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FIFE

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FIFE (John), chirurgien anglais très-distingué, né en 1795, était fils et frère de médecins. Après avoir pris ses grades à l'Univex^sité de Durham, il s'établit à Newcastle-on-Tyne, en 1815, et ne tarda pas à y acquérir une position prééminente. Chirurgien très-habile et très-hardi, doué d'une grande confiance en luimême, il excellait surtout dans la lithotomie et les opérations sur les yeux ; aussi sa réputation s'étendit-elle au loin dans la province. 11 est vraiment fâcheux qu'un homme si habile et si savant n'ait pas écrit ; cependant ses connaissances ne restèrent pas absolument lettre morle ; car en 1854, de concert avec quelques-uns de ses collègues, il fonda l'école de médecine de Newcastle, appelée Newcastle Collège of Medichie, cette école étant mise en connexion avec l'Université de Durham ; Fife y fit des leçons de chirurgie, surtout de chirurgie militaire, dont il avait pris le goût à l'époque où il étudiait à Woolwicli; il ne quitta l'enseionement qu'en 1865. Membre du" Collège royal des chirurgiens, il était de plus chirurgien consultant de ÏEye Infirmary et de l'Infirmerie générale de Newcastle ; il remplit ces dernières fonctions avec zèle pendant trente ans.

Fife consacrait tous ses loisirs à la vie publique ; il contribua puissamment en 1831 à former l'Union pohtique du nord de l'Angleterre, et devint le chef des libéraux de sa province ; il prit une part active à la réforme municipale qui eut lieu en 1855 et peu après fut nommé alderman; il conserva ces fonctions jus-

270 FIGUE (matière médicale).

qu'en 1862. A deux reprises différentes, il fut nommé maire de. la ville de Newcastle, et c'est pendant qu'il remplissait ces fonctions en 1839 qu'il rendit à la cause de l'ordre, lors du soulèvement des cliartistes, des services signalés, qui lui valurent, en 18-40, le titre de chevalier, décerné par la reine. En 1869, Fife, souffrant d'un volumineux calcul de la vessie, dut se faire opérer par son ami William Fergusson. Sa santé à partir de ce moment resta altérée, et il mourut le 16 janvier 1871, dans sa résidence de Reedsmouth, des suites d'une apoplexie cérébrale. L. Hi\.

FIGUEROA (Francisco), médecin espagnol du dix-septième siècle, naquit à Séville, fit ses études médicales à l'Université de sa ville natale et s'y fit recevoir docteur. Il s'établit tout d'abord à Séville et y exerça la médecine avec le plus grand succès ; plus tard il accepta la charge de médecin de la chambre du marquis de Montes Glaros, vice-roi du Pérou, et se rendit à Lima, où il fît un long séjour.

Il était l'ami intime de Gaspar Caldera de Heredia, qui lui dédia un de ses ouvrages intitulé Feralia. Voici la liste des ouvrages de Figueroa :

T. Luxus in judicium vocatus et ad recta evocatus; gellda salutifera sive de innoxio frigido polu ; oui accessit : Aciam, de qua loquitur Celsus, cap. xxvi, lib. V, filum scmper, acum nunquam significare ; infibulalionem et suturam utramque ex acia molli non nimis torta, sive ex molli fila non nimis torto serico, lineo, vel ex molli filo non nimis torlo serico, lineovelex aliamateria molli, nonautemœreo, ferreo, argenteo, aut aureo, secundum ejusdem Celsi mentcm semper fieri debere. Hispali, 1633, in-4°. — II. Dos Tratados, uno de las calidades y efectos de la Aloja. Y otro de una especie de Garotillo o esqtiinencia mortal. Lima, 1016, in-4°.

Ce n'est pas sans raison que Figueroa a soulevé la question de savoir quelle interprétation il fallait donner à ces mots Acia mollis, employés par Celse (lib. V, cap. XXVI, § 23). Est-ce un fil de métal flexible? Est-ce un fil de soie, de lin, etc. Des Etangs traduit par fil souple ; Ninnin, par fil doux. Personne n'a osé écrire fil métallique que semblerait cependant devoir indiquer le mot Acia. A. G.

FIGUE. § I. Matière médicale. Fruit du figuier ordinaire {Ficus Carica L.), constitué par un réceptacle charnu, en bourse pyriforme contenant de nombreux carpelles [voy. Figuier).

De nombreuses variétés du figuier sont cultivées dans le raidi de l'Europe et dans la région méditerranéenne. Leurs fruits desséchés arrivent dans le commerce et forment de nombreuses sortes, employées soit comme aliment, soit comme fruits émoUients. Nous ne pouvons songer à les décrire ici ; bornonsnous à indiquer comme types principaux :

1» Les figues de Smyrne, ou figues grasses {Caricœ pingues). Elles nous arrivent d'ordinaire en caisse. Elles sont irrégulièrement anguleuses, grasses, succulentes et très-douces.

2° Les figues de Trieste, ou figues en couronne [Caricœ in coronis), qui viennent par la voie de Trieste de diverses localités de la Grèce, du golfe de Messénie, des îles de Syros et d'Andros. Elles sont moins grosses que les précédentes, aplaties, plus sèches et moins douces.

3" Les figues de Dalmatie [Caricœ minores), petites, sèches, peu savoureuses. Elles viennent en paniers aplatis ou en tonneaux.

Le midi de la France, et particulièrement la Provence, fournissent une cer-

FIGUIER (botanique). 271

taine quantité de ces fruits au commerce; ce sont : i° les figues grasses de Provence, grosses et molles, provenant surtout de la grosse figue blanche et de \à grosse figue jaune de Provence; 2" les figues violettes d'une couleur violacée, assez grosses, sèches et sucrées, excellentes, d'après Guibourt, pour l'usage delà pharmacie; elles proviennent de la figue mouissonne; 3° les petites figues blanches provenant de la petite figue de Marseille, blanches, parfumées et très-sucrées, réservées surtout à l'usage de la table. Pl.

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§ 11. Emploi médieal. Votj. FlGUIEU.

