FLAMANT
Attaché à l'hôpital du Saint-Esprit, il fut nommé en 1 769 chirurgien adjoint, et
chargé d'établir un musée anatomique qu'il enrichit d'un grand nombre de ses
préparations. En 1772, il devint chinn^gien en premier de l'hôpital et protes-
seur de médecine opératoire : ses cours eurent un très-grand et légitime succès.
Il conserva le poste de directeur du musée anatomique, et s'occupa avec succès de
l'opération de la taille et de lithotomje. Le pape Pie \'I le nomma son chirurgien
ordinaire en 1775. Elajani avait formé l'une des bibliothèques médicales les plus
considérables que l'on connaisse, quant aux ouvrages d'anatomie. 11 est mort à
Rome, le 1^"^ août 1808. Il a laissé, dit-on, des manuscrits très-précieux. Les
omTages ci-après ont été imprimés de son vivant :
I. Nuovo melodo dl medicare alcune malattie spettanti alla chirurgia. ^ome, 1791, in-8°. — \l. Osservatioiii pratiche sopra V amputazione degli articoli, le invecchiate lussazioni del braccio, Vidrocefalo ed il panericcio. Rome, 1791, in-8». — III. Collezione d'osservazioni e riflessioni di chirurgia. Rome, an VI (1803), 4 vol. in-8°. A. D.
FLiAMAXT (Pierre-René). Ce célèbre accoucheur naquit en 1762; il fit ses études médicales à Paris, et suivit pendant deux ans les cours de chirurgie de Desault, de Chopart et de Sabatier ; en même temps il s'occupait avec ardeur de l'étude des accouchements, et se perfectionna dans cette branche sous la direction de Solayrès, de Lauvergeat et de Baudelocque. Il débuta dans l'enseignement à l'âge de vingt-quatre ans, comme démonstrateur d'anatomie et professeur de chirurgie à l'école que Louis XVI venait d'établir dans son régiment pour l'instruction des élèves qui, dans la suite, devaient occuper des places dans les différents corps de son armée. Enfin, il fut appelé à Strasbourg pour professer au lycée l'anatomie et la chirurgie; peu après, l'Ecole de médecine de Strasbourg étant rétablie par la loi du 18 frimaire an III (1795), Flamant fut nommé professeur titulaire d'accouchements à cette école. L'enseignement théorique lui semblant insuffisant, l'éminent professeur se créa une clinique obstétricale, qui partagea avec la Maternité, fondée en 1727 par le flimeux accoucheur Fried, les femmes enceintes, et forma un service spécial; c'était la première clinique de ce genre établie en France, et Strasbourg devança, par cette création, Paris de quarante ans. Aussi l'enseignement de Flamant obtint-il, dès le début, un immense succès, et attira-t-il une affiuence toujours croissante d'élèves. Brillant professeur, il était de plus d'une habileté extrême dans les manœuvres et dans l'exécution des procédés opératoires; sa hardiesse prudente faisait l'admiration de son auditoire. Flamant enseigna également la pathologie externe en qualité de professeur de clinique chirurgicale, de l'an III à 1799.
En 1811, il vint à Paris pour prendre part au concours pour la chaire d'accouchements devenue vacante par la mort de Baudelocque ; malgré les brillantes qualités et les connaissances étendues dont il fit preuve, il échoua, et c'est Désormeaux qui fut nommé.
De retour à Strasbourg, Flamant continua à professer avec le plus grand succès jusqu'à sa mort, arrivée le 7 juillet 1833. « Flamant, dit Dezeimeris, donna à la science des accouchements une impulsion qui rappelait les beaux jours de Fried.... Esprit hardi et novateur, il entreprit d'ajouter aux perfectionnements dont Levret et Baudelocque avaient enrichi la science. 11 agita toutes les questions, soumit à l'expérience toutes les méthodes.... » Il s'occupa surtout des perfectionnements à apporter au forceps ; il s'efforça de prouver qu'un seul forceps, dont les dimensions correspondraient à la forme de la tète et des parties qu'elle doit traverser, serait suffisant et suppléerait à tous ceux fabriqués
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jusque-là. Il chercha en outre à en étendre l'application au détroit supérieur et y réussit très-bien, à une époque où l'on enseignait à Paris que cette application était impossible.
