‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.37Chapitre 44 sur 65 · HOMMES. FEMMES · texte numérisé non relu

HOMMES. FEMMES

l\ouveau-né 400 360

Deux mois 540 SIO

Un an 900 850

Trois ans 1,080 1,010

Dix ans 1,500 1,250

De vingt à soixante ans .... 1,450 1,300

Ces données anatomiques sont encore fort incomplètes ; là elles ont porté sur un trop petit nombre de races pour que l'on puisse affirmer qu'elles sont générales et primitives. La situation des femmes dans la société européenne est trèsspéciale ; elle ne permet ni le développement intégral de leurs facultés mentales, ni même celui de leurs aptitudes physiques prœter genitalia. Or c'est le moins que l'on puisse accorder aux lois de l'hérédité que d'admettre que l'hérédité de différences minimes les accentue par accumulation d'une manière en quelque sorte indéfinie.

Il était du plus haut intérêt de savoir si aux temps extrêmement reculés de l'existence des hommes sur la terre les différences que nous venons d'exposer se présentaient avec les mêmes caractères. Broca, dans son célèbre mémoire sur les Crânes de la caverne de l IIonime-Mo7't (Lozèie), a traité cette question avec une . précision d'analyse incomparable, et il en a déduit des conséquences sociologiques d'une grande portée. Les crânes en question, qui appartiennent à une époque intermédiaire entre la pierre taillée et la pierre polie, étaient au nombre de 21, dont 7 hommes, 6 femmes, 5 individus de sexe douteux et 3 enfants. Or, les différences sexuelles se sont ici trouvées sensiblement différentes de ce qu'elles sont dans les races contemporaines ; d'abord les 6 femmes ont offert un indice céphalique moyen de 73,13, tandis que l'indice moyen des 7 hommes était de 71,45- Ce fait tout à fait exceptionnel tiendiait à ce que, la largeur du crâne étant à peu près dans les deux sexes la même, celui des hommes était absolument plus long, et que les excédants de longueur portent presque entièrement sur la moitié postérieure du crâne.

Un second résultat tout à fait inattendu, c'est que la capacité crânienne des 18 crânes de la série s'est élevée à 1545,88'^'^, savoir : 1606,50'^'^ pour les hommes, 1507" pour les femmes. Or, 123 Parisiens modernes ont donné pour capacité moyenne 1480,52" seulement, savoir: hommes 1480,52", femmes 1357.

11 suit donc de ces recherches : 1° que la capacité crânienne des individus de la caverne de IHomme-Mort (pierre polie) est plus élevée de 48", que celle des contemporains ; 2" que les différences sexuelles, qui s'élèvent à 220,7" chez les Parisiens modernes, ne sont que de 99,50 chez les individus de la pierre polie.

Ces faits, qui venaient en apparence contredire d'autres faits à l'aide desquels le même auteur avait établi que, depuis le douzième siècle, la capacité du crâne parisien s'était accrue de 35"^, ont reçu une explication qui repose sur les différences qu'introduit la civilisation dans la valeur moyenne des races. La société

civilisée soutient, conserve et utilise les faibles, et les qualités personnelles ne sont pas indispensables à la prolongation de la vie. C'est à cause d'eux que les moyennes s'abaissent ; c'est parce qu'ils ne sont pas représentés que les moyennes sont si élevées dans les crânes de la caverne de l'IIomme-Mort. Mais laissons cette interprétation du premier point, pour en venir au second, ([ui concerne plus spécialement notre sujet. Nous avons dit que la capacité crânienne offre entre les deux sexes, à Paris, une différence de 220'^'= au détriment des femmes, et qu'elle était seulement de 99,50 dans les races préhistori(iues de la Lozère. Réduite eu centièmes, la supériorité cubique des Parisiens sur leurs lemmcs est de 16,50 pour 100 ; elle se réduit à G,CO pour 100 pour les hommes de la caverne en question : on voit donc que la civilisation tend à exagérer les différences peut-être initiales des deux sexes. Broca en donne l'explication en termes si parfaits, que nous ne résistons pas au plaisir de les reproduire :

« Rien ne varie, dit-il, comme la position et le rôle de la femme dans les sociétés civilisées ou barbares ; mais il est clair que, d'une manière générale, les progrès de la civilisation tendent de plus en plus à lui assurer la protection de l'homme. Membre respecté de la famille, elle y concentre ses soins pendant que l'homme lutte au dehors pour l'existence. L'organisation sociale, qui atténue déjà, du moins pour celui-ci, la dureté des lois de la sélection naturelle, les adoucit bien plus encore pour elle : elle se trouve donc, par rapport à l'homme, dans des conditions assez analogues à celles où le civilisé, soutenu et protégé par "la société, se trouve par rapport au sauvage qui ne se soutient que par ses propres forces. Et, de même que nous avons vu tout à l'heure la civilisation introduire dans une race des conditions de nature à faire décroître le volume moyen du cerveau {l'auteur fait allusion ici au volume du cerveau des nègres américains esclaves, inférieurs à la moyenne des nègres libres d'Afrique), de même nous trouvons dans l'état social de la femme civilisée des conditions de nature à exagérer la ditféreuce qui existera uaturellcment entre le volume de son cerveau et le volume du cerveau de l'homme. Ces conditions n'existent généralement pas chez les sauvages. Leurs femmes prennent part aux travaux, aux luttes, aux dangers de la tribu. Elles subissent presque à l'égal de l'homme les lois de la sélection naturelle. Elles vont à la chasse, à la pèche, au combat même. La femme de Cro-Magnon était morte d'un coup de hache qui lui avait ouvert le crâne, et on n'a pas oublié que l'une des femmes de la caverne de l'Ilomme-Mort porte les traces d'une ancienne et grave blessure du crâne. C'est d'ailleurs un fait bien connu que, chez beaucoup de peuples sauvages ou seulement barbares, la constitution de la femme diffère bien moins qye chez nous de celle de l'homme. On ne peut élever cette! remarque à la hauteur d'un principe général, parce que chez les sauvages eux-mêmes la position de la femme est très-variable, depuis l'esclavage le plus abject, qui la ravale au rang d'un animal domestique, jusqu'à l'émancipation plus on moins complète qui l'associe à la vie publique de sa tribu. »