FIGUIER. Ficus Tournefort. § I. Botanique. Genre de plantes dicotylédones, appartenant à la famille des Morées. Ce groupe, parfaitement délimité par Tournefort, est extrêmement naturel et facilement reconnaissable à la forme de ses inflorescences tout à fait spéciales (sycônes). Les fleurs sont en effet complètement enfermées dans un réceptacle charnu, globuleux ou pyriforme, muni à la base de toutes petites bractées écailleuses, fermé à l'ouverture du sommet (œil de la figue) par des squamules analogues. Les fleurs sont petites, très-nombreuses, et tapissent la surface interne du réceptacle. Elles sont unisexuées et réunies dans la même inflorescence. Les mâles, qui sont en haut, à l'aisselle des petites écailles, ont un périanthe pédicellé, t.ripartite, et 3 étamines opposées aux pièces de ce calice. Les femelles, beaucoup plus nombreuses, sont également pédicellées : leur périanthe a 4 ou 5 divisions et renferme un ovaire stipité , uniloculaire et uniovulé, qui devient, après la fécondation, un petit fruit utriculaire entouré par les pièces du périanthe plus ou moins charnu, et contenant une seule graine à endosperme charnu et à embryon recourbé en crochet.

Les Ficus sont des arbres plus ou moins élevés ou des arbrisseaux qui s'attachent aux arbres ou aux rochers ; ils sont remplis d'un 3uc laiteux dans toutes leurs parties, et portent des feuilles alternes, entières ou lobées, munies de stipules très-développées , qui enveloppent complètement les bourgeons terminaux.

Ces espèces habitent surtout les régions interti'opicales dans toutes les parties de la zone, Afrique, Asie, Australie et Amérique; elles sont plus rares dans les régions chaudes en dehors 'es tropiques ; on n'en trouve qu'une espèce en Europe, dans la région médit rranéenne.

Le genre Ficus est extrêm:;ment riche en formes diverses. Les botanistes n'en comptent pas moins de 600 espèces, qui passent souvent de l'une à l'autre par des nuances très-ménagées ; aussi leur classement est-il extrêmement difficile. Nous n'indiquerons naturellement ici que les espèces importantes, celles qui peuvent présenter quelque utilité.

1" La première, celle qui est la plus intéressante pour nous et en même temps 'la plus connue, est le figuier ordinaire [Ficus Carica L.), qui croît à l'état spontané dans toute la région méditerranéenne, et qu'on cultive dans des parties de l'Europe beaucoup plus froides, jusqu'en Angleterre. C'est un arbre qui peut atteindre huit à dix mètres de haut, et deux mètres de circonférence à la base, dans le midi de l'Europe. Les feuilles sont alternes, pétiolées, fermes, rudes au toucher, à grosses nervures saillantes en dessous. Elles sont échancrées à la base, et découpées généx-alement en 3 ou 5 lobes. Les réceptacles, qui naissent isolés à l'aisselle des feuilles, sont arrondis ou pyri-

272 FIGUIER (botanique),

formes ; à la maturité, ils deviennent charnus, ainsi que les diverses parties du périanthe, et forment ainsi le fruit composé auquel on donne le nom de figue [voy. ce mot).

De nombreuses variétés sont cultivées dans la région de la Méditerranée et donnent des fruits très-variés, soit par leur forme plus ou moins globuleuse, ou plus ou moins allongée, soit par la couleur du réceptacle Aert-jaunàtre, grisbrunàtre, ou d'un violet plus ou moins noir, soit par la teinte des portions intérieures variant du blanchâtre au pourpre violacé, soit enfin par les dimensions.

Plusieurs variétés donnent dans le Midi deux récoltes par an : la première vers le mois de juin ou de juillet ; ces premières figues portent le nom très-impropre de figues -fleurs; la seconde en septembre ou octobre. Le développement de la figue paraît être singulièrement aidé par l'opération à laquelle on les soumet dans diverses parties chaudes de la Méditerranée, et qu'on appelle caprification [voy. ce mot).

2*^ Le figuier sycomore (Ficus sycomorush.). C'est le vrai sycomore ou figuier de Pharaon, qui vient naturellement en Egypte et dans le Levant. Il forme un grand arbre très-élevéet d'une vaste étendue, dont les larges feuilles rappellent par leur forme celle du mûrier noir. Le fruit croît directement sur le ti'onc et sur les grosses branches; il a la grosseur de nos figues ordinaires, mais il est bien moins estimé. On en fait cependant une grande consommation chez les Arabes. Le bois est très-léger, et il passe pour incoiTuplible. Guibourt rapporte qu'il a vu en effet des caisses de momies, en figuier sycomore, dont le bois était parfaitement conservé.

Après les deux espèces précédentes, les Ficus les plus intéressants sont ceux qui croissent dans les Indes Orientales ou dans les îles de l'archipel Indien, et qui donnent soit du caoutchouc, extrait de leur suc laiteux, soit de la gomme laque sur leurs branche". Tels sont :

o" Le Ficus elastica Nois . , arbre à feuilles coriaces , très-glabres , ovales oblongues aiguës, recourbées sur les bords, peu aiguës à la base, marquées de nombreuses nervures secondaires très-fines. Son suc très-abondant, riche en gomme élastique, est exploité dans les Indes.

A° Le Ficus religiosa L., ou figuier des pagodes, donne également un latex abondant, qui peut être exploité. C'est un arbre à feuilles longuement pétiolées, ovales arrondies, brusquement et longuement acminées au sommet, plus ou moins échancrées en cœur à la base. Ses branL.ies portent fréquemment le Coccus Lacca, insecte hémiptère, qui laisse exsuder la laque {voy. ce mot).

5" Le Ficus indica L., ou figuier des Banians, présente un mode de véo-étation très-remarquable. C'est un arbre toujours vert, qui peut atteindre 30 à 40 pieds, et dont les feuilles sont o\ales obtuses, très-entières sur les bords. De la partie inférieure des branches se détachent des racines adventives, qui atteii^nent le sol, s'y implantent et forment des arcades qui se propagent de tous côtés à de grandes distances du tronc. Aussi a-t-on dit qu'un seul arbre pourrait produire une forêt.

Le Ficus indica L. est très-riche en latex contenant du caoutchouc . Il porte également de la laque. Le fruit est employé, sous forme d'électuaire, comme rafraîchissant et tonique. Le latex est appliqué sur les dents pour calmer la douleur ; on en fait aussi une sorte de glu.