Flamant n'a pas publié de corps d'ouvrage, mais on trouve disséminés d'excellents mémoires obstétricaux de lui dans les annales d'une foule de Sociétés savantes, le grand Dictionnaire des sciences médicales, le Journal complémentaire, etc. On trouvera ses principales idées recueillies et développées dans les thèses de la Faculté de Strasbourg qu'il inspira, et dont les plus importantes sont celles d'Eckard, de Labbé et de Stoltz, l'illustre doyen de la Faculté de médecine de Nancy; c'est ainsi que ses conférences sur l'avortement, l'éclampsie, la métrorrhagie, la péritonite puerpérale, le squirrhe de la matrice, sur la version céphalique, sur l'enclavement, sur les réformes à apporter dans les Ttianœuvres obstétricales, etc., ont été utilisées par un grand nombre de ses élèves qui ont ainsi transmis ses doctrines jusqu'à nous.
Nous citerons de lui :
I Eloge de Joseph Noël, prononcé à la faculté de Strasbourg. Strasbourg, 1808, in-4''. Extr. dans le Journal de médecine de Leroux, t. XIIl, p. 77, 1809. — II. Qualités et obligations du médecin-accoucheur. Discours prononcé à la Faculté. Strasbourg, 1809, in-4''. —
III. Dissertation sur l'opération césarienne. Thèse de concours. Paris, 1811, 111-4°. —
IV. Mémoire pratique sur les forceps. Strasbourg, 181C, in-8''. — '^.Mémoire sur la version du fœtus dans l'accouchement. In Journ. complém. du Dict. des Se. méd., t. XXVII, p. 365; t. XXVIII, p. 195; 1827. -^ VI. Notice historique sur l'état actuel de l'art des accouchements, relativement à la version sur la tête. Ibid., t. XXX, p. 3, 1828. — VU. Réflexions critiques sur la pratique des accouchements à l'hospice de la Maternité de Paris. Ibid., t. XXX, p. 142; t. XXXI, p. 171 ; t. XXXII, p. 105, 246; 1828. — VIII. Mémoire sur le levier des accouchements. Ibid., t. XXXIX, p. 3, 1831. — IX. Statistique de la clinique obstétricale de Strasbourg. In La Clinique, t. lil, n" 70; 1829. — X. Observations d'accouchements. In Journal de médecine et chirurgie pratique, t. III, p. 552 ; 1852. — XI. Mémoire sur un bandage pour la fracture de la clavicule. In Mém. de la Soc. des se. , agricult. et arts de Strasb., t. I, Se, p. 571, et in Journ. compl. du Dict. des Se. méd., X. XXXVI, p. 115; extr. dans Arch. gén. de méd., t. XXIII, p. 126; 1850. — XII. Avec Ehrmann. Guérison d'une fistule vésico-vaginale. In Répertoire général d'anatomie et de jihysiologie pathologiques, t. V, part. II, p. 172, pi. 1 et 2. — XIII. Articles : Ablactation, Aborlif, Accoucheur, Accoucheuse, Hystérotome. In Dictionnaire des Sciences médicales. L. Hn.
FLAMAi^iT (Phœnicopterus). C'est un grand et bel oiseau à plumage roseclair, avec le dessus des ailes rouge-vif et les rémiges noires ; son bec a les bords amellés comme celui des canards, et la partie supérieure en est élargie et infléchie, ce qui lui donne une apparence singulière ; ses tarses sont fort longs, et il a les pieds palmés. Bien que sa taille élancée et la longueur de ses jambes aient fait classer le flamant parmi les Échassiers, il appartient évidemment par les principaux traits de son organisation aux Palmipèdes lamellirostres. L'espèce européenne {Phœnicopterus antiquorum) habite les lieux aquatiques et déserts, particulièrement les grands marais saumàtres si abondants autour de la Méditerranée,^ et on la retrouve en Afrique, ainsi que dans l'Asie Mineure. En France, elle vient communément dans certaines parties de la Camargue, au Valcarès, par exemple, ainsi qu'aux environs de Port-Vendres ; elle y niche même. On peut en rencontrer dans certaines localités des troupes de plusieurs centaines d'individus, ainsi que cela m'est arrivé à moi-même dans l'étang de Saint-Nazaire, qui fait partie de ceux du Roussillon, mais il est impossible de les approcher.
