II. Bj
FÉRULE {Feruîa T., Imt., 321, t. 170). §1. Botanique. Genre de
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plantes de la famille des Ombellifères, Uibu des Peiicédanées, dont les caractères généraux sont ceux de ce groupe, et qui se distingue, en outre, par les traits suivants. Le réceptacle floral, proi'ondément concave, comprimé, porte, insérés sur les bords de son étroit orifice, cinq sépales, petits, dentifonnes (qui l'ont même totalement défaut dans certaines espèces), et cinq pétales égaux ou plus souvent inégaux, larges, rétrécis à la base, à sommet aigu ordinairement court, infléchi, entier ou à peu près, à nervure dorsale fréquemment peu prononce ou invisible, de couleur jaune ou blanche. Les étamines, au nombre de cinq etalteinipétales, ont des filets d'abord infléchis et des anthères biloculaires, inlrorses ou à loges latérales, déhiscentes par deux fentes longitudinales. L'ovaire, enchâssé dans la cavité du gynécée, est couronné d'un épais disque épigyne, ondulé sur les bords et surmonté des deux divisions stylaires, stigmatifères à leur sommet. Les fruits (représentant l'ovaire infère et le réceptacle qui l'enveloppe) sont des diachaines orbiculaires , ellipsoïdes ou ovales, plans, comprimés parallèlement à la cloison, légèrement convexes en dehors, le plus souvent glabres. Les côtes primaires dorsales et intermédiaires sont linéaires, peu saillantes ou non proéminentes. Les latérales sont grêles ou aliformes, souvent doublées d'un bord nerviforme, étroitement contiguës et formant ce qu'on aj)pelle à tort l'aile du fruit. Les bandelettes sont souvent en nombre indéfini, verticales, complètes ou incomplètes, brunes, bien visibles ou peu distinctes, parfois au nombre d'une, deux ou trois dans chaque vallécule (nombres qui varient d'un fruit à l'autre sur une même plante). Le carpophore est divisé dans toute son étendue en deux fds rigides, grêles. Les graines, construites comme celles des Ombellifères en général, sont fortement comprimées par le dos et ordinairement larges et très-peu épaisses. Les Férules sont des plantes herbacées, vivaces, souvent de grande taille et très-ornementales. Toutes leurs })arties sont fréquemment "lauques, plus ordinairement glabres que tinement pubescenles ou légèrement rugueuses. Les feuilles, parfois très-grandes, complètes ou incomplètes, avec une "aîné très-développée dans la partie supérieure des rameaux et devenant une sorte de spathe qui enveloppe les inflorescences, sont pourvues plus bas d'un limbe fort développé, décomposé-penné, à divisions ultimes presque toujours filiformes, petites, étroites, plus rarement larges, dentelées ou plus ou moins décurrentes sur le rachis ou ses divisions. Les fleurs, hermaphrodites ou polynames, sont disposées en ombelles, généralement terminales, disposées en une o-rappe plus ou moins ramifiée. Les rayons des ombelles sont nombreux, souvent trlabres, ombellulifères, avec un involucre et des involucelles fort peu développés ou tout à fait nuls, dont les bractées sont entières et le plus souvent fort courtes, quand elles existent. On distingue une soixantaine d'espèces de ce "enre ; elles appartiennent, en Europe et en Asie, à la région méditerranéenne et s'étendent à l'est jusqu'à l'Asie moyenne.
Les Férules ne peuvent guère se distinguer des Peucédans par des caractères absolus. Les auteurs les plus récents ne les séparent pas génériquement des Ferulaqo qui ont les côtes dorsales et moyennes des carpelles plus saillantes et un exocarpe se séparant facilement de l'endocarpe avec les côtes et les bandelettes comme il arrive dans certains Cachyrs. Leurs fleurs sont souvent blanches. On peut donc admettre là deux sous-genres : Ferulago et Ferularia (DC), c'est-à-dire les Férules proprement dites. Ces dernières ont été partagées par M. Boissier en trois sections :
a. Peucedanoides. — Fruits à bandelettes solitaires dans chaque vallécule et
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larges. Pétales acuminés et iuvolutés au sommet (ex. Ferula orientalis, lycia, tatarîca, sinaica, anatolica, ovina, caspica, Narthex, etc.).
b. Euferula. — Fruits à bandeletles au nombre de deux ou trois dans chaque vallécule (rarement solitaires par avortement). Pétales acuminés, involutés au sommet [F. tingitana, persica, communis, etc.).
c. Scorodosma. — Fruits à bandelettes nombreuses, très-ténues et indistinctes, situées dans les vallécules et la commissure, représentées seulement par de très-fines stries. Pétales ovales ou obovales et obtus {F. Asa-fœtida, al-
liacea, etc.).
Le classement qui précède ne s'applique, il est vrai, qu'aux espèces orientales du genre. MM. Bentham et Hooker {Gen., I, 917), qui ont uni les Ferulago aux Fenda (et qui* auraient dû admettre, par conséquent, qu'il y a d'autres couleurs dans les pétales de ce genre que le jaune), y ont aussi adjoint les Uloptera (Fenzl, in Endl. Gen. SuppL, III, 85), qui ont des fruits garnis d'ailes marginales ondulées; les Xanthogalum, qui ont des fruits ailés avec des bandelettes solitaires dans chaque -vallécule ; XHammatocaulis de Tausch, qu'ils croient être le Ferulago nodosa Boiss., et YEriosgnaphe (DC, Prodr., IV, 175; 3Iém. Ombellif., 50, t. i) qui paraît en avoir été séparé à tort à cause de ses carpelles tomenteux en dedans, vers la commissure. Peut-être, un jour^ consentira-t-on à ne regarder que comme section du genre Fenda les Dorema, qui ne s'en distin^-ucnt que par la disposition en grappes composées de leurs ombellules florales.
Les Ferula les plus importants pour la matière médicale sont d'abord ceux qui produisent de l'Asa-fœtida. A l'époque où nous avons rédigé la partie botanique de ce mot pour le Dictionnaire encyclopédique (part. I, vol. VI, p. 419), nous ne connaissions d'une l'açon à peu près sulïisante qu'un des Ferula qui fournissent cette drogue et nous n'étions pas en mesure de contester les résultats obtenus par les botanistes anglais qui, la plupart, ont confondu le Narthex de Falconer avec le F. Asa-fœtida de Linné et des auteurs de son temps.
Nous devons encore considérer cette dernière espèce comme la principale de celles qui donnent V Asa-fœtida de Perse et du Turkestan, et c'est à elle que se rapporte tout ce qu'a dit Kaempfer, dans ses Anucnitates exoticœ, au sujet de son Asa-fœtida disgiinensis, et que nous avons en partie reproduit dans l'article du Dictionnaire encyclopédique auquel nous venons de faire allusion. Établissons donc sommairement la caractéristique de la Férule à Asa-fœtida persan :
Ferula Asa-fœtida L., Mat. med., 79. — DC, Prodr., IV, 175, n. 18. — Boiss.,F/. or., II, 904, n. 28 (nec Boiss., et Bohse, Aufz., 100; nec Mart., in Mill. Dict., n. 9). — Assa fœtida K.empf., Amœn. (necHoPE, in Philos. Trans. (1785), 36, t. 3, 4). Cette espèce à laquelle on en a rapporté à tort plusieurs autres comme synonymes, et notamment le F. persica W. et le F. ISarthex, dont il sera question plus loin, est cependant parfaitement connue dans tous les détails de son organisation, depuis que M. de Bunge l'a étudiée à fond, dès 1848, dans les Délecta semina Horti dorpatensis (p. III), et en 1854, dans les Mémoires présentés à V Académie des sciences de Saint-Pétersbourg par divers savants étrangers (VU, 505), sous le nom de Scorodosma fœtiduni, sans savoir qu'elle était identique au Ferula Asa-fœtida de Linné, c'est-à-dire à Y Asa-fœtida disgunensis de Kaempfer que M. Borszczow a, au contraire, identifié au Scorodosma fœtidum, en étudiant ce qui reste de l'échantillon de Kaempfer dans l'herbier du Bristish Miiseum. C'est dans les Mémoires de V Académie impériale
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des sciences de Saint-Pétersbourg (série 7, III, n. 8) que M. El. Borszczow a publié, en 1860, son remarquable mémoire intitulé : Die Pharmaceutisch-Wichtigen Ferulaceen des Arcdo-Cnspischen Wilste, travail accompagné de huit belles planches, dont les deux premières sont consacrées au Scorodosma fœtidum Bge, c'est-à-dire au Ferula Asa-fœtida L. Celui-ci est une plante haute de 2 à 4 mètres, à tige très-épaisse, dressée, arrondie, avec une racine pivotante, simple ou peu divisée, très-épaisse, qui a été représentée par Kscmpfer et qui est coupée en travers pour la récolte du suc à odeur fétide qu'elle contient en abondance (ainsi qu'il a été dit au mot Asa-fœtida). La tige est feuillée intérieurement et supérieurement divisée en rameaux d'inflorescence, constituant ce qu'on a appelé la panicule terminale. Les feuilles sont finement pubescentes et chargées de glandes ténues ou d'un fin tomentum blanchâtre on cendré. Les radicales sont pétiolées, amples, ternatiséquées, à divisions biponnatiséquées, partagées elles-mêmes en segments oblongs-lancéolés, obtus, décurrents sur les divisions du rachis. Leurs gaines sont larges, membraneuses, oblongues. A labase de l'inflorescence, les feuilles sont représentées par ces gaines, membraneuses, plus ou moins cucullées. Les feuilles caulinaires ont environ un demi-mètre de long, et les segments de leur limbe ont de deux à six centimètres. Les divisions de l'inflorescence sont épaisses, finalement très-épaisses, longues (dans la plante fructifère) de deux à cinq centimètres. Chaque ombelle porte de vingt à trente rayons et des pédicelles Irès-courts, villeux, finalement épaissis. La fleur, assez grande pour le genre, a un calice nul ou à peine visible, des pétales jaunes, glabres obovales-obtus, des étamines à filets d'abord fortement incurvés, à anthères jaunes, un ovaire comprimé, villeux, surmonté de deux branches stylaires d'abord dressées et de plus en plus réfléchies à mesure que la fleur avance en âge. Les deux méricarpes, ovales ou snboibiculaires (longs de cinq à six lignes, sur quatre lignes ou quatre lignes et demie de large), sont à peu près glabres ou chargés de poils courts, çlair-semés, ceints d'un bord de moitié plus large que la graine, avec les côtes dorsales proéminentes et les bandelettes des vallécules et de la commissure indistinctes à l'œil nu, représentées (à la loupe) par de fines stries en nombre indéfini. Cette espèce, à laquelle les Kirghises doiment le nom de Sassyk-Kurai ou Karai, et les Boukhares, celui de Kaivar, habite les plaines pierreuses et les sables salés de la province de Khorassan en Perse et les environs d'Hérat dans l'Afghanistan. Ksempfer l'a vue dans les montagnes de la Perse méridionale, dans la province de Lar. Pallas, qui en 1777 avait envoyé à Guthrie deux racines d'une plante qu'il dit être le véritable F. Asa-fœtida, les donnait comme provenant des montagnes deGliilan en Perse. D'après Lehmann, la plante croît dans tout le Turkestan méridional, « jusqu'au fleuve Syrdarja. »
En d851, sir Hugh Falconer crut avoir trouvé dans l'Inde, « in valle Astore vel Hussorah dicta prope Indiim, idtra Cashmeer », V Asa-fœtida disgunensis de Ksempfer. Il décrivit cette plante (in Trans. Linn. Soc, XX, 285) sous le nom de Narthex Asa-fœtida, et la donna à tort comme synonyme de Ferida Asa-fœtida L. MM. Bentham et Hooker {Gen., I, 918) ont partagé cette manière de voir en considérant le Narthex de Falconer comme « genus ad F. Asa-fœtidam propositum. y On sait aujourd'hui qu'il n'y a pas identité entre les deux espèces.
Le Narthex de Falconer est, en effet, un Ferula distinct de l'espèce linnéenne, et qui n'habite pas le même pays. Falconer l'avait récolté près de Boosthôn, où les indigènes l'appellent Sip ou Sûp. M. Boissier lui a donné le nom de Ferula Narthex. C'est, au dire de Falconer, une grande plante vivace, haute de 5 à 8
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pieds, à racine fusiforme, simple ou ramifiée, longue d'un pied ou au delà, large d'environ 3 pouces à la partie supérieure, avec une surface d'un gris foncé, corruguée en travers. Son sommet s'élève au-dessus du sol, chargé, comme dans le F . Asa-fœtidaL. ,cVun revêtement fibreux de couleur foncée (vestiges d'anciennes feuilles des années précédentes). Son écorce est épaisse et se détache facilement du bois qui, comme elle, abonde en lait blanc, opaque, d'une odeur alliacée très-fétide. Les feuilles, rapprochées autour de la base de la tige, sont nombreuses, larges et étalées, longues d'environ 18 ponces dans la plante adulte, d'un vert clair en dessus, plus pâles en dessous et de la consistance d'un cuir sec. Les pétioles sont arrondis, amplexicaules et creusés à la base, Irifurqués un peu plus haut, les divisions se séparant les unes des autres comme les branches d'un trépied et bipinnatiséquées. Les segments du limbe sont linéaires-lingulés, plus ou moins obtus, entiers ou lobés-sinués, tantôt alternes et tantôt opposés, presque tous insymétriques et décurrents sur les divisions des nervures, de manière à former avec elles un canal aliforme. La nervure médiane proémine fortement en dessous, et les nervures s'anastomosent en un riche réseau. Les feuilles observées sur un jeune pied en végétation avaient à peu près 9 pouces de long, les segments du limbe ayant de 2 à 4 pouces de long sur 4 à 6 lignes de large. La tige, dressée, cylindrique, simple, striée, avait environ 2 pouces de diamètre à sa base pleine, avec une moelle spongieuse traversée par des faisceaux fibro-vasculaires, recouverte de pétioles dilatés en gaine, sans limbe, et se terminant par une riche tète d'ombelles composées, sans involucre ni involucelles. Les rayons d'ombelle, au nombre de 10 à 20, partent d'une tête sphérique, dilatation du sommet de l'axe, et les pédoncules sont longs de 2 à 4 pouces. Les ombellules, dont les rayons sont très-courts, sont réunies fen nombre variable (de 10 à 20 dans les ombellules fertiles, et de 25 à 50 dans celles qui sont stériles). Les fleurs sont petites, les fertiles mêlées ordinairement aux stériles. Le réceptacle floral est bordé d'un rudiment de calice réduit à de très-petits points dentiformes. Les pétales sont petits, insymétriques dans les fleurs stériles, aigus, sans (?) acumen. Les stylopodes sonturcéolés et plissés, avec le bord sinueux. Les styles, filiformes, réfléchis sur le fruit mùr, sont courts, renflés à la base. Les fruits mûrs sont au nombre de 7 à 15 dans les ombellules et supportés par des pédicelles courts. La forme des méricarpes varie de l'elliptique-large à l'elliptique-obovale ; ils ont 5 ou 6 lignes de long sur 5 ou 4 de large, larges et minces, foliacés, quelque peu convexes au milieu, avec des bords dilatés, généralement insymétriques, inégaux, d'un rouge-brun foncé vers le centre, plus pâles vers les bords, parfaitement lisses, avec une surface quelque peu luisante. Il y a cinq côtes primaires dorsales, les trois médianes filiformes, légèrement cristées à leur point de réunion au sommet. Les côtes latérales sont moins développées, situées tout près des bords, plongées dans la substance de ceux-ci, mais distinctement visibles à la surface de la commissure et s'anastomosant avec la nervure médiane de cette dernière. Les bords dilatés sont aussi larges que l'espace occupé par les trois côtes médianes. Les bandelettes des vallécules dorsales sont larges, occupant toute la cavité des vallécules s'étendant de leur base à leur sommet, ordinairement solitaires, mais quelquefois doubles dans l'un ou l'autre des sillons médians, et généralement doubles ou dichotomes dans les latéraux, avec une petite branche sur le côté le plus large du bord, gorgées de suc fétide. Les bandelettes de la commissure, au nombre de quatre à six, sont très-inégales et variables. L'une d'elles, très-étendue, se bifurque souvent en deux branches fines, confluentes au
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sommet, placées contre chaque bord de la nervure médiane. Une autre, de la taille des bandelettes dorsales, est située plus extérieurement, et une troisième au côté interne du bord dilaté, sur le bord de la semence, plus df'lié, mais fréquemment subdivisée et interrompue de façon à recouvrir le bord d'un beau réseau de ramifications anastomosées. La graine est renflée, avec un albumen aplati. Les carpopbores sont bipartites, persistants, deux fois aussi longs que les pédicelles. La fleur est blanche, a dit avec doute Falconer, mais nous savons actuellement qu'elle est jaune.
Cette description si exacte a été reproduite par le Boto.nical Magazine {t. 5168), avec l'expression d'un doute sérieux sur l'autonomie du genre ISarthex. La plante communiquée par Falconer a été cultivée dans plusieurs jardins de l'Inde, notamment dans celui de Saharunpoor, où elle a prospéré et donné, sans incisions, une petite quantité d'Asa-fœtida identique à celui du commerce, dit Falconer qui l'a rapporté en Angleterre. Le rajah des Dardohs, Jubbar-Khan, auquel il avait montré son Narthex, lui a affirméquec'était bien là la plante au Ueeng, lequel est l'Asa-fœtida du pays. Cependant les Dardohs ne l'exploitent pas. Il est vrai que l'espèce n'est pas commune chez eux. C'est dans leur pays que se trouve sou cxlrcme limite géographie] ne. Elle croît dans tout le Turkcstan. Burnes l'a, dit-on, observée sur les monts Koosh. Elle existe dans le Bclouchistan, jusqu'au bord oriental de la vallée de l'Indus, et elle s'arrête à Astore, où l'a vue Falconer, non en fleurs, mais seulement en fruits. C'est principalement par son feuillage {Pœony-leaved habit, c'est-à-dire à feuillage dont l'aspect est celui d'une Pivoine) qu'il l'a distinguée des Férules. Mais nous savons que ce caractère est à peu près aussi celui du feuillage du véritable Ferula Asa-fœtida. M. Boissier, qui l'a nommée F. Narthex, l'a placée dans sa section Peucedanoides à cause de la disposition de ses bandelettes et de la forme de ses pétales. Son fruit, nommé par les indigènes Anjoodan, est employé par les médecins du pays. Un ami de Falconer, Ahud Meerza, a fait parvenir en Europe des graines qui ont réussi au Jardin botanique d'Edimbourg et qui sont vraisemblablement la souche de tous les pieds vivants qui existent aujourd'hui en Europe. Ils n'y sont pas nombreux et leur croissance est peu rapide. Tous les ans ils se couvrent dès la fin de l'hiver de quelques feuilles possédant, comme la racine tubéreuse, une forte odeur d'Asa-fœtida. Cependant les jeunes pousses sont potagères, au dire des indigènes. Dans un pied cultivé depuis cinq années au Jardin botanique de la Faculté de médecine de Paris, nous constatons tous les ans un développement de feuilles radicales qui ne durent qu'une couple de mois ; après quoi la plante rentre dans une période de repos d'une dizaine de mois. II en fut ainsi à Edimbourg pendant cinq ans. En 1859, M. Balfour annonça (in Gardenefs Chronide, 487) qu'en février, la plante, au lieu de produire des feuilles radicales, se développait en une longue hampe florifère qui atteignit neuf pieds de hauteur, se couvrit de fleurs, porta des fruits et permit de vérifier l'exactitude de la plupart des caractères attribués par Falconer à l'espèce. On croit qu'aujourd'hui celle-ci produit l'Asa-fœtida de l'Afghanistan, celui de Perse étant fourni par le Scorodoma ou Ferula Asa-fœtida {Pharm. Journ. Trans., 26 mai 1875, p- 945). Comme, d'après Hanbiu-y et Flùckiger {Pharmacogr., 285), l'Asa-fœtida est aujourd'hui exclusivement produit dans l'Afghanistan, il est bien possible qu'il soit dû tout entier au F. JSarthex. M. H. W. Bellew, qui dans un récit de voyage fait en 1857 {Journ. ofa Mission to Afghanistan, Londres (1862), 270) a décrit le mode d'extraction de l'Asa-fœtida dans le
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voisinage de Kandahar, a aussi, en 1872, constaté que la plante à l'Asa-foelida couvre en grande quantité les pâturages des plaines élevées et des collines de l'Afghanistan et de la province persane du Khorassan. De là la drogue est envoyée à Bombay, et surtout à d'autres ports de l'Inde d'où on l'expédie en Europe.
Le Ferula alliacea Boiss. {FI. or., II, 995) est encore indiqué comme une des sources de l'Âsa-fœlida. Aussi MM. Boissier et Buhse {Aufr., 100) l'avaientils nommé d'abord F. Asa-fœtida. C'est une espèce persane, du groupe des Scorodosma. et qui, haute de deux à quatre pieds, est très-voisine du S. fœtidum Bge, dont elle a à peu près les feuilles, longues d'un pied environ. 3Iais leurs nervures principale et secondaires sont moins épaisses, flaccides, et leurs segments, plus petits, sont dentés-lobés au lieu d'être entiers. Les rayons des ombelles ont un pouce et demi de long, et les méricarpes sont moitié moins grands que ceux du S. fœtidum, avec des bords plus étroits et des bandelettes très-obscures. Cette espèce, qui porte au Khorassan le nom de Anguseh, et près de Kerman celui de Yendebuy, a été découverte par M. Bush dans l'est de la Perse, près de Djendack et de Yezd, et au Khorassan, près de Schahrud, Nischapur, Mesched, et autour de Dehrachlindjan et de Kerman.