6° Le Ficus politaria Lam., ou Bois de râpe, a des feuilles rudes, qui servent, dans les Indes, à polir des objets en bois ou en ivoire.

FIGUIER (emploi médical). 275

7° Le Ficus pahidosa Perrotet croît à Java, où il porte le nom de Poutou- Tan; il donne une résine qui entre dans la composition de certains vernis.

8" Le Ficus racemosa L. est un arbre du Malabar, où on l'appelle Atti-Alu. Les fruits sont astringents. Le suc re'cent est un puissant tonique.

9° Le Ficus septica Forst., de Java, a des feuilles éniétiques. Son suc laiteux sert à détruire les bourgeons charnus et les chairs putrides. On l'appelle dans l'Inde Awar-Aivar.

Les espèces africaines qui ont été signalées, comme intéressantes, en dehors du sycomore, sont :

En Âbyssinic, deux espèces signalées par Galinier et Ferret, l'une à fruit comestible, c'est leur Ficus vallis; l'autre dont l'écorce sert aux naturels à faire du pain ; de là le nom de Ficus panificus qu'ils lui ont donné. On le nomme gofho dans le pays {voy. Comptes rendus de F Académie des Sciences, XIX, 884, année 1844; et Annales des Sciences nalurelles, XX, 94).

En Amérique, Martius a signalé sur les bords du fleuve des Amazones deux espèces, dont le latex est employé contre le ténia. Ce sont les Ficus anthelmintica Mart., et le Ficiis dolaria Mart.

Le Ficus elliptica Kunth fournit- du caoutchouc.

Entiu, dans l'île de Tahiti, on a indiqué comme espèce intéressante le Ficus tinctoria Forst., appelé Mati par les indigènes. Le suc de ses petites figues est employé, d'après M. Nadeaud, contre les douleurs rhumatismales, les phlegmons et même dans la péritonite. Ce suc, mêlé avec les feuilles du Cordia suhcordala Lam., donne une belle couleur rouge, et d'autres nuances avec d'autres plantes. L'écorce, battue au maillet, fournit un tissu imperméable, très-avantageux pour les indigènes.

Un certain nombre de plantes à fruits comestibles ont reçu le nom de figuiers sans appartenir pour cela au genre Ficus et même à la famille des Morées. Ce sont :

Tout d'abord le figuier d'Inde ou de Barbarie, qui est une cactée du genre Opuntia {voy. ce mot).

Puis le figuier des Indes, figuier d'Adam, qui est un bananier [Musa paradisiaca L.).

Le figuier des Hottentots, qui est un Mesembryanthemum {voy. Ficoïde).

Le figuier de Surinam, qui est le Cecropia peltata, de la même famille que les Ficus.

Enfin le figuier maudit, qui est une guttifère, le Clusia rosea L. {voy. Glusia).

Plânchon.

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§ 11. Emploi médical. Le SUC àcre et laiteux, contenant du caoutchouc et un principe résineux, que renferment les rameaux et les feuilles de plusieurs espèces de figuier, était autrefois employé comme purgatif. On s'en servait aussi, mêlé à du jaune d'œuf ou à de l'huile, pour absterger les ulcères, les parties envahies par la gangrène ; pour faire disparaître les verrues, le lichen, le vitiligo, etc. On en portait dans la cavité des dents cariées au moyen d'un petit

DICT. EXC. 4' s. II. 18

morceau de laine. On en étendait, au moyen d'un excipient, sur les articulations des goutteux. On utilisait aussi les feuilles elles-mêmes en décoction pour usage interne, ou en applications topiques. Enfin, on se servait, et l'on se sert encore quelquefois de ces feuilles, à cause de leur rudesse, pour frotter les hémorrhoïdes et les faire saigner, ou les verrues et les cors pour les user.

Les fruits du ficus carica, qui font partie des quatre fruits pectoraux, bouillis ou même infusés dans de l'eau ou dans du lait, forment une tisane très-adoucissante. On en emploie fréquemment la décoction en gargarisme ou en collutoire. On en fait des cataplasmes émollients; coupés en lanières et introduits dans la bouche, ils conviennent très-bien comme topiques dans le cas de lluxion dentaire. Mathiole affirme, d'après son expérience personnelle, que deux ou trois figues, macérées pendant une nuit dans l'eau-de-vie et avalées le matin, soulagent les asthmatiques.

Du reste, dans la thérapeutique des anciens, où la figue jouait un assez grand rôle, comme on peut le voir déjà dans Uippocrate et dans Galien, celle-ci était souvent mêlée pour l'usage à des substances amères, aromatiques ou autres, telles que l'absinthe, l'hysope, le fenugrec, le vin, la farine d'orge, etc.

La figue fraîche est un aliment de facile digestion, et que la grande quantité de matière sucrée qui y est contenue rend assez nutritive. D.

FiLi. On donne ce nom, dans le vulgaire, à des verrues de forme allongée. Au sens chirurgical, voy. Ligature. D.

FIL.AIRE. Filaria. Ce nom a été proposé pai' O.-Fr. Muller pour désigner des vers parasites qui ressemblent par leur longueur et leur forme à un fil ; le corps est arrondi, très-allongé, plus ou moins effilé aux deux extrémités ; le tube digestif est complet et les sexes sont séparés comme dans les nématodes en généi^al. Ces vers sont généialement reconnaissables parla forme plus ou moins tordue de leurs spicules. Les filaires vivent, sous une première forme agame (sans sexe), dans des cavités closes, comme le péritoine, le globe de l'œil ou sous la peau, et n'accomplissent leur évolution contiplète et sexuelle qu'après avoir abandonné leur premier séjour. Ils vivent aux dépens d'un premier hôte qui leur sert de berceau, et d'un second hôte qui les abrite pendant l'âge mûr. Quelques-uns, comme le ver de Médiate, sont vagabonds au début de la vie, et le jeune âge se passe librement dans l'eau, le second âge dans le corps d'un crustacé, l'âge adulte et complet, sous la peau de l'homme.