La chair du flamant est mangeable, quoique possédant souvent un goût de poisson ; on recherche surtout la langue de cet oiseau, qui est large, pointue, barbelée et épaissie par une graisse succulente de couleur rosée. Les anciens
appréciaient ce mets, et l'empereur Héliogabale entretenait des chassem-s pour tuer des flamants, dont on servait les langues sur sa table. C'est par erreur que le mot Phœnicurus signifiant « rossignol » a été substitué dans ce cas, par quelque obscur copiste, à celui de Phœnicopterus.
Il existe dans l'Afrique australe et en Amérique des flamants qui diffèrent spécifiquement du nôtre ; on a même proposé d'en faire des genres à part.
P. Gerv.
FLAMEL (Nicolas). L'abbé Vilain, M. Vallet (de Viriville), ont donné de précieux renseignements sur ce personnage qui touche à la fois à l'histoire et à la légende. Ce sont eux que nous suivrons dans cette notice.
Nicolas Flamel, qui était, dit-on, natif de Pontoise, et qui mourut à Paris, dans la paroisse de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, le 22 mars 1418, était, cela est certain, écrivain-libraire dans le beau siècle des calligraphes parisiens, dans le siècle de Charles le Sage, de Jean, duc de Berry, de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, de Louis, duc d'Orléans, lesquels firent exécuter avec zèle ces riches manuscrits qui forment encore les plus splendides joyaux de nos bibliothèques publiques. La haute noblesse, à l'instar des sires de la Fleur-de-Lis, rivalisait d'une émulation littéraire. La florissante Université de Paris multipliait les écrits de ses renommés clercs et docteurs. Flamel sentit tout le parti qu'il pourrait tirer de cet amour presque effréné pour les livres écrits à la main, à une époque où l'on était loin de pressentir les merveilles futures de la typographie.
Vers 1370, Flamel se marie; Pernelle, qui fut sa femme, était une bourgeoise de Paris, mère, et déjà veuve de deux maris ; mais elle avait du bien, et ils s'épousèrent sous le régime de la communauté. Dès 1375, les deux conjoints se font donation générale et mutuelle de leurs biens, et ils font bâtir aux murs de l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie deux échoppes d'écrivain , où notre héros et un clerc se tiennent pour prêter à tout chaland le ministère de leur plume. Peu à peu, grâce à l'achat de terrains environnants, ces échoppes deviennent de petits édifices, bariolés au dehors dliistoires, de devises peintes, gravées et sculptées, et où les heureux propriétaires tiennent pension ou pédagogie, enseignant à de jeunes écoliers externes l'écriture, les premiers éléments littéraires. Tant et si bien que Flamel devenu veuf (1397) acquit une réputation et une fortune qui en firent une célébrité parisienne. La grande cité s'enrichit de ses libéralités ; c'est à l'écrivain-libraire que l'on doit l'érection du petit portail de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, la construction de deux arcades au charnier des Innocents, la décoration de plusieurs églises et abbayes, l'élévation de la maison dite du Grand-Pignon, en dehors des murs de la ville, sur le territoire du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, maison ayant un caractère tout hospitalier, puisqu'on y recevait d'une manière gratuite des laboureurs sans moyens d'existence, et qui n'étaient tenus qu'à dire tous les jours un Pater et un Ave pour les pécheurs trépassés. La maison du Grand-Pignon existe encore rue Montmorency, mais elle a perdu son pignon, la plupart de ses sculptures et ses antiques ornements, parmi lesquels nous signalerons les images du Christ et de la Trinité, celle de Nicolas Flamel, entouré de ses locataires, les heureux laboureurs. Tout près de rendre son âme à Dieu, Flamel continua ses largesses. Il acheta le lieu de sa sépulture dans l'intérieur même de l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie; il légua à dix-neuf églises autant de calices ornés de son chiffre ; il fonda dans sa paroisse une chapelle de Saint-Clément
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ou de Nicolas Flamel; quatorze communautés reçurent une fondation perpétuelle de dix sous de rente parisis....