La question est souvent posée parmi nous de savoir si par nature les femmes sont aptes à remplir certaines professions, et si leur destinée est plus particulièrement tracée dans leur structure. C'est naturellement à l'anatomiste, au physiologiste, au médecin, de répondre ; mais, bien loin de s'appuyer sur des faits, celuici s'engage généralement, comme le public, dans une solution de sentiment, qui manque de support. A vrai dire la question est pendante et les faits ne suffisent pas au point où nous sommes pour la résoudre définitivement. Il est,

en effet, difficile de faire la part de la culture sociale et celle de la nature dans les générations modernes. Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'en différents temps et en divers lieux les femmes se sont montrées à la hauteur de toutes les tâches que la destinée leur a confiées dans toutes les sphères de l'activité humaine, bien qu'elles n'y eussent pas été préparées en général par leur éducation. « Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'il y a des choses où elles n'ont pas réussi aussi bien que les hommes, dit Stuart Mill, qu'il y en a beaucoup où elles n'ont pas obtenu le premier rang ; mais il y en a fort peu, de celles qui dépendent seulement des facultés intellectuelles, où elles n'aient pas atteint le second. »

Ceux qui ont sur le rôle social des femmes une théorie préconçue et qui croient à une cause finale, à une prédestination, ont leur siège fait. Ayant observé autour d'eux dans un cercle restreint, ils déduisent leurs opinions de leurs habitudes invétérées sur la subordination et le cantonnement de l'activité féminine. Qu'ils aient tort ou raison, ce n'est pas le lieu de l'examiner ici ; nous ne soutenons pas une thèse d'économie sociale. Mais à prendre les faits sans commentaire nous pouvons dire avec Stuart Mill que, si aucune femme n'a égalé Homère, Aristote, Michel-Ange ou Beethoven, on dépasse toute règle logique à conclure qu'elles en sont incapables. Les faits négatifs ont peu de valeur et laissent le champ ouvert à la possibilité. Mais les faits positifs ont plus de poids, et il suffit de nommer Elisabeth, Jeanne d'Arc, Marie-Thérèse, Sapho, Hypathie, Marguerite d'Autriche, Mme Somerville et tant d'autres, qu'il serait oiseux de citer, pour que l'on cesse de contester le degré de force mentale auquel les femmes peuvent atteindre. Pour nous en tenir à des faits appréciables des contemporains, chacun ne sait-il pas que, depuis que l'usage s'est introduit parmi nous d'ouvrir aux femmes l'accès des Facultés, celles qui s'y sont présentées, dans l'ordre des sciences et de la médecine, ont tenu un rang au moins égal à celui de leurs condisciples ?

Dans l'ordre des qualités morales, les femmes ne montrent pas moins de courage, moins de constance, moins de discipline que les hommes.

L'ethnologie en fournit une preuve convaincante : en effet, s'il est une carrière aussi étrangère que possible à notre conception idéale des fonctions sociales des femmes, c'est assurément celle des armes. Eh bien ! ne voyons-nous pas qu'au Dahomey les « Amazones », au nombre de six ou huit mille, constituent l'armée la mieux disciplinée, la plus courageuse, la plus glorieuse et j'ajoute la plus féroce que jamais aient produites les races aux cheveux crépus et à la peau noire ? Vouées au célibat, entraînées dès l'enfance aux exercices les plus énergiques, elles dépassent, dit-on, toutes les autres troupes de S. M. le Roi de Dahomey.

Si nous abordons enfin les fonctions inférieures, n'est-il pas à la connaissance de tous que, pour peu qu'elles y soient entraînées par la coutume, la force ou la nécessité, les femmes fournissent à un certain âge un travail musculaire aussi considérable que les hommes? Dans la moitié du monde peut-être la culture des champs est faite par la main des femmes ; en France même, n'y a-t-il pas des régions où la plus grosse somme de ce dur labeur est leur lot? Voit-on souvent les hommes apporter au' travail la continuité, l'ardeur d'une veuve qui a ses enfants à nourrir? Ici le travail est souvent poussé jusqu'à l'héroïsme. Enfin, dans les fonctions publiques, dont le nombre toujours croissant a nécessité par mesure d'économie l'emploi des femmes, dans les postes, la télégraphie, l'enseignement, voit-on les femmes tenir une place inférieure et rendre moins de

services que leurs virils collègues ? Ces faits, qu'il serait facile de multiplier, ne permettent pas d'admettre une incapacité déterminée des femmes, ni de reconnaître comme physiologiques et conformes aux faits les vues sentimentales qui, partant de cette donnée erronée que toutes les femmes sont mariées et mères (elles sont en grande majorité veuves ou filles) , voudraient leur imposer à priori le confinement domestique. Qu'à ce confinement, qu'à cette limitation du rôle social des femmes il y ait quelque avantage, quelque bien à attendre, c'est là une question que je ne me permettrai pas d'aborder à cette place. Stuart Mill, dans son récent écrit {de l'Assujétisse77ient des femmes, p. 192), vient de la traiter avec une largeur de vue et une précision telle que je ne puis qu'y renvoyer le lecteur. Ce que j'avais à dire, c'est qu'après avoir tenu compte de l'éducation et du milieu, ni la physiologie, ni l'expérience, n'apportaient un appui quelconque à la thèse de la prédestination des femmes.

