FIZES
mùiir, nous le chargeons de vous réciter un cours de pathologie médicale, nous souvenant, en cette occasion, du précepte de Barthez, qui disait que pour s'instruire il fallait faire des cours sur les choses qu'on ne sait pas. Attendez donc et vous verrez de belles choses. » On a attendu, et l'on n'a rien vu du tout. Fizeau, qui était né au May (département de Maine-et-Loire), en 1775, qui fut créé docteur à Paris en 1803, qui devint, comme nous venons de le voir, professeur de pathologie médicale à la Faculté de Paris, médecin de l'hôpital des Quinze-Vingts, et qui mourut, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, dans le mois de décembre 1864, n'a rien écrit, que nous sachions, que sa thèse inaugurale, laquelle porte ce titre : Recherches et observations pour servir à l'histoire des fièvres intermittentes (1805, in-8°, 154 pp.). La dédicace en est touchante, et est ainsi conçue :
Prœclaro viro Ph. Pinel, qui veras Medicinœ lUppocralicœ vias aperuit, certoque observalionislumine pcragrare docuit ; necnon darissimi et dilectissimi vifi\\\. Iîichat, çiti Aiiatomeii, Physioloqiain, aliasque artis medicœ partes, iiivcntis et documenlis illustravil, Memorice. ^- ^•
FIZES (Antoine). Célèbre médecin de Montpellier ; naquit dans cette ville en 1690; son père, professeur de mathématiques à l'Université, lui destinait sa chaire, mais Fizes, préférant la médecine, se livra avec ardeur à son étude; en 1708 il fut reçu bachelier et soutint une thèse sur la génération de l'homme, dans laquelle il prétendait démontrer que le fœtus se nourrit simultanément par le cordon ombilical et la bouche. Il se fit recevoir docteur plus tard et alla se perfectionner à Paris sous la direction de Duverney, de de Lémery et de de Jussieu. De retour à Montpellier, il pratiqua la médecine, soigna principalement les pauvres et ne tarda pas à acquérir par ce moyen une immense réputation. A la mort de son père, il obtint la chaire royale des mathématiques; mais ce n'est pas là que se bornait son ambition; il concourut deux fois pour une chaire, à la Faculté de médecine ; vaincu une première fois, il échoua derechef en 1737 contre Ferrein; mais le gouvernement, usant de l'arbitraire, adjugea la chaire à Fizes, malgré l'immense supériorité de son concurrent. C'est alors que Fizes put librement développer ses théories subtiles et déplorables, basées sur des hypothèses absurdes. Il est certainement fâcheux que cet auteur ait manqué dans la théorie des qualités qu'il déploya dans la pratique ; car on s'accorde unanimement à reconnaître qu'il était d'une force peu commune en séméiotique et d'une rare sagacité dans le diagnostic des maladies, ce qui explique la réputation dont il jouit et qui lui survécut pendant plus d'un demi-siècle ; il est permis aussi d'en conclure qu'il aurait assez bien réussi dans l'enseignement clinique, si ce dei^nier avait existé à cette époque.
Sénac le fit nommer sur ces entrefaites premier médecin du duc d'Orléans; mais Fizes se sentit bientôt déplacé à la cour, dont il n'avait ni les manières, ni le langage ; il paraît même qu'en dehors du langage scientifique qui était le latin et qu'il avait l'habitude de manier, il parlait un patois déplorable. Le fait est qu'il demanda à se retirer ; il revint à Montpellier où il continua à accroître sa réputation par tous les moyens; on dit même de lui qu'il payait des gens pour chanter ses louanges sur les grandes routes et dans les auberges les plus fréquentées.
Fizes mourut à Montpellier en 1765, laissant les ouvrages suivants :
