyau tJiYeWm dans l'œuf des Glossiphonies et les gastéropodes d'eau douce et dans les sphères primitives qui résultent de sa segmentation en quatre montre que ce corps ne saurait être considéré comme un centre d'attraction agissant sur les molécules du vitellus, de manière à produire sa segmentation pour la formation des cellules, ainsi que l'admettaient jusqu'à présent beaucoup d'auteurs ^ Du reste, sur les espèces dans l'œuf desquelles
1848, in-8°, p. 545) était de ceux qui croyaient que chez les Modioloria et les Cardium ce noyau est le contenu de la vésicule germinative, qui, après la sortie de la tache germinative hors du vitellus, se retirerait dans l'intérieur du vitellus.
* « Ces nucléus, une fois formés, ag:issent comme centres d'attraction sur les molécules du vitellus pour la formation des cellules. Toutefois, cette attraction n'opère point sur la masse entière du vitellus de manière à produire une segmentation de sa masse, mais seulement
se produit un noyau vitellin, les sillons de segmentation du vitellus et des globes vitellins, bien que se montrant en général seulement après que le noyau a commencé à s'étrangler (fig. 14, n), atteignent déjà une profondeur notable avant qu'il se soit tout à fait divisé, et avant que ses moitiés aient gagné le centre de chacune des moitiés correspondantes du vitellus ; elles se portent au contraire rapidement vers ce centre dès que leur séparation est complète, comme si elles étaient attirées par ce centre. Enfin,
chez les Nephelis, on voit quelquefois le noyau vitellin primitif ne pas se diviser, de telle sorte que le sillon de segmentation passe à côté de lui et le laisse dans une des moitiés du vitellus, pendant que le lobe congénère reste dépourvu de noyau ; mais plus tard il s'en produit un vers son centre de la même manière que lorsque le vitellus était encore entier.
Ici, comme on le voit, se termine en fait l'étude des modifications vitellines, indi(juant l'accomplissement de la fécondation.
Suivre plus loin les phénomènes de la segmentation tant du noyau vitellin que du vitellus même se
Fig. 14. — Ovule de Nejjhreti^ otoculata 35 minutes environ après l'achèvement de la genèse du noyau vitellin (fig. 15) et après coalescence des globules polaires en un seul plus gros (a) (Ch. Robin).
h. Spermatozoïdes dans le liquide périvitellin. c. Membrane vitelline.
</, e. Vilellns grenu cl spermatozoïdes à sa surface. n. Noyau vitellin s'ctant allongé transversalement avec rait empiéter sur les articles BlAS- étranglement au milieu, suivi bientôt de la production , ^ , , d'un sillon médian divisant le noyau en deux plus petits.
TODERME et Génération.
A ce qui précède toutefois il faut ajouter les indications qui suivent.
E. van Beneden, avec divers naturalistes allemands, appelle premier noyau du vitellus le noyau vitellin {loc. cit. 1875). Ce noyau se transformerait par l'union de deux autres. A l'un, né au centre même du vitellus [pronucléus central), viendrait s'en souder un autre, dérivant de la couche superficielle du vitellus [pronucléus superficiel ou périphérique), et s'enfonçant pour gagner le premier. Il lui paraît probable que ce dernier se forme, au moins partiellement, aux dépens de la substance spermatique. Comme, au contraire, le noyau central se forme exclusivement aux dépens de la substance de l'ovule, le noyau vitellin, premier noyau de l'embryon, serait le résultat de l'union d'éléments mâles et femelles. E. van Beneden donne cela comme une simple hypothèse, et de fait, lorsqu'il s'agit de phénomènes d'une généralité telle que ceux dont il est ici question, il y a tout lieu de penser que cette formation d'un noyau vitellin périphérique à l'aide et aux dépens de la substance des spermatozoïdes aurait été saisie sur des ovules des invertébrés, où surabondent les spermatozoïdes
sur sa surface » (Claparède, loc. cit., ISô'-i, p. 7 et 8). Et plus loin : « De même que dans une segmentation proprement dite, les nucléus agissent ici comme centres d'attraction; seulement l'action des centres n'est pas capable de se faire sentir au delà d'une couche fort mince. Elle ne pénètre pas dans la profondeur » (page 10), M. Vogt avait déjà émis des vues dans ses recherches sur l'Actéon (1846). Rathke (Enttv. der Hirud. 1862, p. 9) dit pourtant avoir vu se former un noyau vitellin avant la segmentation, et plus tenace que le reste du •vitellus, sur les Limnées, Planorbes, Paludines, etc.