Ce serait ici le lieu d'examiner les relations qui peuvent exister entre la condition sociale des femmes, celle du mariage d'une part et d'autre part la valeur anthropologique des groupes humains, races ou nations, leur fécondité, leur longévité, etc. A quelques points de vue et pour l'occasion seulement, ce travail a été accompli par notre collègue Bcrlillou à l'article Mariage. A d'aulrcs points de vue et quant à rensemble, les docuiueuls (jue nous ])ossédons sont encore trop incomplets pour que la question puisse être traitée avec quelque certitude. Le savant Yirey, dans l'article Femme du Dictionnaire des sciences médicales (t. XIV), a accumulé les exemples des peuples chez lesquels le sexe féminin obtenait la domination sur l'honmie ; mais la plus légère critique refuse à ces anecdotes de voyageurs ou d'historiens compilaletu's le moindre degré d'authenticité. Lubbock [Origin of Civilisation), Mac Lennan {On primitive Mariage), Morgan {Nomenclature of Relationships) , ont donné la liste des peuples chez lesquels la polyandrie a été en vigueur. L'Inde, le Thlbet, Ceylan, la Nouvelle- Zélande, les îles Aléoutienncs, les llurons, les Iroquois, les Algonquins, les Hereros, de la grande famille Bantou (Afrique Australe), ont fourni des exemples fort vraisemblables de cette coutume, qui n'assurait en rien la direction aux femmes. Tout au contraire, les femmes, en ce cas, sont en général un bien de famille que les frères seuls peuvent avoir en commun ; mais des conséquences sociales de la polyandrie nous ne pouvons tirer que de vagues présomptions. Il en est de même de la polygamie, dont les suites, au point de vue anthropologique, n'ont pu être encore rigoui'eusement appréciées.

On a prétendu que la polygamie engendrait un excès de naissance féminines, mais cette assertion tombe devant la statistique qui prouve que partout l'équilibre s'établit entre les deux sexes, sauf chez les Juifs qui, selon Darwin et Waitz, offrent constamment un excès de naissances masculines (Darwin, Descent of Man, 1, p. 301).

Selon Peschel {Vôlkerkunde, p. 222), la prépondérance des naissances mâles est générale pour les premier-nés ; l'almanach de Gotha donne pour les familles princières de l'Allemagne W^ premier-nés mâles contre 100 femelles, tandis que pour l'ensemble de la population allemande la proportion est de 106 : 100.

D'une façon générale, on peut dire que la polygamie est essentielle chez les peuples africains, tandis qu'elle est d'institution politique ou religieuse chez les Asiatiques, et qu'elle est exceptionnelle dans les autres parties du monde.

D'ailleurs, en parcourant l'histoire de la condition des femmes dans l'évolution

des Sociétés humaines, on est frappé du défaut de relation qu'elle offre avec l'état de la civilisation. Stuart Mill, entraîné par son sujet, a écrit les lignes suivantes : « L'expérience nous apprend que chaque pas dans la voie du progrès a été universellement accompagné d'une élévation d'un degré dans les positions sociales des femmes; ce qui a conduit des historiens et des philosophes à prendre l'élévation ou l'abaissement des femmes pour le plus sur ou le meilleur critérium, pour la mesure la plus commode de la civilisation d'un peuple ou d'un siècle » (Op. cit., p. 49). Mais cette assertion est loin d'être exacte, et l'on peut parfois avancer avec Virey que, plus la barbarie est extrême, plus les femmes semblent obtenir d'ascendant. Le jésuite Laffiteau a réédité, d'après Strabon, dans ses Mœurs des sauvages (1724), le terme de gynécocratie, pour exprimer ce qu'il voyait se passer chez les Algonquins, les Ilurons et les Iroquois, qu'il observait. Chez les lioschimans, les femmes jouissent d'une grande autorité. 11 est vrai que d'après Fritsch et Weisbach elles sont plus grandes que les ijommes de 4 millimètres. Ce qui n'est pas contestable, c'est que cette égalité des sexes coïncide avec un degré d'infériorité tel qu'ils sont bien plus voisins de l'orang ou du gorille que de Montes({uieu ou de Voltaire.

La condition sociale des femmes a été sujette à des fluctuations qui paraissent se dérober à toute loi. Les différentes couches sociales contemporaines offrent ceci de remarquable que les inégalités sont bien plus frappantes en haut qu'en bas. Par suite, l'inlluence féminine très-marquée, au point d'être le plus souvent décisive parmi les populations industrielles et agricoles, cesse d'être trèspuissante dans les classes supérieures, oii l'éducation a constitué, au profit des hommes, une supériorité marquée. Dans le gouvernement des groupes humains, la force, c'est incontestablement l'intelligence cultivée ; or, là où il n'y a que peu ou point de différence de cet ordre, l'égalité réelle s'iiccomplit proportionnellement. 11 n'est donc pas surprenant que partout où la sujétion des femmes n'a pas été le résultat d'une savante organisation telle que nous le montrent la Chine, l'Inde et l'Egypte, pays d'une haute civilisation, leur condition sociale a été fréquemment plus enviable. Mais la civilisation, dans sa tendance à diviser le travail, a toujoui's abouti à créer une femme artificielle, c'est-à-dire à développer certaines aptitudes en vue d'assurer la supériorité de l'office spécial, au détriment de la valeur d'ensemble. L'anatomie nous a montré que les différences sexuelles sont d'autant moindres que l'état social est plus voisin de la barbarie, ou que, parleur âge, les femmes ont perdu la plus grande somme des attributs de la sexualité. On peut donc considérer les lémmes modernes, avec leurs faiblesses et leurs qualités spéciales, comme des produits d'une certaine forme de civilisation, et non comme des victimes d'un reste de barbarie. 11 ne suit pas de là que cette forme de civilisation ne laisse place à aucune autre.