I. Explicare generationeni honiinis. Disp. praes. Chicoyneaii. Monspelii, 1708, in-12.
II. De hominis liene sano. Disp, Monspel., 1716, in-12. — III. De natumli secretione bilis
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injecore. Moiispelil, 1716, in-12. — IV. Spccimen medico-chirurgicum in quo prœcipuL suppurationis eventus in partibus mollibus expendwitur. UonspeVn, ITi^, in-S". En franc., Paris, 1742, in-12. — V. Corporis humani partium solidarum conspectus anatomico-mechanicus. Monspelii, 1729, in-4''. — VI. De cataracla. Monspel., 1751, m-k" (son meilleur ouvrage, encore n'a-t-il pas grande valeur). — VII. Universœ pliysiologiœ conspectus. Monspel., 1737, in-S". — VIII. Detiimoribus in génère. Monspel., 1738, )n-4°; Paris, 1751, in-8° (mauvaise copie des ouvrages très-dérectueu-x de Saporta et de Deidierj. — IX. Tractatus de febribus. Monspel., 1749, in-12. (C'est cet ouvrage dont, selon Desgenettes, Fouqué prétendait avoir acheté bon nombre d'exemplaires, afin de les anéantir pour l'Jionneur de l'Ecole). — X. Leçons de chimie de l'Université de Montpellier. Paris, 1750, in-12. — XI. Sur les causes du mouvement des vaisseaux des corps animés. In Mémoires de la Société royale des Sciences de Montpellier (Lyon, 1766, in-4''). —XII. La plupart des écrits de Fizes ont été réunis sous ce titre : Opéra medica. Monspelii, 1742, in-4"'. L. Hm
FLACHSLAKD (Jacob-Cokrad). Médecin allemand de mérite; naquit à Carlsrulie le ol juillet 1758; on ue sait que peu de chose sur sa carrière; nommé conseiller aulique du grand-duc de Bade en \ 797, et conseiller intime en 1807, il devint la même année membre de la Commission générale des études instituée à Carlsrulie. 11 mourut vers 1825, laissant la réputation d'un bon praticien et d'un bon observateur. Il a publié quelques ouvrages estimés :
I. Ueber eine gallicht faute Epidémie. Frankf. a. M. 1792, in-S". — II. Observationes palhologico-anatomicœ. Rastadt, 1800, in-S". — III. Fragmente ûber einige Ansteckungsstoffe, vorzûglich ûber dièse der Pocken; nebst dcr Geschichtc ilber die in den Badischen Landen verbreitete Vaccination. Garlsruhe, 1804, in-S". — IV. Ueber die Behandlung der Scheintodten. Garlsruhe, 1806, in-8°. — V. Ueber liopfverletzungen und deren Folgen. In Siebold's Cliiron. Bd. I, p. 555, 1806, 1 pi. L. Hn.
FliACIL'S (Matthias), de son vrai nom Flach-Frascovvitz, était fils d'un illustre théologien protestant, né en Istrie en 1520 et mort à Francfort-sur-le- Mein en 1575. Il a été confondu avec son père par un grand nombre de biographes et de bibliographes. Flacius naquit à Brunswick vers 1555 et fit ses études à Strasbourg et à Piostock. Il prit le titre de maître es arts dans cette dernière ville en 1574, et fut agrégé à la Faculté des arts en 1579 ; il se fit recevoir docteur en médecine le 23 septembre 1581, et après avoir rempli pendant quelques années la chaire de physique à l'Université de Rostock, obtint en 1590 celle de médecine. D'après George Matthias, il mourut vers 1616. Les ouvrages qu'il a laissés ne brillent pas, en général, par la clarté et le jugement : « ce ne sont que des compilations informes et indigestes, ou des controverses obscures sur des opinions plus obscures encore qu'avaient émises certains philosophes grecs et arabes touchant différentes questions ardues de métaphysique. »
I. Commentariorum' physicorum de vita et morte libri IV, in quibus ea quœ ejusdem arqumenii ab Aristotele et Galeno cœterisque pldlosophis et mcdicis brevius obscuriusque tradita sunt, expeditiori methodo copiosius explicaiitur. Francfort, ;1584, in-4°; 2« édit., Lubeck, 1016, in-8°. — II. Disputationes XVIII, partim physicœ, partim medicœ, in academia liostochiana propositœ. Rostock, 1594, iu-S" ; ibid., 1602, in-S" ; ibid., 1605, in-S". — III. Themata de concoctione et cruditate. Rostock, 1594, in-S". — IV. Opus logicum absolutissimum in Organon Aristotelis. Francfort, 1593, 10-8». L. Hn.
