FEVE DE SAINT-IGNACE
sperme corné, demi-transparent, forl dur, d'une saveur très-amère, et inodore (Guibourt, Hist. nat. des drogues simples, Paris, 1876, t. II, p. 561).
La fève de Saint-Ignace doit son activité, comme la noix vomique, à la strychnine {voy. Strychnine) qui en a été isolée par Pelletier et Gaventou, en traitant la fève de Saint-Ignace par l'éther, puis par l'alcool bouillant, évaporant celui-ci, reprenant l'extrait par l'eau et précipitant par les alcalis. La strychnine est combinée dans la fève de Saint-Ignace à un acide, l'acide igazurique. Y trouve-t-on également de la brucine et de Vigazurine, cet alcaloïde intéressant, découvert en 1853 dans la noix vomique? Gela est pi^obable, ces trois alcaloïdes marchant d'habitude ensemble et se retrouvant dans les mêmes plantes; mais M. Desnoix a borné, à propos de Vigazurine, ses recherches à la noix vomique. C'est certainement une analyse à l'efaire de plus près.
La fève de Saint-Ignace est un poison fort analogue à la noix vomique ; elle suscite comme celle-ci des accidents tétaniques qui,- en se répétant, amènent Ja mort par un état contractural des muscles respiratoires. Loureh'O, qui l'a expérimentée jadis sur des animaux très-divers, a constaté le caractère convulsif des accidents que produit la fève de Saint-Ignace. Sidren et Alm ont constaté que la poudre de fève de Saint-Ignace tue les chiens à la dose de 18 grains (l^^^SO), et les expériences de Delille et Magendie ont fait ressortir l'analogie absolue des effets toxiques de cette graine avec ceux de la noix vomique.
Tout poison énergique recèle un médicament utile; la fève de Saint-Ignace ne déroge pas à cette règle, et il n'est pas douteux qu'elle ne soit susceptible de toutes les applications thérapeutiques que l'on a faites de sa congénère la noix vomique, et que nous aurons l'occasion d'étudier plus tard {voy. Noix vomique!. C'est ainsi qu'elle est considérée cOmme apéritive, comme susceptible de combattre l'atonie des voies digestives, de remédier à la constipation, de guérir les fièvres intermittentes, principalement les fièvres quartes, etc. Le médecin bavarois Eisenmann a fait ressortir le parti que l'on peut en tirer dans la chloroanémie en l'associant aux ferrugineux et quelquel'ois aussi à la rhubarbe. Il conseille de donner la poudre de fève de Saint-Ignace à la dose de Os'',IU par jour, mêlée au lactate de fer, ou à la limaille de fer porphyrisée, à la rhubarbe et à l'oléo-saccharum de menthe poivrée. Yoici sa formule :
Poudre de fève de Saint-Ignace 0,06 centigrammes.
Lactate de fer ou limaille de fer porphyrisée. . 0,18 —
Rhubarbe 0,18 ou 0,24
Oléo-saccharum de menthe poivrée 0,56 —
Faire un paquet.
Il prescrit deux paquets par jour. Il dit avoir constaté que les ferrugineux sont beaucoup mieux supportés de cette façon, que l'appétit se relève sous l'influence de ce moyen, et que la constipation, si habituelle dans la chloro-anémie et augmentée par les ferrugineux, paraît se dissiper sous l'influence de la fève de Saint-Ignace (Eisenmann, Bu traitement de la chloro-anémie par la fève de Saint-Ignace, seule ou associée au fer, in Bull, de thérap., 1859 t. LVII, 241).
Les gouttes amères de Baume, dont la formule est conservée dans le Codex de 1866, sont à peu près la seule forme sous laquelle s'emploie aujourd'hui la fève de Saint-Ignace. Le Codex leur assigne la formule suivante :
Fève de Saint-Ignace râpée 500 grammes.
Carbonate de potasse 5 —
Suie , 1
Alcool à 60° lûOO —
FÈVIER. 17
On fait macérer pendant dix jours, on passe, on exprime et l'on filtre. La dose est de 1 à 8 gouttes dans une infusion ou une macération amère, ou mieux dans du vin de quinquina.
Comme je ne crois guère à l'existence de succédanés véritables, les médicaments les plus rapprochés me semblant avoir toujours leur personnalité thérapeutique qu'un examen plus attentif ne peut manquer de mettre en relief; j'estime qu'il y aurait lieu de remettre ce médicament à l'étude et de le comparer à la noix vomique dans les applications diverses qui ont été faites de ces deux agents.
Il ne faut pas confondre avec la véritable fève de Saint-Ignace les graines de
diveises Fevillea de la famille des Cucurbitacées {Fevillea trilobata, Fevillea
héderacea, etc.) qui portent aussi au Brésil le nom de fèves de Saint-Ignace,
qui sont drastiques et dont les propriétés ne ressemblent pas à celles de la vj'aie
^ fève de Saint-Ignace de la Malaisie et de l'océan Indien. Fonssagrives.
Fève Pichl'kim. La fève de pichurim, appelée aussi fève pichonin, picJiola, pichora ou noix de sassafras, doit son parfum suave, qui participe de celui de la muscade et du sassafras, à un acide cristallisable très-analogue, si ce n'est identique , à l'acide benzoïque. C'est un parfum sans usage en médecine. F.
Fève Tonka. Le fruit du dipteryx, ou coumarouna, odorata est une drupe de la forme d'une amande, mais plus grosse et mesurant 0™,06 à 0'°,07 de longueur, contenant une semence de 27 à 45 millimètres de longueur, à épisperme noirâtre, ridé, à amande bilobée, grasse, onctueuse, d'odeur suave, rappelant celle du sassafras et du mélilot. La fève Tonka doit son odeur à une substance aromatique cristalline, regardée par Yogel de Munich comme de l'acide benzoïque, mais qui, d'après les recherches de Guibourt, Boullay et Boutron, en diffère absolument et constitue un principe particulier, la coumarine [voy. Dipteryx et Coumarijne).
Cette substance est associée, dans la fève Tonka, à une huile essentielle, à une huile grasse et à de l'acide benzoïque.
La fève Tonka intéresse plus les parfumeurs que le médecin. On en prépare une teinture qui entre dans la composition de beaucoup de bouquets ou parfums composés. Ce que l'on appelle en parl'umerie extrait de fève de Tonka est préparé par la macération de 1 partie de fèves de Tonka et de 10 parties d'alcool rectifié. On se sert de cet extrait pour préparer le bouquet des champs dont le parfum ressemble assez à celui du foin fraîchement coupé (S, Piesse, Des Odeurs, des parfums et des cosmétiques, traduction 0. Réveil, Paris, 1865 p. 184).
La fève Tonka doit, l'analogie l'indique, avoir les propriétés stimulantes et antispasmodiques des autres médicaments benzoïques, mais son usat^e est resté nul jusqu'ici. Fojsssagrives.
FÉVEROLE. Nom donné à une variété de la fève, à petites semences.
Pl.
FÊi'lEis {Gleditschia L.). Genre de plantes de la fimiille des Légumineuses, tribu des Caesalpiniées, série des Eucsesalpiniées. Leurs fleurs sont polyo-ames avec un réceptacle concave, plus profond dans celles dont le gynécée se développe complètement, turbiné ou campanule. Sur les bords de son orifice supérieur DICT. EKC. 4^ s. II. 2