Aux Ferula se rapportent aussi certains Suynbul du commerce, autres que le Nard indien, produit par une Yalérianacée, le Nardostachys Jatamansi DG. Le Sumbul des Ombellifères est une drogue fétide, qui a été prescrite en teinture comme stimulante et tonique. On l'a surtout préconisée contre le choléra et comme substitutif du musc dans les affections ataxiques et adynamiques. C'est une plante du Turkestan, qui habite les montagnes à l'est de Samarcande, à une altitude de 3 ou 4 kilomètres. C'est un voyageur russe, M. Fedschenko, qui l'a découverte en 1869 et en a envoyé à Moscou des racines en 1871 ; la plante y fleurît la même année. Elle est surtout abondante auprès de Maghian, ville située sur la rivière de même nom, non loin de Pianjankent, petit établissement russe. M. Kauffmann (in ISouv. Mém. Soc. nat. Mosc, XII (1871), t. 24, 25) a décrit cette plante sous le nom de Euryangium Sumbul. Jlais le Jardin de Kew ayant reçu cette plante de celui de Moscou en 1872, elle fleurit dans un terrain pierreux et fut reconnue par M. J. Hooker comme une Férule qu'il a nommée Ferula [Eurijatigium) Sumbul {Bot. Mag., t. 6196). L'espèce se distingue dans ce genre par la largeur des bandelettes solitaires dans chaque vallécule. Du reste son port et son feuillage sont ceux de la plupart des Ferula. La hauteur est d'une dizaine de pieds. Elle a une racine fusiforme, longue d'un pied, couronnée d'un manchon de restes d'anciennes feuilles, spongieuse à l'intérieur et oorgée d'un suc laiteux fétide dont on a comparé l'odeur persistante à celle d'un musc putréfié. Son goût est amer et en même temps aromatique. C'est cette racine qui se trouve dans le commerce de la droguerie, sous forme de tranches d'un à cinq pouces de diamètre. Les feuilles qui s'insèrent à la base de la tige ont un pétiole long d'un pied et un limbe large de trois pieds, deltoïde, tripinnatifide, d'un vert pâle, finement pubescent. Les nervures des segments primaires et secondaires sont arrondies, laineuses à la base ; les segments ultimes sont lâchement pinnatifides, rhomboïdes, cunéiformes, obtusément crénelés, à sommet tronqué, d'un vert pâle, glauques en dessous, à nervures flabellées. La tige est dressée, cylindrique, obscurément striée, épaisse d'un pouce à la base, portant un petit nombre de feuilles alternes, sessiles, incomplètes. L'inflorescence est terminale, allongée, formée de rameaux secondaires alternes, sur les-
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quels s'échelonnent des omlielles composées, stipitées, alternes ou opposées (d'un à deux pouces de large), sans involucre. Les bractées axillantes des ombelles (gaines) sont jaunâtres. Il y a six ou huit rayons à l'ombelle, et lés ombellules, à rayons courts, ont un quart ou un demi-pouce de largeur. Les (leurs sont brièvement pédicellées, les unes hermaphrodites, les autres unisexuées. Leur réceptacle est surmonté d'un calice fort obscur. Les pétales sont incurvés, triangulaires, lancéolés, jaunes. Lesétamines, également incurvées, ont l'anthère jaune ; elles s'insèrent autour d'un disque épigyne charnu, cupuliforme, à bords légèrement sinueux. Les stylopodes sont petits, plonges dans le disque, et les styles courts, obtus, récurvés. Le fruit porte cinq très-larges bandelettes, solitaires dans les vallécules, et deux petites bandelettes commissurales. On né l'a pas encore étudié mûr. La structure de la racine du Feriila Svmbiil a été étudiée par M. Tchistiakoff (voy. Nuov. Giorn. bot. ital. (1875), 298) et par MM. Hanbury et Flùckiger {Pharmacogr . , 278).
La production du Galhanum est aussi attribuée à des Ferula. Hanbury [Pharmacogr., 285) dit qu'on doit la rapporter à deux espèces au moins d'Ombellifères : le Ferula ynlbaniflua et le F. riibricaulis.
M. Boissier (F/, or., II, 988) dit du F. galbaniflua Boiss. et Buhse [Aiifz., 99) : « pars inferior caulis et basis petiolarum gumml Galbanum dictum exsudât. )) Cette espèce, qui est le Kassnih ou Doridscheh des Persans, croît au pied et sur le flanc méridional du mont Devamend, dans la Perse boréale, à l'altitude de 4 à 8 kilomètres. C'est là que l'a récoltée M. Bushe, et M. de Bunge l'a trouvée entre Meschel et Hérat, au lieu dit Ssebsewar. Sa tige, épaisse de 3 à 4 centimètres , est cylindrique, nue , divisée supérieurement en rameaux subverticillés. Ses feuilles sont chargées d'un duvet cendré, quadripinnatiséquées, à divisions primaires et secondaires longuement pétiolulées, avec des segments ovales très-petits, découpés en lanières très-courtes, rapprochées, divariquées, linéaires-sétacées, entières ou trifides. Les feuilles caulinaires sont réduites à des gaines oblongues-aigûes, caduques. Les ombelles sont à 6-12 rayons, avec des involucelles à peine développés ou nuls, des pédicelles trèscourts, épaissis, des pétales glabres, jaunes, un fruit oblong ou elliptique, à bord moitié moins large que la graine, avec des côtes minces, légèrement proéminentes et des bandelettes solitaires dans chaque vallécule qu'elles emplissent tout entière, gonflées de suc gommo-résineux. La commissure est dépourvue de bandelettes.
Dans la variété de cette espèce que M. Boissier {op. cit., 989) nomme p Aucheri, les fines divisions des feuilles sont un peu plus larges, plus rigides, lém-ement décurrentes. Le fruit est d'ailleurs le même. Cette plante a été trouvée en Perse par Âucher-Éloy. C'est elle que M. Boissier avait d'abord nommée F. gummifera {Biagn. or., sér. 2, II, 92) et en partie F. erubescens (in Ann. se. nat., sér. 3, I, 316).
Tandis que par ses bandelettes solitaires et épaisses, la plante précédente appartient au groupe des Peucedanoides, une partie de l'ancien F. erubescens Boiss. est de la section Scorodosma, son fruit portant, à. peu près comme celui du F. Asa-foetida, une grande quantité de très-fines bandelettes fort peu distinctes. C'est une belle plante de la Perse méridionale, qui a été récoltée dans les tforges alpines de Kuhdaëaa, où les habitants emploient son fruit comme condiment. Sa tige a la même disposition générale que celle du F. galbaniflua. Ses divisions et celles de l'inflorescence sont plus ou moins rouges. On ne connaît
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d'ailleurs que les extrémités fructifères qui terminent, dit-on, une plante haute d'environ 2 mètres. L'ombelle centrale fertile porte de 20 à 50 rayons ; les pédicelles fructifères sont à peine renflés, et quatre fois plus courts que le diachaine elliptique-oblong, avec des méricarpes obtus aux deux extrémités, subrétus, entourés d'un bord moitié plus étroit que la graine. Leur hauteur est de 6 lignes, et ils sont moitié moins larges. Cette nouvelle espèce a été nommée F. rubricaulis (Boiss., Diagn. or., sér. 2, II, 92; FI. or., II, 995, n. 30). C'est elle qui, dit-on, produit le Galbanum de Perse, récolté dans les environs d'Hamadan, et c'est elle que Berg et Schmidt {Darst. offic. Gew., IV, t. 316) ont figurée sous le nom de F. erubescens. Il est vrai que M. Borszczow (op. cit., p. 53, « Die Galbanum Pflanzen ») ne croit pas le F. erubescens spécifiquement distinct du F. rubricaulis. Que deviendraient, dans ce cas, les caractères de sections fondées sur la structure des bandelettes auxquels s'est arrêté M. Boissier, dans sa division des Fer?</a orientaux ? Le F. galbaniflua serait, au contraire, la plante qui, d'après M. Bushe, servirait à la récolte du Galbanum de Demawcnd, dans la Perse septentrionale.
Plusieurs autres Férules, quoique moins importantes que les précédentes pour la pratique, doivent cependant être mentionnées.
C'est d'abord le Fernla communis L. [Spec. plant., 555, ex parte), plante d'Orient et de la région méditerranéenne, du Portugal, des Açores et des Canaries, que Visiani (in N. Giorn. bot. ital., II, 215) nomme F. Lobeliana et qui est également le F. nodiflora du Flora grceca de Sibthorp et Smith (III, 72, t. 279, nec Jacq.). C'est une espèce glabre, haute de deux à quatre mètres, souvent cultivée dans nos jardins, dont la tige, épaisse et cylindrique, porte des branches alternes ou opposées. Ses feuilles sont grandes, d'un vert foncé, supradécontposées-pennées, à lanières allongées, étroites, linéaires, flaccides.. Dans les supérieures, le limbre est considérablement réduit, et elles peuvent ne plus être représentées que par la portion vaginale, oblongue, membraneuse. Celle-ci constitue les bractées axillantes des pédoncules, lesquelles sont caduques. L'ombelle centrale est souvent subsessile. Le diachaine est obovale ou elliptique, rarement ovale-orbiculaire ou légèrement rétréci à la base. Les côtes sont minces, saillantes, avec un bord quatre fois plus étroit que la graine. Les vallé- Gules renferment deux ou trois, plus rarement une seule bandelette, et la commissure est garnie de deux à six bandelettes. Cette espèce a des fleurs jaunes. D'après MM. Grenier et Godon {FI. de Fr., l, 69), qui la décrivent sous le nom de F. nodiflora L., elle renferme à la fois les F. communis DC. et glauca DC, et elle croît en France sur les collines arides de la région méditerranéenne, à Marseille, à Toulon, à Narbonne, aux îles Sainte-Marguerite, à Hyères, àFréjus, près de Nîmes et de Montpellier. Reichenbach l'a figurée dans ses Icônes Florce germanicœ [i. 1945). En Algérie, où elle abonde, elle porte le nom de Elkelakh, et les côtes de ses feuilles ont servi d'aliment aux indigènes dans les cas de disette. M. Fabriès a vu des accidents graves survenir à la suite de cette alimentation (J. Perrier, Effets de la misère et du typhus dans la province d'Alger en 1868, in Rec. Mém. deméd., dechir. etdepharm. milit., sér. 5, XXIV, 475). Des ecchymoses, avec suffusions sanguines cutanées dans les membres, une faiblesse excessive, la diarrhée, sont les principaux symptômes de cette affection qui se terminait souvent par la mort, et tous ces accidents sont attribués à l'usage du F. communis. Les médecins grecs accordaient à cette espèce de nombreuses propriétés ; ils la prescrivaient contre l'hystérie et les hémorrhagies utérines,
FÉRULE (botanique). 757
les hémoptysics, etc. Ou employait jadis les tiges à faire des étuis dans lesquels on conservait les manuscrits les plus précieux. En Sicile, la moelle desséchée sert en guise d'amadou. On croit que c'est cette plante que Dioscoride appelait Nâ,ofl? et qui joue un certain rôle «dans l'histoire mythologique de Prométhée, le ravisseur du feu du ciel. Ses tiges ont servi, dit-on, à faire des férules pour les écoles.
Le F. telerrima Kar. et Km. {Enwn. pi. in des. Song. or. coll., 94, n. 177) est une espèce de le section Ferularia, qui a été découverte « sur les collines pierreuses de la Songorie, près de la source Sassyk-pastaii, entre les fleuves Ajagits et Lepsa. » Elle a une tige finement pubéreuse, des feuilles quadriternatiséquées, avec des segments cunéiformes, incisés, à divisions oblongues, un peu aiguës, entières ou bi-trilobées. Sa hauteur est de deux mètres et elle est, au dessus des feuilles radicales, longue de près d'un pied et demi, chargée de gaines sans limbes. Les rayons de l'ombelle ont un pouce de long, et ceux des ombellules, deux à trois pouces. Il y a de quinze à vingt-cinq rayons dans l'ombelle centrale et onze ou un moins grand nombre dans les latérales. Les ombellules ont de dix à douze fleurs, avec des pédicelles courts. Les fleurs, mal connues, ont un calice quinquédenté. Le fruit, long de cinq lignes et large de deux et demie, est formé de deux méricarpes elliptiques-oblongs, avec trois côtes dorsales flliformes, et des côtes latérales formant bordure aliforme. Les bandelettes sont géminées dans les vallécules latérales ; certaines d'entre elles sont incomplètes. Dans les vallécules dorsales, elles sont sohtaires et épaisses ; dans les commissurales, il y en a sept ou huit, inégales eu longueur et en largeur et se réunissant çà et là entre elles. Le tarpophore est libre et bipartite ; les styles sont réfléchis. Cette plante, que Karelin et Kiriloff ont observée, a pu être cultivée en Europe. Elle renferme un suc laiteux qui a l'odeur et la saveur aromatiques-amères du Galbanum. Aussi a-t-on pensé qu'elle pouvait être une des sources de cette drogue. Quelques-uns même lui ont attribué la production d'une certaine quantité d'Asa-fœtida; mais rien n'est démontré à cet égard (Hanb. etFLUCK., Pharmacogr., 281).
Le F. sylvatica Bess., considéré comme synonyme du F. nocUflora Rochel. [Feritlago sylvaiica Reichb.), qui croît en Podolie et en Volhynie, a des racines à odeur de citron, qui ont été prescrites dans les cas de fièvre intermittente, d'affections scrofuleuses et goutteuses.
M. Borszczow, a nommé F. Shair (in Mém. Ac. se. Pétersb.^ sér. 7, 111, n. 8, t. 6-8) une espèce récoltée « dans le désert stérile, argileux-salin, au nord du fleuve Ssyr-Darja, entre les lacs Kotschkan-Ssii et Aryss » et qui y fleurit en mai. Elle est totalement glabre, d'un pourpre violacé et brillante. Sa tige est cylindrique, pleine de moelle, striée, polie, partagée en branches verticillées dans sa poi tion supérieure. Ses feuilles sont toutes ternati-supradécomposées ; les radicales et les caulinaires inférieures très-grandes ; à segments pinnatiséqués, avec les divisions linéaires-subulées, subfalcifornies, aiguës, très-entières, sillonnées au milieu. Les gaines des feuilles inférieures sont ovaleg-acuminées, les médianes renflées à la base, surmontées d'un limbe qui disparaît dans les supérieures. L'inflorescence est composée, verticillée-oiîibellée, avec des ombelles médianes plus brièvement pédonculées, grandes, femelles et fructifères, et les latérales, au nombre de trois, quatre, pédonculées, stériles. Les ombelles mâles sont très-petites, capituliformes, placées à la base des femelles et très-brièvement pédonculées. Leur pédoncule est dilaté à la base et leurs fleurs à peine
758 FÉRUSSAC (les deux).
A'isibles. Les étamines ont des filets épais et très-courts; il n'y a ni involucre, ni involucelles. M. Borszczow, qui a magnifiquement fait illustrer cette espèce, la considère comme distincte du F. soongorica de Pallas. Elle porte le nom vulgaire de Schaïr. Cette plante que Karelin et Kiriloff n'admettent qu'avec doute dans le genre Férule, et que nous n'avons pu étudier, a un fruit d'une odeur trèsdésagréable, rappelant celle de l'Asa-fœtida. Elle ne peut, disent-ils, se confondre avec le F. Asa-fœtida parce que celui-ci, d'après la description qu'on en donne, a les feuilles beaucoup moins composées. On a cru d'après son odeur qu'elle pouvait donner de l'Asa-fœtida ; mais rien ne prouve (Borszczow, Hanbury) que réellement elle soit l'origine d'aucune drogue qui se trouve dans le commerce.
Le F. Szovitziana, espèce persane, de la section Euferula (DC, Prodr., IV, 175. — Boiss., FI. or., II, 994), remarquable par le bord de ses fruits, plus larges que la graine, a été indiqué comme produisant du Sagapenum ; mais le fait n'a pas été dénionti'é.
Le F. Hooshe Likdl. a été indiqué comme source de l'Opoponax {voy. ce mot), mais cette opinion est, je crois, abandonnée.
Le F. orientaUs (L., Spec, 356. — T., Yoijag., II, 579. — Boiss., FI. or., II, 986), qui est le Peucedanitm orientale Boiss. et le P. ritpestre Boiss. et Bal., Diagn. or., sér. 2, 6, 86), espèce d'Arménie et de Taurie, de la section Peucedanoides, a été indiqué comme servant à l'extraction de la Gomme-Ammoniaque; ce qui n'est plus admis aujourd'hui.
Le F. genicidata Gcss. (F. rigida'YE:\.) est, dit-on, une plante médicinale en Grèce.
En Amérique, on indique comme alimentaires les F. canadensis L., fœniculacea Nott. et nudicaulis Nutt., dont la racine est usitée comme aliment (Racine à biscuit) chez les Indiens qui les appellent Pooh-pooh.
Dans le nord de l'Afrique, le F. tingitana L., espèce de la section Euferula, dont les feuilles rappellent celles des Anthriscus, et que M. Boissier [Diagn. or., sér. i, 10, 39) a nommée F. sancta, a passé pour produire la Gomme-Ammoniaque d'Afrique. Cette plante est souvent cultivée dans nos jardins. Sprengel croit que c'est elle qui est le Sylphium des anciens.
Le F. longifolia Fisch. (Eriosynaphe longifolia DC.) a, dit-on, une racine aromatique et comestible.
Le F. Ferulago L., qui est le Ferulago galbanifera Koch, ne donne cependant pas de Galbanum.
Le F. cinerea [Ferulago cinerea Boiss., Diagn. or., sér. 1, 6, 60; FI. or., II, 1007) est un condiment qui, dans la Perse australe, se mange avec le riz cuit.
Le F. oviiia Boiss. [Peucedamcm ovinumBoiss. Diagn. or., sér. 1, 6, 61) est le Kuma des Persans ; il est aromatique et recherché des moutons [voy. Asafœtida, Galbanum, GoMjiE-AMMOjiiAQUE, Sagapenum. H. Bx.
L., Gen., n. 348. — Jcss., Gen., 222. — Méi:. et Del., Dict. Mat. méd., III, 244. — Gcib., Drog. simpl., éd. 6, III, 239. — Lindl., FI. med., 45. — Benth. et Hook., Gen., I, 917. — Hanb. et Flûck., Pharmacogr.,1^0. — Rosenth., Synops. plant, diaphor., 542.
g II. Emploi. Voy. AsA-FŒTiDA et Sagapenum.
FÉRL1ISS.1C (Les deux).
Férnssac (Jean-Baptiste-Louis d'Auderard, baron de). Naturaliste français, naquit à Clérac (Languedoc), en 1745; sa famille était originaire de Férussac,
FÉRUSSAC (les deux). 739
près d'Agen. Il s'occupa de littérature, de philosophie, d'art militaire, d'histoire naturelle avec un égal succès. Capitaine de vaisseau, il émigra lors de la Révolution et servit dans l'armée du prince de Condé jusqu'en 1801, époque où il rentra en France. Lors de la Restauration, il obtint le grade honorifique de colonel.
Férussac mourut en 1815, laissant, outre un grand nombre de mémoires insérés dans divers recueils :
I. Observations sur V encyclopédie, \l%'i, in-8°. — II. Essai d'une méthode conchijliologique appliquée aux mollusques fluvlatiles et terrestres, etc. In Mém. de la Soc. médd'émulation, t. IV, ISO^; tirage à part; Paris, 1807, in-8°. L. Hn.
Férussac (André-Etienne-Just-Paschal-Joseph-François d'Auderard, baron de), fds du précédent. Né au Charton, près de Lauzerte (Tarn-et-Garonne), le 50 décembre 1786, ce savant, cet homme laborieux, et qui a eu une grande influence sur le mouvement scientifique de notre siècle, servit comme militaire en Silésie et en Espagne. 11 fut même blessé au siège de Saragosse et obligé de rentrer en France. Nommé, en 1812, sous-préfet d'Oléron, et, pendant les Cent-Jours, de Compiègne, il fit partie de l'état-major de la garde nationale de Paris, et devint professeur de géographie et de statistique à l'École d'application, attaché au dépôt de la guerre, et chef de bureau de statistique étrangère. Après la révolution de 1850, les électeurs de Tarn-et-Garonne l'envoyèrent à la Chambre ; il cessa d'en faire partie en 1852, et mourut le 21 janvier 1856. La Biographie universelle (supplément) ; Ch. Dupin, dans le Moniteur universel (19 mars 1856), la biographiede ^ahhe, \sl France littéraire [i. Il, p. 401), etc., ont payé leur tribut d'éloges au baron de Férussac, et c'était toute justice. Ses travaux sur l'histoire naturelle, ses livres d'histoire, de politique et de littérature, ne le placent pas au premier rang, mais le rendent digne du respect de la postérité. Voici la liste de ses principaux ouvrages :
I. De la géographie et de la statistique considérées dans leurs rapports avec les sciences qui les avoisinent de plus près. Paris, 1821, 111-8°. — II. Journal historique du siège de Saragosse, suivi d'un coup d'œil sur l'Andalousie. Paris, 1816, iii-8°. — III. Mémoires géologiques sur les terrains formés sous l'eau douce, par les débris fossiles des mollusques vivant sur la terre ou dans l'eau non salée. Paris, 1814, in-S". — IV. Monographie des espèces vivantes et fossiles du genre Méla?ioposis. Paris, 1823, in-4°. — V. De la nécessité de fixer et d'adopter un corps de doctrine pour la géographie et la statistique. Paris, 1819, in-S». — VI. Notice sur Cadix et sur son île. Paris, 1823, in-8°. — VII. Plan sommaire d'un traité de géographie et de statistique à l'usage des officiers des états-majors de l'armée. Paris, 1821, in-S". — VIII. Tableaux systématiques des animaux mollusques, classés en familles naturelles. Paris, 1822, grand in-4''. — IX. Additions et corrections au tableau méthodique de la classe des céphalopodes, par M. d'Orbigny : ordre des foraminifères. Paris, 1827, in-8''. — X. Chambres départetnentales considérées comme moyen d'arrêter toute usurpation sur la puissance, légitime, et de rétablir la liberté convenable aux communes. Paris, 1816, in-8°. — XI. Catalogue des espèces de mollusques terrestres et fluviatiles, recueillis par M. Rang, dans un voyage aux Grandes-Indes. Paris, 1827, in-8°. — XII. Considérations générales sur les mollusques terrestres et fluviatiles et sur les fossiles des terrains d'eau douce. Paris, 1812, in-4''. — XIII. Examen analytique de la conférence de Mgr Vévêque d'Hermopolis, dans laquelle Moïse est considéré comme un historien des temps primitifs. Paris, 1827, in-S". — XIV. Extraits du journal de mes campagnes en Espagne, contenant un coup d'œil sur V Andalousie ; une dissertation sur Cadix et s?:-' son île; une relation historique du siège de Saragosse. Paris, 1815, in-8°. — XV. Bulletin général et universel des annonces et des nouvelles scientifiques. Paris, 1823, 4 vol. — XVI. Bulletin universel des sciences et de l'industrie, publié de 1824 à 1851, divisé en 8 séries, savoir : i'" série. Sciences mathématiques, 16 vol. ; 2" série, Sciences naturelles, 27 vol.; 3" série, Sciences médicales, 27 vol. ; 4" série, Sciences agricoles, 19 vol. ; 5= série, Sciences technologiques, 19 vol.; 6^ série. Sciences géographiques, 28 vol.; 7' série. Sciences historiques, 19 vol. ; 8= série, Sciences milit., 11 vol. En tout, 166 vol. in-8°. — XVII. Hist. naturelle générale et particulière des mollusques terrestres et fluviatiles. Paris, 1834, in-fol.