Comment expliquer tant de richesses, tant de bienfaits chez un simple écrivain-libraire? On a émis à cet égard bien des suppositions, mais la principale, et celle que nous devons retenir ici, est celle qui prétend que Flamel avait puisé dans un livre mystérieux la connaissance du changement des plus vils métaux en or. Les inscriptions et figures hiéroglyphiques dont il avait décoré les maisons et les manuscrits qui lui appartenaient, les lignes qu'il avait fait graver au cimetière des Innocents, donnèrent un grand poids à cette croyance. 11 existe même au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale un petit livre sur parchemin, en lettres gothiques, et qui débute ainsi : Cy commence la vraie pratique de la noble science d'alkimie, de tous philosophes composé et des livres des anciens, prins, etc. A la fin du volume on lit : Ce présent livre est et appartient à Nicolas Flamel, de la Paroisse Saint-Jacques de la Boucherie, lequel il Va escript et relié de sa propre main. Mais M. Vallet (de Viriville) a démontré que cette inscription n'était pas authentique, el qu'on y dévoilait la main d'un faussaire qui vivait au dix-septième siècle. Il est bien plus simple, pour expliquer la fortune, d'ailleurs fort exagérée, de notre Flamel, d'admettre que ce personnage s'était enrichi dans des opérations commerciales, pour lesquelles il avait une aptitude particulière, et dont la connaissance était d'ailleurs fort peu répandue au seizième siècle. Puis son talent comme écrivain, la nombreuse clientèle qu'il s'était faite pour la l'édaction des grimoires de justice, l'enluminure des livre», etc., ont fait le reste. Nous ne croyons pas que Nicolas Flamel doive être rangé parmi les chercheurs, plus zélés qu'heureux, de la pierre philosophale ; mais tant d'écrivains l'ont rangé dans cette catégorie, qu'il était bon que son nom prit place dans ce Dictionnaire. Consultez pour plus de détails :
I. Archives de la paroisse Saint-Jacques de la Boucherie, aux Archives générales, registre S 3385, cartons S 5382, 3383. — II. Vilain. Essai sur l'histoire de Saint-Jacques la Boucherie, 1158, in-12. — III. Vilain. Histoire critique de Nicolas Flamel, 1761, in-12. — IV. Revue française et étrangère, 1737, p. 65. — V. Hœfer (Ferd.). Histoire de la chimie, 1842, in-8°, t. I, p. 427. — VI. Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XV, XXI, XXIII, etc. (1856). — VII. Figuier (L.). L'alchimie et les alchimistes. Paris, 1856, in-18, p. ni. — VIII. Gallois [N.). Dictionnaire de la conversation, 1856, t. XXVII, p. 191.
FLAmia (David). Naquit à Kalisch en 1793, fit ses humanités à Breslau et sa médecine, à partir de 1815, à Bei'lin; reçu docteur en médecine à cette dernière université, le 14 août 1818, il alla s'établir dans sa ville natale et y acquit bientôt une grande renommée comme médecin et comme accoucheur. Il a laissé quelques bons mémoires :
I. Diss. inaug. de vertebrarum ossificatiotie. Berolini, 1818, in-4°, 2 pi. — II. Deitrcige zur praktischen Enthindungskunde. In Rust's Magazin fur Heilkunde. Bd. XV, p. 536, 1823, et Bd. XXI, p. 31, 1826. — III. Geschichte eines mit enornicn Verletzimgen einzelner Schâdelknochen todtgebornen, reifen, wasserkopfigen Kindes. Ibid. Bd. XXIX, p. 184, 1829, 1 pi. — IV. Beantwortung einiger der von Davis, zu I^ondon, den Deulschen Geburtshelfern vorgelegten geburtshidflichen Fragen. In Siebold's Journ. f. Geb. Bd. VI, p. 580, 1826. — V, Geschichte einer Kaisergeburt und einer durch den Bauchschnitt bewirkten Entbindung. In iV. Zeitschr. f Geb. Bd. VI, p. 400, 1838, 2 pi. — VI. Fall von vollkommener Rïickivârtsbeugung der schwaugeren Gebârmutler. In Hufeland's Journ., 1859, St. 8. — Vil. Ist die endliche Ausschliessung eines sich verspâtelen Mutterkuchens stets unbedingt der Kunst zu iiberlasseu? In Hamburger Zeitschr. Bd. XV, p. 459, 1840, etc. L. Ils.