FLACOUBTIE {Flacourtia Commers., ex Lhér., Stirp., 95, t. 50, 30 b). Genre de plantes, de la famille des Bixacées, dédié en 1 784 au célèbre Flacourt, auteur d'un très-remarquable ouvrage sur Madagascar. Ce genre a donné son nom à une tribu ou série de cette famille. Ses fleurs sont uniscxuées, dioïques ou polygames, presque toujours de petite taille. Leur réceptacle, légèrement convexe ou à peu près plan, porte un calice de trois à cinq sépales, imbriqués ou ne se touchant même pas par leurs bords, parfois fort peu développés, surtout
FLAGOURTIE. 353
dans les fleurs femelles. En dedans du calice, le réceptacle porte un bourrelet marginal ou disque annulaire, continu ou lobé, ou formé de glandes libres, glabre ou cilié à sa surface. Généralement il prend plus de développement dans les fleurs femelles, dans lesquelles on peut trouver en deliors de lui des étamines, généralement stériles, quelquefois fertiles. L'androcée est, dans la fleur mâle, formé d'un nombre indéfini d'étamines, recouvrant le réceptacle jusqu'au centre, pourvues chacune d'un filet libre, surmonté d'une anthère biloculaire, extrorse, déhiscente par deux fentes longitudinales, versatile, avec un connectif souvent bifide inférieurement. L'ovaire est sessile; il disparaît presque toujours en totalité dans les fleurs mâles. Il est uniloculaire et surmonté d'un style immédiatement partagé en un nombre variable (de deux à douze) de branches à sommet stigmatifère dilaté, étalé, réfléchi ou révoluté, souvent bilobé. Dans la loge unique de l'ovaire se voient de deux à douze placentas pariétaux, souvent trèsproéminents (comme ceux des Pavots), et donnant insertion à deux ovules descendants, anatropes, à micropyle tourné en haut et en dehors, ou bien à 3-x) ovules, orientés généralement de la même façon. Le fruit est drupacé, avec ordinairement autant de noyaux qu'il y avait de loges incomplètes à l'ovaire. Chaque noyau renferme une ou plusieurs graines à albumen charnu et à embryon axile. On trouve des Flacourties dans toutes les régions chaudes du globe. Ce sont des arbres ou des arbustes dont on connaît une douzaine d'espèces. Ils sont souvent épineux et ont des feuilles alternes, pétiolées, accompagnées de petites stipules. Leurs fleurs sont réunies en cymes, ou axillaires, ou rapprochées sur des axes simples ou ramifiés en forme d'épis, de grappes, d'ombelles, etc.
La plupart de ces espèces ont des fruits comestibles, notamment le Ramontchi ou Prunier de Madagascar [Flacourtia Ramontchi Lhér. — Stigmarota africana Locr.). CestVAlamoton de Flacourt {Hist. Madag., 124). Ces fruits sont de la grosseur d'une mirabelle, violacés, puis noirâtres à la maturité, sucrés, d'un goût légèrement vineux ou un peu acre. Verts, ils sont riches en tannin, âpres, et servent souvent à faire des confitures. Ils sont alors astringents. Leur graine est amère. L'écorce de cette espèce est encore riche en tannin. Aussi sertelle, principalement à Maurice, comme antigoutteux et antirhumatismal. On en prépare ordinairement des décoctions. Dans l'Inde, on mange aussi le fruit du F. sapida Roxb. {PL coromandel . , I, 49, t. 69 ; FL ind., III, 854) et celui de deux espèces très-voisines, les F. incrmis Roxb. et sepiaria Roxb. (loc. cit., 48, t. 68). Ce dernier est le Couroumoelli des indigènes. Son fruit est noirâtre, acidulé, excellent, dit-on. Sa racine s'emploie comme remède contre la morsure des serpents venimeux ; on la broie dans l'huile pour l'appliquer topiquement sur les articulations atteintes par la goutte. Le F. Cataphracta (Roxb., FL ind., III, 834. — ^ Stigmarota Jangomas Loor. — Roumea Jangomas Spreng.) est aussi riche en principes astringents. Ses jeunes pousses ont une saveur amère, comparée à celle de la rhubarbe. D'après Ainslie [Mat. ind., II, 407), elles sont stomachiques, digestives, astringentes. Elles se prescrivent (à la dose d'un demigros) contre les diarrhées, les épuisements, la faiblesse générale, la consomption, et Hamilton rapporte que les médecins, au Dehar, donnent l'infusion de l'écorce contre les enrouements.
Le Flacourtia rhamnoides Eckl. et Zeyh., dont le fruit comestible, acidulé sert au Cap à préparer des boissons fermentées, est une espèce d'un genre voisin le Dovyalis zizyphoides E. Mev. H. Bn.