— XVIH. De la nécessité d'une correspondance régulière et sans cesse active entre tous les amis des sciences et de l'industrie. Paris, 1829, in-4''. — XIX. Mémoire sur la colonisation de la régence d'Alger. Paris, 1833, in-S". — XX. De l'état actuel de la France et de la nécessité de s'occuper de son avenir. Paris, 1834, in-S". — XXI. A'o/e sur la seiche à six pattes, et sur deux autres espèces de seiches. Paris, 1855, iu-8°. A. C.
FESE. VOIJ. ÉlÉPHANTIASIS des Ar.4BES. FEISHOOK et FESHOL'K. VoiJ. Fasogh.
FESQUET (Gaspard), de Montpellier, reçut le bonnet de docteur en me'decine de l'Université de sa ville natale en 1654. Il se présenta au concours ouvert en 1659 pour remplir les chaires laissées vacantes par Jacq. Durant et Laz. Rivière ; mais il échoua et se borna ensuite à assister aux exercices de l'école en qualité d'agrégé. Il fut plus heureux en 1665, et sur la recommandation de Yallol, premier médecin du roi, obtint des provisions en commandement pour la chaire vacante par la mort de Sim. Courtaud ; il fut installé dans sa chaire le 17 avril de la même année par un arrêt du Conseil, malgré l'opposition de la Faculté. Fesquet mourut en 1072. C'est tout ce que nous apprend Astruc sur son compte (Éloy). L. Hk.
FESSIER (Muscle grand). Muscle fessier superficiel, sacro-fémoral, iliosacro-fémoral ; glutens maximus ou magniis; great gluteal muscle (angl.) ; grosser Gesàssmuskel (ail.).
Chez l'homme, en raison de l'attitude bipède, c'est le plus volumineux des trois muscles fessiers et de tous les muscles du corps. Il ne conserve ce volume relatif chez aucun singe, encore moins chez les quadrupèdes dont le moyen fessier est, en général, le plus développé. C'est pourquoi la distinction des muscles fessiers, suivant leur volume, en grand, moyen et petit, est défectueuse. II vaudrait mieux dire comme on l'a proposé : fessiers superficiel, moyen et profond.
Le grand fessier est formé de gros faisceaux obliques en bas et en dehors, presque tous parallèles. Exceptionnellement ils sont arrangés en deux couches superposées et cette disposition peut embarrasser le chirurgien en le trompant sur la profondeur à laquelle est arrivé son bistouri.
La ligne d'insertion interne ou ilio-sacrée est oblique en bas et en dedans; la ligne d'insertion externe ou fémorale est oblique dans le même sens, mais elle l'est un peu moins. L'ensemble de ce muscle épais de plusieurs centimètres, a la forme d'un losange à peine plus haut que large. Cependant le bord inférieur qui détermine la saillie de la fesse en arrière de la cuisse, l'emporte en épaisseur et en longueur sur le bord supérieur. Quelquefois un groupe de faisceaux coccygiens forme un petit muscle accessoire.
Le muscle grand fessier s'insère en dedans, sur la ligne indiquée :
1" Par quelques premiers fascicules à la face superficielle de la forte aponévrose qui recouvre la partie exposée du muscle moyen fessier.
1° Au cinquième ou au quart postérieur de la crête iliaque, au voisinage de l'épine postérieure et supérieure ; — à la partie la plus reculée de la fosse iliaque externe, sur une surface de quelques centimètres carrés, étendue en hauteur, saillante et rugueuse, située derrière une crête presque verticale assez mal nommée ligne demi-circulaire supérieure.
FESSIER, 7-il
3° A la face postérieure du ligament vertical sacro-iliaque ; aux saillies latérales produites par la soudure des apophyses trausverses des verlèhres sacrées oii vient aboutir le ligament susnommé ; — au bord externe de l'aponévrose qui recouvre les muscles de la gouttière sacrée, et par cet intermédiaire, à la crête sacrée médiane sur une hauteur variable ; — plus bas, les fibres s'arrêtent sur les bords latéraux des dernières pièces sacrées et du coccyx.
4" Enfin, à toute la surface postérieure du grand ligament sacro-scialiqne sous-jacent au muscle.
Les fibres musculaires détachées du bassin, directement ou par l'intermédiaire de fibres ou lamelles tendineuses, s'arrangent en faisceaux séparés p'ar des cloisons aponévroliques nombreuses, en majorité parallèles, et se jettent, sans converger notablement, sur une lame tendineuse épaisse qui de prime abord et à l'extérieur paraît confondue avec le fascia lata. L'adhérence entre cette aponévrose et le tendon plat du grand fessier est intime, leurs fibres sont tissées ensemble. Mais la majeure partie des faisceaux tendineux, ceux des deux tiers inférieurs du muscle, se dégagent de cette union momentanée et se portent dans la profondeur vers la série de rugosités (crèle sous-trochantérienne, troisième trochanter de Cuvier), longue de près de 0"',10, connue sous le nom de bifurcation externe de la ligne âpre. Les fibres les plus inférieures s'unissent solidement à l'aponévrose par laquelle le vaste externe se fixe à la ligne âpre. Quant aux fibres du bord supérieur du grand fessiei" qui se jettent sur l'aponévrose, elles constituent un véritaJjle tenseur postérieur de ce fascia lala, antagoniste jusqu'à un certain point du tenseur proprement dit, relativement à la rotation de la cuisse.
En réalité, c'est le fascia lata qui monte jusqu'à la crête iliaque sous le nom d'aponévrose du moyen fessier. Autrement : de la crête iliatiue descend une aponévrose très-résistante qui glisse sur la face externe du grand troch;inter et partage ses fibres pour former deux parties indistinctes extérieurement; 1° le fascia lata proprement dit, qui reçoit son muscle tenseur et s'insère au tibia; 2° une bandelette postérieure très-forte, qui après avoir contourné le grand trochanter s'insère au tubercule supérieur de la bifurcation externe de la ligne âpre, tubercule quelquefois très-développé. Cette bandelette limite l'adduction de la cuisse, sa résistance passive peut être mise en jeu dans la station sur un seul pied. C'est elle qui reçoit les insertions des fibres supéi'ieures du grand fessier et transmet leur action au fémur.
Quand on examine de profil la hanche, il semble qu'il existe là comme à l'épaule un deltoïde dont la partie moyenne, celle qui serait abductrice si elle était musculaire, est purement aponévrotique (aponévrose dite du moyen fessier), tandis que la postérieure, très-développée, est représentée par le grand fessier (extenseur, rotateur en dehors), et l'antérieure par le tenseur du fascia lata (fléchisseur, rotateur en dedans).
Le muscle grand fessier recouvre en partie ou en totalité les autres muscles de la fesse, les nerfs et les vaisseaux qui l'animent et le nourrissent; son tendon est séparé du grand trochanter par une bourse séreuse imparfaite, mais très-large. Son bord inférieur cache l'ischion lorsque la cuisse est étendue et le découvre lorsqu'elle est fléchie, de sorte que les faisceaux musculaires échappent à la compression quand on est assis. — Pour plus de détails sur les rapports, etc., voy. Fessière (région).
Le muscle grand fessier est surtout extenseur de la cuisse sur le bassin, ou
redresseur du bassin et par conséquent du tronc sur la cuis?e. Il agit énergiquement quand on grant une côte, un escalier; quand assis ou accroupi on se relève ; quand incliné en avant on se redresse. Mais une fois le corps redressé, le muscle redevient flasque. Il ne sert pas plub dans la station au port d'armes que dans la marche lente sur un plan horizontal (Duchenne) ; il faut ajouter : pourvu que le corps soit, comme à l'ordinaire, parfaitement redressé ou plutôt légèrement renversé en ariière de façon à utiliser exclusivement, pom" la station, la force passive du ligament de Bertin, de la partie antérieure de la capsule coxo-fémorale. Aussitôt que l'homme debout et au repos, ou bien en marche sur un plan horizontal, incline un peu le corps en avant, le grand fessier entre en contraction ; il en est de même si l'homme lornit daii* l^^s mains en avant du tronc un poids de quelques kilogrammes.
Le grand fessier est faiblement mais sûrement rotateur de la cuisse en dehors.
Ses faisceaux inférieurs semblent fixer le coccyx et même rapprocher la cuisse de la ligne médiane. Mais cela n'est pas prouvé et n'a aucune importance.
Ce muscle est-il abducteur? Non, dans la station debout. Oui, lorsque la cuisse est fléchie ; car dans cette attitude le grand trochanter s'est glissé sous les faisceaux antérieurs qui se trouvent alors dans la situation du deltoïde relativement à la tète de l'humérus.
Fessier (Mcscle moye>"). Grand ilio-trochantérien ; glutens t7ieiJi)i>; : middle gluteal muscle (ang.) ; mittlerer Gesassmuskel (ail.).
Ce muscle cache toute la fosse iliaque externe à l'exception de la surface d'insertion du grand fessier. Ses fibres convergent en bas et en dehors, vers le grand trochanter. Elles forment une masse épaisse de 2 à 3 centimètres, non fasciculée, recouvrant le petit fessier, recouverte en arrière par le bord supérieur du grand fessier, en avant par cette portion iliaque de ^aponé^Tose fémorale, qui semble faire une couche unique de ce même grand fessier et du tenseur du fascia lata. La partie antérieure du muscle l'emporte en épaisseur et par conséquent en énergie sur la postérieure.
Le moyen fessier s'insère donc : 1» aux trois quarts antérieurs, au moins, de la lèvre externe de la crête iliaque ; 2° à toute la surface falciforme à pointe antérieure, située au-dessus de la ligne demi-circulaire inférieure, c'est-à-dire depuis l'épine iliaque antéro-supérieure jusqu'au bord supérieur de la gi'ande échancrure sciatique ; 5'^ à la face profonde de la portion iliaque du fascia lata (aponévrose du moyen fessier).
De ces divers points, les fibres convergent et descendent vers le giand trochanter, les postérieures se portant en avant, les antérieures en arrière. Elles se jettent sur les faces et les bords d'un tendon aplati comme le muscle et assez court dans sa partie découverte. Cette lame fibreuse glisse, à l'aide dune petite bourse séreuse, sur l'angle antéro-supérieur du grand trochanter et va s'insérer à la ligne oblique qui, sur la face externe de cette éminence, s'étend de l'angle antéro-inférieur à l'angle postéro-supérieur. C'est sur ce dernier point, où le tendon est très-épais, qu'agissent la majeure partie des fibres du muscle. Il est à remarquer que les fibres postérieures, presque horizontales, forment souvent un gros faisceau plus ou moins distinct, dont les fibres tendineuses s'insinuent avec le tendon du pyramidal sous le bord postérieur du tendon de la masse principale du muscle moyen fessier.
Duchenne de Boulogne a montré par Télectrisation, que le muscle moyen
lessier dans son ensemble, était puissamment abducteur de la cuisse ; que son tiers moyen n'avait pas d'autre pouvoir, mais l'avait énergique; que les faisceaux antérieurs étaient d'abord énergiqueiiient rotateurs en dedans, abducteurs et fléchisseurs, et-qu'ils étaient, sauf pour l'abduction, les antagonistes des faibles faisceaux postérieurs, capables de déterminer seulement une légère rotation en dehors et une faible extension de la cuisse. Il est facile de déduire de ce qui précède, le mode d'action du muscle moyen fessier sur le bassin et le tronc, lorsque la cuisse est fixée, ou sur la cuisse fléchie, dans la position assise par exemple.
Lorsque l'homme debout et en marche pose le pied droit sur le sol, le pied gauche resté en arrière se détache, s'élève et se porte en avant. Le moyen fessier du membre appuyé, le droit, en se contractant attire le centre de gravité sur ce membre, en inclinant le bassin et le tronc de son côté ; il élève par conséquent la hanche et le pied gauches. Puis, par l'action rotatrice de ses fibres antérieures prédominantes, le même moyen fessier droit fait tourner le bassin, c'est-à-dire, porte en avant la hanche gauche et tout le membre correspondant.
Fessier (Muscle petit). Fessier profond, petit ilio-lrochanlérien ; glutens minimus; little gluteal muscle (angl.) ; kleiner Gesàssmiiskel (ail.).
Ce muscle a la forme d'un éventail à moitié déployé ; il est recouvert par le moyen fessier et s'attache à toute la partie de la fosse iliaque externe, située au-dessous de la ligne demi-circulaire inféiieure. Ses fibres descendent en convergeant vers l'angle antéro-supérieur du grand trochanter, et recouvrent la partie supérieure de la capsule coxo-fémorale à laquelle elles adhèrent quelquefois, surtout lorsque cette capsule est renforcée par des fibi'es iléo-fémorales, formant une espèce de ligament suspenseur du grand trochanter.
Le petit fessier s'insère donc au bord supérieur de l'échancrure sciatique, où il touche le pyramidal qui même le recouvre un peu; à toute la surface située entre la ligne demi-circulaire inférieure et le sourcil cotyloïdien, sauf au niveau de l'insertion du tendon réfléchi du muscle droit antérieur ; enfin, en avant, au voisinage de l'échancrure du bord antérieur de l'os, et plus haut, au voisinage de l'épine iliaque antéro-supcrieure, en se confondant avec le moyen fessier et et même avec le tenseur du fascia lata.
Ses fibres convergent en bas et en dehors, les antérieures s'inclinant en arrière, les postérieures en avant. Elles s'attachent à la face profonde d'un large tendon qui devient plus étroit et plus épais, à mesure qu'il s'approche de l'angle antéro-supérieur du grand trochanter auquel il s'attache. La surface d'insertion lisse, quoique marquée de dépressions, n'occupe pas seulement l'angle antérosupérieur du trochanter ; elle s'étend aussi un peu sur le bord supérieur et beaucoup sur le bord antérieur de cette éminence.
L'action de ce muscle moyen fessier n'a pas encore pu être étudiée par l'électrisation ; tout porte à croire qu'il est surtout et énergiquement abducteur de la cuisse, comme le moyen fessier. Ses fibres extrêmes doivent également exercer une action rotatrice et, à ce point de vue, la rotation en dedans doit être prédominante.
Les trois muscles fessiers sont animés : le superficiel ou grand, par le nerf petit sciatique ou fessier inférieur ; le moyen et le profond, par le nerf fessier supérieur détaché, comme le précédent, du plexus Sacré {voy. ce mot).
744 FESSIERE (artère).
De ce qui précède, il est facile de déduire les symptômes qui caractérisent Y atropine ou la paralysie des muscles fessiers. La perte du grand fessier n'empêche le sujet ni de se tenir debout, ni de marcher sur un plan horizontal ; elle le gêne seulement pour se relever, porter un fardeau ou gravir un plan incliné. Lorsque les deux fessiers moyen et profond ont perdu leur contractilité (Duchenne les a toujours vus la perdre ensemble), le bassin s'incline du côté opposé, surtout lorsque dans la marche le poids du corps vient à porter sur le membre alfecté. Pour rétablir l'équilibre, le tronc est obligé de s'incliner à son tour afin de compenser l'inclinaison du bassin. La marche se trouve encore gênée par la prédominance acquise des adducteurs qui, sans antagonistes, font que dans son mouvement pi ndulaire le membre malade vient heurter en dedans le membre sain appuyé sur le sol {voy. Paralysie).
FEi§ii§iiER (Nerf). Voy. Sacré (Plexus).
FESSIÉRE (Artère). (Veines). § I. Anutomie. L'artère fessière, z7/a^?/e postérieure, arteria glutea, arteria glutea super ior, yluleal artery (angl.), Gesàssptdsader (ail.), présente une portion initiale intra-pelvienne et une portion terminale fessière.
C'est la principale branche de l'hypogastrique. Dans les cas assez fréquents où celle-ci se bifurque d'une manière très-nette, la fessière constitue sa branche de terminaison principale et postérieure. Quel que soit le mode d'origine de la fessière, ce vaisseau est volumineux ; son diamètre mesure ordinairement 6 millimètres, et se rapproche quelquefois de celui de la fémorale superficielle. Quand on dissèque la région de la fesse, on no rencontre cpie les branches de la fessière, le tronc avec le volume qui vient d'être indiqué étant presque tout entier intra-pclvien. 11 faut donc pour le voir regarder à l'intérieur du bassin. On l'y trouve long de 5 à 4 centimètres, plus ou moins selon le lieu de son origine, flexueux, situé en arrière et en dedans des autres branches de l'hypogastrique. On le voit descendre appliqué à la paroi pelvienne, s'incliner légèrement en dehors et s'engager dans le Y que forme le tronc nerveux lombo-sacré s'unissant au premier nerf sacré. L'artère continue sa marche perforante en arrière et un peu en dehors, pour gagner la fesse par la partie la plus élevée de la grande échancrure sciatique, entre le bord supérieur du muscle pyramidal qui est en bas et la voûte osseuse qui est en haut et sous laquelle l'artère s'applique et se recourbe. Elle se divise en rameaux divergents la plupart ascendants, aussitôt qu'elle est sortie du bassin, c'est-à-dire, au moment où elle se dégage d'une espèce de canal ostéo-libreux qu'on pourrait appeler avec Bouisson, canal fessier. L'orifice extérieur de ce canal très-imparfait est percé dans un tissu cellulaire, quelquefois sans résistance, mais souvent condensé en brides aponévrotiques qu'il faut attaquer en bas, sur le muscle pyramidal, pour les déchirer facilement.
Dans son trajet inlra-pelvien, l'artère fessière peut fournir des ramuscules aux muscles iliaque, obturateur interne, releveur de l'anus, pyramidal ; au rectum, à l'os iliaque, à l'articulation sacro-iliaque. Lorsqu'elle représente la branche postérieure de l'hypogastrique bifurquée près de son origine, l'artère fessière donne souvent l'iléo-lombaire, la sacrée latérale, l'obturatrice et même l'ischiatique.
A son arrivée dans la fesse, l'artère se divise ordinairement en deux branches promptement divisées elles-mêmes en un grand nombre de rameaux qui
FESSIÈRE (artère). 745
divergent en dehors, en haut, en dedans. Et, dans les cas fréquents où l'iscliiatique naît aussi de la fessière, celle-ci, dès son arrivée dans la région, fournit par ses trois branches un très-grand nombre de rameaux assez volumineux qui rayonnent dans tous les sens.
Même dans les cas ordinaires où l'ischiatique a son origine séparée normale, l'extrémité de l'artère fessière se divise quelquefois immédiatement en trois et même quatre branches de premier ordre au lieu de deux.
Qu'il y ait trois ou quatre brandies fessicres terminales, elles se comportent comme s'il n'y en avait que deux ; et quand il n'y en a que deux, ce qui est de beaucoup le cas le plus fréquent, l'une est superficielle, l'autre profonde. Celle-ci s'insinue entre le fessier moyen et le fessier profond ; celle-là entre le fessier moyen et le fessier superficiel au tiers supérieur duquel elle est spécialement destinée.
La branche profonde se porte donc en haut et eu avant : bientôt elle se divise en deux rameaux, supérieur ou principal et inférieur. Celui-ci se porte en avant, croisant la direction des fibres tendineuses du petit fessier sous-jacent, fournit des ramusculcs à ce muscle ainsi qu'au moyen fessier, en donne également au trochanter et aux attaches musculaires, à la capsule articulaire, etc., et s'anastomose en arrière avec les rameaux de l'ischiatique et de la circonflexe postérieure, en avant avec ceux de la circonflexe antérieure.
Le rameau supérieur suit le contour des insertions du fessier profond, c'està-dire la ligne demi-circulaire inJérieurc, distribuant ses ramuscules au muscle moyen fessier sous-jacent, au muscle petit fessier ou profond et à l'os iliaque. Il est accompagné par le nerf fessier supérieur et comme lui s'avance jusqu'au muscle tenseur du fascia lata. L'artère, à ce niveau, s'anastomose avec la circonflexe externe. Après la ligature de l'artère iliaque externe, l'artère fémorale reçoit du sang de l'artère liypogastrique, en partie grâce aux anastomoses des rameaux de la branche profonde de la fessière avec les deux artères circonflexes.
La branche superficielle de l'artère fessière est seule visible lorsqu'on a fendu et décollé le grand fessier ; elle ne se dirige pas d'abord en avant comme la branche protonde. Bien qu'elle envoie un rameau qui suit la face externe du moyen fessier à une distance variable de la crête iliaque, jusqu'à l'épine antérosupérieure, on peut dire qu'elle s'épuise presque complètement dans le tiers postérieur du moyen fessier sous-jacent et surtout dans le tiers supérieur ou plutôt dans l'angle supérieur du losange que forme le grand fessier auquel elle est spécialement destinée. Ses rameaux criblent littéralement les insertions pelviennes de ce dernier muscle, et s'anastomosent avec les terminaisons de l'iléo-lombaire, des lombaires, des branches dorsales de la sacrée latérale ; plusieurs atteignent le tissu cellulaire et la peau de la fesse. Pour arriver à son but, cette branche superficielle, au sortir du canal fessier ou du trou qu'elle se creuse quelquefois à travers le bord du moyen fessier, doit encore perforer un plan aponévrotique, de résistance variable et qui, prolongement bien aminci de l'aponévrose dite du moyen fessier, va, appliquée à ce muscle, puis au pyramidal, se jeter sur le bord du grand ligament sciatique.
Rapports du tronc fessier artériel avec le nerf fessier supérieur. On a vu que, dans le bassin, l'artère fessière en se portant en bas et en dehors laissait le nerf lombo-sacré en dehors et le premier nerf sacré en dedans. C'est de la face postérieure de ces troncs nerveux que se détachent les deux racines du nerf fessier supérieur qui doit accompagner la branche profonde de l'artère.