18 FEVILLEA.
s'insèrent des sépales au nombre de trois à cinq, des pétales souvent d'un blanc verdâtre, assez semblables aux pièces du calice, souvent odorants, et des étamines en nombre variable, disposées sur deux verticilles, complets (pentamères) ou plus ou moins incomplets. Elles se composent de filets libres et d'anthères biloculaires, introrses, déhiscentes par deux fentes longitudinales. Le gynécée, rudimentaire ou nul dans les fleurs mâles, se compose d'un ovaire uniloculaire, 2-30 - ovulé, surmonté d'un style dont la tête stigmatifère est dilatée, parfois bilobée. Le fruit est une grande gousse indéhiscente ou s'ouvrant incomplètement, rectiligne, aplatie, aiguë au sommet, moins atténuée généralement à la base. Sous une couche extérieui'e épaisse, coriace, , sèche, lisse, brune ou noirâtre, le péricarpe comprend une couche irrégulière, épaisse, spongieuse et celluleuse, séparant les unes des autres des logeltes monospermes, tapissées d'une membrane sèche et mince. Attachées par un funicule grêle, filiforme, rectilio-ne ou replié sur lui-même, les graines, solitaii"es dans chaque logette, sont petites, arrondies ou ovalaires, un peu aplaties ou presque sphériques. Leurs té'Tuments coriaces, souvent jaunâtres ou d'un brun pâle, recouvi'ent un albumen épais, corné, translucide, entourant lui-même un embryon à cotylédons larges, ovales, aplatis, à radicule conique. L'une des espèces du genre a tiré son nom spécifique de ce fait que ses fruits sont noj-malement monospermes. Les Fêviers sont des arbres de l'Asie et de l'Afrique tempérées et de l'Amérique du Nord ; on les cultive assez souvent dans notre pays. Ils ont des feuilles altei'ues, bipinnées ou simplement pinnées, et cela sur un même pied, avec des bourgeons axillaires multiples. Leurs fleurs se disposent, à l'aisselle des feuilles ou sur le bois des tiges et des branches, en grappes simples ou ramifiées. Les axes de ces inflorescences, tout comme les rameaux foliifères, se transforment souvent dans ce genre en puissantes épines coniques, simples ou ramifiées. On distingue cinq ou six espèces de Fêviers. Toutes ont un bois utile. Dans la plupart, le fruit renferme intérieurement une pulpe plus ou moins abondante, qui dépend du mésocarpe et qui est d'al)ord riche en tannin. Plus tard, il s'y développe une certaine quantité de matière sucrée. Le Fèvier à triple épine [Gleditschia triacanthos L., Spec, 1509) est le plus connu sous ce rapport. Avec la pulpe on prépare dans l'Amérique du Nord une Hqueur fermentée, alcoohque et enivrante. Cette pulpe a d'abord une saveur douceâti'e ; puis elle devient extrêmement amère et acre, styptique même. On emploie en Chine et au Japon la gousse de quelques Fêviers pour rendre l'eau savonneuse. Les épines de plusieurs espèces sont dures, acérées et font des blessures graves. Les peintres ont souvent copié celles du G. triacanthos pour figurer la couronne de la Passion. Le pulpe du fruit de cette espèce est utile, dit-on, contre les catarrhes pulmonaires. Celle des G. monosperma Walt, et hrachycarpa Pursh sert aux mêmes usages. Les espèces dont on emploie le bois sont, outre les précédentes, les G. indica Pers., Jœterophylla Bge, ? &inensis L\mk, macroacantha Desf., la plupart cultivées dans notre pays. H. Bi\.
L., Geii., n. 1159. — Adans., Fam. des pi., II, 319. — Jdss., Gen., 346. — G.ertn., De fruct. et sem., II, 511, t. 46. — Lamk, llluslr., t. 857. — Poir., Dict. encycL, H, 641; SuppL, 11, 041. — DC, Mém. s. les Légumineuses, I, t. 22; Prodrom., II, 479. — m'ér. et Del., Dict. Uat. méd., 111,581. — Spacu, Sait, à Bujfon, I, 90. — Endl., Gen., n. 6860. — RosENTH., Sijnops. plant, diaphor., 1032. — Benth. etHooK., Gen., I, 568, 1002, n. 315 — II. Bâillon-, llisl. des plant., II, 89, 102, 175, fig. 54, 55.
FEVILLEA L., ou FEUILLEA. P£R^. Genre de plantes Dicotylédones,
FEVILLEA. 19
que les botanistes placent dans la famille des Cucurbitacées, mais dans une tribu particulière, celle des IShandirobées, dont Aug. de Saint-IIilaire avait même proposé de faire une famille distincte. Les plantes de ce groupe, dédiées au père Feuillet, auteur d'un ouvrage estimé sur les plantes médicinales du Pérou et du Chili, sont caractérisées par leurs fleurs toujours dioïques, leurs étamines libres, leur style distinct, l'insertion des semences et la position particulière de leurs vrilles, qui viennent à l'aisselle des feuilles et non sur les côtés comme dans les autres Cucurbitacées. Ce sont des plantes herbacées, originaires des contrées chaudes de l'Amérique, à tiges grimpantes, à feuilles alternes, palminerviées, à fleurs petites, axillaires, ayant un calice campanule, quinquefide, une corolle à cinq divisions soudées à la base. Les fleurs mâles ont cinq étamines fertiles insérées avec les pétales sur la gorge du calice, et en outre, cinq étamines stériles. Les fleurs femelles ont les cinq pétales presque distincts, accompagnés de cinq lamelles, qui représentent probablement des étamines avortées, un ovaire semi-infère, surmonté de trois styles distincts, bifides an sommet. Le fruit est une baie charnue, triloculaire, à écorce mince, marquée vers sa partie moyenne d'un bourrelet circulaire, qui marque la limite de l'adhérence du calice, et porte cinq vestiges des lobes de cet organe. Les semences peu nombreuses sont fixées à la base des loges ; elles sont comprimées, ovales, sans albumen, et renferment un gros embryon à cotylédons plans, charnus et huileux.
Les Fevillea ne sont pas très-nombreux en espèces : les deux seuls qui puissent intéresser la médecine sont :
i° Le Fevillea cordifolia Poiret, qui croît dans les Antilles, où on l'appelle Avila et Noix de serpent. Il est aussi décrit sous le nom de Nhandiroba des Antilles. C'est une plante à feuilles cordiformes, acuminées, entières ou divisées à leur sommet en trois lobes ou trois dents écartées, épaisses, un peu charnues, glabres sans points glanduleux. Le fruit ressemble à une coloquinte de H à 12 centimètres de diamètre. L'épicarpe est mince, iragile, et présente, sous l'épiderme, un tissu marqueté, formé de petites pièces ombiliquées, hexagonales; il recouvre une portion charnue, et renferme dans chacune des trois loges deux semences orbiculaires amincies sur les bords, de5à6 centimètres de diamètre. Au-dessous de l'épisperme épais, coriace, uni et velouté, de couleur fauve, ces semences contiennent une grosse amande plate, huileuse, amère.
On retire de ces graines une quantité assez considérable d'une huile fixe, qui, à cause de son amertume, ne peut être comestible, mais qu'on utilise pour l'éclairage. C'est un purgatif doux, pris à petites doses. On l'emploie aussi comme vermifuge. La semence fraîche, broyée avec de l'eau, est un remède réputé utile contre la morsure des serpents venimeux et même contre les poisons végétaux, tels que le mancenillier. Oa a même, avec ces graiues, fait en Europe, dans les cas d'empoisonnements par la ciguë, la noix vomique, quelques expériences que Mérat et De Lens rapportent dans leur Dictionnaire de matière médicale, et qui sembleraient indiquer une action assez efficace.
2° La seconde espèce de Fevillea qui mérite une mention est indiquée par Guibourt, sous le nom de Fevillea Marcgravii [Fevillea trilobata L. elf . hederacea Poiret?). C'est la plante décrite par Marcgraff sous le nom àeGhandiroha ou Nhandiroba, et qui présente comme caractère spécial un fruit ovoïde, obscurément triangulaire, à trois loges contenant chacune quatre semences. Ces
20 FEYJOO Y MONTENEGRO.
semences, iiTe'guIièrement lenliculaires, ont de 2,5 à 3,5 centimètres de diamètre. Au-dessous d'une première couche épidermique fragile, elles ont une partie noirâtre mince et dure, toute parsemée de tubercules, qui sont plus nombreux vers la circonXérence, où ils forment autour du bord des saillies placées comme les dents d'une l'oue. L'amande est plus épaisse que la précédente et paraît avoir les mêmes propriétés. D'après Martius, on désigne cette plante sous le nom de Fève Saint-Ignace.
Nous ne mentionnerons qu'en passant le Fevillea Javilla Kunth, qui croît à la Nouvelle-Grenade, où, d'après de Iluniboldt, ses semences sont employées comme fébrifuges.
Linné. Gênera Plantarum, 1118. — Lasiap.ck. Encyclopédie. Illustrations des genres, tab. 815. — Plumier. Gênera. 20, tab. 27. — Maucgraff. Brasil, 46. — Hujiboldt, Boxplakd et KuKTH. Nova gênera Americana, II. p. 124. — Drapiez. Métnoire sur les propriétés aiitivénéneuses du Nhandirobe. (Journal universel des sciences médicales, XVII, 1820. — Mérat et Delens. Dictionnaire de matière médicale, III, 230. — Guibourt. Drogues simples, 1° édit., m, 263. Pl.