En 1858, Raphaël Morin a publié à Vienne une monographie des filaires, dans laquelle il est fait mention de 152 espèces, provenant la plupart de mammifères et d'oiseaux ; mais il est évident que ce nom a été donné un peu au hasard {Versuch einer Monographie der Filarien, Sitz-unysberichte vol. XXV 111, 1858).

Du Jardin conserve encore 18 espèces dans ce genre [Hist. natur. des Helminthes, p. 42).

Il y a plusieurs espèces qui intéressent le médecin et qui, contrairement à la plupart des parasites, peuvent causer de graves désordres. Nous citerons comme les plus dangereuses pour l'homme le Dragonneau ou ver de Méiline et le Filaire du sang de l'homme, tous les deux des pays chauds.

1° Le Filaire de Médine, Filaria medinensis, Gordius medinensis de Linné, Dragonneau, Dracunculiis medinensis est le nom scientifique sous lequel il est désigné aujourd'hui. Il n'y a peut-être pas de ver sur lequel on ait tant écrit. On remplirait une partie de cette page en énumérant seulement le nom des auteurs.

Les principaux sont : Bastian, On the Structure and Nature ofthe Dracunculus, Transact. Linnean Soc. 1863, vol. XXIY; Fedschenko, Protokolle der Freunde der Naturwissenschaften in Moskau 1869 und 1874 (d'après Leuckart).

Le Dracunculus medinensis, à l'état adulte, n'est qu'une gaine à œufs. On ne connaît pas les mâles. Il reste à déterminer si ce ver se reproduit par parthénogenèse. ■

La dracuncidose , c'est-à-dire le désordre causé par ce ver, n'a été connue pendant longtemps qu'en Afrique, surtout sur la côte de Guinée ; mais on a signalé dans ces derniers temps ce dangereux nématode dans le Turkestan et la Caroline du Sud (Mitchell). Cette nialadie se monti'e parfois en Europe; on en a eu des exemples à Copenhague, à Rotteidam et à Paris même, mais chez des matelots qui avaient séjourné auparavant sur la côte de Guinée.

Depuis que le mot de tempérament vermineux est rayé du vocabulaire médical, et que tout parasite est d'abord un hôle étranger qui doit s'introduire, on s'est beaucoup occupé de la question de savoir par quelle voie le Dracunculus pénètre dans l'économie. Est-ce par la peau ou est-ce par la bouche ? Les jeunes vers sortent-ils du sable pour s'introduire par la cheville des pieds, ou sortent-ils de l'eau pour se coller à la peau ? Sont-ce les personnes qui vont pieds-nus qui y sont exposées, ou sont-ce celles qui, comme les porteurs d'eau, se mouillent plus souvent la peau?

Toutes ces opinions ont eu de chauds partisans; mais depuis que la voie expérimentale a parlé, le doute est définitivement levé : les jeunes dracunculus pénètrent dans le corps de petits crustacés microscopiques, connus sous le nom de Gyclopes et qui sont partout communs dans l'eau douce ; c'est en buvant cette eau avec leurs habitants que l'on s'infeste. C'est l'histoire du cysticerque du lapin, qui est introduit par les boyaux de ce rongeur dans le chien, pour y devenir taenia. C'est un élève du professeur Leuckart, Fedschenko, qui a fait le premier des expériences décisives en Turkestan, et qui a décidé cette importante question. On pourra dorénavant se préserver du ver de Médine comme du ver solitaire.

On compte que ce parasite se révèle au bout de six semaines par des tumeurs, puis par des plaies qui livrent passage aux œufs et qui font leur apparition surtout autour des chevilles. Dans certains hôpitaux où l'on reçoit des matelots, les chirurgiens ne doivent pas oublier que ce parasite peut se présenter sous des aspects fort divers, et nous pouvons bien rappeler ici qu'un malheureux matelot allait subir l'amputation de son pied, quand un confrère reconnut que tout le mal était dû à la présence du Dragonneau. Cet homme avait été pendant vingt mois en station sur la côte de Guinée, sans descendre à texTe et sans avoir piis des bains autres que des bains de mer. Ce n'est qu'à son retour à Rotterdam qu'il a ga^né des abcès autour des malléoles. On a extrait le ver, après une incision, en l'enroulant successivement sur un morceau de bois, et le patient est sorti parfaitement guéri et non mutilé.

Pour l'organisation et le développement, il faut consulter le livre classique de R. Leuckart sur les parasites humains. Il donne tous les détails sur la structure des dragonneaux, et les descriptions sont accompagnées de très-bonnes figures.

2° Filaire du sang de l'homme. Filaria sanguinis hominis, Lewis (T. R. Lewis, On a Hœmatozoon in human Blood. Calcutta, 1874. — T. R. Lewis, The Pathological Significance of Nématode Hœmatozoon, Calcutta, 1874. Medic. Acad. se. fis. Napoli, 1876).

Ce ver mérite une mention particulière. Il cause de graves désordres et même

la mort. On le trouve dans les régions tropicales de l'ancien et du nouveau continent. On ne le connaît que depuis quelques années. C'est à ce ver que l'on rattache la production de certaines hématuries.

La cause de l'hématui-ie de l'île de France est encore inconnue ; elle semble ne pas être de nature parasitaire. Il n'en est pas de même de l'hématurie d'Egypte, du Cap, du Brésil et des Indes. Les deux premières dépendent de la présence, dans les organes urinaires, du distoma hsematobium ; Griesinger, pendant son séjour en Egypte, a constaté la présence de ces Trématodes chez des individus atteints de pisseraent de sang. J. Harley a rencontré ce même distome et des œufs dans les glandes de la vessie, dans les reins et dans l'urèthre. Parfois ces œufs se retrouvent par milliers dans les urines sanguinolentes.

L'hématurie du Brésil est également parasitaire.

Le docteur Wucherer, le même qui a signalé la présence du Dochmius cluodenalis au Brésil, dans l'intention de dècou\nr le Distomunihcematobium, trouva dans l'uiine de personnes souffrant de l'hématurie des vers nématodes dont le diamètre ne dépasse pas celui des corpuscules rouges du sang. C'était en 1868. Il en envoya à l'examen de Leuckart. Le professeur de Leipzig reconnut des embryons ; mais de quoi ? Sont-ce de jeunes filaria sanguinolenta avec lesquels Lewis leur trouve de la ressemblance ^ ?