Les particularités anatomiques que présentent les femmes dans les diverses races humaines sont assez nombreuses. La forme extrêmement allongée des seins, le tablier de Vénus et la stéatopygie, apanage des Boschimans, sont les plus connues. C'est surtout chez les négi^esses de l'Afrique méridionale et notamment des Bantu (Caffres) que l'on a observé ces seins pyriformes qui permettent aux mères d'allaiter sur les épaules, tandis que le nourrisson est sur leur dos.

Le tablier de Vénus ou des IloUentotes est un allongement spécial des petites lèvres, qui atteint chez les négresses de 5 à 8 centimètres et chez les Boschimanes 15 et 18 centimètres. La circoncision des filles, fort en usage dans

la Haute-Égyptc, consisle dans le retranchement de cet appendice. Flower et Marrie (cités parTopinard, Anlhr., p. 574) ont observe une femme boschimane qui les faisait se rejoindre en arrière au-dessus de la région fessière. Selon Niebuhr, la circoncision des femmes est aussi pratiquée en Arabie. Avicenue en l'ait mention et conseille du même coup l'excision du clitoris, opération qui a été conseillée de nos jours par Backer-Brown de la meillenre foi du monde, au grand scandale de nos confrères anglais, qui le mirent à l'index. Topinard fait remarquer, à l'occasion du tablier, que, bien loin d'être un caractèie simien dans l'une des races les plus inférieures du monde, chez la femelle du gorille, les petites lèvres sont invisibles. Virey conqwre cette particularité à l'allongement des pétales de certaines Heurs, sous le même climat. Il cite les géraniums, qui ont les pétales supérieurs plus longs que les inférieurs, « afin de recouvrir les organes sexuels et les défendre du soleil trop ardent de l'Afrique. » Voilà une adaptation et une comparaison imprévues !

Quant à la stéatopijgie, elle consisle, on le voit, dans le développement de fesses graisseuses qui se rencontrent assez communément parmi un grand nombre de races du sud de l'Afrique, mais tout spécialement chez les Boschimaus. Selon Flower et Murrie [On Dissection of a Bnshmcm Woma7i. In Anlhrop. Review 1867), cet appendice monstrueux, qui parfois dépasse la crêle ilia(iue en hauteur, existait dt^à chez une jeune vierge de douze ans.

C'est à Cuvier que revient l'honneur d'en avoir le premier donné une bonne description, d'après la Vénus hottentote, dont le squelette orne les galeries au Muséum. E. Dai.ly.

FÉMORALE (ARTÈnE). Pour rapprocher la description de l'artère fémorale de ce qui est dit ailleurs des dispositions du canal crural, nous renvoyons cette description au mot Crurale (artère). D.

FÉMORO-CUT/lIXÉ (Nerf). Voy. LoMBAiRE (plexus).

FÉMORO-TIBIALE (ÂRTICOLATlOls). Voij. Genou.

FÉiVfUR (Aa'atomie). L'os de la cuisse est le type des os longs. Il est au membre inférieur ce que l'humérus est au membre supérieur. Analogue à ce dernier dans toutes ses parties, il le représente sous des formes plus accentuées fet plus complètes. Entouré de masses musculaires plus puissantes, qui l'enveloppent ou viennent s'y lixer, il se distingue par la solidité de ses apophyses, par le nombre de ses aspérités. Sur cet os, mieux que partout ailleurs, on peut étudier la disposition des tissus compacte et réticulaire, du tissu spongieux des extrémités, la forme du canal médullaire, toutes les questions qui se rattachent à la vascularité, à l'innervation, à la nutrition des os. L'étude des maladies du fémur met en évidence plusieurs lois importantes de la pathologie osseuse.

I. Anatgmie descriptive. Le fémur a la forme d'un levier coudé à angle obtus. Enclavé par sa tète dans la cavité cotyloïde, il se dirige en dehors, puis s'infléchit en bas et en dedans, se rapproche de son congénère, et vient reposer sur les plateaux du tibia, auxquels il transmet le poids du corps. Il a, en somme, une direction oblique d'autant plus prononcée que les cavités cotyloides sont plus éloignées l'une de l'autre, plus notable par conséquent chez la

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femme, toujours cagneuse dans une certaine limite, et exagérée dans les cas de genu valgum.

L'ensemble de l'os présente une courbure très-sensible à concavité postérieure, destinée à loger les muscles volumineux de la partie postérieure de la cuisse, et qui est souvent excessive chez les rachitiques. Une concavité interne, moins prononcée, correspond à la région des adducteurs. Suivant l'usage classique, je décrirai le corps et les extrémités du fémur.