Jl'ss., Gen. Plant , 291. — Poib., in Lamk Dicl., VI, 15; Suppl., IV, 653; Illustr., t. 826
DICT. ENC. 4° s. IL 23
— BC.yProdr., I, 256. — Closs, in Ann. se. nal., sér. 4, VIII, 212. — Endl., Geti., n. 5079.
— Méb. et Del,, Dict. Mat. méd., III, 262. — Payer. Leç. fam. nat., 112. — Benth. et J. HooK., Gen., 1, 128, n. 17. — Rosenth., Si/nops. plant, diaphor., 664, 11 i5. — H. Bâillon. Hist. des Plant., IV, 268, 298, 302, iig. 297-500.
FLAGELLATIOîM. La flagellation (de flagellmn, fouet) ne doit être conside'rée ici qu'au point de vue de ses usages hygiéniques et thérapeutiques. II ne nous appartient pas, en effet, déparier de la flagellation employée de tout temps, sous diverses formes, à titre de châtiment corporel, soit arbitraire, soit légal, et de protester contre ces vestiges des temps barbares empreints encore aujourd'hui dans la législation ou dans les mœurs de nations soi-disant civilisées. Ces tristes témoignages de la cruauté humaine deviennent heureusement de plus en plus rares, et il y a. lieu d'espérer qu'ils finiront par disparaître complètement devant l'adoucissement des mœurs et les progrès de la civilisation.
Il nous appartient peut-être davantage de nous arrêter un moment à la flagellation volontaire, que, depuis les temps les plus anciens, le fanatisme religieux pousse certains individus à s'infliger en expiation de leurs fautes et en vue d'apaiser le courroux de la divinité. Cette torture volontaire intéresse le médecin, non-seulement au point de vue des effets physiques qu'elle produit, et de l'atteinte que ces déplorables pi'atiques peuvent porter à la santé, mais encore au point de vue de l'aberration mentale dont elle témoigne chez les malheureuses victimes qui les subissent ou qui s'y livrent.
Cette singulière aberration n'est pas, du reste, le fait exclusif d'une époque, d'un pays, d'une religion ; elle a été le triste partage de toutes les religions, de tous les pays et de tous les temps, comme un attribut inhérent à l'infirmité de la nature humaine. L'antiquité ne paraît avoir rien eu à envier, à cet égard, aux siècles postérieurs.
TertuUien rapporte que c'était une coutume, parmi les Lacédémoniens, de célébrer certaines fêtes en l'honneur de Diane, et que, ce jour-là, pour honorer la déesse, les jeunes gens se fouettaient eux-mêmes devant son autel, et quelquefois jusqu'au sang.
Vers l'an 476 de J.-C, les juifs rabbins mirent au nombi'e de leurs cérémonies une espèce de flagellation volontaire. Cette flagellation était mutuelle ; ils se flagellaient lès uns les autres alternativement.
L'usage de la flagellation volontaire ne s'éta])lit qu'assez tard chez les chrétiens. Du temps de saint Augustin, on avait l'habitude de flageller les hérétiques et les criminels ; mais les chrétiens ne se flagellaient point eux-mêmes. Cette coutume ne s'introduisit que vers l'an d047 ou 1056. Elle devint fort ordinaire dans la suite et on se flagella jusque dans les rues.
Vers l'an 1126 s'établit en Italie la secte des Flagellants. Ces fanatiques allaient tout nus, en procession, deux à deux, se fouettant les uns les autres dans les rues et sur les places publiques, dans le but de mater leur chair, de faire pénitence et d'édifier le prochain.
Mais ce fut surtout au treizième et, en particulier, au quatorzième siècle, après la formidable épidémie de h peste noire qui ravagea l'Europe et l'Afrique, que les sectes des flagellants se multiplièrent et se répandirent dans le monde.
L'épidémie, dite peste noire, avait causé une mortalité excessive, et, comme il arrive toujours dans les grandes calamités publiques, la morale et la raison perdirent leurs droits. Une véritable épidémie mentale se produisit alors. D'une paît il y eut un affreux débordement d'excès de tout genre ; d'autre part, des
bandes de fanatiques, voulant apaiser la colère du ciel, se formèrent et parcoururent les \illes et les campagnes en se flagellant. Des hommes, des femmes, des enfants se réunissaient pêle-mêle, pour se fouetter en commun jusqu'à ce que le sang coulât parmi les cris, les chants et les prières.
Comme on doit le penser, la débauche ne pouvait manquer de se glisser dans ces manifestations du fanatisme religieux qui laissaient un facile prétexte et ouvz'aient une large porte à la licence des mœurs.