746 FESSIERE (artère).
La racine interne, la plus petite, passe sous l'artère pour se porter en dehors à la rencontre de la racine externe avec laquelle elle se confond plus ou moins. De sorte que dès son arrivée dans la fesse, le nerf est au-dessous et en dehors de la terminaison du tronc fessier artériel. Bouisson ayant imprimé que le nerf est en dedans de l'artère, cette erreur s'est répandue dans la plupart des traités de médecine opératoire.
Rapports de Vartère et des veines fessières. Chaque rameau , chaque branche de l'artère fessière est accompagnée par deux veines. Celles-ci arrivent donc en grand nombre, et quelquefois avec un assez grand volume, pour se rassembler et s'anastomoser autour de la terminaison périphérique du tronc artériel. Elles forment en ce point, immédiatement sous Vaponévrose déjà signalée, un véritable et volumineux plexus difficilement pénétrable pour le chirurgien qui, par conséquent, doit s'appliquer à dénuder l'artère plus profondément dans le bassin. De ce plexus partent, en général, deux troncs veineux fessiers qui se jettent dans la veine hypogastrique placée, comme on le sait, en dedans de l'artère de même nom. C'est donc en dedans de l'artère fessière que tendent à se porter en définitive et le plus souvent, les deux veines qui l'accompagnent ou la veine unique qui résulte de leur union prématurée. Mais comme ces deux veines, ordinairement inégales en volume, peuvent s'anastomoser, se séparer et passer par-dessous l'artère, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, il me semble imprudent de dire au chirurgien : la veine fessière, ou la principale quand il y en a deux, est en dedans plus souvent qu'en dehors. L'opérateur pourra écarter le nerf fessier supérieur en dehors, du côté du nerf sciatique ; s'il veut être sur de lier le tronc artériel fessier et de ne pas déchirer les veines minces et énormes du plexus-confluent en exécutant l'isolement et la dénudation, il devra attaquer la gaine artérielle en dessous, très-profondément, dans le bassin. A cette profondeur, les veines sont en général placées de chaque côté de l'artère et laissent accessible la face inférieure de ce vaisseau.
Situation du point d'émergence de V artère fessière relativement aux points de repère extérieurs. Je ne puis m'empècher de dire, en premier lieu, qu'on a exagéré l'importance de la détermination mathématique du lieu d'émergence de l'artère fessière. S'il est indispensable au chirurgien de savoir marquer ce lieu sur le tégument à l'aide de lignes et de mesures, ces lignes et ces mesures, quand les chairs sont incisées, alors que les difficultés commencent, le cèdent de beaucoup en utilité à l'exploration du fond de la plaie par le doigt.
Quelques auteurs ont déterminé le point d'émergence de la fessière relativement à des repères pris sur le squelette dépouillé de ses parties molles. C'est de l'anatomiede musée. Il est vrai, comme l'a montré Bouisson, que, sur le squelette, l'artère fessière sort à 10 ou 11 centimètres en arrière de l'épine iliaque antérosupérieure. Mais si l'on applique sur la fesse garnie de ses parties molles un ruban de cette longueur à partir de ladite épine iliaque, l'extrémité du ruban reste bien loin du lieu d'émergence de l'artère. Il faut choisir des repères fixes, faciles à reconnaître sur le vivant, et déterminer, sur le vivant, l'orientation et la distance de ces repères relativement au lieu d'émergence de l'artère. Le grand trochanter, en raison de ses déplacements dans la rotation de la cuisse ; l'ischion à cause de sa large et vague surface; le point dit culminant de la crête iliaque, difficile à apprécier, etc., sont donc des repères défectueux. Au contraire, les épines iliaques supérieures, l'antérieure et la postérieure, la ligne médiane rétrosacrée sont des points fixes et faciles à trouver. Ces réserves faites, l'on pourra
FESSIERE (artère). 747
juger de la valeur des différentes manières de délenniner la situation de l'artère fessière à son arrivée dans la fesse.
Quelque temps avant 1830, Lizars, d'Edimbourg, et Harrison, de Dublin, proposèrent de chercher l'artère à l'union du tiers supérieur avec le tiers moyen d'une ligne droite tirée de l'épine iliaque postéro-supérieure au milieu de l'espace qui sépare l'ischion du grand trochanter.
Diday applique un fil tendu de l'extrémité du coccyx au point culminant de la crête iliaque (à deux pouces environ de l'épine iliaque antéro-supérieure); le milieu de ce fil réfond à l'émergence de l'artère.
Bouisson indique les distances suivantes sur le squelette : de l'artère à l'épine iliaque antéro-supérieure, 10 à H centimètres; à l'épine postéro-supérieure, 6 à 7 centimètres; au point culminant de la crête iliaque, 9 à 10 centimètres. Sur le sujet garni de ces parties molles, les deux derniers chiffres sont seuls de quelque service.
D'après Marcellin Duval, dont les mensurations ont dû être nombreuses et soignées, l'artère fessière émerge en un point situé à 9 centimètres de la ligne médiane ou crête sacrée, en direction horizontale, et à 10 centimètres de la crête iliaque en direction verticale.
En raison des variations individuelles et sexuelles, et pour les besoins de la mémoire, on peut retenir que le lieu d'émergence de l'artère fessière se trouve à 9 centimètres (un travers de main, non compris le pouce) en dehors de la ligne médiane et à la même distance au-dessous de la crête iliaque.
Quelques autres données sont encore bonnes à connaître relativement à la situation du bord supérieur de l'échancrure, sous lequel le chirurgien doit chercher l'artère : 1° ce bord correspond, dit Malgaigne, à une ligne horizontale passant par l'épine iliaque antéro-supérieure. Il est difficile de tracer exactement cette ligne horizontale ; 2" si l'on réunit par une ligne droite les deux épines iliaques supérieures, l'antérieure à la postérieure, la ligne ainsi obtenue passe à un grand travers de pouce au-dessus du bord supérieur de l'échancrure. C'est donc à deux doigts environ, 3 centimètres, au-dessous de cette ligne toujours facile à retrouver dans le cours d'une opération, (\ u'il faut chercher avec le doigt le défaut, la partie dépressible par où se dégage l'artère; 3° ce défaut se trouve situé sur une ligne oblique allant de l'épine iliaque postéro-supérieure à l'angle postérosupérieur du grand trochanter. Le mémoire de Champenois contient en outre un grand nombre de données personnelles qu'il serait trop long de reproduire ici.
Lorsque le doigt explorateur a, pour ainsi dire, fait son trou, s'il parcourt le dessous du bord de l'échancrure, il est arrêté en dedans par le bord extei-ne du grand ligament sacro-sciatique et, dans cet angle ostéo-fibreux, il sent le plus souvent l'épine iliaque postérieure et inférieure. Cette petite éminence peut servir de point de départ au doigt revenant de dedans en dehors, profondément engaeé, pour explorer le dessous de l'arcade osseuse.
Le premier cordon rencontré, à 3 centimètres environ de l'épine postéro-inférieure ou de l'angle ostéo-fibreux ilio-ligamenteux, est le paquet vasculaire facile à sentir en .raison du volume de l'artère.
§ II. Médecine opératoire. LiGATURE DE l'arTÈRE FESSIÈRE. (Pour la valeur clinique et les indications, voir plus loin Anévrysmes de la région fessière.) Cette opération n'est pas difficile à pratiquer sur le cadavre pour le chirurgien anatomiste qui sait se servir de son doigt et peut utiliser ses yeux. Mais sur le
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vivant quelquefois chargé d'embonpoint, dont la fesse est en outre considérablement tuméfiée par l'anévrysme ou par d'énormes caillots infiltrés, dont le muscle grand fessier incisé saigne abondamment et se contracte si l'on n'a point usé de chloroforme, les difficultés sont véritablement très-grandes. Dans le fond obscur d'une plaie remplie de sang, le doigt seul peut guider l'opérateur.
Sur le premier temps de l'opération, l'incision des parties superficielles, les chirurgiens sont divisés. Les uns veulent simplement séparer les faisceaux du grand fessier, les autres ne craignent pas de les couper de différentes manières. Le chirurgien peut être tenté de choisir l'un ou l'autre de ces procédés : 1° pour opérer à l'aise dans une plaie large et complaisante ; 2° pour épargner le plus possible les artérioles musculaires ; 3° pour ménager tous les faisceaux musculaires et leurs nerfs; 4" pour favoriser l'écoulement du pus.
La plaie, si elle est suffisante pour la ligature, sera toujours assez large pour l'écoulement du pus. Le plus grand nombre des faisceaux musculaires sera toujours épargné. Quant aux artérioles, je doute que l'on soit beaucoup plus expoxé à en couper davantage en incisant le muscle plutôt qu'en séparant ses faisceaux. Il y a pourtant une région où les artérioles volumineuses font défaut généralement : c'est colle qui correspond à l'union du tiers supérieur avec le tiers moyen du muscle grand fessier, c'est-à-dire entre le territoire de l'artère fessière et celui de l'ischiatique.
Il me semble donc qu'avant tout et surtout, le chirurgien doit se mettre à l'aise. On ne peut pas redouter la contracture des faisceaux d'un muscle sur un sujet anesthésié, mais il faut savoir que, sur le cadavre même, on est fort gêné par la résistance passive des lèvres de toutes les incisions rectilignes. C'est pourquoi je suis de l'avis de ceux (Dupré, Duval, Champenois) qui font des incisions brisées ou curvilignes, taillant presque de véritables lambeaux.
Les nombreux et divers procédés proposés et décrits ne diffèrent entre eux que par l'incision des parties superficielles (la peau et le muscle grand fessier). Les chirurgiens auteurs qui se bornent à indiquer leur manière d'inciser la peau, négligent la partie de beaucoup la plus difficile et la plus périlleuse de l'opération. Il n'y a, je pense, qu'une bonne manière de chercher, d'atteindre et de dénuder l'artère fessière; elle sera longuement décrite plus loin. Il y a, au contraire, plusieurs manières de découvrir le lieu d'émergence ; elles vont être indiquée^- en premier lieu.
A. Incisions rectilignes parallèles aux faisceaux du grand fessier. On connaît la direction de ces faisceaux en réunissant par une droite l'épine iliaque postcro-supérieure au bord postérieur du grand trochanter. Pour trouver ce dernier point, il l'aut d'une main pincer le grand trochanter d'avant en arrière et faire glisser les doigts de bas en haut, pendant que la cuisse reçoit de l'autre main des mouvements passifs de rotation.
L'épine iliaque postéro-supérieure, même chez les sujets gras, se reconnaît de la manière suivante : on suit avec le bout des doigts la crête iliaque d'avant en arrière et de dehors en dedans ; on rencontre quelquefois au niveau du point culminant de l'insertion du grand fessier, une saillie ; mais quand les doigts l'ont franchie, ils ne tombent pas dans une dépression appréciable : ce n'est pas encore l'épine cherchée. Il faut donc continuer l'exploration et suivre le relief osseux en bas et en dedans, jusqu'à ce que le premier doigt sente tout à coup le bourrelet osseux se terminer par un léger promontoire, l'épine iliaque postéro-supérieure, et céder la place à une dépression
FESSIÈHE (artère). 749
1° Lizars et Tlari'ison ont recommandé une incision de 8 centimètres parallèle aux fibres du grand fessier et se sont servis comme repères, des deux saillies osseuses dont il vient d'être question.
Robert acceptant ce procédé, l'a seulement décrit avec plus de précision.
2" Diday pratique une incision semblable, mais il en détermine la directioi en élevant une perpendiculaire sur le milieu de la ligne coccy-sus-iliaquc, c'està-dire unissant le coccyx au point culminant de la crête iliaque.
Pétrequin ayant expérimenté cette manière de faire, a trouvé que la première ligne de Diday passait souvent devant le lieu d'émergence.
L'incision oblique parallèle aux faisceaux musculaires a été acceptée par la majorité, en Angleterre, en France, en Allemagne; elle se trouve décrite habituellement comme « procédé ordinaire « .
B. bicisions rectilignes non parallèles aux fibres du grand fessier. Elles ont, en coupant plus ou moins de faisceaux musculaires, le petit défaut de sacrifier ceux-ci momentanément, car ils se cicatrisent très-bien, et le mérite de donner plus d'espace que les précédentes.
1° La meilleure me paraît être celle de Bouisson acceptée par Malg ligne et Sédillot, car elle occupe la région relativement peu vasculaire du muscle, ne sacrifie qu'un petit nombre de fibres musculaires et donne assez d'espace, sur le cadavre.
Elle est horizontale, c'est-à-dire transversale, longue de 6 à 7 centimètres (c'est beaucoup trop peu) et répond en son milieu au lieu d'émergence de l'artère.
2"^ Le chirurgien n'est pas le maître de choisir absolument le lieu ni la direction de son incision lorsqu'il existe une plaie accidentelle. Dans l'incertitude où il se trouve souvent relativement au siège de la blessure ou de l'anévrysme, sur l'artère fessière ou sur l'ischiatique, l'opérateur pourrait être tenté de i'aire une incision qui permette de lier ad libitum l'une ou l'autre artère.
Telle serait une incision verticale. Mais je pense qu'il y aurait à redouter du fait des deux extrémités de l'incision la section de nombreuses artérioles appartenant, en haut à la fessière, en bas à l'ischiatique et capables, par leur nombre et leur volume, de donner une hémorrhagie d'autant plus périlleuse que le sujet serait plus affaibli par les hémorrhagies spontanées antérieures. Vu la faible distance (deux doigts) des points d'émergence des deux principales artères de la fesse ; vu la nécessité où se trouve le chirurgien d'aborder la fessière de bas en haut, c'est-à-dire en dessous, et l'ischiatique de haut en bas, c'est-à-dire en dessus : il me paraît possible de lier l'une et l'autre à l'aide de l'incision de Bouisson ou même de l'incision oblique ordinaire faite à égale distance des deux points d'émergence, avec l'intention préconçue de débrider ultérieurement, suivant le besoin et dans la faible étendue nécessaire, l'une ou l'autre des lèvres de la plaie.
C. Incisions courbes ou brisées, lambeaux. l"Marcellin Duval recommande de tailler un véritable lambeau demi-circulaire en suivant une courbe de 0'",04de rayon ayant comme centre le lieu d'émergence de l'artère. Il place la base du lambeau en dedans et en haut ou même eu dehors et en bas.
2° Champenois taille un grand lambeau en équerre par deux incisions dont l'une est parallèle et l'autre perpendiculaire aux fibres du grand fessier.
5" Habitué par l'enseignement traditionnel à me servir sur le cadavre de l'incision oblique, j'ai dû chercher, afin de remédier à son insuffisance, à favo-
DICT. ENC. 4" s. I. 48
750 FËSSIERE (artère).
riser l'abaissement de la lèvre inférieure de la plaie par un débridement de deux ou trois travers de doigt.
Pour éviter, d'après les conseils de Dupré,la rencontre des brandies derischiatique et pour élargir surtout la partie de la plaie correspondant au point d'attaque de l'artère, j'ai projiosé d'accomplir ce débridement près des insertions sacrolicramenteuses des faisceaux musculaires. Sans débridement, l'incision oblique avec simple écartement des faisceaux musculaires est insuffisante et le cède de beaucoup à l'incision transversale de Bouisson.
Quelle que soit l'incision extérieure adoptée, elle doit toujours être très-longue, facilement et largement béante et dirigée de manière à favoriser l'écoulement du pus en bas en arrière et en dedans, car le blessé se tiendra de préférence concile sur la fesse et la hanche du côté sain.
Opération. Pendant l'opération, le malade sera couché sur le ventre, au bord du lit. Un aide agissant sur la pointe du pied, tournera le membre en dedans et par suite portera le trochanter en avant pour tendre la peau et le grand fessier jusqu'à ce qu'ils soient incisés. Plus tard, le membre sera abandonné à lui-mcne.
Le I lus souvent peut-être, le nombre et l'abondance des hémorrhagies antérieures s'opposeront à l'emploi du chloroforme.
Malgré le soin que peut et doit prendre l'opérateur de lier à mesure toute artériole intéressée par son bistouri, la perte de sang reste le grand danger des opérations sur la fesse, surtout lorsqu'à la suite d'une plaie artérielle de siège douteux , il s'agit de chercher à tâtons dans un magma de caillots et de sang frais, une blessure dont on ne connaît pas le siège, sur un vaisseau dont on ne connaît pas le nom et dont on ne peut pas comprimer d'emblée l'oi'igine avec le doigt. C'est pourquoi la compression de l'aorte abdominale devra être souvent pratiquée pendant l'opération. 11 faudra donc préparer d'avance un tampon ou un bandage approprié pour exercer cette compression à la première indication.
L'opérateur est bien placé du côté malade ; il peut cependant agir commodément sur la fesse droite en se tenant du côté gauche, pourvu que l'opéré soit tout à fait au bord du lit.
Après avoir déterminé le lieu d'émergence de l'artère, le chirurgien incise la peau, la graisse et le muscle grand fessier, liant à mesure toutes les aitérioles. Je recommanderais volontiers de choisir l'incision transversale de Bouisson ou l'incision oblique ordinaire, l'une et l'autre recourbées en bas par leur extré- . mité interne, ce qui équivaut à un débridement interne de la lèvre inférieure.
Il ne faut pas oublier que le muscle grand fessier a deux doigts d'épaisseur uand il n'est pas infiltré de sang, afin de ne pas le dédoubler en cherchant à écarter prématurément les lèvres de la plaie avant d'être arrivé sur l'aponévrose sous-fessière. On reconnaît que celle-ci est découverte, non pas à la couleur lorsqu'il s'agit d'une plaie ou d'un anévrysme diffus, mais à la facilité avec laquelle les lèvres de la moitié externe de la plaie musculaire se laissent écarter. C'est à ce moment qu'il convient de détacher les insertions sacro-ligamenteuses des faisceaux de la lèvre inférieure.
Arrivé sur l'aponévrose, l'opérateur plonge l'index gauche dans la plaie et cherche le point dépressible par où sort l'artère dont il ne s'inquiète pas encore ; il sent à travers le dernier faisceau du moyen fessier l'arcade osseuse arrondie et dure, et plus bas, le bord supérieur arrondi et mou du muscle py-
FESSIÈRE (artère), - 751
ramidal. Sur ce bord, à un centimètre au-dessous de l'arcade, il incise ou déchire l'aponévrose dans sa partie forte, c'est-à-dire interne ; puis, avec le bout de l'index gauclie, il agrandit facilement cette boutonnière jusqu'en dehors, audessous et même au delà des vaisseaux; si chemin taisant il rencontre une branche artérielle descendante, il la lie et la coupe en travers. 11 fait alors un pas de côté et se place près du flanc de l'opéré. Son index gauche qui n'a pas quitté la plaie, explore avec la pulpe, le dessous, je dirai plus, l'intérieur de l'arcade osseuse ; il part de la petite épine iliaque postcro-inférieure rarement insensible, c'est-à-dire du pilier postérieur et interne de l'arcade et se porte en dehors et en avant, de plus en plus profondément engagé ; il rencontre et rjeconnaît facilement le tronc de l'artère à 3 centimètres du point de départ. Dans son parcours, le doigt franchit quelquefois une rugosité osseuse, mais aucun cordon qui puisse donner le change. Au delà de l'artère qui bat et, aplatie sur l'os, donne la sensation d'une petite couiToie renflée sur ses bords, se trouve le nerf qui ne bat pas et, comprimé sur l'os, donne la sensation d'un petit cordon rond; il est inutile de le chercher.
L'artère étant trouvée, des crochets sont placés pour abaisser la lèvie intérieure de la plaie et donner du jour sur lequel pourtant il ne faut pas compter. C'est L'index de l'opérateur, qui appuyé le bout sous le tronc artériel, relève le bord supérieur de la plaie et tient écartés et protégés le nerf, le bouquet des branches artérielles et le plexus-confluent veineux. La face inférieure de l'artère est ainsi rendue abordable pour une sonde cannelée à bout recourbé, une ai-, guille de Cooper ou une longue pince. L'un ou l'autre de ces instruments guidé par l'index gauche, agissant en long et sur le dessous de l'artère, déchirera la gaine celluleuse sans danger pour les veines qui sont placées sur les côtés.
Après que la gaine celluleuse de l'artère aura été déchirée, un porte-fil courbe toujours aidé et guidé par l'index gauche, engagera un lil qui sera serré au milieu de la partie dénudée, c'est-à-dire, je le répète une dernière fois, profondément, sous l'arcade, dans le bassin.
Si dans un cas primitivement douteux, le chirurgien s'aperçoit qu'il doit lier l'ischiatique au lieu de la fessière, il cherche du bout du doigt au-dessous du pyramidal un point dépressible, le parcourt, sent le bord inférieur ostéo-fibreux de la grande échancrure, reconnaît ordinairement la dureté du sommet de l'épine sciatique et immédiatement en dedans, le tronc de l'artère ischiatique {voy. ce mot).
FESif^lÉBE (Région). § I. Aaatomie. Partie postérieure de la hanche {voy. ce mot), la région fessière a pour limites : en bas le pli de la fesse, d'autant plus profond que la fesse est plus grasse ; en haut la crête iliaque ; en arrière la ligne oblique des insertions ilio-sacrées du grand fessier; en avant une ligne étendue de l'épine iliaque antéro-supérieure au sommet du grand trochanter et se continuant avec la ligne d'insertion fémorale du grand fessier.
Cette région comprend donc les parties molles de la fesse proprement dite et ■de la fosse iliaque externe; elle s'étend en profondeur jusqu'à l'os iliaque, aux ligaments sacro-sciatiques, à l'articulation coxo-fémorale et à l'extrémité supérieure du fémur.
L'homme seul a des fesses, nates globosœ, ont dit Aristote et Buffon. Elles lui ont été données (Spigel), pour que commodément assis il puisse méditer sur la Divinité : « Ut sedendo citra molestiam, cogitationibus rerum divinanim
75'2 FESSIÈHE (région) (anatomie).
animam rectius applicare posset. h Comme celui du bassin tout entier et du pannicule graisseux, le développement des fesses est plus marqué dans le sexe féminin, mais il est dil'ticile de voir là un contre-poids préparé pour balancer le poids du ventre de la femme enceinte.
La saillie des fesses varie aussi avec la cambrure des reins, et par conséquent avec les individus et les races.