et dont le vitellus se prête mieux encore aux observations de ce genre que celui des lapines.
11 ne m'a pas davantage été possible de voir ce qu'avance Bùtschli, c'est-à-dire de voir le noyau vitellin résulter sûr les Limnées de la formation de 2 à 8 noyaux clairs à la surface du vitellus avec progression consécutive jusqu'au centre de celui-ci où ils se souderaient ensemble.
Même remarque pour ce que dit Auerbach de l'œuf des Strongles et des Ascarides, dans lequel le noyau vitellin résulterait de la formation, à chacun des deux pôles opposés du vitellus, d'une vacuole claire, qui gagnerait le centre pour s'y fusionner.
VI. Des fécondations artificielles. La fécondation artificielle consiste à déterminer l'union des spermatozoïdes avec les ovales en dehors de tout rapprochement sexuel du mâle avec la femelle. '
D'après 31. de Montgaudry {Observations sur la pisciculture, Société d'acclimatation, Paris, 1854, t. 1, p. 80), Doui Pinclion, de l'abbaye de Réame, aurait fécondé et indiqué la manière de féconder artificiellement les œufs des poissons en versant sur eux la laitance du mâle. Le premier document bien connu sur ce point est celui qu'on doit à Jacobi {Exposition abrégée d'une fécondation artificielle des truites et des saumons, etc. Hist. de VAcad. des sciences de Berlin, 1764- 176G, t. XX, p. 42). 11 fut reproduit par Duhamel du Monceau {Traité des pèches, i" partie, Paris, 1775, p. 557) et cité par Spallanzani {lac. cit., 1787, t. 111, p. 197). Jacobi indique la manière de faire tomber dans un vase les œufs d'une truite prise lorsqu'elle va frayer et de faire ensuite couler sur eux la laitance d'un mâle dont on presse le ventre. Il spécifie que l'on peut ainsi chercher à faire des métis et multiplier les individus en prévenant la destruction des œufs et des jeunes abandonnés à eux-mêmes.
Mais ce fut Spallanzani qui, scientifiquement, montra le mieux comment les œufs et le sperme réunis hors des parents donnent lieu au développement de l'embryon, de la même manière que lorsque ont lieu les fécondations naturelles. Par des expériences variées dans nombre de conditions, il montra que trois milr lionièmes d'un grain de sperme suffisent pour féconder un œuf de grenouille ou de crapaud ; que la plus petite quantité du sperme peut traverser une épaisseur d'un pouce du mucus entourant ces œufs et les féconder encore; que le blanc d'œuf empêche au contraire ce phénomène ; que le sperme peut être pris dans le testicule aussi bien que dans le canal déférent, pour être versé sur les œufs après addition d'eau; qu'une chaleur trop élevée, une agitation trop violente du sperme, l'empêchent d'être fécondateur, tandis qu'un courant d'air dans l'eau qu'on lui a mélangé lui laisse ses propriétés {loc. cit., 1789, t. 111, p. 61 à 510); que le sperme filtré donne un liquide infécond, tandis que ce qui reste sur le filtre conserve les propriétés fécondantes, etc., etc. Il réussit également à féconder les œufs de vers à soie pris au moment de la ponte et sépai'és des inâles en les mouillant avec le sperme de ceux-ci (p. 22^4).
Prévost et Dumas {loc. cit., 1824, t. Il, p. 145) confirmèrent ces résultats en leur donnant plus de précision encore et montrèrent que 225 spermatozoïdes de grenouille, versés sur 580 œufs, suffisent pour en féconder 61.
