‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.38Chapitre 4 sur 113 · LUTZ · texte numérisé non relu

LUTZ

FEUILLET (Louis) , voyageur, astronome et botaniste français , naquit à Manc, près Forcalquier (Provence), en 1660, et mourut à Marseille le 18 avril 1732. 11 se fit moine pour pouvoir librement se livrer à l'étude, et entra dans Tordre des Minimes le 2 mars 1680. 11 acquit bientôt une grande réputation en astronomie, en physique, et fut emmené par Jacques Cassini dans un voyage dans l'Archipel. 11 fit successivement plusieurs voyages aux Antilles, au Chili et au Pérou, et chaque fois rapporta un grand nombre de documents, d'observations astronomiques, d'échantillons de plantes et de minéraux, etc. 11 fut chargé en 1 724 d'un voyage aux Canaries pour déterminer rigoureusement le premier méridien a 1 lle-de-Fer. Enfin il termina sa laborieuse existence à Marseille, où Louis XIV lui avait fait construire un observatoire.

Feuillet a rendu de grands services à la botanique, en faisant connaîti^e un grand nombre de plantes nouvelles douées de propriétés médicales, telles que le datura arborea, Valstrœmeria ligtu, ïoxalis rosea, le psoralea glandulosa, le madia saliva, etc., etc. Linné, pour perpétuer le souvenir des travaux de ce savant, a donné sou nom- à un genre de plantes (Fevillea), de la famille des Cucurbitacées. C'est à ces divers titres qu'il méritait de figurer ici, bien qu'il ne fût pas médecin.

Nous citerons de lui :

I. Journal des observations p/ujsique.s, mathématiques et botaniques faites sur les cales orientales de l'Amérique méridionale et dans les Indes occidentales de 1707 à 1712. Paris, 1714, in-4°, 2 vol. — II. Suite du journal, etc, Paris, 1725, in-4o. m. Histoire des plantes médicinales qui sont le plus d'usage aux roxjaumes du Pérou et du Chili, composée sur les lieux, par l'ordre du roi, en 1709, 1710 et 1711. Paris, 1714 et 1725, 5 vol. 111-4°. (Avec cent planclies dessinées avec beaucoup d'exactitude). Cet ouvrage a été traduit en allemand par G.-L. Huth, Nuremberg, 1756-57, in-4°, 2 vol. — IV. Nombreuses observations dans les Mém. de l'Acad. des sciences. L. Un.

FÈVE (botanique). 13

FEUILLIXE. Principe amer, brun, incristallisable, découvert par Peckolt dans les graines de FevUlea cordifolia (Cucurbitacées), qui en renferment environ 2 * pour cent; ce principe, peu connu encore, est précipitablepar le sousacétate de plomb et par le tannin. L. Hn.

FEURS (Eau minérale de). Athermale , bicarbonatée ferrugineuse faible, carbonique sulfureuse et faible, Forum Segusiavorum. Dans le département de la Loire, dans l'arrondissement et à 22 kilomètres de Montbrison, près des digues qui ont resserré le lit de la Loire, sur la rive droite de ce fleuve, est un chef-lieu de canton peuplé de 2,600 liabitants où l'on trouve encore des ruines romaines. Feurs, patrie de l'anatomiste Duverney, était déjà une ville assez importante des Gaules, elle devint plus tard la capitale du Forez, auquel elle donna son nom. Ses comtes l'abandonnèrent en 1441 pour aller habiter Montbrison, les Calvinistes s'en rendirent maîtres et la détruisirent en 1562.

A un kilomètre au sud-est du bourg de Feurs, au milieu d'un champ, émerge d'un terrain tertiaire une source connue dans le pays sous le nom d'eau des Quatre. Son eau claire et limpide, quand elle a laissé déposer sur les parois intérieui'es de sa fontaine une grande quantité d'oxyde de fer, a une odeur trèsmanifestement hépatique et un goijt ferrugineux très-prononcé. Sa température est de 15", 8 centigrade; on ne connaît ni sa densité ni son analyse chimique exactes.

Elle est employée à l'intérieur par les habitants de la contrée qui viennent lui demander la guérison de leurs affections ou de leurs malaises qui proviennent d'un appauvi'issement du sang occasionné par une convalescence longue et difficile, une anémie ou une chlorose. Quelques personnes enfin se lavent avec l'eau de la source des Quatre, quand ils sont affectés d'un eczéma léger et surtout très-limité. A. R.