Sur un homme maigre et bien musclé, lorsque le grand léssier est contracté, les fesses se rapprochent, deviennent plus globuleuses et prennent la iorme d'un bourrelet en croissant dont la concavité déprimée correspond au bord postérieur du grand trochanter et du fémur. La femme, en général moins musclée et plus grasse, n'a pas une gouttière retro-trochantérienne ou ischio-troT chantériennc aussi marquée.
Tout le monde a vu et regardé au muséum de Paris, la statue de la femme boschimane, connue sous le nom de Vénus hottentote ou stéatopyge et sur la croupe de laquelle il y a place pour un cavalier. La stéatopygie des femmes est constante chez les Boschimanes et se rencontre parmi les Hottentotes, les Cafres et les Somàlis. La saillie de chaque masse graisseuse ti'emblottante, en arrière des reins, était de 0"',1 4 dans le cas de Barrow. « Rien, nous dit Topinard d'après Flower et Murrie, rien ne fait prévoir la stéatopygie sur le squelette ni dans les muscles fessiers ; c'est plus qu'une hypertrophie du pannicule graisseux, c'est un organe supplémentaire aussi spécial que les sacs laryngiens du gorille et du chimpanzé, davantage même, car ceux-ci ne sont que l'exagération progressive en avançant en âge, et sur le mâle surtout, d'une arrière-cavité du larynx commune à tous les mammifères supérieurs, tandi s que rien chez l'Européen ne représente le premier degré de la stéatopygie. Cet organe étrange, dont les avantages sont peu indiqués, existait déjà aussi bien que le tablier chez une jeune Boschimane de douze ans, vierge. A partir de la grossesse il augmente cependant. »
Les deux fesses sont séparées en arrière et en haut par la surface en V de la vé"ion sacrée {voy. ce mot). Plus bas, elles se rapprochent, se touchent et masquent l'anus sur les personnes bien constituées et bien portantes. Mais à côté de la femme callipyge il y a la vieille dont parle Horace dans l'épode VIII intraduisible :
Hietque turpis inter aridas liâtes Podex, velut criidic bovis.
Superposition des plans, a. Téguments. La peau des fesses est blanche ou rosée : quelquefois ces éminences jumelles ou arrière-joues ( Hinterbacken, Hinterwangen, ail.) présentent des veinosités comme les joues du visage. Le derme est épais et solide, moins pourtant que celui du dos ; le phénomène de la chair de poule s'y produit des plus marqués. Les glandes sébacées nombreuses s'entlamment très-fréquemment ; souvent aussi, le sébum s'y accumule et s'y enkyste. Des follicules pileux plus ou moins développés, suivant les individus, accompagnent les glandes sébacées dans le sexe masculin. Hercule fut appelé mélampyge, aux noires fesses, sans doute parce qu'en sa qualité d'homme vigoureux, il devait avoir les poils des fesses drus, longs, noirs et largement répartis.
A la face profonde du derme fessier est attaché un pannicule graisseux trèsépais et semblable dans sa structure à celui de la plante du pied et de la pauni de la main. Le tégument de la fesse, ordinairement épais de plus de deux centi-
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mètres, est un véritable matelas ou coussin élastique. En effet, de la face prolonde du derme se détachent un grand nombre de trabécules et de lamelles résistantes et élastiques dont quelques-unes, par exemple en arrière du trochanter et dans le pli fessier, établissent des adhérences solides avec les parties fibreuses sous-jacentes, mais dont la plupart, avant de se fixer à l'aponévrose, s'anastomosent et se divisent de manière à former une multitude de loges ou kystes ù parois élastiques où sont emprisonnés des pelotons adipeux. La structure et l'épaisseur du pannicule graisseux de la fesse nous explique pourquoi, dans les sacrifices humains des iles Marquises, la fesse était, naguère encore, le morceau du grand-prêtre, et pourquoi, au dire de saint Jérôme, les Scots vivant au milieu de bestiiiux nombreux et variés, préféraient à tout autre morceau, les fesses d'enfant et les mamelles de femme. (Prichard, 111, p. 138.)
Le pannicule graisseux fait absolument corps avec le derme ; le tout adhèi-e à l'enveloppe adhérente elle-même du grand fessier, mais glisse sous l'ischion à l'aide d'une bourse séreuse, quelquefois incomplètement formée, qui peut cependant, sur un sujet maigre et habituellement assis, se montrer, après insufflation, ca[)able de loger une noix.
Une autre bourse séz-euse sous-tégumentaire, anfractueuse et imparfaite, existe dans la région trochantérienne, entre la graisse sous-cutanée et l'aponévrose.
Les caractères des téguments de la fesse que l'on remarque surtout au voisinage de l'iscliion s'atténuent dans la partie supérieure et antérieure de la région, c'est-à-dire au niveau de la fosse iliaque externe. De même, sur toute la périphérie de la région fessière, la peau prend peu h peu les apparences et la structure de celle des régions voisines.
Les uerts qui donnent la sensibilité à la peau de la fesse viennent des branches postérieures des trois premières paires nerveuses lombaires, de l'espèce d'anse anastomotique que forment les branches postérieures des nerfs sacrés, du rameau fémoro-cutané du plexus lombaire et enfin du petit sciatique ou nerf fessier inférieur.
Les lymphatiques superficiels de la région se rendent aux ganglions de l'aîne passant les uns en dehors, les autres en dedans de la racine du membre inférieur.
b. Première couche musculo-aponévrotique. Après avoir enlevé la peau et le pannicule, ce qui exige une dissection attentive et longue, à cause des adhérences qui unissent ce dernier à l'aponévrose, ou a sous les yeux : en arrière, le grand fessier et son enveloppe ; en haut, la partie iliaque de l'aponévrose fémorale (aponévrose du moyen fessier) et, plus en avant, la gaînc du tenseur du fascia lata. Si j'avais à décrire la hanche, je verrais là un véritable deltoïde à faisceaux postérieurs très-développés (grand fessier), à faisceaux moyens remplacés par les libres aponévrotiques ilio-fémorales, et à faisceaux antérieurs représentés par le muscle tenseur du fascia lata. Celui-ci n'est-il pas, en effet, compris dans un dédoublement de l'aponévrose comme le grand fessier luimême? Et le tout ne formc-t-il pas une seule et unique couche?
Pour se rendre compte de ce fait il suffit d'inciser de haut en bas et près du ti'ochanter la partie aponévrotiquc qui recouvre le moyen fessier, et d'introduire les doiots successivement, en avant jusque sous le tenseur du fascia lata, en arrière jusque sous le grand fessier.
Le long du bord antéro-supérieur de ce dernier muscle, l'aponévrose dite du moyen fessier, dont les fibres sont en majorité longitudinales, se dédouble.
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Plusieurs de ses faisceaux , non-seulement près du trochanter où c'est trèsvisible, mais encore au voisinage de la crête iliaque, se portent manifestement en bas et en arrière et contribuent à former le feuillet su])erficiel de la gaine du grand fessier, feuillet (jui adiière par sa face profonde aux nombreuses cloisons inter-fasciculaires de ce muscle et se continue avec la partie postérieure de l'aponévrose crurale. — La lame fibreuse qui semble d'abord prolonger l'aponévrose du fessier moyen sous le bord antéro-supérieur du fessier superficiel, cliange bientôt de caractère. Dans la parlie supérieure, on la voit encore resplendissante et nacrée, fournir des insertions aux faisceaux du grand fessier, couvrir les vaisseaux, nerfs et muscles qui sortent par la grande échancrure et s'unir au grand ligament sacro-sciatique avec lequel elle ne forme qu'un seul plan. Mais à mesure qu'étudiant ce feuillet profond de la gaine du grand fessier, on s'éloigne du sacrum pour se rapprocher du trochanter, on trouve une lame de moins en moins fibreuse, à peine adhérente aux fibres sus-jacentes, transparente et molle, qui ne mérite plus le nom d'aponévrose.
A travers ce mince feuillet, on aperçoit la graisse qui remplit, en quantité variable, les interstices des muscles de la couche profonde.
Il n'existe pas de graisse entre la face postérieure de l'ischion et le grand fessier, il y a plutôt là une tendance à la création d'une véritable bourse de glissement sous-musculaire.
Une telle bourse mieux développée, très-large, très-anfractueuse, existe, on le sait, entre la face externe du grand trochanter et la face profonde du plan fibro-musculaire qui vient d'être étudié.
c. La couche musculaire profonde comprend dans la fosse iliaque externe deux muscles superposés, les fessiers moyen et profond que ne sépare aucune aponévrose et qui sont même généralement peu distincts dans leur partie antérieure. En arrière, au-dessous des muscles précédents, l'on voit le muscle pyramidal venir de la face antérieure du sacrum, sortir par la grande échancrure et se diriger en dehors vers le milieu du bord supérieur du grand trochanter. Audessous du pyramidal, par la petite échancrure, c'est-à-dire entre les insertions iliaques des deux ligaments sacro-sciatiques, le muscle obturateur interne apparaît dans la région fessière et se recourbe en dehors.
La portion extra-pelvienne de l'obturateur interne est accompagnée par les deux muscles jumeaux qui placés, le supérieur au-dessus, l'inférieur au-dessous de son tendon, s'attachent sur ce dernier et se fixent avec lui à la partie interne et antérieure du bord supérieur du grand trochanter.
Si l'on fait la section du muscle obturateur interne au niveau de sa réflexion dans la gouttière qui sépare l'épine, de la tubérosité de l'ischion, on ouvre une bourse séreuse parfaite et l'on aperçoit, à la face profonde du muscle, ses quatre bandelettes tendineuses et, sur la gorge osseuse, les rainures que la pression de ces bandelettes a creusées.
Au-dessous du jumeau inférieur se montre le muscle carré crural étendu de l'ischion au bord postérieur prolongé du grand trochanter.
Sous le carré crural sont les faisceaux supérieurs du grand adducteur comme sous la masse commune de l'obturateur interne et des jumeaux, est le tendon de l'obturateur externe.
Le tissu cellulaire sous-aponévrotique de la fesse, remplit les interstices musculaires et se continue avec le tissu cellulaire des régions voisines en accompagnant les nerfs et vaisseaux qui passent dans la fesse ou s'y terminent.
FESSIÈRE (région) (pathologie). "ÏSS
{" Au-dessus du pyramidal, autour des vaisseaux et ucrfs fessiers supérieurs ; au-dessous du même muscle, autour des vaisseaux ischiatiques et honteux, des nerfs sciatiqiie, fessier inférieur et honteux, le tissu cellulaire fessier communique avec le tissu cellulaire de l'espace intra-pelvien ou pclvi-rectal supérieur, lequel se continue, en haut devant la colonne sacro-vertébrale, en bas et en avant jusque dans les ligaments larges de la femme. Cela explique la marche de certaines fusées purulentes. 2" Le tissu cellulaire fessier se trouve encore relié à celui de la fosse ischio-roctale par l'étroit orifice que laisse le muscle obturateur interne dans la petite échancrure et qui donne passage aux nerf et vaisseaux honteux internes. 5° Enfin, le long du nerf sciatique, une traînée celiuleuse fait une voie toute préparée aux abcès dci la fesse pour descendre dans la cuisse.
Les vaisseaux sanguins et les nerfs profonds de la fesse, ont été ou seront décrits dans des articles séparés [voy. Fessijiire, Isciiiatique, Honteuse, Sacré (plexus), Sciatique]. Quant aux lymphatiques profonds, ils accompagnent les vaisseaux sanguins et se jettent dans les ganglions intra-pelviens, tandis que les superficiels se rendent, comme on Ta vu, aux ganglions inguinaux.
g II. Pathologie. 1" ViCES DE CONFORMATION, TUMEURS CONGÉNITALES EMBRYON- NAIRES. Les vices de conformation de la fesse sont liés à ceux du membre inférieur. Voy. Bassin, Cuisse, Hanche, etc.
Quant aux tumeurs congénitales d'origine cnibryouuaire qui ont des connexions ordinaires avec l'extrémité du rachis, on en trouvera la description au mot Sacrée (région).
Voy. au besoin sur ce sujet : Holmes, Thérap. des mal. chir. des enfants, 1870; Duplay, Revue critique des Archives gén. 1868; Bull, de la soc. anat. 1867 ; de la Société de bioloc/ie, 1865 et 18è'K
2° Traumatismes. Les plaies superficielles de la fesse, quel qu'en ait été l'agent, ne peuvent faire l'objet d'un article spécial. Il est bien évident que les vastes pertes de substance de la peau et des muscles, entraînent à leur suite une difformité très-gênante pour les fonctions du membre inférieur.
Les plaies du nerf sciatique, fort graves on le conçoit, seront étudiées au mot Sciatique. Celles qui s'étendent jusqu'au squelette et même à la cavité pelvienne, ont été passées en revue à l'article Bassin. Elles peuvent atteindre la vessie, le rectum, etc., et donner lieu à un écoulement d'urine, de matières fécales. B. Anger {Anat. chir.) a même vu un anus contre nature fessier, suite d'une plaie par balle ayant ouvert le cœcum. C'est également au mot Bassin, que se trouve l'histoire des fractures et luxations déterminées par des violences considérables ayant porté sur la fesse.
Nous n'avons donc ici qu'à dire quelques mots des contusions des parties molles de la fesse : les plaies et ruptures des artères seront traitées plus
loin.
Les conditions favorables à la contusion sans plaie, c'est-à-dire l'existence d'un plan osseux sous des parties molles épaisses, sont réalisées sur presque toute l'étendue de la région fessière. Un projectile mort, une masse de terre, une voiture pesante, un choc, une chute, etc., peuvent, sans ouvrir la peau, brover les muscles ou simplement déchirer les petits vaisseaux du tissu cellulaire superficiel ou profond. De là des ecchymoses et de vastes épanchements de
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sérosité et de sang sous les téguments, sous les muscles ou bien encore dans les cavités séreuses trochantériennes ou ischiatiques qui ont été signalées plus haut (Velpeau, etc.).
Certains épanchements de sang restent à l'état de tumeur profonde sans déterminer jamais de coloration ecchymotique des téguments; parfois ils demeurent stationnaires fort longtemps et éprouvent même des transformations qui les rendent méconnaissables. Ainsi, en 1864 [Gaz. des hop.), une tumeur hématique datant de seize ans, fut extirpée par Gosselin. Elle avait débuté probablement dans la séreuse sous-ischiatique, s'était accrue au point d'acquérir le volume d'une tète de fœtus et ressemblait, avant l'extirpation, à un fibrome ramolli par places, ou à un fibro-lipome.
Lorsque l'épanchement est sous-tégumentaire , l'ecchymose est ordinaire, plus ou moins pn'coce ; des caillots crépitent sous^ la pression des doigts. Cependant, s'il s'agit d'une collection traumatique de sérosité mélangée à une faible quantité de sang, la tumeur est en général mollasse, tremblotante, oscillante et dépressible ; les doigts ne sentent pas de caillots sanguins et au lieu d'ecchymose , la peau ne présente guère qu'une légère imprégnation jaunâtre.
Les épanchements de sang profonds, ne sont pas toujours faciles à reconnaître dans les premiers jours, en l'absence de renseignements. Car l'ecchymose met un certain temps à venir à l'extérieur, dévoiler la nature de la maladie : c'est ainsi que Velpeau ne fut tiré d'embarras, qu'après plusieurs jours de doute sur la nature d'une tumeur fessière dont le porteur cachait soigneusement l'origine (un coup de pied).
Les dispositions anatomiques et la déclivité imposent une certaine marche aux infiltrations séro-sanguinolentes. En voici un exemple frappant emprunté à la clinique de Pelletan (II, p. 118). Un couvreur tombé d'un sixième étage, n'avait guère que le membre inférieur gauche d'épargné et se tenait couché sur ce côté. Au bout de quinze jours, une large ecchymose pai'ut à la face externe de la région iliaque gauche et s'étendit, en bas à la partie postérieure et supérieure de la cuisse, en haut jusqu'au-dessus du flanc. Le sang primitivement épanché dans le tissu cellulaire sous-péritonéal de la région lombaire droite, avait fusé sous la séreuse jusque dans le bassin et de là, probablement par plusieurs voies, sous la peau de la fesse gauche et des régions voisines.
Epanché dans la fesse, le sang peut être absorbé plus ou moins vite, suivant qu'il se répand plus ou moins loin : la compression favorise sa dispersion et par conséquent son absorption. Sans doute en raison de la difficulté qu'on éprouve à imposer à la région fessière l'innnobilité absolue, les foyers hématiques ont de la tendance à s'enllammer ; il ne faut rien faire pour les y exciter. Il n'y a probablement pas un danger extrême à aspirer avec un trocart capillaire, au bout de quelques jours, l'abondante sérosité qui se mêle très-souvent au sang, soit primitivement, soit consécutivement, sous l'influence d'une fluxion inflammatoire. Mais, il vaut probablement mieux se contenter de l'immobilisation et de la compression. Després [Chir. journalière, p. 144) conseille les craollients pour la première semaine, la compression ensuite et, si la résorption de la sérosité se fait attendre, une série de vésicatoires volants. Tout récemment, un épanchement traumatique de la fesse, gros comme les deux poings, sur une femme de soixante ans, simplement comprimé par le coton, disparut en deux semaines. (Marchand, interne de Dolbeau.) Voici, d'autre part, l'histoire
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très-abrégée d'un cas déjà ancien et qui montre l'insuffisance et le danger des ponctions, la mauvaise influence de la marche prématurée et la tendance à se reproduire de la sérosité épanchée, lorsque le foyer n'est pas comprimé. Il s'agit d'un épanchement de sang traumatique et sous-tégumentaire de la fesse (Robert, Clinique, p. 250). Au troisième jour, l'ecchymose apparaît; au dixième, la tumeur qui a beaucoup augmenté est ponctionnée : 540 grammes de liquide sont extraits contenant 40 grammes de globules et 500 grammes de sérosité rosée. Le vingt-troisième jour, seconde ponction ; il sort 200 grammes de sérosité ; une injection iodée est faite. Le vingt-huitième jour, troisième ponction et deuxième injection iodée. Sorti sur sa demande, le malade rentre à l'hôpital et le quarante-cinquième jour, la tumeur qui s'est reproduite, est largement incisée et débarrassée de 500 grammes de licjuide mêlé à des fausses membranes. Dès le lendemain, l'on constate l'adhésion des parois du kyste, mais la suppuration survient, la fièvi^e s'allume, on est obligé d'ouvrir la tumeur de nouveau : c'est maintenant du pus qui s'en écoule. Enfin après plusieurs nouvelles injections de teinture d'iode, le blessé finit par guérir.
La contusion de la l'égion fessière ne [U'oduit pas toujours un simple épanchement de sang. Un cavalier s'est en effet rompu l'artère ischiatique, en se heurtant la fesse sur une saillie de la selle qu'il eniourchait, et plusieurs anévrysmes dits spontanés, semblent avoir débuté fort peu de temps après une contusion de la fesse.
5" Inflammatioins, etc. La plupart d'entre elles n'offrent rien de particulier à la région. Pour ïérythème, voy. Anvs; pour ïecthyma, Typhoïde ; pour les eschares, Sacrée (région).
A l'article Bourses séreuses, on trouvera tout ce qui concerne l'inflammation de ces cavités et à l'article Hanche, ce qui regarde spécialement les deux bourses trochantériennes. Le kyste hydatique dont a parlé II. Larrey à la Soc. de chir. en 1857, devait siéger dans la plus profonde de ces bourses.
Les autres séreuses de la fesse dans lesquelles on a observé des épanchements de sang, de sérosité ou de pus, sont celles de l'ischion et celle qui chez les porteurs de bandage herniaire, se développe derrière et au-dessus de l'épuie iliaque postéro-supérieure. On sait depuis Blandinque des grains riziformes ont été rencontrés dans les principales cavités séreuses de la fesse. Et Fournier a décrit un hygroma hlennorrhaijique de la bourse ischiatique sous-fessière, hygroma capable, selon lui, de simuler comme toutes les tuméfactions profondes de la fesse, une névralgie sciatique, par la compression exercée sur le nerf.
La lenteur avec laquelle se développent les hygromas et leur siège au niveau des saillies osseuses, peuvent induire le chirurgien en erreur et lui faire songer :i un abcès froid ossifluent, d'origine trochantérienne, ischiatique ou iliaque postérieure. Quand le liquide de l'hygroma a subi la transformation purulente, le doute ne peut être levé que par l'exploration à l'aide du stylet, mais au contraire, lorsque le contenu de la tumeur sera resté clair et séreux, la constatation de la transparence indiquera la nature de la maladie. Chassaignac [Traité delà suppuration. II) rapporte plusieurs cas d'iiygromas fessiers guéris par la ponction et l'injection iodée. L'un gros comme un œuf de poule siégeait dans la bourse ischiatique ; plusieurs autres dans la bourse rétro-iliaque et parmi ceux-ci il y en avait un contenant environ un litre et demi de sérosité.
Les ahcès chauds de la fesse sont la suite du phlegmon superficiel ou profond
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ou même sous-périostique, ou encore de l'inflammation d'un hygroma, d'un foyer séreux, hématique ou mixte, d'origine traumatique.
Il n'est pas rare d'observer sous la peau de la fesse, de petits abcès à la suite des anthrax et même des furoncles si fréquents dans cette région. Chassaignac appelle furoiiculeux ces abcès ; il en rapporte un cas observé sur un homme que sa profession de postillon prédisposait aux affections inflammatoires de la fesse.
Les phlegmons véritables doivent être distingués en superficiels et profonds. Les premiers lorsqu'ils se développent dans la région sus-trochantérienne soulèvent très-vite la peau qui les recouvre ; s'ils naissent au contraire à la surlace du grand fessier, ou dans le tissu cellulaire interlasciculaire de ce muscle, on dit qu'ils sont plus longtemps à s'approclier du tégument externe, et qu'ils dissèquent et dissocient les fibres du muscle.