La secte des flagellants fit plus tard des adeptes jusque sur les marches des trônes. Vers la fin du seizième siècle, on vit, par un raffinement digne de lui et de sa cour, le roi Henri III se flageller en public avec ses mignons dans les processions qu'ils suivaient, vêtus de robes blanches, s'excitant ainsi aux orgies de luxure auxquelles, après la cérémonie, ces dévots personnages se livraient dans les appartements secrets du Louvre.
En effet, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, la flagellation a surtout été employée par les libertins de tous les temps et de tous les pays, dans le but de rendre quelque reste de vigueur à des organes affaibli^ par les excès de la débauche.
Mais nous devons d'abord appeler l'attention sur les autres usages auxquels on a fait servir la flagellation, usages fondés, en grande partie, sur les effets physiologiques produits par ce moyen sur l'organisme.
La flagellation se pratiquait de plusieurs manières. On s'est servi, à diverses époques, tantôt de petites baguettes souples et légères destinées ad hoc; tantôt de roseaux flexibles ou de tiges menues et lisses de panais {Ferula pastinaca, ombellifères) ; tantôt de verges molles faites avec des branches de bouleau ; tantôt de lanières de cuir et de cordelettes, ou bien encore de brosses rudes dont on frappait à plat la surface de la peau ; tantôt, enfin, de poignées d'orties [urtica urens) fraîches.
Le dernier mode de flagellation, la flagellation avec les orties, offre de réelles différences avec les précédents ; il mérite une place à part et une description particulière sous le nom à'urtication {voy. ce mot).
La flagellation était appliquée pendant un temps plus ou moins long et avec une énergie plus ou moins grande, principalement sur le dos, les lombes, les reins, les fesses ; parfois sur la poitrine, le ventre, les membres supérieurs et les membres inférieurs.
Voici, en quelques mots, les phénomènes physiologiques produits par ce moyen.
La flagellation modérée excite le système nerveux de la peau, y provoque une sensation de douleur plus ou moins vive, suivie, par action réflexe sur l'innervation vaso-motrice, de contraction, puis de dilatation des petits vaisseaux : d'où la rougeur, la chaleur et le gonflement, par afflux sanguin, de la partie qui a été le siège de la flagellation : ubi stimulus, ibl fluxus.
Si la flagellation est .pratiquée avec des orties, il se joint aux phénomènes précédents, c'est-à-dii'e à la rougeur, à la chaleur et au gonflement, une sensation de cuisson ou de brûlure plus ou moins vive, et la formation d'élevures ou ampoules proéminentes, rouges à leur base, blanchâtres à leur sommet, et qui sont le siège de démangeaisons très-incommodes, parfois insupportables.
Lorsque la flagellation a été maintenue dans de justes limites, ces phénomènes se dissipent plus ou moins rapidement ; la douleur, la chaleur, la rougeur et le gonflement disparaissent, et les tissus reprennent leur aspect normal.
Mais si la flagellation a été violente, comme il arrive surtout dans les cas où elle est appliquée à titre de châtiment corporel, la douleur peut être assez vive pour arracher des cris au patient, et les tissus deviennent le siège de tous les phénomènes d'une contusion plus ou moins considérable : ecchymoses, écoulement du sang à l'intérieur, déchirure, inflammation et mortification des parties frappées, etc.
Les résultats de la flagellation dépassent alors les limites de l'action physiologique, et déterminent des effets pathologiques dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
Les effets physiologiques immédiats de la flagellation se "résument donc, en définitive, d'après ce que nous avons dit plus haut, en une double excitation de l'innervation et de la circulation de la partie frappée.
On comprend que la répétition de cette double excitation amène consécutivement une énergie plus grande dans la sensibilité et la nutrition de ces parties, ainsi que dans l'activité fonctionnelle des organes internes unis à ces dernières par des liens vasculaires ou nerveux plus ou moins directs et plus ou moins intimes. L'excitation mécanique portée sur la périphérie et transmise à la moelle revient ainsi, par action réflexe, à la périphérie sous forme de stimulation vitale embrassant une sphère plus étendue que celle primitivement ébi'anlée par l'agent excitateur.
C'est ainsi que l'on peut s'expliquer comment la flagellation a pu être appliquée avec avantage pour réveiller la sensibilité, la motilité, l'activité fonctionnelle, en un mot, non-seulement de la peau et des muscles du tronc et des membres, mais encore d'autres organes tels que l'intestin, la vessie, les organes génitaux, etc.