Deux ans plus tard, le médecin de marine Créveaux trouva ces mêmes nématodes chez deux personnes de la Guadeloupe qui firent le voyage des Antilles à Marseille.

C'est aussi en 1870 que M. Lewis, Staff-Surgeon H. M. Brilish Forces, à Calcutta, fit connaître que l'urine des malades souffrant de l'iiémaluric chyleuse renferme de petites vers ari-ondis. Deux ans plus tard, M. Lewis découvrit ces parasites non-seulement dans l'urine, mais également dans le sang, et en telle quantité, qu'il suffisait de piquer le doigt ou l'oreille avec une aiguille pour en recueillir jusqu'à une douzaine dans une goutte de sang. Ils sont même plus abondants dans le sang que dans l'urine. D'après ces observations, l'iiématurie des Indes se rattacherait donc à la présence du Filaria sanguinis de Lewis dans les vaisseaux et dans le rein ^.

En 1874, M. Sonzino a reconnu ce ver en Egypte, au Caire {Ricerche intorno alla Bilharzia e nota intorno adun nematoideo trovato nel sangue humano. Rendic. R. Acad. délie Scienze. Napoli, 1874, et La Bilharzia hœmatobia et son rôle pathologique en Egypte. In Arch. gén. de med., juin 1876). Plus tard il a trouvé ce même ver dans le sang du bœuf, à Zagazig, en Egypte [Compte rendu acad. Se. Naples, mai 1876).

Le symptôme qui caractérise l'hématurie des pays chauds est la présence intermittente du sang dans l'urine ; dans les intervalles l'urine est chyleuse ou normale ; elle n'entraîne que rarement des accidents sérieux ; elle règne sous forme endémique, et, chose reiuarquable, elle épargne généralement les indigènes [voy. pour plus de détails l'article Hématurie, dans la Symptomatologie de Spring, troisième fascicule, par C. Vanlair et V. Masius, Bruxelles, 1875).

3" Pilaire de l'œil. Filaria [dracunculus ?) loa Guyot (Guyon, Sur un nouveau

* Nous pouvons faire remarquer ici que M. Ecker a vu dans un même animai des fîlaires (fil. altenuala] agames dans le sang, et d'auU'es sexués dans l'intestin (Arcliives de Millier, 1845, p. 501).

- Sp. Cobuold. On the Development of Bilharzia hœmatobia. In The Brilish Med. Journ.,

July 29,1872.

FILÂIRE. 277

cas de filaire sous-conjonctival ou filaria oculi. Comptes rendus, 7 nov. 1864, p. 743. Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale, Paris 1859, t. II, p. 143. Leuckart, Die menschlichen Parasiten, vol. II, p. 619).

Ce ver mesure une trentaine de millimètres en longueur, mais il peut atteindre, d'après M. Guyon, jusqu'à 16 centimètres. Il est gros comme uzie lîne corde de violon, effilé à un bout, obtus à l'autre, et se meut avec vivacité.

On le trouve sous la conjonctive des nègres au Gabon et au Congo.

C'est un chirurgien français, Guyot, qui a le premier signalé ce parasite, et il prétend que le filaire de Médine ne se trouve pas là où on observe ce petit dragonneau. Le ver de la conjonctive est très-blanc, plus dur et moins long à proportion, dit Guyot. M. Mangin, qui a observé ce ver à Maribon Saint-Domingue {Journal de médecine, 1770, t. XXXII, p. 338, d'après Leuckart), dit que le nématode a un pouce et demi de long et la grosseur d'une petite corde de violon ; qu'il est d'une couleur cendrée, plus gros à un bout qu'à l'autre et très-pointu par ses deux extrémités. 11 porte le nom de loa dans ce pays.

Ce nématode a été observé également en Amérique, vivant dans les mêmes conditions chez les nègres, mais on ignore jusqu'à présent s'il se rapporte à la même espèce.

La présence de ce parasite rend l'œil larmoyant, douloureux et injecté. On peut voir le ver se rouler sous la conjonctive.

Le docteur Guyon a désigné, sous le nom de filaire sous-conjonctival, un helminthe ou ver qui habite dans l'œil de l'homme, entre la conjonctive et la sclérotique, et dont, à cause de la transparence de la première de ces deux membranes, on peut suivre les mouvements chez la personne qui en est affectée. On le voit disparaître après un certain laps de temps, pour revenir, puis disparaître encore, ce qui peut se renouveler plusieurs fois. En 1838, le savant qu'on vient de nommer fit connaître le cas d'une jeune négresse de la Martinique, originaire de la côte d'Afrique, qui portait à la fois deux filaires longs chacun de 5 à 4 centimètres. Habituellement l'un se trouvait dans un œil et l'autre dans l'autre; mais ils se réunissaient quelquefois, le passage du côté droit au côté gauche se faisant avec une grande rapidité à travers le tissu cellulaire de la racine du nez. Ils étaient séparés lorsque le chirurgien fit l'extraction de celui qui se trouvait alors dans l'œil gauche ; mais lorsque quelques lieures après il voulut faire la seconde opération, il vit que l'autre ver avait passé à son tour dans l'œil gauche, d'où on le retira par une nouvelle incision. Plus récemment,' le même observateur a mis sous les yeux de l'Académie le plus grand ver qu'on ail extrait de l'œil ; celui-ci mesurait 15 centimètres de long ; il provenait d'un nègre du Gabon (nous trouvons ce récit dans le Cosmos).

4" Filaire du cristallin. Filaria lentis. Diesing.