A. Corps. Il est franchement prismatique et triangulaire, et cette forme, normale dans tous les os longs, n'est pas masquée ici, quoi qu'en disent quelques auteurs, par une torsion sur l'axe analogue à celle de l'humérus. Quelques mots suffiront à décrire les trois faces et les deux bords interne et externe, tant leur disposition est simple. La face antérieure, convexe dans tous les sens, lisse et unie, s'élargit inféi'ieurcment pour se continuer avec la poulie fémorale. Les faces externe et interne, planes ou légèrement excavées, regardent en arrière. Elles sont séparées de l'antérieure par deux bords mousses, arrondis, et suivant exactement la direction générale du corps. Toutes ces parties sont entourées par le muscle triceps, dont la portion appelée vaste interne prend insertion sur les trois faces et les deux bords. La partie la plus déclive de la face antérieure, en contact avec le cul-de-sac supérieur de la synoviale articulaire, donne attache à nn faisceau musculaire spécial, portion détachée du vaste interne, qui s'insère d'autre part à la partie la plus élevée de ce cul-de-sac. On l'appelle muscle sous-crural ou tenseur de la synoviale du genou.

Des trois arêtes du prisme fémoral, la postérieure, ou ligne âpre, est la plus remarquable. Saillante et rugueuse, comme son nom l'indique, elle donne insertion à un grand nombre de muscles. A sa lèvre interne s'attache le vaste interne du triceps ; à sa lèvre externe, le vaste externe ; dans l'interstice, les trois adducteurs, superposés et confondus en une insertion commune, et plus en dehors, la courte portion du biceps fémoral. Un peu au-dessus de la partie moyenne de la ligne âpre s'ouvre le conduit nourricier principal du fémur, obliquement dirigé vers la tête de l'os .

A ses deux extrémités, la ligne âpre se divise : inférieurement, en deux branches qui se portent vers les condyles, et dont l'interne s'efface au contact des vaisseaux fémoraux, qui en ce point contournent l'axe vertical du fémur pour se porter en arrière. La surface angulaire interceptée par ces deux branches constitue le fond du creux poplité ; sur elle s'appliquent les vaisseaux de la région et prennent insertion les fibres verticales du«ligament postérieur du genou. En haut, même bifurcation; les deux branches se rendent, l'une au grand, l'autre au petit trochanter; la première donne attache au grand fessier, la seconde au pectine. Au-dessous du petit trochanter, on voit partir de la lèvre interne de la ligne âpre une série d'aspérités obliquement ascendantes, qui contournent le bord interne, délimitent en avant la base du col, et aboutissent au bord antérieur du grand trochanter. Celte ligne rugueuse, qu'on peut décrire comme une troisième branche de division du bord postérieur de l'os, qui se terminerait en haut par une trifurcation, donne attache aux fibres les plus élevées du vaste interne.

B. Extrémité supérieure. Cette partie du fémur a longuement exercé la patience des anatomistes, qui l'ont mesurée dans tous les sens. Les méditations dont elle a été l'objet sont en partie justifiées par la fréquence de ses maladies, et notamment de ses fractures ; mais on aurait tort d'en exagérer la valeur. La

mensuration anatomique est un travail facile qui a séduit beaucoup d'auteurs, et auquel on peut toujours faire le même l'eproche : c'est qu'il consiste à réunir des chiffres, peu nombreux d'ordinaire, pour en tirer une moyenne arithmétique, c'est-à-dire fictive, représentée par un nombre qui peut n'avoir paru qu'une fois, ou jamais, dans le détail, et qu'on donne cependant comme la loi. A vrai dire, en ces matières, il n'y a que des faits particuliers ; ce qui est utile, c'est l'examen a?za///hVy«/e des limites dans lesquelles ils peuvent varier, mais il est rare que d'un chifiVe moyen, toujours idéal, on puisse rien conclure de sérieux. En ce qui concerne l'extrémité supérieure du fémur, si la forme générale de cette partie, la disposition du tissu spongieux, les modifications qu'il subit avec l'âge, etc., offrent de l'intérêt et aident à comprendre les faits patliologiques, les dimensions chiffrées et les mesures précises n'ont rien donné, que je sache, dont la chirurgie puisse tirer profit.

La tête, plus qu'hémisphérique, diffère de celle de l'humérus par plusieurs autres caractères. Elle est moins volumineuse, et exactement emboîtée par la cavité cotyloïde, oîi la pression atmosphéricjue suffit à la maintenir apphquée sans le secours des ligaments et des muscles, d'après l'expérience des frères Weber, très-contestable à un point de vue vraiment physiologique. Le cartilage qui recouvre la tète n'est pas plus épais au centre qu'à la périphérie, comme l'admet Cruveilhier pour les tètes en général; M. Sappcy a montré que son épaisseur est plus grande au point qui supporte la plus forte pression, c'est-àdire à la partie supérieure. Un peu au-dessous et en arrière du centre, on voit une dépression qui donne attache au ligament rond de la hanche. La ligne où s'arrête le cartilage, figurant assez bien deux courbes qui s'unissent à angle au niveau du bord supérieur et de la face postérieure du col, manjuc la limite entre ce dernier et la tête.

Le col fémoral soutient la tête à la manière d'un pédicule conoïde qui s'élargit en descendant; il est, dans toute son étendue, l'analogue du col anatomique de l'humérus ; le col chirurgical, qu'on ne décrit pas au fémur, serait représenté par une ligne transversale passant au-dessous du petit trochauter.

La direction et la forme du col doivent être étudiées avec soin. L'axe, continu avec celui de la tète, forme avec la diaphyse un angle à sinus inférieur, légèrement obtus. Le diamètre vertical est oblique en bas, en ari'ière et en dedans. Comme l'ensemble du col est aplati d'avant en arrière, il a deux faces : l'antérieure, plane, inclinée en bas, est limitée par la ligne rugueuse qui va du grand trochanter à la ligne âpre, en contournant le bord interne de l'os; la postérieure, concave transversalement, et convexe de haut en bas, représente une excavation profonde entre la tête et le grand trochanter. Le bord supérieur, concave de droite à gauche, est court et horizontal ; l'inférieur, plus long et trèsoblique, se dirige vers le petit trochanter. Par son extrémité la plus étroite, presque cylindrique, le col soutient la tête ; par son extrémité la plus déclive, ou sa base, il se continue avec la diaphyse, et avec la partie la plus antérieure du grand trochanter, qui le déborde en arrière. On trouve à chaque extrémité du col de nombreux orifices vascul aires.