FÉl'RE (Jean-François), médecin français, né à Pontarlier, vers 1680, fut nommé en 1721 professeur à l'université de Besançon; après avoir rempli ces fonctions pendant un assez grand nombre d'années, il se retira dans sa ville natale et y mourut en 1759; d'après Guérard, il serait mort à Besançon même. Il est connu par l'ouvrage suivant :
I. Opéra medica. Besanzon (Vesoul), 1757, in-4°, 2 vol. L. Un.
FEYJOO Y MOXTEXEGRO (Fr.-Benito-Geronimo). Célèbre moine espagnol, qui doit trouver sa place dans ce Dictionnaire pour ses travaux de critique médicale. 11 naquit, d'après Morejon, le 8 octobre 1676, à Casdemiro, dans l'évêché d'Orense. Son père le destinait à l'étude des lettres, qu'il étudia à l'université d'Oviedo. Dès l'âge de quatorze ans il entra dans l'ordre des Bénédictins, et continua à étudier avec une ardeur passionnée; la philosophie, la théologie, la physique , les sciences naturelles et la médecine étaient le sujet constant de ses investigations laborieuses. Doué d'un jugement ferme et droit, animé d'un ardent amour de la vérité, il enti^eprit une guerre acharnée contre les erreurs et les préjugés de son siècle. Malgré les difficultés qu'il eut à vaincre, il réussit à obtetenir une chaire de théologie à l'université d'Oviedo, et, pendant de longues années, enseigna publiquement, exposant courageusement ses idées mûries dans la solitude du cloître. Dans ses écrits médicaux; il ne s'écarta pas davantage des principes qu'il s'était posés, mais il tomba dans l'exagération la plus regrettable, accusant tous les médecins d'ignorance et enlevant aux malades toute confiance dans les secours de l'art ; c'est ainsi qu'il appela Hippocraie un exterminateur du genre humain et l'accusa d'avoir été la cause de la mort de plus de cent millions d'hommes. Il développe ces idées surtout dans son Teatro critico et ses Carias eruditas. Du reste, « dans ces deux écrits Feyjoo ne craignit pas d'attaquer l'ignorance des moines, la licence du clergé, les privilèges ridicules, l'abus des pèlerinages, des exorciseurs, des prétendus miracles, etc. Il se fit ainsi beaucoup d'ennemis ; mais les savants les plus distingués de son pays le défendirent et il évita les poursuites de l'Inquisition. Bien qu'il ne se fût pas moins moqué de la médecine que de la superstition, la Faculté de Séville le reçut au nombre de ses docteurs » [Nouv. biogr. gén.). Il était particulièrement lié avec le docteur Jlartin Martinez, de Madrid, un philosophe sceptique, dont le rapprochait une
certaine conformité dans les idées ; ce dernier le combattit cependant dans ce que ses doctrines médicales avaient d'outré.
Feyjoo, abbé du monastère Saint-Vincent d'Oviedo, maître général de l'ordre des Bénédictins, conseiller du roi Ferdinand VI, comblé d'bonneurs, finit par se retirer dans son monastère pour ne plus en sortir ; c'est là que moui'ut cet homme courageux le 26 septembre 1764, à l'âge de quatre-vingt-huit ans.
Nous citerons de lui :
I. Tealro critico universal 6 discursos varias en tôdo genero de materias para desengaho de errorcs comuncs, etc. Madrid, 17'26-17J9, in-4°, 8 vol. Aut. édit. Madrid, nôD, in-i»; trad. fr. par d'HERMiLLv, incomplète. Paris, 1742, in-12, 12 vol. — II. Carias erudilas y curiosas, en que p or la mayor parle se continua el designio del Tealro critico universal, etc. Madrid, 1742-60, in-4°, 5 vol.; nouv. édit. Madrid, 17C5, 111-4°. (Ces deux remarquables ouvrages se trouvent longuement analysés dans Morejon et Chinchilla.) — III. Ilustracion apologelica al primera y segundo tomo del Teatro critico, doiide se notan mas de cualrocientos descuidos al aulor del Anti-teatro, etc. Madrid, 1750, in-4''; 9° édit., ibid., 1765, in-4°. — IV. Apologia del esceplicismo medico, etc., réuni au suivant. — V. Justa repuisa de inicuas acusaciones, etc. Madrid, 1749, in-4° ; nouv. édit., ibid., 1765, in-4°. — VI. Respuesta al discurso fisiolôgico-médico del D" don Fr. Dorade, etc. Madrid, 1740. L. Hn.
FEYXES (François). Né à Béziers ; fit ses études médicales à Montpellier, où il fut reçu docteur en 1556. En 1557, il hérita de la chaire de Schyron, et il l'occupa jusqu'à sa mort, en 1573. On connaît de lui un seul ouvrage, sorte de cours de médecine, resté manuscrit dans ses papiei's et publié par René Moreau, de Paris, sous le titre de :
Mcdecina practica in quatuor libres digesta. Lyon, 1050, in-i» A. D.
FFIRTH (Stubbins). Médecin américain, naquit à Salem, dans le New-Jersey, vers 1775, fit ses études médicales à Philadelphie, et y prit le grade de docteur en 1804. En sa qualité de chirurgien de la marine, il fit de nombreux voyages; nous le trouvons en 1804 à Batavia, en 1805 à Madras, en 1806 à Calcutta; à cette époque il publia un certain nombre de mémoires qui le firent connaître avantageusement, et qui sont surtout relatifs aux maladies des pays chauds. Nous ne connaissons ni le lieu ni la date de sa mort.
Nous citerons de lui :
I. A Treatise on Malignant Fevcr, wilh an Altempt ta prove its non-contagious Nature; . from Reason, Observation and Expcr/menl, etc. An inaug. Diss. Philadelphia, 1804, in-S". — II. Some Accounl of Batavia, and the Sources of ils Unliealthincss. In Coxe's Philad. Med. Muséum, t. II, p. 47, 1806. — III. Observations on the Use of Nilric Acid in Hepatitis. Ibid., p. 62. — IV. Some Account of the Diseases lliat occurred on Board the Ship China, during a Voyage from Philadelphia to Batavia, until her Return to the Delaware. Ibid., p. 121. — Y. Practical Remarks on the Similarity of American and Asiatic Fevers, and on the Efficacy of Black Hcnbanc [Ilyoscyamus niger) and White Vitriol iii curing Intermitting Fevers and Dysenteries. In New-York Med. Rcpository. Hexade II, t. IV, p. 145, 1807. L. Hn.
FlAXCÉ (Aîstoiixe). Médecin du seizième siècle, naquit à Fleuret, près do Besançon, en 1552. II étudia les belles-lettres et la philosophie à Paris, puis alla à Jlontpellier suivre les cours de médecine, et exerça cet art successivement à Carpentras et à Arles. Reçu enfin docteur à Avignon, il fut requis par cette ville, en 1580, pour soigner les pestiférés ; atteint lui-même de la contagion, il mourut le 27 mai 1581, à l'âge de vingt-neuf ans. D'après ses panégyristes. Fiancé était un savant de premier ordre et promettait merveilles; sa mort prématurée l'empêcha de rien publier sur la médecine ; il n'a laissé qu'une poésie latine intitulée Plaiopodologie, prise par de La Monnoie pour un traité des pieds plats,
22 FIBRAUREA.
mais qui n'est autre chose qu'une satire contre ses ennemis et ses envieux. C'est ce que nous apprend la poésie suivante : Larmes et soupirs, de Jean-Aymé de Chavigni, sur le trépas (V Antoine Fiancé. Paris, 1582, in-8". L. Hn.