En 1851, Grsefe envoya à Nordmann, qui avait observé plusieurs parasites dans l'œil des poissons, deux cristallins, extraits des yeux d'un aveugle, qu'il avait opéré de la cataracte ; un de ces cristallins était encore entouré de sa capsule. Nordmann découvrit dans l'humeur de Morgagni deux Glaires entortillés (NorduiAnn, Mikrographische Beitràge, Berlin, 1852, 1" part., p. 7). Dans l'œil d'un homme de 60 ans, opéré de la cataracte, Ammon a également trouvé un filaire qu'il a figuré; mais l'animal n'était pas complet {Klinische Darstellungen, pi. XII, fig. 22 et 23). Nordmann a trouvé plus tard un filaire long de cinq lignes et demie [Mikrogr. Beitràge, Heft. 11, p. 9) dans un cristallin, devenu opaque, d'une femme aveugle opérée par Jungken, et Gescheidt en a trouvé trois autour d'un

cristallin qui lui avait été remis par Ammon (Rayer, Archives de médecine comparée, et Ammon, Annal, d'ocidistique, t. IX, p. 160; Sichel, Iconogr. ophthalmolocj., Paris, 1858, p. 702, pi. LXXII). Tous ces vers étaient agames et il n'est pas possible de dire ce qu'ils seraient devenus, s'ils avaient pu accomplir leur évolution; de manière que l'on ignore encore si la Filaria lenlis doit être conservée comme une espèce distincte.

Au congrès ophthalmologique de Bruxelles, M. A. Quadri, de Naples, a exhibé le dessin d'un œil humain montrant un ver nématode dans la chambre antérieure. On ne connaît rien de ses caractères et l'on ignore s'il se rapporte au a^enrcûhnre {Sichel, Iconographie ophthahnolog., Paris, 1839, p. 707, Davaine).

5° Filaria labialis. Pane (Pane, Nota su di unnematoideo, iwAnnali delV Acad. degli aspiranti naturalisti, Napoli, 1864, vol. IV). Ce ver n'a été vu qu'une seule fois. Un étudiant en médecine à Naples l'a extrait d'une pustule à la face interne de la lèvre supérieure. Il a trente millimètres de long et la bouche est entourée de quatre papilles. Leuckart en donne une figure et cite à ce sujet la Filaria hominis oris de Leidy, à Philadelphie {Proceed. Acad. Nat. Se, vol. V, p. 117), extraite de la bouche d'un enfant, d'après l'étiquette que portait la bouteille renfermant ce ver. Mais ce ver pourrait bien être, suppose Leuckart, un dragonneau ordinaire (Zoco citato, p. 616).

Plusieurs filaires vivent sous la peau des mammifères et des oiseaux. Nous avons trouvé un filaire {Fil. gracilis) d'un demi-mètre de long sous la pe^u d'un singe américain {atèle). Le docteur Crip a constaté la présence de ce même Filaria gracilis dans un Chimpanzé, ainsi que V Ascaris lombricdides. Ce même chimpanzé nourrissait des Echinocoques {Anthropol. Review, 1864). Valenciennes signale une nouvelle espèce {Fil. œthiopica) sous la peau d'un guépard (Compt. rendus, 4 août 1856, p. 259. Institut, numéro 1180). Un autre filaire, dont nous avons fait le genre Filaroïde {Filaria musteUarum) , vit dans les voies respiratoires des putois et des hermines, et M. H. Weyenbergh {ISoticesur les Filaroides mustellarnm, in Archives néerlandaises, t. III, 1868) a observé que ce ver remonte jusque dans les sinus frontaux et perfore même les parois osseuses. Nous en avons souvent trouvé sous la peau des oiseaux. Filaria attenuata est le nom de l'espèce qui vit sous le péritoine des corbeaux en Europe. "Willemoes Suhm, pendant son séjour à la Nouvelle-Guinée, en a reconnu sous la peau de l'abdomen des paradisoa apoda. Les filaires des yeux des oiseaux appartiennent, d'après Schneider {Monographie der Nematoden),SiU genre ceratospira. Il n'y a presque pas de poisson osseux dans nos parages, qui ne loge dans la cavité abdominale un certain nombre de vers agames que l'on a généralement désignés sous le nom de filaire des poissons. Il est évident que l'on a désigné sous ce nom des vers fort différents, qui attendent patiemment leur réveil dans un hôte nouveau et qui, après leur évolution complète, présenteront des caractères fort divers.

6" Filaina sanguinolenta est un ver du chien ; il se loge surtout dans les parois de l'aorte et quelquefois de l'œsophage et de l'estomac. Il est commun en Italie, mais plus commun encore aux Indes (Calcutta) , où un tiers des chiens vagabonds en est atteint (Lewis, The Patholog. Sigaif. of Nématode Hœmatozoon, Calcutta, 1874, p. 11).

7» Filaria papillosa. Ce ver habite les cavités abdominale et pectorale du cheval, de l'âne, du mulet, du bœuf et du buffle, et se loge parfois dans l'intérieur de l'œil ou dans ses enveloppes. On le voit fort bien se mouvoir dans l'humeur

aqueuse. C'est le ver qui est le plus souvent cité dans les livres qui traitent de médecine vétérinaire et qui font mention de vers parasites. Le mâle atteint 70 millimètres, la femelle jusqu'à 20 centimètres.

Spigel a déjà signalé ce nématode il y a deux siècles {Bonetiis, Sepulcretum, lib. 1, p. 422, Fr. S. Leuckart, Versuch ein. naturgem. Eintheilung der Helminthen, 1827. Davaine, loc. cit., p. 747).

Il se répand parfois épidémiquement pendant des années pluvieuses et dans des contrées humides. Il paraît fort commun à Ceylan, à Madras et au Bengale.

La présence de ce nématode est souvent accompagnée de méningite que l'on voit quelquefois suivie de paralysie des membres postérieurs.

Il paraît que les vers qui logent sous le globe de l'œil restent plus petits que ceux qui se répandent dans le tissu de la région lombaire ou dans le canal vertébral.

M. Chaignaud a vu diverses épizooties des bêtes à cornes en France (Charente), causées par la présence de ces vers. La conjonctive s'enflamme, les paupières se gonflent, les larmes coulent ; c'est sous le nom d'ophthalmie vermineuse qu'on a désigné cette triste maladie.

Ce nématode n'est pas assez bien connu pour pouvoir assurer que c'est la même espèce qui habite en Eui'ope et aux Indes.

8° Filaria imniitis. Leidy. Ce ver est pai'fois si abondant dans le cœur du chien, que la cavité en est remplie jusqu'à l'artère pulmonaire. Chaque goutte de sang en renferme.

9° Filaire lacrymal. Filaria lacrymalis. Ce nématode, dont le mâle a de 15 à 20 millimètres, la femelle 20 à 22, habite le conduit lacrymal ou entre les paupières du cheval et du bœuf domestique. Nous l'avons observé souveut en Belgique.