Les phlegmons profonds situés sous l'aponévrose du moyen fessier passent pour très-douloureux, peu saillants, capables d'attaquer, de perforer l'os iliaque et de fuser dans le bassin (Lamotte, édit. in-12, 1, p. 080). Cela doit être encore plus vrai, pour les abcès sous-périostiques que l'on a observés quelquefois sur de jeunes sujets débilités. Si le phlegmon proi'ond s'est développé dans la région fessière proprement dite, c'est-à-dire sous le grand fessier, il peut s'étendre au loin très-facilement. Dans la majorité des cas, on le voit s'approcher du pli fessier et soulever les téguments à ce niveau. Mais si une telle collection purulente n'est pas ouverte opportunément, elle peut même remonter vers l'épine iliaque anléro-supérieure, mais [ylutôt pénétrer dans le bassin par la grande échancrure, dans la fosse ischio-rectale et dans le rectum (Lamotte), dans la gahie du psoas, en se portant d'abord vers le petit frochanter, et enfin, ce qui paraît le plus fréquent, dans la région postérieure de la cuisse le long du nerf sciatique ou sous la peau. Dans un cas, le pus descendit jusqu'aux malléoles. [Mém. deméd. chir. et pharm. milit. XVI, p. 159.)
Les phlegmons profonds ou sous-fessiers, les plus intéressants sans contredit, ne présentent pas toujours de cause évidente. Cependant, on a pu incriminer dans quelques cas la puerpéralité, une chevauchée pénible et exceptionnelle, une marche forcée et une fatigue considérable, une chute, une ancienne lésion traumatique de la hanche, etc. Plusieurs fois la suppuration a envahi successiment les deux fesses, à quelques semaines d'intervalle.
La marche de la maladie est en général fort lente et les symptômes du début fallacieux. On croit d'abord à une coxalgie avec douleur propagée au genou, à une névralgie sciatique plus ou moins violente. M. Laugier {Dict. de méd. et de chir. prat.) insiste beaucoup sur les fausses névralgies sciatiques causées par les phlegmons profonds de la fesse. La tuméfaction est d'abord vague et inaperçue ; plus tard, la fluctuation, s'il y a beaucoup de douleur, ne se laisse percevoir qu'avec l'aide du chloroforme et il y a lieu, pour arriver au diagnostic, de passer en revue comme Robert {Clinique, p. 270) toutes les affections pelviennes et péri-pel viennes.
L'exploration attentive des articulations coxo-fémorale et sacro-iliaque sera pratiquée ; on exercera des pressions sur tous les points osseux saillants ; on donnera au membre les attitudes nécessaires pour tendre successivement tous les muscles. Par ces diverses manœuvres, si l'on n'augmente pas la douleur notablement; si, au contraire, celle-ci reste maxima au niveau de la grande échancrure et de la rainure ischio-trochantérienne où n'existe aucune saillie
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osseuse, on aura de fortes raisons de croire à un phlegmon sous-fessio'. Encore l'aut-il savoir qu'un encéphaloïde peut aussi bien simuler un anévrysme, s'il bat, qu'une collection purulente s'il présente des points Ikictuants. Cliassaignac luimême, d'une première ponction exploratice faite dans un phlegmon sous-fessier très-douteux, ne vit sortir que du sang, comme si, dit-il, j'avais ponctionné un cancer ramolli.
Les phlegmons de la fesse peuvent se terminer par résolution, comme le prouve l'observation de liobert ; mais, quand ils suppurent, ils doivent être ouverts le plus tôt possible. Cela semble bien évident pour les phlegmons sousfessiers, vu leur tendance à se propager au loin. Comme ceux-ci récidivent lorsque l'ouverlurc insuftisante s'est fermée trop tôt, le drainage est indiqué. Si l'on pratique une incision, on abordera la collection purulente dans son point déclive, ordinairement sous le bord inférieur du grand fessier. L'on n'oubliera pas que la fesse est très-riche en artérioles et le bistouri dangereux.
D'après Chassaignac, un phlegmon de la fesse peut déterminer une inflammation de voisinage dans la fosse iliaque interne et inversement.
Nous avons déjà signalé la marche envahissante du pus formé primitivement dans la fesse. Les abcès de la fosse iliaque interne étendus dans le tissu cellulaire de l'espace pelvi-rectal supérieur, ceux des ligaments larges, puerpéraux ou non, se sont propagés quelquefois au tissu cellulaire sous-fessier par h grande échancrure (Després," (^flj. des hop., 1875, p. 1)45), ou môme, d'après Bérard, par le canal sous-pubien.
De même les abcès de la fosse ischio-rectale peuvent fuser du côté de la fesse, sous le tégument ou bien sous le muscle grand fessier. J'ai vu Verneuil obligé de faire dans les fesses d'un malade plusieurs incisions pour arriver à guérir une fistule à l'anus, et J.-L. Petit,- dans des circonstances un peu différentes, dut couper transversalement plus de deux travers de doigt de fibres charnues du muscle grand fessier. Le célèbre chirurgien ouvrit même une assez grosse artère dont il arrêta l'hémorrhagie par le tamponnement.
La fesse est encore le siège tX'abcès froids idiopathiques ou ossifluents. Les premiers sont plus rares que les seconds : leur marclie est très-lente. Chassaignac en a observé un siégeant dans les muscles de la fosse iliaque externe chez un peintre sur porcelaine qui souffrait le long du nerf sciatique depuis six mois. Il fut reconnu par une ponction exploratrice, drainé et guéri.
Les abcès fessiers ossifluents ou ostéopathiques sont loin d'être rares. Les uns sont nés sur place, engendrés par une ostéo-arthrite ou une ostéite de la surface extérieure des différentes pièces de la hanche et du bassin. Les autres viennent de l'intérieur du bassin et ont été causés par une carie de la face antérieure du sacrum, de la colonne lombaire, dorsale et même cervicale. Ces abcès migrateurs peuvent aiTiver dans la fesse par les voies diverses signalées à propos des abcès chauds ; mais c'est par la grande échancrure qu'ils se font jour ordinairement, ils choisissent même le trajet du nerf au-dessous du pyramidal plutôt que le canal des vaisseaux fessiers qu'obtuie en dehors l'aponévrose sous-fessière encore assez résistante en cet endroit.
Les abcès froids d'origine intra-pelvienne ou abdominale, sont en général partiellement réductibles et toujours profonds. Ceux qui se forment sous le grand fessier, quel que soit leur point de départ, soulèvent lentement ce muscle et forment une tumeur volumineuse, indolente, à fluctuation profonde et qui peut rester longtemps arrêtée dans sa migration vers la cuisse par le pli fessier. Sur
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un malade observé par Boyer, un énorme abcès ossifluent se développa lentement dans la fesse, et ce fut une chute qui détermina le passage brusque, Tinjection du pus dans la cuisse : la tumeur, depuis lors, demeura étranglée en besace par les adhérences profondes du pli fessier.
Les abcès froids ossifluents superficiels déterminés par une ostéite du grand trochanter, de la crête iliaque, de l'ischion, peuvent être facilement confondus, on le sait, avec les hygromas suppures des régions correspondantes.
Ceux-ci, c'est-à-dire les abcès ostéopathiques d'origine externe, comme les abcès froids idiopathiques, peuvent être traités par l'aspiration, l'incision avec pansement antiseptique, ou jnieux encore, si l'on s'en rapporte aux observations de Labbé et Fourestié {Th.de Paris, 1876), par une couche de caustique devienne appliquée sur toute la surface extérieure de l'abcès. J'ai vu ces deux chirurgiens traiter ainsi avec succès un énorme abcès d'origine trochantérienne siégeant sur la fesse droite d'une petite fille de sept ans.
4° Tumeurs et kystes. Un grand nombre de tumeurs de la fesse appartiennent en propre au squelette de la région {voy. Bassin). Mais il en est d'autres qui peuvent se développer primitivement dans l'épaisseur du tégument, dans les muscles ou dans leurs intervalles.
En 1844, Demarquay montre à la Société anatomique {BuU. p. 14) une végétation, de nature indéterminée, en forme de champignon, grosse comme un œuf, développée sur la fesse gauche d'une femme.
Fano {Union méd., 1865, III, p. 522) a enlevé par l'écrasement linéaire et fait représenter une production extérieurement analogue à la précédente. C'était, dit-il, un lipome ressemblant à un pénis comme forme et comme volume, datant de vingt-trois ans, attaché dans le pli de la fesse gauche d'une femme de soixante-trois ans.
Les lipomes sous-cutanés et profonds ne sont pas rares à la fesse ; les premiers sont assez souvent pédicules. Tels étaient ceux qu'observèrent Morgagni (lettre L, § 25) et Bucquoy [Bull. Soc. anal., 1855, p. 226). Ils acquièrent quelquefois un volume énorme, même en quelques années. Ainsi Barrow {Med. Times and Gaz., 1864, II, p. 58) en extirpa un pesant 50 livres, datant seulement de six années et appliqué à la face extérieure du grand fessier. La défécation était fort gênée; le malade, très-anémique, inappétent, mourut vingtquatre heures après l'extirpation qui, faite en cinq minutes, ne coûta que six onces de sa.na..
Les lipomes profonds paraissent très-rares ; ils doivent être d'un diagnostic difficile, n'ayant pas l'aspect lobule ni la mollesse fluctuante des superficiels. Au lieu d'être globuleux, ils sont probablement irréguliers et difficiles à extirper en raison de leurs prolongements et des nombreuses artérioles environnantes. Le malade auquel Demarquay, cité par M. Laugier, enleva un lipome volumineux situé entre les muscles fessier moyen et fessier profond, périt d'hémorrhagies secondaires.
Un fait qui m'a frappé en rassemblant quelques observations de lipomes de la fesse, c'est la fréquence apparente des incrustations calcaires de ces tumeurs. Est-ce là le résultat des irritations auxquelles ne peuvent échapper les tumeurs du siège et qui vont jusqu'à vasculariser, œdématiser, enflammer, ulcérer même les lipomes de cette région? Quoi qu'il en soit, Sédillot en 1845 {Contrib. à la chir., I, p. 514), enlevait par la ligature un lipome fessier superficiel .ulcéré.
FESSIEUE (RÉGION) ^PATHOLOGIE). 761
datant de quarante ans, pesant 1710 grammes, parcouru par des intersections fibreuses et contenant plusieurs gros noyaux calcifiés. Bucquoy présentait à la Société anatomique [Bull., 1855) un lipome fessier pédicule, avec concrétions calcaires au centre. Le Fort enlevait, en 1875 [Gaz. des hop.), à une femme de soixante-treize ans, un lipome fessier de 6 kilogrammes, datant de plus de trente ans et contenant un noyau calcifié. Enfin, en 1876 [Bull. Soc. anal.), Dupuy extirpait un lipome sous-cutané de la fesse, datant de dix-huit ans, ulcéré, pesant 1000 grammes et contenant un squelette intérieur rameux, étoile, présentant les caractères d'un os véritable.
Un cinquième cas de tumeur fessière en partie calcifiée n'est plus un fibrolipônie, mais une tumeur assez complexe, très-lente dans son évolution et donnée comme fibrome par A. Guérin, qui l'a extirpée [Gaz. des hop., 1864, p. 562).
On pourrait citer un certain nombre d'exemples de tumeurs sarcomateuses ou cancéreuses de la l'esse.
Béraud [Atlas d'an, chir.) dit avoir enlevé par les caustiques un cancer méianique de la peau du milieu de la fesse. Il y eut récidive, propagation et mort.
Les sarcomes forment vraisemblablement la majeure partie des tumeurs plus ou moins malignes de la fesse. Un en a vu d'énormes et de petits. L'un de ces derniers, gros comme un œuf, resgemldait, comme forme, volume et consistance, à un kyste sébucé (Bourdy, Th. de Paris, 1868). Parmi les grosses tumeurs sarcomateuses, on peut citer celle qui fut présentée à l'Académie par Gloquet en 18"26, celle dont Martial Lannelongue {Th. de Paris, 1862) rapporte l'histoire et qui pesait 4025 grammes, après une durée de quinze ans.
Paquet [Bull. Soc. anal., 1864) a vu dans le service de Giraldès, sur un enfant de quatre ans et demi, une tumeur fessière atteindre 0'",50 de tour et amener la mort en six mois. C'était, dit Paquet, un encéphaloïde qui présentait des points tout à fait fluctuants : une ponction exploratrice avait donné issue à du liquide analogue à celui d'une hématocèle.
11. Larrey [Bull. Soc. de chir., 1852) a opéré à deux reprises une tumeur fibro-plastique de la région iliaque externe, qui paraissait s'être développée sous l'influence du frottement du ceinturon militaire et datait certainement de plus de vingt ans.
La tumeur, qui fut opérée par Velpeau, cautérisée par un berger, opérée de nouveau par Verneuil, s'était développée quelque temps après une contusion (Bourdy, Th. de Paris, 1868).
Les tumeurs de la fesse, surtout celles qui sont profondes, embarrassent trèssouvent le chirurgien anxieux de savoir quelle est leur nature et le lieu précis où elles ont débuté. Sont-elles adhérentes au squelette, alors que, profondément placées, elles semblent difficiles à mobiliser? Sont-elles solides ou liquides, alors que la fluctuation existe ou n'existe pas? On pourrait croire qu'il suffira d'y faire une ponction, mais le trocart plongé dans un kyste hydatique ne donnera peutêtre rien, tandis que du sang ou un liquide séro-sanguinolent sortira d'une tumeur presque entièrement solide. 11 n'est pas toujours facile de reconnaître les anévrysmes fessiers à cause de la fréquence des tumeurs hématodes. Ribes [Obs. d'an, et de physiol., I, p. 269) raconte une histoire instructive et que voici en quelques mots : Un soldat de cinquante-huit ans, éprouvant des douleurs lombaires propagées le long du nerf sciatique, quitte le service actif. Il souffre de
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plus en plus et fait un jour une chute sur la partie postérieure de l'os iliaque : un mois après, une tumeur se manifeste en ce point. Sabatier diagnostique un dépôt et commande de l'ouvrir avec la pierre à cautère. Le sous-aide Labat croit reconnaître des battements dans la tumeur et diffère l'opération dont il était chargé. Effectivement, Sabatier et lîibes constatent l'existence de battements expansifs et diagnostiquent un anévrysme. La tumeur s'accroît considérablement battant toujours; l'articulation sacro-iliaque se disjoint; le malade meurt, et l'on constate une espèce de tumeur maligne d'origine pelvienne ayant perforé l'os iliaque et s'étant généralisée aux reins, à la rate et au foie.
Des kystes hydatiques ont été observés dans la fesse à diverses proibndeiu's. En voici trois exemples : 1" Tumeur grosse comme le poing, indolente, lluctuante, non frémissante, profonde, immobile, siégeant au milieu de la fesse. Ponction, écoulement d'un liquide clair, contenant pour 1000 grammes: eau 982; matières solides: organiques 9 (albumine 4 -+- extractifs h), inorganiques 9 (chlorures 0 -+- phosphates 1.7 H- sulfates 1.5). Longue incision; huit jours après, le kyste sort tout d'une pièce; on n'a pas trouvé de crochets, mais l'examen microscopique n'a pas été fait lors de la première ponction (Frueth, Wien. med. Halle, 1861, eiSchmidt's Jahrb, 1862, 4-= trim., p. 202). 2" Un homme tombe sur la fesse; on reconnaît ensuite une tumeur assez superficielle qui grossit beaucoup en un an. Ponction, écoulement de liquide clair; douze jours après, incision ([ui donne issue à une colonie de vésicules sans crochets (Clemens, Allg. med. cent. Zeitung, XXXI, p. 52). 5° Une jeune femme porte depuis deux ans une tumeur qui s'est accrue lentement et se trouve dans la partie supérieure de la fesse droite, longue de O'^.lô à 0",18, large de 0'",12, régulière, arrondie, difficile à limiter à cause de sa profondeur, fluctuante et ressemblant aussi bien à un sarcome mou qu'à une collection liquide. Une première ponction n'avait jadis rien amené; deux nouvelles sont laites coup sur coup avec aspiration: on obtient un liquide puriforme et des pellicules hydatiques, mais pas de crochets. La tumeur, qui avait été déjà irritée par de nombreuses explorations, s'enflamme ; on l'ouvre largement avec le caustique de Vienne et le thermo-cautère, et l'on reconnaît qu'elle siège à une grande profondeur, dans le fessier superficiel ou même sous ce muscle (Gosselin, Clinique orale, 1877).
Sans la ponction exploratrice avec issue d'un liquide ckur, ce que l'on n'obtient pas toujours, le diagnostic des kystes hydatiques est vraiment bien difficile, lorsque la recherche du frémissement donne, comme à l'ordinaire, des résultats négatifs. D'après Demarquay {Gaz. des hop., 1870, p. 157), le chirurgien se trompe presque toujours, puisque parmi vingt-trois kystes hydatiques extérieurs de diverses régions du corps, vingt ont été pris pour des abcès froids, des lipomes ou des sarcomes.
Davaine cite un cas de kyste hydatique de l'os iliaque formant une tumeur fessière énorme.
Il faut savoir encore que certains enchondromes du bassin subissent la transformation kystique, et peuvent en imposer à un moment donné.
Gosselin a donné le bon exemple, eu se servant des caustiques et du thermocautère plutôt que du bistouri, pour ouvrir le kyste de sa malade. H y a toujours quelque hardiesse, sinon plus, à enfoncer un instrument tranchant dans la profondeur de la fesse, en raison du grand nombre et du volume des branches de l'artère fessière.
. FESSIÈRE (RiiGioN) (pathologie). 763
5" Plaies et anéviwsmes des vaisseaux de la fesse. En raison de l'incertitude dans laquelle se trouve fro'quemment le chirurgien soit relativement ù l'origine réelle d'une hémorrhagie, soit sur le siège exact d'un aiiévrysme de la fesse, il y a lieu de parler ici non-seulement des lésions de l'artère fessière proprement dite, mais encore de celles de l'artère iscliiatiquc et même des portions fessières de la honteuse interne et de la circonflexe postérieure.
Quand une artère de la fesse est blessée, trois choses peuvent arriver : 1" une guérison rapide et facile, ce qui est rare ; 2" une perte de sang par la plaie extérieure, abondante et répétée au point d'être presque toujours mortelle ; 3" la formation d'un anévrysme diffus ou plus ou moins circonscrit.
A. Il va être question tout d'abord des plaies non suivies d'ancvrysme, des plaies avec hémorrhagie principalement extérieure.
Les saillies osseuses du squelette de la hanche et du bassin protègent les gros vaisseaux de la fesse qui échappent en général aux entailles et sont atteints principalement par des projectiles, des coups d'estoc ou de simples piqûres.
Maintes fois le chirurgien, opérant sur la fesse avec l'instrument tranchant, pour ouvrir un abcès, débrider un trajet fistuleux, extraire un projectile ou une tumeur profonde, a intéressé quelque branche artérielle assez volumineuse pour donner lieu à une hémorrhagie mortelle ou tout au moins fort périlleuse. Quelques exemples ont déjà été rapportés dans cet article ; en voici d'autres : Thédcn rapporte un cas où la fessière fut ouverte en débridant une plaie d'arme à feu ; le blessé mourut. En ouvrant un abcès fessier sur un convalescent de fièvre typhoïde, une branche artérielle fut ouverte, l'hémorrhagie ne s'arrêta que par la syncope ; plus tard elle se reproduisit et le malade succomba (Champenois) .
Autrefois, l'artère honteuse était assez souvent blessée dans sa portion périnéale par les lithotomistes ; elle le fut par Fricker réséquant une partie de l'ischion (d'après Fischer).
Le chirurgien ne peut porter le bistouri dans la profondeur de la fesse, pour une cause quelconque, sans couper un certain nombre d'artérioles qu'il doit lier à mesure, s'il ne veut pas compromettre la vie de son opéré par l'abondance de l'hémorrhagie. L'artère fessière, la plus volumineuse, la plus riche en branches, la plus profonde, fournit les hémorrhagies les plus fréquentes, les plus abondantes et les plus graves.
Dans les cas les plus nombreux, la blessure est accidentelle; l'instrument vulnérant est une aiguille de cordonnier, une espèce de trocart, un fer rouge pointu, une lame de canif, de couteau, de ciseaux, le bec d'une faux, des éclats de vaisselle, etc., ou bien, s'il s'agit d'un crime, d'un combat, la plaie résulte d'une arme blanche, poignard, couteau, tranchet, etc., ou d'une arme à feu.
Autant qu'on puisse le savoir, les troncs artériels, en raison de leur brièveté et de leur situation, sont presque toujours épargnés. La direction et la profondeur de la plaie conduisent le chirurgien à soupçonner quel doit être le vaisseau lésé. Mais quand bien même on aurait la certitude que l'instrument vulnérant n'a touché qu'un ou plusieurs rameaux artériels secondaires, si l'hémorrhagie immédiate a été abondante, il faut intervenir activement et ne pas se contenter d'obturer la plaie extérieure.
Qu'est-il arrivé, en effet, dans la majeure partie des cas où l'on est parvenu à suspendre la perte de sang par l'occlusion, le tamponnement ou la compression? Ou bien il s'est formé un énorme anévrysme diffus, ou bien le sang a triomphé
7G4 FESSIÈRE (région) ^pathologie).
(le l'occlusion et s'est fait jour au dehors. Tant qu'une artère blessée n'est pas liée, il faut s'attendre à des hémorrhagies secondaires, et Champenois me parait dans le vrai quand il dit : l'hémorrhagie des plaies profondes de la fesse amène presque inévitablement la mort. Tantôt l'hémorrhagie primitive est très-abondante et détermine une syncope qui la suspend; puis, après un temps variable, elle se reproduit de nouveau très-abondante, et une nouvelle syncope met fin à la vie du patient. Tantôt relativement peu considérable en premier lieu, la perte de sang reparaît de temps en temps, affaiblit le malade, nécessite des recherches ou des pansements qui enflamment la plaie : finalement l'anémie et la septicémie emportent le blessé. Dans d'autres circonstances, un anévrysme énorme s'organise qu'il faudra opérer, encore avec perte de sang considérable et dangers inhérents à toute suppuration prolongée chez un individu débilité.
Une observation de plaie profonde de la fesse par une décharge de plomb de chasse, sans lésion artérielle importante, justifie même le pronostic sévère de Champenois, car les veines blessées s'enflammèrent jusque dans le bassin, et le blessé mourut d'infection purulente.
Voici quelques observations très-écourtées destinées à mettre en relief la gravité des plaies artérielles de la fesse.
Le danger de mort peut être immédiat ; ainsi : la femme guérie par Bouisson au moyen de la ligature pratiquée une demi-heure après le coup de tranchet qu'elle avait reçu, avait perdu tant de sang dans le premier quart d'heure, qu'elle demeura une heure et demie dans un état désespéré et ne se réchauffa que dans le milieu de la nuit suivante. — L'Arabe frappé d'un coup de couteau et qui refusa les secours immédiats de Champenois mourut quelques instants après dans une seconde syncope.