FIARU (Thomas-Marie-Louis). Né à Montluel (Ain), le 21 février 1797, mort à Paris, le 6 janvier 1853, ce médecin perspicace, cet homme de bien, s'est fait surtout connaître par d'importants travaux sur le vaccin et sur la vaccine. C'est évidemment à lui, à sa persistance qu'est due la création de cette école dont l'Académie des sciences a consacré la valeur et couronné les efforts, en proclamant : 1" la dégénérescence de la vaccine et la nécessité du renouvellement du virus vaccinal; l'action temporaire de la vaccine et la nécessité d'une deuxième vaccination. Fiard a donc largement payé son tribut à la science et à l'humanité. Voici les titres de ses principaux Mémoires :
I. Recherches ex^iérimentales et physiologiques sur la dégénérescence de la vaccine, l'altérabilité du virus vaccin ; sur l'action temporaire de la vaccine et la nécessité de la revacciimtiun ; recherches sur le cow-pox et la fausse picotte des vaches ; nécessité de renouveler le vaccin des comités (1851). — II. Recherches sur l'origine du virus vaccinaexpériences avec la matière des eaux-aux-jambes du cheval et avec le virus de la j^etite vérole inoculée aux vaches (1833). — III. Recherches sur les moyens de recueillir et de conserver le fluide vaccinal (1835). — IV, Recherches sur les naissances, sur les décès causés par la petite vérole, et les vaccinations gratuites pendant dix-huit ans (1855). — V. Recherches nouvelles sur le cow-pox, et drmoustration expérimentale de la dégénération du virus vaccin (1836). — VI. Recherches microscopiques sur le fluide vaccin (1838). — VII. De la dégénération de la vaccine et de la nécessité du renouvellement du virus vaccin (1842). Ouvi'age récompensé d'un prix de 2,500 fr. — VIII. Nouveau mode de vaccination. Paris, 1828, iii-8°. — IX. Nécessité de la revaccination. Paris, 1838, in-8°.
FIATTAS (Les). Voy. Aïnos.
FIBIG (JoHANJs). Médecin allemand, attaché au tribunal de Mayence et professeur d'histoire naturelle à l'Université de cette ville, mourut le 21 octobre 1792, laissant divers ouvrages d'histoire naturelle assez estimés; nous citerons entre autres :
I. Programma ïtber das Sfudium der Naturgeschichte. Jlainz, 1787, in-8''. — II. Handbuch der Minéralogie. Mainz. u. Frankf. a. M. 1787, in-S". — III. Avec Nau : Bibliothek der gesammten Naturgeschichte. Frankf. a M. Bd. I, 1789-90; Bd. II, 1790-91, in-8°. — IV. Beschreibung einer auf Befehl der Begieiung nach Norden gemackten Reise, enthaltcnd Abhandlungen iiber mehrere Gegrnstânde der Minéralogie. Frankf. a. M. 1790, in-8°. (Traduit' en gr. partie du français de Macquart par Fibig et Nau.) — V. Ortbcschreibung von Moskau. Frankf. a. M. 1790, m-%°. (Section de l'ouvrage précédent publiée séparément.) — VI. Einleilung in die Naturgeschichte des Pflanzenreichs nach den neuesten Entdeckunyen. Mainz, 1791, in-S". — VII. Beschrcibung des Satleltrâgers {Cyrillus cphipiger). In Schriften der Berliner Gesellsch. naturforsch. Freundc. Bd. V, 1784. — YIII. Ueber cine neue Art von Insekten. Ibid. Bd. VI. L. Hn.
FIBRAUREA. Genre de plantes dicotylédones, apparlenant à la famille des Ménispermées. Loureiro, qui a établi ce genre dans sa flore de Cochinchine, le rapprochait des Ahuta d'Aublet; de Candolle le faisait rentrer dans les Cocculus; enfui, les botanistes actuels admettent le genre Fibraurea, avec une seule espèce, le Fibraurea tinctoria Lour. {Coccuhis Fibraurea D C). C'est une plante dioïque, à feuilles ovales ou oblongues, coriaces, à trois nervures longitudinales. Les fleurs ont neuf sépales sans corolle. Les fleurs mâles ont six étamines, libres, incurvées et renflées en massue au sommet. Les femelles ont six carpelles, libres, qui deviennent des drupes comprimées, dont le noyau porte, en dedans, un sillon très-prononcé.
La plante habite la Cochincliiiie et l'ai'chipel Indien. Sa tige ligneuse est formée de couches concentriques, de couleur dorée, et donne une matière colorante jaune, utilisée dans la teinture. La racine et la partie inférieure des tiges sont employées, dans le pays d'origine, comme résolutives, désobstruantes et diurétiques.
LouREiRO. Flora Cochinchinensis, 1790, 626. — De Candoli.e. Prodromus, I. — IIooker et Thomson. FZora /«rf(ca, I, 204. — Bentham et Hooker. Gênera Plantarum, 960. — Baillox, Histoire des plantes , III, 14 et 22. Pl.
FIBRE. Les mots fibre et fibrille sont d'origine anatomique. Ils ont constamment désigné les parties des animaux et des plantes dans lesquelles la longueur l'emporte de beaucoup sur l'épaisseur, toujours peu considérable et dont la subdivision longitudinale ne peut être poussée plus loin.
Guidés par les doctrines géométriques et mécaniques de leur temps, qui réagissaient alors sur les sciences organiques moins avancées, Boerhaave, Hal- 1er et d'autres auteurs qu'ils citent, considéraient la fibre comme le premier ou le dernier élément du corps humain, matière unique de tout l'organisme, dont par des arrangements divers naîtraient les membranes, les tubes, les divers tissus, etc., de même qu'en géométrie les surfaces dérivent du développement de la ligne à partir du point comme origine (Boerhaavii, Methodus stiidii medici. Amslelodami, 1751, in-4°, t. I, p. 246 et suiv.).
La fibre, dit Haller, est un nom commun, un terme généi'ique embrassant des espèces multiples d'éléments allongés presque sans épaisseur, fragiles ou mous, élastiques ou pultacés, etc., composant le tissu cellulaire, les parenchymes des viscères, les muscles, les nerfs, les tendons, les ligaments, etc., et même les cheveux, les ongles, les os et les cartilages {Elementa physiologiœ. LausanuiE, 1757, in-4», 1. 1, p. 2).
Dans ces auteurs le mot fibre désigne abstractivement ou génériquement l'élément anatomique constitutif essentiel et premier (ou dernier) du corps ; ce mot, en d'autres termes, à ce point de vue, avait le sens qu'on attribue aujourd'hui soit à l'expression élément anatomique, soit dans un sens plus restreint au mot cellule.
Chaussier et autres, imitant Haller en cela, prennent le mot fibre dans ce sens générique, mais n'admettent que quatre espèces de fibres : l" la fibre lamineuse, laminaire ou celhdaire [voy. Lamineux) ; 2" la fibre albuginée ; on sait aujourd'hui que c'est la même que la précédente, ou mieux qu'elle est représentée par les faisceaux visibles à l'œil nu que la précédente forme, avec ou sans quelques fibres élastiques, dans les organes fibreux et les tendons {voy. Fibreux et Muscles, p. 610) ; 3'^ la fibre nerveuse, et 4° la fibre musculaire.
L'emploi du microscope a montré que ce que les anciens appelaient fibre n'était, en chaque cas, qu'un faisceau de fibres et non la fibre elle-même.
L'étude du développement des éléments anatomiques n'a pas fait disparaître l'emploi du mot fibre, en tant que désignant des parties organiques élémentaires très-grêles, d'une épaisseur très-faible, bien que mesurable et d'une longueur que, sur la plupart, on ne peut déterminer. Mais cette étude a montré que toutes les particules microscopiques se présentant sous forme de filament dans lequel la longueur l'emporte de beaucoup sur l'épaisseur, se trouvent être des dépendances, des provenances du corps de cellules de telle ou telle espèce. Il n'y a d'exception que pour les fibres ou prismes de l'émail {voy. p. 27).
Dans tous les autres cas on voit qu'à la périphérie du corps d'une cellule plus ou moins régulièrement ovoïde ou polyédrique [a, b, c, d, e) se produisent des prolongements grêles qui, d'abord d'une longueur mesurable, finissent par ne plus pouvoir être suivis dans toute leur étendue {voîj. Cellule, p. 646, 648, 649, 660 et suiv., et Musculaire, p. 515, 550, 552 et 557).
Ajoutons qu'une fois ces fibres, ces prolongements développés, le noyau du
corps cellulaire peut encore se segmenter dans certaines conditions accidentelles, mais la multiplication par segmentation du corps cellulaire n'a plus lieu.