Espèces douteuses. 10° Pilaire à trois épines. Filaria trispinulosa. Ce ver n'a été vu que par M. Gescheidt, qui l'a trouvé sous la membrane hyaloïde ou corps vitré du chien.

11° Filaire bronchial. Filaria bronchialis hominis. Il n'a été vu que par Treutler, et comme il a pris la tète pour la queue et les pénis pour des crochets buccaux, c'est tout au plus si l'on doit encore en faire mention parmi les parasites humains.

Il paraît que la Spiroptera hominis Rud n'est qu'un filaria piscium emboîté, et que ce ver doit être définitivement rayé de la liste des parasites humains. P. J. Van Beneden.

FIL.%.SSE. On se sert quelquefois de la filasse de chanvre ou de lin dans le pansement des plaies, pour remplir les vides dans divers autres pansements, ou pour exercer des compressions {voy. Charpie et Etocpe). Gannal a donné le non de charpie vierge à de la filasse battue et soumise aux vapeurs de chlore.

On appelle e'toupade de Moscati un plumasseau de filasse imprégné de blanc d'œuf avec lequel on a battu de la poudre d'alun. D.

FILATURES. Les principales opérations qui se rapportent aux industries du chanvre, du lin, du coton, de la laine et de la soie, sont : le rouissage, le macquage ou broyage, le teillage, le peignage, le dégraissagCy le battage, le cardage, le débourrage, le lavage, l'encollage, le grillage, enfin la mise en œuvre de la matière textile ou le tissage. Il y a, en outre, à considérer l'emploi des machines.

280 FILICIQUE (chimie).

Les causes d'insalubrité ou d'accidents inhérents à ces industries sont surtout : le dégagement de poussières, l'émanation de miasmes végétaux et animaux, le contact de substances irritantes, l'humidité, l'élévation et les variations de la température.

C'est dans les opérations qui consistent à broyer, à ratisser (teillage), à peigner le lin et le chanvre, mais encore plus dans le battage et le cardage du coton et de la laine (du coton surtout), que l'atmosphère se charge de poussières nuisibles à la respiration. Il en est de même dans le cardage des débris de cocons ou frisons de soie. Cette question est examinée au mot Manufactures. En outre, des articles spéciaux sont consacrés au Battage et au Cardage. Quelques détails sont donnés sur les aiguiseurs et débourreurs de cardes, au mot Débourreurs.

Les dangers des émanations produites par la macération des tiges de lin et de chanvre sont l'objet d'une étude approfondie à l'article Rouissage. Les exhalaisons fétides qui résultent de la putréfaction des cocons sont un des inconvénients les plus sérieux de l'industrie de la soie, et qui appellent le plus impérieusement l'intervention de mesures hygiéniques. 11 en est traité à l'article Manufactures, ainsi que d'autres exhalaisons fournies par la matière employée, telle que la laine, ou par des huiles plus ou moins rances. Ajoutons qu'une fumée très-incommode est produite par le grillage ou flambage des fils et des tissus destinés à l'impression.

Le séjour des mains dans l'eau .chaude des bassines où l'on plonge et lave les cocons détermine sur ces parties, chez les dévideuses, la formation d'une éruption qui a reçu le nom de mal de bassine. Cette affection a été décrite en son lieu [voy. Mal de bassike).

Les accidents liés à l'humidité, à l'élévation de la température et à ses variations, se produisent dans l'opération de l'encollage, dans celle de la cuisson des cocons, mais surtout par suite de la nécessité, imposée par l'opération même du tissage, d'entretenir dans les ateliers, pour éviter la rupture des fils, une température d'autant plus élevée que les fils sont plus fins. L'article Makufactup.es contient sur ce sujet tous les détails nécessaires {voy. d'ailleurs l'article Tisserand).

Enfin, on trouvera au mot Machines (Hygiène) tout ce qui concerne les accidents produits par les machines employées dans l'industrie (outre les mots indiqués ci-dessus, voy. Dégraissage). D.

FUACIQVE (Acide). § l. Chimie. Cet acide a été découvert par Luck. On le prépare en traitant par l'éther absolu, dans l'appareil de déplacement de Guibourt, le rhizome frais desséché et pulvérisé de la fougère mâle [Aspidium filLv mas). Le liquide sirupeux ainsi obtenu est soumis d'abord à la distillation pour enlever l'excès d'éther, puis évaporé au bain-marie. Reste un dépôt consistant, d'une couleur vert-jaunâtre plus ou moins foncée, que l'on introduit dans un flacon bien bouché; au bout de quelques jours il se sépare en deux couches : la couche supérieure est fluide et huileuse, la couche inférieure au contraire forme un enduit consistant, de teinte plus ou moins foncée, constitué par de l'acide filicique impur. On le purifie par plusieurs lavages à l'eau et à l'alcool éthéré et en le faisant cristalliser à plusieurs reprises dans l'éther bouillant.

Un autre procédé consiste à exprimer cette masse entre deux feuilles de papier

FILICIQUE (chimie) 281

à filtrer, puis on la réduit en petits fragments que l'on traite par de l'alcool à 60°, à la température de 55° ; on ajoute de l'ammoniaque jusqu'à ce que le liquide se trouble et on filtre rapidement ce liquide en le faisant tomber dans de l'acide chlorhydrique étendu ; le précipité obtenu est d'abord lavé à l'eau, puis à cbaud avec de l'alcool à 80°, jusqu'à ce que ce dernier ne se colore plus en jaune.

Enfin Trommsdorff a obtenu l'acide filicique, qu'il appelait filicine, en lavant le dépôt de l'exti-ait éthéré de fougère mâle avec un peu d'éther et d'alcool éthéré, puis en le dissolvant dans de l'alcool faible additionné d'une certaine quantité de carbonate de potasse. La liqueur, décolorée par le noir animal, est finalement précipitée par l'acide acétique étendu ; on fait subir au précipité blanc d'acide filicique ainsi obtenu une dernière purification , en le faisant derechef cristalliser dans l'éther.

Peschier et Mayor de Genève n'ont vu dans la deuxième couche, dont il a été question plus haut, qu'une résine. Batso y a découvert un acide, qu'il a appelé acide filicéique et qui probablement n'est autre chose que de l'acide filicique ; il y aurait en outre trouvé un alcaloïde, auquel il a donné le nom de filicine {?).