Quand une fracture a lieu au niveau de la base, souvent le bord postérieur du fragment représenté par le col s'enfonce dans le tissu spongieux du trochanter, et en avant les deux fragments tendent à s'écarter. Dans le même cas, la fracture pourrait être à la fois intra-capsulaire en avant et extra-capsulaire en arrière (subtilité sur laquelle on a beaucoup trop insisté dans l'étude des frac-

tures du col), car l'insertion de la capsule de la hanche se fait en avant au niveau même de la base du col, tandis qu'en arrière elle passe sur la partie moyenne de la face postérieure, en laisse la moitié en dehors de l'articulation, et n'adhère même à l'os que par le tissu synovial qui la double.

Les détails de forme que je viens d'exposer peuvent varier dans certaines limites, qui ont été fort exagérées par Dupuytren et Chassaignac. Peut-être l'angle du col se rapproche-t-il un peu plus de l'angle droit chez la femme; cette tendance est plus marquée chez le vieillard, où se produisent à la fois l'abaissement et le raccourcissement de l'axe. Mais cette modilication n'est pas en général assez profonde pour qu'on puisse en faire une cause notable de l'abaissement de la taille chez le vieillard. Il faut savoir cependant qu'avec l'âge le col se tasse et se déforme, en même temps que son tissu se raréfie, et que la déformation peut cire portée assez loin pour qu'on ait confondu des cols séniles, indemnes de toute lésion, avec d'anciennes fractures consolidées.

Si maintenant on veut des chiffres, je dirai que, d'après M. Rodet, qui a fait des recherches très-précisés, l'angle du col est en moyenne de 150"; que, d'après M. Sappey, l'abaissement sénile mesure seulement 2" à 3°; que les variations individuelles, bien autrement grandes, sont comprises entre 144» et 121», ce qui montre bien l'inutilité d'une moyenne. M. Sappey donne encore les mesures suivantes : pour l'axe du col 58 millimètres ; pour le diamètre vertical 36, et pour l'antéro-postérieur 25 ; pour le bord supérieur 26, et pour le bord inférieur 42. On trouvera d'ailleurs autant de chiffres qu'on en pourra désirer dans la thèse de M. Rodet (Paris, 1844), et dans l'anatomie chirurgicale de Malgaigne. 11 suffira, je pense, d'y jeter un coup d'œil pour admirer, avec ce dernier auteur, les anatomistes qui prétendent mesurer jusqu'à un tiers de degré, et pour conclure à une grande réserve dans l'application de ces connaissances plus minutieuses qu'exactes à l'étude des lésions de la hanche, et en particulier des fractures du col.

Le grand troclianter est une éminence carrée, située au sommet de Tantale du fémur. Sa face externe est limitée en bas par une ligne rugueuse qui donne attache aux fibres les plus élevées du vaste externe. Elle est divisée en deux triangles par une autre ligne rugueuse, qui marque la limite inférieure de l'insertion du moyen fessier. La face interne est située tout entière, comme je l'ai dit, en arrière du col : de là une excavation profonde à l'union de ces deux parties. C'est la cavité digitale, où vient s'insérer l'obturateur externe, après avoir contourné de bas en haut le col du fémur. Au-dessus de l'insertion précédente, la face interne donne attache à l'obturateur interne et aux jumeaux. Au bord supérieur vient se fixer le pyramidal ; au bord antérieur, qui représente une facette irrégulière et verticale, le petit fessier ; au bord postérieur, qui se prolonge jusqu'au petit trochanter en forme de crête oblique, le carré de la cuisse. Quant au bord inférieur, il se confond avec la diaphyse. Ajoutons à ces détails un tubercule important, situé sur le bord antérieur, et qui sert d'insertion au faisceau supérieur de la capsule de la hanche.

Le grand trochanter déborde la crête iliaque d'un centimètre et demi environ, dans les deux sexes. Si la ligne bi-trochantérienne de la femme l'emporte sur celle de Ihomme à peu près d'un centimètre, cette différence est due à la largeur du bassin, et non à la saillie fémorale.

Le petit trochanter limite en bas le bord inférieur du col. C'est une éminence conoïde qui regarde en arrière et donne attache au psoas-iliaque. Il semble avoir

pour triple lacine la bifurcation interne de la ligne ùpro, la crcle oblique qui le relie au grand trocbanter et le bord inférieur du col fémoral. Au devant de lui se trouve une fossette où vient s'insérer le ligament de Berlin.

c. Extrémité inférieure. Le fémur repose sur le tibia par deux condyles. Le corps se renfle progressivement pour se continuer avec eux, de telle sorte que l'extrémité inférieure de l'os et la diapbyse n'ont enire elles aucune ligne de démarcation.

Chaque condyle est une masse osseuse irrégulière, à surface inférieure convexe, allongée d'avant en arrière, et encroûtée de cartilage ; ils forment ensemble une poulie articulaire. Vue par devant, la gorge de cette poulie est peu profonde ; le condyle interne est comme déjeté en dedans de l'axe du fémur ; le condyle externe est plus saillant en avant, un peu moins en arrière ; la ligne sinueuse marquant la limite antérieure du cartilage est plus élevée en dehors; si les deux condyles reposent sur un plan horizontal, l'axe delà diaphyse est très-oblique en lias et en dedans ; c'est l'attitude normale du fémur. Au-dessus de la poulie ou trochlée fémorale est une surface déprimée, criblée d'orifices vasculaires, tapissée par le cul-de-sac supérieur de la synoviale du genou, et (jui répond en outre à la face postérieure de la rotule, dans l'état d'extension de la jambe ; si l'articulation seflécliit, la rotule descend au niveau de la poulie condylienne, et la surface déprimée, qu'on appelle gouttière sus-trochléale, est en rapport avec le muscle triceps.