Quand l'hémorrhagie est insuffisante pour menacer immédiatement la vie. généralement elle ne produit pas de syncope qui la suspende, mais, si elle ne peut être arrêtée, le danger vient tôt ou tard. Theden, malgré le tamponnement et l'application d'un bandage très-serré, ne put arrêter le sang et perdit son malade. — Todd faillit perdre un enfant qui s'était enfoncé la lame d'un couteau derrière l'articulation coxo-fémorale. Il débrida pour chercher l'artériole et, mal éclairé, ne put la saisir. Pendant deux jours le petit malade perdit du sang ; enfin le vaisseau put être saisi et tordu.
Assez souvent la syncope, le tamponnement, etc., suppriment l'hémorrhagie pendant des heures ou des journées ; le danger persiste néanmoins. Un jeune homme de dix-sept ans a l'artère ischiatique droite blessée par un couteau. Une grave hémorrhagie primitive est arrêtée par le tamponnement et le perchlorure. Trois jours après, on enlève ce pansement : les jours suivants, le blessé perd un peu de sang et devient de plus en plus anémique. Cœckcl est finalement obligé de placer deux ligatures au-dessus et au-dessous d'une plaie artérielle transversale occupant les deux tiers de la circonférence du vaisseau. Les fils tombent le sixième et le dizième jour; le blessé guérit. — L'émondeur d'arbres de Baron semblait sauvé d'une grave hémorrhagie de la fesse, mais la plaie ayant suppuré profondément, se désunit et, le quatorzième jour, deux hémorrhagies abondantes se produisirent. 11 fallut appliquer deux ligatures pour se rendre définitivement maître du sang. — Un couteau lancé pénètre d'avant en arrière dans l'intervalle du trochanter et de l'épine iliaque antéro-supérieure ; il coupe la branche profonde de la fessière et une autre artériole. On arrête l'hémorrhagie extérieure par la suture de la plaie cutanée ; le sang s'accumule dans la fesse. Le
FESSIÊRE (région) (pathologie). 765
quatrième jour, la ligature do la fessière et d'une de ses veines est faite par Champenois, mais le malade meurt de faiblesse et de septicémie, le huitième jour.
Enfin, il est des cas où le sang cesse de couler à l'extérieur pour former dans la fesse un anévrysme véritable plus ou moins circonscrit et par conséquent pouvant demeurer un certain temps avant de menacer la vie. Il en sera question plus loin.
On pourrait peut-être citer quelques guérisons obtenues par la compression de l'ischiatiquc ou de la honteuse faite avec un coussin dur à la manière de Travers, mais la seule conduite rationnelle en présence d'une liémorrhagie abondante ou persistante résultant d'une plaie profonde de la fesse, est de débrider et de lier le vaisseau blessé ; ainsi en avaient jugé, d'après Lisfranc, les chirurgiens militaires du commencement du dix-neuvième siècle. Ainsi avait fait Muzell, liant vers 1750 un vaisseau qu'il crut être l'obturatrice. Il faut autant que possible saisir les deux bouts ; les observations de Baroni et Bœckel le prouvent, les anastomoses artérielles le faisaient prévoir.
Évidemment les pinces à ligatures profondes sont appelées à rendre des services plus grands encore que le ténaculum dans des cas pareils. Néanmoins il me semble bon, pour les cas où le vaisseau coupé demeure inaperçu, de conseiller la pratique de la ligature médiate sur ténaculum à demeure, c'est-à-dire sur une épingle courbée et armée d'un fil comme un hameçon, placée à l'aide d'une pince ordinaire et abandonnée dans la plaie après que sa pointe a été coiffée d'une petite boulette de cire jaune.
Certes, il est préférable, quand cela est possible, de lier dans la plaie l'artère blessée plutôt que de pratiquer la périlleuse ligature de l'hypogastrique ou de l'iliaque primitive. Cependant ne vaut-il pas mieux tout tenter que de se croiser les bras en attendant la mort du blessé. La ligature de l'hypogastrique, pratiquée pour une cause quelconque, a jusqu'à présent amené la mort à peu près dans les trois quarts des cas. C'est beaucoup d'insuccès ; mais la proportion serait sans doute moins forte, si l'opérateur avait su toujours respecter le péritoine, bien que la blessure de cette membrane ne soit pas nécessairement mortelle.
B. Les anévrysmes des artères de la fesse ou rétro-pelviens ont été le sujet de plusieurs travaux importants de Bouisson, Uhde, Baum, Servier et G. Fischer de Hanovre. Le travail considérable de ce dernier aaienr {Arch. fiir klinische Chir., 1869) repose sur trente-cinq observations auxquelles je ne puis ajouter que trois nouvelles.
Ce qu'il y a de plus intéressant relativement aux anévrysmes rétro-pelviens, c'est l'étude du traitement et de ses résultats. Pour mettre le lecteur à même de se faire une opinion à ce sujet, on verra plus loin que j'ai divisé les trente-huit observations à moi connues, en catégories, suivant le mode de traitement choisi par le chirurgien ou imposé par la nécessité.
Les anévrysmes de la fesse sont beaucoup plus fréquents chez l'homme que chez la femme, dans la proportion :: 31 : 7; les femmes n'ont guère que des anévrysmes spontanés. Ceux-ci se montrent spécialement chez les adultes ; cependant ils se sont rencontrés aussi, avec des altérations artérielles prédisposantes, sur de jeunes sujets. Le traumatisme a été le point de départ de quelques anévrysmes fessiers chez des enfants ou adolescents, et d'un très-grand DicT. ENC. 4* s. I. 4'J
7C6 FESSIÈRE (région) (pathologie).
nombre chez des hommes adultes. Nous ne comptons pas moins de douze cas de plaies artérielles ouvertes à l'extérieur, suivies de la formation d'un anévrysme, sans compter les cas à peu près aussi nombreux où l'artère a été broyée, déchirée ou coupée dans la profondeur de la fesse par des fractures du pelvis ou l'action d'un corps contondant. De sorte que l'on trouve l'action certaine d'un traumatisme initial dans plus de la moitié des cas. En outre, certains efforts musculaires, faux pas, marche forcée, paraissent avoir déterminé quelques véritables ruptures artérielles.
Lorsque deux hommes luttent au couteau, le territoire de l'artère^fessière est bien plus exposé que celui de l'ischiatique. Ainsi, nous trouvons sur douze anévrysmes, suite de plaies : neuf fessiers, deux douteux, un ischiatique; dans ce nombre il n'y a qu'une femme. Quand un homme tombe sur le siège, c'est la région de l'artère ischiatique qui reçoit le choc, et cette artère est facilement écrasée sur la saillie osseuse de l'ischion. Sur huit anévrysmes par contusion, il y a un fessier, trois douteux, quatre ischiatiques. Est-ce parce que le côté gauche étant généralement plus faible, l'homme tombe plus souvent à gauche, que les anévrysmes de ce côté sont plus fréquents? Les prétendus anévrysmes spontanés siègent presque tous à gauche.
Nos trente-huit cas d'anévrysmes rétro-pelviens appartiennent : vingt et un à l'artère fessière, neuf à l'ischiatique, un est donné comme une dilatation cirsoïde de toutes les artères de la fesse et sept ne sont pas spécifiés. Beaucoup, primitivement circonsci'its, sont devenus diffus par suite de ruptures déterminées par des violences ou des efforts. L'unique anévrysme cirsoïde connu a été sérieusement excité dans son développement par les grossesses successives de la femme qui le portait.
Uanatomie pathologique des anévrysmes fessiers repose sur une dizaine d'autopsies. Elle pourrait être l'objet de nombreuses redites sur l'orifice, le sac et les caillots. Je me bornerai à quelques points spéciaux. D'abord, lorsque, à la suite d'une plaie ou d'une rupture totale, il se produit une tumeur diffuse, le sang peut s'accumuler en masses énormes sous le muscle grand fessier et s'étendre , même en quelques jours , depuis les côtes jusqu'au milieu de la cuisse. On peut deviner les altérations que l'inflammation amène dans de pareilles tumeurs. Pour se faire une idée du volume qu'elles peuvent acquérir, il faut savoir qu'on les a souvent comparées à une tête d'adulte, que J. Bell, dans une opération vraiment épouvantable, a dû retirer plusieurs livres de caillots et faire, il le dit avec quelque exagération, une incision de 2 pieds
de long.
Les anévrysmes traumatiques peuvent être circonscrits ; le sang versé en petite quantité, refoulant et tassant le tissu cellulaire à mesure qu'il le refoule, de sorte qu'il est difficile de reconnaître par l'inspection cadavérique le mode de production de la tumeur. Le sac, quelle que soit son origine, peut présenter une structure et une épaisseur variables, avec consistance fibreuse, cartilagineuse ou calcaire ; il est en général globuleux, aplati par la résistance du muscle superficiel; très-souvent il présente les traces de la rupture qui a déterminé la formation d'un sac secondaire ou d'une tumeur hémorrhagiale diffuse. On a vu deux sacs communiquant par un étroit orifice enkystés dans une enveloppe commune, d'autres sacs oblitérés que le temps avait tout à fait isolés les uns des autres, un autre enfin, également oblitéré, rattaché seulement par un pédicule à l'artère restée perméable.
FESSIÈRE (région) (pathologie). 7G7
L'anévrysme arlério-veiueux et le cirsoïde ont été diagnostiqués sur le vivant, mais la sanction anatomlque leur fait défaut.
Les anévrysmes fessiers, soutenus par le muscle superficiel, sont remarquables par le grand volume qu'ils peuvent atteindre avant de se rompre et la quantité de caillots actifs et passifs qu'ils peuvent contenir. Ils usent quelquefois les os du bassin; ils se rompent d'abord dans la fesse, à des reprises successives. Si le malade résiste à l'abondance des bémorrbagies interstitielles, la rupture à l'extérieur ne vient que tardivement, après l'inflammation et la gangrène. Et l'on retrouve sur le cadavre, toutes les altérations, pus, sang, gaz, correspondant aux diverses pbases de la maladie. C'est par suite de ruptures, de poussées successives, que des anévx'ysmes circonscrits restés longtemps gros comme une noix, un œuf, une orange, une tête de fœtus, prennent en quelques mois un diamètre de 0'",25.
Il est une variété anatomique importante à connaître, l'anévrysme fessier en gourde ou bilobé, dont une partie fait saillie dans le bassin pendant que l'autre est dans la fesse, les deux communiquant ensemble par l'une des écbancrures scialiques {voy. cas III, XllI, XXIV).
L'état de l'artère doit préoccuper le cliirurgien. L'urilîce de communication varie en forme et en dimensions : tantôt il a seulement quelques millimètres, tantôt il peut recevoir le bout du doigt; dans ce dernier cas, on le conçoit, l'artère et ses brandies sont dilatées. Sur l'artère fessière, l'orifice paraît siéger le plus souvent très-près du point où le tronc se divise eu brandies terminales. C'est à ce niveau quelle était complètement rompue dans le cas XXXIV. Est-ce que cela tient au voisinage de l'arcade osseuse, aux contractions des muscles fessiers et à l'existence de l'orifice fibreux du canal fessier? Peut-être. En général, il est dit dans les observations que l'artère, dilatée ou non, était assez souple et assez longue pour recevoir une ligature au-dessus de la tumeur, si on avait pu l'y placer; mais il existe aussi un exemple qui montre l'athérome jusque sur l'artère hypogastrique.
Les malades atteints d'anévrysme rétro-pelvien spontané, souffrent, des mois ou des années , de douleurs sciatiques qualifiées rhumatismales , avant de reconnaître la nature de leur maladie par une exploration que provoque le plus souvent une contusion quelconque. Ceux qui reçoivent dans la fesse une blessure voient se développer d'emblée un anévrysme faux primitif ou, seulement au bout de quelques semaines, un anévrysme faux consécutif d'abord circonscrit, mais qui, comme les anévrysmes dits spontanés, grossira et se rompra plus tard dans la majorité des cas.
La marche des anévrysmes diffus d'emblée est nécessairement rapide et fatale si on n'y porte remède. Celle des autres varie énormément. Ils peuvent rester stationnaires jusqu'à ce que la mort arrive par une autre cause (Obs. XXXVI, XXXYII, XXXYIII) ; ou bien se développer très-lentement et mettre par exemple 28 ans pour atteindre le volume d'un œuf d'oie, ou tout au moins quelques années, et c'est la règle, pour former une tumeur appréciable; ils peuvent aussi atteindre en quelques mois le volume d'une tête d'enfant. En général, les contusions, les efforts, les marches forcées précipitent le développement des anévrysmes fessiers en provoquant des ruptures ou tout au moins des éraillures du sac avec agrandissement subit de la cavité.
Comme toutes les tumeurs de la fesse, les anévrysmes déterminent des douleurs sciatiques quelquefois terribles ; quelquefois bornées à de l'engourdissement, du
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fourmillement, de la gêne dans les mouvements, etc. La compression de la tumeur provoque ou exaspère ces douleurs et les malades sont fort gênés pour s'asseoir ou se coucher. Dans un cas pourtant où le nerf était peut-être susiacent, la réduction partielle de l'anévrysme obtenue par la pression des mains soulageait le malade.
Des troubles des fonctions de l'anus, du vagin, de l'urèthre, ont été notés exceptionnellement.
La tumeur siège quelquefois très-haut dans la fosse iliaque; souvent au niveau de la grande échancrure, sur la ligne qui unit l'épine iliaque postéro-supérieure au "rand trochanter; souvent aussi un peu plus bas ; quelquefois enfin, tout à fait au niveau de l'ischion, particulièi'ement en dehors. Certainement le siège de la tumeur, quand elle est petite, a une importance énorme au point de vue de la détermination de l'artère malade; mais une ibis que l'anévrysme a le volume d'une orange, s'il occupe à peu près le milieu de la fesse, ce qui est ordinaire, il est impossible de dire à quel vaisseau il appartient. Par exemple, l'anévi-ysme de la négresse de Stevens remontait au-dessus de la grande écliancrure, c'était pourtant un anévrysme ischiatique.
Les anévrysmes fessiers ont été très-fréquemment méconnus ou confondus avec des tumeurs solides ou liquides, spécialement avec des abcès ; c'est pourquoi plusieurs ont été ouverts par erreur. On pourra s'en convaincre en parcourant les observations rapportées plus loin, et l'on verra plusieurs anévrysmes trauinatiques récents et enflammés pris pour des phlegmons. Le compendium de chirurgie contient en quelques mots l'histoire d'un anévrysme fessier pris pour un abcès, traité comme tel, et le lecteur se rappelle l'observation de Ribes résumée plus haut. G. Fischer rapporte en outre plusieurs cas de tumeurs hématodes de la fesse réductibles, pulsatiles et soufflantes. Liston, Billrotli et 0. Weber, Nélaton avec Michon et Richet ne s'y sont pas trompés ; au contraire, Guthrie et "NYutzer ont, chacun de leur côté, lié l'hypogastrique, croyant avoir affaire à un anévrysme alors qu'il ne s'agissait que d'une tumeur héraatode. A. Cooper a failli faire comme eux, car s'il n'a pas opéré son malade, c'est uniquement parce que la tumeur se prolongeait dans le bassin.
Un anévrysme fessier doit battre, souffler, se réduire partiellement, s'il ne contient qu'une mince couche de caillots ; la coexistence de ces trois signes a de la valeur. Mais si l'anévrysme est gros et l'artère restée petite, les battements et le souffle peuvent être inappréciables ; si la tumeur est presque remplie de caillots, elle n'est plus réductible ni fluctuante. Et, du reste, il faut songer que la région fessière est assez vasculaire pour donner des battements même à une tumeur solide , ainsi que des bruits divers en cas de compression artérielle, comme aussi il faut se rappeler la réductibilité des abcès migrateurs.
Les symptômes ordinaires des hémorrhagies internes se manifestent chaque fois qu'un anévrysme prend une extension brusque, subit ce quon appelle une poussée.
L'observation attentive de ces phénomènes généraux et locaux suffira pour éloigner l'idée d'un phlegmon, d'un simple épanchement traumatique enflammé, idée qui vient naturellement lorsque l'inflammation concomittante est intense et que le mal dans son ensemble parait avoir été provoqué par quelque contusion.
Enfin, si l'on soupçonne un anévrysme, il faut pratiquer le toucher reclal avec
FESSIÈHE (région) (pathologie). 769
un ou plusieurs doigts pour exploier la partie intra-pelvienne des artères de la fesse ; il faut exercer la compression de l'aorte et observer attentivement les changements qu'elle apporte dans la région malade. 11 laut encore s'enquérir de l'état du cœur et des vaisseaux.
Abandonnés à eux-mêmes, les anévrysmes fessiers amènent ordinairement la mort. Temporiser est une imprudence dès lors que la tumeur n'est pas absolument stationnaire et petite. Le traitement a d'autant plus de chances de réussir que l'anéviysme est moins gros et le malade moins épuisé ; et celui qui convient aux petits anévrysmes est justement le moins difficile et le moins périlleux.
Six malades ont été traités par la méthode ancienne : ouverture du sac et ligature de l'artère. Trois ont été guéris, un est mort en voie de guérison, les deux autres ont péri des suites immédiates de l'opération, impossible par erreur dans un cas (111), faite in extremis dans un autre (VI).
I. Aiiévrysme diffus. — Marchand de sangsues. — Chute sur une pointe de ciseaux, section de l'artère fessicre (?), hémorrhagie grave assez facilement arrêtée. — Après six semaines, tumeur énorme de nature douteuse. — Ponction, courte incision, évacuation et lauiponnement avec plusieurs éponges; trois heures après, consultation de plusieurs chirurgiens, la plaie est agrandie considérahlement (deux pieds) et l'artère fessière liée (avant 1795^. — Suppuration très-longue, nécrose de l'os iliaque et du sacrum. — Guérison en sept mois. (John Bell. Principles of Surg., 1826, I, 375.)
II. Anévrysme circonscrit. — Garçon de dix-sept ans. — Coup de canif sur l'artère fessière di'oite, jet de sang impétueux et abondant que l'on arrête cependant; trois jours après, apparaît une tumeur qui devient énorme, très-tendue, sans battements appréciables, mais avec souffle caractéristique. — Essai infructueux du traitement par la saignée, la digitale, le froid. — Le seizième jour, ouverture du sac, ligature de la fessière (18351. — Guérison en deux mois. (Carmichael. Journ. des Se. méd. de Dublin et Gaz. niéd., 1834.)
III. Anévrysme circonscrit. — Soldat de trente-six ans. — Blessure datant de huit ans. — Incertitude sur le siège de l'anévrysme. Essai infructueux du traitement de Valsava. — Ouverture du sac qui se prolonge dans le bassin ; impossibihté de lier, tamponnement. — Mort en douze heures. (Toracchi. Arch. gén., 1846, 4' série, XI, p. 344.)
IV. Anévrysme diffus. — Homme de dix-neuf ans. — Blessure de la fessière gauche avec une espèce de Irocart. — Trois semaines après, la tumeur est prise pour un abcès et ponctionnée; grave hémorrhagie. On constate enfin les pulsations et le souffle. — Dans la quatrième semaine, ouverture du sac et ligaturé de l'artère fessière et du nerf. — En voie de guérison, mort de gloutonnerie le quarante et unième jour. (Schuh. Wiener med. Wochenschrift, 11° 10, 1><57.)
V. Anévrysme circonscrit. — Homme de quarante-quatre ans. — Blessure de la fessière (?) gauche par une lame de couteau, ou de serpette, hémorrhagie abondante. — En sept ans, l'anéviysme devient gros comme une orange, puis atteint rapidement un diamètre de treize pouces, douleurs insupportables. — Ouverture du sac et double ligature de la fessière. — Guérison en six semaines. ^Syme. The Lancet, 1861, p. 610 et 637, et Obs. in Clin. Surg., 2» édit., 1862, p. 169.)
VI. Anévrysme diffus. — Colonel. — Coup de feu dans la hanche droite. — Ligature de la fessière différée, puis accomplie le malade étant affaibli par les hémorrhagies ; il est probable que le chirurgien a dû pénétrer à travers les caillots pour arriver sur le vaisseau. Mort en peu de temps. (Murray, cité par Guthrie et Fischer.)
Trois malades ont subi l'opération de la ligature de l'artère immédiatement audessus de l'anévrysme : un seul a guéri ; les deux autres ont dû subir une nouvelle opération, l'un pour mourir, l'autre pour guérir.
YII. Anévrysme circonscrit. — Garçon de quatorze ans. — Blessure de la fessière par une pointe de fer rouge, hémorrhagies abondantes. — Il se forme un anévrysme dans la suite, gros comme un œuf de poule. Nouvelles hémorrhagies abondantes. — Ligature de la fessière au-dessus de la tumeur. — Guérison. (G. \V. Campbell. The Lancet, 1862, II, p. 41.)
770 FESSIÈRE (région) (pathologie).
VII'. Cas Sappey-Nélaton. Ligature de l'ischiatique, puis perclilorure, voy. XXV. VII". Cas Dugas. Ligature de l'ischiatique, puisde l'hypogastrique, voij. XX.
Dix fois l'artère hypogastrique a été liée, six malades ont guéri sauf erreur; (juatre sont morts de péritonite, d'hémorrhagies, de suppuration, etc.
VIII. Anévrysme circonscrit de l'ischiatique gauche. — Négresse. — Gros comme une tête d'enfant, cause inconnue. — Ligature de l'hypogastrique, guérison en six semaines. — C'est le célèbre cas de Stevens. La tumeur remontait au-dessus de l'échancrure; cependant,, d'après Owen qui l'a disséquée dix ans après l'opération, elle appartenait à l'ischiatique. (Mcd. Chir. Trans., 1814 et 1850.)
IX. Anévrysme circonscrit de la fessière droite ou de l'ischiatique. — Batelier de vingtneuf ans. — Date de neuf mois, causé par un violent coup de pierre. — Ligature de l'hypogastrique. — Mort le vingtième jour épuisé par l'iiémorrhagie et la suppuration. (Atkinson. London Mcd. Journal, 18)7, et Dict. S. Cooper, I, 147.)