Elle a été conseillée et employée souvent pour combattre .''affaiblissement des parties auxquelles l'extrémité de la moelle fournit des nerfs ; dans les paraplégies anciennes et incomplètes, dans l'incontinence d'urine, dans la paralysie de la vessie, dans la constipation opiniâtre, enfin et surtout dans l'anaphrodisie ou la frigidité.
Chez les anciens, la flagellation était généralement en usage dans le traitement de l'amaigrissement.
Hippocrate dit qu'une forte flagellation durcit et dessèche les parties, tandis qu'une flagellation modérée les nourrit et les engraisse.
Galien avait remarqué que les maquignons donnaient plus de relief à l'embonpoint de leurs chevaux, non-seulement en les étrillant avec force, mais encore en les soumettant à une fustigation modérée.
Ce stratagème était, suivant lui, imité par les marchands d'esclaves qui se servaient de la flagellation pour les faire paraître plus brillantes de fraîcheur et d'embonpoint. De même, chez les nouri'ices de son temps, il était de tradition, paraît-il, de claquer les enfants sur les fesses avant de les rendre à leurs mères. Elles espéraient tromper ainsi, par une apparence d'embonpoint factice et momentanée, la confiance des parents.
Galien en conclut que l'on pourrait donner plus d'embonpoint aux personnes maigres, à l'aide d'un traitement analogue.
On flagellait avec des roseaux ou des tiges de panais [ferula pastinaca) les parties du corps émaciées ou atrophiées, jusqu'à production de chaleur, de rougeur et de gonflement.
Là ne se bornait point l'emploi de la flagellation dans l'antiquité.
Anlonius Musa, affranchi et médecin d'Auguste, aurait, dit-on, employé la flagellation sur la personne de cet empereur pour le guérir d'une douleur sciatique doirt il souffrait depuis longtemps.
La flagellation était encore mise en usage chez les maniaques. Titus, disciple d'Asclépiade, prétend que les maniaques doivent être fouettés pour leur rendre le bon sens. Cœlius Aurelianus, Thémison, Rhazès, Valescus (de Tarante), vantent les effets de la flagellation pour guérir la mélancolie erotique.
Sénèque croyait que la flagellation a la puissance de dissiper la lièvre quarte, et il expliquait cette singulière propriété en admettant que le mouvement imprimé aux organes par ce moyen réchauffe et divise l'humeur acre, épaisse et noire, qui était stagnante dans les viscères.
Elidœus (de Padoue) prescrit la flagellation avec des orties vertes sur les membres des petits enfants, pour hâter l'éruption dans les fièvres éruptives. 11 disait que la flagellation avec les orties a la propriété de raffermir les membres et de rappeler la chaleur et le sang dans les parties.
Thomas Campanella attribue à la flagellation la vertu de guérir les obstructions des viscères. 11 raconte que le prince de Venuse ne pouvait aller à la garde-robe sans avoir été préalablement fustigé par un domestique spécialement chargé de ce soin singulier.
Mais la flagellation a été surtout mise en usage, dans tous les temps, dans le but d'exciter les fonctions génitales plus ou moins affaiblies ou éteintes. Ce moyen employé par les libertins de tous les pays a été également conseillé rationnellement par des médecins instruits et consciencieux, pour combattre l'anaphrodisie ou la frigidité.
Un médecin de Leyde, à qui la science doit la découverte des glandes palpébraies qui portent son nom, J.-H. Meibomius, a publié, en 1629, un petit ouvrage en latin, intitulé : De flagrorum usa in re venereâ, traduit depuis dans toutes les langues et plusieurs fois réédité. Cet ouvrage d'excellente érudition, où souvent l'auteur joasse du grave au doux, du plaisant au sévère, contient de très-bonnes indications bibliographiques sur les auteurs anciens qui se sont occupés du même sujet à un point de vue thérapeutique. On y trouve cités les noms de Cœlius Aurelianus, d'Arétée, d'Alexandre de Tralles, d'Avicenne, d'Oribase, de Rhazès, de Pline, de Sénèque, de Mercurialis, etc., en compagnie de ceux de Martial, de Rabelais, et d'autres auteurs qui n'ont point envisagé la question par le côté médical.