En remontant aux pages déjà indiquées pour les articles Cellule et Musculaire on verra que les données précédentes s'appliquent : 1" aux fibres lamineuses ou du tissu cellulaire; 2° aux fibres élastiques (Ch. Robin, Anatomie et physiol. cellulaires, Paris, 1875, p. 407) ; 5" aux fibres musculaires striées* 4" aux fibres nerveuses ou cylindre-axes.
Il n'y a du reste chez les vertébrés que ces éléments-là dont les cellules présentent les prolongements filamenteux ou fibres de ce nom.
Ainsi qu'on le voit les progrès de la science montrent que .le mot fibre n'a
présentement à proprement parler ni un sens générique ni un sens spécifique. Il ne désigne que la forme de certaines dépendances de quelques espèces d'éléments anatomiques cellulaires. Sur l'adulte ces dépendances, comme le montrent les cylindre-axes du sciatique, etc., et d'autres éléments en viennent à représenter pour chaque cellule une masse de substance organisée plus considérable que celle de cette cellule même, qui a été le point de départ de leur développement et qui sur l'embryon l'emportait primitivement, au contraire, en volume sur ses propres dépendances.
En d'autres termes, lorsqu'on voit une fibre sous le microscope, il importe de se rappeler que ce n'est pas une individualité autonome qu'on a sous les yeux, mais bien une portion d'un élément anatomique de telle ou telle espèce. Ce fait implique que pour connaître réellement cette espèce il faut alors remonter jusqu'à la cellule dont la fibre observée est un prolongement substantiel direct. 3Iais par contre, tout n'est pas dans la cellule, alors même qu'il s'agit des éléments figurés.
A ce point de vue la détermination de la nature des fibres par l'examen de leur origine embryogénique conduit à certaines données qu'il importe de spécifier. On voit alors qu'il y a des fibres qui sont des accroissements, des prolongements directs et multiples du corps cellulaire même {protoplasma des auteurs allemands et de leurs imitateurs) ; il y a d'autre part des fibres qui sont au contraire des allongements évolutifs multiples de la paroi propre cellulaire (voy. Cellule, p. 620 à 623).
Les fibres nerveuses ou cylindre-axes sont manifestement des allongements substantiels directs de la matière même du corps des cellules nerveuses. Ils en conservent l'aspect finement grenu, les réactions, la propriété de se marquer de bandes transversales alternativement claires et foncées au contact de l'azotate d'argent.
Les fibrilles musculaires striées sont plus directement encore dans le même cas, puisqu'elles représentent d'une manière immédiate la substance périnucléaire du corps cellulaire se développant sans intermédiaire sous forme de minces filaments contractiles. 11 en est au moins ainsi pour les fibrilles des faisceaux du cœur {voy. Mubculaire, p. 557).
Les fibres lamineuses sont au contraire des excroissances, multiples aussi, pour chaque cellule, de la paroi propre de celle-ci, pendant que le corps cellulaire reste au contraire (a, b, c) petit, grenu avec ou sans production de gouttes huileuses venant faire disparaître cette substance grenue (/«, i^j) {voy. Adipeux).
Même remarque pour les cellules qui sont le centre d'origine des prolongements fibrillaires ou lamelleux élastiques. Ici le corps cellulaire reste réduit à presque rien et à peine grenu, hors les cas de la production de granules graisseux, séniles ou pathologiques. Presque tout est représenté par la substance élastique, résistant aux agents chimiques, qui s'irradie en filaments plus ou moins subdivisés autour d'un noyau comme centre.
Quant aux fibres végétales, nous devons nous borner à dire qu'elles sont représentées directement par des cellules, complètes, très-longues, soudées intimement les unes aux autres bout à bout, conservant chacune sa cavité propre étroite et allongée.
Les données qui précèdent montrent que si, au point de vue de la provenance génétique et évolutive, les fibres sont liées à la forme cellulaire de la substance
organisée, la forme lilamentense de cette substance ne doit pas être laissée de côté dans les descriptions. 11 doit en être ainsi, non-seulement eu ce qu'elle l'emporte quant à la masse sur la forme cellulaire dans les tissus nerveux blanc, musculaire strié, libreux proprement dit, et élastique, mais encore parce que l'accomplissement de certains actes physiologiques est lié à cette forme.
On remarquera aussi que les fibres douées de propriétés de la vie animale sont des provenances de la substance du corps cellulaire, tandis que celles qui sont des prolongements d'une paroi de cellule (fdjres élastiques et laniineuses) ne sont douées que de propriétés physiques [voy. Cellule, p. 668, Élastique et Lawinedx, p. 225 et suiv.).
Ces particularités doivent aussi êti-e spécifiées au point de vue de l'interprétation de l'aspect que sous le microscope présentent les tissus dans lesquels ces prolongements l'emportent sur la masse des noyaux et des corps cellulaires dont ils dérivent, ou quand ils les masquent i)lus ou moins complètement.
Les tissus auxquels il est fait allusion sont les tissus cellulaire, fibreux, fibro-cartilagineux, élastique, musculaire strié, nerveux gris sympathique et cérébro-spinal par place. Ces données sont particulièrement applicables à l'étude du tissu cellulaire, rougeâtre ou non, filamenteux du scrotum, de l'aisselle, etc., à faisceaux facilement isolables, finement striés on long, rectilignes ou onduleux, les uns simples, les autres divisés, et alors généralement anastomosés en formant des mailles de dimensions inégales. Là, comme dans la pie-mère, etc., l'acide acétique en les gonflant et les rendant homogènes montre qu'ils manquent tout à fait de noyaux sur une grande longueur ou n'en possèdent que de loin en loin, tandis qu'il en met en évidence un plus grand nombre sur quelque autre point du même faisceau ou sur des faisceaux voisins. Il fait voir qu'ils sont placés en très-petit nombre à la surface, mais ordinairement dans l'épaisseur du faisceau, suivant son axe parfois, tandis que les fibres élastiques, spirales ou annulaires, entre lesquelles se gonfle la substance des fibres rendue hyaline, sont tout à fait superficielles.
Il n'existe pas de fibres qui soient une dépendance du noyau des cellules.
Indépendamment des fibres dont il vient d'être question, qui sont des dépendances directes des corps cellulaires , il est d'autres parties élémentaires de l'économie qui ont la forme de fibres. Toutes appartiennent au groupe de ces parties qui portent le nom de produits {voy. Éléments anatomiques).
Les unes sont des provenances directes des cellules, ou du moins semblent l'être, quoique le fait ne soit pas absolument démontré. Tels sont les tubes ou fibres à noyaux de la couche molle du cristallin, qui paraissent bien dériver des cellules de la couche superficielle, soudées l'une à l'autre, bout à bout, après s'être allongées ; cellules qui viennent, comme on le sait, d'une involution du feuillet externe du blastoderme, survenant à l'époque du passage de ces cellules à l'état épidermique. Tels sont encore les. prismes dentelés du noyau du cristallin , qui semblent aussi être une provenance de ces mêmes fibres nucléées, bien que toutes les phases de ce passage n'aient pas encore été nettement suivies. Dans les prismes il ne reste même plus des noyaux d'espace en espace comme dans ces dernières, pour montrer en eux des relations de structure avec les cellules; quant aux relations de formes et de dimensions, elles n'existent absolument plus.
Il est encore d'autres éléments de l'économie, nettement configurés, isolables, ayant une existence propre, qui non-seulement n'offrent plus la structure des
cellules, quelle que soit leur forme, mais qui n'ont aucune relation substantielle directe avec les cellules au point de vue de la provenance évolutive. Ce sont les prismes de l'émail dentaire et ceux de la coquille des mollusques. Ces éléments ont une origine organique la moins directe qu'il soit possible de concevoir. Ils ne représentent nullement des cellules modifiées et incrustées de calcaires. Ils se forment, il est vrai, par l'intermédiaire des cellules épithéliales qui tapissent le derme des téguments externes ou internes et qui séparent toujours de ce derme les couleurs dures qu'ils forment; mais c'est par genèse exsudativc, si l'on peut ainsi dire, par association molécule à molécule des principes fournis par ces cellules, qu'a lieu leur formation et leur allongement. Les organes constitués par leur ensemble constituent des pièces du squelette externe {voy. Systèmes Aîikm^iQv es). Ch. Robin.