FLAMME. On désigne sous le nom de flamme l'ensemble des phénomènes produits par un gaz ou une vapeur en combustion. Pour qu'un corps solide ou liquide brûle avec flamme, il faut que ce corps puisse être réduit en vapeur ou donner des produits de décomposition gazeux et combustibles. L'alcool, la benzine, le sulfure de carbone, les huiles essentielles, le pétrole, etc., se réduisent en vapeurs avant leur combustion. Cela est si vrai, que pour les pétroles, par exemple, les plus volatils sont aussi les plus inflammables ; les pétroles lourds qui ne bouillent qu'à une température élevée ne s'enflamment que trèsdifficilement.
Les corps gras, tels que le suif, la cire, les huiles fixes, le bois, la houille et les matières organiques en général, qui ne sont pas des produits volatils, brûlent avec flamme parce qu'à la température de leur combustion ces corps éprouvent une décomposition pyrogénée donnant naissance à des gaz carbures combustibles. La température résultant de la combustion est en général suffisante pour produire cette décomposition ou pour réduire en vapeur les corps volatils, de sorte que la combustion, une fois commencée, se continue d'elle-même et peut même s'activer.
Quant au carbone, corps simple non volatil, s'il brûle quelquefois avec émission de flamme, cela tient à ce que, avant de fournir le produit final de la combustion, l'acide carbonique, il peut donner naissance à un autre produit gazeux et combustible, l'oxyde de carbone.
Dans son acception ordinaiie, le mot flamme s'applique spécialement à la combustion d'un gaz dans l'air ou dans l'oxygène ; mais il y a aussi production de flamme par d'autres combustions vives : ainsi un jet de gaz ammoniac d'hydrogène carboné, etc., s'enflamme lorsqu'on l'introduit dans un flacon de chlore, le phosphore brûle de même spontanément, avec flammes, dans le chlore, lavapeur de brome ou la vapeur d'iode.
Nous ne nous occuperons ici que de la flamme proprement dite, c'est-à-dire celle d'une bougie et celle du gaz d'éclairage, ainsi que du dard du chalumeau.
Structure de la flamme. Quand on examine une flamme, on remarque que toutes ses parties ne sont pas également lumineuses ni également chaudes ; c'est que la combustion du gaz combustible n'est pas uniforme, que ce gaz soit employé en nature ou qu'il résulte de la décomposition d'un corps gras ou autre. L'oxygène atmosphérique qui enveloppe la flamme produira une combustion complète sur la partie périphérique ; il pénètre en quantité plus faible, par endosmose, dans la zone suivante où la combustion est par conséquent incomplète, et fait totalement défaut dans la partie centrale.
De là trois zones principales dans une flamme :
1° Une partie extérieure peu lumineuse, très-chaude, dans laquelle s'achève la combustion ;
2° Une partie lumineuse, qui est la plus considérable et dans laquelle la combustion n'est que partielle ;
3" Un cône obscur central, qui est froid.
Toutes ces parties s'aperçoivent très-nettement en coupe lorsqu'on écrase la flamme avec une toile métallique que l'on abaisse successivement du sommet à la base. Cette toile, comme on le verra plus loin, arrête la flamme, parce qu'elle abaisse la température des gaz en combustion.
Indépendamment de ces trois zones successives, on remarque à la base de la flamme une enveloppe hémisphérique, qui va en s'amincissant à mesure qu'elle
s'élève. Celle enveloppe, qui a la mèche ou l'orifice du gaz comme centre, présente une couleur bleuâtre ; elle est peu lumineuse et est produite par l'action d'un excès d'air pur sur le gaz combustible. C'est cette portion qui par sa température, pourtant peu élevée, favorise la volatilisation du corps combustible ou sa décomposition en gaz carburé. Cette décomposition, pour les corps gras, a lieu en partie dans la mèche, en partie dans le cône obscur.