Vus par derrière, les deux condyles débordent le fond du creux poplité ; ils; sont séparés par une échancrure intercondylienne très-profonde, que remplissent les ligaments croisés du genou. Chacun de ces ligaments s'attacbe à une des faces condyliennes qui regardent l'échancrure, et qu'on appelle leurs faces profondes on poplitées. Cette insertion sera plus amplement décrite avec l'articula! ion du genou {voy. Genoo). Le cartilage revêt d'avant en arrière tout le condyle, ensuivant sa convexité, et laisse libres ses deux faces, profonde et superficielle. Cette dernière, qui me reste à décrire, présente les parties suivantes, quand on examine le fémur de profil : sur le condyle externe, une tubérosité médiane, oîi s'insère le ligament latéral externe de l'articulation du genou ; au-dessus de la tubérosité une dépression pour l'attache du jumeau externe ; au-dessous, une autre dépression où se fixe le tendon du muscle poplité, recouvert par le ligament latéral. Sur le condyle interne, même tubérosité, plus élevée et plus saillante, pour le ligament latéral interne ; au-dessus d'elle, un tubercule qui sert d'attache au grand adducteur de la cuisse. Le jumeau interne s'insère au-dessus et en arrière du condyle correspondant.

Conformation intérieure. Le fémur est pourvu d'un canal médullaire trèsétendu, occupant toute la diaphyse, remplacé par le tissu réliculaire au voisinage de l'extrémité inférieure, et s'arrètant au niveau du petit trochanter. M. Farabeuf a constaté qu'en sciant le corps du fémur à 8 centimètres au-dessus des surfaces articulaires du genou, on n'ouvre jamais le canal médullaire ; c'est là un fait qui ne manquerait pas d'intérêt, s'il était démontré que l'ouverture du canal médullaire est plus dangereuse que celle des aréoles du tissu spono-ieux. Ce canal s'élargit un peu de haut en bas, l'épaisseur du tissu compacte qui en forme les parois diminue progressivement, et en même temps la résistance du fémur. Aussi le lieu d'élection des fractures de la diaphyse est-il à l'union du tiers moyen avec le tiers inférieur de l'os.

Le tissu spongieux occupe les deux extrémités ; il y est entouré d'une mince

44i FÉMUR.

écorce de tissu compacte ; il se condense de plus en plus en approchant des surfaces articulaires. Une partie des trabécules dont il est formé se résorbant avec l'âge, le canal médullaire s'allonge et pénètre dans les épiphyses ; chez certains vieillards, il règne quelquefois jusqu'à la tête fémorale, et le tissu du col, remplacé en partie par la moelle, devient assez fragile pour se laisser briser par une simple contraction musculaire.

Un dernier point doit être noté dans la texture du col : l'écorce de tissu compacte qui l'entoure acquiert une épaisseur assez grande au niveau du bord inférieur, et forme là une sorte de contrefort qui prolonge la face interne de la diaphvse, et d'où partent plusieurs travées osseuses verticales qui vont se perdre au milieu du tissu spongieux de l'épiphyse. Évidemment, cet épaississement de la couche corticale contribue à la solidité du col ; mais je ne crois pas qu'il soit bien utile de l'étudier sous le nom nouveau d'éperon fémoral [calcar fémorale), de poursuivre minutieusement les phases possibles de son évolution, et de lui attribuer une influence décisive sur les variations de l'angle fémoral (Merkel, Cenlralblatt, 1873, n» 27, p. 417).

Je ne crois pas non plus qu'il faille attacher trop d'importance aux recherches de H. Meyer {Die Architeclur cler Spongiosa. In Arch. de Du Bois-Reymond et Reidiert, 1867). Gel auteur a montré que les trabécules du tissu spongieux ont une disposition déterminée, régulière, et spéciale pour chaque os. Il a représenté d'une façon schématique leur configuration dans plusieurs os, et en particulier dans la partie supérieure du fémur de l'homme. Inspiré par ce travail, J. Wolff {Ueber die innere Architeclur der Knochen und ihre Bedeiitung fiir die Frage vom Knochenioachsthum. In Virchow's ArcJiiv, 1870, t. L, p. 389) a donné du tissu spongieux de cette extrémité une description qui s'accorde avec celle de H. Meyer. Il a montré que les trabécules osseuses y affectent des directions toujours les mêmes et, pour ainsi dire, mathématiques. Il pense que la substance compacte du canal médullaire est constituée par la coalescence des trabécules du tissu spongieux, trabécules qui, écartées vers la région supérieure de l'extrémité du fémur, se rapprochent, s'accolent et se soudent successivement de haut en bas pour .constituer l'étui osseux compacte du corps de l'os.