FIBREUX (tissu et système). Avant Bichat, les organes fibreux n'ont pas été envisagés d'une manière générale par les anatomistes, c'est-à-dire comme formant un ensemble de parties analogues par leur nature anatomique. Personne avant lui n'en a fait un système. Ces descriptions, isolées, comme le dit Bichat, ne pouvaient offrir aucune de ces vues grandes et uliles à la médecine qui nous montrent des appareils fort différents par les fonctions qu'ils remplissent et qui, cependant, sont sujets aux mêmes maladies, parce que des parties d'un même système, des organes formés d'un même tissu entrent dans leur constitution. Rien n'est plus frappant, en effet, que la similitude des organes fibreux, quant à la marche des altérations dont ils sont le siège, soit qu'ils prennent part à la constitution de l'appareil locomoteur d'une part ou, au contraire, de l'appareil nerveux central, de l'œil ou du testicule.
11 faut encore répéter avec Bichat que : « quoique tous les organes fibreux aient une nature absolument identique, quoique la même fibre entre dans la composition de tous, cependant les formes qu'ils affectent sont extrêmement variables. C'est même cette variété de formes, jointe à celle de leur position et de leurs fonctions, qui les a fait différemment dénommer, qui les a fait désigner sous les noms de tendons, d'aponévroses, de ligaments, etc. ; car il n'y a point ici de dénomination générale pour tout le système, ni de mots qui répondent par exemple à ceux de muscles, de nerfs, etc., donnant l'idée de l'organisation, quelle que soit la forme de l'organe. »
Bichat ajoute qu'il ne créera point ce mot, pensant qu'on le comprendra facilement sans cela; et de fait, malgré le nombre des tissus dont les éléments anatomiques ont la forme filamenteuse, tout le monde s'entend aujourd'hui sur la signification des expressions tissu fibreux et système fibreux.
Toutefois, du tissu fibreux de Bichat on a dû séparer le tissu élastique [voy. Élastique), parce que la fibre qui le compose n'est pas la même que celle du tissu fibreux. D'autre part, bien que les tendons contiennent la même fibre que celle qui compose le tissu fibreux, elle y présente des particularités évolutives telles, et telles aussi dans sa disposition faciculaire et sa texture, qu'une même description histologique ne peut s'appliquer aux ligaments ou aux aponévroses et aux tendons, tant cylindroïdes que membraneux [voy. Ch. Robin, Noie sur la constitution du tissu fibreux. Journal de l'anatomie et de la physiologie, 1876). Aussi doit-on les étudier séparément [voy. Musculaire (système), p. 610].
La marche suivie dans cet article sera naturellement la même que celle qui a dû être adoptée pour l'étude du tissu et du système lamineux (voy. Lamikecx,
p. 208). Toutefois l'élément anatomiqne fondamental de ce tissu étant le même que celui qui compose essentiellement le tissu cellulaire, il n'y a pas lieu d'en reproduire ici la description (voy. l'art. Lamiineux, p. 210 et suiv.).
Ces indications et celles qui ont été données sur la nature et le rôle physiologique des fibres lamineuses (art. Lajiineux, p. 225) suffisent pour montrer qu'il n'y a plus lieu de discuter avec Bicliat et autres la question de savoir si le tissu fibreux est de la nature des muscles ou de quelque autre spéciale. Il offre un exemple des plus tranchés de ce fait général, qu'une seule espèce d'élément anatomique peut se présenter dans l'économie animale, comme l'élément fondamental de tissus doués de propriétés très-différentes, de par ce fait que sa texture, c'est-à-dire l'arrangement réciproque de chaque individu élémentaire envers ses semblables et les éléments accessoires différents qui l'accompagnent, n'est pas le même dans l'un comparativement à l'autre. Les fibres lamineuses en offrent un exemple frappant dans les tissus cellulaire, tendineux et fibreux ; les cellules épithéliales nous en présenteront d'analogues dans l'épiderme comparé aux parenchymes glandulaires et non glandulaires.
§ I. Du Tissu FIBREUX. Cc tissu sc distingue aisément de tous les autres par son inextensibilité et sa ténacité joints à une souplesse proportionnelle à la minceur des organes premiers qu'il forme; ces caractères se maintiennent alors même que cette minceur est portée à ce point qu'il forme des membranes presque tout à fait transparentes telles que les aponévroses et le péricarde fibreux des fœtus et des petits vertébrés ; mais ce n'est que lorsqu'il se dispose en membranes plus épaisses, ou en cordons et masses diverses opaques qu'il devient d'un blanc soit nacré, soit mat ou même grisâtre avec un certain degré de demi-transparence comme dans les ménisques articulaires, etc. Leurs surfaces ont un aspect strié, fibrillaire ou fascicule, avec ou sans entre-croisement des faisceaux, autrefois considérés comme des fibres mêmes, d'où le nom de ce tissu.
Le tissu fibreux a été appelé albugineux, par Chaussier, scléreux, par De Blainville et Laurent, ligamenteux ou dermeux, par Béclard.
Texture du tissu fibreux. Le tissu fibreux a pour éléments anatomiques constitutifs essentiels : 1° des fibres lamineuses disposées en faisceaux déjà décrits dans l'article Lawineux, p. 220 et 256, mais dont quelques-uns atteignent ici une épaisseur de G'"°',10 ou environ; 2" des fibres élastiques, tant disposées en spirales autour des faisceaux, ce qui n'existe pas dans les tendons, que plongées dans l'épaisseur même des faisceaux, à peu près comme dans ceux des tendons [voy. Musculaire, p. 6i0 et suiv.) ; certaines différences, notées ci-après, méritent toutefois d'être spécifiées ; 3" des vaisseaux et des nerfs, mais qui ne se distribuent que dans les cloisons lamineuses interfasciculaires et jamais dans les faisceaux eux-mêmes.
Dans chaque organe les faisceaux fibreux sont parfois cylindriques, mais le plus souvent polyédriques à faces de largeur inégale. Souvent aussi ceux qui se trouvent voisins les uns des autres sont de volume très-différent. Ces particularités distinguent déjà nettement la texture des ligaments de celle des tendons y compris le ligament ou mieux tendon rotulien. En outre les plans de juxtaposition sont comme diffus, plus épais que dans ces derniers [voy. Musculaire, p. 211). Comme dans les tendons ces faisceaux renferment de fines fibres élastiques parallèles aux fibres lamineuses, un peu onduleuses, plus ou moins ramifiées et anastomosées selon qu'il s'agit de tel ou tel organe. Elles existent même
dans les ménisques du genou et autres. Elles sont dans ces organes et dans les ligaments proprement dits un peu moins nombreuses que dans les tendons. Elles le sont davantage, au contraij^e, avec de plus fréquentes anastomoses dans les membranes fdjreuses (dure-mère, tuniques des corps caverneux, du foie, du rein, etc.). Elles sont de plus accompagnées dans les ligaments, les ménisques, les bourrelets articulaires, les gaines fibreuses des tendons, les anneaux du cœur, etc., de petites cellules élastiques, stelliformes irrégulières, à courts filaments rayonnant autour d'un noyau irrégulier. Il y a, en outre, un nombre variable de noyaux du tissu cellulaire, surtout dans les organes nommés cicontre.
Les coupes perpendiculaires à la direction des faisceaux montrent les fibres élastiques sous l'aspect qu'elles ont dans les tendons, mais leur épaisseur offre plus de diversités de l'une à l'autre. Elles sont écartées les unes des autres de 0«"°,02 à 0""",05 {voy. Musculaire, p. 612).
Il est un certain nombre des gros faisceaux ligamenteux, de ceux des gaines tendineuses, des bourrelets articulaires, épais de 0™'",10 et plus, que les coupes transversales montrent formés par la juxtaposition intime de faisceaux primitifs épais de 0'"'",05 ou environ. Ce sont là les faisceaux qui, pour Bichat et autres, représentent l'élément, la fibre propre du tissu, la fibre aibuginée, pour Cliaussier. Or, non-seulement ils sont formés par la juxtaposition de nombreuses fibres et de noyaux, mais encore par celle de fibres de deux espèces. Ici les coupes font voir en même temps des fibres élastiques fines, rangées à la sui-face de ces faisceaux, interposées à eux si l'on veut, et marquant déjà par leur situation les plans de juxtaposition.