Quant à l'huile verte qui se sépare de l'extrait éthéré de fougère mâle, Luck en a extrait, en la saponifiant, un acide gras liquide, l'acide filixoïde.

L'acide filicique pur se présente sous forme de lamelles blanches ou d'une poudre cristalline légère. Son odeur et sa saveur sont presque nulles ; la dissolution éthérée d'acide filicique colore en rouge le papier bleu de tournesol. Il s'électrise par le frottement, fond à 161° et se prend par le refroidissement en une masse translucide amorphe, d'un jaune verdàtre. Insoluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool aqueux, l'acide filicique l'est beaucoup plus dans l'alcool bouillant, l'éther absolu, le sulfure de carbone et surtout dans les huiles grasses et les essences. Il forme avec les alcalis des sels solubles et avec les autres bases des précipités amorphes.

Luck représente l'acide filicique par la formule C^^H^*0* ; pour Grabowsky l'acide filicique ne serait autre chose que de la dibuiyrile-phloroglucine, qui a pour formule G'*H^^O^, parce qu'en fondant cet acide avec de la potasse il se dédouble et donne du butyrate de potasse d'une part et de la phloroglucine (C^H'^U^) de l'autre ; notons cependant que la phloroglucine ne donne pas d'acide filicique par l'action du chlorure de butyrile, fait qui semble infirmer plus ou moins la théorie de Grabowsky.

Quoi qu'il en soit, l'acide filicique, chauffé dans un tube, dégage des produits huileux doués d'une odeur d'acide butyrique. Chauffé à l'air il brûle avec une flamme brillante. L'acide sulfurique fumant le dissout en formant de Vacide sulfofilimilinique {Filimilinschwefelsàure des chimistes allemands) et de l'acide butyrique. Le chlore sec le convertit en acide filicique monochloré, tandis que par une action prolongée il convertit en acide trichloré l'acide filicique en suspension dans l'eau. Les deux dérivés chlorés sont jaunes et amorphes, insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool et l'éther. Les dissolutions alcalines et ammoniacales étendues donnent avec l'acide filicique des produits amorphes d'un aspect terreux auxquels Luck a donné le nom d'acide filipélounique et d'acide filimilinique.

h'acide ptéritannique extrait par Luck du rhizome de fougère n'est probablement pas autre chose que de l'acide filicique impur. L. Hahn.

282 FILIERES.

8 II. Emploi médical. L'action de l'acide filicique a été surtout étudiée à Dorpat sous la direction du professeur Buchheim. Tandis que Liebig nie l'action téniacide de cet acide, Garlblom veut y voir précisément le principe actif de l'extrait éthéré de fougère mâle ; d'après lui l'acide filicique détermine des selles abondantes et l'expulsion de fragments de bothriocéphale ; mais cette action est inconstante et il n'a obtenu que trois fois sur quatre l'expulsion complète de ce parasite, par l'intervention adjuvante de l'buile de ricin. Rulle a trouvé plus efficace l'acide filicique impur, obtenu en précipitant l'extrait de fougère mâle, étendu d'eau et d'ammoniaque, au moyen de l'acide chlorbydrique.

Garlblom préconise l'acide filicique en poudre : Acide filicique O^^IS; sucre pulvérisé 08%4 ; cannelle pulvérisée 0^'',12. Rulle donne l'acide filicique impur sous forme de pilule en quatre doses de 3 décigrammes à deux ou trois heures d'intervalle.

Il est possible que l'acide filicique agisse par quelqu'un de ses produits de décomposition, car Rulle a obtenu une substance téniafuge en traitant l'acide filicique parla potasse caustique.

En France, Derlon cite également des faits en faveur de l'efficacité de cet acide résineux ; néanmoins nous croyons avec le professeur Gubler que l'on obtient une supériorité d'action en donnant l'extrait de fougère mâle dans son intégrité.

Mentionnons enfin que von Graefe a tenté, mais sans succès, de détruire les cysticerques de l'œil au moyen du filicate de potasse. L. Hahx.

Bibliographie. — Liebig. Invesiigntioncs quœdam pharmacol. de exlracto fiUcis maris œthcreo. Dorpati, 1857. — Garlblom. Veber die wirksamen Bestandtheile des œtlierischen Farnkrautextracts. Dorpat, 1866. — Rulle. Ein Beitrag zur Kenntniss einiger Baudwurmmittel und deren Anwendung. Dorpat, 1867. — IIdsemann. Die Pflanzenstoffe. Berlin, 1871, gr. in-8°, p. 1051. L. Hn.

FILICITAI^XIQUE (Acide). Get acide, découvert par Malin, s'extrait de la décoction aqueuse et filtrée du rhizome de la fougère mâle. En agitant ce liquide avec de l'éther, on en élimine une matière résineuse, puis on y verse de l'acétate de plomb qui précipite l'acide filicitannique. Le dépôt est traité par l'acide sulfhydrique qui met l'acide en liberté ; cette opération plusieui's fois répétée sur le liquide donne l'acide filicitannique sensililement pur. Ge corps est hygroscopique et ressemble à l'acide quinotapnique ; sa dissolution aqueuse est trouble. 11 est peu soluble dans l'alcool concentré, plus soluble dans l'alcool ordinaire. Sa dissolution précipite la gélatine, colore le perchlorure de fer en vert olive et réduit les dissolutions alcalines de cuivre. La dissolution bouillante d'acide filicitannique, additionnée d'acide sulfurique étendu, laisse déposer des flocons rouge-brique foncé, constitués par le rouge filicique (ail. Filixroth) (;;26jji8()i2 . \^ liqueur restante contient en solution du sucre incristallisable. L'acide filicitannique fondu avec de la potasse se dédouble en acide protocatéchucique et en phloroglucine. L. Hn.

FILIÈRES. En chirurgie, on donne le nom de filières aux instruments qui ont pour but de déterminer le calibre des bougies et des sondes destinées à obtenir la dilatation de conduits rétrécis, et, plus particulièrement, du canal de l'urèthre.

Les filières sont constituées par des plaques métalliques percées de trous

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