Sans nous arrêter à cette dernière opinion, nous pouvons accepter la constance de la direction des trabécules. Mais il y a loin de là à conclure, comme l'a faitJ. Wolff, au renversement de la théorie de Duhamel, Hunter et Flourens, sur l'accroissement des os par juxtaposition. Il fait voir que la texture de l'extrémité supérieure du fémur est la même, quel que soit l'âge où on l'examine. Les planches photographiques jointes au mémoire ne permettent pas de douter de cette constance de la direction des trabécules à tous les âges. 11 se demande comment on pourrait expliquer ce fait en restant fidèle à la théorie de la juxtaposition. Pour lui, la persistance de la disposition géométrique du tissu spongieux ne peut se comprendre qu'à la condition d'admettre que chaque particule de ce tissu prend part également à l'accroissement du tout. L'argument semble détestable, mais je n'ai pas à m'étendre ici sur la théorie de l'accroissement des os {voy. Arch. de Phys., 1870, p. 531).

IL Anatomie comparée. Le fémur ne joue pas, dans la détermination des groupes de vertébrés, un rôle aussi important que les vertèbres, le pied ou la main. Cependant l'étude des modifications qu'il présente, quand on l'examine à travers la série animale, n'est pas dépourvue d'intérêt. Je ne puis en donner ici qu'une idée très-sommaire, en prenant pour guides les travaux de Huxley {Élé-

FÉMUR, iio

ments (Vanat. comp. des animaux vertébrés, trad. par M"'^ Bruuet, Paris, 1875), Chauveau {Traité d'anat. comp. des animaux domestiques, Paris, 1871), Thomas, de Tours [Éléments d'ostéologie descriptive et comparée de l'homme et des animaux domestiques, Paris, 1865), Siebold et Stannius [Nouveau manueUVanat. comp., Paris, 1850), etc.

a. Mammifères. La longueur du fémur est très-variable. Il est court chez les solipèdes, les ruminants, les phoques et les morses, les vionotrèmes ; il est encore plus court que la jambe chez \ei gerboises et les mérions, les kangiiroos, tous les insectivores et les chéiroptères. Dans les autres ordres, il est à peu près de la même longueur que la jambe, ou l'emporte un peu sur elle. Mais je ne veux étudier ses caractères que dans quelques groupes importants.

Primates. Le fémur des primates ressemble à celui de l'homme par l'ensemble de ses caractères. La face antérieure est légèrement arrondie, l'arête postérieure en forme de ligne âpre, les deux diamètres antéro-postérieur et transverse à peu près égaux, la coupe de la diapliyse triangulaire. Cependant la forme se modifie quelque peu chez les anthropoides, et le fémur des grands singes qui, dans leur ensemble, se rapprochent le plus de l'homme, s'éloigne du type humain à certains égards. Voici en peu de mots les analogies et les différences, observées sur le fémur du gorille : le fémur est plus court que l'huméi'us ; il est plus court que le fémur de l'homme, plus massif et plus convexe en avant. Son col, d'un volume à peu près égal, paraît plus mince eu égard aux dimensions du grand et du petit trochanter. Les émincnces sont de tous points analogues à celles de l'homme, la ligne âpre est plus large, sa bifurcation supérieure et externe vient se confondre, non avec le bord postérieur, mais avec la face externe du grand trochanter. Les condyles rappellent tout à fait ceux de l'homme : le condyle interne est déjeté de la même façon, et dépasse en arrière la surface articulaire de l'externe. Mais le point le plus intéressant, c'est la largeur de la diaphyse et le rapport de ses deux diamètres. Chez l'homme, les deux dimensions sont à peu près égales : la largeur étant 100, l'épaisseur est en moyenne 104,8, et ce rapport, qu'on nomme indice de section, est sensiblement le même que dans les trois dernières familles des primates. Chez le gorille, la forme triangulaire disparaît, l'os est aplati, les faces interne et externe se confondent en une face postérieure ; l'indice peut descendre jusqu'à 77,6, d'après les mesures de M. Broca (il est de 86 en moyenne chez les anthropoïdes). Le fémur du gorille est donc relativement plus large que celui de l'homme ; il l'est aussi d'une manière absolue, car, la largeur de l'os étant 100 chez l'homme, elle a varié de 120 à 146 sur cinq gorilles observés par M. Broca.

Chose curieuse, le fémur humain de l'âge de la pierre polie diffère encore plus du fémur des anthropoïdes que celui de nos jours. Chez les anciens habitants de la Yézère (aux Eyzies), il offre une épaisseur plus grande encore que dans les races modernes, ainsi que j'ai pu le voir sur les fémurs antiques présentés par M. Broca à son cours d'anthropologie. Comme le fait remarquer le savant professeur, sa ligne âpre est remplacée par une véritable colonne osseuse, épaisse et verticale, dont la présence accroît sensiblement son diamètre antéro-postérieur Si on examine successivement le même os à l'âge de pierre, à l'âge de bronze, etc. on voit que la ligne âpi-e se modifie graduellement pour arriver à sa forme actuelle. Ainsi, plus on remonte dans les races préhistoriques, plus le fémur humain s'éloigne du fémur des anthropoïdes, au lieu de s'en rapprocher, et les DICT. E.\C. i' s. L 29

FEMUR.

adversaires du transformisme pourraient invoquer ce fait en faveur de leur doctrine.

M. Broca, dans une récente leçon, a donné le tableau suivant des indices de section du fémur dans plusieurs groupes de mammifères :

53 Français 10i,8

A Nègres 114,5

Nubiens l'-20

Cro-magnons 121,87

AHNTUOPOÏW.S.

6 Gorilles 77,6

Orang 76,9

4 Chimpanzés 87,5

5 Gibbons 95,5

PITDÉCIEÎIS.

4 Semnopitlièques I0ô,5

2 Ceicopillioques 105

2 Cynocéphales 103,5

2 Mafrots 101,6

Atèle 90

Mycète 90

Cébus i08

CAr.MvonES.

4 Chiens 104,5

Chat 111,1

Lion 1-21

Ours ill

Phoque 55,6

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