Dans certains organes, comme les anneaux fibreux du cœur, le tissu fibreux de ses valvules, les cellules étoilées, assez grandes, à noyau relativement gros l'emportent en quantité sur les fibres élastiques proprement dites. Dans les valvules, toutefois, on voit en outre certaines de ces fibres élastiques de volume inégal, offrant le caractère de fibres proprement dites, former un réseau à mailles irrégulièrement arrondies, de dimensions variables de l'une à l'autre. Elles circonscrivent les faisceaux primitifs de fibres lamineuses, qui sont comme cohérents par leurs surfaces de contact ; elles le sont ici, aussi bien que dans les anneaux oii les fibres élastiques complètement développées sont plus rares et que dans la dure-mère oîi, au contraire, elles frappent par leur finesse, leur rapprochement et leurs anastomoses.
Il n'est pas sans importance de noter que ces dispositions tissulaires se rapprochent de celle du périoste par l'arrangement des fibres en nappes, plutôt qu'en faisceaux bien limités, et aussi par une plus grande proportion de noyaux que dans le tissu fibreux péi'icardique, sclérotical, etc. Peut-être un jour, en raison de ce fait, qui coexiste avec la substitution de l'os à ce tissu dans le cœur du cerf, du bœuf, etc., en viendra-t-on à classer ces organes dans le système du tissu cellulaire, à côté du périoste, de la pie-mère céi-ébro-rachidienne, etc., plutôt que dans le tissu fibreux.
Fait important à spécifier encore, la face externe de la dure-mère, celle qui adhère aux os du crâne présente une texture analogue à celle du périoste ; c'està-dire une disposition des fibres en nappes, et non ea faisceaux primitifs polyédriques groupés en faisceaux secondaires et même tertiaires, comme on le voit, au contraire, dans le reste de son épîiisseur et dans toute sou épaisseur dès qu'on arrive à sa portion rachidienne.
Notons qu'ici, en même temps, les fibres élastiques y deviennent plus nombreuses, plus souvent anastomosées et surtout plus grosses que dans la portion crânienne. Cette différence entre le plan périostique de la dure-mère et sa portion réellement fibreuse est surtout prononcée dans l'enfance, et l'épaisseur de ce plan est bien plus considérable que chez l'adulte. Là est sans doute la raison anatomique de ce fait signalé par quelques anatomistes, que la dure-mère est divisible en deux couches dans les premiers temps de la vie.
Rien de plus remarquable que de suivre, à compter des anneaux fibreux du cœur constitués comme il vient d'être dit : 1° l'augmentation du nombre des fibres élastiques qui partant des cellules d'origine stelliformes, irrégulières, comme centre, s'anastomosent dans la couche fibreuse valvulaire, avec proloneement dans leurs mailles des faisceaux de fibres lamineuses venant de ces anneaux; 2° du côté opposé, pour les anneaux artériels une augmentation analogue du nombre des fibres élastiques, très-fines d'abord, puis parmi lesquelles s'en montrent de plus grosses. Celles-ci représentent l'origine ou l'insertion de la paroi moyenne des artères sur le tissu fibreux. Leur augmentation de nombre devient telle que les faisceaux ou nappes de tissu cellulaire forment une masse moindre que celle de ces fibres, et la couche ainsi formée devient tout à fait opaque sur les coupes, puis à quelques dixièmes de millimètre plus haut, du côté des artères aorte et pulmonaire, les fibres élastiques se trouvent de nouveau écartées les unes des autres, mais par des fibres-cellules.
Il y a là une véritable insertion d'un organe formé de tissu essentiellement élastique et musculaire sur un organe fibreux ou peut-être cellulaire (anneaux du cœur) ; mais il n'y a pas une continuité réelle de tissu, comme semblent le dii'e les auteurs qui rangent encore les parois propres artérielles dans le tissu fibreux. Dans la tunique des corps caverneux les fibres élastiques sont fines et, en outre, très-nombreuses, plus que dans tout autre organe fibreux, écartées les unes des autres de O'^^sOl à 0""S02 seulement. Son tissu n'est pas subdivisé en gros faisceaux secondaires et tertiaires comme celui des ligaments, et contient surtout des faisceaux primitifs seulement, mais en général volumineux.
Juxtaposition des faisceaux. Ces petits faisceaux, ou faisceaux primitifs correspondant à ceux qui ont été décrits à l'article Laminedx, p. 256, sont réunis en faisceaux secondaires que nous venons de décrire. Ce sont ces faisceaux secondaires qui directement, ou réunis en faisceaux tertiaires, vus à l'œil nu, étaient pris autrefois pour les éléments du tissu fibreux. Ce sont eux dont la couleur, la consistance, la direction et l'entre-croisement ainsi observés servaient à déterminer la structure des organes qu'ils forment. La couleur du tissu résulte de ce que les fibres immédiatement juxtaposées réfléchissent tous les rayons de la lumière blanche. Ce n'est que dans quelques organes, comme les ménisques, où les faisceaux étant écartés par une certaine quantité de matière amorphe, hyaline, très-tenace, la lumière pénètre dans la profondeur et n'est pas réfléchie en entier. De là une teinte grisâtre, avec plus ou moins de demi-transparence pour tous ces organes. Dans le cas contraire, quand les fibres superficielles limitent des sillons ayant moins d'un millième de millimètre de profondeur, des phénomènes de décomposition de la lumière par interférence ont lieu comme sur les tendons avec production de tons irisés.
Les cloisons de tissu cellulaire qui existent dans un grand nombre des oro-anes fibreux, ne se trouvent pas entre chacun de ces faisceaux secondaires et tertiaires mais le dIus souvent entre des groupes par accolement de plusieurs de ces
faisceaux, d'où le peu de vascularité de ces organes. On peut même dire qu'ils manquent tout à fait dans l'épaisseur de la dure-mcre, de la scléi'otique, de l'albuginée et de l'enveloppe des corps caverneux. Toutefois à leur surface, surtout à la surface des ligaments, des ménisques, des gaines tendineuses, des aponévroses, il y a isolement de quelques faisceaux les uns des autres par interposition de tissu cellulaire et même de tissu adipeux, en traînées ou en lobules plus ou moins vasculaires.
Dans ces gaines, non plus que dans les diverses sortes de ligaments et de ménisques, on ne voit jamais des cellules cartilagineuses éparses dans l'épaisseur des faisceaux, ni même entre eux, conti-airement à ce qu'ont avancé divers auteurs. Normalement, vers leurs insertions, comme vers celles des tendons, l'on n'observe que les dispositions décrites à l'article LAMiiNEux, p. 291 à 293, et celles dont il sera question à propos des ménisques du genou, mais rien autre chose. On y trouve de plus sur les vieillards, et accidentellement sur l'adulte, des nodules cartilagineux microscopiques, tels que ceux qui soulèvent ou traversent les synoviales près de leur union au cartilage {voy. Cartilage, p. 753, et Séredses), tels que ceux aussi par lesquels débutent les os sésamoïdes, mais ces groupes de chondroplastes qu'accompagne toujours la substance amorphe fondamentale siègent entre les faisceaux qu'ils écartent et non dans leur épaisseur.
Ces faisceaux individuellement rectilignes en général, montrent sous le microscope les mêmes directions parallèles ou plus ou moins obliquement entre-croisées eu tel ou tel sens que l'on saisit déjà sous l'œil nu à la surface des organes fibreux. Dans les ligaments latéraux du genou, du coude, de l'articulation tibiotarsienne, etc., malgré le parallélisme apparent, beaucoup de faisceaux montrent sous le microscope une légère obliquité de direction des uns par rapport aux autres. Ces entre-croisements sont plus prononcés et très-remarquables dans les gaines fibreuses des tendons, les aponévroses, les disques intervertébraux et dans les ménisques. Là on eu trouve par places qui croisent les autres à angle droit ou à peu près, ou représentent de véritables plans offrant une direction contraire.
Rien de plus net et de plus frappant que ces entre-croisements sur les minces aponévroses et sur le péricarde fibreux du fœtus et des jeunes mammifères, dont la transparence se prête à un examen direct à l'état frais sous le microscope. Car, quelle que soit leur minceur d'un sujet et d'un âge à l'autre, les aponévroses sont des organes qui ne manquent jamais, alors même qu'ils échappent aux dissections ordinaires. Ici comme sur les coupes des gaines tendineuses, des bourrelets articulaires, des ligaments, etc., on constate çà et là l'existence de faisceaux plus ou moins régulièrement polyédriques, presque assez gros pour être visibles à l'œil nu ; ils sont juxtaposés à d'autres qui peuvent être moitié plus petits ou environ, d'où de nombreuses variétés d'aspect dans leur arrangement réciproque, sans que le type de celui-ci soit changé.