FÈVE. Faba Tournefort. § 1. Botanique. Geiu'e de plantes dicotylédones appartenant à la famille des Légumineuses-Papilionacées. Établi par Tournefort, ce groupe a été placé par Linné dans le genre \esce (Vicia). Les botanistes modernes ont été partagés à cet égard; les uns, Jussieu, De Candolle, etc., revenant à la manière de voir de Tournefort, les autres continuant, au contraire, les errements du savant suédois. Quoi qu'il en soit, le type Faba n'est représenté que par une seule espèce, le Faba vulgaris, D. G., [Vicia Faba, L.).

C'est une plante herbacée, annuelle, à tige simple, droite, haute de 60 centimètres à 1"%20. Elle est glabre et porte des feuilles pinnées à rachis terminé par une pointe sétacée, garni sur les côtés de une à trois paires de folioles elliptiques, oblongues, obtuses, de consistance épaisse. Les fleurs sont blanches marquées d'une tache noire sur les ailes ; elles sont placées deux à cinq ensemble sur un court pédoncule, et formées d'un calice à cinq dents inéo^ales ; d'une corolle papilionacée, dont l'étendard échancré est plus large que les autres pièces, de deux étamines diadelphes, et d'un ovaire comprimé surmonté d'un style court. Le fruit est une grande gousse enflée pubcscente, contenant un certain nombre de graines, séparées par du tissu cellulaire, ovales, déprimées sur les faces, devenant d'un brun clair à la maturité et portant un bile linéaire sur le bord le plus court.

Cette plante paraît originaire de la Perse et des environs de la mer Caspienne ; elle est aujourd'hui cultivée et même subspontanée dans la plus grande partie de l'Europe.

14 FÈVE (emploi médical).

Le Faha vulgaris, D. C, est d'ordinaire désignée sous le nom vulgaire do fève de marais. Beaucoup d'autres semences portent ce nom de fève : nous les rappellerons ici en quelques mots :

Fève a cochon ou fève de porc. Nom de la jusquiame, correspondant au nom grec uco-x-ûat/o;.

Fève à visage ou fève -peinte. Nom donné au haricot commun.

Fève de Bengale. Nom donné au myrobolan citrin.

FèvedeCalabar. Nom des semences du Physostigmavenenosiim,BoLlî.., {voy. C.MABAR et Physostigma).

Fève d'Egypte. Nom donné aux semences du Nelumbium speciosum, W., et aussi à celles du Nympha Lotus, L.

Fève épaisse. Nom donné à une espèce d'orpin, le Sedum Telephium, L.

Fève de galérien. Nom donné à une grosse variété de la fève ordinaire.

Fève de loup. Nom vulgaire de l'Hellébore fétide ou Pied de Griffon [Hellehorus fœtidus, C), donné aussi à Y Aconit Tue-Loup {Aconitwn Lycoctonum).

Fève de mer. Nom donné dans quelques endroits au haricot commun.

Fève de Malacca. Nom donné dans les Indes orientales aux fruits de ï Anacarde oriental {Semecarpus Anacardiiim, L.).

Fève de Saint-Ignace ou fève de l'Inde. Nom donné aux semences de l'Ignatia amara. D'après Dunal, on donne aussi ce nom aux semences du Semecarpus Anacardium ; d'après De Candolle, les Brésiliens emploient cette dénomination pour deux Rubiacées, du genre Phaloë; enfin, Martius rapporte que dans la même contrée on désigne ainsi les semences de Fevillea {voy. Ignatia).

Fève de trèfle. Nom donné au fruit de VAnagyris fœtida, L.

Fève du diable. Nom vulgaire d'une espèce de câprier, le Capparis cynophallophora.

Fève lovine. Semence du lupin blanc.

Fève marine. Nom donné au Cotylet ou Nombril de Vénus {umbiliculus pendulinus, L.).

Fève Pichurim. Nom donné à deux semences de Laurinées appartenant au genre Nectandra {voy. ce mot).

Fève pontique. Semences du Nymphcea Lotus, L..

Fève puante. Nom donné à une sorte de pois que l'on mange à Java et qui donne une mauvaise odeur à ceux qui s'en nourrissent (Thunberg, Voyages, II, 361). C'est peut-être la semence du pois à gratter {Dolichos pruriens, L.).

Fève purgative. Nom donné par Dujardin aux semences du pignon d'Inde.

Fève de terre. Nom donné à l'arachide {Arachus hypogœa, L.).

Fève Tonka. Nom des semences du Goumarina ou Dipteryx odorata, L. {voy. GouMARiNA et Dipteryx).