X. Anévrysme de la fesse gauche. — Tailleur, soixante ans. — Chute? nombreuses. — Tumeur grosse comme la tète d'un enfant, indolente, fluctuante. — Incertitude sur le diagnostic, ponction, issue de sang. — Ligature de l'hypogastrique. — Guérison en quarantedeux jours (White. Amer. Journal, 1828). Stevens dit que c'était un anévi'ysme ischiatique.
XI. Anévrysme circonscrit spontané de la fessière. — Femme de cinquante-quatre ans. — Reconnu depuis deux ans. — Ligature de l'hypogastrique, 1835. — Mort le vingt et unième ou lequatre-vingt-lroisième jour; la carie des os a rongé l'artère. (Altmiiller in Fich dissert — lùj. art. iliac. int. Cassel, 1836.)
XII. Anévrysme de la fessière droite. — Épicier nègre, trente-huit ans. — Aperçu depui* deux ans, gros comme un œuf d'oie; ligature de l'hypogastrique (1834), petite blessure du péritoine, guérison rapide et persistant encore au bout de seize mois. — D'après Fischer, plusieurs auteurs annoncent un résultat tout différent. ( Foy. Mott. North. amer. Arch. oftned. Surg. Science, 1857. Bouisson, loc. cit., p. 559.)
XIII. Anévrysme bilobé. — Femme. — Piqûre de lame de couteau, blessure de la fessière di'oite, liéraorrhagie abondante, arrêtée. — Après quelques semaines, tumeur pulsatile; on sent les battements dans le bassin par le toucher rectal, membre engourdi. — Ligature de l'artère hypogastrique. — Péritonite, mort en huit jours. (Bigelow. Amer. Journal of med. Se., 1849.)
XIV. Anévrysme circonscrit de la fessière gauche. — Machiniste, trente-cinq ans. — Datant de six ans, gros comme un œuf d'oie. — Ligature de l'hypogastrique, péritonite circonscrite, graves hcmorrliagies par un trou de l'hypogastrique ; mort le dix-jmitième jour. (G. Kimbal. ^Hter. Journal, jiily, 1850.)
XV. Anévrysme circonscrit de la fessière gauche. — Homme de vingt-deux ans. — Marche semblable à celle d'un abcès chronique, mais battements et souffle. — Ligature de l'hypogastiùque. — Guérison. (Svme. The Lancct, 1861, p. 56*2, et Obs. in Clin. Surr/., 2» édit,, 1862.)
XVI. .\névrysme de la fesse gauche. — Ouvrier de vingt-quatre ans. — Fracture de clavicule. — Douleurs sciatiques, ensuite chute sur la hanche. — Grosse tumeur semblable à un abcès profond, battements et souffle, incertitude sur le siège de l'anévrysmc. — Ligature de l'hypogastrique. — Cicatriiée en sept semaines. (Th. G. Morton. Pensylvania Hosp. Rep., 1868, I, 209.)
XVII. Anévrysme de la fesse droite. — Jeune homme. — Piqûre dans une rixe, hémorrhagie, cicatrisation ; quatre mois et demi après, grosse tumeur depuis la crête iliaque jusqu'à la raie, pulsatile, souillante. La compression de l'aorte est trop douloureuse pour permettre d'injecter du perchlonire ; on n'ose pas ouvrir l'anévrysme à cause de son volume. — Ligature de l'hypogastrique; l'anévrysme suppure, on le fend; guérison en trois mois. (Galozzi. Il Morgagni XI, 1869.)
Quatre fois la ligature de l'iliaque primitive a été pratiquée. Un seul résultat est inconnu, les trois autres ont été funestes.
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XVIII. Anévrysme de la fessière gauche. — Chaudronnier, vingt-six ans. — Douleurs „jpuis cinq ans. — Un coup a précédé la reconnaissance de la tumeur qui siège dans la fosse iliaque externe. — Grandes douleurs. — En voulant lier l'hypogastrique, l'opérateur coupe cette artère et se trouve obligé de pratiquer la ligature de l'iliaque primitive. — Péritonite, mort le cinquième jour. (Uhde. Deustche Klinik, 1855, p. 174-180, hg.)
FESSIÉRE (région) (pathologie). 771
XIX. Anévrysme circonscrit. — Orfèvre. — Chute sur la pointe d'une lime, blessure d'une branche de la fessière et du nerf scialique. — Tumeur d'abord de nature douteuse malgré les ponctions exploratrices. — Ligature de l'iliaque primitive, ouverture de la tumeur. — Mort. (Pirogoff. Klin., Chir., 1859, I, p. 105.)
XX. Anévrysme circonscrit de Vhchiatiqiic. — Homme de trente-trois ans. — Chute d'im arbre il y a très-longtemps. — Gros comme un œuf d'oie. — Ligature de l'ischiatique au dessus. — Hémorrhagies secondaires. — Au dixième jour, ligature de l'iliaque primitive par Holt. — Cinquante-huit heures après, mort. (Dugas. Amer. Journal, 18G0, XIX, p. 572.)
XXI. Anévrysme de l'ischiatique. — Ligature de l'iliaque primitive (Kade. Pelersbwg. med. Wochenschiift, 187G, n" 8 et 9). Je n'ai pu me procurer ce journal.
Six anévrysmes fessiers ont été traités par les injections de perclilorurc de fer ; quatre ont été guéris. Deux malades sont morts. Pour l'un de ceux-ci, XXVII, qui avait subi cinquante-sept séances de compression de l'aorte, on avait attendu trop longtemps.
XXII. Anévrysme circonscrit de la fessière gauche. — Journalier de soixante-trois ans. — Douleurs depuis trente ans. Mais tumeur récemment reconnue. — Injection de perchlorure. — Hémorrhagie, gangrène et mort. (Bruns, in Maijcr, Dissert. Tûbingen,. 1853, et in Fischer loc. cit.)
XXIII. Anévrysme par anastomose des artères /ess/ère et ischiatique gauches. — Femme de trente-deux ans. — La tumeur a grossi à chaque grossesse. — Une tache érectile et six varicosités la recouvrent. On soupçonne que la honteuse y prend part. — Injection de perchlorure de fer. — Guérison encore persistante après huit mois. (Baum. Dissert, iiiaug. Berlin, 1859.)
XXIV. Anévrysme circonscrit bilobé. — Jeune Piusse, vingt-sept ans (?) . — Siégeant sur l'ischiatique probablement. — La tumeur est bilobée, extra et intra-pelvienne. — Deux injections de perchlorure de fer à neuf jours d'iiVcrvalle, l'aorte étant comprimée. — Guérison. (Nélaton. Gaz. des hôp., 1862, p. 141, et Traité de pathol., 2° édition, 1868, I, p. 673.)
XXV. Anévrysme circonscrit de l'ischiatique gauche. — Ouvrier en marquetterie, trentecinq ans. — A l'âge de douze ans, chute sur la fesse, il se forme une petite tumeur dure, qui de vingt à vingt-cinq ans prend le volume d'un œuf de poule et bat, reste stalionnaire jusqu'à treiUe-cinq ans. .\. cette époque, elle double tout à coup de volume et s'enflamme légèrement. Elle siège au niveau de l'ischion et déborde le grand fessier; on peut comprimer l'ischiatique au-dessus et suspendre les battements. — Ligature de l'ischiatique. — Les battements d'abord suspendus reparaissent bientôt. — Quatorze ans après, Nélaton guérit ce malade par une injection de perchlorure de fer. (Sappey. Gaz. des hôp., 1850, et Gaz. des hôp., 1864, p. 130 et 178.)
XXVI. Anévrysme de la fessière gauche. — Ouvrier de quarante-trois ans. — Suite d'une fracture du bassin, gros comme le poing. — Injection de perchlorure, 1866. — Guérison encore persistante au bout de trois ans. (Baum. Obs. reproduite par Fischer.)
XXVII. Anévrysme diffus de la fessière droite. — Un soldat fait un faux pas ot se raidit pour ne pas tomber, il sent une vive douleur dans la fesse et la cuisse et tombe parterre. Signes d'anévrysme diffus rétro-pelvien, bruit de rouet. Sous l'influence de nombreuses et courtes séances de compression de l'aorte, l'anévrysme se limite, s'enkyste, mais il se fait des ruptures. En deux mois, on a comprimé cinquante-sept fois l'aorte, la maladie s'est aggravée. — Trois injections de perchlorure de fer de quarante gouttes sont faites à cinq et dix minutes d'intervalle pendant que l'aorte est bien comprimée. — De nouvelles ruptures ont lieu; la peau se gangrène, une abondante hémorrhagie extérieure met fin à la vie. — Les artères pelviennes étaient souples et normales : au milieu des caillots et du pus on distinguait deux poches anévrysmaies imparfaites qui avaient dû se former en premier lieu et successivement, car elles communiquaient par un étroit orifice. (Servier. Gaz. AeMom., 1868.)
La galvano-puncture essayée une fois, aurait petit-être réussi; mais le malade est mort du choléra.
XXVIII. Anévrysme circonscrit. — Propriétaire de 50 ans. — Contusion sur une saillie de la selle qu'il enfourchait; rupture de l'artère ischiatique gauche. — Au bout d'un an, névralgie sciatique, tumeur grosse comme un œuf de poule, prise d'abord pour un abcès, mais pulsatile. — Galvano-puncture. — Choléra, mort. (Blasius. Deutsche Klinik, 1859, p. 105.)
772 FESSIERE (région) (pathologie).
Six anévrysmes de la fesse réclamant une intervention active ont été abandonnés à eux-mêmes et ont fait périr tous les malades.
XXIX. Ânévrysme diffus. — Cordonnier. — Piqûre de la fessière par une aiguille; tumeur fluctuante et hémorrhagie très-difficile à arrêter. — Temporisation, rupture de la poche, mort. (Jeffray. Med. Cliir. Trans., 1814, voij. p. 424, et J. Bell, loc. cit.)
XXX. Anévrysme fessier. — X... — Rupture. — Mort d'hémorrhagie. (Cité par Stevens. Med. Chir. Trans., 1814, et par Bouisson.)
XXXI. Anévrysme diffus. — Ouvrier irlandais. — Chute, fracture du bassin et rupture de l'artère fessière, tumeur étendue des fausses côtes au milieu de la cuisse. — Ponction par un chirurgien, hftmorrhaj;ies, épuisement. — Mort. (Ch. Bell. Principles of Surgery de J. Bell, 1826, I, 383.)
XXXII. Anévrysme circonscrit de Vischialique gauche. — Femme de soi.\ante-six ans. — Chute sur la fesse suivie d'une tumeur dure ; quatre ans après, nouvelle chute, la tumeur est grosse comme un œuf de poule; elle atteint très-vite un volume énorme (vingt et un pouces de circonférence) ; on la prend pour un anévrysme de la fessière, expectation, mort de fièvre, 1826. — Les iliaques présentent des plaques athéromateuses, myis l'artère ischiatique en bon état eût pu être liée au-dessus de l'anévrysme. (Ruyer, in Bouisson, p. 548.)
XXXIII. Anévrysme circonscrit de V ischiatique droite anormale. — Femme de quarantesix ans. — Cause inconnue, douleurs sciatiques pendant quelques mois, tumeur entre le trochanter et l'ischion, ruptures sous-cutanées et sous-musculaires successives, mort. — L'artère ischiatique se prolonge et devient la poplitée, l'artère fémorale s'épuise dans la cuisse. (Hilton Fagge.Gut/s Hosp. lieports, 1864, p. 151, fig.)
XXIV. Anévrysme par rupture de la fessière droite — Prisonnier de vingt-cinq ans. ' — Rhumatisme, altérations cardio-vasculaires, atliérome. — A la suite d'une fatigue, tumeur de la fesse, ponction au bistouri par erreur de diagnostic, hémorrhagie très-abondante qui se renouvelle et dans l'espace d'un mois emporte le malade. — L'artère fessière athéromateuse était rompue totalement à son arrivée dans la fesse ; il s'était formé d'abord une petite poche en partie aux dépens de l'os iliaque dénudé; plus tard, cette poche s'était rompue. — Cette tumeur présentait de la fluctuation, des battements et du souffle; néanmoins, comme toutes les régions du corps de ce malade battaient et soufllaient en raison de l'altération des valvules cardiaques, le diagnostic fut jusqu'à la fin assez embarrassant. (Guillaumet et Legroux. Bull. Soc. anat., 1874, p. 212.)
Enfin, quatre (?) malades ont pu guérir sans opération ou tolérer leur mal jusqu'à la fin de leur vie.
XXXV. Anévrysme de la fesse. — Marchand, trente-quatre ans. — Gros comme une orange. — Compression, insuccès. — Diète, digitale. Guéri.«on en quatorze jours (W. Stokes ou Broocke Trans. of the Assoc. of Fellows and Lie. of the King's and Queeh's Collège of Phys. in Ireland, I, p. 41, 1817, Dublin). S. Cooper dit : I, p. 147, édit. française, que c'est là un cas fort douteux.
XXXVI. Anévrysme variqueux? — Cultivateur, vingt-cinq ans. — Coup de faux sur le trajet des vaisseaux ischiatiques, hémorrhagie arrêtée par la compression. — Tumeur pulsatileet frémissante; varicosités superficielles. — Compression par un bandage permanent. — Simple amélioration. (Riberi. Giorn. délie sciense mediche dl ToWho, 1838, et Bouisson, p. 341.)
XXXVII. Anévrysme circonscrit de la fessière. — Médecin. — Reste stationnaire. — (Cité par Bouisson, p. 243, d'après Dubreuil.)
XXXVIII. Anévrysme circonscrit de la fessière gauche. — Trouvé à l'autopsie sur un cadavre de femme. — La fessière était plus grosse et plus longue que d'habitude ; elle eût été facile à lier au-dessus de la tumeur ; l'anévrysme gros comme un œuf de poule était guéri, comblé par des caillots, mais l'artère était restée perméable et ses branches dilatées comme elle. (Bouisson, p. 346.)
Que peut-on conclure de cet inventaire?
Qu'il ne faut temporiser qu'en présence d'un anévrysme fessier petit et absolument stationnaire;
Que les injections de perchlorure de fer constituent le meilleur traitement à «pposer aux anévrysmes circonscrits de volume médiocre ;
FESTLER. 77Ô
Que l'ouveiiure du sac avec ligature des deux bouts de l'artère est une opéra tion plus sûre que la simple ligature immédiatement au-dessus de la tumeur ;
Et enfm, qu'il ne faut pas reculer devant la nécessité de lier l'iliaque interne lorsque toute autre opération est impraticable. L.-H. Faraiîeuf.
Bibliographie. — On a trouvé dans le cours de cet article, un grand nombre d'indications qu'il est inutile de reproduire ici. J'ai consulté en outre, le plus souvent avec fruit, les livres d'anatomiede Blandin, Velpeau, Béraud, Malgaigne, Richet, Jarjavay, Pétrequin, B. Angeh, Cruveiliiier, Sappey, Hvrtl, Llschka, llE^LE, QuAiN et Sharpey, etc.; les traités sur les artères de DuBRF.uiL père, Mabcellin i)uv\L, Harreson, Flood, Power ; les ouvrages de médecine opératoire de Vej.pead, Lisfranc, Sédillot, Malle, Malgaigne-Lefort, Chassaignac, Chauvel, Wenzel VON LiNHART, GuNTHER, JosEi'H Bell et la plupart des classiques de pathologie chirurgicale, Bover, Nélaton, Vidal, Follik-Duplay, le Dictionnaire en 50 volumes, le Dictionnaire des Dictiomuiires ; Chklivs, le Cotnpendiurn de Pitiia et Billroth, Ebichsen, Ferglsson, Holmes, Druit.
Enfin, la plupart des mémoires ci-dessous indiqués ont été et pourront être avantageusement utilisés :
Baum (Jun). Dissertation inaugurale. Berlin, 1859. De lœsionibus aneurysmatibus usqiie arteriarum glutœœ et isckiadicœ. Accedit descriptio aneurysmatis j)er anaslomosin dictarum arteriarum liquoris sesquichlorati injectione sanati. — Blasius. Eifjentkûmlicher Schmerz bei Aneurysma der Art. glulea. In heutsche Klinik, 1859. — Boeckel. Gaz. méd. de Strasbourg, 1875, p. 57. — Bouisson. mémoire sur les lésions des artères fessière et ischiatique et sur les opérations qui leur conviennent. In Gaz. méd., 1845; 2" édit. in Tribut à la chirurgie, 1858; I, p. 317 à 590. — Champenois. Urgence et sécurité pour la ligature de l'artère fessière dans les cas d'hémorrhagie Iraumatique de ce vaisseau. In Recueil de mém. de méd. et chir. milit., 3° série, XXVI, p. 24, 1871. — Chassaignac. Traite pratiqtte de la suppuration et du drainage chirurgical. Paris, 1859. — Du même. Hecherches cliniques sur la bourse de glissement de la région irochantérienne et de la région iliaque postérieure. In Arch. gén. de méd., 1855, I et II. — Cooper (A). In Lectures by Tyrrell, II, p. 56.
— Després (A.). Chirurgie journalière, leçons de clinique chirurgicale. Paris, 1877. — DiDAY Lettre sur un nouveau procédé pour la ligature de l'artère fessière. In Gaz. méd. de Paris, 1845. — Duchenne (de Boulogne). Physiologie des mouvements. Paris, 1807. — Duval (Marcellin). Traité de l'hémostase et des ligatures d'artères. Paris, 1856. — Fischer (G.). Die Wunden und Aneurysmen der Arteria glutea und ischiadica von G. Fischer in Hannover. In Arch fur klin. Chir. von l.angenbeck, XI, 1869. — Fourestié. Étude sur les différents traitements des abcès ossifluents externes... Méthode des caustiques, etc. Thèse de Paris, i876. — FocRNiER. Sciatique blennorrhagique. In Union méd., 1868, t. XXIV. — Gurtl. Jahresbericht in Langenb. Arch., 1859 à 1865. — Guthrie London Med. Gaz., 1834, XIV, p. 590.
— Laugier (Maurice). Fesse. In Dictionnaire de méd. et chir. pratiques, XIV. Paris, 1871. — LrsTov. P radical Surgery, 1846, p. 214. London. — Prichard. Besearches into the Physical History of Mankind, 1836-47. — Richet. Dictionnaire de méd. et chir. pratiques, II, p. 305. Paris, 1865. — Robert. Conférences de clinique chirurgicale. Paris, 1860. — Servier. Sur les anévrysmes de l'artère fessière. In Gaz. hebdom. de méd. et de chir., 1868, n°' 21 et 22.
— TopiNARD. L'anthropologie. Paris, 1876. — Uiide. Deutsche Klinik, 1855, p. 174. — Valtat. De l'atrophie musculaire consécutive aux maladies des articulations. Thèse de Paris, 1877, p. 60 et 79. — Wdtzer. In 0. Weber dur. Erfahrungen, 1859, p. 272. L.-H. F.
FESTARI (Jérôme). Médecin italien, né à. Valdagno le 12 octobre 1738, était fils d'un médecin. Il fut nommé en 1778 directeur de l'établissement des eaux minérales de Recoara. Il accompagna le sénateur Querini dans son voyage en Suisse, et en composa une relation qui ne fut publiée qu'après sa mort par Emmanuel Cicogna (Venise, 1835). Festari est mort dans sa ville natale le 3 juillet 1801, laissant, outre un certain nombre de manuscrits inédits, les publications suivantes :
I. Saggio di osservazioni sopra alcune montagne e Alpi altissime del Vicentino confinanli colla Stato Austriaco. In Griselini Giornale d'italia (Venez.), t. IX, 1775. — II. Description d'une butte basaltique qui s'élève presque vis-à-vis de celle d'Altissimo, du côté opposé de la vallée de l'Agno. In Mém. de l'abbé Fortis pour servir à l'histoire naturelle de l'Italie. Paris, 1802, in-8». L. Hn.
FESTLEB (Francesco-Saverio). Savant médecin italien, natif du Frioul, fit
774 FÉTUQUE.
ses études médicales à l'université de Padoue et y prit le bonnet de docteur en 1825; il fut assistant à l'école ophthalmoloyique de Padoue et obtint le titre de maître en oculistique et en obstétrique. Après avoir rempli pendant quelques années les fonctions de médecin et de chirurgien pensionné dans les communes d'Albignasego et de Maserà, il revint a Padoue en 1855, et y devint médecin en chef de l'hôpital civil, fonctions qu'il remplit avec dévouement pendant de longues années.
Festler était membre d'un grand nombre de sociétés savantes ; il s'est fait connaître par les publications suivantes :
I. De ea ralinne, quœ in vivis animantibus extal inter sensuum atque motuum fibras cogitata physiolog/co-patholof/ica. Dissert, inaiigur. Patavii, 1825, in-.S". — II. Caso di lilacenla pressochè carlilaginca lenacemente aderente, di cui venue effettualo il dislacco col metodo del prof. Benedetto Mojon; con alctini corollarj relativi. In Omodei Annali univ. di med., t. LVI, p. 36, 1830. — III. Sidla virtu antipyretica délia segala cornuta e sul modo di sua azione salutare in lali morbi. Ibid., t. LX, p. 180, 1831. — IV. Rapporlo sulla vaccinazionc , su un epidemia rajuolosa nei vaccinati di differenti elà. e sulla rivacciiiazione, relativo al Comune di Albignasego, etc. Ibid., t. LXV, p. 58, 1833. — V. Cenni intorno la condizionc patologica délie febbri intermiltenti, in apoggio délia proprietà antiperiodica degli astringenti. Ibid., t. LXV, p. 246, 1833. — VI. Saggio di nuovi principj fondamentali per la fisiologia, patologia e terapia, dedotli dalV economia dei vasi capillari. Padova, 1834, in-S". — VII. Delta ragione organica del senso e del dolore considerazioni. Estratto dai Comment, di Med. del D' Spongia. Maggio, 1830. Padova, 1836, in-S". — VIII. Sopra le diverse vie percorse dalle sostanze assarbite, e sopra alcune notabili differeme nei gradi di loro assijnilazione. Meinoria estratl. dai Comment.... Agosto e Sett, 1850. Padova, 1836, gr. in-8''. — IX. Sulle primitive affezioni del sangue indipendenli dai solidi; considerazioni fis/ologiche. Estratto dai Comment.... Dicembr. 1830. Padova, 1836, in-S". — X. 5m//' azione dinamica délia causa, e sulla natura, forma diversa e terapia del Cholera-Morbus asiatico. In Omodei Annali univ. diMed., t. LXXVIII, p, 403, 1836.