Sous ces divers rapports et sous celui de l'adhésion de ces faisceaux, non mélangés des fibres lamineuses qui permettent le glissement des éléments les uns sur les autres comme dans le tissu cellulaire, la limite précise entre ce dernier et le tissu fibreux peut être aussi nettement établie que l'a spécifié Bichat. Elle peut l'être plus que ne le pensaient De Blainville et ses successeurs qui ne jugeaient la question que d'après les données des dissections ordinaires sans tenir compte assez de la ténacité et de l'inextensibilité qui résulte de cette texture, quelque minces que soient les membranes.
Dans les anneaux fibreux du cœur, dans la lame libreuse de ses valvules (dans quelques portions aussi de la dure-mère crânienne, mais non partout) , dans le tissu (ibreuxdu irou déchiré antérieur, etc., on suit l'entre'-croisement des fibres sans saisir des délimitations fasciculaires aussi nettes que dans les autres organes. 11 semble qu'on a sous les yeux des nappes fibreuses plus ou moins obliquement entre-croisées dont les surfaces se soudent l'une à l'autre par contiguïté, dans lesquelles sont englobées les fibres élastiques éloilées indiquées plus haut, et les noyaux du tissu cellulaire en proportions variables.
Dans la sclérotique, les faisceaux primitifs ne sont pas entourés des fibres élastiques en spirale, etc. Quelques-unes, onduleuses, très-fines, rarement anastomosées, siègent dans leur épaisseur. Les coupes montrent que la forme des faisceaux est ovalaire plus ou moins aplatie; quelques-uns, en petit nombre, sont prismatiques à arêtes mousses. Ces faisceaux immédiatement juxtaposés, sont '^roupés en faisceaux secondaires, à coupe également ovalaire plus ou moins aplatie surtout vers leurs extrémités. Ils ont une épaisseur de 0'"'",10 ou un peu moindre, sur une largeur double ou triple. Ils sont enchevêtrés élégamment en direction, obliques oupresque perpendiculaires, si ce n'est vers la face interne où sur une épaisseur d'un quart à un tiers de millimètre ils sont presque tous parallèles concentriquement par rapport au centre du globe oculaire. Çà et là, ils se divisent pour laisser passer des faisceaux semblables, mais (je direction contraire, et s'anastomoser avec d'autres. Partout ils sont conligus les uns aux autres sans interposition des cloisons de tissu cellulaire décrites ci-après. Aussi la plupart des dispositions précédentes disparaissent-elles sur les préparations faites à l'aide des acides acétique et autres qui font des fibres une masse homogène et cohérente. La netteté des contours des faisceaux primitifs et secondaires est au contraire exagérée sur les pièces durcies par dessiccation, par l'acide chromique, etc.
Les fibres lamineuses sont ici, comme on le sait, minces et un peu rigides, d'aspect analogue à celui des fibres tendineuses.
Les coupes montrent nettement aussi des faisceaux nerveux et épais de 0'"'",10 en moyennne, mais dont quelques-uns sont soit moitié plus gros, soit moitié plus minces. Ils sont eux-mêmes écartés les uns des autres de 2 à 4 millimètres et siègent plus près de la face interne que de la face externe de la sclérotique.
Les tuniques fibreuses du testicule et de l'épididyme offrent une texture réellement analogue à celle de la sclérotique, sous les divers rapports précédents. Comme elle, la face interne de ces membranes présente une couche de faisceaux plutôt parallèles entre eux qu'entre-croisés dans les divers sens qui viennent d'être indiqués. Pour les unes et les autres rien de plus net que la différence existant entre la texture de ce tissu fibreux et celle du tissu cellulaire à fibres peu cohérentes, non fasciculées ou seulement en nappes immédiatement sous-jacentes formant une mince couche entre l'albuginée et les parenchymes testiculaires et épididymaire.
Il faut noter que dans les albuginées testiculaire et épididymaire, les faisceaux cohérents sont un peu moins nettement distincts à leurs surfaces de contact que dans la sclérotique. De plus, les vaisseaux y sont plus nombreux, tandis qu'on n'y rencontre que de loin en loin des fascicules formés de deux à cinq tubes nerveux seulement.
Les organes fibreux appelés cartilages tarses (et qui, contrairement à ce qui a été avancé souvent, ne sont pas du fibro-cartilage) offrent une texture analo"-ue sous plusieurs rapports. Toutefois, les faisceaux y sont presque tous prismali-
ques, peu ou pas aplatis, à arêtes plus ou moins mousses, juxtaposés entre eux d'une manière immédiate. Les faisceaux primitifs volumineux ne sont pas réunis en faisceaux secondaires et tertiaires comme dans les ligaments, et il n'y a pas des cloisons interfasciculaires comme dans ceux-ci. Ils sont généralement disposés parallèlement ou peu obliquement par l'apport au bord libre de chaque paupière. Ils sont riches en noyaux du tissu cellulaire, mais pauvres en fibres élastiques ; ils en ont moins que le derme de la peau et de la muqueuse palpébrale, que la dure-mère rachidienne et que l'enveloppe des corps caverneux. Quelques fibres élastiques sont à la surface des faisceaux et les autres dans leur épaisseur. Mais ni là ni entre eux, quoi qu'on en ait dit, on ne voit des cellules cartilagineuses.
Ils sont relativement peu vasculaires ; des faisceaux nerveux primitifs les traversent obliquement çà et là. Des faisceaux secondaires striés, plus ou moins gros et plus ou moins écartés les uns des autres, empiètent même sur leur lace postérieure et ne sont éloignés des glandes de Meibomius que de quelques centièmes de millimètre.
Ce sont des organes de protection des glandes sébacées meibomiennes, dans lesquels la masse représentée par ces dernières est plus considérable que celle que forme leur propre tissu. C'est à ces glandes et non à des fibres élastiques qu'est dû leur ton mat, jaunâtre, leur donnant un aspect analogue à celui des tibro-cartilages élastiques de l'oreille.
Us adhèrent intimement au chorion de la muqueuse par contact immédiat, avec continuité de l'un dans l'autre de quelques faisceaux fibreux et de quelijues fibres élastiques. Mais le plan de séparation entre les deux tissus est apercevable, surtout sur les coupes des pièces fraîches, en raison de ce que le derme palpébral mince, portant à ce niveau de grosses papilles mousses, est plus foncé dans le microscope que le tissu des organes tarses. Les différences de texture et de consistance entre cet organe fibreux et le tissu cellulaire qui est au-devant de lui, si tranchées à l'état frais, disparaissent aussi presque complètement sur les coupes des paupières durcies.
Cloisons interfasciculaires, vaisseaux et nerfs. Nous avons déjà vu ailleurs (Lamiiveux, p. 278) quelle est la texture des cloisons et leur disposition générale. Leur nombre et leur épaisseur règlent la vascularité et la richesse en nerfs des organes fibreux, car aucun de ces éléments ne pénètre dans les faisceaux mêmes décrits plus haut. Aussi observe-t-on dans les bourrelets articulaires, etc., injectés, des portions d'organes épaisses d'un à plusieurs millimètres qui sont tout à fait dépourvues de vaisseaux, ou si l'on veut, qui séparent l'une de l'autre les cloisons vasculaires.
Sur les organes fibreux rendus transparents gélatiniformes, par ébullition dans l'eau pure ou mieux acidulée avec les acides sulfurique, tartrique, etc., les cloisons sont visibles déjà à l'œil nu ou sous la loupe, sous forme de minces couches grisâtres, moins translucides que les faisceaux eux-mêmes. On constate que cela tient à ce que les fibres élastiques flexueuses et même celles qui sont à l'état de cellules étoilées jaunâtres y sont plus nombreuses encore que dans les faisceaux mêmes. Ces particularités se retrouvent aussi dans les disques intervertébraux, les ménisques des genoux, sterno-claviculaire, etc. Toutefois, dans ces organes, le volume des masses ou faisceaux non vasculaires, la rareté des cloisons vasculo-nerveuses est remarquable comparativement aux ligaments, aux aponévroses et surtout aux tendons.