De leurs expériences sur les fécondations artificielles il résulte bien que, à un certain degré d'hydratation du moins, le mucus qui entoure les ovules des batraciens, comme le mucus utérin et des trompes, favorise la fécondation de ceux-ci, c'est-à-dire la progression des spermatozoïdes jusqu'à eux. Mais j'ai montré ailleurs
{Journal de l'anatomie et delà physiologie, 1874, p. 584 et suiv.) que ni ce mucus ni le liquide qui remplit ïamnios dans lequel flotte l'ovule et oii arrivent les spermatozoïdes ne méritent le nom d'albumen qui leur a été donné, par comparaison au blanc d'oeuf. Non-seulemen( , en effet, celui-ci met obstacle ù la progression des spermatozoïdes, mais encore il est coagulable par la chaleur et l'acide acétique, tandis que le mucus et le liquide précédents ne sont pas coagulés. Le liquide qui remplit l'amnios augmente de quantité pendant l'évolution, alors que le mucus péripliérique diminue d'épaisseur de sa surface externe vers l'interne; si donc il sert à la nutrition du fœtus, ce ne peut être que par l'intermédiaire du mucus périovulaire. Le rôle protecteur du mucus, pour empêcher l'action endosmotique trop rapide de l'eau, est démontré par ce fait que les œufs pris dans l'ovaire, encore privés de ce mucus ou en haut de l'oviducte, et n'en montrant alors qu'une très-mince couche, éclatent dans l'eau après quelques heures de séjour, tandis que ceux (jui en sont tout à fait entourés restent »les jours sans se détruire, lors mêmfe qu'ils ne sont pas fécondés.
Mais, de plus, pour revenir à notre sujet, en 1780, Spallanzani, sur 19 grains de sperme d'un chien, qu'il avait j)u recueillir lors de son éjaculalion loin de la femelle séquestrée, en injecta 15 dans l'utérus d'une cliicnne en chaleur, qui rendait, même un peu de sang par sa vulve gonilée. Deux jours après la chienne cessa d'être en rut et au soixante-deuxième jour mit bas deux petits vivants, qui par leur forme et leur couleur ressemblaient tant à la mère qu'au mâle dont il avait injecté le sperme {lac. cit., 1787, t. III, p. 225). Enfin, en janvier 1782, Rossi, professeur à Pise, après avoir pris les précautions les plus attentives en répétant l'expérience de Spallanzani, vit le rut de la chienne qu'il avait séquestrée cesser le lendemain de la première injection de sperme du mâle. Il fit néanmoins eucore trois nouvelles injections de deux en deux jours. Soixante-deux jours après la première injection, la chienne mit bas quatre petits, qui aussi ressemblaient tant à la mère qu'au cbicn qui avait fourni le sperme (Rossi, Opusc. Schelti di Milano, 1782, t. V, p. 96, et loc. cit., 1787, t. III, p. 311).
M. le docteur Girault {Étude sur la génération artificielle dans V espèce humaine. Paris, 1869, in-8, et l'Abeille médicale, 1869), en injectant du sperme d'un chien à sa femelle, a obtenu trois fois des portées de 2 et de 5 petits, tant après une seule injection dans le vagin qu'après plusieurs faites à un intervalle soit de vingt-quatre heures, soit de huit heures. Il y a sans doute erreur dans la rédaction qui indique trois mois comme durée de la portée au lieu de soixante à soixante-quatre jours, sinon ces expériences n'indiqueraient qu'un résultat négatif, avec copulation fécondante ultérieure, passée inaperçue.
Spallanzani ne put obtenir des mulets malgré plusieurs injections de sperme de chien faites à des chattes en rut.
Spallanzani ne put obtenir non plus des métis en fécondant des œufs de grenouille verte avec le sperme de la grenouille des arbres et réciproquement. Mêmes résultats négatifs avec les œufs et le sperme des crapauds et des tritons ou salamandres (p. 221).