TouRNEFORT. lnslitutiones Bei Herbaruc. — Linné. Species, 1039. — De Candolle. Flo7-e française, IV, 598. — Endlicher. Gênera, — Bentham et Hoorer. Gênera Plantarum. —

Bâillon. Histoire des plantes. — Grenier et Godro.n. Flore de France, I, 462. Guieourt.

Drogues sim}iles, 1° édit. III, 580. p^,^

§ II. Emploi médical. FÈVE DES MARAIS. La fève des marais ou fève commune contient de l'amidon, du sucre, une matière organique, du phosphate de chaux, de la potasse. Le carbonate de potasse abonde surtout dans la tige. La pellicule de la semence renferme du tannin. G'en est assez pour justifier, dans une certaine mesure, l'emploi qu'on fait de la fève de marais comme adoucissant diurétique et astringent. Il faudra employer de préférence la tige ou les cendres

FÈVE DE SAIiNT-IGNACE. 15

de tige en infusion ou en décoction si l'on recherche surtout l'effet diurétique, et la pellicule de la semence si l'on recherche l'effet astringent. On peut préparer, comme on le fait souvent dans les campagnes, un vin diurétique en faisant infuser 60 grammes environ de cendre de tige et quelques gousses de fève dans un litre de vin blanc, dont on prend six ou huit cuillerées chaque jour, en une ou deux fois. Cette propriété diurétique de la fève commune est admise depuis longtemps, et Guy de Ghauliac la mettait souvent à profit dans les maladies de la vessie et des reins. Quant à la propriété astringente, elle était bien connue de Dioscoride qui recommande contre la dysenterie et le flux de ventre la fève cuite dans de l'oxycrat, en ayant soin d'ajouter qu'on doit la prendre avec son « écorce », c'est-àdire sa pellicule. L'association de cette propriété astringente à la propriété adoucissante, absorbante qui résulte de la présence de l'amidon et du phosphate de chaux, semble recommander l'emploi de la fève principalement dans les inflammations chroniques du tube digestif, et c'est en effet dans ces cas de diarrhée chronique que Cazin dit avoir obtenu les meilleurs effets d'une alimentation exclusive avec la bouillie de farine de fèves.

Cette farine fait partie des quatre farines résolutives. Les fleurs de la fève peuvent être employées comme aliment chez les personnes qui ne présentent aucune indication thérapeutique de l'emploi de la fève. Celle-ci pèse souvent à l'estomac ; mais on la rend beaucoup plus digestible en la débarrassant de son enveloppe. D.

Fève de Calabar. Voij. Calabar et Physostigma.

Fève de Saint-Igî{ace. C'est au jésuite Camelli, dont le nom est resté attaché à l'une des plus belles fleurs exotiques que l'Europe possède aujourd'hui, que nous devons la connaissance des propriétés de la fève de Saint-Ignace. Il lui a consacré un travail spécial inséré dans les Transactions philosophiques pour 1699, et portant ce titre : De faba sancti Ignatii, excerpta ex epistola ad Joannem Rey et Jacobum Petiver. En même temps qu'il faisait connaître cette plante au point de vue botanique, le savant jésuite appelait l'attention des médecins sur le parti utile qu'ils peuvent en tirer. Mais ce médicament n'a guère prospéré, à raison de sa ressemblance avec la noix vomique qui a absorbé toute l'attention des thérapeutistes. Une étude comparée de la noix vomique et de la fève de Saint-Ignace, au point de vue de leur activité comparative, de leur action et de leurs indications, serait certainement opportune.

La fève de Saint-Ignace est, comme on l'a dit plus haut, la semence de i'Ignatia amara ou Strijchnos Ignatii, Logoniacée qui croît aux Philippines et en Cochinchine. C'est un arbuste grimpant dont le fruit, comparé par les uns à une poire de bon-chrétien, par les autres à un melon, contient dans une pulpe charnue et amère une vingtaine de semences de la grosseur d'une noix quand elles sont fraîches et se réduisant par la dessiccation à celui d'une aveline. Guibourt leur assigne les caractères suivants : « Les fèves de Saint-Ignace, telles que le commerce les fournit, sont plus grosses que des olives, généralement convexes et arrondies du côté qui regardait l'extérieur du fruit, anguleuses et à trois ou quatre facettes du côté opposé, ordinairement plus épaisses et plus larges vers une des extrémités où se trouve une ouverture correspondant à la base de l'embryon qui est beaucoup plus petit que la cavité qui le renferme, mais cette plus grande largeur répond quelquefois à l'extrémité opposée. Tantôt les graines sont pourvues d'un reste d'épisperme blanchâtre, tantôt elles sont réduites à leur endo-

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