Pouvoir éclairant. La partie lumineuse de la flamme doit son éclat à la présence de particules solides portées à une haute température. Dans les flammes éclairantes ordinaires, ces particules sont du charbon, mis en liberté par suite de la combustion incomplète des gaz carbures. Pour démontrer la justesse de cette explication, il suffit d'écraser une semblable flamme avec un corps froid; la surfoce de ce dernier se recouvrira d'une couche de noir de fumée. Si dans une flamme peu éclairante, celle de l'alcool ou celle de l'Iiydrogène, on introduit une vapeur riche en corps carbures, par exemple, de la benzine ou de l'essence de térébenthine, elle deviendra lumineuse. On obtient le même résultat, si l'on fait arriver du chlore dans la flamme de l'alcool : le chlore, s'emparant de l'hydrogène d'une partie de l'alcool, détermine un dépôt de charbon.
Lorsque l'accès de l'air autour d'une flamme est insuffisant, la flamme perd de son éclat et du charbon est entraîné avec les produits de la combustion, en donnant une fumée noire; on dit alors que la flamme est fuligineuse. Trop d'air diminue de même le pouvoir éclairant, car alors la combustion est plus complète et les particules incandescentes de charbon moins abondantes.
La variation du pouvoir éclairant d'une flamme est du reste soumise e.ncore à d'autres causes. En effet, la présence des particules solides ne suffit pas toujours pour expliquer le pouvoir éclairant. Ainsi, il est difficile d'admettre la présence de particules solides dans la flamme du phosphore brûlant dans l'oxygène. D'autre part, JM. Franklaiid a montré qu'on pouvait rendre la flamme de l'hydrogène lumineuse en effectuant la combustion sous pression. Sous la pression ordinaire, l'hydrogène brîjle dans l'air avec une flamme très-pâle ; sous une pression de 2 atmosphères la lumière augmente visiblement, et sous une pression de 10 atmosphères la lumière émise par la flamme de l'hydrogène équivaut à celle d'une bougie; cette flamme donne alors un spectre continu. Inversement, le pouvoir éclairant d'une flamme diminue avec la pression de l'atmosphère ambiante.
Lumière de Drummond. L'introduction d'un corps solide quelconque dans une flamme non éclairante lui communique un pouvoir lumineux plus ou moins intense, par suite delà haute température à laquelle elle est portée. Ce pouvoir lumineux sera d'autant plus intense que la température de la flamme est plus élevée ; certaines substances, en outre, présentent plus d'éclat que d'autres lorsqu'elles sont portées à l'incandescence. Une de celles qui possèdent cettepropriétéau plus haut degré est la chaux ; la température la plus élevée est produite par la combustion du gaz détonant, mélange d'hydrogène et d'oxygène. En introduisant, comme l'a fait Drummond, un bâton de craie dans la flamme produite par la combustion d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène (chalumeau oxyhydrique), on produit une lumière éblouissante, dont l'éclat n'est que 140 fois plus faible que celle du soleil. Autrefois, on employait à cet effet la combustion d'un mélange d'oxygène et d'hydrogène contenu sous pression dans un réservoir et s'échappant par un bec de chalumeau séparé du réservoir par un tube contenant des disques de toile métallique pour empêcher la combustion de se propager
à l'intérieur. Malgré cette précaution, cet appareil n'est pas sans offrir des dangers sérieux d'explosion : aussi y a-t-on substitué une disposition à la fois plus simple et offrant toute sécurité. Les deux gaz sont contenus dans des gazomètres séparés et se réunissent à l'extrémité d'un même tube oii se fait la combustion. Coloration de la flamme. Un grand nombre de substances communiquent aux flammes une couleur spéciale et souvent caractéristique ; mais en général il faut que la température soit assez élevée pour permettre une volatilisation partielle de la substance introduite. La flamme qui convient le mieux pour observer ces phénomènes est celle du brûleur Bunsen. Si l'on introduit dans cette flamme un jet de sodium, elle se colorera en jaune, et cette réaction est d'une grande sensibilité. L'introduction d'un sel de potassium produit une couleur violette; celle des sels de lithium une couleur rouge ; celle de l'acide borique, des sels de cuivre, des sels de baryum, de tliallium, des colorations vertes, etc. Le spectre des flammes ainsi colorées présente des raies ou des bandes lumineuses caractérisant chacune de ces substances {Voy. Spectkoscopie).