11 est dédié à un conseiller de l'évêque de Lubeck, client et ami de Meibomius,
avec cette épigraphe :
Delicias pariunt veneri crudelia flagra.
Diini nocet illajuvat; diiin juvat, ecce nocet.
Nous empruntons à ce livre quelques détails qui nous ont paru dignes d'intérêt, soit au point de vue historique, soit au point de vue pratique de la question dont il s'agit.
Au temps de Néron, s'il faut en croire Pétrone, une prêtresse de Priape, consultée par un individu du nom d'Eucolpe, lui promet de lui rendre Fascinum tam rigidum ut cornu par la flagellation avec des orties vertes.
Menghus Faventinus assure que la flagellation avec les orties a la propriété de rendre la faculté d'érection aux organes qui l'ont perdue.
Cœlius Aurelianus dit avoir connu un individu qui ne pouvait entrer en érection et pratiquer le coït qu'après s'être fiiit préalablement battre de verges.
558 FLAJAiM.
Des faits de même genre sont cités par des auteurs plus modernes. Un personnage du temps de Pic de la Mirandole avait besoin, d'après ce dernier, pour goûter les plaisirs de l'amour, de se faire fustiger jusqu'au sang.
L'historien Brantôme dit qu'un très-grand seigneur et prince de sa connaissance, avant de cohabiter avec sa femme, se faisait fouetter chaque fois, « ne pouvant, ajoute-t-il, s'émou voirai relever sa nature baissante, sans ce remède. »
Le fameux Tamerlan, au dire d'un autre historien, se faisait également fustiger par esprit de débauche. C'est dans le même esprit qu'Henri III et ses mignons se flagellaient mutuellement et publiquement dans les processions, ainsi que nous l'avons dit plus haut.
La flagellation manuelle est employée fréquemment par certains individus comme prélude de l'acte vénérien. C'est pour eux un moyen d'exciter l'activité génitale et d'éveiller les sensations voluptueuses.
L'exemple de Jean-Jacques Rousseau montre combien il serait illusoire de prétendre donner le fouet, à titre de châtiment, à des enfants d'un certain âge. Jean-Jacques Rousseau n'est sans doute pas le seul enfant à qui la peine du fouet, appli({uée par une main de femme, ait paru tout autre chose qu'un châtiment.
La flagellation avec des verges de bouleau est mise en usage, dit-on, chez les Russes, dans le but de combattre l'anaphrodisie. Elle y est employée comme pratique accessoire des bains de vapeur, au même titre que les frictions et le massage.
La flagellation avec des orties fraîches a été conseillée dans le même but par des médecins contemporains, particulièrement par le professeur Trousseau, qui a essayé de remettre en honneur cette pratique de l'antiquité médicale. L'illustre praticien a également employé l'urtication {voy. ce mot) dans la paralysie faciale rhumatismale et dans les paralysies hystériques. M. le professeur Gubler dit l'avoir aussi mise en usage, avec succès, dans ces dernières maladies ; il l'aurait aussi appliquée, mais sans résultat favorable, dans la période algide et cyanique du choléra.
En résumé, la flagellation peut être rationnellement employée, dans ses divers modes, soit comme moyen hygiénique, soit comme agent thérapeutique. C'est un modificateur utile qui convient dans tous les cas où il s'agit de combattre l'affaiblissement de la sensibilité et de la motilité des parties, dans les parésies ou les paralysies anciennes et incomplètes, surtout dans celles qui ont une origine anémique, hystérique ou rhumatismale; dans certaines incontinences d'urine, dans certaines paralysies de la vessie, dans la constipation opiniâtre due à Taffaiblissement de la sensibilité et de la conti'actilité de l'intestin; enfin et principalement dans l'anaplu'odisie ou la frigidité consécutive à des accès vénériens.
Toutefois, nous devons dire, en terminant, que ce mode de traitement, qui a joui, dans l'antiquité, d'une vogue considérable, est à peu près complètement abandonné aujourd'hui, peut-être à tort, et qu'il se trouve remplacé, dans la plupart de ses applications, sans parler des agents pharmaceutiques, par l'électricité, le massage, les frictions, la gymnastique et l'hydrothérapie.
A. Tartivel.
FiiAJAKi (Joseph). Célèbre chirurgien italien, né en 1741, à Amarano, près d'Ascoli. Il fit ses premières études dans cette petite ville, et lut envoyé à Rome pour les continuer. En 1761, il reçut le grade de docteur en médecine.