On sait, au contraire, que par la fécondation artificielle on obtient aisément des métis entre les espèces d'une même famille, comme les Salmonidés, etc.
Spallanzani n'a jamais vu de crapauds mâles s'accoupler avec les grenouilles, et réciproquement. Il rejette comme une croyance populaire sans fondement l'opinion admise de cet accouplement. Rien pourtant n'est plus certain que la
réalité de ce fait. En 1865, en effet, avec M. E. About, j'ai vu et pris en quatre jours 10 ou 12 grenouilles vertes mâles, accouplées en avril avec des femelles du Crapaud brun {Bufo fuscus Laur, Pelobates fuscus Vagler) , parmi plusieurs centaines de couples de cette dernière espèce, dans un petit ruisseau d'Alsace. Plusieurs femelles pondirent comme à l'ordinaire leurs longues chaînes d'oeufs disposés sur deux rangs. Un accident permit à celles-ci et à celles qui n'avaient pas encore pondu de s'échapper durant la nuit. Les œufs pondus qui avaient semblé présenter un commencement de segmentation ne continuèrent pas à se développer et s'altérèrent.
En 1857, J. Shaw {Observ. on the Devel. and Growth ofSalmon-fry. Edinb., 1840); Boccius en 1841 {Fishes in Hivers and Streams, London, 1848), puis Remy et Gelius (1842 et 1848), appliquèrent les procédés de Jacobi à la multiplication des poissons. De là est dérivé l'art de \n pisciculture sous l'impulsion de Coste.
Le procédé consiste à prendre les poissons au moment où on les voit s'approcher du rivage j)0ur frayer. On saisit la femelle avec la main gauche, au-dessous - des ouvertures branchiales, et avec la main droite on refoule doucement les œufs, en pressant de l'abdomen vers l'ouverture cloacale. Leur facile issue est le signe de leur maturité. Il ne faut pas qu'ils tombent de trop haut.
On procède de la même manière pour faire tomber le sperme sur les œufs, lorsqu'il ne coule pas de lui-même, dès que l'animal est tenu verticalement la tête en bas {voy. Coste, Instructions sur la pisciculture, Paris ; 1856, 2"^ édit., p. 30 et suiv.). Deux ou trois minutes de contact du sperme avec les œufs suffisent pour que ceux-ci se développent, lorsque ensuite on les reporte sur les clairières àéclosion, soumises à l'eau courante.
Voici comment, depuis sept années déjà, j'ai vu procéder M. Chantran. II commence par faire tomber les œufs du corps de la femelle, par ce procédé, dans un vase quelconque ou une assiette creuse très-propre et sans eau. Il prend ensuite le mâle, et à mesure que la laitance s'écoule, il la répand sur la couche des œufs, en la mélangeant doucement, au besoin, pour généraliser le contact. Si la laitance d'un mâle ne suffit pas à la quantité des œufs recueillis, on a recouis à un autre. Quand le mélange est fait, on verse de l'eau claire sur les œufs, jusqu'à ce qu'il y en ait près de 1 centimètre au-dessus d'eux. Il faut expulser assez de laitance pour que l'eau ainsi versée ait l'apparence du petit-lait. On remue le tout doucement avec le doigt, et on laisse reposer les œufs trois ou quatre minutes ; on verse ensuite le contenu du vase dans les appareils à éclosion.
Il n'est même pas besoin de faire tout de suite le mélange de la laitance du mâle avec les œufs, car les œufs peuvent être fécondés avec succès six heures et même plus après la ponte ; mais il faut avoir soin , si on ne fait pas la fécondation de suite, de couvrir le vase et de le laisser au frais. 11 faut, de plus, prendre garde qu'il n'y ait pas alors mélange d'eau avec les œufs. Après avoir extrait la laitance, on peut la conserver aussi pendant le même temps et plus, avant de la répandre sur les œufs, sans faire perdre aux spermatozoïdes leur faculté fécondante, pourvu qu'elle ne soit pas mêlée d'eau.