Flamme du brûleur Bunsen. Le brûleur à gaz dit lampe Bunsen, utilisé comme source de chaleur dans les laboratoires, est une lampe à gaz dans laquelle le gaz ne brûle qu'après s'être mélangé d'air dans une cheminée qui surmonte l'orifice du gaz et qui est munie de trous un peu au-dessous de ce niveau. L'air est appelé par ces trous et se mélange au gaz. La flamme ainsi produite n'est pas éclairante, car toutes les molécules du gaz combustible sont mélangées à une quantité d'air suffisante pour brûler la totalité du charbon. Mais ici encore les causes qui font disparaître le pouvoir éclairant sont complexes et peuvent être indépendantes du degré plus ou moins complet de combustion. Ainsi l'oxygène pur ne diminue pas l'éclat de la flamme, phénomène qui se produit, au contraire, lorsque le gaz est mélangé intérieurement à de l'azote. La diminution d'éclat peut donc, suivant Knapp, résulter d'une diminution de pression produite par le courant d'air. Wibel a montré en outre que le refroidissement apporté par cet accès de l'air est également une des causes de l'affaiblissement de la lumière: car, si l'air introduit dans le brûleur est préalablement chauffé, l'éclat de la flamme du gaz ne diminue pas. Toutes ces causes contribuent en réalité à rendre non éclairante la flamme du brûleur Bunsen.
Flamme du chalumeau. La flamme du chalumeau présente à peu pi-ès la structure du bec Bunsen ; en effet, l'insufflation d'air ou d'oxygène dans une flamme y produit une combustion interne comme dans ce dernier.
Composition chimique des diverses parties d'une flamme. Les différentes parties de la flamme doivent évidemment présenter une composition différente car la combustion est d'autant plus complète qu'on se rapproche plus de la périphérie, tandis qu'elle est nulle dans le cône intérieur. Gomme on l'a déjà vu, ce dernier renferme beaucoup de gaz combustibles. On peut mettre ce fait en évidence par une expérience très-simple, due à Faraday.
On introduit dans le cône obscur un tube de verre deux fois recourbé, du diamètre du cône lui-même, soit de 5 à 7 millimètres ; on voit immédiatement s'élever dans le tube et redescendre dans la branche opposée des fumées trèsdenses, blanches et combustibles; on peut les enflammer directement ou bien les accumuler dans une fiole. Ces fumées sont au contraire noires et non inflammables, si l'orifice du tube est plongé dans la partie éclairante.
Pour avoir des données plus précises sur la composition des flammes, il faut avoir recours à une aspii'ation pratiquée dans les portions que l'on veut examiner.
On peut, comme l'a fait Nicklès, se servir d'un flacon aspirateur plein d'eau, portant un robinet à sa partie inférieure pour l'écoulement de l'eau, et à sa tubulure supérieure un tube effilé, à pointe de platine (bec de chalumeau) et recourbé de manière à pouvoir être introduit dans la flamme. En faisant écouler l'eau très-lentement, on peut ainsi puiser et recueillir les gaz contenus dans la flamme, puis les soumettre à l'analyse.
M. Deville, dans ses belles recherches sur la dissociation, a étudié la composition des flammes et a adopté pour leur analyse la disposition suivante, qu'il a utilisée notamment pour l'étude de la flamme du chalumeau à oxyde de carbone et oxygène. Un tube en argent, à parois minces, percé dans sa longueur d'un trou de 0"'"\2, est traversé par un courant d'eau dont on peut régler la vitesse. Le petit trou dont ce tube est muni est dirigé vers le bas et introduit dans l'axe de la flamme, à la hauteur à laquelle on veut l'examiner. Le courant d'eau, qui fait fonction de trompe, entraîne les gaz de la flamme. Ceux-ci se rendent avec l'eau dans une cuve et sont dirigés sous une cloche pour être ensuite analysés. Nous indiquons plus loin les résultats numériques obtenus par M. Deville.
Voici maintenant, d'après M. Hilgart, la composition de la flamme d'une bougie à diverses hauteurs et, d'après M. Landolt, celle d'un bec de gaz à fente annulaire :