11 est certain que la fécondation artificielle des ovules de la femme est possible, et il paraît bien certain aussi qu'elle a réellement été obtenue. Au point de vue physiologique, elle est là tout aussi possible que sur la chienne, et même que sur les poissons et les batraciens. Que le sperme soit projeté dans le vesti-
bule (p. 546), dans le vagin (p. 342), sur le museau de tanche ou par l'intermédiaire d'une seringue chauffée, les conditions voulues pour la pénétration intra-utérine et la progression des spermatozoïdes sont aussi bien conservées dans un cas que dans l'autre. Pour les conditions de la pénétration même, l'avantage est du côté de l'injection. On sent, à la lecture des écrits sur ce sujet, que la croyance à l'influence fécondante de quelque chose de volatil dans le sperme a toujours fait craindre l'inefficacité d'un liquide séminal qui n'aurait pas été projeté api'ès intromission virile et orgasme au moins masculin. Mais il est nettement démontré que les spermatozoïdes progressent et atteignent l'ovule en raison de leurs mouvements ondulatoires locomoteurs. Il ne l'est pas moins que l'énergie de ces mouvements est proportionnelle à la température, pourvu qu'elle ne dépasse pas 45°. Il est certain que dans un flacon bouché pour éviter l'évaporation, ce n'est qu'après le troisième ou même le quatrième jour que survient la putréfaction du sperme, et celle-ci arrête les mouvements des spermatozoïdes. Du reste, alors même qu'elle est empêchée ou retardée, en tenant le liquide à une température voisine de 15", les mouvements finissent par cesser, mais entre la soixantième et la soixante-douzième heure seulement après l'émission. Ils peuvent même reparaître pour quelques heures, si on porte le liquide à 30" ou 40".
Ainsi, le temps que peut mettre l'opérateur entre le mouvement d'une éjaculation et celui de l'injection intra-cervicale est plus considérable qu'on ne semble l'admettre généralement. Comme, noi-malement, du liquide émis sur le museau de tanche, les spermatozoïdes j)assent seuls dans le col, l'utérus et les trompes (p. 348), on voit que la perte d'une certaine quantité de celui-là, lorsqu'on le recueille, puis l'injecte, n'est pas une cause d'insuccès, surtout alors qu'il est, comme dans ce cas, déposé directement dans la cavité du col. On comprend, d'après ce qui a été dit plus haut, qu'une goutte injectée là peut suffire, dès lors qu'un examen préalable a montré que le sperme du mari est normalement pourvu de spermatozoïdes.
Le tout, comme on le voit (p. 340, 349, 354 et 355), est que l'injection coïncide avec la journée dans laquelle va se produire la rupture de l'ovisac, ou dans laquelle elle vient d'avoir lieu. Autrement l'opération est à recommencer, comme ont été presque toujours obligés de le faire les médecins qui ont obtenu ainsi des fécondations artificielles sur la femme.
Au point de vue physiologique, le but du mariage est la x'eproduction ; or, si quelque anomalie, soit de l'urèthre ou du gland (hypospadias, etc.), soit du vagin ou du col, ou quelques déviations utérines, etc., s'opposent à la fécondation, il est certain qu'il n'y a rien d'anormal, de monstrueux dans l'intervention médicale, qui amène ce dernier résultat en recevant du reproducteur naturel son liquide séminal pour le transmettre opératoirement dans le col utérin. Ce fait n'a rien qui soit plus immoral que nombre d'opérations exécutées dans le même but, au fond, telles que les dilatations forcées faites pour obtenir la guérison du vaginisme, la formation ou la réparation chirurgicale de la vulve et du vagin, la perforation ou l'incision cruciale de l'hymen imperforé ou infrangible, etc. Dans le premier cas, il n'y a d'anormal et de fâcheux que le fait de l'inachèvement de la copulation de part et d'autre, interruption rendue nécessaire par les précautions à prendre pour recueillir le liquide séminal cjaculé ; mais il n'y a alors rien d'antisocial, tant s'en faut, puisqu'on est forcé d'en agir ainsi pour arriver à rendre certaine la fécondation, but naturel à atteindre dans toute copulation.
596 FÉCOiNDATION.
Dans les opérations citées en dernier lieu, souvent demandées à la chirurgie, sans que nul y trouve quoi que ce soit de répréhensible, le but que l'on se propose d'atteindre est avant tout la possibilité du coït, alors que celle de la fécondation reste encore incertaine.
C'est du reste ici le lieu de rappeler que bien des conditions font que nombre d'ovules tombent de l'ovaire sans être fécondés. Les unes sont d'ordre social, comme le célibat, volontaire ou non, des femmes; d'autres sont accidentelles, comme lorsque la copulation n'a pas lieu à l'époque de l'ovulation ou dans les cas de stérilité dus à l'état du mucus du col (]). 545), ou dus à l'oblitération épididymaire (p. 348). Ces œufs arrivent dans l'utérus comme les autres {voy. p. 550 et p. 558) avec leur vitollns on voie de dissociation. Au lieu de se tixer là conune les œufs fécondés, il est probable (ju'ils sont réjetés avec le mucus et le sang menstruels; ils passent naturellement inaperçus en raison de leurs dimensions microscopiques, au même titre que les autres éléments anatomiques cellulaires susceptibles de desquamation oiiproduit^, tels que lesépithéliums et leurs dérivés. Dans les cas d'oblitération de l'orifice tubaire du pavillon, sans néomembranes à la surface de l'ovaire, les ovules tombent inévitablement dans la cavité péritonéale à chaque ovulation. Leur petit volume et leur constitution portent à penser que ces corps étrangers organiques qui restent sans influence pathogénique se résorbent comme le font les caillots fibrineux, etc. Leur greffe avec développement en kystes ovxilaires, comme l'admet M. Sappey [Anat. descript., t. IV), est moins que probable, car les petits kystes périovariens sont formés d'une mince paroi de tissu cellulaire tapissée d'épithélium polyédrique, sans rien de comparable à la membrane vitelline.
Je n'ai pu retrouver dans les œuvres de .1. Hunter l'observation qu'on lui attribue (Journal général de médecine, t. XXVI, p. 550), concernant un homme atteint d'hypospadias, qui, d'après ses conseils, eut un enfant après avoir injecté à sa femme, jusque-là non fécondée, de son sperme recueilli dans une seringue chaude. C'est peut-être de W. Hunter, son frère, qu'il s'agit.
Les premières observations de fécondation artificielle de la femme, réellement authentiques, sont celles de M. le D' Girault. Elles furent obtenues par injection de sperme dans le col, qu'il fallut faire plusieurs fois, deux jours après les règles. Il opérait à l'aide d'une sonde uréthrale contenant le liquide, et par l'autre bout de laquelle il le poussait par insufflation (Girault, l'Abeille médicale; Paris, 1861, n"48, du 50 nov). En 1869 {loc. cit.) M. Girault a publié toutes ses observations au nombre de douze, qui exigèrent vingt-sept injections, faites comme il vient d'être dit, et dont la première date de 1858. Sur deux femmes seulement elles ne furent pas suivies de grossesses et elles ne causèrent jamais d'accidents.
Marion Sims [loc. cit., 1866) a publié en détail le fait d'une fécondation artificielle survenue à la suite d'injections de quelques gouttes à une demigoutte de sperme dans la cavité du col, à l'aide d'une seringue chauffée munie d'une longue canule. Ces injections furent pratiquées à douze reprises, une fois chaque mois, soit un à deux jours avant les règles, soit sept ou huit jours après. L'injection d'une seule goutte, qui amena la grossesse, fut faite le sixième jour après la cessation des règles (p. 444 et 455). Il cite J. Hai'ley comme n'ayant eu que des insuccès.
Après Sims, M. Gigon a publié une observation datant de 1846, relative à un cas dans lequel une injection de sperme faite le lendemain de la fin des règles,
Cii. RoBix (À 'suivre)